SAINT THOMAS D'AQUIN

Docteur de l'Eglise

QUESTIONS DISPUTEES SUR LA PUISSANCE DE DIEU

De potentia

 

© Copyright, Traduction et notes par Raymond BERTON

Deuxi�me Ždition numŽrique https://www.i-docteurangelique.fr/DocteurAngelique 2008

Les Ïuvres compl�tes de saint Thomas d'Aquin

 

La traduction fran�aise est faite ˆ partir de lÕŽdition Žlectronique des Opera omnia de Thomas dÕAquin, rŽalisŽe par le professeur Enrique Alarc—n, dans le cadre de la publication accessible par ordinateur du Corpus thomisticum (UniversitŽ de Navarre, 2004).

http://www.corpusthomisticum.org

 

Question 1 Ð La puissance de Dieu dans l'absolu_ 3

Article 1 Ñ Y a-t-il de la puissance en Dieu ?_ 3

Article 2 Ñ La puissance de Dieu est-elle infinie ?_ 14

Article 3 Ñ Ce qui est impossible ˆ la nature est-il possible ˆ Dieu ?_ 21

Article 4 Ñ Faut-il juger le possible et lÕimpossible selon les causes infŽrieures ou supŽrieures ?_ 30

Article 5 Ñ Dieu peut-il faire ce quÕil ne fait pas et abandonner ce quÕil fait ?_ 35

Article 6 Ñ Dieu peut-il faire ce qui est possible ˆ dÕautres, comme pŽcher, marcher etc. ?_ 42

Article 7 Ñ Pourquoi dit-on que Dieu est tout-puissant ?_ 48

Question 2 Ð La puissance gŽnŽrative en Dieu_ 51

Article 1 Ñ Y a-t-il une puissance gŽnŽrative en Dieu ?_ 51

Article 2 Ñ Parle-t-on de la puissance gŽnŽrative en Dieu selon lÕessence ou la notion ?_ 61

Article 3 Ñ La puissance gŽnŽrative en son acte de gŽnŽration proc�de-t-elle du pouvoir de la volontŽ ?_ 68

Article 4 Ñ Peut-il y avoir plusieurs Fils en Dieu ?_ 76

Article 5 Ñ La puissance d'engendrer est-elle comprise dans la toute puissance ?_ 83

Article 6 Ñ La puissance d'engendrer et celle de crŽer sont-elles identiques ?_ 88

Question 3 Ð La crŽation qui est le premier effet de la puissance divine_ 90

Article 1 Ñ Dieu peut-il crŽer de rien ?_ 91

Article 2 Ñ La crŽation est-elle un changement ?_ 103

Article 3 Ñ La crŽation est-elle une rŽalitŽ dans la crŽature et si oui, quelle est-elle ?_ 106

Article 4 Ñ Le pouvoir ou m�me lÕacte de crŽer peut-il �tre communiquŽ ˆ une crŽature ?_ 112

Article 5 Ñ Est-il possible que quelque chose ne soit pas crŽŽ par Dieu ?_ 126

Article 6 Ñ N'y a-t-il qu'un seul principe de crŽation ?mmm_ 130

Article 7 Ñ Dieu agit-il dans lÕopŽration de nature ?_ 145

Article 8 Ñ Dieu op�re-t-il dans la nature en crŽant, ce qui revient ˆ chercher si la crŽation est m�lŽe ˆ l'opŽration de nature ?  159

Article 9 Ñ L'‰me rationnelle est-elle amenŽe ˆ l'�tre par crŽation, ou par transmission de la semence ?_ 170

Article 10 Ñ LÕ‰me rationnelle est-elle crŽŽe dans le corps ou hors du corps ?_ 186

Article 11 Ñ LÕ‰me sensitive et l'‰me vŽgŽtative existent-elles par crŽation ou par transmission de la semence ?  196

Article 12 Ñ LÕ‰me sensitive ou lÕ‰me vŽgŽtative sont-elles dans la semence d�s le moment o� elle est sŽparŽe ?  207

Article 13 Ñ  Un �tre qui dŽpend dÕun autre peut-il �tre Žternel ?_ 213

Article 14 Ñ Ce qui est diff�rent de Dieu par essence peut-il �tre Žternel ?_ 216

Article 15 Ñ Les choses proc�dent-elles de Dieu par nŽcessitŽ de nature ou par le libre arbitre de sa volontŽ  225

Article 16 Ñ La pluralitŽ peut-elle procŽder d'un premier �tre unique ?_ 235

Article 17 Ñ Le monde a-t-il toujours existŽ ?_ 250

Article 18 Ñ Les anges ont-ils ŽtŽ crŽŽs avant le monde visible ?_ 268

Question 4 Ð La crŽation de la mati�re sans forme_ 279

Article 1 Ñ La crŽation de la mati�re sans forme a-t-elle prŽcŽdŽ la crŽation dans la durŽe ?_ 279

Article 2 Ñ La mise en forme de la mati�re a-t-elle eu lieu toute en m�me temps ou successivement ?_ 304

Question 5 Ð La conservation des crŽatures dans l'�tre par Dieu_ 357

Article 1 Ñ Les crŽatures sont-elles conservŽes ˆ lÕ�tre par Dieu ou m�me si on restreint toute action de sa part, demeurent-elles en lÕ�tre par elles-m�mes ?_ 357

Article 2 Ñ Dieu peut-il communiquer ˆ une crŽature le pouvoir de se conserver dans lÕ�tre par soi et sans lui ?  369

Article 3 Ñ Dieu peut-il ramener la crŽature au nŽant ?_ 370

Article 4 Ñ Une crŽature doit-elle retourner au nŽant, ou m�me y retournera-t-elle ?_ 381

Article 5 Ñ Le mouvement du ciel cessera-t-il un jour ?_ 387

Article 6 Ñ L'homme peut-il savoir quand le mouvement du ciel s'arr�tera ?_ 403

Article 7 Ñ Quand cessera le mouvement du ciel, les ŽlŽments demeureront-ils ?_ 409

Article 8 Ñ Quand cessera le mouvement du ciel, l'action et la passion demeureront-elles dans les ŽlŽments ?  419

Article 9 Ñ Les plantes, les animaux et les minŽraux demeureront-ils apr�s la fin du monde ?_ 423

Article 10 Ñ Les corps humains demeureront-ils quand cessera le mouvement du ciel ?_ 431

Question 6 Ð Les miracles 435

Article 1 Ñ Dieu peut-il opŽrer dans les crŽatures au-delˆ des causes naturelles, ou contre la nature ou contre son cours ?  436

Article 2 Ñ Peut-on appeler miracles tout ce que Dieu fait en dehors des causes naturelles ou contre le cours de la nature ?  448

Article 3 Ñ Les crŽatures spirituelles peuvent-elles accomplir des miracles par leur pouvoir naturel ?_ 453

Article 4 Ñ Les bons anges et les hommes peuvent-ils faire des miracles par un don de la gr‰ce ?_ 466

Article 5 Ñ Les dŽmons aussi travaillent-ils ˆ faire des miracles ?_ 470

Article 6 Ñ Les anges et les dŽmons ont-ils des corps qui leur sont unis naturellement ?_ 476

Article 7 Ñ Les anges ou les dŽmons peuvent-ils assumer un corps ?_ 491

Article 8 Ñ L'ange ou le dŽmon, par le corps qu'il assume, peut-il exercer les opŽrations d'un corps vivant ?  499

Article 9 Ñ Faut-il attribuer le miracle ˆ la foi ?_ 504

Article 10 Ñ Les dŽmons sont-ils forcŽs par des objets sensibles et corporels, des ŽvŽnements ou des paroles, d'accomplir des miracles qui paraissent accomplis par les arts magiques ?_ 513

Question 7 Ð La simplicitŽ de lÕessence divine_ 520

Article 2 Ñ La substance ou lÕessence en Dieu sont-elles la m�me chose que son �tre ?_ 527

Article 3 Ñ Dieu est-il dans un genre ?_ 535

Article 4 Ñ 'Bon', 'sage', 'juste' etc. attribuent-ils un accident ˆ Dieu ?_ 540

Article 5 Ñ Ces noms attribuŽs ˆ Dieu signifient-ils sa substance ?_ 547

Article 6 Ñ Ces noms sont-ils synonymes ?_ 558

Article 7 Ñ De tels noms sont-ils utilisŽs pour Dieu et les crŽatures de mani�re univoque ou Žquivoque ?_ 564

Article 8 Ñ Y a-t-il une relation entre Dieu et la crŽature ?_ 572

Article 9 Ñ De telles relations entre les crŽatures et Dieu sont-elles rŽellement en elles ?_ 577

Article 10 Ñ Dieu se rŽf�re-t-il ˆ la crŽature, de telle sorte que cette relation soit une rŽalitŽ en lui ?_ 583

Article 11 Ñ Ces relations temporelles en Dieu sont-elles de raison ?_ 590

Question 8 Ð Ce quÕon appelle relations Žternelles en Dieu_ 594

Article 1 Ñ Les relations appelŽes Žternelles en Dieu, rapportŽes par les noms de Ç P�re È et Ç Fils È, sont-elles rŽelles ou de raison seulement ?_ 594

Article 2 Ñ La relation en Dieu est-elle sa substance ?_ 603

Article 3 Ñ Les relations constituent-elles et distinguent-elles les personnes ou les hypostases ?_ 611

Article 4 Ñ Si on exclut en esprit la relation, l'hypostase demeure-t-elle en Dieu ?_ 621

Question 9 Ð Les personnes divines 627

Article 1 Ñ Quel est le rapport de la personne vis-ˆ-vis de l'essence, de la subsistance, et de l'hypostase ? 627

Article 2 Ñ Qu'est-ce que la personne ?_ 633

Article 3 Ñ Peut-il y avoir une personne en Dieu ?_ 640

Article 4 Ñ Ce nom "personne" signifie-t-il en Dieu, le relatif ou l'absolu ?_ 644

Article 5 Ñ Le nombre des personnes est-il en Dieu ?_ 653

Article 6 Ñ Le nom de personne peut-il �tre convenablement attribuŽ ˆ Dieu au pluriel ?_ 666

Article 7 Ñ Comment les termes numŽriques sont-ils attribuŽs aux personne divines, est-ce positivement ou nŽgativement seulement ?_ 669

Article 8 Ñ Y a-t-il de la diversitŽ en Dieu ?_ 683

Article 9 Ñ En Dieu, y a-t-il trois personnes, ou plus, ou moins ?_ 686

Question 10 Ð Les processions des Personnes divines 705

Article 1 Ð Y a-t-il une procession dans les personnes divines ?_ 705

Article 2 Ð En Dieu n'y a-t-il qu'une seule procession ou plusieurs ?_ 716

Article 3 Ð LÕordre de la procession ˆ la relation en Dieu_ 732

Article 4 Ð LÕEsprit saint proc�de-t-il du Fils ?_ 736

Article 5 Ð L'Esprit saint demeurerait-il distinct du Fils, s'il ne procŽdait pas de lui ?_ 755

 

 

 

   

Textum Taurini 1953 editum
ac automato translatum a Roberto Busa SJ in taenias magneticas
denuo recognovit Enrique Alarc—n atque instruxit

Question 1 Ð La puissance de Dieu dans l'absolu

 

 

q. 1 pr. 1 Et primo quaeritur utrum in Deo sit potentia.

1. Y a-t-il de la puissance en Dieu ?

q. 1 pr. 2 Secundo utrum potentia Dei sit infinita.

2. La puissance de Dieu est-elle infinie ?

3 Tertio utrum ea quae sunt naturae impossibilia, Deo sint possibilia.

3. Ce qui est impossible ˆ la nature est-il possible ˆ Dieu ?

q. 1 pr. 4 Quarto utrum iudicandum sit aliquid possibile vel impossibile, secundum causas inferiores vel superiores.

4. Faut-il juger du possible ou de l'impossible selon les causes infŽrieures ou les causes supŽrieures ?

q. 1 pr. 5 Quinto utrum Deus possit facere quae non facit, et dimittere quae facit.

5. Dieu pourrait-il faire ce qu'il ne fait pas et dŽfaire ce qu'il fait ?

q. 1 pr. 6 Sexto utrum Deus possit facere quae alii faciunt, ut peccare, ambulare, et cetera.

6. Peut-il faire ce que dÕautres font, c'est-ˆ-dire pŽcher, marcher, etc.

q. 1 pr. 7 Septimo utrum Deus dicatur omnipotens.

7. Dit-on que Dieu est tout-puissant ?

 

 

 

Article 1 Ñ Y a-t-il de la puissance en Dieu ?

q. 1 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum in Deo sit potentia. Et videtur quod non.

Il semble que non[1].

 

Objections :

q. 1 a. 1Arg. 1 Potentia enim est operationis principium. Sed operatio Dei, quae est eius essentia, non habet principium, quia neque est genita neque procedens. Ergo in Deo non est potentia.

1. La puissance est en effet le principe[2] de l'opŽration. Mais lÕopŽration de Dieu, qui est son essence, nÕa pas de principe[3], parce quÕelle n'est ni engendrŽe, ni dŽpendante. Donc en Dieu il nÕy a pas de puissance.

q. 1 a. 1Arg. 2 Praeterea, omne perfectissimum est Deo attribuendum, secundum Anselmum [in Monol., cap. XIV]. Ergo quod respicit aliquid se perfectius, non debet Deo attribui. Sed omnis potentia respicit se perfectius, scilicet passiva formam et activa operationem. Ergo potentia Deo attribui non potest.

2. On doit attribuer ˆ Dieu tout ce qu'il y a de plus parfait, selon Anselme (Monologium, XV[4]). Donc, on ne doit pas lui attribuer ce qui trouve plus parfait que soi. Mais toute puissance trouve plus parfait quÕelle, ˆ savoir la forme pour la puissance passive, et lÕopŽration pour la puissance active (MŽtaphysique, (J) IX, 9, 1051 a 4-15). Donc on ne peut attribuer la puissance ˆ Dieu.

q. 1 a. 1Arg. 3 Praeterea, potentia est principium transmutandi in aliud secundum quod est aliud : secundum philosophum [in V Metaphys. Text. 17] ; sed principium relatio quaedam est ; et est relatio Dei ad creaturas, prout significatur in potentia creandi vel movendi. Nulla autem talis relatio est in Deo secundum rem, sed solum secundum rationem. Ergo potentia non est in Deo secundum rem.

3. La puissance est le principe de changement dans un autre �tre en tant quÕautre, selon le Philosophe[5], (MŽtaphysique, (Æ) V, 12, 1019 a 15-16[6]), mais ce principe est une relation et cÕest la relation de Dieu ˆ ses crŽatures, telle qu'elle est signifiŽe dans sa puissance ˆ crŽer ou ˆ mouvoir. Mais en Dieu, il nÕy a aucune relation de ce genre en rŽalitŽ, mais seulement en raison[7]. Donc, il n'y a pas rŽellement de puissance en Dieu.

q. 1 a. 1Arg. 4 Praeterea, habitus est perfectior potentia, utpote operanti propinquior. Sed habitus non ponitur in Deo. Ergo nec potentia

4. L'habitus[8] est plus parfait que la puissance, en tant que plus proche de celui qui op�re, mais on nÕadmet pas dÕhabitus en Dieu. Donc pas de puissance non plus.

 q. 1 a. 1Arg. 5 Praeterea, nihil debet in Deo significari per quod derogetur eius primitiae vel simplicitati. Sed Deus, in quantum est simplex, et primum agens, agit per essentiam suam. Ergo non debet significari agere per potentiam, quae saltem secundum modum significandi super essentiam addit.

5. On ne doit rien signaler en Dieu qui dŽrogerait ˆ sa prŽŽminence ou ˆ sa simplicitŽ. Mais Dieu, en tant qu'�tre simple et agent premier, agit par son essence. Donc, on ne doit pas signifier quÕil agit par une puissance qui, au moins, selon la mani�re de la signifier, ajoute ˆ son essence.

q. 1 a. 1Arg. 6 Praeterea, secundum philosophum [in III Phys., texte 32] in perpetuis non differt esse et posse : multo minus ergo in divinis. Sed ubi est eadem res, debet esse idem nomen a digniori sumptum. Dignius autem est essentia quam potentia : quia potentia essentiae advenit. Ergo in Deo debet nominari essentia tantum, non autem potentia.

6. Selon le Philosophe (Physique, III, 4, 203 b 28[9]), dans ce qui est Žternel, �tre et pouvoir ne diff�rent pas toujours ; donc encore beaucoup moins en Dieu. Mais lˆ o� plusieurs choses sont identiques, il doit y avoir un nom identique pris de la plus digne. LÕessence est plus digne que la puissance, parce que cette derni�re sÕajoute ˆ lÕessence. Donc en Dieu, on ne doit dŽsigner que lÕessence seule et non la puissance[10].

q. 1 a. 1Arg. 7 Praeterea, sicut materia prima est pura potentia, ita Deus est purus actus. Sed prima materia secundum essentiam suam considerata, est denudata ab omni actu. Ergo Deus in essentia sua consideratus, est absque omnipotentia.

7. De m�me que la mati�re premi�re[11] est puissance pure, de m�me Dieu est acte pur. Mais la mati�re premi�re, considŽrŽe en son essence, est dŽnuŽe de tout acte. Donc Dieu, considŽrŽ en son essence, est dŽnuŽ de toute puissance.

q. 1 a. 1Arg. 8 Praeterea, omnis potentia ab actu separata est imperfecta : et ita, cum nihil imperfectum Deo conveniat, talis potentia in Deo esse non potest. Si ergo in Deo est potentia, oportet quod semper sit actui coniuncta : et ita potentia creandi est coniuncta actui semper ; et sic sequitur quod ab aeterno creavit res ; quod est haereticum.

8. Toute puissance sŽparŽe de l'acte est imparfaite et ainsi, comme rien dÕimparfait ne convient ˆ Dieu, une telle puissance ne peut pas exister en lui[12]. Si donc il y a une puissance en Dieu, il faut quÕelle soit toujours jointe ˆ lÕacte, et si la puissance de crŽer est toujours jointe ˆ son acte, il en dŽcoule alors quÕil a crŽŽ de toute ŽternitŽ, ce qui est hŽrŽtique.

q. 1 a. 1Arg. 9 Praeterea, quando aliquid sufficit ad aliquid agendum, superflue aliquid superadditur. Sed essentia Dei sufficit ad hoc quod Deus per eam aliquid agat. Ergo superflue ponitur in eo potentia per quam agat.

9. Quand quelque chose suffit pour agir, il est superflu dÕajouter autre chose. Mais lÕessence de Dieu est suffisante pour quÕil agisse par elle. Donc il est superflu de lui ajouter une puissance pour agir.

q. 1 a. 1Arg. 10 Sed dices, quod potentia non est aliud quam essentia secundum rem ; sed solum secundum modum intelligendi.- Sed contra, omnis intellectus cui non respondet aliquid in re est cassus et vanus.

10. Mais on pourrait dire[13] que la puissance nÕest pas en rŽalitŽ autre chose que lÕessence ; mais seulement selon la mani�re de la comprendre. Ñ En sens contraire, tout concept ˆ quoi rien ne correspond dans la rŽalitŽ est vide et vain.

q. 1 a. 1Arg. 11 Praeterea, praedicamentum substantiae est nobilius aliis praedicamentis. Sed Deo non attribuitur, ut Augustinus dicit [lib. VII de Trin.,cap. V]. Multo ergo minus praedicamentum qualitatis. Sed potentia est in secunda specie qualitatis. Ergo Deo attribui non debet.

11. La catŽgorie de substance[14] est plus noble que les autres catŽgories. Mais on ne lÕattribue pas ˆ Dieu, comme le dit Augustin (La TrinitŽ. VII, V, 10[15]). Donc on lui attribue encore moins la catŽgorie de qualitŽ. Mais la puissance est dans la seconde esp�ce de qualitŽ[16]. Donc on ne doit pas lÕattribuer ˆ Dieu.

q. 1 a. 1Arg. 12 Sed dices, quod potentia quae Deo attribuitur, non est qualitas, sed Dei essentia, sola ratione differens.- Sed contra, aut isti rationi aliquid respondet in re, aut nihil. Si nihil ratio vana est. Si autem aliquid in re ei respondet, sequitur quod aliquid in Deo sit potentia praeter essentiam, sicut ratio potentiae est praeter rationem essentiae.

12. Mais on pourrait dire que la puissance, attribuŽe ˆ Dieu, nÕest pas une qualitŽ mais son essence qui diff�re en raison seulement. En sens contraire, ˆ cette notion (ratio[17]), quelque chose correspond en rŽalitŽ ou rien. Si ce nÕest rien, la notion est vaine. Mais si quelque chose lui correspond en rŽalitŽ, il sÕensuit que quelque chose serait en Dieu puissance en plus de lÕessence, ainsi la notion de puissance est en plus de celle dÕessence[18].

q. 1 a. 1Arg. 13 Praeterea, secundum philosophum [lib. IV Topicorum,capit.V], omnis potestas et omne effectivum est propter aliud eligendum. Nullum autem huiusmodi Deo convenit : quia ipse non est propter aliud. Ergo potentia Deo non convenit.

13. Selon le Philosophe (Les Topiques, IV, 5, 126 b 5[19]) tout pouvoir et tout ce qui agit est en vue d'autre chose. Rien de ce genre ne convient ˆ Dieu, parce quÕil nÕest pas lui-m�me en vue dÕune autre chose. Donc la puissance ne convient pas ˆ Dieu.

q. 1 a. 1Arg. 14 Praeterea, virtus a Dionysio [in lib. De Caelesti Hierarchia, capit. XI] ponitur media inter substantiam et operationem. Sed Deus non agit per aliquod medium. Ergo non agit per virtutem ; et ita nec per potentiam : et sic potentia non est in Deo.

14. Le pouvoir[20] est considŽrŽ par Denys (La hiŽrarchie cŽleste, XI, 284 D[21]) comme intermŽdiaire entre la substance et l'opŽration, Mais Dieu nÕagit pas par un intermŽdiaire. Donc il nÕagit pas par pouvoir, ni en consŽquence par puissance. Et ainsi il nÕy a pas de puissance en Dieu.

q. 1 a. 1Arg. 15 Praeterea, secundum philosophum [in IX Metaph., cap. II et lib. V, cap. XVII]. potentia activa, quae soli Deo potest competere, est principium transmutationis in aliud, secundum quod est aliud. Sed Deus agit sine transmutatione, sicut patet in creatione. Ergo Deo potentia activa attribui non potest.

15. Selon le Philosophe (MŽtaphysique (J) IX, 1, 1046 a 10 - et V, 12, 1019 a 15-16) la puissance active, la seule qui peut convenir ˆ Dieu, est le principe dÕun changement en autre chose en tant quÕautre. Mais Dieu op�re sans changement, comme cela appara”t dans la crŽation[22]. Donc on ne peut pas lui attribuer la puissance.

q. 1 a. 1Arg. 16 Praeterea, philosophus dicit, quod eiusdem est potentia actionis et passionis. Sed potentia passionis Deo non convenit. Ergo nec potentia actionis.

16. Le Philosophe (MŽtaphysique, (Q) IX, 1, 1046 a 19) dit que la puissance active et la puissance passive sont de m�me nature. Mais cette derni�re ne convient pas ˆ Dieu. En consŽquence la puissance active non plus.

q. 1 a. 1Arg. 17 Praeterea, philosophus dicit [ibidem], quod potentiae activae est contraria privatio. Sed contraria nata sunt fieri circa idem. Cum ergo in Deo nullo modo sit privatio, non erit ibi potentia.

17. Le Philosophe (MŽtaphysique, (Q) IX, 1, 1046 a 29) dit que la privation est le contraire de la puissance active. Mais les contraires concernent un m�me genre. Donc, comme en Dieu il nÕy a en aucune mani�re de privation, il nÕy aura pas de puissance.

q. 1 a. 1Arg. 18 Praeterea, Magister dicit [in I dist., II lib.] d. quod agere non proprie competit Deo. Sed ubi non est actio, ibi non potest esse potentia activa nec passiva, ut patet. Ergo nulla.

18. Le Ma”tre des Sentences (II Sent., d. 1[23]) dit quÕagir nÕappartient pas au sens propre ˆ Dieu. Mais lˆ o� il nÕy a pas dÕaction, il ne peut y avoir de puissance, ni active, ni passive, c'est Žvident. Donc pas de puissance en Dieu.

 

En sens contraire :

q. 1 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur in Psalm. LXXXVIII, 9 : Potens es, domine, et veritas tua in circuitu tuo.

1. On lit dans le Ps. 88, 9 : ÇTu es puissant, Seigneur et ta VŽritŽ tÕentoure[24].È

1 a. 1 s. c. 2 Praeterea, Matth. III, 9 : Potens est Deus de lapidibus istis suscitare filios Abrahae.

2. Mt. 3, 9 : ÇDieu a le pouvoir de faire na”tre de ces pierres des enfants ˆ Abraham.È

q. 1 a. 1 s. c. 3 Praeterea, omnis operatio ab aliqua potentia procedit. Sed Deo maxime convenit operari. Ergo Deo maxime potentia convenit.

3. Toute opŽration proc�de dÕune puissance. Mais il convient tout ˆ fait ˆ Dieu dÕagir. Donc, la puissance lui convient tout ˆ fait[25]

 

RŽponse :

q. 1 a. 1 co. Respondeo. Ad huius quaestionis evidentiam sciendum, quod potentia dicitur ab actu : actus autem est duplex : scilicet primus, qui est forma ; et secundus, qui est operatio : et sicut videtur ex communi hominum intellectu, nomen actus primo fuit attributum operationi : sic enim quasi omnes intelligunt actum ; secundo autem exinde fuit translatum ad formam, in quantum forma est principium operationis et finis.

Pour Žclairer cette question, il faut savoir quÕon parle de la puissance ˆ partir de lÕacte. Or celui-ci est double : d'abord une forme et ensuite une opŽration[26]. Et dÕapr�s la mani�re gŽnŽrale de le comprendre, le nom dÕacte a dÕabord ŽtŽ attribuŽ ˆ lÕopŽration. En effet, cÕest ainsi que presque tout le monde comprend lÕacte, mais ensuite il fut transmis ˆ la forme, dans la mesure o� elle est le principe de lÕopŽration et sa fin.

Unde et similiter duplex est potentia : una activa cui respondet actus, qui est operatio ; et huic primo nomen potentiae videtur fuisse attributum : alia est potentia passiva, cui respondet actus primus, qui est forma, ad quam similiter videtur secundario nomen potentiae devolutum. Sicut autem nihil patitur nisi ratione potentiae passivae, ita nihil agit nisi ratione actus primi, qui est forma. Dictum est enim, quod ad ipsum primo nomen actus ex actione devenit. Deo autem convenit esse actum purum et primum ; unde ipsi convenit maxime agere, et suam similitudinem in alias diffundere, et ideo ei maxime convenit potentia activa ; nam potentia activa dicitur secundum quod est principium actionis.

De la m�me mani�re, il y a aussi deux sortes de puissances : lÕune est active, ˆ quoi correspond lÕacte en tant quÕopŽration ; cÕest ˆ celle-ci dÕabord que le nom de puissance para”t avoir ŽtŽ attribuŽ[27] ; lÕautre est la puissance passive ˆ quoi correspond lÕacte premier qui est la forme, ˆ qui de la m�me mani�re le nom de puissance para”t avoir ŽtŽ dŽvolu en second. De m�me que rien ne subit sinon en raison de la puissance passive, de m�me rien nÕagit quÕen raison de lÕacte premier qui est la forme. Car il a ŽtŽ dit que le nom dÕacte vient d'abord de lÕaction[28]. Mais il convient ˆ Dieu d'�tre acte pur et premier : il lui convient donc Žminemment dÕagir et de diffuser sa ressemblance dans les autres[29] et cÕest pourquoi la puissance active lui convient tout ˆ fait ; car on lÕappelle ainsi parce quÕelle est le principe de lÕaction.

Sed et sciendum, quod intellectus noster Deum exprimere nititur sicut aliquid perfectissimum. Et quia in ipsum devenire non potest nisi ex effectuum similitudine ; neque in creaturis invenit aliquid summe perfectum quod omnino imperfectione careat : ideo ex diversis perfectionibus in creaturis repertis, ipsum nititur designare, quamvis cuilibet illarum perfectionum aliquid desit ; ita tamen quod quidquid alicui istarum perfectionum imperfectionis adiungitur, totum a Deo amoveatur. Verbi gratia esse significat aliquid completum et simplex sed non subsistens ; substantia autem aliquid subsistens significat sed alii subiectum.

Mais il faut savoir que notre esprit s'efforce dÕexprimer Dieu comme un �tre absolument parfait. Et parce qu'il ne peut parvenir ˆ lui que par une ressemblance dans ses effets et que dans les crŽatures, il ne trouve rien d'absolument parfait, exempt de toute imperfection, ˆ partir des diffŽrentes perfections qu'il trouve dans les crŽatures, il sÕefforce de le reprŽsenter, bien qu'il y ait quelque manque ˆ chacune de ces perfections[30]. De sorte cependant qu'on exclut de Dieu enti�rement tout ce qui d'imparfait est joint ˆ une de ces perfections. Par exemple lÕ�tre dŽsigne quelque chose de complet et de simple, mais non subsistant ; mais la substance signifie quelque chose de subsistant mais substrat pour un autre.

Ponimus ergo in Deo substantiam et esse, sed substantiam ratione subsistentiae non ratione substandi ; esse vero ratione simplicitatis et complementi, non ratione inhaerentiae, qua alteri inhaeret. Et similiter attribuimus Deo operationem ratione ultimi complementi, non ratione eius in quod operatio transit. Potentiam vero attribuimus ratione eius quod permanet et quod est principium eius, non ratione eius quod per operationem completur.

Nous pla�ons donc en Dieu la substance et lÕ�tre, mais la substance en raison de sa subsistance, non du fait dÕ�tre substrat[31], lÕ�tre en raison de sa simplicitŽ et de sa perfection, non en raison de lÕinhŽrence ˆ un sujet[32]. Et de m�me nous attribuons ˆ Dieu lÕopŽration en raison de sa perfection ultime, non en raison de ce en quoi elle passe. Nous attribuons la puissance du fait qu'elle demeure et est son principe, mais non pas parce qu'elle est complŽtŽe par l'opŽration.

 

Solutions :

q. 1 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod potentia non solum est operationis principium, sed etiam effectus ; unde non oportet, quod si potentia in Deo ponitur quae sit effectus principium, quod essentiae divinae quae est operatio, sit aliquod principium. Vel dicendum, et melius, quod in divinis invenitur duplex relatio. Una realis, illa scilicet qua personae ad invicem distinguuntur, ut paternitas et filiatio ; alias personae divinae non realiter sed ratione distinguerentur, ut Sabellius dixit. Alia rationis tantum, quae significatur, cum dicitur quod operatio divina est ab essentia divina, vel quod Deus operatur per essentiam suam. Praepositiones enim quasdam habitudines designant. Et hoc ideo contingit, quia cum attribuitur Deo operatio secundum suam rationem quae requirit aliquod principium, attribuitur etiam ei relatio existentis a principio, unde ista relatio non est nisi rationis tantum. Est autem de ratione operationis habere principium, non de ratione essentiae ; unde licet essentia divina non habeat aliquod principium neque re neque ratione, tamen operatio divina habet aliquod principium secundum rationem.

1. La puissance est non seulement le principe de lÕopŽration, mais aussi de l'effet[33] ; c'est pourquoi, il ne faut pas, si on place en Dieu une puissance qui est le principe de lÕeffet, quÕelle soit un principe de lÕessence divine, qui est lÕopŽration. Ou pour mieux dire, on trouve en Dieu une double relation[34] : a) une premi�re relation rŽelle, cÕest-ˆ-dire celle par laquelle on distingue les personnes entre elles, comme la paternitŽ et la filiation ; autrement les personnes divines ne seraient pas distinguŽes rŽellement mais en raison, comme l'a dit Sabellius[35].b) LÕautre relation de raison[36] seulement, qu'on dŽsigne, quand on dit que lÕopŽration divine vient de (ab) son essence ou que Dieu op�re par (per) son essence. Car ces prŽpositions dŽsignent des relations. Et cela arrive, parce que, quand on attribue ˆ Dieu une opŽration selon sa nature qui requiert un principe, on lui attribue une relation avec ce qui existe par ce principe. C'est pourquoi, cette relation nÕest quÕen raison seulement. Mais il est de la nature de lÕopŽration dÕavoir un principe, non de celle de lÕessence ; c'est pourquoi, bien que lÕessence divine nÕait pas de principe, ni en rŽalitŽ, ni en raison, cependant lÕopŽration divine a un principe en raison[37].

q. 1 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod licet omne perfectissimum sit Deo attribuendum, non tamen oportet quod omne illud quod Deo attribuitur, sit perfectissimum ; sed oportet quod sit conveniens ad designationem perfectissimi, ad quod competit aliquid ratione suae perfectionis quod habet aliquid se perfectius, cui tamen deest illa quam aliud habet.

 2. Bien qu'il faille attribuer tout ce qu'il y a de tr�s parfait ˆ Dieu, il ne faut pas cependant que tout ce qui lui est attribuŽ le soit absolument[38], mais il faut que cela convienne pour dŽsigner ce qui est tr�s parfait, ˆ quoi correspond une rŽalitŽ en raison de sa perfection qui a plus parfait que lui, ˆ qui cependant manque celle que l'autre poss�de[39].

q. 1 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod potentia dicitur principium non quia sit ipsa relatio quam significat nomen principii sed quia est id quod est principium.

 3. La puissance est appelŽe principe, non pas parce quÕelle est la relation m�me que signifie ce nom, mais parce quÕelle est ce qu'est un principe[40].

q. 1 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod habitus numquam est in potentia activa, sed solum in passiva, et ea est perfectior : talis autem potentia Deo non attribuitur.

 4. LÕhabitus nÕest jamais dans la puissance active, mais seulement dans la puissance passive[41] et il est plus parfait quÕelle, aussi on nÕattribue pas une telle puissance ˆ Dieu.

q. 1 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod ista sunt impossibilia, quod Deus ponatur agere per essentiam suam, et quod non sit in Deo potentia : hoc enim quod est actionis principium, potentia est : unde essentia divina ex hoc ipso quod ponitur Deus per ipsam agere, ponitur esse potentia. Et sic ratio potentiae in Deo non derogat neque simplicitati neque primitiae eius, quia non ponitur quasi aliquid additum essentiae.

 5. Il est impossible de penser que Dieu agit par son essence sans penser quÕil y a de la puissance en lui[42]. Car le principe de son action, cÕest sa puissance ; c'est pourquoi du fait quÕon pense que Dieu agit par son essence, on la pense comme puissance. Et ainsi la nature de la puissance en Dieu ne dŽroge ni ˆ sa simplicitŽ[43] ni ˆ sa prŽŽminence, parce quÕon ne la pense pas comme ajoutŽe ˆ son essence.

q. 1 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod cum dicitur, quod in perpetuis non differt esse et posse, intelligitur passiva ; et sic nihil facit ad propositum, quia talis potentia non est in Deo. Tamen quia verum est quod potentia activa est idem in Deo quod eius essentia, ideo dicendum, quod licet essentia divina et potentia sint idem secundum rem, tamen quia potentia maxime modum significandi addit, ideo speciale nomen requirit : nam nomina respondent intellectibus, secundum philosophum [I Periher.].

 6. Quand on dit quÕ�tre et pouvoir ne diff�rent pas dans ce qui est Žternel, on le comprend de la puissance passive et ainsi, cela ne change rien ˆ notre propos, puisquÕune telle puissance nÕexiste pas en Dieu. Cependant parce quÕil est vrai que la puissance active en Dieu est identique ˆ son essence, il faut dire que, bien que lÕessence divine et sa puissance soient identiques en rŽalitŽ, cependant, parce que la puissance ajoute surtout une mani�re de signifier, elle requiert un nom spŽcial, car les noms rŽpondent ˆ ce que lÕesprit con�oit, selon le philosophe (L'InterprŽtation[44], I, 16 a 4).

q. 1 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod ratio illa probat quod in Deo non sit potentia passiva, et hoc concedimus.

 7. Cet argument prouve qu'en Dieu il nÕy a pas de puissance passive et cela nous le concŽdons.

q. 1 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod potentia Dei semper est coniuncta actui, id est operationi (nam operatio est divina essentia) ; sed effectus sequuntur secundum imperium voluntatis et ordinem sapientiae. Unde non oportet quod semper sit coniuncta effectui ; sicut nec quod creaturae fuerint ab aeterno.

 8. La puissance de Dieu est toujours jointe ˆ un acte, c'est-ˆ-dire ˆ son opŽration (car l'opŽration est lÕessence divine), mais les effets en dŽcoulent selon le pouvoir de sa volontŽ et lÕordre de sa sagesse. C'est pourquoi, il ne faut pas quÕelle soit toujours jointe ˆ lÕeffet ; ainsi les crŽatures nÕauront pas existŽ Žternellement.

q. 1 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod essentia Dei sufficit ad hoc quod per eam Deus agat, nec tamen superfluit potentia : quia potentia intelligitur quasi quaedam res addita supra essentiam, sed superaddit secundum intellectum solam relationem principii : ipsa enim essentia ex hoc quod est principium agendi, habet rationem potentiae.

 9. LÕessence suffit ˆ Dieu pour agir et cependant sa puissance nÕest pas superflue, parce quÕelle est comprise comme ajoutŽe ˆ lÕessence, mais elle surajoute seulement, en esprit, une relation de principe, car, lÕessence elle-m�me, du fait quÕelle est le principe dÕaction, a nature de puissance.

q. 1 a. 1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod intellectui respondet aliquid in re dupliciter. Uno modo immediate, quando videlicet intellectus concipit formam rei alicuius extra animam existentis, ut hominis vel lapidis.

 10. Quelque chose rŽpond ˆ lÕesprit dans la rŽalitŽ de deux mani�res[45] : a) DÕabord immŽdiatement, quand, par exemple, lÕesprit[46] con�oit la forme de ce qui existe hors de lÕ‰me comme celle dÕhomme ou de pierre.

Alio modo mediate, quando videlicet aliquid sequitur actum intelligendi, et intellectus reflexus supra ipsum considerat illud. Unde res respondet illi considerationi intellectus mediate, id est mediante intelligentia rei : verbi gratia, intellectus intelligit naturam animalis in homine, in equo, et multis aliis speciebus : ex hoc sequitur quod intelligit eam ut genus. Huic intellectui quo intellectus intelligit genus, non respondet aliqua res extra immediate quae sit genus ; sed intelligentiae, ex qua consequitur ista intentio, respondet aliqua res. Et similiter est de relatione principii quam addit potentia supra essentiam : nam ei respondet aliquid in re mediate, et non immediate. Intellectus enim noster intelligit creaturam cum aliqua relatione et dependentia ad creatorem : et ex hoc ipso quia non potest intelligere aliquid relatum alteri, nisi e contrario reintelligat relationem ex opposito, ideo intelligit in Deo quamdam relationem principii, quae consequitur modum intelligendi, et sic refertur ad rem mediate.

b) DÕune autre mani�re, indirectement, quand par exemple, un concept dŽcoule de lÕacte dÕintellection et que lÕintellect le consid�re, en rŽflŽchissant sur lui. C'est pourquoi, la chose correspond ˆ cette considŽration de lÕintellect indirectement, cÕest-ˆ-dire par le moyen de lÕintellection de la chose : par exemple, lÕintellect comprend la nature de lÕanimal dans lÕhomme, dans le cheval et dans beaucoup dÕautres esp�ces. Il en dŽcoule quÕil le comprend comme genre. A cette conception par laquelle lÕintellect comprend le genre, rien ne correspond immŽdiatement dans lÕobjet extŽrieur qui soit un genre, mais pour lÕintelligence dÕo� dŽcoule ce concept rŽpond une rŽalitŽ. Et il en est de m�me de la relation de principe que la puissance ajoute ˆ l'essence ; car quelque chose lui correspond dans la rŽalitŽ indirectement et non immŽdiatement. Car notre intellect comprend la crŽature en relation et en dŽpendance au crŽateur[47] et du fait qu'il ne peut comprendre une chose en rapport ˆ une autre, ˆ moins au contraire de comprendre de nouveau la relation, ˆ son opposŽ, c'est pourquoi il comprend en Dieu une relation de principe, qui accompagne le mode de comprŽhension et ainsi notre esprit est indirectement en relation avec la rŽalitŽ[48].

q. 1 a. 1 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod potentia, quae est in secunda specie qualitatis, non attribuitur Deo : haec enim est creaturarum, quae non immediate per formas suas essentiales agunt, sed mediantibus formis accidentalibus : Deus autem immediate agit per suam essentiam.

 11. Cette puissance, qui est dans la seconde esp�ce de qualitŽ[49], nÕest pas attribuŽe ˆ Dieu, car c'est celle des crŽatures qui agissent non pas immŽdiatement par leurs formes essentielles, mais par l'intermŽdiaire de formes accidentelles. Mais Dieu agit par son essence sans intermŽdiaire.

q. 1 a. 1 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod diversis rationibus attributorum respondet aliquid in re divina, scilicet unum et idem. Quia rem simplicissimam, quae Deus est, propter eius incomprehensibilitatem, intellectus noster cogitur diversis formis repraesentare ; et ita istae diversae formae quas intellectus concipit de Deo, sunt quidem in Deo sicut in causa veritatis, in quantum ipsa res quae Deus est, est repraesentabilis per omnes istas formas ; sunt tamen in intellectu nostro sicut in subiecto.

 12. Aux diverses notions d'attributs correspond rŽellement quelque chose en Dieu, ˆ savoir l'un et le m�me. Parce que notre esprit est forcŽ de reprŽsenter cet �tre absolument simple quÕest Dieu, ˆ cause de son incomprŽhensibilitŽ, par des formes diverses, et ainsi ces formes, que lÕesprit con�oit ˆ son sujet, sont en lui comme dans la cause de la vŽritŽ[50], en tant que ce qui est Dieu est reprŽsentable par toutes ces formes ; elles sont cependant dans notre esprit comme dans un substrat.

q. 1 a. 1 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod philosophus intelligit de potentiis activis et effectivis, et huiusmodi, quae sunt in artificialibus et in rebus humanis : nam nec etiam in rebus naturalibus verum est quod potentia activa sit semper propter suos effectus. Ridiculum enim est dicere, quod potentia solis sit propter vermes, qui eius virtute generantur ; multo minus divina potentia est propter suos effectus.

 13. Le Philosophe comprend au sujet des puissances actives et pratiques etc., celles qui sont dans les rŽalisations artistiques et les affaires humaines, car, dans les choses naturelles, il nÕest pas vrai que la puissance active soit toujours en vue de ses effets. Il est ridicule de dire en effet que la puissance du soleil est pour les vers qui sont engendrŽs par son pouvoir[51] : la puissance divine est beaucoup moins en vue de ses effets.

q. 1 a. 1 ad 14 Ad decimumquartum dicendum quod potentia Dei non est media secundum rem, quia non distinguitur ab essentia, nisi ratione ; et ex hoc habetur quod significetur ut medium. Deus autem non agit per medium realiter differens a se ipso : unde ratio non sequitur.

 14. La puissance de Dieu nÕest pas rŽellement intermŽdiaire, parce quÕelle nÕest distinguŽe de lÕessence qu'en raison et de lˆ vient quÕon la signifie comme intermŽdiaire. Mais Dieu nÕagit pas par un intermŽdiaire rŽellement diffŽrent de lui-m�me. C'est pourquoi lÕargument nÕa pas de valeur.

q. 1 a. 1 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod duplex est actio. Una quae est cum transmutatione materiae ; alia est quae materiam non praesupponit ; ut patet in creatione : et utroque modo Deus agere potest, ut infra patebit. Unde patet quod Deo recte potentia activa potest attribui, licet non semper agat transmutando.

 15. LÕaction est double. LÕune, avec changement de la mati�re, lÕautre ne prŽsuppose pas de mati�re, comme on le voit dans la crŽation et Dieu peut agir de deux mani�res, comme cela appara”tra plus loin[52]. Donc il est clair qu'on peut lui attribuer une puissance active, bien quÕil nÕagisse pas toujours en opŽrant des changements.

q. 1 a. 1 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod philosophus non loquitur universaliter, sed particulariter, quando scilicet aliquid movet se ipsum, sicut animal. Quando autem aliquid movetur ab altero, tunc non est eadem potentia passionis et actionis.

 16. Le philosophe ne parle pas de mani�re universelle mais particuli�re[53], quand par exemple quelque chose se meut lui-m�me comme lÕanimal. Quand un �tre est mž par un autre, alors ce nÕest pas la m�me puissance pour la passion et lÕaction.

q. 1 a. 1 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod potentiae dicitur esse contraria privatio, scilicet impotentia ; non tamen de contrarietate facienda est circa Deum mentio, quia nihil quod est in Deo, habet contrarium, cum non sit in genere.

 17. On dit que la privation est le contraire de la puissance, c'est-ˆ-dire que c'est l'impuissance : cependant on ne doit pas faire mention de contrariŽtŽ en Dieu, parce que rien en lui nÕa de contraire, puisquÕil nÕest pas dans un genre.

q. 1 a. 1 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod agere non removetur a Deo simpliciter, sed per modum rerum naturalium, quae agunt et patiuntur simul.

 18. Agir n'est absolument pas refusŽ ˆ Dieu, mais seulement par comparaison aux �tres naturels qui agissent et subissent en m�me temps.

 

 

 

Article 2 Ñ La puissance de Dieu est-elle infinie ?[54]

q. 1 a. 2 tit. 1 Secundo quaeritur utrum potentia Dei sit infinitaEt videtur quod non.

 Il semble que non.

 

Objections :[55]

1 q. 1 a. 2Arg. 1 Quia, ut dicitur in IX Metaph., text. 21] frustra esset in natura aliqua potentia activa cui non responderet aliqua passiva. Sed potentiae infinitae divinae non respondet aliqua passiva in natura. Ergo frustra esset divina potentia infinita.

1. Parce que, comme il est dit en MŽtaphysique (IX, 1, 1046 a 18[56]), une puissance active serait vaine dans la nature si ne lui correspondait pas une puissance passive. Mais ˆ la puissance divine infinie ne correspond pas de puissance passive dans la nature. Donc la puissance divine infinie serait sans raison.

q. 1 a. 2Arg. 2 Praeterea philosophus probat [in VIII Physic.], non esse potentiam infinitam magnitudine infinita : quia sequeretur quod ageret in non tempore. Nam maior virtus agit in minori tempore : unde quanto virtus est maior, tanto tempus est minus. Sed potentiae infinitae ad finitam nulla est proportio. Ergo nec temporis in quo agit potentia infinita, ad tempus in quo agit potentia finita. Cuiuslibet autem temporis ad quodlibet tempus est proportio. Ergo cum potentia finita moveat in tempore, potentia infinita movebit in non tempore. Eadem ratione si potentia Dei est infinita, semper operabitur in non tempore ; quod falsum est.

2. Le Philosophe prouve (Physique, VIII, 10, 266 a 24 Ð b 5) quÕil nÕy a pas de puissance infinie de grandeur infinie, parce quÕil sÕensuivrait quÕelle n'agirait pas dans le temps. Car un plus grand pouvoir agit dans un temps plus court ; aussi, plus le pouvoir est grand, plus le temps est court. Mais il nÕy a aucune proportion d'une puissance infinie ˆ une puissance finie. Donc, non plus du temps dans lesquels agit la puissance infinie au temps dans lequel agit une puissance finie. Or dÕun temps ˆ un autre, il y a une proportion. Donc comme une puissance finie meut dans le temps, la puissance infinie le fera hors du temps. Par la m�me raison, si la puissance de Dieu est infinie, il opŽrera toujours hors du temps, ce qui est faux.

q. 1 a. 2Arg. 3 Sed dices, quod voluntas divina non determinat quanto tempore velit effectum suum compleri ; et sic non oportet quod potentia divina semper agat in non tempore.- Sed contra, voluntas divina non potest immutare eius potentiam. Sed de ratione potentiae infinitae est quod agat in non tempore. Ergo hoc per voluntatem divinam immutari non potest.

3. Mais on pourrait dire que la volontŽ divine ne dŽtermine pas en combien de temps elle veut que son effet soit accompli ; et ainsi il ne faut pas que le puissance divine agisse toujours hors du temps. Ñ En sens contraire, la volontŽ de Dieu ne peut pas modifier sa puissance. Mais il est de la nature dÕune puissance infinie dÕagir hors du temps. Donc cela ne peut pas �tre changŽ par la volontŽ divine.

q. 1 a. 2Arg. 4 Praeterea, omnis potentia manifestatur per suum effectum. Sed Deus non potest facere effectum infinitum. Ergo potentia Dei non est infinita.

4. Toute puissance se manifeste par son effet. Mais Dieu ne peut pas produire un effet infini. Donc la puissance de Dieu nÕest pas infinie.

q. 1 a. 2Arg. 5 Praeterea, potentia proportionatur operationi. Sed operatio Dei est simplex. Ergo et potentia. Simplex autem et infinitum ad invicem repugnant. Ergo ut prius.

5. La puissance est proportionnŽe ˆ lÕopŽration. Mais l'opŽration de Dieu est simple. Donc sa puissance aussi. Mais le simple et l'infini sÕopposent lÕun ˆ lÕautre. Donc comme ci-dessus.

q. 1 a. 2Arg. 6 Praeterea, infinitum est passio quantitatis, ut philosophus dicit [in I Physic., text. 15] Sed Deus est absque quantitate et magnitudine. Ergo eius potentia non potest esse infinita.

6. LÕinfini est le support de la quantitŽ, comme le dit Aristote (Physique, I, 2, 185 a 15 - b 33-34[57]), mais Dieu est sans quantitŽ ni grandeur. Donc sa puissance ne peut pas �tre infinie.

q. 1 a. 2Arg. 7 Praeterea, omne quod est distinctum est finitum. Sed potentia Dei est distincta a rebus aliis. Ergo est finita.

7. Tout ce qui est distinct est fini. Mais la puissance de Dieu est distincte des autres attributs. Donc elle est finie.

q. 1 a. 2Arg. 8 Praeterea, infinitum dicitur per remotionem finis. Finis autem est triplex ; scilicet magnitudinis, ut punctus ; perfectionis, ut forma ; intentionis, ut causa finalis. Haec autem duo ultima, cum sint perfectionis, a Deo removeri non debent. Ergo divina potentia non debet dici infinita.

8. 0n parle dÕinfini si on exclut une fin. Mais la fin est triple : cÕest-ˆ-dire celle de la grandeur, comme le point ; de la perfection comme la forme ; de la fin comme la cause finale. Ces deux derni�res, puisquÕelles concernent la perfection ne doivent pas �tre exclues de Dieu. Donc on ne peut pas dire que la puissance divine est infinie.

q. 1 a. 2Arg. 9 Praeterea, si potentia Dei est infinita, hoc non potest esse nisi quia est effectuum infinitorum. Sed multa alia sunt quae habent effectus infinitos in potentia, ut intellectus, qui potest intelligere infinita in potentia, et sol qui potest producere effectus infinitos. Si ergo potentia Dei dicatur infinita, pari ratione et multae aliae erunt infinitae ; quod est impossibile.

9. Si la puissance de Dieu est infinie, cela n'est possible que parce quÕil sÕagit dÕeffets infinis. Mais il y a beaucoup dÕautres choses qui ont des effets infinis en puissance, comme lÕesprit, qui peut comprendre lÕinfini en puissance et le soleil qui peut produire des effets infinis. Donc, si on dit que la puissance de Dieu est infinie, ˆ raison Žgale, beaucoup dÕautres choses seront infinies, ce qui est impossible.

q. 1 a. 2Arg. 10 Praeterea, finis est quoddam ad nobilitatem pertinens. Sed omne quod est huiusmodi, rebus divinis debet attribui. Ergo potentia divina debet dici finita.

10. La fin a quelque rapport avec la noblesse. Mais tout ce qui est de ce genre doit �tre attribuŽ ˆ Dieu. Donc on doit dire que la puissance divine est finie.

q. 1 a. 2Arg. 11 Praeterea, infinitum, secundum philosophum [in III Physi., text. 66], est partis, et materiae : quae imperfectionis sunt, et Deo non conveniunt. Ergo nec infinitum est in potentia divina.

11. LÕinfini, selon le Philosophe (Physique, III, 6, 207 a 26[58]), concerne la partie et la mati�re, qui sont imparfaites et ne conviennent pas ˆ Dieu. Donc il n'y a pas dÕinfini dans la puissance divine.

q. 1 a. 2Arg. 12 Praeterea, secundum philosophum, terminus neque finitus neque infinitus est. Sed divina potentia est omnium rerum terminus. Ergo non est infinita.

12. Selon le Philosophe (Physique, I, 2, 185 b 16-18[59]), le terme n'est ni fini, ni infini. Mais la puissance divine est la destination de tout. Donc elle nÕest pas infinie.

q. 1 a. 2Arg. 13 Praeterea, Deus agit tota potentia sua. Si ergo potentia eius est infinita, semper effectus eius erit infinitus ; quod erat impossibile.

13. Dieu agit par toute sa puissance. Si donc elle est infinie, son effet sera toujours infini ; ce qui Žtait impossible.

 

En sens contraire :

q. 1 a. 2 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicit Damascenus, quod infinitum est quod neque tempore neque loco neque comprehensione finitur. Hoc autem convenit divinae potentiae. Ergo divina potentia est infinita.

1. Il y a ce que dit Jean Damasc�ne (La foi orthodoxe, I, 4[60]) : lÕinfini est ce qui est sans limite, ni dans le temps, ni dans le lieu, ni dans son apprŽhension[61]. Cela convient ˆ la puissance divine. Donc la puissance divine est infinie.

q. 1 a. 2 s. c. 2 Praeterea, Hilarius dicit : Deus immensae virtutis, vivens potestas, quae nusquam non adsit nec usquam desit. Omne autem immensum est infinitum. Ergo potentia Dei est infinita.

2. Hilaire dit (La TrinitŽ, VIII, 24[62]) : ÇDieu dÕimmense pouvoir, puissance vivante, qui nÕest absente de nulle part, ni jamais ne manqueÈ. Tout ce qui est immense est infini. Donc la puissance de Dieu est infinie

 

RŽponse :

q. 1 a. 2 co. Respondeo. Dicendum, quod infinitum dicitur dupliciter. Uno modo privative ; et sic dicitur infinitum quod natum est habere finem et non habet : tale autem infinitum non invenitur nisi in quantitatibus. Alio modo dicitur infinitum negative, id est quod non habet finem.

On parle de lÕinfini de deux mani�res :a) DÕune mani�re privative et ainsi on appelle infini ce qui est destinŽ ˆ avoir une fin et nÕen a pas ; un tel infini ne se trouve que dans les quantitŽs. b) DÕune autre mani�re, on parle dÕinfini de mani�re nŽgative, cÕest-ˆ-dire de ce qui nÕa pas de fin.

Infinitum primo modo acceptum Deo convenire non potest, tum quia Deus est absque quantitate, tum quia omnis privatio imperfectionem designat, quae longe a Deo est.

LÕinfini re�u en Dieu de la premi�re mani�re ne peut pas convenir, dÕune part parce quÕil nÕy a pas de quantitŽ en lui, dÕautre part parce que toute privation dŽsigne une imperfection, ce qui ne convient pas ˆ Dieu.


Infinitum autem dictum negative convenit Deo quantum ad omnia quae in ipso sunt. Quia nec ipse aliquo finitur, nec eius essentia, nec sapientia, nec potentia, nec bonitas ; unde omnia in ipso sunt infinita. Sed de infinitate eius potentiae specialiter sciendum est, quod cum potentia activa sequatur actum, quantitas potentiae sequitur quantitatem actus ; unumquodque enim tantum abundat in virtute agendi quantum est in actu.

LÕinfini exprimŽ nŽgativement convient ˆ Dieu pour tout ce qui est en lui. Parce que lui-m�me nÕest fini par rien, ni son essence, ni sa sagesse, ni sa puissance, ni sa bontŽ, non plus ; c'est pourquoi tout en lui est infini. Mais ˆ propos de lÕinfinitŽ de sa puissance, il faut savoir spŽcialement que, puisque la puissance active suit lÕacte, la grandeur de la puissance suit la grandeur de lÕacte ; car chaque chose est riche en pouvoir dÕagir qu'autant qu'il est en acte.

Deus autem est actus infinitus, quod patet ex hoc quod actus non finitur nisi dupliciter. Uno modo ex parte agentis ; sicut ex voluntate artificis recipit quantitatem et terminum pulchritudo domus. Alio modo ex parte recipientis ; sicut calor in lignis terminatur et quantitatem recipit secundum dispositionem lignorum.

Dieu est aussi lÕacte infini, ce qui appara”t du fait quÕun acte nÕest fini que de deux mani�res : a) Du c™tŽ de lÕagent ; ainsi la beautŽ de la maison re�oit de la volontŽ de l'artisan sa grandeur et sa destination. b) Du c™tŽ de celui qui re�oit ; ainsi la chaleur sÕach�ve dans les morceaux de bois et re�oit son intensitŽ de leur disposition[63].

Ipse autem divinus actus non finitur ex aliquo agente, quia non est ab alio, sed est a se ipso ; neque finitur ex alio recipiente, quia cum nihil potentiae passivae ei admisceatur, ipse est actus purus non receptus in aliquo ; est enim Deus ipsum esse suum in nullo receptum.

Mais lÕacte divin m�me nÕest limitŽ par aucun agent, parce qu'il ne dŽpend pas dÕun autre mais de lui-m�me, et il nÕest pas limitŽ par un autre qui le re�oit, parce que, rien en lui nÕest m�lŽ de puissance passive, il est acte pur, re�u en rien ; car Dieu est son �tre m�me, re�u en rien[64].

Unde patet quod Deus est infinitus ; quod sic videri potest. Esse enim hominis terminatum est ad hominis speciem, quia est receptum in natura speciei humanae ; et simile est de esse equi, vel cuiuslibet creaturae. Esse autem Dei, cum non sit in aliquo receptum, sed sit esse purum, non limitatur ad aliquem modum perfectionis essendi, sed totum esse in se habet ; et sic sicut esse in universali acceptum ad infinita se potest extendere, ita divinum esse infinitum est ; et ex hoc patet quod virtus vel potentia sua activa, est infinita.

Par lˆ, il appara”t que Dieu est infini : ce quÕon peut voir ainsi : lÕ�tre de lÕhomme, en effet, se termine ˆ son esp�ce, parce quÕil est re�u dans la nature de lÕesp�ce humaine ; et cÕest pareil pour lÕ�tre du cheval ou celui de n'importe quelle crŽature. Mais comme lÕ�tre de Dieu n'est re�u en rien, et quÕil est �tre pur, il nÕest pas limitŽ ˆ un mode de perfection dÕ�tre, mais il poss�de en lui la totalitŽ de lÕ�tre ; et ainsi de m�me que l'�tre re�u en son sens universel peut sÕŽtendre ˆ lÕinfini, de m�me lÕ�tre divin est infini ; et cela montre que son pouvoir ou sa puissance active[65] est infinie.

Sed sciendum quod quamvis potentia habeat infinitatem ex essentia, tamen ex hoc ipso quod comparatur ad ea quorum est principium, recipit quemdam modum infinitatis quem essentia non habet. Nam in obiectis potentiae, quaedam multitudo invenitur ; in actione etiam invenitur quaedam intensio secundum efficaciam agendi, et sic potest potentiae activae attribui quaedam infinitas secundum conformitatem ad infinitatem quantitatis et continuae et discretae. Discretae quidem secundum quod quantitas potentiae attenditur secundum multa vel pauca obiecta ; et haec vocatur quantitas extensiva : continuae vero, secundum quod quantitas potentiae attenditur in hoc quod remisse vel intense agit ; et haec vocatur quantitas intensiva. Prima autem quantitas convenit potentiae respectu obiectorum, secunda vero respectu actionis. Istorum enim duorum activa potentia est principium.

Mais il faut savoir que, quoique la puissance poss�de l'infinitŽ par l'essence, cependant du fait quÕelle est comparŽe ˆ ce dont elle est le principe, elle re�oit un mode dÕinfinitŽ que lÕessence ne poss�de pas. Car dans ce qui prŽsente de la puissance, on trouve une certaine pluralitŽ ; mais dans lÕaction aussi, on trouve un accroissement selon lÕefficacitŽ de lÕaction et ainsi on peut attribuer ˆ la puissance active une infinitŽ en conformitŽ ˆ lÕinfini d'une quantitŽ continue et discr�te. Discr�te[66] selon que la quantitŽ de la puissance est dirigŽe vers beaucoup ou peu dÕobjets ; on lÕappelle quantitŽ extensive ; continue, selon que la quantitŽ de la puissance est poussŽe ˆ agir doucement ou intensŽment et on lÕappelle la quantitŽ intensive. La premi�re quantitŽ convient ˆ la puissance par rapport aux objets, la seconde par rapport ˆ lÕaction. Car la puissance active est le principe des deux.

Utroque autem modo divina potentia est infinita. Nam nunquam tot effectus facit quin plures facere possit, nec unquam ita intense operatur quin intensius operari possit. Intensio autem in operatione divina non est attendenda secundum quod operatio est in operante, quia sic semper est infinita, cum operatio sit divina essentia ; sed attendenda est secundum quod attingit effectum ; sic enim a Deo moventur quaedam efficacius, quaedam minus efficaciter.

Des deux mani�res la puissance divine est infinie. Car jamais elle ne produit tant dÕeffets quÕelle ne puisse en produire davantage, et jamais elle n'op�re de fa�on si intense quÕelle ne puisse opŽrer plus intensŽment. Mais lÕintensitŽ ne doit pas �tre Žtablie dans lÕopŽration divine selon que lÕopŽration est dans celui qui op�re, parce quÕelle est toujours infinie, puisque lÕopŽration est lÕessence divine ; mais elle doit �tre Žtablie selon quÕelle arrive ˆ un effet ; car certaines choses sont ainsi mues par Dieu plus efficacement, dÕautres moins.

 

Solutions :

q. 1 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod nihil quod est in Deo, potest dici frustra, quia frustra est quod est ad aliquem finem quem non potest attingere ; Deus autem et quae in ipso sunt, non sunt ad finem, sed sunt finis. Vel dicendum, quod philosophus loquitur activa naturali. Res enim naturales coordinatae sunt ad invicem, et etiam omnes creaturae : Deus autem est extra hunc ordinem ; ipse enim est ad quem totus hic ordo ordinatur, sicut ad bonum extrinsecum, ut exercitus ad ducem, secundum philosophum [in XII MŽtaph., texte 52 et 53]. Et ideo non oportet ut ei quod est in Deo, aliquid in creaturis respondeat.

 1. Rien de ce qui est en Dieu ne peut �tre considŽrŽ comme vain, parce qu'est vain ce qui est en vue d'une fin quÕil ne peut atteindre. Mais Dieu, ainsi que ce qui est en lui, nÕest pas en vue dÕune fin, mais est la fin. Ou bien il faut dire que le Philosophe parle de puissance active naturelle. Car les choses naturelles sont coordonnŽes entre elles, toutes les crŽatures aussi : mais Dieu est hors de cet ordre ; car lui-m�me est celui ˆ quoi tout cet ordre est ordonnŽ comme ˆ un bien extrins�que, comme lÕarmŽe est ordonnŽe au gŽnŽral, selon le Philosophe (MŽtaphysique, (L) XII, 10, 1075 a 13). Et c'est pourquoi il ne faut pas que quelque chose dans les crŽatures corresponde ˆ ce qui est en Dieu.

q. 1 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod secundum Commentatorem in VIII Physic. [com. 79],demonstratio illa de proportione temporis et potentia moventis procedit infinita in magnitudine, quae proportionatur infinito temporis cum sint unius generis determinati, scilicet continuae quantitatis, non autem tenet de infinito extra magnitudinem, quod non est proportionale infinito temporis, utpote alterius rationis existens. Vel dicendum, ut tactum est in obiiciendo, quod Deus quia agit voluntarie, mensurat motum eius quod ab eo movetur, sicut vult.

 2. Il faut dire que, pour le Commentateur[67] (Physique, VIII, 10[68]), cette dŽmonstration au sujet de la proportionnalitŽ du temps et de la puissance du moteur, proc�de dÕune puissance infinie en grandeur, proportionnŽe ˆ lÕinfini du temps, puisquÕils sont d'un seul genre dŽterminŽ, ˆ savoir de la quantitŽ continue, mais elle ne tient pas dÕun infini hors grandeur, qui est sans proportion avec lÕinfini du temps, du fait quÕil existe dÕune autre mani�re. Ou il faut dire, comme cependant on lÕa signalŽ dans l'objection, que parce quÕil agit volontairement, Dieu mesure le mouvement de ce qu'il meut, comme il le veut.


q. 1 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod licet voluntas Dei non possit mutare eius potentiam, potest tamen determinare eius effectum. Nam voluntas potentiam movet.

 3. Quoique la volontŽ de Dieu ne puisse pas modifier sa puissance, il peut cependant limiter son effet. Car cÕest la volontŽ qui met en mouvement la puissance.

q. 1 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ipsa ratio facti vel creati repugnat infinito. Nam ex hoc ipso quod fit ex nihilo, habet aliquem defectum, et est in potentia, non actus purus ; et ideo non potest aequari primo infinito ut sit infinitum.

 4. La nature de lÕobjet fabriquŽ ou de la crŽature sÕoppose ˆ lÕinfini. En effet, ce qui est fait de rien a une imperfection et est en puissance et non acte pur ; et cÕest pourquoi, cela ne peut �tre ŽgalŽ au premier infini pour �tre infini.

q. 1 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod infinitum privative dictum, quod est passio quantitatis, repugnat simplicitati, non autem infinitum quod est negative dictum.

 5. LÕinfini dit privatif qui est ce qui supporte la quantitŽ, sÕoppose ˆ la simplicitŽ mais pas l'infini dit nŽgatif.

q. 1 a. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod illa ratio procedit de infinito privative dicto.

 6. Cette raison proc�de de lÕinfini dit privatif.

q. 1 a. 2 ad 7 Ad septimum dicendum, quod aliquid potest esse distinctum dupliciter. Uno modo per aliud sibi adiunctum, sicut homo distinguitur per rationalem differentiam ab asino, et tale distinctum oportet esse finitum, quia illud adiunctum determinat ipsum ad aliquid. Alio modo per se ipsum ; et sic Deus est distinctus ab omnibus rebus, et hoc eo ipso quia nihil addi ei est possibile ; unde non oportet quod sit finitus neque ipse neque aliquid quod in ipso significatur.

 7. Quelque chose peut �tre distinct de deux fa�ons : a) Par ce qui d'autre lui est ajoutŽ, ainsi lÕhomme est distinguŽ de lÕ‰ne par la raison et ce qui est distinct de cette fa�on doit �tre fini, parce que ce qui est ajoutŽ, le limite ˆ une chose. b) Par soi-m�me. Ainsi Dieu est distinguŽ de tout, et cela parce qu'il est impossible de rien lui ajouter ; c'est pourquoi il ne faut pas quÕil soit fini, ni lui-m�me ni rien de ce qui est signifiŽ en lui.

q. 1 a. 2 ad 8 Ad octavum dicendum, quod finis cum sit perfectionis, Deo nobilissimo modo attribuitur, scilicet ut ipse essentialiter sit finis, non denominative finitus.

 8. Il faut dire que, comme la fin concerne la perfection, elle est attribuŽe ˆ Dieu par le mode le plus noble, ˆ savoir pour quÕil soit lui-m�me essentiellement la fin et quÕon ne le dŽsigne pas comme fini.

q. 1 a. 2 ad 9 Ad nonum dicendum, quod sicut in quantitatibus potest considerari infinitum secundum unam dimensionem et non secundum aliam, et iterum infinitum secundum omnem dimensionem, ita et in effectibus. Possibile est enim aliquam creaturam posse producere effectus infinitos quantum est de se, secundum aliquid, utpote secundum numerum in eadem specie ; et sic omnium illorum effectuum natura est finita, utpote ad unam speciem determinata, ut si accipiamus homines vel asinos infinitos. Non est autem possibile ut sit aliqua creatura quae possit in effectus infinitos omnibus modis et secundum numerum et secundum species et secundum genera ; sed hoc solius Dei est, et ideo sola eius potentia est simpliciter infinita.

 9. Dans les quantitŽs, on peut considŽrer lÕinfini selon une dimension et non selon une autre, et ˆ nouveau lÕinfini selon toute dimension ; il en est de m�me pour les effets. Car il est possible quÕune crŽature puisse produire des effets infinis quant ˆ elle, sous un rapport, par exemple, selon le nombre dans la m�me esp�ce ; et ainsi la nature de tous ces effets est finie, en tant que limitŽe ˆ une seule esp�ce, comme si nous admettions des hommes ou des ‰nes infinis. Mais il n'est pas possible qu'il y ait une crŽature qui puisse avoir des effets infinis de toutes les mani�res, selon le nombre, lÕesp�ce et le genre ; cela n'appartient qu'ˆ Dieu seul et cÕest pourquoi seule sa puissance est absolument infinie.

q. 1 a. 2 ad 10 Ad decimum dicendum, sicut ad octavum.

 10. Il faut dire comme pour la solution 8.

q. 1 a. 2 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod ratio illa procedit de infinito privative dicto.

 11. Cette raison proc�de de lÕinfini dit privatif.

q. 1 a. 2 ad 12 Et similiter dicendum ad duodecimum.

 12. Il faut dire de m�me.

q. 1 a. 2 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod Deus semper agit tota sua potentia ; sed effectus terminatur secundum imperium voluntatis, et ordinem rationis.

 13. Dieu agit toujours par toute sa puissance, mais son effet est limitŽ selon le pouvoir de sa volontŽ et lÕordre de la raison.

 

 

 

Article 3 Ñ Ce qui est impossible ˆ la nature est-il possible ˆ Dieu ?

q. 1 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum ea quae sunt naturae impossibilia, sint Deo possibilia. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[69]

q. 1 a. 3Arg. 1 Dicit enim quaedam Glossa [ordin., super illud Contra naturam insertus], Rom. XI, vers. 24, quod Deus cum sauctor naturae non potest facere contra naturam. Sed ea quae sunt impossibilia naturae sunt contra naturam. Ergo Deus ea facere non potest.

1. Une glose[70], au sujet de Rm. 11, 24 : (ÇGreffŽ contre natureÉÈ), dit que, puisque Dieu est lÕauteur de la nature, il ne peut pas agir contre elle. Mais ce qui est impossible ˆ la nature est contre elle. Donc Dieu ne peut pas le faire.

 1 a. 3Arg. 2 Praeterea, sicut omne in natura necessarium est demonstrabile, ita omne impossibile in natura, est improbabile per demonstrationem. Sed in omni conclusione demonstrationis includuntur demonstrationis principia ; in omnibus autem demonstrationis principiis includitur hoc principium, quod affirmatio et negatio non sunt simul vera. Ergo istud principium includitur in quolibet impossibili naturae. Sed Deus non potest facere quod negatio et affirmatio sint simul vera, ut respondens dicebat. Ergo nullum impossibile in natura potest facere.

2. Tout ce qui est nŽcessaire dans la nature peut �tre dŽmontrŽ, de m�me tout ce qui y est impossible ne peut pas �tre prouvŽ par dŽmonstration. Mais les principes de la dŽmonstration sont inclus dans toute conclusion ; donc dans tous les principes de dŽmonstration est inclus ce principe : ÇLÕaffirmation et la nŽgation ne sont pas vraies en m�me tempsÈ. Donc ce principe est inclus dans tout ce qui est impossible dans la nature. Mais Dieu ne peut pas faire que la nŽgation et lÕaffirmation soient vraies en m�me temps, comme lÕobjecteur le disait. Donc il ne peut rien faire dÕimpossible dans la nature.

q. 1 a. 3Arg. 3 Praeterea, sub Deo sunt duo principia, ratio et natura. Sed Deus ea quae sunt impossibilia rationi, facere non potest, sicut quod genus non praedicetur de specie. Ergo nec illa quae sunt impossibilia naturae.

3. Il y a deux principes sous Dieu : la raison[71] et la nature. Mais Dieu ne peut pas faire ce qui est impossible pour la raison, par exemple que le genre ne soit pas attribuŽ ˆ lÕesp�ce. Donc il ne peut pas faire ce qui est impossible ˆ la nature

q. 1 a. 3Arg. 4 Praeterea, sicut se habet falsum et verum ad cognitionem, ita se habet possibile et impossibile ad operationem. Sed illud quod est falsum in natura, Deus scire non potest. Ergo quod est impossibile in natura, Deus non potest operari.

4. De la m�me mani�re que le faux et le vrai se comportent par rapport ˆ la connaissance, le possible et l'impossible le font par rapport ˆ l'opŽration. Mais Dieu ne peut pas conna”tre ce qui est faux dans la nature[72]. Donc Dieu ne peut pas faire ce qui est impossible dans la nature.

q. 1 a. 3Arg. 5 Praeterea, quando est simile de uno et omnibus, quod probatur de uno, intelligitur de omnibus esse probatum ; sicut si probatur de uno triangulo, demonstrato quod habeat tres aequales duobus rectis, de omnibus intelligitur esse probatum. Sed similis ratio videtur de omni impossibili, quod Deus illud possit et non possit ; tum ex parte facientis, quia divina potentia infinita est : tum ex parte facti, quia omnis res habet potentiam obedientiae ad Deum. Ergo si aliquod impossibile est naturae quod facere non possit, ut respondens dicebat, videtur quod nullum impossibile facere possit.

5. Quand lÕun et le tout sont semblables, ce qui est prouvŽ pour lÕun est compris comme prouvŽ pour le tout. Ainsi si on prouve, apr�s dŽmonstration, quÕun triangle a trois angles Žgaux ˆ deux droits, on comprend que cÕest prouvŽ pour tous les triangles. Mais une raison semblable para”t sÕappliquer ˆ tout ce qui est impossible, que Dieu le puisse ou ne le puisse pas ; d'une part du c™tŽ de celui qui agit, parce que la puissance divine est infinie, d'autre part du c™tŽ de ce qui est fait, parce que toute chose a une puissance obŽdientielle ˆ Dieu[73]. Donc s'il y a quelque chose d'impossible ˆ la nature quÕil ne puisse pas faire, comme celui qui a rŽpondu le disait, il semble quÕil ne puisse rien faire dÕimpossible.

q. 1 a. 3Arg. 6 Praeterea, II Timoth. II, 13, dicitur : Fidelis Deus, qui se ipsum negare non potest. Negaret autem se ipsum, ut dicit Glossa [interlinear.], si promissum non impleret. Sicut autem promissum Dei est a Deo, ita omne verum est a Deo : quia, ut dicit Glossa Ambrosii [Ambrosiastri] I Cor. XII, 3, super illud : Nemo potest dicere, dominus Iesus, omne verum, a quocumque dicatur, a spiritu sancto est. Ergo non potest facere contra aliquod verum. Faceret autem contra verum, si faceret aliquid impossibile. Ergo Deus non potest facere aliquid impossibile in natura.

6. En 2 Tm. 2,13, il est dit : ÇLe Dieu fid�le qui ne peut pas se nier lui-m�meÉÈ. Il se nierait lui-m�me, comme le dit la glose [interlinŽaire[74]], sÕil nÕaccomplissait pas ce qu'il a promis. De m�me que la promesse de Dieu vient de lui, de m�me toute vŽritŽ vient de lui, parce que, comme le dit la glose dÕAmbroise (Ambrosiaster) au sujet de I Co. 12, 3 : ÇPersonne ne peut dire, Seigneur JŽsusÉÈ, toute vŽritŽ, qui que soit celui qui la dise, vient de lÕEsprit Saint. Donc il ne peut pas agir contre la vŽritŽ. Il agirait contre elle, sÕil faisait quelque chose d'impossible. Donc Dieu ne peut rien faire dÕimpossible dans la nature.

q. 1 a. 3Arg. 7 Praeterea, Anselmus dicit [lib. I,Cur deus homo, cap. X1], quod minimum inconveniens Deo est impossibile. Sed inconveniens esset quod affirmatio et negatio essent simul vera, quia intellectus esset ligatus. Ergo Deus non potest facere hoc ; et ita non potest facere omnia impossibilia in natura.

7. Anselme dit (Cur Deus homo, livre 1, ch. 20[75]) que la plus petite inconvenance est impossible ˆ Dieu. Mais il ne conviendrait pas que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies en m�me temps, parce que lÕintellect aurait ŽtŽ liŽ. Donc Dieu ne peut pas le faire ; et ainsi il ne peut pas faire tout ce qui est impossible dans la nature.

q. 1 a. 3Arg. 8 Praeterea, nullus artifex potest operari contra artem suam : quia principium suae operationis est ars. Sed Deus faceret contra artem suam, si faceret aliquid impossibile in natura : quia naturae ordo, secundum quem illud est impossibile, est secundum artem divinam. Ergo Deus et cetera.

8. Aucun artisan ne peut opŽrer contre son art, parce que celui-ci est le principe de son opŽration. Mais Dieu agirait contre son art, sÕil faisait quelque chose dÕimpossible dans la nature ; parce que l'ordre de la nature, qui entra”ne l'impossibilitŽ, dŽpend de lÕart divin. Donc Dieu, etc..

q. 1 a. 3Arg. 9 Praeterea, magis est impossibile quod est impossibile per se quam quod est impossibile per accidens. Sed Deus non potest facere quod est impossibile per accidens, scilicet quod id quod fuit non fuerit, ut patet per Hieronymum [ad Eustochium de custodia virginitatis] qui dicit, quod cum cetera Deus possit, non potest facere virginem de corrupta ; et per Augustinum [contra Faustum], et per philosophum [in V Ethic., cap. V]. Ergo Deus non potest facere id quod est impossibile per se in natura.

9. Plus est impossible ce qui est impossible en soi que ce qui lÕest par accident. Mais Dieu ne peut pas faire ce qui est impossible par accident[76], par exemple que ce qui a existŽ ne l'ait pas ŽtŽ, comme on le voit chez JŽr™me (Lettre ˆ Eustochium sur la sauvegarde de la virginitŽ) qui dit qu'encore que Dieu puisse toutes les autres choses, il ne peut pas rendre vierge celle qui est dŽflorŽe[77]. Augustin (C. Faust. 26[78]) et le philosophe (ƒthique, VI, 2, 1139 b 10[79]) le montrent aussi. Donc Dieu ne peut pas faire ce qui est impossible en soi dans la nature[80].

 

En sens contraire :[81]

q. 1 a. 3 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Lucae I, 37 : Non erit impossibile apud Deum omne verbum.

1. En Lc (1, 37) il est dit : ÇAucune parole[82] ne sera impossible ˆ Dieu.È

q. 1 a. 3 s. c. 2 Praeterea, omnis potentia quae potest facere hoc et non illud, est potentia limitata. Si ergo Deus potest facere possibilia in natura, et non impossibilia, vel haec impossibilia et non illa, videtur quod Dei potentia sit limitata, quod est contra supra determinata. Ergo et cetera.

2. Toute puissance qui peut faire ceci et non cela est une puissance limitŽe. Si donc Dieu peut faire dans la nature ce qui est possible et ne pas faire ce qui y est impossible, ou certaines choses impossibles et non d'autres, sa puissance semble limitŽe, ce qui est contre ce qui a ŽtŽ expliquŽ ci-dessus[83]. DoncÉ

q. 1 a. 3 s. c. 3 Praeterea, omne illud quod non limitatur per aliquid quod est in re, per nihil quod est in re impediri potest. Sed Deus non limitatur per aliquid quod est in re. Ergo per nihil quod est in re potest impediri ; et ita veritas huius principii : Affirmatio et negatio non possunt esse simul, non potest impedire quin Deus possit facere. Et pari ratione de omnibus aliis.

3. Tout ce qui nÕest pas limitŽ par quelque chose de rŽel, ne peut �tre emp�chŽ par rien de rŽel. Mais Dieu nÕest limitŽ par rien de rŽel. Donc il ne peut �tre emp�chŽ par rien en rŽalitŽ et ainsi la vŽritŽ de ce principe : ÇLÕaffirmation et la nŽgation ne peuvent exister simultanŽmentÈ, ne peut pas emp�cher que Dieu puisse agir. Et ˆ raison Žgale pour tout le reste.

. 1 a. 3 s. c. 4 Praeterea, privationes non suscipiunt magis et minus. Sed impossibile dicitur secundum privationem potentiae. Si ergo unum impossibile est quod Deus facere potest, ut caecum illuminare, videtur pari ratione quod potest facere omnia.

4. Les privations ne re�oivent ni plus ni moins. Mais on parle d'impossible en raison de la privation de puissance. Si donc il y a une seule chose impossible que Dieu peut faire, comme rendre la vue ˆ un aveugle, ˆ raison Žgale, il semble quÕil peut tout faire.

q. 1 a. 3 s. c. 5 Praeterea, omne quod resistit alicui, resistit in ratione alicuius oppositionis. Sed potentiae divinae nihil est oppositum, ut ex supra dictis patet. Ergo ei nihil potest resistere ; et ita potest facere omnia impossibilia.

5. Tout ce qui rŽsiste ˆ quelque chose, lui rŽsiste en raison dÕune opposition. Mais rien nÕest opposŽ ˆ la puissance divine, comme on le voit dans ce qui a ŽtŽ dit ci-dessus. Donc rien ne peut lui rŽsister et ainsi il peut accomplir tout ce qui est impossible.

q. 1 a. 3 s. c. 6 Praeterea, sicut caecitas opponitur visioni, ita virginitas partui. Sed Deus fecit quod virgo, manens virgo, pareret. Ergo pari ratione potest facere quod caecus, manens caecus, videat, et potest facere quod affirmatio et negatio sint simul vera, et per consequens omnia impossibilia.

6. La cŽcitŽ est opposŽe ˆ la vision, comme la virginitŽ ˆ lÕenfantement. Mais Dieu a fait quÕune vierge enfante, en demeurant vierge. Donc ˆ raison Žgale, il peut faire que lÕaveugle voit tout en demeurant aveugle et que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies en m�me temps et par consŽquence il peut faire tout ce qui est impossible.

q. 1 a. 3 s. c. 7 Praeterea, difficilius est coniungere formas substantiales disparatas quam formas accidentales. Sed Deus coniunxit in unum formas substantiales maxime disparatas, scilicet divinam et humanam, quae differunt secundum creatum et increatum. Ergo multo amplius potest coniungere duas formas accidentales in unum, ut faciat quod idem sit album et nigrum : et sic idem quod prius.

7. Il est plus difficile d'unir des formes substantielles diffŽrentes que des formes accidentelles. Mais Dieu a rŽuni en un seul �tre les formes substantielles les plus ŽloignŽes, cÕest-ˆ-dire la forme divine et la forme humaine qui diff�rent en tant que crŽŽe et incrŽŽe. Donc il peut bien davantage unir deux formes accidentelles en une seule, pour faire qu'une m�me chose soit blanche et noire, et ainsi de m�me que plus haut[84].

q. 1 a. 3 s. c. 8 Praeterea, posito quod a definito removeatur aliquid quod cadat in eius definitione, sequitur contraria esse simul, sicut quod homo non sit rationalis. Sed terminari ad duo puncta est in definitione lineae rectae. Ergo si quis hoc removeat a linea recta, sequitur quod duo contraria sint simul. Sed Deus hoc fecit quando intravit ianuis clausis ad discipulos : tunc enim fuerunt duo corpora simul, et sic sequitur quod duae lineae fuerunt terminatae ad duo puncta tantum, et unaquaeque ad duo puncta. Ergo Deus potest facere quod affirmatio et negatio sint simul vera, et per consequens potest facere omnia impossibilia.

8. SupposŽ qu'on exclut un ŽlŽment qui se trouve dans sa dŽfinition, il en dŽcoule que les contraires sont ensemble ; ainsi que lÕhomme ne soit pas raisonnable. Mais la ligne droite est par dŽfinition terminŽe par deux points. Donc si on exclut cela de la ligne droite, il sÕensuit que deux contraires sont ensemble. Mais Dieu le fit quand il entra chez les disciples, les portes fermŽes : car il y eut deux corps en m�me temps, et ainsi il s'ensuit que deux lignes se sont terminŽes ˆ deux points seulement, et chacune ˆ deux points. Donc Dieu peut faire que lÕaffirmation et la nŽgation soit vraies en m�me temps et par consŽquence il peut faire tout ce qui est impossible.

 

RŽponse :

q. 1 a. 3 co. Respondeo. Dicendum, quod, secundum philosophum [ in V Metaph., text. 17], possibile et impossibile dicuntur tripliciter. Uno modo secundum aliquam potentiam activam vel passivam ; sicut dicitur homini possibile ambulare secundum potentiam gressivam, volare vero impossibile. Alio modo non secundum aliquam potentiam, sed secundum se ipsum, sicut dicimus possibile quod non est impossibile esse, et impossibile dicimus quod necesse est non esse.

Il faut dire que, selon le Philosophe (MŽtaphysique, (Æ) V, 12, 1019 b 23 ss.), on parle de possible et dÕimpossible de trois mani�res[85] : a) Selon une puissance active ou passive ; ainsi on dit quÕil est possible ˆ un homme de marcher selon qu'il en a le pouvoir, mais voler lui est impossible. b) Hors puissance mais en soi ; ainsi nous appelons possible ce qui nÕa pas l'impossibilitŽ dÕ�tre et nous appelons impossible ce qui a nŽcessitŽ de ne pas �tre.

Sciendum est ergo quod impossibile quod dicitur secundum nullam potentiam, sed secundum se ipsum, dicitur ratione discohaerentiae terminorum. Omnis autem discoherentia terminorum est in ratione alicuius oppositionis ; in omni autem oppositione includitur affirmatio et negatio, ut probatur X Metaph. [text.. comm. 15] ; unde in omni tali impossibili implicatur affirmationem et negationem esse simul. Hoc autem nulli activae potentiae attribui potest ; quod sic patet. Omnis activa potentia consequitur actualitatem et entitatem eius cuius est.

Donc il faut savoir que lÕimpossible dont on parle hors puissance, mais en soi, est dŽfini en raison de la contradiction des termes. Toute contradiction des termes vient dÕune opposition : dans toute opposition sont incluses lÕaffirmation et la nŽgation, comme cÕest prouvŽ en MŽtaphysique (G) IV, 3, 1005 b 18[86]). CÕest pourquoi en toute impossibilitŽ de ce genre est impliquŽ que lÕaffirmation et la nŽgation soient en m�me temps. Cela ne peut �tre attribuŽ ˆ aucune puissance active ; ce qui para”t ainsi : toute puissance active suit lÕactualitŽ et lÕentitŽ de ce dont elle dŽpend.

Unumquodque autem agens est natum agere sibi simile ; unde omnis actio activae potentiae terminatur ad esse. Etsi enim aliquando fit per actionem non esse, ut in corruptione patet, tamen hoc non est nisi in quantum esse unius non compatitur esse alterius, sicut esse calidi non compatitur esse frigidi ; et ideo calor ex principali intentione generat calidum, sed quod corrumpat frigidum, hoc est ex consequenti. Hoc autem quod est affirmationem et negationem esse simul, rationem entis habere non potest, nec etiam non entis, quia esse tollit non esse, et non esse tollit esse : unde nec principaliter nec ex consequenti potest esse terminus alicuius actionis potentiae activae.

Tout agent est destinŽ ˆ faire du semblable ˆ soi : c'est pourquoi toute action d'une puissance active se termine ˆ lÕ�tre. Car m�me si quelquefois par son action, cela devient du non �tre, comme on le voit dans la corruption, cependant cela nÕarrive que dans la mesure o� lÕ�tre de lÕun ne supporte pas celui de lÕautre ; ainsi l'�tre du chaud ne supporte pas celui du froid ; et cÕest pourquoi la chaleur tend principalement ˆ engendrer le chaud, mais elle dŽtruit le froid, cÕen est la consŽquence. Le fait que lÕaffirmation et la nŽgation soient ensemble, ne peut avoir nature d'�tre, ni m�me de non �tre, parce que lÕ�tre enl�ve le non �tre et le non �tre enl�ve lÕ�tre : c'est pourquoi ni principalement, ni par consŽquence, cela ne peut pas �tre le terme de l'action dÕune puissance active[87].

Impossibile vero quod dicitur secundum aliquam potentiam potest attendi dupliciter. Uno modo propter defectum ipsius potentiae ex se ipsa, quia videlicet ad illum effectum non potest se extendere, utpote quando non potest agens naturale transmutare aliquam materiam.

Ce qu'on dŽsigne comme impossible selon la puissance peut �tre atteint de deux mani�res : 1) A cause de la dŽfaillance de la puissance m�me par soi, parce quÕil est clair qu'elle ne peut parvenir ˆ cet effet ; par exemple quand lÕagent naturel ne peut pas opŽrer un changement dans la mati�re.

alio modo ab extrinseco, utpote cum potentia alicuius impeditur vel ligatur. Sic ergo aliquid dicitur impossibile fieri tribus modis. Uno modo propter defectum activae potentiae, sive in transmutando materiam, sive in quocumque alio ; alio modo propter aliquod resistens vel impediens ; tertio modo propter hoc quod id quod dicitur impossibile fieri, non potest esse terminus actionis.

2) De lÕextŽrieur, par exemple, quand la puissance est emp�chŽe ou liŽe. Ainsi donc, on dit quÕune chose devient impossible de trois mani�res : a) A cause de la dŽfaillance de la puissance active, soit dans la transformation de la mati�re, soit en tout autre chose.b) A cause d'une rŽsistance ou d'un emp�chement.c) Parce que ce qu'on dit impossible ˆ rŽaliser ne peut pas �tre le terme de l'action.

Ea ergo quae sunt impossibilia in natura primo vel secundo modo, Deus facere potest. Quia eius potentia, cum sit infinita, in nullo defectum patitur, nec est aliqua materia quam transmutare non possit ad libitum ; eius enim potentiae resisti non potest. Sed id quod tertio modo dicitur impossibile, Deus facere non potest, cum Deus sit actus maxime, et principale ens. Unde eius actio non nisi ad ens terminari potest principaliter, et ad non ens consequenter. Et ideo non potest facere quod affirmatio et negatio sint simul vera, nec aliquod eorum in quibus hoc impossibile includitur. Nec hoc dicitur non posse facere propter defectum suae potentiae : sed propter defectum possibilis, quod a ratione possibilis deficit ; propter quod dicitur a quibusdam quod Deus potest facere, sed non potest fieri.

Donc ce qui est impossible dans la nature de la premi�re ou de la deuxi�me mani�re, Dieu peut le faire. Parce que, comme sa puissance est infinie, elle ne souffre de dŽfaillance en rien et il nÕy pas de mati�re quÕil ne puisse transformer ˆ sa guise, car elle ne peut rŽsister ˆ sa puissance. Mais pour lÕimpossible de la troisi�me mani�re, Dieu ne peut pas le faire, parce quÕil est acte au plus haut point et l'�tre principal. C'est pourquoi son action ne peut se terminer quÕˆ l'Žtant, et en consŽquence au non Žtant. Et cÕest pourquoi il ne peut pas faire que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies en m�me temps, ni rien dans ce en quoi cette impossibilitŽ est inclue. Et on ne peut pas dire quÕil ne peut pas le faire ˆ cause de la dŽfaillance de sa puissance : mais ˆ cause de la dŽfaillance du possible, parce que celui-ci a perdu sa raison de possible, cÕest pour cela que certains ont dit que Dieu peut le faire, mais cela ne peut pas �tre fait.

 

Solutions :

q. 1 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod verbum Augustini in Glossa illa non est intelligendum quod Deus non possit facere aliter quam natura faciat, cum ipse frequenter faciat contra consuetum cursum naturae ; sed quia quidquid in rebus facit, non est contra naturam, sed est eis natura, eo quod ipse est conditor et ordinator naturae. Sic enim in rebus naturalibus videtur, quod quando aliquod corpus inferius a superiori movetur, est ei ille motus naturalis, quamvis non videatur conveniens motui quem naturaliter habet ex seipso ; sicut mare movetur secundum fluxum et refluxum a luna ; et hic motus est ei naturalis, ut Commentator dicit [in III Caeli et mundi, com. 20], licet aquae secundum se ipsum motus naturalis sit ferri deorsum ; et hoc modo omnes creaturae quasi pro naturali habent quod a Deo in eis fit. Et propter hoc in eis distinguitur potentia duplex : una naturalis ad proprias operationes vel motus ; alia quae obedientiae dicitur, ad ea quae a Deo recipiunt.

 1. Par la parole dÕAugustin dans cette glose, on ne doit pas comprendre que Dieu ne pourrait pas agir autrement que la nature, puisque lui-m�me frŽquemment agit contre son cours habituel ; mais parce que tout ce qu'il fait dans les choses nÕest pas contre leur nature, mais c'est leur nature, du fait quÕil en est lui-m�me le crŽateur et lÕordonnateur. Ainsi dans ce qui est naturel, il semble que, quand un corps infŽrieur est mis en mouvement par un corps supŽrieur, ce mouvement lui est naturel, quoiquÕil ne paraisse pas convenir au mouvement quÕil poss�de naturellement de lui-m�me ; ainsi la mer est mise en mouvement, selon le flux et le reflux, par la lune, et ce mouvement lui est naturel[88], comme le dit le Commentateur (Le ciel et le monde, III, com. 20), bien que le mouvement naturel de lÕeau en lui-m�me la porte vers le bas et de cette mani�re ce que Dieu accomplit dans les crŽatures est pour ainsi dire naturel en elles. Et ˆ cause de cela on distingue en elles une double puissance : l'une, naturelle pour les opŽrations ou les mouvements propres ; lÕautre qui est appelŽe obŽdientielle, pour ce quÕelles re�oivent de Dieu.

q. 1 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in quolibet impossibili implicatur affirmationem et negationem esse simul secundum hoc quod est impossibile ; sed ea quae sunt impossibilia propter defectum potentiae naturalis, ut caecum, videntem fieri, vel aliquid huiusmodi, cum non sint impossibilia secundum se ipsa, non implicant huiusmodi impossibile secundum se ipsa, sed per comparationem ad potentiam naturalem cui sunt impossibilia, ut si dicamus, natura potest facere caecum videntem, implicatur praedictum impossibile, quia naturae potentia est terminata ad aliquid, ultra quod est id quod ei attribuitur.

 2. N'importe quel impossible implique que l'affirmation et la nŽgation sont ensemble, du fait que cÕest impossible ; mais ce qui est impossible ˆ cause de la dŽfaillance de la puissance naturelle, ainsi rendre la vue ˆ un aveugle, ou autre chose de ce genre, puisque ce n'est pas impossible en soi, nÕimplique pas une telle impossibilitŽ en soi, mais par comparaison ˆ la puissance naturelle pour qui cela est impossible ; comme si on disait : la nature peut rendre la vue ˆ un aveugle, cela implique une affirmation impossible, parce que la puissance de la nature est limitŽe ˆ une chose au-delˆ de ce qui lui est attribuŽ.

q. 1 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod impossibilia rationalis philosophiae non sunt secundum aliquam potentiam, sed secundum se ipsa : quia ea quae sunt in rationali philosophia, non sunt applicata ad materiam, vel ad aliquas potentias naturales.

 3. Ce qui est impossible pour la philosophie rationnelle ne lÕest pas selon une puissance, mais de soi, parce que ce qui est en cette philosophie nÕest pas appliquŽ ˆ la mati�re ou ˆ des puissances naturelles. 

q. 1 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod illud quod est falsum in natura, est falsum simpliciter, et ideo non est simile.

 4. Ce qui est faux dans la nature est faux absolument et c'est pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 1 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod non est eadem ratio de omni impossibili : quia quaedam sunt impossibilia per se, quaedam per respectum ad aliquam potentiam, ut supra dictum est. Nec hoc quod dissimiliter se habent ad divinam potentiam, impedit infinitatem divinae potentiae, vel obedientiam creaturae.

 5. Toute impossibilitŽ n'est pas identique ; parce que certaines choses sont impossibles en soi, certaines par rapport ˆ une puissance, comme on lÕa dit ci-dessus. Et ce qui se comporte diffŽremment vis-ˆ-vis de la puissance divine, nÕentrave pas lÕinfinitŽ de sa puissance, ni l'obŽdience de la crŽature.

q. 1 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod Deus id quod iam verum est, non destruit ; quia non facit ut quod verum fuit, non fuerit ; sed facit quod aliquod non sit verum, quod alias verum esset. Sicut cum suscitat mortuum, facit quod non sit verum eum esse mortuum, quod aliter verum esset. Vel aliter dicendum, quod non est simile, quia ex hoc quod Deus non impleret promissum, sequeretur eum non esse veracem : ex hoc autem quod aliquem suum effectum destruit, hoc non sequitur : quia non ordinavit ut suus effectus perpetuo maneret, sicut ordinavit quod promissum impleret.

 6. Dieu ne dŽtruit pas ce qui est dŽsormais vrai ; parce quÕil ne fait pas que ce qui a ŽtŽ vrai nÕait pas ŽtŽ ; mais il fait que quelque chose ne soit pas vrai, qui autrement serait vrai. Ainsi quand il ressuscite un mort, il fait que ce ne soit pas vrai quÕil soit mort, ce qui autrement serait vrai. Ou bien il faut dire autrement, ce qui nÕest pas pareil ; parce que du fait que Dieu nÕaccomplirait pas sa promesse, il en dŽcoulerait quÕil nÕest pas vŽridique ; mais cela ne dŽcoule pas du fait quÕil dŽtruit un de ses effets, parce quÕil nÕa pas disposŽ son effet pour demeurer toujours, de m�me quÕil a disposŽ quÕil accomplirait sa promesse.

 q. 1 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod non potest facere affirmationem et negationem esse simul : non quia sit inconveniens, sed ratione praedicta.

7. Il ne peut pas faire que lÕaffirmation et la nŽgation soient en m�me temps, non parce que cela ne conviendrait pas, mais pour la raison dŽjˆ dite.

, q. 1 a. 3 ad 8 Ad octavum dicendum, quod ars Dei non solum se extendit ad ea quae facta sunt, sed ad multa alia. Unde quando in aliquo mutat cursum naturae non propter hoc contra artem suam facit.

8. LÕart de Dieu sÕŽtend non seulement ˆ ce qui a ŽtŽ fait, mais ˆ beaucoup dÕautres choses. C'est pourquoi quand il change le cours de la nature ce nÕest pas pour cela quÕil agit contre son art.

, q. 1 a. 3 ad 9 Ad nonum dicendum, quod Socratem non cucurrisse, si cucurrerit, dicitur impossibile per accidens : eo quod Socratem currere vel non currere, quantum est in se, est contingens ; sed per implicationem huius quod est praeteritum non fuisse, fit impossibile per se. Et ideo dicitur impossibile per accidens, quasi per aliud adveniens. Hoc autem adveniens est impossibile secundum se ipsum. Et plane implicat contradictionem : dicere enim, quod fuit et non fuit, sunt contradictoria : quo sequitur, si fiat quod praeteritum non fuerit.

Que Socrate nÕait pas couru, sÕil a couru, on dit que cÕest impossible par accident : en effet que Socrate court ou ne court pas, en soi est contingent, mais par implication au fait que le passŽ nÕa pas existŽ, cela devient impossible en soi. Et c'est pourquoi on dit quÕil est impossible par accident, comme sÕil arrive par autre chose. Quand cela arrive, cÕest impossible en soi, et implique une contradiction absolue ; car dire que : il a ŽtŽ et nÕa pas ŽtŽ, est contradictoire ; il en dŽcoule quÕainsi il ferait que le passŽ nÕait pas existŽ[89].

 

RŽponse aux arguments en sens contraire :

q. 1 aad s. c. 1 Ad primum vero, quod in contrarium obiicitur, dicendum, quod verbum dicitur non solum quod ore profertur, sed quod mente concipitur. Hoc autem quod est affirmationem et negationem esse simul veram, non potest mente concipi, ut probatur IV Metaph. [comm. 9], et per consequens nec aliquid eorum in quibus hoc includitur. Cum enim contrariae opiniones sint quae sunt contrariorum, secundum philosophum, sequeretur eumdem simul habere contrarias opiniones : et ita non est contra verbum Angeli, si dicatur, quod Deus non potest praedictum impossibile.

Ce ÔverbeÕ concerne non seulement ce que la bouche prof�re, mais ce que lÕesprit con�oit[90]. Que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies en m�me temps ne peut pas �tre con�u par lÕesprit, comme cela est prouvŽ en MŽtaphysique, (G) IV, 6, 1005 b 19[91] et par consŽquent rien non plus de ce qui inclut une telle contradiction. En effet, comme les opinions contraires sont celle qui sont contradictoires, selon le philosophe (MŽtaphysique, (G) IV, 6, 1005 b 27[92]), il sÕensuivrait que le m�me aurait des opinions contraires en m�me temps, et ainsi ce nÕest pas contre la parole de lÕange, si non dit que Dieu ne peut pas une affirmation impossible.

, q. 1 a. 3 ad s. c. 2 Ad secundum dicendum, quod potentia Dei non potest praedictum impossibile, quia deficit a ratione possibilis : et ideo potentia Dei non dicitur limitari, quamvis hoc non possit.

2. La puissance de Dieu ne peut pas une affirmation impossible, parce quÕelle a perdu sa nature de possible et ˆ cause de cela on ne dit pas que sa puissance est limitŽe, bien quÕelle ne le puisse pas.

, q. 1 a. 3 ad s. c. 3 Ad tertium dicendum, quod Deus dicitur hoc non posse, non a libero arbitrio, quasi impeditus, ut dictum est ; sed quia hoc non potest esse terminus actionis alicuius activae potentiae.

3. Dire que Dieu ne peut pas ne vient pas de son libre arbitre, comme sÕil Žtait emp�chŽ, comme on lÕa dit, mais parce que cela ne peut pas �tre le terme de lÕaction dÕune puissance passive.

, q. 1 a. 3 ad s. c. 4 Ad quartum dicendum, quod privatio non recipit magis et minus secundum se ; potest tamen recipere secundum causam ; sicut aliquis dicitur magis caecus qui habet oculum erutum, quam cuius visus impeditur propter aliquem humorem impedientem : et similiter dicitur magis impossibile quod est secundum se ipsum impossibile, quam quod est simpliciter impossibile.

La privation ne re�oit ni plus ni moins ; cependant elle peut en recevoir dans sa cause ; ainsi on juge plus aveugle celui qui a lÕÏil arrachŽ que celui dont la vue est emp�chŽe par une humeur qui lÕentrave ; et de m�me on dŽclare plus impossible ce qui lÕest en soi, que ce qui est simplement impossible.

, q. 1 a. 3 ad s. c. 5 Ad quintum dicendum, quod, sicut iam dictum est, Deus non dicitur hoc non posse, quod impediatur ab aliquo, sed rationibus praedictis.

5. Comme on lÕa dŽjˆ dit (dans le corps de lÕarticle) on ne dit pas que Dieu ne le peut pas, parce quÕil est emp�chŽ, mais pour les raisons dŽjˆ dites.

, q. 1 a. 3 ad s. c. 6 Ad sextum dicendum, quod virginitas non opponitur partui sicut caecitas visui ; sed opponitur virili commixtioni sine qua natura partum facere non potest, Deus autem potest.

6. La virginitŽ nÕest pas opposŽe ˆ lÕenfantement, comme la cŽcitŽ ˆ la vue, mais elle est opposŽe ˆ lÕaccouplement viril sans lequel la nature ne peut pas produire un enfantement, mais Dieu le peut

q. 1 a. 3 ad s. c. 7 Ad septimum dicendum, quod illa opposita, creatum et increatum, non fuerunt in Christo secundum idem, sed secundum diversas naturas ; unde non sequitur quod Deus potest facere opposita inesse eidem secundum idem.

 7. Ces opposŽs, le crŽŽ et l'incrŽŽ, ne furent pas dans le Christ selon le m�me ordre, mais selon des natures diffŽrentes. CÕest pourquoi il n'en dŽcoule pas que Dieu peut faire que des opposŽs soient dans le m�me �tre sous un m�me rapport.

q. 1 a. 3 ad s. c. 8 Ad octavum dicendum, quod quando Christus intravit ianuis clausis, et duo corpora fuerunt simul, non est aliquid factum contra geometriae principia. Nam ad duo puncta diversorum corporum ex una parte, non terminabatur una linea, sed duae. Quamvis enim duae lineae mathematicae non sint distinguibiles nisi secundum situm, ita quod intelligi non potest duas lineas tales simul esse ; tamen duae naturales distinguuntur in subiecto ; ita quod, posito quod duo corpora sint simul, sequitur quod duae lineae sint simul, et duo puncta, et duae superficies.

 8. Quand le Christ est entrŽ, les portes Žtant closes, deux corps furent ensemble, ce nÕest pas quelque chose de fait contre les principes de la gŽomŽtrie. Car en deux points des corps diffŽrents dÕun c™tŽ se terminait une ligne mais pas deux. Car, quoique deux lignes mathŽmatiques ne puisent pas �tre distinguŽes, sinon par le lieu, de sorte quÕon ne peut pas comprendre que deux lignes telles soient ensemble, cependant on distingue deux [lignes] naturelles dans le sujet, de sorte que, une fois les deux corps placŽs ensemble, il en dŽcoule que deux lignes sont ensemble, ainsi que deux points et deux surfaces.

 

 

 

Article 4 Ñ Faut-il juger le possible et lÕimpossible selon les causes infŽrieures ou supŽrieures ?

q. 1 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum sit iudicandum aliquid possibile vel impossibile secundum causas inferiores aut secundum causas superioresEt videtur quod secundum causas superiores.

Il semble que ce soit selon les causes supŽrieures.

 

Objections : [93]

q. 1 a. 4Arg. 1 Quia sicut dicit quaedam Glossa [interl.] I Cor. I, 20 : stultitia sapientium mundi fuit, quia iudicaverunt possibile et impossibile secundum quod videbant in rerum natura. Ergo non est iudicandum de possibili et impossibili secundum causas inferiores, sed secundum superiores.(in X metaph., text comm. 1]

1. Comme le dit la glose (interlinŽaire) ˆ propos de 1 Co. 1, 20 : Ç La sottise des sages de ce monde fut quÕils jug�rent du possible et de lÕimpossible selon ce quÕils voyaient dans la nature È. Donc on ne doit pas en juger selon les causes infŽrieures, mais selon les causes supŽrieures.

q. 1 a. 4Arg. 2 Praeterea, secundum philosophum, illud quod est primum in omni genere, est mensura omnium quae sunt illius generis. Sed divina potentia est prima potentia. Ergo secundum eam debet aliquid iudicari possibile et impossibile.

2. Selon le philosophe (MŽtaphysique (I) X, 1, 1052 b 18[94]) ce qui est premier en tout genre est la mesure de tout ce qui appartient ˆ ce genre. Mais la puissance divine est la premi�re puissance. Donc c'est selon elle qu'on doit juger du possible et de l'impossible[95].

q. 1 a. 4Arg. 3 Praeterea, quanto causa magis influit in effectum, tanto secundum eam magis debet iudicium sumi. Sed causa prima magis influit in effectum quam causa secunda. Ergo secundum causam primam magis debet iudicari de effectu. Effectus ergo iudicandi sunt possibiles vel impossibiles secundum causas superiores.

3. Plus une cause a d'influence sur lÕeffet, plus cÕest sur elle quÕon doit baser son jugement. Mais la cause premi�re influe plus sur lÕeffet que la cause seconde[96]. Donc cÕest plus sur la cause premi�re quÕon doit juger de lÕeffet. Donc les effets doivent �tre jugŽs possibles ou impossibles selon les causes supŽrieures.

q. 1 a. 4Arg. 4 Praeterea, illuminare caecum est impossibile secundum causas inferiores ; et tamen hoc est possibile, cum quandoque fiat. Ergo non est iudicandum si aliquid impossibile sit, secundum causas inferiores, sed secundum superiores.

4. Rendre la vue ˆ un aveugle est impossible par les causes infŽrieures et cependant cela est possible, puisque cela arrive quelquefois. Donc il ne faut pas juger si quelque chose est impossible selon les causes infŽrieures mais selon les causes supŽrieures.

q. 1 a. 4Arg. 5 Praeterea, mundum fore fuit possibile antequam mundus esset. Non autem fuit possibile secundum causas inferiores. Ergo idem quod prius.

5. Que le monde existe a dž �tre possible avant quÕil existe[97]. Mais il ne fut pas possible selon les causes infŽrieures. Donc de m�me que ci-dessus.

 

En sens contraire :

q. 1 a. 4 s. c. 1 Sed contra. Secundum illam causam effectus debet iudicari possibilis a qua recipit possibilitatem. Sed effectus recipit possibilitatem vel contingentiam, aut etiam necessitatem, a causa proxima, non autem a remota ; sicut meritum recipit contingentiam a libero arbitrio, quod est causa proxima ; non autem necessitatem a praedestinatione divina, quae est causa remota. Ergo secundum causas inferiores, quae sunt proximae, debet iudicari aliquid possibile vel impossibile.

1. LÕeffet doit �tre jugŽ possible selon la cause dont il re�oit sa possibilitŽ. Mais lÕeffet re�oit sa possibilitŽ, sa contingence ou m�me sa nŽcessitŽ de la cause la plus proche, et non dÕune cause ŽloignŽe ; ainsi le mŽrite re�oit sa contingence du libre arbitre qui est la cause la plus proche ; mais il ne re�oit pas sa nŽcessitŽ de la prŽdestination divine qui est sa cause ŽloignŽe. Donc cÕest selon les causes infŽrieures, qui sont les plus proches, quÕon doit juger du possible ou de lÕimpossible.

q. 1 a. 4 s. c. 2 Praeterea, quod est possibile secundum causas inferiores, est etiam possibile secundum causas superiores, et ita est possibile secundum omnem modum. Sed quod est possibile secundum omnem modum, est possibile simpliciter. Ergo secundum causas inferiores est aliquid iudicandum possibile simpliciter.

2. Ce qui est possible selon les causes infŽrieures est aussi possible selon les causes supŽrieures, et ainsi cÕest possible de toute mani�re. Mais ce qui est possible de toute mani�re est absolument possible. Donc il faut juger du possible absolument selon les causes infŽrieures.

q. 1 a. 4 s. c. 3 Praeterea, causae superiores sunt necessariae. Si ergo secundum eas essent iudicandi effectus, omnes effectus erunt necessarii : quod est impossibile.

3. Les causes supŽrieures sont nŽcessaires. Donc si les effets devaient �tre jugŽs selon elles, tous les effets seraient nŽcessaires, ce qui est impossible.

q. 1 a. 4 s. c. 4 Praeterea, Deo sunt omnia possibilia. Si ergo secundum ipsum possibile et impossibile iudicetur, omnino nihil est impossibile : quod est inconveniens.

4. Tout est possible ˆ Dieu. Si donc on juge selon lui du possible ou de lÕimpossible, il n'y a absolument rien d'impossible ; ce qui ne convient pas.

q. 1 a. 4 s. c. 5 Praeterea, nominibus utendum est secundum quod plures loquuntur. Sed hoc modo homines loquuntur, quod sint ita ordinatae, potentia, dispositio, necessitas et actus. Haec autem inveniuntur in causis inferioribus non superioribus. Ergo non est iudicandum de possibilitate rerum secundum causas superiores, sed secundum inferiores.

5. Il faut utiliser les noms que la plupart des hommes emploient. Mais les hommes parlent de la puissance de telle mani�re que la puissance, la disposition, la nŽcessitŽ et l'acte soient ordonnŽs. Cela se trouve dans les causes infŽrieures et non dans les causes supŽrieures. Donc il ne faut pas juger de la possibilitŽ selon les causes supŽrieures, mais selon les causes infŽrieures.

 

RŽponse :

q. 1 a. 4 co. Respondeo. Dicendum quod iudicium de possibili et impossibili potest considerari dupliciter : uno modo ex parte iudicantium ; alio modo ex parte eius de quo iudicatur.

On peut juger du possible et de lÕimpossible de deux mani�res : dÕabord du c™tŽ de ceux qui jugent, dÕautre part de c™tŽ de ce qui est jugŽ.

Quantum ad primum, sciendum est, quod si sunt duae scientiae, quarum una considerat causas altiores, et alia minus altas ; iudicium in utraque non eodem modo sumetur, sed secundum causas quas utraque considerat, ut patet in medico et astrologo ; quorum astrologus considerat causas supremas, medicus autem causas proximas. Unde medicus dabit iudicium de sanitate vel morte infirmi secundum causas proximas, id est virtutem naturae et virtutem morbi ; astrologus vero secundum causas remotas, scilicet secundum positionem siderum.

1) Pour le premier cas, il faut savoir que s'il y a deux sciences, dont lÕune consid�re les causes les plus hautes, et lÕautre les moins hautes, le jugement en lÕune et lÕautre nÕest pas pris de la m�me mani�re, mais selon les causes que chacune consid�re, comme on le voit chez le mŽdecin et lÕastronome[98] ; ce dernier consid�re les causes supr�mes, mais le mŽdecin les causes les plus proches. Donc le mŽdecin donnera son jugement sur la santŽ ou la mort du malade selon les causes les plus proches, cÕest-ˆ-dire le pouvoir de la nature et celui de la maladie ; lÕastronome jugera selon les causes ŽloignŽes, cÕest-ˆ-dire selon la position des astres.

Eodem modo est in proposito. Est enim duplex sapientia : scilicet mundana, quae dicitur philosophia, quae considerat causas inferiores, scilicet causas causatas, et secundum eas iudicat ; et divina, quae dicitur theologia, quae considerat causas superiores, id est divinas, secundum quas iudicat. Dicuntur autem superiores causae, divina attributa, ut sapientia, bonitas, et voluntas divina, et huiusmodi.

Il en est de m�me pour notre sujet. Car la sagesse est double : c'est-ˆ-dire celle du monde, quÕon appelle philosophie, qui consid�re les causes infŽrieures, c'est-ˆ-dire les causes causŽes[99], et qui juge selon elles ; et (la sagesse) divine quÕon appelle thŽologie qui consid�re les causes supŽrieures, c'est-ˆ-dire divines, selon lesquelles elle juge. On appelle causes supŽrieures les attributs divins, comme la sagesse, la bontŽ, et la volontŽ[100], etc..

Sciendum tamen, quod ista quaestio frustra movetur de affectibus qui non possunt esse nisi superiorum causarum, id est quos solus Deus facere potest ; illos enim non convenit dici possibiles vel impossibiles secundum causas inferiores. Sed haec quaestio movetur de illis effectibus qui sunt causarum inferiorum : hi enim effectus sunt inferiorum et superiorum : sic enim potest in dubitationem verti. Similiter etiam ista quaestio non habet locum in illis possibilibus et impossibilibus, quae non dicuntur secundum aliquam potentiam, sed secundum se ipsa. Effectus autem causarum secundarum, de quibus est quaestio, secundum iudicium theologi, dicuntur possibiles et impossibiles secundum causas superiores ; secundum autem iudicium philosophi, dicuntur possibiles vel impossibiles secundum causas inferiores.

Cependant il faut savoir qu'on traite en vain cette question pour les effets qui ne peuvent �tre que par des causes supŽrieures, cÕest-ˆ-dire ceux que Dieu seul peut faire ; car il ne convient pas de les appeler possibles ou impossibles selon les causes infŽrieures. Ce sont les effets des causes infŽrieures et supŽrieures. Mais on traite cette question pour ces effets qui viennent des causes infŽrieures ; ainsi, en effet, elle peut �tre mise en doute. De la m�me mani�re cette question nÕa pas place dans ce genre de possible ou dÕimpossible, dont on ne parle pas selon une puissance mais en soi. Les effets des causes secondes, dont il est question, selon le jugement du thŽologien, sont appelŽes possibles et impossibles selon les causes supŽrieures ; mais selon le jugement du philosophe, elles sont appelŽes possibles ou impossibles selon les causes infŽrieures.

Si autem consideretur istud iudicium quantum ad naturam eius de quo iudicatur, sic patet quod effectus debent iudicari possibiles secundum causas proximas, cum actio causarum remotarum, secundum causas proximas determinetur, quas praecipue effectus imitantur : et ideo secundum eas praecipue iudicium de effectibus sumitur. Et hoc patet etiam per simile passiva. Nam materia non dicitur, proprie loquendo, in potentia ad aliquid, quae est remota, sicut terra ad scyphum ; sed quae est propinqua, uno motore potens exire in actum, ut patet per philosophum [IX Metaph.], sicut aurum est potentia scyphus sola arte educente in actum. Et similiter effectus, in quantum est ex sui natura, non nisi propinquis causis possibiles vel impossibiles dicuntur.

2) Mais si on consid�re ce jugement quant ˆ sa nature par quoi on le juge, il est clair ainsi que les effets doivent �tre jugŽs possibles selon les causes les plus proches, puisque lÕaction des causes ŽloignŽes est limitŽe par les causes les plus proches, que les effets imitent surtout et cÕest pourquoi cÕest ˆ partir dÕelles quÕon tire surtout le jugement sur ces effets. Et il appara”t que c'est la m�me chose pour la puissance passive. Car on ne dit pas, ˆ proprement parler, que la mati�re est en puissance ˆ quelque chose, si elle en est ŽloignŽe comme lÕargile pour une coupe, mais pour celle qui est proche, qui peut par un moteur passer en acte[101], comme on le voit chez le philosophe (MŽtaphysique (q) IX, 1, 1046 a 12[102]). Ainsi lÕor est une coupe en puissance par le seul art qui lÕam�ne ˆ l'acte. Et de m�me les effets, autant quÕil en est de leur nature, ne sont appelŽs possibles ou impossibles que par les causes proches.

 

Solutions :

q. 1 a. 4 ad 1 Ad primum dicendum, quod sapientes mundi propter hoc stulti vocantur, quia quae secundum causas inferiores sunt impossibilia simpliciter et absolute impossibilia iudicabant, etiam Deo.

 1. Les sages de ce monde sont appelŽs des sots, parce quÕils jugeaient simplement et absolument impossible m�me pour Dieu ce qui Žtait impossible selon les causes infŽrieures.

q. 1 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod comparatio possibilis ad potentiam, non est sicut mensurati ad mensuram, sed sicut obiecti ad potentiam. Contingit tamen divinam potentiam omnium potentiarum esse mensuram.

2. La comparaison du possible ˆ la puissance nÕest pas comme celle du mesurŽe ˆ la mesure, mais comme celle de lÕobjet ˆ la puissance. Cependant il arrive que la puissance divine soit la mesure de toutes les puissances[103]

q. 1 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod licet causa prima maxime influat in effectum, tamen eius influentia per causam proximam determinatur et specificatur ; et ideo eius similitudinem imitatur effectus.

 3. Bien que la cause premi�re soit celle qui influe le plus sur lÕeffet, cependant son influence est limitŽe et spŽcifiŽe par la cause la plus proche ; et cÕest pourquoi lÕeffet est ˆ sa ressemblance.

q. 1 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis illuminare caecum sit Deo possibile, non tamen potest dici omnino possibile.

 4. Quoique rendre la vue ˆ lÕaveugle soit possible ˆ Dieu, on ne peut cependant le dire comme tout ˆ fait possible[104].

q. 1 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod mundum fore, fuit possibile respectu causarum superiorum : unde hoc non pertinet ad quaestionem praesentem. Et propterea istud dictum : mundum fore, est possibile non solum secundum divinam potentiam activam, sed secundum se ipsum, quia termini non sunt discohaerentes.

 5. Il faut dire que le monde ˆ venir a ŽtŽ possible par rapport aux causes supŽrieures : c'est pourquoi cela ne concerne pas la prŽsente question. Et ˆ cause de cela, cette parole : le monde ˆ venir est possible non seulement selon la puissance divine active, mais en soi, parce que les termes ne sont pas contradictoires.

 

RŽponse aux arguments en sens contraire :

q. 1 a. 4 ad s. c. 1 Ad primum quod in contrarium obiicitur, dicendum, quod ratio illa procedit quantum ad naturam effectus de quo iudicatur.

 1. Cette raison proc�de de la nature de lÕeffet sur lequel porte le jugement.

q. 1 a. 4 ad s. c. 2 Ad secundum dicendum, quod licet illud quod est possibile secundum causas inferiores, sit etiam possibile secundum superiores, non tamen est ita de impossibili, immo magis e contrario ; unde non sequitur quod iudicium debeat sumi universale sive universaliter secundum causas inferiores de possibili et impossibili.

 2. Bien que ce qui est possible, selon les causes infŽrieures, soit aussi possible selon les causes supŽrieures, cependant il nÕen est pas de m�me pour lÕimpossible, bien au contraire. C'est pourquoi il n'en dŽcoule pas que le jugement doit �tre pris comme universel ou universellement selon les causes infŽrieures au sujet du possible et de lÕimpossible.

q. 1 a. 4 ad s. c. 3 Ad tertium dicendum, quod non iudicantur aliqua impossibilia vel possibilia secundum aliquas causas, quia sint similes illis causis in possibilitate vel in impossibilitate, sed quia causis illis sunt possibiles vel impossibiles.

 3. Le possible et lÕimpossible ne sont pas jugŽs selon des causes, parce qu'ils leur seraient semblables en possibilitŽ et impossibilitŽ, mais parce qu'ils sont possibles ou impossibles par ces causes.

q. 1 a. 4 ad s. c. 4 Ad quartum dicendum, quod secundum considerationem theologi, omnia illa quae non sunt in se impossibilia, possibilia dicuntur, secundum illud, Marc. IX, 22 : Omnia possibilia sunt credenti ; et : non est impossibile apud Deum omne verbum : Luc. I, 37.

 4. Selon la considŽration du thŽologien, tout ce qui nÕest pas en soi impossible est appelŽ possible, selon ce mot de Mc (9, 22) : ÇTout est possible ˆ celui qui croitÈ et ÇAucune parole nÕest impossible ˆ DieuÈ (Lc 1, 37).

q. 1 a. 4 ad s. c. 5 Ad quintum dicendum, quod licet omnia illa in causis superioribus non inveniantur, tamen causis superioribus sunt subiecta ; et propterea obiectio illa procedit passiva, non de activa de qua nunc loquimur..

 5. Bien quÕon ne trouve pas tout cela[105] dans les causes supŽrieures, cependant cela est soumis ˆ des causes supŽrieures et c'est pourquoi cette objection proc�de de la puissance passive et non de la puissance active dont nous parlons maintenant.

 

 

 

Article 5 Ñ Dieu peut-il faire ce quÕil ne fait pas et abandonner ce quÕil fait ?

q. 1 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum Deus possit facere quae non facit et dimittere quae facit. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[106]

q. 1 a. 5Arg. 1 Deus non potest facere nisi quod praescit se facturum. Sed non praescit se facturum nisi quod facit. Ergo Deus non potest facere nisi quod facit.

1. Dieu ne peut faire que ce quÕil prŽvoit de faire. Mais il ne prŽvoit de faire que ce quÕil fait. Donc Dieu ne peut faire que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5Arg. 2 Sed dicit respondens, quod ratio ista procedit de potentia in ordine ad praescientiam, non de potentia absoluta.- Sed contra, immobiliora sunt divina humanis. Sed apud nos quae fuerunt, non possunt non fuisse. Ergo multo minus quae Deus praescivit, non potest non praescivisse. Sed praescientia manente, non potest alia facere. Ergo Deus, absolute loquendo, non potest alia facere quam quae facit.

2. Mais, dit celui qui rŽpond : cette raison proc�de de la puissance en rapport avec la prescience, mais pas de la puissance absolue. Ñ En sens contraire, le divin est plus immuable que lÕhumain. Mais pour nous ce qui a ŽtŽ ne peut pas ne pas avoir ŽtŽ. Donc encore beaucoup moins ce que Dieu a prŽvu, il ne peut pas ne pas lÕavoir prŽvu. Mais si la prescience demeure, il ne peut pas faire autre chose. Donc Dieu, absolument parlant, ne peut faire autre chose que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5Arg. 3 Praeterea, sicut divina natura est immutabilis, ita et divina sapientia. Sed ponentes Deum agere ex necessitate naturae ponebant eum non posse alia quam quae fecit. Ergo similiter et nos debemus ponere, qui dicimus Deum agere secundum ordinem sapientiae.

3. La nature de Dieu est immuable, sa sagesse aussi. Mais ceux[107] qui pensaient que Dieu agissait par nŽcessitŽ de nature pensaient quÕil ne peut faire autre chose que ce quÕil a fait. Donc, de la m�me fa�on, nous devons aussi le penser, nous qui disons que Dieu agit selon lÕordre de sa sagesse[108].

q. 1 a. 5Arg. 4 Sed dicet respondens, quod ratio ista procedit de potentia regulata per sapientiam, non de potentia absoluta. - Sed contra, illud quod non potest fieri secundum ordinem sapientiae absolute homini Christo impossibile dicitur ; quamvis illud potuerit absoluta. Dicitur enim Ioan. VIII, 55 : Si dixero quod non novi eum, ero similis vobis mendax. Poterat enim Christus haec verba pronuntiare ; sed quia contra ordinem sapientiae erat, dicitur absolute, quod Christus non potuerit mentiri. Ergo multo amplius quod non est secundum ordinem sapientiae, absolute loquendo, Deus non potest.

4. Mais dira celui qui nous rŽpond : cette raison proc�de de la puissance ordonnŽe par la sagesse, non de la puissance absolue. Ñ En sens contraire, on dit que ce qui ne peut pas �tre fait selon lÕordre de la sagesse est absolument impossible pour le Christ en tant quÕhomme, bien que la puissance absolue l'aurait pu. Car il est dit en Jn (8, 55) : ÇSi je vous avais dit que je ne le connais pas, je serais menteur, comme vousÈ. Le Christ pouvait, en effet, prononcer ces paroles ; mais parce que cÕŽtait contre lÕordre de la sagesse, on dit de fa�on absolue quÕil nÕa pas pu mentir. Donc beaucoup plus, Dieu ne peut pas, absolument parlant, ce qui nÕest pas selon lÕordre de la sagesse.

q. 1 a. 5Arg. 5 Praeterea, in Deo duo contradictoria simul esse non possunt. Sed absolutum et regulatum contradictionem implicant ; nam absolutum est quod secundum se consideratur ; illud vero quod regulatur, ordinem ad aliud habet. Ergo in Deo non debet poni potentia absoluta et regulata.

5. Deux choses contradictoires ne peuvent exister pas en Dieu en m�me temps. Mais ce qui est absolu et ce qui est ordonnŽ[109] impliquent contradiction, car lÕabsolu est ce qui est considŽrŽ en soi, mais ce qui est ordonnŽ a rapport ˆ un autre. Donc en Dieu on ne doit pas poser une puissance absolue et une puissance ordonnŽe.

q. 1 a. 5Arg. 6 Praeterea, potentia et sapientia Dei sunt aequales. Una ergo aliam non excedit ; potentia ergo absque sapientia esse non potest ; et ita potentia divina semper est sapientia regulata.

6. La puissance et la sagesse de Dieu sont Žgales. Donc lÕune nÕexc�de pas lÕautre ; donc la puissance ne peut exister sans la sagesse et ainsi la puissance divine est toujours ordonnŽe ˆ la sagesse.

q. 1 a. 5Arg. 7 Praeterea, quod Deus fecit, est iustum. Sed non potest facere nisi iustum. Ergo non potest facere nisi quod fecit vel faciet.

7. Ce que Dieu a fait est juste. Mais il ne peut faire que ce qui est juste. Donc il ne peut faire que ce quÕil a fait ou fera.

q. 1 a. 5Arg. 8 Praeterea, bonitatis divinae est ut non solum se communicet, sed ordinatissime se communicet. Sic ergo ea quae fiunt a Deo, ordinate fiunt. Sed praeter ordinem Deus facere non potest. Ergo non potest facere alia quam quae fecit.

8. Le propre de la bontŽ divine est non seulement de se communiquer, mais de le faire avec beaucoup dÕordre. Ainsi donc ce qui est fait par Dieu est fait de mani�re ordonnŽe. Mais il ne peut pas le faire contre lÕordre. Donc il ne peut faire autre chose que ce quÕil a fait.

q. 1 a. 5Arg. 9 Praeterea, Deus non potest facere nisi quod vult ; quia in agentibus per voluntatem potentia sequitur voluntatem, velut imperantem. Sed non vult nisi quae facit. Ergo non potest facere nisi quod facit.

9. Dieu ne peut faire que ce quÕil veut, parce que, pour ceux qui agissent par volontŽ, la puissance suit la volontŽ, en tant qu'elle gouverne. Mais il ne veut que ce quÕil fait. Donc il ne peut faire que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5Arg. 10 Praeterea, Deus, cum sit sapientissimus operator, nihil agit sine ratione. Rationes autem quibus Deus agit, Dionysius [V cap. De div. Nom.] dicit esse productivas existentium ; existentia autem sunt quae sunt ; et sic Deus rationes non habet nisi eorum quae sunt. Ergo non potest facere nisi ea quae facit.

10. Puisque Dieu est un Ç ouvrier È supr�mement sage, il ne fait rien sans raison. Denys (Les noms divins, 5) dit que les raisons[110] pour lesquelles Dieu agit, produisent ce qui existe ; mais ce qui existe est ce qui est, et ainsi Dieu nÕa de raisons (dÕidŽes) que de ce qui est. Donc il ne peut faire que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5Arg. 11 Praeterea, secundum philosophos, res naturales sunt in primo motore, qui Deus est, sicut artificiata in artifice ; et sic Deus operatur tamquam artifex. Sed artifex non operatur sine forma vel idea sui operis ; domus enim quae est in materia, est a domo quae est in mente artificis, secundum philosophum [II de Gener. Animal., cap. I]. Sed Deus non habet ideas nisi eorum quae fecit, vel facit, vel facturus est. Ergo praeter hoc Deus nihil agere potest.

11. Selon les philosophes, les �tres naturels sont dans le premier moteur qui est Dieu, comme les Ïuvres[111] dans [l'esprit de] lÕartisan et ainsi Dieu op�re comme un artisan. Mais lÕartisan nÕop�re pas sans forme ni idŽe de son Ïuvre ; car la maison qui est dans la mati�re tire son origine de la maison qui est dans lÕesprit de lÕartisan, selon le Philosophe (La gŽnŽration des animaux, II, 1). Mais Dieu nÕa d'idŽes que de ce quÕil a fait, de ce quÕil fait ou fera. Donc, en dehors de cela, Dieu ne peut rien faire.

q. 1 a. 5Arg. 12 Praeterea, Augustinus in Lib. de symbolo dicit : Hoc solum Deus non potest nisi quod non vult. Sed non vult nisi quae fecit. Ergo non potest nisi quae facit.

12. Augustin dans Le symbole, dit : ÇDieu ne peut pas que ce quÕil ne veut pasÈ. Mais il ne veut que ce quÕil a fait. Donc il ne peut faire que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5Arg. 13 Praeterea, Deus mutari non potest. Ergo non se habet ad utrumlibet contrariorum ; et sic sua potentia est determinata ad unum. Ergo non potest facere nisi quae facit.

13. Dieu ne peut pas subir de changement. Donc il n'a ˆ faire ˆ aucun de deux contraires[112] ; et ainsi sa puissance est limitŽe ˆ un seul objet. Donc il ne peut faire que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5Arg. 14 Praeterea, quidquid Deus facit aut dimittit, facit aut dimittit optima ratione. Sed Deus non potest facere aliquid aut dimittere nisi optima ratione. Ergo non potest facere nec dimittere, nisi quod facit aut dimittit.

14. Tout ce que Dieu fait ou omet, il le fait ou l'omet pour la meilleure raison. Mais Dieu ne peut le faire ou l'omettre que pour la meilleure raison. Donc il ne peut faire ni abandonner que ce quÕil fait ou abandonne.

q. 1 a. 5Arg. 15 Praeterea, optimi est optima adducere, secundum Platonem, et sic Deus, cum sit optimus, optimum facit. Sed optimum cum sit superlativum, uno modo est. Ergo Deus non potest facere alio modo vel alia quam quae fecit.

15. CÕest au meilleur dÕ�tre cause du meilleur selon Platon[113],, et ainsi comme Dieu est le meilleur, il fait ce quÕil y a de meilleur. Mais comme le meilleur est un superlatif, il nÕexiste que dÕune seule mani�re. Donc Dieu ne peut pas faire dÕautre mani�re ou dÕautres choses que ce quÕil a fait.

 

En sens contraire :

q. 1 a. 5 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicit Christus Deus et homo : Matth. XXVI, 53 : An non possum rogare patrem ? Poterat ergo Christus aliquid quod non faciebat.

1. Il y a ce que dit le Christ, Dieu et homme : (Mt. 26, 53) : ÇNe puis-je pas prier mon P�re ?È Donc le Christ pouvait faire ce quÕil ne faisait pas.

q. 1 a. 5 s. c. 2 Praeterea, Ephes. III, 20, dicitur : Ei qui potest omnia facere superabundanter quam intelligimus aut petimus. Non tamen omnia facit. Ergo potest alia facere quam quae facit.

2. En Ep. 3, 20, il est dit : ÇA celui qui peut tout faire bien au-delˆ de ce que nous pensons ou demandonsÈ. CÕest donc quÕil ne fait pas tout. Donc il peut faire dÕautres choses que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5 s. c. 3 Praeterea, potentia Dei est infinita. Hoc autem non esset si determinaretur ad ea tantum quae facit : ergo potest alia facere quam quae facit.

3. La puissance de Dieu est infinie. Mais cela ne serait pas si elle Žtait limitŽe seulement ˆ ce quÕil fait ; donc il peut faire autre chose que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5 s. c. 4 Praeterea, Hugo de sancto Victore dicit, quod omnipotentiae Dei non adaequatur opus. Ergo potentia excedit opus : et ita plura potest facere quam quae facit.

4. Hugues de Saint Victor dit que lÕÏuvre de Dieu nÕŽgale pas sa toute-puissance. Donc sa puissance exc�de son Ïuvre et ainsi il peut faire plus que ce quÕil fait.

q. 1 a. 5 s. c. 5 Praeterea, potentia Dei est actus non finitus, quia non per aliquid finitur. Hoc autem non esset, si limitaretur ad ea quae facit. Ergo idem quod prius.

5. La puissance de Dieu est un acte infini, parce quÕelle nÕest limitŽe par rien[114]. Cela ne serait pas, si elle se limitait ˆ ce quÕil fait. Donc de m�me que ci-dessus.

 

RŽponse :

q. 1 a. 5 co. Respondeo. Dicendum quod hic error, scilicet Deum non posse facere nisi quae facit, duorum fuit :

Cette erreur, que Dieu ne peut faire que ce quÕil fait, vient de deux opinions :

primo fuit quorumdam philosophorum dicentium Deum agere ex necessitate naturae. Quod si esset, cum natura sit determinata ad unum, divina potentia ad alia agenda se extendere non posset quam ad ea quae facit.

1) DÕabord elle fut celle de certains philosophes[115] qui disaient que Dieu agit par nŽcessitŽ de nature. Si c'Žtait vrai, comme sa nature serait limitŽe ˆ un seul objet[116], la puissance divine ne pourrait parvenir ˆ faire dÕautres choses, que ce quÕil fait.

Secundo fuit quorumdam theologorum considerantium ordinem divinae iustitiae et sapientiae, secundum quem res fiunt a Deo, quem Deum praeterire non posse dicebant ; et incidebant in hoc, ut dicerent, quod Deus non potest facere nisi quae facit. Et imponitur hic error magistro Petro Almalareo [Abaelardo ?]

2) Ensuite, elle fut celle de certains thŽologiens qui, considŽrant lÕordre de sa justice et de sa sagesse selon laquelle les choses sont faites par Dieu, disaient qu'il ne pouvait passer outre, et ils en arrivaient ˆ dire qu'il ne peut faire que ce quÕil fait. Et on attribue cette erreur au ma”tre Pierre AbŽlard[117].

A. - Harum ergo positionum veritatem inquiramus, vel falsitatem ; et primo primae. Quod enim Deus non agat ex necessitate naturae planum est videre. Omne enim agens agit propter finem, quia omnia optant bonum. Actio autem agentis, ad hoc quod sit conveniens fini, oportet quod ei adaptetur et proportionetur quod non potest fieri nisi ab aliquo intellectu, qui finem et rationem finis cognoscat, et proportionem finis ad id quod est ad finem ; aliter convenientia actionis ad finem casualis esset. Sed intellectus praeordinans in finem, quandoque quidem est coniunctus agenti vel moventi, ut homo in sua actione ; quandoque separatus, ut patet in sagitta, quae ad determinatum finem tendit, non per intellectum sibi coniunctum, sed per intellectum hominis ipsam dirigentem. Impossibile est autem, id quod agit ex naturae necessitate, sibi ipsi determinare finem : quia quod est tale, est ex se agens ; et quod est agens vel motum ex se ipso, in ipso est agere vel non agere, moveri vel non moveri, ut dicitur VIII Physic., et hoc non potest competere ei quod ex necessitate movetur, cum sit determinatum ad unum.

A) Cherchons donc la vŽritŽ ou la faussetŽ de ces positions et d'abord de la premi�re. Il est aisŽ de voir que Dieu nÕagit pas par nŽcessitŽ de nature. Car tout agent agit en vue dÕune fin, parce que tout aspire au bien. LÕaction de lÕagent du fait qu'elle s'accorde ˆ une fin, doit lui �tre adaptŽe et proportionnŽe, ce qui ne peut se faire que par un intellect qui conna”t la fin, sa nature et son rapport avec la fin qui la concerne ; autrement la conformitŽ de lÕaction ˆ sa fin serait fortuite. Mais lÕintellect qui prŽ-ordonne ˆ une fin, quelquefois est joint ˆ lÕagent ou au moteur, comme lÕhomme dans son action ; quelquefois il en est sŽparŽ, comme cela appara”t dans la fl�che qui tend ˆ un but dŽterminŽ, non par un intellect qui lui est ajoutŽ, mais par celui de lÕhomme qui la dirige. Il est impossible que ce qui agit par nŽcessitŽ de nature, dŽtermine une fin pour soi, parce que ce qui est tel est agent par soi, et ce qui est agent ou mž par soi agit ou pas, se meut ou pas, comme il est dit en Physique (VIII), et cela ne peut convenir ˆ ce qui est mž par nŽcessitŽ, puisqu'il est limitŽ ˆ un seul objet.

Unde oportet quod omni ei quod agit ex necessitate naturae, determinetur finis ab aliquo quod sit intelligens. Propter quod dicitur a philosophis, quod opus naturae est opus intelligentiae. Unde si aliquando aliquod corpus naturale adiungitur alicui intellectui, sicut in homine patet, quantum ad illas actiones quibus intellectus illius finem determinat, obedit natura voluntati, sicut ex motu locali hominis patet : quantum vero ad illas actiones in quibus ei finem non determinat, non obedit, sicut in actu nutrimenti et augmenti. Ex his ergo colligitur quod id quod ex necessitate natura agit, impossibile est esse principium agens, cum determinetur sibi finis ab alio. Et sic patet quod impossibile est Deum agere ex necessitate naturae ; et ita radix primae positionis falsa est.

C'est pourquoi il faut que, pour tout ce qui agit par nŽcessitŽ de nature, la fin soit programmŽe par un �tre intelligent. En raison de quoi les philosophes disent que lÕÏuvre de la nature est l'Ïuvre dÕune intelligence. C'est pourquoi, si quelquefois un corps naturel est uni ˆ un intellect, comme on le voit dans lÕhomme, pour ces actions pour lesquelles son intellect dŽtermine une fin, la nature obŽit ˆ la volontŽ, comme cela appara”t dans ses dŽplacements : mais pour les actions pour lesquelles il ne dŽtermine pas de fin, elle nÕobŽit pas, comme pour la nourriture ou la croissance. Par lˆ on comprend que pour ce que fait la nature par nŽcessitŽ il est impossible que ce soit un principe agent puisque sa fin est dŽterminŽe par un autre. Donc il est clair quÕil est impossible que Dieu agisse par nŽcessitŽ de nature ; ainsi le fondement de la premi�re proposition est fausse.

B. - Sic autem restat investigare de secunda positione. Circa quod sciendum est, quod dupliciter dicitur aliquis non posse aliquid. Uno modo absolute ; quando scilicet aliquid principiorum, quod sit necessariam actioni, ad actionem illam non se extendit ; ut si pes sit confractus, homo non potest ambulare.

B) Il reste ˆ faire des recherches sur la seconde proposition : ˆ ce sujet il faut savoir quÕon dit que quelquÕun ne peut pas quelque chose de deux mani�res :a) LÕune, de mani�re absolue, quand par exemple un des principes, qui serait nŽcessaire pour lÕaction, ne sÕŽtend pas jusquÕˆ elle ; ainsi avec un pied cassŽ, lÕhomme ne peut pas marcher.

Alio modo ex suppositione ; posito enim opposito alicuius actionis, actio fieri non potest ; non enim possum ambulare dum sedeo. Cum autem Deus sit agens per voluntatem et intellectum, ut probatum est, oportet in ipso tria actionis principia considerare ; et primo intellectum, secundo voluntatem, tertio potentiam naturae. Intellectus ergo voluntatem dirigit, voluntas vero potentiae imperat quae exequitur. Sed intellectus non movet nisi in quantum proponit voluntati suum appetibile ; unde totum movere intellectum est in voluntate.

b) LÕautre par hypoth�se, car si on Žtablit ce qui sÕoppose ˆ lÕaction, celle-ci ne peut �tre accomplie ; en effet, je ne peux pas marcher tant que je suis assis. Comme Dieu est un agent par volontŽ et intellect, comme on lÕa prouvŽ, il faut considŽrer en lui trois principes dÕaction ; lÕintellect, la volontŽ, et la puissance de sa nature. Donc lÕintellect dirige la volontŽ, et la volontŽ commande ˆ la puissance qui lÕexŽcute. Mais lÕintellect ne met en mouvement que dans la mesure o� il propose ˆ la volontŽ ce qui est dŽsirable pour elle ; donc mouvoir tout lÕintellect dŽpend de la volontŽ.

Sed dupliciter dicitur Deum absolute non posse aliquid.

Mais on dit que Dieu ne peut absolument pas quelque chose de deux mani�res :

Uno modo quando potentia Dei non se extendit in illud : sicut dicimus quod Deus non potest facere quod affirmatio et negatio sint simul vera, ut ex supra dictis patet. Sic autem non potest dici quod Deus non potest facere nisi quod facit ; constat enim quod potentia Dei ad multa alia potest se extendere.

a) DÕune premi�re mani�re quand sa puissance ne sÕŽtend pas jusquÕˆ lˆ ; ainsi nous disons quÕil ne peut pas faire que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies en m�me temps, comme le montre ce quÕon a dit plus haut. Mais on ne peut pas dire que Dieu ne peut faire que ce quÕil fait ; car il est clair que sa puissance peut sÕŽtendre ˆ beaucoup dÕautres effets.

Alio modo quando voluntas Dei ad illud se extendere non potest. Oportet enim quod quaelibet voluntas habeat aliquem finem quem naturaliter velit, et cuius contrarium velle non possit ; sicut homo naturaliter et de necessitate vult beatitudinem, et miseriam velle non potest. Cum hoc autem quod voluntas velit necessario finem suum naturalem, vult etiam de necessitate ea sine quibus finem habere non potest, si hoc cognoscat ; et haec sunt quae sunt commensurata fini ; sicut si volo vitam, volo cibum. Ea vero sine quibus finis haberi potest, quae non sunt fini commensurata ; non de necessitate vult.

b) DÕune autre mani�re, quand la volontŽ de Dieu ne peut pas sÕŽtendre jusquÕˆ lˆ. Car il faut que nÕimporte quelle volontŽ ait une fin quÕelle veut naturellement, et quÕelle ne puisse pas vouloir le contraire ; ainsi lÕhomme naturellement et par nŽcessitŽ veut son bonheur et il ne peut pas vouloir le malheur. Mais comme la volontŽ veut nŽcessairement sa fin naturelle, elle veut aussi par nŽcessitŽ ce sans quoi elle ne peut obtenir cette fin, si elle la conna”t ; et c'est ce qui est proportionnŽ ˆ la fin ; ainsi si on veut la vie, on veut la nourriture. Mais ce sans quoi on ne peut atteindre la fin qui nÕest pas proportionnŽ ˆ cette fin, elle ne le veut pas par nŽcessitŽ.

Finis ergo naturalis divinae voluntatis est eius bonitas, quam non velle non potest. Sed fini huic non commensurantur creaturae, ita quod sine his divina bonitas manifestari non possit ; quod Deus intendit ex creaturis. Sicut enim manifestatur divina bonitas per has res quae nunc sunt et per hunc rerum ordinem, ita potest manifestari per alias creaturas et alio modo ordinatas : et ideo divina voluntas absque praeiudicio bonitatis, iustitiae et sapientiae, potest se extendere in alia quam quae facit. Et in hoc fuerunt decepti errantes : aestimaverunt enim ordinem creaturarum esse quasi commensuratum divinae bonitati quasi absque eo esse non posset.

Donc la fin naturelle de la volontŽ de Dieu est sa bontŽ, qu'il ne peut pas ne pas vouloir. Mais les crŽatures ne sont pas proportionnŽes ˆ cette fin, de sorte que la bontŽ divine ne puisse pas manifester sans elles ce que Dieu atteint par elles. Car, de m�me que la bontŽ divine se manifeste par ce qui est maintenant et par cet ordre des choses, de m�me elle peut se manifester par dÕautres crŽatures, ordonnŽes autrement ; et cÕest pourquoi la volontŽ divine, sans prŽjudice de sa bontŽ, de sa justice et de sa sagesse, peut sÕŽtendre ˆ dÕautres choses que ce quÕil fait. Et c'est en cela que ceux qui sont dans l'erreur se sont trompŽs : car ils ont pensŽ que lÕordre des crŽatures Žtait proportionnŽ ˆ la bontŽ divine comme si, sans lui, cet ordre ne pouvait pas exister.

Patet ergo quod absolute Deus potest facere alia quam quae fecit. Sed quia ipse non potest facere quod contradictoria sint simul vera, ex suppositione potest dici, quod Deus non potest alia facere quam quae fecit : supposito enim quod ipse non velit alia facere, vel quod praesciverit se non alia facturum, non potest alia facere, ut intelligatur composite, non divisim.

Il est donc clair que Dieu peut absolument faire d'autres choses que ce quÕil fait. Mais, parce quÕil ne peut pas faire que les contradictoires soient vrais en m�me temps, on peut dire par hypoth�se que Dieu ne peut pas faire autre chose que ce quÕil a fait : car supposŽ que lui-m�me ne veuille pas faire autre chose ou quÕil ait prŽvu quÕil ne ferait rien dÕautre, il ne peut pas faire autre chose, pour quÕon le comprenne avec ordre et non sŽparŽment.

 

Solutions :

q. 1 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod haec locutio, Deus non potest facere nisi quod praescit se facturum, est duplex : quia exceptio potest referri ad potentiam quae importatur per ly potest, vel ad actum, qui importatur per ly facere. Si primo modo, tunc locutio est falsa. Plura enim potest facere quam praesciat se facturum ; et in hoc sensu ratio procedebat. Si autem secundo modo, sic locutio est vera ; et est sensus, quod non potest esse quod aliquid fiat a Deo, et non sit a Deo praescitum. Sed hic sensus non est ad propositum.

 1. Cette proposition : "Dieu ne peut faire que ce quÕil prŽvoit de faire", a deux sens. La restriction peut porter sur la puissance dŽsignŽe par potest (peut), ou sur lÕacte dŽsignŽ par facere (faire[118]). Selon le premier sens la proposition est fausse. Car il peut faire plus quÕil ne prŽvoit de faire ; et c'est en ce sens que l'objection Žtait avancŽe. Si cÕest selon lÕautre sens, la proposition est vraie, et le sens est qu'il nÕest pas possible que quelque chose soit fait par Dieu sans qu'il l'ait prŽvu. Mais ce sens ne convient pas ˆ notre propos.

q. 1 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in Deo non cadit praeteritum et futurum ; sed quidquid est in eo, est totum in praesenti aeternitatis. Nec praeteritum vel futurum in eo verbum significatur, nisi per respectum ad nos ; unde non habet hic locum obiectio de necessitate praeteriti. Nihilominus dicendum est, quod obiectio non est ad propositum : quia praescientia non commensuratur potentiae faciendi, de qua est quaestio ; sed solum divinae actioni, ut dictum est.

 2. En Dieu, il nÕy a ni passŽ ni futur, mais tout ce qui est en lui est tout entier dans un prŽsent dÕŽternitŽ. Le mot de passŽ et de futur nÕa de sens en lui que par rapport ˆ nous. C'est pourquoi lÕobjection sur la nŽcessitŽ du passŽ nÕa pas dÕobjet ici. Cependant il faut dire que lÕobjection est hors sujet : parce que la prescience nÕest pas proportionnŽe ˆ la puissance d'agir dont il est question ; mais seulement ˆ lÕaction divine, comme on lÕa dit.

q. 1 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod illi qui dicebant Deum agere ex necessitate naturae, ponebant positionem de qua agitur, non solum ratione immutabilitatis naturae, sed ratione determinationis naturae ad unum. Sapientia autem divina non est determinata ad unum, sed se habet ad multa scienda ; unde non est simile.

 3. Ceux qui disaient que Dieu agit par nŽcessitŽ de nature, prenaient cette position, non seulement en raison de lÕimmutabilitŽ de sa nature[119], mais de sa dŽtermination ˆ un seul objet. La sagesse de Dieu nÕest pas limitŽe ˆ un seul objet mais elle est pour conna”tre beaucoup de choses. C'est pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 1 a. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod Christus non poterat velle dicere illa verba absolute, quae mendacium important, sine praeiudicio suae bonitatis. Sic autem non est in proposito, ut ex dictis patet ; et ideo non sequitur.

 4. Le Christ ne pouvait pas, dans lÕabsolu, vouloir dire ces paroles, qui apportent un mensonge, sans prŽjudice pour sa bontŽ. Mais ce nÕest pas notre sujet, comme on le voit par ce qui a ŽtŽ dit, et cÕest pourquoi cela ne vaut pas.

q. 1 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod absolutum et regulatum non attribuuntur divinae potentiae nisi ex nostra consideratione : quae potentiae Dei in se consideratae, quae absoluta dicitur, aliquid attribuit quod non attribuit ei secundum quod ad sapientiam comparatur, prout dicitur ordinata.

 5. LÕabsolu et ce qui est ordonnŽ ne sont attribuŽs ˆ la puissance divine que par notre rŽflexion. A cette puissance de Dieu, considŽrŽe en soi, qu'on appelle absolue, elle attribue quelque chose quÕelle ne lui a pas attribuŽ selon quÕelle est comparŽe ˆ la sagesse, dans la mesure o� on la dit ordonnŽe.

q. 1 a. 5 ad 6 Ad sextum dicendum, quod potentia Dei numquam est in re sine sapientia : sed a nobis consideratur sine ratione sapientiae.

 6. La puissance de Dieu n'est jamais en rŽalitŽ sans sagesse ; mais c'est nous qui la considŽrons sans rapport avec elle.

q. 1 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum, quod Deus fecit quidquid est iustum in actu, non autem quidquid est iustum in potentia ; potest enim aliquid facere quod nunc non est iustum, quia non est : tamen si esset, faceret iustum.

 7. Dieu a fait tout ce qui est juste en acte, mais pas tout ce qui est juste en puissance ; car il peut faire une chose qui maintenant nÕest pas juste, parce quÕelle nÕexiste pas : cependant si elle existait, il la ferait juste.

q. 1 a. 5 ad 8 Ad octavum dicendum, quod divina bonitas potest se communicare ordinate, non solum isto modo quo res operatur, sed multis aliis.

 8. La divine bontŽ peut se communiquer avec ordre, non seulement de la mani�re dont elle op�re, mais de nombreuses autres mani�res.

q. 1 a. 5 ad 9 Ad nonum dicendum, quod licet Deus non velit facere nisi quae facit, potest tamen alia velle ; et ideo, absolute loquendo, potest alia facere.

 9. Bien que Dieu ne veuille faire que ce quÕil fait, il peut cependant vouloir dÕautres choses, et cÕest pourquoi, absolument parlant, il peut en faire d'autres.

q. 1 a. 5 ad 10 Ad decimum dicendum, quod rationes illas, de quibus Dionysius loquitur, intelligit esse productivas existentium absolute, non solum autem eorum quae nunc sunt in actu.

 10. Denys comprend que ces raisons dont il parle sont productives d'�tres dans lÕabsolu, mais pas seulement de ceux qui sont en acte maintenant.

q. 1 a. 5 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod in hac quaestione versatur, utrum eorum quae nec sunt, nec erunt, nec fuerunt, quae tamen Deus facere potest, sit idea. Videtur dicendum, quod si idea secundum completam rationem accipiatur, scilicet secundum quod idea nominat formam artis, non solum intellectu excogitatam, sed etiam per voluntatem ad opus ordinatam, sic praedicta non habent ideam ; si vero accipiatur secundum imperfectam rationem, prout scilicet est solum excogitata in intellectu artificis, sic habent ideam. Patet enim in artifice creato quod excogitat aliquas operationes quas nunquam operari intendit. In Deo vero quidquid ipse cognoscit, est in eo per modum excogitati ; cum in ipso non differat cognoscere actu et habitu. Ipse enim novit totam potentiam suam, et quidquid potest : unde omnium quae potest habet rationes quasi excogitatas.

 11. Dans cette question, on cherche ˆ savoir si ce qui n'est pas, ne sera pas et n'a pas ŽtŽ, et que cependant Dieu peut rŽaliser est une idŽe. Il semble quÕil faut dire que, si on con�oit lÕidŽe, selon sa pleine acception, cÕest-ˆ-dire selon que lÕidŽe dŽsigne une forme de lÕart, non seulement pensŽe par lÕesprit, mais aussi ordonnŽe ˆ lÕÏuvre par la volontŽ, ce dont on parle nÕa pas dÕidŽe, mais si on le prend selon une raison imparfaite dans la mesure o� elle est seulement pensŽe dans lÕintellect de lÕartisan, alors ce dont on parle a une idŽe. Car on voit dans lÕartisan crŽŽe quÕil invente des opŽrations quÕil nÕa jamais lÕintention de faire. Mais ce quÕil conna”t lui-m�me est en lui par mode dÕinvention ; puisquÕil nÕy a pas en lui de diffŽrence entre conna”tre en acte et en habitus[120]. Car il conna”t lui-m�me toute sa puissance, et tout ce qu'il peut. C'est pourquoi il poss�de les raisons de tout ce quÕil peut, en tant quÕelles sont pensŽes.

q. 1 a. 5 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod intelligendum est hoc Deum non posse quod non vult se posse : et sic non facit ad propositum.

 12. Il faut comprendre que Dieu ne peut pas ce quÕil ne veut pas pouvoir et c'est ˆ dessein qu'il ne le fait pas.

q. 1 a. 5 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod licet Deus sit immutabilis, tamen eius voluntas non est determinata ad unum in his quae facienda sunt : et ideo habet liberum arbitrium.

 13. Bien que Dieu soit immuable, cependant sa volontŽ nÕest pas dŽterminŽe ˆ un seul objet parmi ce quÕil doit faire et cÕest pourquoi il a le libre arbitre.

q 1 a. 5 ad 14 Ad decimumquartum dicen. dum, quod optima ratio, qua Deus omnia facit, est sua bonitas et sua sapientia : quae maneret, etiam si alia, vel alio modo faceret.

 14. La meilleure raison, par laquelle Dieu fait tout, cÕest sa bontŽ et sa sagesse, qui demeureraient m�me sÕil faisait dÕautres choses ou dÕune autre mani�re.

q. 1 a. 5 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod illud quod facit, est optimum per ordinem ad Dei bonitatem : et ideo quidquid aliud est ordinabile ad eius bonitatem secundum ordinem suae sapientiae, est optimum.

 15. Ce que Dieu fait est le meilleur par rapport ˆ sa bontŽ et cÕest pourquoi toute autre chose qui peut �tre ordonnŽe ˆ sa bontŽ selon lÕordre de sa sagesse est le meilleur.

 

 

 

Article 6 Ñ Dieu peut-il faire ce qui est possible ˆ dÕautres, comme pŽcher, marcher etc. ?

q. 1 a. 6 tit. 1 Sexto quaeritur utrum Deus possit facere quae sunt aliis possibilia, ut peccare, ambulare et huiusmodi. Et videtur quod sic.

Il semble que oui :

 

Objections :[121]

q. 1 a. 6Arg. 1 Quia Augustinus dicit [Enchirid., cap. CV] quod melior est natura quae potest peccare, quam quae peccare non potest. Sed omne quod est optimum, est Deo attribuendum. Ergo Deus potest peccare.

1. Parce quÕAugustin (Enchiridium, 105[122]) dit que meilleure est la nature qui peut pŽcher que celle qui ne le peut pas. Mais tout ce qui est le meilleur doit �tre attribuŽ ˆ Dieu. Donc il peut pŽcher.

q. 1 a. 6Arg. 2 Praeterea, illud quod est laudabilitatis, non debet Deo subtrahi. Sed in laudem viri dicitur Eccli. XXXI, 10 : Qui potuit transgredi et non est transgressus. Ergo posse transgredi et non transgredi Deo debet attribui.

2. On ne doit pas retirer ˆ Dieu ce qui est digne de louange. Mais ˆ la louange de lÕhomme, lÕEcclŽsiaste (Si 31, 10) dit : ÇQui a pu pŽcher et n'a pas pŽchŽÉÈ Donc le pouvoir de pŽcher et ne pas pŽcher doit �tre attribuŽ ˆ Dieu.

q. 1 a. 6Arg. 3 Praeterea, philosophus dicit [lib. IV, Topic. CaP. V] : Potest Deus et studiosus prava agere. Ergo Deus potest peccare.

3. Le Philosophe dit (Topique. IV, 5, 126 a 37-39[123]) : ÇDieu peut et avec z�le faire de mauvaises actionsÈ. Donc Dieu peut pŽcher.

q. 1 a. 6Arg. 4 Praeterea, quicumque consentit in peccatum mortale, peccat mortaliter. Sed quicumque praecipit peccatum mortale, consentit, immo quodammodo principaliter facit. Cum ergo Deus praeceperit peccatum mortale Abrahae, scilicet quod interficeret filium innocentem ; et Oseae, quo acciperet mulierem fornicariam, et faceret ex ea filios fornicationis, et Semei, ut malediceret David, ut habetur II Reg. XVI, 7, quem constat peccasse ex poena sibi inflicta III Reg. II, 36, videtur quod ipse peccaverit mortaliter.

4. Quiconque consent ˆ un pŽchŽ mortel, p�che mortellement. Mais quiconque l'ordonne consent ; bien plus d'une certaine mani�re c'est surtout lui qui l'accomplit. Donc, comme Dieu a ordonnŽ un pŽchŽ mortel ˆ Abraham, ˆ savoir tuer son fils innocent (Gn 22, 2) ; ˆ OsŽe (Os.1, 2), de prendre pour Žpouse une prostituŽe et d'avoir d'elle des enfants de prostitution et ˆ Shime• (II Sam. 16, 7) de maudire David, lequel est reconnu avoir pŽchŽ, vu le ch‰timent qui lui fut infligŽ (I Rois 2, 36[124]), il semble que Dieu a lui-m�me pŽchŽ mortellement.

q. 1 a. 6Arg. 5 Praeterea, quicumque cooperatur peccanti mortaliter, ipse peccat mortaliter. Sed Deus cooperatur peccanti mortaliter : ipse enim operatur in omni operatione, et per consequens in omni eo qui mortaliter peccat. Ergo Deus peccat.

5. Quiconque coop�re avec qui p�che mortellement, p�che mortellement lui aussi. Mais Dieu coop�re avec celui qui p�che mortellement, car il agit lui-m�me dans toute opŽration[125] et par consŽquent dans tout homme qui p�che mortellement. Donc Dieu p�che.

q. 1 a. 6Arg. 6 Praeterea, Augustinus dicit [in lib. De gratia et libero arbitrio, cap. XXI, ut habetus in Glossa, Rom.1], quod Deus operatur in cordibus hominum, inclinando voluntates eorum in quodcumque voluerit, sive in bonum, sive in malum. Sed inclinare voluntatem hominis in malum, est peccatum. Ergo Deus peccat.

6. Augustin dit (De la gr‰ce et du libre arbitre, ch. 21), comme on le voit dans la glose, (Rm 1) que Dieu op�re dans le cÏur des hommes, en inclinant leur volontŽ vers tout ce qu'il aura voulu, soit en bien, soit en mal. Mais incliner la volontŽ de l'homme au mal est un pŽchŽ. Donc Dieu p�che.

q. 1 a. 6Arg. 7 Praeterea, homo factus est ad imaginem Dei, ut habetur Gen. I, 26. Sed quod invenitur in imagine oportet inveniri in exemplari. Hominis autem voluntas est ad utrumlibet. Ergo et voluntas Dei ; et ita potest peccare et non peccare.

7. LÕhomme a ŽtŽ crŽŽ ˆ lÕimage de Dieu (Gn. 1, 26). Mais ce quÕon trouve dans lÕimage, on doit le trouver dans lÕexemplaire[126]. Mais la volontŽ de l'homme penche vers le bien et vers le mal. Donc la volontŽ de Dieu aussi. Et ainsi il peut pŽcher et ne pas pŽcher.

q. 1 a. 6Arg. 8 Praeterea, quidquid potest virtus inferior, potest et superior. Sed homo cuius virtus est inferior divina virtute, potest ambulare, peccare et alia huiusmodi facere. Ergo et Deus.

8. Ce que peut un pouvoir infŽrieur, un pouvoir supŽrieur le peut aussi. Mais lÕhomme dont le pouvoir est infŽrieur au pouvoir divin peut marcher, pŽcher et accomplir d'autres actes de ce genre. Donc Dieu aussi.

q. 1 a. 6Arg. 9 Praeterea, tunc aliquis omittit quando non facit bona quae potest. Sed Deus potest multa bona facere quae non facit. Ergo omittit, et ita peccat.

9. Quelqu'un commet une nŽgligence, quand il ne fait pas le bien quÕil peut faire. Mais Dieu peut faire beaucoup de bien quÕil ne fait pas. Donc, il commet une nŽgligence et ainsi il p�che.

q. 1 a. 6Arg. 10 Praeterea, quicumque potest prohibere peccatum et non prohibet, videtur peccare. Sed Deus potest prohibere omnia peccata. Cum ergo non prohibeat, videtur quod peccet.

10. Qui peut emp�cher le pŽchŽ et ne le fait pas, semble pŽcher. Mais Dieu peut emp�cher tous les pŽchŽs. Donc, comme il ne le fait pas, il semble quÕil p�che.

q. 1 a. 6Arg. 11 Praeterea, Amos III, 6, habetur : Non est malum in civitate quod Deus non faciat. Hoc autem non potest intelligi de malo poenae : nam dicitur Sap. I, 13, quod Deus mortem non fecit. Ergo oportet intelligi de malo culpae ; et sic Deus est auctor mali culpae.

11. On lit dans Amos ((3, 6[127]) : ÇIl nÕy a pas de mal dans la citŽ sans que Dieu ne le fasseÈ. Mais cela ne peut pas �tre compris du mal du ch‰timent. Car il est dit (Sg 1, 13) que ÇDieu nÕa pas fait la mortÈ. Donc il faut le comprendre du mal de la faute et ainsi Dieu est lÕauteur de ce mal.

 

En sens contraire : 

q. 1 a. 6 s. c. 1 Sed contra. I Ioan. I, 5, dicitur : Deus lux est, et tenebrae in eo non sunt ullae. Sed peccata sunt tenebrae spirituales. Ergo peccatum in Deo esse non potest.

1. Il est dit en I Jean 1, 5 que ÇDieu est lumi�re et il nÕy a pas de tŽn�bres en luiÈ. Mais les pŽchŽs sont des tŽn�bres spirituelles. Donc le pŽchŽ ne peut pas exister en Dieu.

q. 1 a. 6 s. c. 2 Praeterea, princeps propriis legibus astrictus non tenetur. Sed omne peccatum est contra legem divinam, ut Augustinus dicit [lib. XXII, Contra Faustum, cap. 27]. Ergo Deus peccato astringi non potest.

2. Le prince nÕest pas assujetti ˆ ses propres lois. Mais tout pŽchŽ est contre la loi divine, comme Augustin le dit (Contre. Fauste, XXII, 27). Donc Dieu ne peut y �tre assujetti.

 

RŽponse :

q. 1 a. 6 co. Respondeo. Dicendum, quod sicut supra dictum est, Deum absolute aliquid non posse dicitur dupliciter : uno modo ex parte voluntatis ; alio modo ex parte potentiae.

Comme on lÕa indiquŽ ci-dessus, on dit que Dieu ne peut absolument pas quelque chose, de deux mani�res : 1) du c™tŽ de sa volontŽ, 2) du c™tŽ de sa puissance.

Ex parte siquidem voluntatis, Deus non potest facere quod non potest velle. Cum autem nulla voluntas possit velle contrarium eius quod naturaliter vult, sicut voluntas hominis non potest velle miseriam ; constat quod voluntas divina non potest velle contrarium suae bonitatis, quam naturaliter vult. Peccatum autem est defectus quidam a divina bonitate : unde Deus non potest velle peccare. Et ideo absolute concedendum est, quod Deus peccare non potest.

1) Du c™tŽ de sa volontŽ : Dieu ne peut pas faire ce quÕil ne peut pas vouloir. Puisque aucune volontŽ ne peut vouloir le contraire de ce quÕelle veut naturellement, Ñ ainsi la volontŽ de lÕhomme ne peut pas vouloir le malheur Ñ, il est clair que la volontŽ divine ne peut vouloir le contraire de sa bontŽ quÕil veut naturellement. Mais le pŽchŽ est un manquement ˆ la divine bontŽ ; c'est pourquoi Dieu ne peut pas vouloir pŽcher. Et cÕest pourquoi il faut absolument concŽder que Dieu ne peut pas pŽcher.

Ex parte vero potentiae dicitur Deum non posse aliquid, dupliciter : uno modo ratione ipsius potentiae ; alio modo ratione possibilis.

2) Du c™tŽ de sa puissance, on dit que Dieu ne peut pas une chose pour deux raisons : a) en raison de la puissance m�me ; b) en raison de la possibilitŽ.

Potentia siquidem eius quantum in se est, cum sit infinita, in nullo deficiens invenitur quod ad potentiam pertineat. Sed quaedam sunt quae secundum nomen potentiam important, quae secundum rem sunt potentiae defectus ; sicut multae negationes sunt, quae in affirmationibus includuntur ; ut cum dicitur posse deficere, videtur secundum modum loquendi, quaedam potentia importari, cum magis potentiae defectus importetur. Et propter hoc potentia aliqua dicitur esse perfecta, secundum philosophum [V Metph., text. 17], quando ista non potest. Sicut enim illae affirmationes habent vim negationum secundum rem, ita istae negationes habent vim affirmationum. Et propter hoc dicimus, Deum non posse deficere, et per consequens non posse moveri (quia motus et defectus quamdam imperfectionem important) et per consequens non posse eum ambulare, nec alios actus corporeos exercere, qui sine motu non fiunt.

a) Sa puissance, quant ˆ elle, Žtant infinie, on ne la trouve dŽfaillante en rien qui la concerne. Mais il y a des choses qui sous le nom de puissance apportent ce qui en rŽalitŽ est une dŽfaillance de la puissance. Ainsi il y a de nombreuses nŽgations incluses dans les affirmations ; comme quand on dit 'pouvoir dŽfaillir', il semble, selon la mani�re de parler, qu'on apporte une puissance, alors que c'est plut™t sa dŽfaillance. Et cÕest pour cela quÕon dit quÕune puissance est parfaite, selon le Philosophe (MŽtaphysique V, 17, 1021 b 25 ss.), quand elle ne le peut pas. Car de m�me que ces affirmations ont force de nŽgation en rŽalitŽ, ainsi ces nŽgations ont force dÕaffirmation. Et cÕest pour cela que nous disons que Dieu ne peut pas avoir de dŽfaillance et par consŽquent, ne peut �tre mž (parce que le mouvement et la dŽfaillance apportent une imperfection[128]) et par consŽquence, il ne peut pas marcher, ni accomplir dÕautres actes corporels qui ne se font pas sans mouvement[129].

Ratione vero possibilis dicitur Deum aliquid non posse facere quia id contradictionem implicat, ut ex supra dictis, art. 5, patet ; et per hunc modum dicitur quod non potest facere alium Deum aequalem sibi. Implicatur enim contradictio ex eo quod factum oportet esse in potentia aliquo modo, cum recipiat esse ab alio, et sic non potest esse actus purus, quod est proprium ipsius Dei.

b) En raison de la possibilitŽ, on dit que Dieu ne peut pas faire une chose parce qu'elle implique contradiction, comme le montre ce qui a ŽtŽ dit ˆ l'article 5 et c'est pourquoi on dit quÕil ne peut faire un autre Dieu Žgal ˆ lui. Car cela implique contradiction : il faut que ce qui est fait soit en puissance dÕune certaine mani�re, puisquÕil re�oit lÕ�tre dÕun autre et ainsi il ne peut pas �tre acte pur, ce qui est le propre de Dieu lui-m�me.

 

Solutions :

q. 1 a. 6 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod illa comparatio non est intelligenda universaliter, sed solum inter hominem et animalia bruta.

 1. Cette comparaison ne doit pas �tre comprise universellement, mais seulement de lÕhomme et de lÕanimal.

q. 1 a. 6 ad 2 Ad secundum dicendum, quod id quod dicitur in laudem hominis non semper est congruum laudi divinae, immo esset blasphemia ; ut si dicerem Deum poenitere et huiusmodi. Aliquid enim, ut dicit Dionysius [cap. IV de div. Nomin.] est in inferiori natura laudabile quod in superiori natura vituperatur.

 2. Ce quÕon dit ˆ la louange de lÕhomme ne convient pas toujours ˆ la louange divine. Bien plus ce serait un blasph�me ; ainsi si je disais que Dieu se repend, etc.. Car, comme le dit Denys (Les noms divins 4), est louable dans une nature infŽrieure ce qui serait bl‰mŽ dans une nature supŽrieure.

q. 1 a. 6 ad 3 Ad tertium dicendum, quod verbum philosophi est intelligendum sub conditione voluntatis. Haec enim conditionalis est vera : Deus potest prava agere si vult : nihil enim prohibet conditionalem esse veram, licet antecedens et consequens sint impossibilia ; ut patet in hac : si homo volat, habet alas.

 3. Il faut comprendre le mot du Philosophe sous condition de la volontŽ. Car, si elle est conditionnelle, elle est vraie : Dieu peut commettre des choses perverses sÕil le veut : car rien nÕemp�che la conditionnelle dÕ�tre vraie, bien que lÕantŽcŽdent et le consŽquent soient impossibles, comme cela para”t dans cet exemple : si un homme vole, il a des ailes.

q. 1 a. 6 ad 4 Ad quartum dicendum, quod nihil prohibet aliquem actum qui in se esset peccatum mortale, aliqua circumstantia addita fieri virtuosum : occidere enim hominem absolute peccatum mortale est ; sed ministro iudicis occidere hominem propter iustitiam ex praecepto iudicis, non est peccatum, sed actus iustitiae. Sicut autem princeps civitatis habet disponere de hominibus quantum ad vitam et mortem, et alia quaecumque pertinent ad finem sui regiminis, qui est iustitia, ita Deus habet omnia in sui dispositione dirigere ad finem sui regiminis quod est eius bonitas. Et ideo licet occidere filium innocentem, de se possit esse peccatum mortale, tamen si hoc fiat ex praecepto Dei propter finem quem Deus praevidit et ordinavit, licet etiam sit homini ignotus, non est peccatum, sed meritum. Et similiter etiam dicendum est de fornicatione Oseae, cum constet Deum esse ordinatorem totius humanae generationis : quamvis quidam dicant, quod hoc non acciderit secundum veritatem rei, sed secundum visionem prophetiae. De praecepto autem Semei est dicendum aliter. Dicitur enim Deus dupliciter praecipere.

 4. Rien nÕemp�che qu'un acte qui serait en soi un pŽchŽ mortel, si on ajoute les circonstances, ne devienne vertueux ; car tuer un homme est absolument un pŽchŽ mortel ; mais pour lÕassistant du juge tuer un homme ˆ cause de la justice et sur lÕordre du juge, ce n'est pas un pŽchŽ, mais un acte de justice. De m�me que le prince dÕune citŽ doit disposer des hommes ˆ la vie et ˆ la mort, et [prendre] d'autres dŽcisions qui concernent le but de son gouvernement, qui est la justice ; de m�me Dieu a tout ˆ sa disposition pour parvenir ˆ la finalitŽ de son gouvernement qui est sa bontŽ. Et cÕest pourquoi, bien que tuer son fils innocent puisse �tre en soi un pŽchŽ mortel, cependant si cela se fait sur lÕordre de Dieu en vue d'une fin qu'il a lui-m�me prŽvue et programmŽe, m�me si elle est ignorŽe de lÕhomme, ce nÕest pas un pŽchŽ mais un mŽrite. Et il faut parler de la fornication dÕOsŽe de la m�me mani�re, puisque il est clair que Dieu est celui qui ordonne toute la gŽnŽration humaine. Cependant certains disent que cela ne serait pas arrivŽ en rŽalitŽ mais selon une vision prophŽtique. Pour ce qui est prescrit ˆ ShimŽ•, il faut parler autrement. Car on dit que Dieu donne ses prescriptions de deux mani�res :

Uno modo loquendo spiritualiter vel corporaliter per substantiam creatam ; et sic praecepit Abrahae et prophetis. Alio modo inclinando, sicut dicitur praecepisse vermi ut comederet hederam, Ionae I. Et per hunc modum praecepit Semei ut malediceret David, in quantum cor eius inclinavit ; et hoc per modum qui infra in solutione ad sextum, dicetur.

a) La premi�re, en parlant spirituellement ou corporellement par une substance crŽŽe, et ainsi il commande ˆ Abraham et aux proph�tes.b) En inclinant : ainsi on dit quÕil prescrivit aux vers de manger le lierre (Jonas 4, 7). Et de cette m�me mani�re il prescrivit ˆ Shime• de maudire David, dans la mesure o� il y inclina son cÏur et par le moyen signalŽ ci-dessous, ˆ la solution six.

q. 1 a. 6 ad 5 Ad quintum dicendum, quod operatio peccati, quantum ad id quod habet de entitate et actualitate, refertur in Deum sicut in causam ; quantum vero ad id quod habet de deformitate peccati, refertur in liberum arbitrium, non in Deum ; sicut quidquid motus est in claudicatione, est a virtute gressiva ; deformitas autem eius est a curvitate cruris.

 5. LÕacte de pŽcher, quant ˆ ce qui concerne son entitŽ et son actualitŽ, se rŽf�re ˆ Dieu comme ˆ sa cause ; mais on rapporte l'infamie du pŽchŽ au libre arbitre, non ˆ Dieu ; ainsi tout mouvement dans la claudication vient du pouvoir de marcher, mais la difformitŽ vient de la courbure de la jambe.

q. 1 a. 6 ad 6 Ad sextum dicendum, quod Deus non dicitur inclinare voluntates hominum in malum, immittendo malitiam, vel ad malitiam commovendo ; sed permittendo et ordinando, ut videlicet qui crudelitatem exercere consentiunt, in illos exerceant quos dignos Deus iudicat.

 6. On ne dit pas que Dieu incline la volontŽ de lÕhomme au mal, en envoyant la malice ou en les y incitant, mais en permettant et en ordonnant ; pour qu'assurŽment ceux qui consentent ˆ exercer la cruautŽ, lÕexercent contre ceux que Dieu en juge dignes.

q. 1 a. 6 ad 7 Ad septimum dicendum, quod non est necessarium, quidquid in homine invenitur, quamvis sit ad imaginem Dei, in Deo inveniri ; et tamen in proposito voluntas Dei est ad utrumlibet, quia non est ad unum obiectum determinata. Potest enim hoc facere vel non facere, aut facere hoc vel illud : non tamen sequitur quod aliquid istorum possit male facere, quod est peccare.

 7. Il nÕest pas nŽcessaire que ce quÕon trouve dans lÕhomme, quoique quÕil soit ˆ lÕimage de Dieu, se retrouve en Dieu et cependant dans le propos, la volontŽ de Dieu concerne deux aspects, parce quÕelle nÕest pas dŽterminŽe ˆ un seul objet. Car il peut faire ou ne pas faire, faire ceci ou cela ; cependant il nÕen dŽcoule pas qu'il puisse mal faire l'une d'elle, ce qui est pŽcher.

q. 1 a. 6 ad 8 Ad octavum dicendum, quod obiectio illa tenet in his quae pertinent ad potestatis perfectionem, non autem in his quae important potestatis defectum.

 8. Cette objection tient ˆ ce qui concerne la perfection de la puissance, mais non ˆ ce qui en cause la dŽfaillance.

q. 1 a. 6 ad 9 Ad nonum dicendum, quod licet Deus possit multa bona facere quae non facit, non tamen omittit : quia non debet illa facere, quod requiritur ad rationem omissionis.

 9. Bien que Dieu puisse faire beaucoup de bien quÕil ne fait pas, cependant il ne commet pas d'omission, parce quÕil ne doit pas le faire, condition requise pour dŽfinir une omission.

q. 1 a. 6 ad 10 Et similiter dicendum est ad decimum ; nam non est reus peccati qui peccatum non impedit nisi quando impedire debet.

 10. Ici il faut dire la m�me chose, car celui qui nÕemp�che pas un pŽchŽ nÕest coupable de pŽchŽ que quand il doit l'emp�cher.

q. 1 a. 6 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod verbum Amos intelligitur de malo poenae. Quod autem dicitur Sap. I, 13 : Deus mortem non fecit intelligitur quantum ad ipsam causam mortis, quae est meritum culpae, vel quantum ad primam naturae institutionem, qua fecit hominem suo modo immortalem.

 11. Le mot dÕAmos est ˆ comprendre comme la peine du ch‰timent. Ce qui est dit en Sagesse (1, 13) : ÇDieu nÕa pas fait la mortÈ est compris quant ˆ la cause m�me de la mort, qui est la consŽquence de la faute ; ou quant ˆ la premi�re institution de la nature, par laquelle il rendit lÕhomme immortel ˆ sa mani�re.

 

 

 

Article 7 Ñ Pourquoi dit-on que Dieu est tout-puissant ?

q. 1 a. 7 tit. 1 Septimo quaeritur quare Deus dicatur omnipotens. Et videtur quod dicatur omnipotens quia simpliciter omnia possit.

On le dit tout puissant, semble-t-il, parce quÕil peut absolument tout.

 

Objections :[130]

q. 1 a. 7Arg. 1 Sicut enim Deus dicitur omnipotens, ita dicitur omnisciens. Sed dicitur omnisciens, quia simpliciter omnia scit. Ergo et omnipotens dicitur, quia simpliciter omnia potest.

1. Car de m�me qu'on dit Dieu tout-puissant, on le dit omniscient. Mais on le dit omniscient, parce qu'il conna”t absolument tout. Donc on le dit tout puissant parce quÕil peut absolument tout.

q. 1 a. 7Arg. 2 Praeterea, si non ideo dicatur omnipotens quia simpliciter omnia possit, tunc haec distributio importata, non est absoluta, sed accommodata. Talis autem distributio non est universalis, sed determinatur ad aliquid. Ergo divina potentia esset ad aliquid determinata, et non esset infinita.

2. Si on ne le dit pas tout puissant parce qu'il pourrait absolument tout, alors cette attribution ajoutŽe nÕest pas absolue, mais appropriŽe. Or une telle attribution nÕest pas universelle, elle est limitŽe ˆ un objet. Donc la puissance divine serait limitŽe ˆ un objet et ne serait pas infinie.

Sed contra, Deus non potest facere, sicut dictum est, art. 3 et 5, ut affirmatio et negatio sint simul vera ; nec potest peccare nec mori. Haec autem includuntur in hac distributione, si absolute sumatur. Ergo non debet absolute sumi ; et ita Deus non potest dici omnipotens quia omnia possit absolute.

En sens contraire : Dieu ne peut pas faire, comme on lÕa dit, aux articles 3 et 5, que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies en m�me temps ; et il ne peut pas pŽcher ni mourir. Cela est inclus dans cette attribution, si elle est prise dans l'absolu. Donc elle ne doit pas �tre prise dans lÕabsolu, et ainsi on ne peut pas dire que Dieu soit tout-puissant parce quÕil peut absolument tout.

q. 1 a. 7Arg. 3 Item videtur quod dicatur omnipotens quia potest omnia quae vult : dicit enim Augustinus in Enchiridion [cap. XCVI] : non ob aliud vocatur omnipotens, nisi quia quidquid vult, potest.

3. Il semble quÕon le dit tout-puissant Çparce quÕil peut tout ce quÕil veutÈ. Car Augustin dit (Enchiridion ch. 96) : ÇIl nÕest appelŽ tout-puissant pour rien dÕautre sinon quÕil peut tout ce quÕil veut.È.

Sed contra, beati possunt quidquid volunt : aliter voluntas eorum non esset perfecta. Non tamen dicuntur omnipotentes. Ergo hoc non sufficit ad rationem omnipotentiae, quod Deus possit quidquid vult. Praeterea, voluntas sapientis non est de impossibili : unde nullus sapiens vult nisi quod potest ; nec tamen quilibet sapiens est omnipotens. Ergo idem quod prius.

En sens contraire : Les bienheureux peuvent ce quÕils veulent, autrement leur volontŽ ne serait pas parfaite[131]. Cependant on ne dit pas quÕils sont tout-puissants. Donc cela ne suffit pas ˆ la nature de la toute-puissance, que Dieu puisse tout ce quÕil veut. En plus la volontŽ du sage ne concerne pas lÕimpossible. C'est pourquoi aucun sage ne veut que ce quÕil peut ; et cependant nÕimporte quel sage nÕest pas tout-puissant. Donc de m�me que ci-dessus.

q. 1 a. 7Arg. 4 Item videtur quod dicatur omnipotens, quia possit omnia possibilia. Dicitur enim omnisciens, quia scit omnia scibilia. Ergo pari ratione dicitur omnipotens, quia potest omnia possibilia.

4. Il semble quÕon lÕappelle tout-puissant Çparce quÕil peut tout ce qui est possibleÈ. On lÕappelle en effet omniscient, parce quÕil conna”t tout ce qui peut �tre connu. Donc ˆ raison Žgale, on lÕappelle tout-puissant parce quÕil peut tout ce qui est possible.

Sed contra, si dicitur omnipotens quia potest omnia possibilia ; aut hoc est quia potest omnia possibilia sibi, aut quia potest omnia possibilia naturae. Si quia potest omnia possibilia naturae, tunc eius omnipotentia naturae potentiam non excedit ; quod est absurdum. Si vero quia potest omnia possibilia sibi, tunc pari ratione quilibet dicetur omnipotens, quia quilibet potest omnia possibilia sibi. Et praeterea est ibi quaedam expositio per circumlocutionem, quae non est conveniens.

En sens contraire : si on lÕappelle tout-puissant parce quÕil peut tout ce qui est possible, ou bien c'est parce quÕil peut tout ce qui est possible pour lui, ou parce quÕil peut tout ce qui est possible ˆ la nature. Si cÕest parce quÕil peut tout ce qui est possible ˆ la nature, alors sa toute-puissance nÕexc�de pas la puissance de la nature, ce qui est absurde. Mais si cÕest parce quÕil peut tout ce qui est possible pour lui, alors ˆ raison Žgale, nÕimporte qui est appelŽ tout-puissant parce quÕil peut ce qui est possible pour lui. Et en plus il y a lˆ une exposition par une circonlocution qui ne convient pas.

q. 1 a. 7Arg. 5 Item quaeritur quare Deus dicitur omnipotens et omnisciens, et non omnivolens.

5. De m�me, on cherche pourquoi Dieu est appelŽ celui qui peut tout, qui sait tout et pas celui qui veut tout.

 

RŽponse :

q. 1 a. 7 co. Respondeo. Dicendum, quod quidam volentes rationem omnipotentiae assignare, quaedam acceperunt quae ad rationem omnipotentiae non pertinent, sed magis sunt causa omnipotentiae, vel pertinentia ad perfectionem omnipotentiae, vel pertinentia ad rationem potentiae, vel ad modum habendi potentiam.

Certains voulant assigner une dŽfinition ˆ la toute-puissance ont acceptŽ des notions qui ne conviennent pas ˆ sa dŽfinition ; mais qui en sont plut™t la cause ou ce qui appartient ˆ la perfection de la toute puissance ou ˆ celle de la puissance ou ˆ son mode de possession.

Quidam enim dixerunt, quod ideo Deus est omnipotens, quia habet potentiam infinitam. Qui non dicunt rationem omnipotentiae, sed causam ; sicut anima rationalis est causa hominis, sed non est eius definitio. Quidam vero ideo dixerunt Deum omnipotentem, quia non potest aliquid pati nec potest deficere, nec aliquid potest in ipsum, et alia huiusmodi, quae ad perfectionem potentiae pertinent.

Certains, en effet, ont dit que Dieu est tout-puissant, parce quÕil a une puissance infinie. Ils n'en donnent pas la raison mais la cause ; ainsi lÕ‰me raisonnable est cause de lÕhomme, mais ce nÕest pas sa dŽfinition. Certains aussi ont dit que Dieu est tout-puissant, parce quÕil ne peut rien subir, ni �tre dŽfaillant et il ne peut rien en lui ni autres choses de ce genre qui concernent la perfection de sa puissance.

Quidam etiam dixerunt, quod ideo dicitur omnipotens, quia potest quidquid vult ; et hoc habet a se et per se ; quod pertinet ad modum habendi potentiam.

Certains m�me ont dit quÕon lÕappelle tout-puissant parce quÕil peut tout ce quÕil veut, et cela il lÕa par lui et par son intermŽdiaire, ce qui concerne sa mani�re de possŽder la puissance.

Hae autem rationes omnes ideo sunt insufficientes, quia praetermittunt rationes operationum ad obiecta, quas implicat omnipotentia. Et ideo dicendum est, quod accipienda est aliqua trium viarum quae tactae sunt in obiiciendo, et dicunt comparationem ad obiecta.

Mais toutes ces raisons sont insuffisantes, parce quÕelles omettent les raisons des opŽrations pour les objets quÕimplique la toute-puissance. Et cÕest pourquoi on doit dire qu'il faut accepter lÕune des trois voies qui ont ŽtŽ avancŽes en objections et qui apportent une comparaison avec les objets.

Dicendum ergo est, quod, sicut supra dictum est, potentia Dei, quantum est de se, ad omnia illa obiecta se extendit quae contradictionem non implicant. Nec etiam instantia de illis est quae defectum important, vel corporalem motum ; quia posse ea, Deo est non posse. Ea vero quae contradictionem implicant Deus non potest ; quae quidem sunt impossibilia secundum se. Relinquitur ergo quod Dei potentia ad ea se extendat quae sunt possibilia secundum se. Haec autem sunt quae contradictionem non implicant. Constat ergo quod Deus ideo dicitur omnipotens quia potest omnia quae sunt possibilia secundum se.

Il faut donc dire, comme on lÕa dit plus haut, que la puissance de Dieu, quant ˆ elle, sÕŽtend ˆ tous ces objets qui nÕimpliquent pas contradiction. Et cela ne concerne pas ce qui apporte une dŽfaillance ou un mouvement corporel, parce que ce pouvoir, Dieu ne l'a pas. Dieu ne peut pas ce qui implique une contradiction ; cela est impossible en soi. Donc il reste que la puissance de Dieu sÕŽtend ˆ ce qui est possible en soi. CÕest ce qui nÕimplique pas contradiction. Donc il est clair quÕon dit que Dieu est tout-puissant parce quÕil peut tout ce qui est possible en soi[132].

 

Solutions :

q. 1 a. 7 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Deus dicitur omnisciens quia scit omnia scibilia ; falsa autem, quae non sunt scibilia, nescit. Impossibilia autem secundum se comparantur ad potentiam sicut falsa ad scientiam.

 1. Dieu est appelŽ omniscient parce quÕil conna”t tout ce qui peut �tre connu ; il ignore l'erreur qui nÕest pas connaissable. Ce qui est impossible en soi est comparŽ pour la puissance ˆ l'erreur pour la science.

q. 1 a. 7 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ratio illa procederet, si distributio terminaretur infra genus possibilium hoc modo quod non se extenderet ad omnia possibilia.

 2. Cette raison conviendrait si lÕattribution se terminait ˆ l'intŽrieur du genre des possibles ; de telle mani�re qu'elle ne s'Žtende pas ˆ tous les possibles.

Ad illud quod quaeritur de alia ratione omnipotentiae, dicendum, quod posse quidquid vult facere non est sufficiens ratio omnipotentiae, sed est sufficiens signum omnipotentiae ; et sic intelligendum est verbum Augustini.

Pour ce quÕon cherche au sujet de l'autre raison de la toute-puissance, il faut dire que pouvoir tout ce qu'on veut faire n'est pas une raison suffisante de toute puissance, mais en est un signe suffisant. CÕest ainsi quÕil faut comprendre la parole dÕAugustin.

q. 1 a. 7 ad 3 Ad illud quod arguitur de tertia ratione, dicendum, quod Deus dicitur omnipotens, quia potest omnia possibilia absolute ; et ideo obiectio non recte procedit de possibilibus Deo vel naturae.

 Pour le troisi�me argument, il faut dire qu'on appelle Dieu le tout-puissant, parce quÕil peut absolument tout ce qui est possible et cÕest pourquoi lÕobjection ne proc�de pas correctement[133] de ce qui possible pour Dieu ou pour la nature.

q. 1 a. 7 ad 5 Ad illud quod ultimo quaeritur, dicendum, quod in his quae aguntur per voluntatem, ut dicitur IX Metaph., [com. 3, 4 et 10], potentia et scientia determinantur ad opus per voluntatem ; et ideo scientia et potentia in Deo quasi non determinata universaliter pronuntiantur, ut cum dicitur omnisciens vel omnipotens, sed voluntas quae determinat, non potest esse omnium, sed eorum tantum ad quae potentiam et scientiam determinat ; et ideo Deus non potest dici omnivolens.

 5. Pour ce quÕon cherche ˆ la derni�re objection, il faut dire que dans ce qui est fait par volontŽ, comme il est dit (MŽtaphysique IX, 5, 1048 a 10), la puissance et la connaissance sont limitŽes ˆ une Ïuvre par la volontŽ ; et cÕest pourquoi la science et la puissance sont annoncŽes en Dieu comme non limitŽes universellement, comme quand on le dit omniscient ou tout puissant, mais la volontŽ qui limite ne peut pas �tre pour tout, mais seulement pour ce ˆ quoi elle limite sa puissance et sa connaissance et cÕest pourquoi on ne peut pas dire que Dieu veuille tout.

 

 

 

Question 2 Ð La puissance gŽnŽrative en Dieu

q. 2 pr. 1 Et primo quaeritur utrum in divinis sit generativa potentia.

1. Y a-t-il une puissance gŽnŽrative en Dieu ?

q. 2 pr. 2 Secundo utrum potentia generativa in divinis dicatur essentialiter vel notionaliter.

2. Parle-t-on de la puissance gŽnŽrative en Dieu selon l'essence ou la notion ?

q. 2 pr. 3 Tertio utrum potentia generativa in actum generationis procedat per imperium voluntatis.

3. La puissance gŽnŽrative en son acte dŽpend-elle par le pouvoir de la volontŽ ?

q. 2 pr. 4 Quarto utrum in divinis possint esse plures filii.

4. En Dieu peut-il y avoir plusieurs fils ?

q. 2 pr. 5 Quinto utrum potentia generandi sub omnipotentia comprehendatur.

5. La puissance d'engendrer est-elle incluse dans la toute puissance ?

q. 2 pr. 6 Sexto utrum potentia generandi et potentia creandi sint idem.

6. La puissance d'engendrer et celle de crŽer sont-elles une m�me puissance ?

 

 

 

Article 1 Ñ Y a-t-il une puissance gŽnŽrative en Dieu ?[134]

q. 2 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum in divinis sit potentia generativa. Et videtur quod non.

Il semble que non[135] :

 

Objections :

q. 2 a. 1Arg. 1 Omnis enim potentia vel est activa vel passiva. Sed in divinis non potest esse potentia passiva aliqua ; nec ibi generativa potentia potest esse activa ; quia sic Filius esset actus vel factus, quod est contra fidem. Ergo in divinis non est potentia generativa.

1. Car toute puissance est active ou passive. Mais en Dieu il ne peut pas y avoir de puissance passive, et la puissance gŽnŽrative ne peut pas y �tre active, parce que le Fils de Dieu serait un acte ou un produit[136] ; ce qui est contre la foi. Donc, en Dieu, il nÕy a pas de puissance gŽnŽrative.

q. 2 a. 1Arg. 2 Praeterea, secundum philosophum [in libro de Somno et Vigilia, cap. I] cuius est potentia, eius est actio. Sed generatio non est in divinis. Ergo nec generativa potentia. Probatio mediae. Ubicumque est generatio ibi est communicatio naturae, et receptio eiusdem. Sed cum recipere sit materiae, vel passivae potentiae, quae in divinis non est, receptio Deo competere non potest. Ergo in divinis non potest esse generatio.

2. Selon le philosophe (Le Sommeil et Veille ch.1), lÕaction vient de celui qui a la puissance [1]. Mais il n'y a pas de gŽnŽration en Dieu [2]. Donc pas de puissance gŽnŽrative [3]. Preuve intermŽdiaire[137] : Partout o� il y a gŽnŽration, il y a communication d'une nature et sa rŽception. Mais comme recevoir est propre ˆ la mati�re ou ˆ la puissance passive, qui (toutes deux) n'existent pas en Dieu, la rŽception ne peut lui convenir. Donc en Dieu il ne peut pas y avoir de gŽnŽration.

q. 2 a. 1Arg. 3 Praeterea, generans oportet esse distinctum a genito. Non autem secundum illud quod generans communicat genito, quia in hoc potius conveniunt. Ergo debet esse in genito aliquid aliud ab eo quod est sibi per generationem communicatum ; et ita oportet omne genitum esse compositum, ut videtur. In divinis autem non est aliqua compositio. Ergo non potest esse genitus Deus ; et sic non est ibi generatio ; et ita ut prius.

3. LÕengendeur doit �tre distinct de lÕengendrŽ. Mais pas sur ce que communique lÕengendreur ˆ l'engendrŽ, parce que cÕest en cela quÕils se rencontrent le plus. Donc il doit y avoir dans l'engendrŽ quelque chose dÕautre que ce qui lui est communiquŽ par gŽnŽration ; et ainsi il faut, comme on le voit, que tout ce qui est engendrŽ soit composŽ. Mais en Dieu il nÕy a pas de composition. Donc il ne peut y avoir un Dieu engendrŽ ; et ainsi il nÕy a pas de gŽnŽration. Et de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 1Arg. 4 Praeterea, nihil imperfectionis est Deo attribuendum. Sed omnis potentia respectu sui actus, imperfecta est, tam activa quam passiva. Ergo potentia generativa in Deo ponenda non est.

4. Il ne faut rien attribuer dÕimparfait ˆ Dieu[138] ; mais toute puissance, tant active que passive, est imparfaite par rapport ˆ son acte[139]. Donc on ne doit pas attribuer de puissance gŽnŽrative ˆ Dieu.

q. 2 a. 1Arg. 5 Sed dicit respondens, quod hoc est verum de potentia non coniuncta actui.- Sed contra, omne quod perficitur per alterum est minus perfectum eo per quod perficitur. Sed potentia coniuncta actui perficitur per actum. Ergo actus est ea perfectior ; et sic etiam potentia actui coniuncta, respectu actus, imperfecta est.

5. Mais celui qui rŽpond dit que c'est vrai de la puissance qui nÕest pas jointe ˆ un acte lÕacte Ñ Mais en sens contraire, tout ce qui est achevŽ par un autre est moins parfait que ce par quoi il est achevŽ. Mais la puissance jointe ˆ lÕacte est achevŽe par lui. Donc lÕacte est plus parfait quÕelle, et ainsi m�me la puissance jointe ˆ lÕacte, par rapport ˆ lui, est imparfaite.

q. 2 a. 1Arg. 6 Praeterea, natura divina est efficacior in agendo quam natura creata. Sed in creaturis invenitur natura aliqua quae non operatur per aliquam potentiam mediam sed per se ipsam, sicut sol illuminat aerem et anima vivificat corpus. Ergo multo fortius divina natura non per aliquam potentiam, sed per se ipsam est principium generationis ; et ita in divinis non est ponenda potentia generativa.

6. La nature divine est plus efficace en agissant que la nature crŽŽe. Mais on trouve dans les crŽatures une nature qui nÕop�re pas par une puissance intermŽdiaire mais par elle-m�me ; ainsi le soleil illumine lÕair et lÕ‰me donne vie au corps. Donc la nature divine, beaucoup plus intensŽment est principe de gŽnŽration, non pas par une puissance, mais par elle-m�me, et ainsi il ne faut pas placer en Dieu de puissance gŽnŽrative.

q. 2 a. 1Arg. 7 Praeterea, generativa potentia aut attestatur dignitati aut indignitati. Non autem attestatur dignitati, quia sic in superioribus creaturis esset magis quam in infimis, scilicet in Angelis et caelestibus corporibus magis vel potius quam in animalibus et in plantis. Ergo attestatur indignitati, et sic non est in Deo ponenda.

7. La puissance gŽnŽrative rŽv�le sa dignitŽ ou son indignitŽ. Mais elle ne rŽv�le pas sa dignitŽ, sinon elle serait plus dans les crŽatures supŽrieures que dans les crŽatures infŽrieures, cÕest-ˆ-dire dans les anges et les corps cŽlestes, plus ou mieux que dans les animaux et les plantes. Donc elle prouve son indignitŽ et il ne faut pas la placer en Dieu.

q. 2 a. 1Arg. 8 Praeterea, in rebus inferioribus duplex invenitur generativa potentia : scilicet completa ut in his quorum generatio est per sexuum commixtionem ; et incompleta quae est sine sexuum commixtione ut in plantis. Cum ergo completa Deo non attribuatur, quia non potest poni in divinis sexuum commixtio, videtur quod nullo modo sit ibi potentia generativa.

8. Dans les �tres infŽrieurs, on trouve deux sortes de puissance gŽnŽrative ; ˆ savoir une puissance compl�te, comme dans ceux dont la gŽnŽration s'accomplit par union des sexes ; et incompl�te, sans union des sexes comme dans les plantes. Donc, comme la gŽnŽration compl�te nÕest pas attribuŽe ˆ Dieu, parce qu'il n'est pas possible de placer en lui l'union des sexes, on voit bien quÕen aucune mani�re il nÕy a en lui de puissance gŽnŽrative.

q. 2 a. 1Arg. 9 Praeterea, sub potentia non cadit nisi possibile, cum potentia respectu possibilis dicatur. Sed generationem esse in divinis, non est possibile vel contingens, cum sit aeternum. Ergo respectu eius, potentia in divinis dici non potest ; et sic non est ibi generativa potentia.

9. Sous la puissance ne tombe que le possible, puisquÕon parle de la puissance en rapport avec lui[140]. Mais quÕil y ait de la gŽnŽration en Dieu nÕest ni possible, ni contingent, puisquÕil est Žternel. Donc on ne peut parler de puissance en Dieu en rapport avec lui et ainsi il nÕy a pas de puissance gŽnŽrative en lui.

q. 2 a. 1Arg. 10 Praeterea, potentia Dei cum sit infinita, non finitur neque ad actum neque ad obiectum. Sed si sit in Deo potentia generativa, eius actus erit generatio, effectus vero Filius. Ergo potentia Patris non se habebit tantum ad unum Filium generandum, sed ad plures ; quod est absurdum.

10. Comme la puissance de Dieu est infinie, elle ne se termine ni ˆ lÕacte, ni ˆ lÕobjet[141]. Mais sÕil y a en Dieu une puissance gŽnŽrative, son action sera la gŽnŽration, et son effet un Fils. Donc la puissance du P�re ne consistera pas ˆ engendrer seulement un fils, mais plusieurs, ce qui est absurde.

q. 2 a. 1Arg. 11 Praeterea, secundum Avicennam quando res aliqua habet aliquid tantum ab altero, ei secundum se consideratae attribuitur oppositum eius, sicut aer qui non habet lumen nisi ab alio secundum se consideratus est tenebrosus, et per hunc modum omnes creaturae, quae habent ab alio esse, veritatem et necessitatem, secundum se consideratae, sunt non entes, falsae et impossibiles. Sed nihil tale potest esse in divinis. Ergo non potest ibi esse aliquis qui tantum habeat esse ab altero ; et ita non potest ibi esse aliquis genitus ; et per consequens nec generatio nec generativa potentia.

11. Selon Avicenne[142], quand une chose ne poss�de quelque chose que dÕune autre, c'est son contraire qui lui est attribuŽ[143], considŽrŽe en soi ; ainsi lÕair sans lumi�re, ˆ moins de la recevoir d'une autre chose, considŽrŽ en soi, est tŽnŽbreux et de cette mani�re toutes les crŽatures qui tiennent dÕun autre lÕ�tre, la vŽritŽ et la nŽcessitŽ, considŽrŽes en soi, sont des non Žtants, des crŽatures fausses et impossibles. Mais il ne peut y avoir rien de tel en Dieu. Donc il ne peut y avoir en lui quelqu'un qui tienne son �tre seulement dÕun autre, et ainsi il ne peut y avoir quelquÕun dÕengendrŽ, et par consŽquent ni gŽnŽration, ni puissance gŽnŽrative.

q. 2 a. 1Arg. 12 Praeterea, in divinis Filius non habet aliquid nisi quod a Patre accipit ; aliter sequeretur quod esset ibi compositio. Sed a Patre accepit essentiam. Ergo in Filio non est nisi essentia. Si ergo est ibi generatio, vel Filius est genitus, oportebit essentiam esse genitam ; quod est falsum, quia sic essentia distingueretur in divinis.

12. En Dieu, le Fils nÕa rien dÕautre que ce quÕil re�oit du P�re, autrement il sÕensuivrait quÕil y aurait composition. Mais du P�re il a re�u lÕessence. Donc en lui, il nÕy a que lÕessence. Si donc il y a gŽnŽration, ou si le Fils est engendrŽ, il faudra que lÕessence soit engendrŽe, ce qui est faux, parce quÕainsi elle serait diffŽrente en Dieu

q. 2 a. 1Arg. 13 Praeterea, si Pater generat in divinis, oportet quod ei conveniat secundum suam naturam. Sed eadem est natura in Patre et Filio et Spiritu sancto. Ergo eadem ratione et Filius et Spiritus sanctus generabunt ; quod est contra fidei documenta.

13. Si, en Dieu, le P�re engendre, il faut que cela lui convienne selon sa nature. Mais la nature est identique dans le P�re, le Fils et lÕEsprit Saint. Donc pour la m�me raison, le Fils et lÕEsprit Saint engendreront, ce qui est contre les dogmes de la foi.

q. 2 a. 1Arg. 14 Praeterea, natura quae perpetuo et perfecte in uno supposito invenitur, non communicatur alteri supposito. Sed natura divina perfecte invenitur in Patre, et perpetuo, cum sit incorruptibilis. Ergo alteri supposito non communicatur ; et ita non est ibi generatio.

14. La nature qui se trouve de fa�on perpŽtuelle et parfaitement dans un supp™t unique, nÕest pas communiquŽe ˆ un autre supp™t. Mais la nature divine se trouve parfaitement dans le P�re, et perpŽtuellement, puisquÕelle est incorruptible. Donc elle nÕest pas communiquŽe ˆ un autre supp™t et ainsi il nÕy a pas lˆ de gŽnŽration.

q. 2 a. 1Arg. 15 Praeterea, generatio est species mutationis. Sed in divinis non est aliqua mutatio. Ergo nec generatio : ergo nec generativa potentia.

15. La gŽnŽration est une esp�ce de changement. Mais en Dieu il nÕy pas de changement : donc pas de gŽnŽration, donc pas de puissance gŽnŽrative.

En sens contraire :

q. 2 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Secundum philosophum [in IV Metaph., text. 19] perfectum unumquodque est quando potest alterum tale facere quale ipsum est. Sed Deus Pater est perfectus. Ergo potest alterum talem facere qualis ipse est ; et sic potest Filium generare.

1. Selon le philosophe (MŽtaphysique, (Æ) V, 16, 1022 a 2) un �tre est parfait quand il peut faire un autre tel que lui. Mais Dieu le P�re est parfait. Donc il peut faire une autre tel que lui et ainsi il peut engendrer un Fils.

q. 2 a. 1 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit [libro III Cont. Maxim., cap. VII) quod si Pater generare non potuit, impotens fuit. Sed in Deo nullo modo est impotentia. Ergo potuit generare : et sic est ibi potentia generandi.

2. Augustin (Contre Maximinien, III, ch. 7[144]) dit que, si le P�re nÕa pu engendrer, il a ŽtŽ impuissant. Mais, en Dieu, il nÕy a absolument pas dÕimpuissance. Donc il a pu engendrer et ainsi il a la puissance dÕengendrer.

 

RŽponse :

q. 2 a. 1 co. Respondeo. Dicendum, quod natura cuiuslibet actus est, quod seipsum communicet quantum possibile est. Unde unumquodque agens agit secundum quod in actu est. Agere vero nihil aliud est quam communicare illud per quod agens est actu, secundum quod est possibile. Natura autem divina maxime et purissime actus est. Unde et ipsa seipsam communicat quantum possibile est. Communicat autem se ipsam per solam similitudinem creaturis, quod omnibus patet ; nam quaelibet creatura est ens secundum similitudinem ad ipsam. Sed fides Catholica etiam alium modum communicationis ipsius ponit, prout ipsamet communicatur communicatione quasi naturali : ut sicut ille cui communicatur humanitas, est homo, ita ille cui communicatur deitas, non solum sit Deo similis, sed vere sit Deus.

Il est de la nature de n'importe quel acte de se communiquer autant que possible. C'est pourquoi chaque agent agit selon quÕil est en acte. Mais agir nÕest rien dÕautre que communiquer ce par quoi lÕagent est acte, dans la mesure du possible. Mais la nature divine est au plus haut point et tr�s exclusivement un acte[145]. C'est pourquoi elle se communique dans la mesure du possible[146]. Elle se communique par sa seule ressemblance aux crŽatures, ce qui se voit en toutes, car toute crŽature est un Žtant ˆ sa ressemblance. Mais la foi catholique aussi place un autre mode de communication selon quÕelle est communiquŽe dÕune mani�re pour ainsi dire naturelle[147] ; ainsi de m�me que celui ˆ qui est communiquŽe lÕhumanitŽ est un homme, de m�me celui ˆ qui est communiquŽe la divinitŽ, non seulement est semblable ˆ Dieu, mais il est vraiment Dieu.

Oportet autem circa hoc advertere, quod natura divina a formis materialibus in duobus differt :

Mais ˆ ce sujet, il faut faire attention que la nature divine est diffŽrente des formes matŽrielles[148] de deux mani�res :

Primo quidem per hoc quod formae materiales non sunt subsistentes ; unde humanitas in homine non est idem quod homo qui subsistit : deitas autem est idem quod Deus ; unde ipsa natura divina est subsistens.

1) Du fait que ces derni�res ne sont pas subsistantes ; c'est pourquoi lÕhumanitŽ dans lÕhomme nÕest pas identique ˆ lÕhomme qui subsiste ; mais la divinitŽ est identique ˆ Dieu, c'est pourquoi sa nature propre est subsistante.

Aliud est quod nulla forma vel natura creata est suum esse ; sed ipsum esse Dei est eius natura et quidditas ; et inde est quod proprium nomen ipsius est : qui est, ut patet Exod. cap. III, 14, quia sic denominatur quasi a propria sua forma.

2) Nulle forme ou nature crŽŽe nÕest son �tre, mais lÕ�tre m�me de Dieu est sa nature et sa quidditŽ[149] ; et pour cela son nom propre est Qui est, comme on le voit en Ex. 3,14[150], parce quÕil est ainsi dŽsignŽ comme par sa propre forme.

Forma ergo in istis inferioribus, quia per se non subsistit, oportet quod in eo cui communicatur, sit aliquid aliud per quod forma vel natura subsistentiam recipiat : et haec est materia, quae subsistit formis materialibus et naturis. Quia vero natura materialis vel forma, non est suum esse, recipit esse per hoc quod in alio suscipitur ; unde secundum quod in diversis est, de necessitate habet diversum esse : unde humanitas non est una in Socrate et Platone secundum esse, quamvis sit una secundum propriam rationem.

Donc, parce que la forme dans les �tres infŽrieurs ne subsiste pas par elle-m�me, il faut que ce en quoi elle est communiquŽe soit quelque chose dÕautre par laquelle la forme ou la nature re�oit sa subsistance[151] ; et cÕest la mati�re qui subsiste par les formes et les natures matŽrielles. Mais, parce que la nature matŽrielle ou la forme nÕest pas son �tre, elle le re�oit du fait qu'elle est re�ue dans un autre. C'est pourquoi, selon quÕelle est dans diffŽrents [�tres], elle a nŽcessairement un �tre diffŽrent. Ainsi lÕhumanitŽ nÕest pas une dans Socrate et Platon selon lÕ�tre, bien qu'elle le soit selon sa propre dŽfinition.

In communicatione vero qua divina natura communicatur, quia ipsa est per se subsistens, non requiritur aliquid materiale per quod subsistentiam recipiat ; unde non recipitur in aliquo quasi in materia, ut sic genitus, ex materia et forma inveniatur compositus. Et quia iterum ipsa essentia est suum esse, non accipit esse per supposita in quibus est : unde per unum et idem esse est in communicante et in eo qui communicatur ; et sic manet eadem secundum numerum in utroque.

Dans lÕacte par lequel la nature divine se communique, parce quÕelle est subsistante par soi, elle nÕa pas besoin de quelque chose de matŽriel pour recevoir sa subsistance ; donc elle nÕest pas re�ue dans quelque chose comme dans la mati�re, pour quÕainsi ce qui est engendrŽ se trouve composŽ de mati�re et de forme. Et parce que, en plus, sa propre essence est son �tre, elle ne le re�oit pas lÕ�tre par les supp™ts en qui elle est ; c'est pourquoi par un seul et m�me �tre, elle est en celui qui communique et en celui qui est communiquŽ et ainsi elle demeure la m�me en nombre dans les deux.

Huius autem communicationis exemplum in operatione intellectus congruentissime invenitur. Nam ipsa divina natura spiritualis est, unde per exempla spiritualia melius manifestatur. Cum enim alicuius rei extra animam per se subsistentis noster intellectus concipit quidditatem, fit quaedam communicatio rei quae per se existit, prout a re exteriori intellectus noster eius formam aliquo modo recipit ; quae quidem forma intelligibilis, in intellectu nostro existens, aliquo modo a re exteriori progreditur. Sed quia res exterior diversa a natura intelligentis est ; aliud est esse formae intellectus comprehensae, et rei per se subsistentis.

On trouve lÕexemple de cette communication, de mani�re tr�s pertinente dans lÕopŽration de lÕintellect[152]. Car la nature divine est spirituelle ; c'est pourquoi elle est plus facilement rŽvŽlŽe par des exemples spirituels. En effet lorsque notre esprit con�oit la quidditŽ de ce qui subsiste par soi hors de lÕ‰me, une communication se fait qui existe par soi dans la mesure o� notre esprit re�oit sa forme ; cette forme intelligible, qui existe dans notre esprit, vient de la rŽalitŽ extŽrieure dÕune certaine mani�re. Mais parce que la chose est extŽrieure ˆ la nature de celui qui la pense, l'�tre de la forme pensŽe par lÕintellect et de ce qui subsiste par soi sont diffŽrents.

Cum vero intellectus noster sui ipsius quidditatem concipit, utrumque servatur : quia videlicet et ipsa forma intellecta ab intelligente in intellectum aliquo modo progreditur cum intellectus eam format ; et unitas quaedam servatur inter formam conceptam quae progreditur et rem unde progreditur, quia utrumque habet intelligibile esse, nam unum est intellectus, et aliud est intelligibilis forma, quae dicitur verbum intellectus. Quia tamen intellectus noster non est secundum suam essentiam in actu perfecto intellectualitatis, nec idem est intellectus hominis quod humana natura ; sequitur quod verbum praedictum etsi sit in intellectu, et ei quodammodo conforme, non tamen sit idem quod ipsa essentia intellectus, sed eius expressa similitudo. Nec iterum in conceptione huiusmodi formae intelligibilis, natura humana communicatur, ut generatio proprie dici possit, quae communicationem naturae importat.

Mais quand notre intellect con�oit sa propre quidditŽ, lÕun et lÕautre sont conservŽs, parce que la forme m�me pensŽe par celui qui la pense en son esprit sort en quelque mani�re quand l'esprit lui donne forme et une certaine unitŽ est conservŽe entre la forme con�ue qui sort et ce dont elle sort, parce que les deux ont un �tre intelligible, car lÕun est lÕesprit et lÕautre la forme intelligible quÕon appelle le verbe de lÕesprit. Cependant parce que notre intellect nÕest pas, en son essence, en acte parfait dÕintelligibilitŽ, et que lÕintellect de lÕhomme nÕest pas identique ˆ la nature humaine, il en dŽcoule que ce verbe prononce, m�me s'il est dans lÕintellect et lui est conforme dÕune certaine mani�re, nÕest cependant pas le m�me que lÕessence m�me de lÕintellect, mais sa ressemblance exprimŽe. Et ˆ nouveau, dans la conception dÕune forme intelligible de ce genre, la nature humaine nÕest pas communiquŽe, comme on pourrait le dire ˆ proprement parler de la gŽnŽration qui apporte communication de la nature.

Sicut autem in nostro intellectu seipsum intelligente invenitur quoddam verbum progrediens, eius a quo progreditur similitudinem gerens ; et ita in divinis invenitur verbum similitudinem eius a quo progreditur habens. Cuius processione in duobus verbi nostri processionem superat.

Dans notre intellect qui se comprend lui-m�me, on trouve un verbe qui sort, portant ressemblance de ce dont il sort ; et de m�me, en Dieu, on trouve un verbe qui a ressemblance de celui dont il sort. Par sa procession il dŽpasse sur deux points celle de notre verbe.

Primo in hoc quod verbum nostrum est diversum ab essentia intellectus, ut dictum est ; intellectus vero divinus qui in perfecto actu intellectualitatis est secundum suam essentiam, non potest aliquam formam intelligibilem recipere quae non sit sua essentia ; unde verbum eius unius essentiae cum ipso est, et iterum ipsa divina natura eius intellectualitas est ; et sic communicatio quae fit per modum intelligibilem, est etiam per modum naturae, ut generatio dici possit ;

1) Premi�rement, en ce que notre verbe est diffŽrent de lÕessence de lÕintellect comme on lÕa dit ; mais lÕintellect divin qui est, selon son essence, en acte parfait dÕintelligibilitŽ, ne peut recevoir une forme intelligible qui ne soit pas son essence. C'est pourquoi son verbe est dÕune seule essence avec lui et en plus la nature divine elle-m�me est son intellectualitŽ et ainsi la communication qui se fait par mode intelligible est aussi par mode de nature pour quÕon puisse lÕappeler gŽnŽration.

in quo secundo processionem verbi nostri Dei verbum excedit. Et hunc modum generationis Augustinus assignat [in lib. De Trin.].

2) Deuxi�mement, le verbe de Dieu dŽpasse la procession de notre verbe. Et cÕest ce mode de gŽnŽration quÕAugustin attribue ˆ Dieu (La TrinitŽ).

Quia vero de divinis loquimur secundum modum nostrum,- quem intellectus noster capit ex rebus inferioribus, ex quibus scientiam sumit,- ideo sicut in rebus inferioribus cuicumque attribuitur actio, attribuitur aliquod actionis principium, quod potentia nominatur ; ita et in divinis, quamvis in Deo non sit differentia potentiae et actionis, sicut in rebus creatis. Et propter hoc, generatione in Deo posita, quae per modum actionis significatur, oportet ibi concedere potentiam generandi, vel potentiam generativam.

Parce que nous parlons de Dieu ˆ notre mani�re : ce que notre intellect prend des choses infŽrieures, il en tire sa connaissance, Ñaussi de m�me que dans les �tres infŽrieurs, ˆ qui que ce soit qu'on attribue lÕaction, on attribue un principe dÕaction, quÕon appelle puissance ; de m�me on l'attribue ˆ Dieu, quoique en lui il nÕy ait pas, comme dans les crŽatures, de diffŽrence entre la puissance et l'action. Et cÕest pour cela quÕune fois Žtablie une gŽnŽration en Dieu qui est signifiŽe par son mode dÕaction, il faut lui accorder la puissance dÕengendrer ou puissance gŽnŽrative.

 

Solutions :

q. 2 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod potentia quae in Deo ponitur nec proprie activa nec passiva est, cum in ipso non sit nec praedicamentum actionis nec passionis, sed sua actio est sua substantia ; sed ibi est potentia per modum potentiae activae significata. Nec tamen oportet quod Filius sit actus vel factus, sicut nec oportet quod proprie sit ibi actio vel passio.

 1. La puissance qui se trouve en Dieu nÕest, ˆ proprement parler, ni active ni passive[153], puisquÕil n'y a pas en lui les catŽgories dÕaction ou de passion[154], mais son action est sa substance, mais c'est lˆ qu'est la puissance signifiŽe par le mode de puissance active. Cependant il ne faut que le Fils soit ni un acte ou un produit, de m�me qu'il ne faut pas quÕil y ait lˆ proprement action ou passion.

q. 2 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod cum recipere terminetur ad habere, sicut ad finem ; dupliciter dicitur aliquid esse recipiens, sicut dupliciter est, habens.

 2. Comme la rŽception se termine ˆ la possession, comme ˆ sa fin, on parle de deux mani�res de ce qui re�oit, et de deux mani�res de celui qui poss�de.

Habet enim uno modo materia formam suam, et subiectum accidens, vel qualitercumque habitum est extra essentiam habentis ;

a) Car la mati�re poss�de dÕune seule mani�re sa forme et le substrat son accident, ou bien de quelque mani�re que ce qui est possŽdŽ soit hors de lÕessence de celui qui le poss�de.

habet autem alio modo suppositum naturam, ut hic homo humanitatem ; quae quidem non est extra essentiam habentis, immo est eius essentia. Socrates enim est vere id quod homo est. Genitus ergo in humanis etiam non recipit formam generantis sicut materia formam, vel sicut subiectum accidens sed sicut suppositum vel hypostasis habet naturam speciei ; et similiter est in divinis. Unde non oportet quod sit in Deo genito aliqua materia vel subiectum naturae divinae : sed quod ipse Filius subsistens sit qui naturam divinam habeat.

b) Mais le supp™t poss�de sa nature dÕune autre mani�re, comme cet homme poss�de lÕhumanitŽ, qui nÕest pas hors de lÕessence de son possesseur, mais est tout ˆ fait son essence. Car Socrate est vŽritablement ce quÕest un homme. Donc celui qui est engendrŽ chez les hommes, ne re�oit pas la forme de celui qui l'engendre, comme la mati�re re�oit sa forme, ou comme le sujet lÕaccident, mais comme le supp™t ou lÕhypostase poss�de la nature de lÕesp�ce ; il en est de m�me en Dieu. C'est pourquoi il ne faut pas quÕil y ait en ce Dieu qui est engendrŽ de la mati�re ou un substrat de nature divine : mais que le Fils subsistant soit lui-m�me celui qui poss�de la nature divine[155].

q. 2 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Deus genitus non distinguitur a Deo generante per aliquam essentiam additam, cum, sicut dictum est, non requiratur aliqua materia in qua recipiatur natura divina. Distinguitur autem per ipsam relationem, quae est ab alio habere naturam, ita quod in Filio ipsa relatio filiationis tenet locum omnium principiorum individuantium in rebus creatis (propter quod dicitur proprietas personalis), ipsa autem natura divina tenet locum naturae speciei. Quia autem ipsa relatio secundum rem a natura divina non differt, non fit ibi aliqua compositio, sicut apud nos ex principio speciei et ex individuantibus quaedam compositio relinquitur.

 3. Dieu engendrŽ nÕest pas distinct du Dieu qui engendre par une essence ajoutŽe, puisque, comme il a ŽtŽ dit (dans le corps de lÕarticle), il nÕa pas besoin de mati�re dans laquelle serait re�ue la nature divine. Mais il est distinguŽ par la relation qui consiste ˆ possŽder sa nature dÕun autre, de sorte que dans le Fils la relation de filiation tient lieu de tous les principes qui individualisent dans les crŽatures (cÕest pour cela quÕon lÕappelle la propriŽtŽ personnelle), mais la nature divine m�me tient lieu de nature dÕesp�ce. Parce que la relation en rŽalitŽ ne diff�re pas de la nature divine ; il ne se fait lˆ aucune composition, comme chez nous, une certaine composition est laissŽe par le principe de l'esp�ce et ce qui l'individualise.

q. 2 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ratio illa procedit, quando potentia illa ab actu differt, sive sit coniuncta actui, sive non ; hoc autem non habet locum in divinis.

 4. Cette raison[156] est valable quand cette puissance est diffŽrente de lÕacte, quÕelle lui soit jointe, ou non, mais cela nÕa pas de place en Dieu.

q. 2 a. 1 ad 5 Et sic patet solutio ad quintum.

 5. Et ainsi la solution ˆ l'objection 5 est Žvidente.

q. 2 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod omne illud quod est principium actionis, ut quo agitur, habet potentiae rationem ; sive sit essentia, sive aliquod accidens medium, puta qualitas quaedam inter essentiam et actionem. In creaturis tamen corporalibus vel vix vel nunquam invenitur aliqua actio alicuius naturae substantialis nisi mediante aliquo accidente : sol enim mediante luce quae in ipso est, illuminat. Quia vero anima vivificat corpus est per essentiam animae. Sed vivificare, licet per modum actionis dicatur, non tamen est in genere actionis, cum sit actus primus magis quam secundus.

 6. Tout ce qui est principe dÕaction, comme par quoi il subit, a valeur de puissance ; que ce soit lÕessence, ou quelque accident intermŽdiaire ; par exemple une qualitŽ entre lÕessence et lÕaction. Cependant dans les crŽatures corporelles, rarement ou jamais, on ne trouve une action dÕune nature substantielle, sinon par quelque accident intermŽdiaire. Le soleil, en effet, Žclaire par lÕintermŽdiaire de la lumi�re, qui est en lui. Ainsi parce que lÕ‰me donne vie au corps c'est par son essence. Mais donner vie, bien quÕon le dise par mode dÕaction, nÕest cependant pas dans le genre de lÕaction, puisque c'est un acte premier plus qu'un acte second[157].

q. 2 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod in creaturis non potest esse generatio sine divisione essentiae vel naturae secundum esse, cum natura non sit suum esse ; et ideo in creaturis est generatio cum aliqua indignitate : et propter hoc in creaturis nobilioribus non competit generatio. Sed in Deo potest esse generatio huiusmodi sine huiusmodi vel alia imperfectione ; et ideo nihil prohibet generationem ibi ponere.

 7. Dans les crŽatures il ne peut y avoir gŽnŽration sans division de lÕessence ou de la nature selon l'�tre, puisque la nature nÕest pas son �tre et cÕest pourquoi en elles, il y a une gŽnŽration avec un certain manque de dignitŽ et cÕest pour cela que la gŽnŽration ne convient pas aux crŽatures plus nobles. Mais en Dieu il peut y avoir une telle gŽnŽration sans imperfection de ce genre ou autre et cÕest pourquoi rien nÕemp�che de placer la gŽnŽration en lui.

q. 2 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod illa ratio procedit de generatione materiali ; unde ad propositum, locum non habet.

 8. Cette raison proc�de de la gŽnŽration matŽrielle ; donc elle nÕa pas place dans notre propos.

q. 2 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod illud quod est obiectum potentiae activae vel passivae cuius actio vel passio est cum motu, oportet esse possibile et contingens, cum omne mobile huiusmodi sit. Talis autem non est potentia generativa in Deo, ut dictum est ; unde ratio non sequitur.

 9. Ce qui est lÕobjet d'une puissance active ou passive, dont lÕaction ou la passion est avec mouvement, doit �tre possible et contingent, puisque tout ce qui est mobile est de ce genre. Mais telle nÕest pas la puissance gŽnŽrative en Dieu, comme on lÕa dit ; donc cette raison ne convient pas.

q. 2 a. 1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod Filius Dei non se habet ad potentiam generativam sicut effectus, cum eum genitum, non factum confiteamur. Si tamen esset effectus, potentia generantis non finiretur ad ipsum, quamvis alius generari Filius non possit, quia ipse infinitus est. Quod autem alius Filius in divinis esse non potest, contingit, quia ipsa filiatio est proprietas personalis ipsius ; et hoc quo, ut ita dicam, individuatur. Cuilibet autem individuo principia individuantia sunt soli sibi ; alias sequeretur quod persona vel individuum esset communicabile ratione.

 10. Le Fils de Dieu ne se comporte pas vis-ˆ-vis de la puissance gŽnŽrative comme un effet, puisque nous confessons quÕil est engendrŽ et non crŽŽ. Si cependant il Žtait un effet, la puissance de celui qui engendre ne se terminerait pas ˆ lui bien qu'un autre fils ne puisse �tre engendrŽ, puisquÕil est lui-m�me infini. Mais le fait quÕun autre fils ne puisse pas exister en Dieu, arrive parce que la filiation m�me est sa propriŽtŽ personnelle et ce par quoi il est personalisŽ pour ainsi dire. Pour nÕimporte quel individu les principes qui individualisent sont pour lui seul ; autrement il sÕensuivrait que la personne ou lÕindividu serait communicable en raison.

q. 2 a. 1 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod verbum illud Avicennae intelligendum est, quando id quod recipitur ab alio, non idem numero est in recipiente et dante, sicut accidit in creaturis respectu Dei. Unde omne receptum in creatura, est quasi unitas respectu esse divini : quia creatura non potest esse recipere secundum illam perfectionem quae in Deo est. Sed Filius in divinis accipit a Patre eamdem naturam numero quam Pater habet : et ideo non procedit.

 11. Il faut comprendre que ce mot dÕAvicenne sÕapplique quand ce qui est re�u dÕun autre nÕest pas identique en nombre dans celui qui re�oit et celui qui donne, comme cela arrive pour les crŽatures par rapport ˆ Dieu. C'est pourquoi tout ce qui est re�u dans la crŽature est comme une unitŽ par rapport ˆ lÕ�tre divin ; parce que la crŽature ne peut pas recevoir lÕ�tre selon cette perfection qui est en Dieu. Mais le Fils re�oit du P�re une nature identique en nombre ˆ celle du P�re ; et cÕest pourquoi, cette objection n'est pas valable.

q. 2 a. 1 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod Filius non habet aliquid realiter divisum ab essentia quam a Patre recipit : sed hoc ipso quod a patre recipit, oportet in ipso esse relationem qua ad Patrem referatur, et per quam ab eo distinguatur. Ipsa tamen relatio realiter ab essentia non differt.

 12. Le Fils nÕa rien qui soit rŽellement sŽparŽ de lÕessence quÕil re�oit du P�re ; mais il faut que ce quÕil re�oit du P�re soit en lui une relation par laquelle il se rŽf�re au P�re, et par laquelle il est distinguŽ de lui. Cependant cette relation n'est pas rŽellement diffŽrente de lÕessence[158].

q. 2 a. 1 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod licet eadem natura sit in Patre et Filio, est tamen secundum alium modum existendi, scilicet cum alia relatione et ideo non oportet quod quidquid convenit patri per naturam suam, conveniat Filio.

13. Bien que la nature soit la m�me dans le P�re et le Fils, elle prŽsente un autre mode d'existence, cÕest-ˆ-dire avec une autre relation et cÕest pourquoi il ne faut pas que ce qui convient au P�re par sa nature convienne au Fils.

q. 2 a. 1 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod creaturae per hoc quod participant naturam speciei, pertingunt ad divinam similitudinem : unde quod aliquod suppositum creatum subsistat in natura creata, est ordinatum ad alterum tamquam ad finem ; et ideo ex quo sufficienter pervenitur ad finem per unum individuum, secundum perfectam et propriam participationem naturae speciei, non oportet aliud individuum in illa natura subsistere. Sed natura divina est finis : et non propter aliquem finem. Fini autem congruit ut communicetur secundum omnem possibilem modum. Unde quamvis ibi in uno supposito perfecte et proprie inveniatur ; nihil prohibet quin etiam inveniatur in alio.

 14. En participant ˆ la nature de lÕesp�ce, les crŽatures parviennent ˆ la ressemblance divine : c'est pourquoi le fait quÕun supp™t crŽŽ subsiste dans la nature crŽŽe est ordonnŽ ˆ un autre comme ˆ sa fin, et ainsi du fait quÕon parvient avec suffisance ˆ la fin par un individu, selon la participation parfaite et propre de la nature de lÕesp�ce, il ne faut pas quÕun autre individu demeure dans cette nature. Mais la nature divine est la fin et non en vue dÕune fin. Il convient ˆ une fin dÕ�tre communiquŽe, de toute mani�re possible. C'est pourquoi, quoique lˆ on le trouve dans un supp™t parfaitement et en propre, rien nÕemp�che quÕon le trouve dans un autre.

q. 2 a. 1 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod generatio est species mutationis ex parte illa qua natura per generationem communicata recipitur in aliqua materia, quae est mutationis subiectum. Hoc autem non accidit in divina generatione ; ideo ratio non sequitur.

 15. La gŽnŽration est une esp�ce de changement du c™tŽ o� la nature communiquŽe par gŽnŽration est re�ue dans une mati�re qui est le sujet du changement. Mais cela nÕarrive pas dans la gŽnŽration divine, cÕest pourquoi lÕargument ne convient pas.

 

 

 

Article 2 Ñ Parle-t-on de la puissance gŽnŽrative en Dieu selon lÕessence ou la notion ?

q. 2 a. 2 tit. 1 Secundo quaeritur utrum potentia generativa in divinis dicatur essentialiter vel notionaliter. Et videtur quod notionaliter tantum.

Il semble que cÕest selon la notion seulement.

 

Objections :[159]

q. 2 a. 2Arg. 1 Potentia enim rationem principii habet, ut patet per definitiones positas V Metaph. [text. 17] Sed principium in divinis respectu divinae personae notionaliter dicitur. Cum ergo potentia generandi hoc modo principium importet, videtur quod notionaliter dicatur.

1. Car la puissance a raison de principe, comme on le voit dans les dŽfinitions donnŽes au livre V de la MŽtaphysique (Æ) V, 12, 1019 a 15-16[160]). Mais on parle de principe en Dieu en rapport avec la personne divine selon la notion. Donc comme la puissance dÕengendrer de cette mani�re apporte un principe, il semble quÕon en parle selon la notion.

q. 2 a. 2Arg. 2 Sed dicitur, quod significat simul essentiam et notionem. Sed contra, in divinis, secundum Boetium [in libro de Trin.], sunt haec duo praedicamenta ; substantia, ad quam pertinet essentia ; et ad aliquid, ad quod pertinent notionalia. Non potest autem aliquid esse in duobus praedicamentis, quia homo albus non est aliquid unum nisi per accidens, ut habetur V Metaph. Ergo potentia generandi non potest in sua ratione utrumque complecti, scilicet substantiam et notionem.

2. Mais on dit que la puissance signifie en m�me temps lÕessence et la notion. Ñ En sens contraire en Dieu, selon Bo�ce[161] (la TrinitŽ, V), il y a ces deux catŽgories : la substance ˆ laquelle se rattache lÕessence ; et la relation ˆ laquelle se rattachent les notions[162]. Mais rien ne peut �tre dans deux catŽgories, parce que lÕhomme blanc nÕest quelque chose d'unique que par accident, comme on le dit (Cf. MŽtaphysique (Æ) V, 7, 1017 a 8 ss[163].). Donc la puissance dÕengendrer ne peut pas par dŽfinition embrasser les deux, cÕest-ˆ-dire la substance et la notion.

q. 2 a. 2Arg. 3 Praeterea, principium in divinis distinguitur ab eo cuius est principium. Sed essentia non debet distingui. Ergo non competit ei ratio principii : et ita potentia, quae rationem principii includit, non significat essentiam.

3. En Dieu, on distingue le principe de ce dont il est le principe. Mais on ne doit pas faire de distinctions pour lÕessence. Donc la raison de principe ne lui convient pas, et ainsi la puissance, qui inclut la raison du principe, ne signifie pas lÕessence[164].

q. 2 a. 2Arg. 4 Praeterea, in divinis quod est proprium, est relativum et notionale ; quod vero est commune, est essentiale et absolutum. Potentia autem generandi non est communis patri et Filio, sed propria Patris. Ergo dicitur relative sive notionaliter, non essentialiter nec absolute.

4. En Dieu, ce qui est en propre est relatif et notionnel[165], et ce qui est commun, essentiel et absolu. Mais la puissance dÕengendrer nÕest pas commune au P�re et au Fils, mais propre au P�re. Donc on la dŽfinit comme relative ou notionnelle, mais non comme essentielle ou absolue.

q. 2 a. 2Arg. 5 Praeterea, propriae actionis est principium propria forma, non communis ; sicut homo per intellectum intelligit : nam haec actio est sibi propria respectu animalium aliorum, sicut et forma rationalitatis sive intellectualitatis. Sed generatio est propria operatio Patris in quantum est Pater. Ergo eius principium est paternitas, quae est propria forma Patris, et non deitas, quae est forma communis. Paternitas vero ad aliquid dicitur. Ergo potentia generandi non solum quantum ad rationem principii, sed etiam quantum ad id quod est principium, dicitur ad aliquid.

5. Le principe dÕune action particuli�re est la forme propre, non commune ; ainsi lÕhomme comprend par son intellect ; car cette action lui est propre par rapport aux autres �tres animŽs, de m�me que la forme de la rationalitŽ ou de lÕintellectualitŽ. Mais la gŽnŽration est lÕopŽration propre du P�re en tant que tel. Donc son principe est la paternitŽ qui est la forme propre du P�re et non la divinitŽ qui est la forme commune. Et la paternitŽ est dŽsignŽe comme une relation. Donc la puissance dÕengendrer, non seulement quant ˆ la nature du principe, mais aussi quant ˆ ce pour quoi elle est principe, est appelŽe relation.

q. 2 a. 2Arg. 6 Praeterea, sicut potentia generandi realiter ab essentia divina non differt, ita nec etiam paternitas. Sed hoc non obstante paternitas dicitur tantum ad aliquid. Ergo nec propter hoc debet dici quod potentia generandi, cum relatione significet essentiam.

6. La puissance dÕengendrer ne diff�re pas rŽellement de lÕessence divine, la paternitŽ non plus. Cependant cela n'emp�che pas que la paternitŽ ne soit dŽfinie quÕen tant que relation. Donc ce n'est pas ˆ cause de cela qu'on doit dire que la puissance dÕengendrer signifie lÕessence avec une relation.

q. 2 a. 2Arg. 7 Praeterea, in divinis tria invenimus quae rationem principii habent, scilicet potentiam et scientiam et voluntatem, quae essentialiter dicuntur in Deo. Sed scientia et voluntas non simul significantur cum aliqua relatione vel notione in divinis. Ergo pari ratione nec potentia ; et sic non potest dici quod potentia generandi significet simul essentiam ex parte potentiae, et notionem ex parte generationis ; sed videtur quod significet tantum notionem per rationes inductas.

7. En Dieu, nous trouvons trois attributs qui ont nature de principe, ˆ savoir la puissance, la science et la volontŽ, dont on parle en lui en rapport avec lÕessence. Mais on ne signifie pas la science et la volontŽ en m�me temps avec une relation ou une notion. Donc, ˆ raison Žgale, la puissance non plus, et ainsi on ne peut pas dire que la puissance dÕengendrer signifie en m�me temps lÕessence du c™tŽ de la puissance et la notion du c™tŽ de la gŽnŽration, mais il semble quÕelle signifie seulement la notion pour les raisons invoquŽes.

En sens contraire :

q. 2 a. 2 s. c. 1 Sed contra. Est quod Magister dicit, 7 dist., I Senten., quod potentia generandi in patre est ipsa divina essentia.

1. Il y a ce que dit la Ma”tre des Sentences (I Sent., d.7[166]) que la puissance dÕengendrer dans le P�re est lÕessence divine m�me.

q. 2 a. 2 s. c. 2 Praeterea, Hilarius dicit [libro de Synodis], quod Pater generat virtute naturae divinae. Ergo ipsa natura est generationis principium ; et sic rationem potentiae habet.

2. Hilaire dit (Les synodes[167]) que le P�re engendre par le pouvoir de sa nature divine. Donc sa propre nature est le principe de la gŽnŽration et ainsi elle a raison de puissance.

q. 2 a. 2 s. c. 3 Praeterea, Damascenus dicit [lib. II de Fide orth., cap. XXIIII] quod generatio est opus naturae existens ; et sic idem quod prius.

3. Jean Damasc�ne (La foi orthodoxe, 1, 8[168]) dit que la gŽnŽration est lÕÏuvre de la nature et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 2 s. c. 4 Praeterea, in divinis est tantum una potentia. Sed potentia creandi dicitur essentialis. Ergo et potentia generandi.

4. En Dieu, il n'y a qu'une seule puissance[169]. Mais on dit que la puissance de crŽer est essentielle[170]. Donc la puissance dÕengendrer aussi.

 

RŽponse :

q. 2 a. 2 co. Respondeo. Dicendum quod circa hoc est multiplex opinio. Quidam enim dixerunt, quod potentia generandi in divinis dicitur tantum ad aliquid : et movebantur hac ratione : quia potentia secundum suam rationem est principium quoddam ; principium autem relative dicitur et est notionale, si referatur ad divinam potentiam et non ad creaturas. Sed in hac ratione videntur fuisse decepti propter duo : `

Sur ce sujet les opinions sont nombreuses.A) Car certains ont dit qu'on parle de la puissance dÕengendrer en Dieu seulement comme relation[171], et ils y Žtaient poussŽs parce que la puissance par nature est un principe ; on dit d'un principe quÕil est relatif et il est notionnel, si on le rapporte ˆ la puissance divine et non aux crŽatures.Mais dans ce raisonnement, ils paraissent sÕ�tre trompŽs pour deux raisons :

primo, quia licet potentiae conveniat ratio principii, quod in genere relationis est, tamen id quod est principium actionis vel passionis, non est relatio, sed aliqua forma absoluta ; et id est essentia potentiae ; et inde est quod philosophus ponit potentiam non in genere relationis, sed qualitatis, sicut et scientiam, quamvis utrique aliqua relatio accidat.

a) Parce que, bien que la nature du principe, qui est dans le genre de la relation, convienne ˆ la puissance, cependant ce qui est principe dÕaction ou de passion nÕest pas une relation mais une forme absolue ; c'est-ˆ-dire lÕessence de la puissance ; et de lˆ vient que le philosophe place la puissance non pas dans le genre de la relation mais dans celui de qualitŽ comme la connaissance aussi, quoique en chacune des deux on trouve une relation[172].

Secundo, quia ea quae in divinis important principium respectu operationis, non dicuntur notionaliter, sed solum ea quae dicunt principium respectu eius quod est operationis terminus : principium enim quod notionaliter dicitur in divinis, est respectu personae subsistentis ; operatio autem non significatur ut subsistens : unde ea quae respectu operationis rationem principii habent, non oportet in divinis notionaliter dici ; alias voluntas et scientia et intellectus et omnia huiusmodi notionaliter dicerentur.

b) Parce qu'on ne dŽsigne pas comme notion ce qui apporte en Dieu un principe en rapport avec lÕopŽration, mais seulement de ce quÕils appellent le principe en rapport avec le terme de lÕopŽration[173] ; car le principe qu'on dŽsigne comme notion en Dieu, est en rapport avec une personne subsistante ; mais lÕopŽration nÕest pas signifiŽe comme subsistante. C'est pourquoi ce qui a raison de principe en rapport avec l'opŽration ne doit pas �tre signifiŽ en Dieu comme une notion, autrement la volontŽ, la connaissance, lÕintellect et tout ce qui est de ce genre serait signifiŽ comme notions.

Potentia autem, licet sit principium quandoque et actionis et eius quod est per actionem productum, tamen unum accidit ei, alterum vero competit ei per se : non enim potentia activa semper, per suam actionem, aliquam rem producit quae sit terminus actionis, cum sint multae operationes quae non habent aliquid operatum, ut philosophus dicit [I Ethic., cap. I et IX, Metaph., lec. 15] ; semper enim potentia est actionis vel operationis principium. Unde non oportet quod propter relationem principii, quam nomen potentiae importat, relative dicatur in divinis.

Mais bien que la puissance soit parfois principe de lÕaction et de ce qui est produit par son action, cependant une seule chose lui arrive, et lÕautre lui convient par soi ; car la puissance active, par son action, ne produit pas toujours ce qui est le terme de lÕaction, puisquÕil y a de nombreuses opŽrations qui nÕont aucun rŽsultat, comme le philosophe le dit (ƒthique I, 1, 1094 a 4 et MŽtaphysique IX, 8, 1050 a 3[174]), car la puissance est toujours principe de lÕaction ou de lÕopŽration. Donc il ne faut pas que, ˆ cause de la relation de principe quÕintroduit le nom de puissance, on en parle selon la relation en Dieu.

Ipsa etiam positio veritati consona non videtur. Nam si id quod est potentia, est ipsa res quae est principium actionis, oportet naturam divinam esse id quod est principium in divinis : cum enim omne agens, in quantum huiusmodi, agat simile sibi, illud est principium generationis in generante secundum quod genitus generanti similatur, homo enim virtute humanae naturae generat Filium, qui sibi in natura humana similis invenitur : Deo autem patri conformis est Deus genitus in natura divina : unde natura divina est generationis principium, ut cuius virtute generat Pater, sicut Hilarius dicit, loc. cit.

Cette position ne semble pas non plus en accord avec la vŽritŽ. Car si ce qui est la puissance est ce qui est principe de lÕaction, il faut que la nature divine soit ce qui est le principe en Dieu ; puisque, en effet, tout agent, en tant que tel, fait du semblable ˆ lui ; cÕest cela le principe de la gŽnŽration dans celui qui engendre selon que lÕengendrŽ lui ressemble, car lÕhomme par le pouvoir de sa nature, engendre un fils qui se trouve lui ressembler dans la nature humaine, mais le Dieu engendrŽ dans la nature divine est conforme ˆ Dieu le P�re. C'est pourquoi la nature divine est principe de gŽnŽration, comme de ce que le P�re engendre par son pouvoir, comme le dit Hilaire (Loc. cit.).

et propter hoc alii dixerunt, quod potentia generandi significat essentiam tantum. Sed illud etiam conveniens non videtur : actio enim quae fit virtute naturae communis per aliquid sub natura communi contentum, aliquem modum accipit ex propriis illius principiis ; sicut actio quae debetur naturae animalis, fit in homine secundum quod competit principiis speciei humanae : unde et homo perfectius habet actum virtutis imaginativae quam alia animalia, secundum quod competit eius rationalitati. Similiter etiam actio hominis invenitur in hoc et in illo homine secundum quod competit principiis individualibus huius vel illius, ex quibus contingit quod unus homo clarius alio intelligit. Et ideo oportet quod si natura communis sit principium alicuius operationis quae solum patri convenit, oportet quod sit principium, secundum quod competit proprietati personali patri. Et propter hoc in ratione potentiae includitur quodammodo paternitas, etiam quantum ad id quod est generationis principium.

B) Et cÕest pour cela que dÕautres ont dit que la puissance dÕengendrer signifie lÕessence seulement. Mais m�me cela ne para”t pas convenir. Car lÕaction qui se fait par le pouvoir d'une nature commune par quelque chose contenu dans la nature commune, re�oit un mode par ses propres principes ; de m�me que lÕaction, due ˆ la nature de l'animal est accomplie dans lÕhomme selon qu'elle rŽpond aux principes de l'esp�ce humaine : c'est pourquoi lÕhomme a un acte de son pouvoir imaginatif plus parfait que les autres autres animŽs, selon qu'il rŽpond ˆ sa rationalitŽ. De la m�me mani�re, on trouve lÕaction de lÕhomme dans cet homme et dans celui-lˆ, selon quÕil rŽpond aux principes individuels de celui-ci ou celui-lˆ, par lesquels il se trouve quÕun homme pense plus clairement quÕun autre. Et cÕest pourquoi, si la nature commune est le principe dÕune opŽration qui convient seulement au P�re, il faut quÕelle soit le principe, selon quÕelle convient par la propriŽtŽ personnelle du P�re. Et ˆ cause de cela la paternitŽ est incluse d'une certaine mani�re aussi dans la nature de la puissance, pour ce qui est aussi le principe de la gŽnŽration.

Et propter hoc cum aliis dicendum est, quod potentia generandi simul essentiam et notionem significat.

C) Et cÕest pour cela quÕil faut le dire avec dÕautres[175], la puissance dÕengendrer signifie en m�me temps essence et notion.

 

Solutions :

q. 2 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod potentia importat rationem principii respectu operationis, quae notionaliter non dicitur in divinis, ut dictum est.

 1. La puissance apporte une raison de principe en rapport avec lÕopŽration dont on ne parle pas comme une notion en Dieu, comme on lÕa dit[176].

q. 2 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in rebus creatis unum praedicamentum accidit alteri, propter quod non potest ex duobus fieri unum, nisi unum per accidens ; sed in divinis relatio est realiter ipsa essentia : et ideo non est simile.

 2. Dans les crŽatures, il nÕy a quÕune seule catŽgorie qui arrive dans une autre, parce qu'on ne peut de deux en faire une ˆ moins qu'elle ne soit une, par accident[177] ; mais en Dieu, la relation est rŽellement lÕessence m�me et cÕest pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 2 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in rebus creatis principium generationis est duplex, scilicet generans et quo generatur : sed generans quidem per generationem distinguitur a genito, cum nulla res generet se ipsam ; sed id quod generans generat, non distinguitur, sed est commune utrique, ut dictum est, in corp. art. unde non oportet naturam divinam distingui, sicut potentia generandi, cum potentia sit principium ut quo.

 3. Dans les crŽatures, le principe de la gŽnŽration est double : celui qui engendre et ce par qui il est engendrŽ ; mais celui qui engendre est distinguŽ de lÕengendrŽ par la gŽnŽration, puisque rien ne sÕengendre soi-m�me ; mais ce que ce qui engendre engendre nÕest pas diffŽrent, mais est commun ˆ lÕun et ˆ lÕautre, comme on lÕa dit, dans le corps de l'article. C'est pourquoi il ne faut pas que la nature divine soit distinguŽe comme la puissance dÕengendrer, puisque la puissance est le principe dÕorigine.

q. 2 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ratione relationis implicitae, potentia generandi non est communis, sed propria.

 4. Par la nature de la relation implicite, le pouvoir dÕengendrer nÕest pas commun, mais personnel.

q. 2 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod in qualibet generatione principium generationis principaliter non est aliqua forma individualis, sed forma quae pertinet ad naturam speciei. Item non oportet quod genitum similetur generanti quantum ad conditiones individuales, sed quantum ad naturam speciei. Paternitas autem non est in patre per modum formae speciei, sicut humanitas in homine, sic enim in eo est divina natura ; sed est in eo, ut ita dicam, sicut principium individuale, est enim proprietas personalis : et ideo non oportet quod sit generationis principium principaliter, sed quodammodo cointellectum ratione supradicta : aliter sequeretur quod Pater per generationem non solum deitatem, sed paternitatem communicaret ; quod est inconveniens.

 5. Dans n'importe quelle gŽnŽration, le principe nÕest pas principalement une forme individuelle, mais celle qui rŽpond ˆ la nature de lÕesp�ce. DÕautre part, il ne faut pas que lÕengendrŽ ressemble ˆ celui qui engendre pour les caract�res individuels, mais pour la nature de lÕesp�ce. La paternitŽ nÕest pas dans le P�re ˆ la mani�re d'une forme dÕesp�ce, comme lÕhumanitŽ dans lÕhomme, car ainsi il y a en lui la nature divine ; mais elle est en lui, pour ainsi dire, comme principe individuel, car elle est une propriŽtŽ personnelle ; et cÕest pourquoi il ne faut pas quÕelle soit principalement le principe de la gŽnŽration mais dÕune certaine mani�re, comprise avec lui pour la raison quÕon a donnŽe ; autrement il en dŽcoulerait que le P�re communiquerait non seulement la divinitŽ par gŽnŽration mais aussi sa paternitŽ, ce qui ne convient pas.

q. 2 a. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod potentia generandi est idem realiter cum natura divina ita quod natura includitur in ratione ipsius : non autem sic est de paternitate, unde non est simile.

 6. La puissance dÕengendrer est identique en rŽalitŽ ˆ la nature divine, de sorte que la nature est incluse dans sa raison dÕ�tre, mais il nÕen est pas ainsi de la paternitŽ, donc ce nÕest pas pareil.

q. 2 a. 2 ad 7 Ad septimum dicendum, quod scientia vel voluntas non est principium generationis, cum generatio sit naturae, quae in quantum est actionis principium, rationem potentiae habet. Et inde est quod potentia consignificatur cum eo quod est ad aliquid in divinis, non autem scientia vel voluntas.

 7. La science ou la volontŽ nÕest pas un principe de gŽnŽration, puisque celle-ci vient de la nature, qui, en tant que principe dÕaction, a raison de puissance. Et de lˆ vient que la puissance est signifiŽe en m�me temps avec ce qui est relation en Dieu, mais non la connaissance ou la volontŽ.

q. 2 a. 2 ad s. c. Ad ea autem quae sunt in contrarium de facili patet responsio ex praedictis.

A partir de ce qui vient dÕ�tre dit, la rŽponse est facile pour les arguments contraires.

 

 

 

Article 3 Ñ La puissance gŽnŽrative en son acte de gŽnŽration proc�de-t-elle du pouvoir de la volontŽ ?

Qu. 2, a. 3q. 2 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum potentia generativa in actum generationis procedat per imperium voluntatis. Et videtur quod sic.

Il semble que oui.

 

Objections :[178]

q. 2 a. 3Arg. 1 Hilarius enim dicit [in lib. De Synodis], quod Non naturali ductus necessitate Pater genuit Filium. Sed si non genuit voluntate, genuit naturali necessitate, quia agens vel est voluntarium vel naturale. Ergo Pater genuit Filium voluntate ; et sic potentia generativa per imperium voluntatis exit in actum generandi.

1. Hilaire dit, en effet, dans Les Synodes (PL. 10, 59[179]) que Çce nÕest pas poussŽ par une nŽcessitŽ naturelle que le P�re a engendrŽ le FilsÈ. Mais sÕil nÕa pas engendrŽ volontairement, il lÕa engendrŽ par nŽcessitŽ naturelle, parce qu'un agent agit par volontŽ ou par nature. Donc le P�re a engendrŽ le Fils par volontŽ, et ainsi la puissance gŽnŽrative en vient ˆ lÕacte dÕengendrer par le pouvoir de la volontŽ.

q. 2 a. 3Arg. 2 Sed dicebat, quod Pater non genuit Filium neque voluntate praecedente, neque voluntate consequente, sed concomitante.- Sed contra, videtur quod haec ratio sit insufficiens. Cum enim quidquid est in Deo sit aeternum, nihil quod est in Deo, potest tempore praecedere aliquid in Deo existens : et tamen invenitur quod aliquid habet ad aliud rationem principii, sicut voluntas Dei ad electionem qua eligit iustos ex hoc solo quod ab intellectu procedit. Ergo quamvis voluntas generationem filii tempore non praecedat, nihilominus, ut videtur, potest poni principium generationis filii ex hoc quod procedit ab intellectu.

2. Mais on pourrait dire que le P�re nÕa engendrŽ le Fils, ni par volontŽ antŽcŽdente ni volontŽ consŽquente, mais volontŽ concomitante. Ñ En sens contraire, cette raison semble insuffisante. Comme, en effet, tout ce qui est en Dieu est Žternel, rien de ce qui est en lui ne peut prŽcŽder chronologiquement ce qui existe en lui et cependant on trouve que quelque chose a raison de principe pour une autre ; comme la volontŽ de Dieu pour lÕŽlection par laquelle il Žlit les justes du seul fait que cela proc�de de son intellect. Donc quoique la volontŽ ne prŽc�de pas la gŽnŽration du Fils chronologiquement, nŽanmoins, ˆ ce quÕil semble, on peut poser le principe de la gŽnŽration du Fils du fait quÕil proc�de de son intellect

q. 2 a. 3Arg. 3 Praeterea, Filius procedit per actum intellectus cum procedat ut verbum : verbum enim intellectuale non est nisi cum intelligimus aliquid cogitantes, ut Augustinus dicit [de Trinit., lib. IX, cap. VII]. Sed voluntas est principium intellectualis operationis : imperat enim actum intellectus, sicut et aliarum potentiarum, ut Anselmus dicit [in lib. De Similitud., cap. II] ; intelligo enim quia volo, sicut et ambulo quia volo. Ergo voluntas est principium processionis Filii.

3. Le Fils proc�de par un acte de lÕintellect, puisqu'il proc�de en tant que Verbe, car le verbe intellectuel nÕexiste que lorsque nous saisissons quelque chose par la pensŽe, comme Augustin le dit (la TrinitŽ, IX, VII, 11). Mais la volontŽ est le principe de lÕopŽration intellectuelle ; car elle commande lÕacte de lÕintellect, comme celui des autres puissances, comme le dit Anselme (De similit. 2) ; car je pense, parce que je le veux, de m�me que je me prom�ne parce que je le veux. Donc la volontŽ est le principe de la procession du Fils.

q. 2 a. 3Arg. 4 Sed dices, quod in humanis verum est quod voluntas imperat actum intellectus, non autem in divinis.- Sed contra, praedestinatio quodammodo est actus intellectus : dicimus enim, quod Deus praedestinavit Petrum quia voluit, secundum illud Rom. IX, 18 : Cuius vult miseretur et quem vult indurat. Ergo non solum in humanis sed etiam in divinis voluntas imperat actum intellectus.

4. Mais on dira que chez l'homme, il est vrai que la volontŽ commande lÕacte de lÕintellect, mais pas en Dieu. Ñ En sens contraire, la prŽdestination est dÕune certaine mani�re un acte de lÕintellect ; car nous disons que Dieu a prŽdestinŽ Pierre parce quÕil lÕa voulu, selon cette parole de Rm. 9,18 : ÇIl a pitiŽ de qui il veut et il endurcit qui il veut.È Donc non seulement chez l'homme mais aussi en Dieu, la volontŽ commande lÕacte de lÕintellect.

q. 2 a. 3Arg. 5 Praeterea, secundum philosophum [VIII Phys., text ; 34], quod movetur ex se ipso potest moveri et non moveri ; et eadem ratione quod agit ex se ipso agere potest et non agere. Sed natura non potest agere et non agere, cum sit determinata ad unum. Ergo non agit ex se ipsa, sed quasi mota ab alio. Hoc autem in divinis esse non potest. Nulla ergo actio in divinis est a natura ; et sic nec generatio. Et ita generatio est a voluntate, cum omnia agentia reducantur in naturam vel voluntatem, ut patet II Physic. [comm. 45 et 49]

5. Selon le philosophe (Physique, VIII, 5, 256 a 13), ce qui se meut de lui-m�me a pouvoir de se mouvoir ou pas ; et pour la m�me raison, ce qui agit de soi-m�me a pouvoir d'agir ou pas. Mais la nature ne peut pas agir ou ne pas agir, puisquÕelle est limitŽe ˆ un seul objet. Donc elle nÕagit pas d'elle-m�me, mais comme mue par un autre. Mais cela ne peut pas exister en Dieu. Donc nulle action en lui ne dŽpend de la nature, la gŽnŽration non plus. Et ainsi la gŽnŽration dŽpend de la volontŽ, puisque tous les agents sont ramenŽs ˆ la nature ou ˆ la volontŽ, comme on le voit en Physique (II, 4, 196 a 28[180]).

q. 2 a. 3Arg. 6 Praeterea, si actio naturae praecedat actionem voluntatis, sequitur inconveniens, quod scilicet ratio voluntatis tollatur. Nam cum natura sit determinata ad unum, si voluntatem moveat, eam ad unum tantum movebit ; quod est contra rationem voluntatis, quae secundum quod huiusmodi, libera est. Si vero voluntas naturam moveat, neque tolletur ratio naturae neque voluntatis, quia quod se habet ad plura, nihil prohibet quod ad unum moveat. Ergo rationabiliter actio voluntatis praecedit actionem naturae, magis quam e converso. Sed generatio filii est pura actio sive operatio. Ergo est a voluntate.

6. Si lÕaction de la nature prŽc�de lÕaction de la volontŽ, il en dŽcoule un inconvŽnient : on exclut la raison dÕ�tre de la volontŽ. Car, puisque la nature est dŽterminŽe ˆ un seul objet, si elle meut la volontŽ, elle la mettra en mouvement pour un seul objet, ce qui est contre la nature de la volontŽ, qui, en tant que telle, est libre. Mais si la volontŽ meut la nature, ni la raison dÕ�tre de la nature ni de la volontŽ n'est exclue, parce quÕelle s'Žtend ˆ plusieurs objets, rien nÕemp�che quÕelle meuve pour un seul objet. Donc en raison, lÕaction de la volontŽ prŽc�de lÕaction de nature, plus que le contraire. Mais la gŽnŽration du Fils est pure action ou pure opŽration. Donc elle dŽpend de la volontŽ.

q. 2 a. 3Arg. 7 Praeterea, in Psalm. CXLVIII, 5, dicitur : dixit, et facta sunt, quod Augustinus exponit [lib. II de genesi ad litt., c. VI et VII] : Id est, verbum genuit in quo erant ut fierent. Sic ergo processio verbi a patre, est ratio creaturae producendae. Si ergo Filius non procedit a Patre per imperium voluntatis sed naturae, videtur sequi quod omnes creaturae a Deo naturaliter et non solum voluntarie procedant, quod est erroneum.

7. Dans le Ps. 148,5 il est dit : ÇIl dit et ce fut faitÈ quÕAugustin expose ainsi (La Gen�se au sens littŽral, II, VI, 13 et II, VII) ÇCÕest-ˆ-dire il engendra le Verbe dans lequel il Žtait que cela serait fait[181]È. Ainsi donc la procession du Verbe ˆ partir du P�re est la raison de la production de la crŽature. Si donc le Fils ne proc�de pas du P�re par le pouvoir de la volontŽ, mais par celui de la nature, il para”t en dŽcouler que toutes les crŽatures proc�dent de Dieu naturellement et pas seulement volontairement, ce qui est une erreur[182].

q. 2 a. 3Arg. 8 Praeterea, Hilarius dicit in libro de Synodis : si quis nolente patre natum dicat Filium, anathema sit. Non ergo Pater genuit Filium involuntarie ; et sic idem quod prius.

8. Hilaire dit dans le livre des Synodes (57, PL. 10, 520 C, canon 25) : ÇSi quelquÕun dit que le Fils est nŽ sans que le P�re le veuille, quÕil soit anath�meÈ. Donc le P�re ne lÕa pas engendrŽ involontairement et ainsi de m�me que plus haut.

q. 2 a. 3Arg. 9 Praeterea, Ioan. III, 35, dicitur : Pater diligit Filium, et omnia dedit in manu eius, quod secundum unam Glossam exponitur de datione generationis aeternae. Dilectio ergo Patris ad Filium est signum potius quam ratio generationis aeternae. Sed dilectio est a voluntate. Ergo voluntas est principium generationis Filii.

9. En Jean 3, 35, il est dit : ÇLe P�re aime le Fils et a tout mis dans sa mainÈ, quÕon expose, selon une glose, comme le don de la gŽnŽration Žternelle. Donc lÕamour du P�re pour le Fils est le signe plus que la raison de la gŽnŽration Žternelle. Mais lÕamour vient de la volontŽ. Donc la volontŽ est le principe de la gŽnŽration du Fils.

q. 2 a. 3Arg. 10 Praeterea, Dionysius dicit [in libro de div. Nom. cap. IV], quod divinus amor non permittit ipsum sine germine esse. Ex quo etiam videtur idem, scilicet quod amor sit ratio generationis.

10. Denys (Les Noms divins, ch. 4) dit que lÕamour de Dieu ne lui permet pas dÕ�tre sans descendance. Cela montre la m�me chose, ˆ savoir que lÕamour est la raison de la gŽnŽration.

q. 2 a. 3Arg. 11 Praeterea, positio ad quam non sequitur aliquod inconveniens sive error, potest poni in divinis. Sed si ponatur quod Pater genuerit Filium voluntate, non sequitur aliquod inconveniens : neque enim sequitur quod Filius non sit aeternus, ut videtur ; neque quod non sit consubstantialis aut aequalis patri : quia Spiritus sanctus, qui procedit per modum voluntatis, coaeternus est, coaequalis et consubstantialis Patri et Filio. Ergo videtur quod non sit erroneum dicere, quod Pater genuit Filium voluntate.

11. On peut Žmettre sur Dieu une hypoth�se d'o� ne dŽcoule ni inconvŽnient ni erreur. Mais si lÕon pense que le P�re a engendrŽ le Fils par volontŽ, il nÕen dŽcoule aucun d'inconvŽnient ; en effet il nÕen dŽcoule pas que le Fils n'est pas Žternel, ˆ l'Žvidence ; ni quÕil ne soit pas consubstantiel ou Žgal au P�re, parce que lÕEsprit Saint qui proc�de par mode de volontŽ est coŽternel, coŽgal et consubstantiel au P�re et au Fils. Donc il semble que ce nÕest pas une erreur de dire que le P�re engendre le Fils par volontŽ.

q. 2 a. 3Arg. 12 Praeterea, voluntas quaelibet non potest non velle suum ultimum finem. Sed finis divinae voluntatis est communicatio suae bonitatis, quae maxime fit per generationem. Ergo voluntas Patris non potest non velle generationem Filii : voluntate ergo genuit Filium.

12. Toute volontŽ ne peut pas ne pas vouloir sa fin ultime. Mais la fin de la volontŽ divine est la communication de sa bontŽ, ce qui se fait au plus haut degrŽ par gŽnŽration. Donc la volontŽ du P�re ne peut pas ne pas vouloir la gŽnŽration du Fils ; donc il a engendrŽ le Fils par sa volontŽ.

q. 2 a. 3Arg. 13 Praeterea, humana generatio a divina extrahitur, secundum illud Ephes. cap. III, 15 : Ex quo omnis paternitas in caelo et in terra nominatur. Sed humana generatio subiacet imperio voluntatis : aliter in actu generationis peccatum non esset. Ergo etiam divina ; et sic idem quod prius.

13. La gŽnŽration humaine dŽcoule de celle de Dieu, selon cette parole de Ep. 3,15 : ÇDe lui toute paternitŽ dans le ciel et sur la terre tire son nomÈ. Mais la gŽnŽration humaine est soumise au pouvoir de la volontŽ. Autrement, dans lÕacte de gŽnŽration, il nÕy aurait pas de pŽchŽ. Donc de m�me dans la gŽnŽration divine et ainsi de m�me que plus haut.

q. 2 a. 3Arg. 14 Praeterea, omnis actio naturae immutabilis est necessaria. Sed natura divina omnino est immutabilis. Si ergo generatio sit operatio naturae et non voluntatis, sequitur quod sit necessaria, et ita quod Pater genuit Filium necessitate : quod est contra Augustinum [ad orosium, cap. VII].

14. Toute action dÕune nature immuable est nŽcessaire. Mais la nature divine est tout ˆ fait immuable. Si donc la gŽnŽration est une opŽration de nature et non de la volontŽ, il s'ensuit quÕelle est nŽcessaire et ainsi que le P�re a engendrŽ le Fils par nŽcessitŽ, ce qui sÕoppose ˆ Augustin (ˆ Orose, ch. 7[183]).

q. 2 a. 3Arg. 15 Praeterea, Augustinus dicit [XV de Trinitate cap. XX], quod Filius est consilium de consilio et voluntas de voluntate. Sed haec praepositio de denotat principium. Ergo voluntas est principium generationis Filii, et sic idem quod prius.

15. Augustin dit (la TrinitŽ, XV, XX, 38) que le Fils est le conseil du conseil, le volontŽ de la volontŽ[184]. Mais cette prŽposition de dŽsigne un principe. Donc la volontŽ est le principe de la gŽnŽration du Fils et ainsi de m�me que ci-dessus.

 

En sens contraire :

q. 2 a. 3 s. c. 1 Sed contra. Est quod Augustinus dicit [in libro ad Orosium] : Pater neque voluntate neque necessitate genuit Filium.

1. Il y a ce que dit Augustin (ˆ Orose[185]) : ÇLe P�re nÕa engendrŽ le Fils, ni par volontŽ, ni par nŽcessitŽÈ.

q. 2 a. 3 s. c. 2 Praeterea, summa diffusio voluntatis est per modum amoris. Filius autem non procedit per modum amoris, sed potius Spiritus sanctus. Ergo voluntas non est principium generationis filii.

2. La plus haute diffusion de la volontŽ sÕaccomplit par mode dÕamour. Le Fils ne proc�de pas par mode dÕamour, mais c'est plut™t lÕEsprit Saint. Donc la volontŽ nÕest pas le principe de la gŽnŽration du Fils.

q. 2 a. 3 s. c. 3 Praeterea, Filius procedit a Patre ut splendor a luce, secundum illud Hebr. cap. I, vers. 3 : Qui cum sit splendor gloriae et figura substantiae eius. Sed splendor non procedit a luce voluntate mediante. Ergo nec Filius a Patre.

3. Le Fils proc�de du P�re comme la splendeur (proc�de) de la lumi�re, selon ce mot de HŽb. 1, 3 : ÇIl est la splendeur de sa gloire et l'effigie de sa substance[186]È. Mais la splendeur ne proc�de pas de la lumi�re par lÕintermŽdiaire de la volontŽ. Donc ni le Fils du P�re.

 

RŽponse :

q. 2 a. 3 co. Respondeo. Dicendum, quod generatio Filii potest se habere ad voluntatem ut voluntatis obiectum : Pater enim et Filium voluit et Filii generationem ab aeterno : nullo autem modo voluntas esse potest divinae generationis principium : quod sic patet. Voluntas, inquantum voluntas, cum sit libera, ad utrumlibet se habet. Potest enim voluntas agere vel non agere, sic vel sic facere, velle et non velle. Et si respectu alicuius hoc voluntati non conveniat, hoc accidet voluntati non in quantum voluntas est, sed ex inclinatione naturali quam habet ad aliquid, sicut ad finem ultimum, quem non potest non velle ; sicut voluntas humana non potest non velle beatitudinem, nec potest velle miseriam. Ex quo patet quod omne illud cuius voluntas est principium, quantum in se est, possibile est esse vel non esse, et esse tale vel tale, et tunc vel nunc (...)

Il faut dire que la gŽnŽration du Fils se comporte par rapport ˆ la volontŽ comme son objet. Car le P�re a voulu le Fils et sa gŽnŽration Žternellement. Mais en aucune mani�re, la volontŽ ne peut �tre le principe de la gŽnŽration divine ; ce qu'on montre ainsi. Comme la volontŽ, en tant que telle, est libre, elle choisit entre deux solutions. Car la volontŽ peut agir ou pas, agir ainsi ou diffŽremment, vouloir ou ne pas vouloir. Et si par rapport ˆ quelque chose cela ne convient pas ˆ la volontŽ, cela lui arrive, non en tant quÕelle est volontŽ, mais par lÕinclination naturelle quÕelle a pour quelque chose comme ˆ sa fin ultime qu'elle ne peut pas ne pas vouloir ; ainsi la volontŽ humaine ne peut pas ne pas vouloir la bŽatitude, et elle ne peut vouloir le malheur. Par lˆ il est clair que tout ce dont la volontŽ est le principe quant ˆ soi, a la possibilitŽ dÕ�tre ou ne pas �tre, et �tre tel ou tel et alors ou maintenant.

Omne autem illud quod sic se habet, est creatum : quia in eo quod increatum est, non est potestas ad esse vel non esse. Sed per se necesse est esse, ut Avicenna probat [VIII Metaph., cap. IV]. Si ergo ponitur Filius voluntate genitus, necessario sequitur ipsum esse creaturam. Et propter hoc Ariani qui ponebant Filium creaturam, dicebant eum esse genitum voluntate. Catholici autem dicunt Filium non natum voluntate, sed natura. Natura enim ad unum determinata est. Et secundum hoc ex hoc quod Filius est a Patre genitus natura, oportet quod ipse non possit esse non genitus, et quod non possit esse alio modo quam est, aut patri non consubstantialis ; cum quod naturaliter procedit, procedat in similitudinem eius a quo procedit. Et hoc est quod Hilarius dicit : Omnibus creaturis substantiam Dei voluntas attulit ; sed naturam filio dedit perfecta nativitas ; et ideo talia sunt cuncta qualia Deus esse voluit ; Filius autem talis est qualis est Deus.

Tout ce qui se comporte ainsi est crŽŽ, parce que, en ce qui est incrŽŽ, le pouvoir d'�tre ou ne pas �tre n'existe pas. Mais il lui est nŽcessaire d'�tre par soi, comme Avicenne le prouve (MŽtaphysique VIII, 4[187]). Donc si on pense que la Fils a ŽtŽ engendrŽ par volontŽ, il en dŽcoule nŽcessairement quÕil est une crŽature. Et cÕest pour cela que les Ariens, qui affirmaient que le Christ Žtait une crŽature, disaient quÕil avait ŽtŽ engendrŽ par volontŽ. Mais les Catholiques disent que le Fils nÕest pas nŽ par volontŽ mais par nature. Car la nature est dŽterminŽe ˆ un seul but. Et du fait que le Fils a ŽtŽ engendrŽ du P�re par nature, il faut que lui-m�me ne puisse pas ne pas �tre engendrŽ, et quÕil ne puisse pas exister dÕune autre mani�re quÕil nÕest, ou sans �tre consubstantiel au P�re ; puisque ce qui proc�de naturellement proc�de dans la ressemblance de ce dont il proc�de. Et cÕest ce que Hilaire dit (Les Synodes, n¡58[188]) : ÇLa volontŽ de Dieu apporte la substance ˆ toutes les crŽatures, mais une naissance parfaite a donnŽ la nature au FilsÈ ; et ainsi toute chose est telle que Dieu a voulu qu'elle existe, mais le Fils est tel que Dieu.

Sicut autem dictum est, voluntas licet respectu aliquorum ad utrumlibet se habeat, tamen respectu finis ultimi naturalem inclinationem habet ; et similiter intellectus respectu cognitionis principiorum primorum, naturalem quemdam motum habet. Principium autem divinae cognitionis est ipse Deus qui est finis suae voluntatis ; unde illud quod procedit in Deo per actum intellectus cognoscentis seipsum realiter procedit ; et similiter quod procedit per actum voluntatis diligentis se ipsam. Et propter hoc cum Filius procedat ut Verbum per actum intellectus divini in quantum Pater cognoscit seipsum et Spiritus sanctus per actum voluntatis in quantum Pater diligit Filium : sequitur quod tam Filius quam Spiritus sanctus naturaliter procedant, et ex hoc ulterius quod sint consubstantiales et coaequales et coaeterni patri et sibi invicem.

Comme on lÕa dit, bien que la volontŽ choisisse entre deux solutions, cependant elle a une inclination naturelle par rapport ˆ la fin ultime ; et semblablement lÕintellect a un mouvement naturel en rapport avec la connaissance des premiers principes. Mais le principe de la connaissance divine est Dieu lui-m�me qui est la fin de sa volontŽ, c'est pourquoi ce qui proc�de en Dieu par un acte de lÕintellect qui se conna”t lui-m�me proc�de rŽellement de lui et il en est de m�me pour ce qui proc�de par un acte de la volontŽ qui sÕaime elle-m�me. Et ˆ cause de cela, comme le Fils proc�de comme Verbe, par un acte de lÕintellect divin, dans la mesure o� le P�re se conna”t lui-m�me, et comme lÕEsprit Saint proc�de par un acte de la volontŽ dans la mesure o� le P�re aime le Fils, il sÕensuit que tant le Fils que lÕEsprit Saint proc�dent naturellement et par lˆ en plus ils sont consubstantiels et co-Žgaux et coŽternels au P�re et lÕun avec lÕautre.

 

Solutions :

q. 2 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Hilarius loquitur de necessitate quae importat violentiam : quod patet per hoc quod subdit : Non naturali necessitate ductus, cum vellet generare Filium.

 1. Hilaire parle dÕune nŽcessitŽ qui apporte la violence, ce qui appara”t par ce quÕil ajoute : ÇIl nÕŽtait pas poussŽ par une nŽcessitŽ naturelle, quand il voulait engendrer son Fils[189].È

q. 2 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod respectu nullius rei est in Deo voluntas antecedens ; quia quidquid aliquando Deus vult, ab aeterno voluit. Concomitans vero est respectu omnium bonorum quae sunt tam in ipso quam in creaturis ; vult enim se esse et creaturam esse. Sed praecedens vel antecedens tempore quidem non est nisi respectu creaturae, quae ab aeterno non fuit ; praecedens vero intellectus est respectu actuum aeternorum qui significantur ad creaturas terminari ; sicut dispositio, praedestinatio et huiusmodi. Generatio vero filii, neque est creatura, neque ad creaturam significatur terminari. Unde respectu eius non est voluntas praecedens nec tempore neque intellectu, sed solum voluntas concomitans.

 2. La volontŽ antŽcŽdente en Dieu n'est en rapport avec rien ; parce que tout ce que Dieu veut quelquefois il lÕa voulu Žternellement. Mais la volontŽ concomitante est en rapport avec tous les biens qui sont tant en lui que dans les crŽatures ; car il veut �tre et que la crŽature soit. Mais la [volontŽ] antŽcŽdente ne peut lÕ�tre chronologiquement qu'en rapport avec la crŽature qui nÕa pas existŽ Žternellement, mais l'intellect prŽcŽdent est en rapport avec les actes Žternels qui sont dŽsignŽs comme se terminant aux crŽatures, comme la disposition, la prŽdestination, etc.. Mais la gŽnŽration du Fils nÕest pas une crŽature, et n'est pas signifiŽe comme se terminant ˆ une crŽature. C'est pourquoi, par rapport ˆ lui, il n'y a pas de volontŽ prŽcŽdente, ni chronologiquement, ni selon lÕintellect, mais seulement une volontŽ concomitante.

q. 2 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut actus intellectus videtur sequi actum voluntatis, in quantum a voluntate imperatur ; ita e converso actus voluntatis videtur sequi actum intellectus, in quantum per intellectum praesentatur voluntati suum obiectum, quod est bonum intellectum. Unde esset procedere in infinitum, nisi esset ponere statum vel in actu intellectus vel in actu voluntatis. Non autem potest status poni in actu voluntatis, cum obiectum praesupponatur ad actum ; unde oportet ponere statum in actu intellectus, qui naturaliter intellectum consequitur ; ita quod a voluntate non imperatur. Et per hunc modum procedit Filius Dei ut Verbum secundum actum intellectus divini, ut ex dictis, in corp. art., patet.

 3. De m�me que lÕacte de lÕintellect para”t suivre celui de la volontŽ, dans la mesure o� elle le commande, ainsi ˆ l'inverse, lÕacte de la volontŽ parait suivre celui de lÕ lÕintellect dans la mesure o� son objet qui est un bien intelligŽ est prŽsentŽ ˆ la volontŽ. C'est pourquoi, il faudrait procŽder ˆ lÕinfini, sinon il faut placer un arr�t dans lÕacte de lÕintellect ou dans celui de la volontŽ. Mais on ne peut pas le placer dans un acte de la volontŽ, puisque lÕobjet est prŽsupposŽ ˆ lÕacte ; cÕest pourquoi il faut le placer dans lÕacte de lÕintellect qui suit naturellement la conception de sorte qu'il ne soit pas commandŽ par la volontŽ. Et de cette mani�re, le Fils de Dieu proc�de comme Verbe selon lÕacte de lÕintellect divin, comme cela appara”t dans ce qui a ŽtŽ dit dans le corps de l'article.

q. 2 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod actus intellectus divini naturalis est secundum quod ad ipsum Deum terminatur, qui est principium suae cognitionis ; secundum vero quod significatur ad creaturas terminari, ad quas sic se habet quodammodo ut intellectus noster ad conclusiones, non naturaliter ab intellectu progreditur sed voluntarie ; et ideo in divinis aliqui actus intellectus significantur ut imperati a voluntate.

 4. LÕacte de lÕintellect divin est naturel, dans la mesure o� il se termine en Dieu m�me, qui est le principe de sa connaissance ; mais selon quÕon le signifie comme se terminant aux crŽatures, envers lesquelles il se comporte dÕune certaine mani�re comme notre intellect vis-ˆ-vis des conclusions, il ne sort pas de lÕintellect naturellement mais volontairement ; et cÕest pourquoi en Dieu, certains actes de lÕintellect sont dŽcrits comme commandŽs par la volontŽ.

q. 2 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod quoad ea ad quae natura potest se extendere secundum propria principia essentialia, non indiget ut ab alio determinetur, sed ad ea tantum ad quae propria principia non sufficiunt. Unde philosophi non sunt ducti ut ponerent opus naturae, opus intelligentiae, ex operibus quae competunt calido et frigido secundum se ipsa ; quia in has, etiam ponentes res naturales ex necessitate materiae accidere, omnia naturae opera reducebant. Ducti sunt autem ex illis operationibus ad quas non possunt sufficere virtus calidi et frigidi, et huiusmodi qualitatum ; sicut ex membris ordinatis in corpore animalis tali modo quod natura salvatur. Quia ergo naturae divinae secundum se opus est generatio non oportet quod ad hanc actionem ab aliqua voluntate determinetur.- Vel dicendum, quod natura determinatur ab aliquo, ut in finem. Illi autem naturae quae est finis, et non ad finem, non competit ab aliquo determinari.

 5. JusquÕo� la nature peut sÕŽtendre selon ses propres principes essentiels, cela nÕa pas besoin dÕ�tre dŽterminŽ par un autre, mais seulement pour ce ˆ quoi les principes propres ne suffisent pas. C'est pourquoi les philosophes nÕont pas ŽtŽ amenŽs ˆ penser lÕÏuvre de la nature, comme lÕÏuvre d'une intelligence par ces opŽrations ˆ qui conviennent le chaud et le froid en soi Parce que, pensant qu'en elles les choses naturelles arrivent par nŽcessitŽ de la mati�re, ils y ramenaient toutes les Ïuvres de la nature. Mais ils y ont ŽtŽ amenŽs par ces opŽrations o� le pouvoir du chaud et du froid et les qualitŽs de ce genre ne peuvent pas suffire ; de m�me ils y ont ŽtŽ amenŽs par la disposition des membres dans le corps dÕun animal de telle sorte que la nature se conserve. Donc parce que lÕÏuvre de la nature divine en soi est la gŽnŽration, il ne faut pas qu'elle soit dŽterminŽe ˆ cette action par une volontŽ Ñ Ou bien il faut dire que la nature est dŽterminŽe par quelque chose comme ˆ sa fin. Mais ˆ cette nature, qui est la fin, il ne convient pas dÕ�tre dŽterminŽe par quelque chose pour la fin.

q. 2 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod in diversis considerando, actio voluntatis actionem naturae praecedit. Unde totius naturae inferioris actio ex voluntate gubernantis procedit. Sed in eodem oportet quod actio naturae praecedat actionem voluntatis. Natura enim secundum intellectum praecedit voluntatem, cum natura intelligatur esse principium quo res subsistit, voluntas vero ultimum quo ad finem ordinatur. Nec tamen sequitur quod tollatur ratio voluntatis. Quamvis enim ad inclinationem naturae voluntas ad aliquid unum determinetur, quod est ultimus finis a natura intentus, respectu tamen aliorum indeterminata manet ; sicut patet in homine, qui naturaliter vult beatitudinem et de necessitate, non autem alia. Sic ergo in Deo naturae actio actionem voluntatis praecedit natura et intellectu ; nam generatio filii est ratio omnium eorum quae per voluntatem producuntur, scilicet creaturarum.

 6. En prenant en considŽration divers ŽlŽments, lÕaction de la volontŽ prŽc�de celle de la nature. C'est pourquoi, lÕaction de toute la nature infŽrieure proc�de de la volontŽ de celui qui gouverne. Mais dans un m�me �tre, il faut que lÕaction de la nature prŽc�de celle de la volontŽ. Car la nature selon lÕintellect prŽc�de la volontŽ, puisqu'on comprend la nature comme le principe par lequel un �tre subsiste, mais la volontŽ est le principe ultime par lequel elle est ordonnŽe ˆ sa fin. Cependant il nÕen dŽcoule pas qu'on exclut la raison dÕ�tre de la volontŽ. Car quoique pour lÕinclination de la nature la volontŽ soit limitŽe ˆ un objet unique, qui est sa fin ultime dŽcidŽe par la nature, cependant, par rapport aux autres, elle demeure indŽterminŽe, comme on le voit chez lÕhomme qui veut la bŽatitude naturellement et nŽcessairement, mais pas autre chose. Ainsi donc en Dieu lÕaction de la nature prŽc�de celle de la volontŽ par nature et par lÕintellect ; car la gŽnŽration du Fils est la raison de tout ce qui est produit par la volontŽ, ˆ savoir les crŽatures[190].

q. 2 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet in verbo Dei a patre genito fuerit ut omnes creaturae fierent, non tamen oportet, si verbum naturaliter procedit, quod creaturae etiam naturaliter procedant ; sicut nec sequitur, si intellectus noster principia naturaliter cognoscit, quod naturaliter cognoscat ea quae ex principiis consequuntur : eo enim quod naturaliter habemus, voluntas utitur ad utramque partem.

 7. Bien que dans le Verbe de Dieu, engendrŽ par le P�re, il y ait le pouvoir de crŽer toutes les crŽatures, cependant il ne faut pas, si le Verbe proc�de par nature, que les crŽatures proc�dent aussi par nature, il nÕen dŽcoule pas, non plus, si notre intellect conna”t naturellement les principes, qu'il connaisse naturellement ce qui dŽcoule d'eux ; car la volontŽ se sert de ce que nous avons naturellement pour lÕune et lÕautre solution.

q. 2 a. 3 ad 8 Ad octavum dicendum, quod Pater voluntarie genuit ; sed in hoc non designatur nisi voluntas concomitans.

 8. La P�re a engendrŽ volontairement, mais on ne dŽsigne par lˆ que la volontŽ concomitante.

q. 2 a. 3 ad 9 Ad nonum dicendum, quod si verbum illud de generatione aeterna intelligatur, dilectio Patris ad Filium non est intelligenda ut ratio illius dationis qua Pater Filio aeternaliter omnia dat, ut signum. Similitudo enim ratio est amoris.

 9. Si cette parole[191] est comprise de la gŽnŽration Žternelle, lÕamour du P�re pour le Fils ne doit pas �tre compris comme la raison de ce don, par lequel il donne tout au Fils Žternellement, comme un sceau. Car la ressemblance est la raison de lÕamour.

q. 2 a. 3 ad 10 Ad decimum dicendum, quod Dionysius loquitur de productione creaturae, non de generatione filii.

 10. Denys parle de la production de la crŽature, non de la gŽnŽration du Fils.

q. 2 a. 3 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod Spiritus sanctus procedere dicitur per modum voluntatis, quia procedit per actum qui naturaliter est a voluntate, scilicet per hoc quod Pater amat Filium, et e converso. Ipse enim amor est Spiritus sanctus, sicut Filius est Verbum quo Pater dixit se ipsum.

 11. On dit que lÕEsprit Saint proc�de par mode de volontŽ, parce quÕil proc�de par un acte qui dŽpend naturellement de la volontŽ[192], ˆ savoir que le P�re aime le Fils et inversement. Car lÕEsprit Saint est lÕamour m�me, comme le Fils est le Verbe, par lequel le P�re se dit lui-m�me.

q. 2 a. 3 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod ex illa etiam ratione non sequitur nisi quod Pater rationem filii velit ; quod pertinet ad voluntatem concomitantem, quae respicit generationem sicut obiectum, non sicut id cuius sit principium.

 12. De cette raison[193] il dŽcoule seulement que le P�re veut la nature du Fils, ce qui convient ˆ la volontŽ concomitante, qui regarde la gŽnŽration comme objet, non comme ce dont elle est le principe.

q. 2 a. 3 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod humana generatio fit per virtutem naturalem, scilicet generativam potentiam, mediante potentia motiva, quae imperio subiacet voluntatis, non autem generativa potentia. Hoc autem non accidit in divinis ; et ideo non est simile.

 13. La gŽnŽration chez lÕhomme se fait par un pouvoir naturel, cÕest-ˆ-dire la puissance gŽnŽrative ; par lÕintermŽdiaire de la puissance motrice, qui est soumise au pouvoir de la volontŽ, mais pas la puissance gŽnŽrative. Mais cela nÕarrive pas en Dieu ; et cÕest pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 2 a. 3 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod Augustinus non intendit negare necessitatem immutabilitatis, de qua ratio procedit, sed necessitatem coactionis.

 14. Augustin nÕentend pas nier la nŽcessitŽ de lÕimmutabilitŽ, dÕo� proc�de cet argument, mais la nŽcessitŽ de coaction[194].

q. 2 a. 3 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod cum dicitur Filius esse voluntas de voluntate, intelligitur esse de Patre, qui est voluntas. Unde haec praepositio de notat generationis principium, quod est generans, non id quo generatur, de quo est praesens quaestio.

 15. Quand on dit que le Fils est volontŽ de la volontŽ, on comprend quÕil est du P�re qui est la volontŽ. C'est pourquoi cette prŽposition de indique le principe de la gŽnŽration qui est celui qui engendre, non ce par quoi il est engendrŽ, ce dont il sÕagit dans la prŽsente question.

 

 

 

Article 4 Ñ Peut-il y avoir plusieurs Fils en Dieu ?

q. 2 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum in divinis possint esse plures filii. Et videtur quod sic.

Il semble que oui :

 

Objections :[195].

q. 2 a. 4Arg. 1 Operatio enim naturae quae convenit uni supposito, convenit etiam omnibus suppositis eiusdem naturae. Sed generatio, secundum Damascenum [lib. II, c. XXVII], est opus naturae, et convenit Patri. Ergo etiam Filio et Spiritui sancto qui sunt supposita eiusdem naturae. Sed Filius non generat se ipsum : nam, secundum Augustinum, nulla res potest generare se ipsam. Ergo generat alium Filium, et sic in divinis possunt esse plures filii.

1. Car l'opŽration de nature qui convient ˆ un supp™t, convient aussi ˆ tous les supp™ts de m�me nature. Mais la gŽnŽration, selon Jean Damasc�ne (la foi orthodoxe, II, 27) est l'Ïuvre de la nature et convient au P�re. Donc aussi au Fils et ˆ lÕEsprit Saint qui sont des supp™ts de m�me nature. Mais le Fils ne sÕengendre pas lui-m�me, car selon Augustin, rien ne peut s'engendrer soi-m�me. Donc il engendre un autre fils et ainsi il peut y avoir plusieurs fils en Dieu.

q. 2 a. 4Arg. 2 Praeterea, totam virtutem suam Pater in Filium transfundit. Sed potentia generandi pertinet ad virtutem Patris. Ergo huiusmodi potentiam habet Filius a Patre ; et sic idem quod prius.

2. Le P�re a transmis tout son pouvoir au Fils. Mais la puissance dÕengendrer appartient au pouvoir du P�re. Donc le Fils re�oit du P�re une puissance de ce genre, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 4Arg. 3 Praeterea, Filius est perfecta imago Patris, ad quod requiritur perfecta assimilatio ; quae non esset si Filius non quantum ad omnia Patrem imitaretur. Ergo sicut Pater Filium generat, ita et Filius ; et sic idem quod prius.

3. Le Fils est lÕimage parfaite du P�re, cela requiert une ressemblance parfaite, qui n'existerait pas si le Fils nÕimitait pas en tout le P�re. Donc, comme le P�re engendre le Fils, le Fils aussi engendre et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 4Arg. 4 Praeterea, perfectior est assimilatio ad Deum secundum conformitatem actionis quam secundum conformitatem alicuius formae, ut patet per Dionysium : sicut soli magis assimilatur quod lucet et illuminat quam quod lucet tantum. Sed Filius perfectissime assimilatur Patri. Ergo est ei conformis non solum in potentia, sed etiam in actu generandi ; et sic idem quod prius.

4. La ressemblance ˆ Dieu est plus parfaite en conformitŽ avec lÕaction quÕavec celle dÕune forme, comme le montre Denys (La hiŽrarchie cŽleste, 3[196]) ; ainsi ce qui brille et Žclaire ressemble plus au soleil que ce qui brille seulement. Mais le Fils ressemble tr�s parfaitement au P�re. Donc il lui est conforme non seulement en puissance, mais aussi dans lÕacte dÕengendrer ; et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 4Arg. 5 Praeterea, ex hoc contingit quod Deus facta una creatura potest facere aliam, quia eius potentia neque exhauritur neque diminuitur in creando. Sed similiter potentia Patris neque exhauritur neque diminuitur ex hoc quod generat Filium. Ergo per hoc quod generat Filium, non prohibetur quin possit alium Filium generare ; et sic possunt esse plures Filii in divinis.

5. De ce fait il arrive que Dieu, ayant crŽŽ une crŽature, peut en crŽer une autre, parce que sa puissance nÕest ni augmentŽe ni diminuŽe en crŽant. Mais de la m�me mani�re la puissance du P�re nÕest ni augmentŽe ni diminuŽe du fait quÕil engendre le Fils. Donc par le fait quÕil l'engendre, il nÕest pas emp�chŽ de pouvoir engendrer un autre fils et ainsi il peut y avoir plusieurs fils en Dieu.

q. 2 a. 4Arg. 6 Sed dices, quod ideo non generat alium Filium, quia sequeretur inconveniens quod Augustinus ponit, scilicet quod infinita esset divina generatio, si Pater plures filios generaret vel Filius Patri generaret nepotem, et sic de aliis. Sed contra. In Deo nihil est in potentia quod non sit in actu : esset enim imperfectus. Si ergo est in potentia Patris quod plures filios generet, nullo inconvenienti prohibente, erunt plures filii in divinis.

6. Mais on pourrait dire qu'il nÕengendre pas un autre fils, parce quÕil en dŽcoulerait un inconvŽnient quÕAugustin expose, ˆ savoir que la gŽnŽration divine serait infinie, soit que le P�re engendre plusieurs fils, soit que le Fils engendre un petit-fils au P�re, etc.. Ñ En sens contraire : en Dieu rien nÕest en puissance qui ne soit en acte : car il serait imparfait. Si donc il est dans la puissance du P�re d'engendrer plusieurs fils, si nul inconvŽnient ne lÕemp�che, il y aura plusieurs fils en Dieu.

q. 2 a. 4Arg. 7 Praeterea, de natura geniti est ut procedat in similitudinem generantis. Sed sicut Filius est similis Patri, ita et Spiritus sanctus ; et ita Spiritus sanctus est Filius, et sic sunt plures filii in divinis.

7. Il est de la nature de celui qui est engendrŽ dÕaboutir ˆ la ressemblance de celui qui l'engendre. Mais le Fils est semblable au P�re, lÕEsprit Saint aussi et ainsi il est aussi fils et il y a donc plusieurs fils en Dieu.

q. 2 a. 4Arg. 8 Praeterea, secundum Anselmum [in Monolog., cap. XXXII) nihil est aliud dicere Patrem Filium generare, quam Patrem dicere se ipsum. Sed sicut Pater potest dicere se ipsum, ita et Filius et Spiritus sanctus. Ergo Pater et Filius et Spiritus sanctus possunt filios generare ; et sic idem quod supra.

8. Selon Anselme (Monologium, 62), que le P�re engendre le Fils, ce n'est rien dÕautre que le P�re se dit lui-m�me. Mais de m�me que le P�re peut se dire lui-m�me, le Fils et lÕEsprit Saint aussi. Donc le P�re, le Fils et lÕEsprit saint peuvent engendrer des fils, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 4Arg. 9 Praeterea, ex hoc Pater dicitur Filium generare, quod similitudinem suam in intellectu suo concipit. Sed hoc idem possunt facere Filius et Spiritus sanctus. Ergo idem quod prius.

9. On dit que du fait que le P�re engendre le Fils, il con�oit sa ressemblance dans son intellect. Mais le Fils et lÕEsprit Saint peuvent faire de m�me. Donc de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 4Arg. 10 Praeterea, potentia est media inter essentiam et operationem. Sed una est essentia Patris et Filii, eademque potentia. Ergo et una operatio ; et sic Filio convenit generare ; et ita ut prius.

10. La puissance est intermŽdiaire entre lÕessence et lÕopŽration. Mais lÕessence du P�re et du Fils est une, et la puissance est la m�me. Donc il y a une seule opŽration et ainsi il convient au Fils dÕengendrer et de m�me que plus haut.

q. 2 a. 4Arg. 11 Praeterea, bonitas est diffusionis principium. Sed sicut est infinita bonitas in Patre et Filio, ita etiam in Spiritu sancto. Ergo sicut Pater infinita communicatione suam naturam communicat Filium generando, ita Spiritus sanctus aliquam divinam personam producendo ; non enim infinite communicatur divina bonitas creaturae ; et sic videtur quod possint esse plures filii in divinis.

11. La bontŽ est le principe de la diffusion. Mais la bontŽ dans le P�re et le Fils est infinie, de m�me aussi dans lÕEsprit saint. Donc le P�re communique sa nature dans une communication infinie en engendrant le Fils ; de m�me lÕEsprit Saint aussi en produisant une personne divine ; car la divine bontŽ nÕest pas communiquŽe de mani�re infinie ˆ la crŽature et ainsi il semble qu'il peut y avoir plusieurs fils en Dieu.

q. 2 a. 4Arg. 12 Praeterea, nullius boni sine consortio potest esse iucunda possessio. Sed filiatio est quoddam bonum in Filio. Ergo videtur oportere ad perfectam iucunditatem Filii, esse alium Filium in divinis.

12. Une possession agrŽable ne peut exister sans partage d'aucun bien[197]. Mais la filiation dans le Fils est un bien. Donc on voit bien quÕil faut pour la joie parfaite du Fils quÕil y ait un autre fils en Dieu.

q. 2 a. 4Arg. 13 Praeterea, Filius procedit a Patre ut splendor a luce, ut patet Hebr. I, 3 : Qui cum sit splendor gloriae, et figura substantiae eius. Sed splendor potest alium splendorem producere, et ille alium, et alius alium. Ergo similiter videtur esse in processione divinarum personarum, quod Filius possit alium Filium generare, et sic idem ut prius.

13. Le Fils proc�de du P�re comme la splendeur de la lumi�re, comme il est dit en HŽb. 1,3[198] : ÇIl est la splendeur de sa gloire et l'effigie de sa substanceÈ Mais la splendeur peut produire une autre splendeur et celle-ci une autre et lÕautre une autre. Donc de la m�me mani�re, il semble que dans la procession des personnes divines, le Fils puisse engendrer un autre fils et ainsi de m�me que plus haut.

q. 2 a. 4Arg. 14 Praeterea, paternitas in Patre ad eius dignitatem pertinet. Sed eadem est dignitas Patris et Filii. Ergo paternitas convenit Filio ; et sic sunt plures filii in divinis.

14. La paternitŽ dans le P�re convient ˆ sa dignitŽ. Mais elle est identique pour le P�re et le Fils. Donc la paternitŽ convient au Fils, et ainsi il y a plusieurs fils en Dieu.

q. 2 a. 4Arg. 15 Praeterea, eius est potentia cuius est actus. Sed potentia generandi est in Filio. Ergo Filius generat.

15. La puissance dŽpend de ce dont elle est lÕacte. Mais la puissance d'engendrer est dans le Fils. Donc le Fils engendre.

 

En sens contraire :

q. 2 a. 4 s. c. 1 Sed contra. Illa sunt perfectissima in creaturis quae ex tota materia sua constant, et sunt eorum in singulis speciebus singula tantum. Sed sicut creaturae materiales individuantur per materiam, ita filii persona constituitur filiatione. Ergo cum Deus Filius sit perfectus Filius, videtur quod in ipso solo in divinis filiatio inveniatur.

1. Sont tr�s parfaites parmi les crŽatures celles qui sont composŽes de toute leur mati�re et sont seules dans leur esp�ce. Mais de m�me que les crŽatures matŽrielles sont individuŽes par la mati�re, de m�me la personne du fils est constituŽe par la filiation. Donc, comme Dieu le Fils est un fils parfait, il est clair qu'on ne trouve la filiation en Dieu quÕen lui seul.

q. 2 a. 4 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit [lib. III contra Maxim, cap. VII, XVIII et XXIII] quod si Pater posset generare et non generaret, invidus esset. Sed Filius non est invidus. Ergo cum non generet, generare non potest. Et sic non possunt esse plures filii in divinis.

2. Augustin dit (Contre Maximinien, III, ch. 7, 18 et 23[199]) que, si le P�re pouvait engendrer et nÕengendrait pas, il serait envieux, mais le Fils nÕest pas envieux. Donc puisquÕil nÕengendre pas, il ne peut engendrer. Et ainsi il ne peut y avoir plusieurs fils en Dieu.

q. 2 a. 4 s. c. 3 Praeterea, quod perfecte dictum est semel iterum dici non oportet. Sed Filius est Verbum perfectum, cui nihil deest, secundum Augustinum [lib. VI de Trin., cap. X et lib. VII, cap. II]. Ergo non oportet esse plura verba in divinis, et ita nec plures filios.

3. Ce qui est parfaitement dit une fois nÕa pas besoin dÕ�tre rŽpŽtŽ. Mais le Fils est le Verbe parfait ˆ qui rien ne manque, selon Augustin (La TrinitŽ VI, 10 et VII, 2). Donc, il ne faut pas quÕil y ait plusieurs verbes en Dieu, ni plusieurs fils non plus.

 

RŽponse :

q. 2 a. 4 co. Respondeo. Dicendum, quod in divinis impossibile est esse plures filios ; quod sic patet. Personae namque divinae cum in omnibus absolutis conveniant, utpote sibi invicem essentiales, distingui non possunt nisi secundum relationes, nec secundum alias nisi secundum relationes originis. Nam aliarum relationum quaedam distinctionem praesupponunt, ut aequalitas et similitudo ; quaedam vero inaequalitatem designant, ut dominus et servus, et alia huiusmodi. Relationes vero originis ex sui ratione conformitatem important : quia quod oritur ex alio, eius similitudinem retinet in quantum huiusmodi.

Il est impossible quÕen Dieu il y ait plusieurs fils, ce quÕon montre ainsi : les personnes divines, en effet, s'accordent en tous les absolus, dans la mesure o� elles sont de la m�me essence entre elles, elles ne peuvent �tre distinguŽes que par des relations et par rien dÕautre que les relations dÕorigine. Car certaines prŽsupposent qu'on les distinguent des autres relations comme l'ŽgalitŽ et la ressemblance ; certaines dŽsignent lÕinŽgalitŽ, comme ma”tre et esclave, etc.. Mais les relations dÕorigine apportent une conformitŽ par leur propre nature ; parce que ce qui sort dÕun autre, conserve sa ressemblance en tant qu'il est de ce genre.

Non est igitur aliquid in divinis quo Filius distinguatur ab aliis personis nisi sola relatio filiationis, quae est eius personalis proprietas, et qua Filius non solum est Filius, sed est hoc suppositum vel haec persona.

Il nÕy a rien en Dieu qui distingue le Fils des autres personnes que la seule relation de filiation qui est sa propriŽtŽ personnelle, par laquelle il est non seulement le Fils, mais aussi ce supp™t ou cette personne.

Impossibile autem est quod illud quo aliquod suppositum est hoc in pluribus inveniri : quia sic suppositum ipsum esset communicabile ; quod est contra rationem individui, suppositi, vel personae. Unde nullo modo potest esse alius Filius in divinis quam unus. Non enim potest dici, quod una filiatio constituat hunc Filium et alia alium : quia cum filiationes ratione non differant, oporteret quod si materia vel quocumque supposito distinguerentur, esset in divinis materia, aut aliquid aliud distinguens quam relatio.

Il est impossible que ce par quoi quelque chose est un supp™t se trouve en plusieurs ; parce qu'ainsi le supp™t m�me serait communicable, ce qui est contre la notion d'individu, de supp™t ou de personne. Donc en aucune mani�re, il ne peut y avoir un autre fils en Dieu ; il n'y en a qu'un. Car on ne peut pas dire quÕune filiation constitue ce fils et une autre filiation en constitue un autre, parce que, comme les filiations ne diff�rent pas en raison, il faudrait que, si elles Žtaient distinguŽes par la mati�re ou un supp™t quelconque, quÕil y ait de la mati�re en Dieu ou quelque chose dÕautre que la relation qui les distingue.

Potest autem et alia ratio specialis assignari, quare Pater tantum unum Filium gignere possit. Natura enim ad unum determinatur ; unde cum Pater natura generet Filium, non potest esse nisi unus Filius a patre genitus. Nec potest dici, quod sint plures numero in eadem specie existentes, sicut apud nos accidit ; cum ibi non sit materia, quae est principium distinctionis secundum numerum in eadem specie.

On peut attribuer une autre raison spŽcifique pour laquelle le P�re ne peut engendrer quÕun seul fils. Car la nature est limitŽe ˆ un seul objet, donc, comme le P�re engendre le Fils par nature il ne peut y avoir qu'un fils unique engendrŽ par le P�re. Et on ne peut pas dire quÕils soient plusieurs en nombre dans une m�me esp�ce, comme cela arrive pour nous, puisque lˆ, il nÕy a pas la mati�re qui est le principe de la distinction selon le nombre dans la m�me esp�ce.

 

Solutions :

q. 2 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod generatio quamvis in Patre sit quodammodo opus naturae divinae, est tamen eius cum quadam concomitantia personalis proprietatis Patris, ut supra, art. 2, dictum est ; unde non oportet quod conveniat Filio, in quo natura divina sine tali proprietate invenitur.

 1. Quoique d'une certaine mani�re, la gŽnŽration soit dans le P�re l'Ïuvre de la nature divine, elle est en m�me temps sa propriŽtŽ personnelle de P�re, comme on la dit ci-dessus (a. 2). C'est pourquoi il ne faut pas quÕelle convienne au Fils en qui la nature divine se trouve sans une telle propriŽtŽ.

q. 2 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Pater totam virtutem suam communicat Filio, quae naturam divinam sequitur absolute. Potentia vere generandi sequitur naturam divinam cum adiunctione proprietatis Patris, ut dictum est.

 2. Le P�re communique au Fils tout son pouvoir qui dŽcoule de la nature divine dans lÕabsolu. Mais la puissance dÕengendrer suit la nature divine avec adjonction de la propriŽtŽ du P�re, comme on lÕa dit.

q. 2 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod imago assimilatur ei cuius est imago quantum ad speciem, non quantum ad relationem. Non enim oportet quod si imago est ab aliquo quod id cuius est imago, sit ab alio : quia nec similitudo proprie secundum relationem attenditur, sed secundum formam.

 3. LÕimage ressemble ˆ celui dont il est lÕimage quant ˆ la forme, non quant ˆ la relation. Car il ne faut pas que, si l'image vient de quelque chose dont elle est l'image, elle vienne d'un autre, parce que la ressemblance n'est pas atteinte en propre par la relation, mais par la forme[200].

q. 2 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sicut Filius assimilatur patri in natura divina, non in proprietate personali ; ita et assimilatur ei in actione quae concomitatur naturam, sine concomitantia proprietatis praedictae. Talis autem actio non est generatio ; unde ratio non sequitur.

 4. Le Fils ressemble au P�re dans sa nature divine, mais pas dans une propriŽtŽ personnelle, et de m�me il lui ressemble dans lÕaction qui accompagne la nature, sans �tre accompagnŽ de cette propriŽtŽ. Mais une telle action nÕest pas la gŽnŽration ; donc lÕargument ne vaut pas.

q. 2 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod licet potentia generativa Patris non exhauriatur neque minuatur per generationem filii ; tamen eius infinitatem adaequat Filius, qui est intellectus infinitus, non autem creatura finita ; unde non est simile.

 5. Bien que la puissance gŽnŽrative du P�re ne soit ni augmentŽe ni diminuŽe par la gŽnŽration du Fils, cependant le Fils, qui est un intellect infini, mais non une crŽature finie, Žgale son infinitŽ ; c'est pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 2 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum, quod in ratione ducente ad inconveniens non oportet quod sola inconvenientis vitatio sit causa removendae positionis ex qua inconveniens sequitur, sed etiam causae manifestationis inconvenientis ; unde non oportet quod propter hoc solum non sint plures filii in divinis, ne sit generatio infinita.

 6. Dans une raison qui conduit ˆ un inconvŽnient, il ne faut pas quÕŽviter lÕinconvŽnient soit une raison pour exclure la situation d'o� elle vient, mais aussi la cause de sa manifestation. C'est pourquoi, il ne faut pas que pour cette seule raison il nÕy ait pas plusieurs fils en Dieu, pour que la gŽnŽration ne soit pas infinie.

q. 2 a. 4 ad 7 Ad septimum dicendum, quod Spiritus sanctus procedit per modum amoris. Amor autem non significat aliquid figuratum vel specificatum specie amantis vel amati, sicut verbum significat speciem dicentis et eius quod dicitur habens ; et ideo cum Filius procedat per modum verbi, ex ipsa ratione suae processionis habet, ut procedat in similem speciem generantis, et sic quod sit Filius, et eius processio generatio dicatur. Non autem Spiritus sanctus hoc habet ratione suae processionis, sed magis ex proprietate divinae naturae, quia in Deo non potest esse aliquid quod non sit Deus ; et sic ipse amor divinus Deus est, in quantum quidem divinus, non in quantum amor.

 7. LÕEsprit Saint proc�de par mode dÕamour. Mais lÕamour ne signifie rien de figurŽ ou de spŽcifiŽ par la forme de lÕamant et de lÕaimŽ, comme le verbe signifie la forme de celui qui parle et de celui qui est dit le possŽder ; et ainsi comme le Fils proc�de par mode de verbe, par la nature m�me de la procession, il peut aboutir ˆ une forme semblable ˆ celui qui l'engendre et ainsi parce qu'il est le Fils, sa procession est appelŽe gŽnŽration. Mais lÕEsprit saint ne l'a pas en raison de sa procession, mais plus par la propriŽtŽ de la nature divine, parce qu'en Dieu, il ne peut rien y avoir qui ne soit pas Dieu, et ainsi lÕamour divin m�me est Dieu, en tant que divin, non en tant qu' amour.

q. 2 a. 4 ad 8 Ad octavum dicendum, quod hoc verbum dicere potest accipi dupliciter : stricte et large : stricte accipiendo dicere, idem est quod verbum a se emittere ; et sic est notionale, et convenit tantum Patri : et sic accipit dicere Augustinus ; unde ponit in principio VI de Trinitate, quod solus Pater dicit se. Alio modo potest accipi communiter, prout dicere idem est quod intelligere ; et sic essentiale. Et hoc modo Anselmus accipit in Monologio, ubi dicit, quod Pater et Filius et Spiritus sanctus dicunt se.

 8. Ce mot dire peut �tre compris en deux sens, au sens strict ou au sens large. En le prenant au sens strict, dire c'est la m�me chose qu'Žmettre une parole de soi, et ainsi il est notionnel et il convient seulement au P�re. Et cÕest ainsi que le dit Augustin ; c'est pourquoi au dŽbut du livre VI de La TrinitŽ (VII) il pense que seul le P�re se dit. DÕune autre mani�re on peut le prendre communŽment, selon que dire est la m�me chose que l'intellection ; et ainsi cela concerne l'essence. Et cÕest de cette mani�re qu'Anselme le prend dans le Monologium (62[201]) o� il dit que le P�re, le Fils et lÕEsprit saint se disent.

q. 2 a. 4 ad 9 Ad nonum dicendum, quod sicut generare soli patri convenit in divinis, ita et concipere ; unde solus Pater suam similitudinem concipit in intellectu, quamvis Filius et Spiritus sanctus intelligant ; quia in intelligendo nulla relatio exprimitur, nisi forte secundum modum intelligendi tantum ; sed in generando et in concipiendo exprimitur realis origo.

 9. En Dieu, engendrer convient au P�re seul, concevoir aussi. CÕest pourquoi, seul le P�re con�oit sa ressemblance dans son intellect, quoique le Fils et lÕEsprit saint pensent (intelligant), parce que, en pensant, aucune relation nÕest exprimŽe, sinon par hasard selon le mode de l'intellection seulement ; mais dans le fait dÕengendrer et de concevoir s'exprime lÕorigine rŽelle.

q. 2 a. 4 ad 10 Ad decimum dicendum, quod ratio illa recte procedit de actione quae consequitur naturam absolute sine aliquo respectu ad proprietatem : talis autem non est generatio ; unde ratio non sequitur.

 10. Cette raison proc�de directement de lÕaction qui suit la nature dans lÕabsolu sans aucun rapport avec la propriŽtŽ ; mais telle nÕest pas la gŽnŽration, c'est pourquoi la raison ne vaut pas.

q. 2 a. 4 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod in divinis non potest esse nisi spiritualis processio, quae quidem est solum secundum intellectum et voluntatem : et ideo non potest a Spiritu sancto alia persona divina procedere ; quia ipse procedit per modum voluntatis ut amor. Filius per modum intellectus ut Verbum.

 11. En Dieu, il ne peut y avoir quÕune procession spirituelle, qui est seulement selon lÕintellect et la volontŽ et cÕest pourquoi une autre personne divine ne peut pas procŽder de lÕEsprit saint, parce que lui-m�me proc�de par mode de volontŽ comme amour. Le Fils par l'esprit (intellectus) en tant que Verbe.

q. 2 a. 4 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod proprietas personalis oportet ut sit incommunicabilis, ut supra dictum est ; unde in ea consortium fieri non requirit iucunditas.

 12. Il faut que la propriŽtŽ personnelle soit incommunicable comme on l'a dit ci-dessus, donc la joie ne requiert pas quÕil y ait accord.

q. 2 a. 4 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod illa similitudo non oportet quod teneat quantum ad omnia.

 13. Il ne faut quÕil ait une ressemblance totale pour tout[202].

q. 2 a. 4 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod sicut paternitas in patre et filiatio in Filio sunt una essentia : ita et sunt una dignitas et una bonitas.

 14. De m�me que la paternitŽ dans le P�re et la filiation dans Fils sont une seule essence, il y a une seule dignitŽ et une seule bontŽ.

q. 2 a. 4 ad 15 Ad decimumquintum dicendum quod cum dicitur potentia generandi, hoc gerundium generandi tripliciter potest accipi.

 15. Quand on parle de la puissance d'engendrer ce gŽrondif d'engendrer, peut �tre compris en trois sens :

Uno modo prout est gerundium verbi activi ; et sic ille habet potentiam generandi qui habet potentiam ad hoc quod generet

a) Selon quÕil est le gŽrondif dÕun verbe actif, et ainsi il a la puissance dÕengendrer celui qui en a la puissance pour le faire

. Alio modo prout gerundium est verbi passivi ; et sic ille habet generandi potentiam qui habet potentiam ad hoc ut generetur.

b) Selon que le gŽrondif est dÕun verbe passif ; et ainsi a la puissance (�tre engendrŽ[203]) celui qui en a la puissance.

Tertio modo prout est gerundium verbi impersonalis ; et sic dicitur ille habere potentiam generandi qui habet potentiam illam qua ab alio generatur.

c) Selon quÕil est le gŽrondif dÕun verbe impersonnel. et ainsi on dit qu'a la puissance dÕ�tre engendrŽ celui qui a cette puissance par laquelle il est engendrŽ par un autre.

Primo ergo modo potentia generandi non convenit Filio, sed secundo et tertio ; unde ratio non sequitur.

Selon le premier mode la puissance dÕengendrer ne convient pas au Fils, mais selon le second et le troisi�me, oui. Donc la raison ne vaut pas[204].

 

 

 

Article 5 Ñ La puissance d'engendrer est-elle comprise dans la toute puissance ?[205]

q. 2 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum potentia generandi sub omnipotentia comprehendatur. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[206]

q. 2 a. 5Arg. 1 Omnipotentia enim convenit Filio, secundum illud Symboli : Omnipotens Pater, omnipotens Filius, omnipotens Spiritus sanctus. Non autem convenit ei potentia generandi. Ergo sub omnipotentia non comprehenditur.

1. Car la toute puissance convient au Fils selon ce que dit le Symbole[207] : ÇLe P�re tout-puissant, le Fils tout-puissant et lÕEsprit saint tout puissant.È Mais la puissance dÕengendrer ne lui convient pas. Donc elle nÕest pas comprise sous la toute puissance.

q. 2 a. 5Arg. 2 Praeterea, Augustinus dicit [Enchir., cap. XCVI], quod Deus dicitur omnipotens, quia potest omnia quae vult. Ex quo videtur quod potentia illa ad omnipotentiam pertineat quae a voluntate imperatur. Potentia autem generandi non est huiusmodi : quia Pater non genuit Filium voluntate, ut supra, art. 3, habitum est. Ergo potentia generandi ad omnipotentiam non pertinet.

2. Augustin dit (Enchiridion, XXIV, 96[208]) que Dieu est appelŽ tout-puissant, parce quÕil peut tout ce quÕil veut. Cela montre que cette puissance concerne la toute-puissance qui est commandŽe par la volontŽ. Mais la puissance d'engendrer nÕest pas de ce genre ; parce que le P�re nÕa pas engendrŽ le Fils par volontŽ, comme on lÕa dit ci-dessus (a. 3). Donc la puissance d'engendrer ne concerne pas la toute-puissance.

q. 2 a. 5Arg. 3 Praeterea, omnipotentia Deo attribuitur, in quantum eius omnipotentia ad omnia quae sunt in se possibilia se extendit. Sed generatio Filii vel ipse Filius non est de possibilibus, sed de necessariis. Ergo potentia generandi sub omnipotentia non comprehenditur.

3. On attribue la toute puissance ˆ Dieu dans la mesure o� elle sÕŽtend ˆ tout ce qui est possible en soi. Mais la gŽnŽration du Fils ou le Fils lui-m�me ne sont pas du domaine du possible, mais de celui du nŽcessaire. Donc la puissance dÕengendrer nÕest pas comprise sous la toute-puissance.

q. 2 a. 5Arg. 4 Praeterea, quod convenit pluribus communiter, convenit eis secundum aliquid eis commune, sicut habere tres aequilatero et gradato, secundum hoc quod triangulus sunt. Ergo quod convenit alicui soli, convenit ei secundum hoc quod sibi est proprium. Omnipotentia autem non est propria Patris. Cum ergo potentia generandi soli Patri conveniat in divinis, non convenit ei in quantum est omnipotens ; et ita ad omnipotentiam non pertinebit.

4. Ce qui convient en commun ˆ plusieurs leur convient selon ce qui leur est commun ; ainsi avoir trois angles ŽquilatŽraux ou des c™tŽs inŽgaux convient en cela au triangle. Donc ce qui convient ˆ un seul, lui convient selon ce qui lui est propre. Mais la toute-puissance nÕest pas propre au P�re. Donc, comme la puissance d'engendrer en Dieu ne convient qu'au P�re seul, elle ne lui convient pas en tant que tout-puissant et ainsi elle ne concernera pas la toute-puissance.

q. 2 a. 5Arg. 5 Praeterea, sicut est una essentia Patris et Filii, ita et una omnipotentia. Sed ad omnipotentiam Filii non reducitur posse generare. Ergo nec ad omnipotentiam Patris ; et sic nullo modo potentia generandi ad omnipotentiam pertinet.

5. Il y a une seule essence pour le P�re et le Fils, de m�me une seule toute-puissance. Mais pouvoir engendrer n'est pas ramenŽ ˆ la toute-puissance du Fils. Donc ni ˆ la toute puissance du P�re, et ainsi la puissance dÕengendrer ne concerne en aucune mani�re la toute puissance[209].

q. 2 a. 5Arg. 6 Praeterea, ea quae non sunt unius rationis, sub una distributione non cadunt : non enim cum dicitur omnis canis, distributio sumitur pro latrabili et caelesti. Sed generatio Filii et productio aliorum quae omnipotentiae subiacent, non sunt unius rationis. Ergo cum dicitur : Deus est omnipotens, non includitur ibi potentia generandi.

6. Ce qui nÕest pas dÕune seule nature ne tombe pas sous une seule rŽpartition. En effet, quand on parle de n'importe quel chien, on ne l'attribue ni ˆ celui qui aboie, ni ˆ la constellation du chien. Mais la gŽnŽration du Fils et la crŽation des autres qui sont soumis ˆ la toute puissance ne sont pas dÕune seule nature. Donc quand on dit : Dieu est tout puissant, on n'y inclut pas la puissance dÕengendrer.

q. 2 a. 5Arg. 7 Praeterea, illud ad quod omnipotentia se extendit, est omnipotentiae subiectum. Sed in divinis nihil est subiectum, ut Hieronymus dicit Damascenus, libro IV, capit. XIX et libro III, capit. XXI. Ergo nec generatio Filii nec Filius omnipotentiae subditur ; et sic idem quod prius.

7. Ce ˆ quoi s'Žtend la toute-puissance en est le sujet. Mais en Dieu, rien nÕest sujet, comme le dit Jean Damasc�ne, (IV, 19 et III, 21). Donc ni la gŽnŽration du Fils, ni le Fils ne sont soumis ˆ la toute-puissance ; et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 2 a. 5Arg. 8 Praeterea, secundum philosophum [V Phys., lib. I, com. 18 et praeced.] relatio non potest esse terminus motus per se, et per consequens nec actionis ; et ita nec potentiae obiectum, quae dicitur respectu actionis. Sed generatio et Filius in divinis relative dicuntur. Ergo Dei potentia ad ea se non extendit ; et sic posse generare non includitur in omnipotentia.

8 Selon le philosophe (Physique, V, 2, 225 b 10[210] et prŽcŽdent), la relation ne peut �tre le terme du mouvement par soi ni, par consŽquence, celui de lÕaction et non plus de lÕobjet de la puissance dont on parle en rapport avec l'action. Mais on parle de la gŽnŽration et du Fils en Dieu selon la relation. Donc la puissance de Dieu ne sÕy Žtend pas et pouvoir engendrer nÕest pas inclus dans la toute puissance.

 

En sens contraire :

q. 2 a. 5 s. c. 1 Sed contra. Est quod Augustinus dicit [Contra maximinum, lib. III, capit. VII et cap. XVII et XXIII], Si Pater non potest generare Filium sibi aequalem, ubi est eius omnipotentia ? Ergo omnipotentia ad generationem se extendit.

1. Augustin dit Contra Maximinien (III, c. 7, 17 et 18) : ÇSi le P�re ne peut engendrer un Fils Žgal ˆ lui, o� est sa toute puissance ? È Donc la toute-puissance sÕŽtend ˆ la gŽnŽration[211].

q. 2 a. 5 s. c. 2 Praeterea, omnipotentia in Deo dicitur non solum respectu actuum exteriorum, ut creare, gubernare et huiusmodi, qui ad effectus exterius terminari significantur ; sed etiam respectu actuum interiorum ; ut intelligere et velle. Si quis enim Deum non posse intelligere diceret, eius omnipotentiae derogaret. Sed Filius procedit ut verbum per actum intellectus. Ergo respectu generationis filii omnipotentia Dei intelligitur.

2. On parle de la toute-puissance en Dieu, non seulement en rapport avec les actes extŽrieurs, comme crŽer, gouverner etc., qui sont signifiŽs se terminer aux effets ˆ l'extŽrieur, mais aussi en rapport avec les actes intŽrieurs, comme penser et vouloir. Car si quelquÕun disait que Dieu ne peut pas penser, cela dŽrogerait ˆ sa toute-puissance. Mais le Fils proc�de en tant que Verbe par un acte de lÕinttellect. Donc on comprend la toute-puissance de Dieu en rapport avec la gŽnŽration du Fils[212].

q. 2 a. 5 s. c. 3 Praeterea, maius est generare Filium quam creare caelum et terram. Sed posse creare caelum et terram est omnipotentiae. Ergo multo magis posse Filium generare.

3. Il est plus grand dÕengendrer le Fils que de crŽer le ciel et la terre. Mais pouvoir crŽer le ciel et la terre est le propre de la toute-puissance. Donc beaucoup plus le pouvoir d'engendrer un Fils.

q. 2 a. 5 s. c. 4 Praeterea, in quolibet genere est unum principium, ad quod omnia quae sunt illius generis, reducuntur. In genere autem potentiarum principium est omnipotentia. Ergo omnis potentia ad omnipotentiam reducitur ; ergo et potentia generandi vel continetur sub omnipotentia, vel in genere potentiarum erunt duo principia, quod est impossibile.

4. Dans nÕimporte quel genre, il y a un seul principe auquel est ramenŽ tout ce qui est de ce genre. Or dans le genre des puissances, le principe c'est la toute-puissance. Donc chaque puissance est ramenŽe ˆ la toute-puissance. Donc la puissance dÕengendrer, ou bien est contenue sous la toute puissance, ou bien elle sera dans le genre des puissances, il y aura deux principes, ce qui est impossible.

 

RŽponse :

q. 2 a. 5 co. Respondeo. Dicendum, quod potentia generandi pertinet ad omnipotentiam Patris, non autem ad omnipotentiam simpliciter : quod sic patet. Cum enim potentia in essentia radicari intelligatur, et sit principium actionis, oportet idem esse iudicium de potentia et actione quod est de essentia. In essentia autem divina hoc considerandum est, quod propter eius summam simplicitatem quidquid est in Deo, est divina essentia ; unde et ipsae relationes quibus personae ad invicem distinguuntur, sunt ipsa divina essentia secundum rem. Et quamvis una et eadem essentia sit communis tribus personis, non tamen relatio unius personae communis est tribus, propter oppositionem relationum ad invicem. Ipsa enim paternitas est divina essentia, nec tamen paternitas Filio inest, propter oppositionem paternitatis et filiationis.

La puissance d'engendrer convient ˆ la toute-puissance du P�re, mais pas la toute-puissance dans l'absolu[213] ; ce qui appara”t ainsi : Žtant donnŽ que la puissance, en effet, est comprise comme ayant sa racine dans lÕessence, et est ainsi principe dÕaction, il faut que le jugement sur la puissance et sur lÕaction soit identique, parce qu'il concerne l'essence. Il faut considŽrer dans lÕessence divine qu'ˆ cause de sa supr�me simplicitŽ supr�me, tout ce qui est en Dieu est son essence ; c'est pourquoi les relations m�mes par lesquelles les personnes se distinguent entre elles, sont rŽellement lÕessence divine elle-m�me. Et quoiquÕune seule et m�me essence soit commune aux trois personnes, cependant la relation dÕune personne nÕest pas commune aux trois ˆ cause de lÕopposition des relations entre elles. Car la paternitŽ m�me est lÕessence divine et cependant elle nÕest pas dans le Fils ˆ cause de lÕopposition de la paternitŽ et de la filiation.

Unde potest dici, quod paternitas est divina essentia prout est in Patre, non prout est in Filio : non enim eodem modo est in Patre et Filio, sed in Filio ut ab altero accepta, in Patre autem non. Nec tamen sequitur quod quamvis paternitatem Filius non habeat quam Pater habet, aliquid habeat Pater quod non habet Filius : nam ipsa relatio secundum rationem sui generis, in quantum est relatio, non habet quod sit aliquid, sed solum quod sit ad aliquid. Quod sit vero aliquid secundum rem, habet ex illa parte qua inest, vel ut idem secundum rem, ut in divinis, vel ut habens causam in subiecto, sicut in creaturis. Unde cum id quod est absolutum, communiter sit in Patre et Filio, non distinguuntur secundum aliquid, sed secundum ad aliquid tantum ; unde non potest dici quod aliquid habet Pater quod non habet Filius ; sed quod aliquid secundum unum respectum convenit patri, et secundum alium aliquid Filio.

C'est pourquoi, on peut dire que la paternitŽ est lÕessence divine selon quÕelle est dans le P�re, mais non selon quÕelle est dans le Fils, car elle nÕest pas de la m�me mani�re dans le P�re et le Fils ; elle est dans le Fils comme re�ue dÕun autre mais pas dans le P�re. Et cependant il n'en dŽcoule pas que, quoique le Fils nÕait pas la paternitŽ qu'a le P�re, le P�re ait quelque chose que n'a pas le Fils ; car la relation en tant que telle selon la nature de son genre nÕa pas ˆ �tre quelque chose mais seulement ˆ �tre relation. Mais que ce soit quelque chose en rŽalitŽ vient de cette partie dans laquelle elle est ou comme identique en rŽalitŽ, comme en Dieu, ou comme ayant sa cause dans le sujet, comme dans les crŽatures. C'est pourquoi puisque ce qui est absolu est en commun dans le P�re et dans le Fils, ils ne sont pas distinguŽs par leur nature, mais par la relation seulement. C'est pourquoi on ne peut pas dire que le P�re a quelque chose que le Fils nÕa pas, mais que quelque chose convient selon un rapport au P�re et selon un autre au Fils.

Similiter ergo dicendum est de actione et potentia. Nam generatio significat potentiam cum aliquo respectu, et potentia generandi significat potentiam cum respectu ; unde ipsa generatio est Dei actio, sed prout est Patris tantum ; et similiter ipsa potentia generandi est Dei omnipotentia, sed prout est Patris tantum. Nec tamen sequitur quod aliquid possit Pater quod non possit Filius. Sed omnia quaecumque potest Pater, potest Filius, quamvis generare non possit : nam generare ad aliquid dicitur.

Il faut en dire autant de lÕaction et de la puissance. Car la gŽnŽration signifie la puissance avec une certaine relation et la puissance dÕengendrer signifie la puissance avec une relation ; c'est pourquoi la gŽnŽration m�me est lÕaction de Dieu, mais en tant quÕil est P�re seulement, et semblablement la puissance m�me dÕengendrer est la toute-puissance de Dieu selon qu'elle est du P�re seulement. Et cependant il nÕen dŽcoule pas que le P�re puisse ce que ne peut pas le Fils. Mais tout ce que peut le P�re, le Fils le peut, quoiquÕil ne puisse engendrer, car on dit qu'engendrer est une relation.

 

Solutions :

q. 2 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod posse generare, ad omnipotentiam pertinet, sed non prout est in Filio, ut dictum est, in corp. articuli.

 1. Pouvoir engendrer concerne la toute-puissance, mais pas dans la mesure o� elle est dans le Fils, comme on lÕa dit dans le corps de lÕarticle.

q. 2 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Augustinus non intendit ostendere totam rationem omnipotentiae in verbis illis, sed quoddam omnipotentiae signum. Nec loquitur de omnipotentia nisi secundum quod ad creaturas se extendit.

 2. Augustin nÕa pas lÕintention de montrer toute la nature de la toute-puissance dans ces paroles, mais d'en montrer un aspect. Et il nÕen parle que dans la mesure o� elle sÕŽtend aux crŽatures.

q. 2 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod possibile ad quod omnipotentia se extendit, non est accipiendum solum pro contingenti : quia et necessaria sunt per divinam potentiam ad esse producta : et sic nihil prohibet generationem Filii computari inter possibilia divinae potentiae.

 3. Le possible ˆ quoi s'Žtend la toute-puissance nÕest pas ˆ recevoir seulement pour ce qui est contingent, parce que ce qui est nŽcessaire est amenŽ ˆ l'�tre par la puissance divine, et ainsi rien nÕemp�che que la gŽnŽration du Fils soit comptŽe parmi les possibilitŽs de la puissance divine.

q. 2 a. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod licet omnipotentia absolute considerata non sit propria Patris, tamen prout cointelligitur ei determinatus modus existendi, sive determinata relatio, propria fit Patri ; sicut hoc quod dicitur Deus Pater, Patri proprium est, quamvis Deus sit tribus commune.

 4. Quoique la toute-puissance, considŽrŽe dans l'absolu, ne soit pas le propre du P�re, cependant dans la mesure o� un mode dŽterminŽ d'existence ou une relation dŽterminŽe est comprise en lui, elle devient propre au P�re ; ainsi ce quÕon appelle Dieu le P�re est propre au P�re, quoique Dieu soit commun aux trois personnes.

q. 2 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod sicut una et eadem est essentia trium personarum, non tamen sub eadem relatione, vel secundum eumdem modum existendi est in tribus personis ; ita est et de omnipotentia.

 5. Une seule et m�me essence pour les trois personnes, non cependant sous la m�me relation, ou selon le m�me mode d'existence est dans les trois personnes, il en est de m�me pour la toute-puissance.

q. 2 a. 5 ad 6 Ad sextum dicendum, quod generatio Filii et productio creaturarum non sunt unius rationis secundum univocationem, sed secundum analogiam tantum. Dicit enim Basilius [Hom. XV de Fidei]quod accipere Filius habet commune cum omni creatura ; et ratione huius dicitur primogenitus omnis creaturae et hac ratione potest eius generatio productionibus creaturae communicari sub una distributione.

 6. La gŽnŽration du Fils et la production des crŽatures ne sont pas dÕune m�me nature selon lÕunivocitŽ, mais par analogie seulement. Car Basile dit (Hom. 15 Sur le foi ) que le fait de recevoir, le Fils l'a eu en commun avec toute crŽature, et sous ce rapport, il est appelŽ Çpremier-nŽ de toute crŽatureÈ (Col. 1, 15) et pour cette raison sa gŽnŽration peut �tre attribuŽe aux productions de la crŽature sous une seule attribution[214].

q. 2 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum, quod generatio Filii est subiecta omnipotentiae, non hoc modo quo subiectum inferioritatem designat sed hoc modo quo designat solummodo potentiae obiectum.

 7. La gŽnŽration du Fils est soumise ˆ la toute-puissance, non de cette mani�re o� elle dŽsigne un sujet infŽrieur, mais de celle o� elle dŽsigne seulement lÕobjet de la puissance.

q. 2 a. 5 ad 8 Ad octavum dicendum, quod generatio Filii significat relationem per modum actionis, et Filius per modum hypostasis subsistentis ; et ideo nihil prohibet quin respectu horum omnipotentia dicatur.

 8. La gŽnŽration du Fils signifie une relation par mode dÕaction[215] et le Fils [est signifiŽ] par mode dÕhypostase subsistante[216] ; et cÕest pourquoi rien nÕemp�che quÕon dŽsigne la toute-puissance en rapport avec cela.

q. 2 a. 5 ad s. c. Aliae vero rationes non concludunt, nisi quod posse generare ad omnipotentiam Patris pertineat.

Les autres raisons nÕapportent pas de conclusions, sinon que le pouvoir d'engendrer concerne la toute-puissance du P�re.

 

 

 

Article 6 Ñ La puissance d'engendrer et celle de crŽer sont-elles identiques ?

q. 2 a. 6 tit. 1 Sexto quaeritur utrum potentia generandi et potentia creandi sint idem. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[217]

q. 2 a. 6Arg. 1 Generatio enim est operatio vel opus naturae, sicut Damascenus dicit [lib. II, cap ; XXVII] ; creatio vero est opus voluntatis, ut patet per Hilarium in libro de Synod. sed voluntas et natura non sunt idem principium, sed ex opposito dividuntur, ut patet II Phys. [co. 45 et 49] Ergo potentia generandi et potentia creandi non sunt idem.

1. Car la gŽnŽration est l'opŽration ou l'oeuvre de la nature, comme Jean Damasc�ne le dit (II, 27) : mais la crŽation est l'oeuvre de la volontŽ, comme le montre Hilaire (Les synodes). Mais la volontŽ et la nature ne sont pas un m�me principe, mais elles sont divisŽes par opposition, comme on le voit en Physique (II, 4, 196 a 28 et 5, 196 b 18. Donc la puissance d'engendrer et celle de crŽer ne sont pas identiques.

q. 2 a. 6Arg. 2 Praeterea, potentiae distinguuntur per actus, ut habetur II de anima. Sed generatio et creatio sunt actus multum differentes. Ergo et potentia generandi et potentia creandi non sunt una potentia.

2. On distingue les puissances par les actes, comme il est dit dans L'‰me, II, 4, 415 a 20. Mais la gŽnŽration et la crŽation sont des actes tr�s diffŽrents. Donc la puissance d'engendrer et celle de crŽer ne sont pas une seule puissance.

q. 2 a. 6Arg. 3 Praeterea, minor unitas est eorum quae in aliquo univocantur, quam eorum quae habent idem esse. Sed potentia generandi et potentia creandi in nullo univocantur ; sicut nec generatio et creatio nec Filius et creatura. Ergo potentia generandi et potentia creandi non sunt idem secundum esse.

3. L'unitŽ de ceux qui sont dŽsignŽs par un m�me nom est moindre que celle de ceux qui ont le m�me �tre. Mais la puissance d'engendrer et celle de crŽer ne sont univoques en rien, la gŽnŽration et la crŽation, non plus, le Fils et la crŽature, non plus. Donc la puissance d'engendrer et celle de crŽer ne sont pas la m�me chose dans l'�tre.

q. 2 a. 6Arg. 4 Praeterea, inter ea quae sunt idem, non cadit ordo. Sed potentia creandi est prior quam potentia generandi secundum intellectum, sicut essentiale notionali. Ergo praedictae potentiae non sunt idem.

4. Il n'y a pas d'ordre en ce qui est identique. Mais la puissance de crŽer est avant la puissance d'engendrer selon l'intellect, comme ce qui est de l'essence est avant ce qui est de la notion. Donc ces puissances ne sont pas une m�me chose.

 

En sens contraire :

q. 2 a. 6 s. c. 1 Sed contra. In Deo non differt potentia et essentia. Sed una tantum est divina essentia. Ergo et una tantum potentia. Non ergo praedictae potentiae distinguuntur.

1. En Dieu la puissance et l'essence ne sont pas diffŽrentes. Il y a seulement une seule essence divine. Donc une seule puissance. Donc ces puissances ne sont pas distinguŽes.

q. 2 a. 6 s. c. 2 Praeterea, Deus non facit per plura quod potest facere per unum. Sed per unam potentiam Deus potest generare et creare, praecipue cum generatio Filii sit ratio productionis creaturae ; secundum illam Augustini expositionem [lib. II de Genesi ad litt., cap. VI et VII] : Dixit, et facta sunt ; id est, Verbum genuit, in quo erat ut fierent. Ergo una tantum potentia est generandi et creandi.

á 2. Dieu ne fait pas par plusieurs moyens ce qu'il peut faire par un seul. Mais par une seule puissance Dieu peut engendrer et crŽer, surtout parce que la gŽnŽration du Fils est la raison de la production de la crŽature ; selon ce qu'expose Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II, 6 et 7) : "Il dit et ce fut fait, c'est-ˆ-dire, il engendra le Verbe en qui Žtait ce qui Žtait ˆ faire." Donc la puissance d'engendrer et de crŽer est une seulement.

 

RŽponse :

q. 2 a. 6 co. Respondeo. Dicendum, quod, sicut supra, dictum est, ea quae de potentia dicuntur in divinis, consideranda sunt ex ipsa essentia. In divinis autem licet una relatio ab altera distinguatur realiter propter oppositionem relationum, quae reales in Deo sunt ; ipsa tamen relatio non est aliud secundum rem quam ipsa essentia, sed solum ratione differens : nam relatio ad essentiam oppositionem non habet. Et ideo non est concedendum quod aliquid absolutum in divinis multiplicetur, sicut quidam dicunt, quod in divinis est duplex esse, essentiale et personale.

Comme on l'a dit ci-dessus (a. 5) ce qui est dit de la puissance en Dieu doit �tre considŽrŽ ˆ partir de l'essence m�me. En Dieu, bien qu'une relation soit distinguŽe d'une autre, rŽellement ˆ cause de l'opposition des relations qui sont rŽelles en lui, cependant elle n'est pas autre chose en rŽalitŽ que l'essence m�me, mais diffŽrente en raison seulement, car la relation ne s'oppose pas ˆ l'essence. Et c'est pourquoi il ne faut pas concŽder que ce qui est absolu en Dieu est multipliŽ, comme certains disent qu'en lui il y a une �tre double, essentiel et personnel.

Omne enim esse in divinis essentiale est, nec persona est nisi per esse essentiae. In potentia vero, praeter id quod est ipsa potentia, consideratur respectus quidam vel ordo ad id quod potentiae subiacet. Si ergo potentia quae est respectu actus essentialis, sicut potentia intelligendi vel creandi, comparetur ad potentiam quae est respectu actus notionalis (cuiusmodi est potentia generandi) secundum id quod est ipsa potentia, invenitur una et eadem potentia, sicut est unum et idem esse naturae et personae. Sed tamen utrique potentiae cointelligitur alius et alius respectus, secundum diversos actus ad quos potentiae dicuntur.

Car tout l'�tre en Dieu est essentiel et la personne n'est que par l'�tre de l'essence. Mais dans la puissance, au-delˆ de ce qu'elle est elle-m�me, on consid�re un rapport ou un ordre ˆ ce qui lui est soumis. Donc si la puissance, qui est en rapport avec l'acte essentiel, comme la puissance de penser et de crŽer, est assimilŽe ˆ celle qui est en rapport avec l'acte notionnel (la puissance d'engendrer est de ce genre) selon ce qui est la puissance m�me, on trouve une seule et m�me puissance de m�me que l'�tre de la nature et de la personne est un et identique. Mais cependant, on comprend avec chaque puissance un rapport diffŽrent selon les actes diffŽrents pour lesquels elles sont appelŽes puissance.

Sic ergo potentia generandi et creandi est una et eadem potentia, si consideretur id quod est potentia ; differunt tamen secundum diversos respectus ad actus diversos.

Donc ainsi la puissance d'engendrer et celle de crŽer sont une seule et m�me puissance, si on consid�re ce qu'est la puissance, elles diff�rent cependant selon des rapports diffŽrents ˆ des actes diffŽrents.

 

Solutions :

q. 2 a. 6 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod licet in creaturis differant natura et propositum, in divinis tamen sunt idem secundum rem. Vel potest dici, quod potentia creandi non nominat propositum sive voluntatem, sed potentiam prout a voluntate imperatur. Potentia autem generandi, secundum quod natura inclinat, agit. Hoc autem non facit diversitatem potentiae, nam nihil prohibet aliquam potentiam ad aliquem actum imperari a voluntate et ad alium inclinari a natura. Sicut intellectus noster ad credendum inclinatur a voluntate, ad intelligendum prima principia ducitur ex natura.

1. Bien que, dans les crŽatures, la nature et l'intention soient diffŽrentes, cependant en Dieu elles sont identiques en rŽalitŽ. Ou bien, on peut dire que la puissance de crŽer ne dŽsigne pas l'intention ou la volontŽ, mais une puissance dans la mesure o� elle est commandŽe par la volontŽ. Mais la puissance d'engendrer agit selon ce ˆ quoi la nature l'incline. Mais cela ne crŽe pas la diversitŽ de la puissance, car rien n'emp�che qu'une puissance soit commandŽe pour un acte par la volontŽ et inclinŽe ˆ un autre par la nature. Ainsi notre esprit est poussŽ ˆ croire par la volontŽ, il est amenŽ ˆ comprendre les premiers principes par la nature.

q. 2 a. 6 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quanto aliqua potentia est superior, tanto ad plura se extendit, unde minus est distinguibilis per diversitatem obiectorum ; sicut imaginatio una potentia est respectu omnium sensibilium, respectu quorum sensus proprii distinguuntur. Divina autem potentia est summe elevata : unde differentia actuum in ipsa potentia, quantum ad id quod est, diversitatem non inducit, sed secundum unam potentiam Deus omnia potest.

2. Plus une puissance est supŽrieure, puis elle s'Žtend ˆ de nombreux objets ; c'est pourquoi on peut moins distinguer par la diversitŽ des objets, ainsi l'imagination est une seule puissance par rapport ˆ tout le sensible, par le rapport dont les sens propres se distinguent. Mais la puissance divine est tr�s au-dessus ; c'est pourquoi la diffŽrence des actes dans la puissance m�me, quant ˆ ce qu'il en est, n'apporte pas de diversitŽ, mais, Dieu peut tout par une seule puissance.

q. 2 a. 6 ad 3 Ad tertium dicendum, quod potentia generandi et potentia creandi quantum ad ipsam (ut ita loquar) potentiae substantiam, non solum univocantur, sed sunt unum. Sed quod analogice dicantur, hoc est ex ordine actus.

3. La puissance d'engendrer et celle de crŽer, quant ˆ la substance m�me de la puissance, pour ainsi dire, ne sont pas univoques, mais sont une seule m�me chose. Mais ce qui est dit analogiquement vient de la nature de l'acte.

q. 2 a. 6 ad 4 Ad quartum dicendum, quod praedictae potentiae non ordinantur secundum prius et posterius, nisi prout distinguuntur. Unde ordo earum non attenditur nisi per respectum ad actus. Et ex hoc patet quod potentia generandi est prior potentia creandi, sicut generatio creatione. Quantum vero ad hoc quod ad essentiam comparantur, sunt idem, et non est in eis ordo.

4. Les puissances dont on a parlŽ ne sont ordonnŽes selon l'avant et l'apr�s, que si on les distingue. Donc leur ordre n'est atteint que par rapport ˆ l'acte. Cela montre que la puissance d'engendrer reste avant la puissance de crŽer, comme la gŽnŽration est avant la crŽation. Mais dans la mesure o� on les compare ˆ l'essence, elles sont une m�me chose et il n'y a pas d'ordre en elles.

 

 

 

Question 3 Ð La crŽation qui est le premier effet de la puissance divine

q. 3 pr. 1 Et primo quaeritur utrum Deus possit aliquid creare.

Article 1. Dieu peut-il crŽer ?

q. 3 pr. 2 Secundo utrum creatio sit mutatio.

Article 2. La crŽation est-elle un changement ?

q. 3 pr. 3 Tertio utrum creatio sit aliquid realiter in creatura.

Article 3. La crŽation est-elle quelque chose de rŽel dans la crŽature ?

q. 3 pr. 4 Quarto utrum potentia creandi sit creaturae communicabilis.

Article 4. La puissance de crŽer est-elle communicable ˆ la crŽature ?

q. 3 pr. 5 Quinto utrum possit esse aliquid quod non sit a Deo creatum.

Article 5. Peut-il exister quelque chose qui ne soit pas crŽŽ par Dieu ?

q. 3 pr. 6 Sexto utrum sit unum tantum creationis principium.

Article 6. N'y a-t-il qu'un seul principe de crŽation

q. 3 pr. 7 Septimo utrum Deus operetur in omni operatione naturae.

Article 7. Dieu op�re-t-il dans tout opŽration de la nature ?

q. 3 pr. 8 Octavo utrum creatio operi naturae admisceatur.

Article 8. La crŽation est-elle m�lŽe ˆ l'opŽration de nature ?

q. 3 pr. 9 Nono utrum anima creetur.

Article 9. L'‰me est-elle crŽŽe ?

q. 3 pr. 10 Decimo utrum anima sit creata in corpore, vel extra corpus.

Article 10. L'‰me est-elle crŽŽe dans le corps ou hors du corps ?

q. 3 pr. 11 Undecimo utrum anima sensibilis et vegetabilis sint per creationem.

Article 11. L'‰me sensitive et l'‰me vŽgŽtative existent-elles par crŽation ou par transmission de la semence ?

q. 3 pr. 12 Duodecimo utrum sint in semine quando discinditur.

Article 12. L'‰me sensitive et l'‰me vŽgŽtative sont-elles dans la semence d�s le moment o� elle se sŽpare ?

q. 3 pr. 13 Decimotertio utrum aliquod ens ab alio, possit esse aeternum.

Article 13. Un Žtant qui dŽpend d'un autre peut-il �tre Žternel ?

q. 3 pr. 14 Decimoquarto utrum id quod est divisum a Deo per essentiam, possit semper fuisse.

Article 14. Ce qui est diffŽrent de Dieu en essence peut-il avoir toujours existŽ ?

q. 3 pr. 15 Decimoquinto utrum res processerint a Deo per necessitatem naturae.

Article 15. Les crŽatures proc�dent-elles de Dieu par nŽcessitŽ de nature ?

q. 3 pr. 16 Decimosexto utrum ab uno primo possit procedere multitudo.

Article 16. La pluralitŽ proc�de-t-elle d'une unitŽ premi�re ?

q. 3 pr. 17 Decimoseptimo utrum mundus semper fuerit.

Article 17. Le monde a-t-il toujours existŽ ?

q. 3 pr. 18 Decimoctavo utrum Angeli sint creati ante mundum visibilem.

Article 18. Les anges ont-ils ŽtŽ crŽŽs avant le monde visible ?

q. 3 pr. 19 Undevigesimo utrum potuerint esse Angeli ante mundum visibilem.

Article 19. Les anges ont-ils pu exister avant le monde visible ?

 

 

 

Article 1 Ñ Dieu peut-il crŽer de rien ?

q. 3 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum Deus possit aliquid creare ex nihilo. Et videtur quod non.

Il semble que non[218].

 

Objections :

q. 3 a. 1Arg. 1 Deus enim non potest facere contra communem animi conceptionem, sicut quod totum non sit maius sua parte. Sed, sicut dicit philosophus [in I Phys., text.33], communis conceptio ex sententia philosophorum fuit, quod ex nihilo nihil fiat. Ergo Deus non potest de nihilo aliquid facere.

1. Dieu ne peut agir contre la conception commune de lÕesprit : faire par exemple que le tout ne soit pas plus grand que la partie. Mais, comme le dit le philosophe (I Phys. 4, 187 a 26), la conception commune : ÇRien ne vient ˆ partir de rien[219]È provient de lÕopinion des philosophes[220]. Donc Dieu ne peut rien faire ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 2 Praeterea, omne quod fit, antequam esset, possibile erat esse : si enim erat impossibile esse, non erat possibile fieri : nihil enim mutatur ad id quod est impossibile. Sed potentia qua aliquid potest esse, non potest esse nisi in aliquo subiecto : nisi forte ipsamet sit subiectum ; nam accidens absque subiecto esse non potest. Ergo omne quod fit, fit ex materia vel subiecto. Impossibile est ergo ex nihilo aliquid fieri.

2. Tout ce qui est fait, en avait la possibilitŽ[221] avant dÕexister ; car s'il lui Žtait impossible d'�tre, il ne pouvait pas �tre fait. Car rien ne se change en ce qui est impossible. Mais la puissance par laquelle quelque chose peut exister ne peut �tre que dans un substrat, ˆ moins que par hasard elle-m�me soit le substrat ; car un accident ne peut pas exister sans substrat. Donc tout ce qui est fait est fait ˆ partir de la mati�re ou dÕun substrat. En consŽquence, il est impossible que quelque chose soit fait ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 3 Praeterea, infinitam distantiam non contingit pertransire. Sed non entis simpliciter ad ens est infinita distantia ; quod ex hoc patet, quia quanto potentia est minus ad actum disposita, tanto magis ab actu distat ; unde si omnino potentia subtrahatur, erit infinita distantia. Ergo impossibile est quod aliquid transeat simpliciter de non ente ad ens.

3. On ne peut traverser une distance infinie. Mais du non Žtant absolu ˆ lÕŽtant, la distance est infinie. Ce qui appara”t ainsi : moins une puissance est disposŽe ˆ lÕacte, plus elle en est distante. C'est pourquoi, si on supprime tout ˆ fait la puissance, la distance sera infinie. Donc il est impossible que quelque chose passe du non Žtant absolu ˆ lÕŽtant.

q. 3 a. 1Arg. 4 Praeterea, philosophus dicit [in I de Gen., comm. 48], quod omnifariam dissimile, non agit in omnifariam dissimile ; oportet enim quod agens et patiens conveniant in genere et in materia. Sed non ens simpliciter et Deus in nullo conveniunt. Ergo Deus non potest agere in non ens simpliciter, et ita non potest facere aliquid de nihilo.

4. Le philosophe (De la GŽnŽration et de la corruption, I, 10[222]) dit que des objets tout ˆ fait dissemblables n'interagissent pas entre eux. Car il faut que lÕagent et le patient sÕaccordent dans le genre et la mati�re. Mais le non Žtant absolu et Dieu ne sÕaccordent en rien. Donc Dieu ne peut agir sur le non Žtant absolu et ainsi il ne peut pas faire quelque chose de rien.

q. 3 a. 1Arg. 5 Sed dicebat, quod ratio ista procedit de agente cuius actio differt a sua substantia, quam oportet in aliquo subiecto recipi.- Sed contra Avicenna dicit [lib. IX Metaph., cap II] quod si calor esset a materia expoliatus, per se ipsum ageret absque materia ; et tamen eius actio non esset sua substantia. Ergo hoc quod actio Dei est sua essentia, non est ratio quod materia non indigeat.

5. Mais on pourrait dire que cette raison proc�de d'un agent dont lÕaction est diffŽrente de la substance, qui doit �tre re�ue dans un substrat. En sens contraire, Avicenne (MŽtaphysique, IX, ch. 2) dit que si la chaleur Žtait dŽpourvue de mati�re, elle agirait par elle-m�me, sans mati�re et cependant son action ne serait pas sa substance. Donc le fait que lÕaction de Dieu soit son essence nÕest pas une raison pour quÕil nÕait pas besoin de mati�re[223].

q. 3 a. 1Arg. 6 Praeterea, ex nihilo nihil concluditur : quod est quoddam fieri rationis. Sed esse rationis consequitur esse naturae. Ergo etiam in natura ex nihilo nihil fieri potest.

6. A partir de rien, on ne conclut rien, ce qui est un certain cheminement de la raison[224]. Mais lÕ�tre de raison suit lÕ�tre de nature. Donc m�me dans la nature, on ne peut rien faire ˆ partir de rien

q. 3 a. 1Arg. 7 Praeterea, si ex nihilo aliquid fiat, haec praepositio ex aut notat causam, aut ordinem. Causam autem non videtur notare nisi efficientem, vel materialem. Nihil autem neque efficiens causa entis esse potest, neque materia ; et sic in proposito non denotat causam ; similiter nec ordinem, quia, ut dicit Boetius, entis ad non ens non est aliquis ordo. Ergo nullo modo ex nihilo potest aliquid fieri.

7. [Dans la phrase] : ÇSi quelque chose est fait ˆ partir de (ex) rienÈ, la prŽposition ÒexÓ (de[225]) dŽsigne la cause ou une relation. Si cÕest la cause, elle para”t ne signifier quÕune cause efficiente ou matŽrielle. Mais le nŽant ne peut pas �tre la cause efficiente de lÕŽtant, la mati�re non plus et ainsi dans cette proposition, elle nÕindique pas la cause, ni de la m�me mani�re la relation, parce que, comme le dit Bo�ce, de lÕ�tre au non-�tre, il nÕy a pas de relation. Donc, en aucune mani�re, rien ne peut �tre fait de rien[226].

q. 3 a. 1Arg. 8 Praeterea, potentia activa secundum philosophum [IV Metaph., com. 17] est principium transmutationis in aliud, secundum quod est aliud. Potentia autem Dei non est nisi potentia activa. Ergo requirit aliquod subiectum transmutationis ; et sic non potest ex nihilo aliquid facere.

8. La puissance active, selon le philosophe (MŽtaphysique V, 12, 1019 a 15-16), est le principe dÕun changement en autre chose, en tant quÕautre. Mais la puissance de Dieu est uniquement active. Donc elle requiert un substrat ˆ transformer et ainsi elle ne peut pas faire quelque chose ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 9 Praeterea, in rebus invenitur diversitas, prout una res est alia perfectior. Huius autem diversitatis causa non est ex parte Dei, qui est unus et simplex. Ergo oportet huius diversitatis causam assignare ex parte materiae. Oportet ergo ponere res factas esse ex materia et non ex nihilo.

9. Dans les �tres, on trouve la diversitŽ du fait quÕune chose est plus parfaite quÕune autre. Mais la cause de cette diversitŽ ne vient pas de Dieu qui est un et simple[227]. Donc il faut en assigner la cause ˆ la mati�re. En consŽquence, il faut penser que les crŽatures ont ŽtŽ faites de mati�re et non ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 10 Praeterea, quod ex nihilo factum est, habet esse post non esse. Est ergo considerare aliquod instans in quo ultimo non est, ex quo non esse desinit, et aliquod in quo primo est, ex quo esse incipit. Aut ergo est unum et idem instans, aut diversa. Si idem, sequitur duo contradictoria esse in eodem instanti ; si diversa, cum inter duo instantia sit tempus medium, sequitur aliquid esse medium inter affirmationem et negationem : nam non potest dici non esse post ultimum instans in quo non fuit, nec esse ante primum instans in quo fuit. Utrumque autem est impossibile, scilicet contradictionem esse simul, et eam habere medium. Ergo impossibile est aliquid fieri ex nihilo.

10. Ce qui est fait ˆ partir de rien poss�de lÕ�tre apr�s le non �tre. Il faut donc considŽrer un instant, ˆ la fin duquel il nÕexiste pas et o� cesse le non �tre et un autre instant au dŽbut duquel il existe et auquel il commence ˆ �tre. Donc ou cÕest un m�me et unique instant ou ce sont des instants diffŽrents. Si c'est le m�me, il sÕensuit que deux choses contradictoires existent en m�me temps ; sÕils sont diffŽrents, comme entre deux instants il y a un temps intermŽdiaire, il sÕensuit que quelque chose est intermŽdiaire entre lÕaffirmation et la nŽgation ; car on ne peut pas dire quÕil nÕŽtait pas apr�s lÕultime instant en lequel il ne fut pas, ni quÕil est avant le premier dans lequel il a existŽ. LÕun et lÕautre sont impossibles, c'est-ˆ-dire que les deux termes de la contradiction soient en m�me temps et quÕelle ait un intermŽdiaire. Donc il est impossible que quelque chose soit fait ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 11 Praeterea, quod factum est, necesse est aliquando fieri ; et quod creatum est, aliquando creari. Aut ergo simul fit et factum est, quod creatur, aut non simul. Sed non potest dici quod non simul, quia creatura non est antequam facta sit. Si ergo fieri eius sit antequam facta sit, oportebit esse aliquod factionis subiectum, quod est contra creationis rationem. Si autem simul fit et factum est, sequitur quod simul fit et non fit, quia quod factum est in permanentibus, est ; quod tamen fit, non est. Hoc autem est impossibile. Ergo impossibile est aliquid fieri ex nihilo, vel creari.

11. Il est nŽcessaire que ce qui a ŽtŽ fait, le soit dans un temps donnŽ et ce qui a ŽtŽ crŽŽ aussi. Ou bien donc ce qui est crŽŽ est fait et a ŽtŽ fait en m�me temps ou pas. Mais on ne peut pas dire que ce nÕest pas en m�me temps, parce que la crŽature nÕexiste pas avant dÕavoir ŽtŽ faite. Si donc son devenir est avant dÕavoir ŽtŽ faite, il faudra quÕil y ait quelque substrat de lÕaction, ce qui est contre la notion de crŽation. SÕil se fait et a ŽtŽ fait en m�me temps, il sÕensuit quÕil est fait et non fait en m�me temps, parce que ce qui a ŽtŽ fait dans ce qui demeure existe ; ce qui cependant se fait nÕest pas. Mais cela est impossible. Donc il est impossible que quelque chose soit fait ou crŽŽ ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 12 Praeterea, omne agens agit simile sibi. Omne autem agens agit secundum quod est in actu. Ergo nihil fit nisi quod est in actu. Sed materia prima non est in actu. Ergo fieri non potest, praecipue a Deo, qui est purus actus ; et sic quaecumque fiunt, fiunt ex praesupposita materia, et non ex nihilo.

12. Tout agent fait du semblable ˆ lui. Mais tout agent nÕagit que selon quÕil est en acte. Donc rien nÕest fait que ce qui est en acte[228]. Mais la mati�re premi�re nÕest pas en acte. Donc elle ne peut pas �tre faite, surtout par Dieu qui est acte pur ; et ainsi tout ce qui est fait, est fait dÕune mati�re prŽsupposŽe, et non ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 13 Praeterea, quidquid facit Deus, per ideam operatur, sicut artifex agit artificiata per formas artis. Sed materia prima non habet ideam in Deo : quia idea forma est, et similitudo ideati. Materia autem prima cum intelligatur secundum suam essentiam absque omni forma, non potest forma eius esse similitudo. Ergo materia prima a Deo fieri non potest ; et sic idem quod prius.

13. Tout ce que Dieu fait, il lÕop�re par lÕidŽe, comme lÕartisan fait ses Ïuvres par les formes de son art. Mais la mati�re premi�re nÕa pas dÕidŽe en Dieu, parce que lÕidŽe est une forme, et une ressemblance de l'idŽat[229]. Comme on comprend la mati�re premi�re, selon son essence, hors de toute forme, sa forme ne peut pas en �tre une ressemblance. Donc elle ne peut avoir ŽtŽ faite par Dieu ; et de m�me que ci-dessus.

q. 3 a. 1Arg. 14 Praeterea, non potest esse idem perfectionis et imperfectionis principium. In rebus autem imperfectio invenitur, cum rerum quaedam aliis potiores sint ; quod contingere non potest nisi per inferiorum imperfectionem. Cum ergo perfectionis principium sit Deus, oportebit imperfectionem in aliud principium reducere. Sed non nisi in materiam. Ergo oportebit res ex aliqua materia esse factas, et non ex nihilo.

14. Il ne peut pas y avoir de principe identique pour la perfection et lÕimperfection. On trouve lÕimperfection dans des choses, puisque certaines sont meilleures que dÕautres, ce qui ne peut arriver que par lÕimperfection des infŽrieures. Donc puisque le principe de la perfection est Dieu, il faudra ramener lÕimperfection ˆ un autre principe. Mais il n'est que dans la mati�re. Donc il faudra que les choses aient ŽtŽ faites dÕune mati�re et non ˆ partir de rien[230].

q. 3 a. 1Arg. 15 Praeterea, si aliquid fit ex nihilo aut fit ex eo sicut ex subiecto, sicut statua ex aere ; aut sicut ex opposito, sicut figuratum ex infigurato ; aut ex composito, sicut statua ex aere infigurato. Sed aliquid non potest fieri ex nihilo sicut ex subiecto, quia non ens non potest esse entis materia ; neque sicut ex composito, quia sic non ens converteretur in ens, sicut aes infiguratum convertitur in aes figuratum ; et ita oporteret aliquid esse commune enti et non enti, quod est impossibile ; neque etiam sicut ex opposito, cum plus differant non esse simpliciter et ens quam duo entia diversorum generum, ex quorum uno non fit aliud, sicut figura non fit color, nisi forte per accidens. Ergo nullo modo aliquid potest fieri ex nihilo.

15. Si quelque chose est fait ˆ partir de rien ou il en est fait comme dÕun substrat ; - ainsi la statue est faite dÕairain, ou bien comme dÕun opposŽ[231], comme ce qui est formŽ est fait de ce qui est sans forme - ou bien dÕun composŽ comme la statue est faite de lÕairain sans forme. Mais rien ne peut �tre fait ˆ partir du nŽant comme dÕun substrat, parce que le non Žtant ne peut �tre la mati�re dÕun Žtant, ni fait comme dÕun composŽ, parce qu'ainsi le non Žtant serait transformŽ en Žtant, comme lÕairain sans forme est transformŽ en airain en forme et ainsi il faudrait que quelque chose soit commun ˆ lÕŽtant et au non Žtant, ce qui est impossible ; ni m�me fait comme de lÕopposŽ, puisque le non Žtant absolu et lÕŽtant diff�rent encore plus que deux Žtants de genres diffŽrents ; il ne devient pas autre ˆ partir de l'un d'eux ; ainsi la figure ne devient pas couleur, sinon par hasard par accident. Donc en aucune mani�re, quelque chose ne peut �tre fait ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 16 Praeterea, omne quod est per accidens, reducitur ad per se. Sed ex opposito fit aliquid per accidens, ex subiecto autem per se ; sicut statua ex infigurato fit per accidens, ex aere autem per se, quia aeri accidit esse infiguratum. Si ergo aliquid fiat ex non ente, hoc erit per accidens. Ergo oportet quod fiat per se ex aliquo subiecto ; et ita non fit ex nihilo.

16. Tout ce qui est par accident est ramenŽ au par soi. A partir de l'opposŽ, on fait quelque chose par accident et ˆ partir du substrat, on fait quelque chose par soi ; ainsi la statue est faite ˆ partir de quelque chose sans forme par accident, mais elle est faite ˆ partir de lÕairain par soi, parce quÕil arrive ˆ lÕairain dÕ�tre sans forme. Si donc quelque chose est fait ˆ partir du non �tre, il le sera par accident. Donc il faut qu'il soit fait par soi ˆ partir dÕun substrat, et ainsi il nÕest pas fait ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1Arg. 17 Praeterea, ei quod fit faciens dat esse. Si ergo Deus facit aliquid ex nihilo, Deus alicui dat esse. Aut ergo est aliquid recipiens esse, aut nihil. Si nihil : ergo nihil constituitur in esse per illam actionem ; et sic non fit aliquid. Si autem est aliquid recipiens esse, hoc erit aliud ab eo quod est Deus ; quia non est idem recipiens et receptum. Ergo Deus facit ex aliquo praeexistenti, et ita non ex nihilo.

17. Celui qui fait donne lÕ�tre ˆ ce qui est fait. Si donc Dieu fait quelque chose ˆ partir de rien, il donne lÕ�tre ˆ quelque chose. Donc, ou il y a quelque chose qui re�oit lÕ�tre, ou il nÕy a rien. S'il n'a a rien, donc ce rien est constituŽ dans l'�tre par cette action, et ainsi il ne devient pas quelque chose. Mais s'il y a quelque chose qui re�oit lÕ�tre, cela sera autre chose que ce qui est Dieu, parce que celui qui re�oit et ce qui est re�u ne sont pas identiques. Donc Dieu crŽe ˆ partir de quelques chose qui prŽexiste, et non ˆ partir de rien.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Genes. I, 1 : in principio creavit Deus caelum et terram, dicit Glossa, ex Beda, quod creare est ex nihilo facere aliquid. Ergo Deus potest facere aliquid ex nihilo.

1. ÇAu commencement Dieu crŽa le ciel et la terreÈ (Gn. 1, 1). La glose de B�de dit que ÇCrŽer, cÕest faire quelque chose ˆ partir de rienÈ. Donc Dieu peut faire quelque chose ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1 s. c. 2 Praeterea, Avicenna dicit quod agens cui accidit agere, requirit materiam in quam agat. Sed Deo non accidit agere, immo sua actio est sua substantia. Ergo non requirit materiam in quam agat, et ita potest ex nihilo aliquid facere.

2. Avicenne (MŽtaphysique VII, 2) dit que lÕagent qui agit par accident a besoin de la mati�re sur laquelle il agit. Mais Dieu nÕagit pas par accident[232], au contraire son action est sa substance. Donc il nÕa pas besoin de mati�re sur laquelle agir et ainsi il peut faire quelque chose ˆ partir de rien.

q. 3 a. 1 s. c. 3 Praeterea, virtus divina est potentior quam virtus naturae. Sed virtus naturae facit aliquod ens ex hoc quod erat in potentia. Ergo virtus divina aliquid amplius facit, et ita facit ex nihilo.

3. La pouvoir de Dieu est plus puissant que celui de la nature. Mais celui-ci fait un Žtant de ce qui Žtait en puissance[233]. Donc le pouvoir de Dieu fait quelque chose de plus et ainsi il le fait ˆ partir de rien.

 

RŽponse :

q. 3 a. 1 co. Respondeo. Dicendum, quod tenendum est firmiter, quod Deus potest facere aliquid ex nihilo et facit. Ad cuius evidentiam sciendum est, quod omne agens agit, secundum quod est actu ; unde oportet quod per illum modum actio alicui agenti attribuatur quo convenit ei esse in actu. Res autem particularis est particulariter in actu : et hoc dupliciter : primo ex comparatione sui, quia non tota substantia sua est actus, cum huiusmodi res sint compositae ex materia et forma ; et inde est quod res naturalis non agit secundum se totam, sed agit per formam suam, per quam est in actu.

Il faut affirmer fermement que Dieu peut faire quelque chose ˆ partir de rien et quÕil le fait. Pour le mettre en Žvidence, il faut savoir que tout agent agit selon quÕil est en acte. C'est pourquoi il faut que de cette mani�re, lÕaction soit attribuŽe ˆ un agent ˆ qui il convient dÕ�tre en acte. Un �tre particulier est en acte partiellement. Et cela de deux mani�res : 1) Par comparaison ˆ lui-m�me, parce que ce nÕest pas toute sa substance qui est acte, puisque les choses de ce genre sont composŽes de mati�re et de forme et de lˆ vient quÕune chose naturelle nÕagit pas tout enti�re par soi mais agit par la forme par laquelle elle est en acte.

Secundo in comparatione ad ea quae sunt in actu. Nam in nulla re naturali includuntur actus et perfectiones omnium eorum quae sunt in actu ; sed quaelibet illarum habet actum determinatum ad unum genus et ad unam speciem ; et inde est quod nulla earum est activa entis secundum quod est ens, sed eius entis secundum quod est hoc ens, determinatum in hac vel illa specie : nam agens agit sibi simile.

2) Par comparaison ˆ ce qui est en acte. Car en rien de naturel ne sont inclus lÕacte et les perfections de tout ce qui est en l'acte, mais nÕimporte lesquels parmi eux a un acte limitŽ ˆ un seul genre et ˆ une seule esp�ce, et de lˆ vient quÕaucun nÕest actif en son �tre, en tant qu'Žtant, mais en cet Žtant, en tant quÕil est, limitŽ ˆ cette esp�ce-ci ou ˆ celle-lˆ, car lÕagent fait quelque chose de semblable ˆ lui.

Et ideo agens naturale non producit simpliciter ens, sed ens praeexistens et determinatum ad hoc vel ad aliud, ut puta ad speciem ignis, vel ad albedinem, vel ad aliquid huiusmodi. Et propter hoc, agens naturale agit movendo ; et ideo requirit materiam, quae sit subiectum mutationis vel motus, et propter hoc non potest aliquid ex nihilo facere. Ipse autem Deus e contrario est totaliter actus, - et in comparatione sui, quia est actus purus non habens potentiam permixtam - et in comparatione rerum quae sunt in actu, quia in eo est omnium entium origo ; unde per suam actionem producit totum ens subsistens, nullo praesupposito, utpote qui est totius esse principium, et secundum se totum. Et propter hoc ex nihilo aliquid facere potest ; et haec eius actio vocatur creatio.

Et cÕest pourquoi lÕagent naturel ne produit absolument pas un Žtant, mais l'Žtant prŽexistant et limitŽ ˆ ceci ou ˆ cela, comme par exemple limitŽ ˆ lÕesp�ce du feu, ˆ la blancheur ou ˆ quelque chose de ce genre. Et c'est pourquoi, lÕagent naturel agit en provoquant le mouvement et ainsi il a besoin de la mati�re qui est le substrat du changement ou du mouvement et, pour cela, il ne peut pas faire quelque chose ˆ partir de rien. Dieu au contraire est totalement acte Ñ et par rapport ˆ lui-m�me, parce quÕil est acte pur, sans puissance m�lŽe Ñ et par rapport ˆ ce qui est en acte, parce que lÕorigine de tous les �tres est en lui. CÕest pourquoi, par son action, il produit lÕŽtant subsistant tout entier, sans rien de prŽsupposŽ, Žtant donnŽ quÕil est le principe de lÕ�tre entier et tout entier principe en soi. Et ˆ cause de cela il peut faire quelque chose ˆ partir de rien et cette action est appelŽe crŽation.

Et inde est quod in Lib. de causis, dicitur, quod esse eius est per creationem, vivere vero, et caetera huiusmodi, per informationem. Causalitates enim entis absolute reducuntur in primam causam universalem ; causalitas vero aliorum quae ad esse superadduntur ; vel quibus esse specificatur, pertinet ad causas secundas, quae agunt per informationem, quasi supposito effectu causae universalis : et inde etiam est quod nulla res dat esse, nisi in quantum est in ea participatio divinae virtutis. Propter quod etiam dicitur in Lib. de causis, quod anima nobilis habet operationem divinam in quantum dat esse.

C'est pour cela quÕil est dit dans le Livre des Causes (prop. 18) que l'�tre existe par crŽation, mais que la vie et les autres choses de ce genre existent par mise en forme. Car les causalitŽs de lÕ�tre sont ramenŽes absolument ˆ la cause premi�re universelle, mais pour ce qui est ajoutŽ ˆ l'�tre ou ce par quoi il est spŽcifiŽ, la causalitŽ appartient aux causes secondes qui agissent par mise en forme, l'effet de la cause universelle Žtant pour ainsi dire supposŽe. Et de lˆ vient que rien ne donne lÕ�tre que dans la mesure o� il y a en lui participation[234] du pouvoir divin. CÕest pour cela quÕon dit aussi dans le Livre des Causes (prop. 3[235]) que lÕ‰me noble a une opŽration divine dans la mesure o� elle donne lÕ�tre.

 

Solutions :

q. 3 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ex nihilo nihil fieri, philosophus dicit esse communem animi conceptionem vel opinionem naturalium, quia agens naturale, quod ab eis consideratur, non agit nisi per motum ; unde oportet esse aliquod subiectum motus vel mutationis, quod in agente supernaturali non oportet, ut dictum est.

# 1. ÇRien ne vient ˆ partir de rienÈ. Le philosophe dit que cÕest la conception du sens commun ou lÕopinion des Naturalistes, parce que lÕagent naturel quÕils consid�rent nÕagit que par mouvement. C'est pour cela qu'il faut quÕil y ait un substrat au mouvement ou au changement, qui nÕest pas nŽcessaire pour lÕagent surnaturel, comme on lÕa dit.

q. 3 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod antequam mundus esset, possibile erat mundum esse ; non tamen oportet quod aliqua materia praeexisteret, in qua potentia fundaretur. Dicitur enim V Metaph., aliquid aliquando dici possibile, non secundum aliquam potentiam, sed quia in terminis ipsius enuntiabilis non est aliqua repugnantia, secundum quod possibile opponitur impossibili. Sic ergo dicitur, antequam mundus esset, possibile mundum fieri, quia non erat repugnantia inter praedicatum enuntiabilis et subiectum. Vel potest dici, quod erat possibile propter potentiam activam agentis, non propter aliquam potentiam passivam materiae. Philosophus autem utitur hoc argumento, in generationibus naturalibus contra Platonicos, qui dicebant formas separatas esse naturalis generationis principia.

# 2. Avant que le monde ait existŽ, son existence Žtait possible : il ne faut pas cependant qu'une mati�re prŽexiste dans laquelle serait Žtablie la puissance. Car on lit (MŽtaphysique V, 3, 1047 a, 24-26[236]), qu'on dit que quelque chose est quelquefois possible, non en raison d'une puissance, mais parce que, dans les termes de son ŽnoncŽ, il nÕy a rien qui sÕy oppose, selon que le possible est opposŽ ˆ lÕimpossible. Ainsi donc, on dit quÕavant que le monde ait existŽ, il Žtait possible quÕil soit fait, parce quÕil nÕy avait aucune opposition entre le prŽdicat de lÕŽnoncŽ et le sujet. On peut dire aussi quÕil Žtait possible ˆ cause d'une puissance active de lÕagent, non ˆ cause de la puissance passive de la mati�re. Le philosophe use de cet argument (MŽtaphysique VII, 8, 1033 b 26[237]) dans les gŽnŽrations naturelles contre les Platoniciens qui disaient que les formes sŽparŽes Žtaient les principes de la gŽnŽration naturelle.

q. 3 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod entis et non entis simpliciter est aliquo modo et semper infinita distantia, non tamen eodem modo : sed quandoque quidem ex utraque parte infinita, sicut cum comparatur non esse ad esse divinum quod infinitum est, ac si comparetur albedo infinita ad nigredinem infinitam : quandoque autem est finita ex una parte tantum, sicut cum comparatur non esse simpliciter ad esse creatum quod finitum est, ac si comparetur nigredo infinita ad albedinem finitam. In illud ergo esse quod est infinitum, non potest fieri transitus ex non esse ; sed in illud esse quod est finitum, talis transitus fieri potest, prout distantia non esse ad illud esse ex una parte terminatur, quamvis non sit transitus proprie : sic enim est in motibus continuis, per quos transit pars post partem. Sic enim contingit nullo modo infinitum transire.

# 3. Il faut dire que de lÕ�tre au non �tre absolu, il y a de quelque mani�re et toujours une distance infinie, mais pas cependant de la m�me mani�re. Quelquefois d'une partie infinie ˆ une autre infinie, comme lorsquÕon compare le non �tre ˆ lÕ�tre divin qui est infini, comme si on comparait la blancheur infinie au noir infini. Quelquefois ce nÕest fini que dÕun c™tŽ, comme quand on compare le non �tre absolu ˆ lÕ�tre crŽŽ qui est fini, comme si on compara”t le noir infini ˆ une blancheur finie. Donc en cet �tre qui est infini, le passage ˆ partir du non �tre ne peut pas se faire, mais dans celui qui est fini un tel passage peut se faire, selon que la distance du non �tre ˆ cet �tre est limitŽe dÕun c™tŽ, quoique ce ne soit pas ˆ proprement parler un passage : car c'est ainsi dans les mouvements continus par lesquels passe partie apr�s partie. Car ainsi, en aucune mani�re, on n'arrive ˆ traverser lÕinfini[238].

q. 3 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod cum fit aliquid ex nihilo, non esse, sive nihil, non se habet per modum patientis nisi per accidens, sed magis per modum oppositi ad id quod fit per actionem. Nec etiam in naturalibus oppositum se habet per modum patientis nisi per accidens, sed magis subiectum.

# 4. Quand quelque chose est fait ˆ partir de rien, le non �tre ou le nŽant ne joue le r™le de patient que par accident, mais il joue davantage le r™le de contraire, pour ce qui est fait par l'action. Et m�me dans ce qui est naturel, l'opposŽ ne joue le r™le de patient que par accident, mais c'est plut™t le substrat qui le joue.

q. 3 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod calor, si esset expoliatus a materia, ageret quidem sine materia quae requireretur ex parte agentis, sed non sine materia quae requireretur ex parte patientis.

# 5. Si la chaleur Žtait exclue de mati�re, elle agirait sans la mati�re requise du c™tŽ de lÕagent, mais non sans celle nŽcessaire du c™tŽ au patient.

q. 3 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod concludi se habet in actibus rationis sicut moveri in actibus naturae, eo quod in concludendo ratio ab uno in aliud discurrit ; et ideo sicut motus omnis naturalis est ex aliquo, ita et omnis conclusio rationis. Sicut vero intelligere principia, quod est concludendi principium, non est ex aliquo ex quo concludatur, ita creatio, quae est omnis motus principium, non est ex aliquo.

# 6. La conclusion se comporte dans les actions de raison comme le mouvement dans les actions de la nature, parce quÕen concluant, la raison passe dÕun objet ˆ une autre. Et de m�me que tout mouvement naturel dŽpend de quelque chose, toute conclusion de la raison aussi. De m�me que comprendre les principes, ce qui est le principe pour conclure, ne dŽpend pas de quelque chose dÕo� lÕon conclut, de m�me la crŽation, qui est le principe de tout mouvement, ne dŽpend de rien.

q. 3 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod cum dicitur aliquid fieri ex nihilo, duplex est sensus, ut patet per Anselmum in suo Monologio. Nam negatio importata in nihilo potest negare praepositionem ex, vel potest includi sub praepositione. Si autem neget praepositionem, adhuc potest esse duplex sensus

# 7. Quand on dit que quelque chose est fait ˆ partir de rien, il y a deux sens, comme le montre Anselme dans son Monologium (ch. 5 et 7). Car la nŽgation exprimŽe par ÒrienÓ peut nier la prŽposition[239] ex, ou peut �tre incluse sous elle[240]. Mais si elle nie la prŽposition, elle peut encore avoir deux sens :

unus, ut negatio feratur ad totum, et negetur non solum praepositio, sed etiam verbum, ut si dicatur aliquid ex nihilo fieri quia non fit, sicut de tacente possumus dicere quod de nihilo loquitur : et sic de Deo possumus dicere quod de nihilo fit, quia omnino non fit ; quamvis iste modus loquendi non sit consuetus.

a) Comme la nŽgation porte sur le tout, non seulement la prŽposition est niŽe, mais encore le mot (verbum), comme si on disait quelque chose est fait ˆ partir de rien, parce quÕil nÕest pas fait, comme on peut dire de celui qui se tait quÕil ne parle de rien (de nihilo[241]) : et ainsi nous pouvons dire de Dieu quÕil est fait de rien (de nihilo), parce quÕil nÕest absolument pas fait : cependant ce mode de parler n'est pas habituel.

Alius sensus est, ut verbum remaneat affirmatum, sed negatio feratur solum ad praepositionem ; et ideo dicatur aliquid ex nihilo fieri, quia fit quidem, sed non praeexistit aliquid ex quo fiat ; sicut dicimus aliquem tristari ex nihilo, quia non habet tristitiae suae causam : et hoc modo per creationem dicitur aliquid ex nihilo fieri. Si vero praepositio includit negationem, tunc est duplex sensus : unus verus, et alius falsus.

b) Autre sens : de sorte que le mot demeure affirmŽ, mais la nŽgation porte seulement sur la prŽposition et ainsi on dit que quelque chose est fait ˆ partir de rien parce quÕil est fait, mais rien de ce ˆ partir de quoi il est fait n'a prŽexistŽ. Ainsi nous disons que quelquÕun sÕattriste ˆ partir de rien parce que sa tristesse nÕa pas de cause, et de cette mani�re, pour la crŽation on dit, que quelque chose est fait ˆ partir de rien. Mais si la prŽposition inclut la nŽgation, alors le sens est double : lÕun est vrai, lÕautre faux.

Falsus quidem, si positio importet habitudinem causae (non ens enim esse nullo modo potest causa entis) ; verus autem, si importet ordinem tantum, ut dicatur aliquid fieri ex nihilo quia fit post nihilum, quod etiam verum est in creatione. Quod autem Boetius dicit, quod non entis ad ens non est ordo, intelligendum est de ordine determinatae proportionis, vel de ordine qui sit realis relatio, quae inter ens et non ens esse non potest, ut Avicenna dicit.

i) Faux si sa position exprime une relation de cause (car le non Žtant ne peut en aucune mani�re �tre cause de lÕŽtant) ; ii) vrai si elle exprime lÕordre seulement, comme on dit que quelque chose est fait ˆ partir de rien parce quÕil est fait apr�s rien, ce qui est vrai dans la crŽation. Mais quand Bo�ce dit que du non Žtant ˆ lÕŽtant, il nÕy a pas dÕordre, il faut le comprendre de lÕordre d'un rapport dŽterminŽ ou de celui d'une relation rŽelle, qui ne peut exister entre lÕŽtant et le non Žtant, comme Avicenne le dit (MŽtaphysique, III[242]).

q. 3 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod definitio illa intelligitur de potentia activa naturali.

# 8. Cette dŽfinition est comprise de la puissance active naturelle.

q. 3 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod Deus non producit res ex necessitate naturae, sed ex ordine suae sapientiae. Et ideo diversitas rerum non oportet quod sit ex materia, sed ex ordine divinae sapientiae ; quae ad complementum universi diversas naturas instituit.

# 9. Dieu ne crŽe pas par nŽcessitŽ de nature[243], mais selon lÕordre de sa sagesse. Et cÕest pourquoi il ne faut pas que la diversitŽ des choses[244] viennent de la mati�re, mais de lÕordre de la sagesse divine, qui institua des natures diverses pour parfaire lÕunivers[245].

q. 3 a. 1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod cum fit aliquid ex nihilo, esse quidem eius quod fit, est primo in aliquo instanti ; non esse autem non est in illo instanti nec in aliquo reali, sed in aliquo imaginario tantum. Sicut enim extra universum non est aliqua dimensio realis, sed imaginaria tantum, secundum quam possumus dicere quod Deus potest aliquid facere extra universum tantum, vel tantum distans ab universo ; ita ante principium mundi non fuit aliquod tempus reale, sed imaginarium ; et in illo possibile est imaginari aliquod instans in quo ultimo fuit non ens. Nec oportet quod inter ista duo instantia sit tempus medium, cum tempus verum et tempus imaginarium non continuentur.

# 10. Quand une chose est fait ˆ partir de rien, son �tre est d'abord dans un instant, mais le non �tre nÕest ni dans cet instant ni dans un instant rŽel, mais imaginaire seulement, En effet, hors de lÕunivers, il nÕy a pas de dimension rŽelle, mais imaginaire seulement, selon laquelle nous pouvons dire que Dieu peut faire quelque chose hors de lÕunivers seulement ou seulement quelque chose dÕŽloignŽ de lÕunivers : de la m�me mani�re avant le commencement du monde, il nÕy eut pas de temps rŽel, mais un temps imaginaire, et en lui il est possible dÕimaginer un instant ˆ la fin duquel il y eut le non Žtant. Et il ne faut pas, quÕentre ces deux instants, il y ait un temps intermŽdiaire, puisque le temps rŽel et le temps imaginaire nÕont pas de rapport.

q. 3 a. 1 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod illud quod fit ex nihilo, simul fit et factum est ; et similiter est in omnibus mutationibus momentaneis ; simul enim aer illuminatur et illuminatus est. Ipsum enim factum esse in talibus dicitur fieri, secundum quod est in primo instanti in quo factum est. Vel potest dici quod id quod fit ex nihilo, dicitur fieri quando factum est non secundum motum, quod est ab uno termino in alterum, sed secundum effluxum ab agente in factum. Haec enim duo in generatione naturali inveniuntur, scilicet transitus de uno termino in alterum, et effluxus ab agente in factum, quorum alterum tantum proprie est in creatione.

# 11. Ce qui est fait ˆ partir de rien, se fait et est fait en m�me temps[246]. Et il en est de m�me dans tous les changements instantanŽs. Car au m�me moment lÕair sÕillumine et est illuminŽ. Car on dit quÕavoir ŽtŽ fait en telles conditions, cÕest �tre fait, selon quÕil est dans le premier instant dans lequel il a ŽtŽ fait. Ou bien on peut dire que ce qui est fait de rien, est dit fait, quand il a ŽtŽ fait non selon le mouvement, qui passe dÕun terme ˆ un autre, mais selon lÕŽcoulement ˆ partir de l'agent ˆ ce qui est fait. Car on trouve les deux dans la gŽnŽration naturelle, ˆ savoir le passage dÕun terme ˆ un autre et l'Žcoulement ˆ partir de lÕagent dans ce qui est fait, dont lÕun des deux seulement est proprement dans la crŽation.

q. 3 a. 1 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod neque materia neque forma neque accidens proprie dicuntur fieri ; sed id quod fit est res subsistens. Cum enim fieri terminetur ad esse, proprie ei convenit fieri cui convenit per se esse, scilicet rei subsistenti : unde neque materia neque forma neque accidens proprie dicuntur creari, sed concreari. Proprie autem creatur res subsistens, quaecumque sit. Si tamen in hoc vis non fiat, tunc dicendum, quod materia prima habet similitudinem cum Deo in quantum participat de ente. Sicut enim lapis est similis Deo in quantum ens, licet non sit intellectualis sicut Deus, ita materia prima habet similitudinem cum Deo in quantum ens, non in quantum est ens actu. Nam ens, commune est quodammodo potentiae et actui.

# 12. On ne peut pas dire ˆ proprement parler que la mati�re, la forme, et lÕaccident sont faits, mais ce qui est fait cÕest ce qui subsiste. En effet, comme le devenir se termine ˆ lÕ�tre, il convient proprement dÕ�tre fait ˆ ce ˆ quoi il convient dÕ�tre par soi, cÕest-ˆ-dire ˆ ce qui subsiste ; c'est pourquoi on dit que ni la mati�re, ni la forme, ni lÕaccident sont proprement crŽŽs mais concrŽŽs. Proprement cÕest la chose subsistante qui est crŽŽe, quelle qu'elle soit. Si cependant le caract�re essentiel n'y est pas fait, alors il faut dire que la mati�re premi�re a une ressemblance avec Dieu dans la mesure o� elle participe de lÕŽtant. Car de m�me que la pierre est semblable ˆ Dieu en tant quÕŽtant, bien quÕelle ne soit pas spirituelle comme lui, de m�me la mati�re premi�re ressemble ˆ Dieu en tant quÕŽtant, non en tant qu'Žtant en acte. Car lÕ�tre est commun dÕun certaine mani�re ˆ la puissance et ˆ lÕacte[247].

q. 3 a. 1 ad 13 Et sic etiam patet responsio ad decimumtertium. Nam proprie loquendo, materia non habet ideam, sed compositum, cum idea sit forma factiva. Potest tamen dici esse aliquam ideam materiae secundum quod materia aliquo modo divinam essentiam imitatur.

# 13. Et ainsi on rŽpond ˆ la 13e objection. Car ˆ proprement parler la mati�re nÕa pas dÕidŽe[248], mais le composŽ en a une, puisque lÕidŽe est une forme qui crŽe. Cependant on peut dire quÕil y a une idŽe de la mati�re selon quÕelle imite lÕessence divine dÕune certaine mani�re.

q. 3 a. 1 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod non oportet, si duarum creaturarum est aliqua dignior, quod minus digna habeat aliquam imperfectionem : nam imperfectio designat carentiam alicuius quod natum est haberi vel debet haberi. Unde et in gloria, quamvis unus sanctorum alium excedat, nullus tamen imperfectus erit. Si tamen aliqua imperfectio in creaturis sit, non oportet quod sit ex Deo neque ex materia ; sed in quantum creatura est ex nihilo.

# 14. Il ne faut pas, si de deux crŽatures l'une est plus digne, que la moins digne ait une imperfection. Car lÕimperfection dŽsigne un manque de ce quÕelle est destinŽe ˆ avoir ou quÕelle doit avoir. Donc dans la gloire, quoique un des saints en dŽpasse un autre, cependant aucun ne sera imparfait. Mais sÕil y a quelque imperfection dans les crŽatures, il ne faut pas quÕelle vienne de Dieu ni de la mati�re, mais du fait que la crŽature ne vient de rien.

q. 3 a. 1 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod ex nihilo dicitur aliquid fieri sicut ex opposito secundum unum sensum superius expositum. Nec tamen oportet quod ex ente unius generis fiat ens alterius generis, sicut ex colore et figura ; ens enim et non ens non possunt esse simul ; color autem et figura simul esse possunt. In autem ex quo aliquid fit, debet esse in contingens ei quod fit, ut dicitur I Phys., quod non contingat simul esse.

15. On dit que quelque chose est fait ˆ partir de rien comme de son opposŽ selon le sens exposŽ plus haut. Cependant il ne faut pas que dÕun �tre dÕun genre soit fait un �tre dÕun autre genre, comme de la couleur et la figure. Car lÕŽtant et le non Žtant ne peuvent coexister, mais la couleur et la figure le peuvent. Mais le "dans" (in) ˆ partir duquel la chose se fait doit �tre un "dans" (in) qui arrive ˆ qui se fait, comme on le dit en I Physique, V, (188 a - 188b) parce qu'il n'arriverait pas ˆ �tre en m�me temps.

q. 3 a. 1 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod si ly ex nominet causam, non fit aliquid ex opposito nisi per accidens, ratione scilicet subiecti. Si vero nominet ordinem, tunc fit aliquid ex opposito etiam per se ; unde et privatio dicitur principium esse fiendi, sed non essendi. Hoc autem modo dicitur aliquid fieri ex nihilo, ut prius dictum est, in corp. art.

16. Si la prŽposition ÒexÓ (de) dŽsigne la cause, ce qui se fait nÕest fait ˆ partir de son opposŽ que par accident, ˆ savoir en raison du substrat. Si elle dŽsigne lÕordre, alors ce qui est fait est fait de lÕopposŽ m�me par soi, c'est pourquoi la privation est appelŽe principe de lÕ�tre ˆ faire, mais non dÕ�tre. De cette mani�re, on dit que quelque chose est fait ˆ partir de rien, comme on l'a dit plus haut dans le corps de lÕarticle.

q. 3 a. 1 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod Deus simul dans esse, producit id quod esse recipit : et sic non oportet quod agat ex aliquo praeexistenti.

17. Dieu, en m�me temps quÕil donne lÕ�tre, produit ce qui le re�oit. Et ainsi il ne faut pas quÕil agisse ˆ partir de quelque chose de prŽexistant.

 

 

 

Article 2 Ñ La crŽation est-elle un changement ?

q. 3 a. 2 tit. 1 Secundo quaeritur utrum creatio sit mutatio. Et videtur quod sic.

Il semble que oui.

 

Objections :[249] :

q. 3 a. 2Arg. 1 Mutatio enim secundum nomen suum designat hoc esse post hoc, ut patet V Phys. Sed hoc habet creatio : nam fit esse post non esse. Ergo creatio est mutatio.

1. Car un changement, d'apr�s son nom, montre quÕune chose est apr�s l'autre, comme on le dŽmontre (Phys. V, 7, 224 b 35 - 225 a[250]). Mais c'est ainsi que se comporte la crŽation : lÕ�tre, en effet, est crŽŽ apr�s le non �tre. Donc la crŽation est un changement.

q. 3 a. 2Arg. 2 Praeterea, omne quod fit, fit aliquo modo ex non ente ; quia quod est, non fit. Sicut ergo se habet generatio, secundum quam fit res secundum partem substantiae suae, ad privationem formae, quae est non esse secundum quid ; ita se habet creatio, per quam fit secundum totam substantiam suam, ad non esse simpliciter. Sed privatio proprie loquendo, est terminus generationis. Ergo et non esse simpliciter, proprie loquendo, est terminus creationis ; et sic creatio, proprie loquendo, est mutatio.

2. Tout ce qui est fait est fait dÕune certaine mani�re ˆ partir du non �tre, parce que ce qui est ne se fait pas. Donc, de la m�me mani�re que se comporte la gŽnŽration, d'apr�s laquelle une chose est faite selon une partie de sa substance, pour combler la privation de la forme, qui est un non �tre relatif, de cette m�me mani�re se comporte la crŽation par laquelle la chose est faite selon toute sa substance pour combler le non �tre absolu. Mais la privation de la forme est ˆ proprement parler le terme de la gŽnŽration. Donc le non �tre absolu est proprement le terme de la crŽation et ainsi, ˆ vrai dire, la crŽation est un changement.

q. 3 a. 2Arg. 3 Praeterea, quanto est maior distantia inter terminos, tanto maior est mutatio. Maior enim est mutatio de albo in nigrum quam de albo in pallidum. Sed plus distat non ens simpliciter ab ente quam contrarium a contrario, vel non ens secundum quid ab ente. Ergo cum transitus de contrario in contrarium, vel de non ente secundum quid in ens, fit mutatio, multo magis transitus de non ente simpliciter in ens, quod est creatio, erit mutatio.

3. Plus grande est la distance entre les termes, plus grand est le changement. Car le changement est plus grand de blanc ˆ noir que de blanc ˆ blanc p‰le. Mais le non �tre absolu est plus distant de lÕ�tre qu'un contraire de son contraire ou le non Žtant relatif de lÕŽtant[251]. Donc comme le passage dÕun contraire ˆ son contraire, ou du non �tre relatif de lÕ�tre, devient changement, le passage du non �tre absolu ˆ lÕ�tre, quÕest la crŽation, sera beaucoup plus un changement[252].

q. 3 a. 2Arg. 4 Praeterea, quod non similiter habet se nunc et prius, mutatur vel movetur. Sed quod creatur non similiter se habet nunc et prius : quia prius erat simpliciter non ens, et postea fit ens. Ergo quod creatur, movetur vel mutatur.

4. Ce qui ne se comporte pas de la m�me mani�re maintenant qu'auparavant est soumis au changement ou au mouvement. Mais ce qui est crŽŽ ne se comporte pas de la m�me mani�re maintenant qu'auparavant ; parce quÕavant c'Žtait un non Žtant absolu et apr�s il est devenu un Žtant. Donc, ce qui est crŽŽ est mž ou changŽ.

q. 3 a. 2Arg. 5 Praeterea, illud quod exit de potentia in actum, mutatur. Sed quod creatur, exit de potentia in actum ; quia ante creationem erat tantum in potentia facientis, postea autem est in actu. Ergo quod creatur, movetur vel mutatur : ergo creatio est mutatio.

5. Ce qui passe de la puissance ˆ lÕacte subit un changement. Mais ce qui est crŽŽ passe de la puissance ˆ lÕacte ; parce quÕavant la crŽation il Žtait seulement dans la puissance du crŽateur, mais ensuite il est en acte. Donc ce qui est crŽŽ, a subi un mouvement ou un changement : donc la crŽation est un changement.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 2 s. c. Sed contra, species motus vel mutationis sunt sex, secundum philosophum in praedicamentis. Nulla autem earum est creatio ut patet per singula inducenti. Ergo creatio non est mutatio.

Les esp�ces de mouvements ou de changements sont au nombre de six, selon Aristote, dans Les catŽgories (chapitre sur le mouvement). Aucun dÕelles nÕest crŽation, comme cela para”t ˆ qui les examine une ˆ une. Donc la crŽation nÕest pas un changement.

 

RŽponse :

q. 3 a. 2 co. Respondeo. Dicendum, quod in mutatione qualibet requiritur quod sit aliquid idem commune utrique mutationis termino. Si enim termini mutationis oppositi in nullo eodem convenirent, non posset vocari transitus ex uno in alterum. In nomine enim mutationis et transitus designatur aliquid idem, aliter se habere nunc et prius ; et etiam ipsi mutationis termini non sunt incontingentes, quod requiritur ad hoc ut sint mutationis termini, nisi in quantum referuntur ad idem. Nam duo contraria si ad diversa subiecta referantur, contingit simul esse.

Dans un changement, il faut quelque chose de commun ˆ chacun des deux termes du changement. Car si les termes opposŽs du changement ne concordaient en rien, on ne pourrait pas parler de passage de lÕun ˆ lÕautre. En effet, sous le nom de changement et celui de passage, on dŽsigne une m�me chose, qui se comporte autrement maintenant qu'auparavant. Et aussi ces termes du changement ne sont pas incompatibles, ce qui est requis pour quÕils en soient les termes, ˆ moins quÕils se rapportent ˆ un m�me �tre. Il arrive en effet que deux contraires soient ensemble sÕils se rapportent ˆ des sujets diffŽrents.

Quandoque ergo contingit quod utrique mutationis termino est unum commune subiectum actu existens ; et tunc proprie est motus ; sicut accidit in alteratione et augmento et diminutione et loci mutatione. Nam in omnibus his motibus subiectum unum et idem actu existens, de opposito in oppositum mutatur. Quandoque vero est idem commune subiectum utrique termino, non quidem ens actu, sed ens in potentia tantum, sicut accidit in generatione et corruptione simpliciter. Formae enim substantialis et privationis subiectum est materia prima, quae non est ens actu : unde nec generatio nec corruptio proprie dicuntur motus, sed mutationes quaedam.//

Donc parfois il arrive que, pour chaque terme du changement, il y a un seul substrat commun[253] qui existe en acte ; c'est alors proprement un mouvement, comme cela arrive dans lÕaltŽration, la croissance, la diminution et le changement de lieu. Car dans tous ces mouvements un seul et m�me substrat, qui existe en acte, est changŽ en opposŽ ˆ partir de son. Mais quelquefois cÕest le m�me substrat commun aux deux termes[254], non un Žtant en acte, mais en puissance seulement, comme cela arrive simplement dans la gŽnŽration et la corruption. Car le substrat de la forme substantielle et celui de la privation est la mati�re premi�re qui nÕest pas un Žtant en acte. C'est pour cela que ni la gŽnŽration, ni la corruption ne sont ˆ proprement parler des mouvements, mais des changements.

Quandoque vero non est aliquod subiectum commune neque actu neque potentia existens ; sed est idem tempus continuum, in cuius prima parte est unum oppositum et in secunda aliud, ut cum dicimus hoc fieri ex hoc, id est post hoc, sicut ex mane fit meridies. Sed haec non proprie vocatur mutatio, sed per similitudinem, prout ipsum tempus imaginamur quasi subiectum eorum quae in tempore aguntur.

Mais parfois il nÕy a de substrat commun ni en acte ni en puissance : mais cÕest le m�me temps continu, dans la premi�re partie duquel il y a un opposŽ et dans la seconde un autre, comme quand on dit que ceci a ŽtŽ fait de cela, cÕest-ˆ-dire apr�s cela, comme le midi est fait du matin. Mais on nÕappelle pas cela un changement au sens propre, mais par analogie, dans la mesure o� on imagine le temps lui-m�me comme sujet de ce qui se fait dans ce temps.

In creatione autem non est aliquid commune aliquo praedictorum modorum. Neque enim est aliquod commune subiectum actu existens, neque potentia. Tempus etiam non est idem, si loquamur de creatione universi ; nam ante mundum tempus non erat. Invenitur tamen aliquod commune subiectum esse secundum imaginationem tantum, prout scilicet imaginamur unum tempus commune dum mundus non erat, et postquam mundus in esse productus est. Sicut enim extra universum non est aliqua realis magnitudo, possumus tamen eam imaginari ; ita et ante principium mundi non fuit aliquod tempus, quamvis sit possibile ipsum imaginari : et quantum ad hoc creatio secundum veritatem, proprie loquendo, non habet rationem mutationis, sed solum secundum imaginationem quamdam ; non proprie, sed similitudinarie.

Mais dans la crŽation, il nÕy a rien de commun avec lÕun des modes dont on a parlŽ. Car il nÕy a pas de substrat commun ni en acte ni en puissance. Le temps non plus nÕest pas le m�me, si nous parlons de la crŽation de l'univers[255] : car avant le monde, le temps nÕexistait pas. Cependant on trouve un sujet commun en imagination seulement, cÕest-ˆ-dire dans la mesure o� nous imaginons un seul temps commun, pendant lequel le monde nÕexistait pas et apr�s lequel il a ŽtŽ produit dans lÕ�tre. Car hors de lÕunivers il n'y a pas de grandeur rŽelle, nous pouvons cependant en imaginer une ; de la m�me mani�re, avant le commencement du monde, le temps nÕa pas existŽ, quoiquÕil soit possible de l'imaginer. Et pour cela, la crŽation, ˆ proprement parler, n'est pas vŽritablement dŽfinie comme un changement mais l'est seulement e n imagination ; non au sens propre, mais par analogie.

 

Solutions :

q. 3 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod mutatio secundum suum nomen designat hoc esse post hoc circa aliquid idem, ut praedictum est, in corp. art. Hoc autem in creatione non est.

# 1. Le changement, par son nom, dŽsigne un Žtat qui existe apr�s un premier Žtat, pour quelque chose de semblable, comme il a ŽtŽ dit dans le corps de lÕarticle. Cela nÕexiste pas dans la crŽation.

q. 3 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in generatione, secundum quam fit aliquid secundum partem substantiae suae, est aliquid commune subiectum privationi et formae, et non est in actu existens : et ideo sicut proprie ibi accipitur terminus, sic etiam et proprie accipitur ibi transitus ; quod in creatione non est.

# 2. Dans la gŽnŽration, d'apr�s laquelle une chose est faite selon une partie de sa substance, il y a un substrat commun ˆ la privation et ˆ la forme et il nÕexiste pas en acte et cÕest pourquoi de m�me qu'on prend ici le terme au sens propre, on prend aussi le passage au sens propre, ce qui nÕexiste pas dans la crŽation, comme on l'a dit dans le corps de l'article.

q. 3 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ubi est maior distantia terminorum, est maior mutatio, supposita identitate subiecti.

# 3. Plus grande est la distance entre les termes, plus grand est le changement, si on suppose lÕidentitŽ du sujet.

q. 3 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod id quod non similiter se habet nunc et prius, mutatur, supposita consistentia subiecti : alias non ens simpliciter mutaretur ; quia non ens simpliciter, non similiter se habet nunc et prius, neque dissimiliter. Oportet autem ad hoc quod sit mutatio, quod sit aliquid idem dissimiliter se habens nunc et prius.

# 4. Ce qui ne se comporte pas de la m�me mani�re maintenant et avant, subit un changement, si on suppose la prŽservation du substrat. Autrement le non �tre absolu serait changŽ, parce qu'il ne se comporte pas dÕune mani�re semblable maintenant et avant ni m�me dÕune mani�re diffŽrente. Mais il faut, pour qu'il y ait un changement, qu'il y ait une m�me chose qui se comporte de mani�re diffŽrente maintenant et auparavant.

q. 3 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod potentia passiva est subiectum mutationis, non autem activa ; et ideo quod exit de potentia passiva in actum, mutatur, non autem quod de potentia activa exit : et ideo non valet obiectio.

# 5. La puissance passive est substrat de changement, mais pas la puissance active et cÕest pourquoi ce qui passe de la puissance passive ˆ lÕacte est changŽ, mais non ce qui sort de la puissance active et cÕest pourquoi lÕobjection ne vaut pas.

 

 

 

Article 3 Ñ La crŽation est-elle une rŽalitŽ dans la crŽature et si oui, quelle est-elle ?

q. 3 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum creatio sit aliquid realiter in creatura, et si est, quid sit. Et videtur quod non sit aliquid reale in creatura.

La crŽation nÕest pas, semble-t-il, une rŽalitŽ dans la crŽature[256]..

 

Objections :

q. 3 a. 3Arg. 1 Ut enim dicitur in libro de causis, omne quod recipitur in aliquo, est in eo per modum recipientis. Sed actio Dei creantis recipitur simpliciter in non ente : quia Deus creando ex nihilo aliquid facit. Ergo creatio nihil reale ponit in creatura.

1. Comme on le dit dans le Livre des Causes (prop. 10[257]) tout ce qui est re�u en quelque chose, y est selon le mode de celui qui re�oit. Mais lÕaction de Dieu CrŽateur est enti�rement re�ue dans le non Žtant, parce que Dieu en crŽant fait quelque chose ˆ partir de rien. Donc la crŽation nÕapporte rien de rŽel dans la crŽature.

q. 3 a. 3Arg. 2 Praeterea, omne quod est in rerum natura, aut est creator aut creatura. Sed creatio non est creator, quia sic esset ab aeterno ; nec etiam creatura, quia aliqua creatione crearetur ; quae etiam creatio, aliqua creatione indigeret creari, et sic in infinitum. Ergo creatio non est aliquid in rerum natura.

2. Tout ce qui est dans le nature est crŽateur ou crŽature. Mais la crŽation nÕest ni le crŽateur, parce quÕainsi elle serait Žternelle, ni non plus une crŽature, parce quÕelle serait crŽŽe par une crŽation ; laquelle aurait besoin dÕ�tre crŽŽe par une crŽation et ainsi ˆ lÕinfini. Donc la crŽation nÕest rien dans la nature des choses.

q. 3 a. 3Arg. 3 Praeterea, omne quod est, vel est substantia vel accidens. Sed creatio non est substantia, cum non sit nec materia neque forma neque compositum, ut de facili patere potest : nec etiam accidens, quia accidens sequitur suum subiectum ; creatio autem est naturaliter prior creato, quod nullum sibi supponit subiectum. Ergo creatio non est aliquid in rerum natura.

3. Tout ce qui existe est substance ou accident. Mais la crŽation nÕest pas une substance, puisque elle nÕest ni mati�re, ni forme, ni composŽ, comme on peut le dŽcouvrir facilement. Elle nÕest pas non plus un accident parce que celui-ci suit son substrat. Mais la crŽation est naturellement antŽrieure au crŽŽ, parce quÕil ne suppose en soi aucun substrat. Donc la crŽation nÕest rien dans la nature des choses.

q. 3 a. 3Arg. 4 Praeterea, sicut se habet generatio ad rem generatam, ita se habet creatio ad rem creatam. Sed generationis subiectum non est res generata, sed magis terminus ; subiectum vero eius est materia prima, ut dicitur in de Generat. et Corrupt. Ergo nec subiectum creationis est res creata. Nec potest dici quod subiectum eius sit aliqua materia, cum res creata non creetur ex aliqua materia. Ergo creatio non habet subiectum aliquod, et ita non est accidens. Constat autem quod non est substantia. Ergo non est aliquid in rerum natura.

4. La crŽation se comporte vis-ˆ-vis de la crŽature comme la gŽnŽration vis-ˆ-vis de l'engendrŽ. Mais le substrat de la gŽnŽration nÕest pas ce qui est engendrŽ, mais cÕest plut™t son terme. Son substrat est la mati�re premi�re, comme il est dit dans La gŽnŽration et la corruption (texte 1). Donc le substrat de la crŽation nÕest pas la crŽature. Et on ne peut pas dire que son substrat soit une certaine mati�re puisque la crŽature nÕest pas crŽŽe ˆ partir de la mati�re. Donc la crŽation nÕa pas de substrat et ainsi elle nÕest pas un accident. Il est clair quÕelle nÕest pas une substance. Donc elle nÕest rien[258] dans la nature des choses.

q. 3 a. 3Arg. 5 Praeterea, si creatio est aliquid in rerum natura, cum non sit mutatio, ut supra dictum est, maxime videtur esse relatio. Sed non est relatio, cum in nulla relationis specie contineri possit. Simpliciter enim non enti, ex quo est relatio, ens simpliciter neque supponitur neque aequatur. Ergo creatio non est aliquid in rerum natura.

5. Si la crŽation est quelque chose dans la nature des choses, comme elle nÕest pas changement, comme on l'a dit plus haut, elle para”t �tre surtout une relation. Mais ce nÕen est pas une, puisquÕelle ne peut �tre contenue dans aucune esp�ce de relation. Car lÕŽtant nÕest absolument ni soumis, ni ŽgalŽ au non Žtant absolu dÕo� part la relation. Donc la crŽation nÕest rien dans la nature des choses.

q. 3 a. 3Arg. 6 Praeterea, si creatio importet relationem entis creati ad Deum a quo esse habet ; cum ista relatio semper maneat in creatura, non solum quando incipit esse, sed quamdiu res est ; continue aliquid crearetur : quod videtur absurdum. Ergo creatio non est relatio : et sic idem quod prius.

6. Si la crŽation apporte une relation de lÕŽtant crŽŽ ˆ Dieu de qui il tient lÕ�tre, comme cette relation demeure toujours dans la crŽature, non seulement quand elle commence ˆ �tre, mais aussi longtemps qu'elle existe, quelque chose serait crŽŽ continuellement, ce qui para”t absurde. Donc la crŽation nÕest pas une relation et ainsi de m�me que plus haut.

q. 3 a. 3Arg. 7 Praeterea, omnis relatio realiter in rebus existens, acquiritur ex aliquo quod est diversum ab ipsa relatione, sicut aequalitas a quantitate, et similitudo a qualitate. Si ergo creatio sit aliqua relatio in creatura realiter existens, oportet quod differat ab eo ex quo acquiritur relatio. Hoc autem est quod per creationem accipitur. Sequitur ergo quod ipsa creatio non sit per creationem accepta ; et ita sequitur quod sit aliquid increatum : quod est impossibile.

7. Toute relation qui existe rŽellement dans les choses est acquise de quelque chose qui est diffŽrent de la relation m�me, comme lÕŽgalitŽ est diffŽrente de la quantitŽ et la ressemblance de la qualitŽ. Donc si la crŽation est une relation qui existe rŽellement dans la crŽature, il faut quÕelle diff�re de ce par quoi la relation est acquise. Mais cÕest ce qui est re�u par crŽation. Donc il sÕensuit que la crŽation m�me ne serait pas re�ue par une crŽation et ainsi il en dŽcoule quÕelle serait quelque chose dÕincrŽŽ, ce qui est impossible.

q. 3 a. 3Arg. 8 Praeterea, omnis mutatio reducitur ad illud genus ad quod terminatur, sicut alteratio ad qualitatem, et augmentum ad quantitatem ; et propter hoc dicitur, in III Phys., quod quot sunt species entis, tot sunt species motus. Sed creatio terminatur ad substantiam ; nec tamen potest dici quod sit in genere substantiae, ut supra, argum. 3, dictum est. Ergo non videtur quod sit aliquid secundum rem.

8. Tout changement est ramenŽ au genre o� il se termine, comme lÕaltŽration ˆ la qualitŽ et la croissance ˆ la quantitŽ et ˆ cause de cela il est dit (III Physique, 201 a 8[259]) qu'il y a autant dÕesp�ces de mouvements qu'il y a d'esp�ces d'Žtants. Mais la crŽation se termine ˆ la substance ; et cependant on ne peut pas dire quÕelle soit dans le genre de la substance, comme on l'a dit ci-dessus ˆ l'objection 3. Donc il ne para”t pas que ce soit quelque chose de rŽel.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 3 s. c. 1 Sed contra. Si creatio non est aliqua res, ergo nec aliquid realiter creatur. Hoc autem apparet esse falsum. Ergo creatio aliquid est in rerum natura.

1. Si la crŽation nÕest rien, donc rien nÕest rŽellement crŽŽ. Ce qui para”t faux. Donc la crŽation est quelque chose dans la nature des choses.

q. 3 a. 3 s. c. 2 Praeterea, ex hoc Deus est dominus creaturae, quia eam creando in esse produxit. Sed dominium est quaedam relatio realiter in creatura existens. Ergo multo fortius creatio.

2. Dieu est le ma”tre de la crŽature, parce quÕen la crŽant, il lÕa fait venir ˆ lÕ�tre. Mais son pouvoir est une relation, qui existe rŽellement dans la crŽature. Donc la crŽation encore beaucoup plus.

 

RŽponse :

q. 3 a. 3 co. Respondeo. Dicendum quod quidam dixerunt creationem aliquid esse in rerum natura medium inter creatorem et creaturam. Et quia medium neutrum extremorum est, ideo sequebatur quod creatio neque esset creator neque creatura. Sed hoc a magistris erroneum est iudicatum, cum omnis res quocumque modo existens non habeat esse nisi a Deo, et sic est creatura.

Certains ont dit que la crŽation est quelque chose dans la nature des choses, intermŽdiaire entre le crŽateur et la crŽature. Et parce quÕil n'y a aucun intermŽdiaire entre les extr�mes, il sÕensuivrait que la crŽation ne serait ni crŽateur, ni crŽature. Mais cela a ŽtŽ jugŽ faux par les docteurs, puisque toute chose de quelque mani�re qu'elle existe nÕa lÕ�tre que de Dieu et est ainsi une crŽature.

Et ideo alii dixerunt, quod ipsa creatio non ponit aliquid realiter ex parte creaturae. Sed hoc etiam videtur inconveniens. Nam in omnibus quae secundum respectum ad invicem referuntur, quorum unum ab altero dependet, et non e converso, in eo quod ab altero dependet, relatio realiter invenitur, in altero vero secundum rationem tantum ; sicut patet in scientia et scibili, ut dicit philosophus. Creatura autem secundum nomen refertur ad creatorem. Dependet autem creatura a creatore, et non e converso. Unde oportet quod relatio qua creatura ad creatorem refertur, sit realis ; sed in Deo est relatio secundum rationem tantum. Et hoc expresse dicit Magister in I Sent. distinct. 30.

A cause de cela, dÕautres ont dit que la crŽation elle-m�me nÕŽtablit rien en rŽalitŽ du c™tŽ de la crŽature. Mais cela ne para”t pas convenir. Car dans tout ce qui est mis en relation rŽciproquement sous un rapport dont lÕun dŽpend de lÕautre et non le contraire, dans ce qui dŽpend de lÕun, on trouve rŽellement une relation, mais dans lÕautre on la trouve en raison seulement, comme cela para”t dans la science et le savoir, comme le philosophe le dit, (MŽtaphysique V, 20, 1022 b 5[260]). La crŽature d'apr�s son nom a rapport au crŽateur. Elle dŽpend de lui, et non le contraire. Donc il faut que la relation, par laquelle la crŽature est rŽfŽrŽe au crŽateur, soit rŽelle. Mais en Dieu ce nÕest quÕune relation de raison seulement. Et cela le Ma”tre le dit expressŽment (I Sent., d. 30).

Et ideo dicendum est, quod creatio potest sumi active et passive. Si sumatur active, sic designat Dei actionem, quae est eius essentia, cum relatione ad creaturam ; quae non est realis relatio, sed secundum rationem tantum. Si autem passive accipiatur, cum creatio, sicut iam supra dictum est, proprie loquendo non sit mutatio, non potest dici quod sit aliquid in genere passionis, sed est in genere relationis.

Et c'est pourquoi il faut dire que la crŽation peut �tre considŽrŽe de fa�on active ou passive. Si on la consid�re comme active, elle dŽsigne ainsi lÕaction de Dieu, qui est son essence, avec relation ˆ la crŽature, qui nÕest pas une relation rŽelle, mais de raison seulement. Si on la prend au sens passif, la crŽation, comme on lÕa dit plus haut, ˆ proprement parler nÕest pas un changement, on ne peut pas dire quÕelle soit quelque chose (aliquid) dans le genre de la passivitŽ, mais elle est dans celui en relation.

Quod sic patet. In omni vera mutatione et motu invenitur duplex processus. Unus ab uno termino motus in alium, sicut ab albedine in nigredinem ; alius ab agente in patiens, sicut a faciente in factum. Sed hi processus non similiter se habent in ipso moveri, et in termino motus. Nam ipso moveri, id quod movetur recedit ab uno termino motus et accedit ad alterum ; quod non est in termino motus ; ut patet in eo quod movetur de albedine in nigredinem : quia in ipso termino motus iam non accedit in nigredinem, sed incipit esse nigrum. Similiter dum est in ipso moveri, patiens vel factum transmutatur ab agente ; cum autem est in termino motus, non ulterius transmutatur ab agente, sed consequitur factum quamdam relationem ad agentem, prout habet esse ab ipso, et prout est ei simile quoquomodo, sicut in termino generationis humanae consequitur natus filiationem.

Ce qui appara”t ainsi : en tout vrai changement et vrai mouvement, on trouve un double processus. LÕun est le mouvement dÕun terme ˆ un autre, comme de la blancheur ˆ la noirceur ; lÕautre de lÕagent au patient, comme de celui qui fait ˆ ce qui est fait. Mais ces processus ne se comportent pas de la m�me mani�re, dans le mouvement lui-m�me et au terme du mouvement. Car par la mise en mouvement m�me, ce qui est mž sÕŽloigne dÕun terme du mouvement et arrive ˆ un autre, ce qui nÕest pas dans le terme du mouvement ; comme cela para”t dans ce qui passe de la blancheur ˆ la noirceur ; parce quÕau terme m�me du mouvement dŽjˆ, il nÕarrive pas encore ˆ la noirceur, mais il commence ˆ �tre noir. De m�me pendant quÕil est dans le mouvement m�me, le patient ou ce qui est fait, est changŽ par lÕagent, mais quand il est au terme du mouvement, il nÕest plus changŽ par lÕagent, mais ce qui est fait re�oit une relation ˆ lÕagent dans la mesure o� il a lÕ�tre de lui, et o� il lui est semblable dÕune certaine mani�re, comme au terme de la gŽnŽration humaine, lÕenfant re�oit la filiation.

Creatio autem, sicut dictum est, non potest accipi ut moveri, quod est ante terminum motus, sed accipitur ut in facto esse ; unde in ipsa creatione non importatur aliquis accessus ad esse, nec transmutatio a creante, sed solummodo inceptio essendi, et relatio ad creatorem a quo esse habet ; et sic creatio nihil est aliud realiter quam relatio quaedam ad Deum cum novitate essendi.

Mais la crŽation, comme on lÕa dit (art. prŽcŽd.) ne peut �tre re�ue comme une mise en mouvement qui est avant le terme du mouvement, mais elle est re�ue comme �tre dans ce qui est fait ; c'est pourquoi dans la crŽation m�me, ce nÕest pas un acc�s ˆ l'�tre qui est apportŽ, ni un changement par le crŽateur, mais seulement un commencement dÕ�tre et une relation au crŽateur de qui il tient lÕ�tre et ainsi la crŽation nÕest rŽellement rien dÕautre quÕune relation ˆ Dieu avec la nouveautŽ de lÕ�tre.

 

Solutions :

q. 3 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in creatione non ens non se habet sicut recipiens divinam actionem, sed id quod creatum est, ut supra dictum est.

# 1. Dans la crŽation, le non Žtant ne se comporte pas comme recevant lÕaction divine, mais cÕest ce qui est crŽŽ, comme on lÕa dit ci-dessus[261].

q. 3 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod creatio active accepta significat divinam actionem cum quadam relatione cointellecta, et sic est increatum ; accepta vero passive, sicut dictum est, realiter relatio quaedam est significata per modum mutationis ratione novitatis vel inceptionis importatae. Haec autem relatio, creatura quaedam est, accepto communiter nomine creaturae pro omni eo quod est a Deo. Nec oportet procedere in infinitum, quia creationis relatio non refertur ad Deum alia relatione reali, sed seipsa. Nulla enim relatio refertur alia relatione, ut Avicenna dicit in sua Metaph. Si vero nomen creaturae accipiamus magis stricte pro eo tantum quod subsistit (quod proprie fit et creatur, sicut proprie habet esse), tunc relatio praedicta non est quoddam creatum, sed concreatum, sicut nec est ens proprie loquendo, sed inhaerens. Et simile est de omnibus accidentibus.

# 2. La crŽation, prise au sens actif, signifie lÕaction divine avec une relation con�ue en m�me temps, et ainsi cÕest de lÕincrŽŽ ; mais prise au sens passif, comme on lÕa dit, une relation est rŽellement dŽsignŽe par mode de changement en raison de la nouveautŽ, ou du commencement qui est apportŽ. Mais cette relation est une crŽature ; on accepte communŽment le nom de crŽature pour tout ce qui vient de Dieu. Et il ne faut pas procŽder ˆ lÕinfini, parce que la relation de crŽation n'est pas en rapport avec Dieu par une autre relation rŽelle, mais par elle-m�me. Car aucune relation n'est en rapport avec une autre relation, comme Avicenne le dit (MŽtaphysique l. III, ch. 10). Si nous acceptons le nom de crŽature plus strictement pour autant qu'elle subsiste seulement (ce qui proprement est fait et crŽŽ, comme ayant proprement lÕ�tre, alors cette relation nÕest pas quelque chose de crŽŽ, mais quelque chose de concrŽŽ, de m�me quÕelle nÕest pas un Žtant ˆ proprement parler, mais quelque chose dÕinhŽrent. Il en est de m�me de tous les accidents[262].

q. 3 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod illa relatio accidens est, et secundum esse suum considerata, prout inhaeret subiecto, posterius est quam res creata ; sicut accidens subiecto, intellectu et natura, posterius est ; quamvis non sit tale accidens quod causetur ex principiis subiecti. Si vero consideretur secundum suam rationem, prout ex actione agentis innascitur praedicta relatio, sic est quodammodo prior subiecto, sicut ipsa divina actio, est eius causa proxima.

# 3. Cette relation est un accident et considŽrŽe selon son �tre, dans la mesure o� elle adh�re au substrat, elle est postŽrieure ˆ ce qui est crŽŽ ; comme lÕaccident est postŽrieur au substrat, en esprit et par nature ; bien que ce ne soit pas un accident tel qu'il soit causŽ ˆ partir des principes du substrat. Si on la consid�re selon sa raison, dans la mesure o� la relation susdite na”t de lÕaction de lÕagent, elle est ainsi dÕune certaine mani�re avant le substrat, de m�me que lÕaction divine m�me, elle est sa cause la plus proche.

q. 3 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod in generatione est et mutatio et relatio, qua refertur genitum ad generans. Ratione ergo mutationis non habet pro subiecto ipsum generatum, sed eius materiam ; sed ratione relationis habet subiectum ipsum generatum. In creatione vero est relatio, sed non mutatio proprie, ut dictum est ; et ideo non est simile.

# 4. Dans la gŽnŽration il y a un changement et une relation, par laquelle lÕengendrŽ est en rapport avec celui qui lÕengendre. Donc par sa raison de changement elle nÕa pas pour substrat ce qui est engendrŽ mais sa mati�re ; mais par sa raison de relation, elle a comme substrat ce qui est engendrŽ. Mais dans la crŽation, il y a une relation mais pas de changement ˆ proprement parler, comme on lÕa dit ; et cÕest pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 3 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod relatio praedicta non est intelligenda entis ad non ens ; quia talis relatio non potest esse realis, ut Avicenna dicit, sed est entis creati ad creatorem ; unde patet quod est relatio suppositionis.

# 5. La relation dont on a parlŽ, nÕest pas ˆ comprendre de lÕŽtant au non Žtant, parce quÕune telle relation ne peut pas �tre rŽelle, comme le dit Avicenne (MŽtaphysique III, dernier chapitre) mais elle est de lÕŽtant crŽŽ au CrŽateur. C'est pourquoi il appara”t que cÕest une relation d'assujettissement.

q. 3 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod creatio importat relationem praedictam cum novitate essendi ; unde non oportet quod res, quandocumque est, creetur, licet semper referatur ad Deum : quamvis non esset inconveniens dicere quod sicut aer quamdiu lucet, illuminetur a sole, ita creatura, quamdiu habet esse, fiat a Deo, ut etiam Augustinus dicit super Genes. ad Litt. Sed in hoc non est diversitas nisi secundum nomen, prout nomen creationis potest accipi cum novitate, vel sine.

# 6. La crŽation apporte la relation dont on a parlŽ avec la nouveautŽ de lÕ�tre ; c'est pourquoi il ne faut pas que la chose, tant quÕelle existe, soit crŽŽe, bien quÕelle soit toujours en rapport avec Dieu. Cependant il nÕaurait pas ŽtŽ inconvenant de dire que, de m�me que tant que lÕair brille, il est illuminŽ par le soleil, de m�me la crŽature tant quÕelle a lÕ�tre, est crŽŽe par Dieu, comme Augustin aussi le dit (La Gen�se au sens littŽral, VIII, 12). Mais en cela il nÕy a diffŽrence que de nom, selon que le nom de crŽation peut �tre re�u avec la nouveautŽ ou sans elle.

q. 3 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod id ex quo acquiritur relatio creationis principaliter, est res subsistens, a qua differt ipsa creationis relatio, quae et ipsa creatura est ; et non principaliter, sed quasi secundario, sicut quid concreatum.

# 7. Ce dont est acquise la relation de crŽation principalement est ce qui subsiste, dont diff�re la relation m�me de crŽation, qui est elle-m�me crŽature ; et non principalement, mais comme secondairement, comme quelque chose de concrŽŽ.

q. 3 a. 3 ad 8 Ad octavum dicendum, quod motus reducitur ad genus sui termini, in quantum proceditur de potentia in actum : nam in ipso motu terminus motus est in potentia, et potentia et actus reducuntur ad idem genus. In creatione autem non est exitus de potentia in actum ; et ideo non est simile.

# 8. Le mouvement est ramenŽ au genre de son terme, dans la mesure o� il passe de la puissance ˆ lÕacte. Car dans le mouvement m�me, le terme du mouvement est en puissance et la puissance et lÕacte sont ramenŽ au m�me genre. Dans la crŽation, il nÕy a pas de passage de puissance ˆ lÕacte et ainsi ce nÕest pas pareil.

 

 

 

Article 4 Ñ Le pouvoir ou m�me lÕacte de crŽer peut-il �tre communiquŽ ˆ une crŽature ?

q. 3 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum potentia creandi sit alicui creaturae communicabilis, vel etiam actus creationis Et videtur quod sic.

Il semble que oui[263].

 

Objections :

q. 3 a. 4Arg. 1 Eodem enim modo et ordine quo res exeunt a primo principio, reordinantur in ultimum finem, cum idem sit primum principium et ultimus rerum finis. Sed inferiores creaturae ordinantur in Deum sicut in finem mediantibus superioribus creaturis ; quia, sicut Dionysius dicit, lex divinitatis est, per prima, ultima ad se adducere. Ergo et creaturae inferiores exeunt a primo principio per creationem mediantibus superioribus creaturis ; et ita creationis actus creaturae communicatur.

1. De la m�me mani�re et dans le m�me ordre que les crŽatures sortent du premier principe, elles sont rŽordonnŽes ˆ leur fin ultime, puisque le premier principe et la fin ultime des �tres sont identiques. Mais les crŽatures infŽrieures sont ordonnŽes ˆ Dieu comme ˆ leur fin par lÕintermŽdiaire des crŽatures supŽrieures, parce que, comme le dit Denys (La HiŽrarchie cŽleste, 5,1) la loi de la divinitŽ est de reconduire ˆ elle les derni�res par les premi�res. Donc les crŽatures infŽrieures sortent du premier principe par crŽation, par lÕintermŽdiaire des crŽatures supŽrieures, et cÕest ainsi que lÕacte de crŽation est communiquŽ ˆ la crŽature.

q. 3 a. 4Arg. 2 Praeterea, illud quod communicatum creaturae non trahit ipsam extra terminos creaturae, est alicui creaturae communicabile per potentiam creatoris, qui potest etiam nova genera condere creaturarum. Sed posse creare, si creaturae communicaretur, non poneret ipsam extra terminos creaturae. Ergo posse creare est creaturae communicabile. Probatio mediae. Illud dicitur extra terminos creaturae rem aliquam ponere quod rationi creaturae repugnat. Posse autem creare non repugnat rationi creaturae, nisi propter infinitatem virtutis quae videtur ad creationem requiri. Non autem requiritur, ut videtur ; nam unumquodque tantum distat ab uno oppositorum quantum de natura alterius participat. Tantum enim aliquid est album, quantum distat a nigro. Ens autem creatum finite participat naturam entis. Ergo finite distat a non esse simpliciter. Educere autem aliquid in esse ex distantia finita, non demonstrat potentiam infinitam ; et sic relinquitur quod potentiae finitae possit esse creationis actus ; et sic posse creare rationi creaturae non repugnat, nec ponit ipsam extra terminos creaturae.

2. [1] Ce qui est communiquŽ ˆ la crŽature et ne lÕentra”ne pas hors de ses limites, lui est communicable par la puissance du crŽateur, qui peut m�me crŽer de nouveaux genres de crŽatures. [2] Mais le pouvoir de crŽer, sÕil Žtait communiquŽ ˆ la crŽature, ne la mettrait pas hors de ses limites. [3] Donc le pouvoir de crŽer lui est communicable. Preuve intermŽdiaire[264] : [2] on dit que ce qui place une chose hors des limites de la crŽature s'oppose ˆ sa nature. Mais pouvoir crŽer ne s'oppose ˆ la nature de la crŽature quÕˆ cause de lÕinfinitŽ du pouvoir qui semble requis pour la crŽation. Mais ce nÕest pas requis, ˆ ce quÕil semble, car chaque chose est ŽloignŽe de lÕun de ses opposŽs qu'autant quÕelle participe ˆ la nature de lÕautre. Car plus un objet est blanc, plus il est ŽloignŽ du noir. Mais lÕŽtant crŽŽ participe de fa�on limitŽe ˆ la nature de lÕŽtant. Donc, il est ŽloignŽ du non �tre absolu de fa�on limitŽe. Amener quelque chose ˆ lÕ�tre ˆ partir dÕune distance finie ne rŽv�le pas une puissance infinie et ainsi il reste que lÕacte de crŽation pourrait appartenir ˆ une puissance finie et ainsi le pouvoir de crŽer n'est pas opposŽ ˆ la condition de crŽature et il ne la place pas hors de ses limites.

q. 3 a. 4Arg. 3 Sed diceretur, quod hoc quod dicitur, quod unumquodque tantum distat ab uno oppositorum quantum participat de alio, locum habet in illis oppositis quorum utrumque est natura quaedam, sicut sunt contraria ; non autem in illis quorum alterum tantum est natura, sicut in privatione et habitu, affirmatione et negatione.- Sed contra, praedicta oppositio locum habet in contrariis secundum hoc quod ad invicem distant ; quod quidem eis competit in quantum opposita sunt. Sed causa oppositionis in contrariis et radix, est oppositio affirmationis et negationis, ut probatur. Ergo in oppositione affirmationis et negationis maxime debet locum habere.

3. Mais on pourrait dire que cette assertion : chaque chose est ŽloignŽe de lÕun de ses opposŽs quÕautant quÕelle participe de l'autre, trouve sa place dans ces opposŽs dont lÕun et lÕautre sont une certaine nature, comme le sont les contraires, mais non dans ceux dont l'un seulement est cette nature, ainsi dans la privation, et la possession, lÕaffirmation et la nŽgation. En sens contraire, lÕopposition susdite trouve sa place dans les contraires selon qu'ils sont ŽloignŽs lÕun de lÕautre, ce qui se rencontre en eux dans la mesure o� ils sont opposŽs. Mais la cause de lÕopposition dans les contraires, ainsi que sa racine est lÕopposition de lÕaffirmation et de la nŽgation, comme on le prouve (Cf. MŽtaphysique, IV, 6, 1011 b 20[265]). Donc cÕest dans lÕopposition de lÕaffirmation et de la nŽgation quÕelle doit avoir lieu.

q. 3 a. 4Arg. 4 Praeterea, secundum Augustinum tripliciter res fieri dicuntur. Uno modo in verbo, alio modo in angelica cognitione, et tertio modo in propria natura. Propter quod Genes., I, 1-2, dicit : dixit, fiat, et factum est. Modus autem quo res dicuntur in angelica intelligentia fieri, medius est inter illos duos modos. Ergo videtur quod res creatae procedant ut sint in propria natura a verbo creatoris cognitione angelica mediante ; et sic videtur quod mediantibus Angelis res creentur.

4. Selon Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II, 8, 16[266]), dit quÕune chose est faite de trois fa�ons : 1) dans le Verbe, 2) dans la connaissance angŽlique, 3) dans sa nature propre. CÕest pour cela que la Gen�se (1, 1-2) dit : ÇIl dit : que cela soit fait et cela fut faitÈ. Mais la mani�re dont on dit que les choses sont crŽŽes dans lÕintelligence angŽlique est intermŽdiaire entre ces deux modes. Donc il semble que les crŽatures proc�dent, pour venir ˆ lÕ�tre dans leur propre nature, du Verbe du CrŽateur, par lÕintermŽdiaire de la connaissance angŽlique, et ainsi il semble que les choses sont crŽŽes par lÕintermŽdiaire des anges.

q. 3 a. 4Arg. 5 Praeterea, nihil et aliquid plus distant quam aliquid et esse, cum nihil et aliquid nihil habeant commune, aliquid autem sit entis pars. Deus autem facit creando, ut quod nihil erat, aliquid fiat, et per consequens quod nulla potentia fiat aliqua potentia. Ergo multo amplius facere potest quod aliqua potentia terminata, cuiusmodi est potentia creaturae, fiat omnipotentia, cuius est creare. Et sic communicari potest creaturae quod creet.

5. Il y a plus de distance entre le nŽant et une chose quÕentre une chose et lÕ�tre[267], puisque le nŽant et la chose nÕont rien de commun[268], alors que la chose est une partie de lÕŽtant. Mais Dieu, en crŽant, fait que ce qui Žtait nŽant devienne quelque chose et par consŽquent quÕune puissance nulle devienne une puissance. Donc il peut faire beaucoup plus, ˆ savoir qu'une puissance limitŽe, de quelque mani�re que soit la puissance de la crŽature, devienne une toute puissance qui crŽe. Et ainsi le pouvoir de crŽer peut �tre communiquŽ ˆ la crŽature.

q. 3 a. 4Arg. 6 Praeterea, lux spiritualis est nobilior et potentior quam corporalis. Sed lux corporalis se ipsam multiplicat. Ergo Angelus, qui est lux spiritualis secundum Augustinum, potest se ipsum multiplicare. Sed hoc non potest facere nisi creando. Ergo Angelus potest creare.

6. La lumi�re spirituelle est plus noble et plus puissante que la lumi�re corporelle. Mais celle-ci se multiplie elle-m�me. Donc lÕange, qui est lumi�re spirituelle selon Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II, 8, 17[269]) peut se multiplier lui-m�me. Mais il ne peut le faire quÕen crŽant. Donc lÕange peut crŽer.

q. 3 a. 4Arg. 7 Praeterea, cum formae substantiales non generentur, eo quod solum compositum generatur, ut probat philosophus, non possunt deduci in esse nisi per creationem. Sed natura creata disponit materiam ad formam. Ergo ministerio aliquid operatur ad creationem ; et sic communicari potest creaturae, quod habeat in creatione ministerium.

7. Comme les formes substantielles ne sont pas engendrŽes, parce que seul le composŽ est engendrŽ, comme le prouve le philosophe (MŽtaphysique VII, 8, 1033 b 5 - 1033b 16[270]), elles ne peuvent venir ˆ lÕ�tre que par crŽation. Mais la nature crŽŽe dispose la mati�re pour la forme. Donc par fonction, quelque chose travaille pour la crŽation, et ainsi le fait dÕavoir cette fonction dans la crŽation peut �tre communiquŽ ˆ la crŽature

q. 3 a. 4Arg. 8 Praeterea, opus iustificationis est nobilius quam creationis, cum gratia sit supra naturam. Unde et Augustinus dicit quod maius est iustificare impium quam creare caelum et terram. Sed in iustificatione impii ministerium exhibet creatura : sacerdos enim dicitur ut minister iustificare, sive peccata remittere. Ergo multo magis potest creatura ministerium exhibere in creationis actu.

8. LÕÏuvre de justification est plus noble que celle de crŽation, puisque la gr‰ce est au-dessus de la nature. DÕo� ce que dit Augustin (Sur saint Jean, traitŽ 34) quÕil est plus important de justifier un impie que de crŽer le ciel et la terre. Mais dans la justification de lÕimpie, la crŽature rŽv�le son minist�re ; car on dit que le pr�tre justifie ou remet les pŽchŽs en tant que ministre. Donc la crŽature peut beaucoup plus montrer sa fonction dans lÕacte de crŽation

q. 3 a. 4Arg. 9 Praeterea, oportet omne factum simile esse agenti, ut probatur in VII Metaph. Sed creatura corporalis non est similis Deo neque specie neque genere. Ergo non potest a Deo per creationem procedere nisi mediante aliqua creatura, quae sit similis saltem in genere ; et sic videtur quod res corporales creentur a Deo mediantibus superioribus creaturis.

9. Il faut que tout ce qui est fait ressemble ˆ lÕagent, comme on le prouve (MŽtaphysique VII, 8, 1033 b 29[271]). Mais la crŽature corporelle nÕest semblable ˆ Dieu ni en esp�ce ni en genre. Donc elle ne peut procŽder de Dieu par crŽation que par lÕintermŽdiaire dÕune crŽature, qui serait semblable, au moins en genre. Et ainsi il semble que ce qui est corporel est crŽŽ par Dieu par lÕintermŽdiaire des crŽatures supŽrieures.

q. 3 a. 4Arg. 10 Praeterea, in Lib. de causis dicitur, quod illa quae est intelligentia secunda, non recipit ex bonitatibus primis, quae procedunt ex causa prima, nisi mediante intelligentia superiori. Sed de primis bonitatibus est ipsum esse. Ergo intelligentia secunda non recipit esse a Deo nisi mediante intelligentia prima ; et sic videtur quod Deus actum creationis alicui creaturae communicet.

10. Dans le Livre des Causes (prop. 19[272]), il est dit que celle qui est lÕintelligence seconde ne re�oit des perfections premi�res qui proc�dent de la cause premi�re, que par lÕintermŽdiaire de l'intelligence supŽrieure[273]. Mais l'�tre m�me vient des bontŽs premi�res. Donc lÕintelligence seconde ne re�oit lÕ�tre de Dieu que par lÕintermŽdiaire de l'intelligence premi�re et ainsi il appara”t que Dieu communique lÕaction de crŽer ˆ une crŽature.

q. 3 a. 4Arg. 11 Praeterea, in eodem Lib. dicitur, quod intelligentia scit quod sub se est, per modum substantiae suae, in quantum est ei causa. Sed una intelligentia cognoscit intelligentiam aliam quae est sub ipsa : ergo est eius causa. Sed non causatur nisi per creationem, cum non sit composita. Ergo intelligentia creare potest.

11. Dans le m�me livre (prop. 8[274]), on dit que lÕintelligence conna”t ce qui est sous elle, au moyen de sa substance, dans la mesure o� elle en est la cause. Mais une intelligence en conna”t une autre qui est sous elle. Donc elle en est la cause. Mais elle nÕest causŽe que par crŽation, puisquÕelle nÕest pas composŽe. Donc lÕintelligence peut crŽer.

q. 3 a. 4Arg. 12 Praeterea, Augustinus dicit, quod creatura spiritualis communicat corporali speciem et esse ; et sic videtur quod creaturae corporales creentur mediantibus spiritualibus.

12. Augustin (L'immortalitŽ de l'‰me, XVI, 25[275]) dit que la crŽature spirituelle communique ˆ la crŽature corporelle lÕesp�ce et lÕ�tre et ainsi il semble que les crŽatures corporelles seraient crŽŽes par lÕintermŽdiaire des crŽatures spirituelles.

q. 3 a. 4Arg. 13 Praeterea, duplex est cognitionis genus ; una siquidem cognitio est ad rem, et alia quae est a rebus. Angelus autem cognoscit res corporales non cognitione quae est a rebus, cum careat potentiis sensitivis, quibus mediantibus pervenit cognitio sensibilium ad intellectum. Ergo cognoscit res cognitione quae est ad rem, quae est similis divinae cognitioni. Sicut ergo Deus per suam scientiam est causa rerum, ita et scientia Angeli rerum causa esse videtur.

13. Il y a deux sortes de connaissance : la premi�re va vers l'objet, l'autre en vient. Or lÕange conna”t ce qui est corporel, non par une connaissance qui vient de la rŽalitŽ, puisquÕil nÕa pas d'organes sensitifs par lÕintermŽdiaire desquelles la connaissance du sensible lui parvient ˆ lÕesprit. Donc il le conna”t dÕune connaissance qui va vers l'objet et qui est semblable ˆ la connaissance divine. Donc, comme Dieu, par sa science, est la cause des choses, ainsi la science de lÕange semble aussi en �tre la cause.

q. 3 a. 4Arg. 14 Praeterea, duplex est modus quo res in esse exeunt : unus secundum quod exeunt de puro non esse in esse, quod fit per creationem : alius secundum quod exeunt de potentia in actum. Virtus autem materialis, quae est rerum naturalium, potest res producere modo secundo, scilicet extrahendo res de potentia in actum. Ergo virtus immaterialis, quae est potentior, qualis est virtus Angeli, potest aliquid producere in esse modo primo, quod est maioris virtutis, scilicet de puro non esse in esse, quod est creare ; et sic videtur quod Angelus possit creare.

14. Le processus par lequel les �tres viennent ˆ l'existence est double : 1) ils passent du pur non �tre ˆ lÕ�tre, ce qui se fait par crŽation ; 2) ils passent de la puissance ˆ lÕacte[276]. Mais le pouvoir matŽriel des choses naturelles peut produire des �tres de la seconde mani�re, cÕest-ˆ-dire en les faisant passer de la puissance ˆ lÕacte. Donc un pouvoir immatŽriel qui est plus puissant, tel celui de lÕange, peut amener ˆ lÕ�tre de la premi�re mani�re, ce qui dŽpend dÕun plus grand pouvoir, cÕest-ˆ-dire [l'amener] du pur non �tre ˆ lÕ�tre, ce qui est crŽer et ainsi il semble que lÕange puisse crŽer.

q. 3 a. 4Arg. 15 Praeterea, infinito non est maius aliquid. Sed infinitae potentiae est educere aliquid de nihilo in esse : alias nihil prohiberet creaturas creare. Nulla ergo potentia potest esse maior quam ista. Et sic non est maius facere creaturam ex nihilo et dare ei potentiam creandi quam creare. Primum autem Deus potest. Ergo et secundum.

15. Rien nÕest plus grand que lÕinfini. Mais c'est le pouvoir dÕune puissance infinie de faire passer quelque chose du nŽant ˆ lÕ�tre ; autrement, rien nÕemp�cherait de crŽer des crŽatures. Donc nulle puissance ne peut �tre plus grande que celle-la. Et ainsi ce nÕest pas plus grand de faire une crŽature de rien et lui donner la puissance de crŽer que crŽer. Dieu peut le premier. Donc aussi le second.

q. 3 a. 4Arg. 16 Praeterea, quanto maior est resistentia patientis ad agens, tanto maior est difficultas in agendo. Sed contrarium magis resistit quam non ens ; non ens enim agere non potest sicut agit contrarium. Cum ergo creatura possit aliquid ex contrario facere, videtur quod multo magis possit aliquid facere ex nihilo, quod est creare. Ergo potest creatura creare.

16. Plus grande est la rŽsistance du patient ˆ lÕagent, plus grande est la difficultŽ de celui-ci pour agir. Mais le contraire rŽsiste plus que le non �tre, car le non �tre ne peut agir comme agit le contraire. Comme donc la crŽature pourrait faire quelque chose de contraire, il semble quÕelle puisse beaucoup plus faire quelque chose de rien, ce qui est crŽer. Donc une crŽature peut crŽer.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 4 s. c. 1 Sed contra. Ens et non ens in infinitum distant. Sed operari aliquid ex distantia infinita est infinitae virtutis. Ergo creare est infinitae virtutis ; et ita non potest alicui creaturae communicari.

1. LÕŽtant et le non Žtant sont sŽparŽs par une distance infinie[277]. Mais produire quelque chose ˆ partir dÕune distance infinie dŽpend dÕun pouvoir infini. Donc crŽer est le propre dÕun pouvoir infini, et il ne peut �tre communiquŽ ˆ aucune crŽature.

q. 3 a. 4 s. c. 2 Praeterea, superiores creaturae ut Angeli, secundum Dionysium dividuntur in essentiam, virtutem, et operationem : ex quo haberi potest quod nullius creaturae virtus est sua essentia, et sic nulla creatura agit se tota, cum id quo res agit sit virtus eius. Sed secundum quod agens agit, effectus agitur. Ergo nulla creatura potest aliquem effectum totum producere ; et sic non potest creare, sed semper in sua actione materiam praesupponit.

2. Les crŽatures supŽrieures, comme les anges, selon Denys (La hiŽrarchie cŽleste, XI), sont divisŽes en essence, puissance et opŽration : de lˆ on peut constater que le pouvoir dÕaucune crŽature nÕest son essence et ainsi aucune crŽature nÕagit elle-m�me toute enti�re, puisque ce par quoi quelque chose agit cÕest sa puissance[278]. Mais lÕeffet est produit selon que lÕagent agit. Donc aucune crŽature ne peut produire un effet total, et ainsi elle ne peut crŽer, mais elle prŽsuppose toujours une mati�re pour son action.

q. 3 a. 4 s. c. 3 Praeterea, Augustinus dicit, quod Angeli non possunt esse creatores alicuius rei, nec boni nec mali. Inter ceteras vero creaturas Angelus est nobilior. Ergo multo minus aliqua alia creatura potest creare.

3. Augustin ( (La TrinitŽ, III, ch. 8 et 9[279]) dit que les anges ne peuvent �tre crŽateurs de rien, ni les bons ni les mauvais. Parmi les autres crŽatures, lÕange est le plus noble. Donc les autres peuvent encore beaucoup moins crŽer.

q. 3 a. 4 s. c. 4 Praeterea, eiusdem virtutis est creare et creaturas in esse conservare. Sed creaturae non possunt in esse conservari nisi per virtutem divinam, quae si se rebus subtraheret, in momento deficerent, secundum Augustinum. Ergo res non possunt creari nisi per virtutem divinam.

4. CrŽer et conserver les crŽatures dans lÕ�tre est un m�me pouvoir. Mais les crŽatures ne peuvent �tre conservŽes dans lÕ�tre que par le pouvoir divin ; sÕil se retirait des crŽatures, elles retourneraient au nŽant ˆ lÕinstant, selon Augustin (La Gen�se au sens littŽral, IV, 12, 22 et 23[280]). Donc les choses ne peuvent �tre crŽŽes que par la puissance divine.

q. 3 a. 4 s. c. 5 Praeterea, illud quod est alicuius proprie proprium, alteri convenire non potest. Sed creare dicitur communiter proprium esse Deo. Ergo creare non potest alteri convenire.

5. Ce qui est vraiment propre ˆ une chose ne peut convenir ˆ un autre. Mais on dit communŽment que crŽer est propre ˆ Dieu. Donc crŽer ne peut pas convenir ˆ un autre.

 

RŽponse :

q. 3 a. 4 co. Respondeo. Dicendum, quod quorumdam philosophorum fuit positio, quod Deus creavit creaturas inferiores mediantibus superioribus, ut patet in Lib. de causis ; et in Metaphys. Avicennae, et Algazelis, et movebantur ad hoc opinandum propter quod credebant quod ab uno simplici non posset immediate nisi unum provenire, et illo mediante ex uno primo multitudo procedebat. Hoc autem dicebant, ac si Deus ageret per necessitatem naturae, per quem modum ex uno simplici non fit nisi unum.

La position de certains philosophes fut que Dieu crŽa les crŽatures infŽrieures par lÕintermŽdiaire des crŽatures supŽrieures, comme cela appara”t dans le Livre des Causes, prop. 10[281]Ñ Avicenne, MŽtaphysique, IX, 4[282] et Algazel et ils Žtaient poussŽs ˆ le penser parce quÕils croyaient que, dÕun �tre unique et simple ne pouvait immŽdiatement provenir quÕun �tre unique et que c'est par son intermŽdiaire que la multitude procŽdait du premier �tre unique. Ils disaient cela comme si Dieu agissait par nŽcessitŽ de nature, de cette mani�re dÕun seul �tre simple, il n'est fait quÕun �tre unique.

Nos autem ponimus, quod a Deo procedunt res per modum scientiae et intellectus, secundum quem modum nihil prohibet ab uno primo et simplici Deo multitudinem immediate provenire, secundum quod sua sapientia continet universa. Et ideo secundum fidem Catholicam ponimus, quod omnes substantias spirituales et materiam corporalium Deus immediate creavit, haereticum reputantes si dicatur per Angelum vel aliquam creaturam aliquid esse creatum ; unde Damascenus dicit : quicumque dixerit Angelum aliquid creare, anathema sit.

Nous, nous pensons que les crŽatures proc�dent de Dieu par mode de science et d'intellect[283] ; de cette mani�re, rien nÕemp�che que de Dieu, unique, premier et simple, provienne la multitude sans intermŽdiaire, selon que sa sagesse contient toutes choses. Et cÕest pourquoi, selon la foi catholique, nous pensons que Dieu a crŽŽ toutes les substances spirituelles et la mati�re des �tres corporels sans intermŽdiaire, considŽrant comme hŽrŽtique de dire que quelque chose a ŽtŽ crŽŽ par un ange ou par quelque crŽature. C'est pourquoi Jean Damasc�ne dit (La foi orthodoxe, II, 2) que Çquiconque aura dit quÕun ange crŽe quelque chose, quÕil soit anath�meÈ.

Quidam tamen Catholici tractatores dixerunt quod, etsi nulla creatura possit aliquid creare, communicari tamen potuit creaturae ut per eius ministerium Deus aliquid crearet. Et hoc ponit Magister in 5 dist., IV libro Sentent.

Certains auteurs catholiques cependant ont dit que m�me si aucune crŽature ne peut crŽer, Dieu a pu lui communiquer le pouvoir de crŽer par son minist�re. Le ma”tre des Sentences le dit (4 Sent. Dist. 5[284]).

Quidam vero e contrario dicunt, quod nullo modo creaturae communicari potuit ut aliquid crearet ; quod etiam communius tenetur.

Certains, au contraire, disent que le pouvoir de crŽer nÕa pu en aucune mani�re �tre communiquŽ ˆ la crŽature, ce qui est le plus communŽment admis.

Ad horum autem evidentiam sciendum est quod creatio nominat activam potentiam, qua res in esse producuntur ; et ideo est absque praesuppositione materiae praeexistentis et alicuius prioris agentis : hae enim solae causae praesupponuntur ad actionem. Nam forma geniti est terminus actionis generantis, et ipsa est etiam finis generationis quae secundum esse non praecedit sed sequitur actionem.

Pour le mettre en Žvidence, il faut savoir que la crŽation dŽsigne une puissance active par laquelle les choses sont amenŽes ˆ lÕ�tre et sans prŽsupposer une mati�re prŽexistante et un agent antŽrieur[285]. Car seules, ces causes[286] sont prŽsupposŽes pour lÕaction. En effet la forme de lÕengendrŽ est le terme de lÕaction de celui qui engendre et elle-m�me est la fin de la gŽnŽration qui, selon lÕ�tre, ne prŽc�de pas mais suit lÕaction.

Quod enim creatio materiam non praesupponat, patet ex ipsa nominis ratione. Dicitur enim creari quod ex nihilo fit. Quod etiam non praesupponat aliquam priorem causam agentem, patet ex hoc quod Augustinus dicit, ubi probat Angelos non esse creatores, quia operantur ex seminibus naturae inditis quae sunt virtutes activae in natura.

Que la crŽation, en effet, ne prŽsuppose pas la mati�re, cela appara”t dans la dŽfinition m�me du nom. Car on dit que ÒcrŽerÓ c'est faire quelque chose de rien. Qu'elle ne prŽsuppose pas non plus une cause premi�re efficiente, est ŽclairŽ par ce que dit Augustin (La TrinitŽ, III, 8[287]), lˆ o� il prouve que les anges ne sont pas crŽateurs, parce quÕil op�rent ˆ partir des semences introduites dans la nature, qui sont des pouvoirs actifs en elle[288].

Si igitur sic stricte creatio accipitur, constat quod creatio non potest nisi primo agenti convenire, nam causa secunda non agit nisi ex influentia causae primae ; et sic omnis actio causae secundae est ex praesuppositione causae agentis.

Donc si on comprend la crŽation au sens strict, il est clair quÕelle ne peut convenir qu'au premier agent, car la cause seconde nÕagit que sous lÕinfluence de la cause premi�re, et ainsi toute action de la cause seconde prŽsuppose une cause efficiente.

Nec etiam ipsi philosophi posuerunt Angelos vel intelligentias aliquid creare, nisi per virtutem divinam in ipsis existentem, ut intelligamus quod causa secunda duplicem actionem habere potest ; unam ex propria natura, aliam ex virtute prioris causae. Impossibile est autem quod causa secunda ex propria virtute sit principium esse in quantum huiusmodi ; hoc enim est proprium causae primae ; nam ordo effectuum est secundum ordinem causarum.

Et les philosophes eux-m�mes ont pensŽ que les anges ou les intelligences ne crŽaient que par la puissance divine qui existait en eux, de sorte que nous comprenons que la cause seconde peut avoir une double action : lÕune de sa propre nature, lÕautre du pouvoir de la cause premi�re. Il est impossible que la cause seconde de son propre pouvoir soit le principe dÕ�tre en tant que tel, cela, en effet, est le propre de la cause premi�re, car lÕordre des effets dŽpend de lÕordre des causes.

Primus autem effectus est ipsum esse, quod omnibus aliis effectibus praesupponitur et ipsum non praesupponit aliquem alium effectum ; et ideo oportet quod dare esse in quantum huiusmodi sit effectus primae causae solius secundum propriam virtutem ; et quaecumque alia causa dat esse, hoc habet in quantum est in ea virtus et operatio primae causae, et non per propriam virtutem ; sicut et instrumentum efficit actionem instrumentalem non per virtutem propriae naturae, sed per virtutem moventis ; sicut calor naturalis per virtutem animae generat carnem vivam, per virtutem autem propriae naturae solummodo calefacit et dissolvit.

Le premier effet est lÕ�tre m�me, qui est prŽsupposŽ ˆ tous les autres effets ; et il n'en prŽsuppose pas dÕautre ; et cÕest pourquoi donner lÕ�tre en tant que tel doit �tre lÕeffet de la seule cause premi�re selon son propre pouvoir ; et que toute autre cause donne lÕ�tre, cela arrive dans la mesure o� il y a en elle le pouvoir et lÕopŽration de la cause premi�re, et non par son propre pouvoir ; de la m�me mani�re, lÕinstrument effectue lÕaction instrumentale, non par le pouvoir de sa propre nature, mais par le pouvoir du moteur ; ainsi la chaleur naturelle, par le pouvoir de l'‰me, engendre la chair vivante mais, par le pouvoir de sa propre nature, seulement elle rŽchauffe et dissout.

Et per hunc modum posuerunt quidam philosophi, quod intelligentiae primae sunt creatrices secundarum, in quantum dant eis esse per virtutem causae primae in eis existentem. Nam esse per creationem, bonum vero et vita et huiusmodi, per informationem, ut in libro de causis habetur. Et hoc fuit idolatriae principium, dum ipsis creatis substantiis quasi creatricibus aliarum, latriae cultus exhibebatur. Magister vero in IV sententiarum ponit hoc esse communicabile creaturae non quidem ut propria virtute creet, quasi auctoritate, sed ministerio quasi instrumentum.

Et de cette mani�re, certains philosophes ont pensŽ que les intelligences premi�res sont crŽatrices des secondes dans la mesure o� elles leur donnent lÕ�tre par le pouvoir de la cause premi�re qui existe en elles[289]. Car lÕ�tre est par crŽation, le bien et la vie etc. sont par mise en forme, comme on le dit dans le Livre des Causes. Et cela fut l'origine de lÕidol‰trie, puisque, ˆ ces substances crŽŽes, en tant que crŽatrices des autres, on offrait un culte de latrie. Mais le Ma”tre des Sentences (IV Sent.) pense que ce pouvoir est communicable ˆ la crŽature, non pour quÕelle crŽe par son propre pouvoir, comme par son autoritŽ, mais par fonction en tant qu'instrument.

Sed diligenter consideranti apparet hoc esse impossibile. Nam actio alicuius, etiamsi sit eius ut instrumenti, oportet ut ab eius potentia egrediatur. Cum autem omnis creaturae potentia sit finita, impossibile est quod aliqua creatura ad creationem operetur, etiam quasi instrumentum. Nam creatio infinitam virtutem requirit in potentia a qua egreditur : quod ex quinque rationibus apparet.

Mais pour celui qui examine avec attention, cela para”t impossible. Car il faut que lÕaction de quelqu'un, m�me si elle est comme celle dÕun instrument, vienne de sa puissance. Comme la puissance de toute crŽature est limitŽe, il est impossible quÕune crŽature agisse pour crŽer, m�me comme instrument. Car la crŽation demande un pouvoir infini, ˆ la puissance dÕo� elle sort : ce qui appara”t pour cinq raisons.

Prima est ex hoc quod potentia facientis proportionatur distantiae quae est inter id quod fit et oppositum ex quo fit. Quanto enim frigus est vehementius, et sic a calore magis distans, tanto maiori virtute caloris opus est ut ex frigido fiat calidum. Non esse autem simpliciter, in infinitum ab esse distat, quod ex hoc patet, quia a quolibet ente determinato plus distat non esse quam quodlibet ens, quantumcumque ab alio ente distans invenitur ; et ideo ex omnino non ente aliquid facere non potest esse nisi potentiae infinitae.

1. Premi�re raison : la puissance de celui qui agit est proportionnŽe ˆ la distance qui est entre ce qui est fait et lÕopposŽ dont il est fait. En effet plus le froid est violent, et plus il est ŽloignŽ de la chaleur, plus grand doit �tre le pouvoir de la chaleur qu'il faut pour passer du froid au chaud. Le non �tre absolu est ŽloignŽ de lÕ�tre ˆ lÕinfini, ce qui appara”t du fait que le non �tre est plus ŽloignŽ de quelque Žtant dŽterminŽ que nÕimporte quel Žtant, ˆ quelque distance quÕon le trouve de cet autre Žtant et cÕest pourquoi, de ce qui est tout ˆ fait du non Žtant, on ne peut absolument rien crŽer sans faire venir l'�tre d'une puissance infinie.

Secunda ratio est, quia hoc modo factum agitur quo faciens agit. Agens autem agit secundum quod actu est ; unde id solum se toto agit quod totum actu est, quod non est nisi actus infiniti qui est actus primus ; unde et rem agere secundum totam eius substantiam solius infinitae virtutis est.

2. Seconde raison : parce que ce qui est fait de cette mani�re subit lÕaction lˆ o� celui qui le fait agit. LÕagent agit selon quÕil est en acte. C'est pourquoi seul agit par soi tout entier ce qui est tout entier en acte, ce qui nÕest le propre que de lÕacte infini qui est lÕacte premier. C'est pourquoi faire une chose selon toute sa substance est le propre du seul pouvoir infini.

Tertia ratio est, quia cum accidens oporteat esse in subiecto, subiectum autem actionis sit recipiens actionem ; illud solum faciendo aliquid recipientem materiam non requirit, cuius actio non est accidens, sed ipsa substantia sua, quod solius Dei est ; et ideo solius eius est creare.

3. Troisi�me raison : comme lÕaccident doit �tre dans le substrat, le substrat de lÕaction serait ce qui la re�oit. En faisant cela seulement, il n'a pas besoin de mati�re pour le recevoir, celui dont lÕaction nÕest pas un accident, mais sa substance m�me, ce qui est le propre de Dieu seul et ainsi il est seul ˆ crŽer.

Quarta ratio est, quia cum omnes secundae causae agentes a primo agente habeant hoc ipsum quod agant, ut in Lib. de causis probatur ; oportet quod a primo agente, omnibus secundis agentibus modus et ordo imponatur ; ei autem non imponitur modus vel ordo ab aliquo. Cum autem modus actionis ex materia dependeat quae recipit actionem agentis, solius primi agentis erit absque materia praesupposita ab alio agente agere, et aliis omnibus secundis agentibus materiam ministrare.

4. Quatri�me raison : parce que, comme toutes les causes efficientes secondes re�oivent du premier agent leur pouvoir dÕagir, comme on le prouve dans le Livre des Causes (prop. 19 et 20[290] ), il faut que le mode et l'ordre soient imposŽs par le premier agent ˆ tous les agents seconds ; mais le mode ou l'ordre ne lui sont imposŽs par personne. Comme le mode de lÕaction dŽpend de la mati�re qui re�oit lÕaction de lÕagent, ce ne sera le propre que du seul premier agent dÕagir sans mati�re prŽsupposŽe par un autre agent et de fournir la mati�re ˆ tous les autres agents seconds.

Quinta ratio est ducens ad impossibile. Nam secundum elongationem potentiae ab actu, est proportio potentiarum de potentia in actum aliquid reducentium : quanto enim plus distat potentia ab actu, tanto maiori potentia indigetur. Si ergo sit aliqua potentia finita quae de nulla potentia praesupposita aliquid operetur, oportet eius esse aliquam proportionem ad illam potentiam activam quae educit aliquid de potentia in actum ; et sic est aliqua proportio nullius potentiae ad aliquam potentiam, quod est impossibile. Non entis enim ad ens nulla est proportio, ut habetur IV Physic. Relinquitur ergo quod nulla potentia creaturae potest aliquid creare neque propria virtute, neque sicut alterius instrumentum.

5. La cinqui�me raison conduit ˆ une impossibilitŽ. Car selon lÕŽloignement de la puissance ˆ lÕacte, il y a un rapport des puissances qui ram�nent quelque chose de la puissance ˆ lÕacte. Car plus la puissance est ŽloignŽe de lÕacte, plus grande est la puissance dont elle a besoin. Si donc il y a une puissance finie qui agit ˆ partir dÕune puissance prŽsupposŽe nulle, il faut quÕelle ait une proportion ˆ cette puissance active qui conduit quelque chose de la puissance ˆ lÕacte, et ainsi il y a une proportion d'une puissance nulle ˆ une puissance, ce qui est impossible. Car il n'y a aucune proportion du non Žtant ˆ lÕŽtant (Cf. Physique IV[291]). Donc il reste qu'aucune puissance dÕune crŽature ne peut crŽer quelque chose ni par son propre pouvoir, ni en tant quÕinstrument dÕun autre.

 

Solutions :

q. 3 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in reducendo ad finem, praeexistunt ea quae sunt ad finem : et ideo non impossibile est per actionem alicuius cooperari Deo ad hoc quod res aliquae in finem ultimum reducantur. Sed in universali eductione rerum in esse, nihil praesupponitur ; unde non est simile.

# 1. Quand on ram�ne les crŽatures ˆ leur fin, ce qui est en vue de cette fin prŽexiste et cÕest pourquoi il nÕest pas impossible par lÕaction de quelque �tre de coop�rer avec Dieu pour que les choses soient ramenŽes ˆ leur fin ultime. Mais dans la venue universelle des crŽatures ˆ lÕ�tre, rien nÕest prŽsupposŽ, c'est pourquoi ce nÕest pas pareil[292].

q. 3 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod nihil prohibet aliquam distantiam imaginari infinitam ex una parte et ex alia finitam. Ex utraque autem parte infinitam imaginamur distantiam, quando utrumque oppositorum ponitur infinitum ; puta si sint calor et frigus infinita. Ex parte autem altera, quando alterum est finitum ; sicut si calor esset infinitus, et frigus finitum. Distantia ergo infiniti entis a non esse simpliciter, est infinita ex utraque parte. Distantia autem entis finiti a non esse simpliciter est infinita ex una parte tantum, et requirit nihilominus potentiam infinitam agentem.

# 2. Rien n'emp�che dÕimaginer une distance infinie dÕun c™tŽ et une distance finie de lÕautre. Mais on imagine la distance infinie de deux c™tŽs, quand on pense que lÕun et l'autre des opposŽs sont infinis ; par exemple sÕil y avait une chaleur et un froid infini. Mais de lÕautre c™tŽ, quelquefois lÕautre est fini, comme si par exemple la chaleur Žtait infinie et le froid fini. Donc la distance de lÕ�tre infini au non �tre absolu est infinie de chaque c™tŽ. Mais la distance de lÕŽtant fini au non �tre absolu est infinie dÕun c™tŽ seulement et elle requiert nŽanmoins une puissance agissante infinie.

q. 3 a. 4 ad 3 Tertium concedimus, non enim quantum ad hoc differt, an utrumque oppositorum sit natura quaedam an alterum tantum.

# 3. Nous concŽdons la troisi�me objection, mais non pour les diffŽrences, si les deux opposŽs sont une certaine nature, ou lÕun des deux seulement.

q. 3 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod res in intelligentia dicuntur fieri secundum cognitionem tantum, non secundum rationem operativae virtutis : unde res non producuntur a Deo mediantibus Angelis operantibus, sed solum Angelis cognoscentibus.

# 4. On dit que les crŽatures dans lÕintelligence se font selon la connaissance seulement, non selon un pouvoir opŽratif. CÕest pourquoi les �tres ne sont pas produits par Dieu par lÕintermŽdiaire des anges qui op�rent, mais les anges en ont seulement connaissance.

q. 3 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod aliquid dicitur non posse fieri ab aliquo, non solum propter distantiam extremorum, sed etiam propter hoc quod omnino fieri non potest ; ut si dicamus quod ex aliquo corpore non potest fieri Deus, quia Deus omnino fieri non potest. Sic ergo dicendum quod ex aliqua potentia non potest fieri omnipotentia, non solum propter distantiam utriusque potentiae, sed etiam propter hoc quod omnipotentia omnino fieri non potest. Nam omne quod fit, purus actus esse non potest, cum ex hoc ipso quod ex alio esse habeat, potentia in eo deprehendatur : et ideo non potest esse potentia infinita.

# 5. On dit qu'une chose ne peut pas �tre faite par une autre, non seulement ˆ cause de la distance des extr�mes, mais aussi parce quÕelle ne peut absolument pas �tre faite. Comme si on disait que Dieu ne peut �tre fait d'un corps, parce quÕil ne peut absolument pas �tre fait. Donc il faut dire ainsi que dÕune puissance on ne peut faire une toute-puissance, non seulement ˆ cause de la distance de l'une ˆ lÕautre des puissances, mais aussi parce qu'une toute-puissance ne peut absolument pas �tre faite. Car tout ce qui est fait ne peut pas �tre acte pur, puisque, du fait qu'il re�oit lÕ�tre dÕun autre, c'est en lui qu'est saisie la puissance. CÕest pourquoi elle ne peut pas �tre infinie.

q. 3 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum, quod lux corporalis multiplicat se non per creationem novae lucis, sed diffundendo se super materiam : quod de Angelis dici non potest, cum sint substantiae per se stantes.

# 6. La lumi�re corporelle se multiplie non par crŽation d'une nouvelle lumi�re, mais en se diffusant sur la mati�re, ce quÕon ne peut pas dire des anges, puisque ce sont des substances subsistantes par soi.

q. 3 a. 4 ad 7 Ad septimum dicendum, quod forma potest considerari dupliciter :

# 7. On peut considŽrer une forme de deux mani�res :

uno modo secundum quod est in potentia ; et sic a Deo materia concreatur, nulla disponentis naturae actione interveniente.

A) Selon quÕelle est en puissance, et ainsi la mati�re est concrŽŽe par Dieu, sans l'intervention d'une action de la nature qui la dispose.

Alio modo secundum quod est in actu ; et sic non creatur, sed de potentia materiae educitur per agens naturale ; unde non oportet quod natura aliquid agat dispositive ad hoc quod aliquid creetur. Quia tamen aliqua forma naturalis est quae per creationem in esse producitur, scilicet anima rationalis, cuius materiam natura disponit ; ideo sciendum est, quod cum creationis opus materiam tollat, dupliciter aliquid creari dicitur. Nam quaedam creantur nulla materia praesupposita, nec ex qua nec in qua, sicut Angeli et corpora caelestia ; et ad horum creationem natura nihil operari potest dispositive.

B) Selon quÕelle est en acte et ainsi, elle nÕest pas crŽŽe, mais elle est tirŽe de la puissance de la mati�re par un agent naturel. C'est pourquoi il ne faut pas que la nature agisse rŽguli�rement en vue de crŽer quelque chose. Cependant, parce quÕil y a une forme naturelle qui est amenŽe ˆ lÕ�tre par crŽation, ˆ savoir lÕ‰me raisonnable, dont la nature dispose la mati�re, il faut savoir que, puisque lÕÏuvre de crŽation n'a pas besoin de la mati�re, une chose est dite crŽŽe de deux mani�res. a) Certaines choses en effet, sont crŽŽes sans aucune mati�re prŽsupposŽe, ni dÕo� elles viennent, ni o� elles sont, comme les anges et les corps cŽlestes, et pour leur crŽation, la nature ne peut rien faire par disposition.

Quaedam vero creantur, etsi non praesupposita materia ex qua sint, praesupposita tamen materia in qua sint, ut animae humanae. Ex parte ergo illa qua habent materiam in qua, natura potest dispositive operari ; non tamen quod ad ipsam substantiam creati, naturae actio se extendat.

b) Mais certaines autres sont crŽŽes, m�me sans mati�re prŽsupposŽe dÕo� elles viennent, cependant avec la mati�re prŽsupposŽe dans laquelle elles sont, comme pour l'‰me humaine. Donc de ce c™tŽ o� elles ont la mati�re dans laquelle elles sont, la nature peut opŽrer par disposition, non cependant que l'action de la nature s'Žtende ˆ la substance m�me du crŽŽ.

q. 3 a. 4 ad 8 Ad octavum dicendum, quod in opere iustificationis homo aliquid operatur ministerio tantum per hoc quod adhibet sacramenta : unde cum sacramenta iustificare dicantur instrumentaliter et dispositive, solutio redit in idem cum solutione praedicta.cum solutione praedicta.

# 8. Dans lÕÏuvre de justification, lÕhomme agit seulement par sa fonction en recourant gŽnŽralement aux sacrements. C'est pourquoi, comme on dit que les sacrements justifient de mani�re instrumentale et par disposition, la solution revient au m�me que la prŽcŽdente.

q. 3 a. 4 ad 9 Ad nonum dicendum, quod quamvis inter Deum et creaturam non possit esse similitudo generis vel speciei ; potest tamen esse similitudo quaedam analogiae, sicut inter potentiam et actum, et substantiam et accidens.

# 9. Quoique entre Dieu et la crŽature, il ne puisse pas y avoir ressemblance de genre ou dÕesp�ce, il peut cependant y avoir une certaine ressemblance par analogie, comme entre la puissance et lÕacte, la substance et lÕaccident.

Et hoc dicitur uno modo in quantum res creatae imitantur suo modo ideam divinae mentis, sicut artificiata formam quae est in mente artificis.

On le dit a) dans la mesure o� les crŽatures imitent ˆ leur mani�re lÕidŽe qui est dans lÕesprit[293] divin, comme l'Ïuvre d'art imite la forme qui est dans lÕesprit de lÕartisan.

Alio modo secundum quod res creatae ipsi naturae divinae quodammodo similantur, prout a primo ente alia sunt entia, et a bono bona, et sic de aliis. Tamen haec obiectio non est ad propositum : quia supposito quod creaturae a Deo procedant mediante aliqua potentia creata, adhuc redibit eadem difficultas, qualiter scilicet illa prima natura creata esse possit a Deo, similitudine non existente.

b) Selon que les crŽatures ressemblent dÕune certaine mani�re ˆ la nature divine, selon que les autres Žtant viennent de lÕŽtant premier, et les biens du Bien, etc.. Cependant cette objection ne concerne pas le sujet, parce que, supposŽ que les crŽatures proc�dent de Dieu par lÕintermŽdiaire dÕune puissance crŽŽe, alors reviendra la m�me difficultŽ, cÕest-ˆ-dire comment cette premi�re nature pourrait avoir ŽtŽ crŽŽe par Dieu, sans ressemblance.

q. 3 a. 4 ad 10 Ad decimum dicendum, quod error iste expresse in libro de causis invenitur, quod creaturae inferiores creatae sunt a Deo superioribus mediantibus : unde in hoc auctoritas illius non est recipienda.

# 10. On trouve cette erreur expressŽment dans le Livre des Causes (prop. 10) : ˆ savoir que les crŽatures infŽrieures ont ŽtŽ crŽŽes par Dieu, par lÕintermŽdiaire de crŽatures supŽrieures. CÕest pourquoi en cela on ne doit pas accepter son autoritŽ.

q. 3 a. 4 ad 11 Et similiter dicendum ad undecimum.

# 11. Il faut dire de m�me.

q. 3 a. 4 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod Augustinus ibi loquitur de anima, quae communicat corpori esse et speciem non per modum creantis, sed per modum formae.

# 12. En cet endroit, Augustin parle de lÕ‰me, qui communique lÕ�tre et lÕesp�ce au corps, non comme un crŽateur, mais ˆ la mani�re d'une forme.

q. 3 a. 4 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod licet Angelus non cognoscat res cognitione quae est a rebus accepta, non tamen oportet quod cognoscat tali cognitione quae sit causa rerum : est enim cognitio eius media inter duas cognitiones praedictas. Cognoscit enim res naturali cognitione, quae est per rerum similitudines in eius intellectum effluxas a divino intellectu ; ut sic eius cognitio non sit ad rem quasi rerum causa, sed sit quaedam similitudo divinae cognitionis, quae res causat.

# 13. Bien que lÕange ne connaisse pas les choses par une connaissance re�ue dÕelles, cependant il ne faut pas quÕil connaisse dÕune connaissance telle qu'elle serait leur cause, car sa connaissance est intermŽdiaire entre les deux connaissances dont on a parlŽ. Car il conna”t dÕune connaissance naturelle par les images des �tres infusŽes en son esprit par lÕesprit divin ; de sorte que sa connaissance nÕirait pas ˆ l'�tre comme cause des choses, mais serait une image de la connaissance divine qui cause les �tres

q. 3 a. 4 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod in educendo res de potentia in actum multi gradus attendi possunt, in quantum aliquid potest educi de potentia magis vel minus remota in actum, et etiam facilius vel minus faciliter : unde non oportet, si virtus Angeli virtutem naturae materialis excedat, quod possit aliquid facere de puro non esse, natura educente aliquid de potentia in actum ; sed quod hoc possit multo facilius quam natura ; sicut etiam Augustinus dicit, quod Daemones seminibus naturae occultius et efficacius operantur quam nos operari sciamus.

# 14. Dans le passage de la puissance ˆ lÕacte on peut passer par de nombreux degrŽs, selon quÕune chose peut �tre menŽe dÕune puissance plus ou moins ŽloignŽe ˆ lÕacte et m�me plus ou moins facilement ; c'est pourquoi il ne faut pas, si le pouvoir de lÕange dŽpasse le pouvoir dÕune nature matŽrielle, quÕil puisse faire quelque chose du pur non �tre, puisque la nature fait passer une chose de la puissance ˆ lÕacte, mais quÕil puisse le faire beaucoup plus facilement que la nature. Ainsi Augustin dit (La TrinitŽ, III, 8 et 9), que les dŽmons op�rent avec des semences naturelles de fa�on plus occulte et plus efficace que nous savons le faire.

q. 3 a. 4 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod nulla est maior potentia quam potentia creandi : nec oportet quod potentia creantis ad hoc se extendat quod alicui creaturae potentiam creandi communicet, eo quod creaturae communicabilis nullo modo est. Quod enim aliquid fieri non possit, non solum provenit ex defectum potentiae facientis, sed quandoque ex ipsa factione rei, quae fieri non potest ; sicut Deus non potest facere Deum, non propter defectum suae potentiae, sed quia Deus a nullo fieri potest ; et similiter potentia creandi finita esse non potest, nec creaturae communicari, cum sit infinita.

# 15. Il n'y a aucune puissance plus grande que celle de crŽer. Et il ne faut pas que la puissance du crŽateur sÕŽtende jusquÕˆ communiquer la puissance de crŽer ˆ une autre crŽature parce quÕelle ne lui est en aucune mani�re communicable. Car ce qui ne pourrait pas �tre fait non seulement provient de la dŽfaillance de la puissance de celui qui produit, mais quelquefois de la production de la chose elle-m�me qui ne peut pas �tre accomplie. Ainsi Dieu ne peut faire un Dieu, non ˆ cause de la dŽfaillance de sa puissance, mais parce Dieu ne peut �tre fait par personne, et de la m�me mani�re la puissance de crŽer ne peut �tre limitŽe ni communiquŽe aux crŽatures, puisquÕelle est infinie.

q. 3 a. 4 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod in actu potest attendi difficultas dupliciter :

# 16. Dans un acte on peut atteindre une difficultŽ de deux mani�res :

uno modo ex hoc quod patiens resistit contra agentem ; et hoc non est in omnibus generale, sed solum in his quae mutuo agunt et patiuntur in invicem, in quibus agens patitur ex contraria actione patientis : et sic corpora caelestia, quae contrarium non habent agendo, non patiuntur difficultatem in agendo ex contraria actione patientis ; multo minus Deus

a) D'une premi�re mani�re, le patient rŽsiste ˆ lÕagent et cela nÕest pas gŽnŽral dans toutes les crŽatures, mais seulement en des �tres qui agissent avec rŽciprocitŽ et se supportent lÕune lÕautre ; en eux lÕagent supporte par lÕaction contraire du "patient". Ainsi les corps cŽlestes qui nÕont pas de contraire, nÕŽprouvent pas de difficultŽ en agissant du fait de lÕaction contraire dÕun patient, et Dieu encore bien moins.

Alio modo, qui generalis est, secundum quod patiens elongatur ab actu. Quanto enim potentia magis ab actu elongata invenitur, tanto maior est difficultas in actione agentis. Unde cum magis elongetur ab actu purum non ens quam materia cuicumque contrario subiecta, quantumcumque intenso, manifestum est maioris esse virtutis producere aliquid de nihilo quam facere contrarium de contrario.

b) DÕune autre mani�re, qui est gŽnŽrale, dans la mesure o� le patient est ŽloignŽ de lÕacte. Car plus une puissance se trouve ŽloignŽe de lÕacte, plus grande est la difficultŽ pour lÕaction de lÕagent. CÕest pourquoi, comme le pur non Žtant est plus ŽloignŽ de lÕacte que la mati�re soumise ˆ quelque contraire, quelque intense quÕil soit, il est clair que cÕest le fait dÕun plus grand pouvoir de produire quelque chose de rien que de faire le contraire dÕun contraire.

q. 3 a. 4 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod in actu potest attendi difficultas dupliciter : uno modo ex hoc quod patiens resistit contra agentem ; et hoc non est in omnibus generale, sed solum in his quae mutuo agunt et patiuntur in invicem, in quibus agens patitur ex contraria actione patientis : et sic corpora caelestia, quae contrarium non habent agendo, non patiuntur difficultatem in agendo ex contraria actione patientis ; multo minus Deus. Alio modo, qui generalis est, secundum quod patiens elongatur ab actu. Quanto enim potentia magis ab actu elongata invenitur, tanto maior est difficultas in actione agentis. Unde cum magis elongetur ab actu purum non ens quam materia cuicumque contrario subiecta, quantumcumque intenso, manifestum est maioris esse virtutis producere aliquid de nihilo quam facere contrarium de contrario.

16. Dans un acte on peut rencontrer une difficultŽ de deux mani�res : a) D'une premi�re mani�re, le patient rŽsiste ˆ lÕagent et cela nÕest pas gŽnŽral dans toutes les crŽatures, mais seulement en des �tres qui agissent avec rŽciprocitŽ et se supportent lÕune lÕautre ; en eux lÕagent supporte par lÕaction contraire du "patient". Ainsi les corps cŽlestes qui nÕont pas de contraire, nÕŽprouvent pas de difficultŽ en agissant du fait de lÕaction contraire dÕun patient, et Dieu encore bien moins. b) DÕune autre mani�re, qui est gŽnŽrale, dans la mesure o� le patient est ŽloignŽ de lÕacte. Car plus une puissance se trouve ŽloignŽe de lÕacte, plus grande est la difficultŽ pour lÕaction de lÕagent. CÕest pourquoi, comme le pur non Žtant est plus ŽloignŽ de lÕacte que la mati�re soumise ˆ quelque contraire, quelque intense quÕil soit, il est clair que cÕest le fait dÕun plus grand pouvoir de produire quelque chose de rien que de faire le contraire dÕun contraire.

 

 

 

Article 5 Ñ Est-il possible que quelque chose ne soit pas crŽŽ par Dieu ?

q. 3 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum possit esse aliquid quod non sit a Deo creatum. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[294].

 

Objections :

q. 3 a. 5Arg. 1 Cum enim causa sit potentior effectu, illud quod est possibile nostro intellectui, qui a rebus notitiam sumit, videtur magis esse possibile in natura. Sed intellectus noster potest aliquid intelligere non intelligendo illud esse a Deo, cum causa efficiens non sit de natura rei, et sic sine ea res intelligi possit. Ergo multo magis in rerum natura potest aliquid esse quod non sit a Deo.

1. En effet, comme la cause est plus puissante que lÕeffet, ce qui est possible pour notre esprit, qui tire sa connaissance de la rŽalitŽ, semble �tre encore plus possible dans la nature. Mais notre esprit peut comprendre quelque chose sans comprendre que cela vient de Dieu, puisque la cause efficiente ne fait pas partie de la nature de la chose et ainsi on peut la comprendre sans elle. Donc ˆ plus forte raison, il peut exister dans la nature un �tre qui ne viendrait pas de Dieu.

q. 3 a. 5Arg. 2 Praeterea, omnia quae a Deo sunt facta dicuntur esse Dei creaturae. Creatio autem terminatur ad esse : prima enim rerum creatarum est esse, ut habetur in Lib. de causis. Cum ergo quidditas rei sit praeter esse ipsius, videtur quod quidditas rei non sit a Deo.

2. Tout ce qui a ŽtŽ fait par Dieu est appelŽ crŽature de Dieu. Mais la crŽation se termine ˆ lÕ�tre. Car la premi�re des choses crŽŽes est lÕ�tre[295], comme on le dit dans le Livre des Causes (prop. 4). Donc comme la quidditŽ[296] est en plus de son �tre, elle ne semble pas venir de Dieu.

q. 3 a. 5Arg. 3 Praeterea, omnis actio terminatur ad aliquem actum, sicut et procedit ab aliquo actu : nam omne agens agit in quantum actu est, et omne agens agit sibi simile in natura. Sed materia prima est pura potentia. Ergo actio creantis ad ipsam terminari non potest ; et ita non omnia sunt a Deo creata.

3. Toute action se termine ˆ l'acte, de m�me qu'elle proc�de de l'acte : car tout agent agit en tant quÕil est en acte et fait du semblable ˆ lui dans la nature. Mais la mati�re premi�re est pure puissance. Donc lÕaction du crŽateur ne peut pas se terminer ˆ elle, et ainsi tout nÕest pas crŽŽ par Dieu.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 5 s. c. Sed contra. Est quod dicitur Rom. XI, 36 : ex ipso et per ipsum et in ipso sunt omnia.

Il est dit en Rm. 11, 36 : ÇTout est de lui, par lui et en lui.È

 

RŽponse :

q. 3 a. 5 co. Respondeo. Dicendum, quod secundum ordinem cognitionis humanae processerunt antiqui in consideratione naturae rerum. Unde cum cognitio humana a sensu incipiens in intellectum perveniat priores philosophi circa sensibilia fuerunt occupati, et ex his paulatim in intelligibilia pervenerunt. Et quia accidentales formae sunt secundum se sensibiles, non autem substantiales, ideo primi philosophi omnes formas accidentia esse dixerunt, et solam materiam esse substantiam. Et quia substantia sufficit ad hoc quod sit accidentium causa, quae ex principiis substantiae causantur, inde est quod primi philosophi, praeter materiam, nullam aliam causam posuerunt ; sed ex ea causari dicebant omnia quae in rebus sensibilibus provenire videntur ; unde ponere cogebantur materiae causam non esse, et negare totaliter causam efficientem.

Les anciens[297] ont progressŽ dans la considŽration de la nature des choses selon lÕordre de la connaissance humaine. Ainsi, comme la connaissance chez l'homme parvient ˆ lÕesprit en commen�ant par les sens, les premiers philosophes se sont occupŽs du sensible et de lˆ, peu ˆ peu, en sont venus aux intelligibles. Et parce que les formes accidentelles sont du domaine du sensible en soi, mais non les formes substantielles, les premiers philosophes ont dit que toutes les formes Žtaient des accidents, et que seule la mati�re Žtait une substance. Et parce que la substance suffit pour �tre la cause des accidents qui sont causŽs ˆ partir de ses principes, les premiers philosophes nÕont Žtabli aucune autre cause, en dehors de la mati�re, mais ils disaient que cÕest dÕelle quÕŽtait causŽ tout ce qui semblait na”tre dans les choses sensibles ; c'est pourquoi ils Žtaient forcŽs de penser qu'il n'y avait pas de cause pour la mati�re et forcŽs de nier totalement la cause efficiente.

Posteriores vero philosophi, substantiales formas aliquatenus considerare coeperunt ; non tamen pervenerunt ad cognitionem universalium, sed tota eorum intentio circa formas speciales versabatur : et ideo posuerunt quidam aliquas causas agentes, non tamen quae universaliter rebus esse conferrent, sed quae ad hanc vel ad illam formam, materiam permutarent ; sicut intellectum et amicitiam et litem, quorum actionem ponebant in segregando et congregando ; et ideo etiam secundum ipsos non omnia entia a causa efficiente procedebant, sed materia actioni causae agentis praesupponebatur.

Les philosophes suivants commenc�rent ˆ considŽrer jusqu'ˆ un certain point les formes substantielles. Ils ne parvinrent pas cependant ˆ la connaissance de l'universel mais toute leur pensŽe Žtait occupŽe avec les formes spŽciales ; et cÕest pourquoi certains Žtablirent des causes efficientes, non cependant pour confŽrer universellement lÕ�tre aux crŽatures, mais pour modifier la mati�re en une forme ou en une autre ; comme lÕintelligence, l'amitiŽ et le proc�s dont ils Žtablissaient quÕils agissaient par rŽpulsion et attraction ; et cÕest pourquoi, m�me selon eux, tous les �tres ne procŽdaient pas dÕune cause efficiente, mais la mati�re Žtait prŽsupposŽe ˆ lÕaction de cette cause efficiente.

Posteriores vero philosophi, ut Plato, Aristoteles et eorum sequaces, pervenerunt ad considerationem ipsius esse universalis ; et ideo ipsi soli posuerunt aliquam universalem causam rerum, a qua omnia alia in esse prodirent, ut patet per Augustinum.

Les philosophes suivants, comme Platon, Aristote et leurs disciples, parvinrent ˆ considŽrer lÕ�tre universel m�me et cÕest pourquoi eux seuls ont Žtabli une cause universelle des choses par laquelle toutes les autres crŽatures parviennent ˆ lÕ�tre, comme le montre Augustin (La CitŽ de Dieu, VIII, 4).

Cui quidem sententiae etiam Catholica fides consentit. Et hoc triplici ratione demonstrari potest : quarum prima est haec.

La foi catholique est d'accord avec cette opinion. Et on peut le dŽmontrer par trois raisons :

Oportet enim, si aliquid unum communiter in pluribus invenitur, quod ab aliqua una causa in illis causetur ; non enim potest esse quod illud commune utrique ex se ipso conveniat, cum utrumque, secundum quod ipsum est, ab altero distinguatur ; et diversitas causarum diversos effectus producit. Cum ergo esse inveniatur omnibus rebus commune, quae secundum illud quod sunt, ad invicem distinctae sunt, oportet quod de necessitate eis non ex se ipsis, sed ab aliqua una causa esse attribuatur. Et ista videtur ratio Platonis, qui voluit, quod ante omnem multitudinem esset aliqua unitas non solum in numeris, sed etiam in rerum naturis.

1. Si on trouve quelque chose de commun ˆ plusieurs �tres, il faut que cela soit causŽ en eux par une cause unique[298]. Car il nÕest pas possible que ce qui est commun ˆ l'un et ˆ l'autre vienne dÕeux-m�mes, en tant que tels puisque lÕun est distinguŽ de lÕautre ; et la diversitŽ des causes produit des effets divers. Comme il se trouve que lÕ�tre est commun ˆ toutes les crŽatures, qui selon ce quÕelles sont, sont distinctes les unes des autres, il faut que nŽcessairement lÕ�tre leur soit attribuŽ non par elles-m�mes mais par une cause unique. Et cela para”t �tre le raisonnement de Platon qui voulut quÕavant toute multiplicitŽ, il y eut lÕunitŽ non seulement dans les nombres, mais encore dans la nature des choses.

Secunda ratio est, quia, cum aliquid invenitur a pluribus diversimode participatum oportet quod ab eo in quo perfectissime invenitur, attribuatur omnibus illis in quibus imperfectius invenitur. Nam ea quae positive secundum magis et minus dicuntur, hoc habent ex accessu remotiori vel propinquiori ad aliquid unum : si enim unicuique eorum ex se ipso illud conveniret, non esset ratio cur perfectius in uno quam in alio inveniretur ; sicut videmus quod ignis, qui est in fine caliditatis, est caloris principium in omnibus calidis. Est autem ponere unum ens, quod est perfectissimum et verissimum ens : quod ex hoc probatur, quia est aliquid movens omnino immobile et perfectissimum, ut a philosophis est probatum. Oportet ergo quod omnia alia minus perfecta ab ipso esse recipiant. Et haec est probatio philosophi.

2. Quand une chose se trouve participŽe de diverses mani�res par plusieurs, il faut que ce soit ˆ partir du plus parfait o� on la trouve qu'on l'attribue ˆ tout ce qui se trouve moins parfait. Car ces �tres quÕon dŽsigne positivement selon la plus ou le moins, le poss�de dÕune source plus ŽloignŽe ou plus proche pour un effet unique ; car si cela convenait de soi ˆ chacun dÕeux, il nÕy aurait pas de raison pour quÕon le trouve plus parfait dans lÕun que dans lÕautre. Ainsi nous voyons que le feu qui a pour but l'Žchauffement est principe de la chaleur dans les corps chauds. Il faut Žtablir un �tre unique qui est absolument parfait et absolument vrai, ce qui est prouvŽ par le fait quÕil est un moteur, absolument immobile et absolument parfait, comme le prouvent les philosophes. Il faut donc que tous les autres �tres qui sont moins parfaits re�oivent de lui leur existence. C'est la preuve du philosophe (MŽtaphysique, II, 1, 993 b 23[299]).

Tertia ratio est, quia illud quod est per alterum, reducitur sicut in causam ad illud quod est per se. Unde si esset unus calor per se existens, oporteret ipsum esse causam omnium calidorum, quae per modum participationis calorem habent. Est autem ponere aliquod ens quod est ipsum suum esse : quod ex hoc probatur, quia oportet esse aliquod primum ens quod sit actus purus, in quo nulla sit compositio. Unde oportet quod ab uno illo ente omnia alia sint, quaecumque non sunt suum esse, sed habent esse per modum participationis. Haec est ratio Avicennae.

3. Ce qui existe par un autre est ramenŽ comme ˆ sa cause ˆ ce qui est par soi. C'est pourquoi, sÕil y avait une seule chaleur existant par soi, il faudrait quÕelle soit la cause de tout ce qui est chaud, qui aurait la chaleur par mode de participation. Mais cÕest Žtablir un Žtant qui est son �tre propre. On le prouve par le fait quÕil faut quÕil y ait un Žtant premier qui soit acte pur, en qui nÕentre aucune composition. C'est pourquoi, il faut que tous les autres qui ne sont pas leur �tre mais qui ont lÕ�tre par participation existent ˆ partir dÕun Žtant unique. CÕest le raisonnement dÕAvicenne (MŽtaphysique VIII, ch. 7 et IX, ch. 4[300]).

Sic ergo ratione demonstratur et fide tenetur quod omnia sint a Deo creata.

Ainsi on dŽmontre par la raison[301] et on tient par la foi que tout a ŽtŽ crŽŽ par Dieu.

Solutions :

q. 3 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod licet causa prima, quae Deus est, non intret essentiam rerum creatarum ; tamen esse, quod rebus creatis inest, non potest intelligi nisi ut deductum ab esse divino ; sicut nec proprius effectus potest intelligi nisi ut deductus a causa propria.

# 1. Bien que la cause premi�re, qui est Dieu, n'entre pas dans lÕessence des crŽatures, cependant lÕ�tre qui est en elles ne peut �tre compris que dŽcoulant de lÕ�tre divin ; de m�me que l'effet le plus proche ne peut �tre compris que dŽduit de sa propre cause[302].

q. 3 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ex hoc ipso quod quidditati esse attribuitur, non solum esse, sed ipsa quidditas creari dicitur : quia antequam esse habeat, nihil est, nisi forte in intellectu creantis, ubi non est creatura, sed creatrix essentia.

# 2. Du fait que lÕ�tre est attribuŽ ˆ la quidditŽ, on dit que non seulement lÕ�tre mais la quidditŽ elle-m�me est crŽŽe car avant dÕavoir lÕ�tre, elle nÕest rien, sinon peut-�tre dans lÕesprit du CrŽateur o� elle nÕest pas crŽature, mais essence crŽatrice.

q. 3 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ratio illa probat, quod materia prima per se non creatur ; sed ex hoc non sequitur quod non creetur sub forma ; sic enim habet esse in actu.

# 3. Cette raison prouve que la mati�re premi�re nÕest pas crŽŽe par soi, mais il nÕen dŽcoule pas qu'elle ne soit pas crŽe sous une forme, car cÕest ainsi quÕelle a lÕ�tre en acte.

 

 

 

Article 6 Ñ N'y a-t-il qu'un seul principe de crŽation ?mmm

q. 3 a. 6 tit. 1 Sexto quaeritur utrum sit unum tantum creationis principium. Et videtur quod non.

Il semble que non[303].

 

Objections :

q. 3 a. 6Arg. 1 Dicit enim Dionysius : non est causa mali bonum. Aliquod autem malum est in mundo. Aut ergo est causatum ab aliqua causa quae non est bonum ; aut nullo modo est causatum, sed est causa prima ; et utrolibet modo oportet ponere plura creationis principia : nam constat primum principium creationis bonorum esse bonum.

1. Car Denys dit (Les noms divins, ch. 4, 14) : ÇLe bien n'est pas la cause du mal[304]È. Mais il y a du mal dans le monde. Donc, ou il a une cause qui n'est pas le bien, ou alors il n'est causŽ en aucune mani�re, mais il est la cause premi�re ; et des deux mani�res, il faut poser plusieurs principes de crŽation ; car il est clair que le premier principe de crŽation des biens est le bien.

q. 3 a. 6Arg. 2 Sed diceretur, quod bonum non est causa mali per se, sed per accidens.- Sed contra, omnis effectus qui est alicuius causae per accidens, est alterius causae per se ; cum omne per accidens ad per se reducatur. Si ergo malum est effectus boni per accidens, erit per se effectus alicuius alterius ; et sic idem quod prius.

2. Mais on pourrait dire que le bien n'est pas la cause du mal par soi, mais par accident. Ñ En sens contraire, tout effet qui dŽpend d'une cause par accident vient d'une autre cause par soi ; puisque tout ce qui est par accident est ramenŽ au par soi. Si donc le mal est l'effet du bien par accident, il sera l'effet par soi de quelque chose d'autre, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 3 a. 6Arg. 3 Praeterea, effectus causae per accidens, accidit praeter intentionem causae, et non fit. Si ergo bonum est causa mali per accidens, sequeretur quod malum non sit factum. Sed nihil est non creatum nisi creationis principium, ut supra, art. praeced., ostensum est. Ergo malum est creationis principium.

3. L'effet de la cause par accident arrive au-delˆ de l'intention de la cause et il ne se fait pas. Donc si le bien est la cause du mal par accident, il en dŽcoulerait que le mal ne serait pas fait. Mais il n'y a rien qui ne soit crŽŽ sinon le principe de crŽation[305], comme on l'a montrŽ ci-dessus, ˆ l'article prŽcŽdant. Donc le mal est un principe de crŽation.

q. 3 a. 6Arg. 4 Praeterea, nullum nocumentum accidit in effectu praeter intentionem agentis, nisi vel propter ignorantiam agentis qui non providet, vel propter impotentiam quam vitare non potest. Sed in Deo, qui est creator boni, non est neque impotentia neque ignorantia. Ergo malum, quod nocivum est, Dei effectibus non potest praeter intentionem provenire. Nam Augustinus dicit, quod ideo dicitur malum, quia nocet.

4. Aucun dommage n'arrive dans l'effet au-delˆ de l'intention de l'agent, sinon ˆ cause de l'ignorance de l'agent qui ne le prŽvoit pas, ou ˆ cause d'une impuissance qu'il ne peut pas Žviter. Mais en Dieu qui est le crŽateur du bien, il n'y a ni impuissance, ni ignorance. Donc le mal, qui est nuisible, ne peut pas provenir par des effets qui dŽpendent de Dieu au-delˆ de son intention. Car Augustin dit (Enchiridion III, 11) qu'on l'appelle mal parce qu'il nuit.

q. 3 a. 6Arg. 5 Praeterea, quod est per accidens est ut in paucioribus, ut habetur in II Physic. Malum autem est ut in pluribus, ut habetur in II Topic. Ergo malum non est ab aliqua causa per accidens.

5. Ce qui est par accident, est, pour ainsi dire, dans le plus petit nombre, comme on le voit en Physique, II, 5, 196 b 10[306]. Mais le mal est dans le plus grand nombre, comme on le lit dans les Topiques (II, 6, 112 b 10[307] ). Donc le mal ne vient pas d'une cause par accident.

q. 3 a. 6Arg. 6 Praeterea, malum, secundum Augustinum, non habet causam efficientem sed deficientem. Sed causa per accidens est causa efficiens. Ergo bonum non est causa mali per accidens.

6. Le mal, selon Augustin (CitŽ de Dieu, XII, 7) n'a pas une cause efficiente, mais dŽficiente. Mais la cause par accident est une cause efficiente. Donc le bien n'est pas cause du mal par accident.

q. 3 a. 6Arg. 7 Praeterea, quod non est, non habet causam ; quia quod non est, neque causa neque causatum est. Sed malum nihil est, secundum Augustinum. Ergo malum non habet aliquam causam nec per se nec per accidens. Falsum est ergo quod dicebatur, quod bonum est causa mali per accidens.

7. Ce qui n'existe pas n'a pas de cause, parce que ce qui n'existe pas n'est ni cause ni causŽ. Mais le mal n'est rien, selon Augustin (Sur Jean. Tract. 1). Donc le mal n'a de cause ni par soi, ni par accident. Donc dire que le bien est la cause du mal par accident, est faux.

q. 3 a. 6Arg. 8 Praeterea, secundum philosophum, illud cui aliquid inest per prius, est causa omnium in quibus illud per posterius invenitur : sicut ignis est causa caloris in omnibus calidis. Sed malitia per prius fuit in Diabolo. Ergo ipse est causa malitiae in omnibus malis ; et sic est unum principium omnium malorum, sicut et bonorum.

8. Selon le philosophe (MŽtaphysique II, 1, 993 b 23[308]), ce en quoi quelque chose est d'abord, est cause de tout ce en quoi on le trouve ensuite ; ainsi le feu est cause de la chaleur dans tout ce qui est chaud. Mais la malice fut d'abord dans le diable. Donc lui-m�me est cause de la malice dans tous les maux et ainsi il y a un principe de tous les maux comme il y en a un de tous les biens.

q. 3 a. 6Arg. 9 Praeterea, secundum Dionysium, bonum contingit uno modo : sed malum omnifariam. Malum ergo propinquius est ad esse quam bonum. Si ergo bonum est natura aliqua indigens creatore, et malum etiam indigebit creatore ; et sic idem quod prius.

9. Selon Denys (Les noms divins, ch. IV, 22[309]), le bien arrive d'une seule mani�re, le mal de toutes les mani�res. Donc le mal est plus proche de l'�tre que le bien. Donc si le bien est une nature qui a besoin d'un crŽateur, le mal aussi en aura besoin et ainsi de m�me que plus haut.

q. 3 a. 6Arg. 10 Praeterea, quod non est non potest esse genus nec species. Sed malum ponitur genus. Dicitur enim in praedicamentis, quod bonum et malum non sunt in genere, sed sunt genera aliorum. Ergo malum est ens : et sic indiget aliquo creante : unde cum non creetur a bono, videtur quod oporteat aliquod malum ponere creationis principium.

10. Cequi n'est pas ne peut pas �tre un genre ni une esp�ce. Mais le mal est considŽrŽ comme un genre. Car on dit dans les CatŽgories (11, les contraire 14 a 24) que le bien et le mal ne sont pas dans un genre, mais sont les genres des autres. Donc le mal est un Žtant, et ainsi il a besoin d'un crŽateur ; c'est pourquoi comme il n'est pas crŽŽ par le bien, il semble qu'il faille considŽrer un mal comme principe de crŽation.

q. 3 a. 6Arg. 11 Praeterea, utrumque contrariorum est natura aliqua positive : contraria enim sunt in eodem genere. Quod autem non est, non potest esse in genere. Sed bonum et malum sunt contraria. Ergo est natura aliqua ; et sic idem quod prius.

11. L'un et l'autre des contraires sont positivement une certaine nature ; car les contraires sont dans un m�me genre. Ce qui n'existe pas ne peut pas �tre dans un genre. Mais le bien et le mal sont des contraires. Donc c'est une nature et ainsi de m�me que plus haut.

q. 3 a. 6Arg. 12 Praeterea, differentiae constitutivae speciei significant naturam aliquam ; unde uno modo natura est unumquodque informans specifica differentia, ut Boetius dicit. Sed malum est differentia constitutiva speciei alicuius : bonum enim et malum sunt differentiae habituum. Ergo malum est natura aliqua ; et sic idem quod prius.

12. Les diffŽrences constitutives de l'esp�ce indiquent une certaine nature ; c'est pourquoi d'une mani�re la nature est une diffŽrence spŽcifique qui donne forme ˆ chaque chose, comme Bo�ce le dit (Les deux natures, 1[310]). Mais le mal est la diffŽrence constitutive d'une esp�ce ; car le bien et le mal sont des diffŽrences de mani�re d'�tre. Donc le mal est une nature et ainsi de m�me que plus haut.

q. 3 a. 6Arg. 13 Praeterea, Eccli. XXXIII, 15 : contra malum bonum est, et contra vitam mors, sic et contra virum iustum peccator. Si ergo est unum creationis principium bonum, oportet esse aliud malum quod sit ei contrarium.

13. En Eccl[311] 33, 15, on lit : ÇLe bien est contre le mal, la mort contre la vie, et ainsi le pŽcheur contre le justeÈ. Donc s'il y a un bon principe de crŽation, il faut qu'il en ait un autre mauvais qui lui est contraire.

q. 3 a. 6Arg. 14 Praeterea, intentio et remissio dicuntur per respectum ad aliquem terminum. Sed invenitur aliquid esse alio peius. Ergo oportet inveniri aliquid quod sit pessimum, in quo sit malorum terminus : et illud oportet esse principium omnium malorum, sicut summum bonum est principium bonorum.

14. On parle d'intensitŽ et de diminution par rapport ˆ un terme. Mais on trouve une chose plus mauvaise qu'une autre. Donc, il faut trouver quelque chose qui soit tr�s mauvais en qui est le terme des maux ; et il faut que cela soit le principe de tous les maux, comme le bien supr�me est le principe des biens.

q. 3 a. 6Arg. 15 Praeterea, Matth. VII, 18, dicitur : non potest arbor bona fructus malos facere. Aliquid autem invenitur esse malum in mundo. Ergo non potest esse fructus, id est effectus, causae bonae, quae per arborem bonam significatur ; et sic oportet quod omnium malorum sit causa aliquod primum malum.

15. En Matthieu (8, 18) on lit : "Le bon arbre ne peut pas produire de mauvais fruits". Mais on trouve qu'il y a du mal dans le monde. Donc ce ne peut pas �tre le fruit, c'est-ˆ-dire l'effet d'une bonne cause qui est signifiŽe par l'arbre bon, et ainsi il faut que la cause de tous les maux soit quelque mal premier.

q. 3 a. 6Arg. 16 Praeterea, Genes. I, 2, dicitur quod in principio creationis rerum erant tenebrae super faciem abyssi. Sed a bono, quod habet naturam lucis, non potest esse creatio tenebrarum. Ergo creatio quae ibi describitur, non est a bono principio, sed a malo.

16. En Gen�se 1, 2, on dit que, au commencement de la crŽation, il y avait les tŽn�bres sur la surface de l'ab”me. Mais ˆ partir du bien, qui a la nature de la lumi�re, il ne peut y avoir crŽation de tŽn�bres. Donc la crŽation qui est ici dŽcrite, ne vient pas du principe du bien mais de celui du mal.

q. 3 a. 6Arg. 17 Praeterea, omne quod exit ab aliquo, attestatur ei a quo exit, in quantum est ei simile. Sed malum nullo modo attestatur Deo, nec habet in ipso aliquam similitudinem. Ergo non potest esse ab ipso, sed ab alio principio.

17. Tout ce qui sort de quelque chose atteste ce dont il sort, dans la mesure o� il lui est semblable. Mais le mal n'atteste Dieu en aucune mani�re, et il n'a pas de ressemblance avec lui. Donc il ne peut venir de lui, mais il vient d'un autre principe.

q. 3 a. 6Arg. 18 Praeterea, nihil exit ab aliquo, nisi quod est in ipso in potentia. Sed malum non est in Deo nec in actu nec in potentia. Ergo non est a Deo ; et sic idem quod prius.

18. Rien ne sort de quelque chose qu'il n'y soit en puissance. Mais le mal n'est en Dieu, ni en acte, ni en puissance. Donc il ne vient pas de Dieu et ainsi c'est pareil que plus haut.

q. 3 a. 6Arg. 19 Praeterea, sicut generatio est motus naturalis, ita et corruptio. Sed corruptio terminatur ad privationem, sicut generatio ad formam. Ergo sicut forma inducitur ex intentione naturae, ita et privatio : et sic oportet quod malum, quod est privatio, habeat aliquam causam agentem per se, sicut et forma.

19. La gŽnŽration est un mouvement naturel, la corruption aussi. Mais la corruption se termine ˆ la privation, comme la gŽnŽration ˆ la forme. Donc la forme est induite par l'intention de la nature, de m�me la privation, et ainsi il faut que le mal, qui est privation, ait une cause agente par soi, comme la forme.

q. 3 a. 6Arg. 20 Praeterea, omne agens, agit ex praesuppositione primi agentis. Sed liberum arbitrium, cum peccat, non agit ex praesuppositione divinae actionis : nam aliquod peccatum est, sicut fornicatio vel adulterium, quod non potest a sua deformitate separari, quae non potest esse a Deo. Ergo oportet quod liberum arbitrium sit primum agens, vel quod reducatur ad aliquod aliud primum agens quam Deum.

20. Tout agent agit et prŽsuppose un premier agent. Mais quand le libre arbitre p�che, il n'agit pas avec la prŽsupposition de l'action divine, car un pŽchŽ, comme la fornication ou l'adult�re, ne peut pas �tre sŽparŽ de sa difformitŽ, qui ne peut pas venir de Dieu. Donc il faut que le libre arbitre soit le premier agent, ou qu'il soit ramenŽ ˆ un premier agent autre que Dieu.

q. 3 a. 6Arg. 21 Sed diceretur, quod substantia actus peccati est a Deo, non autem deformitas.- Sed contra est quod Commentator dicit : impossibile est unius agentis actionem terminari ad materiam, et alterius ad formam. Sed deformitas est quasi forma actus peccati. Ergo non potest esse deformitas peccati ab uno auctore, et substantia ab alio.

21. Mais on pourrait dire que la nature du pŽchŽ vient de Dieu, mais pas la difformitŽ. En sens contraire le commentateur (MŽtaphysique VII, 28) dit : "Il est impossible que l'acte d'un seul agent se termine ˆ la mati�re et celle d'un autre ˆ la formeÈ. Mais la difformitŽ est pour ainsi dire la forme de l'acte du pŽchŽ. Donc sa difformitŽ ne peut pas venir d'un auteur et sa nature d'un autre.

q. 3 a. 6Arg. 22 Praeterea, ab uno simplici non procedit nisi simplex. Sed Deus est omnino simplex. Ergo huiusmodi composita non sunt ab ipso, sed ab alio auctore.

22. D'une chose simple ne peut procŽder que du simple. Mais Dieu est tout ˆ fait simple. Donc les composŽs de ce genre ne viennent pas de lui mais d'un autre crŽateur.

q. 3 a. 6Arg. 23 Praeterea, macula aliquid ponit in anima : si enim esset gratiae privatio solum, tunc per quodlibet peccatum mortale homo haberet maculam omnium peccatorum. Sed macula peccati non est a Deo, cum Deus non sit illius rei auctor cuius est ultor, secundum Fulgentium, et cum non sit ab aeterno, oportet quod habeat causam. Ergo oportet reducere in aliquam causam primam, quae non est Deus.

23. Une souillure laisse une trace dans l'‰me : car si elle Žtait privation de la gr‰ce seulement, alors par n'importe quel pŽchŽ mortel, l'homme aurait la souillure de tous les pŽchŽs. Mais la souillure du pŽchŽ ne vient pas de Dieu, puisqu'il n'en est pas l'auteur, mais le vengeur, selon Fulgence (liv. 1 ˆ Monime) et comme elle n'est pas Žternelle, il faut qu'elle ait une cause. Donc il faut la ramener ˆ une cause premi�re qui n'est pas Dieu.

q. 3 a. 6Arg. 24 Praeterea, Eccle. III, 14, dicitur : didici quod omnia opera quae fecit Deus, perseverant in aeternum. Haec autem corruptibilia in aeternum non perseverant. Ergo non sunt opera Dei, sed oportet ea reducere in aliud principium.

24. En Eccl. (Qo) 3, 14, on lit :ÇJ'ai appris que toutes les Ïuvres que Dieu a faites, demeurent ŽternellementÈ. Mais ce qui est corruptible ne demeure pas Žternellement. Donc elles ne sont pas les Ïuvres de Dieu, mais il faut les ramener ˆ un autre principe.

q. 3 a. 6Arg. 25 Praeterea, omne agens agit sibi simile. Sed huiusmodi corpora corruptibilia non sunt Deo similia : nam Deus spiritus est, ut habetur Ioan. IV 24. Ergo huiusmodi corruptibilia non sunt a Deo ; et sic idem quod prius.

25. Tout agent fait du semblable ˆ lui, Mais les corps corruptibles de ce genre ne sont pas semblables ˆ Dieu, car ÇDieu est espritÈ, comme on le lit en Jn 4, 24. Donc les corruptibles de ce genre ne viennent pas de Dieu, et ainsi c'est pareil que plus haut.

q. 3 a. 6Arg. 26 Praeterea, natura semper fecit quod melius est, secundum philosophum et hoc ex bonitate naturae provenit. Sed bonitas Dei est perfectior quam naturae. Ergo Deus facit aliquid quanto melius potest. Sed meliora sunt spiritualia corporalibus. Ergo corporalia non facit Deus ; quia si fecisset Deus ea, dedisset eis spiritualem bonitatem ; et sic relinquitur quod oportet ponere plura creationis principia.

26. La nature a toujours fait le meilleur, selon le philosophe (Du ciel, 2, texte 34) et cela provient de la bontŽ de la nature. Mais la bontŽ de Dieu est plus parfaite que celle de la nature. Donc Dieu fait quelque chose du mieux qu'il peut. Mais les �tres spirituels sont meilleurs que les �tres corporels. Donc Dieu ne les a pas faits, parce que, s'il les avait faits, il leur aurait donnŽ la bontŽ spirituelle et ainsi il en dŽcoule qu'il faut Žtablir plusieurs principes de crŽation.

En sens contraire :

q. 3 a. 6 s. c. 1 Sed contra. Est quod habetur Isai. XLV, vers. 6 : ego dominus, et non est alter Deus, formans lucem et creans tenebras, faciens pacem et creans malum ; ego dominus faciens omnia haec.

1. On lit en Isa•e 45, 10 : ÇJe suis le Seigneur, et il n'y a pas d'autre Dieu ; je forme la lumi�re, je crŽe les tŽn�bres, je fais la paix et je crŽe le malheur ; je suis le Seigneur qui fait tout cela[312].È

q. 3 a. 6 s. c. 2 Praeterea, malum non radicatur nisi in natura boni, ut manifestat Dionysius. Hoc autem non esset, si malum haberet contrarium creationis principium ei qui creat bona : alias principium malorum esset potentius quam principium bonorum, ex quo in ipsis bonis effectum suum induceret. Ergo malum non est ab aliquo alio creationis principio quam bonum.

2. Le mal ne prend racine que dans la nature du bien, comme le montre Denys (Les noms divins, ch. 4[313]). Mais cela n'arriverait pas si le mal avait un principe de crŽation contraire ˆ celui qui crŽe les biens, autrement le principe des maux serait plus puissant que le principe des biens, de lˆ, il produirait son effet dans les biens m�me. Donc le mal ne vient pas d'un autre principe de crŽation que le bien.

q. 3 a. 6 s. c. 3 Praeterea, philosophus probat, esse unum primum motorem. Hoc autem non esset, si essent diversa creationis principia prima : nam unum principium non gubernaret nec moveret creaturas alterius principii sibi contrarii. Non est ergo nisi unum tantum creationis principium.

3. Le philosophe prouve (Physique VIII, 5, 256 a 13 ss.[314]) qu'il y a un seul premier moteur. Mais cela ne serait pas s'il y avait diffŽrents principes premiers de crŽation : car un seul principe ne gouvernerait ni me mettrait en mouvement les crŽatures d'un autre principe qui lui serait contraire. Donc il n'y qu'un seul principe de crŽation.

 

RŽponse :

q. 3 a. 6 co. Respondeo. Dicendum quod, sicut dictum est, antiqui philosophi specialia principia tantum naturae considerantes, ex consideratione materiae in hunc errorem devenerunt, quod non omnia naturalia creata esse credebant : ita quod ex consideratione contrariorum, quae cum materia ponuntur principia in natura, devenerunt in hoc ut rerum duo prima principia constituerent : et hoc propter triplicem defectum qui eis aderat in contrariorum consideratione.

Comme on l'a dit (art. prŽc.), les anciens philosophes en s'en tenant seulement aux principes spŽciaux de la nature, du fait de la considŽration de la mati�re, tomb�rent dans cette erreur qu'ils ne croyaient pas que tout ce qui est naturel avait ŽtŽ crŽŽ ; de sorte que, de la considŽration des contraires, qui sont placŽs comme principes avec la mati�re dans la nature, il en arriv�rent ˆ constituer deux premiers principes des choses et cela ˆ cause de trois erreurs, qui leur Žtaient venues en considŽrant les contraires.

Primus erat, quia contraria considerabant secundum hoc tantum quod diversa sunt ex natura speciei, non autem secundum quod est aliquid unum in eis ex natura generis, licet contraria in eodem genere sint : unde non attribuebant eis causam secundum id in quo conveniunt, sed secundum hoc in quo differunt : et propter hoc in duo prima contraria, sicut in duas primas causas, omnia contraria reduxerunt, ut habetur in I Physic. Sed inter eos Empedocles prima contraria etiam primas causas agentes posuit, scilicet amicitiam et litem : et hic, ut habetur I Metaph., primo posuit bonum et malum principia.

La premi�re, parce qu'ils considŽraient les contraires seulement du fait qu'ils sont diffŽrents par la nature de l'esp�ce, et non selon une unicitŽ en eux qui vient de la nature du genre, bien que les contraires soient dans un m�me genre : c'est pourquoi ils ne leur attribu�rent pas une cause en raison de leur ressemblance, mais en raison de leur diffŽrence et ˆ cause de cela, ils ramen�rent tous les contraires ˆ deux premiers contraires, comme ˆ deux premi�res causes, comme on le lit en Phys. I, 5, 188 a 19 ss[315]. Mais parmi eux, EmpŽdocle pla�a m�me, comme causes premi�res efficientes, des contraires premiers, ˆ savoir l'amitiŽ et le proc�s, et, comme on le lit en MŽtaphysique (I, 4, 985 a 17 ss), il y Žtablit d'abord le bien et le mal comme principes.

Secundus defectus fuit, quia utrumque contrariorum aequaliter iudicabant ; cum tamen oporteat semper duorum contrariorum unum esse cum privatione alterius : et propter hoc unum est perfectum et aliud imperfectum, et unum melius et aliud peius, ut habetur I Phys. Et exinde provenit quod tam bonum quam malum, quae videbantur esse generaliora contraria, ponebant quasi quasdam naturas diversas. Et inde fuit quod Pythagoras posuit duo genera rerum, scilicet bonum et malum ; et in genere boni posuit omnia perfecta, ut lucem, masculum, quietem et huiusmodi ; et in genere mali posuit omnia imperfecta, ut tenebras, feminam et huiusmodi.

La seconde erreur fut qu'ils jugeaient chacun des contraires ˆ ŽgalitŽ, alors que cependant il faut toujours que l'un des deux contraires soit avec la privation de l'autre ; et pour cela l'un est parfait et l'autre imparfait, l'un est meilleur et l'autre plus mauvais, comme on le dit en Physique I, 5, 189 a 3. Et de lˆ vient qu'ils considŽraient le bien autant que le mal, qui paraissaient �tre des contraires plus gŽnŽraux, comme des natures diffŽrentes. Et c'est pour cela que Pythagore a Žtabli deux genres, ˆ savoir le bien et le mal et dans le genre du bien il pla�a tout ce qui est parfait, comme la lumi�re, le m‰le, le repos etc, et dans le genre du mal tout ce qui est imparfait comme les tŽn�bres, la femme, etc.

Tertius defectus fuit, quia iudicaverunt de rebus secundum quod in se considerantur tantum, vel secundum ordinem unius rei ad aliam rem particularem, non autem in comparatione ad totum ordinem universi. Et inde est quod si invenerunt aliquam rem esse alteri nocivam, vel esse in se imperfectam respectu aliarum perfectarum, iudicaverunt eam simpliciter malam secundum naturam suam, et non ducere originem a causa boni. Et propterea Pythagoras feminam, quae est quid imperfectum, posuit in genere mali.

La troisi�me erreur vient de ce qu'ils jug�rent des choses selon qu'elles sont considŽrŽes en soi seulement, ou selon le rapport d'une chose particuli�re ˆ une autre, mais pas en comparaison ˆ tout l'ordre de l'univers. Et c'est pour cela, que s'ils trouv�rent une chose nocive pour une autre, ou imparfaite en soi par rapport aux autres qui Žtaient parfaites, ils jug�rent qu'elle Žtait absolument mauvaise selon sa nature et ne tirait pas son origine de la cause du bien. C'est pour cette raison que Pythagore pla�a la femme, qui est quelque chose d'imparfait, dans le genre du mal.

Et ex hac radice provenit quod Manichaei corruptibilia, quae respectu incorruptibilium ; et visibilia, quae respectu invisibilium ; et vetus testamentum, quod respectu novi testamenti, imperfecta sunt, non posuerunt esse a Deo bono, sed a contrario principio. Et praecipue, cum viderent alicui creaturae bonae, utpote homini, provenire aliquod nocumentum ex aliquibus visibilium et corruptibilium creaturarum.

C'est ˆ partir de lˆ que les ManichŽens ont pensŽ que le corruptible par rapport ˆ l'incorruptible, le visible ˆ l'invisible, l'Ancien Testament au Nouveau, sont imparfaits et ne viennent pas du Dieu bon, mais d'un principe contraire. Et surtout, quand ils virent que, pour une crŽature bonne, ˆ savoir l'homme, le mal venait de quelques-unes des crŽatures visibles et corruptibles.

Hic autem error est omnino impossibilis ; sed oportet omnia reducere in unum principium primum, quod est bonum : quod quidem tribus rationibus ostenditur ad praesens.

Cette erreur est tout ˆ fait inadmissible. Il faut tout ramener ˆ un seul principe premier qui est le bien, ce qu'on montre ˆ prŽsent par trois raisons :

Quarum prima est, quia in quibuscumque diversis invenitur aliquid unum commune, oportet ea reducere in unam causam quantum ad illud commune, quia vel unum est causa alterius, vel amborum est aliqua causa communis. Non enim potest esse quod illud unum commune utrique conveniat secundum illud quod proprie utrumque eorum est, ut in praecedenti quaestione, art. praec., est habitum. Omnia autem contraria et diversa, quae sunt in mundo, inveniuntur communicare in aliquo uno, vel in natura speciei, vel in natura generis, vel saltem in ratione essendi : unde oportet quod omnium istorum sit unum principium, quod est omnibus causa essendi. Esse autem, in quantum huiusmodi, bonum est : quod patet ex hoc quod unumquodque esse appetit, in quo ratio boni consistit, scilicet quod sit appetibile ; et sic patet quod supra quaslibet diversas causas oportet ponere aliquam causam unam, sicut etiam apud naturales supra ista contraria agentia in natura ponitur unum agens primum scilicet caelum, quod est causa diversorum motuum in istis inferioribus. Sed quia in ipso caelo invenitur situs diversitas in quam sicut in causam reducitur inferiorum corporum contrarietas, ulterius oportet reducere in primum motorem, qui nec per se nec per accidens moveatur. Secunda ratio est, quia omne agens agit secundum quod actu est, et per consequens secundum quod est aliquo modo perfectum.

La premi�re : parce que, si dans les diffŽrentes choses on trouve quelque chose de commun, il faut les ramener ˆ une seule cause pour ce qui est commun, parce que ou l'un est la cause de l'autre ou il y a une cause commune des deux. Car il n'est pas possible que cette chose unique commune convienne ˆ l'une et l'autre selon ce qui est proprement l'un d'eux, comme dans l'article prŽcŽdent (qu. 3, a. 5, corps de l'article) on l'a dit. Mais tout ce qui est contraire ou divers dans le monde se trouve avoir un rapport commun en une chose unique, soit dans la nature de l'esp�ce, soit dans celle du genre, soit rarement dans sa raison d'�tre : c'est pourquoi il faut qu'il y ait un principe unique de toutes ces choses qui est pour tous la cause d'�tre. Mais l'�tre en tant que tel est bon ; ce qui appara”t du fait que toute chose dŽsire �tre, ce en quoi consiste la raison du bien, ˆ savoir qu'il est dŽsirable, et ainsi il appara”t que, au-dessus de certaines causes diffŽrentes, il faut placer une cause unique, comme chez les Naturalistes, au-dessus de ces agents contraires, on place dans la nature un seul agent premier, ˆ savoir le ciel, qui est la cause des diffŽrents mouvements dans les �tres infŽrieurs. Mais, parce que dans le ciel m�me on trouve la diversitŽ du lieu, o� l'opposition des corps infŽrieurs est ramenŽe comme ˆ une cause, il faut la ramener par la suite ˆ un premier moteur, qui n'est mž ni par soi, ni par accident.

Secundum autem quod malum est, non est actu, cum unumquodque dicatur malum ex hoc quod potentia est privata proprio et debito actu. Secundum vero quod actu est unumquodque, bonum est : quia secundum hoc habet perfectionem et entitatem, in qua ratio boni consistit. Nihil ergo agit in quantum malum est, sed unumquodque agens agit in quantum bonum est. Impossibile est ergo ponere aliud activum rerum principium nisi bonum. Et cum omne agens agat sibi simile, nihil etiam fit nisi secundum quod actu est ; ac per hoc, secundum quod bonum est. Ex utraque ergo parte positio est impossibilis qua ponitur malum esse principium creationis malorum. Et huic rationi concordant verba Dionysii qui dicit, quod malum non agit nisi virtute boni, et quod malum est praeter intentionem et generationem.

La seconde raison vient de ce que tout agent agit selon qu'il est en acte et par consŽquent selon qu'il est parfait de quelque mani�re. En tant que mal, il n'est pas en acte, puisque on appelle mal ce dont la puissance est privŽe d'acte propre et normalement dž. Mais selon qu'une chose est en acte, elle est bonne, parce que, ainsi, elle a la perfection et l'entitŽ, en quoi consiste la raison du bien. Donc rien n'agit en tant qu'il est un mal, mais chaque agent agit en tant qu'il est bon. Donc il est impossible de placer un principe actif des chose, sinon bon. Et puisque tout agent fait du semblable ˆ soi, rien n'est fait que selon qu'il est en acte et de ce fait, selon qu'il est bon. Donc des deux c™tŽs, cette opinion d'apr�s laquelle on pense que le mal est un principe de crŽation des maux est impossible. Et les paroles de Denys (Les noms divins, ch. 4) sont en accord avec cette raison, lui qui dit que le mal n'agit que par le pouvoir du bien et que le mal est au-delˆ de l'intention et de la gŽnŽration.

Tertia ratio est, quia, si diversa entia essent omnino a contrariis principiis in unum principium non reductis, non possent in unum ordinem concurrere nisi per accidens. Ex multis enim non fit coordinatio nisi per aliquem ordinantem, nisi forte multa casualiter in idem concurrant. Videmus autem corruptibilia et incorruptibilia, spiritualia et corporalia, perfecta et imperfecta in unum ordinem concurrere. Nam spiritualia movent corporalia, quod ad minus in homine apparet. Corruptibilia etiam per corpora incorruptibilia disponuntur, sicut patet in alterationibus elementorum a corporibus caelestibus. Nec potest dici, quod haec casualiter eveniant, nam non contingeret ita semper vel in maiori parte, sed solum in paucioribus. Oportet ergo omnia ista diversa in aliquod unum primum principium reducere a quo in unum ordinantur : unde philosophus concludit quod unus est principatus.

Troisi�me raison : si des �tres Žtaient tout ˆ fait diffŽrents des principes contraires non ramenŽes ˆ l'unitŽ, ils ne pourraient concourir ˆ un ordre unique que par accident. Car il n'y a coordination de plusieurs choses que par quelque chose qui ordonne, ˆ moins que par hasard elles ne s'accordent dans le m�me par une cause. Mais nous voyons que les �tres corruptibles et incorruptibles, spirituels et corporels, parfaits et imparfaits concourent ˆ un seul ordre. Car les �tres spirituels meuvent les �tres corporels, ce qui appara”t au moins dans l'homme. Ce qui est corruptible aussi est disposŽ par les corps incorruptibles, comme cela appara”t dans les altŽrations des ŽlŽments par les corps cŽlestes. Et on ne peut pas dire que cela arrive causalement, car cela n'arriverait pas toujours ainsi ou la plupart du temps, mais seulement dans des cas moins nombreux. Il faut donc ramener toutes ces choses diffŽrentes ˆ un premier principe par lequel elles sont ordonnŽes ˆ l'unitŽ : c'est pourquoi le Philosophe (MŽtaphysique XII, 4, 1070 a 31 et XII, 6 premier moteur) conclut qu'il n'y a qu'une seule origine[316].

 

Solutions :

q. 3 a. 6 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod malum, sicut supra ostensum est, cum non sit ens, sed defectus entis, non potest esse per se loquendo, factum ; et pro tanto dicit Dionysius, quod bonum non est causa mali ; non autem ad hoc quod malum in causam primam reducatur.

# 1. Puisque le mal, comme on l'a montrŽ, n'est pas un �tre mais une dŽfaillance de l'�tre, il ne peut pas �tre ˆ proprement parler fait par soi, et pour autant Denys dit que le bien n'est pas cause du mal, mais ce n'est pas pour cela qu'il est ramenŽ ˆ une cause premi�re.

q. 3 a. 6 ad 2 Ad secundum dicendum, quod obiectio illa procedit de effectu qui potest per se causam habere. Tale autem non est malum : unde nec proprie effectus dici potest.

# 2. Cette objection proc�de de l'effet qui peut avoir une cause par soi. Mais tel n'est pas le mal, c'est pourquoi on ne peut pas ˆ proprement parler d'effet.

q. 3 a. 6 ad 3 Ad tertium dicendum, quod, malum est incidens effectibus ; sed non est factum, per se loquendo ; quod ex hoc patet quod non est intentum. Nec tamen sequitur quod sit primum principium, nisi cum hoc adderetur quod malum esset natura quaedam. Sicut enim malum per hoc quod non est ens, sed entis privatio, caret propria ratione effectus ; ita et multo amplius caret ratione causae, ut probatum est.

# 3. Le mal arrive dans les effets, mais il n'est pas fait ˆ proprement parler, ce qui appara”t du fait qu'il n'est pas recherchŽ. Et cependant il n'en dŽcoule pas qu'il soit premier principe, sauf si on ajoutait que le mal serait une certaine nature. Car de m�me que le mal, du fait qu'il n'est pas un �tre mais une privation d'�tre, est privŽ de la nature propre de l'effet, de m�me il est beaucoup plus privŽ de celle d'une cause, comme on l'a prouvŽ.

q. 3 a. 6 ad 4 Ad quartum dicendum, quod, secundum Augustinum, Deus est adeo bonus quod numquam aliquod malum esse permitteret, nisi esset adeo potens quod de quolibet malo posset elicere bonum. Unde nec propter impotentiam nec propter ignorantiam Dei est quod mala in mundo proveniunt ; sed est ex ordine sapientiae suae et magnitudine bonitatis, ex qua provenit quod multiplicantur diversi gradus bonitatis in rebus ; quorum multi deficerent, si nullum malum esse permitteret ; non enim esset bonum patientiae, nisi accidente malo persecutionis ; nec esset bonum conservationis vitae in leone, nisi esset malum corruptionis in animalibus ex quibus vivit.

# 4. Selon Augustin (Enchiridion, ch. 1) Dieu est si bon qu'il ne permettrait jamais qu'il y ait un mal, s'il n'Žtait pas assez puissant pour pouvoir en tirer un bien. C'est pourquoi ce n'est pas ˆ cause de l'impuissance ni de l'ignorance de Dieu que le mal se trouve dans le monde, mais de l'ordre de sa sagesse et de la grandeur de sa bontŽ, que les diffŽrents degrŽs de bontŽ sont multipliŽs dans les �tres, dont beaucoup manqueraient s'il ne permettait aucun mal, car il n'y aurait pas le bien de la patience sans le mal de la persŽcution, ni celui de la conservation de la vie dans le lion sans le mal de la corruption dans les animaux dont il vit.

q. 3 a. 6 ad 5 Ad quintum dicendum, quod malum nunquam invenitur nisi in paucioribus, si referuntur effectus ad causas proprias : quod quidem in naturalibus patet. Nam peccatum vel malum non accidit in actione naturae, nisi propter impedimentum superveniens illi causae agenti ; quod quidem non est nisi in paucioribus, ut sunt monstra in natura, et alia huiusmodi. In voluntariis autem magis videtur malum esse ut in pluribus quantum ad factibilia, in quantum ars non deficit nisi ut in paucioribus, imitatur enim naturam. In agibilibus autem, circa quae sunt virtus et vitium, est duplex appetitus movens, scilicet rationalis et sensualis ; et id quod est bonum secundum unum appetitum, est malum secundum alterum, sicut prosequi delectabilia est bonum secundum appetitum sensibilem, qui sensualitas dicitur, quamvis sit malum secundum appetitum rationis. Et quia plures sequuntur sensus quam rationem, ideo plures inveniuntur mali in hominibus quam boni. Sed tamen sequens appetitum rationis in pluribus bene se habet, et non nisi in paucioribus male.

# 5. On ne trouve jamais le mal que dans le plus petit nombre, si les effets sont rapportŽs ˆ leurs causes propres, ce qui appara”t chez les Naturalistes. Car le pŽchŽ ou le mal n'arrive dans l'action de la nature qu'ˆ cause de l'emp�chement qui survient ˆ cette cause efficiente, ce qui n'arrive que dans le plus petit nombre, comme les monstres dans la nature, etc.. Mais dans les actes volontaires, le mal semble �tre comme dans le plus grand nombre pour ce qui peut �tre fait ; en tant qu'art, il ne dŽfaille que comme dans le plus petit nombre, car il imite la nature. Dans les actes qui concernent la vertu et le vice, il y a un double appŽtit qui meut, ˆ savoir l'appŽtit rationnel et l'appŽtit sensuel ; et ce qui est bon selon l'un est mal selon l'autre, ainsi poursuivre ce qui est dŽlectable est bien selon l'appŽtit sensible, appelŽ sensualitŽ, quoique ce soit un mal selon l'appŽtit de la raison. Et parce que ceux qui suivent les sens sont plus nombreux que ceux qui suivent la raison, on trouve parmi les hommes plus de mauvais que de bons. Mais cependant celui qui suit l'appŽtit de la raison se comporte bien en des cas plus nombreux et mal en des cas moins nombreux[317].

q. 3 a. 6 ad 6 Ad sextum dicendum, quod duplex est causa per accidens.

# 6. La cause par accident est double.

Una quae aliquid operatur ad effectum ; sed dicitur causa eius per accidens, quia praeter intentionem ille effectus a tali causa sequitur ; sicut patet in eo qui fodiendo sepulcrum, invenit thesaurum.

a) L'une qui agit sur l'effet, mais on l'appelle cause par accident parce que cet effet dŽpend d'une telle cause au-delˆ de l'intention, comme on le voit pour celui qui en creusant un sŽpulcre trouve un trŽsor.

Alia causa per accidens est quae nihil operatur ad effectum ; sed ex eo quod accidit causae agenti, causa per accidens nominatur ; sicut album dicitur esse causa domus per accidens, eo quod accidit aedificatori.

b) L'autre cause par accident est celle qui n'op�re rien pour l'effet, mais du fait que cela arrive ˆ la cause efficiente, elle est appelŽe cause par accident ; ainsi on dit que le blanc est cause de la maison par accident parce que cela arrive au b‰tisseur.

Similiter duplex est effectus per accidens

De m�me l'effet par accident est double.

Unus ad quem potest terminari actio causae, licet praeter eius intentionem accidat, sicut inventio thesauri ; et talis effectus licet sit huiusmodi causae per accidens, potest esse alterius causae effectus per se. Hoc autem modo malum non habet causam per accidens ; quia, sicut iam dictum est, non potest esse terminus alicuius actionis.

a) L'un auquel peut se terminer l'action de la cause, bien qu'il arrive au-delˆ de l'intention, comme la dŽcouverte d'un trŽsor, et un tel effet, bien qu'il dŽpende d'une telle cause par accident peut �tre l'effet par soi d'une autre cause. Mais de cette mani�re le mal n'a pas de cause par accident parce que, comme on l'a dŽjˆ dit, il ne peut pas �tre le terme d'une action.

Alius effectus per accidens est ad quem non terminatur actio alicuius agentis ; sed ex eo quod accidit effectui, effectus per accidens nominatur ; sicut album accidens domui, potest dici effectus per accidens aedificatoris ; et sic nihil prohibet malum habere causam per accidens.

b) L'autre effet par accident est celui auquel ne se termine pas l'action de l'agent, mais du fait qu'il est accidentel pour l'effet, on l'appelle effet par accident ; comme le blanc, accident pour la maison peut �tre appelŽ effet par accident du b‰tisseur et ainsi rien n'interdit que le mal ait une cause par accident.

q. 3 a. 6 ad 7 Ad septimum dicendum, quod malum licet non sit natura aliqua, non est tamen negatio pura, sed est privatio ; quae secundum philosophum est negatio alicui subiecto inhaerens : nam privatio est negatio in substantia ; unde ex hoc ipso quod accidit alicui, potest ei causa per accidens assignari modo praedicto.

# 7. Bien que le mal ne soit pas une substance naturelle, il n'est cependant pas nŽgation pure, mais privation, qui, selon le philosophe, est une nŽgation inhŽrente ˆ un sujet : car (selon lui, IV MŽtaphysique, 22) la privation est nŽgation dans la substance ; c'est pourquoi du fait que cela arrive ˆ une chose, la cause par accident peut lui �tre assignŽe de la mani�re dont on a parlŽ.

q. 3 a. 6 ad 8 Ad octavum dicendum, quod malum per prius inest Diabolo quam aliis, tempore, non natura, quasi malitia sit eius essentia vel accidens ex principiis propriae naturae derivatum. Nec obstat, si ipse est aliis peior, cum hoc non sit propter connaturalitatem malitiae ad ipsum, sed per accidens, quia amplius peccavit. Illa autem principia aliorum sunt de quibus aliquid maxime dicitur per se, et non secundum accidens.

# 8. Le mal est prŽsent dans le diable plus t™t que dans les autres, chronologiquement, non par nature, comme si la malice Žtait son essence ou un accident dŽrivŽ des principes de sa propre nature. Et ce n'est pas un emp�chement si lui-m�me est pire que les autres, puisque cela ne vient pas de la connaturalitŽ de sa malice ˆ lui-m�me, mais par accident, parce qu'il a pŽchŽ davantage. Mais ces principes, pour les autres, sont ceux pour lesquels on dit que quelque chose est absolument par soi et non par accident.

q. 3 a. 6 ad 9 Ad nonum dicendum, quod ex perfectione boni est quod solum uno modo contingat ; nam non potest esse aliquid perfectum, nisi omnibus concurrentibus ex quibus eius perfectio quasi integratur. Quodcumque autem eorum deficiat, est imperfectum, et per consequens malum ; unde ex imperfectione mali est quod malum multipliciter contingit ; et ideo malum habet minus de ratione entis quam bonum.

# 9. Il est de la perfection du bien d'arriver seulement d'une seule mani�re, car il ne peut y avoir quelque chose de parfait que pour tout ce qui arrive dont la perfection est comme intŽgrŽe. Tout ce qui en eux est dŽfaillant est imparfait et par consŽquent un mal, c'est pourquoi c'est le propre de l'imperfection du mal qu'il arrive de multiples fa�ons, et c'est pourquoi il a moins de raison d'�tre que le bien.

q. 3 a. 6 ad 10 Ad decimum dicendum, quod verbum philosophi est accipiendum secundum opinionem Pythagorae, qui posuit bonum et malum esse genera, ut prius dictum est. Habet tamen eius opinio aliquid veritatis. Nam cum bonum positive dicatur malum vero privative, ut dictum est ; sicut omnis forma habet rationem boni, ita omnis privatio habet rationem mali ; et sic bonum et malum quodammodo convertuntur cum ente et cum privatione entis. In quibuslibet autem contrariis, ut probatur in X Metaph., includitur privatio et habitus ; et ideo semper alterum contrariorum quod est perfectius reducitur ad bonum ; et alterum quod est imperfectius reducitur ad malum. Unde philosophus dicit, quod altera pars contrarietatis ad maleficium pertinet, et pro tanto bonum et malum possunt dici contrariorum genera.

# 10. La parole du philosophe est ˆ prendre selon l'opinion de Pythagore, qui a pensŽ que le bien et le mal Žtaient des genres, comme on l'a dit plus haut. Son opinion comporte cependant une part de vŽritŽ. Car comme on parle du bien de mani�re positive, du mal de mani�re privative, comme on l'a dit, de m�me que toute forme est un bien par nature, de m�me toute privation est un mal par nature et ainsi le bien et le mal d'une certaine mani�re sont convertibles ˆ l'Žtant et ˆ sa privation. Dans n'importe quels contraires, comme on le prouve en MŽtaphysique (X, 9), la privation et la possession sont incluses et c'est pourquoi toujours l'un des contraires, qui est plus parfait, est ramenŽ au bien, et l'autre, plus imparfait, est ramenŽ au mal. C'est pour cela que le philosophe dit (I Phys. 9, 191 b 13[318]) que l'autre partie du contraire appartient au mal, et pour autant on peut dire que le bien et le mal sont des genres de contraires.

q. 3 a. 6 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod malum, quod est contrarium bono, non dicit privationem solam, sed habitum quemdam cum privatione ; qui quidem habitus non habet rationem mali in quantum habet de ente, sed in quantum habet adiunctam privationem perfectionis debitae.

# 11. Le mal qui est le contraire du bien, ne dŽsigne pas la seule privation, mais une possession avec la privation, cette possession n'a pas valeur de mal dans la mesure o� elle poss�de de l'Žtant, mais dans la mesure o� on lui ajoute la privation d'une perfection qui lui est due.

q. 3 a. 6 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod malum, in quantum est privatio sola, non ponitur differentia constitutiva habitus vitiosi, sed secundum quod adiungitur intentioni finis indebite, in qua non invenitur ratio mali ex fine intento, nisi in quantum cum hoc fine non potest stare debitus finis : sicut cum fine delectationis carnalis non potest stare bonum rationis. Ideo autem in habitibus animae specialiter bonum et malum poni dicuntur, quia morales actus, et per consequens habitus, specificantur ex fine, qui est quasi forma voluntatis, quae est principium proprium malorum actuum. Bonum vero et malum dicuntur per comparationem ad finem.

# 12. Le mal, en tant que privation seule, n'est pas pensŽ comme une diffŽrence constitutive d'une possession vicieuse, mais selon que la fin est ajoutŽe indžment ˆ l'intention ; en celle-ci on ne trouve pas la nature du mal ˆ partir de la fin visŽe, sinon dans la mesure o� la fin normalement due ne peut pas demeurer avec cette fin ; ainsi, le bien de la raison ne peut pas demeurer avec la fin de la dŽlectation charnelle. C'est pourquoi dans les mani�res d'�tre de l'‰me, on dit qu'on place spŽcialement le bien et le mal, parce que les actes moraux, et par consŽquent les mani�res dÕ�tre (habitus) sont spŽcifiŽs ˆ partir de la fin, qui est comme une forme de la volontŽ, qui est le principe propre des mauvaises actions. Mais le bien et le mal sont dŽfinis par comparaison ˆ la fin.

q. 3 a. 6 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod non intelligitur contra malum esse bonum sicut unum principium primum contra aliud principium primum, sed sicut duo provenientia ex uno primo principio ; quorum unum per se provenit, et aliud per accidens ; quod patet ex eo quod subditur : et sic intuere in omnia opera altissimi, et cetera.

# 13. On ne comprend pas que le bien est contre le mal, comme un principe premier est contre un autre principe premier, mais comme deux (principes) issus d'une seul premier principe, dont l'un arrive par soi et l'autre par accident, ce qui appara”t dans la suite du texte : ÇEt ainsi contemple toutes les Ïuvres du Tr�s HautÉÈ (Si. 33, 15).

q. 3 a. 6 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod malum non intenditur per accessum ad aliquem terminum, sed per recessum ab aliquo termino : sicut enim dicitur aliquid bonum per participationem boni, ita dicitur malum per recessum a bono.

# 14. Le mal nÕest pas recherchŽ pour parvenir ˆ un terme mais en l'abandonnant ; car, de m�me qu'on dit qu'un bien l'est par participation, de m�me le mal l'est par lÕabandon du bien.

q. 3 a. 6 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod dominus per arborem bonam intelligit causam boni, non quidem primam, sed proximam ad aliquem singularem effectum ; et simile est de arbore mala ; unde per arborem malam haereticos vult intelligi, qui ex suis operibus cognoscuntur, quasi arbor ex fructibus : et hoc etiam patet per similitudinem attendenti ; nam fructus non est arbor causa prima, sed radix. Si tamen per arborem universaliter omnem causam intelligamus, sicut Dionysius videtur accipere : tunc respondendum est, quod bonum non est per se causa mali, sicut ad primum dictum est.

# 15. Le Seigneur comprend par le bon arbre la cause du bien, non pas cependant la premi�re, mais la plus proche pour un effet particulier, et il en est de m�me pour l'arbre mauvais ; c'est pourquoi par cet arbre, il veut qu'on comprenne les hŽrŽtiques, qui sont connus par leurs Ïuvres, comme l'arbre par ses fruits ; et cela m�me appara”t par l'image ˆ celui qui y pr�te attention, car l'arbre n'est pas la cause premi�re du fruit, mais c'est sa racine qui l'est. Si cependant par l'arbre nous comprenons universellement toute cause, comme Denys semble le concevoir, alors il faut rŽpondre que le bien n'est pas en soi cause du mal, comme on l'a dit (ˆ la 1re solution).

q. 3 a. 6 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod tenebrae, de quibus in principio creationis dicitur, non fuerunt aliqua creatura, sed sola carentia lucis in aere ; non tamen malum, quia illa sola carentia boni et mali rationem inducit quae est eius quod potest et debet inesse. Non enim est malum in lapide, qui non habet sensum ; vel in puero statim nato, qui non ambulat. Nec tamen ex imperfectione agentis provenit quod aerem sine luce creavit, sed ab eius sapientia : cuius ordo requirit quod aliquid ex imperfecto ad perfectum ducatur.

# 16. Les tŽn�bres, dont on parle au commencement de la crŽation, ne furent pas une crŽature, mais seulement le manque de lumi�re dans l'air, cependant ce n'Žtait pas un mal, parce que ce seul manque induit la nature du bien et du mal, qui est de ce qui peut et doit y �tre. Car le mal n'est pas dans la pierre qui n'a pas de sensation, ni dans l'enfant sit™t nŽ, qui ne marche pas. Et cependant cela ne provient pas de l'imperfection de l'agent que l'air soit crŽŽ sans lumi�re, mais de sa sagesse, dont l'ordre demande que quelque chose soit menŽ de l'imperfection ˆ la perfection.

q. 3 a. 6 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod obiectio illa procedit, ac si malum haberet causam per se, quod supra ostensum est falsum esse.

# 17. Cette objection se prŽsente comme si le mal avait une cause en soi, on a montrŽ plus haut que cÕŽtait faux.

q. 3 a. 6 ad 18 Et similiter dicendum ad decimumoctavum.

# 18. Il faut dire de m�me.

q. 3 a. 6 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod aliter se habet natura ad generationem et corruptionem. Forma enim quae est terminus generationis, est per se intenta tam a natura universali quam a natura particulari : privatio vero est praeter intentionem naturae particularis ; est autem secundum intentionem naturae universalis, non quidem ut per se intenta, sed quia sine privatione alicuius formae non potest alia forma introduci ; et sic generatio est naturalis omnibus modis. Corruptio vero dicitur quandoque contra naturam, habito respectu ad naturam particularem.

# 19. La nature se comporte diffŽremment pour la gŽnŽration et la corruption. Car la forme qui est le terme de la gŽnŽration est atteinte par soi tant par la nature universelle que par la nature particuli�re : la privation est au-delˆ de l'intention de la nature particuli�re, mais elles est selon l'intention de la nature universelle, non comme atteinte par soi, mais parce que, sans la privation de la forme, une autre forme ne peut pas �tre introduite ; et ainsi la gŽnŽration est naturelle de toutes les mani�res. Mais on dit que la corruption est quelquefois contre la nature, en rapport ˆ une nature particuli�re.

q. 3 a. 6 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod in actu peccati quidquid est entitatis vel actionis reducitur in Deum sicut in primam causam ; quod vero est ibi deformitatis reducitur sicut in causam in liberum arbitrium ; sicut quod est de gressu in claudicatione reducitur in virtutem motivam sicut in primam causam ; quidquid autem est ibi obliquitatis provenit ex curvitate cruris.

# 20. Dans le pŽchŽ, quelque chose de l'entitŽ ou de l'action est ramenŽ ˆ Dieu, comme ˆ sa cause premi�re, mais ce qu'il y a lˆ de difformitŽ est ramenŽ comme ˆ sa cause au libre arbitre, ainsi ce qui concerne la marche est ramenŽ ˆ la claudication dans le pouvoir de mouvement comme ˆ sa premi�re cause, mais la dŽformation de la marche provient de la courbure de la jambe.

q. 3 a. 6 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod ratio illa procedit de duobus agentibus omnino disparatis, non autem quando unum agens in alio operatur : sic enim potest unus eorum esse effectus. Deus autem in omni natura et voluntate operatur ; unde ratio non sequitur.

# 21. Cette raison proc�de des deux agents tout ˆ fait diffŽrents, mais non quand un agent op�re dans un autre, car ainsi l'un d'eux peut �tre l'effet. Mais Dieu op�re en toute nature et volontŽ ; c'est pourquoi la raison ne vaut pas[319].

q. 3 a. 6 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod ratio illa procedit de agente per necessitatem naturae, quod si unum sit, unum effectum producit. Nec tamen oportet effectum esse simplicem sicut causam : quia nec in universalitate nec in simplicitate oportet effectum causae aequari. Deus vero non agit per necessitatem naturae, sed per voluntatem : unde potest simplicia et composita mutabilia et immutabilia facere.

# 22. Cette raison proc�de de l'agent qui agit par nŽcessitŽ de nature, parce que, s'il est seul, il produit un seul effet. Et cependant il ne faut pas que l'effet soit simple comme la cause, parce que, ni dans l'universel, ni dans la substance simple, il ne faut que l'effet Žgale la cause. Mais Dieu n'agit pas par nŽcessitŽ de nature, mais par volontŽ ; c'est pourquoi il peut faire des choses simples et composŽes, muables et immuables[320].

q. 3 a. 6 ad 23 Ad vicesimumtertium dicendum, quod macula in anima non ponit naturam aliquam, sed solam gratiae privationem, tamen cum respectu ad actum peccati praecedentem, qui huius privationis causa fuit vel esse potuit : et sic non oportet quod habeat maculam alicuius peccati, qui actum peccati illius non commisit.

# 23. La souillure dans l'‰me n'Žtablit pas une nature, mais la seule privation de la gr‰ce, cependant en rapport avec l'acte du pŽchŽ qui lÕa prŽcŽdŽ, qui a ŽtŽ cause de cette privation ou a pu l'�tre, et ainsi il ne faut pas que celui qui n'a pas commis le pŽchŽ en ait la souillure.

q. 3 a. 6 ad 24 Ad vicesimumquartum dicendum, quod opera Dei perseverant in aeternum, non secundum numerum, sed secundum speciem vel genus, et secundum substantiam, non secundum modum essendi : praeterit enim figura huius mundi, ut dicitur I Cor. VII, 31.

# 24. Les Ïuvres de Dieu demeurent Žternellement, non pas selon le nombre[321], mais selon l'esp�ce ou le genre, et selon la substance, non selon la mani�re d'�tre. ÇCar elle passe la figure de ce mondeÈ, comme il est dit (1 Co 7, 31).

q. 3 a. 6 ad 25 Ad vicesimumquintum dicendum, quod Deus licet sit spiritus, habet tamen in sua sapientia rationes corporum, quibus corpora assimilantur per modum quo artificiata artifici similantur quantum ad suam artem ; nihilominus tamen corpora Deo similantur quantum ad eius naturam, in quantum sunt et bona sunt et unitatem aliquam habent.

# 25. Bien que Dieu soit un esprit, il a cependant dans sa sagesse les idŽes des corps auxquelles les corps ressemblent ˆ la mani�re dont les Ïuvres d'art ressemblent ˆ l'artisan pour ce qui est de son art ; cependant les corps ressemblent Žgalement ˆ Dieu quant ˆ sa nature dans la mesure o� ils sont, o� ils sont bons et ont une unitŽ.

q. 3 a. 6 ad 26 Ad vicesimumsextum dicendum, quod natura non facit semper quod melius est habito respectu ad partem, sed habito respectu ad totum ; alias totum corpus hominis faceret oculum vel cor ; hoc enim unicuique partium melius esset, sed non toti. Similiter licet melius esset alicui rei quod in altiori ordine poneretur, non tamen esset melius universo, quod imperfectum remaneret, si omnes creaturae unius ordinis essent.

# 26. La nature ne fait pas toujours ce qui est meilleur par rapport ˆ la partie, mais par rapport au tout ; autrement tout le corps de l'homme ferait l'Ïil ou le cÏur, car cela serait meilleur pour chacune des parties, mais pas pour le tout. De la m�me mani�re, m�me si c'Žtait meilleur pour un �tre d'�tre placŽ dans un ordre plus ŽlevŽ, cependant ce ne serait pas meilleur pour l'univers, qui demeurerait imparfait, si toutes les crŽatures Žtaient sous un seul ordre.

 

 

 

Article 7 Ñ Dieu agit-il dans lÕopŽration de nature ?

q. 3 a. 7 tit. 1 Septimo quaeritur utrum Deus operetur in operatione naturae. Et videtur quod non.

Il semble que non[322].

 

Objections :

q. 3 a. 7Arg. 1 Natura enim neque deficit in necessariis neque abundat in superfluis. Sed ad actionem naturalem sufficit virtus activa ex parte agentis, et passiva ex parte recipientis. Ergo non requiritur virtus divina in rebus operans.

1. En effet, la nature[323] ne manque pas du nŽcessaire et nÕa pas de superflu. Mais la puissance active de lÕagent et la puissance passive du patient suffisent ˆ lÕaction de la nature. Donc la puissance divine qui op�re dans les crŽatures n'est pas nŽcessaire.

q. 3 a. 7Arg. 2 Sed dices, quod virtus activa naturae dependet in sua operatione ab operatione divina.- Sed contra, sicut operatio naturae creatae dependet ab operatione divina, ita operatio corporis elementaris dependet ab operatione corporis caelestis : nam corpus caeleste comparatur ad corpus elementare sicut causa prima ad secundam. Non autem dicitur, quod corpus caeleste operetur in quolibet corpore elementari agente. Ergo non est dicendum, quod Deus operetur in qualibet operatione naturae.

 2. Mais on pourrait dire que la puissance active de la nature dŽpend dans son opŽration de celle de Dieu. Ñ En sens contraire : de m�me que lÕopŽration de la nature crŽŽe dŽpend de celle de Dieu, lÕopŽration du corps ŽlŽmentaire[324] dŽpend de celle d'un corps cŽleste, car celui-ci est comparŽ au le corps ŽlŽmentaire comme la cause premi�re ˆ la cause seconde. Mais on ne dit pas que le corps cŽleste op�re en n'importe quel corps ŽlŽmentaire agent. Donc il ne faut pas dire que Dieu op�re dans nÕimporte quelle opŽration de la nature.

q. 3 a. 7Arg. 3 Praeterea, si Deus operatur in qualibet operatione naturae, aut una et eadem operatione operatur Deus et natura, aut diversis. Sed non una et eadem : unitas enim operationis attestatur unitati naturae ; unde quia in Christo sunt duae naturae, sunt etiam ibi duae operationes : creaturae autem et Dei constat non esse unam naturam. Similiter nec est possibile quod sint operationes diversae : nam diversae operationes non videntur ad idem factum terminari ; cum motus et operationes penes terminos distinguantur. Ergo nullo modo est possibile quod Deus in natura operetur.

3. Si Dieu op�re dans nÕimporte quelle opŽration de nature, ou bien Dieu et la nature agissent par une seule et m�me opŽration ou bien par des opŽrations diffŽrentes. Mais ce nÕest pas une unique et m�me opŽration, car lÕunitŽ dÕopŽration atteste lÕunitŽ de nature : c'est pourquoi, du fait qu'il y a deux natures dans le Christ, il y a aussi en lui deux opŽrations. Mais il est clair quÕil nÕy a pas une nature unique pour la crŽature et pour Dieu. De m�me, il nÕest pas possible que les opŽrations soient diffŽrentes, car les opŽrations diffŽrentes ne paraissent pas se terminer ˆ un m�me rŽsultat, puisque le mouvement et les opŽrations sont distinguŽs selon leurs termes. Donc il nÕest nullement possible que Dieu op�re dans la nature.

q. 3 a. 7Arg. 4 Sed dices, quod duae operationes possunt terminari ad idem, quae se habent secundum prius et posterius.- Sed contra, ea quae immediate se habent ad aliquid unum, non habent ad invicem ordinem. Sed tam Deus quam natura immediate operatur effectum naturalem. Ergo operatio Dei et operatio naturae non se habent secundum prius et posterius.

4. Mais on pourrait dire que deux opŽrations qui se produisent l'une avant l'autre, peuvent aboutir ˆ un m�me effet Ñ En sens contraire les choses qui se rapportent immŽdiatement ˆ un objet unique nÕont pas dÕordre entre elles. Mais autant Dieu que la nature produisent immŽdiatement un effet naturel. Donc lÕopŽration de Dieu et celle de la nature ne se comportent pas selon un avant et un apr�s.

q. 3 a. 7Arg. 5 Praeterea, quandocumque Deus aliquam naturam instituit, ex hoc ipso dat ei omnia illa quae sunt de ratione illius naturae ; sicut ex hoc ipso quod facit hominem, dat ei animam rationalem. Sed de ratione virtutis est quod sit principium agendi, cum virtus sit ultimum potentiae, quae est principium agendi in alio secundum quod est aliud, ut dicitur in V Metaph. Ergo ex hoc ipso quod virtutes naturales rebus indidit, dedit eis quod operationes naturales perficerent. Non ergo oportet quod ulterius in rebus naturalibus operetur.

5. Chaque fois que Dieu a Žtabli quelque chose de naturel, par lˆ m�me il lui donne tout ce qui convient ˆ sa nature ; ainsi du fait qu'il crŽe un homme, il lui donne une ‰me rationnelle. Mais il est de la dŽfinition du pouvoir[325] dÕ�tre le principe dÕaction, puisque le pouvoir est le sommet de la puissance, qui est le principe dÕaction dans un autre en tant qu'autre, comme on le dit en MŽtaphysique (V, 12, 1019 a 15-16). Donc du fait m�me quÕil a introduit des pouvoirs naturels dans les choses, il leur a donnŽ le pouvoir d'accomplir les opŽrations naturelles. Il ne faut donc pas que par la suite il op�re dans les choses naturelles.

q. 3 a. 7Arg. 6 Sed dices, quod virtutes naturales non possent durare, sicut nec alia entia, nisi virtute divina continerentur.- Sed contra, non est idem operari ad rem et operari in re. Sed operatio Dei qua virtutem naturalem vel facit vel in esse conservat, est operatio ad illam virtutem constituendam vel conservandam. Non ergo propter hoc potest dici, quod Deus in virtute naturali operante operetur.

6. Mais on pourrait dire que les pouvoirs naturels ne pourraient durer, de m�me que les autres Žtants, que sÕil sont maintenus par le pouvoir divin. Ñ En sens contraire : ce nÕest pas la m�me chose dÕopŽrer pour une chose et dÕopŽrer en elle. Mais lÕopŽration de Dieu, par laquelle il crŽe un pouvoir naturel ou il le conserve ˆ lÕ�tre, est une opŽration pour le constituer ou le conserver. Donc ce n'est pas ˆ cause de cela qu'on peut dire que Dieu op�re dans un pouvoir naturel qui op�re.

q. 3 a. 7Arg. 7 Praeterea, si Deus in natura operante operatur, oportet quod operando aliquid rei naturali tribuat : nam agens, agendo, aliquid actu facit. Aut ergo illud sufficit ad hoc quod natura possit per se operari, aut non. Si sufficit, cum etiam virtutem naturalem Deus naturae tribuerit, eadem ratione potest dici quod et virtus naturalis sufficiebat ad agendum : nec oportebit quod Deus, postquam virtutem naturae contulit, ulterius ad eius operationem aliquid operetur. Si autem non sufficit, oportet quod ibi aliquid aliud iterum faciat ; et si illud non sufficit, iterum aliud, et sic in infinitum ; quod est impossibile. Nam unus effectus non potest dependere ab actionibus infinitis : quia cum infinita non sit pertransire, nunquam compleretur. Ergo standum est in primo, dicendo quod virtus naturalis sufficit ad actionem naturalem, sine hoc quod Deus in ea ulterius operetur.

7. Si Dieu op�re dans une nature qui op�re, il faut en le faisant, qu'il lui accorde quelque chose, car lÕagent, en agissant, met quelque chose en acte. Donc ou cela suffit pour que la nature puisse opŽrer par elle-m�me ou non. Si cela suffit, comme cÕest Dieu qui aura attribuŽ ce pouvoir naturel ˆ la nature, on peut dire pour la m�me raison qu'il Žtait suffisant pour agir. Et il ne faudra pas que Dieu, apr�s lui avoir attribuŽ ce pouvoir ajoute ensuite ˆ son opŽration. Mais si cela ne suffit pas, il faut qu'il y fasse ˆ nouveau quelque autre chose ; et si cela ne suffit pas, ˆ nouveau autre chose, et ainsi ˆ lÕinfini, ce qui est impossible. Car un seul effet ne peut pas dŽpendre dÕactions infinies, parce que, comme on ne peut traverser lÕinfini, jamais il ne serait achevŽ. Donc il faut sÕen tenir ˆ la premi�re solution en disant que le pouvoir naturel suffit ˆ l'action naturelle, sans que Dieu op�re sur elle ensuite.

q. 3 a. 7Arg. 8 Praeterea, posita causa ex necessitate naturae agente, sequitur eius actio nisi per accidens impediatur, eo quod natura est determinata ad unum. Si ergo calor ignis agit ex necessitate naturae : ergo posito calore, sequitur calefactio, nec requiritur aliqua virtus superior agens in ipso.

8. Si on prend une cause qui agit par nŽcessitŽ de nature, il en dŽcoule que son action suit ˆ moins d'�tre emp�chŽe par accident, parce que la nature est dŽterminŽe ˆ un effet unique. Si donc la chaleur du feu agit par nŽcessitŽ de nature, si on pose la chaleur, il en dŽcoule lÕŽchauffement, et il nÕy a pas besoin dÕun pouvoir supŽrieur qui agisse en elle.

q. 3 a. 7Arg. 9 Praeterea, ea quae sunt omnino disparata, possunt ab invicem separari. Sed actio Dei et actio naturae sunt omnino disparatae ; cum Deus agat per voluntatem, natura vero per necessitatem. Ergo actio Dei potest separari ab actione naturae ; et ita non oportet quod Deus in natura agente operetur.

9. Les choses tout ˆ fait diffŽrentes peuvent �tre sŽparŽes lÕune de lÕautre. Or lÕaction de Dieu et celle de la nature sont tout ˆ fait diffŽrentes, puisque Dieu agit par volontŽ, et la nature par nŽcessitŽ. Donc lÕaction de Dieu peut �tre sŽparŽe de celle de la nature et ainsi il ne faut pas que Dieu op�re dans la nature agent.

q. 3 a. 7Arg. 10 Praeterea, creatura in se considerata, Dei similitudinem habet, in quantum actu est, et actu agit ; et secundum hoc est divinae bonitatis particeps. Hoc autem non esset, si virtus sua ad agendum non sufficeret. Sufficit ergo creatura ad agendum sine hoc quod Deus in ea operetur.

10. La crŽature, considŽrŽe en soi, ressemble ˆ Dieu, dans la mesure o� elle est en acte et agit par son acte ; et en cela elle participe de la divine bontŽ[326]. Mais cela n'existerait pas si son pouvoir ne suffisait pas pour agir. Donc la crŽature se suffit pour agir, sans ce que Dieu op�re en elle.

q. 3 a. 7Arg. 11 Praeterea, duo Angeli in uno loco esse non possunt, ut a quibusdam dicitur, ne operationum confusio sequatur ; quia Angelus ubi est, ibi operatur. Plus autem distat Deus a natura quam unus Angelus ab alio. Ergo Deus non potest simul in eodem cum natura operari.

11. Deux anges ne peuvent �tre dans un seul et m�me lieu, comme certains lÕont dit, pour Žviter la confusion des opŽrations. Parce que lÕange op�re lˆ o� il est. Dieu est plus ŽloignŽ de la nature que lÕange lÕest dÕun autre ange. Donc Dieu ne peut, en m�me temps que la nature, opŽrer dans un m�me objet.

q. 3 a. 7Arg. 12 Praeterea, Eccli. XI, 14, dicitur, quod Deus fecit hominem, et reliquit eum in manu consilii sui. Non autem reliquisset, si semper in voluntate operaretur. Ergo non operatur in voluntate operante.

12. LÕEcclŽsiaste (Si) (11, 14) dit que ÇDieu fit lÕhomme et le laissa ˆ son conseilÈ. Il ne lÕaurait pas laissŽ, sÕil opŽrait toujours dans sa volontŽ. Donc il nÕop�re pas dans la volontŽ en son opŽration.

q. 3 a. 7Arg. 13 Praeterea, voluntas est domina sui actus. Hoc autem non esset, si agere non posset nisi Deo in ipsa operante ; cum voluntas nostra non sit domina divinae operationis. Ergo Deus non operatur in voluntate nostra operante.

13. La volontŽ est ma”tresse de son acte. Mais cela ne serait pas, si elle ne pouvait agir que si Dieu opŽrait en elle, puisque notre volontŽ nÕest pas ma”tresse de lÕopŽration divine. Donc Dieu nÕop�re pas dans notre volontŽ en son opŽration.

q. 3 a. 7Arg. 14 Praeterea, liberum est quod causa sui est, ut dicitur in I Metaph. Quod ergo non potest agere nisi causa in ipso agente non est liberum in agendo. Sed voluntas nostra est libera in agendo. Ergo potest agere, nulla alia causa in ipsa operante : et sic idem quod prius.

14. Est libre ce qui est cause de soi, comme il est dit (MŽtaphysique, I, 2, 982 b 25[327]). Donc ce qui ne peut agir que par une cause qui agit en lui n'est pas libre en agissant. Mais notre volontŽ est libre quand nous agissons. Donc elle peut agir, sans autre cause qui op�re en elle. Et ainsi de m�me que plus haut.

q. 3 a. 7Arg. 15 Praeterea, causa prima plus est influens in causatum quam causa secunda. Si ergo Deus operetur in voluntate et natura, sicut causa prima in secunda ; sequeretur quod defectus qui accidunt in operatione voluntatis et naturae, magis Deo quam naturae vel voluntati attribuerentur ; quod est inconveniens.

15. La cause premi�re[328] a plus dÕinfluence dans lÕeffet que la cause seconde. Si donc Dieu opŽrait dans la volontŽ et la nature, comme cause premi�re dans la cause seconde, il en dŽcoulerait que les dŽfaillances qui arrivent dans lÕopŽration de la volontŽ et de la nature, seraient attribuŽes plus ˆ Dieu quÕˆ la nature ou ˆ la volontŽ ; ce qui ne convient pas.

q. 3 a. 7Arg. 16 Praeterea, posita causa sufficienter operante, superfluum est alterius causae operationem ponere. Sed constat, si Deus operetur in natura et voluntate, quod sufficienter operatur. Ergo superflueret omnis operatio naturae et voluntatis. Cum ergo in natura nihil sit superfluum ; nec natura nec voluntas aliquid operaretur, sed solus Deus. Hoc autem est inconveniens. Ergo et primum, scilicet quod Deus in natura et voluntate operetur.

16. Si on pose une cause qui op�re valablement, il est superflu de poser lÕopŽration dÕune autre. Mais il est clair que, si Dieu opŽrait dans la nature et la volontŽ, il le ferait valablement (ÇCar les Ïuvres de Dieu sont parfaitesÈ, Dt. 32, 4[329]). Donc toute opŽration de la nature et de la volontŽ serait superflue Aussi comme dans la nature rien nÕest superflu, ni la nature, ni la volontŽ nÕopŽrerait, mais Dieu seul. Cela ne convient pas. Donc il faut sÕen tenir ˆ la premi�re solution, ˆ savoir que Dieu op�rerait dans la nature et la volontŽ.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 7 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Is. XXVI, vers. 12 : omnia opera nostra operatus es in nobis, domine.

1. Isa•e dit. (26, 12) : ÇTu as accompli tous nos Ïuvres en nous, Seigneur [330].È

q. 3 a. 7 s. c. 2 Praeterea, sicut ars praesupponit naturam, ita natura praesupponit Deum. Sed in operatione artis operatur natura ; non enim sine operatione naturae, artis operatio efficitur, sicut igne emollitur ferrum ut percussione fabri extendatur. Ergo et Deus in operatione naturae operatur.

2. De m�me que lÕart prŽsuppose la nature, la nature prŽsuppose Dieu. Mais la nature op�re dans lÕopŽration de lÕart, car sans elle, lÕopŽration de lÕart ne se fait pas, de m�me que le feu ramollit le fer, de sorte quÕil sÕallonge sous les coups du forgeron. Donc Dieu aussi op�re dans lÕopŽration de nature.

q. 3 a. 7 s. c. 3 Praeterea, secundum philosophum, homo generat hominem et sol. Sed sicut operatio hominis in generatione dependet ab actione solis, ita et multo amplius actio naturae dependet ab actione Dei. Ergo quidquid operatur natura etiam Deus operatur.

3. Selon le philosophe (Physique, II, 2, 194 b 13[331]), lÕhomme et le soleil engendrent lÕhomme. Mais de m�me que lÕopŽration de lÕhomme dans la gŽnŽration dŽpend de lÕaction du soleil, ainsi et beaucoup plus lÕaction de la nature dŽpend de lÕaction de Dieu. Donc ce que fait la nature, Dieu le fait aussi.

q. 3 a. 7 s. c. 4 Praeterea, nihil potest operari nisi sit ens. Sed natura non potest esse nisi Deo operante ; in nihilum enim decideret nisi divinae potentiae actione conservaretur in esse, ut patet per Augustinum super Genes. ad litteram. Ergo natura non potest agere nisi Deo agente.

4. Rien ne peut opŽrer sinon l'Žtant. Mais la nature ne peut exister que si Dieu op�re, car elle retournerait au nŽant si la puissance divine par son action ne la conservait pas dans lÕ�tre[332], comme on le lit chez Augustin (La Gen�se au sens littŽral). Donc la nature ne peut agir que si Dieu agit.

q. 3 a. 7 s. c. 5 Praeterea, virtus Dei est in qualibet re naturali, quia Deus in omnibus rebus esse dicitur per essentiam et potentiam et praesentiam. Sed non est dicendum quod virtus divina secundum quod est in rebus sit otiosa. Ergo secundum quod est in natura operatur. Nec potest dici quod aliud quam ipsa natura operetur, cum non appareat ibi nisi una operatio. Ergo in qualibet naturae operatione Deus operatur.

5. Le pouvoir de Dieu est en chaque �tre naturel, parce quÕon dit qu'il est en toutes choses par essence, puissance et prŽsence[333]. Mais il ne faut pas dire que le pouvoir divin, selon quÕil est dans les choses, est inutile. Donc, selon quÕil est dans la nature, il op�re. Et on ne peut pas dire quÕautre chose que la nature elle-m�me op�re, puisque ici nÕappara”t quÕune seule opŽration. Donc Dieu op�re en chaque opŽration de la nature.

 

RŽponse :

q. 3 a. 7 co. Respondeo. Dicendum, quod simpliciter concedendum est Deum operari in natura et voluntate operantibus. Sed quidam hoc non intelligentes, in errorem inciderunt : attribuentes Deo hoc modo omnem naturae operationem quod res penitus naturalis nihil ageret per virtutem propriam ; et ad hoc quidem ponendum sunt diversis rationibus moti.

Il faut absolument conceder que Dieu op�re dans ce qui op�re par nature et volontŽ. Mais certains, qui ne lÕont pas compris, sont tombŽs dans lÕerreur, en attribuant ˆ Dieu toute opŽration de la nature, de telle sorte que la chose naturelle ne ferait strictement rien par son pouvoir propre, et pour l'Žtablir, ils y ont ŽtŽ poussŽs par diverses raisons.

Quidam enim loquentes in lege Maurorum, ut Rabbi Moyses narrat, dixerunt, omnes huiusmodi naturales formas accidentia esse : et cum accidens in aliud subiectum transire non possit, impossibile reputabant quod res naturalis per formam suam aliquo modo induceret similem formam in alio subiecto ; unde dicebant quod ignis non calefacit, sed Deus creat calorem in re calefacta.

A) Certains parlant selon la loi des Musulmans, comme Rabbi Moyses (Ma•monide[334]) le raconte, ont dit que toutes les formes naturelles Žtaient des accidents[335], et comme lÕaccident ne peut pas passer dans un autre sujet, ils considŽraient comme impossible que la chose naturelle, par sa forme, introduise dÕune certaine mani�re une forme semblable dans un autre substrat. CÕest pour cela quÕils disaient que le feu ne chauffe pas, mais que Dieu crŽe la chaleur dans lÕobjet chauffŽ[336].

Sed si obiiceretur contra eos, quod ex applicatione ignis ad calefactibile, semper sequatur calefactio, nisi per accidens esset aliquid impedimentum igni, quod ostendit ignem esse causam caloris per se ; dicebant, quod Deus ita statuit ut iste cursus servaretur in rebus, quod nunquam ipse calorem causaret nisi apposito igne ; non quod ignis appositus aliquid ad calefactionem faceret.

Mais si on leur objectait que de lÕapplication du feu ˆ ce quÕon chauffe, il en dŽcoule toujours un Žchauffement, sauf si, par accident, le feu Žtait emp�chŽ, ce qui montre qu'il est la cause de la chaleur en soi, ils disaient que Dieu a dŽcidŽ que ce concours serait conservŽ dans les choses, que jamais lui-m�me ne causerait la chaleur sauf si le feu Žtait placŽ tout pr�s et que ce n'Žtait pas le feu placŽ ˆ c™tŽ d'un objet qui provoquait l'Žchauffement.

Haec autem positio est manifeste repugnans sensui : nam cum sensus non sentiat nisi per hoc quod a sensibili patitur (quod etsi in visu sit dubium, propter eos qui visum extra mittendo fieri dicunt, in tactu et in aliis sensibus est manifestum), sequitur quod homo non sentiat calorem ignis si per ignem agentem non sit similitudo caloris ignis in organo sentiendi. Si enim illa species caloris in organo ab alio agente fieret, tactus etsi sentiret calorem, non tamen sentiret calorem ignis nec sentiret ignem esse calidum, cum tamen hoc iudicet sensus, cuius iudicium in proprio sensibili non errat.

Mais cette position[337] s'oppose manifestement ˆ nos sens : puisque en effet, ils ne per�oivent que par ce quÕils re�oivent du sensible (m�me si pour la vue[338], il y a un doute ˆ cause de ceux qui disent que la vue fonctionne en se projetant ˆ lÕextŽrieur, pour le toucher et les autres sens cÕest clair) ; il sÕensuit que lÕhomme ne sent pas la chaleur du feu si par le feu agent, il nÕy a pas la ressemblance de la chaleur du feu dans lÕorgane de la sensation. Car si cette esp�ce de chaleur Žtait faite dans l'organe par un autre agent, m�me si le toucher sentait la chaleur, il ne sentirait pas la chaleur du feu ni que le feu est chaud, puisque le sens dont le jugement ne se trompe pas dans sa propre sensibilitŽ le juge ainsi.

Repugnat etiam rationi, per quam ostenditur in rebus naturalibus nihil esse frustra. Nisi autem res naturales aliquid agerent, frustra essent eis formae et virtutes naturales collatae : sicut si cultellus non incideret, frustra haberet acumen. Frustra etiam requireretur appositio ignis ad ligna, si Deus absque igne ligna combureret.

Cela s'oppose aussi ˆ la raison : par elle, on dŽmontre que rien n'est vain dans les choses naturelles. Si elles ne faisaient rien, les formes et les pouvoirs naturels qui sÕy trouvent leur seraient inutiles. Ainsi si le couteau ne coupait pas, cÕest en vain quÕil aurait une lame. Et on chercherait en vain de mettre en contact le feu avec bois, si Dieu bržlait le bois sans feu[339].

Repugnat etiam divinae bonitati, quae sui communicativa est ; ex quo factum est quod res Deo similes fierent non solum in esse, sed etiam in agere. Ratio vero quam pro se inducunt, est omnino frivola. Nam cum dicitur accidens de subiecto in subiectum aliud non transire, intelligitur de accidente eodem secundum numerum, non quia simile accidens secundum speciem possit induci in aliud subiectum virtute accidentis quod alicui subiecto naturali inest. Et hoc est necesse in omni actione naturali contingere. Falsum etiam est quod supponunt, omnes formas esse accidentia : quia sic nullum esset in rebus naturalibus esse substantiale, cuius principium forma accidentalis esse non potest, sed substantialis tantum. Periret etiam generatio et corruptio, et multa alia inconvenientia sequerentur.

Cela s'oppose aussi ˆ la bontŽ divine qui se communique dÕelle-m�me ; de lˆ vient que les crŽatures ressemblent ˆ Dieu, non seulement dans leur �tre, mais aussi dans leur agir. Mais la raison quÕils avancent en leur faveur est tout ˆ fait futile. En effet, quand on dit que lÕaccident ne passe pas dÕun substrat dans un autre, on le comprend de ce m�me accident selon le nombre, et non pas parce qu'un accident d'une esp�ce semblable pourrait �tre induit dans un autre substrat par le pouvoir de l'accident qui est dans un sujet naturel. Et il est nŽcessaire que cela arrive dans toute action naturelle. Mais quÕils supposent que toutes les formes sont des accidents est faux, parce qu'ainsi, il nÕy aurait aucun �tre substantiel dans les choses naturelles, dont le principe ne peut pas �tre une forme accidentelle, mais une forme substantielle seulement. La gŽnŽration et la corruption dispara”traient et beaucoup dÕautres inconvŽnients en dŽcouleraient.

Avicebron etiam in libro fontis vitae dicit, quod nulla substantia corporalis agit, sed vis spiritualis penetrans per omnia corpora agit in eis, et tanto corpus aliquod est magis activum quanto est purius et subtilius et per consequens a virtute spirituali penetrabilius. Et ad hoc inducit tres rationes : quarum prima est, quod omne agens post Deum requirit subiectam materiam in quam agat ; corporali autem substantiae non subiicitur aliqua materia, et sic videtur quod agere non possit.

B) Avicebron[340] aussi, dans son livre, ÒLa Fontaine de vieÓ, dit quÕaucune substance corporelle nÕagit, mais que c'est une puissance spirituelle qui pŽn�tre ˆ travers tous les corps qui agit en elles, et plus un corps est actif, plus il est pur et subtil et par consŽquent plus accessible au pouvoir spirituel. Et ˆ cela il apporte trois raisons :1. Tout agent apr�s Dieu a besoin dÕune mati�re qui est un substrat, dans laquelle il agit ; mais la mati�re nÕest pas subordonnŽe ˆ la substance corporelle et ainsi il semble quÕelle ne puisse pas agir.

Secunda est quia quantitas impedit actionem et motum : cuius signum ponit, quia multitudo quantitatis retardat motum et addit corpori gravitatem ; et ita substantia corporalis quae est implicita quantitati, agere non potest.

2. La quantitŽ emp�che lÕaction et le mouvement ; il en donne comme preuve quÕune tr�s grande quantitŽ retarde le mouvement et ajoute de la lourdeur au corps et ainsi la substance corporelle qui est m�lŽe ˆ la quantitŽ ne peut pas agir.

Tertia ratio est, quod substantia corporalis est remotissima a primo agente, quod est agens tantum et non patiens, substantiae autem mediae sunt agentes et patientes ; unde oportet substantiam corporalem, quae est ultima, esse patientem tantum et non agentem.

3. La substance corporelle est tr�s loin du premier agent, qui est agent seulement et non patient ; les substances intermŽdiaires sont agents et patients ; c'est pourquoi il faut que la substance corporelle, qui est la derni�re soit "patiente" seulement et non agent.

Sed in hoc est manifesta deceptio ex hoc quod accipitur tota substantia corporalis quasi una et eadem numero substantia, ac si non esset secundum esse substantiale distincta sed solo accidente. Si enim diversae substantiae corporales substantialiter distinctae accipiantur, tunc non quaelibet substantia corporalis erit ultima entium et remotissima a primo agente, sed una erit alia superior et primo agenti propinquior, et sic una in alia agere poterit.

Mais l'erreur est manifeste, du fait quÕon prend toute la substance corporelle comme une seule et m�me substance par le nombre, comme si elle nÕŽtait pas distincte selon son �tre substantiel mais seulement par l'accident. Car si on accepte que les diverses substances corporelles comme substantiellement distinctes, alors ce nÕest pas une quelconque substance corporelle qui sera le dernier des Žtants et la plus ŽloignŽe du premier agent, mais lÕune sera supŽrieure ˆ lÕautre et plus proche du premier agent, et ainsi lÕune pourra agir dans lÕautre.

Item in praedictis consideratur substantia corporalis tantum secundum rationem materiae, et non ratione suae formae, cum tamen ex utroque sit composita. Substantiae enim corporali competit esse ultimum entium, et non habere inferius subiectum, ratione materiae, non autem ratione formae ; quia ratione formae est inferius subiectum omnis substantia in cuius materia est in potentia forma illa quam haec res designata habet in actu.

De m�me, dans ce qui a ŽtŽ dit, on ne consid�re la substance corporelle qu'en raison de la mati�re et non de sa forme, alors quÕelle est composŽe de lÕune et lÕautre. Il appartient, en effet, ˆ la substance corporelle dÕ�tre le dernier des Žtants et de ne pas avoir un substrat plus bas, ˆ cause de la mati�re, mais non de la forme ; parce que, en raison de celle-ci, toute substance est un substrat plus bas, dans la mati�re de qui il y a en puissance cette forme que cette chose poss�de en acte.

Et inde sequitur quod est mutua actio in substantiis corporalibus, cum in materia unius sit in potentia forma alterius, et e converso. Si autem ipsa forma non est sufficiens ad agendum eadem ratione nec vis substantiae spiritualis, quam corporalis substantia per modum suum necesse est quod recipiat. ICIC

Et de lˆ dŽcoule qu'il y a une action mutuelle dans les substances corporelles, puisque dans la mati�re de lÕune la forme de lÕautre est en puissance, et inversement. Mais si la forme m�me nÕest pas suffisante pour agir, par une m�me raison, le pouvoir de la substance spirituelle, quÕil est nŽcessaire que la substance corporelle re�oive ˆ sa mani�re, non plus.

Quantitas etiam non tollit motum et actionem, cum nihil moveatur nisi quantum ut in VI Physic. probatur. Nec est verum quod quantitas sit causa gravitatis. Hoc enim reprobatur in IV Cael. et mundi. Unde et quantitas addit in velocitatem motus naturalis ; nam corpus grave quanto est maius, tanto velocius deorsum fertur, et similiter leve sursum. Licet etiam quantitas secundum se non sit actionis principium non tamen potest assignari ratio quare actionem impediat, cum magis sit quoddam instrumentum qualitatis activae, nisi quatenus formae activae in materia subiecta quantitati receptae, esse quoddam limitatum recipiunt et individuatum ad materiam illam, ut sic per actionem in aliam materiam non se extendat. Sed quamvis esse individuatum in materia consequantur, rationem tamen speciei non amittunt, ex qua simile sibi in specie producere possunt, licet ipsaemet in alio subiecto esse non possint.

La quantitŽ nÕenl�ve ni le mouvement, ni lÕaction, puisque rien nÕest mž si ce n'est qu'ˆ sa mesure, comme on le prouve Physique, VI, 3, 233 b 19 Ñ 234 a 35[341]). Il nÕest pas vrai que la quantitŽ soit la cause de la pesanteur. Car cela est rejetŽ au livre IV Du ciel (p. 151 B 313 a 4). C'est pourquoi la quantitŽ ajoute ˆ la vitesse du mouvement naturel, car plus un corps lourd est grand, plus vite il descend, et cÕest pareil pour le corps lŽger vers le haut. Bien que la quantitŽ en soi ne soit pas principe dÕaction, on ne peut trouver cependant la raison pour laquelle elle emp�cherait lÕaction, puisquÕelle serait plus un instrument de la qualitŽ active, sauf dans la mesure o� les formes actives, re�ue dans la mati�re soumise ˆ la quantitŽ, re�oivent un �tre limitŽ et individualisŽ pour cette mati�re pour quÕainsi, par son action, elle ne sÕŽtende pas ˆ une autre mati�re. Mais quoiquÕelles atteignent un �tre individualisŽ dans la mati�re, cependant elles ne perdent pas la nature de lÕesp�ce, du fait qu'elles peuvent y produire quelque chose de semblable ˆ elles, en esp�ce, bien quÕelles ne le puissent �tre elles-m�mes dans un autre sujet.

Non ergo sic est intelligendum quod Deus in omni re naturali operetur, quasi res naturalis nihil operetur ; sed quia in ipsa natura vel voluntate operante Deus operatur : quod quidem qualiter intelligi possit, ostendendum est.

 Ce n'est pas ainsi qu'il faut comprendre que Dieu op�re en toute chose naturelle, comme si elle ne faisait rien, mais parce qu'il op�re dans la nature m�me ou dans la volontŽ en son opŽration, il faut montrer comment on peut le comprendre.

Sciendum namque est, quod actionis alicuius rei res alia potest dici causa multipliciter.

Car il faut savoir qu'une chose peut �tre appelŽe cause d'une autre de multiples fa�ons.

Uno modo quia tribuit ei virtutem operandi ; sicut dicitur in IV Physic., quod generans movet grave et leve, in quantum dat virtutem per quam consequitur talis motus : et hoc modo Deus agit omnes actiones naturae, quia dedit rebus naturalibus virtutes per quas agere possunt, non solum sicut generans virtutem tribuit gravi et levi, et eam ulterius non conservat, sed sicut continue tenens virtutem in esse, quia est causa virtutis collatae, non solum quantum ad fieri sicut generans, sed etiam quantum ad esse, ut sic possit dici Deus causa actionis in quantum causat et conservat virtutem naturalem in esse.

1. D'une premi�re mani�re, parce quÕelle lui attribue le pouvoir dÕopŽrer, comme on le dit en Physique, IV 3, 210 a 14-24, parce que celui qui engendre met en mouvement le lourd et le lŽger dans la mesure o� il donne un pouvoir d'o� dŽcoule un tel mouvement. Et Dieu, de cette mani�re, accomplit toutes les actions de nature, parce quÕil a donnŽ aux choses naturelles des pouvoirs par lesquels elles peuvent agir, non seulement comme celui qui engendre fournit un pouvoir au lourd et au lŽger, et ne le conserve plus, mais comme celui qui maintient continuellement ce pouvoir dans lÕ�tre, parce quÕil est cause du pouvoir qui lui est attribuŽ, non seulement quant au devenir comme celui qui engendre, mais aussi quant ˆ lÕ�tre, de sorte quÕainsi on peut dire que Dieu est la cause de lÕaction dans la mesure o� il cause et conserve en l'�tre le pouvoir naturel.

Nam etiam alio modo conservans virtutem dicitur facere actionem, sicut dicitur quod medicinae conservantes visum, faciunt videre. Sed quia nulla res per se ipsam movet vel agit nisi sit movens non motum.

2. Car dÕune autre mani�re, on dit qu'en conservant ce pouvoir, il accomplit lÕaction, de m�me qu'on dit que les rem�des qui conservent la vue font voir. Mais parce que rien ne se meut par soi ou nÕagit que sÕil est un moteur non mž.

Tertio modo dicitur una res esse causa actionis alterius in quantum movet eam ad agendum ; in quo non intelligitur collatio aut conservatio virtutis activae, sed applicatio virtutis ad actionem ; sicut homo est causa incisionis cultelli ex hoc ipso quod applicat acumen cultelli ad incidendum movendo ipsum. Et quia natura inferior agens non agit nisi mota, eo quod huiusmodi corpora inferiora sunt alterantia alterata ; caelum autem est alterans non alteratum, et tamen non est movens nisi motum, et hoc non cessat quousque perveniatur ad Deum : sequitur de necessitate quod Deus sit causa actionis cuiuslibet rei naturalis ut movens et applicans virtutem ad agendum.

3. DÕune troisi�me mani�re, on dit quÕune chose est la cause de l'action dÕune autre dans la mesure o� elle la pousse ˆ agir ; en cela on ne comprend pas lÕattribution ou la conservation du pouvoir actif, mais son application ˆ lÕaction. Ainsi lÕhomme est la cause de lÕentaille du couteau du seul fait quÕil applique son tranchant pour couper en le manipulant. Et parce que la nature, agent infŽrieur, nÕagit que si elle est mue, de tels corps infŽrieurs changent en Žtant eux-m�mes changŽs. Mais le ciel provoque des changements sans �tre changŽ, et cependant il nÕest moteur que mž, et cela ne cessera que jusquÕˆ ce quÕon parvienne ˆ Dieu. Il dŽcoule nŽcessairement que Dieu est la cause de lÕaction dÕune chose naturelle comme moteur, qui applique le pouvoir pour agir.

Unde quarto modo unum est causa actionis alterius, sicut principale agens est causa actionis instrumenti ; et hoc modo etiam oportet dicere, quod Deus est causa omnis actionis rei naturalis. Quanto enim aliqua causa est altior, tanto est communior et efficacior, et quanto est efficacior, tanto profundius ingreditur in effectum, et de remotiori potentia ipsum reducit in actum.

4. C'est pourquoi, dÕune quatri�me mani�re, lÕun est cause de lÕaction de lÕautre, comme lÕagent principal est cause de lÕaction de lÕinstrument, et de cette mani�re aussi, il faut dire que Dieu est cause de toute action de l'�tre naturel. Car plus une cause est ŽlevŽe, plus elle est commune et efficace, et plus elle est efficace, plus elle entre profondŽment dans lÕeffet et, dÕune puissance plus ŽloignŽe, elle l'am�ne ˆ l'acte.

In qualibet autem re naturali invenimus quod est ens et quod est res naturalis, et quod est talis vel talis naturae. ;

Dans nÕimporte quel �tre naturel[342], on trouve qu'il y a l'Žtant, la chose naturelle, et ce qui est de telle ou telle nature.

Quorum primum est commune omnibus entibus ;

1) Le premier est commun ˆ tous les Žtants ;

secundum omnibus rebus naturalibus

2) le second ˆ toutes les choses naturelles,

tertium in una specie ; et quartum, si addamus accidentia, est proprium huic individuo.

3) le troisi�me ˆ une seule esp�ce, 4) et le quatri�me, si on ajoute les accidents, est propre ˆ cet individu particulier.

Hoc ergo individuum agendo non potest constituere aliud in simili specie nisi prout est instrumentum illius causae, quae respicit totam speciem et ulterius totum esse naturae inferioris. Et propter hoc nihil agit ad speciem in istis inferioribus nisi per virtutem corporis caelestis, nec aliquid agit ad esse nisi per virtutem Dei. Ipsum enim esse est communissimus effectus primus et intimior omnibus aliis effectibus ; et ideo soli Deo competit secundum virtutem propriam talis effectus : unde etiam, ut dicitur in Lib. de causis, intelligentia non dat esse, nisi prout est in ea virtus divina.

Donc ce dernier en agissant ne peut en constituer une autre dans la m�me esp�ce que dans la mesure o� il est lÕinstrument de cette cause, qui concerne toute lÕesp�ce et davantage tout l'�tre de nature infŽrieure. Et pour cette raison rien nÕagit pour lÕesp�ce dans ces choses infŽrieures que par le pouvoir dÕun corps cŽleste, et rien nÕagit pour lÕ�tre que par le pouvoir de Dieu. Car lÕ�tre lui-m�me est le premier effet le plus commun et plus intime[343] que tous les autres effets et cÕest pourquoi il convient ˆ Dieu seul, selon le pouvoir propre dÕun tel effet : c'est pourquoi, comme aussi on le dit dans le Livre des Causes (prop. 9[344]), lÕIntelligence ne donne lÕ�tre que dans la mesure o� il y a en elle un pouvoir divin.

Sic ergo Deus est causa omnis actionis, prout quodlibet agens est instrumentum divinae virtutis operantis. Sic ergo si consideremus supposita agentia, quodlibet agens particulare est immediatum ad suum effectum. Si autem consideremus virtutem qua fit actio, sic virtus superioris causae erit immediatior effectui quam virtus inferioris ; nam virtus inferior non coniungitur effectui nisi per virtutem superioris ; unde dicitur in Lib. de Caus., quod virtus causae primae prius agit in causatum, et vehementius ingreditur in ipsum.

Ainsi donc Dieu est cause de toute action, dans la mesure o� n'importe quel agent est lÕinstrument du pouvoir divin en son opŽration. Si donc nous considŽrons les supp™ts agents, nÕimporte quel agent particulier est sans intermŽdiaire ˆ son effet. Mais si nous considŽrons le pouvoir par lequel lÕaction est accomplie, alors le pouvoir de la cause supŽrieure sera plus immŽdiat dans lÕeffet que celui de la cause infŽrieure, car ce dernier nÕest joint ˆ lÕeffet que par le pouvoir du supŽrieur. C'est pourquoi il est dit dans Le livre des Causes (prop. 1), que la pouvoir de la cause premi�re agit avant dans lÕeffet et entre plus fortement en lui.

Sic ergo oportet virtutem divinam adesse cuilibet rei agenti, sicut virtutem corporis caelestis oportet adesse cuilibet corpori elementari agenti. Sed in hoc differt ; quia ubicumque est virtus divina, est essentia divina ; non autem essentia corporis caelestis est ubicumque est sua virtus : et iterum Deus est sua virtus, non autem corpus caeleste.

Ainsi donc il faut que le pouvoir divin soit prŽsent ˆ tout ce qui agit, de m�me qu'il faut que le pouvoir du corps cŽleste le soit ˆ tout corps ŽlŽmentaire qui agit. Mais la diffŽrence c'est que partout o� il y a le pouvoir divin, il y a lÕessence divine. LÕessence du corps cŽleste nÕest pas partout o� est son pouvoir ; en plus Dieu est son propre pouvoir, mais pas le corps cŽleste.

Et ideo potest dici quod Deus in qualibet re operatur in quantum eius virtute quaelibet res indiget ad agendum : non autem potest proprie dici quod caelum semper agat in corpore elementari, licet eius virtute corpus elementare agat. Sic ergo Deus est causa actionis cuiuslibet in quantum dat virtutem agendi, et in quantum conservat eam, et in quantum applicat actioni, et in quantum eius virtute omnis alia virtus agit. Et cum coniunxerimus his, quod Deus sit sua virtus, et quod sit intra rem quamlibet non sicut pars essentiae, sed sicut tenens rem in esse, sequetur quod ipse in quolibet operante immediate operetur, non exclusa operatione voluntatis et naturae.

CÕest pourquoi on peut dire que Dieu op�re en toute chose dans la mesure o� elle a besoin de son pouvoir pour agir ; mais on ne peut proprement dire que le ciel agit toujours dans le corps ŽlŽmentaire, bien que ce soit par son pouvoir que le corps ŽlŽmentaire agisse. Ainsi donc Dieu est cause de nÕimporte quelle action dans la mesure o� il donne le pouvoir dÕagir, o� il le conserve et, il lÕapplique ˆ lÕaction et o� tout autre pouvoir agit dans le sien. Et comme nous avons ajoutŽ ˆ cela que Dieu est son propre pouvoir, et qu'il est en n'importe quelle chose, non comme une partie de son essence, mais comme celui qui la conserve dans lÕ�tre, il en dŽcoule que lui-m�me op�re sans intermŽdiaire en nÕimporte quel �tre en son opŽration, sans exclure lÕopŽration de la volontŽ et de la nature.

 

Solutions :

q. 3 a. 7 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod virtus activa et passiva rei naturalis sufficiunt ad agendum in ordine suo ; requiritur tamen virtus divina, ratione iam dicta, in corp. art.

# 1. Le pouvoir actif et passif dÕune chose naturelle suffisent pour agir en son ordre. Cependant elle a besoin du pouvoir divin, pour la raison dŽjˆ dite dans le corps de l'article

q. 3 a. 7 ad 2 Ad secundum dicendum, quod operatio virtutis naturalis ad Deum et corporis elementaris ad corpus caeleste sunt quantum ad aliquid similes, non autem quantum ad omnia.

# 2. LÕopŽration du pouvoir naturel relativement ˆ Dieu et celle du corps ŽlŽmentaire relativement au corps cŽleste sont semblables en un certain point, mais pas en tout.

q. 3 a. 7 ad 3 Ad tertium dicendum quod in operatione qua Deus operatur movendo naturam, non operatur natura ; sed ipsa naturae operatio est etiam operatio virtutis divinae ; sicut operatio instrumenti est per virtutem agentis principalis. Nec impeditur quin natura et Deus ad idem operentur, propter ordinem qui est inter Deum et naturam.

# 3. Dans lÕopŽration par laquelle Dieu op�re en mettant en mouvement la nature, la nature nÕop�re pas. Mais lÕopŽration m�me de la nature est aussi une opŽration du pouvoir divin, de m�me que lÕopŽration de lÕinstrument existe par le pouvoir de lÕagent principal. Et rien nÕemp�che que la nature et Dieu op�rent sur un m�me objet, ˆ cause de l'ordre entre Dieu et la nature[345]..

q. 3 a. 7 ad 4 Ad quartum dicendum, quod tam Deus quam natura immediate operantur ; licet ordinentur secundum prius et posterius, ut ex dictis patet.

# 4. Dieu autant que la nature op�re sans intermŽdiaire, bien quÕils soient ordonnŽs selon un avant et un apr�s, comme cela appara”t dans ce qui a ŽtŽ dit.

q. 3 a. 7 ad 5 Ad quintum dicendum, quod de ratione virtutis inferioris est quod sit aliquo modo operationis principium in suo ordine, id est ut agat ut instrumentum superioris virtutis : unde, exclusa superiori virtute, inferior virtus operationem non habet.

# 5. Il appartient ˆ un pouvoir infŽrieur d'�tre en quelque mani�re principe d'opŽration en son ordre, c'est-ˆ-dire qu'il agisse comme instrument d'un pouvoir supŽrieur. C'est pourquoi, si le pouvoir supŽrieur est exclus, le pouvoir infŽrieur nÕa pas dÕopŽration..

q. 3 a. 7 ad 6 Ad sextum dicendum, quod Deus non solum est causa operationis naturae ut conservans virtutem naturalem in esse, sed aliis modis, ut dictum est.

# 6. Dieu est non seulement la cause de lÕopŽration de la nature, en tant qu'il conserve le pouvoir naturel dans lÕ�tre, mais aussi par dÕautres moyens, comme on lÕa dit.

q. 3 a. 7 ad 7 Ad septimum dicendum, quod virtus naturalis quae est rebus naturalibus in sua institutione collata, inest eis ut quaedam forma habens esse ratum et firmum in natura. Sed id quod a Deo fit in re naturali, quo actualiter agat, est ut intentio sola, habens esse quoddam incompletum, per modum quo colores sunt in aere, et virtus artis in instrumento artificis. Sicut ergo securi per artem dari potuit acumen, ut esset forma in ea permanens, non autem dari ei potuit quod vis artis esset in ea quasi quaedam forma permanens, nisi haberet intellectum ; ita rei naturali potuit conferri virtus propria, ut forma in ipsa permanens, non autem vis qua agit ad esse ut instrumentum primae causae ; nisi daretur ei quod esset universale essendi principium : nec iterum virtuti naturali conferri potuit ut moveret se ipsam, nec ut conservaret se in esse : unde sicut patet quod instrumento artificis conferri non oportuit quod operaretur absque motu artis ; ita rei naturali conferri non potuit quod operaretur absque operatione divina.

# 7. Le pouvoir naturel, placŽ dans les choses naturelles en leur constitution est en elles comme une forme ayant un �tre dŽterminŽ et ferme en nature. Mais ce qui est fait par Dieu, dans un �tre naturel o� il agit de mani�re actuelle est comme une intention seule avec un �tre incomplet, ˆ la mani�re dont les couleurs sont dans lÕair, et le pouvoir de lÕart dans lÕinstrument de lÕartiste. Ainsi donc on a pu donner un tranchant ˆ la hache pour quÕil y soit forme permanente, mais on nÕaurait pu lui donner le pouvoir de lÕart comme forme permanente que si elle avait une intelligence. De la m�me mani�re, un pouvoir propre a pu �tre confŽrŽ ˆ la chose naturelle, comme une forme permanente en elle, mais non la force par laquelle elle agit pour �tre comme l'instrument de la cause premi�re, ˆ moins de lui donner ce qui serait le principe universel dÕ�tre. Et il nÕa pu, non plus, �tre confŽrŽ au pouvoir naturel de se mouvoir lui-m�me, ni de se conserver dans l'�tre lui-m�me. C'est pourquoi, de m�me qu'il est Žvident quÕil ne fallut pas qu'il soit donnŽ ˆ lÕinstrument de lÕartisan dÕopŽrer sans le mouvement de lÕart, de m�me, il n'a pu �tre donnŽ ˆ la chose naturelle dÕopŽrer sans lÕopŽration divine.

q. 3 a. 7 ad 8 Ad octavum dicendum, quod necessitas naturae, per quam calor agit, constituitur ex ordine omnium causarum praecedentium ; unde non excluditur virtus causae primae.

# 8. La nŽcessitŽ naturelle, par laquelle la chaleur agit, est constituŽe de lÕordre de toutes les causes prŽcŽdentes. C'est pourquoi le pouvoir de la cause premi�re n'est pas exclu.

q. 3 a. 7 ad 9 Ad nonum dicendum, quod licet natura et voluntas sint secundum esse disparata, tamen in agendo habent aliquem ordinem. Nam sicut actio naturae praecedit actionem voluntatis nostrae, ratione cuius in operibus artis, quae a voluntate sunt, naturae operatione indiget ; ita voluntas Dei, quae est origo omnis naturalis motus, praecedit operationem naturae ; unde et eius operatio in omni operatione naturae requiritur.

# 9. Bien que la nature et la volontŽ soient diffŽrentes selon leur �tre, cependant elles ont un certain ordre en agissant. Car, de m�me que lÕaction de la nature prŽc�de lÕaction de notre volontŽ, pour la raison que dans les opŽrations de lÕart, qui dŽpendent de la volontŽ, celle-ci a besoin de lÕopŽration de nature ; de m�me la volontŽ de Dieu, qui est lÕorigine de tout mouvement naturel, prŽc�de lÕopŽration de la nature ; c'est pourquoi son opŽration est requise dans toute opŽration de nature.

q. 3 a. 7 ad 10 Ad decimum dicendum, quod creatura habet aliquam Dei similitudinem participando bonitatem ipsius, in quantum est et agit, non tamen ita quod per similitudinis perfectionem ad aequalitatem perveniat ; et ideo sicut imperfectum indiget perfecto, ita virtus naturae in agendo indiget operatione divina.

# 10. La crŽature a une certaine ressemblance ˆ Dieu en participant ˆ sa bontŽ, dans la mesure o� elle est et agit, non cependant de mani�re ˆ lÕŽgaler par la perfection de cette ressemblance. Et cÕest pourquoi, de m�me que lÕimparfait a besoin du parfait, ainsi le pouvoir de la nature dans son action a besoin de lÕopŽration divine.

q. 3 a. 7 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod duo Angeli minus distant secundum gradum naturae quam Deus et natura creata ; tamen in ordine causae et effectus, Deus et natura conveniunt, non autem duo Angeli ; unde Deus in natura operatur, non autem unus Angelus in alio.

# 11. Deux anges sont moins distants selon la hiŽrarchie de la nature que Dieu et la nature crŽŽe ; cependant dans lÕordre de la cause et de lÕeffet, Dieu et la nature se rencontrent, mais pas deux anges. C'est pour cela que Dieu op�re dans la nature, mais pas un ange dans un autre.

q. 3 a. 7 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod Deus non dicitur hominem dereliquisse in manu consilii sui, quin in voluntate operetur ; sed quia voluntati hominis dedit dominium sui actus, ut non esset obligata ad alteram partem contradictionis : quod quidem dominium naturae non dedit, cum per suam formam sit determinata ad unum.

# 12. On ne dit pas que Dieu a abandonnŽ lÕhomme ˆ son conseil, au point de ne plus opŽrer dans sa volontŽ, mais parce quÕil a donnŽ ˆ la volontŽ de lÕhomme le pouvoir sur son action, pour qu'elle ne soit pas liŽe ˆ l'autre partie de la contradiction[346] : il nÕa pas donnŽ le pouvoir ˆ la nature, puisque par sa forme elle est dŽterminŽe ˆ un objet unique.

q. 3 a. 7 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod voluntas dicitur habere dominium sui actus non per exclusionem causae primae, sed quia causa prima non ita agit in voluntate ut eam de necessitate ad unum determinet sicut determinat naturam ; et ideo determinatio actus relinquitur in potestate rationis et voluntatis.

# 13. On dit que la volontŽ a pouvoir sur son action non en excluant la cause premi�re, mais parce que celle-ci nÕagit pas dans la volontŽ de sorte ˆ la dŽterminer nŽcessairement ˆ un objet, comme elle dŽtermine la nature et ainsi la dŽtermination de lÕacte est laissŽe au pouvoir de la raison et de la volontŽ.

q. 3 a. 7 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod non quaelibet causa excludit libertatem, sed solum causa cogens : sic autem Deus non est causa operationis nostrae.

# 14. Ce nÕest pas nÕimporte quelle cause qui enl�ve la libertŽ mais seulement une cause contraignante, mais ainsi Dieu nÕest pas cause de notre opŽration.

q. 3 a. 7 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod quia causa prima magis influit in effectum quam secunda, ideo quidquid perfectionis est in effectu, principaliter reducitur ad primam causam ; quod autem est de defectu, reducendum est in causam secundam, quae non ita efficaciter operatur sicut causa prima.

# 15. Parce que la cause premi�re influe plus sur lÕeffet que la cause seconde, ce qu'il y a de perfection dans lÕeffet, est ramenŽ principalement ˆ la cause premi�re ; mais ce qui est dŽfaillance, doit �tre ramenŽ ˆ la cause seconde, qui nÕop�re pas aussi efficacement que la cause premi�re[347].

q. 3 a. 7 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod Deus perfecte operatur ut causa prima ; requiritur tamen operatio naturae ut causae secundae. Posset tamen Deus effectum naturae etiam sine natura facere ; vult tamen facere mediante natura, ut servetur ordo in rebus.

# 16. Dieu op�re de mani�re parfaite comme cause premi�re ; cependant lÕopŽration de la nature est requise comme cause seconde. Dieu pourrait cependant produire un effet de nature m�me sans la nature, mais il veut le faire par lÕintermŽdiaire de la nature pour conserver lÕordre des choses.

 

 

 

Article 8 Ñ Dieu op�re-t-il dans la nature en crŽant, ce qui revient ˆ chercher si la crŽation est m�lŽe ˆ l'opŽration de nature ?

q. 3 a. 8 tit. 1 Octavo quaeritur utrum Deus operetur in natura creando ; quod est quaerere : utrum creatio operi naturae admiscetur. Et videtur quod sic.

Et il semble que oui[348].

 

Objections :

q. 3 a. 8Arg. 1 Per hoc quod dicit Augustinus [in II lib. de Trinitate, cap. VIII] : apostolus, inquit, Paulus discernens interius Deum creantem atque formantem ab operibus creaturae quae admoventur extrinsecus, de agricultura similitudinem assumens ait : ego plantavi, Apollo rigavit, sed Deus incrementum dedit.

1. DÕapr�s ce que dit Augustin (La TrinitŽ, III, 8, 14) : ÇLÕap™tre Paul distinguant lÕopŽration de Dieu qui crŽe et qui fa�onne au dedans, des opŽrations de la crŽature qui agissent au dehors, en empruntant une image ˆ lÕagriculture, dit : ÒJÕai plantŽ, Apollon a arrosŽ, mais Dieu a donnŽ lÕaccroissement (1 Co. 3, 6)È.

q. 3 a. 8Arg. 2 Sed dices, quod creatio accipitur ibi large pro qualibet factione.- Sed contra, Augustinus, ex auctoritate apostoli intendit in verbis praedictis distinguere operationem creaturae ab operatione Dei. Non autem distinguitur per creationem communiter acceptam pro qualibet factione, quia sic etiam natura creat ; aliquid enim facit, ut ostensum est supra, art. praeced., sed non per creationem proprie acceptam. Ergo de creatione proprie accepta oportet verba praemissa intelligere.

2. Mais on pourrait dire que la crŽation est prise ici au sens large pour une fabrication quelconque Ñ En sens contraire, Augustin (ibid.) par lÕautoritŽ de lÕAp™tre, vise, dans les paroles ici rapportŽes, ˆ distinguer lÕopŽration de la crŽature de celle de Dieu. Mais elle n'est pas distinguŽe par une crŽation au sens communŽment acceptŽ d'une fabrication quelconque, parce que la nature crŽe aussi. Car elle agit, comme on lÕa montrŽ ci-dessus ˆ lÕarticle prŽcŽdent, mais non par crŽation au sens propre. Donc il faut comprendre que ces paroles se rapportent ˆ la crŽation au sens propre.

q. 3 a. 8Arg. 3 Praeterea, idem Augustinus [loc. cit.] : subdit : Sicut in ipsa vita nostra mentem iustificando formare non potest nisi Deus, praedicare autem extrinsecus Evangelium etiam homines possunt ; ita creationem rerum visibilium Deus interius operatur, exteriores autem operationes bonorum sive malorum Angelorum vel hominum, vel quorumcumque animalium, ita rerum naturae adhibet, in qua creat omnia, quemadmodum terrae agriculturam. Sed mentem nostram iustificando format creatione proprie accepta : nam gratia per creationem dicitur esse. Ergo et creatione proprie dicta formas naturales creat.

3. Le m�me Augustin ajoute : ÇDe la m�me mani�re que dans notre vie m�me, il n'y a que Dieu seul qui peut fa�onner l'esprit en le justifiant, mais annoncer lÕƒvangile ˆ lÕextŽrieur, m�me les hommes peuvent le faire ; de la m�me mani�re, Dieu op�re de lÕintŽrieur la crŽation du monde visible ; mais aussi les opŽrations extŽrieures des anges, bons ou mauvais, et des hommes, ou de tous les animaux (É), de sorte qu'il les applique ˆ la nature en qui il crŽe tout ; comme lÕagriculture pour la terre.È Mais il forme notre esprit en le justifiant par une crŽation au sens propre. Car on dit que la gr‰ce existe par crŽation. Donc il crŽe les formes naturelles par crŽation proprement dite[349].

q. 3 a. 8Arg. 4 Sed dices, quod formae naturales habent causam in subiecto, non autem gratia ; et pro tanto gratia proprie creatur, non autem formae naturales.- Sed contra, ut dicitur in Glossa Genes. I, creare est ex nihilo aliquid facere. Cum autem haec praepositio ex quandoque importet habitudinem causae efficientis, sicut I Corinth., VIII, 6 : Ex quo omnia, per quem omnia, quandoque autem habitudinem causae materialis, sicut habetur Tobiae cap. XIII, 21-22 : Omnis circuitus murorum eius ex lapide candido et mundo ; cum dicitur aliquid ex nihilo fieri, non negatur habitudo causae efficientis (quia sic Deus rerum creatarum causa efficiens non esset), sed negatur habitudo causae materialis. Formae autem naturales habent in subiectis causas efficientes, per quod differunt a gratia ; habent etiam et materiam in qua, quod et gratiae competit. Non ergo magis competit ratio creationis gratiae quam naturalibus formis, per hoc quod est habere causam in subiecto.

4. Mais on pourrait dire que les formes naturelles ont leur cause dans le substrat mais pas la gr‰ce, et pour autant celle-ci est crŽŽe au sens propre, mais pas les formes naturelles. Ñ En sens contraire, comme on le dit dans la Glose de Gn 1, 1 : ÇCrŽer c'est faire quelque chose de rien[350].È Comme cette prŽposition ÒexÓ ('de') apporte quelquefois une relation de cause efficiente comme en 1 Co. 8, 6 : ÇTout vient de lui, tout est par luiÈ, quelquefois aussi une relation de la cause matŽrielle, comme on le trouve en Tobie 13, 21 - 22 : ÇTout le tour de ses murs : de (ex) pierre blanche et pureÈ, quand on dit que quelque chose est fait de rien, on ne nie pas la relation ˆ la cause efficiente, (sinon Dieu ne serait pas la cause efficiente des crŽatures), mais on nie la relation ˆ la cause matŽrielle. Mais les formes naturelles ont dans leur substrat des causes efficientes par le fait quÕelles diff�rent de la gr‰ce. Elles ont aussi une mati�re dans laquelle elles sont, ce qui convient aussi ˆ la gr‰ce. Donc la nature de la crŽation ne convient pas plus ˆ la gr‰ce quÕaux formes naturelles, par le fait d'avoir une cause dans le substrat.

q. 3 a. 8Arg. 5 Praeterea, formae artificiales non habent causam in subiecto, sed sunt totaliter ab extrinseco. Si ergo gratia propter hoc creari dicitur quia non habet causam in subiecto, pari ratione formae accidentales artificiales creabuntur.

5. Les formes artificielles nÕont pas de cause dans le substrat, mais elle viennent totalement de l'extŽrieur. Donc si on dit que la gr‰ce est crŽŽe, parce quÕelle nÕa pas de cause dans le substrat, ˆ raison Žgale les formes accidentelles artificielles seront crŽŽes.

q. 3 a. 8Arg. 6 Praeterea, id quod non habet materiam partem sui, non potest ex materia fieri. Sed formae non habent materiam partem sui : quia forma distinguitur et contra materiam et contra compositum, ut patet in principio secundi de Anima [com. 2 et 4] Cum ergo formae fiant quia de novo esse incipiunt, videtur quod non fiant ex materia ; et sic fiunt ex nihilo, et per consequens creantur.

6. Ce qui nÕa pas de partie matŽrielle, ne peut �tre fait de mati�re. Mais les formes nÕont pas de mati�re en participation, parce que la forme est distinguŽe de la mati�re et du composŽ, comme cela appara”t au dŽbut du livre 2 de L'‰me ( 412 b 10[351]). Donc comme les formes sont faites, parce quÕelles commencent ˆ exister de nouveau, il semble quÕelles ne sont pas faites de mati�re, et ainsi elles sont faites de rien et par consŽquent elles sont crŽŽes.

q. 3 a. 8Arg. 7 Sed diceretur, quod licet formae naturales non habeant materiam partem sui ex qua sint, habent tamen materiam in qua sunt, et pro tanto non creantur.- Sed contra, sicut aliae formae naturales, ita et anima rationalis est forma in materia. Sed anima rationalis creari ponitur. Ergo et similiter est de aliis formis naturalibus ponendum.

7. Mais on pourrait dire que, bien que les formes naturelles nÕaient pas de mati�re en participation dÕelles-m�mes, d'o� elles viennent, elles ont cependant une mati�re dans laquelle elles sont, et pour autant elles ne sont pas crŽŽes. Ñ En sens contraire : comme les autres formes naturelles, lÕ‰me raisonnable est une forme dans la mati�re. Mais il est Žtabli quÕelle est crŽŽe. Donc il faut le concevoir de la m�me mani�re pour les autres formes naturelles.

q. 3 a. 8Arg. 8 Sed dices, quod anima rationalis non educitur de materia, sicut aliae formae naturales. Sed contra, nihil educitur de aliquo quod non est in eo. Sed ante finem generationis forma, quae est generationis terminus, non erat in materia ; alias essent formae contrariae in materia simul. Ergo formae naturales non educuntur de materia.

8. Mais on pourrait dire que lÕ‰me raisonnable nÕest pas tirŽe de la mati�re, comme les autres formes naturelles.Ñ En sens contraire : rien nÕest tirŽ de quelque chose qui n'est pas en lui. Mais, avant la fin de la gŽnŽration, la forme, qui en est le terme, nÕŽtait pas dans la mati�re. Autrement il y aurait dans la mati�re en m�me temps des formes contraires. Donc les formes naturelles ne sont pas tirŽes de la mati�re.

q. 3 a. 8Arg. 9 Praeterea, forma quae est generationis terminus, non apparebat ante generationem completam. Si ergo erat ibi, erat latens : et ita sequeretur latitatio cuiuslibet in quolibet, quam ponebat Anaxagoras, et Aristoteles improbat in I Phys. [text. 32, 33, 42 et seq.].

9. La forme qui est le terme de la gŽnŽration nÕapparaissait pas avant la gŽnŽration compl�te. Donc si elle y Žtait, elle Žtait cachŽe, et il sÕensuivrait ainsi un Žtat latent d'une chose dans une autre, ce que professait Anaxagore et que rejette Aristote (Physique. I, 4, - 187 a 31[352]).

q. 3 a. 8Arg. 10 Sed dices, quod forma naturalis non existebat in materia ante completam generationem, complete, ut Anaxagoras ponebat, sed incomplete.- Sed contra, si forma aliquo modo est in materia ante terminum generationis, est ibi secundum aliquid sui. Si autem non est ibi complete secundum aliquid sui, non praeexistit. Habet ergo forma aliquid et aliquid, et sic non est simplex ; cuius contrarium in principio Sex principiorum habetur.

10. Mais on pourrait dire que la forme naturelle n'existait pas compl�tement dans la mati�re avant la gŽnŽration compl�te, comme Anaxagore le pensait, mais de fa�on incompl�te. Ñ En sens contraire : si la forme est en quelque mani�re dans la mati�re avant le terme de la gŽnŽration, elle y est comme la partie d'elle-m�me. Mais si elle nÕy est pas compl�tement, elle ne prŽexiste pas comme partie. Donc la forme a une chose et l'autre et ainsi, elle nÕest pas simple ; on trouve le contraire au commencement des ÒSix principes[353] Ó.

q. 3 a. 8Arg. 11 Praeterea, si non complete praeexistit in materia, et postmodum completur, oportet quod per generationem ei adveniat complementum. Illud autem complementum in materia non praeexistebat, quia sic fuisset ibi complete. Ergo illud complementum per creationem erit ad minus.

11. Si elle ne prŽexiste pas compl�tement dans la mati�re, et quÕelle est complŽtŽe ensuite, il faut que le complŽment lui advienne par gŽnŽration. Mais ce complŽment ne prŽexistait pas dans la mati�re, parce quÕil y aurait ainsi ŽtŽ en entier. Donc ce complŽment existera au moins par crŽation.

q. 3 a. 8Arg. 12 Sed dices, quod praeexistebat in materia incomplete, non quidem secundum partem, sed quia alio modo erat ante, et alio modo post : prius enim erat in potentia, sed post est in actu.- Sed contra, ex hoc quod aliquid alio et alio modo se habet, est alteratio, non generatio. Si ergo per opus naturae non fit aliquid, nisi quod forma quae prius erat in potentia, postea fit actu ; sequeretur quod per operationem naturae non sit aliqua generatio, sed alteratio sola.

12. On pourrait dire quÕelle prŽexistait incompl�tement dans la mati�re, non pas en partie, mais parce qu'elle existait d'une mani�re diffŽrente avant et apr�s : car avant, elle Žtait en puissance, mais apr�s elle est en acte. Ñ En sens contraire, du fait que quelque chose se comporte dÕune mani�re et dÕune autre, cÕest un changement d'Žtat, non une gŽnŽration. Si donc par l'Ïuvre de la nature, rien n'est fait sinon que la forme, qui Žtait avant en puissance, devient ensuite en acte, il en dŽcoulerait que par une opŽration de nature il n'y aurait pas gŽnŽration mais changement d'Žtat seulement.

q. 3 a. 8Arg. 13 Praeterea, in natura inferiori non invenitur aliquod activum principium, nisi accidens : nam ignis agit per calorem, qui est accidens ; et similiter de aliis. Sed accidens non potest esse causa activa formae substantialis, quia nihil agit ultra suam speciem ; effectus autem non praeeminet causae, cum tamen forma substantialis praeemineat accidenti. Ergo forma substantialis non producitur per actionem naturae inferioris ; et ita oportet quod sit per creationem.

13. Dans la nature infŽrieure, on ne trouve comme principe actif que l'accident ; car le feu agit par la chaleur, qui est un accident, et de m�me pour les autres choses. Mais lÕaccident ne peut �tre la cause active de la forme substantielle, parce que rien nÕagit au-delˆ de son esp�ce ; lÕeffet ne lÕemporte pas sur la cause, encore que cependant la forme substantielle lÕemporte sur lÕaccident. Donc la forme substantielle nÕest pas produite par lÕaction d'une nature infŽrieure, et ainsi il faut quÕelle existe par crŽation.

q. 3 a. 8Arg. 14 Praeterea, imperfectum non potest esse causa perfecti. Sed in semine bruti animalis non est vis animae nisi imperfecte. Ergo anima bruti non producitur per actionem naturalem virtutis seminalis ; et ita oportet quod sit per creationem et pari ratione omnes aliae formae naturales.

14. LÕimparfait ne peut pas �tre cause du parfait. Mais la force de l'‰me n'est dans la semence de lÕanimal quÕimparfaitement. Donc lÕ‰me de lÕanimal nÕest pas produite par lÕaction naturelle du pouvoir sŽminal et ainsi il faut quÕelle existe par crŽation, et ˆ raison Žgale, toutes les autres formes naturelles[354].

q. 3 a. 8Arg. 15 Praeterea, illud quod non est animatum nec vivum, non potest esse causa rei animatae viventis. Sed animalia quae generantur ex putrefactione, sunt res animatae viventes ; non autem inveniuntur in natura aliqua viventia, a quibus eis vita conferatur. Ergo oportet quod eorum animae sint per creationem a primo vivente, et pari ratione aliae formae naturales.

15. Ce qui nÕest ni animŽ, ni vivant ne peut �tre cause dÕun �tre animŽ vivant. Mais les animaux qui naissent de la putrŽfaction sont des �tres animŽs vivants ; et on ne trouve pas dans la nature des �tres vivants par lesquels la vie leur est confŽrŽe. Donc il faut que leurs ‰mes existent par crŽation ˆ partir du premier vivant et ˆ raison Žgale les autres formes naturelles.

q. 3 a. 8Arg. 16 Praeterea, natura non agit nisi sibi simile. Sed aliqua res naturalis invenitur generari, cuius similitudo in generante non praecessit. Mulus enim neque equo, neque asino est similis in specie. Ergo forma muli non est per actionem naturae, sed per creationem ; et sic idem quod prius.

16. La nature ne fait que du semblable ˆ elle-m�me. Mais on trouve un �tre naturel engendrŽ, dont la ressemblance ne l'a pas prŽcŽdŽ dans celui qui engendre. La mulet en effet, nÕest semblable en esp�ce, ni au cheval ni ˆ lÕ‰ne. Donc la forme du mulet ne vient pas de lÕaction de la nature, mais par crŽation et ainsi de m�me que plus haut.

q. 3 a. 8Arg. 17 Praeterea, Augustinus dicit in lib. de vera Relig.[lib. II de lib. Arb. XVII], quod res naturales formis suis formatae non essent, nisi esset aliquid primum unde formarentur. Hoc autem est ipse Deus. Ergo omnes formae sunt per creationem a Deo.

17. Augustin dit (La vraie religion, Le libre arbitre, II, 17) que les �tres naturels ne seraient mis en forme que sÕil y avait quelque �tre premier qui les forme. Mais celui-ci, cÕest Dieu lui-m�me. Donc toutes les formes viennent par la crŽation de Dieu.

q. 3 a. 8Arg. 18 Praeterea, Boetius dicit [in libro de Trinitate], quod ex formis quae sunt sine materia, venerunt formae quae sunt in materia. Formae autem quae sunt sine materia, non possunt intelligi in proposito, nisi ideae rerum in mente divina existentes. Nam Angeli, qui possunt dici sine materia formae non sunt causae formarum naturalium, ut patet per Augustinum [III de Trin. Cap. VIII et XI]. Ergo formae naturales non sunt per actionem naturae, sed a datore creante.

18. Bo�ce dit (La TrinitŽ, II) que les formes qui sont dans la mati�re sont venues des formes sans mati�re. Mais les formes sans mati�re ne peuvent �tre comprises que dans l'hypoth�se o� les idŽes des choses existent dans lÕesprit divin. Car les anges, qui peuvent �tre appelŽs des formes sans mati�re, ne sont pas causes des formes naturelles, comme Augustin le montre (La TrinitŽ III, 8 et 9). Donc les formes naturelles ne dŽpendent pas de lÕaction de la nature, mais dÕun donneur qui les crŽe.

q. 3 a. 8Arg. 19 Praeterea, in libro de Causis, [prop. 18] dicitur, quod esse est per creationem. Hoc autem non esset nisi formae crearentur : nam forma est essendi principium. Ergo formae sunt per creationem : ergo Deus in materia operatur aliquid creando, scilicet ipsas formas.

19. Dans le Livre des Causes (prop. XVIII), il est dit que lÕ�tre existe par crŽation. Mais cela ne serait possible que si les formes Žtaient crŽŽes, car la forme est le principe d'�tre. Donc les formes existent par crŽation ; et Dieu op�re dans la mati�re en crŽant quelque chose, cÕest-ˆ-dire les formes elles-m�mes.

q. 3 a. 8Arg. 20 Praeterea, id quod est per se, est causa eius quod non est per se. Sed formae rerum naturalium non sunt per se, sed sunt in materia. Ergo earum causa est forma per se stans ; et ita oportet quod formae naturales sint per creationem ab agente extrinseco ; et sic videtur quod Deus in natura operetur, formas creando.

20. Ce qui est par soi est cause de ce qui ne lÕest pas. Mais les formes des �tres naturels ne sont pas par soi mais sont dans la mati�re. Donc leur cause est une forme qui demeure par soi et de m�me qu'il faut que les formes naturelles soient crŽŽes par un agent extŽrieur, de m�me il semble que Dieu op�re dans la nature en crŽant les formes.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 8 s. c. 1 Sed contra. Opus creationis distinguitur ab opere gubernationis et propagationis. Quod autem actione naturae agitur, pertinet ad opus gubernationis et ad rerum propagationem. Ergo creatio operi naturae non admiscetur.

1. On distingue lÕÏuvre de la crŽation de celle du gouvernement et de la propagation[355]. Mais ce qui est fait par lÕaction de la nature, convient ˆ lÕÏuvre du gouvernement et de la propagation. Donc la crŽation nÕest pas m�lŽe ˆ l'opŽration de la nature.

q. 3 a. 8 s. c. 2 Praeterea, nihil potest creare nisi solus Deus. Si ergo formae sunt per creationem, non erunt nisi a Deo ; et sic omnis actio naturae frustrabitur, cuius finis est forma.

2. Rien ne peut crŽer, sinon Dieu seul. Si donc les formes existent par crŽation, elles nÕexisteront que par Dieu ; et ainsi toute l'action de la nature, dont la fin est la forme, sera vaine.

q. 3 a. 8 s. c. 3 Praeterea, sicut forma substantialis non habet materiam partem sui, ita nec accidentalis. Si ergo propter hoc formas substantiales oportet esse per creationem, quia non habent materiam, pari ratione et formae accidentales. Sicut autem res generata perficitur per formam substantialem, ita fit dispositio per formam accidentalem. Ergo res naturalis nullo modo erit generans, neque sicut perficiens neque sicut disponens ; et sic cassa erit omnis naturae actio.

3. La forme substantielle nÕa pas de mati�re en participation, la forme accidentelle non plus. Si donc, il faut que les formes substantielles soient crŽŽes, parce quÕelles nÕont pas de mati�re, ˆ raison Žgale les formes accidentelles aussi. Mais de la m�me mani�re que ce qui est engendrŽ est achevŽ par la forme substantielle, de m�me la disposition est faite par la forme accidentelle. Donc l'�tre naturel n'engendrera en aucune mani�re, ni en achevant, ni en disposant. Et ainsi toute action de la nature sera vaine.

q. 3 a. 8 s. c. 4 Praeterea, natura est ex similibus similia procreans. Sed generatum invenitur simile generanti secundum speciem et formam. Ergo ipsa forma generati fit per actionem generantis, et non per creationem.

4. La nature procrŽe du semblable ˆ partir du semblable. Mais on trouve que l'engendrŽ est semblable ˆ celui qui l'engendre, selon lÕesp�ce et la forme. Donc la forme m�me de lÕengendrŽ est faite par lÕaction de celui qui engendre, et non par crŽation.

q. 3 a. 8 s. c. 5 Praeterea, diversorum agentium actiones non terminantur ad unum effectum. Sed ex materia et forma fit unum simpliciter. Ergo non potest esse quod sit aliud agens quod disponit materiam et quod inducit formam. Disponens autem materiam, est agens naturale. Ergo et inducens formam ; et sic formae non sunt per creationem, et ita creatio non admiscetur operibus naturae.

5. Les actions des divers agents ne se terminent pas ˆ un seul effet. Mais l'unitŽ vient simplement de la mati�re et de la forme. Donc il est impossible que ce soit un agent diffŽrent qui dispose la mati�re et qui induit la forme. Mais en disposant la mati�re, il est agent naturel. Donc en induisant la forme aussi, et de m�me que les formes n'existent pas par crŽation, de m�me la crŽation nÕest pas m�lŽe aux Ïuvres de la nature.

 

RŽponse :

q. 3 a. 8 co. Respondeo. Dicendum, circa istam quaestionem diversae fuerunt opiniones. Quarum omnium videtur radix fuisse unum et idem principium, secundum quod natura non potest ex nihilo aliquid facere.

A propos de cette question les opinions ont ŽtŽ diverses. La racine de toutes semble avoir ŽtŽ un seul et m�me principe : la nature ne peut rien faire de rien.

A. - Ex hoc enim aliqui crediderunt quod nulla res fieret aliter nisi per hoc quod extrahebatur a re alia in qua latebat, sicut de Anaxagora narrat philosophus [in I Physic., com. 3Ž et 33], qui ex hoc videtur fuisse deceptus, quia non distinguebat inter potentiam et actum ; putabat enim oportere quod actu praeextiterit illud quod generatur. Oportet autem quod praeexistat potentia et non actu ; si enim non praeexisteret potentia, fieret ex nihilo ; si vero praeexisteret actu, non fieret : quia quod est, non fit.

A. Car ˆ partir de lˆ, certains ont cru que rien nÕŽtait faite autrement quÕen Žtant tirŽ dÕune chose en qui elle Žtait cachŽe, comme le philosophe le raconte dÕAnaxagore[356] (Physique, I, 4, 187 a 26), qui semble avoir ŽtŽ trompŽ parce quÕil ne distinguait pas la puissance et lÕacte. Car il pensait quÕil fallait que ce qui est engendrŽ prŽexiste en acte. Il faut aussi qu'il prŽexiste en puissance et non en acte. Car s'il ne prŽexistait pas en puissance, il serait fait de rien, mais sÕil prŽexistait en acte, il ne serait pas fait, parce que ce qui est ne se fait pas.

B. - Sed quia res generata est in potentia per materiam, et in actu per suam formam ; posuerunt aliqui, quod res fiebat quantum ad formam materia praeexistente. Et quia operatio naturae non potest esse ex nihilo, et per consequens oportet quod sit ex praesuppositione, non operabatur, secundum eos, natura, nisi ex parte materiae disponendo ipsam ad formam. Formam vero, quam oportet fieri et non praesupponi, oportet esse ex agente qui non praesupponit aliquid, sed potest ex nihilo facere : et hoc est agens supernaturale, quod Plato posuit datorem formarum. Et hoc Avicenna dixit esse intelligentiam ultimam inter substantias separatas.

B. Mais parce quÕun �tre engendrŽ est en puissance par la mati�re, et en acte par sa forme, certains ont pensŽ que la chose Žtait faite, quant ˆ sa forme avec une mati�re prŽexistante. Et parce que lÕopŽration de nature ne peut pas exister ˆ partir de rien, et que par consŽquent, il faut quÕelle vienne de quelque chose de prŽsupposŽ, la nature nÕopŽrait selon eux, qu'ˆ partir d'une partie de la mati�re, en la disposant ˆ la forme. Mais il faut que la forme soit faite et non prŽsupposŽe, et il faut que lÕ�tre vienne dÕun agent qui ne prŽsuppose rien, mais peut la faire de rien. Et cÕest un agent surnaturel que Platon a Žtabli comme donneur de formes. Et Avicenne a dit que cÕŽtait la derni�re intelligence parmi les substances sŽparŽes[357].

Quidam vero moderni eos sequentes, dicunt hoc esse Deum. Hoc autem videtur esse inconveniens. Quia cum unumquodque natum sit simile sibi agere (nam unumquodque agit in eo quod actu est, hoc scilicet quod est in potentia id quod agendum est), non requireretur similitudo secundum formam substantialem in agente naturali, nisi forma substantialis geniti esset per actionem agentis. Ex quo etiam id quod in genito acquirendum est, actu in generante naturali invenitur, et unumquodque agit secundum quod actu est ; inconveniens videtur, hoc generante praetermisso, aliud exterius inquirere.

C. Certains modernes[358] qui les suivent disent que c'est Dieu. Mais cela ne para”t pas convenir. Parce que, comme chaque chose est destinŽe ˆ faire du semblable ˆ soi[359] (car elle agit en ce qui est en acte, car il va de soi que ce qui est en puissance est ce qui doit �tre fait), la ressemblance ne serait requise pour la forme substantielle dans lÕagent naturel que si celle de l'engendrŽ venait de lÕaction de lÕagent. D'o� ce qui doit �tre acquis dans l'engendrŽ, c'est ce qui se trouve en acte dans le gŽniteur naturel. Chacun agit selon quÕil est en acte ; recourir ˆ un agent extŽrieur sans tenir compte de ce qui engendre, ne semble pas convenir.

D. - Unde sciendum est, quod istae opiniones videntur provenisse ex hoc quod ignorabatur natura formae, sicut et primae provenerunt ex hoc quod ignorabatur natura materiae. Forma enim naturalis non dicitur univoce esse cum re generata. Res enim naturalis generata dicitur esse per se et proprie, quasi habens esse, et in suo esse subsistens ; forma autem non sic esse dicitur, cum non subsistat, nec per se esse habeat ; sed dicitur esse vel ens, quia ea aliquid est ; sicut et accidentia dicuntur entia, quia substantia eis est vel qualis vel quanta, non quod eis sit simpliciter sicut per formam substantialem : unde accidentia magis proprie dicuntur entis, quam entia, ut patet in Metaphys. [lib. VII, comm. 21]

D. C'est pourquoi il faut savoir que ces opinions paraissent provenir de ce que la nature de la forme Žtait ignorŽe, de m�me que les premi�res opinions provenaient de ce que la nature de la mati�re Žtait ignorŽe. Car on ne dit pas que la forme naturelle est univoque avec ce qui est engendrŽ. Mais on dit que la chose naturelle engendrŽe est par soi et proprement, comme ayant lÕ�tre, et subsistante en soi, mais on ne dit pas que ce nÕest pas ainsi quÕexiste la forme, puisquÕelle ne subsiste pas, et quÕelle nÕa pas lÕ�tre par soi. Mais on lÕappelle �tre ou Žtant, parce quÕelle est quelque chose, de m�me qu'on appelle les accidents des Žtants, parce que la substance pour eux est qualitŽ ou grandeur, non parce quÕelle existe absolument pour eux, comme par une forme substantielle ; c'est pourquoi les accidents sont plus proprement appelŽs de l'Žtant que des Žtants, comme cela appara”t en MŽtaphysique VII, 1, 1028 a 35 - b 1[360]

Unumquodque autem factum, hoc modo dicitur fieri quo dicitur esse. Nam esse est terminus factionis : unde illud quod proprie fit per se, compositum est. Forma autem non proprie fit, sed est id quod fit, id est per cuius acquisitionem aliquid dicitur fieri. Nihil ergo obstat per hoc quod dicitur quod per naturam ex nihilo nihil fit, quin formas substantiales, ex operatione naturae esse dicamus. Nam id quod fit, non est forma, sed compositum ; quod ex materia fit, et non ex nihilo. Et fit quidem ex materia, in quantum materia est in potentia ad ipsum compositum, per hoc quod est in potentia ad formam. Et sic non proprie dicitur quod forma fiat in materia, sed magis quod de materiae potentia educatur.

On dit que chaque chose faite est faite de la mani�re par laquelle on la dit exister. Car lÕ�tre est le terme du faire : c'est pourquoi ce qui est fait par soi ˆ proprement parler est composŽ. Mais la forme nÕest pas faite ˆ proprement parler, mais elle est ce qui est fait, cÕest-ˆ-dire par l'acquisition de ce dont on dit qu'elle est faite[361]. Donc rien n'emp�che, du fait quÕon dit que rien nÕest fait de rien par nature, de dire que les formes substantielles viennent de lÕopŽration de la nature. Car ce qui est fait, ce nÕest pas la forme, mais le composŽ, qui est fait de mati�re et non de rien. C'est fait de mati�re, dans la mesure o� celle-ci est en puissance pour ce composŽ m�me, parce qu'elle est en puissance pour la forme. Et ainsi ce nÕest pas proprement quÕon dit que la forme est faite dans la mati�re, mais elle est plut™t tirŽe de la puissance de la mati�re.

Ex hoc autem ipso quod compositum fit, et non forma, ostendit philosophus [in VII Metaph., text. 26 et 27], quod formae sunt ex agentibus naturalibus : nam, cum factum oporteat esse simile facienti, ex quo id quod factum est, est compositum, oportet id quod est faciens, esse compositum, et non forma per se existens, ut Plato dicebat ; ut sic sicut factum est compositum, quo autem fit, est forma in materia in actum reducta ; ita generans sit compositum, non forma tantum ; sed forma sit quo generat : forma, inquam, in hac materia existens, sicut in his carnibus et in his ossibus et in aliis huiusmodi.

Du fait que cÕest le composŽ qui est fait et non la forme, le philosophe montre (MŽtaphysique VII, 8, 1033 a 24 - b 8 Ñ 8, 1034 b 7-16[362]) :que les formes proviennent des agents naturels. Car, comme ce qui est fait doit ressembler ˆ ce qui le fait, du fait quÕil a ŽtŽ fait, il est composŽ, il faut que celui qui le fait soit composŽ et non une forme existante en soi, comme Platon le disait[363], de sorte que, de m�me que ce qui a ŽtŽ fait est un composŽ, par quoi il est fait, il y a une forme dans la mati�re ramenŽe ˆ lÕacte ; de m�me celui qui engendre serait un composŽ et non une forme seulement. Mais la forme serait par quoi il engendre ; la forme, dis-je, qui existe dans cette mati�re, comme dans ces chairs et ces os[364], etc..

 

Solutions :

q. 3 a. 8 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ex verbis Augustini in operibus naturae creatio Deo attribuitur ratione virtutum naturalium, quas in principio materiae indidit per opus creationis, non quod in quolibet naturae opere aliquod creetur.

 1. Par ces paroles dÕAugustin, la crŽation, dans les opŽrations de nature, est attribuŽe ˆ Dieu, en raison des pouvoirs naturels quÕil a introduits au commencement de la mati�re[365] par lÕÏuvre de crŽation, non parce quÕil crŽe quelque chose dans n'importe quelle Ïuvre de nature.

q. 3 a. 8 ad 2 Ad secundum dicendum, quod creatio proprie accipitur in verbis Augustini ; non tamen referenda est ad effectus naturae, sed ad virtutes quibus natura operatur ; quae per opus creationis naturae sunt inditae.

 2. Dans ces paroles, Augustin prend la crŽation au sens propre ; elles ne doivent pas cependant �tre rapportŽes aux effets de nature, mais aux pouvoirs par lesquels la nature op�re, qui sont introduits dans la nature par lÕopŽration de la crŽation.

q. 3 a. 8 ad 3 Ad tertium dicendum, quod gratia, cum non sit forma subsistens, nec esse nec fieri ei proprie per se competit : unde non proprie creatur per modum illum quo substantiae per se subsistentes creantur. Infusio tamen gratiae accedit ad rationem creationis in quantum gratia non habet causam in subiecto, nec efficientem, nec talem materiam in qua sit hoc modo in potentia, quod per agens naturale educi possit in actum, sicut est de aliis formis naturalibus.

 3. Il ne convient pas ˆ la gr‰ce, puisqu'elle n'est pas une forme subsistante, d'exister ni dÕ�tre faite rŽellement par soi. C'est pourquoi, elle nÕest pas proprement crŽŽe ˆ la mani�re dont les substances subsistantes par soi sont crŽŽes. Cependant lÕinfusion de la gr‰ce touche ˆ la notion de crŽation, dans la mesure o� elle nÕa pas de cause efficiente dans le sujet, ni telle mati�re en laquelle elle serait ainsi en puissance, ce qui pourrait �tre amenŽe ˆ lÕacte par lÕagent naturel comme pour les autres formes naturelles.

q. 3 a. 8 ad 4 Unde patet solutio ad quartum. Nam cum dicitur aliquid fieri ex nihilo, negatur causa materialis. Hoc vero aliquo modo ad carentiam materiae pertinet, quod aliqua forma de naturali materiae potentiae educi non potest.

 4. Ainsi para”t la solution ˆ la 4e objection. Car, lorsqu'on dit que quelque chose est fait de rien, on nie la cause matŽrielle. QuÕune forme ne puisse pas �tre tirŽe de la puissance naturelle de la mati�re, cela concerne, dÕune certaine mani�re, une carence de la mati�re.

q. 3 a. 8 ad 5 Ad quintum dicendum, quod licet in natura non inveniatur principium efficiens respectu formarum artificialium, tamen huiusmodi formae non excedunt naturae ordinem, sicut gratia ; immo infra subsistunt, quia omne naturale est nobilius quam artificiale.

 5. QuoiquÕon ne trouve pas dans la nature de principe efficient en rapport avec les formes artificielles, cependant de telles formes ne dŽpassent pas lÕordre de la nature, comme la gr‰ce. Bien au contraire, elles se situent au-dessous, parce que ce qui est naturel est plus noble que ce qui est artificiel.

q. 3 a. 8 ad 6 Ad sextum dicendum, quod ex hoc quod forma non habet materiam partem sui, sequeretur quod ei creari competeret, ei proprie fieri posset sicut res per se subsistens.

 6. Il dŽcoulerait, du fait que la forme nÕa pas de partie matŽrielle, qu'il lui conviendrait d'�tre crŽŽe, cela pourrait ˆ proprement parler �tre fait comme une chose subsistante par soi.

q. 3 a. 8 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet anima rationalis habeat materiam in qua sit, non tamen educitur de potentia materiae, cum eius natura supra omnem materialem ordinem elevetur : quod eius intellectualis operatio declarat. Et iterum haec forma est res per se subsistens, cum corrupto corpore, maneat.

7. Bien que lÕ‰me raisonnable ait une mati�re en laquelle elle se situe, elle ne sort cependant pas de la puissance de la mati�re, puisque sa nature s'Žl�ve au-dessus de tout lÕordre de la mati�re, ce que montre son opŽration intellectuelle. Et de plus cette forme est une chose subsistante en soi, puisquÕelle demeure apr�s la corruption du corps.

q. 3 a. 8 ad 8 Ad octavum dicendum, quod forma, quae est generationis terminus, erat in materia ante generationem completam, non in actu, sed in potentia. Non est autem inconveniens duorum contrariorum unum esse actu et aliud in potentia.

 8. La forme, qui est le terme de la gŽnŽration, Žtait dans la mati�re avant la gŽnŽration compl�te, non en acte mais en puissance. Mais il nÕy a pas d'inconvŽnient que lÕun des deux contraires soit en acte et lÕautre en puissance.

q. 3 a. 8 ad 9 Et per hoc patet responsio ad nonum. Nam Anaxagoras non ponebat formas actu praeexistere in materia, sed latere.

 9. Et par lˆ appara”t la rŽponse ˆ la 9e objection. Car Anaxagore ne pensait pas que les formes prŽexistaient en acte dans la mati�re mais quÕelles y Žtaient cachŽes.

q. 3 a. 8 ad 10 Ad decimum dicendum, quod forma praeexistit in materia imperfecte ; non quod aliqua pars eius sit ibi in actu, et alia desit ; sed quia tota praeexistit in potentia, et postmodum tota producitur in actu.

 10. La forme prŽexiste dans la mati�re de fa�on imparfaite, non parce quÕune de ses parties y est en acte et que lÕautre manque, mais parce quÕelle prŽexiste tout enti�re en puissance et ensuite elle est amenŽe toute enti�re ˆ acte.

q. 3 a. 8 ad 11 Et per hoc etiam patet responsio ad undecimum ; patet enim quod non perficitur esse formae in materia alio exteriori addito, quod in potentia materiae non esset.

 11. Et par lˆ para”t la rŽponse ˆ la 11e objection, car il est clair que lÕ�tre de la forme dans la mati�re n'est pas achevŽ par une chose extŽrieure ajoutŽe, qui ne serait pas dans la puissance de la mati�re.

q. 3 a. 8 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod esse in potentia et esse in actu non dicunt diversos modos accidentales, ex quorum diversitate alteratio proveniat, sed substantiales. Nam etiam substantia dividitur per potentiam et actum, sicut et quodlibet aliud genus.

 12. LÕ�tre en puissance et lÕ�tre en acte nÕindiquent pas diffŽrents modes accidentels de la diversitŽ desquelles proviendraient lÕaltŽration, mais ils indiquent des modes substantiels. Car la substance aussi se divise en puissance et en acte, comme nÕimporte quel autre genre.

q. 3 a. 8 ad 13 Ad decimumtertium dicendum quod forma accidentalis agit in virtute formae substantialis quasi instrumentum eius ; sicut etiam in II de Anima [com. 50] calor ignis dicitur esse instrumentum virtutis nutritivae ; et ideo non est inconveniens, si actio formae accidentalis ad formam substantialem terminetur.

 13. La forme accidentelle agit dans le pouvoir de la forme substantielle comme son instrument. Ainsi, on dit dans le livre De L'‰me (II, 4, 416 a 10[366]) que la chaleur du feu est lÕinstrument du pouvoir nutritif, cÕest pourquoi il n'y a pas d'inconvŽnient si lÕaction dÕune forme accidentelle se termine ˆ la forme substantielle.

q. 3 a. 8 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod etiam in semine calor seminis agit ut instrumentum virtutis animae, quae est in semine : quae quidem licet imperfecta sit, tamen est impressio quaedam animae perfectae relicta : est enim in semine ab anima generantis, et agit etiam in virtute corporis caelestis cuius est quasi instrumentum ; et propter hoc non dicitur quod semen generet, sed quod anima et sol.

 14. La chaleur de la semence agit aussi en celle-ci comme lÕinstrument du pouvoir de lÕ‰me qui est en elle. QuoiquÕelle soit imparfaite, cependant elle est l'empreinte laissŽe par une ‰me parfaite. Car elle est dans la semence par lÕ‰me de celui qui engendre et elle agit aussi dans le pouvoir du corps cŽleste dont elle est comme lÕinstrument et ˆ cause de cela on ne dit pas que la semence engendre, mais que cÕest lÕ‰me et le soleil qui engendrent.

q. 3 a. 8 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod animalia generata ex putrefactione sunt minoris perfectionis aliis animalibus ; unde in eorum generatione efficit vis caelestis corporis inferiori materiae impressa, quod in generatione animalium perfectorum facit eadem vis caelestis cum virtute seminis.

 15. Les animaux engendrŽs de la putrŽfaction sont dÕune moindre perfection que les autres. C'est pourquoi dans leur gŽnŽration, la puissance dÕun corps cŽleste imprimŽe dans une mati�re infŽrieure, produit ce que dans la gŽnŽrations des animaux parfaits la m�me force cŽleste accomplit avec le pouvoir de la semence.

q. 3 a. 8 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod licet mulus non sit similis equo vel asino in specie, est tamen similis in genere proximo : ratione cuius similitudinis ex diversis speciebus sua species, quasi media generatur.

 16. Bien que le mulet ne soit semblable ni au cheval ni ˆ lÕ‰ne selon lÕesp�ce, il est cependant semblable [parce que] dans un genre tr�s proche. En raison de cette ressemblance, son esp�ce est engendrŽe d'esp�ces diffŽrentes, pour ainsi dire intermŽdiaires.

q. 3 a. 8 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod sicut virtus divina, scilicet primum agens, non excludit actionem virtutis naturalis, ita nec prima exemplaris forma, quae est Deus, excludit derivationem formarum ab aliis inferioribus formis, quae ad sibi similes formas agunt.

 17. De m�me que le pouvoir divin, cÕest-ˆ-dire le premier agent nÕexclut pas lÕaction dÕun pouvoir naturel, de m�me, la premi�re forme exemplaire, qui est Dieu, n'exclut pas l'Žmanation des formes d'autres formes infŽrieures, qui agissent pour des formes qui leur sont semblables.

q. 3 a. 8 ad 18 Et per hoc patet responsio ad decimumoctavum. Nam Boetius [loc. cit.], intelligit formas quae sunt in materia, provenire ex formis quae sunt sine materia, sicut a primis exemplaribus, non sicut a proximis.

 18. Et ainsi appara”t la rŽponse ˆ la 18e objection car Bo�ce (loc. cit.) comprend que les formes qui sont dans la mati�re proviennent des formes sans mati�res, comme si elles venaient des premiers exemplaires, mais pas comme des plus proches.

q. 3 a. 8 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod esse per creationem dicitur, in quantum omnis causa secunda dans esse, hoc habet in quantum agit in virtute primae causae creantis ; cum esse sit primus effectus nihil aliud praesupponens.

 19. On parle d'exister par crŽation, dans la mesure o� toute cause seconde qui donne lÕ�tre, a ce pouvoir, en tant qu'elle agit dans celui de la cause premi�re crŽatrice, puisque lÕ�tre est le premier effet qui ne prŽsuppose rien dÕautre.

q. 3 a. 8 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod forma naturalis, quae est in materia, non potest reduci ad formam per se existentem eiusdem speciei, cum forma naturalis habeat materiam in sui ratione ; sed reducitur ad formam per se existentem, sicut dictum est.

 20. La forme naturelle, qui est dans la mati�re, ne peut �tre ramenŽe ˆ une forme dÕune m�me esp�ce, existant par soi, puisque elle poss�de la mati�re dans sa nature, mais elle est ramenŽe ˆ une forme qui existe par soi, comme on lÕa dit.

 

 

 

Article 9 Ñ L'‰me rationnelle est-elle amenŽe ˆ l'�tre par crŽation, ou par transmission de la semence ?

q. 3 a. 9 tit. 1 Nono quaeritur utrum anima rationalis educatur in esse per creationem, vel per seminis traductionem. Et videtur quod propagetur cum semine.

Il semble qu'elle est transmise avec la semence.

 

Objections :[367]

q. 3 a. 9Arg. 1 Dicitur enim Gen. XLVI, 26 : cunctae animae quae ingressae sunt cum Iacob in Aegyptum, et egressae sunt de femore illius, absque uxoribus filiorum eius, sexaginta sex. Sed nihil egreditur de femore patris, nisi per seminis traductionem. Ergo anima rationalis traducitur cum semine.

1. Car on dit dans la Gen�se (46, 26) : "Toutes les ‰mes qui sont entrŽes avec Jacob en ƒgypte et sont sorties de sa cuisse, sans compter les Žpouses de ses fils, Žtaient soixante six." Mais rien ne sort de la cuisse du p�re que par la transmission de la semence. Donc l'‰me rationnelle est transmise avec la semence.

q. 3 a. 9Arg. 2 Sed diceretur, quod ponitur pars pro toto, id est anima pro homine - sed contra, homo est quid compositum ex anima et corpore. Si ergo totus homo ex femore patris egreditur, non solum corpus, sed etiam anima cum semine traducetur, ut prius.

2. Mais on pourrait dire qu'on prend la partie pour le tout, c'est-ˆ-dire l'‰me pour l'homme. - En sens contraire, l'homme est composŽ d'une ‰me et d'un corps. Si donc tout l'homme sort de la cuisse du p�re, non seulement le corps mais aussi l'‰me est transmise avec la semence, comme on l'a dit ci-dessus.

q. 3 a. 9Arg. 3 Praeterea, accidens traduci non potest nisi subiectum traducatur, eo quod accidens de subiecto in subiectum non transeat. Sed anima rationalis est subiectum peccati originalis. Cum ergo peccatum originale traducatur a parente in prolem, videtur etiam quod anima rationalis filii a parente traducatur.

3. L'accident ne peut �tre transmis que si le substrat est transmis, parce que l'accident ne passe pas dÕun substrat ˆ un autre. Mais l'‰me rationnelle est le substrat du pŽchŽ originel. Donc comme celui-ci est transmis par les parents ˆ leur descendance, il semble que l'‰me rationnelle du fils est transmise par les parents[368].

q. 3 a. 9Arg. 4 Sed diceretur, quod peccatum originale, licet sit in anima sicut in subiecto, est tamen in carne sicut in causa ; unde per carnis traductionem traducitur.- Sed contra, Rom. V, 12, dicitur : peccatum per unum hominem in mundum intravit, et per peccatum mors : et ita mors in omnes pertransit, in quo omnes peccaverunt. Glossa autem exponit : in quo homine peccatore, vel in quo peccato. Non autem in illo peccato omnes peccassent, nisi illud unum peccatum in omnes traductum fuisset. Illud ergo unum peccatum quod in Adam fuit, in omnes traducitur ; et sic anima illius, quae peccati subiectum erat, traducitur in omnes.

4. Mais on pourrait dire que, bien que le pŽchŽ originel soit dans l'‰me comme dans un substrat, il est cependant dans la chair comme dans sa cause. C'est pourquoi il est transmis par la chair.- En sens contraire : on lit en Rm. 5, 12 : ÇPar un seul homme le pŽchŽ est entrŽ dans le monde, et par le pŽchŽ la mort. Et ainsi la mort passe en tous, en lui tous ont pŽchŽÈ. Mais la glose (Augustin, Les mŽrites et la rŽmission des pŽchŽs, 10) explique : ÇDans l'homme pŽcheur ou dans le pŽchŽ.È Mais tous n'auraient pŽchŽ en lui que si cet unique pŽchŽ avait ŽtŽ transmis en tous. Donc cet unique pŽchŽ qui fut en Adam, est transmis en tous ; et ainsi son ‰me qui avait ŽtŽ soumise au pŽchŽ, est transmise ˆ tous.

q. 3 a. 9Arg. 5 Praeterea, omne agens agit sibi simile. Sed omne agens agit per virtutem formae. Ergo illud quod agit agens, est forma. Sed generans agens est. Ergo forma generati est per actionem generantis. Cum ergo homo generet hominem, et anima rationali sit forma hominis ; videtur quod anima rationalis sit per generationem, et non per creationem.

5. Tout agent fait du semblable ˆ soi. Mais tout agent agit par le pouvoir de la forme. En consŽquence, ce que l'agent fait, est forme. Mais le gŽniteur est un agent. Aussi la forme de l'engendrŽ vient par son action. Donc, puisque l'homme engendre l'homme et que la forme de l'homme existe par l'‰me rationnelle, il semble que celle-ci viendrait par gŽnŽration et non par crŽation.

q. 3 a. 9Arg. 6 Praeterea, secundum philosophum in II Phys., causa efficiens in suo effectu incidit in idem specie. Sed homo sortitur speciem per animam rationalem. Ergo videtur quod id quod facit generans in genito, sit anima rationalis.

6. Selon le philosophe (Physique, II, 7, 198 a 25[369]) la cause efficiente arrive en son effet, dans ce qui est identique en esp�ce. Mais l'homme re�oit l'esp�ce par l'‰me rationnelle. Donc il semble que ce que produit le gŽniteur dans l'engendrŽ soit l'‰me rationnelle.

q. 3 a. 9Arg. 7 Praeterea, filii similantur parentibus propter hoc quod a parentibus propagantur. Similantur autem parentibus filii, non solum quantum ad dispositiones corporales, sed etiam quantum ad dispositiones animae. Ergo sicut corpora a corporibus, ita animae ab animabus traducuntur.

7. Les fils ressemblent ˆ leurs parents, parce qu'ils sont transmis par eux. Les fils ressemblent aux parents non seulement quant aux dispositions corporelles mais aussi quant ˆ celles de l'‰me. Donc, comme les corps sont transmis par les corps, les ‰mes le sont par les ‰mes.

q. 3 a. 9Arg. 8 Praeterea, Moyses dicit, Levit. XVII, 11 : anima carnis in sanguine est. Sed sanguis cum semine traducitur : praecipue cum sperma non sit nisi sanguis decoctus. Ergo et anima cum semine traducitur.

8. Mo•se dit (Lv. 17, 11) : ÇL'‰me de la chair est dans le sang.È Mais le sang est transmis avec la semence ; surtout puisque que le sperme n'est que du sang cuit[370]. Donc l'‰me est transmise avec la semence.

q. 3 a. 9Arg. 9 Praeterea, embrio antequam anima rationali perficiatur, habet aliquam operationem animae ; quia augetur et nutritur et sentit. Sed operatio animae non est sine vita. Ergo vivit. Vitae vero corporis principium est anima. Ergo habet animam. Sed non potest dici quod adveniat ei alia anima ; quia tunc in uno corpore essent duae animae. Ergo ipsa anima quae prius erat in semine propagata, est anima rationalis.

9. L'embryon avant d'�tre achevŽ par l'‰me rationnelle, poss�de l'opŽration d'une ‰me ; parce qu'il grandit, se nourrit et Žprouve des sensations. Mais l'opŽration de l'‰me n'existe pas sans la vie. Donc il vit. Mais le principe de la vie du corps est l'‰me. Donc il a une ‰me. Mais on ne peut pas dire qu'il lui arrive une autre ‰me, parce que, alors, dans un seul corps, il y aurait deux ‰mes. Donc l'‰me m�me qui avait ŽtŽ d'abord propagŽe dans la semence est l'‰me rationnelle.

q. 3 a. 9Arg. 10 Praeterea, diversae animae secundum speciem, constituunt diversas animas secundum speciem. Si ergo in semine ante ipsam animam rationalem erat anima quae non erat rationalis, erat ibi animal secundum speciem diversum ab homine ; et sic ex illo non poterit homo fieri ; quia diversae species animalis non transeunt in invicem.

10. Les ‰mes diffŽrentes en esp�ce constituent des ‰mes diffŽrentes en esp�ce. Si donc dans la semence, avant l'‰me rationnelle m�me, il y en avait une qui ne soit pas raisonnable, il y aurait lˆ un animal diff�rent de l'homme en esp�ce et ainsi il ne sera pas possible quÕil devienne un homme, parce que les diffŽrentes esp�ces animales ne passent pas de l'une ˆ l'autre.

q. 3 a. 9Arg. 11 Sed dices, quod huiusmodi operationes animae non conveniunt embrioni per animam, sed per aliquam virtutem animae, quae dicitur virtus formativa.- Sed contra, virtus supra substantiam radicatur ; unde ponitur media inter substantiam et operationem, ut habetur a Dionysio. Si ergo est ibi virtus animae, erit ibi animae substantia.

11. Mais on pourrait dire que de telles opŽrations de l'‰me n'arrivent pas ˆ l'embryon par l'‰me mais par quelque puissance de l'‰me, appelŽe puissance formative - En sens contraire, la puissance s'enracine sur la substance. C'est pourquoi elle est placŽe entre la substance et l'opŽration, comme on le lit chez Denys (La HiŽrarchie cŽleste, ch. 11, 284 D). Si donc il y a lˆ la puissance de l'‰me, il y aura lˆ sa substance.

q. 3 a. 9Arg. 12 Praeterea, philosophus dicit in XVI de animalibus, quod embrio prius vivit quam animal, et prius animal quam homo. Sed omne animal habet animam. Ergo prius est ibi aliqua anima quam sit ibi anima rationalis per quam homo est homo.

12. Le philosophe (Les animaux XVI, 3 La gŽnŽration animale II, 3) dit que l'embryon vit avant l'animal et l'animal avant l'homme. Mais tout animal a une ‰me. Donc il y a lˆ une ‰me avant qu'il y ait l'‰me rationnelle par laquelle l'homme est homme.

q. 3 a. 9Arg. 13 Praeterea, secundum philosophum, anima est actus viventis corporis in quantum huiusmodi. Sed si embrio vivit, et operationem vitae exercet per huiusmodi virtutem formativam, ipsa virtus erit actus eius in quantum est vivens. Ergo erit anima.

13. Selon le philosophe (L'‰me, II, 4, 415 b 7[371]) l'‰me est Çl'acte du corps vivant en tant que telÈ. Mais si l'embryon vit et exerce l'opŽration de vie par une telle puissance formative, celle-ci m�me sera son acte en tant qu'il est vivant. Donc elle sera l'‰me.

q. 3 a. 9Arg. 14 Praeterea, ut dicitur in I de anima, vivere inest omnibus viventibus per animam vegetabilem. Sed manifestum est embrionem vivere ante infusionem animae rationalis, cum in eo operationes vitae inveniantur. Ergo est ibi anima vegetabilis antequam sit anima rationalis.

14. Comme on le dit (L'‰me, I, 5, 411 b 28[372]), la vie est dans tous les vivants par l'‰me vŽgŽtative. Mais il est Žvident que l'embryon vit avant l'infusion de l'‰me rationnelle, puisqu'on trouve en lui les opŽrations vitales. Donc il a une ‰me vŽgŽtative avant l'‰me rationnelle.

q. 3 a. 9Arg. 15 Praeterea, in II de anima, improbat philosophus quod augeri non est actus ignis sicut principalis agentis, sed magis animae vegetabilis. Sed embrio ante adventum animae rationalis augetur. Ergo habet animam vegetabilem.

15. Dans L'‰me (II, 4, 416 a 10[373]) Aristote prouve que la croissance n'est pas un acte du feu, comme principal agent, mais plut™t celui de l'‰me vŽgŽtative. Or l'embryon grandit avant l'arrivŽe de l'‰me rationnelle. Donc il poss�de une ‰me vŽgŽtative.

q. 3 a. 9Arg. 16 Praeterea, si non est ibi anima vegetabilis ante adventum animae rationalis, sed virtus formativa ; adveniente anima, illa virtus suam operationem non habebit ; cum operatio quam illa virtus faciebat in embrione, sufficienter postmodum fiat in animali per animam. Ergo erit ibi otiosa ; quod videtur esse inconveniens, cum nihil sit otiosum in natura.

16. S'il n'y a pas d'‰me vŽgŽtative avant l'arrivŽe de l'‰me rationnelle, mais une puissance formatrice, ˆ son arrivŽe, ce pouvoir n'exercera plus son opŽration, puisque l'opŽration que cette puissance exer�ait dans l'embryon, est faite ensuite avec suffisance par l'‰me dans l'animal. Donc elle y sera inutile, ce qui ne para”t pas convenir, puisqu'il n'y a rien d'inutile dans la nature.

q. 3 a. 9Arg. 17 Sed dices, quod illa virtus destruitur adveniente anima rationali.- Sed contra, dispositiones non destruuntur adveniente forma, sed manent, et quodammodo tenent formam in materia. Sed illa virtus erat quaedam dispositio ad animam. Ergo adveniente anima, illa virtus non destruitur.

17. Mais on pourrait dire que cette puissance est dŽtruite quand arrive l'‰me rationnelle. - En sens contraire, les dispositions ne sont pas dŽtruites quand arrive la forme, mais elles demeurent, et d'une certaine mani�re, elles maintiennent la forme dans la mati�re. Mais cette puissance Žtait une disposition pour l'‰me. Donc quand arrive l'‰me, elle n'est pas dŽtruite.

q. 3 a. 9Arg. 18 Praeterea, ex actione illius virtutis pervenitur ad introductionem animae. Si ergo anima adveniente illa virtus destruitur, videtur quod aliquid agat ad sui destructionem ; quod est impossibile.

18. Par l'action de cette puissance, on parvient ˆ l'introduction de l'‰me. Si donc, quand l'‰me arrive, cette puissance est dŽtruite, il semble que quelque chose agisse pour sa destruction, ce qui est impossible.

q. 3 a. 9Arg. 19 Praeterea, homo est homo per animam rationalem. Si ergo anima non exit in esse per generationem, nec erit verum dicere quod homo generetur ; quod patet esse falsum.

19. L'homme est homme par son ‰me rationnelle. Si donc l'‰me ne vient pas ˆ l'existence par gŽnŽration, il ne sera pas vrai de dire que l'homme est engendrŽ, ce qui para”t faux.

q. 3 a. 9Arg. 20 Praeterea, corpus hominis exit in esse per actionem generantis. Si ergo anima non exit in esse a generante, erit in homine duplex esse ; unum corporis, quod facit generans ; et aliud animae, quod non facit ; et sic ex anima et corpore non fit unum simpliciter, cum secundum esse differant.

20. Le corps de l'homme vient ˆ l'existence par l'action de celui qui l'engendre. Si donc l'‰me ne vient pas ˆ l'existence par lui, il y aura deux �tres dans l'homme : celui du corps que fait celui qui engendre, et celui de l'‰me qu'il ne fait pas. Et ainsi ce nÕest absolument pas un �tre unique fait de l'‰me et du corps, mais ils diff�rent selon l'�tre.

q. 3 a. 9Arg. 21 Praeterea, impossibile est quod actio unius agentis terminetur ad materiam, et alterius ad formam ; alias ex forma et materia non esset unum simpliciter, cum unum factum sit per unam actionem. Sed actio naturae generantis terminatur ad corpus. Ergo et terminatur ad animam, quae est forma eius.

21. Il est impossible que l'action d'un agent se termine ˆ la mati�re, et celle d'un autre ˆ la forme[374]. Autrement ˆ partir de la forme et de la mati�re il n'y aurait pas un �tre absolument unique ; puisque l'objet unique est fait par une action unique. Mais l'action de la nature qui engendre se termine au corps. Donc elle se termine aussi ˆ l'‰me qui en est la forme.

q. 3 a. 9Arg. 22 Praeterea, secundum philosophum in libro XVI de animalibus, principia quorum actiones non sunt sine corpore, cum corpore producuntur. Sed actio animae rationalis non est sine corpore ; maxime enim intelligere esset sine corpore, quod patet esse falsum ; non enim est intelligere sine phantasmate, ut dicitur in I et III de anima ; phantasma autem non est sine corpore. Ergo anima rationalis cum corpore traducitur.

22. Selon le philosophe, (Les animaux, livre 16 La gŽnŽration des animaux, II, ch. 3) les principes dont les actions ne sont pas sans corps, sont produits avec lui. Mais l'action de l'‰me rationnelle n'est pas sans le corps ; car l'intellection en particulier se produirait sans corps, ce qui est Žvidemment faux. Car l'intellection ne se fait pas sans images,(phantasma), comme on le dit (De l'‰me I et III). Il n'y a pas d'image sans corps. Donc l'‰me rationnelle est transmise avec le corps.

q. 3 a. 9Arg. 23 Sed dicebat, quod anima rationalis indiget phantasmate intelligendo quantum ad acquisitionem specierum intelligibilium, non autem postquam eas iam acquisivit.- Sed contra, homo postquam acquisivit scientiam, impeditur in actione intellectus laeso organo phantasiae. Hoc autem non esset, si intellectus post acquisitionem scientiae, phantasmatibus non indigeret. Indiget ergo eis non solum in acquirendo scientiam, sed in utendo scientia acquisita.

23. Mais on pourrait dire que l'‰me rationnelle a besoin d'images dans l'intellection pour l'acquisition des esp�ces intelligibles, mais non apr�s qu'elle les a acquises. - En sens contraire, apr�s avoir acquis la connaissance, l'homme est emp�chŽ dans l'action de son intellect quand l'organe de l'imagination est blessŽ. Mais cela n'existerait pas si l'intellect, apr�s l'acquisition de la science, n'avait pas besoin d'images. Donc il en a besoin, non seulement pour acquŽrir la connaissance, mais encore pour l'utiliser une fois acquise.

q. 3 a. 9Arg. 24 Sed dices, quod impedimentum operationis intellectualis ex laesione organi phantasiae provenit non ex hoc quod intellectus indigeat phantasmatibus in utendo scientia acquisita, sed ex hoc quod imaginatio et intellectus sunt in una essentia animae : unde per accidens, imaginatione impedita, impeditur et intellectus.- Sed contra est quod coniunctio potentiarum in una essentia animae est causa quare quando una potentiarum intenditur in suo actu, alterius actus remittitur ; sicut quando aliquis attente videt, minus attente audit ; et est etiam causa quare una potentiarum cessante a suo actu, alia in suo actu roboratur ; unde caeci plerumque acutius audiunt. Non ergo propter huiusmodi coniunctionem contingeret quod propter impedimentum potentiae imaginativae impediretur actio intellectus, sed magis roboraretur.

24. Mais on pourrait dire que l'emp�chement de l'opŽration intellectuelle par la lŽsion de l'imagination provient, non de ce que l'intellect a besoin d'images en utilisant la science acquise, mais de ce que l'imagination et l'intellect sont dans l'unique essence de l'‰me. C'est pourquoi, par accident, si l'imagination est emp�chŽe, l'intellect aussi. - En sens contraire, la conjonction des puissances dans l'unique essence de l'‰me est la raison pour laquelle, quand une des puissance est tendue ˆ son action, l'acte de l'autre est rel‰chŽe. Ainsi quand quelqu'un regarde attentivement, il Žcoute moins attentivement et c'est aussi la raison pour laquelle, quand une des puissance cesse son action, l'autre est renforcŽe dans la sienne. C'est pourquoi les aveugles la plupart du temps entendent mieux. Donc ce n'est pas ˆ cause d'une telle conjonction qu'il arriverait que l'action de l'intellect serait emp�chŽe par un blocage de la puissance imaginative, mais elle serait plut™t renforcŽe.

q. 3 a. 9Arg. 25 Praeterea, quicumque dat ultimum complementum operationi alicui, ille maxime operanti cooperatur. Sed si omnes animae humanae creantur a Deo, et ab ipso corporibus infunduntur, ipse dat ultimum complementum generationi quae est ex adulterio. Ergo ipse cooperabitur adulteris ; quod videtur absurdum.

25. Quiconque donne un dernier complŽment ˆ une opŽration coop�re au maximum avec celui qui op�re. Mais si toutes les ‰mes humaines sont crŽŽes par Dieu et sont infusŽes par lui dans les corps, il donne un dernier complŽment ˆ la gŽnŽration qui provient d'un adult�re. Donc lui-m�me coop�rera ˆ l'adult�re, ce qui para”t absurde[375].

q. 3 a. 9Arg. 26 Praeterea, secundum philosophum, perfectum unumquodque est quod potest sibi simile facere. Quanto ergo aliquid est perfectius, tanto magis potest sibi simile facere. Sed animae rationales sunt perfectiores materialibus formis elementorum, quae sibi similes formas producunt. Ergo virtute animae rationalis poterit anima rationalis produci per viam generationis.

26. Selon le philosophe, (Les mŽtŽores, IV, 3, 380 a 11-15, L'‰me II, 4, 415 a 26[376]) est parfait tout ce qui peut faire quelque chose de semblable ˆ soi. Donc, plus une chose est parfaite, plus elle peut faire du semblable ˆ elle. Mais les ‰mes rationnelles sont plus parfaites que les formes matŽrielles des ŽlŽments qui produisent des formes semblables ˆ elles. Donc par sa puissance, elle pourra �tre produite par gŽnŽration.

q. 3 a. 9Arg. 27 Praeterea, anima rationalis constituta est inter Deum et res corporales media ; unde in libro de causis dicitur, quod est creata in horizonte aeternitatis et temporis. Sed in Deo generatio invenitur, similiter in rebus corporalibus. Ergo et anima, quae est media, per generationem producitur.

27. L'‰me rationnelle est Žtablie intermŽdiaire entre Dieu et les corps. C'est pourquoi, dans le Livre des Causes, (prop. 2[377]), on dit qu'elle a ŽtŽ crŽŽe ˆ la limite de l'ŽternitŽ et du temps. Mais on trouve la gŽnŽration en Dieu, et de la m�me mani�re dans les corps. Donc l'‰me qui est intermŽdiaire est produite par gŽnŽration.

q. 3 a. 9Arg. 28 Praeterea, philosophus in XVI de animalibus dicit, quod spiritus qui exit cum spermate, est virtus principii animae et est res divina ; et tale dicitur intellectus ; et ita videtur quod intellectus propagetur cum semine.

28. Le philosophe, au ch. 16, Des animaux (La gŽnŽration animale, c. 3É) dit que Çl'esprit[378]È qui sort avec le sperme est la puissance du principe de l'‰me et est chose divine, et on en dit autant de l'intellect et ainsi il semble transmis avec la semence.

q. 3 a. 9Arg. 29 Praeterea, in eodem Lib., philosophus dicit, quod in generatione femina dat corpus, et anima est ex mare ; et ita videtur quod anima sit per seminis propagationem, et non per creationem.

29. Dans le m�me livre, (ch. 4), le philosophe dit que dans la gŽnŽration, la femelle donne le corps et l'‰me vient du m‰le et ainsi il semble que l'‰me vient de la propagation de la semence et non par crŽation.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 9 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Isai. LVII, vers. 16 : omnem flatum ego feci. Per flatum autem intelligitur anima. Ergo videtur quod anima creetur a Deo.

1. Il y a ce que dit Isa•e, 57, 16 : ÇC'est moi qui ai fait tout souffleÈ. Par souffle on comprend l'‰me. Donc il semble que l'‰me est crŽŽe par Dieu.

q. 3 a. 9 s. c. 2 Praeterea, in Psal. XXXII, 15, dicitur : qui finxit singillatim corda eorum. Non ergo una anima propagatur ex alia, sed omnes seorsum creantur a Deo.

2. Au Ps. 32, 15, on dit : ÇIl a fixŽ un ˆ un leurs cÏursÈ. Donc l'‰me n'est pas propagŽe ˆ partir d'une autre, mais toutes sont crŽŽes sŽparŽment par Dieu.

 

RŽponse :

q. 3 a. 9 co. Respondeo. Dicendum quod, circa hanc quaestionem antiquitus diversa dicebantur a diversis. Quidam namque dicebant, animam filii ex parentis anima propagari, sicut et corpus propagatur ex corpore. Alii vero dicebant, omnes animas seorsum creari ; sed ponebant a principio eas extra corpora fuisse creatas simul, et post modum corporibus seminatis coniungebantur, vel proprio motu voluntatis, secundum quosdam, vel Deo mandante et faciente, secundum alios.

Il faut dire, ˆ propos de cette question que, dans l'antiquitŽ, divers penseurs ont Žmis diverses opinions. A) Car certains[379] disaient que l'‰me du fils est propagŽe par l'‰me du p�re, comme le corps est propagŽ par le corps. B) D'autres disaient que toutes les ‰mes sont crŽŽes sŽparŽment, mais ils pensaient qu'au commencement elles avaient ŽtŽ crŽŽes en m�me temps hors des corps ; apr�s ce stade, elles Žtaient unies ˆ des corps ensemencŽs soit par le propre mouvement de leur volontŽ selon certains, soit par ordre et agissement de Dieu, selon d'autres.

Alii vero dicebant, animas simul cum creantur, corporibus infundi.

C) D'autres disaient que les ‰mes en m�me temps qu'elles sont crŽŽes sont infusŽes dans les corps.

Alii vero dicebant, animas simul cum creantur, corporibus infundi. Quae quidem opiniones, quamvis aliquo tempore sustinerentur, et quae earum esset verior in dubium verteretur, ut patet ex Augustino, et in libris quos scribit de origine animae ; tamen primae duae postmodum iudicio Ecclesiae sunt damnatae, et tertia approbata ; unde dicitur in Lib. de ecclesiasticis dogmatibus : animas hominum non esse ab initio inter ceteras intellectuales naturas, nec simul creatas credimus, sicut Origenes fingit ; neque cum corporibus per coitum seminantur, sicut Luciferiani et Cyrillus et aliqui Latinorum praesumptores affirmant. Sed dicimus corpus tantum per coniugii copulam seminari, ac formato iam corpore, animam creari et infundi.

D) Quoique ces opinions aient ŽtŽ soutenues quelque temps, on peut se demander laquelle est la plus vraie, comme cela para”t chez Augustin dans La Gen�se au sens littŽral, (X, ch. 21 et 22) et dans ses livres Žcrits sur L'origine de l'‰me. Cependant les deux premi�res opinions ont ŽtŽ condamnŽes par jugement de l'ƒglise et la troisi�me approuvŽe. D'o� ce qu'on lit dans Les dogmes ecclŽsiastiques, ch. 13 : ÇNous croyons que les ‰mes humaines ne sont pas au commencement parmi les autres natures intellectuelles et qu'elles n'ont pas ŽtŽ crŽŽes en m�me temps comme Orig�ne l'imagine. Et elles ne sont pas semŽes avec les corps dans l'union conjugale, comme les LucifŽriens[380], Cyrille[381] et quelques penseurs latins l'affirment. Mais nous disons que le corps seulement est semŽ par l'union conjugale et quand le corps est dŽjˆ formŽ, l'‰me est crŽŽe et infusŽe[382].È.

Diligenter autem consideranti apparet rationabiliter illam opinionem esse damnatam quae ponebat animam rationalem cum semine propagari, de qua nunc est quaestio. Et hoc tribus rartionibus potest videri ad praesens.

A celui qui examine le probl�me avec attention, il appara”t raisonnablement que doit �tre condamnŽe cette opinion qui Žtablissait que l'‰me rationnelle est propagŽe avec la semence, [opinion] dont il est maintenant question. Et on peut le voir pour trois raisons.

prima est, quia rationalis anima in hoc a ceteris formis differt, quod aliis formis non competit esse in quo ipsae subsistant, sed quo eis res formatae subsistant ; anima vero rationalis sic habet esse ut in eo subsistens ; et hoc declarat diversus modus agendi. Cum enim agere non possit nisi quod est, unumquodque hoc modo se habet ad operandum vel agendum, quomodo se habet ad esse ; unde, cum in operatione aliarum formarum necesse sit communicare corpus, non autem in operatione rationalis animae, quae est intelligere et velle ; necesse est ipsi rationali animae esse attribui quasi rei subsistenti, non autem aliis formis. Et ex hoc est quod inter formas, sola rationalis anima a corpore separatur.

1. Premi�re raison : L'‰me rationnelle diff�re de toutes les autres formes du fait qu'il ne leur convient pas d'�tre lˆ o� elles subsistent mais lˆ o� subsistent ce qui est informŽ en elles ; l'‰me rationnelle a un �tre subsistant en soi ; et ses mode d'action diffŽrents le rŽv�lent. En effet, comme ne pourrait agir que ce qui existe, chaque chose se comporte pour opŽrer ou agir de la mani�re dont elle se comporte vis-ˆ-vis de l'�tre. C'est pourquoi, comme dans l'opŽration des autres formes, il est nŽcessaire que le corps participe, mais pas dans l'opŽration de l'‰me rationnelle qui consiste ˆ penser (intelligere) et vouloir ; il est nŽcessaire d'attribuer l'�tre ˆ l'‰me rationnelle en tant que subsistante, mais pas aux autres formes. Et de lˆ vient que parmi les formes, seule l'‰me rationnelle est sŽparŽe du corps.

Ex hoc ergo patet quod anima rationalis exit in esse, non sicut formae aliae, quibus proprie non convenit fieri, sed dicuntur fieri facto quodam. Sed res quae fit, proprie et per se fit. Quod autem fit, fit vel ex materia vel ex nihilo. Quod vero ex materia fit, necesse est fieri ex materia contrarietati subiecta. Generationes enim ex contrariis sunt, secundum philosophum : unde cum anima vel omnino materiam non habeat, vel ad minus non habeat materiam contrarietati subiectam, non potest fieri ex aliquo. Unde restat quod exeat in esse per creationem, quasi ex nihilo facta. Ponere autem quod per generationem corporis fiat, est ponere ipsam non esse subsistentem, et per consequens cum corpore corrumpi.

Et ˆ partir de lˆ, il est clair que l'‰me rationnelle vient ˆ l'�tre, non pas comme les autres formes pour lesquelles il ne convient pas ˆ proprement parler d'�tre faites, mais on dit qu'elles sont faites de ce qui est fait. Mais ce qui est fait est ˆ proprement parler fait par soi. Ce qui est fait, est fait de mati�re ou de rien. Mais ce qui est fait de mati�re doit �tre fait nŽcessairement d'une mati�re soumise ˆ la contrariŽtŽ. Car les gŽnŽrations viennent des contraires selon le philosophe (La GŽnŽration des animaux, livre 1, ch. 18). C'est pourquoi, comme l'‰me n'a absolument pas de mati�re ou du moins pas de mati�re soumise ˆ la contrariŽtŽ, elle ne peut pas �tre faite ˆ partir de quelque chose. Aussi, il reste qu'elle vient ˆ l'�tre par crŽation, comme faite de rien. Mais penser qu'elle est faite par gŽnŽration du corps, c'est penser qu'elle n'est pas subsistante et par consŽquent qu'elle se corrompt avec le corps.

Secunda ratio est, quia impossibile est actionem corporeae virtutis ad hoc elevari quod virtutem penitus spiritualem et incorpoream causare possit ; nihil enim agit ultra suam speciem ; immo agens oportet esse praestantius patiente, secundum Augustinum. Generatio autem hominis fit per virtutem generativam, quae organum habet corporale ; virtus etiam quae est in semine, non agit nisi mediante calore, ut dicitur in XVI de animalibus ; unde, cum anima rationalis sit forma penitus spiritualis, non dependens a corpore nec communicans corpori in operatione, nullo modo per generationem corporis potest propagari, nec produci in esse per aliquam virtutem quae sit in semine.

2. Seconde raison : Il est impossible que l'action d'un pouvoir corporel soit ŽlevŽ ˆ pouvoir causer un pouvoir tout ˆ fait spirituel et incorporel ; car rien n'agit au delˆ de son esp�ce ; au contraire, il faut que l'agent soit plus important que le patient, selon Augustin (La Gen�se au sens littŽral, XII,16). La gŽnŽration de l'homme se fait par une puissance gŽnŽrative qui a un organe corporel, cette puissance, qui est dans la semence, n'agit que par l'intermŽdiaire de la chaleur, comme il est dit (Les animaux, 16, La gŽnŽration animale, ch.3). C'est pourquoi, comme l'‰me rationnelle est une forme tout ˆ fait spirituelle, qui ne dŽpend pas du corps, et ne participe en aucune mani�re avec lui ˆ son opŽration, elle ne peut �tre propagŽe par la gŽnŽration du corps, ni amenŽe ˆ l'existence par un pouvoir qui serait dans la semence.

Tertia ratio est, quia omnis forma quae exit in esse per generationem, vel per virtutem naturae, educitur de potentia materiae, ut probatur in VII Metaph. Anima vero rationalis non potest educi de potentia materiae. Formae enim quarum operationes non sunt cum corpore, non possunt de materia corporali educi. Unde relinquitur quod anima rationalis non propagetur per virtutem generantis ; et haec est ratio Aristotelis.

3. Troisi�me raison : Toute forme qui vient ˆ l'�tre par gŽnŽration, ou par le pouvoir de la nature est Žduite de la puissance de la mati�re, comme c'est prouvŽ en MŽtaphysique (VII, 1033 b 7[383]). Mais l'‰me rationnelle ne peut pas �tre Žduite de la puissance de la mati�re. Car les formes dont les opŽrations ne dŽpendent pas du corps, ne peuvent pas �tre tirŽes de la mati�re corporelle. C'est pourquoi, il reste que l'‰me rationnelle n'est pas transmise par le pouvoir du gŽniteur et c'est la raison donnŽe par Aristote (Les animaux, 16, ch. 2É).

 

Solutions :

q. 3 a. 9 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in auctoritate inducta per synecdochem ponitur pars pro toto, id est anima pro toto homine ; et hoc ideo quia anima est principalior pars hominis, et unumquodque totum videtur esse id quod est principalius in eo ; unde totus homo videtur esse anima vel intellectus, secundum quod dicitur in IX Ethic., cap. IV.

# 1. Dans l'autoritŽ citŽe[384], on place par synecdoque la partie pour le tout, c'est-ˆ-dire l'‰me pour l'homme entier et cela parce qu'elle en est la partie la plus importante et chaque ensemble para”t �tre est plus important en lui. C'est pourquoi, l'homme entier semble �tre ‰me ou intellect[385], selon ce qui est dit en ƒthique, 9 ch. 4[386].

q. 3 a. 9 ad 2 Ad secundum dicendum, quod totus homo egreditur de femore generantis, propter hoc quod virtus seminis de femore egredientis operatur ad unionem corporis et animae, disponendo materiam ultima dispositione, quae est necessitans ad formam ; ex qua unione homo habet quod sit homo ; non autem ita quod quaelibet pars hominis per virtutem seminis causetur.

# 2. L'homme entier sort de la cuisse du gŽniteur, parce que le pouvoir de la semence qui en sort travaille ˆ l'union de l'‰me et du corps, en pla�ant la mati�re dans une ultime disposition, nŽcessaire pour la forme. C'est de cette union que l'homme est un homme ; mais non de telle sorte que n'importe quelle partie de l'homme soit causŽe par le pouvoir de la semence.

q. 3 a. 9 ad 3 Ad tertium dicendum, quod peccatum originale dicitur peccatum totius naturae, sicut peccatum actuale dicitur peccatum personale ; unde quae est comparatio peccati actualis ad unam personam singularem, eadem est comparatio peccati originalis ad totam naturam humanam traditam a primo parente, in quo fuit peccati initium et per cuius voluntatem in omnibus originale peccatum quasi voluntarium reputatur. Sic ergo originale peccatum est in anima in quantum pertinet ad humanam naturam. Humana autem natura traducitur a parente in filium per traductionem carnis, cui postmodum anima infunditur ; et ex hoc infectionem incurrit quod fit cum carne traducta una natura. Si enim non uniretur ei ad constituendam naturam, sicut Angelus unitur corpori assumpto, infectionem non reciperet.

# 3. Le pŽchŽ originel est appelŽ pŽchŽ de toute la nature, comme le pŽchŽ actuel est appelŽ pŽchŽ personnel. C'est pourquoi, la comparaison du pŽchŽ actuel ˆ une personne particuli�re, est la m�me que celle du pŽchŽ originel ˆ la nature humaine toute enti�re transmise par le premier p�re, en qui fut le commencement du pŽchŽ et, par sa volontŽ, le pŽchŽ originel est considŽrŽ comme volontaire en tous. Donc ainsi le pŽchŽ originel est dans l'‰me dans la mesure o� il appartient ˆ la nature humaine. Mais cette nature est transmise par le p�re au fils par la transmission de la chair, en qui l'‰me est introduite par la suite et de lˆ elle en arrive ˆ la souillure, parce qu'elle devient une nature unique avec la chair qui lui est transmise. Car si elle ne lui Žtait pas unie pour constituer une nature, comme l'ange est uni ˆ un corps qu'il prend, elle ne recevrait pas la souillure[387].

q. 3 a. 9 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sicut in natura Adae erat natura omnium nostrum originaliter ; ita et peccatum originale, quod in nobis est, erat in illo peccato originali originaliter. Nam peccatum originale, ut dictum est, per se recipit natura, anima vero ex consequenti.

# 4. De m�me que dans la nature d'Adam se trouvait originellement notre nature, de m�me, le pŽchŽ originel, qui est en nous, ˆ l'origine Žtait dans ce pŽchŽ originel. Car la nature re�oit ce pŽchŽ par soi, comme on l'a dit, mais l'‰me le re�oit par consŽquence.

q. 3 a. 9 ad 5 Ad quintum dicendum, quod homo generans generat sibi simile in specie per virtutem formae suae, scilicet animae rationalis ; non quod ipsa sit immediatum principium in generatione humana agens, sed quia vis generativa, et ea quae in semine agunt, non disponerent materiam, ut fieret corpus perfectibile anima rationali, nisi quatenus agerent ut instrumenta quaedam rationalis animae. Et tamen ista actio non potest pertingere ad factionem animae rationalis, rationibus praedictis.

# 5. L'homme, en tant que gŽniteur, engendre du semblable[388] ˆ lui en esp�ce par le pouvoir de sa forme, c'est-ˆ-dire de l'‰me rationnelle, non qu'elle soit le principe immŽdiat agissant dans la gŽnŽration humaine, mais parce que le pouvoir gŽnŽratif et ce qui agit dans la semence ne disposeraient la mati�re pour faire un corps perfectible par l'‰me rationnelle que s'ils agissaient jusqu'ˆ un certain point comme instrument de l'‰me rationnelle. Et cependant cette action ne peut parvenir ˆ faire l'‰me rationnelle, pour les raisons quÕon a dŽjˆ donnŽes.

q. 3 a. 9 ad 6 Ad sextum dicendum, quod generans generat sibi simile in specie, in quantum generatum per actionem generantis producitur ad participandum speciem eius ; quod quidem fit per hoc quod generatum consequitur formam similem generanti. Si ergo forma illa non sit subsistens, sed esse suum sit solum in hoc quod uniatur ei cuius est forma ; oportebit quod generans sit causa ipsius formae, sicut accidit in omnibus formis materialibus. Si autem sit talis forma quae subsistentiam habeat, et non dependeat esse suum totaliter ex unione ad materiam, sicut est in anima rationali ; tunc sufficit quod generans sit causa unionis talis formae ad materiam per hoc quod disponit materiam ad formam ; nec oportet quod sit causa ipsius formae.

# 6. Le gŽniteur engendre du semblable ˆ lui quant ˆ l'esp�ce dans la mesure o� l'engendrŽ est produit par l'action du gŽniteur pour participer ˆ son esp�ce, ce qui arrive par le fait que l'engendrŽ re�oit une forme semblable ˆ celui qui engendre. Si donc cette forme n'Žtait pas subsistante, mais que son �tre soit seulement dans ce qui est uni ˆ ce dont elle est la forme ; il faudra que celui qui engendre soit la cause de la forme m�me, comme cela arrive dans toutes les formes matŽrielles. Mais si la forme Žtait telle qu'elle ait une subsistance et que son �tre ne dŽpende pas totalement de son union ˆ la mati�re, comme pour l'‰me rationnelle, alors il suffit que celui qui engendre soit la cause de l'union dÕune telle forme ˆ la mati�re par le fait qu'il dispose la mati�re ˆ la forme ; et il ne faut pas qu'il soit cause de la forme m�me.

q. 3 a. 9 ad 7 Ad septimum dicendum, quod ipsam dispositionem corporis sequitur dispositio animae rationalis ; tum quia anima rationalis accipit a corpore ; tum quia secundum diversitatem materiae diversificantur et formae. Et ex hoc est quod filii similantur parentibus etiam in his quae pertinent ad animam, non propter hoc quod anima ex anima traducatur.

# 7. La disposition de l'‰me rationnelle suit la disposition m�me du corps ; dÕabord parce l'‰me rationnelle re�oit du corps, ensuite parce que les formes sont aussi diversifiŽes selon la diversitŽ de la mati�re. Et c'est pour cela que les enfants ressemblent ˆ leurs parents, m�me en ce qui concernent l'‰me et non parce que l'‰me est transmise par l'‰me.

q. 3 a. 9 ad 8 Ad octavum dicendum, quod quia anima est proprie actus corporis viventis, vivere autem est per calidum et humidum, quae in animali per sanguinem conservantur ; ideo dicitur quod anima est in sanguine, ad designandum propriam dispositionem corporis, in quantum est materia perfecta per animam.

# 8. Parce que l'‰me est proprement l'acte du corps vivant, vivre dŽpend du chaud et de l'humide conservŽs dans l'animal par le sang ; c'est pourquoi on dit que l'‰me est dans le sang, pour dŽsigner la disposition propre du corps, dans la mesure o� la mati�re est achevŽe par l'‰me.

q. 3 a. 9 ad 9 Ad nonum dicendum, quod circa embrionis vitam sunt aliqui diversimode opinati.

# 9. Au sujet de la vie de l'embryon, certains ont eu des opinions diverses.

Quidam namque assimilaverunt in generatione humana progressum animae rationalis progressui corporis humani, dicentes, quod sicut corpus humanum in semine est virtualiter, non tamen habens actu humani corporis perfectionem, quae in distinctione organorum consistit, sed paulatim per virtutem seminis ad perfectionem huiusmodi pervenitur ; ita in principio generationis est ibi anima, virtute quadam habens omnem perfectionem quae postea apparet in homine completo, non tamen eam habens actu, cum non appareant animae actiones, sed processu temporis paulatim eam acquirit ; ita quod primo apparent in ea actiones animae vegetabilis, et postmodum animae sensibilis, et tandem animae rationalis. Et hanc opinionem tangit Gregorius Nyssenus in Lib. quem fecit de homine.

A) Certains en effet ont assimilŽ, dans la gŽnŽration humaine, le progr�s de l'‰me rationnelle ˆ celui du corps humain, en disant que, de m�me que le corps est virtuellement dans la semence, sans en avoir cependant le perfection en acte, qui consiste dans la distinction des organes, mais que peu ˆ peu par le pouvoir de la semence il parvient ˆ une telle perfection ; de m�me, au commencement de la gŽnŽration, il y a une ‰me qui a par un certain pouvoir toute la perfection qui appara”t ensuite dans l'homme complet, mais sans l'avoir cependant en acte, puisque les actions de l'‰me n'apparaissent pas ; mais elle l'acquiert peu ˆ peu par l'Žvolution du temps ; de sorte qu'y apparaissent d'abord les actions de l'‰me vŽgŽtative, ensuite de l'‰me sensitive et enfin de l'‰me rationnelle. Et GrŽgoire de Nysse soutient cette opinion dans le livre qu'il fit Sur l'homme[389].

Sed haec opinio non potest stare, quia aut intelligit quod ipsa anima secundum speciem suam existat a principio in semine, nondum habens perfectas operationes propter organorum defectum, aut intelligit quod in semine a principio sit aliqua virtus vel forma, quae nondum habet speciem animae ; sicut nec semen habet speciem humani corporis, sed paulatim producitur per actionem naturae ad hoc quod ipsa eadem sit anima primo quidem vegetabilis, secundo sensibilis et deinde rationalis.

Mais cette opinion n'est pas valable, parce que, ou bien elle sous-entend que l'‰me m�me selon son esp�ce existe au dŽbut dans la semence, n'ayant pas encore les opŽrations parfaites ˆ cause de la dŽficience de ses organes, ou bien elle sous-entend que dans la semence, d�s le dŽbut, il y a un pouvoir ou une forme qui n'a pas encore la nature de l'‰me ; de m�me que la semence n'a pas la nature du corps humain, mais peu ˆ peu, il est produite par l'action de la nature pour que la m�me ‰me soit d'abord vŽgŽtative, ensuite sensitive et enfin rationnelle.

Prima autem pars huius divisionis destruitur : primo quidem per auctoritatem philosophi. Dicitur enim in II de anima, quod potentia vitae quae est in corpore physico organico, cuius actus est anima, non est abiiciens animam, sicut semen et fructus ; ex quo datur intelligi, quod semen est ita in potentia ad animam quod anima caret.

I. La premi�re partie de cette division est rŽfutŽe. a) Premi�rement, par l'autoritŽ du philosophe. Il est dit, en effet, (L'‰me, II, 2, 412 b 25[390]) que la puissance de vie qui est dans le corps physique organique, dont l'acte est l'‰me, ne la rejette pas, comme la semence et les fruits. Par lˆ on donne ˆ comprendre que la semence est celle qui est en puissance pour l'‰me, parce qu'elle en est privŽ.

Secundo, quia cum semen nondum sit ultima assimilatione membris assimilatum (sic enim eius resolutio esset corruptio quaedam) sed sit superfluitas ultimae digestionis, ut dicitur in XV de animalibus, nondum fuit in corpore generantis existens anima perfectum ; unde non potest esse quod in principio suae decisionis sit in eo anima.

b) Deuxi�mement parce que, comme la semence n'est pas encore assimilŽe aux membres par une ultime assimilation (car ainsi cette dissolution serait une corruption) mais est une superfluitŽ de la digestion ultime[391], comme on le dit dans Les animaux (15- La gŽnŽration animale, ch. 19 II, 3, 736 b 26-27[392]), elle n'a pas encore ŽtŽ dans le corps de celui qui engendre, existant parfait par l'‰me ; c'est pourquoi ce n'est pas possible, quÕau commencement de sa sŽparation, il y ait une ‰me en elle.

Tertio, quia dato quod cum eo decideretur anima, non tamen potest hoc dici de anima rationali ; quae cum non sit actus alicuius partis corporis, non potest deciso corpore decidi.

3) Troisi�mement, parce que, si on suppose que l'‰me est sŽparŽe de la semence, on ne peut pas cependant pas le dire de l'‰me rationnelle, qui, puisqu'elle n'est pas l'acte d'une partie du corps ne peut �tre sŽparŽe si le corps est sŽparŽ[393] du corps sŽparŽ.

Secundam etiam partem divisionis praedictae patet esse falsam. Cum enim forma substantialis non continue vel successive in actum producatur, sed in istanti (alias oporteret esse motum in genere substantiae, sicut est in genere qualitatis) non potest esse quod illa virtus quae est a principio in semine, successive proficiat ad diversos gradus animae. Non enim forma ignis in aere hoc modo inducitur ut continuo procedat de imperfecto ad perfectum ; cum nulla forma substantialis suscipiat magis et minus ; sed solum materia per alterationem praecedentem variatur, ut sit magis et minus disposita ad formam. Forma vero non incipit esse in materia nisi in ultimo instanti alterationis.

II - Il appara”t que la seconde partie de cette division est fausse. En effet, comme la forme substantielle n'est pas produite en acte continuellement ou successivement, mais dans l'instant (autrement il faudrait qu'il y ait un mouvement dans le genre de la substance, comme dans le genre de la qualitŽ) il n'est pas possible que cette puissance qui est au commencement dans la semence, parvienne successivement aux diffŽrents degrŽs de l'‰me. Car la forme du feu, dans l'air, n'est pas amenŽe de mani�re ˆ procŽder continuellement de l'imparfait au parfait, puisque nulle forme substantielle ne re�oit le plus et le moins ; mais la mati�re seulement est modifiŽe par altŽration prŽcŽdente, de sorte qu'elle est plus ou moins disposŽe ˆ la forme. Mais la forme ne commence ˆ �tre dans la mati�re qu'au dernier moment du changement.

Alii vero dicunt, quod in semine primo est anima vegetabilis, et post modum ea manente, inducitur anima sensibilis ex virtute generantis, et ultimo inducitur anima rationalis per creationem, ita quod ponunt in homine esse tres animas per essentiam differentes.

B) Mais d'autre disent que dans la semence, il y d'abord l'‰me vŽgŽtative et ensuite, encore qu'elle y demeure, l'‰me sensitive est introduite par le pouvoir de celui qui engendre et enfin l'‰me rationnelle par crŽation, de sorte qu'ils pensent qu'il y a dans l'homme trois ‰mes diffŽrentes en essence.

Sed contra hoc est quod dicitur : neque duas animas dicimus esse in uno homine sicut et Iacobus et alii Syrorum scribunt, unam animalem qua animatur corpus et immixta sit sanguini, et alteram spiritualem quae rationem ministret. Et iterum impossibile est unius et eiusdem rei esse plures formas substantiales : nam cum forma substantialis faciat esse non solum secundum quid, sed simpliciter, et constituat hoc aliquid in genere substantiae, si prima forma hoc facit, secunda adveniens, inveniens subiectum iam in esse substantiali constitutum, accidentaliter ei adveniet ; et sic sequeretur quod anima sensibilis et rationalis in homine corpori accidentaliter uniantur. Nec potest dici quod anima vegetabilis quae in planta est forma substantialis, in homine non sit forma substantialis, sed dispositio ad formam : quia quod est de genere substantiae nullius accidens esse potest, ut dicitur in I Physic.

Mais contre cela, il y a ce qu'on dit, dans le livre des Dogmes ecclŽsiastiques, ch. 15 : ÇNous disons qu'il n'y a pas deux ‰mes dans un seul homme comme Jacques l'Žcrit ˆ d'autres Syriens l'une animale qui anime le corps, m�lŽe au sang et l'autre spirituelle qui gouverne la raison.È Et ˆ nouveau, il est impossible qu'il y ait plusieurs formes substantielles d'une seule et m�me chose, en effet, comme la forme substantielle fait l'�tre non seulement relatif, mais absolu et le place dans le genre de la substance, si la premi�re forme le fait, la seconde, quand elle survient, trouvant un sujet dŽjˆ constituŽ dans l'�tre substantiel, lui arriverait de mani�re accidentelle ; et ainsi il en dŽcoulerait que l'‰me sensitive et l'‰me rationnelle dans l'homme seraient unies accidentellement au corps. On ne peut pas dire que l'‰me vŽgŽtative qui est la forme substantielle dans la plante, ne soit pas la forme substantielle dans l'homme, mais une disposition pour la forme ; parce que ce qui est du genre de la substance ne peut �tre l'accident de rien, comme on le dit (I Physique, I, 2, 184 b 30).

Unde alii dicunt, quod anima vegetabilis est in potentia ad animam sensibilem et sensibilis est actus eius ; unde anima vegetabilis quae primo est in semine, per actionem naturae perducitur ad complementum animae sensibilis ; et ulterius anima rationalis est actus et complementum animae sensibilis ; unde anima sensibilis perducitur ad suum complementum, scilicet ad animam rationalem, non per actionem generantis sed per actum creantis ; et sic dicunt quod ipsa rationalis anima in homine partim est ab intrinseco, scilicet quantum ad naturam intellectualem ; et partim ab extrinseco, quantum ad naturam vegetabilem et sensibilem.

C) C'est pourquoi, d'autres disent que l'‰me vŽgŽtative est en puissance pour l'‰me sensitive et la sensibilitŽ est son acte ; c'est pourquoi l'‰me vŽgŽtative qui est d'abord dans la semence, par l'action de la nature est amenŽe ˆ �tre complŽtŽe par l'‰me sensitive ; et plus tard, l'‰me rationnelle est l'acte et le complŽment de l'‰me sensitive : c'est pourquoi l'‰me sensitive est amenŽe ˆ son complŽment, ˆ savoir l'‰me rationnelle, non par l'action de celui qui engendre mais par l'acte du crŽateur et ainsi ils disent que l'‰me rationnelle elle-m�me dans l'homme vient en partie de l'intŽrieur, pour la nature intellectuelle et en partie de l'extŽrieur, pour la nature vŽgŽtative et sensitive.

q. 3 a. 9 ad 10 Ad decimum dicendum, quod embrio antequam habeat animam rationalem non est ens perfectum, sed in via ad perfectionem ; unde non est in genere vel specie nisi per reductionem sicut incompletum reducitur ad genus vel speciem completi.

# 10. Avant de possŽder l'‰me rationnelle, l'embryon n'est pas un �tre parfait, mais il est sur le chemin de la perfection ; c'est pourquoi il n'est dans le genre ou l'esp�ce que s'il y est amenŽ par rŽduction comme l'incomplet est amenŽ au genre ou ˆ l'esp�ce de ce qui est complet.

q. 3 a. 9 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod in semine a principio quamvis non sit anima, est tamen ibi virtus animae, ut dictum est, quae quidem virtus fundatur in spiritu qui in spermate continetur, et dicitur virtus animae quia est ab anima generantis.

# 11. Dans la semence au commencement, bien qu'il n'y ait pas d'‰me, il y a cependant un pouvoir de l'‰me, comme on l'a dit. Celui-ci est fondŽ dans Ç l'esprit È contenu dans le sperme, et il est appelŽ puissance de l'‰me, parce qu'il vient de l'‰me de celui qui engendre.

q. 3 a. 9 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod embrio ante animam rationalem vivit et animam habet, ut dictum est, unde hoc argumentum concedimus.

# 12. L'embryon vit avant l'‰me rationnelle, et il a une ‰me, comme on l'a dit. C'est pourquoi nous concŽdons cet argument.

q. 3 a. 9 ad 13 Et similiter ad decimumtertium, decimumquartum et decimumquintum.

# Et de m�me pour les objections13, 14 et 15.

q. 3 a. 9 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod virtus formativa quae in principio est in semine, manet adveniente etiam anima rationali ; sicut et spiritus in quos fere tota substantia spermatis convertitur manent. Et illa quae prius fuit formativa corporis fit postmodum corporis regitiva. Sicut etiam calor qui fuit dispositio ad formam ignis manet forma ignis adveniente, ut instrumentum formae in agendo.

# 16. Le pouvoir formateur qui est au commencement dans la semence, demeure quand arrive l'‰me rationnelle ; de m�me que demeurent les esprits dans lesquels presque toute la substance du sperme est transformŽe. Et celle qui a ŽtŽ d'abord formatrice du corps devient par la suite son rŽgisseur. De m�me la chaleur, qui a ŽtŽ une disposition pour la forme du feu, demeure, quand arrive la forme du feu, en agissant comme instrument de la forme.

q. 3 a. 9 ad 17 Et per hoc patet solutio ad decimumseptimum et decimumoctavum.

# 17-18 Et ainsi cela donne la solution pour la 17e et 18e objections.

q. 3 a. 9 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod licet anima rationalis non sit a generante, unio tamen corporis ad eam, est quodammodo a generante, ut dictum est. Et ideo homo dicitur generari.

# 19. Bien que l'‰me rationnelle ne vienne pas de celui qui engendre, cependant son union au corps vient de lui, d'une certaine mani�re, comme on l'a dit. Et c'est pour cela qu'on dit que l'homme est engendrŽ.

q. 3 a. 9 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod pro tanto in homine non est duplex esse, quia non est sic intelligendum corpus esse a generante et animam a creante, quasi corpori acquiratur esse separatum a generante, et separatim animae a creante ; sed quia creans dat esse animae in corpore, et generans disponit corpus ad hoc quod huius esse sit particeps per animam sibi unitam.

# 20. Pour autant, il n'y a pas deux �tres dans l'homme, parce qu'il ne faut pas comprendre que le corps existe par celui qui engendre et l'‰me par le crŽateur, comme si un �tre sŽparŽ Žtait acquis au corps par celui qui engendre et sŽparŽment par le crŽateur pour l'‰me ; mais parce que le crŽateur donne l'�tre ˆ l'‰me dans le corps, et celui qui engendre dispose le corps pour que l'�tre du corps participe par l'‰me qui lui est unie.

q. 3 a. 9 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod duo agentia omnino disparata non possunt hoc modo se habere quod actio unius terminetur ad materiam, et alterius ad formam ; hoc tamen contingit in duobus agentibus ordinatis, quorum unum est instrumentum alterius. Actio enim principalis agentis se extendit quandoque ad aliquid ad quod non potest se extendere actio instrumenti. Natura autem est sicut instrumentum quoddam divinae virtutis ut supra, ostensum est. Unde non est inconveniens, si virtus divina sola faciat animam rationalem, actione naturae se extendente solum ad disponendum corpus.

# 21. Deux agents totalement diffŽrents ne peuvent se comporter de mani�re que l'action de l'un se termine ˆ la mati�re et celle de l'autre ˆ la forme. Cependant cela arrive dans deux agents ordonnŽs, dont l'un est l'instrument de l'autre. Car l'action de l'agent principal s'Žtend quelquefois lˆ o� l'action de l'instrument ne peut parvenir. Mais la nature est comme un instrument du pouvoir divin, comme on l'a montrŽ (art. 8, obj. 14, et art. 7, c.). Aussi il n'y a pas d'inconvŽnient, si seul le pouvoir divin crŽe l'‰me rationnelle, alors que l'action de la nature s'Žtend seulement ˆ la disposition du corps.

q. 3 a. 9 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod intellectus in corpore existens non indiget aliquo corporali ad intelligendum, quod simul cum intellectu sit principium intellectualis operationis, sicut accidit in visu : nam principium visionis non est visus tantum, sed oculus constans ex visu et pupilla. Indiget autem corpore tamquam obiecto, sicut visus indiget pariete in quo est color : nam phantasmata comparantur ad intellectum ut colores ad visum, sicut dicitur in III de anima. Et ex hoc est quod intellectus impeditur in intelligendo, laeso organo phantasiae : quia quamdiu est in corpore indiget phantasmatibus non solum quasi accipiens a phantasmatibus dum acquirit scientiam, sed etiam comparans species intelligibiles phantasmatibus dum utitur scientia acquisita. Et propter hoc exempla in scientiis sunt necessaria.

# 22. L'esprit (intellectus) qui existe dans un corps n'a pas besoin d'un organe corporel pour l'intellection, parce que, avec lui en m�me temps, il y a le principe de l'opŽration intellectuelle, comme cela arrive pour la vue ; car le principe de vision n'est pas la vue seulement, mais l'Ïil composŽ de la vue et de la pupille. Mais elle a besoin d'un corps comme objet, de m�me que la vue a besoin d'un mur sur lequel il y a de la couleur : car les images pour l'esprit sont comparŽes aux couleurs pour la vision, comme il est dit dans L'‰me, III, 431 b 2. Et c'est pourquoi l'esprit est emp�chŽe d'abstraire, si l'organe de l'image est blessŽe, parce que tant qu'elle est dans le corps, elle a besoin des images non seulement en recevant par elles, pendant qu'elle acquiert la connaissance, mais m�me en comparant les esp�ces intelligibles aux images, pendant qu'elle se sert de la connaissance acquise. Et c'est pour cela que les exemples sont nŽcessaires dans les sciences.

q. 3 a. 9 ad 23 Et per hoc patet responsio ad vicesimumtertium et vicesimum-quartum.

# Et par lˆ on trouve la rŽponse ˆ la 22e, 23e et 24e objection.

q. 3 a. 9 ad 25 Ad vicesimumquintum dicendum, quod illa ratio est Apollinaris, ut Gregorius Nyssenus dicit. Decipiebatur autem in hoc quod non distinguebat operationem naturae, quae est generatio prolis, cui Deus dat complementum, ab operatione voluntaria adulterii in qua peccatum consistit.

# 25. Cet argument est d'Apollinaire, comme GrŽgoire de Nysse[394] le dit (L'‰me, ch. 6). Il Žtait trompŽ parce qu'il ne distinguait pas l'opŽration de nature qui est la gŽnŽration d'une descendance, ˆ qui Dieu accorde un complŽment, de l'opŽration volontaire de l'adult�re, en quoi consiste le pŽchŽ.

q. 3 a. 9 ad 26 Ad vicesimumsextum dicendum, quod anima, cum sit perfectior formis materialibus, posset sibi similem producere si anima rationalis posset produci aliter quam per creationem, quod esse non potest ; et hoc provenit ex eius perfectione, ut ex praedictis potest patere.

# 26. Comme l'‰me est plus parfaite que les formes matŽrielles, elle pourrait produire quelque chose de semblable ˆ elle si l'‰me rationnelle pouvait �tre produite autrement que par crŽation, ce qui n'est pas possible, et cela provient de sa perfection, comme on peut le dŽcouvrir dans ce qu'on a dit prŽcŽdemment.

q. 3 a. 9 ad 27 Ad vicesimumseptimum dicendum, quod in solo Deo potest esse una natura in pluribus suppositis ; et ideo ibi solummodo potest esse generatio sine imperfectione mutationis et divisionis ; unde nobiliores creaturae, quae sunt indivisibiles nec substantialiter transmutantur, sicut anima rationalis et Angelus, non generantur ; sed inferiores creaturae, quae sunt divisibiles et corruptibiles.

# 27. En Dieu seul, il peut y avoir une seule nature dans plusieurs supp™ts. Et c'est pourquoi, lˆ uniquement, il peut y avoir une gŽnŽration sans l'imperfection du changement et de la division. C'est pour cela que les plus nobles crŽatures, qui sont indivisibles, et ne se transforment pas substantiellement, comme l'‰me rationnelle et l'ange, ne sont pas engendrŽes ; mais seules sont engendrŽes les crŽatures infŽrieures qui sont divisibles et corruptibles.

q. 3 a. 9 ad 28 Ad vicesimumoctavum dicendum, quod virtus illa quae est in semine, a philosopho vocatur intellectus, ut dicit Commentator, propter quamdam similitudinem : quia sicut intellectus operatur absque organo, ita et illa virtus.

# 28. Ce pouvoir qui est dans la semence, est appelŽ lÕesprit (intellectus) par le philosophe, comme le dit le Commentateur (MŽtaphysique, VII, com. 31) ˆ cause d'une certaine ressemblance ; parce que l'intellect op�re sans organe, ce pouvoir aussi.

q. 3 a. 9 ad 29 Ad vicesimumnonum dicendum, quod verbum illud philosophi est intelligendum de anima sensibili, non de rationali.

# 29. Cette parole du philosophe est ˆ comprendre de l'‰me sensitive, non de l'‰me rationnelle.

 

 

 

Article 10 Ñ LÕ‰me rationnelle est-elle crŽŽe dans le corps ou hors du corps ?

q. 3 a. 10 tit. 1 Decimo quaeritur utrum anima rationalis sit creata in corpore, vel extra corpus. Et videtur quod sit creata extra corpus.

Il semble que lÕ‰me est crŽŽe hors du corps[395].

 

Objections :

q. 3 a. 10Arg. 1 Eorum enim quae sunt idem secundum speciem, est idem modus prodeundi in esse. Sed animae nostrae sunt eiusdem speciei cum anima Adae. Anima autem Adae fuit extra corpus cum Angelis creata, ut Augustinus dicit. Ergo et aliae animae humanae extra corpus creantur.

1. Car la mani�re de venir ˆ lÕ�tre est identique pour ce qui est identique en esp�ce[396]. Mais nos ‰mes sont de la m�me esp�ce que celle dÕAdam. Or celle-ci fut crŽŽe hors de son corps avec les anges, comme Augustin (La Gen�se au sens littŽral, VII, 25 et 27[397]) le dit. Donc les autres ‰mes humaines sont crŽŽes hors du corps.

q. 3 a. 10Arg. 2 Praeterea, omne totum imperfectum est cui deest aliqua pars quae ad eius perfectionem pertinet. Sed animae rationales magis pertinent ad perfectionem universi quam etiam substantiae corporales, cum substantia intellectualis sit nobilior corporali substantia. Si ergo animae rationales a principio non fuerunt omnes creatae, sed quotidie creantur cum corpora generantur ; sequitur quod universum sit imperfectum ex eo quod desunt sibi nobilissimae partes eius. Hoc videtur esse inconveniens. Ergo animae rationales sunt a principio extra corpora creatae.

2. Tout ensemble imparfait est celui ˆ qui manque une partie qui importe ˆ sa perfection. Mais les ‰mes rationnelles concernent plus la perfection de lÕunivers que les substances corporelles, puisque la substance intellectuelle est plus noble que la substance corporelle. Si donc les ‰mes rationnelles nÕont pas toutes ŽtŽ crŽŽes au commencement, mais sont crŽŽes chaque jour, quand les corps sont engendrŽs, il en dŽcoule que l'univers est imparfait, parce que ses parties les plus nobles lui font dŽfaut. Cela para”t ne pas convenir. Donc les ‰mes rationnelles ont ŽtŽ crŽŽes au commencement hors du corps.

q. 3 a. 10Arg. 3 Praeterea, theatralibus ludis videtur esse simile, quod tunc universum destruatur, quando ad ultimam perfectionem devenerit. Sed mundus tunc finietur quando hominum generatio cessabit, et tunc completissima universi perfectio erit, si animae simul creantur cum corpora generantur. Ergo secundum hoc divina gubernatio, quae mundum regit, erit similis ludo ; quod videtur esse absurdum.

3. La destruction de lÕunivers, quand il sera parvenu ˆ son ultime perfection, ressemble ˆ une reprŽsentation thމtrale[398]. Mais le monde sera fini, quand la gŽnŽration des hommes cessera et alors la perfection de lÕunivers sera tr�s compl�te, si les ‰mes sont crŽŽes en m�me temps que les corps sont parfaitement engendrŽs. Donc dans cet optique, la gouvernement divin, qui rŽgit le monde, ressemble ˆ une reprŽsentation thމtrale, ce qui para”t absurde.

q. 3 a. 10Arg. 4 Sed dices, quod nihil prohibet perfectioni universi deesse aliquid secundum numerum, cum tamen quantum ad omnes eius species sit completum.- Sed contra, species rerum ex hoc quod, quantum in ipsis est, perpetuitatem quamdam habent, pertinent ad essentialem perfectionem universi, utpote per se intentae ab universi auctore. Individua vero, quae non habent esse perpetuum, pertinent ad quamdam accidentalem universi perfectionem, utpote non propter se intenta, sed propter speciei conservationem. Animae autem rationales non solum secundum speciem, sed etiam secundum singula individua perpetuitatem habent. Ergo si a principio omnes animae rationales defuerunt ; ita fuit universum imperfectum, ac si aliquae species universi defuissent.

4. Mais on pourrait dire que rien nÕemp�che quÕil manque quelque chose ˆ la perfection de lÕunivers, en nombre, alors que cependant il est complet pour toutes les esp�ces. Ñ En sens contraire, du fait que, quant ˆ elles, les esp�ces ont une certaine perpŽtuitŽ, elles conviennent ˆ la perfection essentielle de lÕunivers, puisque dŽcidŽes pour elles-m�mes par le crŽateur de lÕunivers. Mais les choses individuelles qui nÕont pas dÕ�tre perpŽtuel, conviennent ˆ la perfection accidentelle de lÕunivers, n'Žtant pas dŽcidŽes pour elles-m�mes, mais pour la conservation de l'esp�ce. Les ‰mes rationnelles non seulement selon lÕesp�ce, mais aussi selon les individus particuliers, ont la perpŽtuitŽ. Donc, si, au commencement, toutes les ‰mes rationnelles ont manquŽ, il y eut ainsi un univers imparfait, comme si quelques esp�ces de lÕunivers avaient manquŽ.

q. 3 a. 10Arg. 5 Praeterea, Macrobius super somnium Scipionis, duas portas in caelo posuit : unam deorum, et aliam animarum, in cancro scilicet, et Capricorno ; per quarum alteram animae ad corpus descendebant. Sed hoc non esset, nisi animae extra corpus in caelo crearentur. Ergo animae extra corpora creatae sunt.

5. Macrobe dans Le songe de Scipion (liv. 1) a placŽ deux portes dans le ciel : celle des dieux et celle des ‰mes, dans le Cancer et le Capricorne ; par lÕune d'elles, les ‰mes descendaient dans le corps. Mais cela ne pouvait exister que si les ‰mes Žtaient crŽŽes au ciel hors du corps. Donc les ‰mes ont ŽtŽ crŽŽes hors du corps.

q. 3 a. 10Arg. 6 Praeterea, causa efficiens praecedit tempore suum effectum. Sed anima est causa efficiens corporis, ut dicitur in II de anima. Ergo est ante corpus, et ita non creatur in corpore.

6. La cause efficiente prŽc�de son effet dans le temps. Mais lÕ‰me est cause efficiente du corps, comme on le dit dans le livre II de L'‰me, (II, 4, 415 b 10[399]). Donc elle est avant le corps et ainsi elle nÕest pas crŽŽe dans le corps.

q. 3 a. 10Arg. 7 Praeterea, in libro de spiritu et anima, dicitur, quod anima antequam corpori uniatur, habet irascibilitatem et concupiscibilitatem. Sed haec non possunt esse in anima antequam anima sit. Ergo anima est antequam corpori uniatur, et ita non creatur in corpore.

7. Dans le livre L'esprit et l'‰me[400] (ch. 13), on dit que lÕ‰me, avant d'�tre unie au corps, poss�de lÕirascible et le concupiscible. Mais ils ne peuvent pas exister dans lÕ‰me avant quÕelle existe. Donc lÕ‰me existe, avant quÕelle soit unie au corps et ainsi elle nÕest pas crŽŽe dans le corps.

q. 3 a. 10Arg. 8 Praeterea, substantia animae rationalis tempore non mensuratur : quia, ut dicitur in Lib. de causis, est supra tempus ; nec iterum mensuratur aeternitate, quia hoc solius Dei est. In Lib. etiam de causis dicitur, quod anima est infra aeternitatem. Ergo mensuratur aevo, sicut et Angeli : et ita eadem est mensura durationis Angeli et animae. Cum ergo Angeli sint creati a principio mundi, videtur quod etiam animae tunc sint creatae, et non in corporibus.

8. La substance de lÕ‰me rationnelle nÕest pas mesurŽe par le temps ; parce que, comme on le dit dans le Livre des Causes, (prop. 2[401]), elle est au-dessus du temps. Elle nÕest pas mesurŽe non plus par lÕŽternitŽ, qui n'appartient quÕˆ Dieu seul. Mais dans le Livre des Causes (ibid.), on dit que lÕ‰me est en dessous de lÕŽternitŽ. Donc elle est mesurŽe par lÕaevum[402], comme les anges et ainsi cÕest la m�me mesure de durŽe pour lÕange et lÕ‰me. Donc comme les anges sont crŽŽs depuis le commencement du monde, il semble que les ‰mes aussi ont ŽtŽ crŽŽes alors et non dans les corps.

q. 3 a. 10Arg. 9 Praeterea, in aevo non est prius et posterius : alias a tempore non differret, ut quibusdam videtur. Sed si Angeli ante animas essent creati, vel una anima post aliam crearetur, esset in aevo prius et posterius, cum mensura animae sit aevum, ut ostensum est. Ergo oportet omnes animas simul creari cum Angelis.

9. Dans lÕaevum, il nÕy a pas dÕavant et dÕapr�s[403], autrement il ne diffŽrerait pas du temps, comme il le semble ˆ certains. Mais si les anges avaient ŽtŽ crŽŽs avant les ‰mes, ou quÕune ‰me soit crŽŽe apr�s lÕautre, il y aurait dans lÕaevum un avant et un apr�s, puisque la mesure de lÕ‰me cÕest "lÕaevum", comme on lÕa montrŽ. Donc il faut que toutes les ‰mes aient ŽtŽ crŽŽes en m�me temps que les anges.

q. 3 a. 10Arg. 10 Praeterea, unitas loci attestatur unitati naturae : unde et diversorum corporum secundum naturam, diversa sunt loca. Sed Angeli et animae conveniunt in natura, cum sint substantiae spirituales et intellectuales. Ergo animae creatae sunt in caelo Empyreo, sicut Angeli, et non in corporibus.

10. LÕunitŽ de lieu atteste lÕunitŽ de nature ; donc les lieux o� sont les diffŽrents corps sont diffŽrents en nature[404]. Mais les anges et les ‰mes se ressemblent en nature, puisquÕils sont des substances spirituelles et intellectuelles. Donc les ‰mes crŽŽes sont dans le ciel empyrŽe, comme les anges, et non dans les corps.

q. 3 a. 10Arg. 11 Praeterea, quanto aliqua substantia est subtilior, tanto ei altior locus debetur ; unde ignis locus altior est quam aeris vel aquae. Sed anima est multo simplicior substantia quam aliquod corpus. Ergo videtur quod sit creata supra omnia corpora, et non in corpore.

11. Plus une substance est subtile, plus lui est dž lieu ŽlevŽ ; c'est pourquoi le lieu du feu est plus haut que celui de lÕair ou de lÕeau. Mais lÕ‰me est une substance beaucoup plus simple quÕun corps quelconque. Donc il semble quÕelle a ŽtŽ crŽŽ au-dessus de tous les corps et non dans un corps.

q. 3 a. 10Arg. 12 Praeterea, cuiuslibet rei ultima perfectio est secundum quod est in proprio loco ; cum non sit extra proprium locum nisi per violentiam quamdam. Sed ultima perfectio animae est in caelesti habitatione. Ergo ibi locus est congruens naturae eius ; et ita videtur quod ibi sit creata.

12. La perfection ultime de n'importe quel �tre est de se situer dans son lieu propre, puisquÕil nÕen est en dehors que par une violence quelconque. Mais lÕultime perfection de lÕ‰me est dans la demeure cŽleste. Donc ici le lieu est conforme ˆ sa nature et ainsi il semble quÕelle y ait ŽtŽ crŽŽe.

q. 3 a. 10Arg. 13 Praeterea, Genes. II, 2, dicitur : requievit Deus die septimo ab universo opere quod patrarat. Ex quo intelligi datur quod tunc Deus a novis creaturis creandis cessavit. Sed hoc non esset, si nunc quotidie animae crearentur. Ergo animae non creantur in corpore, sed creatae sunt a principio extra corpus.

13 En Gen�se 2, 2 il est dit : ÇDieu se reposa le septi�me jour de toute lÕÏuvre quÕil avait accomplieÈ. Par lˆ, il est donnŽ ˆ comprendre quÕalors Dieu cessa de crŽer des crŽatures nouvelles. Mais ce ne serait pas vrai si maintenant, chaque jour, des ‰mes Žtaient crŽŽes. Donc les ‰mes ne sont pas crŽŽes dans le corps, mais elles l'ont ŽtŽ d�s le commencement, hors du corps.

q. 3 a. 10Arg. 14 Praeterea, opus creationis praecedit opus propagationis. Hoc autem non esset, si simul animae crearentur dum corpora propagantur. Ergo animae ante corpora sunt creatae.

14. LÕÏuvre de la crŽation prŽc�de celle de la propagation. Mais cela ne serait pas si les ‰mes Žtaient crŽŽes en m�me temps que se propagent les corps. Donc les ‰mes ont ŽtŽ crŽŽes avant les corps[405].

q. 3 a. 10Arg. 15 Praeterea, Deus omnia secundum iustitiam operatur. Sed secundum iustitiam non dantur diversa et inaequalia nisi in illis in quibus aliqua inaequalitas meriti praeexistit. Cum ergo in nativitate hominum circa animas multa inaequalitas attendatur : tum ex hoc quod quaedam uniuntur corporibus ad operationes animae aptis, quaedam vero ineptis ; tum ex hoc quod quidam ex infidelibus nascuntur alii vero ex fidelibus, qui per sacramentorum susceptionem salvantur ; videtur quod inaequalitas meriti in animabus praecesserit : et sic videtur quod animae fuerint ante corpora.

15. Dieu op�re en tout selon la justice. Mais selon elle, les diffŽrences et les inŽgalitŽs ne sont donnŽes que lˆ o� prŽexiste une inŽgalitŽ du mŽrite. Donc, comme dans la naissance des hommes, on remarque dans les ‰mes beaucoup dÕinŽgalitŽ, cela vient d'une part de ce que certaines sont unies ˆ des corps aptes aux opŽrations de lÕ‰me, certaines ˆ des corps inaptes, d'autre part de ce que certaines sont nŽes dÕinfid�les, dÕautres de fid�les, qui sont sauvŽs en recevant les sacrements. Il semble que lÕinŽgalitŽ du mŽrite aurait existŽ auparavant dans les ‰mes et ainsi il semble que les ‰mes ont existŽ avant les corps.

q. 3 a. 10Arg. 16 Praeterea, ea quorum una est inceptio, videtur quod secundum esse dependeant ad invicem. Sed anima secundum esse suum non dependet a corpore, quod patet ex hoc quod corrupto corpore manet. Ergo nec anima simul incipit cum corpore.

16. Il semble que les choses, dont lÕune est le commencement dŽpendent les unes des autres pour leur existence. Mais lÕ‰me en son �tre ne dŽpend pas du corps, ce qui le montre cÕest qu'elle demeure une fois le corps corrompu. Donc lÕ‰me ne commence pas en m�me temps que le corps.

q. 3 a. 10Arg. 17 Praeterea, ea quorum unum impedit alterum, non naturaliter uniuntur. Sed anima impeditur a sua operatione a corpore : corpus enim quod corrumpitur, aggravat animam, ut dicitur Sapient. cap. IX, 15. Ergo anima non naturaliter unitur corpori ; et ita videtur quod prius fuerit corpori non unita quam uniretur.

17. Les choses, dont lÕune entrave lÕautre, ne sont pas unies naturellement. Mais lÕopŽration de lÕ‰me est entravŽe par le corps. ÇCar le corps corrompu appesantit lÕ‰meÈ, comme il est dit en Sg. 9, 15. Donc lÕ‰me nÕest pas naturellement unie au corps et ainsi il semble quÕelle nÕa pas ŽtŽ avec le corps avant de lui �tre uni.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 10 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur in libro de Ecclesiast. dogmatibus, quod animae ab initio inter ceteras intellectuales creaturas non simul creantur.

1. Il est dit dans le livre des Dogmes ecclŽsiastiques, ch. 13[406], que les ‰mes ne sont pas crŽŽes au commencement en m�me temps que les autres crŽatures intellectuelles.

q. 3 a. 10 s. c. 2 Praeterea, Gregorius Nyssenus dicit, quod assertio utriusque opinionis vituperatione non caret : et eorum qui prius vivere animas in suo quodam statu atque ordine fabulantur, et eorum qui eas post corpora creatas existimant.

2. GrŽgoire de Nysse (dans La crŽation du monde, 29, PG. 44, 234 D) dit que lÕŽnonciation de chacune des deux opinions ne manque pas de venin, celles de ceux qui racontent que les ‰mes vivent dÕabord dans leur statut et leur ordre, et celles de ceux qui pensent quÕelles sont crŽŽs apr�s les corps.

q. 3 a. 10 s. c. 3 Praeterea, Hieronymus dicit in symbolo fidei, quem composuit : eorum condemnamus errorem qui dicunt animas ante peccasse, vel in caelis conversatas fuisse, quam in corpora immitterentur.

3. JŽr™me dit dans Le symbole de la foi quÕil composa [PŽlage dans LÕexposition de la foi ˆ Damase] : ÇNous condamnons l'erreur de ceux qui disent que les ‰mes ont pŽchŽ avant ou quÕelles ont ŽtŽ conservŽes dans les cieux avant d'�tre introduites dans les corpsÈ.

q. 3 a. 10 s. c. 4 Praeterea, proprius actus fit in propria materia. Sed anima est proprius actus corporis. Ergo in corpore anima creatur.

4. L'acte plus appropriŽ se fait dans une mati�re appropriŽe. Mais lÕ‰me est lÕacte le plus appropriŽ du corps. Donc lÕ‰me est crŽŽe dans le corps.

 

RŽponse :

q. 3 a. 10 co. Respondeo. Dicendum quod, sicut supra dictum est, quorumdam opinio fuit, quod animae omnes simul creatae fuerunt extra corpus. Cuius quidem opinionis falsitas potest ad praesens quatuor rationibus ostendi :

Comme on lÕa dit plus haut (art. 9), lÕopinion de certains[407] a ŽtŽ que toutes les ‰mes ont ŽtŽ crŽŽes en m�me temps hors du corps. La faussetŽ de cette opinion peut ˆ prŽsent �tre montrŽe par quatre raisons :

quarum prima est, quod res creatae sunt a Deo in sua perfectione naturali. Perfectum enim naturaliter praecedit imperfectum, secundum philosophum. Et Boetius dicit, quod, natura a perfectis sumit exordium. Anima autem non habet perfectionem suae naturae extra corpus, cum non sit per se ipsam species completa alicuius naturae, sed sit pars humanae naturae : alias oporteret quod ex anima et corpore non fieret unum nisi per accidens. Unde non fuit anima humana extra corpus creata.

1) Dont la premi�re est que les crŽatures ont ŽtŽ crŽŽes par Dieu dans leur perfection naturelle[408]. Car le parfait prŽc�de naturellement lÕimparfait, selon le philosophe (Le ciel. I, 2, 269 a 20). Et Bo�ce (La Consolation, 10, prose 10) dit que la nature prend son dŽpart ˆ partir de ce qui est parfait. Mais lÕ‰me nÕa pas la perfection de sa nature hors du corps, puisquÕelle nÕest pas par elle-m�me une esp�ce compl�te d'une certaine nature, mais une partie de la nature humaine ; autrement il faudrait que l'unitŽ de lÕ‰me et du corps ne soit faite que par accident. Donc lÕ‰me humaine nÕa pas ŽtŽ crŽŽe hors du corps.

Quicumque autem posuerunt animas extra corpora fuisse antequam corporibus unirentur, aestimaverunt eas esse naturas perfectas, et quod naturalis perfectio animae non est esse in hoc quod anima corpori uniretur, sed uniretur ei accidentaliter, sicut homo indumento : sicut Plato dicebat, quod homo non est ex anima et corpore, sed est anima utens corpore. Et propter hoc omnes qui posuerunt animas extra corpora creari, posuerunt transcorporationem animarum ; ut sic anima exuta a corpore uno, alteri corpori uniretur, sicut homo exutus uno vestimento induit alterum.

Tous ceux qui ont pensŽ que les ‰me ont existŽ hors des corps avant de leur �tre unies, ont estimŽ quÕelles Žtaient des natures parfaites, et que la perfection naturelle de lÕ‰me ne consiste pas ˆ �tre unie au corps, mais qu'elle lui serait unie accidentellement, de la m�me mani�re que lÕhomme ˆ son v�tement. Ainsi Platon disait que lÕhomme nÕest pas composŽ dÕune ‰me et dÕun corps, mais cÕest une ‰me qui se sert dÕun corps[409]. Et cÕest pourquoi tous ceux qui ont pensŽ que les ‰mes sont crŽŽes hors des corps, ont cru ˆ la transcorporation des ‰mes[410], de sorte quÕune ‰me, ainsi sortie dÕun corps, sÕunirait ˆ un autre, comme lÕhomme retire son v�tement et en met un autre.

Secunda ratio est Avicennae. Cum enim anima non sit composita ex materia et forma, distinctio animarum ab invicem esse non posset nisi secundum formalem differentiam, si solum secundum se ipsas distinguerentur. Formalis autem differentia diversitatem speciei inducit. Diversitas autem secundum numerum in eadem specie ex differentia materiali procedit : quae quidem animae competere non potest secundum naturam ex qua fit, sed secundum materiam in qua fit.

2) La seconde raison est donnŽe parÕAvicenne. En effet, comme lÕ‰me nÕest pas composŽe de mati�re et de forme (car elle est distinguŽe de la mati�re et du composŽ dans le livre II de l'‰me), la distinction des ‰mes lÕune de lÕautre ne pourrait exister que selon une diffŽrence formelle, si seulement elles se distinguaient elles-m�mes en soi. Mais la diffŽrence formelle am�ne la diversitŽ de lÕesp�ce. La diversitŽ selon le nombre dans la m�me esp�ce provient de la diffŽrence matŽrielle ; ce qui, pour lÕ‰me, ne peut convenir selon la nature dont elle est faite, mais selon la mati�re dans laquelle elle est faite.

Sic ergo solum ponere possumus plures animas humanas eiusdem speciei, numero diversas esse, si a sui principio corporibus uniantur, ut earum distinctio ex unione ad corpus quodammodo proveniat, sicut a materiali principio, quamvis sicut ab efficiente principio talis distinctio sit a Deo. Si vero extra corpora animae humanae fuissent creatae oportuisset eas esse specie differentes, sublato distinctionis materiali principio, sicut et omnes substantiae separatae a philosophis ponuntur specie differentes.

Donc ainsi nous pouvons seulement penser que plusieurs ‰mes humaines de la m�me esp�ce sont diffŽrentes par le nombre, si elles sont unies au corps par leur principe, de sorte que leur distinction provient dÕune certaine mani�re de lÕunion au corps, comme par un principe matŽriel, quoique une telle distinction vienne de Dieu comme par un principe efficient. Si les ‰mes humaines avaient ŽtŽ vraiment crŽŽes hors des corps, il aurait fallu quÕelle soient diffŽrentes en esp�ce, si on enl�ve le principe matŽriel de la distinction, ainsi que les philosophes ont pensŽ que toutes les substances sŽparŽes sont diffŽrentes en esp�ce[411].

Tertia ratio est, nam anima rationalis humana non differt secundum substantiam a sensibili et vegetabili, sicut superius est ostensum ; vegetabilis autem et sensibilis animae origo non potest esse nisi in corpore, cum sint actus quarumdam partium corporis ; unde nec anima rationalis potest nisi in corpore creari secundum naturae suae convenientiam, tamen absque divinae praeiudicio potestatis.

3) Troisi�me raison : en effet, lÕ‰me rationnelle humaine ne diff�re pas en substance de l'‰me sensitive et vŽgŽtative, comme on lÕa montrŽ plus haut, mais lÕorigine de lÕ‰me vŽgŽtative et de l'‰me sensitive ne peut �tre que dans le corps, puisquÕelles sont les actes de certaines parties du corps ; c'est pourquoi lÕ‰me rationnelle ne peut �tre crŽŽe que dans un corps selon la convenance de sa nature, cependant sans prŽjudice pour la puissance divine.

Quarta ratio est, quia si anima rationalis extra corpus creata fuit, et ibi habuit sui esse naturalis complementum, impossibile est convenientem causam assignare unionis eius ad corpus. Non enim potest dici, quod proprio motu se corporibus adiunxit, cum videamus quod deserere corpus non subiaceat animae potestati ; quod esset, si ex voluntate sua corpori esset unita. Et praeterea si sunt creatae omnino separatae, non potest dici quare unio corporis voluntatem separatae animae illexisset.

4) Quatri�me raison : si lÕ‰me rationnelle a ŽtŽ crŽŽe hors du corps, et y a trouvŽ le complŽment de son �tre naturel, il est impossible dÕassigner une cause convenable ˆ son union au corps. Car on ne peut pas dire qu'elle s'est jointe au corps de son propre mouvement[412], puisque nous voyons quÕabandonner le corps n'est pas en son pouvoir ; ce qui serait possible si elle sÕŽtait unie ˆ un corps par sa volontŽ. Et ensuite si elles sont crŽŽes tout ˆ fait sŽparŽes, on ne peut pas dire pourquoi lÕunion du corps aurait attirŽ la volontŽ dÕune ‰me sŽparŽe.

Nec iterum potest dici, quod post aliquos annorum circuitus naturalis ei appetitus supervenerit corpori adhaerendi ; et quod ex operatione naturae huiusmodi unio sit causa. Nam ea quae certo temporis spatio secundum naturam aguntur, ad motum caeli reducuntur sicut ad causam, per quam temporum spatia mensurantur. Animas autem separatas non est possibile caelestium corporum motibus subiacere.

Et on ne peut pas dire non plus qu'apr�s quelques annŽes d'un circuit naturel lÕenvie lui viendrait dÕadhŽrer ˆ un corps et que lÕunion soit la cause dÕune telle opŽration de la nature. Car ce qui est fait dans un certain espace de temps selon la nature, est ramenŽ au mouvement du ciel comme ˆ sa cause, par laquelle sont mesurŽes les durŽes. Mais il nÕest pas possible que les ‰mes sŽparŽes se soumettent au mouvement des corps cŽlestes[413].

Similiter non potest dici, quod a Deo sint corpori alligatae, si eas prius absque corporibus creavisset. Si enim dicatur, quod ad earum perfectionem hoc fecit, non fuisset ratio quare absque corporibus crearentur. Si vero in earum poenam hoc factum est, ut corporibus quasi quibusdam carceribus intruderentur, sicut Origenes dixit, propter peccata commissa, sequeretur quod institutio naturarum ex spiritualibus et corporalibus substantiis compositarum, esset per accidens, et non ex prima Dei intentione : quod est contra id quod legitur Genes. I, 31 : vidit Deus cuncta quae fecerat, et erant valde bona : ubi manifeste ostenditur bonitatem Dei et non malitiam cuiuscumque creaturae fuisse causam bonorum operum condendorum.

De la m�me mani�re, on ne peut pas dire quÕelles ont ŽtŽ liŽes au corps par Dieu, sÕil les a crŽŽes dÕabord sans corps. Car si on disait quÕil l'a fait pour leur perfection, cela n'aurait pas ŽtŽ la raison pour laquelle elles auraient ŽtŽ crŽŽes sans corps. Mais si les introduire dans des corps comme dans des prisons, a ŽtŽ fait pour leur ch‰timent, comme Orig�ne[414] l'a dit, ˆ cause des pŽchŽs quÕelles ont commis, il en dŽcoulerait que la constitution des natures composŽes ˆ partir des substances spirituelles et corporelles existerait par accident et non de la premi�re intention de Dieu, ce qui est contre ce quÕon lit en Gen�se 1, 31 : ÇDieu vit tout ce quÕil avait fait et cÕŽtait tr�s bonÈ, o� on montre manifestement la bontŽ de Dieu et que ce n'est pas la malice de quelque crŽature qui a ŽtŽ cause de la crŽation des Ïuvres bonnes[415].

 

Solutions :

q. 3 a. 10 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Augustinus in Lib. super Gen. ad Litt., et praecipue inquirendo de origine animae, loquitur magis investigando quam asserendo, sicut ipsemet dicit.

# 1. Augustin dans La Gen�se au sens littŽral, surtout en enqu�tant sur lÕorigine de lÕ‰me, est en recherche plus quÕil nÕaffirme, comme il le dit lui-m�me[416].

q. 3 a. 10 ad 2 Ad secundum dicendum, quod universum in sui principio fuit perfectum quantum ad species, et non quantum ad omnia individua ; vel quantum ad causas rerum naturalium, ex quibus possunt postmodum alia propagari, non quantum ad omnes effectus. Animae vero rationales quamvis non fiant a causis naturalibus ; tamen corpora, quibus divinitus infunduntur sicut sibi connaturalibus, per operationem naturae fiunt.

# 2. L'univers en son commencement a ŽtŽ parfait pour les esp�ces, et non pour tous les individus, ou encore pour les causes des �tres naturels d'o� les autres peuvent par la suite se propager, non pour tous les effets. Mais quoique les ‰mes rationnelles ne soient pas faites par des causes naturelles, cependant les corps, dans lesquels elles sont insŽrŽes par lÕaction de Dieu comme dans ce qui leur est connaturel, sont faits par lÕopŽration de la nature.

q. 3 a. 10 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in ludo non quaeritur aliquid propter ludum. Sed ex motu quo Deus creaturas corporales movet, quaeritur aliquid propter ipsum motum, scilicet completus numerus electorum, quo habito motus cessabit ; licet non substantia mundi.

# 3. Dans le jeu thމtral, on ne cherche pas quelque chose ˆ cause du jeu. Mais du mouvement par lequel Dieu meut[417] les crŽatures corporelles, on cherche quelque chose ˆ propos de ce mouvement m�me, ˆ savoir le nombre complet des Žlus par lequel, quand il sera atteint, cessera ce mouvement, pas cependant la substance du monde.

q. 3 a. 10 ad 4 Ad quartum dicendum, quod multitudo animarum pertinet ad essentialem perfectionem universi ultimam, sed non primam, cum tota corporum mundi transmutatio ordinetur quodammodo ad animarum multiplicationem ; ad quam requiritur corporum multiplicatio, ut ostensum est, in corp.

# 4. La multitude des ‰mes appartient ˆ la perfection essentielle et ultime de lÕunivers mais non ˆ la premi�re perfection puisque le changement total du monde des corps est ordonnŽ dÕune certaine mani�re ˆ la multiplication des ‰mes ; comme on lÕa montrŽ dans le corps de lÕarticle[418].

q. 3 a. 10 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Platonici ponebant naturam animarum per se esse completam, et accidentaliter corporibus uniri : unde etiam ponebant transitum animarum de corpore ad corpus. Ad quod ponendum praecipue inducebantur per hoc quod ponebant humanas animas immortales, et generationem numquam deficere. Unde ad infinitatem animarum removendam, ponebant fieri quemdam circulum, ut animae prius exeuntes iterato unirentur. Et secundum hanc opinionem, quae erronea est, Macrobius loquitur : unde eius auctoritas in hac parte non est recipienda.

# 5. Les Platoniciens pensaient que la nature des ‰mes Žtait compl�te en soi, et unie accidentellement ˆ des corps. C'est pour cela, qu'ils pensaient aussi qu'il y avait passage des ‰mes de corps en corps. Pour lÕŽtablir ils Žtaient amenŽs principalement ˆ penser que les ‰mes humaines immortelles, et la gŽnŽration ne manquaient jamais. Aussi pour Žviter lÕinfinitŽ des ‰mes, ils pensaient quÕil y avait un cycle pour que les ‰mes sortantes s'unissent ˆ nouveau. Et Macrobe parle selon cette opinion, qui est erronŽe. C'est pourquoi on ne peut pas recevoir son autoritŽ sur ce sujet.

q. 3 a. 10 ad 6 Ad sextum dicendum, quod philosophus non dicit animam, efficientem esse causam corporis, sed causam unde est principium motus, in quantum est principium motus localis in corpore, et augmenti et aliorum huiusmodi, ut ipsemet exponit ibidem.

# 6. Le philosophe (L'‰me, II, 4, 415 b 10[419]) ne dit pas que lÕ‰me est cause efficiente du corps, mais une cause ˆ lÕorigine du principe du mouvement, dans la mesure o� elle est principe du mouvement local dans le corps, de la croissance etc., comme lui-m�me lÕexpose lˆ m�me.

q. 3 a. 10 ad 7 Ad septimum dicendum, quod in auctoritate illa intelligitur irascibilitas et concupiscibilitas inesse animae prius quam corpori uniretur, natura, non tempore : quia anima hoc non habet a corpore, sed potius corpus ab anima.

# 7. Dans cette autoritŽ, on comprend que lÕirascible et le concupiscible sont dans lÕ‰me avant quÕelle soit unie au corps, par nature et non dans le temps, parce que lÕ‰me ne les tient pas du corps, mais plut™t c'est le corps qui les tient par lÕ‰me.

q. 3 a. 10 ad 8 Ad octavum dicendum, quod anima mensuratur tempore secundum esse quo unitur corpori ; quamvis prout consideratur ut substantia quaedam spiritualis, mensuretur aevo. Non tamen oportet quod tunc inceperit aevo mensurari quando et Angeli.

# 8. LÕ‰me est mesurŽe par le temps selon lÕ�tre par lequel elle est unie au corps ; quoique, si elle est considŽrŽe comme substance spirituelle, elle soit mesurŽe par lÕ¾vum. Il ne faut pas cependant quÕelle ait commencŽ ˆ �tre mesurŽe par lÕ¾vum en m�me temps que les anges.

q. 3 a. 10 ad 9 Ad nonum dicendum, quod licet aevum non habeat prius et posterius quantum ad ea quae mensurat, nihil tamen prohibet quin unum altero prius aevo participet.

# 9. Bien que l'¾vum nÕait ni avant ni apr�s, pour ce qu'il mesure, rien cependant nÕemp�che que lÕun ne participe avant ˆ l'aevum avant un autre[420].

q. 3 a. 10 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet Angelus et anima conveniant in natura intellectuali, differunt tamen in hoc quod Angelus est quaedam natura in se completa, unde per se creari potuit ; anima vero, cum perfectionem suae naturae habeat in hoc quod corpori unitur, non debuit in caelo, sed in corpore cuius est perfectio, creari.

# 10. Bien que lÕange et lÕ‰me se rencontrent dans la nature intellectuelle, ils diff�rent cependant en ce que lÕange est une nature compl�te par soi ; c'est pourquoi il a pu �tre crŽŽ en soi ; mais comme lÕ‰me a la perfection de sa nature du fait quÕelle est unie ˆ un corps, elle nÕa pas dž �tre crŽŽe au ciel mais dans le corps dont elle est la perfection.

q. 3 a. 10 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod anima licet sit secundum se simplicior omni corpore, tamen est forma et perfectio corporis ex elementis compositi, cuius locus est circa medium, cum quo simul oportet eam hic creari.

# 11. Bien que lÕ‰me soit plus simple en soi que tout corps, cependant elle en est la forme et la perfection du corps composŽ dÕŽlŽments, dont le lieu est autour du milieu, avec lequel il faut quÕelle soit crŽŽe en m�me temps[421].

q. 3 a. 10 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod prima perfectio animae attenditur secundum esse suum naturale : quae quidem perfectio consistit in unione eius ad corpus ; et ideo a principio debuit in loco corporis creari. Ultima autem perfectio eius est in hoc quod communicat cum substantiis aliis intellectualibus ; et illa perfectio dabitur ei in caelo.

# 12. La premi�re perfection de lÕ‰me est atteinte selon son �tre naturel ; elle consiste dans son union au corps et cÕest pourquoi, au commencement, elle a dž �tre crŽŽe dans le lieu du corps. Mais sa perfection ultime est dans ce quÕelle communique avec les autres substances intellectuelles, et cette perfection lui sera donnŽe au ciel.

q. 3 a. 10 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod animae quae modo creantur, licet sint novae creaturae secundum numerum, tamen sunt antiquae secundum speciem suam : praecesserunt enim in operibus sex dierum in suo simili secundum speciem, id est in animabus primorum parentum.

# 13. Bien que les ‰mes qui sont crŽŽes ˆ un moment, soient de nouvelles crŽatures en nombre, elles sont cependant anciennes par leur esp�ce ; car elles ont existŽ prŽcŽdemment dans les Ïuvres des six jours dans quelque chose de semblable en esp�ce, cÕest-ˆ-dire dans les ‰mes des premiers parents[422].

q. 3 a. 10 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod opus creationis quo naturae principia instituuntur, oportet praecedere opus propagationis. Non autem tale opus est animarum creatio.

# 14. Il faut que lÕÏuvre de la crŽation par laquelle les principes de nature sont instituŽs, prŽc�de lÕÏuvre de propagation. Mais une telle Ïuvre nÕest pas la crŽation des ‰mes.

q. 3 a. 10 ad 15 Ad decimumquintum dicendum est, quod ad iustitiam pertinet reddere debitum ; unde contra iustitiam fit, si inaequalia aequalibus dantur, quando debita redduntur, non autem quando gratis aliqua dantur : quod convenit in creatione animarum. Vel potest dici, quod ista diversitas non procedit ex diverso merito animarum, sed ex diversa dispositione corporum ; unde et Plato dicebat, quod formae infunduntur a Deo secundum merita materiae.

# 15. Il convient ˆ la justice de rendre ce qui est dž ; c'est pourquoi, cÕest contre la justice, si des dons inŽgaux sont donnŽs ˆ des �tres Žgaux, quand quand on rend ce qui est dž, mais non quand c'est donnŽ gratuitement ; cÕest ce qui se passe pour la crŽation des ‰mes. Ou bien on peut dire que cette diversitŽ ne proc�de pas du mŽrite diffŽrent des ‰mes, mais de la disposition diffŽrente des corps. C'est pourquoi Platon disait (Les lois, X) que les formes sont incluses par Dieu selon les mŽrites de la mati�re.

q. 3 a. 10 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod licet anima dependeat a corpore quantum ad sui principium, ut in perfectione, suae naturae incipiat, tamen quantum ad sui finem non dependet a corpore, quia acquiritur sibi esse in corpore ut rei subsistenti : unde destructo corpore, nihilominus manet in suo esse, licet non in completione suae naturae, quam habet in unione ad corpus.

# 16. Bien que lÕ‰me dŽpende du corps en son principe, pour commencer dans la perfection de sa nature, cependant quant ˆ sa fin, elle n'en dŽpend pas, parce que l'�tre lui est acquis dans le corps, en tant qu'�tre subsistant ; c'est pourquoi, une fois le corps dŽtruit, elle demeure nŽanmoins en son �tre, bien que ce ne soit pas dans l'ach�vement de la nature qu'elle poss�de, quand elle est unie au corps.

q. 3 a. 10 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod natura corporis non aggravat animam, sed eius corruptio, ut ex ipsa auctoritate ostenditur.

# 17. Ce n'est pas la nature du corps qui appesantit lÕ‰me, mais sa corruption, comme on le montre ˆ partir de cette autoritŽ (Sg. 15)

 

 

 

Article 11 Ñ LÕ‰me sensitive et l'‰me vŽgŽtative existent-elles par crŽation ou par transmission de la semence ?

q. 3 a. 11 tit. 1 Undecimo quaeritur utrum anima sensibilis et vegetabilis sint per creationem, vel traducantur ex semine. Et videtur quod sic, hac ratione.

Il semble que c'est par crŽation pour la raison suivante[423].

 

Objections :

q. 3 a. 11Arg. 1 Eorum enim quae sunt eiusdem rationis, est idem modus prodeundi in esse. Sed anima sensibilis et vegetabilis in homine sunt et in brutis et in plantis eiusdem speciei vel rationis. In homine autem sunt per creationem, cum sint eiusdem substantiae cum anima rationali, quae est per creationem, ut ostensum est. Ergo etiam in brutis et in plantis vegetabilis et sensibilis sunt per creationem.

1. Car ce qui est de m�me nature, vient ˆ l'�tre de la m�me mani�re[424]. Mais lÕ‰me sensitive et l'‰me vŽgŽtative sont de m�me esp�ce ou de m�me nature, dans lÕhomme, les animaux et les plantes. Dans lÕhomme, elles sont crŽŽes, puisquÕelles sont de la m�me substance que lÕ‰me rationnelle elle-m�me crŽŽe, comme on lÕa montrŽ (art. 9). Donc chez les animaux et les plantes aussi, lÕ‰me vŽgŽtative et lÕ‰me sensitive sont crŽŽes.

q. 3 a. 11Arg. 2 Sed dices, quod anima sensibilis et vegetabilis est in plantis et brutis ut forma et perfectio ; in hominibus autem ut dispositio.- Sed contra, quanto aliquid est nobilius, tanto nobiliori modo exit in esse. Sed nobilius est esse formam et perfectionem quam esse dispositionem. Si ergo anima sensibilis et vegetabilis in hominibus, in quibus sunt ut dispositiones, exeunt in esse per creationem, qui est nobilissimus modus prodeundi in esse cum nobilissimae creaturae hoc modo esse incipiant ; videtur quod multo magis in plantis et brutis sint productae per creationem.

2. Mais on pourrait dire que lÕ‰me sensitive et vŽgŽtative est dans les plantes et les animaux comme une forme et une perfection ; et dans les hommes comme une disposition[425]. Ñ En sens contraire, plus un �tre est noble, plus noble est sa mani�re de venir ˆ lÕ�tre. Mais il est plus noble dÕ�tre une forme et une perfection quÕune disposition. Si donc lÕ‰me sensitive et lÕ‰me vŽgŽtative dans les hommes, dans lesquels elles sont comme des dispositions, viennent ˆ lÕ�tre par crŽation, ce qui est le plus noble moyen de venir ˆ lÕ�tre, puisque les plus nobles crŽatures commencent ˆ exister de cette mani�re, il semble qu'elles aient ŽtŽ produites beaucoup plus par crŽation dans les plantes et les animaux.

q. 3 a. 11Arg. 3 Praeterea, dicit philosophus : quod vere est, id est substantia, nulli est accidens. Si ergo anima sensibilis et vegetabilis sunt in brutis et in plantis ut formae substantiales, non possunt esse in homine ut dispositiones accidentales.

3. Le philosophe dit (Physique, I, 7, 190 a 35[426]) : ÇCe qui est vraiment, cÕest-ˆ-dire la substance, nÕest accident pour rienÈ. Si donc lÕ‰me sensitive et lÕ‰me vŽgŽtative sont dans les animaux et dans les plantes comme des formes substantielles, elles ne peuvent pas �tre dans lÕhomme comme des dispositions accidentelles.

q. 3 a. 11Arg. 4 Praeterea, ex virtute generantis producitur aliquid in esse in rebus viventibus per virtutem quae est in semine. Sed in semine non est anima sensibilis vel vegetabilis in actu. Cum ergo nihil agat nisi secundum quod est in actu, videtur quod ex virtute seminis non possit produci anima sensibilis vel vegetabilis ; et ita nec per generationem, sed per creationem.

4. A partir du pouvoir du gŽniteur, quelque chose vient ˆ l'�tre chez les vivants par le pouvoir de la semence. Mais, en elle, il nÕy a pas dÕ‰me sensitive ni vŽgŽtative en acte. Donc, puisque rien nÕagit que dans la mesure o� il est en acte, il semble que lÕ‰me sensitive ou l'‰me vŽgŽtative ne peuvent �tre produites par le pouvoir de la semence et ainsi par gŽnŽration non plus mais par crŽation.

q. 3 a. 11Arg. 5 Sed dices, quod virtus quae est in semine, licet non sit anima sensibilis actu agit tamen in virtute animae sensibilis, quae erat in patre, a quo semen deciditur.- Sed contra, quod agit in virtute alterius, agit ut instrumentum illius. Instrumentum autem non movet nisi motum ; movens autem et motum oportet esse simul, ut probatur VII Phys. Cum ergo virtus quae est in semine, non sit coniuncta animae sensibili generantis, videtur quod non possit agere ut instrumentum eius, nec in virtute illius.

5. Mais on pourrait dire que le pouvoir qui est dans la semence, encore que celui-ci ne soit pas lÕ‰me sensitive en acte, agit cependant dans le pouvoir de l'‰me sensitive, qui Žtait dans le p�re, de qui la semence a ŽtŽ sŽparŽe. Ñ En sens contraire, ce qui agit dans le pouvoir dÕun autre s'en sert comme de son instrument ; or celui-ci ne met en mouvement que mž, mais il faut que le moteur, et ce qui est mž soient ensemble, comme on le prouve (Physique VIII, 10, 266 b 27 Ð 267 b 17). Donc comme le pouvoir qui est dans la semence nÕa pas ŽtŽ joint ˆ lÕ‰me sensitive du gŽniteur, il semble quÕil ne peut pas agir comme son instrument, ni dans le pouvoir de celle-ci.

q. 3 a. 11Arg. 6 Praeterea, instrumentum se habet ad principale agens sicut virtus mota et imperata ad virtutem motivam et imperantem, quae est vis appetitiva et motiva. Sed virtus mota imperata non movet, si separetur a motiva imperante, ut patet in partibus animalis decisis. Ergo nec virtus quae est in semine deciso potest operari in virtute generantis.

6. LÕinstrument se comporte vis-ˆ-vis de lÕagent principal comme un pouvoir mž et commandŽ en vue d'un pouvoir qui meut et commande, qui est une force appŽtitive et motrice. Mais un pouvoir mž et commandŽ ne meut pas, s'il est sŽparŽ de ce qui met en mouvement et commande, comme cela para”t dans les organes sŽparŽs d'un animal. Donc le pouvoir qui est dans la semence sŽparŽe ne peut opŽrer dans le pouvoir du gŽniteur.

q. 3 a. 11Arg. 7 Praeterea, quando effectus deficit a perfectione causae, non potest se extendere in propriam causae actionem ; diversitati enim naturarum attestatur diversitas actionum. Sed virtus quae est in semine, etsi sit effectus animae sensibilis generantis, tamen constat quod deficit a perfectione ipsius. Ergo non potest in actionem quae proprie competeret animae sensibili, scilicet producere animam sibi similem in specie.

7. Quand lÕeffet est dŽfaillant par rapport ˆ la perfection de la cause, il ne peut sÕŽtendre ˆ la propre action de sa cause. Car la diversitŽ des actions atteste la diversitŽ des natures. Mais cependant il est clair que le pouvoir, qui est dans la semence, m�me si cÕest lÕeffet de lÕ‰me sensitive du gŽniteur, est dŽfaillant par rapport ˆ sa perfection m�me. Donc il ne peut pas, dans lÕaction qui appartient proprement ˆ lÕ‰me sensitive, produire une ‰me qui lui ressemble en esp�ce.

q. 3 a. 11Arg. 8 Praeterea, ad corruptionem subiecti sequitur corruptio formae et virtutis. Sed sperma in processu generationis corrumpitur, et aliam formam recipit, ut Avicenna dicit. Ergo virtus illa corrumpitur quae erat in semine ; non ergo per eam potest produci anima sensibilis in esse.

8. A la corruption du sujet succ�de celle de la forme et de la puissance. Mais le sperme est corrompu dans le processus de la gŽnŽration et il re�oit une autre forme, comme Avicenne le dit. Donc ce pouvoir qui Žtait dans la semence est corrompu ; donc ce nÕest pas par lui que lÕ‰me sensitive peut venir ˆ lÕ�tre.

q. 3 a. 11Arg. 9 Praeterea, natura inferior non agit nisi mediante calore et aliis qualitatibus activis et passivis. Sed calor non potest producere animam sensibilem in esse : quia nihil agit ultra suam speciem ; nec potest esse factum nobilius faciente. Ergo anima sensibilis vel vegetabilis non potest educi in esse per aliquod agens naturale ; et ita est a creatione.

9. La nature infŽrieure nÕagit que par lÕintermŽdiaire de la chaleur et dÕautres qualitŽs actives et passives. Mais la chaleur ne peut amener lÕ‰me sensitive ˆ lÕ�tre, parce que rien nÕagit au-delˆ de son esp�ce. Et rien de ce qui est fait n'est plus noble que ce qui le fait. Donc lÕ‰me sensitive ou vŽgŽtative ne peut pas �tre amenŽe ˆ lÕ�tre par un agent naturel et ainsi elle lÕest par crŽation.

q. 3 a. 11Arg. 10 Praeterea, agens materiale non agit influendo, sed materiam transmutando. Sed per transmutationem materiae non pervenitur nisi ad formam accidentalem. Ergo per agens naturale non potest produci anima sensibilis et vegetabilis, quae sunt formae substantiales.

10. LÕagent matŽriel nÕagit pas en exer�ant une influence sur la mati�re. Mais en la transformant, on ne parvient quÕˆ une forme accidentelle. Donc lÕ‰me sensitive et l'‰me vŽgŽtative, qui sont des formes substantielles, ne peuvent pas �tre produites par un agent naturel.

q. 3 a. 11Arg. 11 Praeterea, anima sensibilis vel vegetabilis habent quamdam quidditatem, quae quidditas est ab alio facta. Haec autem quidditas non erat ante generationem, nisi quia materia poterat eam habere. Ergo oportet quod producatur ab aliquo agente quod operetur non ex materia ; et huiusmodi est solus Deus creans.

11. LÕ‰me sensitive ou l'‰me vŽgŽtative ont une quidditŽ, produite par un autre. Mais elle nÕexistait avant la gŽnŽration que parce que la mati�re pouvait lÕavoir. Donc il faut quÕelle soit produite par un agent qui nÕop�re pas ˆ partir de la mati�re, et de tel, il nÕy a que le Dieu crŽateur.

q. 3 a. 11Arg. 12 Praeterea, animalia generata ex semine sunt nobiliora animalibus ex putrefactione generatis, utpote perfectiora, et sibi similium generativa. Sed in animalibus ex putrefactione generatis animae sunt a creatione : non enim est dare aliquod agens simile in specie a quo in esse producantur. Ergo videtur multo fortius quod animae animalium ex semine generatorum sint a creatione.

12. Les animaux engendrŽs par semence sont plus nobles que les animaux engendrŽs de la putrŽfaction, ils sont plus parfaits, et peuvent engendrer des �tres semblables ˆ eux. Mais dans les animaux engendrŽs de la putrŽfaction, les ‰mes viennent par crŽation. Car ce n'est pas par un agent semblable d'une esp�ce semblable qu'ils sont amenŽs ˆ l'�tre. Donc il semble bien plus que les ‰mes des animaux qui engendrent par la semence soient crŽŽs.

q. 3 a. 11Arg. 13 Sed dices, quod per virtutem caelestis corporis producitur anima sensibilis in animalibus ex putrefactione generatis, sicut et in aliis per virtutem formativam in semine.- Sed contra, sicut dicit Augustinus, substantia vivens praeeminet cuilibet substantiae non viventi. Sed corpus caeleste non est substantia vivens, cum sit inanimatum. Ergo eius virtute produci non potest anima sensibilis, quae est principium vitae.

13. Mais on pourrait dire que par le pouvoir du corps cŽleste, l'‰me sensitive est produite dans les animaux issus de la putrŽfaction, comme pour les autres par le pouvoir formateur qui est dans la semence. Ñ En sens contraire, comme le dit Augustin (La vraie religion, 55), la substance vivante est au-dessus de nÕimporte quelle substance non vivante. Mais le corps cŽleste nÕest pas une substance vivante, puisquÕil est inanimŽ. Donc lÕ‰me sensitive, qui est principe de vie ne peut �tre produite par son pouvoir.

q. 3 a. 11Arg. 14 Sed dices, quod corpus caeleste potest esse causa animae sensibilis, prout agit in virtute intellectualis substantiae quae ipsum movet. Sed contra, quod recipitur in alio, est in eo per modum recipientis, et non per modum sui. Si ergo virtus intellectualis substantiae recipitur in corpore caelesti non vivente, non erit ibi ut virtus vitalis quae possit esse principium vitae.

14. Mais on pourrait dire que le corps cŽleste peut �tre la cause de lÕ‰me sensitive, en tant quÕil agit dans le pouvoir de la substance intellectuelle, qui le meut. Ñ En sens contraire, ce qui est re�u dans un autre est en lui par le mode de celui qui re�oit, et non par son mode propre. Donc si le pouvoir de la substance intellectuelle est re�u dans un corps cŽleste non vivant, il nÕy sera pas lˆ comme un pouvoir vital qui puisse �tre principe de vie.

q. 3 a. 11Arg. 15 Praeterea, substantia intellectualis non solum vivit, sed etiam intelligit. Si ergo per eius virtute corpus caeleste ab ea motum potest conferre vitam, pari ratione conferre poterit intellectum ; et ita anima rationalis erit a generante ; quod est falsum.

15. La substance intellectuelle non seulement vit, mais aussi pense (intelligit). Donc si par son pouvoir, le corps cŽleste, mž par elle, peut confŽrer la vie, ˆ raison Žgale, il pourra confŽrer lÕintellect. Et ainsi lÕ‰me rationnelle viendra de celui qui engendre, ce qui est faux.

q. 3 a. 11Arg. 16 Praeterea, si anima sensibilis est ab aliquo agente naturali, et non per creationem, aut ergo producetur a corpore, aut ab anima. Sed non a corpore, quia sic corpus ageret ultra suam speciem : nec iterum ab anima : quia vel oporteret totam animam patris in filium transfundi, et sic pater absque anima remaneret ; vel quoad partem eius, et sic in patre non remaneret tota anima : quorum utrumque est falsum. Ergo anima sensibilis non est a generante, sed a creante.

16. Si lÕ‰me sensitive vient dÕun agent naturel, et non par crŽation, elle est donc produite par le corps ou par lÕ‰me. Mais pas par le corps, parce que, ainsi, un corps agirait au-delˆ de son esp�ce ; ni ˆ nouveau par lÕ‰me, parce que, ou bien, il faudrait que toute lÕ‰me du p�re soit transfusŽe dans le Fils, et ainsi le p�re demeurerait sans ‰me, ou avec une partie seulement, et ainsi dans le p�re, l'‰me ne resterait pas enti�re ; les deux solutions sont fausses. Donc lÕ‰me sensitive ne vient pas de celui qui engendre mais du crŽateur.

q. 3 a. 11Arg. 17 Praeterea, Commentator dicit, quod nulla virtus cognoscitiva est ab actione elementorum commixtorum. Sed anima sensibilis est virtus cognoscitiva. Ergo non est ab actione elementorum ; et ita nec per actionem naturae, cum nulla actio naturae in istis inferioribus sit absque actione elementorum.

17. Le Commentateur dit (L'‰me, III) quÕaucun pouvoir connaissant vient de lÕaction des ŽlŽments mixtes. Mais lÕ‰me sensitive est un pouvoir qui a la facultŽ de conna”tre. Donc elle ne dŽpend pas de lÕaction des ŽlŽments, de l'action de la nature non plus, puisque aucune de ces actions nÕest dans ces choses infŽrieures sans lÕaction des ŽlŽments.

q. 3 a. 11Arg. 18 Praeterea, nulla forma potest esse movens, quae non est subsistens ; unde formae elementorum, secundum philosophum, non sunt moventes ; sed generans et removens prohibens. Sed anima sensibilis est movens, cum omne animal a sua anima moveatur. Ergo anima sensibilis non est forma tantum, sed est substantia per se existens. Constat etiam quod non est ex materia et forma composita. Omnis autem talis substantia educitur in esse per creationem, et non aliter. Ergo anima sensibilis educitur in esse per creationem.

18. Aucune forme, qui nÕest pas subsistante, ne peut �tre moteur ; c'est pourquoi les formes des ŽlŽments, selon le philosophe (Physique VIII, 4, 254 b35, 255 a 12) ne sont pas moteurs, mais cÕest ce qui engendre et prive en emp�chant. Mais lÕ‰me sensitive est motrice, puisque tout animal est mž par son ‰me. Donc lÕ‰me sensitive nÕest pas une forme seulement, mais une substance existant par soi. Il est clair aussi qu'elle nÕest pas composŽe de mati�re et de forme. Mais toute substance de ce genre vient ˆ lÕ�tre par crŽation, et non autrement. Donc lÕ‰me sensitive vient ˆ lÕ�tre par crŽation.

q. 3 a. 11Arg. 19 Sed dices, quod anima sensibilis non movet per se corpus, sed ipsum corpus animatum movet se ipsum.- Contra, philosophus probat, quod in quolibet movente seipsum oportet unam partem esse quae sit movens tantum, et alteram quae sit mota. Sed corpus non potest esse movens tantum, quia nullum corpus movet nisi motum. Ergo oportet quod anima sit movens tantum ; et ita sensibilis anima habet operationem in qua non communicat sibi corpus : et sic anima sensibilis erit substantia subsistens.

19. Mais on pourrait dire que lÕ‰me sensitive ne meut pas le corps par soi, mais que le corps animŽ se meut lui-m�me. Ñ En sens contraire, le philosophe prouve (Physique VIII, 257 b 2 ss.) que dans nÕimporte quel �tre qui se meut lui-m�me, il faut quÕune partie de lÕ�tre soit moteur, et une autre mue. Mais le corps ne peut pas �tre moteur seulement, parce quÕaucun corps ne meut que mž. Donc il faut que lÕ‰me soit moteur seulement et ainsi lÕ‰me sensitive a une opŽration, o� le corps ne communique pas avec elle et ainsi elle sera une substance subsistante.

q. 3 a. 11Arg. 20 Sed dices, quod anima sensibilis movet secundum imperium appetitivae virtutis, cuius actus communiter est animae et corporis. Sed contra, in animali non solum movet vis quae imperat motum, sed etiam est ibi vis exequens motum ; cuius operatio non poterit esse animae et corpori communis, rationibus praedictis ; et sic oportet quod anima sensibilis aliquam operationem per se habeat. Ergo est substantia per se subsistens ; et ita per creationem educitur in esse, et non per generationem naturalem.

20. Mais on pourrait dire que l'‰me sensitive meut selon l'ordre du pouvoir de l'appŽtit, dont lÕacte est commun au corps et ˆ l'‰me. ÑMais en sens contraire, dans lÕanimal, non seulement il y a la force qui commande le mouvement et meut, mais encore il y a lˆ une force qui suit le mouvement dont lÕopŽration ne pourra pas �tre commune ˆ lÕ‰me et au corps, pour les raisons dŽjˆ donnŽes. Et ainsi il faut que lÕ‰me sensitive ait par soi une opŽration. Donc elle est substance subsistante par soi, et ainsi elle est amenŽe ˆ lÕ�tre par crŽation, et non par la gŽnŽration naturelle.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 11 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Genes. I, vers. 20 : producant aquae reptile animae viventis ; et ita videtur quod animae sensibiles reptilium et aliorum animalium sint ex actione corporalium elementorum.

1. Il y a ce qui est dit en Gn. 1, 20 : ÇQue les eaux produisent le reptile ˆ lÕ‰me vivanteÈ, et ainsi il semble que les ‰mes sensitives des reptiles et des autres animaux viennent de lÕaction des corps ŽlŽmentaires.

q. 3 a. 11 s. c. 2 Praeterea, sicut se habet corpus patris ad eius animam, ita et corpus filii ad eius animam. Ergo commutatim, sicut se habet corpus filii ad corpus patris, ita et anima filii ad animam patris. Sed corpus filii traducitur a corpore patris. Ergo anima filii traducitur ab anima patris.

2. De la m�me mani�re que se comporte le corps du p�re vis-ˆ-vis de son ‰me, le corps du fils se comporte vis-ˆ-vis de la sienne. Donc inversement, de m�me que le corps du fils se comporte par rapport ˆ celui du p�re, lÕ‰me du fils se comporte par rapport ˆ celle du p�re. Mais le corps du fils est transmis par le corps du p�re. Donc lÕ‰me du fils est transmise par lÕ‰me du p�re.

 

RŽponse :

q. 3 a. 11 co. Respondeo. Dicendum quod circa productionem formarum substantialium, philosophorum opiniones diversificantur. Nam quidam dixerunt, quod agens naturale solummodo disponit materiam ; forma autem, quae est ultima perfectio, provenit a principiis supernaturalibus.

A propos de la production des formes substantielles, les opinions des philosophes ont divergŽ[427]. Car certains ont dit que lÕagent naturel dispose seulement la mati�re, mais la forme, qui est lÕultime perfection, provient des principes surnaturels.

Quae quidem opinio ex duobus praecipue ostenditur esse falsa : primo quidem ex hoc quod, cum esse formarum naturalium et corporalium non consistat nisi in unione ad materiam ; eiusdem agentis esse videtur eas producere cuius est materiam transmutare.

On montre que cette opinion est fausse principalement pour deux raisons : 1) Du fait que lÕ�tre des formes naturelles et corporelles ne consiste quÕen une union ˆ la mati�re, il semble que cÕest le fait d'un m�me agent de les produire, dont le r™le est de transformer la mati�re.

Secundo, quia cum huiusmodi formae non excedant virtutem et ordinem et facultatem principiorum agentium in natura, nulla videtur necessitas, eorum originem in principia reducere altiora ; unde philosophus dicit, quod caro et os generantur a forma quae est in his carnibus et in his ossibus : secundum cuius sententiam non solum agens naturale disponit materiam, sed educit formam in actum, e converso primae opinioni.

2) Parce que de telles formes nÕexc�dent pas le pouvoir, lÕordre et la facultŽ des principes agents dans la nature, on ne voit aucune nŽcessitŽ de ramener leur origine ˆ des principes plus ŽlevŽs. CÕest pour cela que le philosophe dit (MŽtaphysique VII, 1034 a 5[428], Physique, II, 1, 193 a 2) que la chair et lÕos sont engendrŽs par une forme qui est en ces chairs et en ces os ; selon cette opinion, non seulement lÕagent naturel dispose la mati�re mais am�ne la forme ˆ lÕacte, contrairement ˆ la premi�re opinion.

Ab hac autem generalitate formarum oportet excludere animam rationalem. Ipsa enim est substantia per se subsistens ; unde esse suum non consistit tantum in hoc quod est materiae uniri ; alias separari non posset : quod falsum esse etiam eius operatio ostendit, quae est animae secundum se ipsam absque corporis communione. Nec potest aliter operari quam sit. Quod enim per se non est, per se non operatur. Et iterum intellectualis natura totum ordinem et facultatem excedit materialium et corporalium principiorum ; cum intellectus intelligendo omnem corporalem naturam transcendere possit : quod non esset, si eius natura infra limites corporalis naturae contineretur.

De cet ensemble des formes, il faut exclure lÕ‰me rationnelle. Car elle est elle-m�me une substance subsistante par soi. C'est pourquoi son �tre ne consiste pas seulement en ce quÕil doit �tre unie ˆ la mati�re, autrement elle ne pourrait pas sÕen sŽparer : son opŽration montre que c'est faux, elle vient de lÕ‰me m�me en soi sans la participation du corps. Et elle ne peut agir autrement quÕelle est. Car ce qui nÕest pas par soi, nÕop�re pas par soi. Et ˆ nouveau la nature intellectuelle exc�de tout lÕordre et toute la facultŽ des principes matŽriels et corporels ; puisque lÕintellect en son intellection (intelligendo) peut transcender toute nature corporelle, ce qui ne serait pas possible si sa nature Žtait contenue dans les limites de la nature corporelle.

Neutrum autem horum de anima sensibili vel vegetabili dici potest. Esse autem huiusmodi animarum non potest consistere nisi in unione ad corpus : quod eorum operationes ostendunt ; quae sine organo corporali esse non possunt : unde nec esse earum est eis absolute sine dependentia ad corpus. Propter quod nec a corpore separari possunt, nec iterum in esse produci, nisi quatenus producatur corpus in esse. Unde sicut producitur corpus per actum naturae generantis, ita et animae praedictae. Ponere autem eas seorsum per creationem fieri, videtur redire in opinionem eorum qui ponebant huiusmodi animas post corpora remanere, cum utrumque simul in Lib. de Eccl. dogmatibus condemnetur.

Mais on ne peut utiliser ni l'un ni l'autre argument pour lÕ‰me sensitive ou l'‰me vŽgŽtative. LÕ�tre des ‰mes de ce genre ne peut consister que dans lÕunion au corps ; ce que leurs opŽrations montrent : elle ne peuvent exister sans organe corporel ; c'est pourquoi leur �tre nÕest absolument pas pour elles sans dŽpendance au corps. A cause de cela, elles ne peuvent �tre sŽparŽes du corps, ni ˆ nouveau amenŽes ˆ lÕ�tre, que dans la mesure o� le corps y est amenŽ. C'est pourquoi, de m�me que le corps est produit par lÕaction de la nature qui engendre, les ‰mes susdites aussi. Mais penser qu'elles soient faites sŽparŽment par crŽation semble ramener ˆ lÕopinion de ceux qui pensaient que les ‰mes de ce genre demeuraient apr�s le corps ; alors que les deux opinions sont condamnŽes ensemble dans le livre des Dogmes ecclŽsiastiques.

Huiusmodi etiam animae ordinem principiorum naturalium non excedunt. Et hoc patet earum operationes considerantibus. Nam secundum ordinem naturarum sunt etiam ordines actionum. Invenimus autem quasdam formas quae se ulterius non extendunt quam ad id quod per principia materialia fieri potest ; sicut formae elementares et mixtorum corporum, quae non agunt ultra actionem calidi et frigidi ; unde sunt penitus materiae immersae.

De telles ‰mes ne dŽpassent pas l'ordre des principes naturels. Et cela est visible pour ceux qui consid�rent leurs opŽrations. Car l'ordre des actions dŽpend de l'ordre des natures. Nous trouvons certaines formes qui ne s'Žtendent pas plus loin que ce qui peut �tre fait par les principes matŽriels ; ainsi les formes ŽlŽmentaires et celles des corps mixtes qui n'agissent pas au-delˆ de l'action du chaud et du froid. C'est pourquoi elles sont tout ˆ fait immergŽes dans la mati�re.

Anima vero vegetabilis, licet non agat nisi mediantibus qualitatibus praedictis, attingit tamen operatio eius ad aliquid in quod qualitates praedictae se non extendunt, videlicet ad producendum carnem et os, et ad praefigendum terminum augmento, et ad huiusmodi ; unde et adhuc retinetur infra ordinem materialium principiorum, licet non quantum formae praemissae.

Mais bien que lÕ‰me vŽgŽtative nÕagisse que par lÕintermŽdiaire de ces qualitŽs, cependant son opŽration va jusqu'o� elles ne sÕŽtendent pas, ˆ savoir produire la chair et lÕos et fixer un terme ˆ la croissance, etc. ; c'est pourquoi elle est encore retenue sous lÕordre des principes matŽriels, bien que pas autant sur les formes annoncŽes.

Anima vero sensibilis non agit per virtutem calidi et frigidi de necessitate, ut patet in actione visus et imaginationis et huiusmodi ; quamvis ad huiusmodi operationes requiratur determinatum temperamentum calidi et frigidi ad constitutionem organorum, sine quibus actiones praedictae non fiunt ; unde non totaliter transcendit ordinem materialium principiorum, quamvis ad ea non tantum deprimatur, quantum formae praedictae.

Mais lÕ‰me sensitive nÕagit pas nŽcessairement par le pouvoir du chaud et du froid, comme cela para”t dans lÕaction de la vue, de lÕimagination, etc., quoique pour de telles opŽrations un caract�re dŽterminŽ de chaud et de froid soit requis pour la constitution des organes, sans lesquels les actions susdites ne se font pas ; c'est pourquoi elle ne transcende pas totalement lÕordre des principes matŽriels, bien qu'elle n'y soit pas enclavŽe autant que les formes susdites.

Anima vero rationalis etiam agit actionem ad quam virtus calidi et frigidi non se extendit ; nec eam exercet per virtutem calidi et frigidi, nec organo etiam corporali ; unde ipsa sola transcendit ordinem naturalium principiorum ; non autem anima sensibilis in brutis, vel vegetabilis in plantis.

Mais lÕ‰me rationnelle accomplit une action lˆ o� ne sÕŽtend pas le pouvoir du chaud et du froid, et elle ne l'exerce pas par ce pouvoir, ni par un organe matŽriel. C'est pour cela qu'elle seule transcende lÕordre des principes naturels, mais pas lÕ‰me sensitive dans les animaux, ni lÕ‰me vŽgŽtative dans les plantes.

 

Solutions :

q. 3 a. 11 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod licet anima sensibilis in hominibus et brutis sit eiusdem rationis secundum genus, non tamen est eiusdem rationis secundum speciem, sicut nec idem animal specie est homo et brutum ; unde et operationes animae sensibilis sunt multo nobiliores in homine quam in brutis, ut patet in tactu et in apprehensivis interioribus. Nec oportet eorum quae sunt in genere, si specie differant, esse unum modum procedendi in esse, ut patet per animalia generata ex semine et ex putrefactione ; quae in genere conveniunt, et specie differunt.

# 1. Bien que lÕ‰me sensitive soit de m�me nature en genre dans les hommes et les animaux, cependant elle ne l'est pas en esp�ce ; ainsi l'homme et la b�te ne sont pas un �tre animŽ identique en esp�ce ; c'est pourquoi les opŽrations de lÕ‰me sensitive sont beaucoup plus nobles chez lÕhomme que chez les b�tes, comme cela para”t dans le toucher et dans les perceptions intŽrieures. Et il ne faut pas, pour ceux qui sont dans un genre, sÕils diff�rent par lÕesp�ce, qu'il y ait un seul mode de parvenir ˆ lÕ�tre, comme cela para”t chez les animaux engendrŽs de la semence et de la putrŽfaction, qui sont dans un m�me genre et diff�rent en esp�ce.

q. 3 a. 11 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in homine non dicitur anima sensibilis ut dispositio, quasi sit aliud in substantia ab anima rationali, et sit dispositio ad ipsam ; sed quia non distinguitur sensibile a rationali in homine, nisi sicut potentia a potentia. Anima vero sensibilis in bruto distinguitur ab anima rationali hominis sicut una forma substantialis ab alia. Et tamen sicut potentia sensibilis in homine et vegetabilis fluunt ab essentia animae, ita et in brutis et in plantis. Sed in hoc differunt quia in plantis non fluunt ab essentia animae nisi potentiae vegetabiles, et ideo ab eis anima denominatur ; in brutis vero non solum vegetabiles, sed etiam sensibiles a quibus denominatur eorum anima ; in homine vero praeter has etiam intellectuales a quibus denominatur.

# 2. Dans lÕhomme on ne parle pas de lÕ‰me sensitive comme d'une disposition, comme si dans la substance elle Žtait autre que lÕ‰me rationnelle et disposition pour elle-m�me ; mais parce qu'on ne distingue le sensitif du rationnel dans lÕhomme, que comme une puissance dÕune autre puissance. Mais lÕ‰me sensitive dans lÕanimal est distincte de lÕ‰me rationnelle de lÕhomme comme une forme substantielle dÕune autre. Cependant la puissance sensitive et vŽgŽtative dans lÕhomme dŽcoule de lÕessence de lÕ‰me, dans les animaux et dans les plantes aussi. Mais elles diff�rent en ceci que dans les plantes, seules les puissances vŽgŽtatives dŽcoulent de lÕessence de lÕ‰me, c'est pourquoi on dŽfinit leur ‰me par elles ; dans les animaux non seulement les puissances vŽgŽtatives mais aussi sensitives par lesquelles leur ‰me est dŽfinie, dans l'homme en plus les puissances intellectuelles par lesquelles elle est dŽfinie.

q. 3 a. 11 ad 3 Ad tertium dicendum, quod substantia, a qua potentia sensibilis fluit, tam in brutis quam in hominibus est forma substantialis ; potentia vero utrobique est accidens.

# 3. La substance, d'o� dŽcoule la puissance sensitive, tant chez les animaux que chez les hommes, est une forme substantielle ; mais la puissance dans les uns et les autres est un accident.

q. 3 a. 11 ad 4 Ad quartum dicendum, quod anima sensibilis non est actu in semine secundum propriam speciem, sed sicut in virtute activa ; sicut domus in actu est in mente artificis ut in virtute activa : et sicut formae corporales sunt in virtutibus caelestibus.

# 4. LÕ‰me sensitive nÕest pas en acte dans le semence pour son esp�ce propre, mais comme dans une puissance active ; de la m�me mani�re la maison en acte est dans lÕesprit de lÕartisan comme dans une puissance active ; et de m�me les formes corporelles sont dans les puissances cŽlestes.

q. 3 a. 11 ad 5 Ad quintum dicendum, quod instrumentum intelligitur moveri a principali agente, quamdiu retinet virtutem a principali agente impressam ; unde sagitta tamdiu movetur a proiciente, quamdiu manet vis impulsus proicientis. Sicut etiam generatum tamdiu movetur a generante in gravibus et levibus quamdiu retinet formam sibi traditam a generante ; unde et semen tamdiu intelligitur moveri ab anima generantis quamdiu remanet ibi virtus impressa ab anima, licet corporaliter sit divisum. Oportet autem movens et motum esse simul quantum ad motus principium, non tamen quantum ad totum motum, ut apparet in proiectis.

# 5. On comprend que lÕinstrument est mis en mouvement par lÕagent principal aussi longtemps quÕil conserve ce pouvoir imprimŽ par cet agent ; c'est pourquoi la fl�che est mue par celui qui la lance tant que dure son impulsion. De m�me aussi, tant que lÕengendrŽ est mž par celui qui engendre dans le lourd et le lŽger, il conserve la forme qui lui a ŽtŽ donnŽe par lui ; c'est pourquoi, on comprend que la semence est mue par lÕ‰me de celui qui engendre, tant qu'en lui il y a le pouvoir imprimŽ par lÕ‰me, bien qu'il soit divisŽ corporellement. Mais il faut que le moteur et le mž soit ensemble au principe du mouvement, non cependant pour tout ce qui est mž, comme cela para”t dans ce quÕon projette.

q. 3 a. 11 ad 6 Ad sextum dicendum, quod vis appetitiva animae non habet imperium nisi super corpus unitum ; unde pars decisa non obedit animae appetitivae ad votum. Sed semen non movetur ab anima generantis per imperium, sed per cuiusdam virtutis transfusionem, quae in semine manet etiam postquam fuerit decisum.

# 6. La force appŽtitive de lÕ‰me nÕa de pouvoir que sur le corps qui lui est uni ; c'est pourquoi une partie coupŽe nÕobŽit pas au dŽsir de lÕ‰me appŽtitive. Mais la semence nÕest pas mue par lÕ‰me de celui qui engendre par pouvoir, mais par la transmission dÕun certain pouvoir qui demeure dans la semence m�me une fois sŽparŽe.

q. 3 a. 11 ad 7 Ad septimum dicendum, quod anima sensibilis et vegetabilis de potentia materiae educuntur, sicut et formae aliae materiales ad quarum productionem requiritur virtus materiam transmutans. Virtus autem quae est in semine licet deficiat ab aliis actionibus animae hanc tamen habet. Sicut enim per animam materia transmutatur, ut convertatur in totum in actione nutrimenti ; ita et per virtutem praedictam transmutatur materia, ut generetur conceptum ; unde nihil prohibet quin virtus praedicta operetur quantum ad hoc ad actionem animae sensibilis in virtute ipsius.

# 7. LÕ‰me sensitive et l'‰me vŽgŽtative sont tirŽes de la puissance de la mati�re, comme les autres formes matŽrielles pour la production desquelles est requis un pouvoir qui transforme la mati�re. Mais bien que le pouvoir qui est dans la semence soit dŽfaillant, par les autres actions de l'‰me il la poss�de cependant ; en effet, la mati�re est transformŽe par lÕ‰me, pour quÕelle soit convertie en tout par lÕaction de la nourriture, de m�me par le pouvoir susdit, la mati�re est transformŽe, pour engendrer ce qui est con�u ; c'est pourquoi rien nÕemp�che que ce pouvoir op�re, ˆ ce sujet, en son pouvoir pour lÕaction de lÕ‰me sensitive.

q. 3 a. 11 ad 8 Ad octavum dicendum, quod virtus praedicta radicatur in spiritu, qui in semine includitur, sicut in subiecto. Fere autem totum semen, ut dicit Avicenna, in spiritum convertitur. Unde licet corpulenta materia, ex qua conceptum formatur, multoties per generationem transmutetur, non tamen virtutis praedictae subiectum destruitur.

# 8. Ce pouvoir, prend racine dans l'esprit, qui se trouve inclus dans la semence, comme dans son sujet. Mais presque toute la semence, comme le dit Avicenne, est convertie en cet esprit. C'est pourquoi, bien que la mati�re corporelle, d'o� ce qui est con�u est formŽ, soit transformŽe de nombreuses fois par gŽnŽration, cependant le substrat de ce pouvoir nÕest pas dŽtruit.

q. 3 a. 11 ad 9 Ad nonum dicendum, quod sicut calor agit ut instrumentum formae substantialis ignis, ita nihil prohibet quin agat ut instrumentum animae sensibilis ad educendum animam sensibilem in actum, non quod propria virtute hoc possit.

# 9. La chaleur agit comme instrument de la forme substantielle du feu, de la m�me mani�re, rien nÕemp�che quÕelle agisse comme instrument de lÕ‰me sensitive pour lÕamener l'‰me ˆ l'acte, encore qu'elle ne le puisse pas par son propre pouvoir[429].

q. 3 a. 11 ad 10 Ad decimum dicendum, quod materia transmutatur non tantum transmutatione accidentali, sed etiam substantiali ; utraque enim forma in materiae potentia praeexistit ; unde agens naturale, quod materiam transmutat, non solum est causa formae accidentalis, sed etiam substantialis.

# 10. La mati�re subit un changement, non seulement accidentel, mais aussi substantiel ; car lÕune et lÕautre forme prŽexiste dans la puissance de la mati�re ; c'est pourquoi lÕagent naturel qui transforme la mati�re est non seulement la cause de la forme accidentelle, mais aussi de la forme substantielle.

q. 3 a. 11 ad 11 Ad decimumprimum dicendum, quod anima sensibilis cum non sit res subsistens, non est quidditas, sicut nec aliae formae materiales, sed est pars quidditatis, et esse suum est in concretione ad materiam ; unde nihil aliud est animam sensibilem produci, quam materiam de potentia in actum transmutari.

# 11. Comme lÕ‰me sensitive nÕest pas un �tre subsistant, elle nÕest pas une quidditŽ, les autres formes matŽrielles non plus, mais elle en est une partie ; et son �tre est dans son agrŽgation ˆ la mati�re. C'est pourquoi, produire l'‰me sensitive n'est rien d'autre que faire passer la mati�re de la puissance ˆ l'acte.

q. 3 a. 11 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod quanto aliquid est imperfectius, tanto ad eius constitutionem pauciora requiruntur. Unde cum animalia ex putrefactione generata, sint imperfectiora animalibus quae ex semine generantur, in animalibus ex putrefactione generatis sufficit sola virtus caelestis corporis quae etiam in semine operatur, licet non sufficiat sine virtute animae ad producendum animalia ex semine generata : virtus enim caelestis corporis in inferioribus corporibus relinquitur, in quantum ab eo transmutantur, sicut a primo alterante. Et propter hoc dicit philosophus, in libro de animalibus, quod omnia corpora inferiora sunt plena virtutibus animae. Caelum autem licet non sit simile in specie cum huiusmodi animalibus ex putrefactione generatis, est tamen similitudo quantum ad hoc quod effectus in causa activa virtualiter praeexistit.

# 12. Plus une chose est imparfaite, moins elle a de besoins pour sa constitution. C'est pourquoi, puisque les animaux engendrŽs de la putrŽfaction sont plus imparfaits que ceux nŽs dÕune semence, il suffit pour eux du seul pouvoir du corps cŽleste qui op�re aussi dans la semence, bien quÕil ne suffise pas sans le pouvoir de lÕ‰me pour produire les animaux engendrŽs par la semence. Car le pouvoir du corps cŽleste demeure dans les corps infŽrieurs, dans la mesure o� ils sont transformŽs par lui, comme par le premier qui apporte le changement. Et c'est pour cela que le philosophe dit, dans le Livre des Animaux, que tous les corps infŽrieurs sont emplis des pouvoirs de l'‰me. Mais bien que le ciel ne soit pas semblable en esp�ce avec de tels animaux engendrŽs de la putrŽfaction, il y a cependant ressemblance, parce que lÕeffet prŽexiste potentiellement dans la cause.

q. 3 a. 11 ad 13 Ad decimumtertium dicendum est, quod corpus caeleste etsi non sit vivum, agit tamen in virtute substantiae viventis a qua movetur, sive sit Angelus, sive sit Deus. Secundum philosophos tamen ponitur corpus caeleste animatum et vivum.

# 13. M�me si le corps cŽleste nÕest pas vivant, il agit cependant dans le pouvoir de la substance vivante par laquelle il est mž ; que ce soit un ange, ou Dieu. Les philosophes, cependant, pensent qu'un corps cŽleste est animŽ et vivant.

q. 3 a. 11 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod virtus substantiae virtualis moventis relinquitur in corpore caelesti et motu eius, non sicut forma habens esse completum in natura, sed per modum intentionis, sicut virtus artis est in instrumento artificis.

# 14. Le pouvoir de la substance, moteur virtuel, est laissŽ dans le corps cŽleste et son mouvement, non comme une forme ayant lÕ�tre complet en nature, mais par mode dÕintention comme le pouvoir de lÕart est dans lÕinstrument de lÕartisan.

q. 3 a. 11 ad 15 Ad decimumquintum dicendum est quod anima rationalis, ut dictum est, excedit totum ordinem corporalium principiorum ; unde nullum corpus potest agere etiam ut instrumentum ad eius productionem.

# 15. LÕ‰me rationnelle, comme on lÕa dit, dŽpasse tout lÕordre des principes corporels, c'est pourquoi aucun corps ne peut agir m�me comme instrument pour sa production.

q. 3 a. 11 ad 16 Ad decimumsextum dicendum est, quod anima sensibilis producitur in concepto non per actionem corporis nec per decisionem animae, sed per actionem virtutis formativae, quae est in semine ab anima generante, ut dictum est.

# 16. LÕ‰me sensitive est produite dans ce qui est con�u, non par lÕaction dÕun corps ni par sŽparation de lÕ‰me, mais par lÕaction du pouvoir formateur qui vient dans la semence par lÕ‰me qui engendre, comme on lÕa dit.

q. 3 a. 11 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod virtus cognoscitiva negatur esse ab actione elementorum, quasi elementorum virtutes ad eam causandam sufficiant sicut sufficiunt ad causandam duritiem et mollitiem. Non autem negatur quin instrumentaliter aliquo modo cooperari possit.

# 17. On nie que le pouvoir cognitif vienne de lÕaction des ŽlŽments, comme si les pouvoir des ŽlŽments suffisaient ˆ les causer, comme ils suffisent ˆ causer la duretŽ ou la tendretŽ. Mais on ne nie pas quÕils puissent coopŽrer de quelque mani�re en tant quÕinstrument.

q. 3 a. 11 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod anima sensibilis movet per appetitum. Actio vero appetitus sensibilis non est animae tantum, sed compositi ; unde talis vis habet determinatum organum. Unde non oportet ponere, quod anima sensibilis aliquam operationem habeat absque corporis communione.

18. LÕ‰me sensitive meut par lÕappŽtit. Mais lÕaction de lÕappŽtit sensible ne vient pas de lÕ‰me seulement, mais du composŽ ; c'est pourquoi un tel pouvoir a un organe dŽterminŽ. Aussi, il ne faut pas penser que lÕ‰me sensitive a quelque opŽration hors de son union au corps.

q. 3 a. 11 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod corpus potest movere quasi non motum specie illa motus qua movet, licet non possit movere nisi aliquo modo motum ; corpus enim caeli alterat non alteratum, sed localiter motum ; et similiter organum virtutis appetitivae movet localiter non motum sed aliquo modo alteratum localiter. Operatio enim appetitivae sensibilis sine corporali alteratione non contingit, sicut patet in ira et in huiusmodi passionibus.

# 19. Le corps peut mouvoir comme non mž, par cette esp�ce de mouvement par lequel il meut, bien quÕil ne puisse mouvoir qu'en Žtant mž en quelque mani�re. Car le corps du ciel change sans �tre changŽ, mais mž localement, et de la m�me mani�re lÕorgane du pouvoir de lÕappŽtit meut, localement non mž, mais changŽ localement dÕune certaine mani�re. Car lÕopŽration de lÕappŽtit sensible n'arrive pas sans changement du corps, comme cela para”t dans la col�re et les passions de ce genre.

q. 3 a. 11 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod vis motiva exequens motum est magis dispositio mobilis qua natum est moveri a tali motore, quam sit per se movens.

# 20. La force motrice qui accompagne le mouvement est plus une disposition mobile par laquelle elle est destinŽe ˆ �tre mž par un tel moteur, que d'�tre moteur par soi.

 

 

 

Article 12 Ñ LÕ‰me sensitive ou lÕ‰me vŽgŽtative sont-elles dans la semence d�s le moment o� elle est sŽparŽe ?

q. 3 a. 12 tit. 1 Duodecimo quaeritur utrum anima sensibilis vel vegetabilis sint in semine a principio quando deciditur. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[430].

 

Objections :[431] :

q. 3 a. 12Arg. 1 Quia, ut Gregorius Nyssenus dicit, utriusque opinionis assertio vituperatione non caret, et eorum qui prius vivere animas in suo quodam statu atque ordine fabulantur, et eorum qui eas post corpora creatas existimant. Sed si anima in semine non fuit in suo principio, oportet eam fieri post corpus. Ergo anima a principio fuit in semine.

1. Comme GrŽgoire de Nysse le dit (La crŽation de l'homme, XVI) : ÇLÕaffirmation des deux opinions ne manque pas de critiques : celle de ceux qui ont pensŽ que les ‰mes vivent dÕabord dans un certain Žtat et un certain ordre, et celle ceux qui pensent quÕelles sont crŽŽs apr�s les corps.È Mais si lÕ‰me nÕa pas ŽtŽ dans la semence en son commencement, il faut quÕelle soit faite apr�s le corps. Donc lÕ‰me a ŽtŽ d�s le commencement dans la semence.

q. 3 a. 12Arg. 2 Praeterea, si anima sensibilis a principio non fuit in semine, sicut nec rationalis ; eadem ratio erit de sensibili et rationali. Sed anima rationalis est a creatione. Ergo et anima sensibilis est a creatione : cuius contrarium est ostensum.

2. Si lÕ‰me sensitive nÕa pas ŽtŽ d�s le commencement dans la semence, lÕ‰me rationnelle non plus ; la m�me raison sÕappliquera ˆ lÕune et ˆ l'autre. Mais cette derni�re est crŽŽe. Donc lÕ‰me sensitive aussi, alors qu'on a montrŽ le contraire (article prŽcŽdant).

q. 3 a. 12Arg. 3 Praeterea, philosophus dicit in XVI de animalibus, quod virtus quae est in semine est sicut filius de domo patris egrediens. Sed filius est eiusdem speciei cum patre. Ergo et illa virtus quae est in semine est eiusdem speciei cum anima sensibili, a qua derivatur.

3. Le philosophe dit (Les animaux, livre 16, La gŽnŽration animale, II, ch. 4) que le pouvoir qui est dans la semence est comme le fils qui sort de la maison de son p�re. Mais le fils est de la m�me esp�ce que son p�re. Donc ce pouvoir qui est dans la semence est de la m�me esp�ce que lÕ‰me sensitive d'o� il dŽrive.

q. 3 a. 12Arg. 4 Praeterea, philosophus dicit in XVI de animalibus, quod virtus illa est sicut ars, quae si in materia esset, ad perfectionem artificiati operaretur. Sed in arte est species artificiati. Ergo in illa virtute seminis est species animae sensibilis quae per semen producitur.

4. Le philosophe dit (Les animaux, livre 16), que ce pouvoir est comme lÕart, qui, s'il Žtait dans la mati�re, opŽrerait pour la perfection de lÕÏuvre fabriquŽe. Mais dans l'art il y a la forme de l'Ïuvre. Donc dans ce pouvoir de la semence il y a la forme de lÕ‰me sensitive qui est produite par la semence.

q. 3 a. 12Arg. 5 Praeterea, decisio seminis est naturalis, decisio vero animalis anulosi est contra naturam. Sed in parte animalis anulosi decisi est anima, ut philosophus dicit. Ergo multo magis est in semine deciso.

5. La sŽparation de la semence est naturelle, mais la division du ver est contre nature[432]. Mais dans la partie sŽparŽe de cet animal il y a une ‰me, comme le dit le philosophe. Donc encore plus dans la semence sŽparŽe.

q. 3 a. 12Arg. 6 Praeterea, philosophus dicit, in XVI de animalibus, quod mas in generatione animalis dat animam. Sed nihil est egrediens a patre nisi semen. Ergo anima est in semine.

6. Le philosophe dit (Les animaux, livre 16), que le m‰le, dans la gŽnŽration de lÕanimal, donne lÕ‰me. Mais rien ne sort du p�re que la semence. Donc lÕ‰me est dans la semence.

q. 3 a. 12Arg. 7 Praeterea, accidens non transfunditur nisi per transfusionem subiecti. Sed aliquae aegritudines transfunduntur a parentibus in filios, sicut lepra et podagra et huiusmodi. Ergo et eorum substantia transfunditur. Haec autem non sunt sine anima. Ergo anima est a principio in semine.

7. LÕaccident nÕest transmis que par transmission de son substrat. Or certaines maladies sont transmises par les parents ˆ leurs enfants comme la l�pre, la goutte etc.. Donc leur substance est transmise. Mais cela ne se fait pas sans lÕ‰me. Donc lÕ‰me est au commencement dans la semence.

q. 3 a. 12Arg. 8 Praeterea, Hippocrates dicit, quod per decisionem venae quae est iuxta aures, generatio impeditur. Hoc autem non esset, nisi semen decideretur a toto corpore, quasi actio per prius existens. Ergo cum id quod est actu pars animalis, habeat animam, videtur, quod semen a principio habeat animam.

8. Hippocrate dit que la coupure de la veine qui est pr�s des oreilles emp�che la gŽnŽration. Mais cela n'arriverait que si la semence Žtait sŽparŽe du corps tout entier, comme une action prŽexistant. Donc comme ce qui est la partie en acte de lÕanimal a une ‰me, il semble que la semence en a une d�s le commencement.

q. 3 a. 12Arg. 9 Praeterea, idem dicit, quod equus quidam propter nimium coitum inventus est sine cerebro. Hoc autem non esset, nisi semen decideretur ab eo quod est actu pars. Ergo idem quod prius.

9. Le m�me dit qu'un cheval ˆ cause dÕun accouplement excessif a ŽtŽ trouvŽ sans cerveau. Mais cela ne serait pas arrivŽ si la semence avait ŽtŽ sŽparŽe de ce qui est une partie en acte. Donc de m�me que ci-dessus.

q. 3 a. 12Arg. 10 Praeterea, quod est superfluum, non est de substantia rei. Si ergo semen sit superfluum, non erit de substantia generantis ; et ita filius, qui est ex semine, non erit de substantia patris ; quod est inconveniens. Ergo semen est de substantia generantis ; et ita est ibi anima in actu.

10. Le superflu nÕappartient pas ˆ la substance. Donc si la semence est un superflu, elle nÕappartiendra pas ˆ la substance de celui qui engendre et ainsi le fils, qui vient de la semence ne sera pas de la substance du p�re, ce qui ne convient pas. Donc la semence vient de la substance de celui qui engendre, et ainsi il y a lˆ une ‰me en acte.

q. 3 a. 12Arg. 11 Praeterea, omne quod caret anima, est inanimatum. Si ergo semen caret anima, erit inanimatum ; et sic corpus inanimatum transmutabitur, et fiet animatum ; quod videtur inconveniens. Ergo anima est a principio in semine.

11. Tout de qui n'a pas dÕ‰me est inanimŽ. Donc si la semence n'en a pas, elle sera inanimŽe, et ainsi le corps inanimŽ sera transformŽ et deviendra animŽ, ce qui ne para”t pas convenir. Donc lÕ‰me est au commencement dans la semence.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 12 s. c. 1 Sed contra. Est quod philosophus dicit quod semen et fructus est in tali potentia ad animam, quae est abiiciens animam.

1. Le Philosophe dit (L'‰me, II, 1, 412 b 25[433]) que la semence et le fruit, sont en une telle puissance pour l'‰me qui est sŽparŽe.

q. 3 a. 12 s. c. 2 Praeterea, si semen a principio habet animam, hoc non videtur esse possibile nisi duobus modis ; vel quod tota anima generantis in semen transeat ; vel quod pars eius. Utrumque autem horum videtur esse inconveniens ; quia ex primo sequitur quod non remaneat anima in patre, ex secundo autem sequitur quod non remaneat ibi tota. Ergo anima non est in semine a principio.

2. Si la semence poss�de une ‰me au commencement, cela ne parait possible que de deux mani�res ; lÕ‰me de celui qui engendre passe dans la semence, toute ou bien en partie. LÕune et lÕautre de ces solutions ne paraissent pas convenir, parce que de la premi�re, il dŽcoule quÕil ne reste pas dÕ‰me dans le p�re, et de la seconde, quÕelle n'y reste pas toute enti�re. Donc lÕ‰me nÕest pas dans la semence au commencement.

 

RŽponse :

q. 3 a. 12 co. Respondeo. Dicendum quod opinio quorumdam fuit, quod anima a principio decisionis esset in semine, volentes quod sicut corpus divideretur a corpore, ita simul anima propagaretur ab anima, ut statim cum corporis particula esset etiam ibi anima.

LÕopinion de certains fut que lÕ‰me au commencement de la sŽparation Žtait dans la semence ; ils voulaient que, de m�me que le corps est sŽparŽ du corps, en m�me temps lÕ‰me soit transmise par lÕ‰me, pour quÕaussit™t elle y soit aussi avec une parcelle du corps.

Haec autem opinio non videtur esse vera : quia, secundum quod philosophus probat in XV de animalibus, semen non deciditur ab eo quod fuit actu pars, sed quod fuit superfluum ultimae digestionis ; quod nondum erat ultima assimilatione assimilatum. Nulla autem corporis pars est actu per animam perfecta, nisi sit ultima assimilatione assimilata ; unde semen ante decisionem nondum erat perfectum per animam, ita quod anima esset forma eius ; erat tamen ibi aliqua virtus, secundum quam iam per actionem animae erat alteratum et deductum ad dispositionem propinquam ultimae assimilationi ; unde et postquam decisum est, non est ibi anima, sed aliqua virtus animae. Et propter hoc, in XVI de animalibus, philosophus dicit, quod in semine est virtus principii animae.

Cette opinion ne para”t pas vraie, parce que, selon ce que le philosophe prouve (Les animaux, XV, (livre. 1 de La gŽnŽration des animaux, ch. 18,19), la semence ne serait pas sŽparŽe de ce qui fut une partie en acte, mais de ce qui fut le superflu dÕune ultime digestion, qui nÕŽtait pas encore assimilŽe tout ˆ fait, mais aucune partie du corps n'est parfaite en acte par l'‰me si elle n'est assimilŽe tout ˆ fait. C'est pourquoi la semence avant la sŽparation nÕest pas encore achevŽe par lÕ‰me, de sorte que lÕ‰me soit sa forme ; cependant il y avait lˆ un pouvoir selon lequel, dŽjˆ par lÕaction de lÕ‰me, elle Žtait changŽe et amenŽe ˆ une disposition proche de la derni�re assimilation ; c'est pourquoi, apr�s sa sŽparation, il nÕy a pas dÕ‰me mais un pouvoir de l'‰me. Et c'est pour cela que dans le Livre 16 de La gŽnŽration des animaux, la gŽnŽration animale, ch. 3, le philosophe dit que dans la semence il y a le pouvoir du principe de lÕ‰me.

Et praeterea si anima esset in semine a principio, aut esset ibi habens actu speciem animae, aut non, sed ut quaedam virtus, quae converteretur postmodum in animam. Primum esse non potest : quia cum anima sit actus corporis organici, ante qualemcumque organizationem corpus susceptivum animae esse non potest. Et etiam sic sequitur quod totum id quod agit in seminibus, non est nisi quaedam dispositio materiae, et per consequens non esset generatio, cum generatio non sequatur, sed praecedat formam substantialem. Nisi forte dicatur, quod corporis sit alia forma substantialis praeter animam ; ex quo sequitur quod anima non substantialiter corpori uniretur, utpote adveniens corpori, postquam est iam per aliam formam hoc aliquid constitutum.

Et en plus si lÕ‰me Žtait dans la semence d�s le dŽpart, ou elle possŽderait la forme de lÕ‰me en acte, ou pas, mais comme une certaine puissance qui se transformerait ensuite en ‰me. La premi�re solution n'est pas possible, parce que, comme lÕ‰me est lÕacte dÕun corps organique, le corps qui re�oit lÕ‰me ne peut pas exister avant nÕimporte quelle organisation. Et m�me ainsi il en dŽcoule que tout ce qui agit dans les semences, nÕest quÕune disposition de la mati�re, et par consŽquence ce ne serait pas une gŽnŽration, puisque celle-ci ne suit pas mais prŽc�de la forme substantielle. A moins que par hasard on dise qu'il y aurait une autre forme substantielle du corps en plus de lÕ‰me. Il en dŽcoule que lÕ‰me ne serait pas unie substantiellement au corps, ou qu'elle arriverait en lui apr�s qu'il soit dŽjˆ constituŽ par une autre forme.

Sequeretur ulterius quod generatio viventis non esset generatio, sed decisio quaedam ; sicut pars ligni separatur a ligno, ut sit actu lignum.

Il dŽcoulerait par la suite que la gŽnŽration du vivant ne serait pas une gŽnŽration, mais une esp�ce de sŽparation ; comme un morceau de bois est sŽparŽ du bois pour �tre du bois en acte.

Secunda pars divisionis praedictae esse non potest ; quia secundum hoc sequeretur quod forma substantialis non subito sed successive in materia proveniret ; et sic in substantia esset motus, sicut in quantitate et qualitate ; quod est contra philosophum ; et etiam formae substantiales reciperent magis et minus ; quod est impossibile. Unde relinquitur quod anima non est in semine, sed virtus quaedam animae, quae agit ad animam producendam, ab anima derivata.

La seconde partie de la division dont on a parlŽ ne peut pas exister, parce qu'il en dŽcoulerait que la forme substantielle ne parviendrait pas dans la mati�re subitement, mais successivement, et ainsi il y aurait du mouvement dans la substance, comme dans la quantitŽ et la qualitŽ ; ce qui est contre ce que dit le philosophe (V Physique, V, 2, 225 b 10-226 a 23) et m�me les formes substantielles recevraient du plus et du moins, ce qui est impossible. C'est pourquoi, il reste que ce n'est pas lÕ‰me qui est dans la semence, mais un certain pouvoir de l'‰me qui en est dŽrivŽ, qui agit pour la produire.

 

Solutions :

q. 3 a. 12 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod corpus viventis, utpote leonis vel olivae, non est anima, sed est semen corporis tantum ante animam, et ante virtutem quae agit ad animam. Eadem enim est proportio seminis ad virtutem huiusmodi, et corporis ad animam.

# 1. Le corps de l'�tre vivant, comme celui du lion ou de lÕolive, nÕest pas une ‰me, mais cÕest la semence du corps seulement avant lÕ‰me et avant son pouvoir qui agit pour lÕ‰me. Car il y a la m�me proportion de la semence ˆ un tel pouvoir que du corps ˆ lÕ‰me.

q. 3 a. 12 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc interest inter animam rationalem et alias animas, quod anima rationalis non est ex virtute seminis sicut aliae animae ; quamvis nulla anima sit in semine a principio.

# 2. Entre lÕ‰me rationnelle et les autres ‰mes il y a cette diffŽrence que la premi�re ne vient pas du pouvoir de la semence, comme les autres, bien qu'aucune ‰me ne soit dans la semence d�s le commencement.

q. 3 a. 12 ad 3 Ad tertium dicendum, quod virtus illa non assimilatur filio egredienti de domo patris quantum ad complementum speciei, sed quantum ad acquisitionem eorum quae desunt utrique ad aliquod complementum. Perfectio enim prima plerumque manifestatur per similitudinem perfectionis secundae.

# 3. Ce pouvoir ne ressemble pas au fils qui sort de la maison du p�re pour complŽter lÕesp�ce, mais pour acquŽrir de ce qui manque ˆ lÕun et lÕautre pour les complŽter. Car la perfection premi�re, la plupart du temps, se manifeste par la ressemblance de la perfection seconde[434].

q. 3 a. 12 ad 4 Ad quartum dicendum, quod assimilatio inter virtutem praedictam et artem procedit quantum ad hoc quod sicut artificiatum praeexistit in arte sicut in virtute activa, ita et res viva generanda in virtute formativa.

# 4. La ressemblance entre un tel pouvoir et lÕart vient du fait que, de m�me que lÕÏuvre prŽexiste dans lÕart, comme dans un pouvoir actif, de m�me l'�tre vivant qui doit �tre engendrŽ prŽexiste dans un pouvoir formateur.

q. 3 a. 12 ad 5 Ad quintum dicendum, quod ex hoc ipso decisio animalis anulosi est violenta et contra naturam, quod pars decisa erat actu pars, et perfecta per animam ; unde per decisionem materiae anima in utraque parte remanet ; quae quidem erat in toto una in actu, et plures in potentia. Quod quidem accidit per hoc quod huiusmodi animalia fere sunt similia in toto et partibus ; nam eorum animae, quia imperfectiores sunt aliis, modicam diversitatem organorum requirunt. Et inde est quod una pars decisa potest esse animae susceptiva, utpote habens tantum de organis quantum sufficit ad talem animam suscipiendam ; sicut accidit in aliis corporibus similibus utpote ligno et lapide, aqua et aere. Ex hoc autem philosophus probat in XV de animalibus, quod sperma non fuit actu pars ante decisionem ; quia eius decisio non fuisset naturalis, sed modus corruptionis cuiusdam. Unde non oportet quod per decisionem seminis in ipso semine anima remaneat.

# 5. La coupure du ver est violente et contre nature, parce que la partie coupŽe Žtait une partie en acte, parfaite par lÕ‰me ; c'est pourquoi quand on coupe le corps, lÕ‰me demeure dans lÕune et lÕautre partie, qui Žtait une en acte dans le tout et plusieurs en puissance. Ce qui arrive parce que de tels animaux sont presque semblables dans le tout et dans la partie ; parce que leurs ‰mes sont plus imparfaites que les autres, elles demandent peu de diversitŽ dans leurs organes. Et de lˆ vient qu'une partie coupŽe peut recevoir lÕ‰me, comme ayant seulement[435] pour les organes autant qu'il suffit pour recevoir une telle ‰me, comme cela arrive dans les autres corps semblables, comme le bois et la pierre, lÕeau et lÕair. De lˆ le philosophe prouve (les animaux,15, La gŽnŽration animale, 18) que le sperme nÕa pas ŽtŽ une partie en acte avant la sŽparation, parce que celle-ci nÕaurait pas ŽtŽ naturelle, mais une mani�re de corruption. C'est pourquoi il ne faut pas que lÕ‰me demeure en elle par la sŽparation de la semence.

q. 3 a. 12 ad 6 Ad sextum dicendum, quod mas dicitur dare animam, in quantum in semine maris continetur virtus quae agit ad animam.

# 6. On dit que la m‰le donne lÕ‰me, dans la mesure o� le pouvoir qui agit pour lÕ‰me est contenu dans sa semence.

q. 3 a. 12 ad 7 Ad septimum dicendum, quod aegritudines, de quibus est obiectio, non traducuntur cum semine quasi actu in semine sint, sed quia est principium eorum in semine, per aliquam seminis indispositionem.

# 7. Les maladies dont on parle dans lÕobjection ne sont pas transmises avec la semence, comme si elles y Žtaient en acte, mais parce que leur principe est dans la semence, par une mauvaise disposition.

q. 3 a. 12 ad 8 Ad octavum dicendum, quod cum sperma sit quaedam superfluitas, habet quasdam proprias vias, sicut et aliae superfluitates, quibus intercisis generatio impeditur ; non propter hoc quod aliquid ex eo quod erat actu pars, resolvatur.

# 8. Comme le sperme est une surabondance, il a ses propres voies, comme les autres surabondances, par lesquelles, si elles sont coupŽes, la gŽnŽration est emp�chŽe. Ce nÕest pas ˆ cause de cela que quelque chose qui Žtait une partie en acte est dŽtruit.

q. 3 a. 12 ad 9 Ad nonum dicendum, quod sicut immoderatus aliarum superfluitatum fluxus solvit aliquid de eo quod erat iam conversum, per violentiam quamdam ; et non naturaliter ; ita etiam immoderatus fluxus seminis. Ea vero quae fiunt contra naturam, non sunt in consequentiam naturae trahenda.

# 9. Le flux immodŽrŽ des autres surabondances dissout quelque chose de ce qui dÕelle Žtait dŽjˆ changŽ par violence et non de fa�on naturelle ; de la m�me mani�re, le flux immodŽrŽ de la semence aussi. Mais ce qui est fait contre nature, ne doit pas �tre considŽrŽ comme sa consŽquence.

q. 3 a. 12 ad 10 Ad decimum dicendum, quod semen est tale superfluum, quod licet non sit actu pars substantiae patris, est tamen potentia, tota ; et ob hoc filius dicitur de substantia patris esse.

# 10. La semence est un tel superflu que, bien quÕelle ne soit pas une partie en acte de la substance du p�re, elle est cependant tout enti�re une puissance, et cÕest pour cela quÕon dit que le fils vient de la substance du p�re.

q. 3 a. 12 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod licet semen non sit animatum actu, est tamen animatum virtute ; unde non est simpliciter inanimatum.

# 11. Bien que la semence ne soit pas animŽe en acte, cependant elle lÕest en puissance ; c'est pourquoi, elle nÕest pas tout ˆ fait inanimŽe.

 

 

 

Article 13 Ñ : Un �tre qui dŽpend dÕun autre peut-il �tre Žternel ?

q. 3 a. 13 tit. 1 Decimotertio quaeritur utrum aliquod ens ab alio possit esse aeternum. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[436] :

q. 3 a. 13Arg. 1 Nihil enim quod est semper, indiget aliquo ad hoc quod sit. Omne autem quod est ab aliquo, indiget eo a quo est, ut sit. Ergo nihil quod est ab alio, est semper.

1. Car tout ce qui n'existe pas toujours a besoin de quelque chose pour exister. Tout �tre qui dŽpend dÕun autre a besoin de ce dont il vient pour exister. Donc rien de ce qui vient dÕun autre n'existe toujours.

q. 3 a. 13Arg. 2 Praeterea, nihil accipit quod iam habet. Ergo quod semper est, semper esse habet ; ergo quod est semper, non accipit esse. Sed omne quod est ab alio, accipit esse ab eo a quo est. Ergo nihil quod est ab alio, est semper.

2. Rien ne re�oit ce quÕil a dŽjˆ. Donc ce qui existe toujours a toujours lÕ�tre. Donc il ne le re�oit pas. Mais tout ce qui dŽpend dÕun autre re�oit lÕ�tre de celui par lequel il existe. Donc rien de ce qui vient dÕun autre n'existe toujours.

q. 3 a. 13Arg. 3 Praeterea, quod est, non generatur neque fit, neque aliquo modo in esse producitur ; quia quod fit, non est. Ergo oportet quod omne quod generatur vel fit, vel producitur, aliquando non esset. Omne autem quod est ab alio, est huiusmodi. Ergo omne quod est ab alio aliquando non est. Quod autem aliquando non est, non semper est. Ergo nihil quod est ab alio, est sempiternum.

3. Ce qui est, nÕest pas en train d'�tre engendrŽ, ni fait, ni amenŽ ˆ lÕ�tre de quelque mani�re, parce que ce qui se fait nÕest pas. Il faut donc que tout ce qui est engendrŽ, fait ou amenŽ ˆ l'�tre nÕait pas existŽ ˆ certains moments. Mais tout ce qui dŽpend dÕun autre est de ce genre. Donc ce qui dŽpend d'un autre n'existe pas ˆ certains moments, ce qui n'existe pas ˆ certains moments, n'existe pas toujours. Donc rien de ce qui dŽpend dÕun autre nÕest Žternel.

q. 3 a. 13Arg. 4 Praeterea, quod non habet esse nisi ab alio, in se consideratum, non est. Huiusmodi autem oportet aliquando non esse. Ergo oportet quod omne quod est ab alio, aliquando non esset, et per consequens non esse sempiternum.

4. Ce qui ne poss�de lÕ�tre que par un autre, considŽrŽ en soi, nÕest pas. Pour un tel �tre, il faut ne pas exister ˆ certains moments. Donc il faut que tout ce qui dŽpend dÕun autre, n'ait pas existŽ ˆ certains moments et par consŽquent ne soit pas Žternel.

q. 3 a. 13Arg. 5 Praeterea, omnis effectus est posterior sua causa. Quod autem est ab alio, est effectus eius a quo est. Ergo est posterius eo a quo est ; et ita non potest esse sempiternum.

5. Tout effet est postŽrieur ˆ sa cause. Mais ce qui dŽpend dÕun autre est lÕeffet de celui par qui il est. Donc il lui est postŽrieur, et ainsi il ne peut pas �tre Žternel.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 13 s. c. Sed contra, est quod Hilarius dicit, quod ab aeterno a patre natum, aeternum esse habet quod natum est. Sed filius Dei natus est ab aeterno patre. Ergo aeternum habet quod natum est ; ergo est aeternum.

Hilaire dit (La TrinitŽ, Livre XII) que celui qui est nŽ de toute ŽternitŽ du P�re a un �tre Žternel qui est nŽ. Mais le Fils de Dieu est nŽ du P�re Žternel. Donc il poss�de ce qui est nŽ comme Žternel. Donc il est Žternel.

 

RŽponse :

q. 3 a. 13 co. Respondeo. Dicendum quod, cum ponamus filium Dei naturaliter a patre procedere, oportet quod ita sit a patre, quod tamen sit ei coaeternus : quod quidem hoc modo apparet. Inter voluntatem enim et naturam hoc interest, quod natura determinata est ad unum, quantum ad id quod virtute naturae producitur, et quantum ad hoc quod est producere vel non producere ; voluntas vero quantum ad neutrum determinata invenitur. Potest tamen aliquis hoc vel illud per voluntatem facere, sicut artifex scamnum vel arcam, et iterum facere ea et a faciendo cessare ; ignis vero non potest nisi calefacere, si subiectum suae actionis adsit ; nec potest aliud inducere in materiam quam effectum similem sibi.

Quand nous pensons que le Fils de Dieu proc�de naturellement du P�re, il faut quÕil vienne du P�re de sorte ˆ lui �tre cependant coŽternel. Ce qui se dŽmontre de cette mani�re. Entre la volontŽ et la nature, en effet, il y a cette diffŽrence que la nature est dŽterminŽe ˆ un seul objet pour ce qui est produit par son pouvoir et pour produire ou ne pas produire ; mais la volontŽ ne se trouve dŽterminŽe ni pour l'un, ni pour l'autre. Cependant quelquÕun peut faire ceci ou cela par volontŽ, comme lÕouvrier fait un banc ou un coffre et en plus il le fait et cesse de le faire ; mais le feu ne peut que chauffer si le sujet de son action est prŽsent et il ne peut induire dans la mati�re quÕun effet semblable ˆ lui[437].

Unde etsi de creaturis, quae divina voluntate ab ipso procedunt, dici possit quod potuit creaturam talem vel talem facere et tunc vel tunc facere, de filio tamen, qui naturaliter procedit, hoc dici non potest. Non enim potuit alterius modi esse filius secundum naturam, quam se habet patris natura. Nec potuit vel prius vel posterius filius esse nisi quando fuit patris natura : non enim potest dici, quod divinae naturae aliquando perfectio naturae defuerit, qua adveniente virtute naturae, filius Dei sit generatus ; cum divina natura sit simplex et immutabilis. Neque potest dici, quod huiusmodi generatio dilata fuerit propter materiae absentiam vel indispositionem, cum omnino haec generatio immutabilis sit. Unde relinquitur, quod cum natura patris ab aeterno fuerit, et filius sit a patre aeternaliter generatus, ac per consequens patri coaeternus.

C'est pourquoi, si ˆ propos des crŽatures qui proc�dent de Dieu par sa volontŽ, il est possible de dire quÕil a pu faire telle ou telle crŽature et la faire ˆ un moment ou ˆ un autre, au sujet de son Fils cependant, qui proc�de par nature, on ne peut pas le dire. Car le Fils n'a pu �tre diffŽrent en sa nature de celle du P�re. Et il nÕa pu �tre Fils avant ou apr�s que la nature du P�re n'ait existŽ. En effet on ne peut pas dire que la perfection de la nature divine ait manquŽ ˆ certains moments, quand par le pouvoir de cette nature qui lui parvint, le Fils de Dieu a ŽtŽ engendrŽ, puisque la nature divine est simple et immuable. On ne peut pas dire, non plus, quÕune telle gŽnŽration aura ŽtŽ diffŽrŽe, ˆ cause de lÕabsence ou de lÕindisposition de la mati�re, puisque cette gŽnŽration est tout ˆ fait immuable. C'est pourquoi il reste que, comme la nature du P�re a ŽtŽ Žternelle et que le Fils a ŽtŽ engendrŽ Žternellement par le P�re, il est coŽternel au P�re.

Ariani vero, quia ponebant filium non naturaliter a patre procedere, ponebant filium neque patri coaequalem neque coaeternum, sicut contingit in aliis quae a Deo procedunt secundum arbitrium voluntatis ipsius. Fuit autem difficile considerare generationem filii patri coaeternam, propter assuefactionem humanae cognitionis in consideratione productionis rerum naturalium, in quibus una res ab alia per motum producitur ; res autem producta per motum in esse prius esse incipit in principio quam in termino motus. Cum autem principium motus de necessitate terminum motus duratione praecedat, quod necesse est propter motus successionem, nec possit esse motus principium vel initium sine causa ad producendum movente ; necesse est ut causa movens ad aliquid producendum praecedat duratione id quod ab ea producitur.

Mais les Ariens qui estimaient que le Fils ne proc�de pas du P�re par nature, pensaient quÕil nÕŽtait ni Žgal ni coŽternel au P�re, comme cela arrive dans les autres �tres qui proc�dent du P�re selon le libre arbitre de sa volontŽ. Il fut difficile de considŽrer la gŽnŽration du Fils comme coŽternelle au P�re, ˆ cause de lÕhabitude de la pensŽe humaine, quand elle consid�re la production des choses naturelles, dans lesquelles l'une est produite ˆ partir dÕune autre par mouvement. Mais ce qui est amenŽ ˆ lÕ�tre par mouvement commence ˆ �tre au commencement plut™t qu'au terme du mouvement. Comme le commencement du mouvement par nŽcessitŽ prŽc�de son terme dans la durŽe, ce qui nŽcessaire ˆ cause de la succession du mouvement, le commencement du mouvement ou son dŽbut ne pourrait exister sans cause pour le produire en le mettant en mouvement, il est nŽcessaire que la cause motrice, pour produire quelque chose, prŽc�de en durŽe ce qui est produit par elle.

Unde quod ab aliquo sine motu procedit, simul est duratione cum eo a quo procedit, sicut splendor in igne vel in sole : nam splendor subito et non successive a corpore lucido procedit, cum illuminatio non sit motus, sed terminus motus. Relinquitur ergo quod in divinis, ubi omnino motus locum non habet, procedens sit simul duratione cum eo a quo procedit ; et ideo cum pater sit aeternus, filius et spiritus sanctus ab eo procedentes sunt ei coaeterni.

C'est pourquoi, ce qui proc�de de quelque chose sans mouvement est en durŽe en m�me temps que celui dÕo� il proc�de, comme la lumi�re dans le feu ou le soleil ; car la lumi�re proc�de du corps lumineux de fa�on soudaine et non successivement, puisque lÕillumination nÕest pas un mouvement mais son terme. Il reste donc que, en Dieu, en qui le mouvement nÕa absolument pas de place, celui qui proc�de est dans le m�me temps que celui dont il proc�de ; et cÕest pourquoi, comme le P�re est Žternel, le Fils et lÕEsprit Saint qui proc�dent de lui, lui sont coŽternels[438].

 

Solutions :

q. 3 a. 13 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod si indigentia importet defectum vel carentiam eius quo indigetur, quod semper est non indiget aliquo ad hoc quod sit. Si vero importet solum ordinem originis ad id a quo est, sic nihil prohibet id quod semper est, aliquo indigere ad hoc quod sit, in quantum non a se ipso, sed ab alio esse habet.

# 1. Si le besoin apporte une dŽfaillance ou une carence de ce dont il manque, ce qui existe toujours n'a besoin de rien pour exister. Mais sÕil apporte une seule relation d'origine ˆ ce par lequel il est, rien ainsi nÕemp�che que ce qui existe toujours ait besoin de quelqu'un pour �tre, dans la mesure o� il a l'�tre, non de lui-m�me mais dÕun autre.

q. 3 a. 13 ad 2 Ad secundum dicendum, quod accipiens aliquid non habet illud ante acceptionem, habet vero illud quando iam accepit ; unde si ad aeterno accipit, ab aeterno habet.

# 2. Celui qui re�oit quelque chose ne lÕa pas avant de le recevoir, mais il l'a quand il a dŽjˆ re�u ; c'est pourquoi, sÕil le re�oit de toute ŽternitŽ, il le poss�de de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 13 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ratio illa procedit in generatione quae est per motum ; quia quod movetur ad esse, non est. Et pro tanto dicitur quod id quod generatur non est, sed quod est generatum est : unde ubi non est aliud generari et generatum esse, ibi non oportet quod generatur, aliquando non esse.

# 3. La raison donnŽe se produit dans la gŽnŽration qui se fait par mouvement, parce que ce qui est amenŽ ˆ lÕ�tre nÕest pas. Et pour autant, on dit que ce qui est engendrŽ nÕest pas, mais ce qui est a ŽtŽ engendrŽ est. C'est pourquoi lˆ o� ce n'est pas diffŽrent d'�tre engendrŽ et avoir ŽtŽ engendrŽ, il ne faut pas que ce qui est engendrŽ n'existe pas ˆ certains moments.

q. 3 a. 13 ad 4 Ad quartum dicendum, quod illud quod habet esse ab alio, in se consideratum, est non ens, si ipsum sit aliud quam ipsum esse quod ab alio accipit ; si autem sit ipsum esse quod ab alio accipit, sic non potest in se consideratum, esse non ens ; non enim potest in esse considerari non ens, licet in eo quod est aliud quam esse, considerari possit. Quod enim est, potest aliquid habere permixtum ; non autem ipsum esse, ut Boetius dicit in libro de hebdomadibus. Prima quidem conditio est creaturae, sed secunda est conditio filii Dei.

# 4. Ce qui re�oit lÕ�tre dÕun autre, considŽrŽ en soi est un non Žtant, s'il est autre que lÕ�tre m�me quÕil re�oit de lui ; mais s'il est lui-m�me l'�tre qu'il re�oit d'une autre, il ne peut pas, considŽrŽ en soi, �tre un non Žtant, bien qu'en lui on puisse considŽrer ce qui est autre que lÕ�tre. Car ce qui existe, peut avoir quelque chose de m�lŽ, mais pas lÕ�tre lui-m�me, comme Bo�ce le dit dans son livre De Hebdomadibus[439]. La premi�re condition est celle de la crŽature, mais la seconde celle du Fils de Dieu.

q. 3 a. 13 ad 5 Ad quintum dicendum, quod filius Dei non potest dici effectus : quia non fit, sed generatur. Hoc enim fit cuius esse est diversum a faciente ; unde nec patrem proprie loquendo causam filii dicimus, sed principium. Nec oportet omnem causam effectum duratione praecedere, sed natura tantum sicut patet in sole et splendore.

# 5. Le Fils de Dieu ne peut �tre considŽrŽ comme un effet, parce quÕil nÕest pas fait, mais engendrŽ. Car est fait ce dont lÕ�tre est diffŽrent de celui qui le fait. C'est pourquoi nous ne disons pas que le P�re, ˆ proprement parler, est la cause du Fils mais son principe. Et il ne faut pas que toute la cause prŽc�de lÕeffet dans la durŽe, mais en nature seulement, comme cela appara”t pour le soleil et la lumi�re.

 

 

 

Article 14 Ñ Ce qui est diff�rent de Dieu par essence peut-il �tre Žternel ?

q. 3 a. 14 tit. 1 Decimoquarto quaeritur utrum id quod est a Deo diversum in essentia, possit semper fuisse. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[440] :

 

Objections :[441] :

q. 3 a. 14Arg. 1 Non enim est minor potestas causae producentis totam rei substantiam super effectum suum, quam causae producentis formam tantum. Sed causa producens formam tantum, potest producere eam ab aeterno, si ab aeterno esset ; quia splendor qui gignitur ab igne atque diffunditur coaeternus est illi ; et esset coaeternus, si ignis esset aeternus, ut Augustinus dicit. Ergo multo fortius Deus, potest producere effectum sibi coaeternum.

1. Car la puissance de la cause, qui produit la substance totale de lÕ�tre en plus de son effet, n'est pas plus petite que celle de la cause qui produit la forme seulement. Mais celle-ci pourrait la produire de toute ŽternitŽ, si elle Žtait Žternelle ; parce que la lumi�re qui est engendrŽe et diffusŽe par le feu est simultanŽe et elle lui serait coŽternelle si le feu Žtait Žternel, comme le dit Augustin (La TrinitŽ). Donc Dieu, beaucoup plus, peut produire des effets qui lui sont coŽternels.

q. 3 a. 14Arg. 2 Sed dices, quod hoc est impossibile ; quia sequitur inconveniens, scilicet quod creatura parificetur creatori in duratione.- Sed contra, duratio quae non est tota simul, sed successiva, non potest aequiparari durationi quae est tota simul. Sed si mundus semper fuisset, eius duratio non semper tota simul esset ; quia tempore mensuraretur, ut etiam Boetius dicit in fine de Consol. Ergo adhuc Deo non aequipararetur creatura in duratione.

2. Mais on pourrait dire que cela est impossible, parce quÕil en dŽcoule un inconvŽnient : la crŽature serait ŽgalŽe au CrŽateur en durŽe. En sens contraire : la durŽe, qui nÕest pas toute ˆ la fois mais successive, ne peut �tre ŽgalŽe ˆ une durŽe qui serait toute en m�me temps. Mais si le monde avait toujours existŽ, sa durŽe nÕaurait pas ŽtŽ toujours toute ˆ la fois, parce qu'elle aurait ŽtŽ mesurŽe par le temps, comme Bo�ce le dit aussi ˆ la fin De la Consolation (Livre V, derni�re prose). Donc jamais la crŽature nÕest ŽgalŽe ˆ Dieu en durŽe.

q. 3 a. 14Arg. 3 Praeterea, sicut divina persona procedit a Deo sine motu, ita et creatura. Sed divina persona potest esse Deo coaeterna, a quo procedit. Ergo similiter et creatura.

3. Une personne divine proc�de de Dieu sans mouvement, la crŽature aussi. Mais une personne divine peut �tre coŽternelle ˆ Dieu dont elle proc�de. Donc la crŽature aussi.

q. 3 a. 14Arg. 4 Praeterea, quod semper eodem modo se habet, semper potest idem facere. Sed Deus semper eodem modo se habet ab aeterno. Ergo ab aeterno potest idem facere. Si ergo aliquando produxit creaturam et ab aeterno producere potuit.

4. Ce qui se comporte toujours de la m�me mani�re peut toujours faire la m�me chose. Mais Dieu se comporte Žternellement toujours de la m�me mani�re. Donc de toute ŽternitŽ il peut faire la m�me chose. Si donc quelquefois il a produit une crŽature, il a pu en produire de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 14Arg. 5 Sed dices, quod ratio ista procedit de agente per naturam, non autem de agente per voluntatem.- Contra, voluntas Dei non dirimit virtutem ipsius. Sed si non ageret per voluntatem, sequeretur quod ab aeterno creaturam produxisset. Ergo posito quod per voluntatem agat, non removetur quia ab aeterno producere potuerit.

5. Mais on pourrait dire que cette raison proc�de de celui qui est agent par nature, mais non de celui qui l'est par volontŽ Ñ En sens contraire la volontŽ de Dieu nÕinterrompt pas son pouvoir. Mais sÕil nÕagissait pas par volontŽ, il sÕensuivrait quÕil aurait produit la crŽature de toute ŽternitŽ. Donc une fois Žtabli quÕil agit par volontŽ, on n'Žcarte pas le fait qu'il ait pu produire de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 14Arg. 6 Praeterea, si Deus in aliquo tempore vel instanti creaturam produxit, et eius potentia non est augmentata ; potuit etiam ante illud tempus vel instans creaturam producere ; et eadem ratione ante illud, et sic in infinitum. Ergo potuit ab aeterno producere.

6. Si Dieu a produit la crŽature dans le temps ou dans un instant, et que la puissance de celle-ci nÕen a pas ŽtŽ augmentŽe, il a pu aussi avant ce temps ou cet instant produire une crŽature ; et pour la m�me raison encore avant et ainsi ˆ lÕinfini. Donc il a pu produire de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 14Arg. 7 Praeterea, plus potest facere Deus quam humanus intellectus possit intelligere ; propter quod dicitur Luc. I, 37 : non erit impossibile apud Deum omne verbum. Sed Platonici intellexerunt aliquid esse factum a Deo, quod tamen semper fuit ; unde Augustinus dicit : de mundo, et de his quos in mundo deos a Deo factos, scribit Plato, apertissime dicit eos esse coepisse, et habere initium ; finem tamen non habituros, sed per conditoris potentissimam voluntatem perhibet in aeternum esse mansuros. Verum id quomodo intelligat, Platonici invenerunt, non esse hoc, videlicet temporis, sed institutionis initium. Sicut enim, inquiunt, si pes ab aeternitate fuisset in pulvere, semper subesset vestigium : quod tamen a calcante factum nemo dubitaret : sic mundus semper fuit semper existente qui fecit ; et tamen factus est. Ergo Deus potuit facere aliquid quod semper fuit.

7. Dieu peut faire plus que ce que lÕesprit humain peut comprendre : cÕest pour cela que Luc (1, 37) dit : ÇToute parole ne sera pas impossible ˆ DieuÈ, mais les Platoniciens ont compris que quelque chose avait ŽtŽ fait par Dieu, qui cependant a toujours existŽ, c'est pourquoi Augustin dit (La citŽ de Dieu, X, 31) : ÇAu sujet du monde et de ceux qui ont ŽtŽ faits dieux dans le monde par Dieu, Platon dit tr�s clairement quÕils ont commencŽ ˆ exister et quÕils ont un dŽbut ; ils n'auront cependant pas de fin ; il raconte aussi que par la volontŽ toute puissante du crŽateur, ils demeureront Žternellement. Mais de la fa�on dont il le comprend, les Platoniciens trouv�rent que ce nÕŽtait pas le commencement du temps, mais celui d'une institution. En effet, disent-ils, si un pied avait ŽtŽ de toute ŽternitŽ dans la poussi�re, il resterait toujours son vestige, cependant personne ne douterait que cela a ŽtŽ fait par quelqu'un qui marchait ; de la m�me mani�re, le monde a toujours existŽ alors qu'existait toujours celui qui lÕa fait et cependant il a ŽtŽ faitÈ Donc Dieu a pu faire que quelque chose ait toujours existŽ.

q. 3 a. 14Arg. 8 Praeterea, quidquid non est contra rationem creaturae, Deus potest in creatura facere ; alias non esset omnipotens. Sed semper fuisse non est contra rationem creaturae in quantum est facta ; alias idem esset dicere creaturam semper fuisse et factam non esse ; quod patet esse falsum. Nam Augustinus, distinguit duas opiniones ; quarum una est quod mundus ita fuerit semper quod non sit a Deo factus ; alia est, quod ita mundus sit semper quod tamen a Deo sit factus. Ergo Deus hoc potest facere, quod aliquid ab eo factum, sit semper.

8. Dieu peut faire ˆ la crŽature, tout ce qui est contre sa nature, sinon il ne serait pas tout puissant. Mais avoir toujours existŽ nÕest pas contre la notion de crŽature dans la mesure o� elle a ŽtŽ crŽŽe, autrement ce serait pareil de dire que la crŽature a toujours existŽ et qu'elle nÕa pas ŽtŽ crŽŽe, ce qui para”t faux, car Augustin (La citŽ de Dieu, XI, 4, et X, 31) a distinguŽ deux opinions : lÕune est que le monde aura toujours ŽtŽ tel quÕil n'a pas ŽtŽ fait par Dieu, lÕautre que le monde existe toujours tel que cependant il a ŽtŽ crŽŽ par Dieu. Donc Dieu peut faire qu'un �tre crŽŽ par lui existe toujours.

q. 3 a. 14Arg. 9 Praeterea, sicut natura statim potest producere effectum suum, ita et agens voluntarium non impeditum. Sed Deus est agens voluntarium quod impediri non potest. Ergo creaturae quae per eius voluntatem producuntur in esse, ab aeterno produci potuerunt, sicut et filius qui naturaliter a patre procedit.

9. La nature peut produire aussit™t son effet, lÕagent volontaire qui nÕen est pas emp�chŽ aussi. Mais Dieu est un agent volontaire qui ne peut pas �tre emp�chŽ. Donc les crŽatures qui sont amenŽes ˆ l'�tre par sa volontŽ ont pu �tre produites de toute ŽternitŽ, comme le Fils qui proc�de naturellement du P�re.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 14 s. c. 1 Sed contra. Est quod Augustinus dicit, quia omnino incommutabilis est illa natura Trinitatis, ob hoc ita est aeterna, ut ei aliquid coaeternum esse non possit.

1. Augustin dit (La Gen�se au sens littŽral, VIII, 23) : ÇParce que la nature de la TrinitŽ est tout ˆ fait immuable, elle est Žternelle, de sorte que rien ne peut lui �tre coŽternel.È

q. 3 a. 14 s. c. 2 Praeterea, Damascenus dicit, in I libro : quod ex non ente ad esse deducitur, non est aptum natum esse coaeternum ei quod sine principio et semper est. Sed creatura de non esse ad esse producitur. Ergo non potest fuisse semper.

2. Jean Damasc�ne dit (livre 1) que ÇCe qui est amenŽ du non �tre ˆ lÕ�tre, n'est pas susceptible par nature d'�tre coŽternel ˆ celui qui est sans principe et existe Žternellement.È Mais la crŽature est amenŽe du non �tre ˆ l'�tre. Donc elle ne peut pas avoir existŽ toujours.

q. 3 a. 14 s. c. 3 Praeterea, omne aeternum est invariabile. Sed creatura non potest esse invariabilis ; quia si sibi relinqueretur, in nihilum decideret. Ergo non potest esse aeterna.

3. Tout ce qui est Žternel est invariable. Mais la crŽature ne peut pas �tre invariable, parce que si elle Žtait laissŽe ˆ elle-m�me, elle retournerait au nŽant. Donc elle ne peut pas �tre Žternelle.

q. 3 a. 14 s. c. 4 Praeterea, nihil quod dependet ab alio est necessarium, et per consequens nec aeternum ; cum omne aeternum sit necessarium. Sed omne quod est factum, dependet ab alio. Ergo nullum factum potest esse aeternum.

4. Rien de ce qui dŽpend dÕun autre nÕest nŽcessaire et par consŽquent n'est pas Žternel, puisque tout ce qui est Žternel est nŽcessaire. Mais tout ce qui a ŽtŽ fait dŽpend dÕun autre. Donc rien de ce qui a ŽtŽ fait ne peut �tre Žternel.

q. 3 a. 14 s. c. 5 Praeterea, si Deus ab aeterno producere potuit creaturam, ab aeterno produxit ; quia, secundum philosophum, in sempiternis non differt esse et posse. Sed ponere creaturam ab aeterno fuisse productam, est contra fidem. Ergo et ponere quod produci potuerit.

5. Si Dieu a pu produire la crŽature de toute ŽternitŽ, il lÕa fait, parce que, selon le philosophe (Physique, III, 4, 203 b 28[442]), dans ce qui est Žternel �tre et pouvoir ne sont pas diffŽrents. Mais penser que la crŽature a ŽtŽ produite de toute ŽternitŽ est contre la foi. Donc penser quÕelle aurait pu �tre produite [de toute ŽternitŽ est aussi contre la foi].

q. 3 a. 14 s. c. 6 Praeterea, voluntas sapientis non differt facere quod intendit, si potest, nisi propter aliquam rationem. Sed non potest reddi ratio quare Deus tunc mundum fecerit et non prius, vel ab aeterno, si ab aeterno fieri potuit. Ergo videtur quod ab aeterno fieri non potuit.

6. La volontŽ du sage ne remet ce quÕil a lÕintention de faire, sÕil le peut, que pour quelque bonne raison. Mais on ne peut pas trouver la raison pour laquelle Dieu a fait le monde ˆ un tel moment et non avant, ou de toute ŽternitŽ, si cela Žtait possible. Donc il semble quÕil nÕa pas pu �tre fait de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 14 s. c. 7 Praeterea, si creatura est facta, aut ex nihilo, aut ex aliquo. Sed non ex aliquo : quia vel ex aliquo quod est divina essentia, quod est impossibile ; vel ex aliquo alio : quod si non esset factum, erit aliquid praeter Deum, non ab ipso creatum ; quod supra est improbatum : quod si est factum ex alio, aut procedetur in infinitum, quod est impossibile ; aut devenietur ad aliquid quod est factum de nihilo. Impossibile autem est, quod fit ex nihilo, semper fuisse. Ergo impossibile est creaturam semper fuisse.

7. Si la crŽature a ŽtŽ crŽŽe, elle lÕa ŽtŽ ou de rien ou de quelque chose. Mais pas de quelque chose, qui est lÕessence divine, ce qui est impossible, ou d'autre chose qui, si elle nÕavait pas ŽtŽ crŽŽe, serait au-delˆ de Dieu, non crŽŽe par lui ; ce quÕon a refusŽ ci-dessus ; sÕil est fait dÕautre chose, ou on proc�de ˆ lÕinfini ce qui est impossible, ou on en arrive ˆ ce qui a ŽtŽ fait de rien. Mais il est impossible que ce qui est fait de rien existe toujours. Donc il est impossible que la crŽature ait toujours existŽ.

q. 3 a. 14 s. c. 8 Praeterea, de ratione aeterni est non habere principium, de ratione vero creaturae est habere principium. Ergo nulla creatura potest esse aeterna.

8. Il est de la dŽfinition de lÕŽternel, de ne pas avoir de principe, mais de la dŽfinition de la crŽature d'en avoir un. Donc nulle crŽature ne peut �tre Žternelle.

q. 3 a. 14 s. c. 9 Praeterea, creatura mensuratur tempore vel aevo. Sed aevum et tempus differunt ab aeternitate. Ergo creatura non potest esse aeterna.

9. La crŽature est mesurŽe par le temps ou lÕ¾vum. Mais ils diff�rent lÕun et lÕautre de lÕŽternitŽ. Donc la crŽature ne peut pas �tre Žternelle.

q. 3 a. 14 s. c. 10 Praeterea, si aliquid est creatum, oportet dare aliquod instans in quo creatum fuerit. Sed ante id non fuit. Ergo oportet dicere creaturam non semper fuisse.

10. Si une chose a ŽtŽ crŽŽe, il faut fixer un temps o� elle aura ŽtŽ crŽŽe. Mais avant cela, elle nÕa pas existŽ. Donc il faut dire que la crŽature nÕa pas toujours existŽ.

 

RŽponse :

q. 3 a. 14 co. Respondeo. Dicendum, quod secundum philosophum, possibile dicitur quandoque quidem secundum aliquam potentiam, quandoque, vero secundum nullam potentiam ; secundum potentiam quidem vel activam, vel passivam. Secundum activam quidem, ut si dicamus possibile esse aedificatori quod aedificet ; secundum passivam vero, ut si dicamus, possibile esse ligno quod comburatur.

Selon le philosophe (MŽtaphysique V, 12, 1019 b 22-33[443]) on dŽfinit le possible, quelquefois selon un puissance, quelquefois sans elle : selon une puissance, ou active ou passive. Selon une puissance active, comme si nous disions quÕil est possible au b‰tisseur dÕŽdifier, selon la puissance passive, comme si nous disions quÕil est possible au bois de bržler.

Dicitur autem et quandoque aliquid possibile, non secundum aliquam potentiam, sed vel metaphorice, sicut in geometricis dicitur aliqua linea potentia rationalis, quod praetermittatur ad praesens ; vel absolute, quando scilicet termini enuntiationis nullam ad invicem repugnantiam habent.

Mais on dit qu'une chose est possible quelquefois, non selon une puissance, mais par mŽtaphore, comme en gŽomŽtrie, on dit quÕune ligne est puissance rationnelle, parce quÕelle est omise pour lÕinstant ; ou bien absolument, quand, par exemple, les termes dÕun ŽnoncŽ n'offrent pas de contradiction entre eux.

E contrario vero impossibile, quando sibi invicem repugnant ; ut simul esse affirmationem et negationem impossibile dicitur, non quia sit impossibile alicui agenti vel patienti, sed quia est secundum se impossibile, utpote sibi ipsi repugnans.

Au contraire, c'est impossible, quand les termes sÕopposent lÕun ˆ lÕautre ; ainsi on dit qu'il est impossible que lÕaffirmation et la nŽgation soient ensemble, non parce que cela serait impossible ˆ un agent ou ˆ un patient, mais parce que c'est impossible en soi, comme sÕopposant ˆ soi.

Si ergo consideretur hoc enuntiabile, aliquid diversum in substantia existens a Deo fuisse semper, non potest dici impossibile secundum se, quasi sibi ipsi repugnans : hoc enim quod est esse ab alio, non repugnat ei quod est esse semper, ut supra ostensum est ; nisi quando aliquid ab alio procedit per motum, quod non intervenit in processu rerum a Deo. Per hoc autem quod additur, diversum in substantia, similiter nulla repugnantia absolute loquendo datur intelligi ad id quod est semper fuisse.

Si donc, on consid�re cette proposition : quelque chose de diffŽrent existant par Dieu en substance, a toujours existŽ, on ne peut pas dire que cÕest impossible en soi, comme si elle sÕopposait ˆ soi, car il n'est pas incompatible que l'�tre re�u d'un autre existe toujours, comme on lÕa montrŽ plus haut[444], sauf quand une chose proc�de d'une autre par mouvement, ce qui nÕintervient pas dans ce qui proc�de de Dieu. Du fait qu'on ajoute "diffŽrent en substance", on ne donne ainsi ˆ comprendre, absolument parlant, aucune opposition pour le fait de toujours exister.

Si autem accipiamus possibile dictum secundum potentiam activam, tunc in Deo non deest potentia ab aeterno essentiam aliam a se producendi. Si vero hoc ad potentiam passivam referatur, sic, supposita Catholicae fidei veritate, dici non potest, quod aliquid a Deo procedens in essentia diversum, potuerit semper esse. Supponit enim fides Catholica omne id quod est praeter Deum, aliquando non fuisse. Sicut autem impossibile est, quod ponitur aliquando fuisse, nunquam fuisse : ita impossibile est, quod ponitur aliquando non fuisse, semper fuisse. Unde et dicitur a quibusdam quod hoc quidem est possibile ex parte Dei creantis, non autem ex parte essentiae a Deo procedentis, per suppositionem contrarii, quam fides facit.

Mais si nous acceptons quÕon parle de possible selon la puissance active, alors la puissance ne manque pas ˆ Dieu, pour produire de tout ŽternitŽ une autre essence que lui. Mais si on se rŽf�re ˆ la puissance passive, en s'en tenant ˆ la vŽritŽ de la foi catholique, on ne peut pas dire qu'un �tre diffŽrent en essence qui proc�de de Dieu aura pu toujours existŽ. Car la foi catholique suppose que tout ce qui existe sauf Dieu nÕa pas toujours existŽ. Mais de m�me quÕil est impossible de penser que ce qui a existŽ une fois n'a jamais existŽ, de m�me il est impossible de penser que ce qui n'a pas toujours existŽ, a toujours existŽ. C'est pourquoi certains disent que ce qui est possible pour le Dieu crŽateur ne lÕest pas pour lÕessence qui proc�de de Dieu, en le supposant contraire ˆ la foi.

 

Solutions :

q. 3 a. 14 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ratio illa procedit ex parte potentiae facientis, non autem ex parte facti, de quo facta sit suppositio aliquando non fuisse.

# 1. Cette raison proc�de de la puissance du crŽateur, mais non de celle de la crŽature, dont on a supposŽ qu'elle n'a pas toujours pas existŽ.

q. 3 a. 14 ad 2 Ad secundum dicendum, quod etiam si creatura semper fuisset, non simpliciter Deo aequipararetur, sed secundum quod eum imitaretur ; quod non est inconveniens ; unde illa obviatio parum est efficax.

# 2. M�me si la crŽature avait toujours existŽ, elle nÕaurait absolument pas ŽgalŽe Dieu, mais seulement en l'imitant, ce qui n'est pas inconvenant. C'est pourquoi ce rapprochement est peu efficace.

q. 3 a. 14 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in persona divina non est aliquid quod supponatur aliquando non fuisse, sicut est in omni essentia aliena a Deo.

# 3. Dans la personne divine, il nÕy a rien qu'on suppose nÕavoir pas toujours existŽ, comme cela arrive dans toute essence Žtrang�re ˆ Dieu.

q. 3 a. 14 ad 4 Ad quartum dicendum, quod obiectio procedit ex parte potentiae facientis ; quae nec etiam per voluntatem diminuitur, nisi quatenus ex arbitrio voluntatis divinae fuit quod non semper fuerit creatura.

# 4. LÕobjection vient de la puissance de l'agent qui nÕest emp�chŽ par la volontŽ que dans la mesure o� il a dŽpendu du libre arbitre de la volontŽ divine que la crŽature nÕait pas toujours existŽ[445].

q. 3 a. 14 ad 5 Unde patet responsio ad quintum.

# 5. Ainsi cela rŽpond ˆ lÕobjection 5.

q. 3 a. 14 ad 6 Ad sextum dicendum, quod si ponatur ante quodcumque tempus datum creaturam fuisse, salvatur positio fidei, qua ponitur nihil praeter Deum semper fuisse ; non tamen salvatur, si ponatur eam semper fuisse ; unde non est simile. Sciendum etiam, quod forma arguendi non valet. Potest enim Deus quamlibet creaturam facere meliorem, non tamen potest facere infinitae bonitatis creaturam ; infinita enim bonitas rationi creaturae repugnat, non autem determinata bonitas quantacumque. Sciendum etiam, quod si dicatur, Deum potuisse facere mundum antequam fecerit ; si haec prioritas ad potentiam facientis referatur, indubitanter est verum : quia ab aeterno affuit ei potentia faciendi ; aeternitas vero tempus creationis praecedit. Si autem referatur ad esse facti, ita quod intelligatur ante instans creationis mundi, tempus reale fuisse, in quo potuerit fieri mundus ; patet omnino esse falsum, quia ante mundum motus non fuit, unde nec tempus. Possumus tamen imaginari aliquod tempus ante mundum ; sicut altitudinem vel dimensiones aliquas extra caelum ; per quem modum possumus dicere, et quod altius caelum potuit elevare, et quod prius potuit facere ; quia potuit facere et tempus diuturnius, et altitudinem altiorem.

# 6. Si on pense que la crŽature a existŽ avant un temps donnŽ, on conserve la position de la foi, par laquelle on affirme que rien sauf Dieu n'a toujours existŽ ; cependant on ne la conserve pas, si on affirme qu'elle a toujours existŽ. C'est pourquoi ce nÕest pas pareil. Mais il faut savoir que la forme de la dŽmonstration ne vaut pas. Car Dieu peut crŽer quelque crŽature meilleure, sans cependant pouvoir crŽer une crŽature dÕune bontŽ infinie ; car la bontŽ infinie s'oppose ˆ la notion de crŽature, mais non une bontŽ dŽterminŽe de quelque grandeur. Mais il faut savoir que si on dit : ÇDieu aurait pu faire le monde avant quÕil ne lÕa faitÈ, si cette prioritŽ se rŽf�re ˆ la puissance du crŽateur, cÕest indubitablement vrai ; parce que, de toute ŽternitŽ il a possŽdŽ la puissance de crŽer, mais lÕŽternitŽ prŽc�de le temps de la crŽation. Si on se rŽf�re ˆ lÕ�tre de la crŽature, de sorte quÕon comprend qu'avant lÕinstant de la crŽation du monde, il y eut un temps rŽel, dans lequel le monde aurait pu �tre crŽŽ, il est clair que c'est tout ˆ fait faux, parce quÕavant le monde il nÕy eut pas de mouvement, et par consŽquent pas de temps. Cependant nous pouvons imaginer un temps avant le monde, une altitude et des dimensions hors du ciel aussi ; de cette mani�re nous pouvons dire qu'il aurait pu Žlever le ciel plus haut, et le faire avant, parce quÕil aurait pu faire un temps plus long et une altitude plus haute.

q. 3 a. 14 ad 7 Ad septimum dicendum, quod Platonici hoc intellexerunt, fidei veritatem non supponendo, sed ab ea alieni.

# 7. Les Platoniciens lÕont compris sans supposer la vŽritŽ de la foi, car ils lui Žtait Žtrangers.

q. 3 a. 14 ad 8 Ad octavum dicendum, quod ratio illa non probat nisi quod esse factum, et esse semper, non habeant ad invicem repugnantiam secundum se considerata ; unde procedit de possibili absolute.

# 8. Cette raison ne prouve seulement que ce qui a ŽtŽ crŽŽ et ce qui a toujours existŽ n'ont pas d'incompatibilitŽ en soi ; c'est pourquoi elle proc�de absolument du possible..

q. 3 a. 14 ad 9 Ad nonum dicendum, quod ratio illa procedit de possibili ex parte potentiae activae.

# 9. Cette raison proc�de du possible du c™tŽ de la puissance active.

 

RŽponse :s aux objections opposŽes :

q. 3 a. 14 ad s. c. Sed quia rationes oppositae concludere videntur, quod secundum nullam considerationem sit possibile ; ideo ad eas etiam est respondendum.

Mais parce que les raison opposŽes semblent conclure que c'est possible sans aucune considŽration, il faut aussi leur rŽpondre.

q. 3 a. 14 ad s. c. 1 Ad primum ergo dicendum, quod secundum Boetium in fine de consolatione philosophiae, etiam si mundus semper fuisset, non esset Deo coaeternus eius enim duratio non esset tota simul ; quod ad aeternitatis rationem requiritur. Est enim aeternitas interminabilis vitae tota simul et perfecta possessio, ut ibidem dicitur. Temporis autem successio ex motu causatur, ut ex philosopho patet. Unde quod mutabilitati subiacet, etiam si semper sit, aeternum esse non potest ; et propter hoc Augustinus dicit, quod invariabili essentiae Trinitatis nulla creatura coaeterna esse potest.

## 1. Selon Bo�ce, ˆ la fin de La consolation de la philosophie (livre V, derni�re prose), m�me si le monde avait toujours existŽ, il nÕaurait pas ŽtŽ coŽternel ˆ Dieu, car sa durŽe nÕaurait pas ŽtŽ toute ˆ la fois ; ce qui est requis pour la notion d'ŽternitŽ. Car il existe une ŽternitŽ dÕune vie interminable toute ˆ la fois et possession parfaite, comme on est dit au m�me endroit. Mais la succession du temps est causŽe par le mouvement, comme le philosophe le montre (Physique, IV, 4, 219 a 22-25[446]). C'est pourquoi ce qui est soumis ˆ mutation, m�me sÕil a toujours existŽ, ne pourrait pas �tre Žternel et ˆ cause de cela Augustin dit (Sur la Gen�se, VIII, 23) qu'aucune crŽature ne peut �tre coŽternelle ˆ lÕessence immuable de la TrinitŽ.

q. 3 a. 14 ad s. c. 2 Ad secundum dicendum, quod Damascenus loquitur supposita fidei veritate ; quod patet ex hoc quod dicit, quod ex non esse ad esse deductum est, et cetera.

## 2. Jean Damasc�ne parle en supposant la vŽritŽ de la foi ; ce qui appara”t du fait quÕil dit que ce qui a ŽtŽ amenŽ du non-�tre ˆ lÕ�tre, etc..

q. 3 a. 14 ad s. c. 3 Ad tertium dicendum, quod variabilitas de sui ratione excludit aeternitatem, non autem infinitam durationem.

## 3. La variabilitŽ par sa dŽfinition exclut lÕŽternitŽ, mais non la durŽe infinie.

q. 3 a. 14 ad s. c. 4 Ad quartum dicendum, quod id quod ab alio dependet, nunquam esse potest nisi per influxum eius a quo est ; quod si semper fuit, et ipsum semper erit.

## 4. Ce qui dŽpend dÕun autre ne peut jamais exister qu'en dŽcoulant de ce par quoi il est ; parce que, sÕil a toujours ŽtŽ, il sera toujours.

q. 3 a. 14 ad s. c. 5 Ad quintum dicendum, quod non sequitur, si Deus aliquid potuit facere, quod illud fecerit, eo quod est agens secundum voluntatem, non secundum necessitatem naturae. Quod autem dicitur, quod in sempiternis non differt esse et posse, intelligendum est secundum potentiam passivam, non autem secundum activam. Potentia enim passiva actui non coniuncta, corruptionis principium est, et ideo sempiternitati repugnat ; effectus vero activae potentiae actu non existens, perfectioni causae agentis praeiudicium non affert, maxime in causis voluntariis. Effectus enim non est perfectio potentiae activae sicut forma potentiae passivae.

## 5. Il n'en dŽcoule pas, que, si Dieu a pu faire quelque chose, il l'ait fait, c'est parce quÕil est agent volontaire, mais non agent par nŽcessitŽ de nature. Quand on dit que dans ce qui est Žternel, lÕ�tre et le pouvoir ne diff�rent pas, il faut le comprendre de la puissance passive mais non de la puissance active. Car la puissance passive qui nÕest pas jointe ˆ un acte est principe de corruption, et cÕest pourquoi elle sÕoppose ˆ l'ŽternitŽ : mais lÕeffet de la puissance active qui nÕexiste pas en acte, nÕapporte ˆ la perfection de la cause efficiente aucun prŽjudice, surtout dans les causes volontaires. Car lÕeffet nÕest pas la perfection de la puissance active comme la forme de la puissance passive.

q. 3 a. 14 ad s. c. 6 Ad sextum dicendum, quod circa productionem primarum creaturarum intellectus noster rationem investigare non potest, eo quod non potest comprehendere artem illam quae sola est ratio quod creaturae praedictae hunc habeant modum ; unde sicut non potest ratio reddi ab homine quare caelum est tantum et non amplius ; ita reddi non potest ratio quare mundus factus non fuit antea, cum tamen utrumque fuerit divinae potestati subiectum.

## 6. A propos de la production des premi�res crŽatures, notre esprit ne peut en scruter la raison parce quÕil ne peut comprendre cet art qui seul est la raison pour laquelle les crŽatures susdites ont ce mode. C'est pourquoi, de m�me que l'homme ne peut trouver la raison pour laquelle le ciel est tel, et non plus vaste ; de m�me on ne peut donner la raison pour laquelle le monde a ŽtŽ fait avant, puisque cependant les deux conditions ont ŽtŽ soumises ˆ la puissance divine.

q. 3 a. 14 ad s. c. 7 Ad septimum dicendum, quod primae creaturae non sunt productae ex aliquo, sed ex nihilo. Non tamen oportet ex ipsa ratione productionis, sed ex veritate quam fides supponit, quod prius non fuerint, et postea in esse prodierint. Unus enim sensus praedictae locutionis esse potest, secundum Anselmum, ut dicatur creatura facta ex nihilo, quia non est facta ex aliquo, ut negatio includat praepositionem et non includatur ab ea, ut sic negatio ordinem ad aliquid, quem praepositio importat, neget ; non autem praepositio importat ordinem ad nihil. Si vero ordo ad nihil remaneat affirmatus, praepositione negationem includente, nec adhuc oportet quod creatura aliquando fuerit nihil. Potest enim dici, sicut et Avicenna dicit, quod non esse praecedat esse rei, non duratione, sed natura ; quia videlicet, si ipsa sibi relinqueretur, nihil esset : esse vero solum ab alio habet. Quod enim est natum alicui inesse ex se ipso, naturaliter prius competit ei, eo quod non est ei natum inesse nisi ab alio.

## 7. Les premi�res crŽatures nÕont pas ŽtŽ produites de quelque chose, mais de rien[447]. Cependant il faut, non ˆ partir de la dŽfinition m�me de leur production, mais ˆ partir de la vŽritŽ que suppose la foi, quÕelles nÕaient pas existŽ avant et qu'elles soient venues ˆ lÕ�tre ensuite. En effet, un des sens de la locution susdite peut �tre, selon Anselme (Monologium ch. 8), que la crŽature a ŽtŽ crŽŽe de rien, parce quÕelle nÕa pas ŽtŽ faite de quelque chose, pour que la nŽgation inclut la prŽposition et ne soit pas incluse par elle, afin que la nŽgation nie le relation ˆ ce qu'elle apporte ; mais celle-ci nÕapporte de relation ˆ rien. Mais ainsi la relation au nŽant demeure affirmŽe, alors que la prŽposition inclut la nŽgation, et il ne faut pas encore que la crŽature ait ŽtŽ un jour nŽant. Car on peut dire, comme Avicenne le dit, que le non �tre prŽc�de lÕ�tre de la chose, non dans la durŽe, mais dans sa nature, parce qu'il est Žvident que si elle Žtait laissŽe ˆ elle-m�me, elle ne serait rien ; mais elle tient lÕ�tre seulement dÕun autre. Car ce qui est destinŽ ˆ �tre dans quelque chose par soi, lui appartient naturellement dÕabord, parce qu'il est destinŽ ˆ n'�tre que par un autre.

q. 3 a. 14 ad s. c. 8 Ad octavum dicendum, quod de ratione aeterni est non habere durationis principium ; de ratione vero creationis habere principium originis, non autem durationis ; nisi accipiendo creationem ut accipit fides.

## 8. Il est de la nature de lÕŽternitŽ de ne pas avoir de principe de durŽe, mais de la nature de la crŽation dÕavoir un principe dÕorigine, mais non de durŽe, ˆ moins de recevoir la crŽation comme la foi la re�oit.

q. 3 a. 14 ad s. c. 9 Ad nonum dicendum, quod aevum et tempus ab aeternitate differunt, non solum ratione principii durationis, sed etiam ratione successionis. Tempus enim in se successivum est ; aevo vero successio adiungitur prout substantiae aeternae sunt quantum ad aliquid variabiles, etsi quantum ad aliquid non varientur, prout aevo mensurantur. Aeternitas vero nec successionem continet nec successioni adiungitur.

## 9. LÕ¾vum et le temps diff�rent de lÕŽternitŽ, non seulement en raison du principe de durŽe, mais aussi en raison de la succession. Car le temps en soi est successif ; la succession est ajoutŽe ˆ lÕ¾vum, dans la mesure o� les substances Žternelles sont variables sur un point, m�me si elles ne varient en rien selon quÕelles sont mesurŽes par lÕ¾vum. LÕŽternitŽ ne contient pas de succession et elles nÕest pas ajoutŽe ˆ une succession.

q. 3 a. 14 ad s. c. 10 Ad decimum dicendum, quod operatio qua Deus res producit in esse, non sic est intelligenda sicut operatio artificis qui facit arcam et postea eam deserit ; sed quod Deus continue influat esse, ut Augustinus dicit ; unde non oportet assignare aliquod instans productionis rerum antequam productae non sint, nisi propter fidei suppositionem.

## 10. LÕopŽration par laquelle Dieu fait venir les choses ˆ lÕ�tre ne doit pas �tre comprise comme lÕopŽration de lÕartisan qui fait un coffre et ensuite lÕabandonne, parce que Dieu insuffle lÕ�tre constamment, comme Augustin le dit (La Gen�se au sens littŽral, IV, 12 et VIII, 12) ; c'est pourquoi il ne faut pas assigner un instant de la production des choses avant quÕelles nÕaient ŽtŽ produites qu'ˆ cause d'une supposition de foi.

 

 

 

Article 15 Ñ Les choses proc�dent-elles de Dieu par nŽcessitŽ de nature ou par le libre arbitre de sa volontŽ

q. 3 a. 15 tit. 1 Decimoquinto quaeritur utrum res processerint a Deo per necessitatem naturae vel per arbitrium voluntatis. Et videtur quod per necessitatem naturae.

Il semble que Dieu agisse par nŽcessitŽ de nature[448].

 

Objections :

q. 3 a. 15Arg. 1 Dicit enim Dionysius : sicut noster sol non ratiocinans aut praeeligens, sed per ipsum suum esse omnia lumine eius participare volentia illuminat ; ita divina bonitas per essentiam suam omnibus existentibus proportionaliter radios bonitatis immittit. Sed sol sine electione et ratione illuminans hoc agit ex necessitate naturae. Ergo et Deus creaturas producit suam bonitatem communicando per necessitatem naturae.

1. Car Denys (Les noms divins, 4, ¤ 1 PG. 693B[449]) dit : ÇDe m�me que notre soleil, sans raisonner ni choisir, mais par son �tre m�me, Žclaire tout ce qui est susceptible de participer ˆ sa lumi�re, de m�me la divine bontŽ, par son essence, communique proportionnellement ˆ tout ce qui existe les rayons de sa bontŽ.È Mais le soleil qui illumine sans choix et sans raison le fait par nŽcessitŽ de nature. Donc Dieu aussi produit les crŽatures en communiquant sa bontŽ par nŽcessitŽ de nature.

q. 3 a. 15Arg. 2 Praeterea, omnis perfectio inferioris naturae a perfectione divinae naturae derivatur. Sed ad perfectionem naturae inferioris pertinet quod sua virtute aliquid simile sibi faciat producendo effectum. Ergo multo fortius Deus similitudinem suae bonitatis creaturis communicat naturaliter, et non voluntarie.

2. Toute la perfection de la nature infŽrieure dŽrive de celle de la nature divine. Mais il convient ˆ la perfection dÕune nature infŽrieure, de faire, par son pouvoir, quelque chose de semblable ˆ soi en produisant son effet. Donc Dieu communique beaucoup mieux la ressemblance de sa bontŽ aux crŽatures, par nature et non par volontŽ.

q. 3 a. 15Arg. 3 Praeterea, omne agens agit sibi simile. Ergo secundum hoc effectus agitur a causa agente, quod eius similitudinem habet. Sed creatura habet similitudinem Dei quantum ad ea quae ad Dei naturam pertinent, scilicet quantum ad esse et bonitatem et unitatem, et alia huiusmodi, non solum quantum ad ea quae sunt in voluntate vel in intellectu, sicut artificiata sunt similia artifici quantum ad formam artis, non quantum ad naturam artificis, propter quod voluntarie et non naturaliter ab artifice procedunt. Ergo creaturae procedunt a Deo per virtutem naturae divinae et non per voluntatem.

3. Tout agent fait du semblable ˆ lui. C'est pourquoi lÕeffet est produit par la cause efficiente, parce quÕil lui ressemble. Mais pour ce qui concerne la nature de Dieu, la crŽature lui ressemble, pour ce qui concerne lÕ�tre, la bontŽ, l'unitŽ, etc., et pas seulement pour ce qui est dans la volontŽ ou lÕintellect ; ainsi, de m�me les Ïuvres faites par lÕartisan lui-m�me ressemblent ˆ la forme de son art, mais pas ˆ sa nature dÕartisan, parce quÕelles proviennent de lui par volontŽ et non par nature. Donc les crŽatures proc�dent de Dieu par le pouvoir de la nature divine et non par volontŽ.

q. 3 a. 15Arg. 4 Sed dices, quod similitudinem naturalium attributorum communicat creaturis divina voluntas.- Sed contra, similitudo naturae communicari non potest nisi per virtutem naturae. Sed virtus naturae in nulla re subiacet voluntati ; unde et in Deo generatio filii a patre, quae est naturalis, non fit per imperium voluntatis, nec etiam in hominibus vires animae vegetabiles, quae naturales dicuntur, voluntati subduntur. Ergo non potest esse quod voluntate divina, similitudo naturalium attributorum creaturis communicetur.

4. Mais on pourrait dire que la volontŽ divine communique la ressemblance de ses attributs naturels aux crŽatures. Ñ En sens contraire, la ressemblance de la nature ne peut �tre communiquŽe que par son pouvoir. Mais ce pouvoir nÕest subordonnŽ en rien ˆ la volontŽ ; c'est pourquoi, en Dieu, la gŽnŽration du Fils par le P�re, qui est naturelle, ne se fait pas par le pouvoir de la volontŽ, et dans les hommes les puissances vŽgŽtatives de lÕ‰me, qu'on appelle naturelles, ne sont pas soumises ˆ la volontŽ. Donc il n'est pas possible que la ressemblance des attributs naturels soit communiquŽe par la volontŽ divine aux crŽatures.

q. 3 a. 15Arg. 5 Praeterea, Augustinus dicit in libro de doctrina Christiana, quod quia Deus bonus est, sumus : et ita bonitas Dei videtur esse causa productionis creaturarum. Sed bonitas est Deo naturalis. Ergo et fluxus rerum a Deo est naturalis.

5. Augustin dit dans La doctrine chrŽtienne, (I, 32) que nous existons, parce que Dieu est bon ; et ainsi la bontŽ de Dieu semble �tre la cause de la production des crŽatures. Mais cette bontŽ est naturelle pour Dieu. Donc le flux des �tres ˆ partir de Dieu est naturel.

q. 3 a. 15Arg. 6 Praeterea, in Deo idem est natura et voluntas. Si ergo Deus producat res voluntarie, sequetur quod producat eas naturaliter.

6. En Dieu, la nature et la volontŽ sont identiques. Donc si Dieu produit les �tres volontairement, il sÕensuit quÕil les produit naturellement.

q. 3 a. 15Arg. 7 Praeterea, necessitas naturae provenit ex hoc quod natura immobiliter operatur idem, nisi impedimentum eveniat. Sed maior est immutabilitas Dei quam naturae inferioris. Ergo magis ex necessitate Deus producit effectum suum quam natura inferior.

7. La nŽcessitŽ de nature provient de ce que la nature immuablement fait la m�me chose, sauf si intervient un emp�chement. Mais lÕimmutabilitŽ de Dieu est plus grande que celle de la nature infŽrieure. Donc Dieu produit son effet plus par nŽcessitŽ que la nature infŽrieure.

q. 3 a. 15Arg. 8 Praeterea, operatio Dei est eius essentia. Sed essentia sua est ei naturalis. Ergo naturaliter operatur quidquid operatur.

8. LÕopŽration de Dieu[450] est son essence. Mais celle-ci lui est naturelle. Donc toute opŽration lui est naturelle.

q. 3 a. 15Arg. 9 Praeterea, secundum philosophum voluntas est finis, electio eorum quae sunt ad finem. Sed in Deo non est aliquis finis, cum sit infinitus. Ergo non agit ex voluntate, sed magis ex necessitate naturae.

9. Selon le Philosophe (ƒthique, III, 2, 1111 b 28[451]) la volontŽ est une fin, le choix de ce qui est en vue de la fin. Mais en Dieu il nÕy a pas de fin, puisquÕil est infini[452]. Donc il nÕagit pas par volontŽ, mais plut™t par nŽcessitŽ de nature.

q. 3 a. 15Arg. 10 Praeterea, Deus operatur in quantum est bonus, ut Augustinus dicit. Sed ipse est bonum necessarium. Ergo ex necessitate operatur.

10. Dieu op�re en tant quÕil est bon, comme Augustin le dit (La doctrine chrŽtienne, I, 32). Mais il est le bien nŽcessaire. Donc il op�re par nŽcessitŽ.

q. 3 a. 15Arg. 11 Praeterea, omne quod est, vel est contingens, vel necessarium. Necessarium vero est aliquid tripliciter : scilicet per coactionem, ex suppositione, et absolute. Non autem potest dici quod in Deo sit aliquid possibile vel contingens : hoc enim mutabilitati attestatur, ut per philosophum patet, quia quod contingit esse, contingit non esse. Similiter non est ibi aliquid necessarium per coactionem, quia nihil ibi est violentum nec contra naturam, ut dicitur in V Metaph. Similiter nec necessarium ex suppositione : quia hoc necessarium causatur ex aliquibus causis praesuppositis, Deo autem nihil est causa. Relinquitur ergo quod quidquid est in Deo sit necessarium absolute ; et ita videtur quod res ex necessitate in esse producat..

11. Tout ce qui est, est contingent ou nŽcessaire. Mais le nŽcessaire existe de trois mani�res : cÕest-ˆ-dire par contrainte, sous condition et absolument. Mais on ne peut pas dire qu'en Dieu, il y ait quelque chose de possible ou de contingent ; car la mutabilitŽ l'atteste, comme on le voit chez le Philosophe (MŽtaphysique, XI, 8, 1064 b 32[453]) que le contingent est ou nÕest pas. De m�me, il nÕy a rien ici de nŽcessaire par contrainte, parce que rien n'y est violent, ni contraire ˆ la nature, comme on le dit (MŽtaphysique V, 5, 1015 a 25[454]). De la m�me mani�re, il nÕy a pas de nŽcessitŽ sous condition, parce que cette nŽcessitŽ est causŽe par des causes prŽsupposŽes. Mais, en Dieu il nÕy a pas de cause. Donc il reste que ce qui est en Dieu est absolument nŽcessaire, et ainsi il semble quÕil fasse venir les crŽatures ˆ lÕ�tre par nŽcessitŽ[455].

q. 3 a. 15Arg. 12 Praeterea, II ad Timoth. II, 13, dicitur : Deus fidelis permanet et seipsum negare non potest. Sed cum ipse sit sua bonitas, se ipsum negaret si suam bonitatem negaret. Negaret autem suam bonitatem si eam communicando non diffunderet ; cum hoc sit proprium bonitatis. Ergo Deus non potest non producere creaturam suam bonitatem communicando : ergo ex necessitate producit : quia non possibile non esse et necesse esse convertuntur, ut patet in II perihermeneias.

12. En 2 Tm 2, 13, il est dit : ÇDieu demeure fid�le et il ne peut se (re)nier[456]È. Mais, comme il est sa propre bontŽ, il se renierait lui-m�me, sÕil reniait sa bontŽ. Il la nierait, sÕil ne la diffusait pas en la communiquant, puisque c'est cela le propre de la bontŽ. Donc Dieu ne peut pas ne pas produire une crŽature en communiquant sa bontŽ. Donc il produit par nŽcessitŽ ; parce qu'il n'est pas possible que le non �tre et lÕ�tre nŽcessaire soient convertibles, comme cela para”t dans le Perihermeneias (II, 3, 22 a 3).

q. 3 a. 15Arg. 13 Praeterea, secundum Augustinum, patrem generare filium, est patrem dicere se suo verbo. Sed Anselmus dicit, quod eodem verbo pater dicit se et creaturam. Cum ergo generatio filii a patre sit naturaliter et non per imperium voluntatis, videtur quod etiam creaturarum productio : nam apud Deum non differt dicere et facere ; cum scriptum sit, Ps. XXXII, 9 : dixit, et facta sunt.

13. Selon Augustin, le fait que le P�re engendre le Fils, cÕest le P�re qui se dit par son Verbe. Mais Anselme dit (Monologium 31[457]) que par le m�me verbe le P�re se dit et dit la crŽature. Donc puisque la gŽnŽration du Fils par le P�re est naturelle et non par le pouvoir de sa volontŽ, il semble quÕil en est de m�me pour la production des crŽatures ; car en Dieu dire et faire ne sont pas diffŽrents, puisquÕil est Žcrit Ps. 32, 9 : ÇIl dit, et cela fut fait.È

q. 3 a. 15Arg. 14 Praeterea, omnis volens de necessitate vult suum ultimum finem, sicut homo de necessitate vult esse beatus. Sed ultimus finis divinae voluntatis est suae bonitatis communicatio : propter hoc enim producit creaturas, ut suam bonitatem communicet. Ergo Deus hoc de necessitate vult, ergo et ex necessitate producit.

14. Tout ce qui veut par nŽcessitŽ veut sa fin ultime, comme lÕhomme veut nŽcessairement �tre heureux. Mais la fin ultime de la volontŽ divine est la communication de sa bontŽ ; il produit des crŽatures pour communiquer sa bontŽ. Donc Dieu le veut nŽcessairement, donc il produit par nŽcessitŽ.

q. 3 a. 15Arg. 15 Praeterea, sicut Deus est per se bonum, ita est per se necessarium. Sed in Deo, quia est per se bonus, nihil est nisi bonum. Ergo et similiter in eo nihil est nisi necessarium ; et ita ex necessitate producit res.

15. Dieu est bon en soi ; de m�me il est nŽcessaire en soi. Mais en Dieu, parce quÕil est bon en soi, il n'y a rien sinon le bien. Donc et de la m�me mani�re, en lui il n'y a rien qui ne soit nŽcessaire et ainsi il produit les crŽatures par nŽcessitŽ.

q. 3 a. 15Arg. 16 Praeterea, voluntas Dei est determinata ad unum, scilicet ad bonum. Sed natura propter hoc ex necessitate operatur, quia est determinata ad unum. Ergo et voluntas divina ex necessitate operatur creaturas.

16. La volontŽ de Dieu est dŽterminŽe ˆ un seul objet, cÕest-ˆ-dire au bien. Mais la nature op�re par nŽcessitŽ, parce quÕelle est dŽterminŽe ˆ un seul effet. Donc la volontŽ divine crŽe les crŽatures par nŽcessitŽ.

q. 3 a. 15Arg. 17 Praeterea, pater virtute naturae suae est principium filii et spiritus sancti, ut Hilarius dicit. Sed eadem natura quae est in patre et filio, est etiam in spiritu sancto. Ergo eadem ratione ipse spiritus sanctus est principium naturaliter. Sed non est principium nisi creaturae. Ergo creatura naturaliter procedit a Deo.

17. Le P�re par le pouvoir de sa nature est le principe du Fils et de lÕEsprit Saint, comme Hilaire le dit (Livre des Synodes). Mais la m�me nature est dans le P�re, le Fils et aussi dans lÕEsprit Saint. Donc, pour la m�me raison, lÕEsprit Saint lui-m�me est principe par nature. Mais il ne l'est que pour la crŽature. Donc la crŽature proc�de naturellement de Dieu.

q. 3 a. 15Arg. 18 Praeterea, effectus procedit a causa agente. Ergo agens non comparatur ad effectum nisi per hoc quod comparatur ad actionem vel operationem. Sed comparatio operationis vel actionis divinae ad ipsum est naturalis, cum actio Dei sit sua essentia. Ergo similiter ad effectum comparatur naturaliter producendo ipsum.

18. LÕeffet proc�de de la cause efficiente. Donc lÕagent nÕest comparŽ ˆ lÕeffet que parce ce quÕil est comparŽ ˆ lÕaction ou ˆ lÕopŽration. Mais la comparaison de lÕopŽration ou de lÕaction de Dieu ˆ lui-m�me est naturelle, puisque son action est son essence. Donc de m�me, il est comparŽ ˆ lÕeffet en le produisant lui-m�me naturellement.

q. 3 a. 15Arg. 19 Praeterea, a per se bono non fit aliquid nisi bonum et bene. Ergo et a per se necessario non fit aliquid nisi necessarium et necessario. Sed Deus est huiusmodi. Ergo omnia procedunt ab ipso ex necessitate.

19. Du bien en soi ne se fait que ce qui est bon et bien. Donc du nŽcessaire en soi ne se fait que quelque chose de nŽcessaire et nŽcessairement. Mais Dieu est de ce genre. Donc tout proc�de de lui par nŽcessitŽ.

q. 3 a. 15Arg. 20 Praeterea, cum id quod est per se, sit prius eo quod est per aliud, oportet primum agens agere per suam essentiam. Sed sua essentia et sua natura idem est. Ergo agit per naturam suam ; et ita naturaliter creaturae ab eo procedunt.

20. Comme ce qui est par soi est avant ce qui est par un autre, il faut que le premier agent agisse par son essence. Mais son essence et sa nature sont un m�me attribut. Donc il agit par sa nature, et ainsi les crŽatures proc�dent de lui naturellement.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 15 s. c. 1 Sed contra. Est quod Hilarius dicit : omnibus creaturis substantiam Dei voluntas attulit ; et ibidem : tales sunt creaturae quales Deus eas esse voluit. Ergo Deus producit creaturas per voluntatem, non per naturae necessitatem.

1. Il y a ce quÕHilaire dit dans le Livre des synodes : ÇLa volontŽ de Dieu apporte leur substance ˆ toutes les crŽatures.È et au m�me endroit : ÇLes crŽatures sont telles que Dieu a voulu quÕelles soientÈ. Donc Dieu produit les crŽatures par volontŽ, non par nŽcessitŽ de nature.

q. 3 a. 15 s. c. 2 Praeterea, Augustinus in XII Confess., ad Deum loquens, ait duo fecisti, domine : unum prope te, scilicet Angelum, et aliud prope nihil, scilicet materiam. Neutrum tamen est de natura tua : quia neutrum est quod tu es. Sed filius pro tanto naturaliter a patre procedit, quia eamdem habet naturam quam pater, ut Augustinus dicit. Ergo creatura non procedit a Deo naturaliter.

2. Augustin dans Les Confessions (XII, 7) parlant ˆ Dieu dit : Tu as fait, Seigneur, deux crŽatures : lÕune proche de toi, ˆ savoir lÕange et lÕautre proche du nŽant, ˆ savoir la mati�re. Cependant ni lÕune, ni lÕautre ne sont de ta nature, parce que ni lÕune ni lÕautre est ce que tu es. Mais le Fils pour autant proc�de du P�re naturellement, parce qu'il a la m�me nature que lui, comme Augustin le dit (La TrinitŽ, XV, 14[458]). Donc la crŽature ne proc�de pas de Dieu naturellement[459].

 

RŽponse :

q. 3 a. 15 co. Respondeo. Dicendum quod, absque omni dubio, tenendum est quod Deus ex libero arbitrio suae voluntatis creaturas in esse produxit nulla naturali necessitate. Quod potest esse manifestum ad praesens quatuor rationibus :

Sans aucun doute, il faut croire que Dieu fit venir les crŽatures ˆ lÕ�tre par le libre arbitre de sa volontŽ, sans aucune nŽcessitŽ naturelle. Ce qui peut �tre montrŽ ˆ prŽsent par quatre raisons :

quarum prima est, quod oportet dicere universum aliquem finem habere : alias omnia in universo casu acciderent ; nisi forte diceretur, quod primae creaturae non sunt propter finem, sed ex naturali necessitate ; posteriores vero creaturae sunt propter finem ; sicut et Democritus ponebat caelestia corpora esse a casu facta, inferiora vero a causis determinatis, quod improbatur in II Phys., per hoc quod ea quae sunt nobiliora, non possunt esse minus ordinata quam indigniora. Necesse est igitur dicere, quod in productione creaturarum a Deo sit aliquis finis intentus.

1) Premi�re raison : Il faut dire que lÕunivers a une fin[460] ; autrement tout y arriverait par hasard ; ˆ moins quÕon dise que les premi�res crŽatures[461] ne sont pas finalisŽes mais dŽpendent d'une nŽcessitŽ de nature ; mais les crŽatures suivantes sont en vue dÕune fin ; ainsi DŽmocrite pensait que les corps cŽlestes Žtaient dus au hasard, mais les �tres infŽrieurs ˆ des causes dŽterminŽes, ce qui est dŽsapprouvŽ en Physique (II, 4, 196 a 28 - b 4[462]), parce que, ce qui est plus noble, ne peut pas �tre moins ordonnŽ que ce qui l'est moins. Donc il est nŽcessaire de dire que, dans la production des crŽatures par Dieu, il y a une fin recherchŽe.

Invenitur autem agere propter finem et voluntas et natura, sed aliter et aliter. Natura enim, cum non cognoscat nec finem nec rationem finis, nec habitudinem eius, quod est ad finem in finem, non potest sibi praestituere finem, nec se in finem movere aut ordinare vel dirigere ; quod quidem competit agenti per voluntatem, cuius est intelligere et finem et omnia praedicta. Unde agens per voluntatem sic agit propter finem, quod praestituit sibi finem, et seipsum quodammodo in finem movet, suas actiones in ipsum ordinando. Natura vero tendit in finem sicut mota et directa ab alio intelligente et volente, sicut patet in sagitta, quae tendit in signum determinatum propter directionem sagittantis ; et per hunc modum a philosophis dicitur, quod opus naturae est opus intelligentiae. Semper autem quod est per aliud, est posterius eo quod est per se. Unde oportet quod primum ordinans in finem, hoc faciat per voluntatem ; et ita Deus per voluntatem creaturas in esse produxit, non per naturam. Nec est instantia de filio, quod naturaliter procedit a patre, cuius generatio creationem praecedit : quia filius non procedit ut ad finem ordinatus, sed ut omnium finis.

On trouve que la volontŽ et la nature agissent en vue dÕune fin, mais de fa�ons diffŽrentes. En effet, comme la nature ne conna”t ni la fin ni sa raison, ni sa relation de la fin ˆ la fin, elle ne peut s'en fixer une ; ni aller vers cette fin, ni l'ordonner, ni la diriger, ce qui appartient ˆ l'agent volontaire dont cÕest le propre de comprendre (intelligere) la fin, etc.. C'est pourquoi un agent volontaire agit en vue dÕune fin, parce quÕil se l'est assignŽe et il va lui-m�me dÕune certaine mani�re vers elle, en y ordonnant ses actions. Mais la nature tend ˆ sa fin comme mue et dirigŽe par un autre, pourvu d'esprit et de volontŽ, comme cela para”t pour la fl�che qui tend ˆ une cible dŽterminŽe par l'action dirigŽe par l'archer et ainsi les philosophes disent que lÕÏuvre de la nature est celle dÕune intelligence. Mais toujours ce qui dŽpend dÕun autre est postŽrieur ˆ ce qui est par soi. C'est pourquoi il faut que celui qui ordonne en premier vers une fin, le fasse par volontŽ. Et ainsi Dieu a fait venir ˆ lÕ�tre des crŽatures par sa volontŽ, non par nature. Et ce nÕest pas le cas du Fils parce qu'il proc�de naturellement du P�re ; sa gŽnŽration a prŽcŽdŽ la crŽation : parce qu'il ne proc�de pas comme ordonnŽ ˆ une fin, mais comme la fin de tout.

Secunda vero ratio est, quia natura est determinata ad unum. Cum autem omne agens sibi simile producat, oportet quod natura ad illam similitudinem tendat producendam quae est determinate in uno. Cum autem aequalitas ab unitate causetur, inaequalitas vero ex multitudine quae vario modo se habet (ratione cuius non est aliquid alteri aequale nisi uno modo, inaequale vero secundum multos gradus) natura semper facit sibi aequale, nisi sit propter defectum virtutis activae, vel receptivae sive passivae. Defectus autem passivae potentiae Deo non praeiudicat, cum ipse materiam non requirat ; nec iterum virtus sua est deficiens, sed infinita. Unde hoc solum ab eo procedit naturaliter quod est sibi aequale, scilicet filius. Creatura vero, quae est inaequalis, non naturaliter, sed per voluntatem procedit ; sunt enim multi gradus inaequalitatis. Nec potest dici quod divina virtus ad unum determinetur tantum, cum sit infinita. Unde cum divina virtus se extendat ad diversos gradus inaequalitatis in creaturis constituendos ; quod in hoc gradu determinato creaturam constituit, ex arbitrio voluntatis fuit, non ex naturali necessitate.

2) Seconde raison : la nature est dŽterminŽe ˆ un seul effet[463]. Et comme tout agent produit du semblable ˆ lui, il faut que la nature tende ˆ produire cette ressemblance, qui est dŽterminŽe ˆ un seul objet. Mais comme lÕŽgalitŽ est causŽe par lÕunitŽ, lÕinŽgalitŽ par la pluralitŽ qui se comporte de mani�re variŽe (pour la raison que rien nÕest Žgal ˆ autre chose que d'une seule mani�re et inŽgal en de nombreux degrŽs) ; la nature fait toujours de lÕŽgal ˆ soi, sauf dŽfaillance du pouvoir qui agit, qui re�oit ou qui subit. Mais la dŽfaillance de la puissance passive ne porte pas prŽjudice ˆ Dieu puisqu'il nÕa pas besoin de mati�re ; et en plus son pouvoir nÕest pas dŽfaillant, mais infini. C'est pourquoi, seul proc�de de lui naturellement, ce qui lui est Žgal, cÕest-ˆ-dire son Fils. Mais la crŽature qui est inŽgale, proc�de non pas naturellement, mais par volontŽ. Car il y a de nombreux degrŽs dÕinŽgalitŽ. Et on ne peut pas dire que le pouvoir divin soit dŽterminŽ ˆ un seul effet seulement, puisquÕil est infini. C'est pourquoi, comme le pouvoir divin sÕŽtend pour constituer diffŽrents degrŽs dÕinŽgalitŽ dans les crŽatures, qu'il ait Žtabli la crŽature ˆ un degrŽ dŽterminŽ dŽpend du libre arbitre de sa volontŽ, mais non d'une nŽcessitŽ naturelle.

Tertia ratio est, quia cum omne agens agat sibi simile aliquo modo, oportet quod effectus in sua causa aliqualiter praeexistat. Omne autem quod est in aliquo, est in eo per modum eius in quo est ; unde cum ipse Deus sit intellectus, creaturae in ipso intelligibiliter praeexistunt propter quod dicitur Ioan. I, 3 : quod factum est, in ipso vita erat. Quod autem est in intellectu, non producitur nisi mediante voluntate : voluntas enim est executrix intellectus et intelligibile voluntatem movet ; et ita oportet quod res creatae a Deo processerint per voluntatem.

3) Troisi�me raison : puisque tout agent produit du semblable ˆ lui, dÕune certaine mani�re, il faut que lÕeffet prŽexiste en quelque sorte dans sa cause. Mais tout ce qui est dans une chose y est par le mode de celle en qui elle est ; c'est pourquoi, comme Dieu lui-m�me est un esprit, les crŽatures prŽexistent en lui de fa�on intelligible, cÕest pour cela qu'on dit en Jn 1, 3 : ÇCe qui a ŽtŽ fait, Žtait vie en lui[464]È. Mais ce qui est dans lÕintellect ne proc�de que par lÕintermŽdiaire de la volontŽ : car la volontŽ accompli ce qui est pensŽ et lÕintelligible met en mouvement la volontŽ et ainsi il faut que les crŽatures proc�de de Dieu par volontŽ[465].

Quarta ratio est, quia, secundum philosophum, duplex est actio :

4) Quatri�me raison[466] : Selon le Philosophe (MŽtaphysique, IX, 8, 1050 a 23 - B 2) lÕaction est double :

quaedam quae consistit in ipso agente, et est perfectio et actus agentis, ut intelligere, velle et huiusmodi :

1) L'une qui demeure dans lÕagent lui-m�me ; et est sa perfection et son acte, comme abstraire (intelligere), vouloir, etc..

quaedam vero quae egreditur ab agente in patiens extrinsecum et est perfectio et actus patientis, sicut calefacere, movere et huiusmodi. Actio autem Dei non potest intelligi ad modum huiusmodi secundae actionis, eo quod, cum actio sua sit eius essentia, non egreditur extra ipsum : unde oportet quod intelligatur ad modum primae actionis quae non est nisi in intelligente et volente, vel etiam sentiente ; quod etiam in Deum non cadit : quia actio sensus licet non tendat in aliquid extrinsecum, est tamen ab actione extrinseci. Per hoc igitur Deus agit quidquid extra se agit, quod intelligit et vult. Nec hoc generationi filii praeiudicat quae est naturalis, quia huiusmodi generatio non intelligitur terminari ad aliquid quod sit extra divinam essentiam. Necessarium est igitur dicere omnem creaturam a Deo processisse per voluntatem, et non per necessitatem naturae.

2) L'autre qui sort de lÕagent dans un patient extŽrieur et cÕest la perfection et lÕacte de celui qui re�oit, comme rŽchauffer, mouvoir et autres actions de ce genre. Mais lÕaction de Dieu ne peut �tre comprise ˆ la mani�re de cette seconde action, parce que, comme elle est son essence, elle ne sort pas de lui. C'est pourquoi il faut la comprendre ˆ la mani�re de la premi�re action qui nÕest que dans celui qui pense (intelligit) et veut, - ou m�me Žprouve des sensations ; ce qui n'arrive pas en Dieu - ; parce que, bien que lÕaction du sens ne tende pas ˆ quelque chose dÕextŽrieur, elle dŽpend cependant dÕune action extŽrieure. De ce fait donc, Dieu fait ce qu'il fait hors de lui, parce qu'il le pense (intelligit) et le veut. Et cela ne porte pas prŽjudice ˆ la gŽnŽration du Fils qui est naturelle, parce quÕune gŽnŽration de ce genre nÕest pas comprise comme se terminant ˆ quelque chose hors de lÕessence divine. Donc il est nŽcessaire de dire que toute crŽature a procŽdŽ de Dieu par volontŽ et non par nŽcessitŽ de nature.

 

Solutions :

q. 3 a. 15 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod similitudo Dionysii est intelligenda quantum ad universitatem diffusionis ; sol enim in omnia corpora radios effundit, non discernendo unum ab alio, et similiter divina bonitas. Non autem intelligitur quantum ad privationem voluntatis.

# 1. Il faut comprendre l'image de Denys quant ˆ lÕuniversalitŽ de la diffusion ; car le soleil rŽpand ses rayons sur tous les corps, sans distinguer lÕun de lÕautre. Il en est de m�me pour la bontŽ divine. Mais ce n'est pas compris comme un manque de volontŽ[467].

q. 3 a. 15 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ex perfectione divinae naturae est quod virtute naturae divinae, ipsius naturae similitudo creaturis communicetur, non tamen haec communicatio fit per necessitatem naturae sed per voluntatem.

# 2. CÕest ˆ partir de la perfection de la nature divine que, par son pouvoir, sa ressemblance de la nature m�me est communiquŽe aux crŽatures, cependant cette communication ne se fait pas par nŽcessitŽ de nature, mais par volontŽ.

q. 3 a. 15 ad 3 Et per hoc patet responsio ad tertium.

# 3. Et par lˆ para”t la solution ˆ la troisi�me objection.

q. 3 a. 15 ad 4 Ad quartum dicendum, quod natura non subiacet voluntati in his quae sunt intima rei, sed quantum ad ea quae sunt extra rem, nihil prohibet naturam subiici voluntati ; unde et in motu locali in animalibus natura musculorum et nervorum subiacet appetitui imperanti ; unde nec est inconveniens, si virtute naturae divinae, creaturae producantur in esse secundum arbitrium divinae voluntatis.

# 4. La nature nÕest pas soumise ˆ la volontŽ dans ce qui est lÕintime de la chose, mais quant ˆ ce qui hors dÕelle, rien nÕemp�che la nature dÕ�tre soumise ˆ la volontŽ ; c'est pourquoi dans un mouvement local chez les animaux, l'ensemble des muscles et des nerfs est soumis ˆ lÕappŽtit qui les gouverne ; aussi ce nÕest pas inconvenant si, par le pouvoir de la nature divine, les crŽatures sont amenŽes ˆ lÕexistence en raison du libre arbitre de la volontŽ divine.

q. 3 a. 15 ad 5 Ad quintum dicendum, quod bonum est proprium obiectum voluntatis ; unde bonitas Dei, in quantum est ad ipso volita et amata, mediante voluntate est creaturae causa.

# 5. Le bien est lÕobjet propre de la volontŽ ; c'est pourquoi la bontŽ de Dieu, dans la mesure o� elle est pour ce qu'il veut et aime, est cause de la crŽature par lÕintermŽdiaire de la volontŽ.

q. 3 a. 15 ad 6 Ad sextum dicendum, quod licet voluntas et natura, prout in Deo sunt, sint, secundum rem, idem, differunt tamen ratione, secundum quod per ea diversimode designatur respectus ad creaturam ; natura enim importat respectum ad aliquid unum determinate, non autem voluntas.

# 6. Bien que la volontŽ et la nature, selon quÕelles sont en Dieu, soient en rŽalitŽ un m�me attribut, elles diff�rent cependant en raison, selon que, ˆ travers elles, on dŽsigne diversement le rapport ˆ la crŽature ; car la nature Žtablit un rapport ˆ une seule chose de fa�on dŽterminŽe, mais pas la volontŽ.

q. 3 a. 15 ad 7 Ad septimum dicendum, quod non est ex immobilitate naturae solum quod aliquid ex necessitate producit, sed ex eius determinatione ad unum quae non competit divinae voluntati, licet in ea sit immobilitas summa.

# 7. Ce nÕest pas par lÕimmutabilitŽ de la nature seulement que quelque chose produit par nŽcessitŽ, mais par sa dŽtermination ˆ un effet, ce qui n'appartient pas ˆ la volontŽ divine ; bien quÕen elle il y ait lÕimmutabilitŽ supr�me.

q. 3 a. 15 ad 8 Ad octavum dicendum, quod licet operatio Dei naturaliter ei competat, cum sit eius natura vel essentia, effectus tamen creaturae operationem consequitur, quae per modum intelligendi consideratur, ut principium voluntatis, sicut et effectus calefactionis sequitur secundum modum caloris.

# 8. Bien que lÕopŽration de Dieu lui convienne naturellement, puisqu'elle est sa nature et son essence, cependant lÕeffet accompagne lÕopŽration de la crŽature, qui est considŽrŽe par mode de comprŽhension, comme principe de la volontŽ, comme lÕeffet de lÕŽchauffement dŽcoule du mode de la chaleur.

q. 3 a. 15 ad 9 Ad nonum dicendum, quod licet Deus sit infinitus, est tamen finis ad quem omnia ordinantur. Non enim est infinitus privative, sicut finitum est passio quantitatis quae nata est habere finem ; hoc enim modo finis neque infinitus, neque finitus est. Dicitur autem infinitus negative, quia nullo modo finitur.

# 9. Bien que Dieu soit infini, il est cependant la fin ˆ laquelle tout est ordonnŽ. Car il nÕest pas infini de fa�on privative[468], ainsi le fini est ce qui supporte une grandeur, destinŽe ˆ avoir une fin, car de cette mani�re la fin nÕest ni infinie, ni finie. Mais on dŽsigne lÕinfini de fa�on nŽgative, parce quÕil nÕest fini en aucune mani�re.

q. 3 a. 15 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet Deus operetur in quantum est bonus, et bonitas ei necessario insit, non tamen sequitur quod de necessitate operetur. Bonitas enim mediante voluntate operatur, in quantum est eius obiectum vel finis ; voluntas autem non necessario se habet ad ea quae sunt ad finem ; licet respectu ultimi finis necessitatem habeat.

# 10. Bien que Dieu op�re dans la mesure o� il est bon, et que sa bontŽ soit nŽcessairement en lui, il nÕen dŽcoule cependant pas quÕil op�re par nŽcessitŽ. Car la bontŽ op�re par lÕintermŽdiaire de la volontŽ, dans la mesure o� elle en est lÕobjet ou la fin ; mais la volontŽ ne se comporte pas nŽcessairement pour ce qui concerne la fin, bien quÕelle soit nŽcessaire par rapport ˆ la fin ultime.

q. 3 a. 15 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod quantum ad id quod in ipso Deo est, non potest attendi aliqua possibilitas, sed sola necessitas naturalis et absoluta ; respectu vero creaturae potest ibi considerari possibilitas, non secundum potentiam passivam, sed secundum potentiam activam, quae non limitatur ad unum.

# 11. Quant ˆ ce qui est en Dieu lui-m�me, on ne peut atteindre aucune possibilitŽ, mais la seule nŽcessitŽ naturelle et absolue ; mais par rapport ˆ la crŽature, on peut y considŽrer la possibilitŽ, non selon la puissance passive, mais selon la puissance active qui nÕest pas limitŽe ˆ un seul objet.

q. 3 a. 15 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod si Deus hoc modo suam bonitatem negaret quod aliquid contra suam bonitatem faceret, vel in quo sua bonitas non exprimeretur, sequeretur per impossibile quod negaret se ipsum. Non autem hoc sequeretur, si etiam nulli bonitatem suam communicaret. Suae enim bonitati nihil deperiret, si communicata non esset.

# 12. Si Dieu reniait sa bontŽ de cette mani�re en faisant quelque chose contre elle, ou quelque chose en quoi sa bontŽ ne serait pas exprimŽe, il en dŽcoulerait par impossible, quÕil se renierait lui-m�me. Mais cette consŽquence n'existerait pas, s'il ne communiquait sa bontŽ ˆ personne. Car rien ne manquerait ˆ sa bontŽ si elle nÕŽtait pas communiquŽe[469].

q. 3 a. 15 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod licet ipsum verbum Dei naturaliter a patre oriatur, non tamen oportet quod creaturae naturaliter procedant a Deo. Hoc autem modo pater verbo suo creaturas dicit sicut in ipso patre sunt ; in quo quidem sunt non ut per necessitatem producendae, sed per voluntatem.

# 13. Bien que le Verbe de Dieu lui-m�me naisse du P�re naturellement, il ne faut cependant pas que les crŽatures proc�dent de Dieu naturellement. Par ce moyen, le P�re dit les crŽatures ˆ son Verbe, comme elles sont en lui. Elles n'y sont pas pour �tre produites par nŽcessitŽ, mais par volontŽ.

q. 3 a. 15 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod communicatio bonitatis non est ultimus finis, sed ipsa divina bonitas, ex cuius amore est quod Deus eam communicare vult ; non enim agit propter suam bonitatem quasi appetens quod non habet, sed quasi volens communicare quod habet : quia agit non ex appetitu finis, sed ex amore finis.

# 14. La communication de la bontŽ nÕest pas la fin ultime, mais c'est la bontŽ divine elle-m�me (qui est la fin). Par son amour Dieu veut la communiquer ; car il nÕagit pas ˆ cause de sa bontŽ comme s'il dŽsirait ce quÕil nÕa pas, mais comme voulant communiquer ce quÕil a ; parce quÕil agit non par dŽsir de la fin, mais par amour de celle-ci.

q. 3 a. 15 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod sicut in Deo nihil est nisi bonum, ita in eo nihil est nisi necessarium. Non tamen oportet quod quidquid est ab eo, procedat per necessitatem.

# 15. En Dieu il n'y a rien que le bien ; de m�me en lui, il n'y a rien que le nŽcessaire. Il ne faut cependant pas que ce qui vient de lui proc�de par nŽcessitŽ.

q. 3 a. 15 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod voluntas Dei, sicut dictum est, in corp. art., naturaliter fertur in suam bonitatem ; unde non potest velle nisi id quod est ei conveniens, scilicet bonum ; non tamen determinatur ad hoc vel illud bonum ; et ideo non oportet quod bona quae sunt, ab eo procedant per necessitatem.

# 16. La volontŽ de Dieu, comme on lÕa dit, dans le corps de lÕarticle, est portŽe naturellement ˆ sa bontŽ ; c'est pourquoi il ne peut vouloir que ce qui lui convient, ˆ savoir le bien ; cependant il nÕest pas dŽterminŽ ˆ ce bien ou ˆ celui-lˆ et cÕest pourquoi il ne faut pas que le bien qui existe proc�de de lui par nŽcessitŽ.

q. 3 a. 15 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod licet eadem natura sit patris et filii et spiritus sancti, non tamen eumdem modum existendi habet in tribus, et dico modum existendi secundum relationem. In patre enim est ut non accepta ab alio, in filio vero ut a patre accepta ; unde non oportet quod quidquid convenit patri virtute naturae suae, conveniat filio vel spiritui sancto.

# 17. Bien que le P�re, le Fils et lÕEsprit Saint soient dÕune m�me nature, cependant elle nÕa pas le m�me mode dÕexistence dans les trois ; et je parle du mode dÕexistence selon la relation. Car dans le P�re, la nature nÕest pas re�ue dÕun autre, dans le Fils, elle est re�ue du P�re, c'est pourquoi il ne faut pas que ce qui convient au P�re par le pouvoir de sa nature, convienne au Fils et ˆ lÕEsprit Saint.

q. 3 a. 15 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod effectus sequitur ab actione secundum modum principii agendi ; unde cum per modum intelligendi, actionis divinae principium, prout respicit creaturam, consideretur divina voluntas quae ad creaturam non habet necessariam habitudinem, non oportet quod creatura procedat a Deo per necessitatem naturae, licet ipsa actio sit Dei essentia vel natura.

# 18. LÕeffet proc�de de lÕaction ˆ la mani�re dÕun principe d'action ; c'est pourquoi, comme par la mani�re de le comprendre, le principe de lÕaction divine, selon quÕil regarde la crŽature, est considŽrŽ comme volontŽ divine, qui nÕa pas de relation nŽcessaire ˆ la crŽature, il ne faut pas que la crŽature proc�de de Dieu par nŽcessitŽ de nature, bien que lÕaction elle-m�me soit son essence ou sa nature.

q. 3 a. 15 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod creatura assimilatur Deo quantum ad generales conditiones, non autem quantum ad modum participandi. Alio enim modo, esse est in Deo et in creatura, et similiter bonitas. Unde licet a primo bono sint omnia bona, et a primo ente sint omnia entia, non tamen a summo bono sunt omnia summe bona, nec ab ente necessario sunt omnia per necessitatem.

# 19. La crŽature ressemble ˆ Dieu pour les conditions gŽnŽrales, mais non pour la mani�re de participer. Car, lÕ�tre est en Dieu dÕune autre mani�re que dans la crŽature, et il en est de m�me pour sa bontŽ. C'est pourquoi, bien que tous les biens viennent du premier Bien, et tous les �tres du premier Etre, tout ce qui est supr�mement bon ne vient pas du Bien supr�me, et tout ce qui est par nŽcessitŽ ne vient pas de l'Etre nŽcessaire.

q. 3 a. 15 ad 20 Ad vigesimum dicendum, quod voluntas Dei est eius essentia ; unde hoc quod agit per voluntatem non removet quin per essentiam suam agat. Non enim est voluntas Dei aliqua intentio addita divinae essentiae, sed ipsa essentia.

# 20. La volontŽ de Dieu est son essence ; c'est pourquoi ce qu'il fait par volontŽ nÕemp�che pas quÕil agisse par son essence. Car la volontŽ de Dieu nÕest pas un intention ajoutŽe ˆ lÕessence divine, mais son essence elle-m�me.

 

 

 

Article 16 Ñ La pluralitŽ peut-elle procŽder d'un premier �tre unique ?

q. 3 a. 16 tit. 1 Decimosexto quaeritur utrum ab uno primo possit procedere multitudo. Et videtur quod non.

Il semble que non[470].

 

Objections :

q. 3 a. 16Arg. 1 Sicuti enim Deus est per se bonum, et per consequens summum bonum ; ita est per se et summe unum. Sed ab eo in quantum est bonum, non potest procedere nisi bonum. Ergo nec ab eo procedere potest nisi unum.

1. Car de m�me que Dieu est bon en soi, et par consŽquent le Bien supr�me, de m�me, il est par soi souverainement un. Mais de lui en tant quÕil est bon, ne peut provenir que le bien. Donc de lui ne peut venir qu'un effet[471].

q. 3 a. 16Arg. 2 Praeterea, sicut bonum convertitur cum ente, ita et unum. Sed in his quae sunt entia, oportet attendi assimilationem creaturae ad Deum, ut supra, art. praeced., dictum est. Ergo sicut in bonitate, ita et in unitate oportet Deo creaturam assimilari, ut scilicet sit una ab uno.

2. Le bien est convertible avec lÕ�tre, lÕun aussi[472]. Mais, dans ce que sont les �tres, il faut considŽrer la ressemblance de la crŽature ˆ Dieu, comme on lÕa dit ci-dessus (a. 15). Donc dans la bontŽ comme dans l'unitŽ, il faut que la crŽature ressemble ˆ Dieu, ˆ savoir qu'elle soit une ˆ partir de lÕun.

q. 3 a. 16Arg. 3 Praeterea, sicut bonum et malum opponuntur privative, si communiter accipiantur, licet sint contraria, prout sunt habituum differentiae ; ita unum et multa opponuntur privative, ut patet in X Metaph. Sed malitiam nullo modo dicimus a Deo procedere, sed ex defectu causarum secundarum eam incidere. Ergo nec debet poni quod multitudinis Deus sit causa.

3. Le bien et le mal sont opposŽs dans le particulier ; si on les consid�re en commun, bien quÕils soient contraires, alors ce sont des diffŽrences de mani�re d'�tre ; de la m�me mani�re lÕun et le multiple sont opposŽs[473], si on les prend dans le particulier, comme cela para”t en MŽtaphysique, (X, 1056 b 32[474]). Mais en aucune mani�re, nous disons que le mal proc�de de Dieu, mais il vient de la dŽfaillance des causes secondes. Donc on ne doit pas penser que Dieu soit la cause de la pluralitŽ.

q. 3 a. 16Arg. 4 Praeterea, oportet proportionaliter accipere causas et causata, quia videlicet singularia sunt causa singularium, et universalia universalium, ut patet per philosophum. Sed Deus est causa maxime universalis. Ergo suus proprius effectus est effectus maxime universalis, scilicet esse. Sed ex hoc quod res habent esse non est multitudo, cum multitudinis sit causa diversitas vel differentia. In esse vero omnia conveniunt. Ergo multitudo non est a Deo ; sed ex causis secundis, ex quibus causantur particulares rerum conditiones, secundum quas etiam differunt.

4. Il faut concevoir les causes proportionnellement ˆ leurs effets, parce quÕil est Žvident que les singuliers sont causes des singuliers et les universels causes des universels, comme cela para”t chez le Philosophe (Physique, II, 3, 195 b 25[475]). Mais Dieu est la cause absolument universelle. Donc son effet propre est lÕeffet le plus universel, ˆ savoir lÕ�tre. Mais le fait d'avoir l'�tre pour les choses, ce n'est pas la pluralitŽ, puisque la diversitŽ ou la diffŽrence en sont la cause. Mais tout se rencontre dans lÕ�tre. Donc la pluralitŽ ne vient pas de Dieu, mais des causes secondes, qui Žtablissent les conditions particuli�res des choses, selon lesquelles elles diff�rent.

q. 3 a. 16Arg. 5 Praeterea, uniuscuiusque effectus est aliquam propriam causam accipere. Sed impossibile est unum esse proprium multorum. Ergo impossibile est quod unum sit causa multitudinis.

5. Le propre de chaque effet est d'accueillir une cause qui lui est particuli�re. Mais il est impossible que lÕun soit le propre du multiple. Donc il est impossible que lÕun soit la cause de la pluralitŽ.

q. 3 a. 16Arg. 6 Sed dices, quod hoc tenet in causis naturalibus, non in causis voluntariis.- Sed contra, artifex est causa artifici per voluntatem. Procedit autem artificiatum ab artifice secundum propriam formam illius artificiati, quae est in artifice. Ergo etiam in voluntariis effectus quilibet requirit propriam causam.

6. Mais on pourrait dire que cela arrive dans les causes naturelles, mais pas dans les causes volontaires.Ñ En sens contraire, lÕartisan est la cause de son Ïuvre par volontŽ. LÕÏuvre proc�de de lÕartisan selon la forme propre de cet art qui est en lui. Donc, m�me dans ce qui est volontaire, un effet quelconque requiert sa cause propre.

q. 3 a. 16Arg. 7 Praeterea, oportet esse conformitatem inter causam et effectum. Sed Deus est omnino unus et simplex. Ergo in creatura, quae est eius effectus, nec multitudo nec compositio debet inveniri.

7. Il faut une conformitŽ entre la cause et lÕeffet. Mais Dieu est tout ˆ fait un et simple. Donc, dans la crŽature, qui est son effet, on ne doit trouver ni pluralitŽ, ni composition.

q. 3 a. 16Arg. 8 Praeterea, diversorum agentium non potest esse idem effectus immediate. Sed sicut causa appropriatur effectui, ita effectus causae. Ergo nec eiusdem causae possunt esse plures immediate effectus ; et sic idem quod prius.

8. Il ne peut y avoir directement un effet identique qui vient d'agents divers. Mais de m�me que la cause est appropriŽe ˆ lÕeffet, lÕeffet l'est aussi ˆ la cause. Donc plusieurs effets ne peuvent venir directement de la m�me cause, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 3 a. 16Arg. 9 Praeterea, in Deo est eadem potentia generandi, spirandi et creandi. Sed potentia generandi non est nisi ad unum, similiter nec potentia spirandi : quia in Trinitate non potest esse nisi unus filius et unus spiritus sanctus. Ergo et potentia creandi terminatur tantum ad unum.

9. En Dieu, il y a une m�me puissance pour engendrer, spirer et crŽer. Mais la puissance dÕengendrer nÕest que pour un seul, de m�me pour la puissance de spirer : parce que, dans la TrinitŽ, il ne peut y avoir quÕun Fils unique et un seul Esprit Saint. Donc la puissance de crŽer sÕach�ve ˆ lÕun seulement.

q. 3 a. 16Arg. 10 Sed dices, quod universitas creaturarum est quodammodo unum secundum ordinem. Sed contra, effectum oportet assimilari causae. Sed unitas Dei non est unitas ordinis, quia in Deo non est prius nec posterius, nec superius et inferius. Ergo non sufficit unitas ordinis ad hoc quod ab uno Deo plura possint educi.

10. Mais on pourrait dire que lÕuniversalitŽ des crŽatures est dÕune certaine mani�re l'un en son ordre.Ñ En sens contraire, il faut que lÕeffet ressemble ˆ la cause. Mais lÕunitŽ de Dieu nÕest pas une unitŽ dÕordre, parce qu'en lui, il nÕy a ni avant ni apr�s, ni supŽrieur ni infŽrieur. Donc lÕunitŽ de lÕordre ne suffit pas pour que du Dieu unique puisse sortir une pluralitŽ.

q. 3 a. 16Arg. 11 Praeterea, unius simplicis non est nisi una actio. Sed ab una actione non est nisi unus effectus. Ergo ab uno simplici non potest procedere nisi unus effectus.

11. De l'un absolu ne dŽcoule qu'une action. Mais par une action, il nÕy a quÕun seul effet. Donc de ce qui est un et simple ne peut procŽder quÕun seul effet.

q. 3 a. 16Arg. 12 Praeterea, creatura procedit a Deo, non solum sicut effectus a causa efficiente, sed etiam sicut exemplatum ab exemplari. Sed unius exemplati est unum exemplar proprium. Ergo a Deo non potest procedere nisi una creatura.

12. La crŽature proc�de de Dieu, non seulement comme lÕeffet de la cause efficiente, mais aussi comme l'image de l'exemplaire[476]. Mais pour une seule image, il nÕy a quÕun seul mod�le propre. Donc de Dieu ne peut procŽder quÕune crŽature.

q. 3 a. 16Arg. 13 Praeterea, Deus est causa rerum per intellectum. Agens autem per intellectum agit per formam sui intellectus. Cum igitur in divino intellectu non sit nisi una forma, videtur quod ab eo non possit procedere nisi una creatura.

13. Dieu est la cause des crŽatures par son esprit[477]. Mais lÕagent qui agit par lÕintellect agit par la forme de celui-ci. Donc comme dans lÕintellect divin, il nÕy a quÕune forme unique, il semble que de lui ne peut procŽder quÕune seule crŽature.

q. 3 a. 16Arg. 14 Sed dices, quod licet forma divini intellectus sit una secundum rem, quae est eius essentia, tamen attenditur ibi quaedam pluralitas secundum diversos respectus ad creaturas diversas ; et sic est ibi pluralitas rationis. Sed contra, aut isti respectus plures sunt in intellectu divino, aut sunt solum in ratione nostra. Si primo modo, ergo sequitur quod in intellectu divino erit pluralitas et non summa simplicitas. Si secundo modo, sequitur quod Deus non producat creaturas diversas nisi mediante ratione nostra : ex quo oportet quod diversas creaturas producat per diversos respectus ad creaturas qui non sunt nisi in ratione nostra ; et sic habetur propositum, scilicet quod a Deo immediate non procedat multitudo.

14. Mais on pourrait dire que, bien que la forme de lÕintellect divin qui est son essence, soit unique en rŽalitŽ, cependant on atteint lˆ une certaine pluralitŽ selon les rapports divers avec des crŽatures diverses ; et ainsi il y a une pluralitŽ de raison. Ñ En sens contraire, ces relations sont plusieurs dans lÕesprit divin, ou bien elles sont seulement en notre raison. Dans le premier cas, il dŽcoule donc que, dans l'esprit divin, il y aura une pluralitŽ et non une totale simplicitŽ. Dans le second, il en dŽcoule que Dieu ne produit des crŽatures diffŽrentes que par lÕintermŽdiaire de notre raison ; ˆ partir de lˆ, il faut quÕil produise diverses crŽatures par divers rapports aux crŽatures qui ne sont que dans notre raison ; et ainsi on a cette affirmation que la pluralitŽ ne proc�de pas directement de Dieu.

q. 3 a. 16Arg. 15 Praeterea, Deus per apprehensionem intellectus sui res in esse producit. Sed in eo non est nisi una apprehensio : quia suus intellectus est eius essentia, quae est una. Ergo non producit nisi unam creaturam.

15. Dieu par la saisie de son esprit am�ne les choses ˆ lÕ�tre. Mais en lui il nÕy a quÕune seule saisie, parce que son esprit est son essence, qui est une. Donc il ne produit quÕune unique crŽature.

q. 3 a. 16Arg. 16 Praeterea, illud quod non habet esse nisi in ratione, non est creatum a Deo : quia huiusmodi videntur esse quaedam vana, ut Chimaera, et huiusmodi. Sed multitudo non est nisi in ratione : significatur enim per abstractionem a multis quod in rerum natura non invenitur. Ergo Deus non est causa multitudinis.

16. Ce qui n'a lÕ�tre quÕen raison nÕa pas ŽtŽ crŽŽ par Dieu ; parce que certains �tres de ce genre paraissent vains comme la chim�re, etc.. Mais la pluralitŽ n'existe qu'en raison ; car elle est signifiŽe par lÕabstraction ˆ partir d'une multiplicitŽ quÕon ne trouve pas dans la nature. Donc Dieu nÕen est pas la cause.

q. 3 a. 16Arg. 17 Praeterea, secundum Platonem, optimi est optima adducere. Sed optimum non potest esse nisi unum. Cum igitur Deus sit optimus, ab eo non potest produci nisi unum.

17. Selon Platon (Le TimŽe), cÕest au meilleur de causer le meilleur. Mais le meilleur ne peut �tre quÕunique. Donc comme Dieu est le meilleur, il nÕy a quÕun �tre qui puisse �tre produit par lui.

q. 3 a. 16Arg. 18 Praeterea, unusquisque agens propter finem, facit effectum suum propinquiorem fini quantum potest. Sed Deus producendo creaturam ordinat eam in finem. Ergo facit eam propinquissimam fini quantum potest. Sed hoc non potest nisi uno modo fieri. Ergo Deus non producit nisi unam creaturam.

18. Celui qui agit pour une fin, produit son effet le plus proche quÕil peut de cette fin. Mais Dieu, en produisant la crŽature, lÕordonne ˆ sa fin. Donc il la crŽe la plus proche quÕil peut de la fin. Mais ce ne peut �tre fait que dÕune seule mani�re. Donc Dieu ne produit quÕune crŽature.

q. 3 a. 16Arg. 19 Praeterea, iniustum est quod aliquis inaequalia aliquibus tribuat, nisi aliqua inaequalitate circa eos praecedente, vel meritorum, vel quarumcumque conditionum diversarum. Sed operationem divinam non praecedit aliqua diversitas ; alias ipse non esset prima causa omnium. Ergo in prima rerum creatione non dedit creaturis inaequalia dona. Sed diversitas creaturarum et multitudo attenditur secundum hoc quod plus vel minus recipiunt de donis divinis, ut patet in IV cap. Cael. Hierar. Ergo in prima rerum creatione Deus multitudinem non produxit.

19. Il est injuste d'attribuer des dons inŽgaux ˆ certains, sinon ˆ cause d'une inŽgalitŽ qui prŽc�de les mŽrites ou de diverses conditions. Mais il n'y a pas de diversitŽ qui prŽc�de lÕopŽration divine, autrement il ne serait pas la cause premi�re de tout. Donc dans la premi�re crŽation, il n'a pas fait de dons inŽgaux aux crŽatures. Mais la diversitŽ des crŽatures et la pluralitŽ sont atteintes selon ce qu'elles re�oivent en plus ou en moins, comme cela para”t au chapitre 4 de La hiŽrarchie cŽleste (P.G. 177 c). Donc dans la premi�re crŽation, Dieu nÕa pas produit la pluralitŽ.

q. 3 a. 16Arg. 20 Praeterea, Deus creaturis communicat suam bonitatem quantum capaces sunt. Sed natura superiorum creaturarum capax fuit huiusmodi perfectionis et dignitatis, ut essent causae inferiorum creaturarum. Id enim quod est perfectius, potest agere in id quod est eo imperfectius, et communicare ei suam perfectionem. Ergo videtur quod Deus creaturas inferiores mediantibus superioribus produxit ; et ita ipse immediate non produxit nisi unam creaturam aliis superiorem, quaecumque sit illa.

20. Dieu communique sa bontŽ ˆ ses crŽatures autant quÕelles sont capables [de la recevoir]. Mais la nature des crŽatures supŽrieures a ŽtŽ capable d'une telle perfection et d'une telle dignitŽ, d'�tre cause des crŽatures infŽrieures. Car ce qui est plus parfait peut agir sur ce qui l'est moins que lui et lui communiquer sa perfection. Donc il semble que Dieu a produit les crŽatures infŽrieures par lÕintermŽdiaire des crŽatures supŽrieures, et ainsi lui-m�me nÕa produit immŽdiatement quÕune seule crŽature supŽrieure aux autres, quelle quÕelle soit[478].

q. 3 a. 16Arg. 21 Praeterea, quanto aliquae formae sunt magis immateriales, tanto sunt magis activae, utpote magis a potentia separatae ; unumquodque enim agit secundum quod est in actu, non secundum quod est in potentia. Sed formae rerum quae sunt in mente Angeli, sunt magis immateriales quam formae quae sunt in rebus naturalibus. Cum ergo formae naturales sint causae formarum sibi similium, videtur quod multo fortius formae quae sunt in mente Angeli, produxerint formas rerum naturalium sibi similes. Diversitas autem rerum, et per consequens multitudo, est ex forma. Ergo videtur quod multitudo non processerit a Deo nisi mediantibus superioribus creaturis.

21. Plus certaines formes sont immatŽrielles, plus elles sont actives, comme plus ŽloignŽes de la puissance. Car chacune agit selon quÕelle est en acte, non selon quÕelle est en puissance. Mais les formes des choses qui sont dans lÕesprit de lÕange sont plus immatŽrielles que celles qui sont dans les choses naturelles. Donc comme les formes naturelles sont causes de formes qui leur sont semblables, il semble que celles qui sont dans lÕesprit de lÕange ont avec plus de force produit les formes naturelles qui leur sont semblables. Mais la diversitŽ des choses et par consŽquent la pluralitŽ, vient de la forme. Donc il semble que la pluralitŽ nÕa procŽdŽ de Dieu que par lÕintermŽdiaire des crŽatures supŽrieures.

q. 3 a. 16Arg. 22 Praeterea, quidquid Deus facit, est unum. Ergo ab eo non est nisi unum ; et ita ipse non erit causa multitudinis.

22. Tout ce que Dieu fait est un. Donc, de lui, ne vient que l'un et ainsi il ne sera pas cause de la pluralitŽ.

q. 3 a. 16Arg. 23 Praeterea, Deus non intelligit nisi unum : quia nihil intelligit extra se, ut probatur in XII Metaph. Sed ipse est causa rerum per intellectum suum. Ergo ipse non causat nisi unum.

23. Dieu n'a qu'une pensŽe, parce quÕil ne pense rien hors de lui, comme on le prouve en MŽtaphysique,(XII, 9, 1074 b 34[479]). Mais lui-m�me est cause des crŽatures par son esprit. Donc il nÕest cause que d'une (crŽature).

q. 3 a. 16Arg. 24 Praeterea, Anselmus dicit, quod creatura in Deo est creatrix essentia. Sed creatrix essentia est tantum una. Ergo et creatura in Deo est tantum una. Sed hoc modo creatur creatura a Deo secundum quod in ipso praecessit. Ergo a Deo non est nisi una tantum creatura ; et sic a Deo non procedit multitudo.

24. Anselme (Monologium ch. VIII) dit que l'essence crŽatrice est crŽature en Dieu[480]. Mais elle n'est qu'une. Donc la crŽature aussi est seulement une en Dieu. Mais de cette mani�re, la crŽature est causŽe par Dieu selon quÕelle existe auparavant en lui. Donc par Dieu il nÕy a quÕune seule crŽature. Et ainsi la pluralitŽ ne proc�de pas de Dieu.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 16 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Sapient. cap. XI, 21 : omnia in numero et pondere et mensura disposuisti, domine. Sed numerus non est sine multitudine. Ergo a Deo procedit multitudo.

1. On lit en Sg. 11, 21 : ÇTu as tout disposŽ, Seigneur, en nombre, poids et mesure.È Mais il nÕy a pas de nombre sans pluralitŽ. Donc celle-ci proc�de de Dieu.

q. 3 a. 16 s. c. 2 Praeterea, virtus Dei praecedit virtutem cuiuslibet alterius rei. Sed unum punctum potest esse principium multarum linearum. Ergo sic Deus, quamvis sit unus, potest esse principium creaturarum multarum.

2. Le pouvoir de Dieu prŽc�de celui de nÕimporte quelle chose. Mais un seul point peut �tre le principe de nombreuses lignes. Donc, quoique Dieu soit un, il peut �tre le principe de nombreuses crŽatures.

q. 3 a. 16 s. c. 3 Praeterea, illud quod est proprium uni in quantum est unum, maxime competit ei quod est maxime unum. Sed proprium est unitatis quod sit multitudinis principium. Ergo hoc maxime competit Deo quod est summe unum, quod ab eo multitudo procedat.

3. Ce qui est propre ˆ une chose, en tant quÕunitŽ, convient tout ˆ fait ˆ ce qui est tout ˆ fait un. Mais le propre de lÕunitŽ est d'�tre le principe de la pluralitŽ. Donc il convient parfaitement ˆ Dieu d'�tre lÕUn supr�me, parce que de lui proc�de la multiplicitŽ.

q. 3 a. 16 s. c. 4 Praeterea, Boetius dicit in principio arithmeticae, quod secundum exemplar numeri Deus res in esse produxit. Sed exemplatum exemplari conformatur. Ergo produxit res sub multitudine et numero.

4. Bo�ce dit au dŽbut de lÕArithmŽtique (ch. 2), que Dieu a amenŽ les choses ˆ l'�tre selon l'exemplaire du nombre. Mais l'image est conforme ˆ lÕexemplaire. Donc il a produit les choses sous la pluralitŽ et le nombre.

q. 3 a. 16 s. c. 5 Praeterea, in Psal. CIII, 24, dicitur : omnia in sapientia fecisti. Sed cum sapientis sit ordinare, oportet ea quae per sapientiam fiunt, ordinem habere, et per consequens multitudinem. Ergo rerum multitudo a Deo processit.

5. Dans le Ps. 103, 24, on dit : ÇTu as tout fait avec sagesseÈ. Mais comme le propre de la sagesse cÕest d'ordonner, il faut que ce qui est fait avec sagesse, ait lÕordre et par consŽquent la pluralitŽ. Donc celle-ci provient de Dieu.

 

RŽponse :

q. 3 a. 16 co Respondeo. Dicendum, quod multa non posse procedere ab uno principio immediate et proprie, videtur esse ex determinatione causae ad effectum, ex qua videtur debitum et necessarium ut si est talis causa, talis effectus proveniat. Causae autem sunt quatuor, quarum duae, scilicet materia et efficiens, praecedunt causatum, secundum esse internum ; finis vero etsi non secundum esse, tamen secundum intentionem ; forma vero neutro modo, secundum quod est forma ; quia cum per eam causatum esse habeat, esse eius simul est cum esse causati ; sed in quantum etiam ipsa est finis, praecedit in intentione agentis. Et quamvis forma sit finis operationis, ad quem operatio agentis terminatur, non tamen omnis finis est forma. Est enim aliquis finis intentionis praeter finem operationis, ut patet in domo. Nam forma eius est finis terminans operationem aedificatoris ; non tamen ibi terminatur intentio eius, sed ad ulteriorem finem, quae est habitatio ; ut sic dicatur, quod finis operationis est forma domus, intentionis vero habitatio.

Que beaucoup de choses ne puissent procŽder dÕun seul principe immŽdiatement et en propre, cela semble venir de la limitation de la cause par l'effet ; par elle il semble nŽcessaire que, sÕil y a telle cause, il en provienne tel effet. Les causes sont au nombre de quatre, dont deux, cÕest-ˆ-dire la cause matŽrielle et la cause efficiente, prŽc�dent l'effet selon lÕ�tre interne. Mais la fin, m�me si elle ne concerne pas l'�tre, concerne lÕintention ; la forme (ne la concerne) en aucune mani�re, en tant que telle, parce que, comme l'�tre est causŽ par elle, elle existe en m�me temps que lÕ�tre de l'effet ; mais dans la mesure m�me o� elle-m�me est la fin, elle est avant dans lÕintention de lÕagent. Et quoique la forme soit la fin de lÕopŽration, ˆ laquelle celle de lÕagent se termine, toute fin n'est pas une forme. Car il y a une fin de lÕintention au delˆ de la fin de lÕopŽration, comme cela para”t dans une maison. Car sa forme est la fin qui termine lÕopŽration du b‰tisseur ; cependant son intention ne se termine pas lˆ, mais ˆ une fin ultŽrieure qui est lÕhabitation ; de sorte quÕon dit que la fin de lÕopŽration est la forme de la maison, mais celle de son intention c'est l'habitation.

Debitum igitur essendi tale causatum non potest esse ex forma in quantum est forma, quia sic concomitatur causatum ; sed vel ex virtute causae efficientis, vel ex materia vel ex fine, sive sit finis intentionis, sive finis operationis. Non potest autem dici in Deo, quod effectus eius habeat debitum essendi ex materia. Nam cum ipse sit totius esse auctor, nihil quolibet modo esse habens praesupponitur eius actioni, ut sic ex dispositione materiae necesse sit dicere talem vel talem eius esse effectum. Similiter nec ex potentia effectiva. Nam cum eius activa potentia sit infinita, non terminatur ad unum nisi ad id quod esset aequale sibi, quod nulli effectui competere potest.

Un tel effet nŽcessaire de l'�tre ne peut venir de la forme en tant que telle, parce que, ainsi, elle accompagne lÕeffet ; mais [il peut venir] du pouvoir de la cause efficiente, de la mati�re ou de la fin, soit que ce soit la fin de lÕintention ou la fin de lÕopŽration. Mais on ne peut pas dire qu'en Dieu son effet a un dž dÕ�tre de la mati�re[481]. En effet, comme lui-m�me est auteur de tout l'�tre, rien ayant lÕ�tre de quelque mani�re n'est prŽsupposŽ ˆ son action, de sorte quÕainsi, par la disposition de la mati�re, il soit nŽcessaire de dire que son effet est tel ou tel. De la m�me mani�re, il ne peut venir de la puissance effective (efficiente) non plus. Car comme sa puissance active est infinie, elle ne se termine ˆ lÕun que pour ce qui lui serait Žgal, ce qui ne peut convenir ˆ aucun effet.

Unde, si inferiorem sibi effectum producere sit necesse, potentia sua, quantum in se est, non terminatur ad hunc vel illum distantiae gradum, ut sic debitum sit ex ipsa virtute activa talem vel talem effectum produci.

C'est pourquoi, sÕil est nŽcessaire de produire un effet qui lui soit infŽrieur, sa puissance, pour ce qui est d'elle, ne se finit pas ˆ telle ou telle distance, de sorte ˆ �tre obligŽe de produire tel ou tel effet. par son pouvoir actif.

Similiter nec ex fine intentionis. Hic enim finis est divina bonitas, cui nihil accrescit ex effectuum productione. Nec iterum per effectus potest totaliter repraesentari vel eis totaliter communicari, ut sic possit dici, quod debitum sit talem vel talem Dei effectum esse, ut totaliter divinam bonitatem participet, sed possibile est effectum multis modis eam participare ; unde nullius eorum necessitas est ex fine. Sic ex fine necessitas sumitur, quando intentio finis compleri non potest vel omnino, vel inconvenienter, nisi hoc vel illo existente.

De la m�me mani�re, cela ne vient pas de la fin intentionnelle. Car cette fin est la bontŽ divine qui nÕest en rien accrue par la production des effets. Et en plus par les effets il ne peut �tre reprŽsentŽ totalement ou communiquŽ totalement ˆ eux, de sorte quÕon puisse dire qu'il est nŽcessaire qu'il y ait tel ou tel effet pour recevoir en totalitŽ la bontŽ divine, mais il est possible que lÕeffet la re�oive de nombreuses mani�res. C'est pourquoi la nŽcessitŽ d'aucun d'eux ne vient de la fin. Ainsi la nŽcessitŽ vient de la fin quand son intention ne peut �tre accomplie, ou totalement ou dÕune mani�re inconvenante, que par lÕexistence de ceci ou cela.

Relinquitur igitur quod debitum in operibus divinis esse non potest nisi ex forma, quae est finis operationis. Ipsa enim cum non sit infinita, habet determinata principia, sine quibus esse non potest ; et determinatum modum essendi, ut si dicamus, quod supposito quod Deus intendat hominem facere, necessarium est et debitum quod animam rationalem ei conferat et corpus organicum, sine quibus homo esse non potest. Et similiter possumus dicere in universo. Quod enim Deus tale universum constituere voluerit, non est necessarium neque debitum, neque ex fine neque ex potentia efficientis, neque materiae, ut ostensum est.

Il reste donc que ce qui est dž dans les Ïuvres divines ne peut exister que de la forme qui est la fin de lÕopŽration. En effet, comme elle nÕest pas infinie, elle poss�de des principes dŽterminŽs, sans lesquels elle ne peut exister ; et un mode dŽterminŽ dÕ�tre, comme si on disait que, supposŽ que Dieu ait lÕintention de faire un homme, il doit nŽcessairement lui confŽrer un dž qui est l'‰me rationnelle et un corps organique sans lesquels il ne peut pas exister. Et nous pouvons dire la m�me chose pour lÕunivers. Car que Dieu ait voulu constituer une tel univers, ce n'est ni nŽcessaire ni dž ˆ cause de la fin, de la puissance de lÕefficience, ni de celle de la mati�re, comme on l'a montrŽ.

Sed supposito quod tale universum producere voluerit, necessarium fuit quod tales et tales creaturas produxerit, ex quibus talis forma universi consurgeret. Et cum ipsa universi perfectio et multitudinem et diversitatem rerum requirat, quia in una earum inveniri non potest propter recessum a complemento bonitatis primae ; necesse fuit ex suppositione formae intentae quod Deus multas creaturas et diversas produceret ; quasdam simplices, quasdam compositas ; et quasdam corruptibiles, et quasdam incorruptibiles.

Mais supposŽ quÕil ait voulu produire une tel univers, il lui a ŽtŽ nŽcessaire de produire telles ou telles crŽatures, desquelles surgirait une telle forme de lÕunivers. Et comme la perfection de lÕunivers demande la pluralitŽ et la diversitŽ des crŽatures, parce qu'elle ne peut pas y �tre trouvŽe dans l'une de ces crŽatures seulement, parce qu'elle est loin de la perfection de la bontŽ premi�re, il a ŽtŽ nŽcessaire, en supposant cette forme recherchŽe, que Dieu produise des crŽatures nombreuses et diverses, certaines simples, dÕautres composŽes, certaines corruptibles, dÕautres incorruptibles.

Hoc autem quidam philosophi non considerantes, diversimode a veritate deviaverunt.

Certains philosophes[482], qui nÕont pas pris en compte ces considŽrations, ont dŽviŽ de la vŽritŽ de diverses mani�res.

Quidam namque non intelligentes Deum universi esse auctorem, posuerunt materiam non ab alio existentem, et ex eius necessitate rerum diversitatem produci, vel secundum raritatem vel secundum spissitudinem materiae res diversificantes, ut antiquissimi naturalium philosophorum, qui tantum causam materialem perceperunt ; vel secundum actionem alicuius causae efficientis, quae secundum diversitatem materiae diversos effectus producebat, sicut Anaxagoras posuit intellectum divinum, qui diversas res producebat, eas a commixtione materiae segregando, et sicut Empedocles, qui per amicitiam et litem, secundum diversitatem materiae diversos effectus vario modo distinctos vel coniunctos ponebat.

A) Car certains ne comprenant pas que Dieu est lÕauteur de lÕunivers ont pensŽ que la mati�re nÕexistait pas par un autre (que lui[483]), que la diversitŽ des crŽatures Žtait produite par sa nŽcessitŽ, qu'ils n'apportaient la diversification selon la raretŽ ou la densitŽ de la mati�re, comme les plus anciens des philosophes Naturalistes qui n'ont dŽcouvert que la cause matŽrielle, ou selon lÕaction d'une cause efficiente qui, selon la diversitŽ de la mati�re, produisait des effets divers, comme Anaxagore qui a pensŽ que l'esprit divin produisait diverses choses, en extrayant ce qui Žtait mŽlange dans la mati�re ; et comme EmpŽdocle qui pensait que par lÕamitiŽ et le proc�s, il y avait, selon la diversitŽ de la mati�re, divers effets distincts ou conjoints sous un mode variŽ.

Quorum falsitas apparet ex duobus.

Leur erreur appara”t de deux mani�res. :

Primo ex hoc quod non ponebant omne esse a primo et summo ente effluere, quod in alia quaestione est ostensum.

a) Du fait quÕils ne pensaient pas que tout �tre dŽcoule de l'�tre premier et supr�me, ce qui a ŽtŽ montrŽ dans une autre question.

Secundo, quia secundum eos sequebatur quod partium universi distinctio et earum ordo essent a casu ; quia sic necesse erat propter materiae necessitatem.

b) Parce que, selon eux, il en dŽcoulait que la distinction des parties de lÕunivers et leur ordre venaient du hasard, et parce qu'il Žtait nŽcessaire ˆ cause de la nŽcessitŽ de la mati�re.

Alii pluralitatem rerum et modos diversos earum ex necessitate causae efficientis ponebant, sicut Avicenna, et eius sequaces. Posuit enim, quod primum ens, in quantum intelligit se ipsum, producit unum tantum causatum, quod est intelligentia prima, quam necesse erat a simplicitate primi entis deficere, utpote in quantum potentialitas incepit admisceri actui, in quantum esse recipiens ab alio non est suum esse, sed quodammodo potentia ad illud. Et sic in quantum intelligit primum ens, procedit ab ea alia intelligentia ea inferior, in quantum vero intelligit potentiam suam procedit ab ea corpus caeli, quod movet ; in quantum vero intelligit actum suum, procedit ab ea anima caeli primi ; et sic consequenter multiplicantur per multa media res diversae.

B) DÕautres ont pensŽ que la pluralitŽ des choses et leurs modes divers venaient de la nŽcessitŽ de la cause efficiente, comme Avicenne (MŽtaphysique, tr. IX, c. 4[484]) et ses successeurs. Car il a pensŽ que lÕ�tre premier, en tant quÕil se pense (intelligit) lui-m�me, produit seul un effet qui est l'Intelligence premi�re, il Žtait nŽcessaire qu'elle manque de la simplicitŽ du premier �tre, vu que, autant la potentialitŽ commence ˆ �tre m�lŽe ˆ lÕacte, autant lÕ�tre qui re�oit dÕun autre nÕest pas son �tre propre, mais dÕune certaine mani�re puissance pour lui[485]. Et ainsi dans la mesure o� le premier �tre pense (intelligit), il en dŽcoule une autre intelligence qui lui est infŽrieure, mais dans cette mesure o� elle pense sa puissance, le corps cŽleste quÕelle meut, proc�de d'elle dans la mesure o� elle pense son acte, l' ‰me du premier ciel proc�de d'elle et par consŽquent, les diverses choses sont multipliŽes par les nombreux intermŽdiaires.

Sed haec etiam positio stare non potest. Primo, quia ponit potentiam divinam terminari ad unum effectum, qui est intelligentia prima. Secundo, quia ponit alias substantias praeter Deum esse aliarum creatrices, quod esse impossibile in alia quaestione, art. 4, ostensum est. Sequitur etiam ad hanc positionem, sicut et ad primas, quod decor ordinis universi sit casualis, ex quo rerum diversitatem non adscribit intentioni finis, sed terminationi potentiarum activarum ad suos effectus.

Mais m�me cette position n'est pas valable non plus. DÕabord, parce qu'il pense que la puissance divine se termine ˆ un seul effet, qui est lÕintelligence premi�re. Deuxi�mement, parce quÕil pense que des substances autres de Dieu sont crŽatrices d'autres �tres, ce qui est impossible, on lÕa montrŽ dans une autre question, article 4. Il dŽcoule aussi de cette opinion comme pour les premi�res, que la beautŽ de lÕordre universel serait due au hasard ; par lˆ, il n'ajoute pas la diversitŽ des choses en vue de leur fin, mais au terme des puissances active pour leurs effets.

Alii vero circa debitum causae finalis erraverunt, sicut Plato, et eius sequaces. Posuit enim quod bonitati Dei ab eo intellectae et amatae debitum esset tale universum producere, ut sic optimus optimum produceret. Quod quidem potest esse verum, si solum quantum ad ea quae sunt respiciamus ; non autem si respiciamus ad ea quae esse possunt. Hoc enim universum est optimum eorum quae sunt ; et quod sit sic optimum, ex summa Dei bonitate habet. Non tamen bonitas Dei est ita obligata huic universo quin melius vel minus bonum aliud universum facere potuisset. .

C) DÕautres se sont trompŽs ˆ propos de la nŽcessitŽ de la cause finale, comme Platon, et ses successeurs. Car il a pensŽ qu'il serait nŽcessaire ˆ la bontŽ de Dieu, comprise et aimŽe par lui, de produire un tel univers, pour qu'ainsi le meilleur produise le meilleur. Ce qui peut �tre vrai, si seulement nous regardons ce qui est, mais non pas si nous regardons ce qui peut �tre. Car cet univers est le meilleur de ceux qui existent, et qu'il soit ainsi le meilleur, il le tient de la supr�me bontŽ de Dieu. Cependant celle-ci nÕa pas ŽtŽ liŽe ˆ cet univers de sorte quÕelle aurait pu faire un autre univers meilleur ou moins bon.

Quidam etiam debitum causae formalis non attendentes, sed solum debitum divinae bonitatis, erraverunt, sicut Manichaei ; qui cum considerarent Deum esse optimum, crediderunt a Deo esse tantum illas creaturas quae inter alias sunt optimae, scilicet spirituales et incorruptibiles ; corporalia vero et corruptibilia alteri attribuerunt principio. Ex simili etiam fonte prodiit Origenis error, licet huic contrarius. Consideravit enim Deum esse optimum et iustum ; unde ab ipso primo fuisse conditas optimas creaturarum solas et aequales existimavit, scilicet rationales creaturas ; quibus ex libero arbitrio diversimode operantibus in bonum vel in malum, consecutum esse dicebat ut diversi gradus rerum in universo constituerentur, dicens : illas rationales creaturas quae ad Deum conversae sunt, in angelicam dignitatem esse promotas, et secundum diversos ordines, prout magis et minus meruerunt ; e contrario vero ceteras rationales quae per liberum arbitrium peccaverunt, in inferiora dicit esse prolapsas, et corporibus alligatas ; quasdam quidem soli, lunae et stellis, quae minus peccaverunt ; quasdam vero corporibus hominum ; quasdam in Daemones esse conversas.

D) DÕautres qui ne font pas attention ˆ ce qui est nŽcessaire ˆ la cause formelle, mais seulement ˆ ce qui est nŽcessaire ˆ la divine bontŽ, se sont trompŽs, comme les ManichŽens. Comme ils considŽraient que Dieu Žtait le meilleur, ils ont cru que venaient de lui seulement ces crŽatures, qui sont les meilleures parmi les autres, cÕest-ˆ-dire, les crŽatures spirituelles et incorruptibles ; mais ils attribu�rent les crŽatures corporelles et corruptibles ˆ un autre principe. Et cÕest de la m�me source que provient lÕerreur dÕOrig�ne (Peri archon, I, 7 et 8) bien quÕelle leur soit contraire. Car il a considŽrŽ que Dieu Žtait le meilleur et juste ; c'est pourquoi, il pensa que d'abord seules les meilleures des crŽatures ont ŽtŽ crŽŽes, par lui dÕabord seules et Žgales cÕest-ˆ-dire les crŽatures rationnelles. Celles-ci ayant opŽrŽ suivant leur libre arbitre de diffŽrentes mani�res en bien ou en mal, il disait quÕil en dŽcoulait que divers degrŽs Žtaient constituŽs dans lÕunivers, ajoutant : ces crŽatures rationnelles qui se sont tournŽes vers Dieu, ont ŽtŽ promues ˆ la dignitŽ d'ange, en diffŽrents ordres, selon quÕelles mŽrit�rent plus ou moins ; il dit qu'ˆ l'inverse les autres crŽatures rationnelles qui pŽch�rent suivant leur libre arbitre, ont glissŽ dans les crŽatures infŽrieures et ont ŽtŽ liŽes ˆ des corps ; quelques-unes au soleil, ˆ la lune et aux Žtoiles, celles qui pŽch�rent moins ; quelques-unes aux corps des hommes, certaines ont ŽtŽ transformŽes en dŽmons.

Uterque enim error ordinem universi praeterire videtur in sua consideratione, considerando tantummodo singulas partes eius. Ex ipso enim ordine universi potuisset eius ratio apparere, quod ab uno principio, nulla meritorum differentia praecedente, oportuit diversos gradus creaturarum institui, ad hoc quod universum esset complementum (repraesentante universo per multiplices et varios modos creaturarum quod in divina bonitate simpliciter et indistincte praeexistit) sicut et ipsa perfectio domus et humani corporis diversitatem partium requirit. Neutrum autem eorum esset completum si omnes partes unius conditionis existerent ; sicut si omnes partes humani corporis essent oculus, aliarum enim partium deessent officia. Et similiter si omnes partes domus essent tectum, domus complementum et finem suum non consequeretur, ut scilicet ab imbribus et caumatibus defendere posset.

Les deux erreurs, dans leur considŽration, semblent dŽtruire lÕordre de lÕunivers, en ne tenant compte que de ses parties particuli�res. Car la raison de l'univers peut appara”tre de son ordre m�me : dÕun principe unique sans diffŽrence antŽrieure de mŽrites, il fallut instituer diffŽrents degrŽs de crŽatures, pour que lÕunivers soit une perfection (lÕunivers reprŽsentant les modes multiples et variŽes des crŽatures, ce qui existe de fa�on simple et sans distinction, dans la bontŽ divine) ; de m�me que la perfection de la maison et celle du corps humain a besoin de la diversitŽ de ses parties. Mais ni lÕun ni lÕautre ne seraient complets, si toutes les parties existaient sous un seul Žtat ; ainsi si tous les organes du corps humain Žtaient lÕÏil, le r™le des autres parties manquerait. Et semblablement si toutes les parties de la maison Žtaient le toit, la maison ne serait pas compl�te et n'atteindrait pas sa fin pour, par exemple, pouvoir protŽger des pluies et de la forte chaleur.

Sic igitur dicendum est, quod ab uno primo multitudo et diversitas creaturarum processit, non propter materiae necessitatem, nec propter potentiae limitationem, nec propter bonitatem, nec propter bonitatis obligationem ; sed ex ordine sapientiae, ut in diversitate creaturarum perfectio consisteret universi.

Ainsi donc il faut dire que la pluralitŽ et la diversitŽ des crŽatures a procŽdŽ dÕun seul �tre premier, non ˆ cause de la nŽcessitŽ de la mati�re, de la limitation de sa puissance, ni de sa bontŽ, ni de lÕobligation de sa bontŽ, mais de lÕordre de la sagesse, pour que la perfection de lÕunivers consiste dans la diversitŽ des crŽatures.

 

Solutions :

q. 3 a. 16 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut Deus est unus, ita et unum produxit, non solum quia unumquodque in se est unum, sed etiam quia omnia quodammodo sunt unum perfectum, quae quidem unitas diversitatem partium requirit, ut ostensum est.

# 1. De m�me que Dieu est un, de m�me, il a produit lÕun, non seulement parce que chacun en soi est un, mais encore, parce que tout d'une certaine mani�re est unitŽ parfaite qui requiert la diversitŽ des parties, comme on lÕa montrŽ[486].

q. 3 a. 16 ad 2 Ad secundum dicendum, quod creatura assimilatur Deo in unitate, in quantum unaquaeque in se una est, et in quantum omnes unum sunt unitate ordinis, ut dictum est.

# 2. La crŽature ressemble ˆ Dieu dans lÕunitŽ, dans la mesure o� chaque chose est une en soi, et o� toutes sont unes par lÕunitŽ de nature, comme on lÕa dit.

q. 3 a. 16 ad 3 Ad tertium dicendum, quod malitia totaliter in non esse consistit ; multitudo autem causatur ex ente. Ipsa enim differentia, per quam entia dividuntur ad invicem, quoddam ens est. Unde Deus non est auctor tendendi ad non esse, sed est omnis esse auctor ; non est principium malitiae sed est principium multitudinis. Sciendum autem, quod duplex est unum ;

# 3. le mal[487] consiste totalement dans le non �tre. Mais la pluralitŽ est causŽe ˆ partir de lÕ�tre. Car la diffŽrence m�me par laquelle les �tres sont divisŽs entre eux, est un certain �tre. C'est pourquoi, Dieu nÕest pas le crŽateur de ce qui tend au non-�tre mais le crŽateur de tout �tre. Il nÕest pas le principe du mal, mais celui de la pluralitŽ. Mais il faut savoir que lÕun est double :

quoddam scilicet quod convertitur cum ente, quod nihil addit supra ens nisi indivisionem ; et hoc unum privat multitudinem, in quantum multitudo ex divisione causatur ; non quidem multitudinem extrinsecam quam unum constituit sicut pars ; sed multitudinem intrinsecam quae unitati opponitur. Non enim ex hoc quod aliquid dicitur esse unum, negatur quin aliquid sit extra ipsum quod cum eo constituat multitudinem ; sed negatur divisio ipsius in multa

a) A savoir ce qui est convertible avec lÕŽtant, qui ne lui ajoute rien sinon lÕindivision ; et ce Ç un È supprime la pluralitŽ, dans la mesure o� elle est causŽe par la division ; non la pluralitŽ extrins�que que l'un a constituŽ comme partie ; mais la pluralitŽ intrins�que qui est opposŽe ˆ lÕunitŽ. Car ce nÕest pas de ce que quelque chose est dit un, qu'est niŽ que quelque chose soit hors de lui qui constituerait la pluralitŽ avec lui ; mais sa division est niŽe dans le multiple.

Aliud vero unum est quod est principium numeri, quod supra rationem entis addit mensurationem ; et huius unius multitudo est privatio, quia numerus fit per divisionem continui. Nec tamen multitudo privat unitatem totaliter, cum diviso toto adhuc remaneat pars indivisa ; sed removet unitatem totius. Sed malitia, quantum est in se, removet bonitatem, nullo modo eam constituens, nec ab ea constituta.

b) LÕautre un est ce qui est principe du nombre, qui ajoute la mesure ˆ la nature de lÕ�tre ; et la pluralitŽ de cette unitŽ est privation, parce que le nombre se fait par la division du continu. Cependant la pluralitŽ n'Žcarte pas totalement lÕunitŽ, puisque la partie indivise demeure encore quand tout est divisŽ, mais elle Žloigne lÕunitŽ du tout. Mais le mal, quant ˆ lui, Žloigne la bontŽ, en ne la constituant en aucune mani�re, et il nÕest pas constituŽ par elle.

q. 3 a. 16 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ens alio modo se habet ad ea quae sub ente continentur, et alio modo animal vel quodlibet aliud genus ad species suas. Species enim addit supra genus, ut homo supra animal, differentiam aliquam quae est extra essentiam generis. Animal enim nominat tantum naturam sensibilem, in qua rationale non continetur ; sed ea quae continentur sub ente, non addunt aliquid supra ens quod sit extra essentiam eius ; unde non oportet quod illud quod est causa animalis in quantum est animal, sit causa rationalis in quantum huiusmodi. Oportet autem illud quod est causa entis in quantum est ens, esse causam omnium differentiarum entis, et per consequens totius multitudinis entium.

# 4. LÕŽtant, pour ce qui est contenu sous lui, se comporte d'une autre mani�re que lÕanimal ou n'importe quel autre genre vis-ˆ-vis de leurs esp�ces. Car lÕesp�ce ajoute au genre, comme lÕhomme ˆ lÕanimal, une diffŽrence qui est hors de lÕessence du genre. Car lÕanimal dŽsigne seulement la nature sensible qui ne contient pas le rationnel ; mais ce qui est contenu sous lÕŽtant ne lui ajoute rien qui soit hors son essence ; c'est pourquoi, il ne faut pas que ce qui est cause de lÕanimal en tant quÕanimal, soit cause du rationnel en tant que tel. Mais il faut que ce qui est cause de lÕŽtant en tant que tel, soit cause de toutes ses diffŽrences, et par consŽquent de toute la pluralitŽ des Žtants.

q. 3 a. 16 ad 5 Ad quintum dicendum, quod appropriatio causae ad effectum attenditur secundum assimilationem effectus ad causam. Assimilatio autem creaturae ad Deum attenditur secundum hoc quod creatura implet id quod de ipsa est in intellectu et voluntate Dei ; sicut artificiata similantur artifici in quantum in eis exprimitur forma artis, et ostenditur voluntas artificis de eorum constitutione. Nam sicut res naturalis agit per formam suam, ita artifex per suum intellectum et voluntatem. Sic igitur Deus propria causa est uniuscuiusque creaturae, in quantum intelligit et vult unamquamque creaturam esse. Quod autem dicitur idem non posse esse plurium proprium, intelligendum est quando fit propriatio per adaequationem ; quod in proposito non contingit.

# 5. LÕappropriation de la cause ˆ lÕeffet est atteinte par la ressemblance de lÕeffet ˆ la cause. Mais l'assimilation de la crŽature ˆ Dieu est atteinte selon que la crŽature ach�ve ce qui la concerne dans lÕintellect et la volontŽ de Dieu ; ainsi les Ïuvres artificielles ressemblent ˆ lÕartisan dans la mesure o� sÕexprime en eux la forme de lÕart, et la volontŽ de lÕartisan se montre au sujet de leur constitution. Car de m�me que la chose naturelle agit par sa forme, de m�me, lÕartisan agit par son esprit et sa volontŽ. Donc Dieu est ainsi la cause propre de chaque crŽature, dans la mesure ou il pense (intelligit) et veut que chaque crŽature existe. Mais ce quÕon appelle le m�me ne peut �tre le propre de plusieurs, il faut comprendre quand se fait l'appropriation par lÕadŽquation[488] ; ce qui ne concerne pas notre propos.

q. 3 a. 16 ad 6 Ad sextum dicendum, quod solutio patet ex dictis.

# 6. La solution para”t dans ce qui vient dÕ�tre dit.

q. 3 a. 16 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet sit quaedam similitudo creaturae ad Deum, non tamen adaequatio ; unde non oportet, si unitas Dei caret omni multitudine et compositione, quod propter hoc oporteat talem esse creaturae unitatem.

# 7. Bien quÕil existe une certaine ressemblance de la crŽature ˆ Dieu, il n'y a cependant pas une adŽquation ; c'est pourquoi, il ne faut pas, si lÕunitŽ de Dieu manque de toute pluralitŽ et de composition, qu'ˆ cause de cela, il faille quÕil existe une telle unitŽ pour la crŽature.

q. 3 a. 16 ad 8 Ad octavum dicendum, quod licet effectus non possit excedere causam suam, tamen causa potest excedere effectum ; et ideo licet ab una causa possint procedere plures effectus, tamen non potest unus effectus a pluribus causis immediate procedere.

# 8. Bien que lÕeffet ne puisse pas dŽpasser sa cause, cependant celle-ci peut dŽpasser lÕeffet, et ainsi bien que plusieurs effets puissent procŽder dÕune cause unique, cependant un seul effet unique ne peut pas procŽder immŽdiatement de plusieurs causes

q. 3 a. 16 ad 9 Ad nonum dicendum, quod licet eadem sit potentia in Deo generandi et creandi secundum rem, non tamen idem respectus in utraque connotatur : sed potentia generandi connotat respectum ad id quod procedit per naturam ; et ideo oportet tantum unum esse ; sed potentia creandi importat respectum ad id quod procedit per voluntatem ; unde non oportet quod sit unum.

# 9. Bien que la puissance de Dieu soit la m�me en rŽalitŽ pour engendrer et crŽer, cependant on ne comprend pas le m�me rapport pour lÕun et lÕautre ; la puissance dÕengendrer comprend un rapport ˆ ce qui proc�de par nature, et cÕest pourquoi il faut seulement un seul �tre, mais la puissance de crŽer apporte un rapport ˆ ce qui proc�de par volontŽ ; c'est pourquoi il ne faut pas quÕil soit un.

q. 3 a. 16 ad 10 Ad decimum dicendum, quod non oportet, sicut dictum est, huiusmodi unitatem esse in creatura et in Deo ; licet creatura Deum in unitate imitetur.

# 10. Il ne faut pas, comme on lÕa dit, quÕune telle unitŽ soit dans la crŽature et en Dieu, bien que la crŽature imite Dieu dans son unitŽ.

q. 3 a. 16 ad 11 Ad decimumprimum dicendum, quod quamvis actio Dei sit una et simplex, quia est eius essentia ; non tamen oportet quod sit unus tantum effectus, sed multi ; quia ex actione divina procedit effectus secundum ordinem sapientiae et arbitrium voluntatis.

# 11. Quoique lÕaction de Dieu soit une et simple, parce qu'elle est son essence ; il ne faut cependant pas quÕil y ait un seul effet, mais de nombreux effets ; parce que lÕeffet proc�de de lÕaction divine selon lÕordre de la sagesse et le libre arbitre de la volontŽ.

q. 3 a. 16 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod quando exemplatum perfecte repraesentat exemplar, ab uno exemplari non est nisi unum exemplatum, nisi per accidens, in quantum exemplata materialiter distinguuntur. Creaturae vero non perfecte imitantur suum exemplar. Unde diversimode possunt ipsum imitari, et sic esse diversa exemplata. Perfectus autem modus imitandi est unus tantum : et propter hoc filius, qui perfecte imitatur patrem, non potest esse nisi unus.

# 12. Quand l'effet reprŽsente parfaitement l'exemplaire, il n'y a qu'un effet sauf accident, dans la mesure o� les effets sont distinguŽs matŽriellement. Mais les crŽatures nÕimitent pas parfaitement leur exemplaire. C'est pourquoi, elles peuvent lÕimiter de diverses mani�res, et il y a diffŽrentes images. Mais le mode dÕimitation parfait est unique ; et ˆ cause de cela, le Fils, qui imite parfaitement le P�re, ne peut �tre quÕunique.

q. 3 a. 16 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod licet forma intellectus divini sit una tantum secundum rem, est tamen multiplex ratione secundum diversos respectus ad creaturam, prout scilicet intelliguntur creaturae diversimode formam divini intellectus imitari.

# 13. Bien que la forme de lÕesprit divin soit une seulement en rŽalitŽ, elle est cependant multiple en raison, selon les divers rapports ˆ la crŽature, naturellement selon qu'on comprend que les crŽatures imitent de diverses mani�res la forme de lÕesprit divin.

q. 3 a. 16 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod isti diversi respectus ad creaturam non solum sunt in intellectu nostro, sed etiam in intellectu divino. Nec tamen diversa aliqua sunt in intellectu divino, in quibus Deus intelligat ; quia intelligit tantum uno, quod est sua essentia ; sed sunt ibi multa, ut ab ipso intellecta. Sicut enim nos intelligimus quod creatura potest Deum multipliciter imitari, ita et Deus hoc intelligit ; et per consequens intelligit diversos respectus creaturae ad Deum.

# 14. Ces diffŽrents rapports ˆ la crŽature non seulement sont dans notre esprit, mais aussi dans lÕesprit divin. Cependant certaines [crŽatures], ˆ qui Dieu pense (intelligit) ne sont pas diffŽrentes en son esprit, parce quÕil pense seulement dans l'unitŽ qui est son essence ; mais elles y sont nombreuses, en tant que pensŽes par lui. Car de m�me que nous pensons que la crŽature peut imiter Dieu de multiples mani�res, Dieu le pense aussi, et par consŽquent, il pense les diffŽrents rapports de la crŽature ˆ lui.

q. 3 a. 16 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod sicut Deus uno intelligit omnia, ita etiam et per unam apprehensionem. Nam actum intellectus oportet esse unum vel multos, secundum unitatem vel multitudinem principii quo intelligitur.

# 15. De m�me que Dieu pense (intelligit) tout par l'un, de m�me il le pense en un seul concept aussi. Car il faut que lÕacte de lÕintellect soit un ou multiple, selon lÕunitŽ ou la pluralitŽ du principe par lequel il est pensŽ.

q. 3 a. 16 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod licet multitudo praeter multa, non sit nisi in ratione, multitudo tamen in multis est etiam in rerum natura : sicut etiam animal commune non est nisi in ratione, natura tamen animalis est in singularibus : et propter hoc multitudinem et animalis naturam oportet reducere in Deum, sicut in causam.

# 16. Bien que la pluralitŽ, au-delˆ de nombreuses choses, ne soit qu'en raison, cependant en beaucoup elle est aussi dans leur nature ; ainsi m�me l'animal commun n'existe qu'en raison, cependant sa nature animale est dans des individus particuliers, et c'est pour cela qu'il faut ramener ˆ Dieu la pluralitŽ et la nature de l'animal comme ˆ sa cause.

q. 3 a. 16 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod universum quod est a Deo productum, est optimum respectu eorum quae sunt, non tamen respectu eorum quae Deus facere potest.

# 17. L'univers, produit par Dieu, est le meilleur par rapport ˆ ce qui existe, non cependant par rapport ˆ ce que Dieu peut faire.

q. 3 a. 16 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod ratio illa tenet quando id quod est ad finem potest totaliter et perfecte consequi finem per modum adaequationis ; quod in proposito non contingit.

# 18. Cette raison est valable, quand ce qui est en vue d'une fin, peut totalement et parfaitement atteindre la fin par son mode d'adŽquation, ce qui ne concerne pas notre propos.

q. 3 a. 16 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod illa ratio est Origenis, nec habet magnam efficaciam. Non enim est contra iustitiam quod inaequalia aequalibus dentur nisi quando alicui redditur debitum ; quod in prima rerum creatione non potest dici. Quod enim ex propria liberalitate datur, potest dari plus vel minus secundum arbitrium dantis, et secundum quod eius sapientia requirit.

# 19. Cette raison vient d'Orig�ne (Peri Archon I, 7 et 8) et n'a pas grande efficacitŽ. Car ce n'est pas contre la justice de donner ce qui est inŽgal ˆ ce qui est Žgal, sinon quand on rend ˆ quelqu'un ce qui lui est dž : on ne peut pas le dire de la premi�re crŽation. Car ce qui est donnŽ par pure libŽralitŽ, peut l'�tre plus ou moins selon le libre arbitre de celui qui donne, et selon que sa sagesse le requiert.

q. 3 a. 16 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod licet creaturae aliae sint Angelo inferiores, tamen earum productio requirit infinitam virtutem producentis, in quantum per creationem producuntur in esse, utpote non ex praeiacenti materia factae. Et ideo omnes creaturae, quae non sunt factae ex praeiacenti materia, oportet dicere immediate a Deo esse creatas.

# 20. Bien que les autres crŽatures soient infŽrieures ˆ l'ange, cependant leur production requiert un pouvoir infini du crŽateur, dans la mesure o� elles sont amenŽes ˆ l'�tre par crŽation, vu qu'elles ne sont pas crŽŽes d'une mati�re prŽexistante. Et c'est pourquoi, de toutes les crŽatures qui n'ont pas ŽtŽ faites d'une mati�re prŽexistante, on doit dire qu'elles ont ŽtŽ crŽŽes sans intermŽdiaire par Dieu.

q. 3 a. 16 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod cum creatio terminetur ad esse tamquam ad proprium effectum, impossibile est dicere, ea quae a Deo creantur, ab Angelis formas habere, cum omne esse sit a forma.

# 21. Comme la crŽation se termine ˆ l'�tre comme ˆ son effet propre, il est impossible de dire que ce qui est crŽŽ par Dieu, re�oit des anges sa forme, puisque tout �tre vient par la forme.

q. 3 a. 16 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod licet quidquid Deus facit, in se sit unum, tamen haec unitas, ut dictum est, non removet omnem multitudinem, sed manet illa cuius unum est pars.

# 22. Bien que, tout ce que Dieu fait soit un en lui, cependant cette unitŽ, comme on l'a dit, n'exclut pas toute pluralitŽ, mais demeure celle dont l'un est une partie.

q. 3 a. 16 ad 23 Ad vicesimumtertium dicendum, quod verbum philosophi, cum dicit quod Deus nihil intelligit extra se, non est intelligendum quasi Deus ea quae sunt extra ipsum non intelligat ; sed quia illa etiam quae extra ipsum sunt, non extra se, sed in se intuetur, quia per essentiam suam omnia alia cognoscit.

# 23. La parole du Philosophe, quand il dit que Dieu ne pense (intelligit) rien hors de lui, ne doit pas �tre comprise comme si Dieu ne comprenait pas ce qui est hors de lui-m�me, mais parce que ce qui est hors de lui, il ne le voit pas hors de lui, mais en lui, parce qu'il conna”t tous les autres �tres par son essence.

q. 3 a. 16 ad 24 Ad vicesimumquartum dicendum, quod creatura dicitur esse in Deo dupliciter.

# 24. On dit que la crŽature est en Dieu de deux mani�res :

Uno modo sicut in causa gubernante et conservante esse creaturae ; et sic praesupponitur esse creaturae distinctum a creatore ad hoc quod creatura a Deo esse dicatur. Non enim intelligitur creatura conservari in esse nisi secundum quod iam habet esse in propria natura, secundum quod esse creaturae a Deo distinguitur. Unde creatura hoc modo in Deo existens non est creatrix essentia.

a) Comme dans la cause qui gouverne et conserve l'�tre de la crŽature, et ainsi on prŽsuppose que l'�tre de la crŽature est diffŽrent du CrŽateur du fait qu'on dit que la crŽature existe par Dieu. Car on ne comprend que la crŽature soit conservŽe ˆ l'�tre, sinon selon qu'elle l'�tre a dŽjˆ dans sa propre nature, en tant que selon que l'�tre de la crŽature est distinguŽ de Dieu. C'est pourquoi la crŽature qui existe en Dieu, de cette mani�re, n'est pas essence crŽatrice.

Alio modo dicitur creatura esse in Deo sicut in virtute causae agentis, vel sicut in cognoscente ; et sic creatura in Deo est ipsa essentia divina, sicut dicitur Ioannis I, 3 : quod factum est in ipso vita erat. Quamvis autem hoc modo creatura in Deo existens sit divina essentia, non tamen per istum modum est ibi una tantum creatura, sed multae. Nam essentia Dei est sufficiens medium ad cognoscendum diversas creaturas, et sufficiens virtus ad eas producendas.

b) On dit que la crŽature est en Dieu[489] comme dans le pouvoir de la cause efficiente, ou comme dans celui qui conna”t, et ainsi la crŽature en Dieu est l'essence m�me de Dieu, comme on le dit (Jn 1, 3) ÇCe qui a ŽtŽ fait Žtait la vie en luiÈ. Quoique, de cette mani�re, la crŽature qui existe en Dieu soit l'essence divine, cependant de cette mani�re, il n'y a pas lˆ seulement une crŽature, mais de nombreuse crŽatures. Car l'essence de Dieu est un intermŽdiaire suffisant pour conna”tre les diffŽrentes crŽatures, et son pouvoir est suffisant pour les produire.

 

 

 

Article 17 Ñ Le monde a-t-il toujours existŽ ?

q. 3 a. 17 tit. 1 Decimoseptimo quaeritur utrum mundus semper fuerit. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[490].

 

Objections :[491] :

q. 3 a. 17Arg. 1 Quia proprium semper consequitur id cuius est proprium. Sed, sicut dicit Dionysius, proprium est divinae bonitatis ad communicationem sui ea quae sunt vocare ; quod quidem fit creaturas producendo. Cum ergo divina bonitas semper fuerit, videtur quod semper creaturas in esse produxerit ; et ita videtur quod semper fuerit mundus.

1. Ce qui appartient en propre ˆ une chose l'accompagne toujours. Mais, comme le dit Denys (La hiŽrarchie cŽleste, IV), le propre de la bontŽ divine c'est d'appeler ce qui existe pour se communiquer ; ce quÕil fait en produisant les crŽatures. Donc, comme la bontŽ divine a toujours existŽ, il semble qu'il a toujours fait venir des crŽatures ˆ l'�tre, et ainsi il semble que le monde a toujours existŽ.

q. 3 a. 17Arg. 2 Praeterea, Deus non denegavit alicui creaturae id cuius est capax secundum suam naturam. Sed aliquae creaturae sunt quarum natura est capax ut semper fuerit ; sicut caelum. Ergo videtur quod hoc fuerit caelo collatum ut semper esset. Sed caelo existente oportet ponere alias creaturas esse, sicut probat philosophus, in II de caelo et mundo. Ergo videtur quod mundus fuerit semper. Probatio mediae. Omne quod est incorruptibile, habet virtutem ut sit semper : quia si haberet virtutem ut esset aliquo tempore determinato tantum, non posset esse semper : et ita non esset incorruptibile. Caelum autem est incorruptibile. Ergo habet naturam quod sit semper.

2. Dieu n'a refusŽ ˆ aucune crŽature ce dont elle est capable selon sa nature. Mais il y en a quelques-unes dont la nature est capable de toujours exister, comme le ciel[492]. Donc il semble qu'il a ŽtŽ attribuŽ au ciel de toujours exister. Mais du fait que le ciel existe, il faut admettre qu'il existe d'autres crŽatures, comme le prouve le Philosophe, (Le ciel et le monde, II, 3, 285 b 17[493]). Donc il semble que le monde a toujours existŽ. Preuve intermŽdiaire : Tout ce qui est incorruptible a le pouvoir de toujours exister, parce que, s'il avait le pouvoir d'exister dans un temps dŽterminŽ seulement, il ne pourrait pas exister toujours ; et ainsi il ne serait pas incorruptible. Mais le ciel l'est. Donc il poss�de une nature pour exister toujours.

q. 3 a. 17Arg. 3 Sed dicendum, quod caelum non est simpliciter incorruptibile ; decideret enim in nihilum, nisi per virtutem Dei contineretur in esse.- Sed contra, non est reputandum aliquid esse possibile vel contingens, propter hoc quod eius destructio sequitur ex destructione consequentis ; licet enim hominem esse animal sit necessarium, tamen destructio eius sequitur ad destructionem huius consequentis hominem esse substantiam. Non ergo videtur quod propter hoc possit dici caelum esse corruptibile, quia eius non esse sequitur ad aliquam positionem qua ponitur Deus suam continentiam subtrahere creaturis.

3. Mais il faut dire que le ciel n'est pas absolument incorruptible ; car il retournerait au nŽant si Dieu, par son pouvoir, ne le maintenait pas ˆ l'existence. ÑEn sens contraire, il ne faut pas penser quÕune chose est possible ou contingente, parce que sa destruction dŽcoule dÕune consŽquence, car bien qu'il soit nŽcessaire que l'homme soit un animal, cependant sa destruction aboutit ˆ la destruction de cette consŽquence, ˆ savoir que l'homme est une substance. Donc il ne semble pas qu'ˆ cause de cela, on puisse dire que le ciel est corruptible, parce que son non-�tre aboutit ˆ une position o� on pense que Dieu retire ce qui est nŽcessaire aux crŽatures.

q. 3 a. 17Arg. 4 Praeterea, sicut Avicenna probat in sua Metaphysic., quilibet effectus, in comparatione ad suam causam est necessarius ; quia si posita causa non necessario sequitur effectus, adhuc posita causa possibile erit effectum esse vel non esse ; quod autem est in potentia, non reducitur in actum nisi per id quod est actu ; unde oportebit quod praeter causam praedictam sit aliqua alia causa quae faciat effectum prodire in actum ex potentia qua possibile erat ipsum esse vel non esse posita causa. Ex quo potest accipi, quod posita causa sufficienti necesse est ipsum poni. Sed Deus est causa sufficiens mundi. Cum ergo Deus fuerit semper, et mundus fuit semper.

4. Comme Avicenne le prouve dans sa MŽtaphysique (livreIX, ch. 6[494]), n'importe quel effet est nŽcessaire en comparaison ˆ sa cause, parce que, si on pose une cause, l'effet n'en dŽcoule pas nŽcessairement. La cause une fois posŽe, il sera possible que l'effet existe ou n'existe pas ; mais ce qui est en puissance n'est amenŽ ˆ l'acte que par ce qui est en acte ; c'est pourquoi, il faudra qu'en plus de cette cause, il y en ait une autre qui fasse passer l'effet ˆ lÕacte, ˆ partir de la puissance par laquelle il Žtait possible qu'il soit ou qu'il ne soit pas, une fois la cause posŽe. A partir de lˆ, on peut admettre qu'une fois une cause suffisante posŽe, il est nŽcessaire de poser l'effet. Mais Dieu est la cause suffisante du monde. Donc, comme il a toujours existŽ, le monde aussi.

q. 3 a. 17Arg. 5 Praeterea, omne quod est ante tempus, est aeternum ; aevum enim non est ante tempus, sed incepit simul cum tempore. Sed mundus fuit ante tempus, fuit enim creatus in primo instanti temporis, quod constat esse ante tempus ; dicitur enim Genes. I, 1 : in principio creavit Deus caelum et terram, id est in principio temporis. Ergo mundus fuit ab aeterno.

5. Tout ce qui existe avant le temps est Žternel ; car l'¾vum[495] n'existe pas avant le temps, mais il commence avec lui. Mais le monde a existŽ avant le temps, car il a ŽtŽ crŽŽ au premier instant du temps, ce qui montre qu'il est avant le temps ; car on dit dans la Gen�se (1, 1) : ÇAu commencement, Dieu crŽa le ciel et la terreÈ, (glose interlinŽaire) : c'est-ˆ-dire au commencement du temps. Donc le monde a existŽ de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 6 Praeterea, idem manens idem, semper facit idem, nisi impediatur. Sed Deus semper idem manet, sicut in Ps. ci, 28, legitur : tu autem idem ipse es. Cum igitur in sua actione impediri non possit propter infinitatem suae potentiae, videtur quod semper idem faciat. Et ita, cum aliquando mundum produxerit, videtur quod etiam semper ab aeterno produxerit.

6. Ce qui demeure identique ˆ lui-m�me fait toujours la m�me chose, sauf emp�chement. Mais Dieu demeure toujours identique ˆ lui-m�me, comme on le lit dans le Ps. 101, 28 : ÇToi, tu es le m�meÈ. Donc, puisque, dans son action, il ne peut pas �tre emp�chŽ ˆ cause de l'infinitŽ de sa puissance, il semble qu'il fait toujours la m�me chose. Et ainsi, quand il a produit un jour le monde, il semble qu'il l'a produit toujours, Žternellement.

q. 3 a. 17Arg. 7 Praeterea, sicut homo necessario vult suam beatitudinem, ita Deus necessario vult suam bonitatem et quod ad eam pertinet. Sed ad bonitatem divinam pertinet productio creaturarum in esse. Ergo hoc Deus necessitate vult ; et ita videtur quod ab aeterno producere creaturas voluerit, sicut voluit ab aeterno bonitatem suam esse.

7. L'homme veut nŽcessairement sa bŽatitude, de m�me Dieu veut nŽcessairement sa bontŽ et ce qui la concerne. Mais la venue des crŽatures ˆ l'�tre appartient ˆ la bontŽ divine. Donc Dieu le veut nŽcessairement et ainsi il semble qu'il a voulu produire les crŽatures de toute ŽternitŽ, comme il a voulu que sa bontŽ soit de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 8 Sed dicendum, quod ad bonitatem Dei pertinet quod creaturae producantur in esse, non autem quod producantur in esse ab aeterno.- Sed contra, maioris liberalitatis est aliquid citius dare quam tardius. Sed liberalitas divinae bonitatis est infinita. Ergo videtur quod ab aeterno esse creaturis dederit.

8. Mais il faut dire que la venue des crŽatures ˆ l'�tre appartient ˆ la bontŽ de Dieu, mais pas qu'elles le soient de toute ŽternitŽ. Ñ En sens contraire, c'est une plus grande libŽralitŽ de donner quelque chose plus t™t que plus tard. Mais la libŽralitŽ de la bontŽ divine est infinie. Donc il semble qu'il a donnŽ l'�tre aux crŽatures de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 9 Praeterea, Augustinus dicit : illud dico te velle quod facis si potes. Sed Deus ab aeterno voluit mundum producere ; alias fuisset mutatus, si accessisset ei nova voluntas mundi creandi. Cum ergo nulla impotentia ei conveniat, videtur quod ab aeterno mundum produxerit.

9. Augustin dit (Confessions, VIII, 9) : ÇJe te dis de vouloir ce que tu fais si tu le peux[496]È. Mais Dieu a voulu produire le monde de toute ŽternitŽ ; autrement il aurait subi un changement s'il lui Žtait arrivŽ une volontŽ nouvelle pour crŽer le monde. Donc comme nulle impuissance ne lui convient, il semble qu'il a produit le monde de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 10 Praeterea, si mundus non semper fuit ; antequam mundus esset, aut erat possibile ipsum esse, aut non. Si non erat possibile, ergo impossibile erat ipsum esse, et necesse non esse ; et sic nunquam fuisset in esse productus. Si autem possibile erat eum esse, ergo erat aliqua potentia respectu ipsius ; et ita erat aliquod subiectum sive materia, cum potentia non nisi in subiecto esse possit. Sed si fuit materia fuit et forma ; cum materia non possit omnino esse a forma denudata. Ergo fuit aliquod corpus compositum ex materia et forma, et ex consequenti fuit totum universum.

10. Si le monde n'a pas toujours existŽ, avant d'exister, il Žtait possible qu'il existe ou non[497]. Si ce n'Žtait pas possible, il Žtait donc impossible qu'il soit et nŽcessaire qu'il ne soit pas et ainsi jamais il n'aurait ŽtŽ amenŽ ˆ l'�tre. Mais s'il Žtait possible qu'il exist‰t, il y avait donc en lui une puissance par rapport ˆ lui-m�me et ainsi il Žtait un substrat ou une mati�re, puisque la puissance ne peut exister que dans un substrat. Mais s'il avait ŽtŽ mati�re, il aurait ŽtŽ forme, puisque la mati�re ne pourrait absolument pas �tre dŽnuŽe de forme. Donc il y eut un corps composŽ de mati�re et de forme et en consŽquence l'univers entier a existŽ.

q. 3 a. 17Arg. 11 Praeterea, omne quod fit actu postquam fuit possibile fieri, educitur de potentia in actum. Si ergo mundum fuit possibile fieri, antequam esset, oportet dicere mundum eductum esse de potentia in actum ; et ita materiam praecessisse, et fuisse aeternam : ex quo sequitur idem quod prius.

11. Tout ce qui est devenu en acte apr�s en avoir ŽtŽ possible, passe de la puissance ˆ l'acte. Donc s'il a ŽtŽ possible que le monde soit fait, avant qu'il ne soit, il faut dire que le monde est passŽ de la puissance ˆ l'acte et ainsi la mati�re a prŽexistŽ et a ŽtŽ Žternelle, il en dŽcoule la m�me consŽquence que ci-dessus.

q. 3 a. 17Arg. 12 Praeterea, omne agens quod de novo incipit agere, movetur de potentia in actum. Sed hoc Deo non potest competere, cum ipse sit omnino immobilis. Ergo videtur quod ipse non incepit de novo agere, sed quod ab aeterno mundum produxerit.

12. Tout agent qui recommence ˆ agir de nouveau passe de la puissance ˆ l'acte. Mais cela ne peut convenir ˆ Dieu puisqu'il est absolument immuable. Donc il semble qu'il n'a pas recommencŽ ˆ agir de nouveau, mais il a produit le monde de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 13 Praeterea, agens per voluntatem, si incipit facere quod prius volebat, cum antea non fecisset, oportet ponere aliquid esse nunc inducens ipsum ad agendum, quod prius non inducebat ; quod est quodammodo expergefaciens ipsum. Sed non potest dici quod aliquid aliud fuerit praeter Deum ante mundum, quod de novo eum induxerit ad agendum. Cum ergo ab aeterno voluerit mundum facere (alias voluntati eius aliquid accrevisset), videtur quod ab aeterno fecerit.

13. Si celui qui agit par volontŽ commence ˆ faire ce qu'il voulait auparavant, puisque auparavant il ne l'aura pas fait, il faut penser qu'il existe quelque chose qui l'incite alors ˆ agir, qui d'abord ne l'incitait pas ; ce qui est d'une certaine mani�re le "rŽveiller". Mais on ne peut pas dire que quelque chose d'autre ait existŽ en dehors de Dieu avant le monde, qui l'aurait de nouveau incitŽ ˆ agir. Donc, comme il a voulu faire le monde de toute l'ŽternitŽ (autrement quelque chose se serait ajoutŽ ˆ sa volontŽ), il semble qu'il l'a fait de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 14 Praeterea, nihil movet voluntatem divinam ad agendum nisi bonitas eius. Sed bonitas divina semper eodem modo se habet. Ergo et voluntas Dei semper se habet ad productionem creaturarum ; et ita ab aeterno creaturas produxit.

14. Rien ne pousse la volontŽ divine ˆ agir sinon sa bontŽ. Mais celle-ci se comporte toujours de la m�me mani�re. Donc la volontŽ de Dieu est toujours occupŽe ˆ la production des crŽatures et ainsi il les a produit de toute l'ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 15 Praeterea, illud quod est semper in principio et in fine sui nunquam incipit nec desinit : quia unaquaeque res est post sui principium et ante sui finem. Sed tempus semper est in sui principio et in sui fine ; nihil enim est temporis nisi instans, quod est finis praeteriti et principium futuri. Ergo tempus nunquam incipit nec desinit, sed semper est ; et per consequens motus semper, et mobile semper, et totus mundus ; tempus enim non est sine motu, nec motus sine mobili, nec mobile sine mundo.

15 Ce qui est toujours ˆ son commencement et ˆ sa fin ne commence ni ne finit jamais ; parce que chaque chose se situe apr�s son commencement et avant sa fin. Mais le temps est toujours ˆ son commencement et ˆ sa fin, car rien n'appartient au temps que l'instant prŽsent, qui est la fin du passŽ et le commencement du futur. Donc le temps ne commence ni ne finit jamais, mais il existe toujours, et par consŽquent toujours aussi le mouvement, le mobile et le monde tout entier ; car le temps n'existe pas sans mouvement, ni le mouvement sans mobile, ni le mobile sans le monde.

q. 3 a. 17Arg. 16 Sed dicendum, quod primum instans temporis non est finis praeteriti, nec ultimum principium futuri.- Sed contra, nunc temporis semper consideratur ut fluens, et in hoc differt a nunc aeternitatis. Sed quod fluit, ab alio in aliud fluit. Ergo oportet omne nunc a priori nunc in posterius fluere. Ergo impossibile est esse aliquod primum vel ultimum nunc.

16. Mais il faut dire que le premier instant du temps n'est pas la fin dÕun passŽ, ni l'ultime commencement du futur. Ñ En sens contraire, on consid�re que le prŽsent du temps s'Žcoule toujours, et en cela il diff�re du prŽsent de l'ŽternitŽ. Mais ce qui s'Žcoule, s'Žcoule de l'un dans un autre. Donc il faut que tout prŽsent passe d'un instant avant dans un autre apr�s. Donc il est impossible qu'il y ait un premier ou un dernier instant.

q. 3 a. 17Arg. 17 Praeterea, motus sequitur mobile, et tempus sequitur motum. Sed primum mobile, cum sit circulare, non habet principium neque finem : quia in circulo non est accipere principium et finem in actu. Ergo neque motus neque tempus habent principium ; et sic idem quod prius.

17. Le mouvement suit le mobile, et le temps suit le mouvement ; mais comme le premier mobile est circulaire, il n'a pas de commencement ni de fin : parce que, dans le cercle, on ne peut comprendre ni commencement, ni fin en acte. Donc ni le mouvement, ni le temps n'ont de commencement et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 3 a. 17Arg. 18 Sed dicendum, quod licet ipsum corpus circulare non habeat principium magnitudinis, habet tamen principium durationis.- Sed contra, duratio motus sequitur mensuram magnitudinis : quia, secundum philosophum, quanta est magnitudo, tantum est et motus, et tantum tempus. Si ergo in magnitudine corporis circularis non est aliquod principium, nec in magnitudine motus et temporis erit principium, et per consequens nec in eorum duratione, cum eorum duratio, et praecipue temporis, sit eorum magnitudo.

18. Mais il faut dire que, bien que le corps circulaire m�me n'ait pas un principe de grandeur, cependant il a un principe de durŽe. Ñ En sens contraire, la durŽe du mouvement est ˆ la mesure de sa grandeur ; parce que, selon le Philosophe, plus il y a de grandeur, autant il y a de mouvement et de temps. Si donc dans la grandeur du corps circulaire, il n'y a pas de principe, dans la grandeur, il n'y aura pas de principe ˆ la grandeur du mouvement et du temps, ni par consŽquent dans leur durŽe, puisque la durŽe et principalement celle du temps est leur grandeur.

q. 3 a. 17Arg. 19 Praeterea, Deus est causa rerum per scientiam suam. Scientia autem relative dicitur ad scibile. Cum igitur relativa sint simul natura, et scientia Dei sit aeterna, videtur quod res sint ab ipso ab aeterno productae.

19. Dieu est cause des choses par sa science ; mais on dit que la science est relative au connaissable. Donc comme ce qui est relatif est en m�me temps, par nature, et que la science de Dieu est Žternelle, il semble que les choses ont ŽtŽ produites par lui de toute l'ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 20 Praeterea, aut Deus praecedit mundum natura tantum, aut duratione. Si natura tantum, sicut causa effectum sibi coaevum, videtur quod cum Deus fuerit ab aeterno, et creaturae fuerint ab aeterno. Si autem praecedit mundum duratione, si ergo est accipere aliquam durationem priorem duratione mundi, quae se habet ad durationem mundi ut prius ad posterius. Sed duratio quae habet prius et posterius est tempus. Ergo ante mundum fuit tempus, et per consequens motus et mobile ; et sic idem quod prius.

20. Dieu prŽc�de le monde, en nature seulement ou en durŽe. Si c'est en nature seulement, comme l'effet est contemporain ˆ la cause, il semble que puisque Dieu a existŽ de toute ŽternitŽ, les crŽatures aussi. Mais s'il a prŽcŽdŽ le monde en durŽe, ainsi il a ˆ recevoir une durŽe antŽrieure ˆ la durŽe du monde, qui se comporte pour la durŽe du monde comme un avant et un apr�s. Mais la durŽe qui a un avant et un apr�s c'est le temps. Donc avant le monde, il y eut le temps et par consŽquent un mouvement et un mobile et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 3 a. 17Arg. 21 Praeterea, Augustinus dicit : Deum ab aeterno dominum non fuisse dicere nolo. Sed quandocumque fuit dominus, habuit creaturam sibi subiectam. Ergo non est dicendum, quod creatura non fuerit ab aeterno.

21. Augustin dit (La TrinitŽ, V, 16) : ÇJe ne veux pas dire que Dieu a ŽtŽ Seigneur de toute l'ŽternitŽÈ. Mais toutes les fois qu'il a ŽtŽ Seigneur, il eut une crŽature qui lui Žtait soumise[498]. Donc il ne faut pas dire que la crŽature n'a pas existŽ de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 22 Praeterea, Deus potuit mundum producere antequam produxerit ; alias impotens fuisset. Scivit etiam ante producere ; alias ignorans esset. Videtur etiam quod voluit, alias invidus fuisset. Ergo videtur quod non inceperit de novo producere creaturas.

22. Dieu a pu produire le monde avant le moment o� il l'a produit ; autrement il aurait manquŽ de puissance. Et il a su aussi le produire avant, autrement il aurait ŽtŽ ignorant. Il semble aussi qu'il l'a voulu, autrement il aurait ŽtŽ jaloux[499]. Donc il semble qu'il n'a pas commencŽ ˆ produire des crŽatures de nouveau.

q. 3 a. 17Arg. 23 Praeterea, omne quod est finitum, est communicabile creaturae. Sed aeternitas est quoddam finitum ; alias nihil posset esse ultra aeternitatem : dicitur enim Exod. XV, 18 : dominus regnabit in aeternum et ultra. Ergo videtur quod creatura fuerit aeternitatis capax ; et sic conveniens fuit divinae bonitati quod creaturam ab aeterno produxerit.

23. Tout ce qui est fini peut-�tre communiquŽ ˆ la crŽature. Mais l'ŽternitŽ est quelque chose de fini ; autrement rien ne pourrait �tre au-delˆ de l'ŽternitŽ[500] ; on dit en effet dans Ex. 15, 18 : ÇLe Seigneur rŽgnera dans l'ŽternitŽ et au-delˆ.È Donc il semble que la crŽature aura ŽtŽ capable d'ŽternitŽ et ainsi il a ŽtŽ conforme ˆ la divine bontŽ d'avoir produit la crŽature de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 24 Praeterea, omne quod incipit, habet mensuram suae durationis. Sed tempus non potest habere aliquam mensuram suae durationis : non enim mensuratur aeternitate, quia sic semper fuisset : nec aevo, quia sic in perpetuum duraret ; nec tempore, quia nihil est mensura sui ipsius. Ergo tempus non incipit esse, et ita nec mobile nec mundus.

24. Tout ce qui commence a la mesure de sa durŽe. Mais le temps ne peut pas lÕavoir ; car il n'est pas mesurŽ par l'ŽternitŽ, parce qu'ainsi il aurait toujours existŽ ; ni par l'¾vum parce qu'ainsi il durerait toujours, ni par le temps, parce que rien n'est sa propre mesure. Donc le temps n'a pas commencŽ ˆ exister, et ainsi ni le mobile, ni le monde non plus.

q. 3 a. 17Arg. 25 Praeterea, si tempus incepit esse, aut incepit esse in tempore, aut in instanti. Sed non incepit esse in instanti, quia in instanti tempus nondum est ; nec iterum in tempore, quia sic nihil temporis ante temporis terminum esset ; nihil enim rei est antequam res esse incipiat. Ergo tempus non incepit esse : et sic idem quod prius.

25. Si le temps a commencŽ ˆ exister, ou il a commencŽ ˆ exister dans le temps ou dans l'instant. Mais il n'a pas commencŽ ˆ exister dans l'instant, parce que, en celui-ci, le temps n'existe pas encore ; ni ˆ nouveau dans le temps, parce qu'ainsi rien du temps ne serait avant le terme du temps ; car rien d'une chose n'existe avant quÕelle commence ˆ �tre. Donc le temps n'a pas commencŽ et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 3 a. 17Arg. 26 Praeterea, Deus ab aeterno fuit causa rerum : alias oporteret dicere, quod prius fuit causa in potentia, et postea in actu ; et sic esset aliquid prius quod reduceret ipsum de potentia in actum, quod est impossibile. Nihil autem est causa, nisi causatum habeat. Ergo mundus fuit a Deo ab aeterno creatus.

26. Dieu fut cause des �tres de toute ŽternitŽ ; autrement il faudrait dire que d'abord il a ŽtŽ une cause en puissance et ensuite en acte ; et ainsi il y aurait quelque chose avant lui qui le ferait passer de la puissance ˆ l'acte, ce qui est impossible. Mais rien n'est cause sinon ce qui a un effet. Donc le monde a ŽtŽ crŽŽ par Dieu de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 27 Praeterea, verum et ens convertuntur. Sed multa sunt vera ab aeterno ; sicut hominem non esse asinum, et mundum futurum esse, et multa similia. Ergo videtur quod multa sunt entia ab aeterno ; et non solum Deus.

27. Le vrai et l'Žtant sont convertibles. Mais beaucoup de vŽritŽ existent de toute l'ŽternitŽ ; ainsi l'homme n'est pas un ‰ne, le monde existera, et beaucoup de propositions semblables. Donc il semble que nombreux sont les Žtants qui existent de toute l'ŽternitŽ et pas seulement Dieu.

q. 3 a. 17Arg. 28 Sed dicendum, quod omnia ista sunt vera veritate prima, quae Deus est.- Sed contra, alia veritass est huius propositionis, mundum futurum esse, et huius, hominem non esse asinum : quia posito per impossibile quod una sit falsa, adhuc reliqua erit vera. Sed veritas prima non est alia et alia. Ergo non sunt vera veritate prima.

28. Mais il faut dire que toutes ces propositions sont vraies par la vŽritŽ premi�re qui est Dieu. Ñ En sens contraire, la vŽritŽ de cette proposition, Çle monde existeraÈ est autre que celle-ci Çl'homme n'est pas un ‰neÈ, parce que, une fois Žtabli que par impossible l'une est fausse, le reste sera encore vrai. Mais la vŽritŽ premi�re nÕest pas ceci ou cela. Donc elles ne sont pas vraies par la vŽritŽ premi�re.

q. 3 a. 17Arg. 29 Praeterea, secundum philosophum in praedicamentis, ex eo quod res est vel non est, oratio vera vel falsa est. Si igitur multae propositiones verae sint ab aeterno, videtur quod res per eas signatae ab aeterno extiterint.

29. Selon le Philosophe, dans les CatŽgories (La substance 5, 4 b 8) du fait qu'une chose existe ou n'existe pas, la parole est vraie ou fausse. Si donc de nombreuses propositions sont vraies de toute ŽternitŽ, il semble que ce qu'elles dŽsignent aura existŽ de toute ŽternitŽ.

q. 3 a. 17Arg. 30 Praeterea Deo idem est dicere quod facere ; unde in Ps. 148, 5 : dixit, et facta sunt. Sed dicere Dei est aeternum : alias filius qui est verbum patris non esset patri coaeternus. Ergo et facere Dei est aeternum, et ita mundus est factus ab aeterno.

30. Pour Dieu dire et faire, c'est pareil ; c'est pourquoi dans le Ps. 148, 5 : ÇIl dit et ce fut faitÈ. Mais la parole de Dieu est Žternelle : autrement le Fils qui est le Verbe du P�re ne lui serait pas coŽternel. Donc l'action de Dieu est Žternelle et ainsi le monde a ŽtŽ fait de toute ŽternitŽ.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 17 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Proverb. cap. VIII, 24, ex ore divinae sapientiae : nondum erant abissi, et ego iam concepta eram : necdum fontes aquarum eruperant, necdum montes gravi mole constiterant ; ante omnes colles ego parturiebar ; adhuc terram non fecerat et flumina et cardines orbis terrae. Ergo cardines orbis terrae et flumina et terra non semper fuerunt. Ergo cardines orbis terrae et flumina et terra non semper fuerunt.

1. En Prov. 8, 24, il est dit de la bouche de la Sagesse divine : ÇLes ab”mes n'existaient pas encore, et moi dŽjˆ j'avais ŽtŽ con�ue ; les fontaines n'avaient pas encore jailli, et les montagnes n'Žtaient pas Žtablies dans leur lourde masse ; avant toutes les collines j'Žtais enfantŽe ; il n'avait pas encore fait la terre, les fleuves et les p™les du mondeÈ. Donc les p™les du monde, les fleuves et la terre n'ont pas toujours existŽ.

q. 3 a. 17 s. c. 2 Praeterea, secundum Priscinianum quanto tempore iuniores, tanto intellectu perspicaciores. Sed perspicacitas non est infinita. Ergo nec tempus quo perspicacitas creavit fuit infinitum, et per consequens nec mundus.

2. Selon Priscien[501], les plus jeunes dans le temps, sont perspicaces par lÕesprit. Mais la perspicacitŽ n'est pas infinie. Donc le temps pendant lequel la perspicacitŽ a crŽŽ n'a pas ŽtŽ infini, et par consŽquent le monde non plus.

q. 3 a. 17 s. c. 3 Praeterea, Iob XIV, 19 : alluvione paulatim terra consumitur. Sed terra non est infinita. Si ergo fuisset tempus infinitum, iam totaliter esset consumpta : quod patet esset falsum.

3. En Job 14, 19, on lit : ÇLa terre sÕŽrode peu ˆ peuÈ. Mais la terre n'est pas infinie. Donc si le temps avait ŽtŽ infini, dŽjˆ elle serait totalement ŽrodŽe, ce qui para”t faux.

q. 3 a. 17 s. c. 4 Praeterea, constat Deum naturaliter esse mundo priorem, sicut causam effectu. Sed in Deo idem est duratio et natura. Ergo Deus duratione prior est mundo, et ita mundus non semper fuit.

4. Il est clair que Dieu existe naturellement avant le monde, comme la cause avant l'effet. Mais en Dieu la durŽe et la nature sont les m�mes. Donc Dieu est avant le monde par la durŽe et ainsi le monde n'a pas toujours existŽ.

 

RŽponse :

q. 3 a. 17 co. Respondeo. Dicendum quod firmiter tenendum est mundum non semper fuisse, sicut fides Catholica docet. Nec hoc potest aliqua physica demonstratione efficaciter impugnari. Ad cuius evidentiam sciendum est, quod sicut in quaestione alia est habitum, in operatione Dei non potest accipi aliquod debitum ex parte causae materialis, neque potentiae activae agentis, nec ex parte finis ultimi, sed solum ex parte formae quae est finis operationis, ex cuius praesuppositione requiritur quod talia existant qualia competunt illi formae

Il faut dire fermement que le monde n'a pas toujours existŽ, comme la foi catholique l'enseigne. Et cette croyance ne peut pas �tre combattue efficacement par une dŽmonstration tirŽe de la physique[502]. Pour en montrer l'Žvidence, il faut savoir que, comme on l'a considŽrŽ dans une autre question, on ne peut accepter que dans l'opŽration de Dieu quelque chose soit dž du c™tŽ de la cause matŽrielle[503], ni de la puissance active de l'agent, ni de la fin ultime, mais seulement du c™tŽ de la forme qui est la fin de l'opŽration ; de sa prŽsupposition, il est requis qu'ils existent tels qu'ils conviennent ˆ cette forme.

. Et ideo aliter dicendum est de productione unius particularis creaturae, et aliter de exitu totius universi a Deo. Cum enim loquimur de productione alicuius singularis creaturae, potest assignari ratio quare talis sit, ex aliqua alia creatura, vel saltem ex ordine universi, ad quem quaelibet creatura ordinatur, sicut pars ad formam totius. Cum autem de toto universo loquimur educendo in esse, non possumus ulterius aliquod creatum invenire ex quo possit sumi ratio quare sit tale vel tale ; unde, cum nec etiam ex parte divinae potentiae quae est infinita, nec divinae bonitatis, quae rebus non indiget, ratio determinatae dispositionis universi sumi possit, oportet quod eius ratio sumatur ex simplici voluntate producentis ut si quaeratur, quare quantitas caeli sit tanta et non maior, non potest huius ratio reddi nisi ex voluntate producentis.

C'est pourquoi il faut parler autrement de la production d'une crŽature particuli�re et de la sortie de Dieu de tout l'univers[504]. En effet, quand nous parlons de la production d'une crŽature particuli�re, on peut trouver la raison pour laquelle elle est telle, ˆ partir d'une autre crŽature, ou du moins ˆ partir de l'ordre de l'univers, ˆ qui toute crŽature est ordonnŽe, comme la partie ˆ la forme du tout. Mais quand on parle de tout l'univers, qui parvient ˆ l'�tre, nous ne pouvons plus trouver au-delˆ quelque chose de crŽŽ d'o� on puisse tirer une raison pour laquelle il est tel ou tel. C'est pourquoi, comme ni du c™tŽ de la puissance de Dieu qui est infinie, ni du c™tŽ de sa bontŽ, qui n'a pas besoin des crŽatures, on ne peut trouver de raisons pour une disposition dŽterminŽe de l'univers, il faut admettre comme raison la volontŽ absolue de celui qui produit l'univers, pour que, si on cherche pourquoi l'immensitŽ du ciel est telle, et pas plus grande, on ne puisse tirer cette raison que de la volontŽ du crŽateur.

Et propter hoc etiam, ut Rabbi Moyses dicit, divina Scriptura inducit homines ad considerationem caelestium corporum, per quorum dispositionem maxime ostenditur quod omnia subiacent voluntati et providentiae creatoris. Non enim potest assignari ratio quare talis stella tantum a tali distet, vel aliqua huiusmodi quae in dispositione caeli consideranda occurrunt, nisi ex ordine sapientiae Dei ; unde dicitur Is. XL, 26 : levate in excelsum oculos vestros ; et videte quis creavit haec.

A cause de cela, comme le dit aussi Rabbi Moyses, l'ƒcriture conduit les hommes ˆ la considŽration des corps cŽlestes : leur disposition montre le mieux que tout est soumis ˆ la volontŽ et ˆ la providence du crŽateur. Car on ne peut donner la raison pour laquelle telle Žtoile est seulement ˆ telle distance, ou pour d'autres phŽnom�nes de ce genre qui arrivent dans la disposition du ciel quand on le considŽre, sinon que cela vient de l'ordre de la sagesse de Dieu. C'est pourquoi on dit en Is. 40, 26 : ÇLevez vos yeux vers le ciel, et voyez qui a crŽŽ celaÈ.

Nec obstat, si dicatur quod talis quantitas consequitur naturam caeli vel caelestium corporum, sicut et omnium natura constantium est aliqua determinata quantitas, quia sicut divina potentia non limitatur ad hanc quantitatem magis quam ad illam, ita non limitatur ad naturam cui debeatur talis quantitas, magis quam ad naturam cui alia quantitas debeatur. Et sic eadem redibit quaestio de natura, quae est de quantitate ; quamvis concedamus, quod natura caeli non sit indifferens ad quamlibet quantitatem, nec sit in eo possibilitas ad aliam quantitatem nisi ad istam.

Rien n'emp�che de dire qu'une telle grandeur dŽcoule de la nature du ciel ou des corps cŽlestes, de m�me la nature de tout ce qui se maintient est une grandeur dŽterminŽe, parce que, la puissance de Dieu n'est pas plus limitŽe ˆ cette grandeur qu'ˆ cette autre, de m�me elle n'est pas limitŽe ˆ la nature ˆ quoi telle grandeur est due, plus qu'ˆ la nature ˆ quoi cette autre grandeur est due. Et ainsi reviendra la m�me question au sujet de la nature, en ce qui concerne la grandeur ; quoique nous concŽdions que la nature du ciel n'est pas indiffŽrente ˆ n'importe quelle grandeur, et qu'il n'y a pas en elle possibilitŽ pour une autre grandeur que pour celle-lˆ.

Non sic autem potest dici de tempore vel temporis duratione. Nam tempus est extrinsecum a re, sicut et locus ; unde etiam in caelo, in quo non est possibilitas respectu alterius quantitatis vel accidentis interius inhaerentis, est tamen in eo possibilitas respectu loci et situs, cum localiter moveatur ; et etiam respectu temporis, cum semper tempus succedat tempori, sicut est successio in motu et in ubi ; unde non potest dici, quod neque tempus neque ubi consequatur naturam eius, sicut de quantitate dicebatur. Unde patet quod ex simplici Dei voluntate dependet quod praefigatur universo determinata quantitas durationis, sicut et determinata quantitas dimensionis. Unde non potest necessario concludi aliquid de universi duratione, ut per hoc ostendi possit demonstrative mundum semper fuisse.

Mais il nÕest pas possible de parler ainsi du temps ou de sa durŽe. Car il est extŽrieur ˆ la chose, comme le lieu ; c'est pourquoi m�me dans le ciel, dans lequel il n'y pas de possibilitŽ par rapport ˆ une autre quantitŽ ou un accident qui adh�re plus intŽrieurement, il y a cependant en lui possibilitŽ par rapport au lieu et ˆ lÕespace, puisqu'il est mž localement, et aussi par rapport au temps, puisque toujours le temps succ�de au temps, de m�me qu'il y succession dans le mouvement et le lieu ; c'est pourquoi on ne peut pas dire, que ni le temps, ni le lieu accompagnent sa nature, comme on le disait de la quantitŽ. Aussi il est clair qu'il dŽpend de la simple volontŽ de Dieu qu'une quantitŽ dŽterminŽe de temps soit fixŽe ˆ l'univers, de la m�me mani�re qu'une grandeur dŽterminŽe pour la dimension. CÕest pourquoi on ne peut rien conclure nŽcessairement de la durŽe de l'univers, pour pouvoir dŽmontrer par le raisonnement que le monde a toujours existŽ.

Quidam vero non considerantes exitum universi a Deo, coacti sunt circa inceptionem mundi errare. Quidam namque causam agentem praetermittentes, solam materiam a nullo creatam ponentes, quae omnium causa esset, sicut antiquissimi naturales, necessario habuerunt dicere materiam semper fuisse. Cum enim nihil se educat de non esse in esse, oportet causam aliam habere quod incipit esse ; et hi posuerunt

A. Ñ Certains qui ne consid�rent pas que l'univers vient de Dieu, ont ŽtŽ forcŽs de se tromper sur le commencement du monde. Car certains sans tenir compte de la cause efficiente, pensant qu'il y avait seulement une mati�re incrŽŽe[505], qui serait la cause de tout, comme les tr�s anciens Naturalistes, furent obligŽs de dire que la mati�re a toujours existŽ. En effet, comme rien ne passe par soi du non-�tre ˆ l'�tre, il faut que ce qui commence ˆ �tre ait une autre cause et ils ont pensŽ :

vel mundum semper fuisse continue, quia non ponebant nisi naturaliter agentia quae determinabantur ad unum, ex quo oportebat quod semper idem effectus sequeretur ;

a) ou bien que le monde a toujours existŽ en continuitŽ, parce qu'ils ne pensaient qu'aux agents naturellement dŽterminŽs ˆ un seul objet d'o� il fallait que dŽcoule toujours le m�me effet,

vel cum interruptione sicut Democritus ; qui ponebat mundum vel mundos potius multoties fuisse compositos et dissolutos casu, propter causalem motum atomorum.

b) ou bien (qu'il a existŽ) avec interruption, comme DŽmocrite le dit, qui pensait que le monde, ou plut™t les mondes, avaient ŽtŽ composŽs et dŽsagrŽgŽs de nombreuses fois par le hasard, ˆ cause du mouvement causal des atomes.

Sed quia inconveniens videbatur quod omnes convenientiae et utilitates in rebus naturalibus existentes essent a casu, cum semper vel in pluribus inveniantur ; quod tamen necesse erat sequi, si solum materia poneretur, et praecipue cum inveniatur quidam effectus ad quos causalitas materiae non sufficit ; ideo alii posuerunt causam agentem, sicut Anaxagoras intellectum, et Empedocles amicitiam et litem. Sed tamen isti non posuerunt huiusmodi causas agentes universi esse, sed ad modum aliorum particularium agentium, quae agunt materiam transmutando de uno in aliud. Unde necesse erat eis dicere quod materia esset aeterna, utpote non habens causam sui esse ; sed mundum incepisse : quia omnis effectus causae agentis per motum sequitur suam causam in duratione, eo quod effectus non est nisi in termino motus, ante quem est principium motus, cum quo simul oportet esse agens, a quo est principium motus.

B. Mais parce qu'il paraissait inconvenant que toutes les aptitudes et fonctions qui existent dans les �tres naturels dŽpendent du hasard, puisque on les trouvait soit toujours, soit m�me dans le plus grand nombre des �tres : ce que cependant il Žtait nŽcessaire de conclure, si on pensait qu'il n'y avait que la mati�re, et surtout puisqu'on trouvait un effet pour ce pourquoi la causalitŽ de la mati�re ne suffit pas, d'autres ont Žtabli une cause efficiente, comme l'intelligence pour Anaxagore, et l'amitiŽ et le proc�s pour EmpŽdocle[506]. Mais cependant ils n'ont pas Žtabli de telles causes efficientes universelles, mais ˆ la mani�re des autres agents particuliers, qui agissent sur la mati�re en la changeant dÕune chose en une autre. C'est pourquoi il Žtait nŽcessaire pour eux de dire que la mati�re Žtait Žternelle, c'est-ˆ-dire comme sans cause de son �tre ; mais que le monde a commencŽ ; parce que tout effet d'une cause efficiente par mouvement suit sa cause dans la durŽe, parce que l'effet n'existe qu'au terme du mouvement, avant lequel il y a son commencement, avec lequel il faut que l'agent soit en m�me temps, par lequel existe un principe du mouvement.

Aristoteles vero, considerans, quod si ponatur causa constituens mundum agere per motum, sequeretur quod sit abire in infinitum, quia ante quemlibet motum erit motus, posuit mundum semper fuisse. Non enim processit ex consideratione illa qua intelligitur exitus universi esse a Deo, sed ex illa consideratione qua ponitur aliquod agens incipere operari per motum ; quod est particularis causae, et non universalis. Et propter hoc ex motu et immobilitate primi motoris, rationes suas sumit ad mundi aeternitatem ostendendam ; unde diligenter consideranti, rationes eius apparent quasi rationes disputantis contra positionem ; unde et in principio VIII Phys., mota quaestione de aeternitate motus, praemittit opiniones Anaxagorae et Empedoclis, contra quas disputare intendit.

C. Ñ Mais Aristote ( Physique, VIII, 1, 251 a 10-13), considŽrant que, si on pense qu'une cause qui constitue le monde agit par mouvement, il en dŽcoulerait que ce serait aller ˆ l'infini, parce que, avant n'importe quel mouvement, il y a un mouvement, pensa que le monde a toujours existŽ. Car il part pas de cette considŽration par laquelle on comprend que l'univers vient de Dieu, mais de celle par laquelle on pense quÕun agent commence ˆ opŽrer par mouvement, ce qui est d'une cause particuli�re, et non d'une cause universelle. Et ainsi il tire ses arguments du mouvement et de l'immobilitŽ du premier moteur pour dŽmontrer l'ŽternitŽ du monde. C'est pour cela que, pour celui qui les consid�re avec attention, ses raisons apparaissent comme celles de quelqu'un qui rŽfute une opinion ; et ainsi au commencement du livre VIII de la Physique (VIII, 1, 250 b 23[507]) ayant soulevŽ la question de l'ŽternitŽ du mouvement, il prŽsente prŽalablement les opinons d'Anaxagore et d'EmpŽdocle contre lequel il a l'intention d'argumenter.

Sed sequaces Aristotelis considerantes exitum totius universi a Deo per suam voluntatem, et non per motum, conati sunt ostendere mundi aeternitatem per hoc quod voluntas non retardat facere quod intendit, nisi propter aliquam innovationem vel immutationem, saltem quam necesse est imaginari in successione temporis, dum vult facere hoc tunc et non prius.

D. Mais les successeurs d'Aristote considŽrant que l'univers est sorti de Dieu par sa volontŽ et non par mouvement, ont essayŽ de dŽmontrer l'ŽternitŽ du monde par le fait que la volontŽ ne tarde pas ˆ accomplir ce qu'elle a l'intention de faire sauf nouveautŽ ou changement, du moins qu'il est nŽcessaire d'imaginer dans la succession du temps, pendant qu'il veut faire cela alors et non avant.

Sed isti etiam in defectum similem inciderunt in quem et praedicti. Consideraverunt enim primum agens ad similitudinem alicuius agentis quod suam actionem exercet in tempore quamvis per voluntatem agat ; quod tamen non est causa ipsius temporis, sed tempus praesupponit. Deus autem est causa etiam ipsius temporis. Nam et ipsum tempus in universitate eorum quae a Deo facta sunt continetur ; unde cum de exitu universi esse a Deo loquimur, non est considerandum, quod tunc et non prius fecerit. Ista enim consideratio tempus praesupponit ad factionem, non autem subiicit factioni.

Mais ceux-ci tomb�rent dans une erreur semblable ˆ celle o� Žtaient tombŽs ceux dont on a parlŽ. Car ils ont considŽr� le premier agent ˆ la ressemblance d'un agent qui exerce son action dans le temps, quoiqu'il agisse par volontŽ, ce qui n'est pas cause de ce temps, mais le prŽsuppose. Mais Dieu est la cause aussi du temps lui-m�me. Car il est contenu dans l'universalitŽ de ce que Dieu a crŽŽ ; c'est pourquoi, quand nous parlons de l'�tre de l'univers sorti de Dieu, il ne faut pas considŽrer qu'il l'a fait alors et non avant. Car cette considŽration prŽsuppose le temps pour sa formation, mais elle n'y est pas soumise.

Sed si universitatis creaturae productionem consideramus, inter quas est etiam ipsum tempus, est considerandum quare tali tempori talem mensuram praefixerit, non quare hoc fecit in tali tempore. Praefixio autem mensurae temporis dependet ex simplici voluntate Dei, qui voluit quod mundus non esset semper, sed quandoque esse inciperet, sicut et voluit quod caelum nec esset maius vel minus.

Mais si nous considŽrons la production de lÕuniversalitŽ des crŽatures, parmi lesquelles il y a le temps lui-m�me, il faut considŽrer pourquoi il a fixŽ ˆ l'avance une telle mesure ˆ tel temps, non pourquoi il a fait cela en tel temps. La dŽtermination de la mesure du temps dŽpend de la simple volontŽ de Dieu, qui a voulu que le monde n'existe pas toujours, mais quÕun jour, il commence ˆ exister comme il a voulu que le ciel ne soit ni plus grand ni plus petit.

 

Solutions :

q. 3 a. 17 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod bonitatis proprium est producere res in esse mediante voluntate, cuius est obiectum ; unde non oportuit quod quandocumque fuit divina bonitas, res producerentur in esse, sed secundum dispositionem voluntatis divinae.

# 1. Le propre de la bontŽ est de faire venir les crŽatures ˆ l'�tre par l'intermŽdiaire de la volontŽ, dont c'est l'objet. C'est pourquoi il nÕa pas fallu que toutes les fois o� il y eut la bontŽ de Dieu les crŽatures viennent ˆ l'�tre, mais selon la disposition de la volontŽ divine.

q. 3 a. 17 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in corpore caelesti, cum sit incorruptibile, est virtus ut sit semper ; sed nulla virtus neque essendi neque operandi respicit praeteritum, sed solum praesens vel futurum ; nullus enim habet virtutem ad quod aliquid fecerit, quia quidquid non est factum, non potest factum fuisse ; sed habet aliquis virtutem ad hoc ut nunc vel in posterum faciat ; unde et virtus existendi semper, quae inest caelo, non respicit praeteritum, sed futurum.

# 2. Le corps cŽleste, en tant qu'incorruptible, a le pouvoir de toujours exister ; mais aucun pouvoir d'�tre ni d'opŽrer ne regarde le passŽ, mais seulement le prŽsent ou le futur ; car personne n'a de pouvoir sur ce qui aura ŽtŽ fait, parce que, tout ce qui n'a pas ŽtŽ fait ne peut pas avoir ŽtŽ fait ; mais quelquÕun en a le pouvoir dans le prŽsent ou le futur. C'est pourquoi le pouvoir d'exister toujours qui est dans le ciel, ne regarde pas le passŽ, mais le futur.

q. 3 a. 17 ad 3 Ad tertium dicendum, quod non potest dici, simpliciter loquendo, caelum esse corruptibile propter hoc quod in non esse decideret, si a Deo non contineretur. Sed tamen quia creaturam contineri in esse a Deo, dependet ex immobilitate divina, non ex necessitate naturae, ut possit dici quod sit necessarium absolute, cum sit necessarium solum ex suppositione divinae voluntatis, quae hoc immobiliter statuit, potest concedi secundum quid corruptibile esse caelum, cum hac scilicet conditione, si Deus ipsum non contineret.

# 3. On ne peut pas dire, absolument parlant, que le ciel est corruptible, pour tomber dans le non-�tre, s'il n'Žtait pas maintenu par Dieu. Mais cependant, parce que le fait que la crŽature soit maintenue ˆ l'�tre par Dieu dŽpend de lÕimmutabilitŽ divine, non par la nŽcessitŽ de nature, pour qu'on puisse dire quÕil est absolument nŽcessaire, puisqu'il serait nŽcessaire seulement, si on suppose la volontŽ divine, qui lÕa Žtabli de fa�on immobile, on peut concŽder en quoi le ciel est corruptible, ˆ cette condition que Dieu ne le maintienne pas.

q. 3 a. 17 ad 4 Ad quartum dicendum, quod omnis effectus habet necessariam habitudinem ad suam causam efficientem, sive sit causa naturalis, sive voluntaria. Sed non ponimus Deum causam mundi ex necessitate naturae suae, sed ex voluntate, ut supra dictum est, unde necessarium est effectum divinum sequi non quandocumque natura divina fuit, sed quando dispositum est voluntate divina ut esset, et secundum modum eumdem quo voluit ut esset.

# 4. Tout effet a une relation nŽcessaire ˆ sa cause efficiente, qu'elle soit naturelle ou volontaire. Mais nous ne pensons pas que Dieu soit la cause du monde par la nŽcessitŽ de sa nature, mais par volontŽ, comme on l'a dit plus haut ( qu. 3, art. 15). C'est pourquoi, il est nŽcessaire que l'effet divin suive, non pas chaque fois que la nature divine a existŽ, mais quand il a ŽtŽ disposŽ par la volontŽ divine ˆ �tre et de la mani�re m�me dont il a voulu qu'il soit.

q. 3 a. 17 ad 5 Ad quintum dicendum, quod ante tempus aliquid esse, potest intelligi dupliciter. Uno modo ante totum tempus, et ante omne id quod est temporis ; et sic mundus non fuit ante tempus, quia instans in quo incepit mundus, licet non sit tempus, est tamen aliquid temporis, non quidem ut pars, sed ut terminus. Alio modo intelligitur aliquid esse ante tempus, quia est ante temporis completionem ; quod non completur nisi in instanti ante quod est aliud instans ; et sic mundus est ante tempus. Non autem oportet propter hoc quod sit aeternus ; quia nec ipsum instans temporis quod sic est ante tempus est aeternum.

# 5. L'existence d'un �tre avant le temps, peut �tre comprise de deux fa�ons :a) Avant tout le temps et avant tout ce qui concerne temps ; et ainsi le monde n'a pas existŽ avant le temps, parce que l'instant o� il a commencŽ, bien que ce ne soit pas le temps, est cependant quelque chose du temps, non comme une partie, mais comme un terme.b) On comprend que quelque chose existe avant le temps parce qu'il est avant l'accomplissement du temps ; parce qu'il n'est complet que dans l'instant avant lequel il y a un autre instant ; et ainsi le monde est avant le temps. Mais il ne faut pas pour cela qu'il soit Žternel, parce que cet instant m�me du temps qui est ainsi avant le temps n'est pas Žternel.

q. 3 a. 17 ad 6 Ad sextum dicendum, quod cum omne agens agat sibi simile, oportet quod effectus hoc modo sequatur a causa efficaciter operante, quod similitudinem causae retineat. Sicut autem quod est a causa naturaliter agente, retinet similitudinem eius prout habet formam similem formae agentis ; ita quod est ab agente voluntario, retinet similitudinem eius, prout habet formam similem causae, secundum quod hoc producitur in effectu quod est in voluntatis dispositione, ut patet de artificiato respectu artificis. Voluntas autem non disponit solum de forma effectus, sed de loco, duratione, et omnibus conditionibus eius ; unde oportet quod effectus voluntatis tunc sequatur quando voluntas disponit, non quando voluntas est. Non enim secundum esse, sed secundum id quod voluntas disponit, effectus voluntati similatur. Licet igitur voluntas semper sit eadem, non tamen oportet quod semper ex ea effectus sequatur.

# 6. Comme tout agent fait du semblable ˆ lui, il faut que l'effet dŽcoule de la cause qui op�re efficacement, de mani�re ˆ maintenir sa ressemblance. De m�me ce qui dŽpend d'une cause qui agit naturellement maintient la ressemblance dans la mesure o� elle a une forme semblable ˆ celle de l'agent. De la m�me mani�re ce qui maintient sa ressemblance, dans la mesure o� il a une forme semblable ˆ celle de l'agent, selon que cela se produit dans un effet qui dŽpend de la volontŽ, comme cela para”t dans l'Ïuvre de l'artisan, en rapport avec lui. La volontŽ ne dispose pas seulement de la forme de l'effet, mais du lieu, de la durŽe et de toutes ses conditions. C'est pourquoi, il faut que l'effet de la volontŽ suive quand elle le dispose, non quand elle existe. Car ce n'est pas selon l'�tre, mais selon ce que la volontŽ dispose, que l'effet est semblable ˆ la volontŽ. Donc, bien que la volontŽ soit toujours la m�me, cependant il ne faut pas que toujours l'effet en dŽcoule.

q. 3 a. 17 ad 7 Ad septimum dicendum, quod Deus de necessitate vult suam bonitatem et omne id sine quo sua bonitas esse non potest. Tale autem non est creaturarum productio ; unde ratio non sequitur.

# 7. Dieu veut nŽcessairement sa bontŽ et tout ce sans quoi sa bontŽ ne peut pas exister. Mais telle n'est pas la production des crŽatures. C'est pour cela que l'argument ne vaut pas.

q. 3 a. 17 ad 8 Ad octavum dicendum, quod cum Deus creaturas ad manifestationem sui produxerit, convenientius fuit et melius ut sic producerentur, sicut convenientius et expressius eum poterant manifestare. Expressius autem manifestatur ex creaturis, si non semper sint ; quia in hoc manifeste apparet quod ab alio eductae sunt in esse, et quod Deus creaturis non indiget, et quod creaturae omnino divinae subiacent voluntati.

# 8. Comme Dieu a produit les crŽatures pour se manifester, il a ŽtŽ plus convenable et meilleur de les produire aussi comme elles pouvaient le manifester plus convenablement et mieux. Mais il est plus expressŽment manifestŽ par les crŽatures, si elles n'existaient pas toujours, parce que, en cela, il appara”t manifestement qu'elles viennent ˆ l'�tre par un autre, que Dieu n'a pas besoin de ses crŽatures, et que les crŽatures sont soumises enti�rement ˆ sa volontŽ.

q. 3 a. 17 ad 9 Ad nonum dicendum, quod Deus aeternam voluntatem habuit de mundi factione ; non tamen ut mundus semper fieret, sed ut tunc fieret quando fecit.

# 9. Dieu a eu la volontŽ Žternelle de crŽer le monde, non cependant pour qu'il exist‰t toujours, mais pour qu'il soit crŽŽ quand il le fit.

q. 3 a. 17 ad 10 Ad decimum dicendum, quod antequam mundus esset, possibile erat mundum fieri, non quidem aliqua potentia passiva, sed solum per potentiam activam agentis. Vel potest dici, quod fuit possibile non per aliquam potentiam, sed quia termini non sunt invicem discohaerentes, huiusmodi scilicet propositionis : mundus est. Sic enim dicitur esse aliquid possibile secundum nullam potentiam, ut patet per philosophum, in V Metaph.

# 10. Avant que le monde existe, il Žtait possible qu'il soit crŽŽ, non ˆ cause d'une quelconque puissance passive, mais seulement par la puissance active de l'agent. Ou bien on peut dire encore qu'il a ŽtŽ possible, non par une puissance, mais parce que les termes ne se contrarient pas entre eux, ˆ savoir ceux de cette proposition : ÇLe monde existeÈ. Car ainsi on dit que quelque chose est possible mais pas selon la puissance, comme le Philosophe le fait voir (MŽtaphysique V, 15, 1021 a 24-25[508]).

q. 3 a. 17 ad 11 Et per hoc patet solutio ad undecimum.

11. Et ainsi appara”t la solution ˆ la onzi�me objection.

q. 3 a. 17 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod ratio illa procedit de agente quod incipit agere actione nova ; sed Dei actio est aeterna, cum sit sua substantia. Dicitur autem incipere agere ratione novi effectus, qui ab aeterna actione consequitur secundum dispositionem voluntatis, quae intelligitur quasi actionis principium in ordine ad effectum. Effectus enim ab actione sequitur secundum conditionem formae, quae est actionis principium ; sicut aliquid est calefactum per calefactionem ignis, ad modum caloris ignis.

12. Cette raison proc�de de l'agent qui commence ˆ agir par une action nouvelle ; mais l'action de Dieu est Žternelle, puisqu'elle est sa substance. On dit qu'il commence ˆ agir pour un nouvel effet, qui dŽcoule de l'action Žternelle selon la disposition de sa volontŽ, qui est comprise comme le principe de l'action en rapport avec cet l'effet. Car l'effet dŽcoule de l'action selon la condition de la forme, qui en est le principe ; ainsi quelque chose est rŽchauffŽ par la chaleur du feu, ˆ la mani�re de sa chaleur.

q. 3 a. 17 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod ratio illa procedit de agente quod ita facit effectum suum in tempore, quod tamen non est temporis causa ; quod in Deo locum non habet, ut ex supra dictis, patet.

13. Cette raison proc�de d'un agent qui produit son effet dans le temps, sans �tre la cause du temps, ce qui nÕexiste pas en Dieu, comme cela para”t de ce quÕon a dit plus haut (art. 15).

q. 3 a. 17 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod si motus proprie accipiatur, divina voluntas non movetur ; sed metaphorice loquendo dicitur moveri a suo volito ; et sic sola Dei bonitas movet ipsam, secundum quod Augustinus dicit quod Deus movet se ipsum sine loco et tempore. Nec tamen sequitur quod quandocumque fuit bonitas eius, tunc esset creaturarum productio ; quia creaturae non procedunt a Deo ex debito vel necessitate bonitatis, cum divina bonitas creaturis non egeat, nec per eas ei aliquid accrescat, sed ex simplici voluntate.

14. Si le mouvement est pris au sens propre, la volontŽ divine n'est pas mue, mais en parlant par mŽtaphore, on dit qu'elle est mue par ce qu'il veut, et ainsi la seule bontŽ de Dieu la meut elle-m�me, selon ce que dit Augustin (La Gen�se au sens littŽral VIII, 22) que Dieu se meut lui-m�me sans lieu ni temps. Cependant il n'en dŽcoule pas que chaque fois que sa bontŽ a existŽ, il y aurait eu production de crŽatures, parce qu'elles ne proc�dent pas de Dieu comme un dž ou nŽcessitŽ de sa bontŽ, puisque la bontŽ divine n'a pas besoin des crŽatures, et par elles rien n'est accru en lui, mais cela vient de sa simple volontŽ.

q. 3 a. 17 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod cum prima successio temporis causetur ex motus successione, ut dicitur in IV Phys., secundum hoc verum est quod omne instans et est principium et finis temporis, dicendum quod verum est quod omne momentum est principium et finis motus ; unde si supponamus motum non semper fuisse nec semper futurum esse, non oportebit dicere quod quodlibet instans sit principium et finis temporis ; sed erit aliquod instans quod est tantum principium, et aliquod quod tantum finis. Unde patet quod ratio ista est circularis, et propter hoc non est demonstratio ; sed tamen est efficax secundum intentionem Aristotelis, qui eam inducit contra positionem, ut dictum est, in corp. art. Multae enim rationes sunt efficaces contra positionem propter ea quae ab adversariis ponuntur, quae non sunt efficaces simpliciter.ICICq. 3 a. 17 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod instans semper consideratur ut fluens, sed non semper ut fluens ab aliquo in aliquid, sed quandoque ut fluens ab aliquo tantum, sicut ultimum instans temporis ; quandoque ut fluens in aliquid tantum, sicut primum instans.

15. Comme la premi�re succession du temps est causŽe par la succession du mouvement, comme on le dit (Physique IV, 218 b 9 sq.[509]), et qu'ainsi il est vrai que tout instant est commencement et fin du temps, il faut dire qu'il est vrai que tout moment est commencement et fin du mouvement ; c'est pourquoi si nous supposons que le mouvement n'a pas toujours existŽ, et ne durera pas toujours, il ne faudra pas dire que n'importe quel instant est commencement et fin du temps, mais il y aura un instant qui est seulement commencement et un qui est seulement fin. C'est pourquoi, il appara”t que cette raison est circulaire et c'est pour cela que ce n'est pas une dŽmonstration, mais cependant elle est efficace dans l'intention d'Aristote qui l'oppose ˆ cette opinion, comme on l'a dit dans le corps de l'article. Car nombreuses sont les raisons efficaces contre cette opinion ˆ cause de ce que les adversaires ont pensŽ, causes qui ne sont pas efficaces de fa�on absolue.16. L'instant est toujours considŽrŽ comme fluctuant, mais pas toujours comme fluctuant de l'un dans l'autre, mais quelquefois comme fluctuant d'un seulement comme le dernier instant du temps, quelquefois comme fluctuant en l'un seulement, comme le premier instant.

q. 3 a. 17 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod illa ratio non probat quod motus semper fuerit, sed quod motus circularis possit esse semper, quia ex mathematicis non potest aliquid efficaciter de motu concludi ; unde Aristoteles, non probat ex circulatione motus, eius aeternitatem ; sed supposito quod sit aeternus, ostendit quod est circularis ; quia nullus alius motus potest esse aeternus.

17. Cette raison ne prouve pas que le mouvement a toujours existŽ, mais que le mouvement circulaire pourrait existŽ toujours, parce que mathŽmatiquement on ne peut rien conclure d'efficace sur le mouvement ; c'est pourquoi Aristote (Physique VIII, 8, 264 b 9 ss.) ne prouve pas de la circularitŽ du mouvement son ŽternitŽ ; mais supposŽ qu'il soit Žternel, il montre qu'il est circulaire, parce que nul autre mouvement ne peut �tre Žternel.

q. 3 a. 17 ad 18 Et per hoc patet responsio ad decimumoctavum.

18. Et par lˆ appara”t la rŽponse ˆ la dix-huiti�me objection.

q. 3 a. 17 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod sicut se habet scibile ad scientiam nostram, ita se habet scientia Dei ad creaturas. Nam scientia Dei est causa creaturarum, sicut et scibile est causa scientiae nostrae ; unde sicut scibile potest esse, scientia nostra non existente, ut dicitur in praedicamentis, ita Dei scientia esse potest, scibili non existente.

19. La science de Dieu se comporte vis-ˆ-vis des crŽatures de la m�me mani�re que le connaissable vis-ˆ-vis de notre science. Car celle de Dieu est la cause des crŽatures ; de m�me que le connaissable est cause de notre science ; c'est pourquoi comme le connaissable peut exister sans que notre science existe, comme on le dit (Les CatŽgories, ad aliquid, 7, 7 b 23), ainsi la science de Dieu peut exister sans que le connaissable existe.

q. 3 a. 17 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod Deus praecedit mundum duratione, non quidem temporis, sed aeternitatis, quia esse Dei non mensuratur tempore. Nec ante mundum fuit tempus reale, sed solum imaginarium, prout scilicet nunc possumus imaginari infinita temporum spatia, aeternitate existente, potuisse revolvi ante temporis inceptionem.

20. Dieu prŽc�de le monde dans la durŽe, non du temps mais de l'ŽternitŽ, parce que l'�tre de Dieu n'est pas mesurŽ par le temps. Et avant le monde il n'y eut pas de temps rŽel, mais seulement imaginaire, dans la mesure o� nous pouvons maintenant imaginer qu'un espace infini de temps, quand existe l'ŽternitŽ, a pu se dŽrouler avant le commencement du temps.

q. 3 a. 17 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod si relatio dominii intelligatur consequi actionem qua Deus actualiter creaturas gubernat, sic non est ab aeterno dominus. Si autem intelligatur consequi ipsam potestatem gubernandi, sic competit ei ab aeterno. Nec tamen oportet creaturas ab aeterno ponere, nisi in potentia.

21. La relation de Seigneur est comprise comme dŽcoulant de l'action par laquelle Dieu gouverne actuellement les crŽatures, ainsi, il n'est pas Seigneur depuis l'ŽternitŽ. Mais si on comprend qu'elle dŽcoule de sa propre puissance de gouverner, alors ce nom lui convient depuis l'ŽternitŽ. Cependant il ne faut pas penser que des crŽatures aient existŽ de toute ŽternitŽ, sinon en puissance.

q. 3 a. 17 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod ratione illa utitur Augustinus, ad probandum coaeternitatem et coaequalitatem filii ad patrem ; quae tamen ratio non est efficax de mundo ; quia cum natura filii sit eadem cum patre, requirit aeternitatem et aequalitatem patris ; quae si sibi subtraheretur, invidiae esset. Non autem hoc requirit natura creaturae ; et ideo non est simile.

22. Augustin (Contre Maximinien, III, ch. 7, 8, 22) se sert de cette raison pour prouver la coŽternitŽ et la coŽgalitŽ du Fils au P�re ; cependant elle n'est pas valable pour le monde, parce que la nature du Fils est la m�me que celle du P�re, elle requiert l'ŽternitŽ et l'ŽgalitŽ avec le P�re. Si elle lui Žtait enlevŽe, ce serait une spoliation. Mais la nature de la crŽature ne le requiert pas, et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 3 a. 17 ad 23 Ad vicesimumtertium dicendum, quod secundum Graecos dicitur : dominus regnavit in saeculum saeculi, et adhuc ; quod exponens Origenes in Glossa, dicit, quod saeculum intelligitur spatium unius generationis, cuius finis notus est nobis : per saeculum saeculi immensum spatium temporis, quod finem habet, tamen nobis ignotum ; sed adhuc ultra illud, regnum Dei extenditur. Et sic aeternum exponitur pro tempore diuturno. Anselmus autem in Proslog., exponit aeternum pro aevo, quod nunquam finem habet ; et tamen ultra illud Deus esse dicitur propter hoc : primo, quia aeviterna possunt intelligi non esse. Secundo, quia non essent, nisi a Deo continerentur ; et sic de se non sunt. Tertio, quia non habent totum esse suum simul, cum in eis sit aliqua mutationis successio.

23. Selon les Grecs on dit : ÇLe Seigneur a rŽgnŽ pour le si�cle de si�cle, et au-delˆÈ ; en l'exposant, Orig�ne, dans la glose, dit que le si�cle est compris comme la durŽe d'une gŽnŽration, dont la fin nous est connue ; par si�cle de si�cle, un immense durŽe de temps, qui a une fin, cependant ignorŽe de nous ; mais par encore, le r�gne de Dieu s'Žtend au-delˆ de cela. Et ainsi Žternel est pris pour un temps qui dure. Mais Anselme dans le Proslogion (ch. 19 et 20) dŽfinit Žternel comme l'aevum, qui jamais n'a de fin et cependant on dit que Dieu est au-delˆ pour cette raison : a) Ce qui est Žviternel peut �tre compris comme n'existant pas. b) Cela n'existerait que si c'Žtait maintenu par Dieu : et ainsi en soi, cela n'existe pas. c) Ils n'ont pas tout leur �tre en m�me temps, puisqu'il y a en eux une succession de changements.

q. 3 a. 17 ad 24 Ad vicesimumquartum dicendum, quod pro tanto oportet illud quod incipit, habere mensuram durationis, quia incipit per motum. Sic autem tempus non incipit per creationem, unde ratio non sequitur ; et tamen potest dici, quod omnis mensura in suo genere seipsa mensuratur, sicut linea per lineam, et similiter tempus per tempus.

24. Pour autant, il faut que ce qui commence ait la mesure de la durŽe, parce qu'il commence par un mouvement. Mais ainsi le temps ne commence pas par crŽation ; c'est pourquoi cette raison n'est pas valable ; et cependant on peut dire que toute mesure dans son genre est mesurŽe par elle-m�me, comme la ligne par la ligne, et semblablement le temps par le temps.

q. 3 a. 17 ad 25 Ad vicesimumquintum dicendum, quod tempus non se habet sicut permanentia, quorum substantia est tota simul ; unde non oportet quod totum tempus sit quando incipit esse ; et sic nihil prohibet dicere, quod tempus incipit in instanti esse.

25. Le temps ne se comporte pas comme ce qui est permanent dont la substance est toute en m�me temps ; c'est pourquoi il ne faut pas que le temps en entier existe, quand il commence ˆ exister, et ainsi rien n'emp�che de dire que le temps commence ˆ �tre dans l'instant.

q. 3 a. 17 ad 26 Ad vicesimumsextum dicendum, quod actio Dei est aeterna, sed effectus non est aeternus, ut supra dictum est ; unde licet Deus non semper fuerit causa, cum non semper fuerit effectus, non tamen sequitur quod non fuerit causa in potentia, quia actio eius semper fuit, nisi potentia ad effectum referatur.

26. L'action de Dieu est Žternelle, mais l'effet ne l'est pas, comme on l'a dit plus haut ;. c'est pourquoi, bien que Dieu n'ait pas toujours ŽtŽ cause, comme son effet n'a pas toujours existŽ, il n'en dŽcoule cependant qu'il n'a pas ŽtŽ la cause en puissance, parce que son action n'a toujours existŽ, que si sa puissance se rapporte pas ˆ un effet.

q. 3 a. 17 ad 27 Ad vicesimumseptimum dicendum, quod secundum philosophum, verum est in mente, non in rebus ; est enim adaequatio intellectus ad res. Unde omnia quae fuerunt ab aeterno, fuerunt vera per veritatem intellectus divini, quae est aeterna.

27. Selon le Philosophe (MŽtaphysique VI, 4, 1027 b 25), la vŽritŽ est dans l'esprit, non dans la rŽalitŽ, car c'est l'adŽquation de l'intellect aux choses. C'est pourquoi tout ce qui a existŽ de toute ŽternitŽ, a ŽtŽ vrai par la vŽritŽ de l'intellect divin, qui Žternel.

q. 3 a. 17 ad 28 Ad vicesimumoctavum dicendum, quod omnia illa quae ab aeterno dicuntur esse vera, non sunt alia et alia veritate vera, sed una et eadem divini intellectus veritate, ad diversas tamen res in proprio esse futuras relata ; et sic ex diversa relatione potest aliqua distinctio in illa veritate designari.

28. Tout ce qui est dŽclarŽ vrai Žternellement n'est pas vrai par diffŽrentes vŽritŽs mais par une seule et m�me vŽritŽ de l'esprit divin, relative ˆ diffŽrentes choses futures dans leur propre �tre. Et ainsi du fait de la diversitŽ de la relation, on peut opŽrer une distinction dans cette vŽritŽ.

q. 3 a. 17 ad 29 Ad vicesimumnonum dicendum, quod verbum etiam philosophi intelligitur de oratione existente in nostro intellectu vel in nostra pronuntiatione ; veritas enim nostri intellectus vel verbi, ab existentia rei causatur. Sed e converso veritas divini intellectus est causa rerum.

29. Ce mot du Philosophe est compris de l'Žlocution dans notre intellect et dans notre expression. Car la vŽritŽ de notre esprit ou de notre parole est causŽe par l'existence de la chose ; mais ˆ l'inverse la vŽritŽ de l'esprit divin est la cause des choses.

q. 3 a. 17 ad 30 Ad tricesimum dicendum, quod ex parte ipsius Dei facere non importat aliquid quod sit aliud quam suum dicere ; non enim actio Dei est accidens, sed eius substantia ; sed facere importat effectum actualiter existentem in propria natura, quod per dicere non importatur.

30. Du c™tŽ de Dieu m�me, faire n'apporte rien d'autre que dire ; car son action n'est pas un accident, mais sa substance ; mais faire apporte l'effet existant actuellement dans la nature propre, ce qui n'est pas apportŽ par le dire.

q. 3 a. 17 ad s. c. Argumenta vero quae obiiciuntur in contrarium, licet verum concludant, non tamen necessario, praeter primum, quod ex auctoritate procedit. Argumentum enim perspicacitatis secundum temporis cursum, non ostendit tempus quandoque incepisse. Potuit enim esse quod scientiarum studia pluries fuerint intermissa, et postmodum post longa tempora quasi de novo incepta, ut philosophus etiam dicit. Terra etiam non ita per illuvionem ex una parte consumitur, quin etiam per mutuam elementorum conversionem ex parte alia augmentetur ; duratio etiam Dei, licet sit idem quod eius natura secundum rem, tamen differt ratione ; unde non oportet quod sit prior duratione, si est prior natura.

Bien que les objections des arguments contraires dŽfinissent ce qui est vrai, ils ne le font pas nŽcessairement cependant, sauf la premi�re qui proc�de d'une autoritŽ. Car l'argument de la perspicacitŽ[510] selon le cours du temps ne montre pas que le temps a un jour commencŽ. Car il a pu arriver que l'Žtude des sciences ait ŽtŽ plusieurs fois interrompue, et ensuite apr�s de long temps comme recommencŽe de nouveau, comme le Philosophe le dit aussi (MŽtaphysique XI). La terre n'est pas emportŽe par l'Žrosion d'un c™tŽ, sans que par un changement mutuel des ŽlŽments elle augmente d'un autre c™tŽ. La durŽe m�me de Dieu[511], bien qu'elle soit en rŽalitŽ la m�me chose que sa nature, diff�re cependant en raison. C'est pourquoi, il ne faut pas qu'il soit avant en durŽe, s'il est avant en nature.

 

 

 

Article 18 Ñ Les anges ont-ils ŽtŽ crŽŽs avant le monde visible ?

q. 3 a. 18 tit. 1 Decimoctavo quaeritur utrum Angeli sint creati ante mundum visibilem. Et videtur quod sic.

Il semble que oui.

 

Objections :[512] :

q. 3 a. 18Arg. 1 Quia Gregorius Nazianzenus dicit, quod Deus primum excogitavit angelicas virtutes et caelestes ; et excogitatio fuit opus eius. Ergo prius fecit Angelos quam mundum visibilem conderet.

1. Parce que, [comme le rapporte Jean Damasc�ne (livre 2, ch. 3[513])], GrŽgoire de Naziance dit (Orat. 38) que Dieu dÕabord pensa les puissances angŽliques et cŽlestes et sa pensŽe fut son Ïuvre. Donc il crŽa les anges avant de fonder le monde visible

q. 3 a. 18Arg. 2 Sed dicendum, quod ly primum dicit ordinem naturae, non durationis.- Sed contra, Damascenus ibidem ponit super hoc duas opiniones : quarum una ponit, Angelos primum fuisse creatos, alia vero dicit contrarium. Sed nulla unquam opinio posuit, quin Angeli natura priores essent visibilibus creaturis. Ergo oportet quod intelligatur de ordine durationis.

2. Mais il faut dire que le mot premier indique lÕordre de la nature et non celui de la durŽe. Ñ En sens contraire, Jean Damasc�ne rapporte au m�me endroit ˆ ce sujet deux opinions[514] ; dont lÕune Žtablit que les anges ont ŽtŽ crŽŽs en premier, et lÕautre dit le contraire. Mais jamais aucune opinion nÕa affirmŽ que les anges aient existŽ par nature avant les crŽatures visibles. Donc il faut le comprendre de lÕordre de la durŽe.

q. 3 a. 18Arg. 3 Praeterea, Basilius dicit in principio Hexameron : erat quaedam natura ante hunc mundum intellectui nostro contemplabilis ; quod postmodum exponit de Angelis ; ergo videtur quod ante hunc mundum Angeli sint creati.

3. Basile dit au dŽbut de son Hexameron (Hom. 1) : ÇIl y avait une nature avant ce monde qui pouvait �tre contemplŽe par notre espritÈ. Apr�s il parle des anges. Donc il semble que les anges aient ŽtŽ crŽŽs avant ce monde.

q. 3 a. 18Arg. 4 Praeterea, ea quae cum mundo visibili facta sunt, Scriptura in principio Genesis prosequitur. Sed de Angelis nullam facit mentionem. Ergo videtur quod Angeli non fuerunt creati cum mundo, sed ante mundum.

4. Ce qui a ŽtŽ fait avec le monde visible, lÕƒcriture lÕexpose au dŽbut de la Gen�se. Mais elle ne fait aucune mention des anges. Il semble donc quÕils nÕont pas ŽtŽ crŽŽs avec le monde, mais avant lui.

q. 3 a. 18Arg. 5 Praeterea, illud quod ordinatur ad perfectionem alicuius sicut ad finem, est eo posterius. Sed mundus visibilis ordinatur ad perfectionem intellectualis naturae : quia, ut Ambrosius dicit, Deus, qui natura invisibilis est, opus visibile fecit, per quod cognosci posset. Et non nisi a rationali creatura. Ergo rationalis creatura facta est ante mundum visibilem.

5. Ce qui est ordonnŽ ˆ la perfection d'un �tre comme ˆ sa fin, lui est postŽrieur. Mais le monde visible est ordonnŽ ˆ la perfection de la nature intellectuelle ; parce que, comme Ambroise le dit (Hexaemeron I, 5) Dieu, qui par nature est invisible, a fait une Ïuvre visible par laquelle il puisse �tre connu. Il ne peut �tre connu que par la crŽature raisonnable. Donc celle-ci a ŽtŽ crŽŽe avant le monde visible.

q. 3 a. 18Arg. 6 Praeterea, quidquid est ante tempus, est ante mundum visibilem : quia tempus cum mundo visibili incepit. Sed Angeli creati sunt ante tempus : non enim fuit tempus ante diem ; Angeli autem creati sunt ante diem, ut Augustinus dicit. Ergo Angeli creati sunt ante mundum visibilem.

6. Ce qui existe avant le temps est avant le monde visible : parce que le temps a commencŽ avec lui. Mais les anges ont ŽtŽ crŽŽs avant le temps ; car il nÕy eut pas de temps avant le jour ; mais les anges ont ŽtŽ crŽŽs avant le jour, comme le dit Augustin (La Gen�se au sens littŽral, I, 9[515]). Donc ils ont ŽtŽ crŽŽs avant le monde visible.

q. 3 a. 18Arg. 7 Praeterea, Hieronymus dicit super epistolam ad Titum, cap. I : sex millia necdum nostri temporis implentur annorum ; et quantas prius aeternitates, quanta tempora fuisse arbitrandum est, in quibus Angeli Deo servierunt, et eo iubente substiterunt ? Sed mundus visibilis cum nostro tempore incepit. Ergo Angeli ante mundum visibilem fuerunt.

7. JŽr™me dit dans son commentaire sur lÕƒp”tre ˆ Tite (ch. 1) : ÇSix mille ans de notre temps ne sont pas encore accomplis ; et il faut penser combien dÕŽternitŽ avant, combien de temps ont existŽ pendant lesquels les anges ont servi Dieu et ont ŽtŽ sous son commandement.È Mais le monde visible a commencŽ avec notre temps. Donc les anges ont existŽ avant le monde visible.

q. 3 a. 18Arg. 8 Praeterea, sapientis est ordinate suum effectum producere. Sed Angeli praecedunt nobilitatem creaturarum visibilium. Ergo a sapientissimo artifice Deo, primo debuerunt produci in esse.

8. CÕest le propre du sage de produire son effet avec ordre (MŽtaphysique, I, 2, 982 a 17-18). Mais les anges prŽc�dent la noblesse des crŽatures visibles. Donc ils ont dž �tre amenŽs ˆ lÕ�tre en premier par l'artisan tr�s sage qu'est Dieu.

q. 3 a. 18Arg. 9 Praeterea, Deus, in quantum bonus est, suae bonitatis alios participes facit. Sed huius dignitatis capaces erant Angeli, quod creaturam visibilem duratione praecederent. Ergo videtur hoc eis per summam Dei bonitatem collatum.

9. Dans la mesure o� Dieu est bon, il fait participer les autres ˆ sa bontŽ. Mais les anges Žtaient susceptibles de recevoir cette dignitŽ, puisquÕils ont prŽcŽdŽ dans la durŽe la crŽature visible. Donc il semble que cela leur a ŽtŽ attribuŽ par la bontŽ supr�me de Dieu.

q. 3 a. 18Arg. 10 Praeterea, homo dicitur minor mundus, quia maioris mundi similitudinem gerit. Sed in homine pars eius nobilior ante alias partes formatur, scilicet cor, ut philosophus dicit. Ergo videtur quod Angeli, qui sunt nobilior pars maioris mundi, ante visibiles creaturas sint conditi.q. 3 a. 18Arg. 11 Praeterea, ut Augustinus dicit, in opere secundae diei et deinceps tripliciter Scriptura rerum factionem commemorat. Dicit enim primo : dixit Deus, fiat firmamentum. Secundo : et factum est ita. Tertio vero : fecit Deus firmamentum. Quorum primum refertur ad esse rerum in verbo ; secundum ad esse rerum in cognitione angelica, prout Angeli accipiunt cognitionem creaturae fiendae ; tertium vero ad esse creaturae in propria natura. Sed quando creatura visibilis erat fienda, nondum erat. Ergo Angeli fuerunt et habuerunt cognitionem naturae visibilis antequam esset.

10. LÕhomme est appelŽ un petit monde [microcosme], parce quÕil porte la ressemblance dÕun monde plus grand. Mais dans l'homme, la partie la plus noble est formŽe avant les autres, ˆ savoir le cÏur, comme le dit le Philosophe (La gŽnŽration des animaux, ch. 4). Donc il semble que les anges qui sont la plus noble partie du monde aient ŽtŽ crŽŽs avant les crŽatures visibles.11. Comme Augustin le dit (La Gen�se au sens littŽral, II, 7, et 8) dans lÕÏuvre du deuxi�me jour et ensuite par trois fois, lÕƒcriture rappelle la crŽation. Car elle dit dÕabord : ÇEt Dieu dit : que soit fait le firmament.È Deuxi�mement : ÇEt ainsi fut faitÈ. Troisi�mement : ÇDieu fit le firmament.È Le premier se rapporte ˆ lÕ�tre des choses dans le Verbe, le second ˆ leur �tre dans la connaissance angŽlique, dans la mesure o� les anges ont re�u la connaissance des crŽatures ˆ crŽer ; le troisi�me ˆ lÕ�tre de la crŽature dans sa propre nature. Mais quand la crŽature visible devait �tre faite, elle nÕexistait pas encore. Donc les anges ont existŽ et eurent connaissance de la nature visible avant quÕelle ait existŽ.

q. 3 a. 18Arg. 12 Sed dicendum, quod hic intelligitur de factione creaturae quantum ad eius formationem, non quantum ad primam creationem.- Sed contra, secundum opinionem Augustini, creatio naturae visibilis non praecedit tempore eiusdem formationem. Si ergo Angelus fuit ante formationem creaturae visibilis, fuit et ante eius creationem.

12. Mais il faut dire qu'on le comprend de la rŽalisation de la crŽature quant ˆ sa mise en forme, non quant ˆ sa premi�re crŽation.Ñ En sens contraire, selon lÕopinion dÕAugustin (La Gen�se au sens littŽral, I, XV, 29[516]) la crŽation de la nature visible nÕa pas prŽcŽdŽ sa mise en forme dans le temps. Si donc lÕange a existŽ avant la formation de la crŽature visible, il a existŽ aussi avant sa crŽation.

q. 3 a. 18Arg. 13 Praeterea, dicere Dei est causa creaturae fiendae ; quod non videtur posse intelligi de aeterna verbi genitura quia illa ab aeterno fuit, nec per vices temporum repetitur ; cum tamen in singulis diebus Scriptura repetat Deum aliquid dixisse. Nec etiam potest intelligi de locutione corporali ; tum quia nondum erat homo, qui vocem Dei loquentis audiret ; tum etiam quia oportuisset ante lucis formationem aliquod aliud corporeum formatum fuisse, cum vox corporalis non fiat nisi per alicuius corporis formationem. Ergo videtur quod intelligatur de spirituali locutione qua Deus ad Angelos loquitur ; et sic videtur quod Angelorum cognitio praesupponatur ut causa ad creaturarum visibilium productionem.

13. Le dire de Dieu est la cause de la crŽature ˆ crŽer, ce qui ne semble pas pouvoir �tre compris de la gŽnŽration Žternelle du Verbe, parce qu'elle a existŽ de toute ŽternitŽ, et nÕest pas rŽpŽtŽe dans la succession des temps, alors que cependant lÕƒcriture rŽp�te que chaque jour Dieu a dit une parole. Et ainsi on ne peut le comprendre de la parole corporelle, d'abord parce qu'il n'y avait pas encore d'homme pour entendre la voix de Dieu qui parle ; ensuite aussi parce quÕil aurait fallu, avant la formation de la lumi�re, que quelque autre corps ait ŽtŽ formŽ, puisque la voix corporelle nÕŽtait Žmise qu'apr�s la formation dÕun corps. Donc il semble quÕon le comprend de la parole spirituelle par laquelle Dieu parle ˆ ses anges et ainsi il semble que la connaissance des anges est prŽsupposŽe comme cause pour la production des crŽatures visibles.

q. 3 a. 18Arg. 14 Praeterea ut supra dictum est, sacra Scriptura tripliciter actionem rerum commemorat : quorum primum pertinet ad esse rerum in verbo ; secundum ad esse rerum in cognitione angelica ; tertium in propria natura. Sed primum horum praecedit secundum et duratione et causa. Ergo similiter secundum praecedit tertium duratione et causa, scilicet cognitio angelica existentiam visibilis creaturae.

14. Comme on lÕa dit ci-dessus, lÕƒcriture sainte rappelle de trois mani�res lÕaction sur les crŽatures. La premi�re concerne leur �tre dans le Verbe ; la seconde dans la connaissance angŽlique et la troisi�me dans leur propre nature. Mais la premi�re prŽc�de la seconde par la durŽe et la cause. Donc, semblablement la seconde prŽc�de la troisi�me par la durŽe et la cause, cÕest-ˆ-dire que la connaissance angŽlique prŽc�de lÕexistence de la crŽature visible.

q. 3 a. 18Arg. 15 Praeterea, non minus requiritur ordo in exitu rerum a principio quam in reductione earum in finem. Sed in reducendo res in finem, haec est lex divinitatis statuta, ut Dionysius dicit, quod ultima reducantur in finem per media. Ergo simpliciter creaturae corporales quae sunt infimae, procedunt a Deo per angelicas creaturas, quae sunt mediae ; et sic Angeli corporales creaturas praecedunt, sicut causae effectum.

15. Un ordre dans la sortie des choses de leur principe n'est pas moins requis que dans leur retour ˆ leur fin, Mais pour les ramener ˆ leur fin, cÕest une loi Žtablie par la DivinitŽ, comme le dit Denys (La hiŽrarchie cŽleste, ch. 5), parce que la derni�re est ramenŽe ˆ la fin par des intermŽdiaires. Donc simplement les crŽatures corporelles qui sont faibles, proc�dent de Dieu par les crŽatures angŽliques qui sont intermŽdiaires, et ainsi les anges prŽc�dent les crŽatures corporelles comme les causes leur effet.

q. 3 a. 18Arg. 16 Praeterea, eis quae sunt omnino disparata, non competit associatio. Sed Angeli et creaturae visibiles sunt omnino disparata. Ergo non sunt associati in creatione, ut simul fierent. Inordinatum etiam esset quod Angeli post creaturas visibiles fierent. Ergo ante creaturas visibiles sunt conditi.

16. Pas question d'association pour ce qui est tout ˆ fait diffŽrent. Mais les anges et les crŽatures visibles sont tout ˆ fait diffŽrents. Donc ils ne sont pas associŽs dans la crŽation, pour �tre crŽŽs ensemble. Ce serait m�me contre l'ordre que les anges aient ŽtŽ crŽŽes apr�s les crŽatures visibles. Donc ils ont ŽtŽ crŽŽs avant elles.

q. 3 a. 18Arg. 17 Praeterea, Eccli. I, 4, dicitur : primo omnium creata est sapientia ; quod non potest intelligi de filio Dei, qui est patris sapientia ; cum ipse non sit creatus, sed genitus. Ergo sapientia angelica, quae est creatura, est ante omnia alia facta.

17. On dit en Eccl.1, 4 : ÇLa sagesse a ŽtŽ crŽŽe la premi�re de toutÈ, ce qui ne peut pas �tre compris du Fils de Dieu, qui est la sagesse du P�re, puisquÕil nÕa pas ŽtŽ crŽŽ, mais engendrŽ. Donc la sagesse angŽlique, qui est une crŽature, a ŽtŽ faite avant toutes les autres crŽatures.

q. 3 a. 18Arg. 18 Praeterea Hilarius dicit in Lib. de Trinitate : quid mirum, si dominum nostrum Iesum Christum ante saecula fuisse confiteamur, cum etiam Deus Angelos fecerit ante mundum ? Sed Dei filius non solum ordine dignitatis, sed etiam durationis omnia saecula praecessit. Ergo et Angeli mundum visibilem.

18. Hilaire dit au livre XII de la TrinitŽ : ÇQuÕy a-t-il dÕŽtonnant si nous confessons que notre Seigneur JŽsus Christ a existŽ avant tous les si�cles, puisque m�me Dieu a fait les anges avant le monde.È Mais le Fils de Dieu non seulement dans lÕordre de la dignitŽ mais encore dans celui de la durŽe, a prŽcŽdŽ tous les si�cles. Donc les anges ont prŽcŽdŽ le monde visible.

q. 3 a. 18Arg. 19 Praeterea, creatura angelica media est inter naturam divinam et corpoream : aevum etiam, quod est Angeli mensura, medium est inter aeternitatem et tempus. Sed Deus sua aeternitate fuit ante Angelos et visibilem creaturam. Ergo et Angeli suo aevo fuerunt ante mundum visibilem.

19. La crŽature angŽlique est intermŽdiaire entre la nature divine et la nature corporelle ; l'aevum[517] aussi, qui est la mesure de lÕange, est intermŽdiaire entre lÕŽternitŽ et le temps. Mais Dieu a ŽtŽ dans son ŽternitŽ avant les anges et la crŽature visible. Donc les anges ont existŽ dans leur aevum avant le monde visible.

q. 3 a. 18Arg. 20 Praeterea, Augustinus dicit, quod Angeli semper fuerunt. Sed non potest dici quod creatura corporalis semper fuerit. Ergo Angeli fuerunt ante corpoream creaturam.

20. Augustin, dans la CitŽ de Dieu (XI, 9), dit que les anges ont toujours existŽ. Mais on ne peut pas le dire de la crŽature corporelle. Donc les anges ont existŽ avant la crŽature corporelle.

q. 3 a. 18Arg. 21 Praeterea, motus creaturae corporeae peraguntur per ministerium spiritualis creaturae, ut patet per Augustinum, et per Gregorium. Sed motor praecedit mobile. Ergo Angeli fuerunt ante visibiles creaturas.

21. Les mouvements des crŽatures corporelles sont accomplis par le minist�re de la crŽature spirituelle, comme on le voit chez Augustin (La TrinitŽ, III) et GrŽgoire [le Grand] (Dialogues IV). Mais le moteur prŽc�de le mobile. Donc les anges ont existŽ avant les crŽatures corporelles [518].

q. 3 a. 18Arg. 22 Praeterea, Dionysius assimilat actionem divinam in res, actioni ignis in corpora quae ab igne patiuntur. Sed ignis prius agit in corpora propinqua quam in remota. Ergo et divina bonitas primo produxit creaturas angelicas sibi propinquas, quam creaturas corporeas magis ab eo distantes ; et sic Angeli ante mundum fuerunt.

22. Denys assimile lÕaction divine sur les crŽatures ˆ lÕaction du feu sur les corps qui le subissent. Mais le feu agit dans un corps proche avant dÕagir sur un corps ŽloignŽ. Donc la bontŽ divine a produit les crŽatures angŽliques proches de lui avant les crŽatures corporelles plus distantes et ainsi les anges ont existŽ avant le monde.

 

En sens contraire :

q. 3 a. 18 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur in principio Genes. I, 1 : in principio creavit Deus caelum et terram ; ubi Glossa Augustini dicit, quod per caelum intelligitur natura angelica, per terram vero natura corporalis. Ergo Angeli simul cum natura corporali fuerunt facti.

1. Au dŽbut de la Gen�se (1, 1), il est dit : ÇAu commencement Dieu crŽa le ciel et la terre,È o� la glose dÕAugustin dit que par le ciel il faut entendre la nature angŽlique, par la terre, la nature corporelle. Donc les anges ont ŽtŽ crŽŽs en m�me temps que la nature corporelle.

q. 3 a. 18 s. c. 2 Praeterea, Glossa Strabonis ibidem dicit, quod per caelum ibi intelligitur caelum Empyreum, quod mox factum sanctis Angelis est repletum. Ergo Angeli simul fuerunt facti cum caelo Empyreo, quod est visibilis creatura.

2. La glose de Strabon dit en ce m�me endroit, que par le ciel on comprend le ciel empyrŽe qui, bient™t apr�s avoir ŽtŽ crŽŽ, a ŽtŽ rempli par les anges. Donc les anges ont ŽtŽ crŽŽs en m�me temps que le ciel empyrŽe, qui est une crŽature visible.

q. 3 a. 18 s. c. 3 Praeterea, homo minor mundus dicitur, quia habet similitudinem maioris mundi. Sed in homine simul fit corpus et anima. Ergo et in mundo maiori simul fit angelica et corporalis creatura.

3. On appelle lÕhomme un petit monde, [microcosme] parce quÕil ressemble au monde plus grand. Mais dans lÕhomme, le corps et lÕ‰me sont faits en m�me temps. Donc dans le monde plus grand, la crŽature angŽlique et la crŽature corporelle sont faites en m�me temps[519].

 

RŽponse :

q. 3 a. 18 co. Respondeo. Dicendum quod in hoc omnes Catholici doctores consenserunt, quod Angeli non semper fuerunt, utpote de nihilo in esse producti.

Tous les docteurs catholiques sont dÕaccord que les anges nÕont pas toujours existŽ, vu quÕils ont ŽtŽ amenŽs du nŽant ˆ lÕ�tre.

Quidam tamen posuerunt Angelos non simul cum mundo visibili, sed ante mundum visibilem incepisse. Ad hoc autem ponendum diversis rationibus sunt moti.

A) Certains[520] ont pensŽ que les anges nÕont pas commencŽ avec le monde visible, mais avant lui. Ils ont ŽtŽ amenŽs ˆ le penser par diverses raisons.

Quidam namque aestimaverunt creaturas corporeas non esse productas ex prima Dei intentione, sed occasionem eas producendi ex merito vel demerito spiritualis creaturae Deum habuisse dixerunt. Posuit enim Origenes, a principio simul creatas esse omnes creaturas immateriales et rationales, et eas fuisse aequales, divina iustitia hoc exigente. Non enim videtur quod inaequalitas possit esse in datis, iustitia servata, nisi propter meriti vel demeriti diversitatem. Unde diversitatem creaturarum (quam videmus) praecessisse posuit meriti et demeriti diversitatem, ut secundum quod spiritualium creaturarum quaedam magis Deo adhaeserunt, in altiores ordines Angelorum sint promotae ; quae vero magis peccaverunt, grossioribus et ignobilioribus corporibus sint alligatae ; quasi ipsa meritorum diversitas exegerit diversos gradus corporum a Deo produci

Car certains ont pensŽ que les crŽatures corporelles nÕavaient pas ŽtŽ produites dans un premier dessein de Dieu, mais ils disent qu'il eut lÕoccasion de les produire ˆ cause du mŽrite ou du dŽmŽrite de la crŽature spirituelle. Orig�ne, en effet, a pensŽ quÕau commencement, ont ŽtŽ crŽŽes en m�me temps toutes les crŽatures immatŽrielles et rationnelles et quÕelles ont ŽtŽ Žgales, comme la justice divine lÕexigeait. Car il ne semble que lÕinŽgalitŽ n'ait pu �tre dans ce qui est donnŽ, si on conserve la justice, qu'ˆ cause de la diversitŽ du mŽrite ou du dŽmŽrite. C'est pourquoi il pensa que la diversitŽ des crŽatures (que nous voyons) a prŽcŽdŽ la diversitŽ du mŽrite et du dŽmŽrite, de sorte que certaines des crŽatures spirituelles qui ont davantage adhŽrŽ ˆ Dieu, ont ŽtŽ promues dans les ordres les plus hauts des anges, mais celles qui ont davantage pŽchŽ ont ŽtŽ liŽes ˆ des corps plus grossiers et moins nobles ; comme si la diversitŽ m�me des mŽrites avait rŽclamŽ les divers degrŽs des corps produits par Dieu.

Hanc autem positionem Augustinus reprobat. Causam enim creaturarum condendarum, tam spiritualium quam corporalium, constat nihil aliud esse quam Dei bonitatem, inquantum creaturae suae, sua bonitate creatae, bonitatem increatam secundum suum modum repraesentant. Propter quod Scriptura dicit de singulis Dei operibus, et postmodum de omnibus simul : vidit Deus cuncta quae fecerat, et erant valde bona ; quasi diceret, quod ad hoc Deus creaturas condidit, quod bonitatem haberent. Secundum autem opinionem praedictam non ad hoc conditae fuissent creaturae corporales quia bonum esset eas esse, sed ut malitia spiritualis creaturae puniretur. Sequeretur etiam quod ordo universi quem nunc videmus a casu existeret, in quantum accidit quod diversae rationales creaturae diversimode peccaverunt. Si enim omnes peccassent aequaliter, nulla diversitas naturarum in corporibus esset, secundum eos.

Mais Augustin dŽsapprouve cette position (La citŽ de Dieu, XI, 23). Car il est clair que la cause des crŽatures, tant spirituelles que corporelles, qui devaient �tre crŽŽes, nÕest rien dÕautre que la bontŽ de Dieu, en tant quÕelles sont ses crŽatures ; crŽŽes par sa bontŽ, elles reprŽsentent sa bontŽ incrŽŽe ˆ leur mani�re. CÕest pourquoi lÕƒcriture (Gn. 1, 31) dit de chacune des Ïuvres de Dieu et ensuite de toutes ensemble : ÇDieu vit tout ce quÕil avait fait, et cÕŽtait tr�s bon,È comme si elle disait qu'il a crŽŽ ses crŽatures pour quÕelles poss�dent sa bontŽ. Mais selon cette opinion, les crŽatures corporelles nÕauraient pas ŽtŽ crŽŽes parce qu'il serait bien qu'elles existent, mais pour que le mal de la crŽature spirituelle soit punie. Il sÕensuivrait que lÕordre de lÕunivers que nous voyons maintenant, existerait par le hasard, dans la mesure o� il arrive que les diverses crŽatures rationnelles ont pŽchŽ de diverses mani�res. Mais si toutes avaient pŽchŽ Žgalement, il nÕy aurait selon eux aucune diversitŽ de nature dans les corps.

Unde hac positione remota, alii ex consideratione naturae spiritualium substantiarum, quae est dignior omni natura corporali, posuerunt spirituales substantias ante corporales conditas esse ; ut sicut natura spiritualis creata, media est ordine naturae inter Deum et creaturam corporalem, ita etiam sit media duratione.

B) C'est pourquoi, une fois repoussŽe cette opinion, dÕautres en considŽrant la nature des substances spirituelles, qui est plus digne que toute nature corporelle, ont pensŽ que les substances spirituelles avaient ŽtŽ crŽŽes avant les substances corporelles, de sorte que, de m�me que la nature spirituelle crŽŽe est intermŽdiaire dans lÕordre de la nature entre Dieu et la crŽature corporelle, de m�me elle serait intermŽdiaire dans la durŽe.

Haec autem opinio cum fuerit magnorum doctorum, scilicet Basilii, Gregorii Nazianzeni, et quorumdam aliorum, non est tamquam erronea reprobanda.

Mais cette opinion, comme elle a ŽtŽ celle des grands docteurs, cÕest-ˆ-dire celle de Basile, de GrŽgoire de Naziance et quelques autres, ne doit pas �tre rŽprouvŽe comme erronŽe[521].

Sed si diligenter consideretur alia opinio, quae est Augustini et aliorum doctorum, quae etiam modo communiter tenetur, rationabilior invenitur. Angeli enim non solum sunt considerandi absolute, sed etiam in quantum sunt pars universi ; et haec consideratio eorum intantum est magis attendenda, in quantum bonum universi praeeminet bono cuiuslibet creaturae particularis, sicut bonum totius praeeminet bono partis. Secundum autem quod considerantur Angeli ut partes universi, competit eis quod simul cum creatura corporali sint conditi. Unius enim totius una videtur esse productio. Si autem seorsum essent Angeli creati, viderentur omnino alieni ab ordine creaturae corporalis, quasi aliud universum per se constituentes. Unde dicendum est, quod Angeli simul cum creatura corporali sunt conditi ; tamen sine alterius opinionis praeiudicio.

C) Mais si on consid�re avec attention une autre opinion, celle dÕAugustin et dÕautres docteurs, laquelle est communŽment acceptŽe, on la trouve plus rationnelle. Car les anges, non seulement doivent �tre considŽrŽs dans l'absolu, mais aussi en tant que partie de lÕunivers. ; et cette considŽration doit �tre observŽe bien plus, dans la mesure o� le bien de lÕunivers prŽvaut sur le bien de quelque crŽature particuli�re, de m�me que le bien du tout prŽvaut sur celui de la partie. Selon quÕon consid�re les anges comme partie de lÕunivers, il leur appartient d'avoir ŽtŽ crŽŽs en m�me temps que les crŽatures corporelles. Car il semble qu'il y a production dÕun seul tout. Mais si les anges avaient ŽtŽ crŽŽs sŽparŽment, ils sembleraient tout ˆ fait Žtrangers ˆ lÕordre de la crŽature corporelle, comme s'ils constituaient un autre univers par eux-m�mes. C'est pourquoi il faut dire que les anges ont ŽtŽ crŽŽs en m�me temps que la crŽature corporelle, cependant sans prŽjuger dÕune autre opinion.

 

Solutions :

q. 3 a. 18 ad 1 Et per hoc patet responsio ad tria prima : quia procedunt secundum mediam opinionem.

# 1. 2. 3. Et ainsi appara”t la rŽponse aux trois premi�res objections qui proc�dent de cette opinion intermŽdiaire.

q. 3 a. 18 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sicut Basilius dicit in primo Hexameron, Moyses legislator in principio Genesis exordium visibilis creaturae incepit exponere praetermissa creatura spirituali quae ante fuerat condita, de qua mentionem non fecit, quia rudi populo loquebatur, qui ad spiritualia capienda idoneus non erat. Secundum Augustinum vero creaturam spiritualem per caelum intelligit, sicut per terram creaturam corporalem, cum dicit : in principio creavit Deus caelum et terram. Quare autem sub metaphora caeli et non expresse creationem Angelorum tradidit, potest eadem ratio assignari quae et supra, scilicet ex populi ruditate, et iterum ad vitandam idololatriam in quam proni erant ; ad quam daretur eis occasio si plures substantiae spirituales ponerentur praeter unum Deum, quae essent caelo nobiliores ; et praecipue cum huiusmodi substantiae a gentilibus dii dicerentur. Secundum vero Strabonem, et alios priores, per caelum quod in auctoritate inducta ponitur, intelligitur caelum Empyreum quod est habitaculum sanctorum Angelorum, per metonymiam sicut quando ponitur continens pro contento.

# 4. Comme Basile le dit dans le premier livre de lÕHexameron (hom. 2, c.1), Mo•se, le lŽgislateur, commen�a, au dŽbut de la Gen�se, par exposer l'essor de la crŽature visible, en passant outre la crŽature spirituelle qui avait ŽtŽ crŽŽe avant, dont il ne fit pas mention, parce quÕil parlait ˆ un peuple rude qui nÕŽtait pas apte ˆ comprendre ce qui Žtait spirituel. Selon Augustin, il comprend, par le ciel, la crŽature spirituelle, de m�me que par la terre, il comprend la crŽature corporelle, quand il dit : ÇAu commencement Dieu crŽa le ciel et la terreÈ. Parce qu'il dŽcrivit, sous la mŽtaphore du ciel et non expressŽment, la crŽation des anges, on peut donner la m�me raison que ci-dessus, cÕest-ˆ-dire la rudesse du peuple, et en plus pour Žviter lÕidol‰trie ˆ laquelle ils Žtaient enclins. L'occasion leur aurait ŽtŽ donnŽe, si, en plus du seul Dieu, plusieurs substances spirituelles qui Žtaient plus nobles que le ciel avaient ŽtŽ posŽes en principe et principalement quand de telles substances seraient appelŽes des dieux par les pa•ens. Selon Strabon (II, ch. 8) et dÕautres auteurs plus rŽcents, par le ciel qui est pensŽ dans une autoritŽ induite, on comprend le ciel empyrŽe qui est lÕhabitacle des saints anges, par mŽtonymie comme quand on prend le contenant pour le contenu.

q. 3 a. 18 ad 5 Ad quintum dicendum, quod sicut dicit Augustinus, Angeli non cognoscunt Deum ex visibilibus creaturis ; unde creaturae visibiles non sunt factae ut Deum ostenderent Angelis, sed rationali creaturae quae est homo ; unde ex hoc probatur homo esse finis creaturarum. Finis autem, licet sit prius in intentione, est tamen ultimus in operatione ; unde et homo ultimo factus fuit.

# 5. Comme dit Augustin (La Gen�se au sens littŽral, V, ch. 5) les anges ne connaissent pas Dieu ˆ partir des crŽatures visibles ; c'est pourquoi, elles nÕont pas ŽtŽ faites pour leur montrer Dieu, mais (pour le montrer) ˆ la crŽature raisonnable quÕest lÕhomme ; c'est pourquoi, on prouve ainsi que lÕhomme est la fin des crŽatures. Mais la fin, bien quÕelle soit premi�re dans lÕintention, est cependant derni�re dans lÕopŽration ; donc lÕhomme a ŽtŽ fait en dernier.

q. 3 a. 18 ad 6 Ad sextum dicendum, quod secundum Augustinum, creatio caeli et terrae non praecessit duratione lucis formationem seu productionem ; et ideo non intelligit quod creatio spiritualis naturae fuerit ante primum diem duratione, sed quodam naturae ordine ; quia substantia spiritualis et materia informis secundum suam essentiam considerata, alterationibus temporum non subiacent ; unde per hoc etiam haberi non potest quod creatura spiritualis sit facta ante corporalem, quia etiam ante lucis factionem agitur de creatione creaturae corporalis, quae per terram intelligitur. Secundum vero alios creatio caeli et terrae ad primum diem pertinet ; quia cum caelo et terra creatum est tempus ; licet distinctio temporum quantum ad diem et noctem inceperit per lucem : unde tempus ponitur unum de quatuor primo creatis, quae sunt natura angelica, caelum Empyreum, materia informis et tempus.

# 6. Selon Augustin (Sur la Gen�se, I, 5) la crŽation du ciel et de la terre n'a pas prŽcŽdŽ en durŽe la formation ou la production de la lumi�re et cÕest pourquoi il ne comprend pas que la crŽation de la nature spirituelle ait existŽ avant le premier jour en durŽe, mais dans un certain ordre de la nature ; parce que la substance spirituelle et la mati�re informe considŽrŽes selon leur essence ne sont pas soumises ˆ lÕaltŽration des temps : c'est pourquoi, il ne se peut pas que la crŽature spirituelle ait ŽtŽ faite avant la crŽature corporelle, parce que m�me avant la crŽation de la lumi�re, il sÕagit de la crŽation dÕune crŽature corporelle qui est comprise sous le terme de terre. Selon dÕautres, la crŽation du ciel et de la terre convient au premier jour ; parce que le temps a ŽtŽ crŽŽ avec le ciel et la terre, bien que la distinction des temps quant au jour et ˆ la nuit n'ait commencŽ qu'avec la lumi�re : c'est pourquoi, on pense que le temps est l'une des quatre crŽatures crŽŽes en premier, qui sont la nature angŽlique, le ciel empyrŽe, la mati�re informe et le temps.

q. 3 a. 18 ad 7 Ad septimum dicendum, quod Hieronymus loquitur secundum opinionem antiquorum doctorum.

# 7. JŽr™me parle selon lÕopinion des anciens docteurs.

q. 3 a. 18 ad 8 Ad octavum dicendum, quod ratio illa procederet, si unaquaeque creatura produceretur ut existens per se absolute ; sic enim conveniens esset ut unaquaeque separatim crearetur secundum gradum suae bonitatis. Sed quia omnes creaturae producuntur ut partes unius universi, conveniens est ut omnes simul producantur ad unum universum constituendum.

# 8. Cette raison serait valable si chaque crŽature Žtait produite comme existant en soi absolument ; car ainsi il aurait ŽtŽ convenable que chacune soit crŽŽe sŽparŽment selon le degrŽ de sa bontŽ. Mais parce que toutes les crŽatures sont produites comme des parties dÕun seul univers, il convient que toutes soient produites en m�me temps pour le constituer.

q. 3 a. 18 ad 9 Ad nonum dicendum, quod licet ad aliquam dignitatem creaturae spiritualis pertineret, si ante creaturam visibilem esset creata ; non tamen competeret dignitati et unitati universi.

# 9. Bien quÕil convienne ˆ une certaine dignitŽ de la crŽature spirituelle d'�tre crŽŽe avant la crŽature visible, cependant cela ne s'accorde pas avec la dignitŽ et lÕunitŽ de l'univers

q. 3 a. 18 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet cor ante alia membra formetur, tamen totius corporis animalis est una continua generatio, non quod seorsum una generatione formetur cor, et postmodum successive aliis generationibus alia membra aliquibus temporibus interiectis. Hoc autem non potest dici in creatione Angelorum et corporalium creaturarum, quod una productione sint condita, scilicet spiritualis creatura ante corporalem, quasi continue universum sit productum ; producere enim successive est in producendis his quae ex materia producuntur, in qua est una pars vicinior complemento quam alia ; unde in prima rerum creatione successio locum non habet, etsi in formatione rerum ex materia creata possit locum habere ; unde et doctores qui posuerunt Angelos ante mundum creatos, posuerunt omnino distinctam creationem Angelorum et corporum, et multam durationem mediam intervenisse. Et praeterea cor necesse est in animali prius formari, quia virtus cordis operatur ad formationem aliorum membrorum. Creatura autem spiritualis non operatur ad creationem corporalium creaturarum, cum solius Dei sit creare. Unde et Commentator imponit Platoni, quod dixerit, quod Deus primo creavit Angelos, et postea commisit eis creationem corporalium creaturarum.

# 10. Bien que le cÏur soit formŽ avant les autres membres, cependant il y a une seule gŽnŽration continue de tout le corps animŽ, non parce que le cÏur est formŽ sŽparŽment par une gŽnŽration et par la suite les autres membres, successivement par d'autres gŽnŽrations apr�s un certain temps. On ne peut pas dire cela pour la crŽation des anges et des crŽatures corporelles, parce quÕils ont ŽtŽ crŽŽs par une seule production, ˆ savoir la crŽature spirituelle avant la crŽature corporelle, comme si lÕunivers Žtait produit en continuitŽ ; car produire successivement, cÕest pour ce qui est produit ˆ partir de la mati�re, dans laquelle une partie est plus proche de la perfection que lÕautre ; c'est pourquoi, dans la premi�re crŽation, la succession nÕa pas de place, m�me si dans la formation de ce qui est crŽŽ ˆ partir de la mati�re, elle peut avoir lieu : c'est pourquoi, les docteurs qui ont pensŽ que les anges avaient ŽtŽ crŽŽs avant le monde, ont pensŽ que la crŽation des anges Žtait tout ˆ fait distincte de celle des corps et quÕune grande durŽe intermŽdiaire s'Žtait interposŽe. Et en plus, il est nŽcessaire que le cÏur soit formŽ dans lÕ�tre animŽ avant, parce que son pouvoir op�re pour la formation des autres membres. Mais la crŽature spirituelle nÕop�re pas pour la crŽation des crŽatures corporelles, puisque Dieu seul en a le pouvoir. CÕest pour cela que le Commentateur (MŽtaphysique, XI, com. 44) impute ˆ Platon quÕil a dit que Dieu crŽa dÕabord les anges et ensuite il leur confia la crŽation des crŽatures corporelles.

q. 3 a. 18 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod Augustinus loquitur de factione creaturarum corporalium, non quantum ad primam creationem, sed quantum ad formationem.

# 11. Augustin parle de la crŽation des crŽatures corporelles, non quant ˆ la premi�re crŽation mais quant ˆ leur formation

q. 3 a. 18 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod sustinendo quod omnia sint simul creata in forma et materia, creatura spiritualis dicitur habuisse cognitionem creaturae corporalis fiendae, non quia eius formatio esset tempore futura, sed quia cognoscebatur ut futura, prout considerabatur in sua causa, in qua erat ut ex ea posset procedere ; sicut qui cognoscit arcam in principiis ex quibus fit, potest dici eam cognoscere ut fiendam.

# 12. En soutenant que tout a ŽtŽ crŽŽ en m�me temps dans la forme et la mati�re, on dit que la crŽature spirituelle a eu connaissance de la crŽature corporelle qui devait �tre crŽŽe, non parce que sa formation Žtait ˆ venir dans le temps, mais parce qu'elle la connaissait comme future, dans la mesure o� elle Žtait considŽrŽe dans sa cause, o� elle Žtait pour pouvoir en procŽder ; comme on peut dire que celui qui conna”t un coffre dans les principes dont il est fait, le conna”t comme devant �tre fait.

q. 3 a. 18 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod dicere Dei intelligitur de aeterna verbi Dei generatione, in quo ab aeterno fuit ratio omnium creaturarum condendarum. Nec tamen ideo frequenter repetitur in singulis operibus, dixit Deus, quasi temporaliter dixerit ; sed quia licet verbum in se sit unum, tamen in eo est propria ratio singularum creaturarum. Sic ergo singulis operibus praemittitur Dei verbum sicut propria ratio operis fiendi, ne facto opere necesse sit quaerere quare tale opus sit factum, cum ante operis conditionem sit dictum, dixit Deus ; sicut cum aliquis volens assignare alicuius rei causam, incipit a causae cognitione.

# 13. La parole de Dieu est comprise de la gŽnŽration Žternelle du Verbe de Dieu, en qui, de toute ŽternitŽ, il y eut la raison de toutes les crŽatures ˆ crŽer. Et cependant elle n'est pas rŽpŽtŽe frŽquemment dans les Ïuvres singuli�res, ÇDieu ditÈ, comme s'il avait parlŽ temporellement, mais parce que, bien que, en soi, le Verbe soit un, cependant en lui il y a la raison propre des crŽatures particuli�res. Donc ainsi le verbe de Dieu est envoyŽ pour les Ïuvres particuli�res, comme la raison propre de l'Ïuvre ˆ faire, pour qu'une fois faite, il ne soit pas nŽcessaire de chercher pourquoi une telle Ïuvre a ŽtŽ faite, puisqu'elle ŽtŽ annoncŽe avant sa fondation ; ÇDieu a ditÈ, comme, lorsque quelqu'un, qui veut assigner la cause de quelque chose, il commence par conna”tre cette cause.

q. 3 a. 18 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod esse rerum in verbo est causa esse rerum in propria natura ; sed esse rerum in cognitione angelica non est causa esse rerum in propria natura ; et ideo non est simile.

# 14. L'�tre des choses dans le verbe est leur cause dans leur nature propre, mais l'�tre des choses dans la connaissance angŽlique n'est pas leur cause dans leur nature propre et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 3 a. 18 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod res in finem ordinatur per suam operationem. Non autem producitur in esse per suam operationem, sed solum per operationem causae agentis. Unde magis est conveniens quod creaturae superiores cooperentur Deo in reducendo creaturas inferiores in finem, quam in earum productione.

# 15. Une chose est ordonnŽe ˆ sa fin par son opŽration. Elle n'est pas amenŽe ˆ l'�tre par elle, mais seulement par celle de la cause efficiente. C'est pourquoi il est plus convenable que les crŽatures supŽrieures coop�rent avec Dieu pour ramener les crŽatures infŽrieures ˆ leur fin, que dans leur production.

q. 3 a. 18 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod licet creaturae corporales et spirituales sint disparatae secundum proprias naturas, tamen sunt connexae secundum ordinem universi ; et ideo oportuit quod simul crearentur.

# 16 Bien que les crŽatures corporelles et spirituelles soient diffŽrentes selon leur propre nature, cependant elles sont unies selon l'ordre de l'univers, et c'est pourquoi il fallut qu'elles soient crŽŽes ensemble.

q. 3 a. 18 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod illa auctoritas Eccli., secundum Augustinum, intelligitur de sapientia creata quae est in natura angelica, quae tamen secundum ipsum non prius creata est tempore sed dignitate. Secundum vero Hilarium in Lib. de synodis intelligitur de sapientia increata, quae est filius Dei ; quae quidem simul dicitur et creata et genita, ut patet Prov. VIII, 22, sq., et in diversis Scripturae locis, ut omnis imperfectio a nativitate filii Dei excludatur. In creatione enim attenditur imperfectio ex parte creati, in quantum de nihilo in esse educitur ; sed perfectio ex parte creantis, qui absque sui immutatione creaturas producit. In nativitate vero est e contrario ; quia importatur perfectio ex parte nati in quantum accipit naturam generantis ; sed imperfectio ex parte generantis secundum modum inferioris generationis, in quantum generat cum sui immutatione, vel divisione suae substantiae. Et ideo simul filius Dei et creatus et genitus dicitur, ut per creationem excludatur generantis mutatio, et ex nativitate geniti imperfectio, ut ex utroque unus intellectus constituatur perfectus.

# 17. Cette autoritŽ (Eccl. 1, 4), selon Augustin (Confessions, XII, 15), est comprise de la sagesse crŽŽe qui est dans la nature angŽlique, qui cependant, selon lui, n'a pas ŽtŽ crŽŽe avant dans le temps, mais [avant] en dignitŽ. Mais selon Hilaire (Les synodes), on le comprend de la sagesse incrŽŽe, qui est le Fils de Dieu, laquelle en m�me temps est dite, crŽŽe et engendrŽe, comme cela para”t dans Prov. 8, 22, ss., et dans divers lieux de l'ƒcriture, pour que toute imperfection soit exclue de la nativitŽ du Fils de Dieu. Car dans la crŽation, l'imperfection se trouve du c™tŽ du crŽŽ, dans la mesure o�, du nŽant, il est amenŽ ˆ l'�tre ; mais la perfection se trouve du c™tŽ du crŽateur qui produit les crŽatures sans changement de sa part. Mais dans la nativitŽ c'est le contraire, parce que la perfection est apportŽe du c™tŽ de l'enfant dans la mesure o� il re�oit la nature du gŽniteur, mais l'imperfection est du c™tŽ de celui qui engendre. selon le mode de la gŽnŽration infŽrieure dans la mesure o� il engendre en changeant et en divisant sa substance. Et c'est pourquoi on dit que le Fils de Dieu est en m�me temps crŽŽ et engendrŽ, pour exclure le changement de celui qui engendre par crŽation, et l'imperfection de la naissance de l'engendrŽ, pour que de chaque cotŽ soit constituŽ comme parfait un seul esprit.

q. 3 a. 18 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod Hilarius loquitur secundum opinionem antiquorum doctorum.

# 18. Hilaire parle selon l'opinion des anciens Docteurs.

q. 3 a. 18 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod Deus est causa naturae angelicae ; non autem natura angelica causa est naturae corporalis ; et ideo non est simile.

# 19. Dieu est cause de la nature angŽlique ; mais celle-ci n'est pas cause de la nature corporelle et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 3 a. 18 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod Angeli dicuntur semper fuisse, non quia ab aeterno fuerunt, sed quia omni tempore fuerunt : quia quandocumque fuit tempus, fuerunt Angeli. Et per hunc etiam modum creaturae corporales semper fuerunt.

# 20. On dit que les anges ont toujours existŽ, non parce qu'il ont existŽ depuis l'ŽternitŽ, mais parce qu'ils ont existŽ de tout temps ; parce que, quand il y eut le temps, les anges exist�rent. Et de cette mani�re, m�me les crŽatures corporelles ont toujours existŽ aussi.

q. 3 a. 18 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod motor non de necessitate praecedit tempore mobile, sed dignitate, sicut patet in anima et corpore.

# 21. Le moteur ne prŽc�de pas nŽcessairement en temps le mobile, mais (il le prŽc�de) en dignitŽ, comme cela appara”t dans l'‰me et le corps.

q. 3 a. 18 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod in actione ignis in corpora, duplex ordo est considerandus ; scilicet situs, et temporis. Ordo situs est in omni actione eius eo quod omnis actio eius est situalis et in corpora sibi magis propinqua plenius suam actionem exercet ; unde ulterius procedendo in tantum debilitatur eius effectus, quod tandem totaliter deficit. Ordo autem temporis non attenditur in omni eius actione, sed solum in illa qua agit per motum. Unde cum ignis illuminet et calefaciat corpora, in calefactione servatur ordo situs et temporis ; sed in illuminatione, quae non est motus sed terminus motus, attenditur tantum ordo situs. Quia ergo actio Dei quantum ad creationem est absque motu, non attenditur similitudo quantum ad ordinem temporis, sed solum quantum ad ordinem situs. Item enim est in actione spirituali diversus gradus naturae, quod in actione corporali diversus situs. Quantum ergo ad hoc attenditur similitudo Dionysii, quod sicut ignis in corpora sibi vicina plenius suam virtutem effundit, ita Deus rebus sibi propinquioribus gradu dignitatis, copiosius suam bonitatem distribuit.

# 22. Dans l'action du feu sur les corps, il faut considŽrer un ordre double : ˆ savoir le lieu et le temps. Le lieu est dans toute action de sa part, parce qu'elle est locale et dans les corps qui lui sont les plus proches, il exerce plus pleinement son action. C'est pourquoi en procŽdant au-delˆ, son effet est diminuŽ, au point qu'il est totalement affaibli. Mais l'ordre du temps n'est pas atteint dans toute son action, mais seulement dans celle o� il agit par mouvement. C'est pourquoi, comme le feu Žclaire et rŽchauffe les corps, en rŽchauffant on conserve l'ordre du lieu et du temps, mais dans l'Žclairage, qui n'est pas un mouvement mais son terme, on atteint seulement l'ordre du lieu. Donc parce que l'action de Dieu dans la crŽation est sans mouvement, on n'atteint pas la ressemblance pour l'ordre du temps, mais seulement pour celui du lieu. D'autre part, en effet, dans l'action spirituelle, il y a divers degrŽs de nature qui parce que le lieu est diffŽrent dans l'action corporelle. Donc, la ressemblance (dont parle) Denys est atteinte, parce que, de m�me que le feu dans les corps qui lui sont voisins, verse son pouvoir plus pleinement ; de m�me, dans les crŽatures qui lui sont plus proches en dignitŽ, Dieu distribue plus abondamment sa bontŽ.

 

 

 

Question 4 Ð La crŽation de la mati�re sans forme

q. 4 pr. 1 Et primo quaeritur utrum creatio materiae informis praecesserit duratione creationem rerum.

1. La crŽation de la mati�re sans forme a-t-elle prŽcŽdŽ la crŽation en durŽe ?

q. 4 pr. 2 Secundo utrum materia informis tota simul fuerit, an successive.

2. La mati�re informe a-t-elle existŽ toute en m�me temps ou successivement ?

 

 

 

Article 1 Ñ La crŽation de la mati�re sans forme a-t-elle prŽcŽdŽ la crŽation dans la durŽe ?

q. 4 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum creatio materiae informis praecesserit duratione creationem rerum.Et videtur quod non.

Il semble que non[522].

 

Objections :

q. 4 a. 1Arg. 1 Quia, sicut dicit Augustinus, materia informis praecedit formatam ex ea, sicut vox cantum. Sed vox non praecedit cantum duratione, sed solum natura. Ergo materia informis, non praecedit res formatas duratione, sed solum natura.

1. Parce que, comme le dit Augustin (La Gen�se au sens littŽral, I, XV, 29[523]) la mati�re sans forme[524] prŽc�de la mati�re qui est formŽe ˆ partir dÕelle, comme la voix prŽc�de le chant. Mais la voix ne le prŽc�de pas en durŽe, mais seulement en nature. Donc la mati�re sans forme ne prŽc�de pas les choses en forme, en durŽe, mais seulement en nature.

q. 4 a. 1Arg. 2 Sed diceretur, quod Augustinus loquitur de materia respectu formationis, quae est per formas elementorum ; quae quidem formae statim a principio in materia fuerunt.- Sed contra, sicut aqua et terra sunt elementa, ita etiam ignis et aer. Sed Scriptura tradens informitatem materiae facit mentionem de terra et aqua. Ergo si materia a principio habuisset formas elementares, pari ratione fecisset mentionem de aere et igne.

2. Mais on pourrait dire quÕAugustin parle de la mati�re par rapport ˆ sa formation par les formes des ŽlŽments[525] ; ces formes qui ont existŽ aussit™t au commencement dans la mati�re. Ñ En sens contraire : lÕeau et la terre sont des ŽlŽments, le feu et lÕair aussi. Mais lÕƒcriture, en rapportant l'absence de forme de la mati�re, fait mention de la terre et de l'eau. Donc si la mati�re, au commencement, avait eu des formes ŽlŽmentaires, ˆ raison Žgale, elle aurait fait mention de lÕair et du feu.

q. 4 a. 1Arg. 3 Praeterea, forma substantialis cum materia sunt causa accidentalium qualitatum, ut patet per philosophum, in I Phys. Sed qualitates activae et passivae sunt proprietates proprie accidentales elementorum. Si ergo formae substantiales fuerunt a principio in materia, fuerunt ibi ex consequenti qualitates activae et passivae ; et ita nulla restabat informitas, ut videtur.

3. La forme substantielle est avec la mati�re la cause des qualitŽs accidentelles, comme le montre le philosophe (Physique, I). Mais les qualitŽs actives et passives sont des qualitŽs proprement accidentelles des ŽlŽments. Si donc les formes substantielles ont existŽ d�s le commencement dans la mati�re, en consŽquence, les qualitŽs actives et passives y ont aussi ŽtŽ, et ainsi il semble quÕaucune absence de forme ne demeurait.

q. 4 a. 1Arg. 4 Sed diceretur, quod erat informitas sive confusio quantum ad elementorum situm.- Sed contra, secundum philosophum, quantum unumquodque elementorum habet de specie, tantum habet de ubi ; elementa enim sunt in propriis locis ex virtute formae. Si ergo materia a principio habebat formas substantiales, tunc ex consequenti unumquodque elementorum suum situm habebat ; et ita nulla confusio in elementis restabat, secundum quam materia posset dici informis.

4. Mais on pourrait dire qu'il y avait absence de forme ou confusion au sujet de la situation des ŽlŽments[526]. En sens contraire : selon le Philosophe (Le ciel et le monde, IV, 5, 312 b 20[527]), il y a autant de lieux que dÕŽlŽments diffŽrents[528] ; car les ŽlŽments sont dans leur situation[529] propre par le pouvoir de leur forme. Si donc la mati�re, d�s le commencement, avait des formes substantielles, alors en consŽquence, chaque ŽlŽment avait sa situation et ainsi il ne subsistait aucune confusion dans les ŽlŽments qui permette de dire que la mati�re pouvait �tre sans forme.

q. 4 a. 1Arg. 5 Praeterea, si pro tanto materia informis dicitur, quod elementa nondum proprium et naturalem situm habebant, ex consequenti videtur quod secundum hoc eius formatio intelligitur quod elementis naturalis situs attribuitur. Sed hoc non videtur in rerum distinctione ; nam aquae aliquae supra caelos ponuntur, cum tamen naturalis situs aquarum sit sub aere supra terram immediate ; ut patet IV caeli et mundi. Ergo non intelligitur materiae informitas propter confusionem situs praedictam.

5. Si pour autant on dit que la mati�re est sans forme, parce que les ŽlŽments nÕavaient pas leur situation propre et naturelle, il semble en consŽquence, que selon cela on comprend [quÕil sÕagit de] la mise en forme, dans la mesure o� une situation naturelle est attribuŽe aux ŽlŽments. Mais cela nÕappara”t pas dans la distinction, car certaines eaux sont placŽes au-dessus des cieux ; alors que cependant leur situation naturelle est en dessous de lÕair, immŽdiatement sur la terre ; comme on le voit dans Le ciel et le monde, (IV, 5, 312 b 5). Donc on ne comprend pas l'absence de forme de la mati�re comme une confusion de situation.

q. 4 a. 1Arg. 6 Sed dicendum, quod aquae dicuntur esse supra caelos, in quantum vaporabiliter elevantur ut sint supra caelos.- Sed contra, aquae vaporabiles non possunt supra totum aerem elevari, ut a philosophis probatur ; immo solum usque ad medium aeris interstitium ascendunt. Multo ergo minus possunt elevari supra ignem, ut ulterius supra caelum.

6. Mais il faut signaler qu'on dit que les eaux sont au-dessus des cieux, dans la mesure o� elles sÕŽtaient ŽlevŽes sous forme de vapeur pour sÕy trouver. Ñ En sens contraire, sous cette forme les eaux ne peuvent pas sÕŽlever au-dessus de lÕatmosph�re, comme le prouvent les philosophes ; au contraire elles montent seulement jusquÕˆ lÕintermŽdiaire des intersticesde lÕair[530]. Donc elles peuvent beaucoup moins s'Žlever au-dessus du feu, comme au-delˆ au-dessus du ciel.

q. 4 a. 1Arg. 7 Praeterea, informitas materiae designatur in hoc quod dicitur : terra erat inanis et vacua. Sed inanitas materiae attribuitur respectu virtutis generativae, et vacuitas respectu ornatus, ut a sanctis exponitur, quod consistit in his quae in terra moventur. Ergo informitas materiae non attenditur quantum ad situm, ut sic dici possit quod materiae informitas duratione formationem praecesserit.

7. L' absence de forme de la mati�re est signalŽe par ce qui en est dit (Gn. 1, 2) ÇLa terre Žtait vide et dŽserteÈ. Mais le vide est attribuŽ ˆ la mati�re en rapport avec le pouvoir gŽnŽrateur et la vacuitŽ avec lÕornement, qui, comme les saints l'ont exposŽ, consiste en ce qui se meut sur terre. Donc l'absence de forme de la mati�re ne concerne pas la situation, de sorte quÕon puisse dire ainsi quÕelle a prŽcŽdŽ sa mise en forme dans la durŽe.

q. 4 a. 1Arg. 8 Praeterea, qui potest dare aliquid simul, minus liberaliter agit si dat successive ; unde Prov. III, 28 : ne dicas amico tuo : vade, et revertere ; cras dabo tibi. Sed Deus simul dare poterat rebus esse perfectum. Ergo cum sit liberalissimus, non fecit materiam informem ante eius formationem.

8. Qui peut donner quelque chose, en une seule fois, agit avec moins de libŽralitŽ sÕil donne de mani�re successive. C'est pourquoi, on lit Prov. 3, 28 : ÇNe dis pas ˆ ton ami : Va et reviens ; demain je te le donneraiÈ. Mais Dieu pouvait donner en m�me temps un �tre parfait aux choses. Donc comme il est supr�mement gŽnŽreux, il nÕa pas fait la mati�re sans forme avant sa formation.

q. 4 a. 1Arg. 9 Praeterea, motus a centro ad centrum sequitur elementa secundum quod habent naturales situs. Sed in ipsa informitate materiae apparet quod ibi fuisset motus a centro ad centrum, quia aquae vaporabiles super terram elevabantur, ut dicitur. Ergo elementa iam habebant suos naturales situs.

9. Le mouvement du centre au centre[531] suit les ŽlŽments selon quÕils ont des situations naturelles. Mais dans l'absence de forme m�me de la mati�re, il appara”t quÕil y avait un mouvement du centre au centre, parce que les eaux qui pouvaient se vaporiser sÕŽtaient ŽlevŽes au-dessus de la terre, comme on le dit. Donc les ŽlŽments avaient dŽjˆ leurs situations naturelles.

q. 4 a. 1Arg. 10 Praeterea, rarum et densum sunt causa gravis et levis, ut patet IV Phys. Sed iam erat rarum et densum in elementis ; quia dicitur, quod aquae erant rariores quam modo sint. Ergo erat grave et leve, et elementa habebant sua ubi, quae eis attribuuntur ratione levitatis et gravitatis.

10. Le rare et le dense sont causes du lourd et du lŽger, comme cela para”t en Physique, IV, 9, 217 b 11). Mais dŽjˆ le rare et le dense Žtaient dans les ŽlŽments, parce qu'il est dit que les eaux Žtaient plus rares, que maintenant. Donc il y avait le lourd et le lŽger, et les ŽlŽments avaient leur place, qui leur est attribuŽe en raison de leur lŽg�retŽ ou de leur densitŽ.

q. 4 a. 1Arg. 11 Praeterea, in illa rerum informitate manifeste apparet quod terra suum situm habebat, et datur intelligi quod terra erat aquis cooperta, per hoc quod dicitur, Gen. I, 9 : congregentur aquae in unum locum ; et appareat arida. Ergo pari ratione et alia elementa suum situm habebant ; et ita nulla informitas in materia erat.

11. Dans cette absence de forme, il appara”t manifestement que la terre avait sa situation et il est donnŽ ˆ comprendre qu'elle Žtait recouverte par les eaux, cÕest pour cela quÕil est dit (Gn. 1, 9) :ÇQue les eaux soient rassemblŽes en un seul lieu, et quÕapparaisse le terre s�cheÈ. Donc ˆ raison Žgale les autres ŽlŽments avaient leur situation, et ainsi il nÕy avait nulle absence de forme dans la mati�re.

q. 4 a. 1Arg. 12 Praeterea, a perfecto agente educitur perfectus effectus ; quia omne agens agit sibi simile. Sed Deus est perfectissimum agens. Ergo a principio materiam perfectam produxit, et ita formatam, cum forma sit perfectio materiae.

12. LÕeffet parfait vient dÕun agent parfait, parce que tout agent fait du semblable ˆ soi. Mais Dieu est lÕagent absolument parfait. Donc, au commencement, il produisit la mati�re parfaite et ainsi mise en forme, puisque la forme est la perfection de la mati�re.

q. 4 a. 1Arg. 13 Praeterea, si materia informis formationem rerum duratione praecessit ; aut materia sic existens carebat omni forma, aut habebat aliquam formam. Si omni forma carebat, tunc erat tantum in potentia et non in actu ; et ita nondum erat creata, cum creatio terminetur ad esse. Si autem habebat aliquam formam, aut illa erat aliqua forma elementaris, aut forma mixti. Si forma elementaris, aut habebat tantum unam formam, aut diversas. Si diversas, ergo iam erat diversitas per diversas elementares formas. Si unam tantum, sequitur quod aliqua forma elementi sit naturaliter prius in materia quam aliae ; et ita unum elementum erat principium aliorum elementorum, sicut antiquissimi naturales posuerunt dicentes unum tantum elementum esse ; quod a philosopho improbatur. Si autem habebat formam mixti, ergo forma mixti naturaliter est prius in materia quam forma elementorum ; quod patet esse falsum ; quia mixtio non fit nisi per hoc quod aliquid elementa movet ad formam mixti. Ergo non potest esse quod materia fuerit prius informis quam formata.

13. Si la mati�re sans forme a prŽcŽdŽ la mise en forme en durŽe, ou bien la mati�re en un tel Žtat manquait de toute forme, ou bien elle en avait une. Si elle manquait de toute forme, elle Žtait alors seulement en puissance et non en acte ; et ainsi elle nÕŽtait pas encore crŽŽe, puisque la crŽation se termine ˆ lÕ�tre. Mais si elle avait une forme, ou celle-ci Žtait une forme ŽlŽmentaire, ou la forme dÕun mixte. Si cÕŽtait une forme ŽlŽmentaire, ou bien elle avait seulement une forme ou des formes diverses. Si elles Žtaient diverses, donc il y avait dŽjˆ de la diversitŽ par les diverses formes ŽlŽmentaires. S'il n'y en avait qu'une, il en dŽcoule qu'une forme de lÕŽlŽment serait naturellement dans la mati�re avant les autres, et ainsi un seul ŽlŽment Žtait le principe des autres, comme les tr�s anciens Naturalistes le pensaient, disant quÕil nÕen existait quÕun seul[532]. Ce qui est dŽsapprouvŽ par le philosophe (La gŽnŽration et la corruption, II, 5, 331 b 5). Si elle avait la forme dÕun mixte, alors celle-ci est naturellement dans la mati�re avant la forme des ŽlŽments, ce qui para”t faux, parce que le mŽlange ne se fait que si quelque chose am�ne les ŽlŽments ˆ la forme du mixte. Donc il n'est pas possible que la mati�re ait ŽtŽ sans forme avant dÕ�tre en forme.

q. 4 a. 1Arg. 14 Sed dices, quod materia habebat formas elementorum ; sed non secundum illum modum quo nunc sunt, quia aquae erant rariores, et in modum vaporis aeri permixtae.- Sed contra, forma uniuscuiusque elementi requirit determinatam mensuram raritatis vel densitatis, sine qua esse non potest. Raritas autem per quam aliquid ascendit in locum aeris excedit conditionem aquae ; quia natura aquae est ut sit gravis respectu aeris. Ergo si erat tanta subtilitas quod aquae evaporabiliter ad locum aeris ascenderent, non habebant speciem aquae ; et ita non erant in materia formae elementares, cuius contrarium supra dictum est.

14. Mais on pourrait dire que la mati�re avait la forme des ŽlŽments ; mais pas de cette mani�re dont ils existent maintenant, parce que les eaux Žtaient plus rares et m�lŽes ˆ lÕair sous forme de vapeur. Ñ En sens contraire, la forme de chaque ŽlŽment requiert une mesure dŽterminŽe de rare et de dense, sans laquelle elle ne peut pas exister. Mais le rare par laquelle quelque chose monte dans un espace de lÕair dŽpasse la condition de lÕeau, parce que sa nature est d'�tre plus lourde que l'air. Donc s'il y avait une telle subtilitŽ que les eaux montent ˆ la place de l'air sous forme de vapeur, elles nÕavaient pas la nature de l'eau, et ainsi il n'y avait pas de formes ŽlŽmentaires dans la mati�re ; [or] on a dit le contraire ci-dessus.

q. 4 a. 1Arg. 15 Praeterea, per opera sex dierum, formata sunt ex informi materia diversa rerum genera. Sed inter alia sex dierum opera, firmamentum secundo die est formatum. Si ergo materia informis subiacebat elementaribus formis sequetur quod caelum sit factum ex quatuor elementis ; quod a philosopho improbatur.

15. Par lÕÏuvre des six jours, diffŽrents genres dÕ�tres ont ŽtŽ formŽs ˆ partir de la mati�re informe. Mais parmi les autres Ïuvres des six jours, le firmament a ŽtŽ formŽ le second jour. Si donc la mati�re informe dŽpendait des formes ŽlŽmentaires, il en dŽcoulerait que le ciel a ŽtŽ fait ˆ partir des quatre ŽlŽments, ce qui est dŽsapprouvŽ par le Philosophe (Le ciel et le monde, I, com. 5 et s[533].)

q. 4 a. 1Arg. 16 Praeterea, sicut se habet corpus naturale ad figuram, ita se habet materia ad formam. Sed corpus naturale non potest esse quin habeat aliquam figuram. Ergo nec materia potest esse quin sit formata.

16. De la m�me mani�re que le corps naturel se comporte vis-ˆ-vis de son aspect, la mati�re se comporte vis-ˆ-vis de la forme. Mais un corps naturel ne peut pas exister sans son aspect[534]. Donc la mati�re ne peut pas exister sans forme.

q. 4 a. 1Arg. 17 Praeterea, si formatio materiae a principio suae creationis non fuit, tunc aquarum congregatio, quae tertio die legitur, non semper fuit. Sed hoc videtur impossibile ; quia si aquae undique operiebant terram, non erat ubi possent congregari. Ergo videtur quod materia informis rerum formationem non praecesserit. Quod autem aqua undique operiret terram, apparet ex hoc quod elementa sunt separata, ut probatur in III caeli et mundi.

17. Si la mise en forme de la mati�re nÕa pas eu lieu au dŽbut de sa crŽation, alors le rassemblement des eaux qui eut lieu le troisi�me jour, nÕa pas toujours existŽ. Mais cela para”t impossible, parce que, si les eaux couvraient la terre de tous c™tŽs, il nÕy avait pas de lieu o� elles puissent se rassembler. Donc il semble que la mati�re sans forme nÕaura pas prŽcŽdŽ la mise en forme des choses. Mais que lÕeau ait couvert la terre de tous c™tŽs, il appara”t que cela vient du fait que les ŽlŽments ont ŽtŽ sŽparŽs, comme on le prouve dans Le ciel et le monde (III, 7, 305 b 12 Ð b 26) et s.)

q. 4 a. 1Arg. 18 Sed diceretur, quod erat aliqua concavitas infra terram, in quam partes descenderunt et ita terram locum praebuit aquis.- Sed contra, huiusmodi concavitates vel cavernositates in terra causantur propter aliquas lapidositates, ex quibus superiores partes terrae retinentur, ne ad centrum descendant ; quod quidem tunc esse non poterat ; quia cum lapides sint corpora mixta, sequeretur quod corpus mixtum fuisset ante formationem elementorum. Ergo huiusmodi cavernositates esse non poterant.

18. Mais on pourrait dire qu'il y avait une cavitŽ sous la terre o� les parties descendirent et ainsi, elle offrit la terre comme lieu pour les eaux. En sens contraire, ces cavitŽs ou ces trous ont ŽtŽ causŽs dans la terre ˆ cause des pierrailles qui ont soutenu les parties supŽrieures de la terre, pour quÕelles ne descendent pas vers le centre ; ce qui alors Žtait impossible ; puisque les pierres sont des corps mixtes ; il en dŽcoulerait que le corps mixte aurait existŽ avant la mise en forme des ŽlŽments. Donc de telles cavitŽs ne pouvaient pas exister.

q. 4 a. 1Arg. 19 Praeterea, si cavernositates aliquae erant in terra, non poterant esse vacuae. Ergo erant plenae aere, vel aqua ; quod videtur impossibile, cum subsidere terrae sit contra naturam utriusque.

19. S'il existait des cavitŽs dans la terre, elles ne pouvaient pas �tre vides. Donc elles Žtaient emplies dÕair ou dÕeau, ce qui para”t impossible, puisque se situer sous la terre serait contre la nature de ces deux ŽlŽments.

q. 4 a. 1Arg. 20 Praeterea, aut aqua cooperiens terram undique naturalem situm habebat, aut non. Si naturalem situm habebat, ergo ab illa dispositione non poterat removeri, nisi per violentiam ; quia a loco in quo corpus quiescit naturaliter, non removetur nisi per violentiam. Hoc autem non competit primae rerum institutioni, per quam natura instituitur, cui violentia repugnat. Si autem erat ille situs aquae violentus, per suam naturam redire poterat ad illam dispositionem quam non habebat ; quia a loco in quo quiescit aliquid violenter, movetur naturaliter ; et ita non oportebat poni inter opera formationis quod aquae in unum locum congregarentur.

20. Ou l'eau qui recouvrait la terre de toutes parts avait une situation naturelle ou elle ne l'avait pas. Si elle en avait un, l'eau nÕen pouvait �tre dŽplacŽe que par violence, parce qu'on ne dŽplace dÕun lieu que par violence le corps qui y est Žtabli naturellement. Mais cela ne fait pas partie du premier Žtablissement des choses, par qui la nature est Žtablie, ˆ laquelle rŽpugne la violence. Mais si cette situation Žtait violente pour lÕeau, elle pouvait par sa propre nature revenir ˆ cette disposition qu'elle n'avait pas ; parce quÕune chose sÕŽloigne naturellement d'un lieu dans lequel elle est Žtablie avec violence, elle se meut naturellement ; et ainsi il ne fallait pas placer parmi les Ïuvres de mise en forme le rassemblement des eaux.

q. 4 a. 1Arg. 21 Praeterea, secundum hunc ordinem res institutae sunt quem naturaliter habent. Sed naturaliter distincta sunt priora quam confusa, sicut simplex est naturaliter prius composito. Ergo non fuit conveniens rerum institutioni quod res primo fuerint in quadam confusione, et postmodum distinguerentur.

21. Les choses ont ŽtŽ Žtablies selon l'ordre qu'elles ont naturellement. Mais elles ont ŽtŽ sŽparŽes naturellement avant d'�tre m�lŽes, puisque le simple est naturellement avant le composŽ. Donc il n'a pas ŽtŽ convenable pour leur institution qu'elles aient ŽtŽ d'abord en une certaine confusion et qu'elles soient sŽparŽes ensuite.

q. 4 a. 1Arg. 22 Praeterea, processus de actu in potentiam non competit rerum institutioni, sed magis corruptioni ; res enim fiunt per hoc quod de potentia in actum reducuntur. Sed procedere a mixtis ad elementa, est procedere de actu in potentiam, cum elementa sint quasi materia respectu formae mixti. Ergo non fuit conveniens rerum institutioni quod prius fierent in quadam confusione et mixtione, et postmodum distinguerentur.

22. Le passage de l'acte ˆ la puissance n'appartient pas ˆ l'Žtablissement des choses, mais plut™t ˆ leur corruption : car les choses deviennent par le fait quÕelles sont amenŽes de la puissance ˆ l'acte. Mais procŽder des mixtes aux ŽlŽments, c'est procŽder de l'acte ˆ la puissance, puisque les ŽlŽments sont comme la mati�re en rapport avec la forme du mixte. Donc il n'a pas ŽtŽ convenable pour l'Žtablissement des choses que d'abord elles soient faites dans une certaine confusion et un certain mŽlange et qu'elles soient sŽparŽes ensuite.

q. 4 a. 1Arg. 23 Praeterea, hoc videtur esse consonum erroribus antiquorum philosophorum ; scilicet opinioni Empedoclis, qui ponebat per litem partes mundi esse ad invicem distinctas, cum prius fuerint confusae per amicitiam ; et Anaxagorae, qui posuit quod cum aliquando omnia simul essent, intellectus incepit distinguere separando ab illo confuso et commixto. Quae quidem opiniones sufficienter a philosophis posterioribus improbantur. Ergo non est ponendum quod informitas vel confusio materiae rerum formationem duratione praecederet.

23.Cela para”t en accord avec les erreurs des anciens philosophes ; ˆ savoir avec l'opinion d'EmpŽdocle qui pensait que les parties du monde avaient ŽtŽ distinguŽes les unes des autres par conflit, puisque d'abord elles avaient ŽtŽ m�lŽes par amitiŽ ; et avec celle d'Anaxagore qui a pensŽ que lorsque tout Žtait ensemble ˆ certains moments, l'intellect commen�ait ˆ apporter ses distinctions en sŽparant de ce qui Žtait confus et mŽlangŽ. Ces opinions ont ŽtŽ suffisamment dŽsapprouvŽes par les philosophes suivants. Donc il ne faut pas penser que l'absence de forme ou la confusion de la mati�re prŽcŽderait en durŽe la mise en forme des choses.

 

En sens contraire :

q. 4 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Est quod Gregorius exponens illud Eccli. XVIII, 1 : qui vivit in aeternum, creavit omnia simul, dicit quod omnia sunt simul creata per substantiam materiae, sed non per speciem formae ; quod esse non posset, nisi prius fuisset substantia materiae quam species formae inesset. Ergo materia informis duratione praecessit rerum formationem.

1. GrŽgoire [le Grand], quand il expose ce verset de l'Eccl. 18,1 : ÇCelui qui vit Žternellement a crŽŽ tout en m�me tempsÈ, (les Morales, XXXII, ch. 9, dans les exemplaires nouveaux), dit que tout a ŽtŽ crŽŽ en m�me temps par la substance de la mati�re mais non par la nature de la forme, ce qui n'Žtait possible que s'il y avait eu la substance avant que la nature de la forme y soit inclue. Donc la mati�re sans forme a prŽcŽdŽ en durŽe la mise en forme des choses.

q. 4 a. 1 s. c. 2 Praeterea, illud quod non est, non potest habere aliquam operationem. Sed materia informis habet aliquam operationem ; appetit enim formam, ut dicitur III Phys. Ergo materia potest esse sine forma ; et ita non est inconveniens, si materia informis ponatur duratione rerum formationem praecessisse.

2. Ce qui n'existe pas ne peut pas avoir d'opŽration. Mais la mati�re sans forme en a une ; car elle dŽsire la forme, comme il est dit (Physique I, 9, 191 b 25). Donc la mati�re peut exister sans forme et ainsi il nÕest pas inconvenant de penser que celle-ci a prŽcŽdŽ en durŽe la mise en forme.

q. 4 a. 1 s. c. 3 Praeterea, Deus plus potest operari quam natura. Sed natura facit de ente in potentia ens actu. Ergo Deus potest facere de ente simpliciter ens in potentia ; et ita potuit facere materiam sine forma existentem.

3. Dieu peut faire plus que la nature. Mais la nature fait de l'Žtant en puissance un Žtant en acte. Donc Dieu peut faire d'un Žtant simplement un Žtant en puissance, et ainsi il a pu faire une mati�re qui existait sans forme.

q. 4 a. 1 s. c. 4 Praeterea, quod Scriptura sacra dicit fuisse aliquando, non est dicendum non fuisse ; quia ut Augustinus dicit, contra Scripturam sacram nemo Christianus sentit. Scriptura autem divina dicit, terram aliquando fuisse inanem et vacuam. Ergo non est dicendum quin aliquando fuerit inanis et vacua. Hoc autem pertinet ad informitatem materiae, quocumque modo exponatur. Ergo aliquando substantia materiae praecessit formationem ; alias nunquam informis fuisset.

4. L'ƒcriture sainte rŽv�le quÕon ne peut dire que ce qui a existŽ une fois nÕa pas existŽ, parce que, comme le dit Augustin (La TrinitŽ, V), aucun chrŽtien ne pense contre l'ƒcriture sainte. Mais celle-ci dit que la terre fut ˆ certains moments vide et dŽserte. Donc il ne faut pas dire pourquoi ˆ un certain moment la terre aura ŽtŽ vide et dŽserte. Cela concerne l'absence de forme de la mati�re de quelque mani�re qu'on l'expose. Donc ˆ un certain moment, la substance de la mati�re a prŽcŽdŽ sa mise en forme, autrement jamais elle aurait ŽtŽ sans forme.

q. 4 a. 1 s. c. 5 Praeterea, simul condita est spiritualis et corporalis creatura, ut ex superiori quaestione iam patuit. In spirituali autem creatura informitas formationem praecessit etiam duratione. Ergo eadem ratione et in corporali. Probatio mediae. Formatio creaturae spiritualis intelligitur secundum quod ad verbum convertitur, quod est eius illuminatio. Simul autem facta luce divisum est inter lucem et tenebras. Per tenebras autem in spirituali creatura peccatum intelligitur. Peccatum autem esse non potuit in primo instanti creationis Angelorum, quia tunc Daemones nunquam fuissent boni. Ergo spiritualis creatura non fuit formata in primo instanti suae creationis.

5. La crŽature spirituelle et la crŽature corporelle ont est crŽŽes en m�me temps, comme cela a ŽtŽ montrŽ dans la question 3, article 18. Mais, dans la crŽature spirituelle, l'absence de forme a prŽcŽdŽ sa mise en forme m�me en durŽe. Donc, pour la m�me raison, dans la crŽature corporelle aussi. Preuve intermŽdiaire : on comprend la mise en forme de la crŽature spirituelle selon qu'elle se tourne vers le Verbe qui est son illumination. Mais en m�me temps que la lumi�re a ŽtŽ faite, il y eut la division entre la lumi�re et les tŽn�bres. Et par les tŽn�bres, on comprend le pŽchŽ dans la crŽature spirituelle. Mais le pŽchŽ n'a pas pu existŽ au premier instant de la crŽation des anges, parce que, alors, les dŽmons n'auraient jamais ŽtŽ bons[535]. Donc la crŽature spirituelle n'a pas ŽtŽ mise en forme au premier instant de la crŽation.

q. 4 a. 1 s. c. 6 Praeterea, illud ex quo est aliquid, etiam tempore praecedit quod est ex eo. Sed Deus ex invisa materia, quae est materia informis secundum Augustinum, creavit orbem terrarum, ut dicitur sapientiae XI, 18. Ergo materia informis tempore praecessit orbem terrarum formatum. Probatio primae. Secundum philosophum, fieri rerum dupliciter exprimi potest. Uno modo ut dicatur : hoc fit hoc per se, quod convenit subiecto ; ut cum dicimus, homo fit albus ; per accidens autem, ut ex privatione et contrario, ut cum dicitur : non album, vel nigrum fit album. Alio modo, ut dicatur : ex hoc fit hoc ; quod quidem subiecto non competit nisi ratione privationis. Non enim dicimus quod ex homine fiat albus ; sed quod ex non albo vel nigro, fit album ; vel etiam ex homine nigro vel non albo. Id igitur ex quo est aliquid, vel est privatio sive contrarium, vel est materia privationi vel contrario subiecta. Utroque autem modo oportet tempore praecedere ex quo aliquid fit ; quia opposita non possunt esse simul, nec materia simul tempore potest subesse privationi et formae. Ergo id ex quo aliquid fit, tempore praecedit id quod fit ex eo.

6. Ce dont vient quelque chose prŽc�de dans le temps ce qui en vient. Mais Dieu, de la mati�re invisible, qui est la mati�re sans forme, selon Augustin (La Gen�se au sens littŽral, I, XV, 30[536]) a crŽŽ l'univers, comme le dit la Sagesse, 11, 18. Donc la mati�re sans forme a prŽcŽdŽ dans le temps l'univers en forme. Preuve de la premi�re [proposition] : Selon le philosophe (Physique 1, 6, 188 a 30 Ð 188 b 8) on peut exprimer le devenir des choses de deux mani�res : 1) D'abord pour dire : ceci devient cela par soi, ce qui convient au substrat, comme lorsquÕon dit : l'homme devient blanc ; par accident aussi comme d'une privation et d'un contraire, comme quand on dit le non blanc, ou le noir devient blanc. 2) D'une autre mani�re, pour dire ceci est fait de cela ; ce qui ne convient au substrat qu'en raison de la privation. Car nous ne disons pas quÕil devient blanc ˆ partir d'un homme[537] ; mais que de non blanc ou de noir, il devient blanc ; ou aussi d'un homme noir ou non blanc. Donc ce dÕo� vient quelque chose, est une privation ou son contraire, ou c'est une mati�re sujette ˆ la privation ou au contraire. Mais des deux mani�res, il faut que ce de quoi quelque chose est fait le prŽc�de dans le temps, parce que les opposŽs ne peuvent pas �tre ensemble, et la mati�re ne peut pas �tre soumise ˆ la privation et ˆ la forme en m�me temps. Donc ce de quoi une chose est faite, prŽc�de dans le temps ce qui est fait de lui.

q. 4 a. 1 s. c. 7 Praeterea, operatio naturae imitatur in quantum potest operationem Dei, sicut operatio causae secundae operationem causae primae. Sed naturae processus in operando est de imperfecto ad perfectum. Ergo et Deus etiam prius tempore imperfectum produxit, et postea perfectum ; et sic informis materia formationem praecessit.

7. L'opŽration de la nature imite autant qu'elle le peut l'opŽration de Dieu, comme l'opŽration de la cause seconde imite celle de la cause premi�re. Mais le processus de la nature, en opŽrant, fait passer de l'imparfait au parfait. Donc Dieu aussi a produit, dans le temps, l'imparfait avant et le parfait ensuite et ainsi la mati�re sans forme a prŽcŽdŽ sa mise ne forme.

q. 4 a. 1 s. c. 8 Praeterea, Augustinus dicit, quod ubi Scriptura in principio terram et aquam commemorat, cum dicitur Genes. I, 2 : terra erat inanis et vacua, et spiritus domini ferebatur super aquas ; non ideo nominatur terra et aqua quia iam talis erat, sed quia talis esse poterat. Ergo aliquando materia prima nondum habebat speciem aquae vel terrae, sed tantum habere poterat ; et sic materia informis formationem praecessit.

8. Augustin dit qu'au commencement, lˆ o� l'ƒcriture fait mention de la terre et de l'eau, comme il est dit dans Gn. 1, 2 : ÇLa terre Žtait vide et dŽserte et l'Esprit du Seigneur Žtait portŽ sur les eauxÈ, la terre et l'eau ne sont pas dŽsignŽes parce qu'elles Žtaient dŽjˆ telles, mais parce qu'elles pouvaient �tre telles. Donc ˆ certains moments, la mati�re premi�re n'avait pas encore la forme de l'eau ou de la terre, mais elle pouvait seulement l'avoir. Et ainsi la mati�re sans forme a prŽcŽdŽ sa mise ne forme.

 

RŽponse :

q. 4 a. 1 co. Respondeo. Dicendum quod, sicut dicit Augustinus, circa hanc quaestionem potest esse duplex disceptatio : una de ipsa rerum veritate ; alia de sensu litterae, qua Moyses divinitus inspiratus principium mundi nobis exponit. Quoad primam disceptationem duo sunt vitanda ; quorum unum est ne in hac quaestione aliquid falsum asseratur, praecipue quod veritati fidei contradicat ; aliud est, ne quidquid verum aliquis esse crediderit, statim velit asserere, hoc ad veritatem fidei pertinere ; quia, ut Augustinus dicit: obest, si ad ipsam doctrinae pietatis formam pertinere arbitretur falsum, scilicet quod credit, et pertinacius affirmare audeat quod ignorat. Propter hoc autem obesse dicit, quia ab infidelibus veritas fidei irridetur, cum ab aliquo simplici et fideli tamquam ad fidem pertinens proponitur aliquid quod certissimis documentis falsum esse ostenditur, ut etiam dicit I super Genes. ad litteram. Circa secundam disceptationem duo etiam sunt vitanda. Quorum primum est, ne aliquis id quod patet esse falsum, dicat in verbis Scripturae, quae creationem rerum docet, debere intelligi ; Scripturae enim divinae a spiritu sancto traditae non potest falsum subesse, sicut nec fidei, quae per eam docetur. Aliud est, ne aliquis ita Scripturam ad unum sensum cogere velit, quod alios sensus qui in se veritatem continent, et possunt, salva circumstantia litterae, Scripturae aptari, penitus excludantur ; hoc enim ad dignitatem divinae Scripturae pertinet, ut sub una littera multos sensus contineat, ut sic et diversis intellectibus hominum conveniat, ut unusquisque miretur se in divina Scriptura posse invenire veritatem quam mente conceperit ; et per hoc etiam contra infideles facilius defendatur, dum si aliquid, quod quisque ex sacra Scriptura velit intelligere, falsum apparuerit, ad alium eius sensum possit haberi recursus. Unde non est incredibile, Moysi et aliis sacrae Scripturae auctoribus hoc divinitus esse concessum, ut diversa vera, quae homines possent intelligere, ipsi cognoscerent, et ea sub una serie litterae designarent, ut sic quilibet eorum sit sensus auctoris. Unde si etiam aliqua vera ab expositoribus sacrae Scripturae litterae aptentur, quae auctor non intelligit, non est dubium quin spiritus sanctus intellexerit, qui est principalis auctor divinae Scripturae. Unde omnis veritas quae, salva litterae circumstantia, potest divinae Scripturae aptari, est eius sensus. His ergo suppositis, sciendum est quod diversi expositores sacrae Scripturae diversos sensus ex principio Genesis acceperunt ; quorum nullus fidei veritati repugnat. Et quantum ad praesentem pertinet quaestionem, diversificati sunt in duas vias, dupliciter informitatem materiae accipientes, quae signatur in principio Genesis ubi dicit: terra autem erat inanis et vacua. Quidam namque intellexerunt, praedictis verbis talem informitatem materiae significari, secundum quod materia intelligitur absque omni forma, in potentia tamen existens ad omnes formas ; talis autem materia non potest in rerum natura existere, quin aliqua forma formetur. Quidquid enim in rerum natura invenitur, actu existit, quod quidem non habet materia nisi per formam, quae est actus eius ; unde non habet sine forma in rerum natura inveniri. Et iterum, cum nihil possit contineri in genere quod per aliquam generis differentiam ad speciem non determinetur, non potest materia esse ens, quin ad aliquem specialem modum essendi determinetur ; quod quidem non fit nisi per formam. Unde si sic materia informis intelligatur, impossibile est quod duratione formationem praecesserit, sed praecessit tantum ordine naturae, secundum quod illud ex quo fit aliquid, naturaliter est prius eo, sicut nox est prior creata. Et haec fuit opinio Augustini. Alii vero intellexerunt informitatem materiae non secundum quod materia omni forma caret, sed secundum quod dicitur aliquid informe quod nondum habet ultimum suae naturae complementum et decorem ; et secundum hoc potest poni, quod etiam duratione informitas rerum formationem praecesserit. Quod quidem si ponatur, ordini sapientiae artificis congruere videtur, qui res ex nihilo producens in esse, non statim post nihilum in ultima perfectione naturae eas instituit, sed primo fecit eas in quodam esse imperfecto ; et postea eas ad perfectum adduxit ; ut sic et eorum esse ostenderetur a Deo procedere, contra illos qui ponunt materiam increatam ; et nihilominus perfectionis rerum ipse etiam auctor appareret, contra eos qui rerum inferiorum formationem causis alii adscribunt. Et hoc intellexit magnus Basilius, Gregorius, et alii sequaces eorum. Quia ergo neutrum a veritate fidei discordat, et utrumque sensum circumstantia litterae patitur ; utrumque sustinentes ad utrasque rationes respondeamus.

Comme le dit Augustin (Confessions, XII) ˆ propos de cette question, il peut y avoir une double discussion : 1) sur la vŽritŽ, 2) sur le sens de la lettre, par laquelle Mo•se, divinement inspirŽ, nous a exposŽ le commencement du monde.

Quoad primam disceptationem duo sunt vitanda ; quorum unum est ne in hac quaestione aliquid falsum asseratur, praecipue quod veritati fidei contradicat ; aliud est, ne quidquid verum aliquis esse crediderit, statim velit asserere, hoc ad veritatem fidei pertinere ; quia, ut Augustinus dicit : obest, si ad ipsam doctrinae pietatis formam pertinere arbitretur falsum, scilicet quod credit, et pertinacius affirmare audeat quod ignorat. Propter hoc autem obesse dicit, quia ab infidelibus veritas fidei irridetur, cum ab aliquo simplici et fideli tamquam ad fidem pertinens proponitur aliquid quod certissimis documentis falsum esse ostenditur, ut etiam dicit I super Genes. ad litteram.

Pour la premi�re discussion, il faut Žviter deux Žcueils :1) Sur cette question quÕon nÕaffirme rien de faux, surtout ce qui contredirait la vŽritŽ de la foi. 2) Ce que quelqu'un aura cru vrai, quÕil ne veuille pas affirmer aussit™t que cela concerne la vŽritŽ de la foi ; parce, comme Augustin le dit (Confessions, X) : ÇIl fait du tort, s'il consid�re comme faux ce qui se rapporte ˆ la forme m�me de la doctrine de la piŽtŽ ; ˆ savoir qu'il croit et qu'il ose affirmer avec opini‰tretŽ ce qu'il ignore.È Il dit quÕon fait du tort, parce la vŽritŽ de la foi est tournŽe en dŽrision par les infid�les[538], quand un simple fid�le propose, comme appartenant ˆ la foi, ce qui peut �tre dŽmontrŽ comme faux par des preuves tr�s sžres, comme il le dit La Gen�se au sens littŽral, I.

Circa secundam disceptationem duo etiam sunt vitanda. Quorum primum est, ne aliquis id quod patet esse falsum, dicat in verbis Scripturae, quae creationem rerum docet, debere intelligi ; Scripturae enim divinae a spiritu sancto traditae non potest falsum subesse, sicut nec fidei, quae per eam docetur. Aliud est, ne aliquis ita Scripturam ad unum sensum cogere velit, quod alios sensus qui in se veritatem continent, et possunt, salva circumstantia litterae, Scripturae aptari, penitus excludantur ; hoc enim ad dignitatem divinae Scripturae pertinet, ut sub una littera multos sensus contineat, ut sic et diversis intellectibus hominum conveniat, ut unusquisque miretur se in divina Scriptura posse invenire veritatem quam mente conceperit ; et per hoc etiam contra infideles facilius defendatur, dum si aliquid, quod quisque ex sacra Scriptura velit intelligere, falsum apparuerit, ad alium eius sensum possit haberi recursus. Unde non est incredibile, Moysi et aliis sacrae Scripturae auctoribus hoc divinitus esse concessum, ut diversa vera, quae homines possent intelligere, ipsi cognoscerent, et ea sub una serie litterae designarent, ut sic quilibet eorum sit sensus auctoris. Unde si etiam aliqua vera ab expositoribus sacrae Scripturae litterae aptentur, quae auctor non intelligit, non est dubium quin spiritus sanctus intellexerit, qui est principalis auctor divinae Scripturae. Unde omnis veritas quae, salva litterae circumstantia, potest divinae Scripturae aptari, est eius sensus.

Pour la seconde controverse, il faut Žviter deux Žcueils. 1) Que personne ne dise qu'on doit comprendre que ce qui para”t faux, dans les paroles de lÕƒcriture qui enseigne la crŽation. Car dans l'ƒcriture divine rapportŽe par l'Esprit saint, on ne peut pas trouver d'erreur, ni non plus dans la foi, qu'elle enseigne.2) Que personne ne veuille rŽduire ainsi l'ƒcriture ˆ un seul sens, de sorte que seraient exclus compl�tement les autres sens qui contiennent en eux une vŽritŽ, et peuvent, si on tient compte du contexte, �tre conformes ˆ l'ƒcriture. Car il appartient ˆ la dignitŽ de l'ƒcriture divine que sous une lettre unique, elle contienne de nombreux sens, de sorte quÕelle convient ainsi aux diffŽrents esprits des hommes, pour que chacun puisse avec admiration trouver en elle la vŽritŽ qu'il aura con�ue dans son esprit ; et par cela aussi, elle est dŽfendue plus facilement contre les infid�les, puisque, si un sens que chacun veut comprendre de l'ƒcriture aura paru faux, on peut recourir ˆ un autre. C'est pourquoi il n'est pas incroyable que cela ait ŽtŽ transmis de fa�on divine ˆ Mo•se et aux autres auteurs de l'ƒcriture sainte, pour que les hommes connaissent les diverses vŽritŽs quÕils pourraient comprendre et ce quÕelles rŽv�lent sous un seul sens littŽral, de sorte que nÕimporte laquelle dÕentre d'elles soit le sens de l'auteur. C'est pourquoi, si aussi quelques vŽritŽs que l'auteur ne comprend pas sont adaptŽes par les commentateurs de la lettre de l'ƒcriture sainte, il n'est pas douteux que l'Esprit saint les aura comprises, lui qui en est l'auteur principal. C'est pourquoi toute vŽritŽ qui, quand on tient compte du contexte, peut �tre adaptŽe ˆ l'ƒcriture divine, est son sens[539].

His ergo suppositis, sciendum est quod diversi expositores sacrae Scripturae diversos sensus ex principio Genesis acceperunt ; quorum nullus fidei veritati repugnat. Et quantum ad praesentem pertinet quaestionem, diversificati sunt in duas vias, dupliciter informitatem materiae accipientes, quae signatur in principio Genesis ubi dicit : terra autem erat inanis et vacua.

Cela Žtant supposŽ, il faut savoir que les divers commentateurs de l'ƒcriture sainte ont acceptŽ diffŽrents sens pour le commencement de la Gen�se, dont aucun ne s'oppose ˆ la vŽritŽ de la foi. Sur la question prŽsente, ils se sont sŽparŽs en deux voies, en admettant de deux mani�res la mise en forme de la mati�re, qui est signalŽe au dŽbut de la Gen�se, lˆ o� il est dit : ÇMais la terre Žtait vide et dŽserteÈ.

Quidam namque intellexerunt, praedictis verbis talem informitatem materiae significari, secundum quod materia intelligitur absque omni forma, in potentia tamen existens ad omnes formas ; talis autem materia non potest in rerum natura existere, quin aliqua forma formetur. Quidquid enim in rerum natura invenitur, actu existit, quod quidem non habet materia nisi per formam, quae est actus eius ; unde non habet sine forma in rerum natura inveniri.

A) Car certains ont compris qu'une telle absence de forme de la mati�re Žtait signifiŽe par ces mots ci-dessus ; selon que la mati�re est comprise sans aucune forme, en puissance cependant ˆ toutes les formes, mais une telle mati�re ne peut pas exister dans la nature, sans que qu'elle ne soit mise en quelque forme. Car tout ce qu'on trouve dans la nature, existe en acte, ce que la mati�re n'a que par la forme, qui est son acte ; c'est pourquoi on n'a pas ˆ la trouver sans forme dans la nature.

Et iterum, cum nihil possit contineri in genere quod per aliquam generis differentiam ad speciem non determinetur, non potest materia esse ens, quin ad aliquem specialem modum essendi determinetur ; quod quidem non fit nisi per formam. Unde si sic materia informis intelligatur, impossibile est quod duratione formationem praecesserit, sed praecessit tantum ordine naturae, secundum quod illud ex quo fit aliquid, naturaliter est prius eo, sicut nox est prior creata. Et haec fuit opinio Augustini.

Et en plus, comme rien ne peut �tre contenu dans un genre sans �tre dŽterminŽ par une diffŽrence de genre pour lÕesp�ce, la mati�re ne peut �tre un Žtant sans �tre dŽterminŽe ˆ un mode particulier d'�tre ; ce qui ne se fait que par la forme. C'est pourquoi, si on comprend ainsi la mati�re sans forme, il est impossible qu'elle ait prŽcŽdŽ en durŽe la mise en forme, mais elle l'a prŽcŽdŽe seulement dans l'ordre de la nature, selon que, ce dont quelque chose est fait est naturellement avant lui, comme la nuit est crŽŽe la premi�re. Et telle fut l'opinion d'Augustin.

Alii vero intellexerunt informitatem materiae non secundum quod materia omni forma caret, sed secundum quod dicitur aliquid informe quod nondum habet ultimum suae naturae complementum et decorem ; et secundum hoc potest poni, quod etiam duratione informitas rerum formationem praecesserit. Quod quidem si ponatur, ordini sapientiae artificis congruere videtur, qui res ex nihilo producens in esse, non statim post nihilum in ultima perfectione naturae eas instituit, sed primo fecit eas in quodam esse imperfecto ; et postea eas ad perfectum adduxit ; ut sic et eorum esse ostenderetur a Deo procedere, contra illos qui ponunt materiam increatam ; et nihilominus perfectionis rerum ipse etiam auctor appareret, contra eos qui rerum inferiorum formationem causis alii adscribunt. Et hoc intellexit magnus Basilius, Gregorius, et alii sequaces eorum. Quia ergo neutrum a veritate fidei discordat, et utrumque sensum circumstantia litterae patitur ; utrumque sustinentes ad utrasque rationes respondeamus.

B) D'autres ont compris l'absence de forme de la mati�re, non parce qu'elle manque de toute forme ; mais selon qu'on la dŽsigne comme quelque chose sans forme, parce qu'elle n'a pas encore lÕach�vement ultime de sa nature et sa beautŽ et, pour cela on peut penser que l'absence de forme a prŽcŽdŽ en durŽe la mise en forme. Ainsi on pense que cela semble convenir ˆ l'ordre de la sagesse de l'artiste, qui, amenant les choses du nŽant ˆ l'�tre, ne les a pas Žtablies aussit™t apr�s le nŽant, dans la perfection ultime de leur nature ; mais que d'abord il les fit dans un certain �tre imparfait, et ensuite il les a amenŽes ˆ la perfection ; pour montrer quÕainsi leur �tre proc�de de Dieu, contre ceux qui pensent que la mati�re est incrŽŽe. NŽanmoins il para”trait l'auteur m�me de la perfection des choses contre ceux qui attribuent ˆ un autre la mise en forme des choses infŽrieures par les causes. Et cÕest cela que Basile [le Grand] et GrŽgoire [de Naziance] et leurs successeurs ont compris. Donc parce qu'aucun des deux n'est en discordance avec la vŽritŽ de la foi, et que le contexte supporte l'un et l'autre sens, rŽpondons en soutenant l'un et l'autre, pour ces deux raisons.

 

Solutions :

q. 4 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Augustinus loquitur de materia informi, secundum quod intelligitur absque omni forma ; et sic necesse est dicere, quod informitas solo ordine naturae formationem praecedat. Qualiter autem circa formationis ordinem opinetur, in sequenti articulo ostendetur.

# 1. Augustin parle de la mati�re sans forme, selon qu'elle est comprise sans forme aucune, et ainsi il est nŽcessaire de dire que cette absence prŽc�de la mise en forme seulement dans l'ordre de la nature. Et on montrera dans l'article suivant quelle opinion avoir sur l'ordre de la mise en forme.

q. 4 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod circa hoc multipliciter aliqui sunt opinati. Plato enim Scripturam Genesis videns, sic intellexisse dicitur numerum elementorum et ordinem ibi significari, ut terra et aqua propriis nominibus exprimantur. Aqua autem super terram esse intelligitur, ex hoc quod ibi, scriptum est : congregentur aquae in locum unum ; et appareat arida. Supra quae duo, aerem intellexit in hoc quod dicitur : spiritus domini ferebatur super aquas, aerem nomine spiritus intelligens. Ignem vero in nomine caeli intellexit, quod omnibus supereminet.

# 2. A ce sujet quelques-uns ont pensŽ de multiples fa�ons. a) Car on dit que Platon, voyant le texte la Gen�se[540], a compris que le nombre des ŽlŽments et leur ordre y Žtait signalŽ de sorte que la terre et lÕeau sont dŽsignŽes par leurs noms propres. Mais on comprend que l'eau a existŽ sur la terre du fait qu'il est Žcrit (Gn. 1, 9) : ÇQue les eaux se rassemblent dans un lieu unique, qu'apparaisse la terre s�cheÈ. Au dessus de ces deux ŽlŽments, il a compris l'air dans ce qui est dit : ÇLe souffle du Seigneur Žtait portŽ sur les eauxÈ, comprenant l'air sous le nom de souffle. Et il a compris le feu sous le nom de ciel, qui est au-dessus de tout.

Sed quia, secundum Aristotelis probationes, caelum igneae naturae esse non potest, ut eius motus circularis demonstrat, Rabbi Moyses Aristotelis sententiam sequens, cum Platone in tribus primis concordans, ignem significatum esse dixit per tenebras, eo quod ignis in propria sphaera non luceat ; et situs eius declaratur in hoc quod dicitur : super faciem abyssi. Quintam vero essentiam nomine caeli significatam esse intelligit.

b) Mais parce que, selon les preuves donnŽes par Aristote (Le ciel, II, 2, 269 a 18 Ð 269 a 26), il ne peut pas exister un ciel de nature ignŽe, comme son mouvement circulaire le montre[541], Rabbi Moyses suivant l'opinion d'Aristote, d'accord avec Platon sur les trois premiers points, a dit que le feu Žtait signifiŽ par les tŽn�bres parce que le feu ne brille pas dans sa propre sph�re ; et son lieu est rŽvŽlŽ dans ce qui est dit : Çsur la face de l'ab”meÈ. Mais il comprend que le nom du ciel signifie la quinte essence.

Sed quia, ut dicit Basilius in Hexameron, non est consuetudo sacrae Scripturae, ut per spiritum domini aer intelligatur, per corpora extrema quae posuit, dedit intelligere media ; et praecipue quia aquam et terram sensui manifestum est corpora esse, aer vero et ignis non ita sunt simplicibus manifesta, quibus etiam instruendis Scriptura tradebatur.

c) Mais parce que, comme le dit Basile dans l'Hexaemeron (HomŽlie 2), ce n'est pas lÕhabitude de l'ƒcriture sainte de comprendre l'air comme le souffle du Seigneur, il donna ˆ comprendre les intermŽdiaires par les corps extr�mes qu'il Žtablit. Et principalement parce qu'il est clair pour les sens, que l'eau et la terre sont des corps, mais que l'air et le feu n'apparaissent pas ainsi aux simples ˆ qui l'ƒcriture Žtait transmise pour les instruire.

Secundum vero Augustinum, per nomina terrae et aquae, quae commemorantur ante lucis formationem, non intelliguntur elementa suis formis formata, sed ipsa materia informis omni specie carens. Ideo autem potius per haec duo materiae informitas exprimitur quam per alia elementa, quia sunt propinquiora informitati, utpote plus de materia habentia, et minus de forma ; et quia etiam nobis magis sunt nota, et manifestius nobis materiam aliorum ostendunt. Ideo vero non per unum tantum, sed per duo eam significari voluit, ne si alterum tantum posuisset, veraciter crederetur hoc esse informis materia.

d) Selon Augustin (Les LXV questions[542], qu. 21) par les noms de terre et d'eau dont il est fait mention avant la formation de la lumi�re, on ne comprend pas les ŽlŽments mis en forme mais la mati�re elle-m�me, sans forme, sans aucune esp�ce. Aussi c'est plut™t par ces deux termes, que s'exprime l'absence de forme de la mati�re, plus que par les autres ŽlŽments, parce quÕils sont plus proches de l'absence de forme comme ayant plus de mati�re, et moins de forme ; et ils nous sont mieux connus et ils nous montrent plus clairement la mati�re des autres. C'est pourquoi il n'a pas voulu qu'elle soit signifiŽe par lÕun seulement, mais par les deux, pour que si seulement l'autre ne lÕavait pas pu, on crut vraiment que c'Žtait une mati�re sans forme.

q. 4 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in illo rerum principio informitate quadam in rebus existente secundum opinionem Basilii et aliorum sanctorum, non oportet ponere quod elementa suis qualitatibus naturalibus carerent. Sed utraque habebant formas, substantiales scilicet, et accidentales.

# 3. En ce commencement des crŽatures, selon l'opinion de Basile et des autres saints, il ne faut pas penser que par leur absence de forme les ŽlŽment manquaient de leurs qualitŽs naturelles. Mais l'une et l'autre avaient des formes, soit substantielles, soit accidentelles.

q. 4 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod situs elementorum dupliciter potest considerari. Uno modo quantum ad naturam propriam ; et sic naturaliter ignis aerem continet, aer aquam, et aqua terram. Alio modo quantum ad necessitatem generationis, quae est circa locum medium ; et sic necessarium est ut superficies terrae quantum ad aliquam partem sui sit aquis discooperta ; ut ibi conveniens generatio et conservatio mixtorum esse possit, et praecipue animalium perfectorum, quae aere indigent propter respirationem. Dicendum est ergo, quod illa informitas primi status attenditur non quantum ad situm qui naturalis est elementis secundum se (hunc enim situm omnia elementa habebant), sed quantum ad illum situm qui elementis competit secundum ordinem ad generationem mixtorum. Iste enim situs nondum erat perfectus, quia nec ipsa corpora mixta adhuc prodierant.

# 4. La situation des ŽlŽments peut �tre considŽrŽe de deux mani�res : a) Quant ˆ sa nature propre. et ainsi le feu entoure naturellement l'air, l'air entoure l'eau et l'eau la terre. b) Pour la nŽcessitŽ de la gŽnŽration, qui est par rapport ˆ un lieu intermŽdiaire. Ainsi il est nŽcessaire que la surface de la terre, pour l'une de ses parties ne soit pas recouverte par les eaux ; pour quÕune gŽnŽration convenable et la conservation des mixtes y soient possibles, et principalement celle des animaux parfaits qui ont besoin d'air pour respirer. Il faut donc dire que cette absence de forme du premier Žtat est atteinte non pas pour la situation, qui est naturelle aux ŽlŽments en soi (car tous les ŽlŽments ont cette situation), mais pour cette situation qui appartient aux ŽlŽments en rapport avec la gŽnŽration des mixtes. Car cette situation nÕŽtait pas encore parfaite, parce que les corps mixtes n'avaient pas encore paru.

q. 4 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod de aquis quae supra caelos sunt diversimode aliqui opinati sunt. Quidam namque dixerunt, aquas illas esse spirituales naturas, quod imponitur Origeni. Sed hoc quidem non videtur ad litteram posse intelligi, cum spiritualibus naturis situs non competat ; ut sic inter eas et inferiores aquas corporeas dividat firmamentum, ut Scriptura tradit.

# 5. Au sujet des eaux qui sont au-dessus des cieux, ils ont pensŽ de diverses mani�res :Car certains ont dit que ces eaux Žtaient des natures spirituelles, ce qui est attribuŽ ˆ Orig�ne. Mais cela ne semble pas pouvoir �tre pris au sens littŽral, puisque la situation ne convient pas aux natures spirituelles ; de sorte que quÕil partage le firmament entre elles et les eaux corporelles infŽrieures, comme l'ƒcriture le rapporte.

Unde alii dicunt, quod nomine firmamenti intelligitur caelum a‘reum nobis vicinum, supra quod elevantur per vaporum ascensionem aquae vaporabiles, quae sunt materia pluviarum : ut sic inter aquas superiores quae sunt in medio aeris interstitio vaporabiliter suspensae, et aquas corporeas quas videmus supra terram consistere, medium existat aereum caelum. Et huic etiam expositioni concordat Rabbi Moyses. Sed hanc non videtur pati litterae circumstantia. Nam postea subditur in littera, quod fecit Deus duo luminaria magna, et stellas ; et posuit eas in firmamento caeli.

C'est pourquoi d'autres disent que, sous le nom de firmament, on comprend le ciel aŽrien qui nous est proche, au-dessus duquel s'Žl�vent les eaux qui peuvent se sublimer par la montŽe des vapeurs, qui sont la mati�re des pluies ; pour qu'ainsi, entre les eaux supŽrieures qui sont suspendues sous forme de vapeur dans l'intervalle intermŽdiaire de l'air, et les eaux corporelles que nous voyons se tenir sur la terre, il existe un ciel aŽrien intermŽdiaire. Et Rabbi Moyses (Doct. Perplex, part. II, c. 30) est d'accord avec cette exposŽ. Mais le contexte de la lettre ne semble pas le permettre. Car ensuite il est ajoutŽ, dans la lettre, que Dieu fit deux grands luminaires et les Žtoiles, et les pla�a dans le firmament.

Et ideo alii dicunt, quod per firmamentum intelligitur caelum sidereum, et quod aquae super caelos existentes sunt de natura aquarum elementarium, et sunt ibi positae ex divina providentia ad temperandum ignis virtutem, ex quo totum caelum constare dicebant, ut Basilius tangit. Et ad hoc astruendum, duplex argumentum Augustinus dicit a quibusdam induci. Quorum unum est, quod si aqua, aliqua rarefactione facta, potest ascendere usque ad medium aeris interstitium ubi pluviae generantur, si amplius divisa rarescat (quia est in infinitum divisibilis, sicut et omne continuum) poterit sua subtilitate supra caelum sidereum conscendere, et ibi convenienter esse. Aliud argumentum est, quod stella Saturni, quae deberet esse calidissima propter velocissimum motum, in quantum eius circulus est maior, invenitur frigidi effectus, quod dicunt ex vicinitate illius aquae contingere praedictam stellam infrigidantis.

Et c'est pourquoi, d'autres disent que, par le firmament, on comprend le ciel ŽtoilŽ et que les eaux qui existent au-dessus des cieux sont de la nature des ŽlŽments aquatiques et ils y sont placŽs par la providence divine pour tempŽrer le pouvoir du feu, dont ils disaient que tout le ciel se compose, comme Basile le rapporte. Et pour lÕŽtablir, Augustin dit que certains en ont tirŽ un double argument (La Gen�se au sens littŽral, II, IV et V). L'un[543] est que si l'eau, faite par rarŽfaction peut monter jusqu'ˆ l'intervalle intermŽdiaire de l'air o� sont engendrŽes les pluies, si, en plus divisŽe, elle se rarŽfie (parce quÕelle est divisible ˆ l'infini comme toute mati�re continue) elle pourra, par sa lŽg�retŽ, monter au-dessus du ciel ŽtoilŽ et s'y trouver de mani�re convenable. L'autre argument (La Gen�se au sens littŽral, II, V, 9) est que la plan�te Saturne qui devrait �tre la plus chaude ˆ cause de son mouvement tr�s rapide, dans la mesure o� sa circonfŽrence est plus grande, trouve lÕeffet du froid, ce qu'ils disent venir de la proximitŽ de cette eau qui la refroidit.

Sed haec expositio in hoc videtur deficere, quod asserit quaedam per Scripturam sacram intelligi, quorum contraria satis evidentibus rationibus probantur.

Mais cette exposition semble avoir un dŽfaut du fait qu'elle affirme qu'on comprend certaines choses par l'ƒcriture sainte dont le contraire est prouvŽ par des raisons assez Žvidentes[544].

Primo quidem quantum ad ipsam positionem, quae videtur naturalem situm corporum pervertere. Cum enim unumquodque corpus tanto debeat esse superius quanto formalius, non videtur rerum naturae congruere ut aqua, quae inter omnia corpora est materialior praeter terram, etiam supra ipsum caelum sidereum collocetur ; et iterum ut ea quae sunt unius speciei, diversum locum naturalem sortiantur ; quod erit, si una pars elementi aquae erit immediate supra terram, alia vero supra caelum. Nec est sufficiens responsio, quod omnipotentia Dei aquas illas contra earum naturam supra caelum sustinet ; quia nunc quaeritur qualiter Deus instituerit naturas rerum, non quod ex eis aliquod miraculum potentiae suae velit operari, ut Augustinus in eodem libro dicit.

a) Quant ˆ la situation m�me des corps qui para”t inverser leur situation naturelle. En effet, comme chaque corps doit �tre d'autant plus haut qu'il est plus formel[545], il ne semble pas convenir ˆ la nature des ŽlŽments, que lÕeau qui, parmi tous les corps, est plus matŽrielle, exceptŽe la terre, soit placŽe au-dessus du ciel ŽtoilŽ, et en plus, que ce qui est d'une seule nature partage un lieu naturel diffŽrent, ce qui arrivera si une partie de l'ŽlŽment eau est immŽdiatement sur la terre, l'autre au-dessus du ciel. Et, que la toute puissance de Dieu soutienne ces eaux contre leur nature au-dessous du ciel nÕest pas une rŽponse satisfaisante ; parce qu'alors on cherche comment Dieu a instituŽ la nature, sans vouloir opŽrer pour elles un miracle de sa puissance, comme Augustin le dit dans le m�me livre.

Secundo, quia ratio de rarefactione vel divisione aquarum videtur omnino vana. Etsi enim corpora mathematica possint in infinitum dividi, corpora tamen naturalia ad certum terminum dividuntur, cum unicuique formae determinetur quantitas secundum naturam, sicut et alia accidentalia. Unde nec rarefactio in infinitum esse potest ; sed usque ad terminum certum qui est in raritate ignis. Et praeterea aqua tantum rarefieri posset quod iam non esset aqua, sed aer vel ignis, si transcenderet modum raritatis aquae. Nec posset naturaliter excedere aeris et ignis spatia, nisi, natura aquae amissa, eorum vinceret raritatem. Nec iterum esset possibile ut corpus elementare, quod est corruptibile, formalius fieret caelo sidereo, quod est incorruptibile, et sic supra ipsum naturaliter collocaretur.

b) Parce que la raison de la rarŽfaction ou de la division des eaux para”t tout ˆ fait vaine. Car m�me si les objets mathŽmatiques pouvaient �tre divisŽs ˆ l'infini, cependant les corps naturels sont divisŽs jusqu'ˆ un certain point, puisque la quantitŽ est limitŽe ˆ chaque forme selon sa nature et les autres accidents. CÕest pourquoi la division ˆ l'infini n'est pas possible ; mais elle (va) jusqu'ˆ un terme dŽterminŽ qui est dans la faible densitŽ du feu. Et en plus l'eau pourrait perdre sa densitŽ au point quÕelle ne serait plus de l'eau, mais de l'air ou du feu, si elle dŽpassait la faible densitŽ de l'eau. Et elle ne pourrait naturellement dŽpasser les espaces de l'air et du feu, ˆ moins quÕayant perdu sa nature, elle dŽpasse leur faible densitŽ. Et ˆ nouveau il ne serait pas possible que le corps ŽlŽmentaire, qui est corruptible, devienne plus formel que le ciel ŽtoilŽ, qui est incorruptible et ainsi soit placŽ naturellement au-dessus de lui.

Tertio, quia secunda ratio omnino frivola apparet. Nam corpora caelestia non sunt susceptiva peregrinae impressionis ut a philosophis probatur. Nec esset possibile stellam Saturni ab illis aquis infrigidari, nisi etiam omnes stellae quae sunt in octava sphaera, infrigidarentur : quarum tamen plurimae inveniuntur esse calidae secundum effectum.

c) Parce que la seconde raison appara”t comme tout ˆ fait frivole. Car les corps cŽlestes ne sont pas susceptibles d'une imprŽgnation Žtrang�re, comme le Philosophe le prouve. Il ne serait possible que la plan�te Saturne soient refroidie par ces eaux, que si toutes les Žtoiles qui sont dans la huiti�me sph�re Žtaient refroidies aussi ; cependant on trouve ˆ leurs effets que plusieurs d'entre elles sont chaudes.

Et ideo aliter videtur dicendum ad hoc quod Scripturae veritas ab omni calumnia defendatur ; ut dicamus, quod aquae illae non sint de natura harum aquarum elementarium, sed sint de natura quintae essentiae, habentes communem cum nostris aquis diaphaneitatem, sicut et caelum Empyreum cum nostro igne communem splendorem. Et has aquas quidam vocant caelum crystallinum ; non quia fit de aqua congelata in modum crystalli, quia, ut dicit Basilius in Hexameron, puerilis dementiae et insipientis mentis est, talem de caelestibus capere opinionem ; sed propter illius caeli soliditatem, sicut et de omnibus caelis dicitur Iob, XXXVII, 18, quod solidissimi quasi aere fusi sunt. Et hoc caelum etiam ab astrologis ponitur nona sphaera. Unde nec Augustinus aliquam de praemissis expositionibus asserit, sed sub dubitatione dimittit, dicens in eodem Lib. : quomodo libet, et quales aquae ibi sint, esse ibi eas, minime dubitemus. Maior est quippe Scripturae huius auctoritas quam omnis humani ingenii capacitas.

Et c'est pourquoi il semble qu'il faille en parler autrement pour que la vŽritŽ de l'ƒcriture soit dŽfendue contre toute calomnie, de sorte que nous disons que ces eaux ne sont pas de la nature des eaux ŽlŽmentaires, mais sont de quinte essence, ayant une commune transparence avec nos eaux, comme le ciel empyrŽe a une commune brillance avec notre feu. Et ils appellent ces eaux le ciel cristallin, non parce qu'il est fait d'eau congelŽe ˆ la ressemblance du cristal, parce que, comme le dit Basile (Hex. 3), c'est le propre d'une dŽmence puŽrile et d'un esprit insensŽ, d'accepter une telle opinion sur les objets cŽlestes ; mais c'est ˆ cause de la consistance de ce ciel, comme des autres cieux, comme le dit Job (37, 18[546]) que Çles plus consistants ont fondu comme l'airÈ. Et ce ciel aussi est placŽ par les astronomes dans la neuvi�me sph�re. C'est pourquoi Augustin soutient lÕun de ces exposŽs, mais il Žmet un doute, disant dans le m�me livre (La Gen�se au sens littŽral, II, V, 9) : ÇDe quelque mani�re, et quelles que soient ces eaux, ne doutons pas quÕelles y sont. Car l'autoritŽ de cette ƒcriture est plus grande que la capacitŽ de tout l'esprit humain.È

q. 4 a. 1 ad 6 Sextum concedimus.

# 6. Nous le concŽdons.

q. 4 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod si intelligatur secundum expositionem Basilii, et sequacium eius, per terram ipsum terrae elementum ; sic considerari potest et in quantum est principium quarumdam rerum, scilicet plantarum, quarum ipsa est ut mater, sicut dicitur in libro de Veget., et sic respectu eorum erat inanis antequam eas produceret ; inane enim vel vanum dicimus quod non pertingit ad proprium effectum vel finem. Et potest considerari in quantum est habitaculum quoddam et locus animalium, respectu quorum vacua fuisse dicitur.

# 7. Selon l'exposition de Basile (Hexameron, hom. 4) et de ses successeurs, si on comprend par le mot terre, l'ŽlŽment terre, on peut la considŽrer ainsi dans la mesure o� elle est le principe de certaines choses, ˆ savoir des plantes dont elle est m�me la m�re, comme on le dit au livre de la VŽgŽtation et ainsi par rapport ˆ cela, elle Žtait vide avant de les produire ; car nous disons qu'est vide ou dŽsert ce qui ne parvient pas ˆ son effet ou ˆ sa fin propres. Et elle peut �tre considŽrŽe dans la mesure o� elle est un habitacle et un lieu pour les animaux par rapport ˆ ce qu'on a appelŽ dŽsert.

Vel secundum litteram Septuaginta, quae habet, invisibilis et incomposita, fuit quaedam terra invisibilis, in quantum erat aqua cooperta, etiam in quantum nondum erat lux producta, per quam posset videri ; incomposita vero in quantum carebat et plantarum et animalium ornatu, et situ conveniente ad eorum generationem et conservationem. Si vero per terram intelligatur prima materia secundum opinionem Augustini, sic dicitur inanis per comparationem eius ad compositum in quo subsistit ; nam inanitas firmitati et soliditati opponitur ; vacua vero per comparationem ad formas quibus eius potentia non replebatur. Unde et Plato, receptionem materiae comparavit loco, secundum quod in eo locatum recipitur. Vacuum autem et plenum proprie circa locum dicuntur. Dicitur etiam materia in sua informitate considerata invisibilis, secundum quod caret forma, quae est omnis cognitionis principium ; incomposita vero in quantum sine composito non subsistit.

Ou selon la lettre de la Septante, qui a "invisible et non composŽe", il y eut une terre invisible, dans la mesure o� elle Žtait couverte d'eau, m�me dans la mesure o� la lumi�re par laquelle elle pouvait �tre vue n'Žtait pas crŽŽe ; non composŽe, dans la mesure o� elle manquait de l'ornement des plantes et des animaux, et d'un lieu convenable pour leur gŽnŽration et leur conservation. Mais si on comprend par la terre la mati�re, selon lÕopinion dÕAugustin (Dial. 65, qu. 21), on lÕappelle vide par comparaison au composŽ en lequel elle subsiste ; car la vacuitŽ est opposŽe ˆ la fermetŽ et ˆ la soliditŽ ; mais dŽserte par comparaison aux formes qui ne comblaient pas sa puissance. C'est pour cela que Platon (TimŽe), compara la rŽception de la mati�re ˆ un lieu, selon qu'elle est placŽe en lui. Mais dŽsert ou plein se disent proprement du lieu. Car on dit que la mati�re dans son manque de forme est considŽrŽe comme invisible, selon qu'elle manque de forme, qui est le principe de sa connaissance, non composŽe dans la mesure o� elle ne subsiste pas sans composŽ.

q. 4 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod ad liberalitatem dantis non solum pertinet quod cito det, sed etiam quod ordinate et quod convenienti tempore det unumquodque. Unde ubi dicitur : cum statim possis dare, non solum consideranda est potentia qua dare possumus aliquid absolute, sed etiam qua possumus convenientius dare. Unde ad ordinis convenientiam conservandam Deus in quadam imperfectione creaturas primo instituit, ut sic gradatim ex nihilo ad perfectum pervenirent.

# 8. Il convient ˆ la libŽralitŽ du donateur de donner promptement, mais aussi de donner chaque chose avec ordre et au temps convenable. CÕest pourquoi quand il est dit : ÇAussit™t que tu pourrais donnerÈ, non seulement il faut considŽrer la puissance par laquelle on peut donner quelque chose absolument, mais encore par laquelle nous pouvons le donner plus convenablement. CÕest pourquoi, pour garder la convenance de lÕordre, Dieu a instituŽ d'abord des crŽatures dans une certaine imperfection, pour qu'elles parviennent graduellement du nŽant ˆ la perfection.

q. 4 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod situs qui pertinet ad naturam elementorum, in elementis erat, ut dictum est ; unde obiectio contra praedictam opinionem non procedit.

# 9. La situation qui convient ˆ la nature des ŽlŽments, Žtait en eux, comme on lÕa dit ; cÕest pourquoi lÕobjection ne vaut pas contre cette opinion[547].

q. 4 a. 1 ad 10 Et similiter dicendum ad decimum et undecimum.

# 10. 11. Il faut dire de m�me pour la dixi�me et onzi�me objection.

q. 4 a. 1 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod perfecto agenti competit perfectum effectum producere. Sed non oportet quod statim in principio sit perfectum simpliciter secundum suae naturae modum, sed sufficit quod sit secundum tempus illud ; quo modo puer mox natus perfectus dici potest.

# 12. Il convient ˆ lÕagent parfait de produire un effet parfait. Mais il ne faut pas que cet effet soit d�s le commencement absolument parfait selon le mode de sa nature, mais il suffit quÕil le soit dans ce temps[548] ; de cette mani�re, on peut dire que lÕenfant sit™t nŽ est parfait.

q. 4 a. 1 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod materia non dicitur fuisse informis, secundum sententiam quam sustinemus ad praesens, quia omni careret forma, vel quia haberet unam tantum formam, quae esset in potentia ad omnes formas, sicut posuerunt antiqui naturales ponentes unum principium ; vel sub qua continerentur plures formae virtute, sicut in mixtis accidit ; sed habebat in diversis partibus formas elementares diversas. Dicebatur tamen materia informis, quia nondum formae mixtorum corporum supervenerant materiae ; ad quas formae elementares sunt in potentia ; nec etiam erat situs elementorum adhuc conveniens eorum generationi sicut prius dictum est.

# 13. On ne dit pas que la mati�re a ŽtŽ sans forme, selon lÕopinion que nous soutenons ˆ prŽsent, parce qu'elle manquerait de toute forme ; ou bien parce qu'elle n'aurait qu'une seule forme, qui serait en puissance ˆ toutes les formes, comme lÕont pensŽ les anciens Naturalistes, qui nÕadmettaient qu'un seul principe ; ou bien plusieurs formes seraient contenues en puissance, comme cela arrive dans les mixtes, mais la mati�re avait en diffŽrentes parties diffŽrentes formes ŽlŽmentaires. Cependant on l'appelait mati�re sans forme, parce que nÕŽtaient pas encore parvenues ˆ la mati�re les formes des corps mixtes, pour lesquelles les formes ŽlŽmentaires sont en puissance, et la situation des ŽlŽments nÕŽtait pas encore apte ˆ leur gŽnŽration, comme on lÕa dit dÕabord.

q. 4 a. 1 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod nihil cogit nos dicere, nec Scripturae Genesis auctoritas, nec aliqua ratio, quod alio modo in illo rerum principio materia formis elementaribus subesset quam modo ; etsi possibile fuerit quod ex aquis vaporabiliter aliquid ascenderit in locum aeris, sicut et modo contingit, et forte tunc amplius, cum terra totaliter aquis cooperiretur.

# 14. Rien, ni lÕautoritŽ de lÕƒcriture dans la Gen�se, ni une raison ne nous forcent ˆ dire, qu'en ce commencement des choses, la mati�re Žtait soumise ˆ des formes ŽlŽmentaires d'une autre mani�re que maintenant, m�me sÕil aura ŽtŽ possible que des eaux sÕŽl�vent sous forme de vapeur dans le territoire de lÕair, comme cela arrive aussi maintenant, et peut-�tre alors encore plus, puisque la terre Žtait enti�rement recouverte par les eaux.

q. 4 a. 1 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod de firmamento, quod secundo die formatur, multiplex invenitur opinio. Quidam namque dicunt, hoc firmamentum non esse aliud a caelo, quod prima die legitur factum ; sed dicunt, quod Scriptura in principio summatim commemoravit facta, de quibus per senarium dierum explicavit quomodo sint facta. Et haec est opinio Basilii in Hexameron. Alii vero dicunt, aliud esse firmamentum quod secundo die est factum, et aliud caelum, quod primo dicitur creatum ; et hoc tribus modis.

# 15. Au sujet du firmament qui est formŽ le second jour, on trouve de nombreuses opinions. Car certains disent quÕil nÕest pas autre que le ciel, on lit qu'il a ŽtŽ crŽŽ le premier jour, mais ils disent que lÕƒcriture au commencement a rappelŽ sommairement ce qui a ŽtŽ fait, elle a expliquŽ comment cela a ŽtŽ fait en six jours. Et cette opinion vient de Basile dans l'Hexaemeron.Mais d'autres disent que cÕest un autre firmament qui a ŽtŽ crŽŽ le second jour, et un autre ciel qu'on dit avoir ŽtŽ crŽŽ d'abord, et cela de trois mani�res.

Quidam namque dixerunt, quod per caelum, quod prima die creatum legitur, intelligitur spiritualis creatura vel formata, vel adhuc informis ; per firmamentum vero quod secunda die legitur factum, intelligitur caelum corporeum quod videmus. Et haec est opinio Augustini, ut patet in Lib. super Genesim ad litteram, et XII Confess.

a) Car certains ont dit que par le ciel, qui, lit-on, a ŽtŽ crŽŽ le premier jour, on comprend la crŽature spirituelle, en forme, ou encore sans forme ; par le firmament qui, a ŽtŽ crŽŽ le second jour, on comprend le ciel corporel que nous voyons. Et cÕest lÕopinion dÕAugustin, comme cela appara”t dans le La Gen�se au sens littŽral et au livre 12 des Confessions.

Alii vero dicunt, quod per caelum quod prima die creatum legitur, intelligitur caelum Empyreum ; per firmamentum vero quod secunda die legitur factum, intelligitur caelum sidereum quod videmus. Et haec est opinio Strabi, ut patet in Glossa Genes. I.

b) DÕautres disent que par le ciel crŽŽ le premier jour, on comprend le ciel empyrŽe, par le firmament qui a ŽtŽ fait le second jour, on comprend le ciel ŽtoilŽ que nous voyons. Et cette opinion est celle de Strabon, comme on le voit dans la glose de Gen�se 1.

Alii vero dicunt, quod per caelum primo die factum, intelligitur caelum sidereum ; per firmamentum autem quod factum est secunda die, intelligitur istius aeris spatium terrae vicinum, quod dividit inter aquas et aquas, ut supra dictum est. Et hanc expositionem tangit Augustinus super Genes. ad litteram, et tenet eam Rabbi Moyses.

c) DÕautres disent que, par le ciel crŽŽ le premier jour, on comprend le ciel ŽtoilŽ, et par le firmament qui a ŽtŽ fait le second jour, lÕespace de cet air voisin de la terre, qui divise les eaux entre elles, comme on lÕa dit plus haut. Et Augustin parle de cette exposition dans La Gen�se au sens littŽral et Rabbi Mo•ses la soutient.

Secundum ergo hanc ultimam facile est solvere : quia firmamentum, quod secundo die est factum, non est de natura quintae essentiae ; unde nihil prohibet quantum ad ipsum fuisse processum de informitate ad formationem, vel quantum ad eius subtiliationem, vaporibus ab aquis elevatis diminutis per aquarum congregationem in unum, vel quantum ad situm, dum in locum aquae recedentis aer successit.

Selon cette derni�re exposition, il est facile de rŽsoudre le probl�me ; parce que le firmament, qui a ŽtŽ crŽŽ le second jour, n'Žtait pas de quinte essence ; cÕest pourquoi, rien nÕemp�che, quant ˆ lui qu'il soit passŽ de l'absence de forme ˆ la mise en forme ; ou bien pour sa rarŽfaction, que les vapeurs qui sÕŽlevaient des eaux, ayant ŽtŽ rarŽfiŽes par leur rassemblement en un seul lieu, ou bien pour sa situation pendant que lÕair arriva dans le lieu d'o� lÕeau se retirait.

Sed secundum tres opiniones primas, quae per firmamentum caelum sidereum intelligunt, non oportet dicere processum esse in caelo, de informitate ad formationem, quasi novam formam acquisierit, quia nec in elementis inferioribus hoc ponere cogit Scriptura ; sed ut intelligamus firmamento virtutem esse collatam ad mixtorum generationem, et quantum ad hoc formationem eius intelligi ; sicut inferiorum elementorum formatio intelligitur, ut dictum est, quantum ad mixtorum generationem. Nam sicut elementa inferiora sunt materia mixtorum, ita firmamentum est causa mixtorum activa.

Mais selon ces trois premi�res opinions, qui comprennent par le firmament le ciel ŽtoilŽ, il ne faut pas dire quÕil y eut passage dans le ciel, de l'absence de forme ˆ la mise en forme, comme sÕil avait acquis une nouvelle forme, parce que lÕƒcriture ne force pas ˆ lÕŽtablir dans les ŽlŽments infŽrieurs, mais comme nous comprenons qu'un pouvoir a ŽtŽ placŽ dans le firmament pour la gŽnŽration des ŽlŽments mixtes, on peut y comprendre aussi sa mise en forme, comme on comprend celle des ŽlŽments infŽrieurs, comme on lÕa dit (solution des arguments 13 et 4), pour la gŽnŽration des mixtes. Car, de m�me que les ŽlŽments infŽrieurs sont la mati�re des mixtes, le firmament est leur cause active.

Unde divisio aquarum inferiorum a superioribus, intelligi potest per modum quo medium in confinio duorum extremorum existens, inter utrumque distinguit. Inferiores enim aquae variationi subiectae sunt, in quantum mixtionis materia fiunt per motum firmamenti, non autem superiores. Secundum tamen sententiam Augustini, si ponatur materia informis prius fuisse tempore, nihil grave occurrit ; quia oportet aliquo modo materia in corpore caelesti poni, in quo invenitur etiam motus. Unde nihil prohibet eam ordine naturae intelligi ante formam, licet ex tempore nihil formationis accesserit. Nec cogimur propter hoc dicere, unam esse communem naturam corpori caelesti et inferioribus elementis ; etsi aliquo uno nomine significetur, ut terrae vel aquae secundum sententiam Augustini ; quia unitas ista non intelligitur secundum substantiam, sed secundum proportionem prout quaelibet materia consideratur ut in potentia ad formam.

CÕest pourquoi la sŽparation des eaux infŽrieures des eaux supŽrieures peut �tre comprise au moyen dÕun intermŽdiaire situŽ aux confins des deux extr�mes qui les distinguent lÕune de lÕautre. Car les eaux infŽrieures sont sujettes ˆ variation, dans la mesure o� elles deviennent la mati�re du mixte par le mouvement du firmament, mais pas les eaux supŽrieures. Cependant selon lÕexpression dÕAugustin (La Gen�se au sens littŽral, II, XI, 24), si on pense que la mati�re informe a existŽ avant en temps, il nÕen ressort rien de grave, parce quÕil faut dÕune certaine mani�re placer la mati�re dans le corps cŽleste, dans lequel on trouve aussi le mouvement. C'est pourquoi, rien n'emp�che qu'on la comprenne dans l'ordre de la nature avant la forme, bien que rien de la formation ne soit arrivŽ ˆ partir du temps. Et nous ne sommes pas forcŽs, pour cela, de dire quÕil y a une seule nature commune au corps cŽleste et aux ŽlŽments infŽrieurs, m�me si on dŽsigne par un seul nom les terres ou les eaux, selon l'expression d'Augustin ; parce que cette unitŽ n'est pas comprise de la substance, mais de la proportion dans la mesure o� on consid�re n'importe quelle mati�re comme en puissance pour la forme.

q. 4 a. 1 ad 16 Ad decimumsextum patet solutio ex dictis. Non enim intelligitur informitas materiae quia omni forma caret, sed sicut dictum est.

# 16. La solution est ŽclairŽe par ce qui vient dÕ�tre dit. Car on ne comprend pas lÕabsence de forme de la mati�re, parce qu'elle manque de toute forme, comme on lÕa dit.

q. 4 a. 1 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum quod secundum sententiam Augustini, qui ponit per terram et aquam prius commemoratas non elementa, sed materiam primam significatam fuisse, nihil inconveniens sequitur de aquarum congregatione. Nam, sicut ipse dicit, sicut cum dictum est : fiat firmamentum, in secunda die, significata est formatio caelestium corporum ; ita cum dicitur : congregentur aquae, in tertia die, significatur formatio elementorum inferiorum ; et per hoc quod dicitur : congregentur aquae, significetur quod aqua suam formam acceperit ; per hoc vero quod dicitur : appareat arida, significetur idem de terra. Ideo vero his verbis usus est in horum elementorum formatione, et non verbo factionis, sicut in caelo, ut diceret : fiat aqua et terra, sicut dixerat : fiat firmamentum, ut significaret imperfectionem harum formarum, et earum propinquitatem ad informem materiam. Verbo enim congregationis usus est ad aquam, ut significaret eius mobilitatem ; verbo apparentiae in terra, ut significetur eius stabilitas ; unde ipse dicit : ideo de aqua dictum est, congregetur ; de terra, appareat, quia aqua labiliter est fluxa, terra stabiliter fixa.

# 17. Selon l'expression dÕAugustin (Dialogue, LV, quest. 21) qui pense que par la terre et lÕeau dont on a fait mention auparavant, ne sont pas des ŽlŽments, mais qu'elles ont dŽsignŽ la mati�re premi�re, il nÕen dŽcoule aucune inconvenance pour le rassemblement des eaux. Car, comme il le dit lui-m�me, (La Gen�se au sens littŽral, II, ch. 7 et 8), de m�me qu'il a ŽtŽ dit : ÇQue soit fait le firmamentÈ, au second jour, cela signifie la formation des ŽlŽments infŽrieurs, de m�me quand il est dit : Çque les eaux se rassemblentÈ, au troisi�me jour, cela signifie la mise en forme des ŽlŽments infŽrieurs et par ce qui est dit : Çque les eaux se rassemblentÈ est signifiŽ que lÕeau a re�u sa forme propre est signifiŽ que l'eau a re�u sa forme ; par cette parole : Çque la terre s�che apparaisseÈ, cela signifie la m�me chose pour la terre. CÕest pourquoi, il s'est servi de ces mots, pour la formation de ces ŽlŽments, et non du mot de faire, comme dans le ciel pour dire : que l'eau et la terre soient faites, comme il avait dit : ÇQue le firmament soit fait.È, pour signifier l'imperfection de ces formes et leur proximitŽ de la mati�re informe. Il s'est servi du mot de rassemblement, pour l'eau, pour signifier sa mobilitŽ, et du mot apparence, dans la terre pour signifier sa stabilitŽ. Aussi il dit lui-m�me : ÇCÕest pourquoi on a dit de lÕeau quÕelle se rassemble, de la terre quÕelle apparaisse, parce que lÕeau s'est ŽcoulŽe doucement, la terre ayant ŽtŽ Žtablie fermementÈ.

Si vero secundum opinionem Basilii et aliorum sanctorum dicatur, quod eadem terra hic et ibi significatur, et similiter eadem aqua, sed alio modo disposita prius et postea, multipliciter respondetur. Quidam enim dixerunt, quod aliqua pars terrae erat quae aquis non erat cooperta ; in quam aqua quae terram habitabilem occupabat, Deo iubente, congregata est. Sed hoc reprobat Augustinus ex ipsa littera, dicens : si aliquid erat nudum terrae, ubi congregarentur aquae, iam prius arida apparebat, quod est contra circumstantiam litterae. Unde alii dixerunt, quod aqua rarior erat sicut nebula, et postea inspissata in minorem locum collocata est. Sed illud etiam non minorem generat difficultatem ; tum quia non vere erat aqua, si formam vaporis assumpserat ; tum etiam quia locum aeris occupasset, et similis difficultas relinqueretur de aere. Et ideo alii dicunt, quod terra quasdam cavernositates accepit in quibus potuit aquarum multitudinem accipere operatione Dei. Sed contra hoc videtur esse, quia hoc per accidens est quod aliqua pars terrae longius distet a centro quam alia. In illa autem rerum formatione, natura suum modum accepit, ut Augustinus in eodem Lib. dicit.

Mais si, selon lÕopinion de Basile et des autres saints, on disait quÕon signifie ici et lˆ la m�me terre, et de la m�me mani�re, la m�me eau, mais disposŽes dÕune autre mani�re avant et apr�s, on trouve de nombreuses rŽponses : Car certains ont dit quÕune partie de la terre Žtait celle qui nÕavait pas ŽtŽ recouverte par les eaux, dans laquelle lÕeau qui occupait la terre habitable, avec lÕaide de Dieu, a ŽtŽ rassemblŽe. Mais Augustin le rŽprouve ˆ cause de la lettre m�me du texte, (La Gen�se au sens littŽral, I, 12, 26) en disant : ÇS'il y avait quelque lieu o� la terre Žtait nue, o� les eaux se rassembleraient, cÕest que dŽjˆ avant Žmergeait la terre s�che, ce qui est contre le contexteÈ. CÕest pourquoi dÕautres ont dit que lÕeau Žtait moins dense, comme les nuŽes, et ensuite en s'Žpaississant, elle a ŽtŽ placŽe dans un lieu plus petit. Mais cela m�me ne diminue pas la difficultŽ ; d'une part, parce que ce n'Žtait pas vraiment de lÕeau, si elle avait pris la forme de la vapeur, d'autre part, m�me parce si elle avait occupŽ la place de lÕair, il resterait une difficultŽ semblable pour l'air. Et cÕest pourquoi dÕautres disent que la terre a re�u des cavitŽs, dans lesquelles elle a pu recevoir un grande quantitŽ des eaux par l'opŽration de Dieu. Mais cela semble �tre contraire, parce que c'est par accident qu'une partie de la terre est plus loin du centre que l'autre. Mais en cette formation des choses, la nature a re�u son mode, comme Augustin le dit dans le m�me livre. (La Gen�se au sens littŽral, VI, 6).

Et ideo melius videtur dicendum, sicut Basilius dicit, quod aquae in multas divisiones erant dispersae, et postmodum in unum congregatae ; quod etiam ipse textus verbo congregationis utens, significare videtur. Etsi enim totam terram aqua tegebat, non oportet quod tanta profunditate tegeretur prius ubique, quanta nunc invenitur in aliquibus locis

Et cÕest pourquoi il semble quÕil vaut mieux dire, comme le fait Basile, que les eaux sÕŽtaient dispersŽes en de nombreuses parties, et ensuite ont ŽtŽ rassemblŽes en un tout, ce que le texte m�me usant du mot de rassemblement semble signifier. Car m�me si lÕeau couvrait toute la terre, il ne faut pas qu'avant elle soit recouverte partout dÕune profondeur telle quÕon la trouve maintenant en certains lieux.

q. 4 a. 1 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod quia corpora mineralia non habent aliquam evidentem perfectionis excellentiam supra elementa, sicut habent viventia, non seorsum ab elementis formata describuntur ; sed in ipsa elementorum institutione possunt intelligi esse producta. Unde nihil prohibet aliquas cavernositates fuisse ante congregationem aquarum ; ut postea terra compressa in sui superficie, aquae congregatae locum praeberet. Tamen verba Augustini hanc opinionem tangentis, videntur sonare magis quod huiusmodi concavitates non praeextiterint infra terram, sed magis in superficie terrae tunc factae fuerint, cum aquae sunt congregatae. Sic enim dicit : terra longe lateque subsidens potuit alias partes praebere concavas, quibus confluentes et corruentes aquae reciperentur, et appareret arida ex his partibus unde humor abscederet ; cui etiam consonant verba Basilii Hexameron, dicentis : quando praeceptio data est ut in unam congregationem aquae coirent, tunc et susceptionis earum causa praecessit ; et ita iussu Dei capacitas sufficiens parata est, unde aquarum ibi multitudo conflueret. Haec autem capacitas potest intelligi per quarumdam partium terrae depressionem ; cum videamus etiam in aliquibus maiorem elevationem accidentalem, ut patet in collibus et montibus.

# 18. Parce que les minŽraux ne dŽpassent pas de fa�on Žvidente les ŽlŽments en perfection, comme les �tres vivants, ils ne sont pas dŽcrits comme formŽs ˆ part des ŽlŽments ; mais on peut comprendre qu'ils sont produits dans la constitution m�me des ŽlŽments. CÕest pourquoi rien nÕemp�che quÕil y eut des cavitŽs avant le rassemblement des eaux, pour que apr�s, la terre comprimŽe en sa surface offre une place ˆ lÕeau rassemblŽe. Cependant les paroles dÕAugustin ˆ propos de cette opinion (La Gen�se au sens littŽral, I, XII, 26) paraissent mieux convenir, parce que les cavitŽs de ce genre, nÕauraient pas prŽexistŽ sous la terre, mais elles auraient ŽtŽ faites plus ˆ sa surface, quand les eaux ont ŽtŽ rassemblŽes. Car il parle ainsi : ÇLa terre qui sÕŽtend en long et en large a pu fournir d'autres dŽpressions dans lesquelles les confluents et les eaux courantes seraient re�ues, et la terre s�che appara”trait de ces parties dÕo� le liquide serait partiÈ. Les paroles de Basile sont en accord (Hexaemeron, homŽlie 4). Il dit : ÇQuand lÕordre a ŽtŽ donnŽ que les eaux se rassemblent en une seule masse, alors la cause de leur rŽception a prŽcŽdŽ et ainsi par lÕordre de Dieu, un rŽceptacle suffisant a ŽtŽ prŽparŽ o� les grandes quantitŽs d'eaux se rassembleraientÈ. Ce rŽceptacle peut �tre comprit par l'enfoncement de certaines partie de la terre, quand nous voyons m�me dans certaines une plus grande ŽlŽvation accidentelle, comme cela se voit dans les collines et les montagnes.

q. 4 a. 1 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod si cavernositates non praeexistebant in terra, secundum illud quod ultimo dictum est, obiectio praesens locum non habet. Si autem praeexistebant, tunc dicendum est, quod licet sit contra naturam aeris vel aquae subesse terrae sibi relictae, non tamen si terra sit a suo motu aliqualiter impedita. Sic enim videmus in cavernis quae fiunt sub terra, terram aliquibus sustentaculis suspensam aerem subingredi, eo quod natura non patitur vacuum. Si tamen dicatur, quod aquae quae erant in minori profunditate super totam terrae superficiem sparsae, sunt postmodum super aliquam partem terrae in maiorem altitudinem congregatae, ut supra dictum est, praedictae obiectiones cessabunt.

# 19. Si les cavitŽs ne prŽexistaient pas dans la terre, selon ce qui a ŽtŽ dit en dernier, la prŽsente objection ne vaut pas. Mais si elles prŽexistaient, alors il faut dire que, bien que ce soit contre la nature de lÕair ou de lÕeau d'�tre sous la terre qui lui est laissŽe, cependant pas si la terre Žtait en quelque mani�re emp�chŽe par son mouvement. Car ainsi nous voyons dans les cavernes qui se font sous terre, que la terre suspendue par certains supports laisse entrer l'air, parce que la nature ne supporte pas le vide. Cependant, si on dit que les eaux qui Žtaient d'une moins grande profondeur, dispersŽes sur toute la surface de la terre, ont ŽtŽ par la suite rassemblŽes sur une partie de la terre avec une plus grande profondeur, comme on lÕa dit ci-dessus, les objections prŽcŽdentes dispara”tront.

q. 4 a. 1 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod si consideretur naturalis elementorum situs, qui competit ipsis naturis elementorum absolute, sic naturale est aquae quod totam terram undique contineat, sicut et aer continet aquam. Si autem considerentur elementa in ordine ad mixtorum generationem, ad quam etiam caelestia corpora movent ; sic talis situs competit, qualis postea institutus est. Unde statim apparente arida in aliqua sui parte, subditur de productione plantarum. Quod autem in elementis ex impressione caelestium corporum accidit, non est contra naturam, ut dicit Commentator in III de caelo et mundo, ut patet in fluxu et refluxu maris ; qui licet non sit naturalis motus aquae, in quantum gravis est, eo quod non est ad medium, est tamen naturalis motus eius in quantum est a corpore caelesti mota, sicut eius instrumentum. Hoc autem multo magis competit dicere de his quae fiunt in elementis ex ordinatione divina, per quam tota elementorum natura subsistit. In praesenti autem utrumque concurrere videtur ad aquarum congregationem ; et divina virtutis principaliter, et secundario virtus caelestis. Unde statim post firmamenti institutionem subiungitur de aquarum congregatione. Potest tamen et ex ipsa natura aquae aliqua aptitudo inveniri. Cum enim in elementis continens sit formalius contento, ut patet per philosophum in VIII Physic., aqua in tantum deficit a perfecta terrae continentia, in quantum et ipsa non perfecte formalis est, sicut ignis et aer, plus accedens ad terrenam spissitudinem quam ad igneam raritatem.

# 20. Si on consid�re la situation naturelle des ŽlŽments, qui appartient ˆ leur nature de fa�on absolue, il est naturel pour l'eau dÕentourer partout toute la terre, comme l'air entoure l'eau. Mais si on consid�re les ŽlŽments dans leur rapport ˆ la gŽnŽration des mixtes, que les corps cŽlestes mettent en action, alors une telle situation convient telle quÕelle a ŽtŽ mise en place apr�s. CÕest pourquoi aussit™t que la terre s�che est apparue dans l'une de ses parties, elle est assujettie ˆ la production des plantes. Mais, ce qui dans les ŽlŽments vient de lÕaction des corps cŽlestes nÕarrive pas contre la nature, comme le dit le Commentateur (Le ciel et le monde, 3, com. 20), comme cela para”t dans le flux et le reflux de la mer[549], qui, bien que ce ne soit pas un mouvement naturel de lÕeau, dans la mesure o� elle est lourde, parce quÕelle nÕest pas pour un espace intermŽdiaire, cependant cÕest son mouvement naturel dans la mesure o� elle est mue par le corps cŽleste, comme son instrument. Mais il convient beaucoup plus de le dire de ce qui se fait dans les ŽlŽments par la mise en ordre de Dieu, par laquelle toute la nature des ŽlŽments subsiste. Ë prŽsent, lÕun et lÕautre semblent concourir au rassemblement des eaux, le pouvoir divin surtout, le pouvoir cŽleste en second. C'est pourquoi aussit™t apr�s la constitution du firmament, on ajoute le rassemblement des eaux. On peut cependant trouver une aptitude par la nature m�me de lÕeau. Car, comme le contenant dans les ŽlŽments est plus formel que le contenu, comme l'expose le philosophe (Physique VIII), dans la mesure o� lÕeau sÕŽcarte du voisinage parfait de la terre, elle nÕest pas parfaitement forme comme le feu et lÕair, en parvenant plus ˆ la densitŽ terrestre quÕˆ la lŽg�retŽ du feu.

q. 4 a. 1 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum quod confusio quae in mundo inchoato praecessisse dicitur, non attenditur secundum aliquam mixtionem elementorum, sed per oppositum ad illam distinctionem quae nunc est in partibus mundi, competens viventium generationi et conservationi.

# 21. La confusion, qui, a, dit-on, prŽcŽdŽ, dans le monde en son commencement nÕest pas atteinte par le mŽlange des ŽlŽments, mais par l'opposition ˆ cette distinction qui existe maintenant dans les parties du monde, en accord avec la gŽnŽration des vivants et leur conservation.

q. 4 a. 1 ad 22 Et per hoc patet responsio ad vicesimumsecundum et vicesimumtertium.

# 22. 23. Par lˆ appara”t le rŽponse ˆ la vingt-deuxi�me et vingt-troisi�me objection.

q. 4 a. 1 ad s. c. 1 Ad ea vero quae in contrarium obiiciuntur, secundum opinionem Augustini consequenter respondendum est. Ad primum dicendum est, quod Gregorius loquitur secundum opinionem quam prius sustinuimus. Non tamen sic sunt intelligenda verba Gregorii, quod in prima rerum creatione sit omnium rerum materia facta absque omni specie formae, sed absque formis quibusdam, scilicet rerum viventium, et ordinis ad eorum generationem, sicut supra est expositum.

RŽponse : aux arguments de sens contraire :Selon lÕopinion dÕAugustin, il faut aussi rŽpondre.## 1. GrŽgoire [le Grand] parle selon lÕopinion que nous avons d'abord soutenue. Cependant il ne faut pas comprendre quÕil dit, que, dans la premi�re crŽation, la mati�re de toutes choses a ŽtŽ faite sans aucune esp�ce de forme, mais sans certaines formes, ˆ savoir celle des crŽatures vivantes, et de leur rapport ˆ leur gŽnŽration, comme on lÕa exposŽ ci-dessus (solution aux arguments 4 et 13).

q. 4 a. 1 ad s. c. 2 Ad secundum dicendum, quod appetitus formae non est aliqua actio materiae, sed quaedam habitudo materiae ad formam, secundum quod est in potentia ad ipsam, sicut Commentator exponit in primo Physic.

## 2. L'appŽtit de la forme n'est pas une action de la mati�re, mais une relation de la mati�re ˆ la forme, selon qu'elle est en puissance pour elle, comme le Commentateur l'expose au 1er livre de la Physique (ch. 81).

q. 4 a. 1 ad s. c. 3 Ad tertium dicendum, quod si Deus faceret ens in potentia tantum, minus faceret quam natura, quae facit ens in actu. Actionis enim perfectio magis attenditur secundum terminum ad quem, quam secundum terminum a quo ; et tamen hoc ipsum quod dicitur, contradictionem implicat, ut scilicet aliquid fiat quod sit in potentia tantum : quia quod factum est, oporteret esse cum est, ut probatur in VI Phys. Quod autem est tantum in potentia, non simpliciter est.

## 3. Si Dieu crŽait un Žtant en puissance seulement, il ferait moins que la nature, qui le produit en acte. Car la perfection de l'action est mieux atteinte, selon le but, que selon l'origine et cependant ce qui est dit implique contradiction, quelque chose est fait, qui serait en puissance seulement ; parce quÕil faudrait que ce qui est fait existe, comme il est, comme on le prouve en Physique (VI). Mais ce qui est seulement en puissance n'existe absolument pas.

q. 4 a. 1 ad s. c. 4 Ad quartum dicendum, quod hoc quod Scriptura dicit : terra erat inanis et vacua, si accipiatur de materia omnino informi, secundum Augustinum, non est intelligendum quod sic erat aliquando in actu, sed quia talis erat natura sua, si absque formis inhaerentibus consideretur.

## 4. Ce que l'ƒcriture dit : ÇLa terre Žtait vide et dŽserteÈ, si on le con�oit de la mati�re tout ˆ fait sans forme, selon Augustin, n'est pas ˆ comprendre qu'elle Žtait ainsi quelquefois en acte, mais parce que sa nature Žtait telle, si on la consid�rait sans formes inhŽrentes.

q. 4 a. 1 ad s. c. 5 Ad quintum dicendum, quod formatio spiritualis creaturae dupliciter potest intelligi : una per gratiae infusionem, et alia per gloriae consummationem. Prima quidem formatio, secundum sententiam Augustini, statim creaturae spirituali affuit in sui creationis principio ; et tunc per tenebras, a quibus lux distinguitur, non intelligitur peccatum malorum Angelorum ; sed informitas naturae, quae nondum erat formata, sed erat consequentibus operibus formanda, ut dicitur in I super Genes. ad litteram, vel, sicut dicitur quarto eiusdem libri, per diem significatur Dei cognitio, per noctem vero cognitio creaturae, quae quidem tenebra est respectu divinae cognitionis. Vel si per tenebras intelligamus Angelos peccantes, ista divisio non ad praesens peccatum refertur, sed ad futurum, quod erat in Dei praescientia : unde dicit in libro ad Orosium : quia ex Angelis quosdam per superbiam praesciebat casuros ; per incommutabilem praescientiae suae ordinem divisit inter bonos et malos, malos tenebras appellans, et bonos lucem. Secunda vero formatio non pertinet ad principium institutionis rerum, sed magis ad rerum decursum, quo per divinam providentiam gubernantur. Hoc enim ultimum verum est, secundum Augustinum, de omnibus in quibus operatio naturae requiritur, quod in hac formatione necesse est provenisse ; quia per motum liberi arbitrii aliqui sunt conversi ut starent ; aliqui aversi ut caderent.

## 5. La formation de la crŽature spirituelle peut �tre comprise de deux mani�res : l'une par l'infusion de la gr‰ce et l'autre par l'ach�vement de la gloire. a) La premi�re formation, selon l'opinion d'Augustin, arrive aussit™t ˆ la crŽature spirituelle, au commencement de la crŽation et alors par les tŽn�bres, d'o� la lumi�re est distinguŽe, on ne comprend pas le pŽchŽ des mauvais anges, mais le manque de forme de la nature, qui n'Žtait pas encore mise enforme, mais devait lÕ�tre par les Ïuvres suivantes, comme il est dit (la Gen�se au sens littŽral, I), ou bien, comme il est dit au quatri�me livre, la connaissance de Dieu est signifiŽe par le jour, la connaissance de la crŽature, par la nuit, qui est tŽn�bres par rapport ˆ la connaissance divine, (comme on le dit au m�me livre). Ou si, par les tŽn�bres, nous comprenons les anges pŽcheurs, cette division ne se rŽf�re pas au pŽchŽ prŽsent, mais au pŽchŽ futur, qui Žtait dans la prescience de Dieu : c'est pourquoi il dit dans le livre A Orose, (Dialogue 65, qu. 24) : ÇParce quÕil savait ˆ l'avance, par l'ordre immuable de sa prescience, que certains anges succomberaient par orgueil, il sŽpara les bons des mŽchants, appelant les mŽchants tŽn�bres, et les bons lumi�re.È. b) La seconde formation n'appartient pas au commencement de l'institution des choses, mais plut™t ˆ leur ach�vement, o� elles sont gouvernŽes par la providence divine. Car cÕest la vŽritŽ ultime, selon Augustin, pour tout ce en quoi l'opŽration de la nature est requise, qu'il est nŽcessaire qu'elle parvienne ˆ cette formation, parce que, par le mouvement du libre arbitre, certains se sont tournŽs pour demeurer, certains dŽtournŽs pour tomber.

q. 4 a. 1 ad s. c. 6 Ad sextum dicendum, quod mundus dicitur factus ex invisa materia, non quia informis materia tempore praecesserit, sed ordine naturae. Et similiter privatio non fuit aliquo tempore in materia ante omnem formam, sed quia materia absque forma intellecta cum privatione etiam intelligitur.

## 6. On dit que le monde a ŽtŽ fait de la mati�re invisible, non parce que la mati�re sans forme a prŽcŽdŽ dans le temps, mais dans l'ordre de la nature. Et semblablement la privation n'a pas existŽ un temps dans la mati�re avant toute forme, mais parce que la mati�re comprise sans forme est comprise aussi avec la privation.

q. 4 a. 1 ad s. c. 7 Ad septimum dicendum, quod hoc est ex imperfectione naturae operantis per motum quod ex imperfecto ad perfectum procedit ; motus enim est actus imperfecti. Sed Deus propter suae virtutis perfectionem potuit statim res perfectas in esse producere ; et ideo non est simile.

## 7. Cela vient de l'imperfection de la nature, qui op�re par mouvement de procŽder de l'imparfait au parfait ; car le mouvement est d'un acte imparfait. Mais Dieu, ˆ cause de la perfection de son pouvoir, a pu aussit™t produire les choses parfaites dans l'�tre, et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 4 a. 1 ad s. c. 8 Ad octavum dicendum, quod verba Augustini non sunt intelligenda sic quod materia aliquo tempore fuerit in potentia ad formas elementares nullam earum habens ; sed quia in sua essentia considerata, nullam formam actu includit ad omnes in potentia existens.

## 8. Les paroles d'Augustin ne sont pas ˆ comprendre de sorte que la mati�re a ŽtŽ un temps en puissance pour les formes ŽlŽmentaires, sans en avoir une ; mais parce que, celle-ci considŽrŽe en son essence, quand elle existe en puissance pour toutes les formes, n'inclut aucune forme en acte.

 

 

 

Article 2 Ñ La mise en forme de la mati�re a-t-elle eu lieu toute en m�me temps ou successivement ?

q. 4 a. 2 tit. 1 Secundo quaeritur utrum materiae formatio tota simul fuerit, an successive. Et videtur quod successive.

Il semble quÕelle fut successive[550].

 

Objections :

q. 4 a. 2Arg. 1 Dicitur enim Iudith, IX, 4 : tu fecisti priora, et illa post illa cogitasti. Excogitatio autem Dei est eius operatio, ut Damascenus dicit ; unde et in praedicta auctoritate subditur : et hoc factum est quod ipse voluisti. Ergo res quodam ordine, et non simul, sunt factae.

1. En Judith (9, 4) il est dit : ÇTu as fait ce qui est avant, et cela tu l'as pensŽ apr�s[551].È Mais la pensŽe de Dieu est son opŽration, comme Jean Damasc�ne le dit (II, 3). C'est pourquoi dans la prŽcŽdente autoritŽ, il est ajoutŽ : ÇEt cela a ŽtŽ fait parce que tu lÕas voulu toi-m�meÈ. Donc les choses ont ŽtŽ crŽŽes selon un certain ordre et non en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 2 Praeterea, plures partes temporis non possunt esse simul : quia totum tempus sub quadam successione agitur. Sed rerum formatio in diversis partibus temporis facta commemoratur Genes. I. Ergo videtur quod rerum formatio facta sit successive, et non tota simul.

2. Plusieurs parties du temps ne peuvent pas coexister ; parce que tout le temps est soumis ˆ une certaine succession ; mais on rappelle, au ch. 1 de la Gen�se, que la mise en forme des crŽatures a ŽtŽ faite en diffŽrentes parties du temps. Donc il semble quÕelle a ŽtŽ accomplie successivement et non toute en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 3 Sed dicendum, quod per illos sex dies, secundum sententiam Augustini, non intelliguntur dies consueti nobis qui sunt temporis partes, sed secundum cognitionem angelicam sexies rebus cognoscendis praesentatam, secundum rerum sex genera.- Sed contra, dies ex praesentia lucis causatur ; unde dicitur Genes. I, 5, quod Deus vocavit lucem diem. Sed lux non proprie in spiritualibus invenitur, sed solum metaphorice. Ergo nec dies proprie potest intelligi Angelorum cognitio. Non videtur ergo esse litteralis expositio, quod per diem Angelorum cognitio intelligatur. Probatio mediae. Nullum per se sensibile potest in spiritualibus proprie accipi : ea enim quae sensibilibus et spiritualibus sunt communia, non sunt sensibilia nisi per accidens ; sicut substantia, potentia, virtus et huiusmodi. Lux autem est per se sensibilis visu. Ergo proprie non potest in spiritualibus accipi.

3. Mais il faut dire que, durant ces six jours, selon lÕopinion dÕAugustin (La CitŽ de Dieu, II, VIII, 18), on ne comprend pas des jours semblables aux n™tres qui sont des partie du temps, mais dÕapr�s la connaissance angŽlique, reprŽsentŽe six fois pour ce qu'il y avait ˆ conna”tre, selon six genres de choses. Ñ En sens contraire, le jour est causŽ par la prŽsence de la lumi�re. C'est pourquoi on dit en Gn. 1, 5, que Dieu a appelŽ la lumi�re jour. Mais on ne trouve pas la lumi�re ˆ proprement parler dans les �tres spirituels, mais seulement par mŽtaphore. Donc on ne peut pas comprendre le jour ˆ proprement parler comme la connaissance des anges. Donc il ne semble pas que comprendre la connaissance des anges comme le jour soit le sens littŽral. Preuve intermŽdiaire : Rien de sensible par soi ne peut �tre re�u dans les �tres spirituels, car ce qui est commun au sensible et au spirituel n'est sensible que par accident, comme la substance, la puissance, le pouvoir etc.. Mais la lumi�re est sensible en soi pour la vue. Donc elle ne peut pas �tre re�ue en propre par les �tres spirituels.

q. 4 a. 2Arg. 4 Praeterea, cum Angelus dupliciter res cognoscat, scilicet in verbo et in propria natura ; oportet quod per alteram istarum cognitionum dies intelligatur. Non autem potest intelligi de cognitione qua cognoscit rem in verbo, quia haec cognitio est una tantum de omnibus ; simul enim in verbo cognoscit Angelus quaecumque cognoscit, et una cognitione, quia scilicet verbum videt. Non ergo esset nisi una dies. Si autem intelligitur de cognitione qua cognoscit res in propria natura, sequitur quod sint multo plures quam sex dies, cum sint plura genera et species creaturarum. Non ergo videtur quod dierum senarius ad cognitionem angelicam referri possit.

4. Comme lÕange conna”t de deux fa�ons, ˆ savoir dans le Verbe et dans sa propre nature ; il faut que le jour soit compris par la deuxi�me de ces connaissances. Mais il n'est pas possible de le comprendre de la connaissance par laquelle il conna”t un objet dans le Verbe, parce que cette connaissance est seulement une pour toute chose ; car cÕest en m�me temps que lÕange conna”t dans le Verbe tout ce quÕil conna”t et dÕune connaissance unique, parce qu'il voit le Verbe. Donc il n'y aurait quÕun seul jour. Mais s'il est compris de la connaissance par laquelle il conna”t les choses dans leur propre nature, il en dŽcoule quÕil y a bien plus de six jours, puisquÕil y a plus de genres et dÕesp�ces de crŽatures. Donc il ne semble pas quÕon puisse rapporter la connaissance angŽlique aux six jours.

q. 4 a. 2Arg. 5 Praeterea, Exod. XX, 9, dicitur : sex diebus operaberis, septimo autem die sabbatum domini Dei tui est : non facies omne opus ; et postea subditur ratio : sex enim diebus fecit Deus caelum et terram, mare, et omnia quae in eis sunt, et requievit in die septimo. Sed lex ad litteram de diebus materialibus loquitur in quorum sex permittit operari, in septimo prohibet. Ergo et hoc quod dicitur de Dei operatione ad dies materiales referendum est.

5. En Exode. 20, 9, il est dit : ÇTu travailleras six jours, mais le septi�me est le sabbat de ton Dieu ; tu ne feras aucune Ïuvre,È et la raison en est donnŽe ensuite : ÇCar en six jours Dieu a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, et il se reposa le septi�me jour.È Mais, selon la lettre, la loi parle des jours matŽriels ; dans six de ceux-ci, elle permet de travailler, et elle lÕinterdit le septi�me. Donc ce qui est dit de lÕopŽration de Dieu doit �tre rapportŽ aux jours matŽriels.

q. 4 a. 2Arg. 6 Praeterea, si per diem cognitio Angeli intelligitur ; facere ergo aliquid in die non est aliud quam facere in angelica cognitione. Per hoc autem quod aliquid fit in angelica cognitione non sequitur quod in sua natura existat, sed solum quod ab Angelo cognoscatur. Ergo per hoc non ostenderetur rerum in propriis naturis institutio ; quod est contra Scripturam.

6. Si on comprend par jour la connaissance de lÕange, donc faire quelque chose le jour nÕest pas diffŽrent que le faire dans la connaissance angŽlique. Mais du fait qu'une chose est faite dans la connaissance angŽlique, il nÕen dŽcoule pas quÕelle existe dans sa nature, mais seulement quÕelle est connue par lÕange. Donc ainsi l'arrangement des choses ne serait pas montrŽ dans leur nature propre ; ce qui est contre lÕƒcriture.

q. 4 a. 2Arg. 7 Praeterea, cuiuslibet Angeli cognitio differt ab alterius cognitione. Si ergo per diem cognitio Angeli intelligitur, oportet tot dies ponere quot sunt Angeli, et non solum sex ut Scriptura tradit.

7. La connaissance de nÕimporte quel ange diff�re de celle dÕun autre. Si donc on comprend par le mot jour la connaissance de lÕange, il faut poser autant de jours que dÕanges, et pas seulement six, comme lÕƒcriture le rapporte.

q. 4 a. 2Arg. 8 Praeterea, Augustinus, II super Genes. ad litteram, dicit, quod per hoc quod dicitur : dixit Deus, fiat, intelligitur quod res fiendae praeextiterunt in verbo, per hoc quod dicitur : est ita factum, intelligimus factam rei cognitionem in creatura intellectuali : per hoc quod dicitur : fecit Deus, intelligitur in suo genere fieri creatura. Si ergo per diem cognitio Angeli intelligitur, postquam dixerat de aliquo opere : et factum est ita, in quo cognitio angelica intelligitur, superflue adderetur : factum est vespere et mane dies unus vel dies secundus.

8. Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II, 7 et 8[552]) dit que, du fait quÕil est dit : ÇDieu dit, que cela soit faitÈ, on comprend que les choses ˆ faire ont prŽexistŽ dans le Verbe ; du fait quÕil est dit : ÇEt ainsi fut faitÈ, on comprend que la connaissance est rŽalisŽe dans la crŽature intellectuelle ; du fait quÕon dit : ÒDieu le fitÓ, on comprend que la crŽature est crŽŽe en son genre. Si donc par jour, on comprend la connaissance de lÕange, apr�s quÕil ait parlŽ dÕune Ïuvre : ÇEt ainsi cela fut faitÈ, dans lequel on comprend la connaissance angŽlique, il serait superflu d'ajouter : ÇIl y eut un soir et un matinÈ ou Çun second jourÈ.

q. 4 a. 2Arg. 9 Sed dicendum, quod hoc additur ad ostendendum duplicem modum cognitionis rerum in creatura spirituali. Unus est quo cognoscit res in verbo ; et secundum hoc dicitur mane, vel cognitio matutina : alius quo cognoscit res in propria natura ; et secundum hoc dicitur vespere, vel cognitio vespertina.- Sed contra, licet Angelus posset simul plura considerare in verbo, non tamen potest simul plura intelligere in propria natura, cum per diversas species diversa in suis naturis intelligat. Si ergo quilibet sex dierum non solum habet mane, sed etiam vespere ; oportebit in sex diebus aliquam successionem considerare ; et sic rerum formatio non tota simul fuit facta.

9. Il faut dire que cela est ajoutŽ pour montrer le double mode de connaissance de la rŽalitŽ dans la crŽature spirituelle. LÕun est ce par quoi elle conna”t dans le Verbe, et pour cela on parle du matin ou de connaissance matutinale ; lÕautre par laquelle elle conna”t les choses en leur nature propre, et pour cela on parle du soir ou de connaissance vespŽrale. Ñ En sens contraire : Bien que lÕange puisse considŽrer en m�me temps plus de choses dans le Verbe, il ne peut pas cependant en comprendre (intelligere) plus dans leur nature propre, puisqu'il comprend les chose diffŽrentes dans leur nature par diffŽrentes formes. Si donc chacun des six jours a non seulement un matin mais encore un soir, il faudra considŽrer en eux une succession, et ainsi la formation des choses nÕa pas eu lieu enti�rement en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 10 Praeterea, ab una potentia non possunt esse simul plures operationes, sicut nec una linea recta terminatur ex una parte nisi ad unum punctum : per operationem enim potentia terminatur. Sed considerare rem in verbo et in propria natura, non est una operatio, sed plures. Ergo non simul est matutina et vespertina cognitio ; et sic adhuc sequitur quod in illis sex diebus sit successio.

10. Il ne peut pas exister plusieurs opŽrations en m�me temps ˆ partir d'une seule puissance ; ainsi une seule ligne droite ne se termine d'un c™tŽ qu'ˆ un seul point : la puissance en effet se termine par l'opŽration. Mais considŽrer une chose dans le Verbe et dans sa nature propre, ce n'est pas une seule opŽration, mais plusieurs. Donc la connaissance matutinale et la connaissance vespŽrale n'existent pas en m�me temps et ainsi il en dŽcoule qu'il y a une succession dans ces six jours.

q. 4 a. 2Arg. 11 Praeterea, sicut supra dictum est, art. praeced., distinctio lucis a tenebris exponitur ab Augustino distinctio creaturae formatae, alia ab informitate materiae quae adhuc restabat formanda. Una ergo ex parte materiae formata, altera adhuc remanebat formanda : non ergo tota materia est simul formata.

11. Comme on l'a dit plus haut (article prŽcŽdant, 5, la distinction de la lumi�re et des tŽn�bres est exposŽe par Augustin comme celle de la crŽature mise en forme, diffŽrente de l'absence de forme de la mati�re qui restait encore ˆ former. Donc si une partie de la nature est en forme, l'autre restait encore ˆ former : donc toute la mati�re n'a pas ŽtŽ mise en forme en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 12 Praeterea, cognitio matutina secundum Augustinum, intelligitur cognitio verbi in quo Angelus accipit cognitionem creaturae fiendae. Hoc autem non esset si creaturae, quarum formatio diebus sequentibus deputatur, simul cum Angelo formatae essent. Ergo non omnes res sunt simul creatae.

12. La connaissance matutinale, selon Augustin, est comprise comme celle du Verbe en qui l'ange re�oit la connaissance de la crŽature qui doit �tre faite. Mais cela n'existerait pas si les crŽatures, dont la formation est destinŽe aux jours suivants, avaient ŽtŽ formŽes en m�me temps que l'ange. Donc tout n'a pas ŽtŽ crŽŽ en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 13 Praeterea, dies in spiritualibus dicuntur ad similitudinem sensibilium dierum. Sed in sensibilibus diebus mane praecedit vespere. Ergo in istis non debet vespere praeponi ad mane, cum dicitur : factum est vespere et mane dies unus.

13. On dŽsigne les jours dans les �tres spirituels ˆ la ressemblance des jours sensibles[553]. Mais dans les jours sensibles, la matin prŽc�de le soir. Donc, en eux, on ne doit pas placer le soir avant le matin, quand on dit : ÇIl y eut un soir et un matin, un seul jour.È

q. 4 a. 2Arg. 14 Praeterea, inter vespere et mane est nox, et inter mane et vespere est meridies. Ergo sicut fecit Scriptura de vespere et mane mentionem, ita debuit facere de meridie.

14. Entre le soir et le matin, il y a la nuit, et entre le matin et le soir le midi. Donc de m�me que l'ƒcriture mentionne le soir et le matin, elle devrait le faire pour le midi.

q. 4 a. 2Arg. 15 Praeterea, omnes dies sensibiles habent et vespere et mane. Hoc autem non invenitur in istis septem diebus ; nam primus dies non habet mane, septimus non habet vespere. Ergo non convenienter dicuntur dies ad similitudinem horum dierum.

15. Tous les jours sensibles ont un soir et un matin. On ne trouve pas cela dans ces sept jours ; car le premier n'a pas de matin et le septi�me pas de soir. Donc il ne convient pas de dire que les jours sont ˆ la ressemblance de nos jours.

q. 4 a. 2Arg. 16 Sed dicendum, quod ideo primus dies non habet mane, quia per mane intelligitur cognitio creaturae fiendae, quam accepit Angelus in verbo : ipsa autem spiritualis creatura sui ipsius fiendae non potuit cognitionem in verbo accipere antequam esset.- Sed contra, secundum hoc habetur quod Angelus aliquando fuit, et aliae creaturae nondum erant factae, sed fiendae. Non ergo omnia sunt simul formata.

16. Mais il faut dire qu'ainsi le premier jour n'a pas de matin, parce que par matin, on comprend la connaissance de la crŽature qui doit �tre faite, que l'ange a re�u dans le Verbe ; la crŽature spirituelle n'a pas pu recevoir la connaissance d'elle-m�me ˆ crŽer dans le Verbe avant d'exister.ÑEn sens contraire, on consid�re donc ainsi que l'ange exista en un temps o� les autres crŽatures n'avaient pas encore ŽtŽ crŽŽes, mais o� elles devaient l'�tre. Donc tout n'a pas ŽtŽ mise en forme en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 17 Praeterea, creatura spiritualis non accipit rerum inferiorum cognitionem a rebus ipsis. Ergo non indiget rerum praesentia ad hoc quod eas cognoscat. Potuit ergo eas ut fiendas cognoscere in propria natura antequam fierent, et non solum in verbo ; et sic cognitio rei fiendae videtur pertinere ad vespertinam cognitionem, sicut ad matutinam ; et sic secundum rationem praedictam secundus dies nec mane nec vespere debuit habere.

17. La crŽature spirituelle ne re�oit pas la connaissance des choses infŽrieures ˆ partir de celles-ci. Donc elle n'a pas besoin de leur prŽsence pour les conna”tre. Donc elle a pu les conna”tre comme devant �tre faites dans leur nature propre, avant qu'elles soient faites et non seulement dans le Verbe, et ainsi la connaissance des choses qui devaient �tre faites semble appartenir ˆ la connaissance vespŽrale, comme ˆ la connaissance matutinale et pour cette raison, le second jour nÕaurait dž avoir ni matin ni soir.

q. 4 a. 2Arg. 18 Praeterea, Angelo sunt prius nota ea quae sunt priora simpliciter ; quod enim ea quae sunt posteriora sint nobis prius nota, provenit ex hoc quod cognitionem a sensu accipimus. Sed rationes rerum in verbo priores sunt simpliciter ipsis rebus. Ergo per prius cognoscit Angelos res in verbo quam in propria natura ; et sic mane deberet praeordinari ad vespere, cuius contrarium in Scriptura apparet.

18. L'ange conna”t d'abord ce qui existe avant absolument, car le fait que nous connaissions avant ce qui apr�s, provient de ce que nous recevons la connaissance par nos sens. Mais la nature des choses dans le Verbe est absolument avant elles. Donc l'ange conna”t les choses dans le Verbe avant que dans leur nature propre[554] et ainsi la matin devrait �tre prŽordonnŽ au soir, mais on voit le contraire dans l'ƒcriture.

q. 4 a. 2Arg. 19 Praeterea, ea quae non sunt unius rationis non possunt aliquod unum constituere. Sed cognitio rerum in verbo et in propria natura est alterius et alterius rationis, cum medium cognoscendi sit omnino diversum. Ergo ex mane et vespere, secundum praedictam expositionem, non posset unus dies perfici.

19. Ce qui n'est pas d'une seule nature ne peut pas constituer une unitŽ. Mais la connaissance des choses dans le Verbe et dans leur nature propre est de nature diffŽrente, puisque le moyen de conna”tre est tout ˆ fait diffŽrent. Donc du matin et du soir, selon ce qui a dŽjˆ ŽtŽ exposŽ, il ne peut �tre fait qu'un seul jour.

q. 4 a. 2Arg. 20 Praeterea, I ad Corinth. XIII, 8, dicit apostolus, quod in patria scientia destruetur : quod non potest intelligi nisi de scientia rerum in propriis naturis, quae est vespertina. In patria autem erimus similes Angelis, ut dicitur Matth. cap. XXII, 30. Ergo in Angelis non est cognitio vespertina.

20. En 1 Co 13, 8, lÕAp™tre dit que dans "la patrie", la science dispara”tra, ce qu'on ne peut comprendre que de la connaissance des crŽatures dans leur propre nature qui est vespŽrale. Mais dans "la patrie", nous serons semblables aux anges, comme le dit Matthieu (22, 30). Donc il n'y pas de connaissance vespŽrale dans les anges.

q. 4 a. 2Arg. 21 Praeterea, cognitio rerum in verbo plus excedit cognitionem rerum in propriis naturis quam claritas solis excedat lumen candelae. Sed lux solis offuscat lumen candelae. Ergo multo magis matutina cognitio vespertinam.

21. La connaissance des crŽatures dans le Verbe dŽpasse cette connaissance des choses dans leur propre nature plus que la clartŽ du soleil dŽpasse la lumi�re de la chandelle. Mais la lumi�re du soleil obscurcit la lumi�re de la chandelle. Donc la connaissance matutinale obscurcit beaucoup plus la connaissance vespŽrale.

q. 4 a. 2Arg. 22 Praeterea, Augustinus movet quaestionem, utrum anima Adae cum Angelis facta fuerit extra corpus, an fuerit facta in corpore. Haec autem quaestio frustra moveretur si omnia simul fuissent formata ; quia sic etiam corpus humanum simul fuisset formatum quando Angeli sunt facti. Ergo videtur quod non omnia fuerunt formata simul, etiam secundum sententiam Augustini.

22. Augustin (La Gen�se au sens littŽral, VII, 24 et 25) soul�ve la question de savoir si l'‰me d'Adam a ŽtŽ faite avec les anges hors du corps, ou dans le corps. Cette question serait soulevŽe en vain si tout avait ŽtŽ mis en forme en m�me temps, parce que, ainsi, le corps humain aurait ŽtŽ mis en forme en m�me temps que les anges Žtaient crŽŽes. Donc, il semble que tout n'a pas ŽtŽ mis en forme en m�me temps, selon l'affirmation d'Augustin aussi.

q. 4 a. 2Arg. 23 Praeterea, pars terrae de qua factum est corpus humanum, habuit aliquam formam secundum limitationem, quia de ea dicitur Genes. I, corpus hominis formatum. Nondum autem habebat formam humani corporis. Ergo non omnes formae simul sunt inditae materiae.

23. La partie de la terre dont a ŽtŽ fait le corps humain eut une forme dŽlimitŽe, parce qu'il est dit dans Gen�se 1, que le corps de l'homme en a ŽtŽ formŽ. Elle n'avait pas encore la forme du corps humain. Donc toutes les formes n'ont pas ŽtŽ induites en m�me temps dans la mati�re.

q. 4 a. 2Arg. 24 Praeterea, cognitio rerum in propria natura in Angelis non potest intelligi nisi cognitio quae est per species eis naturaliter inditas ; non enim potest dici quod a rebus cognitis species aliquas accipiant, cum careant sensuum instrumentis. Species autem illae quae sunt Angelis inditae, a rebus corporalibus non dependent. Ergo antequam res essent, potuit eas Angelus etiam in propriis naturis cognoscere. Et ita per hoc quod Angelus dicitur res aliquas cognoscere in propria natura, non datur intelligi res illas in esse produci ; et sic praedicta expositio videtur inconveniens.

24. La connaissance des choses par les anges dans leur propre nature, ne peut �tre comprise que comme une connaissance par les formes (species) induites naturellement en eux ; car on ne peut pas dire qu'ils les re�oivent de ce quÕils connaissent, puisqu'ils n'ont pas d'organes des sens. Mais ces formes qui sont induites dans les anges, ne dŽpendent pas des rŽalitŽs corporelles. Donc avant que les choses existent, l'ange a pu les conna”tre aussi dans leur propre nature. Et ainsi par le fait qu'on dit que l'ange conna”t certaines choses dans leur propre nature, il n'est pas donnŽ de comprendre que ces choses ont ŽtŽ amenŽes ˆ l'�tre, et ainsi l'exposition ci-dessus ne semble pas convenir.

q. 4 a. 2Arg. 25 Praeterea, cognitio matutina, qua res Angelus in verbo cognovit, oportet quod per aliquam speciem fuerit ; cum omnis cognitio huiusmodi sit. Non autem potuit esse per aliquam speciem a verbo effluxam, quia illa species creatura esset ; et sic illa cognitio magis esset vespertina quam matutina ; nam ad vespertinam cognitionem pertinet cognitio quae fit per creaturam. Nec etiam potest dici, quod praedicta cognitio fuerit per speciem quae est ipsum verbum, quia sic oportuisset quod Angelus ipsum verbum videret, quod non fuit antequam Angelus esset beatus ; verbi enim visio beatos facit. Non autem in primo instanti suae creationis Angeli beati fuerunt, sicut nec e contrario Daemones in primo instanti peccaverunt. Ergo, si per mane intelligatur cognitio rerum quam Angeli habuerunt in verbo, oportet dicere, quod non omnia simul fuerunt facta.

25. La connaissance matutinale, par laquelle l'ange a connu les choses dans le Verbe, doit venir d'une forme, puisque toute connaissance est de ce genre. Elle n'a pas pu venir du Verbe par une forme, parce que celle-ci Žtait une crŽature, et ainsi cette connaissance serait plus vespŽrale que matutinale ; car ˆ la connaissance vespŽrale convient la connaissance qui se fait par la crŽature. Et on ne peut pas dire que cette connaissance aurait ŽtŽ par une forme qui est le Verbe m�me, parce qu'ainsi il aurait fallu que l'ange voit le Verbe, ce qui n'a pas existŽ avant qu'il soit bienheureux. Car la vision du Verbe rend bienheureux. Ce n'est pas au premier instant de leur crŽation que les anges ont ŽtŽ bienheureux. De m�me en sens contraire, ce n'est pas dans le premier instant que les dŽmons ont pŽchŽ. Donc, si par le matin, on comprend la connaissance que les anges ont eu dans le Verbe, il faut dire que tout n'a pas ŽtŽ fait en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 26 Sed dicendum, quod Angelus in statu illo videbat verbum, prout est ratio fiendorum, non autem prout est finis beatorum.- Sed contra, quod verbum dicitur finis et ratio, non differt nisi relatione quadam. Cognitio autem relationis Dei ad creaturam non facit beatos ; cum talis relatio secundum rem magis se teneat ex parte creaturae ; sed sola visio divinae essentiae beatos facit. Ergo quantum ad beatitudinem videntium, non differt utrum videatur ut finis beatitudinis vel ut ratio.

26. Mais il faut dire que l'ange dans cette situation voyait le Verbe dans la mesure o� il est la raison des �tres ˆ crŽer, mais non comme la fin des bienheureux. Ñ En sens contraire, dire que le Verbe est la fin et la raison ne diff�re que par une relation. Mais la connaissance de la relation de Dieu ˆ la crŽature ne rend pas bienheureux, puisqu'une telle relation en rŽalitŽ a lieu surtout du c™tŽ de la crŽature, et seule la vision de l'essence divine rend bienheureux. Donc, quant ˆ la bŽatitude de ceux qui voient, il n'y a pas de diffŽrence s'il est vu comme fin de la bŽatitude ou comme raison.

q. 4 a. 2Arg. 27 Praeterea, prophetae etiam dicuntur, in speculo aeternitatis futura vidisse, secundum quod ipsi viderunt divinum speculum, prout est ratio fiendorum. Secundum hoc ergo non esset differentia inter cognitionem Angeli matutinam et cognitionem prophetae.

27. On dit aussi que les proph�tes ont vu le futur dans le miroir de l'ŽternitŽ, selon qu'ils ont vu le miroir divin, dans la mesure o� il est la raison des �tres ˆ crŽer. Donc ainsi il n'y aurait pas de diffŽrence entre la connaissance matutinale de l'ange et celle du proph�te.

q. 4 a. 2Arg. 28 Praeterea, Genes. II, 5, dicitur, quod Deus fecit omne virgultum agri antequam oriretur in terra, et omnem herbam regionis priusquam germinaret. Sed germinatio herbarum fuit in tertia die. Ergo aliqua fuerunt facta ante tertium diem ; et ita non omnia facta sunt simul.

28. En Gen�se 2, 5, il est dit que ÇDieu a fait toute verdure des champs, avant qu'elle se l�ve de la terre et toute herbe de la campagne, avant qu'elle ne germeÈ. Mais la germination de lÕherbe date du troisi�me jour. Donc certaines choses furent faites avant le troisi�me jour, et ainsi tout ne fut pas fait en m�me temps.

q. 4 a. 2Arg. 29 Praeterea, ut in Psalmo CIII, 24, dicitur, Deus omnia in sapientia fecit. Sed sapientis est ordinare, ut dicitur in principio Metaphys. Ergo videtur quo Deus non omnia simul fecerit, sed secundum ordinem temporis successive.

29. Dans le Psaume 103, 24, on dit que Dieu a tout fait avec sagesse. Mais le propre du sage c'est d'ordonner, comme on le dit au dŽbut de la MŽtaphysique (I, 2, 982 a 17). Donc on voit comment Dieu n'a pas tout fait en m�me temps, mais successivement dans l'ordre du temps.

q. 4 a. 2Arg. 30 Sed dicendum, quod in rerum productione etsi non fuerit servatus ordo temporis, fuit tamen servatus ordo naturae.- Sed contra, secundum ordinem naturae sol et luna et stellae priores sunt plantis, cum manifestae sint causae plantarum ; et tamen posterius commemorantur facta luminaria caeli quam plantae. Ergo non est observatus ordo naturae.

30. Mais il faut dire que dans la production des crŽatures, m�me si l'ordre du temps n'a pas ŽtŽ conservŽ, cependant celui de la nature le fut. Ñ En sens contraire, selon l'ordre de la nature, le soleil, la lune et les Žtoiles exist�rent avant les plantes, puisqu'elles ont ŽtŽ dŽsignŽes comme leurs causes, et cependant on mentionne que les luminaires du ciel ont ŽtŽ faits apr�s les plantes. Donc l'ordre de la nature n'a pas ŽtŽ conservŽ.

q. 4 a. 2Arg. 31 Praeterea, firmamentum caeli naturaliter est prius terra et aqua ; tamen prius fit mentio in Scriptura de terra et aqua quam de firmamento, quod legitur secunda die factum.

31. Le firmament du ciel est par nature avant la terre et l'eau ; cependant on fait mention dans l'ƒcriture de la terre et de l'eau avant le firmament : on lit qu'il a ŽtŽ fait le second jour.

q. 4 a. 2Arg. 32 Praeterea, subiectum, naturaliter est prius accidente. Lux autem quoddam accidens est, cuius primum subiectum est firmamentum. Ergo non debuisset praemitti lucis productio factioni firmamenti.

32. Le substrat est naturellement avant l'accident ; mais la lumi�re est un accident dont le premier substrat est le firmament. Donc la production de la lumi�re n'aurait pas dž �tre signalŽe avant la crŽation du firmament.

q. 4 a. 2Arg. 33 Praeterea, animalia gressibilia perfectiora sunt natatilibus et volatilibus, et praecipue propter similitudinem ad hominem ; et tamen prius agitur de productione piscium et avium quam animalium terrestrium. Ergo non est servatus debitus ordo naturae.

33. Les animaux qui marchent sont plus perfectionnŽs que ceux qui nagent ou volent, et principalement ˆ cause de leur ressemblance avec l'homme, et cependant il s'agit de la production des poissons et des oiseaux avant celle des animaux terrestres. Donc l'ordre de la nature n'a pas ŽtŽ conservŽ.

q. 4 a. 2Arg. 34 Praeterea, pisces et aves non minus videntur differre secundum naturam ab invicem, quam a terrestribus animalibus, et tamen pisces et aves eodem die facta commemorantur. Ergo dies non sunt intelligendi secundum diversa rerum genera, sed magis secundum temporis successionem ; et sic non omnia facta sunt simul.

34. Les poissons et les oiseaux ne semblent entre eux, selon leur nature, pas moins diffŽrents que les animaux terrestres et cependant on mentionne que les poissons et les oiseaux ont ŽtŽ faits le m�me jour. Donc les jours ne sont pas ˆ comprendre selon les diffŽrents genres dÕ�tres, mais plus selon la succession du temps, et ainsi tout n'a pas ŽtŽ crŽŽ en m�me temps.

 

En sens contraire :

q. 4 a. 2 s. c. 1 Sed contra. Est quod habetur Genes. cap. II, 4 : istae sunt generationes caeli et terrae, quando creata sunt, in die quo fecit dominus Deus caelum et terram, et omne virgultum agri. Virgultum autem agri factum legitur tertia die ; caelum autem et terra facta sunt prima die, vel etiam ante omnem diem. Ergo ea quae sunt facta tertio die, sunt facta simul cum illis quae sunt facta primo die, vel etiam ante omnem diem ; et sic pari ratione omnia facta sunt simul.

1. Il y a ce qu'on lit dans la Gen�se (2, 4) : ÇCe sont les gŽnŽrations du ciel et de la terre, quand ils ont ŽtŽ crŽŽs, au jour o� le Seigneur Dieu fit le ciel et la terre et toute la verdure des champs.È Mais on lit que la verdure a ŽtŽ faite le troisi�me jour ; et le ciel et la terre le premier jour, ou m�me avant tout jour. Donc ce qui a ŽtŽ fait le troisi�me jour, l'a ŽtŽ en m�me temps que ce qui a ŽtŽ fait le premier, ou m�me avant tout jour ; et ainsi ˆ raison Žgale tout a ŽtŽ fait en m�me temps.

q. 4 a. 2 s. c. 2 Praeterea, Iob, 40, 10, dicitur : ecce Behemoth, quem feci tecum. Per Behemoth autem, secundum Gregorium, Diabolus intelligitur qui factus est prima die, vel ante omnem diem ; homo autem, ad quem dominus loquitur, factus est sexta die. Ergo ea quae sunt facta sexto die, sunt simul facta cum illis quae facta sunt primo die ; et sic idem quod prius.

2. Il est dit en Job (40, 10) : ÇVoici BŽhŽmot que j'ai fait avec toi.È Par BŽhŽmot, selon GrŽgoire [le grand] (Les Morales, XXXII, 9, dans les nouveaux exemplaires), on comprend le diable, qui a ŽtŽ fait le premier jour ou avant tout jour ; mais l'homme ˆ qui Dieu parle a ŽtŽ fait le sixi�me jour. Donc ce qui a ŽtŽ fait le sixi�me jour, a ŽtŽ fait en m�me temps que ce qui a ŽtŽ fait le premier jour, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 4 a. 2 s. c. 3 Praeterea, partes universi dependent ab invicem, et maxime inferiores a superioribus. Non ergo potuerunt fieri quaedam partes ante alias, et praecipue inferiores ante superiores.

3. Les parties de l'univers dŽpendent les unes des autres, et surtout les parties infŽrieures dŽpendent des parties supŽrieures. Certaines n'ont pas pu �tre faites avant les autres, et principalement les infŽrieures avant les supŽrieures.

q. 4 a. 2 s. c. 4 Praeterea, plus distat corporalis et spiritualis creatura quam corporales creaturae ad invicem. Sed spiritualis et corporalis creatura, ut in alia quaestione est habitum, simul factae fuerunt. Ergo multo amplius omnes spirituales creaturae.

4. La crŽature corporelle et la crŽature spirituelle sont plus distantes que les crŽatures corporelles entre elles. Mais la crŽature spirituelle et la crŽature corporelle, comme on l'a vu dans une autre question, ont ŽtŽ faites en m�me temps. Donc beaucoup plus toutes les crŽatures spirituelles.

q. 4 a. 2 s. c. 5 Praeterea, Deus propter suae virtutis immensitatem subito operatur. Opus ergo cuiuslibet diei subito et in instanti est factum. Ergo pro nihilo poneretur quod Deus expectasset operari sequens opus usque in alium diem, ut sic toto die ab actione vacaret.

5. Dieu op�re d'un seul coup ˆ cause de l'immensitŽ de son pouvoir. Donc l'Ïuvre de n'importe quel jour a ŽtŽ accomplie soudainement et dans l'instant. Donc c'est pour rien qu'on n'aurait pensŽ que Dieu aurait attendu d'opŽrer l'Ïuvre suivante jusqu'ˆ un autre jour, pour qu'ainsi pendant tout le jour il demeure sans action.

q. 4 a. 2 s. c. 6 Praeterea, si dies illi de quibus in rerum formatione fit mentio, dies materiales fuerunt, non videtur potuisse fieri ut totaliter nox a die distingueretur, et lux a tenebris. Nam si lux illa quae legitur primo die facta, undique terram circuibat, nusquam tenebrae erant, quae fiunt ex umbra terrae oppositae ad lumen, quod diem causat. Si autem lux illa suo motu terram circuibat, ut diem et noctem faceret, tunc semper ex una parte erat dies, et ex alia nox ; et ita non totaliter erat nox a die distincta ; quod est contra Genesis Scripturam.

6. Si ces jours dont on fait mention dans la mise en forme des choses, ont ŽtŽ des jours matŽriels, il ne semble pas qu'ils aient pu �tre faits pour que la nuit soit totalement distinguŽe du jour et la lumi�re des tŽn�bres. Car si cette lumi�re qui a ŽtŽ faite le premier jour, comme on le lit, entourait la terre de tous c™tŽs, jamais il n'y avait de tŽn�bres, qui sont faites de l'ombre de la terre opposŽe ˆ la lumi�re, qui cause le jour. Mais si cette lumi�re entourait la terre par son mouvement, pour faire le jour et la nuit, alors toujours il y avait le jour d'un c™tŽ, et la nuit de l'autre ; et ainsi la nuit n'Žtait pas totalement distinguŽe du jour, ce qui est contre le texte de la Gen�se.

q. 4 a. 2 s. c. 7 Praeterea, distinctio diei et noctis fit per solem et alia caeli luminaria ; unde dicitur in opere quartae diei : fiant luminaria in firmamento caeli ; et postea subditur ; ut sint in signa, et tempora, et dies, et annos. Ergo cum effectus causam non praecedat, non potest esse quod dies illi tres primi essent eiusdem rationis cum diebus qui nunc sole aguntur ; et sic non oportet propter illos dies dicere quod omnia fuerunt facta successive.

7. La distinction du jour et de la nuit est faite par le soleil et les autres luminaires du ciel, c'est pourquoi on dit dans l'Ïuvre du quatri�me jour : ÇQue soient faits les luminaires au firmament du cielÈ ; et ensuite, il est ajoutŽ ; Çpour qu'ils soient signes du temps, des jours et annŽes.È. Donc comme l'effet ne prŽc�de pas la cause, il n'est pas possible que ces trois premiers jours soient de la m�me nature que les jours qui sont produits maintenant par le soleil ; et ainsi il ne faut pas ˆ cause d'eux dire que tout a ŽtŽ fait successivement.

q. 4 a. 2 s. c. 8 Praeterea, si erat aliqua alia lux quae suo motu tunc faceret diem et noctem, oportebat quod esset aliquid aliam lucem deferens circulariter motum ; ut undique terram successive illuminaret. Hoc autem deferens est firmamentum, quod legitur factum secunda die. Ergo ad minus prima dies non potuit esse eiusdem rationis cum diebus qui nunc aguntur ; et eadem ratione nec cum aliis.

8. S'il y avait une autre lumi�re, qui par son mouvement produise le jour et la nuit, il fallait qu'il y ait quelque chose douŽ d'un mouvement circulaire, qui apporte une autre lumi�re, pour Žclairer partout successivement la terre. Mais ce qui l'apporte, c'est le firmament, on lit qu'il a ŽtŽ fait le second jour. Donc au moins le premier jour n'a pu �tre de la m�me nature que les jours qui existent maintenant, et par la m�me raison, que les autres non plus.

q. 4 a. 2 s. c. 9 Praeterea, si lux illa ad hoc facta fuit, ut faceret diem et noctem ; nunc etiam per eius motum dies et nox fieret ; non enim convenienter posset dici, quod ad hoc tantum instituta esset, ut per illud triduum ante solis factionem huiusmodi officium exerceret, et postmodum esse desineret. Sed nunc non videmus aliqua alia luce fieri diem et noctem, nisi per lucem solis. Ergo nec etiam in illo triduo per aliquam corporalem lucem potest intelligi diem et noctem distincta fuisse.

9. Si cette lumi�re a ŽtŽ faite pour produire le jour et la nuit, maintenant elle ferait le jour et la nuit par son mouvement, car on ne pourrait pas dire convenablement que cela a ŽtŽ instituŽ pour seulement exercer cet office pour cette pŽriode de trois jours, avant la crŽation du soleil, et cesser dÕ�tre ensuite. Mais maintenant, nous ne voyons pas que le jour et la nuit soient produits par une autre lumi�re que celle du soleil. Donc aussi dans ces trois jours, on ne peut pas comprendre, que le jour et la nuit aient ŽtŽ distinguŽs par une lumi�re corporelle.

q. 4 a. 2 s. c. 10 Sed dicendum, quod ex illa luce formatum est postea corpus solis.- Sed contra, omne illud quod fit ex materia praeiacente, habet materiam talem in qua possibilis est formarum successio. Talis autem non est materia solis, nec alicuius caelestium corporum, eo quod in eis non est contrarietas, ut probatur in I Cael. et Mun. Ergo non potest esse quod ex illa luce postmodum formatum sit corpus solis.

10. Mais il faut dire que le corps du soleil a ŽtŽ mis en forme par cette lumi�re par la suite. Ñ En sens contraire, tout ce qui est fait de mati�re prŽexistante, a une mati�re telle qu'en elle la succession des formes y est possible. Mais telle n'est pas la mati�re du soleil, ni d'aucun des corps cŽlestes, parce que, en eux, il n'y a pas de contraires, comme on le prouve (Le Ciel et le Monde, I, 3, 270 a 15[555]). Donc il n'est pas possible que le corps du soleil ait ŽtŽ formŽ de cette lumi�re par la suite.

 

RŽponse :

q. 4 a. 2 co. Respondeo. Dicendum quod, si ponatur quod informis materia rerum formationem tempore non praecessit, sed sola origine (quod necesse est dicere, si per materiam informem materia absque omni forma intelligatur), de necessitate sequitur quod rerum formatio tota facta sit simul : non enim potest esse ut aliqua pars materiae informis omnino vel ad momentum sit. Et praeterea, quantum ad illam partem, iam materia rerum formationem tempore praecederet. Unde secundum ea quae in praecedenti quaest. determinata sunt, secundum opinionem Augustini, haec secunda quaestio locum non habet, sed oportet omnino dicere, quod omnia sunt simul formata ; nisi pro tanto quod restat exponere qualiter sex dies quos Scriptura commemorat, intelligantur. Quia si intelligerentur sicut isti dies qui nunc aguntur, esset praedictae opinioni contrarium, quia tunc oporteret successione quadam dierum, rerum formationem facta intelligere.

Si on pense que la mati�re sans forme n'a pas prŽcŽdŽ sa mise en forme dans le temps, mais par la seule origine, (parce qu'il est nŽcessaire de dire, que si on comprend par mati�re sans forme la mati�re sans aucune forme), nŽcessairement il en dŽcoule que toute la mise en forme des choses a ŽtŽ accomplie en m�me temps ; car il n'est pas possible qu'une partie de la mati�re existe compl�tement sans forme m�me pour un moment. Et ensuite, pour cette partie, la mati�re aurait prŽcŽdŽ en temps la formation des choses. C'est pourquoi, selon ce qui a ŽtŽ dŽterminŽ dans la prŽcŽdente question[556] (article prŽcŽdent), selon l'opinion d'Augustin, cette seconde question n'a pas lieu d'�tre traitŽe, mais il faut absolument dire que tout a ŽtŽ formŽ en m�me temps, ˆ moins que pour autant il reste ˆ exposer comment comprendre les six jours dont l'ƒcriture fait mention. En effet, s'ils Žtaient compris comme ces jours qui se dŽroulent maintenant, ce serait le contraire de l'opinion prŽcŽdente, parce que, alors, il faudrait comprendre la formation des choses comme des Ïuvres selon une certaine succession de jours.

Hos autem dies dupliciter exponit Augustinus. Nam in I super Genesim ad litteram, dicit intelligi per distinctionem lucis a tenebris, distinctionem materiae formatae ab informi, quae restat formanda non quidem tempore, sed naturae ordine. Ipsam vero ordinationem et formationis et informitatis, secundum quod a Deo omnia ordinantur, dicit insinuari per diem et noctem ; nam dies et nox dicunt quamdam ordinationem lucis et tenebrarum. Per vesperam vero dicit intelligi consummati operis terminum. Per mane vero futuram operationis inchoationem, ut tamen futurum non accipiatur secundum ordinem temporis, sed solum ordine naturae. In primo enim opere praeexistit quasi quaedam significatio futuri operis fiendi. Secundum hoc tamen oportet hos dies diversos intelligi, prout scilicet sunt diversae formationes, et per consequens informitates.

Augustin expose ces jours de deux mani�res. Car dans La Gen�se au sens littŽral. (I, 17), il dit qu'on comprend, par la distinction de la lumi�re des tŽn�bres, la distinction de la mati�re en forme de celle sans forme qui reste ˆ former, non assurŽment dans le temps, mais dans l'ordre de la nature. Il dit que lÕordonnancement de la mise en forme, ou de son absence, est suggŽrŽ par le jour et la nuit. Car ceux-ci signalent un certain ordre de la lumi�re et des tŽn�bres. Il dit qu'on comprend par le soir le terme de l'opŽration accomplie. Mais par le matin le commencement futur de l'opŽration, de sorte cependant que le futur ne soit pas compris selon l'ordre du temps, mais selon celui de la nature. Car dans la premi�re Ïuvre prŽexiste comme un signe de l'Ïuvre future ˆ faire. Cependant, selon cela, il faut comprendre ces jours comme diffŽrents, ˆ savoir quÕils ont diffŽrentes mises en forme et par consŽquent des manques de forme.

Sed quia ex hoc sequitur quod etiam dies septimus sit alius a sex primis, si sex primi sunt alii ab invicem (ex quo videtur sequi quod vel Deus diem septimum non fecerit, vel quod aliquid fecerit post septem dies in quibus opera perfecit), ideo consequenter ponit quod per omnes illos septem dies unus dies intelligatur, ipsa scilicet Angelorum cognitio, et numerus ille ad rerum cognitarum distinctionem pertineat magis quam ad distinctionem dierum ; ut videlicet per sex dies intelligatur cognitio Angeli relata ad sex rerum genera divinitus producta, unus vero dies sit ipsa cognitio Angeli relata ad quietem artificis, prout in se ipso a rebus conditis requievit ; et tunc per vespere intelligitur cognitio rei in propria natura, per mane vero cognitio in verbo.

Mais parce qu'il dŽcoule de lˆ que le septi�me jour est diffŽrent des six premiers, si ceux-ci sont diffŽrents l'un de l'autre (d'o� il semble dŽcouler que, ou bien Dieu n'a pas fait le septi�me jour, ou bien qu'apr�s le septi�me jour,il parfait son Ïuvre), il pense en consŽquence que, par ces sept jours, on n'en comprend qu'un seul, ˆ savoir la connaissance des anges, et ce nombre convient ˆ la distinction des choses connues plus qu'ˆ la distinction des jours, pour qu'on comprenne, par les six jours, la connaissance de l'ange, liŽe aux six genres de choses crŽŽes par Dieu. [Il pense] qu'un seul jour est la connaissance de l'ange en relation avec le repos de l'artisan, dans la mesure o� en lui-m�me il se reposa des crŽatures et alors, par le soir, on comprend la connaissance des crŽatures dans leur propre nature et par le matin la connaissance dans le Verbe.

 

 

 

La suite est de Vincent de Castrono (XVe si�cle). En voici la traduction (texte de lÕŽdition Marietti).

 

Mais selon d'autres saints, par ces jours est rŽvŽlŽ l'ordre temporel et la succession de la production. Car, selon eux, dans l'Ïuvre des six jours, on atteint non seulement l'ordre de la nature mais aussi celui du temps, et de la durŽe, car ils pensent que de m�me que l'absence de forme de la mati�re a prŽcŽdŽ dans le temps sa mise en forme, de m�me une mise en forme a prŽcŽdŽ aussi une autre forme dans la durŽe du temps. Mais ainsi que dans lÕarticle prŽcŽdent on l'a dit, l'absence de forme de la mati�re, selon eux, nÕest pas comprise comme le manque et l'exclusion de toute forme ; parce qu'il y avait dŽjˆ le ciel, l'eau et la terre, par lesquels on comprend les corps cŽlestes, les substances spirituelles et les quatre ŽlŽments qui subsistaient sous leurs formes propres ; mais ils comprennent l'absence de forme de la mati�re, selon qu'elle rŽv�le seulement l'absence et l'exclusion de la distinction qui lui est due et d'une certaine beautŽ achevŽe : parce qu'elle n'avait pas cette beautŽ et ce charme qui appara”t maintenant dans la crŽature corporelle.Et autant qu'on peut le comprendre de la Gen�se selon la lettre, une triple beautŽ manquait ˆ la nature corporelle, ce pourquoi on la disait sans forme. Car il manquait au ciel et ˆ tout corps diaphane le charme et la beautŽ de la lumi�re, dŽsignŽes par les tŽn�bres. Il manquait aussi l'ordre nŽcessaire ˆ l'ŽlŽment eau et la distinction nŽcessaire de l'ŽlŽment terre, cette absence de forme est dŽsignŽe sous le nom d'ab”me ; parce que ce nom signifie une immensitŽ sans ordre des eaux, comme Augustin le dit (Contre Fauste, XXII, 11). Mais ˆ la terre, il manquait une double beautŽ : l'une qu'elle poss�de du fait qu'elle a ŽtŽ dŽcouverte par les eaux et cette absence de forme est dŽsignŽe par ce qu'on dit : ÇMais la terre Žtait vide ou invisibleÈ, parce qu'elle ne pouvait s'ouvrir ˆ l'aspect corporel du fait que les eaux la recouvrait partout. Mais l'autre vient de ce qu'elle est ornŽe de plantes et par lˆ, on rejoint ce qui est dit qu'elle est dŽserte ou sans composition, c'est-ˆ-dire sans ornements.Et ainsi, avant l'Ïuvre de distinction, l'ƒcriture dŽcrit plusieurs distinctions qui prŽexistait dans les ŽlŽments du monde au commencement de la crŽation. 1) Elle traite la distinction du ciel et de la terre selon que par ciel, on comprend tout corps transparent, sous lequel on inclut le feu et l'air ˆ cause de leur transparence, en laquelle ils s'accordent avec le ciel. 2) Elle rejoint la distinction des ŽlŽments quant ˆ leurs formes substantielles du fait qu'elle dŽsigne l'eau et la terre qui sont plus apparentes pour les sens. Par lˆ elle donne ˆ comprendre aussi que les deux autres ŽlŽments le sont moins.3) Elle rejoint la distinction selon leur situation, parce que la terre Žtait sous les eaux, ce qui la rendait invisible, mais on signale que l'air, qui est le substrat des tŽn�bres, avait ŽtŽ sur les eaux du fait qu'il est dit Òles tŽn�bresÓ, c'est-ˆ-dire l'air tŽnŽbreux, Žtaient sur la face de l'ab”meÈ.Ainsi donc la mise en forme du premier corps qui est le ciel, a ŽtŽ accomplie le premier jour, par la production de la lumi�re, par laquelle la luminositŽ a ŽtŽ confŽrŽe au soleil et aux corps cŽlestes qui les avaient prŽcŽdŽs selon leurs formes substantielles, par qui l'absence de formes des tŽn�bres a ŽtŽ rejetŽe. Et par une mise en forme de ce genre a ŽtŽ faite la distinction du mouvement et du temps, c'est-ˆ-dire de la nuit et du jour ; car le temps suit le mouvement du ciel supŽrieur. C'est pourquoi il a distinguŽ la lumi�re des tŽn�bres, parce que la cause de la lumi�re Žtait dans la substance du soleil, et la cause des tŽn�bres dans l'opacitŽ de la terre ; et, dans un seul hŽmisph�re, il y avait la lumi�re et dans l'autre les tŽn�bres ; et c'est ce qu'il dit :ÇIl appela la lumi�re jour et les tŽn�bres nuit.È Le second jour, le corps intermŽdiaire, c'est-ˆ-dire l'eau, est formŽ et distinguŽ, recevant une distinction et un ordre, par la formation du firmament, de sorte que sous le nom d'eau, on comprend tous les corps transparents, et ainsi le firmament, c'est-ˆ-dire le ciel ŽtoilŽ, a ŽtŽ produit le second jour, non selon sa substance, mais selon une perfection accidentelle, il divisa les eaux qui sont au-dessus du firmament, c'est-ˆ-dire le ciel transparent et sans Žtoiles, qui est appelŽ aqueux, ou cristallin, dont les philosophes disent qu'il est la neuvi�me sph�re, et le premier mobile ; parce quÕil dŽroule tout le ciel d'un mouvement diurne, pour opŽrer, par son mouvement la continuitŽ de la gŽnŽration ; comme le ciel, en qui il y a les astres par mouvement, qui est selon le zodiaque, op�re la diversitŽ de la gŽnŽration et de la corruption par flux et reflux, pour nous, par les diffŽrents pouvoirs des Žtoiles ; par le firmament, dis-je, le ciel cristallin, qui est au-dessus du firmament, se sŽpare des eaux, c'est-ˆ-dire par les autres corps transparents corruptibles qui sont sous le firmament ; et ainsi les corps transparents infŽrieurs, dŽsignŽs sous le nom d'eau re�urent, par le firmament, une mise en ordre, et la distinction qui leur Žtait due. Le troisi�me jour, le corps ultime, c'est-ˆ-dire la terre, a ŽtŽ mis en forme par le fait qu'elle a ŽtŽ dŽcouverte par les eaux, et la distinction de la mer et du sable a ŽtŽ faite au fond. Voilˆ qui est assez convenable : de m�me quÕil avait exprimŽ la mise en forme de la terre, en disant que la terre Žtait invisible ou vide ; de m�me il exprime ainsi la mise en forme par ce qu'il dit : Qu'apparaisse aussi la terre s�che. Et les eaux ont ŽtŽ rassemblŽes en un seul lieu, ˆ part de la terre s�che. Et il appela mer le rassemblement des eaux et terre ce qui Žtait sec ; (parce qu'elle avait d'abord ŽtŽ sans forme et dŽserte) il la dŽcora de plantes et d'herbes.Le quatri�me jour, la premi�re partie de la crŽature corporelle, qui le premier jour avait ŽtŽ sŽparŽe, fut ornŽe, ˆ savoir le ciel par la production des luminaires ; qui selon leur substance ont ŽtŽ crŽŽs au commencement : mais auparavant leur substance Žtait sans forme, mais elle est mise en forme le quatri�me jour, non pas par une forme substantielle mais en recevant un pouvoir limitŽ, selon que celui-ci a ŽtŽ attribuŽ aux luminaires pour des effets dŽterminŽs, c'est ainsi que nous voyons que le rayon du soleil a d'autres effets, que celui de la lune et des Žtoiles. Et c'est pour cette dŽtermination du pouvoir que Denys dit (Les Noms divins, IV, ¤ 6, 697 B) que la lumi�re du soleil qui d'abord Žtait sans forme a ŽtŽ mise en forme le quatri�me jour. Mais il nÕa pas ŽtŽ fait des luminaires eux-m�mes, au commencement, comme le dit Jean Chrysostome ; mais seulement le quatri�me jour, pour qu'ainsi l'ƒcriture Žloigne le peuple de l'idol‰trie, en montrant que les luminaires ne sont pas des dieux, du fait qu'ils n'existaient pas au commencement. Le cinqui�me jour, la seconde partie de la nature corporelle qui a ŽtŽ sŽparŽe le second jour, est ornŽe par la production des oiseaux et des poissons, et c'est pourquoi, en ce cinqui�me jour, l'ƒcriture fait mention des eaux et du firmament du ciel, pour montrer quÕil rŽpond au second dans lequel lÕƒcriture en a fait mention. Donc en ce jour, ˆ partir de la mati�re ŽlŽmentaire dÕabord crŽŽe par le verbe de Dieu, il y eut les oiseaux et les poissons, produits en acte, en leur propre nature, pour l'ornement de l'air et de l'eau ; dans lesquels ils sont destinŽs ˆ se mouvoir convenablement d'un mouvement animŽ.Le sixi�me jour, est ornŽe la troisi�me partie et le corps ultime, ˆ savoir la terre, par la production des animaux terrestres, qui sont destinŽs ˆ se mouvoir sur terre d'un mouvement animŽ. C'est pourquoi, comme dans l'Ïuvre de la crŽation, on dŽsigne trois parties de la crŽature corporelle ; la premi�re, celle qui est dŽsignŽe par le nom de ciel, l'intermŽdiaire par le nom d'eau, et la plus basse par le nom de terre ; et la premi�re partie, ˆ savoir le ciel, est sŽparŽe le premier jour, et ornŽe le quatri�me, la partie intermŽdiaire ˆ savoir l'eau, est sŽparŽe le second jour et ornŽe le cinqui�me, comme on l'a dit, ainsi il convenait que la partie la plus basse, ˆ savoir la terre, qui a ŽtŽ sŽparŽe le troisi�me jour, ait ŽtŽ ornŽe le sixi�me par la crŽation des animaux terrestres, en acte, selon leurs esp�ces propres.Par lˆ appara”t, que dans l'exposition des Ïuvres des six jours, Augustin se sŽpare les autres saints. 1) Premi�rement, parce que, par la terre et l'eau crŽŽes avant m�me par l'opŽration de la crŽation, il comprend la mati�re premi�re totalement sans forme ; par la production du firmament, le rassemblement des eaux, et l'apparition de la terre s�che, il comprend l'induction des formes substantielles dans la mati�re corporelle. D'autres saints comprennent par la terre et l'eau crŽŽes d'abord, les ŽlŽments du monde existant sous leurs formes propres ; mais par les Ïuvres suivantes, ils comprennent la distinction dans les corps qui existait avant par des pouvoirs et des propriŽtŽs accidentelles qui leur ont ŽtŽ confŽrŽes, comme on l'a dit ci-dessus.2) Deuxi�mement leur point de vue est diffŽrent sur la production des plantes et des animaux, parce que les autres saints pensent qu'ils ont ŽtŽ produits en acte dans l'Ïuvre des six jours, comme dans leur propre nature. Mais Augustin pense qu'ils ont ŽtŽ produits en puissance seulement.Mais du fait qu'Augustin pense (La Gen�se au sens littŽral, IV, 34) que toutes les Ïuvres des six jours ont ŽtŽ accomplies en m�me temps, elles ne semblent pas se diversifier des autres par leur mode de production. 1) Premi�rement, parce que selon lÕopinion des uns et les autres dans la premi�re production, la mati�re Žtait sous les formes substantielles des ŽlŽments ; de sorte que la mati�re premi�re nÕa pas prŽcŽdŽ en durŽe les formes substantielles des ŽlŽments du monde. 2) Deuxi�mement parce que selon l'opinion des uns et des autres, dans l'institution premi�re des choses, par l'Ïuvre de crŽation, il n'y eut ni plantes ni animaux en acte mais seulement en puissance, pour qu'ils puissent �tre produits de leurs ŽlŽments m�me par le pouvoir du Verbe.Mais il reste encore une diffŽrence, entre eux quant au quatri�me [jour] ; parce selon d'autres saints, apr�s la premi�re production de la crŽature, par laquelle ont ŽtŽ produits les ŽlŽments du monde et les corps cŽlestes selon leurs formes substantielles, il y eut un temps pendant lequel il n'y avait pas de lumi�re : d'une part, en ce temps-lˆ, il nÕy avait pas de firmament en forme, ni de corps transparent en ordre et sŽparŽ ; d'autre part, en ce temps-lˆ, il n'y avait pas de terre dŽcouverte par les eaux, et pas de luminaires du ciel en forme, ce qui est du quatri�me [jour], ce quÕil ne faut pas admettre, selon l'exposition d'Augustin (loc. cit.) qui a pensŽ que tout cela a ŽtŽ formŽ en m�me temps, et dans le m�me instant. Que les Ïuvres des six jours, pour d'autres saints, n'aient pas ŽtŽ produites en m�me temps, mais successivement, cela ne vient pas de la dŽfaillance de la puissance du crŽateur, qui aurait pu tout produire en m�me temps, mais c'Žtait pour dŽmontrer l'ordre de la sagesse divine dans l'institution des choses, qui en faisant venir ˆ l'�tre ˆ partir du nŽant, ne les Žtablit pas, aussit™t apr�s le nŽant, dans l'ultime perfection de leur nature, mais d'abord il les fit exister dans une certaine imperfection et ensuite il les amena ˆ la perfection, pour que du nŽant, le monde parvienne graduellement du nŽant ˆ l'ultime perfection ; et ainsi par divers degrŽs de perfection, les diffŽrents jours ont servi ˆ montrer que leur �tre proc�de de Dieu, contre ceux qui pensent que la mati�re est incrŽŽe, et nŽanmoins Dieu lui-m�me appara”trait comme crŽateur de la perfection des choses contre ceux qui dŽcrivent la formation des �tres infŽrieurs par d'autres causes.Donc la premi�re de ces expositions, ˆ savoir celle d'Augustin, est plus subtile ; elle dŽfend davantage l'ƒcriture contre la dŽrision des infid�les, mais la seconde, ˆ savoir celle des autres saints, est plus facile et en accord avec la lettre du texte. Cependant, parce que ni l'une ni l'autre ne contredit la vŽritŽ de la foi et que le contexte supporte les deux sens, comme ni lÕune ni lÕautre n'apportent de prŽjudice, il faut rŽpondre en soutenant ces deux opinions par leurs raisons propres.Solutions :# 1. Il faut donc dire que dans la production des Ïuvres divines, l'ordre de la nature et de l'origine a ŽtŽ conservŽ, mais pas celui de la durŽe. Car la nature spirituelle a ŽtŽ produite avant par nature et par origine et la nature corporelle sans forme a ŽtŽ formŽe apr�s. Et, bien que l'une et l'autre nature aient ŽtŽ formŽes en m�me temps, parce que cependant la nature spirituelle est plus digne que la nature corporelle, sa mise en forme a dž prŽcŽder celle de la nature corporelle dans l'ordre de la nature. De nouveau, parce que la nature corporelle incorruptible est plus digne que la nature corruptible, elle a dž �tre formŽe avant dans l'ordre de la nature. Et ainsi, par le premier jour la mise en forme de la nature spirituelle est dŽsignŽe par la production de la lumi�re, par laquelle l'esprit de la crŽature spirituelle est ŽclairŽ en se tournant vers le Verbe, le second jour, la mise en forme de la nature corporelle cŽleste et incorruptible est dŽsignŽe par la production du firmament, par lequel nous comprenons que tous les corps cŽlestes ont ŽtŽ crŽŽs et sŽparŽs selon leurs formes ; le troisi�me jour, la mise en forme de la nature corporelle des quatre ŽlŽments est dŽsignŽe par le rassemblement des eaux et l'apparition de la terre s�che ; le quatri�me jour, l'ornement du ciel est dŽsignŽ par la production des luminaires, qui, dans l'ordre de la nature, doit prŽcŽder l'ornement de l'eau et de la terre qui a ŽtŽ fait les jours suivants. Et ainsi les Ïuvres divines ont ŽtŽ faites dans un certain ordre, ˆ savoir celui de la nature et non celui de la durŽe.# 2. La mise en forme des choses n'a pas ŽtŽ faite successivement, ni en diffŽrentes parties du temps ; mais on lit que tous ces six jours, pendant lesquels Dieu a accompli ses Ïuvres, sont une seul jour prŽsentŽ avec six distinctions des choses, selon lesquelles on les compte ; de m�me quÕil nÕy avait quÕun seul Verbe, ˆ savoir le Fils de Dieu, par lequel tout a ŽtŽ fait, quoiqu'on dise frŽquemment : ÇDieu a dit È. Et de m�me que ces Ïuvres, qui ˆ partir d'elles sont propagŽes par l'opŽration de nature, sont conservŽes dans les suivantes ; de m�me ces six jours demeurent dans toute la succession du temps. Et on le montre ainsi : la nature angŽlique, en effet, est intellectuelle, et est appelŽe proprement lumi�re, c'est pourquoi il faut que cette mise en lumi�re soit appelŽe jour. Mais la nature angŽlique re�oit la connaissance des choses au commencement de leur fondation, et ainsi d'une certaine mani�re la lumi�re de son intellect Žtait reprŽsentŽe dans les crŽatures, en tant qu'elles Žtaient connues par la lumi�re de son esprit ; c'est pourquoi la connaissance m�me des choses apportant la reprŽsentation de la lumi�re de l'esprit angŽlique sur les choses connues est appelŽ jour, et selon les divers genres de connaissances et leur ordre les jours sont distinguŽs et ordonnŽs, de sorte que le premier jour soit la connaissance de la premi�re Ïuvre divine, en tant que mise en forme de la crŽature spirituelle, qui se tourne vers le Verbe, que le second jour soit la connaissance de la seconde Ïuvre selon la crŽature corporelle supŽrieure a ŽtŽ mise en forme par la production du firmament, que le troisi�me jour soit la connaissance de la troisi�me Ïuvre en tant que la mise en forme de la crŽature corporelle quant ˆ sa partie infŽrieure, ˆ savoir, la terre, l'eau et l'air voisin ; que le quatri�me jour soit la connaissance de la quatri�me Ïuvre en tant que partie supŽrieure, c'est-ˆ-dire le firmament ornŽ par la production des luminaires ; que le cinqui�me jour soit la connaissance de la cinqui�me Ïuvre divine, en tant que l'air et l'eau ont ŽtŽ ornŽs par la production des oiseaux et des poissons ; que le sixi�me jour soit la connaissance de la sixi�me Ïuvre, en tant que la terre est ornŽe par la production des animaux terrestres ; que le septi�me jour soit la connaissance de l'ange relative au repos de l'artisan par lequel il se repose en lui des Ïuvres nouvelles ˆ fonder. Mais comme Dieu est la pleine lumi�re, et qu'en lui il n'y a aucunes tŽn�bres, sa connaissance m�me en soi est la pleine lumi�re ; mais parce que la crŽature du fait qu'elle tire son origine du nŽant, a en soi les tŽn�bres de la possibilitŽ et de l'imperfection, il faut que la connaissance par laquelle la crŽature est connue, soit m�lŽe de tŽn�bres. Mais elle peut �tre connue de deux mani�res : a) Ou dans le Verbe, selon qu'elle sort de l'art divin ; et ainsi sa connaissance est appelŽe matutinale ; parce que, de m�me que le matin est la fin des tŽn�bres et le commencement de la lumi�re, de m�me la crŽature par la lumi�re du Verbe, apr�s ne pas avoir existŽ, re�oit le principe de la lumi�re. b) Elle est aussi connue dans la mesure o� elle existe dans sa nature propre, et une telle connaissance est appelŽe vespŽrale, du fait que, de m�me que le soir est le terme de la lumi�re, et tend vers la nuit, la crŽature qui subsiste en soi, est le terme de l'opŽration de la lumi�re divine du Verbe, en tant que crŽŽe par lui, et de soi en tendant aux tŽn�bres de la dŽfaillance, ˆ moins qu'elle ne soit portŽe par le Verbe.Et c'est pourquoi une telle connaissance distinguŽe en matutinale et vespŽrale est appelŽe jour ; parce que, de m�me que par comparaison ˆ la connaissance du verbe, elle est tŽnŽbreuse, de m�me, par comparaison ˆ l'ignorance qui est uniquement tŽn�bres, on l'appelle lumi�re ; et ainsi on atteint le passage entre le matin et le soir, selon que l'ange se connaissant lui-m�me, dans sa propre nature, rapporte cette connaissance, comme ˆ sa fin, ˆ la louange du Verbe, en qui il a re�u la connaissance de l'opŽration suivante comme en son principe. Et de m�me qu'un tel matin est la fin du jour prŽcŽdent, de m�me, il est le commencement du jour suivant ; car le jour est une partie du temps et l'effet de la lumi�re. Mais la distinction des premiers jours, n'est pas prise selon la distinction du temps, mais du c™tŽ de la lumi�re spirituelle, selon que les diffŽrents genres distincts de crŽatures sont connus par la lumi�re de l'esprit angŽlique.# 3. On nie que la lumi�re ne soit pas proprement dans les �tres spirituels. Car Augustin (La Gen�se au sens littŽral, IV, 24) dit que dans les �tres spirituels la lumi�re est meilleure et plus assurŽe, et que le Christ n'est pas appelŽ lumi�re de la m�me mani�re quÕil est appelŽ rocher[557], un mot lui est propre, et l'autre figurŽ. Car tout ce qui est manifestŽ est lumi�re, comme il est dit (Ep. 5, 13). Mais la manifestation est plus proprement dans les �tres spirituels que dans les �tres corporels ; c'est pourquoi Denys, (Les noms divins, IV, 4) place la lumi�re parmi les noms intelligibles de Dieu, mais ces noms intelligibles ont une signification propre pour les �tres spirituels. Et quand on prouve l'inverse, on dit que le nom de lumi�re fut d'abord imposŽ pour signifier ce qui se manifeste par le sens de la vue, et de cette mani�re, la lumi�re est seulement une qualitŽ sensible par soi, et n'est pas employŽe proprement pour les �tres spirituels ; deuxi�mement, il s'est Žtendu de l'usage commun, pour signifier tout ce qui se manifeste par une connaissance quelconque, et ainsi il est dans l'usage commun des locuteurs ; et de cette mani�re, on dit que la lumi�re est plus proprement signifiŽe dans les �tres spirituels.# 4. Ces jours sont distinguŽs non selon la succession de la connaissance, mais selon l'ordre naturel des choses connues, comme on l'a dit ci-dessus, c'est pourquoi Augustin veut (La citŽ de Dieu, XI, 7 et 9) que ces sept jours soient un seul jour reprŽsentŽ de sept mani�res. Et c'est pourquoi l'ordre des jours doit �tre rapportŽ ˆ l'ordre naturel des Ïuvres, qui sont attribuŽes aux jours, selon qu'elles sont connues en m�me temps dans le Verbe par la lumi�re de l'esprit angŽlique.# 5. Par les six jours, pendant lesquels on dit que Dieu crŽa le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, on comprend non pas une succession temporelle, mais la connaissance angŽlique en rapport aux six genres de choses produites par Dieu ; mais le septi�me jour est la connaissance m�me de l'ange en rapport avec le repos de l'artisan ; car on dit, selon Augustin, (La Gen�se au sens littŽral, IV, 15) que Dieu le septi�me jour se reposa, un repos particulier o� il se repose en lui-m�me des crŽatures, il demeure bienheureux sans avoir besoin d'elles, mais en se suffisant ˆ lui-m�me, il le montra ˆ l'esprit angŽlique dont il appelle jour la connaissance. Et on dit qu'il cessa l'Ïuvre le septi�me jour, parce que, ensuite, il ne fit rien de nouveau qui nÕaurait pas existŽ prŽcŽdemment d'une certaine mani�re, dans les Ïuvres des six jours, matŽriellement, causalement, ou selon une ressemblance de l'esp�ce ou du genre.Et parce que, apr�s toutes les Ïuvres crŽŽes, Dieu, le septi�me jour se reposa en lui-m�me, l'ƒcriture et la Loi ordonne de sanctifier le septi�me jour. Car la sanctification d'une chose consiste surtout en ce qu'elle repose en Dieu ; c'est pourquoi les objets consacrŽs ˆ Dieu (comme le tabernacle, les vases du pr�tre) sont appelŽs saints. Mais on dit que le septi�me jour consacrŽ au culte de Dieu est sanctifiŽ ainsi, de m�me que Dieu qui crŽa les six genres des crŽatures et les montra ˆ l'esprit angŽlique, ne se reposa pas dans les crŽatures, comme en sa fin, mais des crŽatures m�mes en lui ; il demeura en lui-m�me en quoi consiste sa bŽatitude, (quoiqu'il ne soit pas bienheureux dÕavoir fait les crŽatures, mais du fait que, ayant sa suffisance en lui, il n'a pas besoin dÕelles) ; ainsi, nous aussi, apprenons ˆ nous reposer non pas dans ses Ïuvres ou les n™tres, comme dans une fin ; mais en Dieu m�me, en qui consiste notre bŽatitude, reposons-nous, car c'est pour cela qu'il a ŽtŽ instituŽ que l'homme travaillant six jours ˆ ses propres Ïuvres, se reposerait le septi�me, se consacrant au culte divin et au repos de la contemplation divine, dans laquelle consiste essentiellement la sanctification de l'homme.La nouveautŽ du monde aussi dŽmontre prŽcisŽment que Dieu existe, et qu'il n'a pas besoin des crŽatures, et c'est pourquoi il a ŽtŽ Žtabli dans la Loi qu'elles se reposeraient et qu'elles feraient f�te le septi�me jour o� le monde a ŽtŽ achevŽ, pour que par la nouveautŽ du monde crŽŽ en m�me temps, et par les six genres diffŽrents des choses, l'homme demeure toujours dans la connaissance de Dieu et qu'il lui rende gr‰ce du bienfait si utile et si important de la crŽation, et qu'en lui comme en sa fin, il place le repos de son esprit dans le prŽsent par gr‰ce et dans le futur par la gloire.# 6. On dit que n'importe quelle Ïuvre nouvelle produite par Dieu en rapport avec la connaissance angŽlique est appelŽ jour ; et parce qu'il y eut seulement six genres de choses produites primitivement par Dieu, et connus par l'esprit angŽlique, comme on l'a dit ci-dessus, il y a seulement six jours ; auxquels on ajoute un septi�me, ˆ savoir la connaissance m�me de l'ange en soi en rapport avec le repos de Dieu en lui-m�me. Car il n'a rien produit dans la nature des �tres, dont il nÕest induit dans l'ordre de la nature dÕabord la connaissance dans l'esprit angŽlique.# 7. La solution est ŽclairŽe par ce qui a ŽtŽ dit ci-dessus, parce que ces jours ne sont pas distinguŽs selon la distinction de la connaissance angŽlique, mais par celle des premi�res Ïuvres en rapport avec la connaissance angŽlique, et ainsi cette distinction des Ïuvres, et non pas celle des connaissances, apporte la distinction des premiers jours ; et ainsi ces six jours sont distinguŽs selon que la lumi�re de l'esprit angŽlique est appliquŽe pour conna”tre les six genres de choses.# 8. Selon Augustin par ces trois expressions est signifiŽ le triple �tre des choses. a) Premi�rement l'�tre des choses dans le Verbe, car les crŽatures ont l'�tre dans l'art divin parce quÕil est le Verbe, avant de lÕavoir en elles-m�mes, et il en est fait mention quand il est dit : ÇMais Dieu le dit, et ce fut faitÈ ; c'est-ˆ-dire le Verbe l'a engendrŽ, en qui Žtait lÕ�tre ˆ crŽer. b) Deuxi�mement, l'�tre des choses dans l'esprit angŽlique, parce que Dieu n'a rien produit dans la nature qu'il ne l'ait reprŽsentŽ dans l'esprit angŽlique, et il en est fait mention quand il dit : ÇCe fut faitÈ, c'est-ˆ-dire par induction du Verbe dans l'esprit angŽlique. c) Troisi�mement l'�tre des choses dans leur propre nature, et il en est fait mention par ce qu'il dit : ÇIl fitÈ. Car de m�me que lÕidŽe par laquelle est crŽŽe la crŽature, est dans le Verbe avant qu'elle ne soit crŽŽe, de m�me la connaissance de cette m�me idŽe est par l'ordre de la nature dans l'esprit angŽlique, avant la production m�me de la crŽature. Et ainsi l'ange a une triple connaissance des crŽatures, selon qu'elles sont dans le Verbe, dans son esprit ou dans leur propre nature ; la premi�re est appelŽe connaissance matutinale, les deux autres sont comprises sous le nom de connaissance vespŽrale. Et pour montrer ce double mode de connaissance dans la crŽature spirituelle, il est dit : ÇIl y eut un soir et un matin, un jour unique (Gn, 1, 5)È. Donc par les six jours pendant lesquels, on lit que Dieu crŽa tout, Augustin comprend (La citŽ de Dieu, XI, 9 [558] ) non pas ces jours ordinaires qui s'accomplissent par la course du soleil, puisqu'on lit que le soleil a ŽtŽ crŽŽ le quatri�me jour, mais un seul jour, c'est-ˆ-dire la connaissance angŽlique prŽsentŽe par six genres de choses. C'est pourquoi, de m�me que la reprŽsentation de la lumi�re corporelle sur ces choses infŽrieures compte pour un jour temporel, de m�me la reprŽsentation de la lumi�re spirituelle de l'intellect angŽlique sur les crŽatures, compte pour un jour spirituel ; de sorte quÕainsi, ces six jours sont distinguŽs selon que la lumi�re de l'intellect angŽlique est appliquŽe ˆ conna”tre les six genres de choses ; pour que le premier jour soit la connaissance de la premi�re Ïuvre divine, le second la connaissance de la seconde, etc..Et ainsi, ces six jours sont distinguŽs non selon l'ordre du temps ou la succession des �tres, mais selon l'ordre naturel des choses connues, selon qu'une Ïuvre a ŽtŽ connue avant l'autre, dans l'ordre de la nature. Et de m�me que dans le jour ordinaire et matŽriel, le matin est le commencement du jour et le soir en est la fin ou le terme, de m�me la connaissance de chaque Ïuvre, selon son �tre dÕorigine, selon qu'il a l'�tre dans le Verbe, est appelŽe matutinale, mais sa connaissance selon l'�tre ultime, dans la mesure o� elle subsiste dans sa nature propre, est appelŽ vespŽrale. Car le principe de l'�tre de nÕimporte quelle chose chose est dans sa cause d'o� elle dŽcoule, mais son terme est dans ce en quoi elle est re�ue, et o� l'action de la cause se termine. C'est pourquoi la connaissance premi�re d'une chose est selon qu'elle est considŽrŽe dans sa cause d'o� elle dŽcoule ; mais la connaissance ultime est selon ce qui est est considŽrŽ en elle-m�me.Donc comme l'�tre des crŽatures dŽcoule du Verbe Žternel, comme d'un principe primordial, et que cet Žcoulement se termine ˆ lÕ�tre qu'elles ont dans leur propre nature, il s'ensuit que la connaissance dans le Verbe qui appartient ˆ leur �tre premier et dÕorigine doit �tre appelŽ matutinale, par ressemblance au matin qui est le commencement du jour, mais la connaissance de la crŽature dans sa propre nature, qui appartient ˆ son �tre ultime et achevŽ, doit �tre appelŽe vespŽrale, parce que le soir est le terme du jour. C'est pourquoi de m�me que six genres de choses, rapportŽs ˆ la connaissance angŽlique, distinguent les jours, de m�me l'unitŽ de la chose connue qui peut �tre connue de diverses mani�res, constitue l'unitŽ du jour, et distingue le jour par le soir et le matin.# 9. L'ange ne peut pas dans sa propre nature comprendre plus au commencement, et originairement mais il peut bien comprendre plus en consŽquence du fait qu'il est en relation avec l'un intelligible. Et parce que toute chose produite par sa nature propre, a d'abord ŽtŽ dans lÕordre de la nature, selon ses ressemblances, induites dans l'esprit angŽlique, l'ange en se connaissant, conna”t en m�me temps d'une certaine mani�re ces six genres de choses, qui ont un ordre naturel entre eux, car en se connaissant, il conna”t tout ce qui a l'�tre en soi. # 10. Il peut y avoir deux opŽrations en m�me temps, pour une m�me puissance dont l'une se rapporte ˆ l'autre et lui est ordonnŽe et il est clair que la volontŽ veut en m�me temps la fin et ce qui la concerne et l'esprit comprend en m�me temps les principes et les conclusions par les principes, quand il en a cependant acquis la science. Mais la connaissance vespŽrale dans les anges se rapporte ˆ la connaissance matutinale, comme Augustin le dit (Dial. 65, qu. 26, Sur la Gen�se, II, ch., 3 et 8), de m�me que la connaissance et l'amour naturels sont ordonnŽs ˆ la connaissance et ˆ l'amour de gloire. C'est pour cela que rien n'emp�che que, dans l'ange, il y ait en m�me temps une connaissance matutinale et vespŽrale, comme il y a en m�me temps la connaissance naturelle et la connaissance de gloire. Car deux opŽrations d'une seule puissance, qui proc�dent de deux esp�ces d'un m�me genre, dont l'une n'a pas de rapport avec l'autre (telles sont toutes les esp�ces crŽŽes inhŽrentes ˆ l'esprit) ne peuvent exister en m�me temps ; c'est pourquoi l'ange ne peut pas produire en m�me temps par diverses formes concr�tes diverses intellections. Mais si ces deux opŽrations proc�dent des formes de genres et de raisons diffŽrents, et dont l'une est ordonnŽe ˆ l'autre (telles sont la forme subsistante incrŽŽe et la forme inhŽrente crŽŽe), elles peuvent coexister.Et parce que la connaissance par laquelle l'ange voit les choses dans leur nature propre, qui est appelŽe vespŽrale, se fait pas une esp�ce intelligible, crŽŽe et inhŽrente, et que la connaissance, par laquelle il voit les choses dans le Verbe, appelŽe matutinale, se fait par l'essence du Verbe qui n'est pas inhŽrente, ce qui est d'un autre genre et d'une autre nature, et que l'une est ordonnŽe ˆ l'autre, les deux connaissances pourront exister en m�me temps. Car la forme concrŽŽe inhŽrente ˆ l'esprit ne rŽpugne pas ˆ l'union de l'esprit ˆ l'essence du Verbe, qui n'actualise pas l'intellect quant ˆ son �tre, mais seulement quant ˆ son intellection, puisqu'il n'est pas d'une seule nature, mais d'un ordre plus ŽlevŽ, et cette forme inhŽrente m�me et tout ce qui est parfait dans l'intellect crŽŽ, est comme une disposition matŽrielle ˆ cette union et ˆ la vision bienheureuse par laquelle ils voient la crŽation dans le Verbe.Et c'est pourquoi, de m�me que la disposition ˆ une forme et cette forme peuvent �tre dans un acte parfait en m�me temps, de m�me la forme intelligible inhŽrente se trouve en m�me temps dans l'acte parfait avec union ˆ l'essence du Verbe ; c'est pourquoi, en m�me temps, de l'esprit de l'ange bienheureux proc�de une double opŽration : a) en raison de son union ˆ l'essence du Verbe, par laquelle il voit les �tres dans le Verbe, ce qui est appelŽ connaissance matutinale et b) l'autre en raison de la forme qui y est inhŽrente par laquelle il voit les choses dans leur propre nature, qui est appelŽe connaissance vespŽrale. Et l'une de ces actions n'est pas affaiblie ou attŽnuŽe par son attention ˆ l'autre, mais elle en est plut™t renforcŽe, puisque l'une des deux est la raison de l'autre, comme l'image dÕun objet vu est renforcŽe quand il est vu en acte par l'Ïil externe. Car l'action par laquelle les bienheureux voient le Verbe, et les crŽatures en lui, est la raison de n'importe quelle action trouvŽe en eux. Mais deux actions dont l'une est la raison de l'autre, ou dont lÕune est ordonnŽe ˆ l'autre, peuvent venir en m�me temps d'une seule puissance.Et alors une seule puissance, selon les diverses formes ordonnŽes entre elles, se termine ˆ des actes divers, non pas dans l'identique mais dans la diversitŽ. Car les esp�ces des diffŽrents genres, ordres, dont les diverses natures peuvent �tre unies ensemble dans un acte parfait ; comme on le voit pour la couleur, l'odeur et la saveur dans un fruit.Mais l'essence divine, par laquelle l'esprit angŽlique voit les crŽatures dans le Verbe, (puisquÕelle est incrŽŽe et subsistante par soi) et l'essence de l'ange par laquelle il se voit toujours lui et les choses selon qu'elles ont l'�tre en soi, (puisque cette essence a ŽtŽ crŽŽ, et quÕelle subsiste par soi dans un �tre re�u o� subsiste son esprit), et l'esp�ce infuse, ou concrŽŽe, par laquelle il voit les choses dans leur propre nature (puisqu'elle est inhŽrente ˆ son esprit), sont dites de diffŽrents ordres, genres, et de diffŽrentes natures ; de sorte que la premi�re est comme la raison des autres, et la seconde comme la raison de la troisi�me, et c'est pourquoi l'esprit angŽlique pourra en m�me temps, avoir trois opŽrations selon ces trois formes ; de m�me que l'‰me du Christ comprend en m�me temps les choses par l'esp�ce du Verbe, par les formes infuses et les esp�ces acquises. # 11. Selon Augustin (A Orose, question 21), de m�me que l'absence de forme de la mati�re a prŽcŽdŽ sa mise en forme, non dans le temps, mais dans l'ordre, comme le son et la voix prŽc�de le chant ; de m�me la mise en forme de la nature spirituelle qui est dŽsignŽe dans la production de la lumi�re, puisqu'elle est plus digne que la nature corporelle, elle a prŽcŽdŽ la mise en forme de la crŽature corporelle, dans l'ordre de la nature et de l'origine, et non dans l'ordre du temps. Mais la mise en forme de la nature spirituelle vient du fait qu'elle est ŽclairŽe pour adhŽrer au Verbe, non par la gloire parfaite sans laquelle elle a ŽtŽ crŽŽe, mais par la gr‰ce parfaite avec laquelle elle a ŽtŽ crŽŽe. Donc par cette lumi�re est faite la distinction des tŽn�bres, c'est-ˆ-dire par ce manque de forme de la crŽature corporelle, pas encore mis en forme, mais dans l'ordre d'une nature ˆ mettre en forme par la suite.Car la mise en forme de la crŽature spirituelle peut �tre comprise de deux mani�res : 1) par l'infusion de la gr‰ce, 2) par la conservation de la gloire.a) Selon Augustin, la premi�re gr‰ce est parvenue aussit™t ˆ la crŽature spirituelle, au commencement de sa crŽation et alors, par les tŽn�bres, qui se distinguent de la lumi�re, on ne comprend pas le pŽchŽs des mauvais anges, mais l'absence de forme de la nature, qui n'avait pas encore ŽtŽ formŽe, mais Žtait dans l'ordre de la nature, devant �tre formŽe dans les opŽrations suivantes, comme il est dit dans La Gen�se au sens littŽral, (I, 5, VI et VII). Ou comme il est dit Sur la Gen�se, (livre IV ch. XXII et XXIII), par le jour est signifiŽe la connaissance de Dieu, par la nuit la connaissance de la crŽature, qui est tŽn�bres par rapport ˆ la connaissance divine, comme il est dit dans le m�me livre. Ou si, par les tŽn�bres nous comprenons les anges pŽcheurs, cette division ne se rapporte pas au pŽchŽ prŽsent, mais au pŽchŽ futur, qui Žtait dans la prescience de Dieu. C'est pourquoi dans le livre A Orose (question 24), il dit : ÇParce que Dieu savait ˆ l'avance, par l'ordre immuable de sa prescience, que quelques anges tomberaient par orgueil, il les divisa en bons et mŽchants ; appelant les mŽchants tŽn�bres et les bons lumi�re.Èb) La seconde mise en forme de la nature spirituelle n'appartient pas au commencement de l'institution des choses, mais plus ˆ leur Žvolution o� elles sont gouvernŽes par la providence divine. Donc la distinction de la lumi�re et des tŽn�bres, selon que, par les tŽn�bres, on comprend les pŽchŽs des dŽmons, doit �tre entendue selon la prescience de Dieu. C'est pourquoi Augustin dit dans le livre XI de La CitŽ de Dieu, (ch. 20), que seul a pu discerner la lumi�re des tŽn�bres celui qui a pu avant qu'ils ne tombent prŽvoir qu'ils tomberaient. Mais selon que, par les tŽn�bres, on comprend l'absence de forme de la nature corporelle ˆ former, on signale l'ordre, non pas du temps, mais de la nature, entre la formation de l'une et l'autre nature. # 12. Une fois Žtabli que tout a ŽtŽ crŽŽ en m�me temps dans la forme et la mati�re, il est dit que l'ange a eu connaissance de la crŽature corporelle ˆ faire, non pas parce qu'elle serait future dans le temps, mais parce qu'elle Žtait connue comme devant exister dans la mesure o� elle Žtait considŽrŽe dans sa cause, en qui elle Žtait pour pouvoir en procŽder. De m�me on peut dire que celui qui conna”t un coffre par lÕart d'o� il est fait, le conna”t comme devant exister. Car la connaissance des choses dans le Verbe est appelŽe matutinale, que la chose soit dŽjˆ faite, ou ˆ faire, et elle se comporte indiffŽremment pour le prŽsent et le futur, parce qu'elle est conforme ˆ la connaissance de Dieu, par laquelle il conna”t absolument tout avant que ce soit fait, comme apr�s avoir ŽtŽ fait. Et cependant toute connaissance de la chose dans le Verbe, concerne ce qui est ˆ faire, dŽjˆ fait, ou non, puisque le mot fiendum (ˆ faire) n'indique pas le temps, mais la sortie de la crŽature du crŽateur ; il en est de m�me la connaissance de l'Ïuvre dans l'art, qui est selon son devenir, quoique l'Ïuvre n'ait pas encore ŽtŽ rŽalisŽe. C'est pourquoi, bien que la crŽature corporelle ait ŽtŽ faite en m�me temps que la nature spirituelle, on dit cependant que l'ange a re�u du Verbe une connaissance de ce qui devait �tre fait, pour la raison dŽjˆ dite.# 13. De m�me que le matin prŽc�de le soir, la connaissance matutinale prŽc�de la connaissance vespŽrale dans l'ordre de la nature, non en rapport avec une seule et m�me Ïuvre, mais en rapport avec diffŽrentes Ïuvres ; mais la connaissance vespŽrale de la premi�re opŽration est comprise dans l'ordre de la nature, la connaissance matutinale Žtant celle de l'Ïuvre postŽrieure. Car l'Ïuvre du premier jour est la production de la lumi�re par laquelle on comprend la formation de la nature angŽlique par l'illumination de la gr‰ce, mais la connaissance par laquelle la crŽature spirituelle se conna”t elle-m�me naturellement suit son �tre dans sa nature propre. Et ainsi la crŽature spirituelle dans l'ordre naturel se conna”t dans sa nature propre par une connaissance vespŽrale par laquelle elle se conna”t comme dŽjˆ faite, avant de se conna”tre dans le Verbe en qui est connue l'Ïuvre de Dieu, comme ˆ faire.Donc, dans cette connaissance par laquelle les bons anges se sont connus eux-m�mes, ils ne sont pas demeurŽs comme jouissant d'eux m�mes, et pla�ant leur fin en eux, parce quÕils seraient devenus nuit, comme les mauvais anges qui ont pŽchŽ, mais ils ont rapportŽ leur connaissance ˆ la louange de Dieu, et ainsi ˆ partir de sa connaissance, le bon ange s'est tournŽ vers la contemplation du Verbe en qui il y a le matin du jour suivant, selon qu'en lui, il a re�u la connaissance de l'Ïuvre suivante, ˆ savoir celle du firmament.Mais, de m�me que nous voyons dans le temps continu, que, dans le m�me instant, il y a deux temps, selon qu'il est la fin du passŽ et le commencement du futur, de m�me la connaissance matutinale du second jour est le terme du premier, et le commencement du second, et ainsi de suite jusqu'au septi�me jour. Et c'est pourquoi au premier jour, on dŽsigne seulement le soir, parce que l'ange a eu d'abord la connaissance vespŽrale de lui-m�me et de celle-ci il est passŽ ˆ la connaissance matutinale, selon que de la contemplation de lui-m�me il s'est tournŽ vers celle du Verbe, en qui il y a le matin du jour suivant, dans la mesure o� il re�oit dans le Verbe la connaissance matutinale de l'Ïuvre suivante. C'est pourquoi, la connaissance matutinale par rapport ˆ une seule et m�me Ïuvre apr�s le premi�re prŽc�de naturellement la connaissance vespŽrale de celle-ci, mais la connaissance vespŽrale de la premi�re Ïuvre, prŽc�de naturellement la connaissance matutinale de la suivante ; c'est pourquoi, de m�me que le premier jour a seulement un soir, le septi�me jour qui signifie la contemplation de Dieu, a seulement un matin ; car ce jour nÕest clos par aucune limite![559].# 14. Augustin appelle la connaissance matutinale, celle qui est en pleine lumi�re ; c'est pourquoi elle contient en soi le midi. Car il appelle une telle connaissance quelquefois diurne, mais quelquefois matutinale. Ou on peut dire que toute connaissance de l'esprit angŽlique est m�lŽe de tŽn�bres du c™tŽ de celui qui conna”t ; c'est pourquoi aucune connaissance d'un esprit angŽlique ne peut �tre appelŽe mŽridienne, car seule la connaissance par laquelle Dieu conna”t tout en lui-m�me le peut. De plus, comme Dieu est pleine lumi�re, qu'il n'y a aucunes tŽn�bres en lui, comme cette connaissance de Dieu en soi et parfaite est pleine lumi�re, elle peut �tre appelŽe mŽridienne, mais, parce que la crŽature du fait qu'elle vient du nŽant, a les tŽn�bres de la potentialitŽ et de l'imperfection, aussi, la connaissance m�me de la crŽature est m�lŽe de tŽn�bres ; ce mŽlange est signifiŽ par le matin et le soir, selon que la crŽature elle-m�me peut �tre connue de deux mani�res ; ou dans le Verbe selon qu'elle sort de l'art divin, et ainsi sa connaissance est appelŽe matutinale, parce que, de m�me que le matin est la fin des tŽn�bres, et le commencement de la lumi�re, de m�me la crŽature apr�s les tŽn�bres, c'est-ˆ-dire apr�s quÕelle existe, prend du Verbe m�me le principe de la lumi�re. Car existant par l'esp�ce crŽŽe, elle peut �tre connue dans sa propre nature, et une telle connaissance est appelŽe vespŽrale, parce que, de m�me que le soir est le terme de la lumi�re, et tend ˆ la nuit, de m�me la crŽature qui subsiste en soi est le terme de l'opŽration du Verbe, qui est lumi�re, comme faite par le Verbe et en tant qu'elle est de soi, la dŽfaillance tend aux tŽn�bres, ˆ moins qu'elle ne soit portŽe par le Verbe.Cependant cette connaissance est appelŽe jour, parce que, en comparaison avec la connaissance du Verbe, elle est obscure, de m�me par comparaison avec l'ignorance, qui est tout ˆ fait obscure, elle est appelŽe lumi�re ; comme la vie des justes est appelŽe obscure par comparaison ˆ la vie de gloire, elle est appelŽe cependant lumi�re, par rapport ˆ la vie des pŽcheurs. De plus, comme le matin et le soir sont des parties du jours, le jour dans les anges est la connaissance ŽclairŽe par la lumi�re de la gr‰ce ; c'est pourquoi la connaissance matutinale et vespŽrale s'Žtend seulement ˆ la connaissance gratuite des biens ; c'est pourquoi la connaissance m�me des Ïuvres divines, par lÕange ŽclairŽ est appelŽe jour, et les jours sont distinguŽs selon les diffŽrents genres des Ïuvres divines, et sont ordonnŽs selon leur ordre. Mais chacune de ces Ïuvres est connue de deux mani�res par l'ange ŽclairŽ : 1) dÕune premi�re mani�re, dans le Verbe, sous la forme du Verbe et ainsi une telle connaissance est appelŽe matutinale ; 2) dÕune seconde mani�re, dans sa nature propre, ou par l'esp�ce crŽŽe, et les bons ne demeurent pas dans cette connaissance en y trouvant comme une fin en elle, parce qu'ils deviendraient nuit, comme les mauvais anges ; mais ils la rapportent ˆ la louange du Verbe et ˆ la lumi�re de Dieu, en qui, comme dans un principe, ils connaissent tout ; aussi une telle connaissance de la crŽature, rapportŽe ˆ la louange de Dieu, n'est pas appelŽe nocturne, ce qui serait en tout cas, s'ils demeuraient en elle, parce qu'alors ils deviendraient nuit, comme jouissant de la crŽature m�me.Donc la connaissance matutinale et la connaissance vespŽrale distinguent le jour, c'est-ˆ-dire la connaissance qu'ont les bons anges illuminŽs des Ïuvres crŽŽes. Mais la connaissance de la crŽature par les bons anges eux-m�mes, par un intermŽdiaire soit crŽŽ, soit incrŽŽ, est toujours m�lŽe d'obscuritŽ ; c'est pourquoi on ne l'appelle pas mŽridienne, comme la connaissance que Dieu a de lui-m�me ; ni nocturne, comme la connaissance de la crŽature qui n'est pas rapportŽe ˆ la lumi�re divine ; mais on l'appelle seulement matutinale et vespŽrale ; car le soir en tant que tel, se termine au matin. Et c'est pourquoi n'importe quelle connaissance des choses dans leur nature propre ne peut pas �tre appelŽe vespŽrale, mais seulement celle qui se rapporte ˆ la louange du CrŽateur. C'est pourquoi la connaissance qu'ont les dŽmons, n'est pas appelŽe proprement matutinale ou vespŽrale. Car le matin et le soir ne sont pas pris dans la connaissance angŽlique selon toute ressemblance, mais seulement selon la ressemblance quant en raison du principe et du terme. # 15. Bien que l'ange ait ŽtŽ crŽŽ en l'Žtat de gr‰ce, cependant il n'a pas ŽtŽ bienheureux au commencement de sa crŽation, et il n'a pas vu le Verbe de Dieu dans son essence ; c'est pourquoi il n'eut pas la connaissance matutinale de lui-m�me, qui dŽsigne la connaissance par la forme dans le Verbe, mais il eut d'abord une connaissance vespŽrale de lui-m�me selon qu'il se connut lui-m�me en lui de fa�on naturelle, parce que, en chacun, la connaissance naturelle prŽc�de la connaissance surnaturelle, comme son fondement, et la connaissance de l'ange dŽcoule naturellement de son �tre dans sa propre nature ; aussi il eut une connaissance matutinale de lui-m�me, mais vespŽrale au commencement de sa crŽation. Il reporta cette connaissance ˆ la louange du Verbe et par cette relation il mŽrita de parvenir ˆ la connaissance matutinale. C'est pourquoi on dit, de mani�re significative, que le premier jour eut seulement un soir, et pas de matin, parce que le soir passa au matin ; parce que cette lumi�re spirituelle, qui, comme on le lit, a ŽtŽ crŽŽe le premier jour, aussit™t crŽŽe se connut elle-m�me, parce qu'elle fut d'une connaissance vespŽrale, et il reporta cette connaissance ˆ la louange du Verbe, par qui il mŽrita de recevoir la connaissance matutinale de l'Ïuvre suivante. Car ce n'est pas n'importe quelle connaissance des choses dans leur propre nature qui peut �tre appelŽe vespŽrale, mais celle seulement qui se rapporte ˆ la louange du CrŽateur, car elle revient le soir et se termine au matin.C'est pourquoi la connaissance que les dŽmons ont des choses par eux-m�mes, n'est ni matutinale, ni vespŽrale ; mais seulement la connaissance gratuite qui est dans les bons anges. Et ainsi la connaissance des choses dans leur nature propre, reliŽe ˆ la louange du Verbe est toujours vespŽrale, et une telle relation ne la rend pas matutinale, mais la fait se terminer ˆ la connaissance matutinale, et par une telle relation il mŽrite de la recevoir. Et de m�me que le premier jour, qui signifie la formation et la connaissance de la nature spirituelle dans sa propre nature, a seulement un soir, de m�me le septi�me jour, qui signifie la contemplation de Dieu, qui ne contient aucune limite[560] et qui correspond ˆ la connaissance angŽlique en rapport avec le repos de Dieu en lui-m�me, en quoi consiste l'illumination et la sanctification de tout, [ce septi�me jour] a seulement un matin. Car du fait que Dieu a cessŽ de crŽer de nouvelles crŽatures, on dit qu'il a accompli son Ïuvre et qu'il s'en repose en lui-m�me. Et de m�me que Dieu se repose en lui seul, et il est bienheureux en jouissant de lui, de m�me nous, nous devenons bienheureux par sa seule fruition et ainsi m�me il fait que nous nous reposons de ses Ïuvres et des n™tres en lui-m�me. Donc le premier jour, qui correspond ˆ la connaissance que la nature spirituelle ŽclairŽe par la lumi�re de la gr‰ce sur elle-m�me, a seulement un soir, mais le septi�me jour qui correspond ˆ la connaissance angŽlique en relation avec le repos et la fruition de Dieu en lui-m�me, a seulement un matin ; parce qu'il n'y a aucunes tŽn�bres en Dieu. Car on dit que Dieu se reposa le septi�me jour, en tant que repos propre, par lequel il se repose en lui-m�me des Ïuvres crŽŽes ; il le montra ˆ la nature angŽlique ; cette connaissance, Augustin l'appelle jour (Dialogue LXV, question 26) ; et parce que le repos de la crŽature, selon qu'elle est fermement Žtablie en Dieu, n'a pas de fin, de m�me le repos de Dieu par lequel il se repose en lui-m�me des crŽatures, n'ayant pas besoin d'elles, n'a pas de fin, parce qu'il n'en aura jamais besoin ; c'est pourquoi le septi�me jour qui correspond ˆ un tel repos n'a pas de soir, mais seulement un matin ; mais ces jours, qui correspondent ˆ la connaissance angŽlique en rapport avec les autres crŽatures, ont un matin et un soir, comme on l'a dit ci-dessus. # 16. De ce qui a ŽtŽ dit, il appara”t qu'on peut avoir la connaissance dÕune chose dŽjˆ faite comme devant �tre faite, si on la consid�re dans les causes d'o� elle proc�de ; et ainsi les anges ont re�u la connaissance de ce qui Žtait ˆ faire dans le Verbe, qui est l'Art supr�me des choses. Car toute connaissance en lui qui est appelŽe matutinale, on dit quÕelle est comme une chose ˆ faire, que ce soit dŽjˆ fait, ou pas, puisque le Ôˆ faireÕ n'indique pas le temps, mais la sortie de la crŽature du CrŽateur, comme on la dit ci-dessus (sol. 14). Aussi, quoique la crŽature corporelle soit faite en m�me temps que la nature spirituelle, on dit cependant que l'ange par la connaissance matutinale a re�u dans le Verbe la connaissance de lui-m�me comme ˆ faire. C'est pourquoi on a dŽclarŽ dans la rŽponse ci-dessus que le premier jour n'a pas eu de matin, mais seulement un soir,.# 17. Ce nÕest pas de la rŽalitŽ que la crŽature spirituelle re�oit la connaissance, mais elle la saisit (intelligat) naturellement par les formes, innŽes ou concrŽŽes ; mais ces formes qui sont dans l'esprit de l'ange, ne se comportent pas Žgalement pour le prŽsent et le futur ; parce que celles qui sont prŽsentes sont assimilŽes aux formes en acte qui sont dans les anges, et ainsi par elles, elles peuvent �tre connues ; mais celles qui sont futures ne sont pas encore semblables en acte ˆ ces formes ; c'est pourquoi par les formes susdites le futur n'est pas connu, puisque la connaissance se fait par l'assimilation actuelle du connaissant et du connu. Et ainsi, puisque l'ange ne conna”t pas le futur en tant que tel, il a besoin de la prŽsence des choses, pour les conna”tre dans leur propre nature par les formes induites en lui ; parce que, avant qu'elles soit faites, elles ne ressemblent pas aux formes. On a dit plus haut que la connaissance vespŽrale et la connaissance matutinale sont distinguŽes non du c™tŽ de ce qui est connu, mais du c™tŽ de l'intermŽdiaire ˆ conna”tre. Car la connaissance matutinale se fait par un intermŽdiaire incrŽŽ, surpassant la nature de celui qui conna”t et de ce qui est connu : c'est pourquoi la connaissance des choses par la forme dans le Verbe est appelŽe matutinale, que la chose soit dŽjˆ faite, ou ˆ faire, mais la connaissance vespŽrale se fait par un intermŽdiaire crŽŽ proportionnŽ avec celui qui conna”t et ce qui est connu, dŽjˆ fait, ou ˆ faire.# 18. Bien que l'ange ait l'�tre dans le Verbe avant que dans sa propre nature, parce que, cependant, la connaissance prŽsuppose l'�tre de celui qui conna”t, il n'a pas pu se conna”tre avant d'exister, mais la connaissance de lui-m�me dans sa propre nature, lui est naturelle, et celle du Verbe est surnaturelle ; c'est pourquoi il a fallu qu'il se connžt lui-m�me dans sa propre nature avant que dans le Verbe ; puisque la connaissance naturelle prŽc�de en chacun, par origine, la connaissance surnaturelle comme son fondement. Autrement il a connu les choses dans l'ordre de la nature dans le Verbe par la connaissance matutinale avant que par connaissance vespŽrale dans sa propre nature ; c'est pourquoi par rapport aux Ïuvres suivantes le matin prŽc�de le soir ; comme on l'a dit ci-dessus.# 19. De m�me qu'une seule science totale comprend sous elle diverses sciences particuli�res, par lesquelles sont connues des conclusions diverses ; de m�me la seule connaissance de l'ange qui est comme un tout, comprend sous elle la connaissance matutinale et la connaissance vespŽrale comme des parties, comme le matin et le soir sont des parties du jour, bien qu'ils soient de nature diffŽrente. Car les choses de nature diffŽrente, si elles sont ordonnŽes entre elles, peuvent constituer quelque chose d'unique ; c'est pourquoi la mati�re et la forme, qui sont de nature diffŽrente, constituent un composŽ ; et les chairs, les os et les nerfs sont les parties d'un seul composŽ. Car l'essence divine par laquelle les �tres sont connus dans le Verbe d'une connaissance matutinale est la raison de toutes les formes concrŽŽes dans l'esprit de l'ange ; de m�me elles en dŽrivent comme des images, par lesquelles les choses sont connues dans leur nature propre, par la connaissance vespŽrale, de m�me l'essence de l'ange est pour lui la raison de comprendre l'�tre qu'il conna”t, bien quÕelle ne soit pas parfaite, c'est pourquoi il a besoin des autres formes surajoutŽes.Et ainsi, quand l'ange voit Dieu par son essence, et lui-m�me et les autres par les formes concrŽŽes, d'une certaine mani�re, il n'en saisit (intelligit) qu'une ; de m�me, parce que la lumi�re est la raison de voir la couleur, quand l'Ïil voit la lumi�re et la couleur il y voit d'une certaine mani�re un seul objet. Et quoique ces opŽrations soient rŽellement distinctes, puisque l'opŽration par laquelle il voit Dieu, demeure toujours, et est mesurŽe par une ŽternitŽ participŽe ; l'opŽration par laquelle il se comprend, demeure toujours, et est mesurŽe par l'¾vum ; et l'opŽration par laquelle il saisit (intelligit) les autres �tres, par les esp�ces innŽes ne demeure pas toujours mais succ�de ˆ une autre : cependant parce que l'une est ordonnŽe ˆ l'autre, et que l'une est comme la raison formelle de l'autre, elles sont une d'une certaine mani�re ; parce que, lˆ o� il y a un objet pr�s de l'autre[561], il nÕy en a quÕun, comme il est dit en Topique, (III, 2, 117 a 5) et c'est pour cela que ces opŽrations dont l'une est ordonnŽe ˆ l'autre, peuvent �tre ensemble et constituer un seul tout.# 20. Comme l'esprit est le lieu des esp�ces intelligibles, il faut dire que la connaissance, qui apporte la mise en ordre des esp�ces intelligibles ou une facultŽ et une habilitation de l'esprit lui-m�me pour utiliser ces esp�ces, demeure apr�s la mort, comme l'esprit, qui est le substrat des esp�ces de ce genre ; mais le mode par lequel il sÕen sert en acte dans le statut de la vie prŽsente, qui est par conversion aux images, qui sont dans les pouvoirs des sens, ne demeurera pas ; parce que, comme les puissances des sens se corrompent, l'‰me ne pourra pas par les esp�ces qu'elle a acquises ici, ni par celles induites en elle dans la sŽparation m�me, saisir en se tournant vers les images, mais par elles saisir par un mode qui lui convient ˆ la mani�re d'�tre semblable aux anges qu'elle aura. Donc la connaissance est dŽtruite non quant ˆ la possession, ni quant ˆ la substance de l'acte de conna”tre, qui est spŽcifiŽ par l'esp�ce de l'objet, mais quant au mode de conna”tre, qui ne se fera pas en se tournant vers les images, et c'est ainsi que le comprend l'Ap™tre.# 21. La lumi�re causŽe par le soleil et celle causŽe par la chandelle dans l'air, sont de m�me nature. Mais deux formes d'une seule nature ne peuvent �tre en m�me temps en acte parfait dans le m�me substrat ; c'est pourquoi une seule dÕentre elles est causŽe dans l'air et non les deux. Mais l'essence divine, par laquelle sont connues les choses dans le Verbe, est d'une autre nature que les esp�ces par lesquelles l'ange conna”t les choses dans leur nature propre ; c'est pourquoi ce n'est pas la m�me raison. En effet, quand arrive ce qui est parfait, l'imparfait qui lui est opposŽ, est ŽliminŽ, de m�me, quand arrive la vision de Dieu, la foi, qui concerne ce qui ne se voit pas, est ŽliminŽe. Mais l'imperfection de la connaissance vespŽrale n'est pas opposŽe ˆ la perfection de la connaissance matutinale ; car il n'y a pas opposition entre ce qui est connu en soi, et ce qui est connu dans sa cause : et de plus ce qui est connu par deux intermŽdiaires, dont l'un est plus parfait que l'autre n'a rien qui s'y oppose ; de m�me pour une m�me conclusion, nous pouvons avoir une raison dŽmonstrative et une raison dialectique.Et semblablement, l'ange peut conna”tre une chose par le Verbe incrŽŽ, et par l'esp�ce innŽe ; puisque l'une n'est pas opposŽe ˆ l'autre, mais elle se comporte plut™t comme une disposition matŽrielle envers l'autre ; car la perfection qui arrive enl�ve l'imperfection qui lui est opposŽe. Mais l'imperfection de la nature n'est pas opposŽe ˆ la perfection de la bŽatitude, mais lui est soumise, comme l'imperfection de la puissance est soumise ˆ la perfection de la forme, et la puissance n'est pas enlevŽe par la forme, mais c'est la privation qui lui est opposŽe, qui est enlevŽe ; semblablement aussi l'imperfection de la connaissance naturelle n'est pas opposŽe ˆ la perfection de la connaissance de gloire, mais elle lui est soumise comme une disposition matŽrielle. Et c'est pourquoi l'ange peut conna”tre en m�me temps les choses par un intermŽdiaire crŽŽ et dans leur nature propre, ce qui appartient ˆ la connaissance vespŽrale et naturelle, et par l'essence du Verbe, qui appartient ˆ la connaissance de gloire et matutinale ; et l'une de ces opŽrations nÕemp�che pas lÕautre, puisque l'une est ordonnŽe ˆ l'autre et est comme sa disposition matŽrielle.# 22. Augustin (Sur la Gen�se, livre V, ch. 12 et 14) veut qu'au commencement de la crŽation certaines choses distinctes, par leurs esp�ces, aient ŽtŽ produites dans leur nature propre, comme les quatre ŽlŽments, qui n'ont ŽtŽ produit de rien, les corps cŽlestes et les substances spirituelles. Car une telle production ne prŽsuppose pas la mati�re d'o� et en quoi elle viendrait. Mais il est dit que les autres ont ŽtŽ produites dans les raisons sŽminales seulement, comme les animaux, les plantes et les hommes ; qui tous par la suite ont ŽtŽ produits dans leur nature propre, par cette Ïuvre o�, apr�s six de ces jours, Dieu administre la nature crŽŽe auparavant. De cette Ïuvre, Jean a dit (5, 17) ÇMon P�re op�re jusqu'ˆ ce jour.È. Et dans la production et la distinction des choses, il ne veut pas atteindre l'ordre du temps mais celui de la nature. Car toutes les Ïuvres des six jours ont ŽtŽ faites en m�me temps dans le m�me instant, en acte ou en puissance, selon les raisons causales, pour que, par exemple, elles puissent �tre faites, par la suite, ˆ partir d'une mati�re prŽexistante ou par le Verbe ou par les puissances actives induites dans la crŽation m�me de la crŽature.C'est pourquoi, en cherchant, mais sans lÕassurer, il dit que l'‰me du premier homme a ŽtŽ crŽŽe en m�me temps que les anges, en acte ; il ne pense pas que cela a ŽtŽ fait avant le sixi�me jour, bien qu'il pense quÕen ce sixi�me jour m�me, l'‰me du premier homme a ŽtŽ faite en acte ; ainsi que son corps selon les raisons causales ; parce que Dieu a induit un pouvoir passif ˆ la terre pour que par la puissance active du CrŽateur, le corps de l'homme en soit formŽ. Et ainsi, en m�me temps, l'‰me en acte et le corps en puissance passive ont ŽtŽ faits en rapport avec la puissance active de Dieu.Ou, si on pense, en vŽritŽ, que l'‰me n'a pas en soi d'esp�ce compl�te, mais est unie au corps comme une forme, et est naturellement une partie de la nature humaine, comme le veut Aristote, il faut dire que l'‰me du premier homme n'a pas ŽtŽ produite en acte avant la mise en forme du corps ; mais elle a ŽtŽ crŽŽe et induite dans le corps en m�me temps que la mise en forme du corps, comme Augustin le soutient expressŽment pour les autres ‰mes, (La Gen�se au sens littŽral, X, 17 ss). Car Dieu a instituŽ les choses premi�res dans un parfait Žtat de leur nature, selon que leurs esp�ces l'exigeaient. Mais comme l'‰me raisonnable est partie de la nature humaine, elle n'a de perfection naturelle que selon qu'elle est unie ˆ un corps. C'est pourquoi naturellement elle a l'�tre dans le corps, et �tre hors du corps est au-delˆ de sa nature ; aussi il n'aurait pas ŽtŽ convenable qu'une ‰me soit crŽŽe sans corps.Donc en soutenant l'opinion d'Augustin sur les Ïuvres des six jours, on peut dire que, de m�me que, en ces six jours le corps du premier homme n'a pas ŽtŽ formŽ et produit en acte, mais en puissance seulement selon les relations causales ; de m�me son ‰me n'a pas ŽtŽ produite alors en acte et en elle-m�me, mais dans sa ressemblance, en genre : et ainsi elle a prŽcŽdŽ dans ces six jours, non en acte et en elle-m�me, mais selon une certaine ressemblance en genre, selon qu'elle s'accorde avec les anges dans la nature intellectuelle. Mais ensuite, par l'Ïuvre par laquelle Dieu a administrŽ la crŽature crŽŽe d'abord, l'‰me fut en m�me temps produite en acte avec un corps mis en forme. # 23. La rŽponse est ŽclairŽe par ce qui a ŽtŽ dit : parce que le corps humain n'a pas ŽtŽ produit en acte dans ces six jours, les corps des autres animaux non plus, mais seulement selon les relations causales, parce que Dieu dans la crŽation m�me a induit un pouvoir dans les ŽlŽments, ou certaines raisons pour que les animaux puissent en �tre produits, par les Žtoiles ou la semence, par le pouvoir de Dieu. Donc ce qui a ŽtŽ produit en eux en acte pendant ces six jours, a ŽtŽ crŽŽ non pas successivement mais en m�me temps, mais d'autres selon les raisons sŽminales ont ŽtŽ produites en m�me temps en leur image.# 24. Il faut dire comme ˆ la solution 16, que la connaissance des choses par les esp�ces induites ou proportionnŽes aux choses est appelŽe vespŽrale dans leur nature propre ; que la chose soit faite ou ˆ faire, et quoique ces esp�ces se comportent de la m�me mani�re pour le prŽsent et le futur. Non cependant que les choses prŽsentes et futures se comportent Žgalement vis-ˆ-vis de leurs esp�ces m�mes ; parce que les choses prŽsentes en acte ressemblent ˆ leurs esp�ces, elles peuvent �tre connues en acte en elles-m�mes. Mais les choses futures ne leur ressemblent pas en acte, c'est pourquoi il n'est pas nŽcessaire qu'elles soient connues par elle-m�me. Mais on ne dit pas que la connaissance vespŽrale, celle des choses dans la nature propre, vient du fait que les anges saisissent les esp�ces m�mes, par lesquelles ils connaissent, mais parce que par celles qu'ils ont re�ues de la crŽation, ils les connaissent dans la mesure o� elles subsistent dans leur propre nature. # 25. Selon Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II, 8), les anges, au commencement, virent dans le Verbe les crŽatures qui devaient �tre faites. Car on lit que celles qui ont ŽtŽ faites dans les opŽrations des six jours, ont ŽtŽ faites en m�me temps ; c'est pourquoi aussit™t d�s le commencement de la crŽation, il y eut ces six jours, et par consŽquent il faut qu'au commencement le bon ange ait connu le Verbe et les crŽatures en lui. Car celles-ci ont un �tre triple, comme on l'a dit ci-dessus. 1) Elles ont l'�tre dans l'art divin, qui est le Verbe, et il est fait mention dÕun tel �tre quand il est dit :ÇDieu dit, qu'il soit faitÈ, c'est-ˆ-dire il a engendrŽ le Verbe, en qui il y avait ce quÕil fallait pour faire une telle Ïuvre. 2) Elles ont l'�tre dans l'intellect angŽlique, il en est fait mention par ce qui est dit : ÇIl a ŽtŽ faitÈ, ˆ savoir par leur induction ˆ partir du Verbe. 3) Elles ont l'�tre en elle-m�me dans leur propre nature. Ainsi, l'ange aussi a une triple connaissance des choses ; ˆ savoir selon qu'elles sont dans le Verbe, dans son esprit et dans leur propre nature. Mais l'ange a une double connaissance du Verbe, l'une naturelle par laquelle il le conna”t par sa ressemblance qui brille dans sa nature, en quoi consiste sa bŽatitude naturelle, ˆ laquelle par son pouvoir il peut parvenir ; il a de lui une autre connaissance surnaturelle et de gloire par laquelle il le conna”t par son essence, en quoi consiste sa bŽatitude surnaturelle, qui exc�de le pouvoir de sa nature. Et par l'un et l'autre, le bon ange conna”t les choses ou les crŽatures dans le verbe ; mais par sa connaissance naturelle il conna”t dans le Verbe imparfaitement ; mais par la connaissance de gloire, il conna”t m�me dans le Verbe plus pleinement et plus parfaitement. 1) La premi�re connaissance dans le Verbe passe dans l'ange au commencement de sa crŽation, c'est pourquoi dans le livre des Dogmes ecclŽsiastiques, il est dit que Çles anges qui demeur�rent, non par nature mais par gr‰ce, dans cette bŽatitude dans laquelle ils ont ŽtŽ crŽŽs, poss�dent le bien qu'ils ont.È De m�me Augustin (Fulgence) La foi pour Pierre (ch. 3) dit : ÇLes anges, des esprits, ont re�u divinement le don d'ŽternitŽ et de bŽatitude dans la crŽation spirituelle de leur nature.È Par celle-ci cependant, ils n'Žtaient pas absolument bienheureux, puisqu'ils Žtaient capables d'une perfection plus grande, mais relative, cÕest-ˆ-dire selon ce temps, comme le philosophe (ƒthique I, 10, 1098 a) le dit, il y a des bienheureux en cette vie, pas absolument mais comme des hommes.2) La seconde connaissance, ˆ savoir celle de gloire, n'est pas arrivŽe ˆ l'ange au commencement de sa condition, parce qu'ils ne furent pas crŽŽs bienheureux dans une bŽatitude parfaite ; mais elle leur arriva au commencement, au moment o� ils sont devenus bienheureux par leur conversion parfaite au bien. Donc ces six genres de chose ont tous ŽtŽ crŽŽs en m�me temps que l'ange, et dans le m�me instant, il connut tout dans le Verbe d'une connaissance naturelle ce que, par la suite, il connut plus pleinement dans le Verbe d'une connaissance surnaturelle, que les anges re�urent aussit™t apr�s qu'ils aient rapportŽ leur connaissance naturelle ˆ la louange du Verbe ; comme cette connaissance naturelle est mesurŽe par l'aevum, elle coexiste toujours avec la connaissance surnaturelle du Verbe m�me, et avec la connaissance par laquelle il conna”t par les esp�ces induites les crŽatures dans leur propre nature ; c'est pourquoi ces trois connaissances existent en m�me temps, et l'une ne succ�de pas ˆ l'autre. Car la connaissance des choses dans le Verbe, de ce qui est fait ou ˆ faire, est appelŽe matutinale ; et la connaissance des choses, qu'elle soit prŽsente ou future, par un intermŽdiaire crŽŽ, est appelŽe vespŽrale.# 26. Il n'est pas possible que l'ange voit le Verbe, ou son essence divine en tant quÕidŽe de ce qui est ˆ faire, et non dans la mesure o� il est la fin des bienheureux et l'objet de la bŽatitude, puisque l'essence divine en soi est objet de bŽatitude, et fin des bienheureux. Mais il n'est pas possible que quelqu'un voit l'essence divine en tant que nature de choses ˆ faire et ne la voit pas en soi, et c'est pourquoi on conc�de la totalitŽ de l'argument.# 27. Il faut dire que certains ont voulu distinguer la connaissance prophŽtique de la connaissance des bienheureux, ils ont dit que les proph�tes voient l'essence divine elle-m�me, qu'ils appellent le miroir de l'ŽternitŽ ; non cependant selon qu'il est objet des bienheureux et la fin de la bŽatitude ; mais selon qu'il est la raison de ce qui est ˆ faire, selon qu'il y a en elle les raisons des ŽvŽnements futurs, comme on le dit dans l'objection. Mais cela est tout ˆ fait impossible ; car Dieu est l'objet de la bŽatitude et la fin des bienheureux selon son essence m�me. Pour cela Augustin, au livre V des Confessions (ch.4) dit : ÇBienheureux qui te conna”t m�me si celles-lˆ, c'est-ˆ-dire les crŽatures, il ne les conna”t pas.È Mais ce n'est pas possible que quelqu'un voit les raisons des crŽatures dans l'essence divine, sans voir lÕessence elle-m�me ; d'une part parce quÕelle est la raison de tout ce qui est fait (car la raison idŽale, qui est la raison des choses ˆ faire, n'ajoute rien ˆ l'essence divine, sinon un rapport ˆ la crŽature). D'autre part, m�me parce que c'est d'abord conna”tre quelque chose en soi (qui est conna”tre Dieu comme objet de bŽatitude) que conna”tre ce qui par comparaison ˆ un autre (ce qui est conna”tre Dieu selon les raisons qui existent en lui) ; et c'est pourquoi il n'est pas possible que les proph�tes voient Dieu selon les raisons des crŽatures et non selon qu'il est objet de bŽatitude. Mais comme ils ne voient pas l'essence divine comme objet de bŽatitude, (d'une part parce que la vision Žvacue la prophŽtie, comme il est dit I Cor. 13, 8[562], d'autre part parce que cette vision n'apporte pas la connaissance divine, comme lointaine, mais proche, puisquÕils le voient face ˆ face), il en dŽcoule donc que les Proph�tes ne connaissent pas l'essence divine, en tant qu'elle est la raison de ce qui doit �tre fait, ni les crŽatures dans le Verbe, comme les anges l'ont connu par connaissance matutinale. Car la vision prophŽtique n'est pas la vision de l'essence divine elle-m�me, et les proph�tes, dans l'essence divine, ne voient pas ce qu'ils voient, comme l'ont vu les anges, mais par des images, selon lÕŽclairage de la lumi�re divine, comme le dit Denys (La hiŽrarchie cŽleste, IV) et les ressemblances de ce genre ŽclairŽes dans la lumi�re divine, ont plus la nature d'un miroir que l'essence de Dieu ; car le miroir est ce en quoi apparaissent les formes des autres choses, ce qu'on ne peut pas dire de Dieu, mais une telle illumination de l'esprit prophŽtique, peut �tre appelŽe miroir, dans la mesure o� en rŽsulte lˆ la ressemblance de la prescience divine de la vŽritŽ ; et ˆ cause de cela l'esprit du Proph�te est appelŽ miroir de l'ŽternitŽ, comme reprŽsentant par ces esp�ces la prescience divine, qui en son ŽternitŽ voit tout de mani�re prŽsente. C'est pourquoi la connaissance du proph�te a plus de ressemblance avec la connaissance vespŽrale de l'ange qu'avec la connaissance matutinale, puisque celle-ci est faite par un intermŽdiaire incrŽŽ, mais la connaissance du proph�te par un intermŽdiaire crŽŽ, ˆ savoir par les formes imprimŽes, ou ŽclairŽes par la lumi�re divine, comme on l'a dit.# 28. Selon Augustin, quand il est dit : ÇQue la terre produise l'herbe verdoyanteÈ, on ne comprend pas que les plantes aient ŽtŽ alors produites en acte et dans leur propre nature, mais qu'ˆ ce moment-lˆ il a ŽtŽ donnŽ un pouvoir germinatif ˆ la terre, pour produire les plantes par l'Ïuvre de propagation ; de sorte qu'on dit qu'alors la terre a produit totalement l'herbe verdoyante et le bois porteur de fruit, c'est-ˆ-dire qu'elle a re�u le pouvoir de produire. Et il le confirme par l'autoritŽ de l'ƒcriture, Gn. 2, 4, o� il est dit : ÇCe sont les gŽnŽrations du ciel et de la terre, quand elles ont ŽtŽ crŽŽes au jour o� Dieu fit le ciel et la terre et toute verdure des champs avant qu'elle se l�ve sur la terre ; et toute l'herbe de la campagne avant qu'elle ne produise.È On en tire deux consŽquences :1) Toute les Ïuvres des six jours ont ŽtŽ crŽŽes le jour o� Dieu fit le ciel et la terre et toute la verdure des champs ; et ainsi les plantes que l'on dit avoir ŽtŽ crŽŽes le troisi�me jour, ont ŽtŽ produites en m�me temps quand Dieu crŽa le ciel et la terre.2) Les plantes ont alors ŽtŽ produites, non en acte, mais dans leurs raisons causales seulement, parce que pouvoir a ŽtŽ donnŽ ˆ la terre de les produire, et cela est expliquŽ quand il est dit qu'elle produisit Çtoute verdure des champs avant qu'elle naisse en acte de la terreÈ par l'Ïuvre d'administration et Çtoute herbe de la campagne, avant qu'elle ne pousse en acteÈ. Donc avant qu'elles ne se naissent en acte sur la terre, elles ont ŽtŽ faites causalement dans la terre.C'est confirmŽ par cette raison : dans ces premiers jours Dieu crŽa la crŽature causalement, originellement ou actuellement par une Ïuvre dont il se reposa par la suite, qui cependant, selon la gestion des crŽatures, par l'Ïuvre de propagation op�re ensuite jusqu'ˆ maintenant. Mais produire des plantes en acte de la terre, convient ˆ l'Ïuvre de la propagation, parce que, pour leur production, le pouvoir cŽleste suffit comme un p�re et le pouvoir de la terre comme une m�re ; c'est pourquoi il n'y eut pas de plantes produites le troisi�me jour en acte mais causalement seulement. Mais apr�s les six jours, elles furent en acte selon leurs propres esp�ces, et produites dans leur propre nature par l'Ïuvre de gestion ; et ainsi avant que les plantes aient ŽtŽ produites causalement, rien n'a ŽtŽ produit, mais elles ont ŽtŽ produites en m�me temps que le ciel et la terre, de m�me les poissons, les oiseaux et les animaux ont ŽtŽ produits dans ces six jours causalement et non en acte.# 29. Pour la sagesse d'un artisan dont toutes les Ïuvres sont parfaites, tel quÕest Dieu, il convient de ne pas produire le tout par la partie principale, ni les parties sŽparŽes par le tout ; parce que ni le tout sŽparŽ de la partie principale, ni les parties sŽparŽes du tout ont un �tre parfait. Donc comme les anges, selon leurs esp�ces, et les corps cŽlestes et les quatre ŽlŽments sont les parties principales constituant un univers unique, puisquÕils sont ordonnŽs l'un ˆ l'autre, et sÕŽpaulent l'une l'autre, il convient ˆ la sagesse de Dieu que tout l'univers soit produit en m�me temps et non successivement avec les autres parties. Car, il doit y avoir une production unique d'un tout unique et de toutes ses parties et l'un n'est produit avant l'autre que par dŽfaillance de l'agent. Mais Dieu est d'une puissance infinie, sans aucune dŽfaillance, dont l'effet principal est tout l'univers. Donc Dieu crŽa tout l'univers avec toutes ses parties principales en m�me temps par une production unique.Et quoique aucun ordre du temps n'ait ŽtŽ conservŽ dans la production de l'univers, cependant l'ordre de l'origine et de la nature fut conservŽ. Car, selon Augustin, l'Ïuvre de crŽation a prŽcŽdŽ celle de distinction, dans l'ordre de la nature et non du temps, de m�me l'Ïuvre de distinction a prŽcŽdŽ l'Ïuvre d'ornement dans l'ordre de la nature. A l'Ïuvre de crŽation convient la crŽation du ciel et de la terre. Par le ciel, on comprend la production de la nature spirituelle sans forme ; par la terre, la mati�re sans la forme des corps ; qui toutes les deux, comme elles sont hors du temps, considŽrŽes selon leur essence ne sont pas soumises aux alternances des temps, comme le dit Augustin, (Confessions, XII, 8) ; c'est pourquoi la crŽation de l'un et l'autre est placŽe avant tout jour, non que cette absence de forme ait prŽcŽdŽ la formation dans le temps, mais dans l'ordre de l'origine et de la nature seulement, comme le son prŽc�de le chant.Et m�me une seule formation, selon lui, ne prŽc�de pas l'autre en durŽe, mais seulement dans l'ordre de la nature : selon cet ordre il est nŽcessaire de placer d'abord la formation de la nature spirituelle supr�me, parce qu'on lit que la lumi�re a ŽtŽ faite le premier jour, parce que la nature spirituelle est plus digne et l'emporte sur la nature corporelle ; c'est pourquoi elle a dž �tre formŽe avant. Elle est formŽe du fait qu'elle est ŽclairŽe pour adhŽrer au Verbe de Dieu. Mais de m�me que la lumi�re spirituelle et divine est plus digne que l'ordre naturel, et l'emporte sur la nature corporelle, de m�me, les corps supŽrieurs l'emportent sur les infŽrieurs. C'est pourquoi, le second jour, on atteint la formation des corps supŽrieurs, quand il est dit : ÇQue soit fait le firmament!È, par lequel on comprend l'induction de la forme cŽleste dans la mati�re informe, qui n'existe pas d'abord dans le temps, mais dans l'origine seulement. En troisi�me lieu, on place l'induction des formes ŽlŽmentaires dans la mati�re sans forme qui n'existait pas avant dans le temps, mais qui prŽc�de dans l'origine et l'ordre de la nature. C'est pourquoi par ce qu'il dit : ÇQue les eaux se rassemblent et que la terre s�che apparaisseÈ, on comprend que la forme substantielle de l'eau est induite dans la mati�re corporelle ; par cette forme, un tel mouvement lui convient, ainsi que la forme substantielle de la terre, par laquelle il lui convient d'�tre vue ainsi : car l'eau s'est ŽcoulŽe doucement, mais la terre a ŽtŽ fixŽe de fa�on stable, comme il le dit lui-m�me (La Gen�se au sens littŽral, II, 11) ; car sous le nom d'eau, on comprend aussi, selon Augustin, les autres ŽlŽments supŽrieurs qui ont ŽtŽ formŽs.Dans les trois jours suivants, on place l'ornement de la nature corporelle. Car il fallut que les parties du monde soit formŽes et distinguŽes avant dans l'ordre de la nature, et que par la suite les parties singuli�res soient ornŽes, du fait qu'elles sont comme remplies de leurs habitants. Car le premier jour, comme on l'a dit, la nature spirituelle est mise en forme et sŽparŽe, le second jour les corps cŽlestes, et le quatri�me ils sont ornŽs, mais le troisi�me jour sont mis en forme et sŽparŽs les corps infŽrieurs, c'est-ˆ-dire l'air, l'eau et la terre, dont l'air et l'eau en tant que plus dignes sont ornŽs le cinqui�me jour, mais la terre, qui est un corps le plus bas, est ornŽe le sixi�me jour. Et ainsi la perfection des Ïuvres divines rŽpond ˆ la perfection du nombre six[563], qui surgit de ses parties aliquotes, en m�me temps et prises ensemble ; qui sont un, deux, trois. Car un jour est dŽvolu ˆ la formation et ˆ la distinction de la crŽature spirituelle, deux jours ˆ la formation et la distinction de la nature corporelle et trois ˆ l'ornement. Car un, deux et trois font six, et six fois un font six, et deux fois trois six et trois fois deux six. Donc parce que le nombre six est le premier nombre parfait, la perfection des choses et des Ïuvres divines est dŽsignŽe par le nombre six. Donc l'ordre de la nature est conservŽ non pour la durŽe, dans la productions des Ïuvres divines.# 30. Les luminaires ont ŽtŽ faits en acte et non en puissance seulement, comme les plantes, car le firmament n'a pas le pouvoir de produire les luminaires, comme la terre a le pouvoir de produire les plantes, c'est pourquoi l'ƒcriture ne dit pas que ÇQue le firmament produise les luminairesÈ, comme elle dit : ÇQue la terre fasse pousser une herbe verdoyante,È, c'est-ˆ-dire qu'elle re�oive le pouvoir de produire. Donc les luminaires ont ŽtŽ produits en acte, avant les plantes en acte ; bien que les plantes soient en puissance et produites causalement avant les luminaires en acte. De m�me, il a ŽtŽ dit que l'Ïuvre de distinction dans l'ordre de la nature prŽc�de l'Ïuvre d'ornement ; mais les luminaires conviennent ˆ l'ornement du ciel ; et les plantes, surtout selon leur �tre virtuel, n'appartiennent pas ˆ l'ornement de la terre, mais plut™t ˆ sa perfection. Car ˆ la perfection du ciel et de la terre, semble appartenir ce qui seulement est ˆ l'intŽrieur du ciel et de la terre. Mais l'ornement appartient ˆ ce qui est diffŽrent du ciel et de la terre ; ainsi l'homme est achevŽ par ses parties et ses formes propres, mais il est ornŽ par les v�tements ou quelque chose de ce genre. Mais la distinction de certains est surtout manifestŽe par le mouvement local, par lequel ils se sŽparent les uns des autres. Et c'est pourquoi. la production de ce qui a le mouvement dans le ciel ou sur la terre convient ˆ l'Ïuvre d'ornement.Mais les luminaires, selon PtolŽmŽe, ne sont pas fixŽs dans les sph�res, mais ont un mouvement sŽparŽ dÕelles ; selon l'opinion d'Aristote, les Žtoiles sont fixŽes dans les orbes, et ne sont mues en vŽritŽ que par leur mouvement ; cependant le mouvement des luminaires et des Žtoiles est per�u par les sens, mais pas celui des sph�res. Mais Mo•se, se mettant ˆ portŽe d'un peuple rude, a suivi ce qui appara”t aux sens, en disant que les luminaires appartiennent ˆ l'ornement du firmament. Les plantes n'appartiennent pas ˆ l'ornement de la terre, mais les animaux seulement. Car n'importe quoi appartient ˆ l'ornement de ce lieu en lequel il est mž ou vraiment ou apparemment, et non en celui o� il se repose. Mais les plantes s'enfoncent dans la terre jusqu'ˆ la racine, c'est pourquoi elles n'appartiennent pas ˆ son ornement, mais elles sont comptŽes avec elle et sa perfection. Mais les Žtoiles, m�me si elles sont mues dans ciel par soi, sont cependant mues par accident et en apparence. Par contre, les plantes ne sont mues en aucune mani�re. Et c'est pourquoi les plantes qui appartiennent ˆ la perfection intrins�que des parties de l'univers, ˆ savoir de la terre, durent �tres produites dans l'ordre de la nature avant les luminaires qui appartiennent ˆ l'ornement du ciel.# 31. La terre et l'eau, dont il est fait mention au commencement, avant la production du firmament, ne sont pas re�ues, selon Augustin (La Gen�se contre les ManichŽens, VII et V), pour l'ŽlŽment terre et eau mais sous le nom de la terre et de l'eau, dans le lieu susdit, on comprend la mati�re premi�re sans forme dŽnuŽe de toute esp�ce. Car Mo•se ne pouvait, parlant ˆ un peuple rude, exprimer la mati�re premi�re, que sous l'image de ce qu'ils connaissaient et qui est plus proches de l'absence de forme, ˆ savoir ayant plus de mati�re et moins de forme ; c'est pourquoi il l'exprime sous une image multiple, ne l'appelant pas seulement terre ou eau, mais terre et eau, pour que, s'il en exprimait seulement un autre, on croirait que c'est vŽritablement la mati�re premi�re. Cependant elle a une ressemblance avec la terre, en tant qu'elle est ˆ l'Žtat latent qu'elle demeure avec les formes, comme la terre avec les plantes etc.. Mais la terre parmi tous les ŽlŽments a moins d'esp�ce, puisquÕelle est un ŽlŽment plus concret, ayant beaucoup de mati�re, et peu de forme. Mais elle ressemble ˆ l'eau, dans la mesure o� elle est destinŽe ˆ recevoir diverses formes. Car l'humide, qui convient ˆ l'eau, est bien susceptible d'�tre re�u et limitŽ.Et selon cela, la terre est appelŽ vide et dŽserte, ou invisible et non composŽe, parce que la mati�re est connue par la forme ; c'est pourquoi, considŽrŽe en soi, on la dit invisible, c'est-ˆ-dire inconnaissable, et vide, dans la mesure o� la forme est la fin ˆ laquelle tend l'appŽtit de la mati�re ; car on appelle vide, ce qui est privŽ de sa fin ou on lÕappelle vide par comparaison au composŽ dans lequel elle subsiste ; car la vide est opposŽ ˆ la soliditŽ et ˆ la consistance. On l'appelle non composŽe parce qu'elle ne subsiste pas sans composŽ, et elle n'a pas la beautŽ de ce qui est en acte. On l'appelle dŽserte, parce que la puissance de la mati�re est complŽtŽe par la forme ; c'est pourquoi Platon (dans le TimŽe) a dit que la mati�re Žtait un lieu, parce que sa rŽceptivitŽ est d'une certaine mani�re semblable ˆ celle du lieu, dans la mesure o� dans une mati�re qui demeure, se succ�dent diffŽrentes formes ; comme, dans un seul lieu, diffŽrents corps ; c'est pourquoi ce qui appartient au lieu, est appelŽ mati�re par ressemblance ; et ainsi la mati�re est dite dŽserte, parce qu'elle manque de la forme, qui comble sa capacitŽ et sa puissance. Donc la mati�re premi�re sans forme, par l'origine et la nature, est avant la formation du firmament, qui cependant par nature a ŽtŽ formŽ, avant la terre et l'eau, dont on fait mention le troisi�me jour, comme on l'a dit ci-dessus.# 32. Augustin (La citŽ de Dieu, XI, 33) veut qu'il ne fut pas convenable que Mo•se ait omis la production de la crŽature spirituelle ; et pour cela quand il est dit :ÇAu commencement Dieu crŽa le ciel et la terreÈ, par ciel, il dit quÕon comprend la crŽature spirituelle, encore sans forme, et par terre, la mati�re corporelle encore sans forme. Et parce que la nature spirituelle est plus digne que la nature corporelle, elle a dž �tre formŽe avant. Donc la formation de la nature spirituelle est signifiŽe par la production de la lumi�re, pour qu'on le comprenne de la lumi�re spirituelle ; car la formation de la nature spirituelle vient du fait qu'elle est ŽclairŽe pour adhŽrer au Verbe de Dieu, non par une gloire parfaite, avec laquelle elle n'a pas ŽtŽ crŽŽe, mais par la lumi�re de la gr‰ce, avec laquelle elle a ŽtŽ crŽŽe. Mais une telle lumi�re spirituelle prŽc�de le firmament dans l'ordre de la nature. Mais selon d'autres docteurs, la lumi�re produite le premier jour fut corporelle ; laquelle est produite dans le ciel le premier jour, avec la substance du soleil selon la nature commune de la lumi�re ; mais le quatri�me jour son pouvoir a ŽtŽ rŽglŽ pour des effets dŽterminŽs.# 33. Comme la production de ces animaux, appartient ˆ l'ornement des parties de l'univers, elle est ordonnŽe selon l'ordre de ces parties qui sont ornŽes par elles, plus que selon leur propre dignitŽ. Alors l'air et l'eau, ˆ l'ornement desquelles appartiennent les poissons et les oiseaux sont, par ordre de nature, avant et plus dignes que la terre, ˆ l'ornement de laquelle appartiennent les animaux qui marchent ; c'est pourquoi la production des volatiles et des poissons, ou des animaux qui nagent, dut �tre dŽcrite avant celle de ceux qui marchent. On pourrait dire, que la voie de la gŽnŽration passe de lÕimparfait imparfaites au parfait, et dans cet ordre, parce que ce qui est moins parfait est produit avant dans l'ordre de la nature. Car, dans la voie de la gŽnŽration, plus quelque chose est parfait, et plus il ressemble ˆ l'agent, plus il est tardif dans le temps, bien qu'il soit premier en nature et dignitŽ. Et c'est pourquoi, parce que l'homme est le plus parfait des animaux, il a dž �tre crŽŽ en dernier parmi eux, et non immŽdiatement apr�s les corps cŽlestes, qui ne sont pas ordonnŽs aux corps infŽrieurs selon la voie de la gŽnŽration, puisqu'ils ne communiquent pas dans la mati�re avec eux, mais ont une mati�re d'une autre nature[564]. # 34. Les oiseaux et les poissons s'accordent plus entre eux quant ˆ la mati�re dÕo� ils sont produits, qu'avec les animaux terrestres. Car on dit que les poissons et les oiseaux sont faits d'eau ; les poissons, dÕune eau plus Žpaisse ; et les oiseaux dÕune eau plus subtile, parce qu'elle a ŽtŽ dŽcomposŽe en vapeur comme intermŽdiaire entre l'air et l'eau ; et c'est pour cela que les oiseaux s'Žl�vent dans l'air, et que les poissons sont laissŽ aux profondeurs de l'eau. Mais les animaux sont destinŽs ˆ diffŽrents jours ou ˆ un seul, selon l'unitŽ ou la diversitŽ de la mati�re dont leur corps est composŽ. Donc comme on dit que les poissons et les oiseaux sont composŽs d'eau, parce que, alourdis par leur propre structure, par comparaison ˆ celle due au genre commun, ils ont, en leur composition, plus d'eau que les autres animaux ; mais on dit que les animaux terrestres sont composŽs de terre, c'est pour cela qu'on compte un jour pour la production des poissons et des oiseaux, et un autre pour la production des animaux terrestres. DÕautre part la production des animaux est racontŽe seulement selon qu'ils sont dans l'ornement des parties du monde et c'est pourquoi les jours de production des animaux sont seulement distinguŽs selon cette convenance ou cette diffŽrence par laquelle ils se ressemblent ou diff�rent en ornant une partie du monde. Mais parce que le feu et l'eau ne sont pas distinguŽs par le peuple parmi les parties du monde, ils ne sont pas nommŽs expressŽment par Mo•se, mais comptŽs avec ce qui est lÕintermŽdiaire, c'est-ˆ-dire l'eau, surtout pour la partie infŽrieur de l'air. C'est pourquoi pour les oiseaux et les poissons, qui appartiennent ˆ l'ornement de l'eau et de l'air, ˆ la partie infŽrieure de l'air, qui rejoint l'eau, un jour est rŽservŽ, mais pour tous les animaux terrestres, qui appartiennent ˆ l'ornement de la terre, cÕest un autre jour.RŽponse aux arguments en sens contraire :Si quelqu'un veut soutenir l'opinion de GrŽgoire et des autres, qui pensent, qu'entre ces jours, il y eut une succession temporelle et que la productions des choses a ŽtŽ faite successivement (de sorte que quand le ciel et la terre ont ŽtŽ crŽŽs, il n'y avait pas encore de lumi�re ni de firmament formŽ, et la terre n'Žtait pas dŽcouverte par les eaux, ni les luminaires du ciel formŽs), on peut rŽpondre ainsi :# 1. Au premier argument, on dit que le jour o� Dieu crŽa le ciel et la terre, c'est-ˆ-dire les corps cŽlestes, et les quatre ŽlŽments selon leurs formes substantielles, il crŽa aussi toute la verdure des champs, non en acte, avant qu'elle sorte sur la terre, mais en puissance, parce que, par la suite, le troisi�me jour, elle a ŽtŽ amenŽe ˆ l'existence en acte.# 2. Selon GrŽgoire (Les Morales, livre 33, ch. 9), quand Dieu crŽa l'ange, il crŽa aussi l'homme, non en acte, ou en soi, mais en puissance, ou en sa ressemblance, dans la mesure o� il sÕaccorde avec les anges selon l'intellect, mais par la suite, le sixi�me jour, il a existŽ en acte et produit en lui-m�me.# 3. Ce n'est pas la m�me disposition pour une chose dŽjˆ parfaite et pour celle qui est en devenir. Aussi quoique la nature du monde parfait et complet exige que toutes les parties essentielles de l'univers existent en m�me temps, il a pu cependant en �tre autrement au commencement du monde, ainsi dans l'homme parfait, le cÏur ne peut pas exister sans les autres parties, et cependant, dans la formation de l'embryon, le cÏur est engendrŽ avant tous les membres. Ou on peut dire qu'en ce commencement, il y eut les corps cŽlestes, et tous les ŽlŽments selon leurs formes substantielles, produits en m�me temps que les anges, qui sont les parties principales de l'univers, mais les jours suivants, il y eut dans la nature m�me dŽjˆ produite quelque chose de fait, concernant la perfection et la beautŽ de ces parties dŽjˆ produites.# 4. Quoique les docteurs grecs aient tenu ˆ ce que la crŽature spirituelle ait ŽtŽ crŽŽe avant la crŽature corporelle, cependant les docteurs latins pensent que les anges ont ŽtŽ crŽŽs en m�me temps que la nature corporelle, pour conserver le fait que l'univers, quant ˆ ses parties principales avait ŽtŽ produit en m�me temps. En effet, comme les crŽatures corporelles sont un tout dans la mati�re crŽŽe, et que la mati�re corporelle de la crŽature a ŽtŽ crŽŽe en m�me temps que les anges, d'une certaine mani�re on peut dire que tout a ŽtŽ crŽŽ en m�me temps, en acte ou en puissance. Mais les anges ne se rencontrent pas dans la mati�re avec la crŽature corporelle, c'est pourquoi, les anges une fois crŽŽs, il n'y aurait pas eu en quelque mani�re une nature corporelle crŽŽe, ni par consŽquent pas d'univers m�me ; aussi il est raisonnable qu'ils aient ŽtŽ produits en m�me temps que la nature corporelle. Et ainsi tous les corps ont ŽtŽ crŽŽs ensemble, non en acte, mais quant ˆ la mati�re sans forme d'une certaine mani�re ; par la suite successivement par la distinction et l'ornement de la crŽature qui prŽexistaient dŽjˆ en acte, ils ont ŽtŽ produits d'une certaine mani�re.# 5. De m�me que la crŽature n'a pas l'�tre d'elle-m�me, elle n'a pas non plus sa perfection d'elle-m�me, mais de Dieu ; c'est pourquoi, comme pour montrer que la crŽature re�oit l'�tre de Dieu et non d'elle-m�me, il a voulu que dÕabord elle ne soit pas et quÕensuite elle soit ; de m�me aussi pour montrer que la crŽature n'aurait pas sa perfection d'elle-m�me, il a voulu d'abord qu'elle soit imparfaite, et quÕensuite successivement elle soit achevŽe par l'Ïuvre de distinction et d'ornement. Ou il faut dire que, dans la crŽation non seulement on doit montrer le pouvoir de la puissance, mais aussi l'ordre de la sagesse divine, pour que, ce qui est avant par nature soit constituŽ avant aussi ; et ainsi ce n'est pas par l'impuissance de Dieu, comme sÕil manquait de temps pour opŽrer, que tout n'est pas produit en m�me temps, distinguŽ et ornŽ, mais pour que l'ordre de la sagesse soit conservŽ dans la constitution des crŽatures. Et c'est pourquoi il a fallu que diffŽrents jours soient conservŽs pour les diffŽrentes situations du monde. Car apr�s l'Ïuvre de la crŽation, toujours par l'Ïuvre suivante, une nouvelle situation de perfection a ŽtŽ ajoutŽe au monde, et c'est pourquoi pour montrer cette perfection et cette nouveautŽ, Dieu a voulu qu'ˆ chaque distinction et ˆ chaque ornement rŽponde un jour et (montrer) que cela ne venait pas d'une impuissance ou d'une lassitude de l'agent.# 6. Cette lumi�re, qui lit-on, a ŽtŽ crŽŽe le premier jour, selon GrŽgoire et Denys, est la lumi�re du soleil ; qui, en m�me temps avec la substance des luminaires, qui est son substrat, fut produite le premier jour selon la nature habituelle de la lumi�re. Mais le quatri�me jour, un pouvoir dŽterminŽ a ŽtŽ attribuŽ aux luminaires pour des effets dŽterminŽs, selon que nous voyons que le rayon du soleil a des effets diffŽrents du rayon de la lune et ainsi de suite. Et c'est pour cela que Denys (Les noms divins, ch. 4) dit que cette lumi�re fut celle du soleil, mais encore sans forme, du fait quÕelle Žtait dŽjˆ substance du soleil, et avait en commun le pouvoir dÕŽclairer, mais apr�s le quatri�me jour, elle a ŽtŽ mise en forme, non dans la forme substantielle qu'elle eut le premier jour, mais selon les conditions accidentelles par la disposition d'un pouvoir dŽterminŽ du fait que par la suite un pouvoir spŽcial et dŽterminŽ lui a ŽtŽ donnŽ pour des effets particuliers. Et ainsi dans sa production, la lumi�re a ŽtŽ distinguŽe des tŽn�bres de trois mani�res :1) Quant ˆ sa cause, selon que celle-ci Žtait dans la substance du soleil, mais la cause des tŽn�bres Žtait dans l'opacitŽ de la terre. 2) Elle a ŽtŽ distinguŽe, quant au lieu, parce que, dans un hŽmisph�re il y avait la lumi�re, et dans l'autre, les tŽn�bres. 3) Quant au temps, parce que dans un m�me hŽmisph�re, il y avait la lumi�re une partie du temps et les tŽn�bres dans l'autre. Et c'est ce qui est dit (Gn 1, 5) : ÇIl appela lumi�re jour et les tŽn�bres nuitÈ. Ainsi cette lumi�re ne recouvrait pas la terre partout, parce que, dans un hŽmisph�re, il y avait la lumi�re et dans l'autre les tŽn�bres ; et ce n'Žtait pas toujours le jour d'un c™tŽ, et la nuit de l'autre, mais dans le m�me hŽmisph�re, selon une partie du temps c'Žtait le jour, et selon l'autre la nuit.# 7. Le mouvement dans le ciel est double. L'un est commun ˆ tout le ciel qui est appelŽ diurne, et il produit le jour et la nuit ; et ce mouvement para”t avoir ŽtŽ instituŽ le premier jour o� a ŽtŽ produite sans forme la substance du soleil et des autres luminaires, comme on l'a dit. Mais l'autre est le mouvement propre qui est diversifiŽ selon les diffŽrents corps cŽlestes ; selon lesquels le mouvement est devenu diversitŽ des jours entre eux, des mois et des annŽes. Le premier jour, a ŽtŽ faite la distinction commune du temps en jour et nuit, selon le mouvement diurne, qui est commun ˆ tout le ciel, qui peut �tre compris comme ayant commencŽ le premier jour, et c'est pourquoi, en ce premier jour, on fit mention de la seule distinction de le nuit et du jour, qui se fait par le mouvement diurne commun ˆ tous les cieux. Mais le quatri�me jour a ŽtŽ faite la distinction quant aux distinctions spŽciales des jours et des temps, selon qu'un jour est plus chaud qu'un autre et un temps plus qu'un autre et une annŽe plus qu'une autre ; ce qui se fait selon les mouvements spŽcifiques et propres des Žtoiles qui peuvent �tre compris comme ayant commencŽ le quatri�me jour. C'est pourquoi au quatri�me jour, il est fait mention de la diversitŽ des jours, des temps, et des annŽes, quand il est dit (ibid 14) : ÇEt qu'il y ait dans les temps, des jours et des annŽesÈ. Cette diversitŽ se fait par des mouvements propres. Et ainsi ces trois premiers jours qui ont prŽcŽdŽ la formation des luminaires ont ŽtŽ de la m�me nature que les jours que le soleil fait maintenant quant ˆ la commune distinction du temps selon le jour et la nuit, qui se fait par le mouvement diurne commun ˆ tout le ciel, mais non quant aux distinctions spŽcifiques des jours qui se fait selon les mouvements propres.# 8. Certains disent que la lumi�re, celle qui lit-on, a ŽtŽ crŽŽe le premier jour, a ŽtŽ une nuŽe brillante qui, ensuite, quand le soleil a ŽtŽ crŽŽ, retourna ˆ la mati�re prŽexistante. Mais cela ne convient pas, parce que l'ƒcriture au commencent de la Gen�se rappelle la constitution de la nature qui a demeurŽ par la suite ; c'est pourquoi, on ne doit pas dire que quelque chose a ŽtŽ fait alors, qui aurait cessŽ apr�s un peu de temps. Et c'est pourquoi, d'autres disent que cette nuŽe brillante demeure encore, et est jointe au soleil, de sorte qu'elle ne puisse pas en �tre discernŽe. Mais ainsi, cette nuŽe demeurerait superflue, mais rien n'est vain ou superflu dans les opŽrations de Dieu. Et c'est pourquoi d'autres disent, que de cette nuŽe a ŽtŽ formŽ le corps du soleil. Mais on ne peut pas le dire, si on pense que le corps du soleil n'est pas de la nature des quatre ŽlŽments, mais est incorruptible par nature ; parce quÕalors sa mati�re ne peut pas exister sous une autre forme.Et c'est pourquoi il faut dire, comme Denys le dit, (Les noms divins, ch. 4), que cette lumi�re fut celle du soleil, mais encore sans forme, elle Žtait dŽjˆ substance du soleil et avait le pouvoir de tout Žclairer, mais par la suite le quatri�me jour lui a ŽtŽ donnŽ un pouvoir spŽcifique et dŽterminŽ pour des effets propres et particuliers. Et ainsi le jour et la nuit devenaient par le mouvement circulaire de cette lumi�re o� elle arrivait et dÕo� elle repartait. Et il n'est pas inconvenant que les substances des sph�res, qui renvoyait cette lumi�re d'un mouvement commun et diurne, ait existŽ au dŽbut de la crŽation, auxquelles par la suite des pouvoirs ont ŽtŽ ajoutŽs dans les Ïuvres de distinction et d'ornement.# 9. Dans la production de la lumi�re, on comprend la qualitŽ de luminositŽ et de transparence qui est ramenŽe au genre de la lumi�re, a ŽtŽ alors placŽe dans les corps lumineux et transparents. Et parce que le soleil est principe et source de la lumi�re, Žclairant les corps supŽrieurs et infŽrieurs, Denys comprend par elle la lumi�re sans forme du soleil, qui distinguait d'un mouvement commun et diurne, le jour et la nuit, comme il le fait maintenant.# 10. Et cela Žclaire la rŽponse ˆ lÕargument 10, parce que cette lumi�re ne fut pas vraiment une nuŽe selon sa substance, qui par la suite aurait cessŽ d'exister, mais elle pu �tre appelŽe nuŽe selon la ressemblance de sa nature, parce que, de m�me qu'une nuŽe lumineuse re�oit la lumi�re du soleil dans une clartŽ moindre que celle qui est dans la source, de m�me aussi la substance du soleil eut d'abord dans ces trois premiers jours une lumi�re imparfaite et comme sans forme, qui par la suite a ŽtŽ achevŽe le quatri�me jour ; c'est pourquoi, cette substance lumineuse du soleil a existŽ, parce que, au commencement de la crŽation, elle eut une forme substantielle, mais on dit que le soleil a ŽtŽ fait d'elle le quatri�me jour, non selon la substance, mais par addition d'un nouveau pouvoir, de m�me quÕon dit que de l'homme non musicien, qu'il est devenu musicien, non en substance, mais par son pouvoir.

 

 

 

Question 5 Ð La conservation des crŽatures dans l'�tre par Dieu

 

 

q. 5 pr. 1 Et primo quaeritur utrum res conserventur in esse a Deo, an etiam circumscripta omni Dei actione, per se in esse remaneant.

1. Les crŽatures sont-elles conservŽes dans lÕ�tre par Dieu, ou encore si on restreint toute action de sa part, demeurent-elles en lÕ�tre par elles-m�mes ?

q. 5 pr. 2 Secundo utrum Deus possit alicui creaturae communicare quod per se in esse c onservetur absque Deo.

2. Dieu peut-il communiquer ˆ une crŽature le pouvoir de se conserver dans lÕ�tre par soi et sans lui ?

q. 5 pr. 3 Tertio utrum Deus possit creaturam in nihilum redigere.

3. Dieu peut-il ramener les crŽatures au nŽant ?

q. 5 pr. 4 Quarto utrum aliqua creatura in nihilum sit redigenda, vel etiam in nihilum redigatur.

4. Une crŽature doit-elle retourner au nŽant, ou m�me y retourne-t-elle ?

q. 5 pr. 5 Quinto utrum motus caeli quandoque deficiat.

5. Le mouvement du ciel cessera-t-il un jour ?

q. 5 pr. 6 Sexto utrum sciri possit ab homine quando motus caeli finiatur.

6. L'homme peut-il savoir quand le mouvement du ciel s'arr�tera ?

q. 5 pr. 7 Septimo utrum cessante motu caeli elementa remaneant.

7. Quand cessera le mouvement du ciel, les ŽlŽments demeureront-ils ?

q. 5 pr. 8 Octavo utrum cessante motu caeli remaneat actio et passio in elementis.

8. Quand cessera le mouvement du ciel, l'action et la passion demeureront-elles dans les ŽlŽments ?

q. 5 pr. 9 Nono utrum plantae et animalia bruta et corpora mineralia remaneant post finem mundi.

9. Les plantes, les animaux et les minŽraux demeureront-ils apr�s la fin du monde ?

q. 5 pr. 10 Decimo utrum corpora humana remaneant, motu caeli cessante.

10. Les corps humains demeureront-ils quand cessera le mouvement du ciel ?

 

 

 

Article 1 Ñ Les crŽatures sont-elles conservŽes ˆ lÕ�tre par Dieu ou m�me si on restreint toute action de sa part, demeurent-elles en lÕ�tre par elles-m�mes ?

q. 5 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum res conserventur in esse a Deo, an etiam circumscripta omni Dei actione, per se in esse remaneant. Et videtur quod sic.

Il semble que oui :

 

Objections :[565]

q. 5 a. 1Arg. 1 Dicitur enim Deut. XXXII, 4 : Dei perfecta sunt opera. Ex hoc sic arguitur. Perfectum est cui nihil deest, secundum philosophum. Ei autem aliquid deest ad suum esse quod non potest esse nisi aliquo exteriori agente. Ergo huiusmodi perfectum non est ; Dei ergo talia opera non sunt.

1. Car il est dit en Dt. 32,4 : ÇLes Ïuvres de Dieu sont parfaitesÈ. On argumente ainsi : Est parfait ce ˆ quoi rien ne manque, selon le Philosophe (Physique, III, 6, 207 a 10[566]). Il manque quelque chose ˆ lÕ�tre de celui qui ne peut pas exister sans un agent extŽrieur. Donc il nÕest pas parfait ; donc il nÕy a pas de telles Ïuvres qui viennent de Dieu.

q. 5 a. 1Arg. 2 Sed dicebat, quod opera Dei non sunt perfecta simpliciter, sed secundum suam naturam.- Sed contra, perfectum secundum suam naturam est quod habet illud cuius sua natura est capax. Sed quidquid habet totum illud cuius sua natura est capax, potest remanere in esse, omni Dei conservatione exteriori cessante. Ergo si creaturae aliquae sunt perfectae secundum suam naturam, possunt remanere in esse, Deo non conservante. Probatio mediae. Deus conservando res, aliquid agit : propter quod dicitur Ioan. V, 17 : Pater meus usque modo operatur, et ego operor, ut dicit Augustinus [X super Gen. ad litteram]. Agente autem aliquid operante, effectus aliquid recipit. Ergo quamdiu Deus conservat res, semper res conservatae aliquid a Deo recipiunt : quamdiu ergo res conservatione indiget, nondum totum habet cuius est capax.

2. Mais on pourrait dire que les Ïuvres de Dieu ne sont pas parfaites dans l'absolu, mais parfaites dans leur nature. Ñ En sens contraire [1[567]] est parfait en sa nature ce qui a ce dont elle est capable. [2] Mais tout ce qui a tout ce dont sa nature est capable peut demeurer dans lÕ�tre, si toute conservation extŽrieure de Dieu cesse. [3] Donc si des crŽatures sont parfaites en leur nature, elles peuvent demeurer dans lÕ�tre, sans que Dieu les y conserve. Preuve de lÕargument intermŽdiaire : [2] Dieu en conservant fait quelque chose ; cÕest pour cela quÕil est dit en Jn 5,17 : ÇMon P�re op�re jusquÕˆ maintenant et moi aussi jÕop�reÈ, comme le dit Augustin (La Gen�se au sens littŽral, V, XII, 22[568]). Si lÕagent fait quelque chose, lÕeffet le re�oit. Donc tant que Dieu les conserve, ces �tres conservŽs re�oivent toujours quelque chose de Dieu : donc tant que l'�tre a besoin dÕ�tre conservŽ, il nÕa pas encore tout ce dont il est capable.

q. 5 a. 1Arg. 3 Praeterea, unumquodque non est perfectum nisi perficiat hoc ad quod est. Sed principia ad hoc sunt, ut rem in esse conservent. Si ergo principia creata rerum non possunt rem in esse tenere, sequitur ea esse imperfecta, et ita non esse Dei opera : quod est absurdum.

3. Tout �tre nÕest parfait que sÕil accomplit ce pour quoi il existe. Mais les principes sont pour conserver la crŽature dans lÕ�tre. Donc si les principes crŽŽs ne peuvent la conserver, il sÕensuit quÕils sont imparfaits et qu'ils ne sont pas les Ïuvres de Dieu, ce qui est absurde.

q. 5 a. 1Arg. 4 Praeterea, Deus est causa rerum sicut efficiens. Sed cessante actione causae efficientis, remanet effectus ; sicut cessante actione aedificatoris, remanet domus, et cessante actione ignis generantis, adhuc remanet ignis generatus. Ergo et cessante omni Dei actione, adhuc possunt creaturae in esse remanere.

4. Dieu est en quelque sorte la cause efficiente des crŽatures. Mais si lÕaction de la cause efficiente cesse, lÕeffet demeure. Ainsi quand cesse lÕaction du b‰tisseur, la maison demeure et quand cesse lÕaction du feu qui engendre, reste le feu qui en est engendrŽ. Donc quand toute action de Dieu cesse, les crŽatures peuvent encore demeurer dans l'�tre.

q. 5 a. 1Arg. 5 Sed dicebat, quod agentia inferiora sunt causa fiendi et non essendi ; unde esse effectuum remanet remota actione causarum fieri. Deus autem est causa rebus non solum fiendi, sed essendi. Unde esse rerum remanere non potest, divina actione cessante.- Sed contra, omnis res generata habet esse per suam formam. Si ergo causae inferiores generantes non sunt causae essendi, non erunt causae formarum ; et ita formae quae sunt in materia, non sunt a formis quae sunt in materia secundum sententiam philosophi [in VII Metaph., com. 28], qui dicit, forma quae est in his carnibus et ossibus, est a forma quae est in his carnibus et ossibus : sed sequitur quod formae in materia sint a formis sine materia, secundum sententiam Platonis, vel a datore formarum, secundum sententiam Avicennae [IX Metaph., cap. IV et V].

5. Mais on pourrait dire que les agents infŽrieurs sont causes du devenir et non de lÕ�tre ; cÕest pourquoi lÕ�tre des effets demeure, une fois retirŽe lÕaction des causes du devenir. Mais Dieu est la cause non seulement de leur devenir mais de leur �tre. CÕest pourquoi lÕ�tre des choses ne peut pas demeurer, si lÕaction divine cesse. Ñ En sens contraire : tout ce qui est engendrŽ poss�de lÕ�tre par sa forme. Si donc les causes infŽrieures qui engendrent ne sont pas causes de lÕ�tre, elles ne seront pas causes des formes, et ainsi les formes qui sont dans la mati�re ne viennent pas des formes qui sont en elle, comme lÕaffirme le Philosophe, (MŽtaphysique, VII, 8, 1034 a 5[569]), qui dit que la forme qui est dans ces chairs et ces os vient de celle qui est dans ces chairs et ces os. Mais il sÕensuit que les formes dans la mati�re viennent des formes sans mati�re, selon lÕopinion de Platon - ou du pourvoyeur de formes - selon lÕopinion dÕAvicenne (MŽtaphysique, IX, ch. 5, 410-411 et surtout 413).

q. 5 a. 1Arg. 6 Praeterea, ea quorum esse est in fieri, non possunt remanere cessante actione agentis, ut patet de motu et de agone, et similibus ; illa vero quorum esse est in facto esse, possunt remanere etiam agentibus remotis. Unde Augustinus dicit [VIII super Genes. ad litteram, cap. XII] : Praesente lumine non factus est aer lucidus, sed fit ; quia si factus esset, non fieret ; sed absente lumine lucidus remaneret. Multae autem creaturae sunt quorum esse non est in fieri, sed in facto esse ; ut patet de Angelis, et de corporibus etiam omnibus. Ergo, cessante actione Dei agentis, creaturae possunt remanere in esse.

6. Ceux dont lÕ�tre est en devenir ne peuvent demeurer, quand cesse lÕaction de lÕagent, comme cela est Žvident pour le mouvement et la lutte, etc.. Mais ce dont lÕ�tre est dans un �tre produit peut demeurer, m�me si les agents sont ŽcartŽs. CÕest pourquoi Augustin (La Gen�se au sens littŽral, VIII, XII, 26[570]) dit : ÇQuand la lumi�re est prŽsente, lÕair qui nÕŽtait pas devenu lumineux, le devient ; parce que, sÕil Žtait devenu lumineux, il ne le deviendrait pas ; mais en l'absence de lumi�re, il demeurerait lumineuxÈ. Mais il y a beaucoup de crŽatures dont lÕ�tre nÕest pas en devenir, mais dŽjˆ produit ; comme cÕest Žvident pour les anges et m�me pour tous les corps. Donc, si l'action de Dieu agent cesse, les crŽatures peuvent demeurer dans lÕ�tre.

q. 5 a. 1Arg. 7 Praeterea, causae inferiores generantes sunt rebus generatis causae essendi, ut supra probatum est ; non tamen sicut causae principales et primae, sed sicut causae secundae. Causa autem prima essendi, quae Deus est, rebus generatis non dat principium essendi, nisi mediantibus causis secundis praedictis. Ergo nec permanentiam in esse, quia eadem res per idem habet esse et in esse conservatur. Sed esse generatorum conservatur ex ipsis principiis essentialibus generatorum, cessantibus causis secundis agentibus. Ergo etiam cessante causa prima agente, quae Deus est.

7. Les causes infŽrieures qui engendrent sont causes dÕ�tre pour ce qui est engendrŽ, comme on lÕa prouvŽ plus haut ; non cependant comme causes principales et premi�res, mais comme causes secondes. Mais la cause premi�re de lÕ�tre, qui est Dieu, ne donne le principe dÕ�tre aux choses engendrŽes que par lÕintermŽdiaire des causes secondes, dont on a parlŽ. Donc il ne donne pas non plus la permanence dans lÕ�tre, parce quÕune m�me chose a lÕ�tre et est conservŽe dans lÕ�tre par le m�me. Mais lÕ�tre de ce qui est engendrŽ est conservŽ par les principes essentiels de ceux qui les engendrent, si cessent les causes secondes qui agissent. Donc aussi quand cesse la cause premi�re efficiente, qui est Dieu.

q. 5 a. 1Arg. 8 Praeterea, si res aliqua deficit esse, aut hoc est propter materiam, aut propter hoc quod est ex nihilo. Materia autem non est causa corruptionis nisi secundum quod est subiecta contrarietati ; non autem in omnibus creaturis est materia contrarietati subiecta. Ergo illa in quibus non est materia contrarietati subiecta, sicut sunt corpora caelestia et Angeli, non possunt deficere ratione materiae, nec iterum ratione eius quod sunt ex nihilo, quia ex nihilo nihil sequitur et nihilum nihil agit, et ita non corrumpit. Ergo cessante omni actione divina, huiusmodi res esse non deficerent.

8. Si une chose est dŽfaillante en son �tre, cÕest ˆ cause de la mati�re ou parce quÕelle vient du nŽant. Mais la mati�re nÕest cause de corruption que selon quÕelle est soumise ˆ la contrariŽtŽ. Ce nÕest pas dans toutes les crŽatures que la mati�re y est soumise. Donc celles en qui il n'y a pas de mati�re soumise ˆ la contrariŽtŽ, comme les corps cŽlestes et les anges, ne peuvent �tre dŽfaillantes ˆ cause de la mati�re, ni non plus en raison de ce quÕils viennent du nŽant, parce que de rien, rien ne vient et rien ne fait rien et ainsi (le nŽant) ne corrompt pas. Donc, quand cesse toute action divine, de telles choses nÕabandonnent pas leur �tre.

q. 5 a. 1Arg. 9 Praeterea, forma incipit esse in materia in istanti quod est ultimum factionis, in quo res non est in fieri, sed in facto esse. Sed secundum Avicennae sententiam [lib. IX Metaph., cap. IV et V], formae rerum generatarum infunduntur in materia ab intelligentia agente, quae est datrix formarum. Ergo illa intelligentia est causa essendi, non tantum fiendi ; et ita per actionem eius res possunt conservari in esse, etiam circumscripta Dei conservatione.

9. La forme commence dÕ�tre dans la mati�re ˆ lÕinstant ultime de sa production, o� la chose nÕest pas en devenir mais est dŽjˆ produite. Mais selon l'opinion d'Avicenne (MŽtaphysique, IX, 5, 410 etc.), les formes de ce qui est engendrŽ sont introduites dans la mati�re par une Intelligence agente pourvoyeuse de formes. Donc cette intelligence est cause dÕ�tre et non seulement du devenir, et ainsi par son action, les choses peuvent �tre conservŽes dans lÕ�tre, m�me si on Žcarte la conservation par Dieu.

q. 5 a. 1Arg. 10 Praeterea, etiam forma substantialis est causa essendi. Si ergo causae essendi sunt quae conservant res in esse, ipsa forma rei sufficit ad hoc quod res in esse conservetur.

10. La forme substantielle aussi est cause dÕ�tre. Si donc les causes d'�tre sont celles qui conservent dans lÕ�tre, la forme suffit pour que la chose y soit conservŽe.

q. 5 a. 1Arg. 11 Praeterea, res conservantur in esse per materiam, in quantum sustinet formam. Sed materia, secundum philosophum, est ingenita et incorruptibilis, et ita non est causata ab aliqua causa ; et sic remanet, omni actione causae efficientis remota. Ergo adhuc res poterunt conservari in esse, cessante actione primae causae efficientis, scilicet Dei.

11. Les choses sont conservŽes dans lÕ�tre par la mati�re, dans la mesure o� elle porte la forme. Mais la mati�re, selon le Philosophe, nÕest ni engendrŽe, ni corruptible, et ainsi elle nÕa pas de cause, et elle demeure quand toute action de la cause efficiente est ŽcartŽe. Donc les choses pourront encore �tre conservŽes dans lÕ�tre, si cesse lÕaction de la premi�re cause efficiente, ˆ savoir de Dieu.

q. 5 a. 1Arg. 12 Praeterea, Eccli. XXXIII, 15 : dicitur : Intuere in omnia opera altissimi : duo contra duo, unum contra unum. Sed inter opera altissimi invenitur aliquid quod indiget Dei conservatione. Ergo etiam invenitur inter opera Dei eius oppositum, scilicet quod non indiget Dei conservatione.

12. Il est dit dans lÕEcclŽsiaste (33, 15) : ÇRegarde dans toutes les Ïuvres du Tr�s Haut ; deux contre deux, une contre une[571]È. Mais, parmi ses Ïuvres, on trouve quelque chose qui a besoin dÕ�tre conservŽ par Dieu. Donc on trouve aussi parmi ses Ïuvres l'opposŽ, ˆ savoir ce qui nÕen a pas besoin.

q. 5 a. 1Arg. 13 Praeterea, appetitus naturalis non potest esse cassus et vanus. Sed quaelibet res naturaliter conservationem sui esse appetit. Potest ergo res per se ipsam conservari in esse ; alias appetitus naturalis esset vanus.

13. LÕappŽtit naturel ne peut pas �tre vain et sans objet. Mais tout dŽsire par nature la conservation de son �tre. Donc, une chose peut se conserver ˆ lÕ�tre par soi, autrement lÕappŽtit naturel serait vain.

q. 5 a. 1Arg. 14 Praeterea, Augustinus dicit [in Enchir., cap. X], quod Deus fecit singula bona, simul autem omnia valde bona : propter quod dicitur Genes. I, 31 : Vidit Deus cuncta quae fecerat, et erant valde bona. Ipsa ergo creaturarum universitas est valde bona et optima ; optimi enim est optima adducere, secundum Platonem in Timaeo. Sed melius est quod non indiget aliquo exteriori ad sui conservationem, eo quod indiget. Ergo universitas creaturarum non indiget aliquo exteriori conservante.

14. Augustin dit (Enchiridion, III, 10) que Dieu fit bonne chaque chose particuli�re, et, tout en m�me temps tr�s bon ; cÕest pour cela quÕil est dit (Gn. 1, 31) : ÇDieu vit tout ce quÕil avait fait et cÕŽtait tr�s bonÈ. Donc lÕuniversalitŽ des crŽatures est tr�s bonne et la meilleure. Car il appartient au meilleur de causer le meilleur, selon Platon dans le TimŽe. Mais ce qui nÕa pas besoin de quelque chose dÕextŽrieur pour sa conservation est meilleur que ce qui en a besoin. Donc lÕuniversalitŽ des crŽatures nÕa besoin de rien dÕextŽrieur qui les conserve.

q. 5 a. 1Arg. 15 Praeterea, beatitudo est aliquid creatum in natura beatorum. Sed beatitudo est status omnium bonorum congregatione perfectus, ut Boetius dicit [in III de Consol., prosa 2] ; quod non esset, nisi in se includeret sui conservationem, quod est unum de maxime bonis. Ergo aliquid creatum est quod per se ipsum potest conservari in esse.

15. Le bonheur est quelque chose de crŽŽ dans la nature des bienheureux. Mais le bonheur est un Žtat parfait par la rŽunion de tous les biens, comme le dit Bo�ce (Consol. III, prose 2), ce qui ne serait, que sÕil incluait en lui sa conservation, qui est lÕun des biens au plus haut point. Donc il y a quelque chose de crŽŽ qui peut se conserver ˆ lÕ�tre par soi.

q. 5 a. 1Arg. 16 Praeterea, dicit Augustinus [VII de Civ. Dei, cap. XXX], quod Deus ita administrat res sua providentia, quod tamen sinit eas agere proprios motus. Sed proprius motus naturae ex nihilo existentis est ut in nihilum tendat. Ergo dominus permittit naturam quae est ex nihilo, in nihilum tendere. Non ergo conservat res in esse.

16. Augustin dit (La citŽ de Dieu, VII, 30) que Dieu administre ses Ïuvres par sa Providence ; il leur permet cependant dÕaccomplir leurs propres mouvements. Mais le mouvement le plus propre de la nature qui vient du nŽant est dÕy tendre. Donc Dieu permet ˆ la nature qui vient du nŽant de tendre au nŽant. Donc il ne conserve pas ses crŽatures dans lÕ�tre.

q. 5 a. 1Arg. 17 Praeterea, recipiens quod est contrarium recepto, non conservat receptum, sed magis ipsum destruit. Videmus enim quod quae recipiuntur ab agentibus naturalibus per violentiam in suis contrariis, remanent ad horam, cessante actione naturalium agentium ; sicut calor remanet in aqua calefacta, cessante actione ignis, ad horam. Effectus autem Dei non recipiuntur in aliquo contrario, sed in nihilo ; quia ipse est auctor totius substantiae rei. Ergo multo magis remanebunt divini effectus vel ad horam, divina actione cessante.

17. Celui qui re�oit ce qui est contraire ˆ ce quÕil a re�u, ne le conserve pas, mais plut™t il le dŽtruit. Car nous voyons que ce que les agents naturels re�oivent par violence dans leurs contraires demeure un instant, quand cesse lÕaction des agents naturels ; ainsi la chaleur demeure dans lÕeau chauffŽe quand cesse un instant lÕaction du feu. Les effets de Dieu ne sont pas re�us dans quelque chose de contraire mais en rien, parce quÕil est lÕauteur de toute la substance. Donc les effets divins demeureront beaucoup plus, m�me un instant, si cesse lÕaction de Dieu.

q. 5 a. 1Arg. 18 Praeterea, forma est principium cognoscendi, operandi et essendi. Sed forma absque exteriori adminiculo potest esse operandi principium et cognoscendi. Ergo et essendi ; et ita cessante omni Dei actione res per formam potest conservari in esse.

18. La forme est le principe pour conna”tre, opŽrer et �tre. Mais la forme sans appui extŽrieur peut �tre principe dÕopŽration et de connaissance. Donc dÕ�tre aussi et ainsi quand lÕaction de Dieu cesse, la chose peut �tre conservŽe ˆ lÕ�tre par la forme.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Hebr. I, 3 : Portans omnia verbo virtutis suae ; ubi dicit Glossa [ord. Ibi, et interlinearis] : sicut ab eo creata sunt, ita per eum immutabilia conservantur.

1. Il y a ce qui est dit en HŽbr. 1, 3 : ÇSoutenant tout par sa parole puissante[572].È o� la glose dit : ÇDe m�me quÕils ont ŽtŽ crŽŽs par lui, ils sont conservŽ par lui, immuables.È.

q. 5 a. 1 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit [IV super Genes. ad litteram, cap. XII] : Creatoris potentia et omnipotentis virtus causa subsistendi est omni creaturae ; quae virtus ab eis quae creata sunt regendis si aliquando cessaret, simul et illorum cessaret species, omnisque natura concideret. Et infra. Mundus nec in ictu oculi stare poterit, si ei Deus regimen suum subtraxerit.

2. Augustin dit (La Gen�se au sens littŽral, IV, XII, 22) : ÇLa puissance du crŽateur et le pouvoir du tout Puissant sont la cause de la subsistance de toute crŽature. Si ce pouvoir cessait de sÕexercer un instant, sur les crŽatures, en m�me temps leur forme cesserait et tout leur nature sÕeffondrerait.È Et plus bas : ÇLe monde ne pourrait pas demeurer le temps dÕun clin dÕÏil si Dieu lui retirait son gouvernement.È

q. 5 a. 1 s. c. 3 Praeterea, Gregorius dicit [lib. VI Mor., cap. XVIII], quod omnia in nihilum deciderent, nisi ea manus Omnipotentis contineret.

3. GrŽgoire [le Grand] dit (Les Morales, VI, ch. 18) que ÇTout retournerait au nŽant, si la main du Tout Puissant ne le contenaitÈ.

q. 5 a. 1 s. c. 4 Praeterea, in Lib. de Causis [prop. 9], dicitur : omnis intelligentiae fixio, id est permanentia et essentia, est per bonitatem quae est causa prima. Multo ergo fortius aliae creaturae non figuntur in esse nisi per Deum.

4. Dans Le livre des Causes, (prop. 9), il est dit que ÇToute stabilitŽ de lÕintelligenceÈ cÕest-ˆ-dire la permanence et lÕessence Çvient du Bien qui est la cause premi�reÈ. Donc beaucoup plus les autres crŽatures n'ont ŽtŽ modelŽes dans lÕ�tre que par Dieu.

 

RŽponse :

q. 5 a. 1 co. Respondeo. Dicendum quod absque omni dubio concedendum est, quod res conservantur in esse a Deo, et quod in momento in nihilum redigerentur, cum a Deo desererentur. Cuius ratio hinc accipi potest. Effectum enim a sua causa dependere oportet. Hoc enim est de ratione effectus et causae : quod quidem in causis formalibus et materialibus manifeste apparet. Quocumque enim materiali vel formali principio subtracto, res statim esse desinit, cum huiusmodi principia intrent essentiam rei.

CÕest sans doute aucun quÕil faut concŽder que les crŽatures sont conservŽes dans l'�tre par Dieu, et qu'en un instant elles retourneraient au nŽant, si elles Žtaient abandonnŽes par lui. On peut en trouver la raison ainsi : car l'effet doit dŽpendre de sa cause. Car c'est de la nature de l'effet et de la cause, ce qui appara”t manifestement dans les causes formelles et matŽrielles. Car si on Žcarte tout principe matŽriel ou formel, la chose cesse aussit™t d'exister, puisque de tels principes en pŽn�trent l'essence.

Idem autem iudicium oportet esse de causis efficientibus, et formalibus vel materialibus. Nam efficiens est causa rei secundum quod formam inducit, vel materiam disponit. Unde eadem dependentia rei est ad efficiens, et ad materiam et formam, cum per unum eorum ab altero dependeat. De finalibus autem causis oportet etiam idem esse iudicium quod de causa efficiente. Nam finis non est causa, nisi secundum quod movet efficientem ad agendum ; non enim est primum in esse, sed in intentione solum. Unde et ubi non est actio, non est causa finalis, ut patet in III Metaph [com. 20].

Il faut porter un m�me jugement pour les causes efficientes, formelles ou matŽrielles. Car la cause efficiente est la cause qui induit une forme, ou dispose la mati�re. C'est pourquoi, il y a la m�me dŽpendance de la chose ˆ la cause efficiente, qu'ˆ la mati�re et ˆ la forme, puisque par l'un d'eux, elle dŽpend de l'autre. Mais pour les causes finales, il faut aussi que le jugement soit le m�me que pour la cause efficiente. Car la fin n'est une cause que selon qu'elle pousse l'efficience ˆ agir ; car elle n'est pas en premier dans l'�tre mais dans l'intention seulement. C'est pourquoi lˆ o� il n'y a pas d'action, il n'y a pas de cause finale, comme on le voit en MŽtaphysique (III, 2, 996 a 26[573]).

Secundum hoc ergo esse rei factae dependet a causa efficiente secundum quod dependet ab ipsa forma rei facta Est autem aliquod efficiens a quo forma rei factae non dependet per se et secundum rationem formae, sed solum per accidens : sicut forma ignis generati ab igne generante, per se quidem, et secundum rationem suae speciei non dependet, cum in ordine rerum eumdem gradum teneat, nec forma ignis aliter sit in generato quam in generante ; sed distinguitur ab ea solum divisione materiali, prout scilicet est in alia materia. Unde cum igni generato sua forma sit ab aliqua causa, oportet ipsam formam dependere ab altiori principio, quod sit causa ipsius formae per se et secundum propriam speciei rationem.

Donc, ˆ ce point de vue, l'�tre de ce qui est produit dŽpend de la cause efficiente, selon qu'il dŽpend de sa forme produite m�me. Mais il y a une efficience dont la forme du produit ne dŽpend pas, par soi, et par sa nature, mais seulement par accident ; de m�me que la forme du feu engendrŽ ne dŽpend pas de celui qui l'engendre, par soi et selon la nature de l'esp�ce, puisque, dans l'ordre des choses elle occupe le m�me degrŽ, et la forme nÕest pas autrement dans ce qui est engendrŽ que dans celui qui lÕengendre ; mais elle en est distinguŽe seulement par division matŽrielle, ˆ savoir selon qu'elle est dans une autre mati�re. C'est pourquoi, comme la forme pour le feu engendrŽ vient d'une cause, il faut quÕelle dŽpende d'un principe plus ŽlevŽ, qui serait la cause de la forme, par soi et selon la nature propre de l'esp�ce

Cum autem esse formae in materia, per se loquendo, nullum motum vel mutationem implicet, nisi forte per accidens ; omne autem corpus non agat nisi motum, ut philosophus probat, necesse est quod principium ex quo per se dependet forma, sit aliquod principium incorporeum ; per actionem enim alicuius principii dependet effectus a causa agente. Et si aliquod principium corporeum est per aliquem modum causa formae, hoc habet in quantum agit virtute principii incorporei, quasi eius instrumentum ; quod quidem necessarium est ad hoc quod forma esse incipiat, in quantum forma non incipit esse nisi in materia ; non enim materia quocumque modo se habens potest subesse formae, quia proprium actum in propria materia oportet esse.

Mais comme l'�tre de la forme dans la mati�re, ˆ proprement parler, n'implique nul mouvement ni changement, sinon par hasard, par accident ; que tout corps n'agit que mž, comme le Philosophe le prouve (Cf. Physique, VIII, 259 b 32 Ð 260 a 19), il est nŽcessaire que le principe d'o� dŽpend la forme par soi, soit un principe incorporel, car, par l'action d'un principe, l'effet dŽpend de la cause efficiente. Et si un principe corporel est en quelque mani�re cause de la forme, cela ne se peut que dans la mesure o� il agit par le pouvoir d'un principe incorporel, en tant que son instrument ; ce qui est nŽcessaire pour que la forme commence ˆ exister, dans la mesure o� elle ne commence ˆ exister que dans la mati�re ; car la mati�re de quelque mani�re qu'elle se comporte ne peut pas �tre soumise ˆ la forme, parce que l'acte propre doit �tre dans la mati�re qui lui convient.

Cum ergo est materia in dispositione quae non competit formae alicui, non potest a principio incorporeo, a quo forma dependet per se, eam consequi immediate ; unde oportet quod sit aliquid transmutans materiam ; et hoc est aliquod agens corporeum, cuius est agere movendo. Et hoc quidem agit in virtute principii incorporei, et eius actio determinatur ad hanc formam, secundum quod talis forma est in eo, actu (sicut in agentibus univocis) vel virtute (sicut in agentibus aequivocis).

Donc, quand la mati�re est dans une disposition qui ne convient pas ˆ la forme, elle ne peut pas l'acquŽrir immŽdiatement par un principe incorporel, dont la forme dŽpend par soi. C'est pourquoi il faut quÕil y ait quelque chose qui transforme la mati�re ; et c'est un agent corporel, dont le propre est dÕagir en mettant.en mouvement Et il agit dans le pouvoir du principe incorporel, et son action est limitŽe ˆ cette forme, selon qu'elle est en lui, en acte (comme dans les agents univoques) ou en puissance (comme dans les agents Žquivoques).

Sic igitur huiusmodi inferiora agentia corporalia, non sunt formarum principia in rebus factis, nisi quantum potest se extendere causalitas transmutationis, cum non agant nisi transmutando, ut dictum est ; hoc autem est in quantum disponunt materiam, et educunt formam de potentia materiae. Quantum igitur ad hoc, formae generatorum dependent a generantibus naturaliter, quod educuntur de potentia materiae, non autem quantum ad esse absolutum.

Ainsi donc de tels agents corporels infŽrieurs ne sont les principes des formes dans ce qui a ŽtŽ fait, que dans la mesure o� la causalitŽ du changement peut s'Žtendre, puisqu'ils n'agissent qu'en changeant, comme on l'a dit (q. 3, a. 7 et 8). CÕest aussi dans la mesure o� ils disposent la mati�re et sortent la forme de la puissance de la mati�re. Donc pour cela, les formes de ce qui engendre dŽpendent naturellement de ce qui les engendre, parce qu'elles sortent de la puissance de la mati�re, mais non quant ˆ l'�tre dans absolu.

Unde et remota actione generantis, cessat eductio de potentia in actum quod est fieri generatorum ; non autem cessant ipsae formae, secundum quas generata habent esse. Et inde est quod esse rerum generatarum manet, sed non fieri, cessante actione generantis. Si quae autem formae sunt non in materia, ut sunt substantiae intellectuales, vel in materia nullo modo indisposita ad formam, ut est in corporibus caelestibus, in quibus non sunt contrariae dispositiones ; harum principium esse non potest nisi agens incorporeum, quod non agit per motum ; nec dependent ab aliquo secundum fieri a quo non dependeant secundum esse.

C'est pourquoi, quand l'action de celui qui engendre est ŽcartŽe, cesse le passage de la puissance ˆ l'acte qui est le devenir de ce qui est engendrŽ ; mais les formes elles-m�mes, par lesquelles ce qui est engendrŽ a l'�tre ne cessent pas. Et de lˆ vient que l'�tre de ce qui est engendrŽ demeure, mais non le devenir, si cesse l'action de celui qui engendre. Si ces formes ne sont pas dans la mati�re, comme les substances intellectuelles, ou bien si elles sont dans une mati�re en aucune mani�re mal ordonnŽe ˆ la forme, comme dans les corps cŽlestes, dans lesquels il n'y a pas de dispositions contraires, leur principe d'�tre ne peut �tre qu'un agent incorporel qui n'agit pas par mouvement ; et elles ne dŽpendent pas pour leur devenir de ce dont elles ne dŽpendent pas pour leur �tre.

Sicut igitur cessante actione causae efficientis, quae agit per motum, in ipso instanti cessat fieri rerum generatarum, ita cessante actione agentis incorporei, cessat ipsum esse rerum ab eo creatarum. Hoc autem agens incorporeum, a quo omnia creantur, et corporalia et incorporalia, Deus est, sicut in alia quaestione [3, art. 5, 6 et 8] ostensum est, a quo non solum sunt formae rerum, sed etiam materiae. Et quantum ad propositum non differt utrum immediate, vel quodam ordine, ut quidam philosophi posuerunt. Unde sequitur quod divina operatione cessante, omnes res eodem momento in nihilum deciderent, sicut auctoritatibus est probatum in argumentis sed contra.

Donc, de m�me que, quand cesse l'action de la cause efficiente, qui agit par mouvement, dans l'instant m�me, le devenir de ce qui est engendrŽ cesse, de m�me quand l'action de l'agent incorporel cesse, l'�tre m�me des choses crŽŽes par lui cesse aussi. Mais cet agent incorporel, par qui tout est crŽŽ, les �tres corporels et incorporels, est Dieu, comme on l'a montrŽ dans une autre question (qu. 3, a. 5, 6, et 8), de qui viennent non seulement les formes des �tres mais aussi de la mati�re. Et l'une et l'autre ˆ ce propos ne diff�rent pas immŽdiatement en ordre, comme certains philosophes l'ont pensŽ. C'est pourquoi, il en dŽcoule que si l'opŽration divine cessait, tout, dans un m�me moment, retomberait dans le nŽant, comme on l'a prouvŽ pour les autoritŽs dans les arguments en sens contraire.

 

Solutions :

q. 5 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod creaturae Dei sunt perfectae in sua natura et in suo ordine ; sed inter alia quae ad earum perfectionem requiruntur, hoc etiam est quod a Deo contineantur in esse.

 1. Les crŽatures de Dieu sont parfaites dans leur nature et leur ordre, mais parmi les autres choses requises pour leur perfection, il y a ce fait aussi qu'elles sont maintenues dans l'�tre par Dieu.

q. 5 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Deus non alia operatione producit res in esse et eas in esse conservat. Ipsum enim esse rerum permanentium non est divisibile nisi per accidens, prout alicui motui subiacet ; secundum se autem est in instanti. Unde operatio Dei quae est per se causa quod res sit, non est alia secundum quod facit principium essendi et essendi continuationem.

 2. Ce n'est pas par une autre opŽration que Dieu produit les crŽatures dans l'�tre et les y conserve. Car l'�tre m�me de ce qui demeure n'est divisible que par accident, dans la mesure o� il est soumis ˆ un mouvement, mais en soi il est dans l'instant. C'est pourquoi l'opŽration de Dieu qui est cause par soi de lÕexistence de la chose, n'est pas diffŽrente selon qu'il produit le principe d'�tre et sa conservation.

q. 5 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod, quamdiu principia essentialia rerum sunt, tamdiu res conservantur in esse ; sed et ipsa rerum principia esse desinerent, divina actione cessante.

 3. Les choses sont conservŽes dans l'�tre, aussi longtemps que leurs principes essentiels existent, mais les principes m�me cesseraient si l'action divine cessait.

q. 5 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod huiusmodi inferiora agentia sunt causa rerum quantum ad earum fieri, non quantum ad esse rerum per se loquendo. Deus autem per se est causa essendi : et ideo non est simile. Unde Augustinus dicit [lib. IV super Genes. ad litteram, cap. XII] Non enim sicut structuram cum fabricaverit quis abscedit, atque illo cessante et abscedente stat opus eius ; ita mundus vel in ictu oculi stare poterit, si ei Deus regimen suum subtraxerit.

 4. De tels agents infŽrieurs sont la cause du devenir des choses, et non de leur �tre, ˆ proprement parler. Mais Dieu par soi est cause d'�tre, et ainsi ce n'est pas pareil. C'est pourquoi Augustin dit (La Gen�se au sens littŽral, IV, 12) : ÇCar ce n'est pas comme quelqu'un qui s'en va quand il a construit un b‰timent : m�me s'il cesse et s'en va, son Ïuvre demeure, au contraire le monde ne pourrait demeurer l'instant d'un clin d'Ïil, si Dieu lui avait retirŽ son concours[574].È

q. 5 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod cum agentia corporalia non agant nisi transmutando,- nihil autem transmutetur nisi ratione materiae,- causalitas agentium corporalium non potest se extendere nisi ad ea quae aliquo modo sunt in materia. Et quia Platonici et Avicenna non ponebant formas de potentia materiae educi, ideo cogebantur dicere quod agentia naturalia disponebant tantum materiam ; inductio autem formae erat a principio separato. Si autem ponamus formas substantiales educi de potentia materiae, secundum sententiam Aristotelis, agentia naturalia non solum erunt causae dispositionum materiae, sed etiam formarum substantialium ; quantum ad hoc dumtaxat quod de potentia educuntur in actum, ut dictum est [quaest. 3, art. 9 et 11], et per consequens sunt essendi principia quantum ad inchoationem ad esse, et non quantum ad ipsum esse absolute.

 5. Comme les agents corporels n'agissent qu'en opŽrant des changements Ñ rien n'est changŽ qu'en raison de la mati�re Ñ la causalitŽ des agents corporels ne peut s'Žtendre qu'ˆ ce qui est de quelque mani�re dans la mati�re. Et parce que les Platoniciens et Avicenne ne pensaient pas que les formes Žtaient Žduites de la puissance de la mati�re, ils Žtaient forcŽs de dire que les agents naturels disposaient seulement la mati�re ; et l'induction de la forme dŽpendait d'un principe sŽparŽ. Mais si nous pensons que les formes substantielles sont Žduites de la puissance de la mati�re, selon l'opinion d'Aristote, les agents naturels, non seulement sont causes des dispositions de la mati�re, mais encore des formes substantielles ; pour seulement ce qui est amenŽ de la puissance ˆ l'acte, comme on l'a dit (qu. 3, art. 9 et 11) et par consŽquent, ils sont les principes de lÕ�tre, quant ˆ son commencement mais pas quant ˆ lÕ�tre m�me dans l'absolu.

q. 5 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod formarum quae incipiunt actu esse in materia per actionem corporalis agentis, quaedam producuntur secundum perfectam rationem speciei et secundum perfectum esse in materia, sicut et forma generantis, eo quod in materia non remanent contraria principia, et huiusmodi formae remanent post actionem generantis, usque ad tempus corruptionis. Quaedam vero formae producuntur quidem secundum perfectam rationem speciei, non autem secundum perfectum esse in materia, sicut calor qui est in aqua calefacta, habet perfectam speciem caloris, non tamen perfectum esse, quod est ex applicatione formae ad materiam, eo quod in materia remanet forma contraria tali qualitati. Et huiusmodi formae possunt ad modicum remanere post actionem agentis ; sed prohibentur diu permanere a contrario principio, quod est in materia.

 6. Parmi les formes qui commencent ˆ exister en acte dans la mati�re par l'action de l'agent corporel, certaines sont produites selon la nature parfaite de l'esp�ce et selon l'�tre parfait dans la mati�re, comme la forme de celui qui engendre, parce que les principes contraires ne demeurent pas dans la mati�re, et les formes de ce genre demeurent apr�s l'action de celui qui engendre, jusqu'au temps de la corruption. Mais certaines formes sont produites selon la nature parfaite de l'esp�ce, et non selon l'�tre parfait dans la mati�re, comme la chaleur, qui est dans l'eau chaude, a une nature parfaite de chaleur, non cependant un �tre parfait qui vient de l'application de la forme ˆ la mati�re, parce que la forme contraire ˆ une telle qualitŽ demeure dans la mati�re. Et de telles formes peuvent demeurer un peu apr�s l'action de l'agent, mais elles sont emp�chŽes de demeurer longtemps par un principe contraire qui est dans la mati�re

Quaedam vero producuntur in materia et secundum imperfectam speciem et secundum imperfectum esse, sicut lumen in aere a corpore lucido. Non enim lumen est in aere sicut quaedam forma naturalis perfecta prout est in corpore lucido, sed magis per modum intentionis. Unde sicut similitudo hominis non manet in speculo nisi quamdiu est oppositum homini, ita nec lumen in aere, nisi apud praesentiam corporis lucidi : huiusmodi enim intentiones dependent a formis naturalibus corporum per se, et non solum per accidens ; et ideo esse eorum non manet cessante actione agentium. Huiusmodi ergo propter imperfectionem sui esse, dicuntur esse in fieri ; sed creaturae perfectae non dicuntur esse in fieri propter sui esse imperfectionem, quamvis actio Dei earum factionis indeficienter permaneat.

. Mais certaines sont produites dans la mati�re et selon une esp�ce et un �tre imparfaits, comme la lumi�re dans l'air par un corps lumineux. Car la lumi�re n'est pas dans l'air comme une forme naturelle parfaite selon qu'elle est dans un corps lumineux, mais plus par mode d'application. C'est pourquoi, de m�me que la ressemblance de l'homme ne demeure dans le miroir qu'aussi longtemps qu'il est en face de lui, de m�me la lumi�re n'est dans l'air que par la prŽsence du corps lumineux ; car de telles intentions dŽpendent des formes naturelles des corps par soi, et non seulement par accident, et c'est pourquoi leur �tre ne demeure pas quand cesse l'action des agents. Ainsi donc ˆ cause de l'imperfection de leur �tre, on les appelle des �tres en devenir ; mais on ne dit pas que les crŽatures parfaites sont dans le devenir ˆ cause de l'imperfection de leur �tre, quoique l'action de Dieu pour leur production demeure sans dŽfaillance.

q. 5 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod actio corporalis agentis non se extendit ultra motum, et ideo est instrumentum primi agentis in eductione formarum de potentia in actum, quae est per motum ; non autem in conservatione earum, nisi quatenus ex aliquo motu dispositiones in materia retinentur, quibus materia fit propria formae : sic enim per motum corporum caelestium inferiora conservantur in esse.

 7. L'action de l'agent corporel ne s'Žtend pas au-delˆ du mouvement ; et c'est pourquoi il est l'instrument du premier agent dans le passage des formes de la puissance ˆ l'acte, qui se fait par mouvement, mais pas dans leur conservation, sinon dans la mesure o� sont maintenues dans la mati�re par un mouvement les dispositions par lesquelles la mati�re devient propre ˆ la forme ; car ainsi, par le mouvement des corps cŽlestes, les corps infŽrieurs sont conservŽs dans l'�tre.

q. 5 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod creatura deficeret divina actione cessante, non propter contrarium quod sit in materia, quia ipsum etiam cum materia cessaret : sed propter hoc quod creatura est ex nihilo ; non propter hoc quod nihilum aliquid ageret ad corruptionem, sed non ageret ad conservationem.

 8. Que la crŽature disparaisse si l'action divine cesse, n'est pas ˆ cause du contraire qui serait dans la mati�re, parce que lui-m�me cesserait en m�me temps quÕelle, mais cÕest parce que la crŽature vient du nŽant, non pas parce que celui-ci la conduirait ˆ la corruption, mais il nÕagirait pas pour sa conservation.

q. 5 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod ipse dator formarum si ponatur aliquid aliud praeter Deum, secundum sententiam Avicennae, oportet quod et ipsum deficeret cessante actione Dei, quae est sua causa.

 9. Si on pense que le pourvoyeur de formes est autre que Dieu, selon l'opinion d'Avicenne, il faut que lui-m�me disparaisse quand cesse l'action de Dieu, qui est sa cause.

q. 5 a. 1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod etiam praedicta actione cessante, forma deficeret, unde non posset esse essendi principium.

 10. Si l'action susdite cessait, la forme dispara”trait, c'est pourquoi elle ne pourrait pas �tre le principe d'�tre.

q. 5 a. 1 ad 11 Ad decimumprimum dicendum, quod materia dicitur ingenita quia non procedit in esse per generationem : ex hoc tamen non removetur quin a Deo sit ; cum omne imperfectum oporteat a perfecto originem trahere.

 11. Il faut dire que la mati�re nÕest pas engendrŽe parce qu'elle ne parvient pas ˆ l'�tre par gŽnŽration ; cependant cela n'emp�che pas qu'elle vienne de Dieu, puisque tout ce qui est imparfait doit tirer son origine d'un [�tre] parfait.

q. 5 a. 1 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod non oportet inter opera Dei, uno contradictorie oppositorum invento, aliud inveniri (sic enim esset inter ea aliquid increatum cum sit ibi aliquid creatum) quamvis hoc verum sit de aliis oppositis. Ea vero de quibus est obiectio, sunt contradictorie opposita ; unde ratio non sequitur.

 12. Il ne faut pas, parmi les Ïuvres de Dieu, si on trouve lÕun des opposŽs en contradiction, en trouver un autre (car ainsi il y aurait entre eux quelque chose d'incrŽŽ, puisqu'il y lˆ quelque chose de crŽŽ[575]), quoique cela soit vrai des autres opposŽs. Mais ce qui concerne l'objection, ce sont des opposŽs en contradiction ; c'est pourquoi la raison nÕest pas valable.

q. 5 a. 1 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod licet quaelibet res naturaliter appetat sui conservationem, non tamen quod a se conservetur, sed a sua causa.

 13. Bien que chaque chose dŽsire naturellement sa conservation, cependant ce nÕest pas pour �tre conservŽe par soi mais par sa cause.

q. 5 a. 1 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod universitas creaturarum non est optima simpliciter, sed in genere creatorum ; unde nihil prohibet ea aliquid melius esse.

 14. L'universalitŽ des crŽatures n'est pas la meilleure dans l'absolu, mais la meilleur est dans le genre des crŽateurs ; c'est pourquoi rien n'emp�che que quelque chose soit meilleur quÕelle.

q. 5 a. 1 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod inter bona quorum congregatione status beatitudinis perficitur, principium est coniunctio ad suam causam ; cum ipsa Dei fruitio sit creaturae rationalis beatitudo.

 15. Parmi les biens dont la rŽunion ach�ve lÕŽtat de bŽatitude, le principe est lÕunion ˆ la cause ; puisque la jouissance de Dieu est la bŽatitude de la crŽature rationnelle.

q. 5 a. 1 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod tendere in nihilum non est proprie motus naturae, qui semper est in bonum, sed est ipsius defectus ; unde ratio falsum supponebat.

 16. Tendre au nŽant n'est pas proprement un mouvement de la nature, qui est toujours pour le bien, mais c'est sa dŽfaillance ; c'est pourquoi cette raison supposait une erreur.

q. 5 a. 1 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod illius impressionis violentae agens violentum est causa secundum fieri, et non simpliciter secundum esse, ut ex dictis patet [in solut., ad VI arg.] : unde cessante actione agentis, potest ad tempus remanere, sed non diu propter eius imperfectionem.

 17. L'agent violent dans cette pression de la violence est la cause selon le devenir, mais absolument pas selon l'�tre, comme cela se voit de ce qui a ŽtŽ dit (solution du 6e argument) ; c'est pourquoi quand l'action de l'agent cesse, elle peut demeurer pour un temps, mais pas longtemps ˆ cause de son imperfection.

q. 5 a. 1 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod sicut forma non potest esse principium essendi, nisi aliquo priori principio praesupposito, ita nec operandi, cum Deus in qualibet re operetur, ut in alia quaestione [3,Arg. 6], ostensum est nec etiam cognoscendi, cum omnis cognitio a lumine increato derivetur.

 18. De m�me que la forme ne peut �tre principe d'�tre que par quelque principe prŽcŽdant prŽsupposŽ, de m�me elle ne peut pas �tre principe pour l'opŽration, puisque Dieu op�re en toutes choses, comme on l'a montrŽ dans une autre question (qu. 3, argument 6) ;[elle ne peut pas �tre] le principe de la connaissance, puisque tout connaissance dŽrive de la lumi�re incrŽŽe.

 

 

 

Article 2 Ñ Dieu peut-il communiquer ˆ une crŽature le pouvoir de se conserver dans lÕ�tre par soi et sans lui ?

q. 5 a. 2 tit. 1 Secundo quaeritur utrum Deus possit alicui creaturae communicare quod per se in esse conservetur absque Deo. Et videtur quod sic.

Il semble que oui.

 

Objections :[576] 

q. 5 a. 2Arg. 1 Creare enim est maius quam per se in esse conservari. Sed creare potuit creaturae communicari, ut Magister dicit in V dist., IV Sentent. Ergo et per se in esse conservari.

1. Car crŽer est plus important que dÕ�tre conservŽ dans lÕ�tre par soi. Mais [le pouvoir de] crŽer a pu �tre communiquŽ ˆ la crŽature, comme le dit le Ma”tre des Sentences, (IV Sent. d. 5[577]). Et aussi le pouvoir d'�tre conservŽ dans lÕ�tre par soi.

q. 5 a. 2Arg. 2 Praeterea, plus est in potestate rerum et Dei, quam in potestate intellectus nostri. Sed intellectus noster potest intelligere creaturam absque Deo. Ergo multo fortius Deus potest creaturae dare ut per se conservetur in esse.

2. Il y a plus dans le pouvoir des choses et celui de Dieu, que dans celui de notre intellect. Mais celui-ci peut comprendre la crŽature sans Dieu. Donc Dieu, beaucoup plus, peut donner ˆ la crŽature le pouvoir de se conserver dans lÕ�tre par soi.

q. 5 a. 2Arg. 3 Praeterea, aliqua creatura est ad imaginem Dei, ut patet Genesis I, 26. Sed secundum Hilarium [in lib. de Synodis] imago est rei ad rem coaequandam indiscreta et unita similitudo ; et sic imago adaequare potest id cuius est imago. Cum ergo Deus nullo exteriori conservante indigeat, videtur quod hoc potuit creaturae communicare.

3. Une crŽature est ˆ lÕimage de Dieu, comme on le voit en Gn. 1, 26. Mais selon Hilaire (Le livre des Synodes) lÕimage d'une chose est Çla ressemblance indivisible, et unie pour lÕŽgaler.È Et ainsi lÕimage peut Žgaler ce dont elle est lÕimage. Donc, comme Dieu nÕa pas besoin de quelque chose dÕextŽrieur qui le conserve, il semble quÕil a pu communiquer ce pouvoir ˆ la crŽature.

q. 5 a. 2Arg. 4 Praeterea, quanto agens est perfectius, tanto potest perfectiorem effectum producere. Sed agentia naturalia possunt effectus facere qui conserventur in esse sine agentibus. Ergo multo fortius Deus potest hoc facere.

4. Plus l'agent est parfait, plus l'effet qu'il peut produire est parfait. Mais les agents naturels peuvent produire des effets qui sont conservŽs dans lÕ�tre sans leurs agents. Donc Dieu peut le faire beaucoup plus.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 2 s. c. Sed contra. Deus non potest aliquid facere in diminutionem suae auctoritatis. Hoc autem suo dominio praeiudicaret, si aliquid absque ipsius conservatione posset esse. Ergo Deus hoc facere non potest.

Dieu ne peut rien faire qui diminuerait son autoritŽ. Cela porterait prŽjudice ˆ sa puissance, si un �tre pouvait exister sans �tre conservŽ par lui. Donc Dieu ne peut pas le faire.

 

RŽponse :

q. 5 a. 2 co. Respondeo. Dicendum, quod ad omnipotentiam Dei non pertinet quod possit facere duo contradictoria esse simul. In hoc autem quod dicitur quod Deus faciat aliquid quod eius conservatione non indigeat, contradictio implicatur. Iam enim ostensum est quod omnis effectus a sua causa dependet, secundum quod est eius causa. In hoc ergo quod dicitur, quod Dei conservatione non indigeat, ponitur non esse creatum a Deo ; in hoc quod dicitur, quod Deus faciat ipsum, ponitur esse creatum.

Il ne convient pas ˆ la toute puissance de Dieu de pouvoir faire que deux choses contradictoires existent en m�me temps. Dire que Dieu fait quelque chose qui nÕa pas besoin de sa conservation implique une contradiction. Car, dŽjˆ on a montrŽ que tout effet dŽpend de sa cause, en tant que tel. Quand on dit : ÇUne chose nÕa pas besoin de la conservation de DieuÈ, on pense quÕelle nÕa pas ŽtŽ crŽŽe par lui, et quand on dit : ÇDieu la fasseÈ, on pense quÕelle a ŽtŽ crŽŽe.

Sicut ergo contradictionem implicaret, Deum facere aliquid quod non esset creatum ab eo, ita si quis diceret Deum facere aliquid quod eius conservatione non indigeret. Unde utrumque pari ratione Deus non potest.

Donc que Dieu fasse que quelque chose qui ne soit pas crŽŽ par lui, impliquerait une contradiction, de la m�me mani�re si on disait que Dieu fait une crŽature qui nÕaurait pas besoin de son pouvoir de conservation. C'est pourquoi, ˆ raison Žgale, Dieu ne peut faire ni lÕun, ni lÕautre.

 

Solutions :

q. 5 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod cum creare sit aliquid causare ; non indigere autem alterius conservatione, non sit nisi eius quod causam non habet : manifestum est quod maius est non indigere conservari ab alio quam creare ; sicut maius est causam non habere quam causam esse ; licet et hoc non sit usquequaque verum, quod creare creaturae sit communicabile, secundum quod est actus primi agentis, ut in alia quaestione 3, dictum est.

 1. Comme crŽer cÕest causer quelque chose ; ne pas avoir besoin de la conservation dÕun autre nÕexisterait que pour ce qui n'a pas de cause : il est clair quÕil est plus grand de ne pas avoir besoin dÕ�tre conservŽ par un autre que crŽer ; de m�me il est plus important de ne pas avoir de cause que dÕ�tre cause ; bien quÕil ne soit pas toujours vrai que crŽer soit communicable ˆ la crŽature, en tant qu'acte du premier agent, comme on l'a dit dans une autre question (qu. 3, a. 4).

q. 5 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis intellectus possit intelligere creaturam non intelligendo Deum, non tamen potest intelligere creaturam non conservari in esse a Deo ; hoc enim implicat contradictionem, sicut et creaturam non esse creatam a Deo, ut dictum est [quaesty. 3, art. 5].

 2. Quoique lÕesprit puisse comprendre (intelligere) la crŽature sans comprendre Dieu, cependant on ne peut pas comprendre que la crŽature ne soit pas conservŽe par Dieu ; car cela implique une contradiction, de m�me que comprendre que la crŽature nÕa pas ŽtŽ crŽŽe par Dieu, comme on lÕa dit (qu. 3, a. 5).

q. 5 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod aequalitas non est de ratione imaginis absolute, sed perfectae ; qualis Dei imago non est creatura, sed filius ; unde ratio non sequitur.

 3. LÕŽgalitŽ n'appartient pas dans l'absolu ˆ la dŽfinition de lÕimage, mais ˆ celle de lÕimage parfaite ; une telle image de Dieu nÕest pas une crŽature, mais le Fils. CÕest pourquoi cette raison ne convient pas[578].

q. 5 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod responsio patet per ea quae dicta sunt in praecedenti.

 4. La rŽponse est ŽclairŽe par ce qui a ŽtŽ dit prŽcŽdemment.

 

 

 

Article 3 Ñ Dieu peut-il ramener la crŽature au nŽant ?

q. 5 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum Deus possit creaturam in nihilum redigere. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[579]

q. 5 a. 3Arg. 1 Dicit enim Augustinus in Lib. LXXXIII Quaestionum [quaet. 2], quod Deus non est causa tendendi in non esse. Hoc autem esset, si creaturam annihilaret. Ergo Deus non potest creaturam in nihilum redigere.

1. Car Augustin, dans le livre des 83 questions (qu. 21[580]), dit que Dieu nÕest pas la cause de la tendance au non-�tre. Mais ce serait cela, sÕil ramenait la crŽature au nŽant. Donc Dieu ne peut pas ramener la crŽature au nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 2 Praeterea, creaturae corruptibiles, quae inter ceteras sunt debilioris esse, non desinunt esse nisi per actionem alicuius causae agentis, sicut ignis corrumpitur aliquo contrario agente in ipsum. Multo minus igitur aliae creaturae possunt desinere nisi per aliquam actionem. Si ergo Deus aliquam creaturam annihilaret, hoc non fieret nisi per aliquam actionem. Per actionem autem hoc fieri est impossibile. Nam omnis actio sicut est ab ente actu, ita in ens actu terminatur, cum oporteat factum esse simile facienti. Actio autem qua aliquid ens actu constituitur, non omnino in nihilum redigit. Ergo Deus non potest aliquid annihilare.

2. Les crŽatures corruptibles, qui, parmi les autres, ont un �tre plus faible, ne cessent dÕexister que par lÕaction dÕune cause efficiente ; ainsi le feu est corrompu par un agent contraire en lui. Donc les autres crŽatures beaucoup moins ne peuvent cesser que par quelque action. Si donc Dieu ramenait une crŽature au nŽant, cela ne se ferait que par une action. Mais cÕest impossible que cela soit fait par une action. Car toute action, de m�me quÕelle vient d'un Žtant en acte, se termine de m�me dans un Žtant en acte, puisquÕil faudrait que le produit soit ˆ la ressemblance de celui qui le fait. Mais lÕaction par laquelle un Žtant est Žtabli en acte, ne ram�ne absolument pas au non �tre. Donc Dieu ne peut rien ramener au nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 3 Praeterea, omne quod est per accidens, reducitur ad id quod est per se. Sed a nulla causa agente est defectus et corruptio nisi per accidens, cum nihil operetur nisi intendens ad bonum, ut Dionysius dicit [IV cap. de divin. Nomin.] : unde et ignis corrumpens aquam, non intendit privationem formae aquae, sed formam propriam in materiam introducere. Ergo non potest ab aliquo agente causari aliquis defectus, quin simul aliqua perfectio constituatur. Ubi autem aliqua perfectio constituitur, ibi non est annihilatio. Ergo Deus non potest aliquid annihilare.

3. Tout ce qui existe par accident est ramenŽ ˆ ce qui est par soi. Mais la dŽfaillance et la corruption ne viennent dÕaucune cause efficiente, sinon par accident, puisque rien nÕop�re sinon quÕen tendant au bien, comme le dit Denys (Les noms divins, 4). CÕest pourquoi, le feu qui dŽnature lÕeau, ne tend pas ˆ la privation de la forme de lÕeau, mais ˆ introduire une forme propre dans la mati�re. Donc une dŽfaillance ne peut �tre causŽe par un agent quÕen constituant une perfection en m�me temps. Lˆ o� est Žtablie une perfection, il nÕy a pas de retour au nŽant. Donc Dieu ne peut rien ramener au nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 4 Praeterea, nihil agit nisi propter finem. Finis enim est quod movet efficientem. Finis autem divinae actionis est eius bonitas : quod quidem esse potest in rerum productione, per quam res similitudines divinae bonitatis consequuntur : non autem in annihilatione, per quam annihilatum omnino a Dei similitudine recederet. Ergo Deus non potest aliquid annihilare.

4. Rien nÕagit quÕen vue dÕune fin. Car la fin est ce qui met en mouvement [la cause] efficiente. La fin de lÕaction divine est sa bontŽ : ce qui peut exister dans la production des crŽatures, par laquelle elles obtiennent la ressemblance de la divine bontŽ, mais pas dans leur annihilation, par laquelle ce qui est retournŽ au nŽant sÕŽloignerait tout ˆ fait de la ressemblance ˆ Dieu. Donc Dieu ne peut rien ramener au nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 5 Praeterea, manente causa, necesse est permanere causatum. Si enim non est necesse, possibile erit causatum esse et non esse posita causa ; et sic indigebitur alio quo causatum ad esse determinetur ; et ita causa sufficiens non erit ad esse causati. Sed Deus est sufficiens causa rerum. Ergo Deo manente necesse est res in esse manere. Sed Deus non potest facere quin ipse in esse maneat. Ergo non potest creaturas reducere in non esse.

5. Tant que la cause demeure, il est nŽcessaire que lÕeffet demeure. Car, si ce nÕest pas nŽcessaire, il sera possible que lÕeffet existe et nÕexiste pas, une fois posŽe la cause ; et ainsi il aura besoin dÕun autre par lequel lÕeffet est dŽterminŽ ˆ lÕ�tre ; et ainsi la cause ne sera pas suffisante pour lÕ�tre de lÕeffet. Mais Dieu est la cause suffisante des �tres. Donc, comme Dieu demeure, il est nŽcessaire que les choses demeurent dans lÕ�tre. Mais Dieu ne peut pas faire que lui-m�me demeure dans lÕ�tre. Donc il ne peut pas ramener les crŽatures au non �tre.

q. 5 a. 3Arg. 6 Sed dicebatur, quod Deus non erit causa in actu, cum creaturae erunt annihilatae.- Sed contra, divina actio est eius esse ; unde et Augustinus [lib. I de Doct. Christ., cap. XXXII], vult quod in quantum Deus est, nos simus. Suum autem esse nunquam ei advenit. Ergo nunquam desinit esse in sua actione ; et ita semper erit causa in actu.

6. Mais on pourrait dire que Dieu ne sera pas une cause en acte, lorsque les crŽatures retourneront au nŽant. Ñ En sens contraire, lÕaction divine est celle de son �tre ; cÕest pourquoi Augustin (La Doctrine chrŽtienne, I, 32[581]) veut que nous existions en tant que Dieu est. Mais son �tre ne lui est jamais advenu. Donc jamais il ne cesse dÕ�tre en son action et ainsi il sera toujours une cause en acte.

q. 5 a. 3Arg. 7 Praeterea, Deus non potest facere contra communes animi conceptiones, sicut quod totum non sit maius sua parte. Communis autem animi conceptio est apud sapientes, animas rationales perpetuas esse. Ergo Deus non potest facere quod in nihilum redigantur.

7. Dieu ne peut agir contre les conceptions communes de lÕesprit, comme que le tout ne soit pas plus grand que sa partie[582]. Mais la conception commune de lÕesprit chez les sages est que les ‰mes rationnelles sont Žternelles. Donc Dieu ne peut pas faire quÕelles retournent au nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 8 Praeterea, Commentator dicit in XI Metaph. [in lib. suo XI, qui est super XII Arist., com. 41] quod id quod est in se possibile esse et non esse, non potest necessitatem essendi ab alio acquirere. Quaecumque ergo creaturae habent necessitatem essendi, in eis non est possibilitas ad esse et non esse. Huiusmodi autem sunt omnia incorruptibilia, ut sunt substantiae incorporeae et corpora caelestia. Ergo omnibus his non est possibilitas ad non esse. Si ergo sibi relinquantur, divina actione subtracta, non deficient in non esse ; et sic Deus non videtur quod possit ea annihilare.

8. Le Commentateur dit (La mŽtaphysique XI ˆ propos de la MŽtaphysique d'Aristote, XII, com. 41) que ce qui a possibilitŽ dÕ�tre et ne pas �tre, ne peut pas acquŽrir sa nŽcessitŽ dÕ�tre dÕun autre. Donc toutes les crŽatures qui ont la nŽcessitŽ dÕ�tre n'ont pas en elles la possibilitŽ dÕ�tre et ne pas �tre. Tout ce qui est incorruptible est de ce genre, comme les substances incorporelles et les corps cŽlestes. Donc tous ceux-lˆ nÕont pas de possibilitŽ au non �tre. En consŽquence, sÕils sont laissŽs ˆ eux-m�mes une fois lÕaction divine ŽcartŽe, ils ne tomberont pas dans le non �tre et ainsi Dieu ne semble pas pouvoir les ramener au nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 9 Praeterea, quod recipitur in aliquo, non tollit potentiam recipientis ; sed potest eam perficere. Si ergo aliquid sit possibilitatem habens ad non esse, nihil in eo receptum hanc possibilitatem ei auferre poterit. Ergo quod est in se possibile non esse, non poterit ab aliquo necessitatem essendi acquirere.

9. Ce qui est re�u dans quelque chose, nÕenl�ve pas la puissance de ce qui re�oit, mais il peut la parfaire. Donc si quelque chose se trouve avoir la possibilitŽ au non �tre, rien de ce qui est re�u en lui ne pourra enlever cette possibilitŽ. En consŽquence ce qui a possibilitŽ en soi de ne pas �tre, ne pourra pas acquŽrir la nŽcessitŽ dÕ�tre dÕun autre.

q. 5 a. 3Arg. 10 Praeterea, ea secundum quae aliqua genere diversificantur, sunt de essentia rei ; nam genus pars definitionis est. Secundum autem corruptibile et incorruptibile aliqua genere differunt, ut patet in X Metaph. Ergo sempiternitas et incorruptibilitas est de essentia rei. Deus autem non potest alicui rei auferre quod est de essentia eius ; non enim potest facere quod homo existens homo, non sit animal. Ergo non potest rebus incorruptibilibus sempiternitatem auferre ; et ita non potest ea ad nihilum redigere.

10. Ce qui diffŽrentie les genres, appartient ˆ lÕessence, car le genre est une partie de la dŽfinition. Mais certaines choses diff�rent en genre selon le corruptible et lÕincorruptible, comme on le voit en MŽtaphysique (X, 10, 1059 a 27[583]). Donc la durŽe Žternelle et lÕincorruptibilitŽ appartiennent ˆ lÕessence de lÕ�tre. Dieu ne peut pas enlever ˆ un �tre ce qui appartient ˆ son essence ; car il ne peut pas faire quÕun homme qui existe en tant qu'homme ne soit pas un animal[584]. Donc il ne peut enlever la durŽe Žternelle aux �tres incorruptibles, et ainsi il ne peut pas les ramener au nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 11 Praeterea, corruptibile nunquam potest mutari ut fiat incorruptibile secundum suam naturam ; nam incorruptibilitas corporum resurgentium non est naturae sed gloriae ; et hoc ideo est, quia corruptibile et incorruptibile differunt genere, ut dictum est. Si autem quod est in se possibile non esse, ab aliquo necessitatem essendi posset acquirere, corruptibile posset in incorruptibilitatem mutari. Ergo impossibile est esse aliquid quod in se sit possibile non esse, et acquirat necessitatem ab alio ; et sic idem quod prius.

11. Le corruptible ne peut jamais �tre changŽ pour devenir incorruptible par nature ; car lÕincorruptibilitŽ des corps ressuscitŽs ne vient pas de la nature mais de la gloire, et cÕest parce que le corruptible et lÕincorruptible diff�rent en genre comme on lÕa dit. Mais si ce qui a en soi possibilitŽ de ne pas �tre pouvait acquŽrir sa nŽcessitŽ dÕ�tre de quelque chose, la corruptibilitŽ pourrait �tre changŽe en incorruptibilitŽ. Donc il est impossible qu'il y ait quelque chose qui a en soi la possibilitŽ acquiert la nŽcessitŽ dÕun autre et ainsi de m�me que plus haut.

q. 5 a. 3Arg. 12 Praeterea, si creaturae non habent necessitatem nisi secundum quod dependent a Deo, a Deo autem dependent secundum quod Deus est earum causa ; non habebunt necessitatem nisi per modum qui competit causalitati qua Deus eorum causa est. Deus autem est rerum causa non per necessitatem, sed per voluntatem, ut est in alia quaestione, ostensum. Sic ergo erit necessitas in rebus sicut in his quae a voluntate causantur. Ea autem quae sunt a voluntate, non simpliciter et absolute sunt necessaria, sed solum necessitate conditionata, eo quod voluntas non necessario determinatur ad unum effectum. Ergo sequitur quod in rebus nihil est necessarium absolute, sed solum sub conditione ; sicut est necesse Socratem moveri, si currit ; vel ambulare, si vult, nullo impedimento existente. Ex quo videtur sequi quod nihil sit in creaturis simpliciter incorruptibile, sed omnia sint corruptibilia ; quod est inconveniens.

12. Si les crŽatures nÕont de nŽcessitŽ qu'en tant quÕelle dŽpendent de Dieu, elles dŽpendent de lui selon quÕil est leur cause ; elles nÕauront de nŽcessitŽ que par le mode qui convient ˆ la causalitŽ par laquelle Dieu est leur cause. Mais il est la cause des �tres non par nŽcessitŽ, mais par volontŽ, comme on lÕa montrŽ dans une autre question (Pot. 3, 15). Donc il y aura nŽcessitŽ dans les choses comme dans ce qui est causŽ par la volontŽ. Mais ce qui dŽpend de la volontŽ, nÕest pas simplement et absolument nŽcessaire, mais seulement dÕune nŽcessitŽ conditionnelle, parce que la volontŽ nÕest pas dŽterminŽe nŽcessairement ˆ un seul effet. Donc il en dŽcoule que, dans les crŽatures, rien nÕest absolument nŽcessaire, mais seulement sous condition, de m�me quÕil est nŽcessaire que Socrate soit en mouvement sÕil court, ou se prom�ne, sÕil veut, sÕil nÕexiste aucun emp�chement. Il semble en dŽcouler que rien nÕest dans les crŽatures absolument incorruptible, mais que tout est corruptible, ce qui ne convient pas.

q. 5 a. 3Arg. 13 Praeterea, sicut Deus est summum bonum, ita est perfectissimum ens. Sed in quantum est summum bonum, ei convenit quod non possit esse causa mali culpae. Ergo in quantum est perfectissimum ens, non ei competit quod possit esse causa annihilationis rerum.

13. Dieu est le souverain bien, il est aussi lÕŽtant absolument parfait. Mais dans la mesure o� il est le souverain bien, il lui appartient de ne pas pouvoir �tre cause du mal de la faute. Donc en tant quÕŽtant absolument parfait, il ne lui revient pas de pouvoir �tre cause du retour au nŽant des �tres.

q. 5 a. 3Arg. 14 Praeterea, Augustinus dicit [Enchirid. Cap. XI], quod Deus est adeo bonus quod nunquam permitteret aliquid mali fieri, nisi esset adeo potens quod de quolibet malo posset elicere aliquod bonum. Sed si creaturae annihilarentur, nullum bonum inde eliceretur. Ergo Deus non potest hoc permittere quod creaturae in nihilum decidant.

14. Augustin dit (Enchiridion, XI) que Dieu est si bon que jamais il ne permettrait que quelque chose de mal soit fait, ˆ moins quÕil ne soit assez puissant pour pouvoir tirer un bien de nÕimporte quel mal. Mais si les crŽatures retournaient au nŽant, il ne pourrait en tirer aucun bien. Donc Dieu ne peut pas permettre que les crŽatures retombent dans le nŽant.

q. 5 a. 3Arg. 15 Praeterea, non minor distantia est in nihilum de ente, quam de nihilo in esse. Sed reducere aliquid de nihilo in esse, est potentiae infinitae, propter distantiam infinitam. Ergo reducere de esse in nihil, non est nisi potentiae infinitae. Nulla autem creatura habet potentiam infinitam. Ergo subtracta actione creatoris, creatura non poterit in nihilum reduci. Quo quidem solo modo dicebatur Deus res posse annihilare, scilicet per suae actionis subtractionem. Nullo ergo modo Deus potest creaturas in nihilum redigere.

15. La distance nÕest pas plus petite de lÕ�tre au nŽant, que du nŽant ˆ lÕ�tre. Mais amener quelque chose du nŽant ˆ lÕ�tre demande une puissance infinie, ˆ cause de la distance infinie. Donc amener de lÕ�tre au nŽant, ne dŽpend que dÕune puissance infinie. Mais aucune crŽature nÕa de puissance infinie. Donc, si on exclut lÕaction du CrŽateur, la crŽature ne pourra pas retourner au nŽant. CÕest de cette seule mani�re quÕon disait que Dieu pouvait ramener au nŽant, ˆ savoir en retirant son action. Donc Dieu ne peut pas ramener les crŽatures au nŽant.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 3 s. c. 1 Sed contra. Est quod Origenes dicit in Periarchon : Quod datum est, auferri atque recedere potest. Sed esse, datum est creaturae a Deo. Ergo potest auferri ; et sic Deus potest creaturas in nihilum redigere.

1. Orig�ne dit dans le Periarchon : ÇCe qui a ŽtŽ donnŽ, peut �tre enlevŽ et se retirerÈ. Mais lÕ�tre est donnŽ par Dieu ˆ la crŽature. Donc il peut �tre enlevŽ, et ainsi Dieu peut ramener les crŽatures au nŽant.

q. 5 a. 3 s. c. 2 Praeterea, illud quod dependet ex simplici Dei voluntate, potest, etiam, Deo volente, cessare. Sed totum esse creaturae dependet ex simplici Dei voluntate ; cum Deus per suam voluntatem sit causa rerum, et non per naturae necessitatem. Ergo, Deo volente, possunt creaturae in nihilum redigi.

2. Ce qui dŽpend de la volontŽ absolue de Dieu peut aussi cesser, sÕil le veut. Mais tout lÕ�tre de la crŽature dŽpend de la volontŽ absolue de Dieu, puisqu'il est leur cause par sa volontŽ, et non par nŽcessitŽ de nature. Donc, si Dieu le veut, les crŽatures peuvent �tre ramenŽes au nŽant.

q. 5 a. 3 s. c. 3 Praeterea, Deus non est plus debitor creaturis postquam esse incoeperunt, quam antequam esse inciperent. Sed antequam creaturae inciperent, absque omni praeiudicio suae bonitatis poterat cessare ad hoc quod esse creaturis communicaret, quia sua bonitas in nullo a creaturis dependet. Ergo Deus potest absque praeiudicio suae bonitatis suam actionem a rebus creatis subtrahere ; quo posito in nihilum deciderent, ut in praecedenti articulo ostensum est. Potest ergo Deus res annihilare.

3. Dieu nÕest pas plus dŽbiteur envers les crŽatures, apr�s quÕelles ont commencŽ ˆ �tre quÕavant. Mais avant quÕelles aient commencŽ, sans aucun prŽjudice pour sa bontŽ, il pouvait cesser de communiquer lÕ�tre aux crŽatures, parce que sa bontŽ ne dŽpend d'elle en rien. Donc Dieu peut, sans prŽjudice pour sa bontŽ, retirer son action des crŽatures ; cela Žtabli, elles retourneraient au nŽant, comme on lÕa montrŽ dans lÕarticle prŽcŽdant. Dieu peut donc ramener les crŽatures au nŽant.

q. 5 a. 3 s. c. 4 Praeterea, eadem actione Deus res in esse produxit et eas in esse conservat, ut supra ostensum est. Sed Deus potuit res in esse non producere. Ergo eadem ratione potest eas annihilare.

4. Par la m�me action, Dieu am�ne les choses ˆ lÕ�tre et les y conserve, comme on lÕa montrŽ plus haut. Mais il aurait pu ne pas les amener ˆ l'�tre. Donc, pour la m�me raison, il peut les ramener au nŽant.

 

RŽponse :

q. 5 a. 3 co. Respondeo. Dicendum, quod in rebus a Deo factis dicitur aliquid esse possibile dupliciter. Uno modo per potentiam agentis tantum ; sicut antequam mundus fieret, possibile fuit mundum fore, non per potentiam creaturae, quae nulla erat, sed solum per potentiam Dei, qui mundum in esse producere poterat. Alio modo per potentiam quae est in rebus factis ; sicut possibile est corpus compositum corrumpi.

Pour ce qui est produit par Dieu, on dit que quelque chose est possible de deux mani�res : a) D'une premi�re mani�re, par la puissance de lÕagent seulement : ainsi avant que le monde nÕait ŽtŽ fait, il Žtait possible quÕil soit fait, non par la puissance de la crŽature qui nÕexistait pas, mais seulement pas la puissance de Dieu, qui pouvait amener le monde ˆ lÕ�tre. b) D'une autre mani�re, par la puissance qui existe dans ce qui est produit ; de m�me qu'il est possible quÕun corps composŽ soit corrompu

Si ergo loquamur de possibilitate ad non esse ex parte rerum factarum, dupliciter circa hoc aliqui opinati sunt.

Donc si nous parlons de possibilitŽ au non �tre du c™tŽ des crŽatures, certains ˆ ce sujet ont exprimŽs deux opinions diffŽrentes :

Avicenna namque posuit [lib. VIII Metaph., c. VI], quod quaelibet res praeter Deum habebat in se possibilitatem ad esse et non esse. Cum enim esse sit praeter essentiam cuiuslibet rei creatae, ipsa natura rei creatae per se considerata, possibilis est ad esse ; necessitatem vero essendi non habet nisi ab alio, cuius natura est suum esse, et per consequens est per se necesse esse, et hoc Deus est.

a) Car Avicenne (MŽtaphysique, VIII, c. 6[585]) a pensŽ que chaque chose en dehors de Dieu avait en soi la possibilitŽ dÕ�tre et ne pas �tre. En effet, puisque lÕ�tre est au-delˆ de lÕessence de nÕimporte quelle crŽature, sa nature de crŽature, considŽrŽe en soi, a la possibilitŽ d'�tre ; mais elle nÕa la nŽcessitŽ dÕ�tre que par un autre, dont la nature est son �tre et par consŽquent qui a par soi la nŽcessitŽ dÕ�tre et cÕest Dieu.

Commentator vero [in XI Metaph., text. 41 et in libro de Substantia orbis] contrarium ponit, scilicet quod quaedam res creatae sunt in quarum natura non est possibilitas ad non esse, quia quod in sua natura habet possibilitatem ad non esse, non potest ab extrinseco acquirere sempiternitatem, ut scilicet sit per naturam suam sempiternum. Et haec quidem positio videtur rationabilior. Potentia enim ad esse et non esse non convenit alicui nisi ratione materiae, quae est pura potentia. Materia etiam, cum non possit esse sine forma, non potest esse in potentia ad non esse, nisi quatenus existens sub una forma, est in potentia ad aliam formam.

b) Mais le Commentateur (MŽtaphysique, XI, texte 4 et Livre La Substance du monde) pense le contraire, ˆ savoir quÕil existe certaines crŽatures dans la nature desquelles il nÕy a pas possibilitŽ au non �tre, parce que, ce qui, dans leur nature a possibilitŽ au non �tre, ne peut pas acquŽrir lÕŽternitŽ de lÕextŽrieur, pour �tre Žternel par nature. Et cette position para”t plus rationnelle. Car la puissance ˆ �tre et ˆ ne pas �tre ne convient ˆ une chose que par la nature de sa mati�re, qui est pure puissance. Comme la mati�re aussi ne peut exister sans forme, elle ne peut �tre en puissance au non �tre que dans la mesure o� existant sous une forme, elle est en puissance pour une autre.

Dupliciter ergo potest contingere quod in natura alicuius rei non sit possibilitas ad non esse. Uno modo per hoc quod res illa sit forma tantum subsistens in esse suo, sicut substantiae incorporeae, quae sunt penitus immateriales. Si enim forma ex hoc quod inest materiae, est principium essendi in rebus materialibus, nec res materialis potest non esse nisi per separationem formae ; ubi ipsa forma in esse suo subsistit nullo modo poterit non esse ; sicut nec esse potest a se ipso separari.

Donc il peut arriver de deux mani�res que, dans la nature dÕune chose, il nÕy ait pas de possibilitŽ au non �tre :1) Par la fait qu'elle est seulement une forme subsistante en son �tre, comme les substances incorporelles, qui sont tout ˆ fait immatŽrielles. Car si la forme, du fait quÕelle est dans la mati�re, est principe dÕ�tre dans ce qui est matŽriel, cela ne peut pas ne pas exister, sinon par sŽparation de la forme ; lˆ o� la forme m�me subsiste en son �tre, elle ne pourra en aucune mani�re ne pas �tre ; ainsi son �tre ne peut pas en �tre sŽparŽ.

Alio modo per hoc quod in materia non sit potentia ad aliam formam, sed tota materiae possibilitas ad unam formam terminetur ; sicut est in corporibus caelestibus, in quibus non est formarum contrarietas.

2) Par le fait que, dans la mati�re, il nÕy a pas de puissance ˆ une autre forme, mais toute la possibilitŽ de la mati�re se termine ˆ une seule forme, comme dans les corps cŽlestes, dans lesquels il nÕy a pas de formes contraires.

Illae ergo solae res in sua natura possibilitatem habent ad non esse, in quibus est materia contrarietati subiecta. Aliis vero rebus secundum suam naturam competit necessitas essendi, possibilitate non essendi ab earum natura sublata. Nec tamen per hoc removetur quin necessitas essendi sit eis a Deo, quia unum necessarium alterius causa esse potest, ut dicitur in V Metaphysic. Com. 6]. Ipsius enim naturae creatae cui competit sempiternitas, causa est Deus. In illis etiam rebus in quibus est possibilitas ad non esse, materia permanet ; formae vero sicut ex potentia materiae educuntur in actum in rerum generatione, ita in corruptione de actu reducuntur in hoc quod sint in potentia. Unde relinquitur quod in tota natura creata non est aliqua potentia, per quam sit aliquid possibile tendere in nihilum.

Donc seules les choses en leur nature ont la possibilitŽ ˆ ne pas �tre sont celles en qui la mati�re est soumise ˆ la contrariŽtŽ. Mais la nŽcessitŽ dÕ�tre appartient ˆ dÕautres choses selon leur nature, une fois enlevŽe de leur nature la possibilitŽ de ne pas �tre. Et cependant par cela il n'est pas exclu que la nŽcessitŽ dÕ�tre leur vienne de Dieu, parce qu'une chose nŽcessaire peut �tre cause dÕune autre, comme on le dit (MŽtaphysique, V, 5, 1015 b 10[586]). Car la cause de la nature crŽŽe, ˆ qui appartient lÕŽternitŽ, est Dieu. Dans ce en quoi il y a possibilitŽ au non �tre, la mati�re demeure, mais les formes sont comme Žduites de la puissance de la mati�re en acte dans la gŽnŽration, de m�me dans la corruption, elles sont ramenŽes de l'acte ˆ la puissance. CÕest pourquoi il reste que dans toute la nature crŽŽe, il nÕy a pas de puissance par laquelle quelque chose puisse tendre au nŽant.

Si autem recurramus ad potentiam Dei facientis, sic considerandum est, quod dupliciter dicitur aliquid Deo esse impossibile : Uno modo quod est secundum se impossibile, quod quia non natum est alicui potentiae subiici ; sicut sunt illa quae contradictionem implicant. Alio modo ex eo quod est necessitas ad oppositum ; quod quidem dupliciter contingit in aliquo agente.

Mais si nous recourons ˆ la puissance de Dieu crŽateur, il faut considŽrer alors quÕil y a deux mani�res de dire que quelque chose est impossible ˆ Dieu. 1) DÕune premi�re mani�re, ce qui est impossible en soi, parce que ce n'est pas destinŽ ˆ �tre soumis ˆ une puissance : comme est ce qui implique une contradiction. 2) DÕune autre mani�re, de ce qui est nŽcessitŽ pour l'opposŽ ; ce qui arrive de deux mani�res dans un agent :

Uno modo ex parte potentiae activae naturalis, quae terminatur ad unum tantum sicut potentia calidi ad calefaciendum ; et hoc modo Deus pater necessario generat filium, et non potest non generare. Alio modo ex parte finis ultimi in quem quaelibet res de necessitate tendit ; sicut et homo de necessitate vult beatitudinem, et impossibile est eum velle miseriam ; et similiter Deus vult de necessitate suam bonitatem, et impossibile est eum velle illa cum quibus sua bonitas esse non potest ; sicut dicimus quod impossibile est Deum mentiri aut velle mentiri.

a) D'une premi�re mani�re du c™tŽ de la puissance active naturelle, qui se termine ˆ un effet seulement, comme la puissance du chaud pour rŽchauffer ; et de cette mani�re, Dieu le P�re engendre nŽcessairement le Fils et il ne peut pas ne pas l'engendrer.b) D'une autre mani�re, du c™tŽ de la fin derni�re ˆ laquelle tout tend par nŽcessitŽ ; ainsi l'homme veut nŽcessairement sa bŽatitude, et il est impossible qu'il veuille le malheur, et de la m�me mani�re Dieu veut nŽcessairement sa bontŽ, et il est impossible qu'il veuille ce avec quoi sa bontŽ ne peut pas exister, de m�me que nous disons qu'il est impossible que Dieu mente ou veuille mentir.

Creaturas autem simpliciter non esse, non est in se impossibile quasi contradictionem implicans, alias ab aeterno fuissent. Et hoc ideo est, quia non sunt suum esse, ut sic cum dicitur, creatura non est omnino, oppositum praedicati includatur in definitione, ut si dicatur, homo non est animal rationale : huiusmodi enim contradictionem implicant, et sunt secundum se impossibilia. Similiter Deus non producit creaturas ex necessitate naturae ut sic potentia Dei determinetur ad esse creaturae, ut in alia quaestione [3, art. 15], est probatum. Similiter etiam nec bonitas Dei a creaturis dependet, ut sine creaturis esse non possit : quia per creaturas nihil bonitati divinae adiungitur

Mais que les crŽatures n'existent absolument pas n'est pas impossible en soi, comme si cela impliquait une contradiction, autrement elles auraient exister de toute ŽternitŽ. Parce qu'elles ne sont pas leur �tre, comme quand on dit que la crŽature n'existe absolument pas, l'opposŽ du prŽdicat est inclus dans la dŽfinition, comme si on disait que l'homme n'est pas un animal rationnel, car les propositions de ce genre impliquent une contradiction, et sont en soi impossibles. De la m�me mani�re Dieu ne produit pas les crŽatures par nŽcessitŽ de nature, de sorte que sa puissance soit ainsi limitŽe ˆ l'�tre de la crŽature, comme on l'a prouvŽ dans une autre question (3 a. 15). De m�me aussi la bontŽ de Dieu ne dŽpend pas des crŽatures, de sorte qu'il ne puisse exister sans crŽatures, parce quÕelles nÕajoutent rien ˆ sa bontŽ.

. Relinquitur ergo quod non est impossibile Deum res ad non esse reducere ; cum non sit necessarium eum rebus esse praebere, nisi ex suppositione suae ordinationis et praescientiae, quia sic ordinavit et praescivit, ut res in perpetuum in esse teneret.

Il reste donc qu'il n'est pas impossible que Dieu ram�ne les crŽatures au non �tre, puisqu'il n'est nŽcessaire qu'il leur fournisse lÕ�tre, que dans lÕhypoth�se de sa disposition et de sa prescience, parce qu'il a ordonnŽ ainsi et prŽcon�u que les choses demeureraient en l'�tre Žternellement

 

Solutions :

q. 5 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod si creaturas Deus in nihilum redigeret, non esset causa tendendi in non esse ; hoc enim non contingeret per hoc quod ipse causaret non esse in rebus, sed per hoc quod desineret rebus dare esse.

 1. Si Dieu ramenait les crŽatures au nŽant, il ne serait pas cause de la tendance au non-�tre, car cela n'arriverait pas parce qu'il causerait le non �tre dans les crŽatures, mais parce qu'il cesserait de leur donner lÕ�tre.

q. 5 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod res corruptibiles desinunt esse per hoc quod earum materia aliam formam recipit, cum qua forma prior stare non potest ; et ideo ad earum corruptionem requiritur actio alicuius agentis, per quam forma nova educatur de potentia in actum. Sed si Deus res in nihilum redigeret, non esset ibi necessaria aliqua actio, sed solum hoc quod desisteret ab actione qua rebus tribuit esse ; sicut absentia actionis solis illuminantis causat lucis privationem in aere.

 2. Les choses corruptibles cessent d'exister du fait que leur mati�re re�oit une autre forme, avec laquelle la premi�re ne peut pas demeurer, et c'est pourquoi pour leur corruption est requise l'action d'un agent par laquelle une forme nouvelle passe de la puissance ˆ l'acte. Mais si Dieu ramenait les choses au nŽant, aucune action ne serait nŽcessaire, mais il renoncerait seulement ˆ l'action par laquelle il leur a attribuŽ l'�tre ; ainsi l'absence d'action du soleil qui Žclaire cause le manque de lumi�re dans l'air.

q. 5 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ratio illa procederet, si Deus agendo, res annihilare posset ; quod quidem non est ; sed magis ab actione desistendo, ut dictum est.

 3. Cette raison conviendrait si Dieu en agissant, pouvait ramener les choses au nŽant ; ce qui n'est pas le cas, mais plut™t en renon�ant ˆ son action, comme on l'a dit.

q. 5 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ubi non est actio, non est necessarium finem requirere. Sed quia ipsum desistere ab actione non potest esse in Deo, nisi per suam voluntatem, quae non est nisi finis, posset in ipsa annihilatione rerum finis aliquis inveniri ; ut sicut in productione rerum, finis est manifestatio copiae divinae bonitatis, ita in rerum annihilatione finis esse potest sufficientia suae bonitatis, quae in tantum est sibi sufficiens, ut nullo exteriori indigeat.

 4. Lˆ o� il n'y a pas d'action, il n'est pas nŽcessaire de chercher la fin. Mais parce que renoncer ˆ l'action ne peut exister en Dieu que par sa volontŽ, qui n'est que sa fin, on pourrait dans cet anŽantissement de la fin trouver une fin, de m�me que dans la production des choses, la fin est la manifestation de l'abondance de la bontŽ divine, de la m�me mani�re dans leur annihilation, la fin peut �tre la suffisance de sa bontŽ, qui lui est suffisante en tant qu'il n'a besoin de rien d'extŽrieur.

q. 5 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod effectus a causa sequitur, et est secundum modum causae ; unde effectus voluntatem consequentes, tunc a voluntate procedunt quando voluntas statuit esse procedendum ; non autem de necessitate quando voluntas est. Et ideo, quia creaturae procedunt a Deo per voluntatem, tunc esse habent cum Deus vult eas esse ; non de necessitate, quandocumque Dei voluntas est ; alias ab aeterno fuissent.

 5. L'effet dŽcoule de la cause et existe selon son mode, c'est pourquoi les effets qui dŽcoulent de la volontŽ, proc�dent dÕelle quand elle a dŽcidŽ qu'il fallait le produire ; mais non par nŽcessitŽ, quand il y a volontŽ. Et parce que les crŽatures proc�dent de Dieu par volontŽ, elles ont l'�tre quand il veut qu'elles existent ; non par nŽcessitŽ, mais chaque fois que cÕest sa volontŽ, autrement elles auraient existŽ de toute ŽternitŽ.

q. 5 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod in actione Dei qua res producit, duo est considerare : scilicet ipsam substantiam operationis, et ordinem ad effectum. Substantia quidem operationis, cum sit divina essentia, aeterna est, nec potest non esse ; ordo autem ad effectum, dependet ex voluntate divina : ex qualibet enim actione facientis non sequitur effectus nisi secundum exigentiam principii actionis ; secundum enim modum caloris ignis calefacit. Unde cum principium factorum a Deo sit voluntas, secundum hoc in actione divina est ordo ad effectum, prout voluntas determinat. Et ideo quamvis actio Dei cessare non possit secundum suam substantiam, ordo tamen ad effectum cessare posset, si Deus vellet.

 6. Dans l'action de Dieu, par laquelle il produit les crŽatures, il faut considŽrer deux points de vue : ˆ savoir la substance de l'opŽration et la relation ˆ l'effet. Comme la substance de l'opŽration est l'essence de Dieu, elle est Žternelle et elle ne peut pas ne pas exister, mais la relation ˆ l'effet dŽpend de la volontŽ divine, car de n'importe quelle action de celui qui produit, il ne dŽcoule un effet que selon l'exigence du principe d'action ; en effet, le feu rŽchauffe selon le mode de la chaleur. C'est pourquoi comme la volontŽ est le principe de ce qui est produit par Dieu, dans son action, il y a un rapport ˆ l'effet, selon que la volontŽ la dŽtermine. Et c'est pourquoi, bien que l'action ne puisse pas cesser selon sa substance, cependant la relation ˆ l'effet pourrait cesser, si Dieu le voulait.

q. 5 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod communis animi conceptio dicitur illa cuius oppositum contradictionem includit ; sicut, omne totum est maius sua parte ; quia non esse maius sua parte est contra rationem totius. Sic autem animam rationalem non esse, non est communis animi conceptio, ut ex dictis patet ; sed naturam animae rationalis non esse corruptibilem, haec est communis animi conceptio. Si autem Deus animam rationalem in nihilum redigeret, hoc non esset per aliquam potentiam ad non esse quae sit in natura animae rationalis, ut dictum est.

 7. On dit que la conception commune de l'esprit est celle dont l'opposŽ inclut une contradiction ; de m�me que Ç le tout est plus grand que sa partie È, parce que, ne pas �tre plus grand que sa partie est contre la nature du tout. Mais que l'‰me rationnelle n'existe pas n'est pas la conception commune de l'esprit, comme cela para”t de ce qui a ŽtŽ dit, mais que sa nature ne soit pas corruptible, cÕest cela la conception commune. Mais si Dieu la ramenait au nŽant, cela ne se ferait pas par un puissance au non �tre, qui serait dans sa nature, comme on l'a dit.

q. 5 a. 3 ad 8 Ad octavum dicendum, quod illud in cuius natura est possibilitas ad non esse, non recipit necessitatem essendi ab alio, ita quod ei competat secundum naturam, quia hoc implicaret contradictionem, scilicet quod natura posset non esse et quod haberet necessitatem essendi ; sed quod habeat incorruptibilitatem ex gratia vel gloria, hoc non prohibetur. Sicut corpus Adae fuit quodammodo incorruptibile per gratiam innocentiae, et corpora resurgentium erunt incorruptibilia per gloriam, per virtutem animae suo principio adhaerentis. Non tamen removetur quin ipsa natura in qua non est possibilitas ad non esse habeat necessitatem essendi ab alio ; cum quidquid perfectionis habet, sit ei ab alio ; unde cessante actione suae causae, deficeret, non propter potentiam ad non esse quae in ipso sit, sed propter potestatem quae est in Deo ad non dandum esse.

 8. Ce en quoi la nature a la possibilitŽ au non �tre, ne re�oit pas la nŽcessitŽ d'�tre d'un autre, de sorte que cela lui appartienne en nature, parce que cela impliquerait contradiction, ˆ savoir que la nature pourrait ne pas �tre et qu'elle aurait la nŽcessitŽ d'�tre, mais ce qui aurait l'incorruptibilitŽ par gr‰ce ou par la gloire, n'en serait pas emp�chŽ. Ainsi le corps d'Adam a ŽtŽ d'une certaine mani�re incorruptible par la gr‰ce de l'innocence et les corps des ressuscitŽs seront incorruptibles par la gloire, par le pouvoir de l'‰me adhŽrant ˆ son principe. Cependant il nÕest pas exclu que la nature m�me dans laquelle il n'y a pas possibilitŽ au non �tre ait nŽcessitŽ d'�tre d'un autre ; puisque ce qu'il a de perfection lui vient d'un autre ; c'est pourquoi si l'action de sa cause cessait, elle dispara”trait, non ˆ cause de la puissance au non �tre qui serait en elle, mais ˆ cause du pouvoir de Dieu de ne pas lui donner l'�tre.

q. 5 a. 3 ad 9 Ad nonum dicendum, quod in illis quae sunt per naturam incorruptibilia, non praeintelligitur potentia ad non esse quae tollatur per aliquid a Deo receptum, secundum quod obiectio procedebat ; et hoc ex dictis patet. Sed in illis quae sunt incorruptibilia per gratiam, subest possibilitas ad non esse in ipsa natura ; quae tamen totaliter reprimitur per gratiam ex virtute Dei.

 9. Dans ce qui est par nature incorruptible, on ne prŽcon�oit pas la puissance au non �tre qui serait enlevŽe par quelque don re�u de Dieu, selon ce que l'objection avan�ait, et cela para”t de ce qui a ŽtŽ dit. Mais dans ce qui est incorruptible par gr‰ce, demeure la possibilitŽ au non �tre dans la nature m�me ; qui cependant est totalement emp�chŽe par la gr‰ce qui dŽpend du pouvoir de Dieu

q. 5 a. 3 ad 10 Ad decimum dicendum, quod si Deus creaturas incorruptibiles in nihilum redigeret, ab earum conservatione cessando, non propter hoc sempiternitatem a natura separaret, quasi remaneret natura non sempiterna ; sed tota natura deficeret influxu causae cessante.

 10. Si Dieu ramenait les crŽatures incorruptibles au nŽant, en cessant de les conserver, ce nÕest pas ˆ cause de cela quÕil enl�verait l'ŽternitŽ de la nature, comme si elle ne demeurait pas Žternelle ; mais elle dispara”trait tout enti�re par la cessation de l'influx de la cause.

q. 5 a. 3 ad 11 Ad decimumprimum dicendum, quod corruptibile per naturam non potest mutari ut fiat per naturam incorruptibile, nec e converso, quamvis illud quod est per naturam corruptibile, possit per gloriam supervenientem perpetuum fieri. Non tamen ex hoc oportet ponere aliqua corruptibilia fieri per naturam incorruptibilia, quia esse desinerent causa non cessante.

 11. Le corruptible par nature ne peut pas �tre changŽ pour devenir incorruptible par nature, ni l'inverse, quoique ce qui est corruptible par nature, puisse devenir Žternel par l'arrivŽe de la gr‰ce. Cependant il ne faut pas penser que ce qui est corruptible par nature devient incorruptible par nature, parce qu'il cesserait d'�tre sans que la cause cesse.

q. 5 a. 3 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod licet creaturae incorruptibiles ex Dei voluntate dependeant, quae potest eis esse praebere et non praebere ; consequuntur tamen ex divina voluntate absolutam necessitatem essendi, in quantum in tali natura causantur, in qua non sit possibilitas ad non esse ; talia enim sunt cuncta creata, qualia Deus esse ea voluit, ut Hilarius dicit in libro de Synodis.

 12. Bien que les crŽatures incorruptibles dŽpendent de la volontŽ de Dieu, qui peut leur offrir lÕ�tre ou pas, elles en re�oivent l'absolue nŽcessitŽ d'�tre, dans la mesure o� elles sont causŽes en une nature o� il n'y a pas possibilitŽ au non �tre ; car toutes les crŽatures sont telles que Dieu a voulu qu'elles soient, comme Hilaire le dit dans le livre des Synodes.

q. 5 a. 3 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod Deus licet possit creaturas redigere in nihilum, non tamen potest facere quod eis manentibus, ipse non sit earum causa : est autem earum causa, et sicut efficiens, et sicut finis. Sicut ergo Deus non potest facere quod creatura in esse manens ab eo non sit, ita non potest facere quod ad eius bonitatem non ordinetur. Unde, cum malum culpae privet ordinem qui est in ipsum sicut in finem, eo quod est aversio ab incommutabili bono, Deus non potest esse causa mali culpae, quamvis potest esse causa annihilationis, omnino a conservatione cessando.

 13. Bien que Dieu puisse ramener les crŽatures au nŽant, cependant il ne peut pas faire que, si elles demeurent, lui-m�me ne soit pas leur cause ; mais il est leur cause comme cause efficiente et comme cause finale. Donc de m�me que Dieu ne peut pas faire que la crŽature qui demeure dans l'�tre ne soit pas de lui, il ne peut pas faire qu'elle ne soit pas ordonnŽe ˆ sa bontŽ. C'est pourquoi, comme le mal de la faute prive l'ordre qui est en lui comme dans la fin, parce quÕil est dŽtournement du bien immuable, Dieu ne peut pas �tre cause du mal de la faute, quoiqu'il puisse �tre cause du retour au nŽant, en cessant tout ˆ fait la conservation.

q. 5 a. 3 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod Augustinus loquitur de malo culpae ; et si loqueretur etiam de malo poenae, annihilatio tamen rerum nullum malum est : quia omne malum fundatur in bono, cum sit privatio, ut Augustinus dicit [Enchirid., cap. XI]. Unde sicut ante rerum creationem malum non erat, ita nec malum esset, si omnia Deus annihilaret.

 14. Augustin parle du mal de la faute, et s'il parlait aussi du mal de la peine, le retour au nŽant des choses cependant n'est aucun mal ; parce que tout mal est fondŽ dans le bien, puisqu'il en est la privation, comme il le dit (Enchiridion, 11). C'est pourquoi, comme avant la crŽation des choses, il n'y avait pas de mal, ainsi il n'y aurait pas de mal si Dieu ramenait tout au nŽant.

q. 5 a. 3 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod in nulla creatura est virtus quae possit vel de nihilo aliquid facere vel aliquid in nihilum redigere. Quod autem creaturae in nihilum redigerentur divina conservatione cessante, hoc non esset per aliquam actionem creaturae, sed per eius defectum, ut ex praedictis patet.

 15. Dans aucune crŽature il n'y a un pouvoir qui puisse ou bien de rien faire quelque chose, ou bien ramener quelque chose au nŽant. Mais que les crŽatures soient ramenŽes au nŽant, si la conservation de Dieu cessait, cela ne viendrait pas par une action de la crŽature, mais de sa dŽfaillance, comme cela para”t dans ce qui a ŽtŽ dit.

 

 

 

Article 4 Ñ Une crŽature doit-elle retourner au nŽant, ou m�me y retournera-t-elle ?

q. 5 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum aliqua creatura in nihilum sit redigenda, vel etiam in nihilum redigatur.. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[587].

 

Objections :

q. 5 a. 4Arg. 1 Sicut enim potentia finita non potest movere tempore infinito, ita nec per potentiam finitam potest aliquid esse tempore infinito. Sed omnis potentia corporis est finita, ut probatur in VIII Phys. Ergo in nullo corpore est potentia, ut possit durare tempore infinito. Quaedam autem corpora sunt quae non possunt corrumpi, eo quod non habent contrarium, sicut corpora caelestia. Ergo necesse est quod quandoque in nihilum redigantur.

1. Car une puissance finie ne peut pas mouvoir pendant un temps infini, de m�me rien ne peut exister par une puissance finie pendant un temps infini. Mais toute puissance d'un corps est finie, comme cÕest prouvŽ (Phys. VIII, 10, 266 a 25- 266 b 5). Donc, dans aucun corps, il n'y a de la puissance pour durer un temps infini. Il existe certains corps qui ne peuvent pas �tre corrompus, du fait qu'ils nÕont pas de contraire, comme les corps cŽlestes. Donc il est nŽcessaire quÕun jour ils retournent au nŽant.

q. 5 a. 4Arg. 2 Praeterea, illud quod est propter aliquem finem adipiscendum, habito fine, ulterius eo non indigetur ; sicut patet de navi, quae necessaria est mare transeuntibus, non autem iam transito mari. Sed creatura corporalis creata est propter spiritualem, ut per eam iuvetur ad suum finem consequendum. Cum ergo creatura spiritualis erit in suo fine ultimo constituta, corporali ulterius non indigebit. Cum ergo nihil sit superfluum in operibus Dei, videtur quod in ultimo rerum fine omnis creatura corporalis deficiet.

2. Ce qui est en vue d'une fin, une fois celle-ci obtenue, n'en a plus besoin, comme on le voit pour le bateau, nŽcessaire pour ceux qui traversent la mer, mais non quand elle est dŽjˆ traversŽe. Mais la crŽature corporelle est crŽŽe en vue de la crŽature spirituelle pour �tre aidŽe par elle ˆ parvenir ˆ sa fin. Donc quand la crŽature spirituelle sera installŽe en sa fin ultime, elle n'aura plus besoin de ce qui est corporel. Donc comme rien n'est superflu dans les Ïuvres de Dieu, il semble quÕˆ la fin ultime du monde, toute crŽature corporelle cessera d'exister.

q. 5 a. 4Arg. 3 Praeterea, nihil quod est per accidens, est infinitum. Sed esse est cuilibet creaturae per accidens, ut Avicenna dicit [in lib. VIII Metaph., cap. IV] : unde et Hilarius [in lib. VII de Trin.] Deum a creatura distinguens, dicit : Esse non est accidens Deo. Ergo nulla creatura in infinitum durabit ; et sic omnes creaturae quandoque deficient.

3. Rien de ce qui existe par accident n'est infini. Mais n'importe quelle crŽature a l'�tre par accident, comme le dit Avicenne (MŽtaphysique VIII, 4) ; c'est pourquoi Hilaire (La TrinitŽ, VII), distinguant Dieu de la crŽature, dit : ÇL'�tre n'est pas un accident pour DieuÈ. Donc aucune crŽature ne durera Žternellement, et ainsi elles dispara”tront toutes un jour

q. 5 a. 4Arg. 4 Praeterea, finis debet respondere principio. Sed creaturae principium sumpserunt postquam nihil erat praeter Deum. Ergo adhuc creaturae reducentur in finem, quod omnino nihil erit.

4. Le fin doit rŽpondre au commencement. Mais les crŽatures ont re�u un commencement, apr�s quÕil nÕy eut rien, sauf Dieu. Donc lˆ encore les crŽatures seront ramenŽes ˆ une fin ce qui sera tout ˆ fait le nŽant.

q. 5 a. 4Arg. 5 Praeterea, quod non habet virtutem ut sit semper, non potest in perpetuum durare. Sed illud quod non semper fuit, non habet virtutem ut sit semper. Ergo quod non semper fuit, non potest in perpetuum durare. Sed creaturae non semper fuerunt. Ergo non possunt in perpetuum durare ; et sic quandoque in nihilum redigentur.

5. Ce qui n'a pas le pouvoir d'exister toujours, ne peut pas durer Žternellement. Mais ce qui n'a pas toujours existŽ, n'a pas ce pouvoir de toujours exister. Donc ce qui nÕa pas toujours existŽ ne peut pas durer Žternellement. Mais les crŽatures nÕont pas toujours existŽ. Donc elles ne peuvent durer Žternellement, et ainsi un jour elles retourneront au nŽant.

q. 5 a. 4Arg. 6 Praeterea, iustitia requirit hoc, ut propter ingratitudinem aliquis beneficio accepto vel suscepto privetur. Sed per peccatum mortale homo ingratus est inventus. Ergo iustitia hoc exigit ut omnibus beneficiis Dei privetur, inter quae etiam est ipsum esse. Iudicium autem Dei de peccatoribus erit iustum, secundum apostolum, Rom. II, 2. Ergo in nihilum redigentur.

6. La justice requiert quÕˆ cause de son ingratitude, quelqu'un soit privŽ d'un bienfait re�u ou concŽdŽ. Mais par le pŽchŽ mortel, l'homme se montre ingrat. Donc la justice exige qu'il soit privŽ de tous les bienfaits de Dieu, parmi lesquels lÕ�tre lui-m�me. Mais le jugement de Dieu sera juste pour les pŽcheurs, selon l'Ap™tre (Rm. 2, 2). Donc ils retourneront au nŽant.

q. 5 a. 4Arg. 7 Praeterea, ad hoc est quod dicitur Ierem. X, 24 : Corripe me, domine ; verumtamen in iudicio, et non in furore tuo, ne forte ad nihilum redigas me.

7. Il y a ce qui est dit en JŽrŽmie (10, 24) ÇCorrige-moi, Seigneur, dans une juste mesure cependant, et sans fureur, pour ne pas me ramener au nŽantÈ.

q. 5 a. 4Arg. 8 Sed diceretur, quod Deus semper punit citra condignum, propter misericordiam, quae in Dei iudicio iustitiae admiscetur ; et sic Deus non totaliter peccatores a participatione suorum beneficiorum excludet.- Sed contra, in hoc homini misericordia non praestatur quod sibi detur aliquid quod melius esset ei non habere. Sed damnato in Inferno melius esset non esse quam sic esse ; quod patet per id quod dicitur Matth. XXVI, 24 de Iuda : Melius erat ei si natus non fuisset homo ille. Ergo ad misericordiam Dei non pertinet quod damnatos conservet in esse.

8. Mais on pourrait dire, que Dieu punit toujours en de�ˆ de ce qui est mŽritŽ, ˆ cause de sa misŽricorde, qui est m�lŽe ˆ la justice dans son jugement ; et ainsi il n'exclut pas totalement les pŽcheurs de la participation ˆ ses bienfaits. Ñ En sens contraire, la misŽricorde nÕest pas conservŽe ˆ cet homme pour lui donner quelque chose qu'il lui serait meilleur de ne pas avoir. Mais pour celui qui est condamnŽ ˆ l'enfer, il eut mieux valu ne pas exister que d'�tre ainsi, ce qui para”t par ce qui est dit en Mt. 26, 24, au sujet de Juda : ÇIl Žtait meilleur pour cet homme de n'�tre pas nŽ.È Donc il ne convient pas ˆ la misŽricorde de Dieu de conserver les condamnŽs dans l'�tre.

q. 5 a. 4Arg. 9 Praeterea, illa quae non habent materiam partem sui, corrumpuntur omnino, idest totaliter, cum esse desinunt, [ut dicitur in III Metaph.] sicut sunt accidentia. Haec autem frequenter esse desinunt. Ergo aliqua in nihilum rediguntur.

9. Ce [�tres] qui nÕont pas de mati�re en participation, sont corrompus tout ˆ fait, c'est-ˆ-dire ˆ dire totalement, puisqu'ils cessent d'exister [comme il est dit en MŽtaphysique, III], comme sont les accidents. car ceux-ci cessent frŽquemment d'exister. Donc certains retournent au nŽant.

q. 5 a. 4Arg. 10 Praeterea, philosophus in VI Physic.com. 6 argumentatur, quod si continuum est ex indivisibilibus, necesse est quod indivisibilia dividantur. Ex quo potest accipi quod unumquodque resolvitur in ea ex quibus est. Sed omnes creaturae sunt ex nihilo. Ergo omnes in nihilum quandoque redigentur.

10. Le philosophe (Physique VI, 1, 231 b 18) dŽmontre que, si le continu vient de lÕindivisible, il est nŽcessaire que l'indivisible soit divisŽ. CÕest pour cela quÕon peut accepter que chacun soit ramenŽ en ce d'o� il est. Mais toutes les crŽatures viennent du nŽant. Donc toutes, un jour, y retourneront.

q. 5 a. 4Arg. 11 Praeterea, II Petr. III, 10, dicitur : Caeli magno impetu transient. Sed non possunt transire per corruptionem in aliquod aliud corpus, cum non habeant contrarium. Ergo transibunt in nihilum.

11. En II Pier, III, 10, il est dit : ÇLes cieux se dissiperont avec grand fracasÈ Mais ils ne peuvent passer par corruption en quelque autre corps, puisqu'ils n'ont pas de contraire. Donc ils iront au nŽant.

q. 5 a. 4Arg. 12 Praeterea, ad idem est quod dicitur in Ps. CI, 26 : Opera manuum tuarum sunt caeli, ipsi peribunt ; et Luc. XXI, 33, dicitur : Caelum et terra transibunt.

12. Il est dit de m�me au Ps. 101, 26 : ÇLes cieux sont lÕÏuvre de tes mains, ils pŽrirontÈ. et en Lc 21, 33 on lit : ÇLa ciel et la terre passeront.È

 

En sens contraire :

q. 5 a. 4 s. c. Sed contra est quod dicitur Eccle. I, 4 : terra autem in aeternum stat. Praeterea, Eccle. III, 14, dicitur : didici quod omnia opera quae fecit Deus perseverent in aeternum. Ergo creaturae in nihilum non redigentur.

Il y a ce que dit l'Eccle 1, 4 : ÇMais la terre demeure Žternellement.È En outre Eccle. 3, 14 : ÇJ'ai appris que toutes les Ïuvres faites par Dieu demeureront ŽternellementÈ. Donc les crŽatures ne retourneront pas au nŽant.

 

RŽponse :

q. 5 a. 4 co. Respondeo. Dicendum quod universitas creaturarum nunquam in nihilum redigetur. Et quamvis creaturae corruptibiles non semper fuerint, in perpetuum tamen secundum suam substantiam durabunt ; licet a quibusdam positum fuerit, quod omnes creaturae corruptibiles in ultima rerum consummatione deficient in non esse ; quod quidem Origeni ascribitur, qui tamen hoc non videtur dicere, nisi aliorum opinionem recitando.

La totalitŽ des crŽatures ne retournera jamais au nŽant. Et quoique les crŽatures corruptibles n'aient pas toujours existŽ, elles dureront Žternellement, cependant selon leur substance ; bien que quelques-uns aient pensŽ que toutes les crŽatures corruptibles dispara”tront dans le non �tre ˆ l'ultime consommation du monde, ce qui est rapportŽ d'Orig�ne, qui cependant ne semble en parler qu'en rapportant l'opinion des autres.

Huius tamen rationem sumere possumus ex duobus. Primo quidem ex divina voluntate, ex qua creaturarum esse dependet. Voluntas enim Dei, quamvis, absolute considerata, ad opposita se in creaturis habeat, eo quod non magis ad unum quam ad alterum obligatur ; ex suppositione tamen facta aliquam necessitatem habet. Sicut enim in creaturis aliquid quod se ad opposita habet, necessarium creditur positione aliqua facta, ut Socratem possibile est sedere et non sedere ; necessarium tamen est eum sedere, cum sedet ; ita voluntas divina, quae, quantum est de se, potest velle aliquid et eius oppositum, ut Petrum salvare, vel non, non potest velle Petrum non salvare, dum vult Petrum salvare. Et quia eius voluntas immutabilis est, si ponitur aliquando eum aliquid velle, necessarium est ex suppositione illud eum semper velle, licet non sit necessarium ut velit quod sit semper, quod vult esse aliquando.

Cependant nous pouvons en tirer la raison de deux points de vue : 1) Car quoique la volontŽ de Dieu, considŽrŽe dans l'absolu, se porte vers les opposŽs dans les crŽatures, parce quÕil n'est pas plus obligŽ envers l'une qu'envers l'autre, cependant, par hypoth�se, une fois faite, elle a une certaine nŽcessitŽ. Ainsi, en effet,, on croit que dans les crŽatures, ce qui se porte vers les opposŽs est nŽcessaire, une fois la situation Žtablie. De m�me quÕil est possible que Socrate s'assied, ou pas ; cependant il est nŽcessaire qu'il soit assis quand il s'assied ; de la m�me mani�re la volontŽ divine, qui, quant ˆ elle, peut vouloir quelque chose et son opposŽ, comme sauver Pierre, ou non, ne peut pas vouloir que Pierre ne soit pas sauvŽ, pendant quÕelle veut le sauver. Et parce que sa volontŽ est immuable, si on pense quÕil veut quelque chose quelquefois, il est nŽcessaire par hypoth�se qu'il le veuille toujours, bien quÕil ne soit pas nŽcessaire quÕil veuille qu'existe toujours ce qu'il veut exister quelquefois.

Quicumque autem vult aliquid propter se ipsum, vult ut illud sit semper, ex hoc ipso quod illud propter se vult. Quod enim aliquis vult quandoque esse et postmodum non esse, vult esse ut aliquid aliud perficiat ; quo perfecto, eo non indiget quod propter illud perficiendum volebat. Deus autem creaturarum universitatem vult propter se ipsam, licet et propter se ipsum eam vult esse ; haec enim duo non repugnant. Vult enim Deus ut creaturae sint propter eius bonitatem, ut eam scilicet suo modo imitentur et repraesentent ; quod quidem faciunt in quantum ab ea esse habent, et in suis naturis subsistunt. Unde idem est dictu, quod Deus omnia propter se ipsum fecit, [quod dicitur Proverb. XVI, 4 : Universa propter semetipsum operatus est Dominus ƒd.Marietti]et quod creaturas fecerit propter earum esse, quod dicitur Sap. I, 14 : Creavit enim ut essent omnia. Unde ex hoc ipso quod Deus creaturas instituit, patet quod voluit eas semper durare ; cuius oppositum propter eius immobilitatem nunquam continget.

Mais quiconque veut quelque chose pour lui, veut que cela existe toujours, du fait qu'il le veut pour lui. Car si quelqu'un veut quÕune chose existe un temps, et quÕensuite elle nÕexiste plus, il veut quÕelle existe pour achever quelque chose d'autre ; cela accompli, il n'a plus besoin de ce qu'il voulait pour l'accomplir. Mais Dieu veut la totalitŽ des crŽatures pour elle-m�me, bien quÕil la veuille aussi pour lui ; car ces points de vue ne s'opposent pas. Car Dieu veut que les crŽatures existent pour sa bontŽ, pour qu'elles l'imitent ˆ leur mani�re et le reprŽsentent ; ce qu'elles font dans la mesure o� elles ont l'�tre par sa bontŽ, et qu'elles subsistent dans leur nature. C'est pourquoi c'est le m�me chose de dire, que Dieu fit tout pour lui (ce qui est dit en Prov. 16, 4 : ÇLe Seigneur a tout fait pour lui-m�meÈ), et qu'il ait fait les crŽatures pour leur �tre, ce qui est dit en Sg. 1, 14, ÇCar [Dieu] a crŽŽ pour que tout existeÈ. C'est pourquoi du fait que Dieu a instituŽ les crŽatures, il est clair qu'il a voulu qu'elle durent toujours ; et l'opposŽ nÕarrivera jamais ˆ cause de son immutabilitŽ.

Secundo ex ipsa rerum natura ; sic enim Deus unamquamque naturam instituit, ut ei non auferat suam proprietatem ; unde dicitur Rom. XI, 24, in Glossa [ordinaria ad illa verba : Contra naturam insertus est ƒd. Marietti] quod Deus, qui est naturarum conditor, contra naturas non agit, etsi aliquando in argumentum fidei in rebus creatis aliquid supra naturam operetur. Rerum autem immaterialium, quae contrarietate carent, proprietas naturalis est earum sempiternitas ; quia in eis non est potentia ad non esse, ut supra ostensum est. Unde sicut igni non aufert naturalem inclinationem, qua sursum tendit, ita non aufert rebus praedictis sempiternitatem, ut eas in nihilum redigat.

2) [Nous pouvons lÕaccepter] ˆ cause de la nature m�me des choses ; car Dieu a instituŽ chaque nature, de sorte qu'il ne lui enl�ve pas son caract�re propre ; c'est pourquoi il est dit en Rm 11, 24, dans la Glose (ordinaire, pour cette parole : ÇGreffŽ contre natureÈ) que Dieu qui est le crŽateur des natures n'agit pas contre elles, m�me si quelquefois pour mettre la foi en lumi�re, il op�re dans les crŽatures ce qui dŽpasse leur nature. Mais le caract�re naturel des �tres immatŽriels qui nÕont pas de contraire, est leur ŽternitŽ ; parce que, en eux, il n'y a pas de puissance au non �tre, comme on l'a montrŽ ci-dessus. C'est pourquoi, de m�me qu'il n'enl�ve pas le penchant naturel du feu, qui tend vers le haut, de m�me il n'Žl�ve pas l'ŽternitŽ aux choses dont on a parlŽ, pour les ramener au nŽant.

 

Solutions :

q. 5 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, secundum Commentatorem XI Metaph., [com. 41] quod licet omnis potentia quae est in corpore, sit finita, non tamen oportet quod in quolibet corpore sit potentia finita ad esse, quia in corporibus corruptibilibus per naturam, non est potentia ad esse, nec finita nec infinita, sed ad moveri tantum. Sed haec solutio non videtur valere : quia potentia ad esse non solum accipitur secundum modum potentiae passivae, quae est ex parte materiae, sed etiam secundum modum potentiae activae, quae est ex parte formae, quae in rebus incorruptibilibus deesse non potest. Nam quantum unicuique inest de forma, tantum inest ei de virtute essendi ; unde et in I Caeli et mundi philosophus vult quod quaedam habeant virtutem et potentiam ut semper sint.

 1. Selon le Commentateur (MŽtaphysique, 9, com. 41), bien que toute la puissance, qui est dans un corps, soit limitŽe, il ne faut pas cependant que, dans quelque corps, il y ait une puissance limitŽe ˆ l'�tre, parce que dans les corps corruptibles par nature, il n'y a pas de puissance ˆ �tre, ni finie, ni infinie, mais seulement puissance ˆ se mouvoir. Mais cette solution ne semble pas valable, parce que la puissance ˆ �tre non seulement est re�ue selon le mode de la puissance passive, qui vient de la mati�re, mais aussi selon le mode de la puissance active, qui vient de la forme, qui ne peut pas manquer dans les choses incorruptibles. Car autant il y a de forme en chacun, autant il y a en lui de pouvoir ˆ �tre ; c'est pourquoi aussi dans le Ciel et le monde, I, le philosophe veut que certaines [formes] aient un pouvoir et une puissance ˆ exister toujours.

Et ideo aliter dicendum, quod ex infinitate temporis non ostenditur habere infinitatem nisi illud quod tempore mensuratur vel per se, sicut motus, vel per accidens, sicut esse rerum quae motui subiacent, quae aliqua periodo motus durant, ultra quam durare non possunt. Esse autem corporis caelestis nullo modo attingitur nec a tempore nec a motu, cum sit omnino invariabile. Unde ex hoc quod caelum est tempore infinito, esse eius nullam infinitatem habet, sicut omnino extra continuitatem temporis existens ; propter quod a theologis dicitur mensurari aevo. Unde non requiritur in caelo aliqua virtus infinita ad hoc quod sit semper.

Et c'est pourquoi il faut dire autrement : l'infinitŽ du temps ne montre qu'on a l'infini que sÕil est mesurŽ par le temps ou par soi, comme le mouvement, ou par accident, comme l'�tre des choses soumises au mouvement, dont certaines durent le temps du mouvement, au-delˆ duquel elles ne peuvent plus durer. Mais l'�tre du corps cŽleste n'est atteint en aucune mani�re, ni par le temps, ni par le mouvement, puisqu'il est tout ˆ fait invariable. C'est pourquoi de ce que le ciel soit dans un temps infini, son �tre n'a aucune infinitŽ, comme existant tout ˆ fait hors du dŽroulement du temps ; cÕest pour cela que les thŽologiens disent qu'il est mesurŽ par l'¾vum. C'est pourquoi aucun pouvoir infini n'est requis dans le ciel pour qu'il dure toujours.

q. 5 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut una pars exercitus ordinatur et ad aliam et ad ducem, ita corporalis creatura ordinatur et ad perfectionem spiritualis creaturae iuvandam, et ad divinam bonitatem repraesentandam ; quod semper faciet, licet primum cesset.

 2. De m�me qu'une partie de l'armŽe est ordonnŽe ˆ lÕautre et au gŽnŽral, de m�me la crŽature corporelle est ordonnŽe pour aider ˆ la perfection de la crŽature spirituelle, et pour reprŽsenter la bontŽ divine, ce qui se fera toujours, bien que le premier cesse.

q. 5 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod esse non dicitur accidens quod sit in genere accidentis, si loquamur de esse substantiae (est enim actus essentiae), sed per quamdam similitudinem : quia non est pars essentiae, sicut nec accidens. Si tamen esset in genere accidentis, nihil prohiberet quin in infinitum duraret : per se enim accidentia ex necessitate suis substantiis insunt ; unde et nihil prohibet ea in perpetuum inesse. Sed accidentia quae per accidens insunt subiectis, nullo modo in perpetuum durant secundum naturam. Huiusmodi autem esse non potest ipsum esse rei substantiale, cum sit essentiae actus.

 3. L'�tre n'est pas appelŽ accident, parce qu'il serait dans le genre de l'accident, si nous parlons de l'�tre de la substance (c'est en effet l'acte de l'essence), mais par une certaine ressemblance ; parce quÕil nÕest pas partie de lÕessence ni de lÕaccident non plus. Si cependant il Žtait dans le genre de l'accident, rien n'emp�cherait qu'il dure ˆ l'infini ; car par soi les accidents sont par nŽcessitŽ dans leurs substances ; c'est pourquoi rien n'emp�che quÕils y soient ˆ perpŽtuitŽ. Mais les accidents qui sont dans les substrats par accident, ne durent en aucune mani�re perpŽtuellement selon leur nature. L'�tre de ce genre ne peut �tre lÕ�tre m�me substantiel de la chose, puisqu'il est l'acte de lÕessence.

q. 5 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod antequam res essent, non erat aliqua natura cuius proprietas esset ipsa sempiternitas, sicut est aliqua natura rebus iam creatis. Et praeterea hoc ipsum potuit esse ad aliquam perfectionem creaturae spiritualis quod res non semper fuerint, quia per hoc Deus expresse rerum causa ostenditur. Nulla autem utilitas sequeretur si omnia in nihilum redigerentur. Et ideo non est simile de principio et fine.

 4. Avant que les choses existent, il n'y avait pas de nature, dont le caract�re propre soit lÕŽternitŽ, comme il y a une nature pour les choses dŽjˆ crŽŽes. Et en outre, cela a pu �tre en vue dÕun perfection de la crŽature spirituelle, que les choses n'ont pas toujours existŽ, parce quÕainsi Dieu se montre expressŽment comme leur cause. Mais aucune utilitŽ nÕen dŽcoulerait si tout Žtait ramenŽ au nŽant. Et c'est pourquoi ce n'est pas pareil pour le commencement et la fin.

q. 5 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod illa quae semper durabunt, habent virtutem ut sint semper : hanc tamen virtutem non semper habuerunt, et ideo non semper fuerunt.

 5. Ces �tres qui dureront toujours ont pouvoir d'exister toujours ; cependant ils n'ont pas eu toujours ce pouvoir, et c'est pourquoi ils nÕont pas toujours existŽ.

q. 5 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum, quod licet Deus, de iustitia, creaturae contra se peccanti posset esse subtrahere, et eam in nihilum redigere, tamen convenientior iustitia est ut eam in esse reservet ad poenam : et hoc propter duo.

 6. Bien que Dieu, par justice, puisse retirer l'�tre ˆ la crŽature qui p�che contre lui, et la ramener au nŽant, cependant c'est une justice plus conforme de la conserver dans l'�tre pour le ch‰timent, et cela pour deux raisons.

Primo, quia illa iustitia non haberet aliquid misericordiae admixtum, cum nihil remaneret cui posset misericordia adhiberi : dicitur autem in Psal. XXIV, 10, quod universae viae domini misericordia et veritas.

a) Parce que cette justice ne serait en rien m�lŽe ˆ la misŽricorde, puisque rien ne demeurerait ˆ qui il pourrait lÕaccorder ; il est dit au Ps. 24, 10 que Çtoutes les voies du Seigneur sont misŽricorde et vŽritŽÈ.

Secundo, quia ista iustitia congruentius respondet culpae in duobus. In uno quidem, quia in culpa voluntas contra Deum agit, non autem natura quae ordinem sibi a Deo inditum servat ; et ideo talis debet esse poena quae voluntatem affligat, naturae nocendo, qua voluntas abutitur. Si autem creatura omnino in nihilum redigeretur, esset tantum nocumentum naturae, et non afflictio voluntatis.

b) Parce que cette justice rŽpond plus convenablement ˆ la faute pour deux raisons : i) Parce que, dans la faute, la volontŽ agit contre Dieu, mais pas la nature qui conserve pour elle l'ordre inscrit par Dieu, et c'est pourquoi tel doit �tre le ch‰timent qui ch‰tie la volontŽ, en blessant la nature dont la volontŽ abuse. Mais si la crŽature Žtait ramenŽe tout ˆ fait au nŽant, ce serait un aussi grand prŽjudice pour la nature et non un accablement de la volontŽ.

In altero vero, quia cum in peccato duo sint, scilicet aversio ab incommutabili bono et conversio ad bonum commutabile, conversio post se aversionem trahit : nullus enim peccans intendit a Deo averti, sed quaerit frui temporali bono, cum quo simul Deo frui non potest. Unde cum poena damni aversioni culpae respondeat, conversioni vero eius poena sensus pro actuali culpa, conveniens est ut poena damni non sit sine poena sensus. Si autem in nihilum creatura redigeretur, esset quidem poena damni aeterna, sed non remaneret poena sensus.

ii) Parce que, comme dans le pŽchŽ, il y a deux mouvements, ˆ savoir le dŽtournement du bien immuable, et l'adhŽsion au bien changeant, cette derni�re adhŽsion entra”ne apr�s elle le dŽtournement ; car aucun pŽcheur ne tend ˆ se dŽtourner de Dieu, mais cherche ˆ jouir du bien temporel, avec lequel il ne peut pas en m�me temps jouir de Dieu. C'est pourquoi, comme la peine du ch‰timent rŽpond au dŽtournement de la faute, la peine du sens convient ˆ l'adhŽsion pour la faute actuelle, il est convenable que la peine du prŽjudice ne soit pas sans peine du sens. Mais si la crŽature retournait au nŽant, ce serait la peine Žternelle du prŽjudice, mais la peine du sens ne demeurerait pas.

q. 5 a. 4 ad 7 Ad septimum dicendum, quod iudicium de quo propheta mentionem facit, praedictam consecutionem, congruentiam vel operationem poenae ad culpam importat. Furor enim a quo liberari petit, misericordiae temperamentum excludit.

 7. Le jugement dont le Proph�te fait mention, apporte la consŽquence annoncŽe ou lÕopŽration du ch‰timent pour la faute. Car le dŽlire prophŽtique dont il demande ˆ �tre libŽrŽ exclut la modŽration de la misŽricorde.

q. 5 a. 4 ad 8 Ad octavum dicendum, quod aliquid dicitur melius vel propter praesentiam magis boni, et sic melius est damnato esse quam non esse ; vel propter absentiam mali : quia etiam carere malo, in rationem boni cadit, secundum philosophum [in V Ethic., cap. VIII]. Et secundum hoc intelligitur verbum domini inductum.

 8. On dit qu'une chose est meilleure, ou bien, ˆ cause de la prŽsence de plus de bien, et ainsi il est meilleur pour le condamnŽ dÕexister que de ne pas exister, ou bien, ˆ cause de l'absence de mal ; parce que le manque de mal, appartient ˆ la dŽfinition du bien, selon le philosophe (ƒth., V, 8). Et cÕest ainsi quÕon comprend la parole du Seigneur qui est rapportŽe.

q. 5 a. 4 ad 9 Ad nonum dicendum, quod formae et accidentia etsi non habeant materiam partem sui ex qua sint, habent tamen materiam in qua sunt et de cuius potentia educuntur ; unde et cum esse desinunt, non omnino annihilantur, sed remanent in potentia materiae, sicut prius.

 9. M�me si les formes et les accidents ne contiennent pas de mati�re de ce dont ils viennent, ils ont cependant la mati�re dans laquelle ils sont et de la puissance dont ils sont Žduits, c'est pourquoi, quand ils cessent d'exister, ils ne sont pas tout ˆ fait ramenŽs au nŽant, mais ils demeurent dans la puissance de la mati�re, comme [on lÕa dit] plus haut.

q. 5 a. 4 ad 10 Ad decimum dicendum, quod sicut creaturae sunt ex nihilo, ita in nihilum sunt redigibiles, si Deo placeret.

 10. Les crŽatures viennent du nŽant, de la m�me mani�re, de m�me elles sont aussi capables d'y retourner, si cela plaisait ˆ Dieu.

q. 5 a. 4 ad 11 Ad undecimum et duodecimum dicendum, quod auctoritates illae non sunt intelligendae hoc modo quod substantia mundi pereat, sed figura, ut apostolus dicit I ad Cor. VII, 31.

 11 et 12. Ces autoritŽs ne sont pas ˆ comprendre comme si la substance du monde pŽrissait, mais en figure, comme l'Ap™tre le dit (1 Co. 7, 31).           

 

 

 

Article 5 Ñ Le mouvement du ciel cessera-t-il un jour ?

q. 5 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum motus caeli quandoque deficit. Et videtur quod non.

Il semble que non[588].

 

Objections :

q. 5 a. 5Arg. 1 Dicitur enim Gen. VIII, 22 : Cunctis diebus terrae, sementis et messis, frigus et aestus, aestas et hiems, nox et dies non requiescent. Haec autem omnia ex motu caeli proveniunt. Ergo motus caeli non requiescet quamdiu terra erit. Terra autem in aeternum stat, ut dicitur Eccle. I, 4. Ergo et motus caeli in aeternum erit.

1. Car il est dit en Gn 8, 22 : ÇPendant tous les jours de la terre, semence et moisson, froid et chaud, ŽtŽ et hiver, nuit et jour ne cesseront pas.È Mais tout cela provient du mouvement du ciel. Donc son mouvement ne cessera pas tant que la terre existera. ÇMais la terre demeure ŽternellementÈ, comme il est dit dans l'Eccle. 1, 4. Donc le mouvement du ciel sera Žternel.

q. 5 a. 5Arg. 2 Sed diceretur quod intelligitur de terra prout servit homini secundum praesentem statum, quo per seminationem et messem homo fructus ex ea colligit ad sustentationem vitae animalis, non autem prout terra serviet homini iam glorificato, in aeternum durans ad maiorem bonorum iucunditatem.- Sed contra dicitur Ierem. XXXI, 35 : Haec dicit dominus qui dat solem in lumine diei, ordinem lunae et stellarum in lumine noctis ; qui turbat mare, et sonant fluctus eius : dominus exercituum nomen eius. Si defecerint leges istae coram me, tunc et semen Israel deficiet ut non sit coram me gens semper. Non autem intelligitur de Israel carnali, qui iam per sui dispersionem gens dici non potest. Unde oportet quod intelligatur de Israel spirituali, qui tunc maxime coram Deo gens erit, cum per essentiam Deum videbit. Ergo in statu beatitudinis leges praemissae, quae motum caeli sequuntur non cessabunt ; et sic neque per consequens motus caeli.

2. Mais on pourrait dire qu'on le comprend de la terre dans la mesure o� elle sert ˆ l'homme selon lÕŽtat prŽsent ; par l'ensemencement et la moisson, il en tire des fruits pour la conservation de sa vie physique, mais non selon qu'elle servirait ˆ l'homme dŽjˆ glorifiŽ, demeurant Žternellement pour une plus grande jouissance des biens Ñ En sens contraire, il est dit en Jr. (31, 35) : ÇLe Seigneur parle, lui qui donne le soleil pour la lumi�re du jour, l'ordonnancement de la lune et des Žtoiles pour la lumi�re de la nuit, qui agite la mer et fait gronder ses flots. Le Seigneur des armŽes, c'est son nom. Si ces lois cessaient devant moi, alors la descendance d'Isra‘l cesserait dÕ�tre un peuple devant moi toujours.È Mais on ne le comprend pas de l'Isra‘l charnel, qui dŽjˆ par sa diaspora ne peut plus �tre appelŽ un peuple. C'est pourquoi il faut le comprendre de l'Isra‘l spirituel, qui, alors, sera surtout une peuple devant Dieu, quand il le verra par son essence. Donc dans lÕŽtat de bŽatitude, les lois susdites, qui suivent le mouvement du ciel ne cesseront pas, ni par consŽquence le mouvement du ciel non plus.

q. 5 a. 5Arg. 3 Praeterea, quaecumque necessitatem ex priori necessario habent, sunt necessaria absolute, ut patet per philosophum in II Physic., sicut mors animalis, quae necessaria est propter materiae necessitatem. Operationes autem rerum incorruptibilium, inter quas motum caeli oportet ponere, sunt propter substantias eorum quorum sunt operationes, et sic necessitatem ex priori habere videntur ; cum e converso sit in corruptibilibus, quorum substantiae sunt propter earum operationes ; unde ex posteriori necessitatem habent, ut Commentator ibidem dicit. Ergo motus caeli necessitate absoluta necessarius est, et ita nunquam cessabit.

3. Tout ce qui tire sa nŽcessitŽ d'un premier nŽcessaire, est absolument nŽcessaire, comme on le voit chez le philosophe (Physique II, 9, 199 b 33 ss[589]) ; comme la mort physique est nŽcessaire ˆ cause de la mati�re. Mais les opŽrations des �tres incorruptibles, parmi lesquels il faut placer le mouvement du ciel, sont pour les substances de ceux d'o� viennent les opŽrations et ainsi elles semblent avoir leur nŽcessitŽ de ce qui les prŽc�de[590] ; alors que, ˆ l'inverse, cette nŽcessitŽ est dans les �tres corruptibles dont les substances sont en vue de leurs opŽrations, c'est pourquoi ils tirent leur nŽcessitŽ de ce qui suit, comme le Commentateur le dit lˆ m�me. Donc le mouvement du ciel est nŽcessaire d'une nŽcessitŽ absolue, et il ne cessera jamais.

q. 5 a. 5Arg. 4 Praeterea, finis motus caeli est ut caelum per motum assimiletur Deo in quantum exit de potentia in actum per situum renovationem, quos successive actualiter acquirit ; unumquodque enim secundum hoc Deo, qui est purus actus, assimilatur, quod actu est. Iste autem finis cessaret cessante motu. Cum motus ergo non cesset nisi obtento fine propter quem est, nunquam motus caeli cessabit.

4. Le but du mouvement du ciel est qu'il ressemble ˆ Dieu par le mouvement en tant qu'il passe de la puissance ˆ l'acte par le renouvellement des lieux qu'il occupe successivement en acte ; car chaque chose ressemble ˆ Dieu qui est acte pur, parce qu'elle est en acte. Mais ce but cesserait si le mouvement cessait. Donc comme le mouvement ne cessait qu'en obtenant le but pour lequel il existe, jamais le mouvement du ciel ne cessera.

q. 5 a. 5Arg. 5 Sed dicebatur, quod motus caeli non est propter hunc finem, sed ad complendum numerum electorum, quo completo, motus caeli quiescet.- Sed contra, nihil est propter se vilius, eo quod finis est nobilior his quae sunt ad finem, cum finis sit causa bonitatis in his quae sunt ad finem. Sed caelum, cum sit incorruptibile, est nobilius quam generabilia et corruptibilia. Ergo non potest dici, quod motus caeli sit propter aliquam generationem in istis inferioribus, per quam tamen numerus electorum posset compleri.

5. Mais on pourrait dire, que le mouvement du ciel n'est pas pour ce but, mais pour complŽter le nombre des Žlus, et une fois celui-ci complet, il s'arr�tera. Ñ En sens contraire, rien n'est plus vil par soi, parce que le but est plus noble que ce qui est pour lui, puisqu'il est la cause de la bontŽ. Mais puisque le ciel est incorruptible, il est plus noble que ce qui peut �tre engendrŽ ou corrompu. Donc on ne peut pas dire que le mouvement du ciel soit pour une gŽnŽration dans ces �tres infŽrieurs, par laquelle cependant le nombre des Žlus pourrait �tre complŽtŽ.

q. 5 a. 5Arg. 6 Sed dicebatur, quod motus caeli non est propter generationem electorum sicut propter generalem finem, sed sicut propter finem secundarium.- Sed contra, habito fine secundario, non quiescit quod propter finem motus movetur. Si ergo generatio, per quam completur numerus electorum est secundarius finis motus caeli, eo habito non quiescet adhuc caelum.

6. Mais on pourrait dire que le mouvement du ciel n'est pas pour la gŽnŽration des Žlus, comme pour une fin gŽnŽrale mais comme pour une fin secondaire. Ñ En sens contraire, une fois acquise une fin secondaire, quÕil soit mž en vue du but du mouvement ne cesse. Si donc la gŽnŽration par laquelle est complŽtŽ le nombre des Žlus est une fin secondaire du mouvement du ciel, une fois obtenue, le ciel ne cessera pas encore.

q. 5 a. 5Arg. 7 Praeterea, omne quod est in potentia, est imperfectum, nisi ad actum reducatur. Deus autem in mundi consummatione non dimittet aliquid imperfectum. Cum ergo potentia quae est in caelo ad ubi, non reducatur in actum nisi per motum, videtur quod motus caeli etiam in mundi consummatione non quiescet.

7. Tout ce qui est en puissance est imparfait, sauf s'il est ramenŽ ˆ l'acte. Mais Dieu, ˆ la consommation du monde ne laissera rien d'imparfait. Comme donc la puissance, qui dans le ciel concerne le lieu, n'est ramenŽe ˆ l'acte que par mouvement, il semble que le mouvement du ciel m�me ˆ la consommation du monde ne sÕarr�tera pas.

q. 5 a. 5Arg. 8 Praeterea, si causae alicuius effectus sunt incorruptibiles et semper eodem modo se habentes, et effectus ipse est sempiternus. Sed omnes causae motus caeli sunt incorruptibiles et semper eodem modo se habentes ; sive accipiamus causam moventem, sive ipsum mobile. Ergo motus caeli in sempiternum durabit.

8. Si les causes d'un effet sont incorruptibles, et se comportent toujours de la m�me mani�re, l'effet lui-m�me est Žternel. Mais toutes les causes du mouvement du ciel sont incorruptibles, et se comportent toujours de la m�me mani�re ; que nous considŽrions soit la cause moteur, soit le mobile lui-m�me. Donc le mouvement du ciel durera Žternellement.

q. 5 a. 5Arg. 9 Praeterea, illud quod est sempiternitatis susceptivum, nunquam a Deo sua sempiternitate privabitur, ut patet in Angelo, anima rationali, et substantia caeli. Sed motus caeli est susceptivus sempiternitatis (solum enim motum circularem contingit esse perpetuum), ut probatur in VIII Physic. ; ergo motus caeli in perpetuum durabit, sicut et alia quae nata sunt esse sempiterna.

9. Ce qui est susceptible d'ŽternitŽ, nÕen sera jamais privŽ par Dieu, comme c'est clair pour l'ange, l'‰me rationnelle et la substance du ciel. Mais le mouvement du ciel est susceptible d'ŽternitŽ (car seul le mouvement circulaire arrive ˆ �tre perpŽtuel), comme on le prouve en Physique (VIII, 8, 264 b 7 Ð 265 a 11). Donc le mouvement du ciel durera perpŽtuellement, comme les autres choses destinŽes ˆ �tre Žternelles.

q. 5 a. 5Arg. 10 Praeterea, si motus caeli quiescet, aut quiescet in instanti aut in tempore. Si in instanti, contingit simul idem quiescere et moveri : quia cum in toto tempore praecedenti moveretur, oportet dicere quod in quolibet ipsius temporis in quo natum est moveri caelum, moveretur. In instanti autem signato in quo datum est caelum quiescere, natum est caelum moveri, cum motus et quies circa idem sint : hoc autem instans est aliquid temporis praecedentis, cum sit terminus eius. Ergo in eo moveretur. Et datum erat quod in eo quiescebat. Ergo simul in eodem instanti quiescet et movebitur ; quod est impossibile. Si autem quiescit in tempore, ergo tempus erit post motum caeli. Sed tempus non est sine motu caeli, ergo motus caeli erit postquam esse desierit, quod est impossibile.

10. Si le mouvement du ciel s'arr�tait, ou il s'arr�terait dans l'instant ou dans le temps. Si c'est dans l'instant, il arrive que cÕest le m�me qui s'arr�te et se meut en m�me temps ; parce que, comme en tout temps prŽcŽdant il serait mž, il faut dire que dans n'importe quel moment du temps, dans lequel le ciel est destinŽ ˆ �tre mž, il serait mž. Mais dans l'instant dŽsignŽ o� il a ŽtŽ donnŽ au ciel de sÕarr�ter, il est destinŽ ˆ �tre mž puisque le mouvement et le repos concernent le m�me sujet ; mais cet instant est quelque chose du temps prŽcŽdant puisqu'il est son terme. Donc il serait mž en lui. Et il avait ŽtŽ donnŽ de cesser en lui. Donc, en m�me temps, dans le m�me instant, il cessera et sera mž ; ce qui est impossible. Mais sÕil sÕarr�te dans le temps, donc celui-ci existera apr�s le mouvement du ciel. Mais le temps n'existe pas sans lui, donc il existera apr�s qu'il aura cessŽ d'exister, ce qui est impossible.

q. 5 a. 5Arg. 11 Praeterea, si motus caeli aliquando deficiat, oportet quod tempus deficiat, quod est numerus eius, ut patet in IV Physic. Sed impossibile est tempus deficere, ergo impossibile est motum caeli deficere. Probatio mediae. Omne quod semper est in sui principio et sui fine, nunquam coepit esse, nec unquam deficiet, eo quod unumquodque est post suum principium et ante finem suum. Sed nihil est accipere temporis nisi instans, quod est principium futuri et finis praeteriti ; et sic tempus semper est in sui principio et fine. Ergo tempus nunquam deficiet.

11. Si le mouvement du ciel cessait un jour, il faut que le temps cesse, puisquÕil le mesure, comme on le voit en Physique (IV, 10, 219 a 30 Ð 219 b 1). Mais il est impossible que le temps cesse, donc il est impossible que le mouvement du ciel cesse. Preuve de la proposition intermŽdiaire : tout ce qui est toujours en son commencement et en sa fin, n'a jamais commencŽ ˆ exister, et ne cessera jamais, parce que chaque chose est apr�s son commencement et avant sa fin. Mais rien du temps n'est ˆ recevoir sinon l'instant, qui est le commencement du futur et la fin du passŽ ; et ainsi le temps est toujours en son commencement et en sa fin. Donc le temps ne cessera jamais.

q. 5 a. 5Arg. 12 Praeterea, motus caeli est naturalis caelo, sicut et motus gravium et levium est eis naturalis, ut patet in I Caeli et Mundo [com 78 et seq.] Hoc autem differt, quod corpora elementaria non moventur naturaliter nisi cum sunt extra suum ubi, caelum autem movetur etiam in suo ubi existens ; ex quibus accidi potest quod sicut se habet corpus elementare ad motum suum naturalem, cum est extra suum ubi, ita se habet caelum ad motum suum naturalem, cum est in suo ubi. Corpus enim elementare, cum est extra suum ubi, non quiescit nisi per violentiam. Ergo et caelum non potest quiescere nisi quies sit violenta ; quod quidem est inconveniens. Cum enim nullum violentum possit esse perpetuum, sequeretur quod illa quies caeli non esset perpetua ; sed quandoque iterum caelum moveri inciperet ; quod est fabulosum. Ergo non est dicendum, quod motus caeli aliquando quiescat.

12. Le mouvement du ciel lui est naturel, de m�me le mouvement des corps lourds et lŽgers est naturel aussi pour eux, comme on le voit dans Le ciel et le monde, (I, com. 78, ss.). Mais il y a cette diffŽrence que les corps ŽlŽmentaires ne sont mus naturellement que quand il ne sont pas ˆ leur place, mais le ciel est mž m�me en son lieu ; c'est pour cela qu'il peut arriver que de m�me que le corps ŽlŽmentaire se comporte vis-ˆ-vis de son mouvement naturel, quand il n'est pas ˆ sa place, de m�me le ciel se comporte quant ˆ son mouvement naturel, quand il est ˆ sa place. Car le corps ŽlŽmentaire, quand il n'est pas ˆ sa place, nÕy reste que par violence. Donc le ciel aussi ne peut sÕarr�ter sans que son arr�t ne soit violent, ce qui ne convient pas. Car, comme nulle violence ne pourrait exister Žternellement, il s'ensuivrait que ce repos du ciel ne serait pas perpŽtuel, mais quelquefois il recommencerait ˆ se mouvoir, ce qui est pure imagination. Donc il ne faut pas dire que le mouvement du ciel s'arr�tera un jour.

q. 5 a. 5Arg. 13 Praeterea, eorum quae sibi succedunt, oportet esse aliquem ordinem et proportionem. Finiti autem ad infinitum non est aliqua proportio. Ergo inconvenienter dicitur, quod caelum finito tempore sit motum, et postmodum infinito tempore quiescat : quod tamen oportet dicere, si motus caeli incepit et finietur, et nunquam reincipiat.

13. Dans tout ce qui se succ�de, il faut qu'il y ait un ordre et une proportion. Mais du fini ˆ l'infini il n'y a aucune proportion. Donc il ne convient pas de dire que le ciel, une fois le temps terminŽ, est mž, et quÕapr�s un temps infini, il sÕarr�tera, parce quÕil faut dire cependant que, si le mouvement du ciel commence et s'ach�ve, jamais il ne recommencera.

q. 5 a. 5Arg. 14 Praeterea, quanto aliquid Deo assimilatur secundum nobiliorem actum, tanto nobilior est assimilatio ; sicut nobilior est assimilatio hominis ad Deum quae est secundum animam rationalem, quam animalis bruti, quae est secundum animam sensibilem. Actus autem secundus nobilior est quam actus primus, sicut consideratio quam scientia. Ergo assimilatio qua caelum assimilatur Deo secundum actum secundum, qui est causare inferiora, est nobilior quam assimilatio secundum claritatem, quae est actus primus. Si ergo in mundi consummatione partes principales mundi meliorabuntur, videtur quod caelum non desinet moveri, aliqua maiori claritate repletum.

14. Plus l'acte par lequel une chose ressemble ˆ Dieu est noble, plus sa ressemblance est noble. De m�me quÕest plus noble la ressemblance de l'homme ˆ Dieu, avec son ‰me rationnelle que celle de l'animal avec son ‰me sensitive. Mais l'acte second est plus noble que l'acte premier, comme la considŽration[591] plus que la science. Donc la ressemblance, par laquelle le ciel ressemble ˆ Dieu selon l'acte second, qui est de causer les choses infŽrieures, est plus noble que la ressemblance selon la lumi�re qui est son acte premier. Si donc ˆ la consommation du monde, ses parties principales s'amŽliorent, il semble que le ciel ne cessera pas de se mouvoir, empli par une plus grande lumi�re.

q. 5 a. 5Arg. 15 Praeterea, magnitudo et motus et tempus se consequuntur quantum ad divisionem et finitatem vel infinitatem, ut probatur in VI Phys. [text. 18, 37, 38 et 39]. Sed in magnitudine circulari non est principium neque finis. Ergo nec in motu circulari poterit esse aliquis finis ; et sic, cum motus caeli sit circularis, videtur quod nunquam finietur.

15. La grandeur, le mouvement et le temps se suivent quant ˆ la division, la finitude ou l'infinitŽ, comme on le prouve en Physique (IV, 2, 209 b 32 Ð 4, 211 b 19, 211 b 29 Ð 212 a 2). Mais dans une grandeur circulaire, il n'y a ni commencement ni fin. Donc il ne pourra pas y avoir de fin dans le mouvement circulaire, et ainsi puisque le mouvement du ciel est circulaire, il semble quÕil ne finira jamais.

q. 5 a. 5Arg. 16 Sed dicebat, quod licet motus circularis nunquam secundum suam naturam finiatur, tamen divina voluntate finietur.- Sed contra est quod Augustinus dicit [II Super Genesim ad litteram] : Cum de mundi institutione agitur, non quaeritur quid Deus possit facere, sed quod rerum natura patiatur ut fiat. Consummatio autem mundi, eius institutioni respondet, sicut finis principio. Ergo nec in his quae pertinent ad finem mundi, recurrendum est ad Dei voluntatem, sed ad rerum naturam.

16. Mais on pourrait dire, que bien que le mouvement circulaire ne finisse jamais par sa nature, cependant il finira par la volontŽ de Dieu. Ñ En sens contraire, Il y a ce que dit Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II) : ÇQuand il s'agit de la constitution du monde, on ne cherche pas ce que Dieu pourrait faire, mais ce que la nature supporte quÕil fasse.È Mais la consommation du monde correspond ˆ son constitution, comme la fin ˆ son commencement. Donc, en qui concerne la fin du monde, il ne faut pas recourir ˆ la volontŽ de Dieu, mais ˆ la nature des choses.

q. 5 a. 5Arg. 17 Praeterea, sol per suam praesentiam lumen et diem in istis inferioribus causat, per absentiam vero tenebras et noctem. Sed non potest esse sol praesens utrique hemisphaerio, nisi per motum. Ergo si motus caeli quiescat, semper sua praesentia in una parte mundi causabit diem, et in alia noctem, cui sol semper erit absens ; et sic illa pars non erit meliorata, sed deteriorata, in mundi consummatione.

17. Le soleil, par sa prŽsence, cause la lumi�re et le jour dans ces choses infŽrieures[592], et par son absence les tŽn�bres et la nuit. Mais le soleil ne peut �tre prŽsent dans chaque hŽmisph�re, que par mouvement. Donc si le mouvement du ciel s'arr�te, sa prŽsence toujours causera le jour dans une partie du monde, et dans l'autre, pour laquelle le soleil sera toujours absent, la nuit ; et ainsi cette partie ne sera pas amŽliorŽe ; mais dŽtŽriorŽe, ˆ la consommation du monde.

q. 5 a. 5Arg. 18 Praeterea, illud quod aequaliter se habet ad duo, aut utrique adhaeret aut neutri. Sed sol aequaliter se habet quantum est de sua natura ad quodlibet ubi caeli. Ergo vel erit in quolibet, aut in nullo. Sed non potest esse in nullo, quia omne corpus sensibile alicubi est. Ergo oportet quod sit in quolibet. Sed hoc non potest esse, nisi per motus successionem. Ergo semper movebitur.

18. Ce qui se comporte de fa�on Žgale vis-ˆ-vis de deux choses, adh�re ˆ lÕune et ˆ lÕautre ou ˆ aucune. Mais le soleil se comporte de fa�on Žgale pour ce qui est de sa nature dans n'importe quel lieu du ciel. Donc, ou bien il sera en chacun ou en aucun. Mais il ne peut pas �tre en aucun, parce que tout corps sensible est quelque part. Donc il faut qu'il soit quelque part. Mais cela nÕest possible que par succession de mouvement. Donc, il sera toujours en mouvement.

q. 5 a. 5Arg. 19 Praeterea, in mundi consummatione a nullo tolletur sua perfectio quod tunc remanebit, quia res quae remanebunt in illo statu non deteriorabuntur, sed meliorabuntur. Motus autem est perfectio ipsius caeli ; quod patet ex hoc quia motus est entelechia mobilis in quantum huiusmodi, ut dicitur in II Phys. [text. 16] : et iterum, ut dicitur in II Caeli et mundi [text. 56], caelum per motum perfectam bonitatem consequitur. Ergo in mundi consummatione caelum motu non carebit.

19. A la consommation du monde, sa perfection, qui restera alors, ne sera enlevŽe par personne, parce que ce qui demeurera dans cet Žtat ne sera pas dŽtŽriorŽ, mais amŽliorŽ. Mais le mouvement est la perfection du ciel, ce qui appara”t du fait que le mouvement est une entŽlŽchie mobile en tant que tel, comme il est dit en Physique, II, texte 16, et ˆ nouveau comme il est dit dans Le ciel et le monde, (II, 12, 292 b 20), le ciel par le mouvement atteindra une bontŽ parfaite. Donc ˆ la consommation du monde, il ne manquera pas de mouvement.

q. 5 a. 5Arg. 20 Praeterea, corpus aliquod nunquam attinget ad gradum naturae spiritualis. Hoc autem ad naturam spiritualem pertinet quod bonitatem perfectam sine motu habeat, ut patet in II Caeli et mundi.[a text. 62 usque ad 66]. Nunquam ergo caelum, si moveri desinat, perfectam bonitatem habebit ; quod est contra rationem consummationis mundi.

20. Un corps n'atteint jamais le niveau de la nature spirituelle. Mais il convient ˆ cette derni�re qu'elle poss�de la bontŽ parfaite sans mouvement, comme cela para”t dans Le ciel et le monde, (II, 12, 292 a 23 Ð 292 b 20). Donc jamais le ciel, s'il cesse de se mouvoir, n'aura la bontŽ parfaite, ce qui est contre la nature de la consommation du monde.

q. 5 a. 5Arg. 21 Praeterea, nihil tollitur nisi per suum contrarium. Motui autem caeli nihil est contrarium, ut probatur in I Caeli et mundi [text. 10 et 15] Ergo motus caeli nunquam quiescet.

21. Rien n'est enlevŽ que par son contraire. Rien n'est contraire au mouvement du ciel, comme on le prouve dans Le ciel et le monde (I, 2, 269 a 10 Ð 269 b 2). Donc le mouvement du monde ne cessera jamais.

 

En sens contraire :

 

 

q. 5 a. 5 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Apoc. X, vers. 5 : Angelus quem vidi stantem super mare et super terram, levavit manum suam et iuravit per viventem in saecula saeculorum (...) : quia tempus amplius non erit. Tempus autem erit quamdiu motus caeli erit. Ergo motus caeli aliquando esse desinet.

1. Il y a ce qui est dit en Apoc., 10, 5 : Ç L'ange que je vis debout sur la mer et sur la terre, leva sa main et jura par le vivant pour les si�cles des si�clesÉ parce qu'il n'y aura plus de temps.È Mais le temps durera aussi longtemps que le mouvement du ciel existera. Donc le mouvement du ciel cessera un jour d'exister.

q. 5 a. 5 s. c. 2 Praeterea, dicitur Iob XIV, 12 : Homo, cum dormierit, non resurget, donec atteratur caelum ; non evigilabit, nec consurget de somno suo. Caelum autem non potest intelligi quod atteratur secundum substantiam, quia semper remanebit, ut prius probatum est. Ergo quando resurrectio mortuorum erit, caelum atteretur quantum ad motum, qui cessabit.

2. Il est dit en Job, 14, 12 : ÇQuand l'homme se sera endormi, il ne se relŽvera pas, jusqu'ˆ ce que le ciel soit usŽ ; il ne se rŽveillera pas et ne se l�vera pas de son sommeil.È Mais on ne peut pas comprendre que le ciel sera usŽ dans sa substance, parce qu'il demeurera toujours, comme on l'a prouvŽ plus haut. Donc quand il y aura la rŽsurrection des morts, le ciel sera anŽanti quant ˆ son mouvement qui cessera.

q. 5 a. 5 s. c. 3 Praeterea, Rom. VIII, 22, super illud : Omnis creatura ingemiscit, et parturit usque adhuc, dicit Glossa Ambrosii [Albrosiastri] : Omnia elementa cum labore sua explent officia, sicut sol et luna non sine labore statuta sibi implent spatia ; quod est causa nostri : unde quiescent nobis assumptis. Ergo in resurrectione sanctorum motus corporum caelestium quiescent.

3. En Rm 8, 22, sur ce verset : ÇToute crŽature gŽmit et enfante jusqu'ˆ maintenantÈ, la glose d'Ambroise (Ambrosiaster) dit : ÇTous les ŽlŽments rempliront leurs devoirs avec ardeur, de m�me que le soleil et la lune, non sans ardeur, emplissent les espaces, qui leur sont assignŽs, parce quÕil est cause pour nous ; c'est pourquoi ils cesseront quand nous serons enlevŽs.È Donc, ˆ la rŽsurrection des saints, le mouvement des corps cessera.

q. 5 a. 5 s. c. 4 Praeterea, Isidorus dicit [in lib. creaturarum] : post iudicium sol laboris sui mercedem recipiet, et non veniet ad occasum nec sol nec luna ; quod non potest esse, si caelum moveatur, ergo tunc caelum non movebitur.

4. Isidore dit (Le livre des crŽatures) : ÇApr�s le jugement, le soleil recevra la rŽcompense de son labeur, et ni le soleil ni la lune nÕen arriveront ˆ leur destruction.È Ce qui n'est pas possible si le ciel se meut, donc alors le ciel ne sera plus en mouvement.

 

RŽponse :

q. 5 a. 5 co. Respondeo. Dicendum quod secundum documenta sanctorum ponimus motum caeli quandoque cessaturum ; quamvis hoc magis fide teneatur quam ratione demonstrari possit. Ut autem manifestum esse possit in quo huius quaestionis pendeat difficultas, attendendum est quod motus caeli non hoc modo est naturalis caelesti corpori sicut motus elementaris corporis est sibi naturalis ; habet enim huiusmodi motus in mobili principium, non solum materiale et receptivum, sed etiam formale et activum. Formam enim ipsius elementaris corporis sequitur talis motus, sicut et aliae naturales proprietates ex essentialibus principiis consequuntur ; unde in eis generans dicitur esse movens in quantum dat formam quam consequitur motus.

Il faut dire que, selon les enseignements des saints, nous pensons que le mouvement du ciel cessera un jour ; bien que cela soit assurŽ plus par la foi que dŽmontrŽ par la raison. Mais pour que cela puisse �tre Žvident o� se trouve la difficultŽ de cette question, il faut faire attention que le mouvement du ciel n'est pas naturel pour le corps cŽleste de la m�me mani�re quÕest naturel le mouvement du corps ŽlŽmentaire pour lui-m�me ; car dans ce qui peut �tre mž le mouvement de ce genre a un principe, non seulement matŽriel et rŽceptif, mais encore formel et actif. Un tel mouvement, en effet, suit la forme du corps ŽlŽmentaire, de m�me aussi que les autres propriŽtŽs naturelles dŽcoulent des principes essentiels : c'est pourquoi ce qui engendre en eux est appelŽ moteur, dans la mesure o� il donne la forme quÕatteint le mouvement.

Sic autem in corpore caelesti dici non potest. Cum enim natura semper in unum tendat determinate, non se habens ad multa, impossibile est quod aliqua natura inclinet ad motum secundum se ipsum, eo quod in quolibet motu difformitas quaedam est, in quantum non eodem modo se habet quod movetur ; uniformitas vero mobilis est contra motus rationem.

Mais on ne peut pas parler ainsi pour le corps cŽleste. En effet, comme la nature tend toujours ˆ un [effet] de mani�re limitŽe, mais pas ˆ plusieurs, il est impossible quÕune nature incline ˆ un mouvement selon elle-m�me ; parce que, en n'importe quel mouvement, il y a une altŽration ; dans la mesure o� ce qui est mž ne se comporte pas de la m�me mani�re ; mais l'uniformitŽ du mobile est contre la nature du mouvement.

Unde natura nunquam inclinat ad motum propter movere, sed propter aliquid determinatum quod ex motu consequitur ; sicut natura gravis inclinat ad quietem in medio, et per consequens inclinat ad motum qui est deorsum, secundum quod tali motu in talem locum pervenitur. Caelum autem non pervenit suo motu in aliquod ubi, ad quod per suam naturam inclinetur, quia quodlibet ubi est principium et finis motus ; unde non potest esse suus motus naturalis quasi sequens aliquam inclinationem naturalis virtutis inhaerentis, sicut sursum ferri est motus naturalis ignis.

C'est pourquoi, la nature n'incline jamais au mouvement pour mouvoir, mais pour un but dŽterminŽ, qui dŽcoule de son mouvement, de m�me que ce qui est lourd par nature incline au repos dans un milieu qui lui convient et par consŽquent incline ˆ un mouvement vers le bas, selon que, par un tel mouvement, il parvient en un tel lieu. Mais le ciel ne parvient pas par son mouvement ˆ quelque lieu, vers lequel il est poussŽ par sa nature, parce que n'importe quel lieu est le commencement et la fin de son mouvement ; c'est pourquoi son mouvement naturel ne peut pas exister, comme sÕil suivait une inclination de la puissance naturelle inhŽrente, de la m�me mani�re que sÕŽlever est le mouvement naturel du feu.

 :Dicitur autem motus circularis esse naturalis caelo, in quantum in sua natura habet aptitudinem ad talem motum ; et sic in seipso habet principium talis motus passivum ; activum autem principium motus est aliqua substantia separata, ut Deus vel intelligentia vel anima, ut quidam ponunt ; quantum enim ad praesentem quaestionem nihil differt.

Mais on dit que le mouvement circulaire est naturel au ciel, dans la mesure o� dans sa nature il a une aptitude ˆ une tel mouvement ; et ainsi en lui-m�me, il a le principe passif d'un tel mouvement ; mais le principe actif est une substance sŽparŽe, comme Dieu ou une intelligence ou une ‰me, comme certains le pensent, car pour la prŽsente question, il nÕy a aucune diffŽrence[593].

Ratio ergo permanentiae motus non potest sumi ex natura aliqua caelestis corporis, ex qua tantum est aptitudo ad motum ; sed oportet eam sumere ex principio activo separato. Et quia agens omne propter finem agit, oportet considerare quis est finis motus caeli ; si namque fini eius congruat quod motus aliquando terminetur, caelum quandoque quiescet ; si autem fini eius non competat quies, motus eius erit sempiternus ; non enim potest esse quod motus deficiat ex mutatione causae moventis, cum voluntas Dei sit immutabilis sicut etiam natura ; et per eam immobilitatem consequantur, si quae sunt causae mediae moventes.

Donc la raison de la permanence du mouvement ne peut venir de la nature du corps cŽleste, par laquelle il poss�de seulement l'aptitude au mouvement, mais il faut la prendre d'un principe actif sŽparŽ. Et parce que tout agent agit en vue d'une fin, il faut considŽrer quelle est la fin du mouvement du ciel ; si en effet il convient ˆ sa fin que le mouvement se termine un jour, le ciel sÕarr�tera quelque jour ; mais si lÕarr�t ne convient pas ˆ sa fin, son mouvement sera Žternel, car il nÕest pas possible que le mouvement sÕarr�te ˆ cause du changement de la cause moteur, puisque la volontŽ de Dieu est immuable, comme sa nature aussi, et par elle ils obtiendront lÕimmobilitŽ, sÕil y a des causes moteurs intermŽdiaires.

In hac autem consideratione tria oportet vitare : quorum primum est, ne dicamus caelum moveri propter ipsum motum ; sicut dicebatur caelum esse propter ipsum esse, in quo Deo assimilatur. Motus enim, ex ipsa sui ratione, repugnat ne possit poni finis, eo quod motus est in aliud tendens ; unde non habet rationem finis, sed magis eius quod est ad finem. Cui etiam attestatur quod est actus imperfectus, ut dicitur in III de Anima [com. 54 et III Phys., com. 15] Finis autem est ultima perfectio.

Mais dans cette considŽration, il faut Žviter trois erreurs :1) La premi�re : Ne disons pas que le ciel est mž pour le mouvement en lui-m�me, comme si on disait qu'il existe pour son �tre m�me, en quoi il ressemble ˆ Dieu. Car le mouvement, de sa propre nature, rŽpugne ˆ ce quÕil ne puisse pas y avoir une fin, parce qu'il tend ˆ un autre lieu ; c'est pourquoi il n'a pas la nature de fin, mais plut™t de ce qui est en vue de la fin. Il est attestŽ qu'il est un acte imparfait, comme on le dit dans L'‰me (III, 7, 431 a 5) et en Physique( III, 2 201 b 31[594]). Mais la fin est la perfection ultime.

Secundum est, ut non ponatur motus caeli esse propter aliquid vilius ; nam cum finis sit unde ratio sumitur, oportet finem praeeminere his quae sunt ad finem. Potest autem contingere quod vilior sit terminus operationis rei nobilioris ; non autem ut sit finis intentionis : sicut securitas rustici est terminus quidam, ad quem operatio regis gubernantis terminatur ; non tamen regimen regis est ordinatum ad huius rustici securitatem sicut in finem sed in aliquid melius, scilicet in bonum commune. Unde non potest dici, quod generatio istorum inferiorum sit finis motus caeli, etsi sit effectus vel terminus, quia et caelum his inferioribus praeeminet, et motus eius motibus et mutationibus horum.

2) La seconde : quÕon ne pense pas que le mouvement du ciel est pour quelque chose de plus vil ; en effet, comme c'est sa fin, dÕo� on tire sa raison, il faut que celle-ci soit prŽŽminente sur ce qui est en vue de la fin. Mais il peut arriver que le terme d'une opŽration d'une chose plus noble soit plus vil ; mais non pour qu'elle soit la fin de l'intention : ainsi la sŽcuritŽ du paysan est le terme o� s'ach�ve l'opŽration du roi qui gouverne ; cependant l'administration du roi nÕest pas ordonnŽe ˆ la sŽcuritŽ de ce paysan, comme ˆ sa fin, mais ˆ quelque chose de meilleur, ˆ savoir le bien commun. C'est pourquoi on ne peut pas dire que la gŽnŽration des �tres infŽrieurs soit la fin du mouvement du ciel, m�me si elle en est l'effet ou le terme, parce que dÕune part le ciel l'emporte sur ces �tres infŽrieurs, et dÕautre part son mouvement [lÕemporet] sur leurs mouvements et leurs changements.

Tertium est, ut non ponatur finis motus caeli aliquid infinitum, quia, ut dicitur in II Metaphys., qui ponit infinitum in causa finali destruit finem et naturam boni. Pertingere enim quod infinitum est, impossibile est. Nihil autem movetur ad id quod impossibile est ipsum consequi, ut dicitur in I Caeli et mundi. Unde non potest dici, quod finis motus caeli sit ut consequatur in actu ubi ad quod est in potentia, licet hoc Avicenna dicere videatur. Hoc enim impossibile est consequi, cum infinitum sit ; quia dum in uno ubi fit in actu, erit in potentia ad aliud ubi, in quo prius actu existebat.

3) La troisi�me : qu'on ne pense pas que la fin du mouvement du ciel soit quelque chose d'infini, parce que, comme il est dit en MŽtaphysique (II, 2, 994 b 13[595]), celui qui place l'infini dans la cause finale dŽtruit la fin et la nature du bien. Car il est impossible d'atteindre ce qui est infini. Mais rien ne se meut vers ce qu'il est impossible d'atteindre, comme on le dit dans Le ciel et le monde, I. C'est pourquoi on ne peut pas dire que la fin du mouvement du ciel soit d'atteindre en acte un lieu pour ce est en puissance, bien quÕAvicenne semble le dire. Car il est impossible de l'atteindre, puisqu'il est infini, parce que, pendant qu'il est en acte dans un lieu, il sera en puissance ˆ un autre, dans lequel il existait avant en acte.

Oportet ergo finem motus caeli ponere aliquid quod caelum per motum consequi possit, quod sit aliud a motu, et eo nobilius. Hoc autem dupliciter potest poni.

Il faut donc penser que la fin du mouvement du ciel est quelque chose que le ciel pourrait atteindre par mouvement, ce qui est diffŽrent du mouvement et plus noble que lui. Mais cela on peut le penser de deux mani�res :

Uno modo ut ponatur finis motus caeli aliquid in ipso caelo, quod simul cum motu existit ; et secundum hoc a quibusdam philosophis ponitur, quod similitudo ad Deum in causando est finis motus caeli ; quod quidem fit ipso motu durante ; unde secundum hoc non convenit quod motus caeli deficiat, quia deficiente motu, finis ex motu proveniens cessaret.

1) Penser que la fin du mouvement du ciel est quelque chose dans le ciel m�me, qui existe en m�me temps que le mouvement, et ˆ cause de cela certains philosophes pensent, que la ressemblance ˆ Dieu, en tant que cause, est la fin du mouvement du ciel ; ce qui se fait tant que dure le mouvement ; c'est pourquoi, il ne convient pas que le mouvement du ciel cesse, parce que sÕil cessait, la fin qui provient du mouvement disparaitrait.

Alio modo potest poni finis motus caeli aliquid extra caelum, ad quod pervenitur per motum caeli ; quo cessante illud potest remanere : et haec est nostra positio.

2) On peut penser que la fin du mouvement du ciel est quelque chose hors de lui, auquel il parvient par son mouvement, et quand il cesse, cela peut demeurer ; et telle est notre position.

Ponimus enim quod motus caeli est propter implendum numerum electorum. Anima namque rationalis quolibet corpore nobilior est, et ipso caelo. Unde nullum est inconveniens, si ponatur finis motus caeli multiplicatio rationalium animarum : non autem in infinitum, quia hoc per motum caeli provenire non posset ; et sic moveretur ad aliquid quod consequi non potest ; unde relinquitur quod determinata multitudo animarum rationalium sit finis motus caeli. Unde ea habita motus caeli cessabit.

Car nous pensons que le mouvement du ciel est pour complŽter le nombre des Žlus. L'‰me rationnelle, en effet, est plus noble que n'importe quel corps et que le ciel m�me. C'est pourquoi il nÕest nullement inconvenant de penser que la fin du mouvement du ciel est la multiplication des ‰mes rationnelles, mais pas ˆ l'infini, parce que cela ne pourrait pas provenir du mouvement du ciel ; et alors il serait mž vers quelque chose qu'il ne peut pas atteindre ; c'est pourquoi il reste que la multitude limitŽe des ‰mes rationnelles est la fin du mouvement du ciel. C'est pourquoi une fois cela atteint, le mouvement du ciel cessera.

Licet autem utraque positionum praedictarum possit rationabiliter sustineri, tamen secunda, quae fidei est, videtur esse probabilior propter tres rationes.

Bien que l'une et l'autre des positions annoncŽes puissent �tre soutenues raisonnablement, cependant la seconde, qui est de foi, para”t plus probable, pour trois raisons :

Primo quidem, quia nihil differt dicere finem alicuius esse assimilationem ad Deum secundum aliquid, et illud secundum quod assimilatio attenditur ; sicut supra dictum est, quod finis rerum posset dici vel ipsa assimilatio divinae bonitatis, vel esse rerum, secundum quod res Deo assimilantur. Idem ergo est dictu, finem motus caeli esse assimilari Deo in causando et causare. Causare autem non potest esse finis, cum sit operatio habens operatum et tendens in aliud : huiusmodi enim operationibus meliora sunt operata, ut dicitur in principio Ethic. ; unde huiusmodi factiones non possunt esse fines agentium, cum non sint perfectiones facientium, sed magis factorum ; unde et ipsa facta sunt magis fines, ut patet IX Metaph. [text. 16], et in I Ethic.[cap. I] Ipsa autem operata non sunt fines, cum sint viliora caelo, ut supra dictum est. Unde relinquitur non convenienter dici, quod finis motus caeli sit assimilari ad Deum in causando.

1) Parce qu'il nÕy a pas de diffŽrence entre dire que la fin d'un �tre est une ressemblance relative ˆ Dieu, et dire en quoi la ressemblance est atteinte, comme on a affirmŽ ci-dessus qu'il est possible de dire que la fin des choses est ou bien la ressemblance m�me ˆ la bontŽ divine, ou bien leur �tre selon qu'elles ressemblent ˆ Dieu. Donc c'est la m�me chose de dire que la fin du mouvement du ciel est de ressembler ˆ Dieu en causant et �tre cause. Mais �tre cause ne peut �tre une fin, puisque c'est une opŽration qui a un rŽsultat et tend ˆ autre chose ; car pour de telles opŽrations les rŽsultats sont meilleurs, comme il est dit au dŽbut de l'ƒthique (I, 1, 1094 a 5) ; c'est pourquoi de telles productions ne peuvent pas �tre le but des agents, puisqu'ils ne sont pas la perfection de ceux qui les font, mais plut™t de ce qui est fait ; c'est pourquoi ce qui est produit est davantage la fin, comme on le voit en MŽtaphysique, (IX, 8, 1050 a 30), et en ƒthique, (I, 1, 1094 a 3). Les rŽsultats des opŽrations ne sont pas des fins, puisqu'ils sont plus vils que le ciel, comme on lÕa dit ci-dessus. C'est pourquoi, il reste qu'il ne convient pas de dire que la fin du mouvement du ciel est de ressembler ˆ Dieu en Žtant cause.

Secundo vero, quia cum caelum moveatur in ipso existente sola aptitudine ad motum, principio vero activo existente extra, ut dictum est ; movetur et agit sicut instrumentum haec est enim dispositio instrumenti, ut patet in artificialibus, nam in securi est sola aptitudo ad talem motum ; principium autem motus in artifice est. Unde et secundum philosophos, quod movet motum, movet ut instrumentum. In actione autem quae est per instrumentum, non potest esse finis aliquis in ipso instrumento nisi per accidens, in quantum instrumentum accipitur ut artificiatum et non ut instrumentum ; unde non est probabile quod finis motus caeli sit aliqua perfectio ipsius, sed magis aliquid extra ipsum.

2) Parce que, comme le ciel se meut tout en existant lui-m�me par sa seule aptitude au mouvement, alors que son principe actif existe ˆ l'extŽrieur, comme on l'a dit, il se meut et agit comme instrument, car c'est la mani�re dÕagir de l'instrument, comme on le voit dans les Ïuvres artificielles, ainsi la hache a seulement lÕaptitude ˆ un tel mouvement, mais le principe du mouvement est dans l'artisan. C'est pourquoi selon les philosophes, ce qui meut ce qui est mž, le meut comme instrument. Mais dans l'action, accomplie par un instrument, il ne peut y avoir une fin dans l'instrument lui-m�me que par accident, dans la mesure o� il est pris comme Ïuvre et non comme instrument ; c'est pourquoi il n'est pas probable que la fin du mouvement du ciel soit sa propre perfection, mais plut™t un objet hors de lui.

Tertio, quia si similitudo ad Deum in causando est finis motus caeli, praecipue attenditur haec similitudo secundum causalitatem eius quod a Deo immediate causatur, scilicet animae rationalis, ad cuius causalitatem concurrit caelum et per motum suum materiam disponendo. Et ideo probabilius est quod finis motus caeli sit numerus electorum quam assimilatio ad Deum in causalitate generationis et corruptionis, secundum quod philosophi ponunt. Et ideo concedimus quod motus caeli completo numero electorum finietur.

3) Parce que si la ressemblance ˆ Dieu dans le fait quÕil est cause, est la fin du mouvement du ciel, cette ressemblance est principalement atteinte selon la causalitŽ de ce qui est causŽe immŽdiatement par Dieu, ˆ savoir celle de l'‰me rationnelle : ˆ sa causalitŽ concourt le ciel en disposant la mati�re par son mouvement. Et c'est pourquoi il est plus probable que la fin du mouvement du ciel est le nombre des Žlus que la ressemblance ˆ Dieu lorsqu'il cause la gŽnŽration et corruption, selon ce que pensent les philosophes. Et c'est pourquoi nous concŽdons que le mouvement du ciel se terminera quand le nombre des Žlus sera complet.

 

Solutions :

q. 5 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod loquitur de duratione terrae secundum quod est transmutationi subiecta ; sic enim in ea seminatur et metitur. Tali autem statu terrae durante motus caeli non cessabit.

 1. [La Gen�se] parle de la durŽe de la terre selon qu'elle est soumise au changement ; car ainsi on s�me et on moissonne sur elle. Mais tant que dure un tel Žtat de la terre, le mouvement du ciel ne cessera pas.

q. 5 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod auctoritas illa non est intelligenda de Israel carnali, sed de Israel spirituali ; non tamen secundum quod est in patria coram Deo, contemplando ipsum per speciem, sed secundum quod est in via coram Deo per fidem ; ut sic idem sit quod dicitur hic, et quod dominus discipulis loquens ait, Matth. XXVIII, 20 : Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem saeculi.

 2. Cette autoritŽ n'est pas ˆ comprendre de l'Isra‘l charnel, mais de l'Isra‘l spirituel ; cependant non selon qu'il est dans la patrie devant Dieu, en le contemplant par sa forme (per speciem), mais selon qu'il est en chemin devant lui par la foi, pour que ce soit une m�me chose ce qui est dit ici et que le Seigneur parlant ˆ ses disciples leur dit (Mt. 18, 20) : ÇVoici, je suis avec vous jusqu'ˆ la consommation des si�cles.È

q. 5 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod haec praepositio propter denotat causam ; unde quandoque denotat causam finalem, quae est posterior in esse ; quandoque autem materialem vel efficientem, quae sunt prior. Cum autem dicitur in rebus incorruptibilibus, actus sunt propter agentia, ly propter non denotat causam finalem, sed causam efficientem, ex qua est necessitas ibi, et non ex fine. Motus ergo caeli si comparetur ad ipsum mobile, non habet ex eo necessitatem sicut ex causa efficiente, ut ostensum est ; habet autem hanc necessitatem ex movente. Quod, quia est voluntarie movens, secundum hoc necessitatem in motu inducit secundum quod determinatum est per ordinem sapientiae divinae, et non ad moveri semper.

 3. Cette prŽposition propter (pour) signale une cause ; c'est pourquoi quelquefois elle signifie la cause finale, qui est postŽrieure dans l'�tre, quelquefois la cause matŽrielle, ou la cause efficiente qui sont avant. Quand on dit que dans ce qui est incorruptible, les actes sont pour les agents, le propter [pour] ne signifie pas la cause finale, mais la cause efficiente, dÕo� elle tire sa nŽcessitŽ et non de la fin. Donc, si le mouvement du ciel est comparŽ ˆ un mobile m�me, il n'en a pas nŽcessitŽ comme dÕune cause efficiente, comme on l'a montrŽ ; mais il tient cette nŽcessitŽ du moteur. Parce qu'il est moteur volontairement, il introduit la nŽcessitŽ dans le mouvement selon quÕil est dŽterminŽ par l'ordre de la sagesse divine, et non pour se mouvoir toujours.

q. 5 a. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod assimilari Deo secundum hoc quod actu acquirit successive diversos situs ad quos prius erat in potentia, non potest esse finis motus caeli : tum quia hoc infinitum est, ut supra ostensum est ; tum quia sicut ex una parte per motum acceditur ad divinam similitudinem, per hoc quod situs qui erant in potentia, fiunt actu ; ita ab alia parte receditur a divina similitudine per hoc quod situs qui erant in actu, fiunt in potentia.

 4. Ressembler ˆ Dieu selon qu'il acquiert en acte successivement les divers lieux, pour lesquels il Žtait avant en puissance, ne peut pas �tre la fin du mouvement du ciel ; dÕune part, parce que cela est infini, comme on lÕa montrŽ ci-dessus, dÕautre part, parce que, de m�me que dÕun c™tŽ il atteint par mouvement la ressemblance divine, du fait que les lieux qui Žtaient en puissance, deviennent en acte ; de m�me d'un autre c™tŽ, il s'Žloigne de la ressemblance divine par le fait que les lieux qui Žtaient en acte deviennent en puissance.

q. 5 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod licet generabilia et corruptibilia sint viliora caelo, tamen animae rationales sunt corpore caeli nobiliores, quae tamen a Deo producuntur ad esse in materia disposita per motum caeli.

 5. Bien que ce qui peut �tre engendrŽ ou corrompu soit plus vil que le ciel, cependant les ‰mes rationnelles sont plus nobles que le corps du ciel ; cependant elles sont amenŽes ˆ l'�tre par Dieu dans la mati�re disposŽe par le mouvement du ciel.

q. 5 a. 5 ad 6 Ad sextum dicendum, quod completio numeri electorum, secundum doctrinam fidei non ponitur secundarius finis motus caeli, sed principalis, licet non ultimus, quia finis ultimus uniuscuiusque rei est bonitas divina, in quantum creaturae quoquomodo ad eam pertingunt vel per similitudinem vel per debitum famulatum.

 6. On ne pense pas que, selon la doctrine de la foi, l'ach�vement du nombre des Žlus est la fin seconde du mouvement du ciel, mais sa fin principale, bien quÕelle ne soit pas la derni�re, puisque la fin ultime de chaque chose est la bontŽ divine, dans la mesure o� les crŽatures d'une certaine mani�re y parviennent ou par ressemblance ou par le service qui lui est dž.

q. 5 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum, quod res non dicitur esse imperfecta, quacumque potentia in ipsa non reducta ad actum, sed solum quando per reductionem in actum res suum consequitur complementum. Non enim homo qui est in potentia ut sit in India, imperfectus erit, si ibi non fuerit ; sed imperfectus dicitur, si scientia vel virtute careat, qua natus est perfici. Caelum autem non perficitur per locum, sicut corpora inferiora, quae in proprio ubi conservantur. Unde licet potentia qua potest esse in aliquo ubi, nunquam reducatur ad actum, non tamen sequitur quod sit imperfectum. Nam si secundum se consideretur, non maior est sibi perfectio quod sit in uno situ quam in alio, sed indifferenter se habet ad omnia ubi, cum ad quodlibet moveatur naturaliter. Ipsa autem indifferentia magis inducit ad quietem quam ad perpetuitatem motus, nisi consideretur voluntas moventis et intendentis finem ; sicut etiam quidam philosophi assignaverunt causam quietis terrae in medio, propter indifferentiam eius, respectu cuiuslibet partis circumferentiae caeli.

 7. On ne dit pas qu'une chose est imparfaite, par quelque puissance en elle qui nÕest pas ramenŽe ˆ l'acte, mais seulement, Žtant ramenŽe ˆ lÕacte, elle re�oit son ach�vement. Car l'homme, qui est en puissance pour �tre en Inde, ne sera pas imparfait, sÕil n'y est pas allŽ, mais on le dit imparfait, sÕil manque de la science ou du pouvoir, qui sont destinŽs ˆ le parfaire. Mais le ciel n'est pas achevŽ par le lieu comme les corps infŽrieurs, qui se conservent en leur lieu propre. C'est pourquoi, bien que la puissance, par laquelle il peut �tre dans un lieu, ne soit jamais ramenŽe ˆ l'acte, il n'en dŽcoule pas cependant qu'il soit imparfait. Car considŽrŽ en soi, il n'a pas une perfection plus grande qu'il soit dans un lieu ou un autre, mais il se comporte indiffŽremment pour tout lieu, puisqu'il est mž naturellement vers n'importe lequel. Mais l'indiffŽrence elle-m�me conduit plus au repos quÕˆ la perpŽtuitŽ du mouvement, ˆ moins de considŽrer la volontŽ du moteur et de celui qui cherche la fin. Ainsi certains philosophes ont assignŽ la cause du repos de la terre, dans un juste milieu ˆ cause de son indiffŽrence par rapport ˆ nÕimporte quelle partie de la circonfŽrence du ciel.

q. 5 a. 5 ad 8 Ad octavum dicendum, quod licet causae motus caeli omnes sint sempiternae, tamen movens, ex quo necessitas eius dependet, movet per voluntatem et non est necessarium quod semper moveat, sed secundum quod exigit ratio finis.

 8. Bien que les causes du mouvement du ciel ne soient pas toutes Žternelles, cependant le moteur d'o� dŽpend sa nŽcessitŽ, meut par volontŽ, et il n'est pas nŽcessaire qu'il meuve toujours, mais selon ce qu'exige la raison de la fin.

q. 5 a. 5 ad 9 Ad nonum dicendum, quod alio modo caelum est secundum suam naturam capax sempiternitatis motus et sui esse. Nam suum esse dependet ex principiis suae naturae, ex quibus consequitur necessitas essendi, cum non sit in eis possibilitas ad non esse, ut prius ostensum est ; suus autem motus in natura eius non habet nisi aptitudinem ; necessitatem vero habet ex movente. Unde etiam secundum Commentatorem [in II Metaph., et in lib. de Susbstantia orbis], sempiternitas essendi in caelo est ex principiis suae naturae, non autem sempiternitas motus, sed ab extrinseco. Unde etiam secundum eos qui dicunt motum nunquam deficere, causa durationis motus caeli et eius sempiternitatis, est voluntas divina ; quamvis eius immobilitas non de necessitate concludere possit sempiternitatem motus caeli, ut ipsi volunt. Non enim est mobilis voluntas, si velit quod diversa sibi invicem succedant secundum quod exigit finis quem immobiliter vult. Et ideo potius est inquirenda ratio sempiternitatis motus ex fine quam ex immobilitate moventis.

 9. CÕest d'une autre mani�re que le ciel est selon sa nature capable de l'ŽternitŽ du mouvement, et de celle de son �tre. Car son �tre dŽpend des principes de sa nature dÕo� il tire sa nŽcessitŽ dÕ�tre, puisqu'il n'y a pas en lui de possibilitŽ au non �tre, comme on l'a montrŽ plus haut ; son mouvement dans sa nature n'a qu'une aptitude, mais tire sa nŽcessitŽ du moteur. C'est pourquoi, selon le Commentateur (MŽtaphysique II, et dans le livre La Substance du monde), l'ŽternitŽ de l'�tre dans le ciel vient des principes de sa nature, mais pas lÕŽternitŽ du mouvement, qui vient de l'extŽrieur. C'est pourquoi, m�me selon ceux qui disent que le mouvement ne cesse jamais, la cause de la durŽe du mouvement du ciel et de son ŽternitŽ, c'est la volontŽ divine, quoique son immobilitŽ ne puisse enclore nŽcessairement l'ŽternitŽ du mouvement du ciel, comme ceux-ci le veulent. Car sa volontŽ ne change pas, s'il veut que diverses choses se succ�dent entre elles, selon ce qu'exige la fin qu'il veut immuablement. Et c'est pourquoi il faut chercher plut™t la raison de l'ŽternitŽ du mouvement dans la fin que dans l'immobilitŽ du moteur.

q. 5 a. 5 ad 10 Ad decimum dicendum, quod motus caeli terminabitur in instanti, in quo quidem neque erit motus neque quies, sed terminus motus et principium quietis. Quies autem sequens non erit in tempore ; nam quies non mensuratur a tempore primo, sed secundario, ut dicitur in IV Phys. [com. 110] ; unde si sit quies alicuius corporis, quae nulli motui subiiciatur, non mensurabitur tempore. Quamvis, si in hoc fiat vis, possit dici, quod erit post motum in caelo immobilitas quaedam, etsi non quies.

 10. Le mouvement du ciel se terminera dans l'instant, o� il n'y aura ni mouvement, ni arr�t, mais le terme du mouvement, et le commencement de lÕarr�t. Mais lÕarr�t suivant ne sera pas dans le temps, car il n'est pas mesurŽ par le temps premier, mais second, comme on dit en Physique (IV, 12, 221 b 20-22[596]) ; c'est pourquoi s'il y a arr�t d'un corps, qui ne serait plus soumis ˆ aucun mouvement, il ne sera pas mesurŽ par le temps. Cependant, si en cela il y a violence, on pourrait dire qu'il y aura dans le ciel apr�s le mouvement, l'immobilitŽ, m�me si ce n'est pas lÕarr�t.

q. 5 a. 5 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod sicut motus caeli deficiet, ita et tempus deficiet, ut per auctoritatem Apocalypsis [8, 6] inductam apparet. Ultimum autem nunc totius temporis erit quidem finis praeteriti non autem principium futuri. Quod enim nunc simul sit et finis praeteriti et principium futuri, habet in quantum sequitur motum circularem continuum, cuius quodlibet signum indivisibile est principium et finis respectu diversorum. Unde si motus cesset, sicut erit aliquod ultimum indivisibile in motu, ita et in tempore.

 11. Le mouvement du ciel sÕarr�tera, le temps aussi, comme le montre l'autoritŽ tirŽe de l'Apocalypse (8, 6). Mais le dernier moment de tout le temps sera la fin du passŽ mais pas le commencement du futur, Car, que ce temps soit en m�me temps la fin du passŽ et le commencement du futur, il lÕa dans la mesure o� il suit un mouvement circulaire continu, dont le signe indivisible est le commencement et la fin par rapport ˆ diffŽrents [temps]. C'est pourquoi si le mouvement cesse, il y aura une chose ultime indivisible dans le mouvement, et dans le temps aussi.

q. 5 a. 5 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod motus caeli, ut dictum est, non est naturalis propter activam inclinationem formalis principii in corpore caelesti ad talem motum, sicut est in elementis ; unde non sequitur, si caelum quiescit, quod eius quies sit violenta.

 12. Le mouvement du ciel, comme on l'a dit, n'est pas naturel ˆ cause de lÕinclination active d'un principe formel dans le corps cŽleste pour un tel mouvement, comme il lÕest dans les ŽlŽments ; c'est pourquoi il n'en dŽcoule pas que si le ciel sÕarr�te, son arr�t soit violent.

q. 5 a. 5 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod si motus caeli non esset propter aliquid aliud tunc oporteret attendere proportionem eius ad quietem sequentem, si non sempiternus poneretur ; sed quia est ordinatus ad alium finem ; eius proportio attenditur in ordine ad finem, et non in ordine ad quietem sequentem : ut intelligamus quod Deus ex nihilo universas creaturas in esse producens, primam universi perfectionem, quae consistit in partibus essentialibus universi, et diversis speciebus, per seipsum instituit. Ad ultimam vero perfectionem, quae erit ex consummatione ordinis beatorum, ordinavit diversos motus et operationes creaturarum : quosdam quidem naturales, sicut motum caeli et operationes elementorum, per quas materia praeparatur ad susceptionem animae rationalis ; quosdam vero voluntarios, sicut Angelorum ministeria, qui mittuntur propter eos qui haereditatem capiunt salutis. Unde hac consummatione habita, et immutabiliter permanente, quae ad eam ordinabuntur, in perpetuum cessabunt.

 13. Si le mouvement du ciel n'Žtait pas en vue de quelque chose d'autre, il lui faudrait alors atteindre sa limite ˆ l'arr�t suivant, si on ne le pensait pas Žternel, mais parce qu'il est ordonnŽ ˆ une autre fin ; sa limite est atteinte par rapport ˆ sa fin et non par rapport ˆ lÕarr�t suivant ; pour que nous comprenions que Dieu a amenŽ du nŽant ˆ lÕ�tre l'ensemble des crŽatures, en instituant lui-m�me la premi�re perfection de l'univers qui consiste dans ses parties essentielles et en diverses esp�ces. Pour l'ultime perfection, qui viendra de l'accomplissement de l'ordre des bienheureux, il a ordonnŽ diffŽrents mouvements et opŽrations des crŽatures : certains naturels, comme le mouvement du ciel et les opŽrations des ŽlŽments, par lesquelles la mati�re est prŽparŽe ˆ recevoir l'‰me raisonnable ; certains volontaires comme le minist�re des anges, qui sont envoyŽs pour ceux qui re�oivent l'hŽritage du salut. C'est pourquoi, une fois cet accomplissement rŽalisŽ et, en demeurant immuablement, ce qui lui sera ordonnŽ cessera Žternellement.

q. 5 a. 5 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod obiectio illa procedit de actu secundo, qui est operatio manens in operante, quae est finis operantis, et per consequens excellentior quam forma operantis. Actus autem secundus, qui est actio tendens in aliquod factum, non est finis agentis, nec nobilior quam eius forma ; nisi ipsa facta sint nobiliora facientibus, sicut artificiata sunt nobiliora artificialibus instrumentis, ut eorum fines.

 14. Cette objection proc�de de l'acte second, qui est l'opŽration qui demeure dans celui qui op�re, qui est sa fin, et par consŽquent meilleure que sa forme. Mais l'acte second, qui est une action qui tend ˆ un produit, n'est pas la fin de l'agent, et nÕest pas plus noble que sa forme, ˆ moins que ce qui est produit soit plus noble que ceux qui le produisent, comme les Ïuvres artisanales sont plus nobles que les instruments de l'artisan, en tant que leurs fins.

q. 5 a. 5 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod licet in circulari magnitudine non sit principium vel finis in actu, potest tamen designari principium vel finis in ea per inclinationem vel terminationem motus alicuius.

 15. Bien que dans une grandeur circulaire, il n'y ait ni commencement, ni fin en acte, on peut cependant y dŽsigner un commencement ou une fin par l'inclination ou la limite d'un mouvement.

q. 5 a. 5 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod in mundi principio natura instituebatur : et ideo in his quae ad principium spectant, non oportet naturae proprietatem praetermittere ; in mundi autem fine naturae operatio consequitur finem a Deo sibi institutum : unde oportet ibi recurrere ad voluntatem Dei, quae talem finem instituit.

 16. Au commencement du monde, la nature Žtait instituŽe, et c'est pourquoi dans ce qui regarde au principe, il ne faut pas oublier la propriŽtŽ de la nature, mais ˆ la fin du monde, l'opŽration de la nature suit la fin instituŽe pour elle par Dieu ; c'est pourquoi il faut ici recourir ˆ la volontŽ de Dieu qui a dŽcidŽ une telle fin.

q. 5 a. 5 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod licet caelo quiescente semper sit futurus sol ex una parte terrae non tamen ex alia parte terrae erunt omnino tenebrae et obscuritas, propter claritatem quae a Deo elementis tradetur. Unde habetur Apoc. XXI, 23, quod Civitas non eget sole neque luna nam claritas Dei illuminavit eam. Si tamen sit amplior claritas ex illa parte terrae quae fuit inhabitata a sanctis, nullum inconveniens sequitur.

 17. M�me si le ciel sÕarr�te, il y aura toujours le soleil d'un c™tŽ de la terre, cependant de lÕautre, il nÕy aura pas tout ˆ fait les tŽn�bres, ni l'obscuritŽ, ˆ cause de la lumi�re accordŽe aux ŽlŽments par Dieu. C'est pourquoi il est dit dans Apocalypse, 21, 23, que ÇLa citŽ n'aura pas besoin de soleil, ni de lune, car la lumi�re de Dieu l'Žclairera.È Si cependant la lumi�re est plus forte de ce c™tŽ de la terre qui a ŽtŽ inhabitŽe par les saints, il n'en dŽcoule aucun inconvŽnient.

q. 5 a. 5 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod quamvis caelum aequaliter se habeat ad quemlibet situm sibi possibilem, non tamen motus est propter acquisitionem situs, sed propter aliquid aliud : unde in quocumque situ remaneat, impleto eo ad quod erat, nihil differt.

 18. Quoique le ciel se comporte de la m�me mani�re pour n'importe quel lieu possible pour lui, cependant le mouvement n'est pas pour acquŽrir un lieu, mais pour quelque chose d'autre : c'est pourquoi, en quelque lieu qu'il demeure, il nÕy a pas de diffŽrence une fois accomplie ce pourquoi il existait.

q. 5 a. 5 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod motus etsi sit actus mobilis, est tamen actus imperfectus. Unde per hoc quod motus aufertur, non potest concludi quod simpliciter perfectio auferatur, et praecipue si per motum mobili nihil acquiratur. Quod autem philosophus dicit, quod acquirit perfectam bonitatem per motum, loquitur secundum primam dictarum opinionum de fine motus caeli, qui competit ad sempiternitatem motus.

 19. M�me si le mouvement est un acte du mobile, il est cependant un acte imparfait. C'est pourquoi, du fait que le mouvement est enlevŽ, on ne peut pas conclure que la perfection est absolument enlevŽe, et principalement, si rien n'est acquis pour le mobile par le mouvement. Quand le philosophe dit qu'il acquiert la bontŽ parfaite par le mouvement, il parle selon la premi�re des opinions rapportŽes ˆ propos de la fin du mouvement du ciel, qui appartient ˆ lÕŽternitŽ du mouvement.

q. 5 a. 5 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod perfectio spiritualis naturae est ut possit esse causa aliorum sine suo motu ; quod caelum nunquam acquiret. Nec tamen propter hoc deteriorabitur, cum finis suus non sit in causando alia, ut dictum est.

 20. La perfection de la nature spirituelle est de pouvoir �tre cause des autres sans son mouvement, ce que le ciel n'acquerra jamais. Et cependant il ne sera pas dŽtŽriorŽ, ˆ cause de cela, puisque sa fin n'est pas de causer d'autres choses, comme on l'a dit.

q. 5 a. 5 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod motus caeli non quiescet propter aliquod contrarium, sed propter voluntatem moventis tantum.`

 21. Le mouvement du ciel ne cessera pas ˆ cause d'un contraire, mais par la volontŽ du moteur seulement.

 

 

 

Article 6 Ñ L'homme peut-il savoir quand le mouvement du ciel s'arr�tera ?

q. 5 a. 6 tit. 1 Sexto quaeritur utrum possit sciri ab homine quando motus caeli finiatur. Et videtur quod sic.

Et il semble que oui

 

Objections : [597]

q. 5 a. 6Arg. 1 Quia, secundum Augustinum in fine de Civit. Dei, sexta aetas currit ab adventu Christi usque ad finem mundi. Sed scitur quantum praecedentes aetates duraverunt. Ergo sciri potest quantum ista aetas durare debet per comparationem ad alias ; et ita potest sciri quando motus caeli finietur.

1. Parce que, selon Augustin, ˆ la fin de la CitŽ de Dieu, le sixi�me ‰ge court de la venue du Christ jusqu'ˆ la fin du monde[598]. Mais on sait combien de temps ont durŽ les ‰ges prŽcŽdents. Donc on peut savoir combien cet ‰ge doit durer par comparaison aux autres et ainsi quand le mouvement du ciel s'arr�tera.

q. 5 a. 6Arg. 2 Praeterea, finis uniuscuiusque rei respondet suo principio. Sed principium mundi scitum est per revelationem, ex qua Moyses dixit [Gen. I] : In principio creavit Deus caelum et terram. Ergo et finis mundi sciri potest per revelationem in Scripturis traditam.

2. La fin de chaque chose correspond ˆ son commencement, mais celui du monde est connu par la rŽvŽlation : Mo•se a dit (Gn 1, 1) : ÇAu commencement Dieu crŽa le ciel et la terreÈ. Donc la fin du monde peut �tre connue par la rŽvŽlation rapportŽe dans les ƒcritures.

q. 5 a. 6Arg. 3 Praeterea, causa incertitudinis mundi ponitur esse, ut homo semper sit in sollecitudinem de suo statu. Sed ad hanc sollecitudinem habendam sufficit mortis incertitudo. Ergo non fuit necessarium, incertum esse defectum mundi ; nisi forte propter illos quorum temporibus finis mundi erit.

3. On pense que la cause de l'incertitude du monde est que l'homme soit toujours dans l'inquiŽtude au sujet de sa situation. Mais pour avoir cette inquiŽtude, l'incertitude de la mort suffit. Donc il n'a ŽtŽ pas nŽcessaire que la fin du monde soit incertaine sauf par hasard pour ceux qui vivront dans les temps o� elle aura lieu.

q. 5 a. 6Arg. 4 Praeterea, dicitur aliquibus propria mors esse revelata, sicut patet de beato Martino. Dicit autem Augustinus in Epistola ad Orosium, quod talis unusquisque in iudicio comparebit, qualis fuit in morte : et sic eadem ratio est occultandi mortem et occultandi diem iudicii. Ergo et dies iudicii, qua ad omnes pertinet, debuit in Scriptura sacra, quae omnes instruit, revelatus fuisse.

4. On dit que leur propre mort a ŽtŽ rŽvŽlŽe ˆ certains, comme on le voit pour le bienheureux Martin. Augustin dit dans La lettre ˆ Orose, que chacun compara”tra au jugement tel qu'il a ŽtŽ dans sa mort, et ainsi c'est pour la m�me raison que la mort et le jour du jugement sont cachŽs. Donc m�me le jour du jugement, qui concerne tous les hommes, a dž �tre rŽvŽlŽ dans la sainte ƒcriture qui les a tous instruits.

q. 5 a. 6Arg. 5 Praeterea, signum ordinatur ad aliquid cognoscendum. In Evangeliis autem ponuntur aliqua signa adventus domini, qui erit in fine mundi, ut patet Matth. XXIV, 24 sq. et Luc. XXI, 9 sq. et similiter ab apostolis, ut patet I ad Tim. IV, 1, sq. et II ad Tim. III, 2 sq., et II ad Thess. II, 3 sq. Ergo videtur quod possit sciri tempus adventus domini, et finis mundi.

5. Un signe est en vue de faire conna”tre quelque chose. Mais certains signes de la venue du Seigneur sont placŽs, dans les ƒvangiles, qui aura lieu ˆ la fin du monde, comme on le voit en Mt. 24, 24 ss. et Lc 21, 9 ss. et de m�me par l'Ap™tre en 1 Tm 4, 1 ss., 2 Tm 3, 2 ss. et 2 Thess.2, 3. Donc il semble que le temps de la venue du Seigneur et la fin du monde puissent �tre connus.

q. 5 a. 6Arg. 6 Praeterea, nullus hic reprehenditur vel punitur pro eo quod non est in sua potestate. Sed aliqui reprehenduntur in Scriptura et puniuntur pro eo quod tempora non cognoscunt ; unde dominus, Matth. XVI, 4, ad Pharisaeos : Faciem caeli diiudicare nostis, signum autem istud non potestis scire ? Et Lucae XIX, 44 : Non relinquent in te lapidem super lapidem, eo quod non cognoveris tempus visitationis tuae ; et Ierem. VIII, 7 : Milvus in caelo cognovit tempus suum ; turtur et hirundo et ciconia custodierunt tempus adventus sui ; populus autem meus non cognovit iudicium domini. Ergo possibile est sciri diem iudicii, vel tempus finis mundi.

6. Personne ici n'est rŽprimandŽ ou puni pour ce qui n'est pas en son pouvoir. Mais certains sont rŽprimandŽs dans l'ƒcriture et punis parce qu'ils ne connaissent pas "les temps". C'est pourquoi le Seigneur (Mt. 16, 4) dit aux Pharisiens : ÇVous savez juger l'Žtat du ciel, mais ce signe, ne pouvez-vous pas le conna”tre ?È et Lc 19, 44 : ÇIls ne laisseront pas pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps o� tu fus visitŽ. È et JŽr. 8, 7 : ÇLe milan dans le ciel a connu son temps, la tourterelle, l'hirondelle et la cigogne ont conservŽ mŽmoire du temps de leur arrivŽe, mais mon peuple n'a pas connu le jugement de Dieu.È Donc il est possible de conna”tre le jour du jugement, ou le temps de la fin du monde.

q. 5 a. 6Arg. 7 Praeterea, in secundo adventu, Christus magis manifeste veniet quam in primo ; tunc enim videbit eum omnis populus, et qui eum pupugerunt, ut habetur Apoc. I, 7. Sed primus adventus praenuntiatus fuit in Scriptura futurus etiam quantum ad determinatum tempus, ut patet Dan. IX, 24-27. Ergo videtur quod et secundus adventus debuerit in Scripturis praenuntiari quantum ad certum tempus.

7. A sa seconde venue, le Christ viendra plus ouvertement qu'ˆ sa premi�re : car tout le peuple le verra, m�me ceux qui l'ont frappŽ, comme il est dit (Apoc. 1, 7[599]). Mais le premi�re venue fut annoncŽe dans l'ƒcriture, comme devant arriver ˆ un moment dŽterminŽ, comme on le lit en Dan. 9, 24-27. Donc il semble que la seconde venue a dž �tre annoncŽe dans les ƒcritures pour le temps fixŽ.

q. 5 a. 6Arg. 8 Praeterea, homo dicitur minor mundus, quia in se maioris mundi similitudinem gerit. Sed finis vitae humanae potest praesciri determinate. Ergo et finis mundi potest praesciri.

8. L'homme est appelŽ un microcosme, parce qu'il porte en lui la ressemblance d'un monde plus grand. Mais la fin de la vie humaine peut �tre connue ˆ l'avance de mani�re prŽcise. Donc la fin du monde aussi.

q. 5 a. 6Arg. 9 Praeterea, magnum et parvum, diuturnum et breve, relative dicuntur de uno per comparationem ad aliud. Sed tempus illud quod est ab adventu Christi usque ad finem mundi, dicitur esse breve, ut patet I Corinth. VII, 29 : Tempus breve est ; et eiusdem X, 11 : [nos sumus] in quos fines saeculorum devenerunt ; et I Ioan. II, 18 : novissima hora est. Ergo hoc dicitur per comparationem ad tempus praecedens. Ergo saltem hoc videtur sciri posse, quod multo brevius est tempus ab adventu Christi usque ad finem mundi quam a principio mundi usque ad Christum.

9. On parle du grand et du petit, du long et du bref, relativement en comparaison de l'un avec l'autre. Mais le temps, qui existe depuis la venue du Christ jusqu'ˆ la fin du monde, est qualifiŽ de bref, comme on le voit en I Co 7, 29 : ÇLe temps est brefÈ ; et du m�me (10, 11) Ç(Nous sommes ˆ la fin des si�cles[600]È et I Jn, 2, 18 : ÇC'est la derni�re heureÈ. Donc cela est dit par comparaison au temps prŽcŽdant. Donc du moins cela para”t pouvoir �tre connu, parce que le temps est beaucoup plus bref depuis la venue du Christ jusqu'ˆ la fin du monde que depuis son commencement jusqu'au Christ.

q. 5 a. 6Arg. 10 Praeterea, Augustinus dicit in libro de Civitate Dei [lib. XX, cap. XVI], quod ignis ille qui exuret faciem terrae in fine mundi, erit ex conflagratione omnium ignium mundanorum. Sed potest sciri a considerantibus motum caeli, usque ad quantum tempus ipsa corpora caelestia, quae sunt nata generare calorem in istis inferioribus, erunt in situ efficacissimo ad hoc implendum ; ut sic per concursum actionis caelestium corporum et inferiorum ignium, universalis illa conflagratio fiat. Ergo potest sciri quando erit finis mundi.

10. Augustin dit (La citŽ de Dieu, XX, 16) que ce feu qui bržlera la face de la terre ˆ la fin monde, viendra de la conflagration de tous les feux de lÕunivers. Mais ceux qui consid�rent le mouvement du ciel peuvent savoir jusqu'ˆ quel temps les corps cŽlestes eux-m�mes, qui sont destinŽs ˆ engendrer la chaleur dans les choses infŽrieures seront dans le lieu le plus efficace pour l'accomplir, pour qu'avec de l'action des corps cŽlestes et des feux infŽrieurs, cette conflagration universelle se fasse. Donc on peut savoir quand aura lieu la fin du monde.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 6 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Matth. cap. XXIV, 36 : De die illa et hora nemo scit, neque Angeli caelorum.

1. Il est dit Mt. 24, 36 :ÇPersonne ne conna”t ce jour et cette heure, les anges des cieux non plus.È

q. 5 a. 6 s. c. 2 Praeterea, si aliquid deberet aliquibus hominibus revelari, praecipue revelatum fuisset quaerentibus apostolis, qui doctores totius mundi instituebantur. Eis autem de finali adventu domini quaerentibus responsum est, Act. I, 7 : Non est vestrum nosse tempora vel momenta, quae pater posuit in sua potestate. Ergo multo minus est aliis revelatum.

2. Si une chose devait �tre rŽvŽlŽe ˆ des hommes, elle aurait ŽtŽ rŽvŽlŽe surtout aux ap™tres qui le demandaient, eux qui Žtaient Žtablis docteurs du monde entier. Mais ˆ ceux qui s'enqueraient de la derni�re venue du Seigneur, il a ŽtŽ rŽpondu : Ç (Act. I, 7) ÇCe n'est pas ˆ vous de conna”tre ni le temps ni le moment, que Dieu a dŽcidŽs dans sa puissance.È Donc cela a encore beaucoup moins ŽtŽ rŽvŽlŽ aux autres.

q. 5 a. 6 s. c. 3 Praeterea, credere veritati et revelationi acceptae in Scriptura non prohibemur. Sed apostolus, II ad Thess. II, 2, prohibet credere quocumque modo annuntiantibus, quasi instet dominus. Ergo illi qui nituntur tempus diei domini denuntiare, sunt tamquam seductores cavendi. Nam et ibidem subditur : Nemo vos seducat ullo modo.

3. Nous ne sommes pas emp�chŽs de croire ˆ la vŽritŽ et ˆ la rŽvŽlation re�ue de l'ƒcriture. Mais l'Ap™tre (Thess. 2, 2) interdit de croire ceux qui lÕannoncent de quelque mani�re, Çcomme si le Seigneur Žtait lˆÈ. Donc ceux qui s'efforcent d'annoncer le temps du jour du Seigneur, sont comme des sŽducteurs ˆ Žviter. Car lˆ m�me il est ajoutŽ : ÇQue personne ne vous sŽduise en aucune mani�re.È

q. 5 a. 6 s. c. 4 Praeterea, Augustinus dicit in epistola ad Hesychium [epist ; 80] : Quaero utrum sic saltem possit definiri tempus adventus, ut eum adventurum esse dicamus intra istos, verbi gratia, vel centum annos, vel quodlibet seu maioris numeri, seu minoris annorum. Hoc autem omnino ignorantes sumus. Ergo non potest sciri quocumque numero annorum dato, vel decem millium, vel viginti millium, vel duorum, vel trium, utrum infra illud tempus finis mundi futurus sit.

4. Augustin dit dans la lettre ˆ HŽsichius (lettre 80) : ÇJe cherche si du moins on peut dŽfinir le temps de la venue, de mani�re ˆ dire qu'il viendra, parmi ces nombres : par exemple dans cent ans, ou dans un nombre plus ou moins grand d'annŽes.È Mais nous en sommes totalement ignorants. Donc on ne peut savoir dans quel nombre d'annŽes donnŽes, ou dix mille, vingt mille, deux ou trois, ou moins, la fin du monde aura lieu.

 

RŽponse :

q. 5 a. 6 co. Respondeo. Dicendum, quod tempus determinatum finis mundi omnino nescitur, nisi a solo Deo et ab homine Christo. Cuius ratio est, quia duplex est modus quo possumus praescire futura : scilicet, per cognitionem naturalem, et per revelationem.

Le temps de la fin du monde est tout ˆ fait inconnu, sinon de Dieu seul, et d'un homme, le Christ. La raison en est que la mani�re de conna”tre ˆ lÕavance le futur est double ; ˆ savoir par la connaissance naturelle, et par la rŽvŽlation.

Naturali quidem cognitione aliqua futura praenoscimus per causas quas praesentes videmus, ex quibus futuros expectamus effectus : vel per certitudinem scientiae, si sint causae quas de necessitate sequitur effectus, vel per coniecturam, si sint causae ad quas sequitur effectus ut in pluribus, sicut astrologus praescit eclypsim futuram, et medicus mortem futuram. Hoc autem modo non potest praecognosci tempus determinate finis mundi, quia causa motus caeli et cessationis eius non est alia quam divina voluntas, ut prius ostensum est ; quam quidem causam naturaliter cognoscere non possumus. Alia vero quorum causa est motus caeli vel quaecumque alia causa sensibilis, possunt naturali cognitione praecognosci, sicut particularis destructio alicuius partis terrae, quae prius fuit habitabilis, et postea fit inhabitabilis.

1) Par la connaissance naturelle, nous connaissons ˆ lÕavance des ŽvŽnements futurs par les causes que nous voyons devant nous, dont nous attendons des effets futurs : ou par la certitude de la science, si ce sont des causes dont lÕeffet dŽcoule nŽcessairement, ou par la conjecture, si ce sont des causes dont l'effet dŽcoule gŽnŽralement, de m�me que l'astrologue conna”t ˆ lÕavance une Žclipse future, et le mŽdecin une mort future. Mais de cette mani�re, on ne peut pas conna”tre ˆ l'avance de mani�re prŽcise le temps de la fin du monde, parce que la cause du mouvement du ciel et de sa cessation n'est autre que la volontŽ divine, comme on l'a montrŽ plus haut. Cette cause, nous ne pouvons pas la conna”tre de fa�on naturelle. D'autres (ŽvŽnements) dont la cause est le mouvement du ciel ou quelque autre cause accessible, peuvent �tre connues ˆ l'avance d'une connaissance naturelle, comme la destruction particuli�re d'une partie de la terre, qui d'abord a ŽtŽ habitŽe, et ensuite inhabitŽe.

Per revelationem vero licet sciri possit, si Deus vellet revelare, non tamen congruum esset quod revelaretur nisi homini Christo. Et hoc propter tres rationes.

2) Mais, bien qu'on puisse le savoir par la rŽvŽlation, si Dieu voulait le rŽvŽler, ce ne serait pas cependant convenable que ce soit rŽvŽlŽ sinon au Christ homme. Et cela pour trois raisons :

Primo quidem, quia finis mundi non erit nisi completo numero electorum ; cuius completio est quasi quaedam executio totius divinae praedestinationis ; unde non competit revelationem fieri de fine mundi nisi ei cui fit revelatio de tota praedestinatione divina, scilicet homini Christo, per quem tota divina praedestinatio humani generis quodammodo adimpletur. Unde dicitur Ioan. V, 20 : Pater diligit filium, et omnia demonstrat ei quae ipse facit.

a) Parce que la fin du monde n'existera que lorsque le nombre des Žlus sera complet ; sa plŽnitude est comme l'exŽcution de toute la prŽdestination divine ; c'est pourquoi il convient que la rŽvŽlation ne soit faite sur la fin du monde qu'ˆ celui ˆ qui en est faite toute la rŽvŽlation, ˆ savoir le Christ homme[601], par lequel toute la prŽdestination divine du genre humain est accomplie d'une certaine mani�re. C'est pourquoi il est dit en Jn 5, 20 : ÇLa P�re aime le fils, et il lui montre tout ce qu'il faitÈ.

Secundo, quia per hoc quod ignoratur quamdiu iste status mundi durare debeat, utrum ad modicum vel ad magnum tempus, habentur res huius mundi quasi statim transiturae ; unde dicitur I Cor. VII, 31 : qui utuntur hoc mundo, sint tamquam non utantur ; praeterit enim figura huius mundi.

b) Parce que du fait qu'on ignore combien de temps cet Žtat du monde doit durer, un peu ou beaucoup, les choses de ce monde se comportent comme devant passer sur le champ pour ainsi dire ; c'est pourquoi il est dit en I Co. 7, 31 : ÇQue ceux qui se servent de ce monde soient comme ne s'en servant pas ; car elle passe la figure de ce monde.È

Tertio, ut homines semper sint parati ad Dei iudicium expectandum, dum omnino determinatum tempus nescitur ; unde dicitur Matth. XXIV, 42 : Vigilate, quia nescitis qua hora dominus vester venturus sit. Et ideo, ut dicit Augustinus [in epistola LXXX as Hesychium], ille qui dicit se ignorare quando dominus sit venturus, utrum ad breve tempus vel ad magnum evangelicae sententiae concordat. Inter duos autem qui scire se dicunt, periculosius errat qui dicit in proxime Christum venturum, vel finem mundi instare, quia haec potest esse occasio ut omnino desperaretur esse futurum, si tunc non erit quando futurum esse praedicitur.

c) Pour que les hommes soient toujours pr�ts ˆ attendre le jugement de Dieu, pendant que le temps fixŽ est tout ˆ fait inconnu ; c'est pourquoi, il est dit en Mt. 24, 42 : ÇVeillez, parce que vous ne connaissez pas l'heure ˆ laquelle votre Seigneur doit venir.È Et c'est ainsi, comme le dit Augustin (Lettre 80, ˆ HŽsychius) celui qui dit qu'il ignore quand le Seigneur doit venir, dans un temps bref ou long, est en accord avec les textes ŽvangŽliques. Parmi deux personnes qui se disent savoir, il se trompe de fa�on plus dangereuse celui qui dit que le Christ doit venir prochainement, ou que la fin du monde est toute proche, parce que cela peut �tre l'occasion de dŽsespŽrer tout ˆ fait[602], si l'ŽvŽnement n'arrive pas alors que son arrivŽe est annoncŽe.

 

Solutions :

q. 5 a. 6 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut dicit Augustinus [in lib. LXXXIII Questionum], ultima aetas mundi comparatur ultimae aetati hominis, quae determinato numero annorum non definitur, sicut aliae aetates definiuntur ; sed quandoque tantum durat quantum omnes aliae, vel etiam amplius ; unde et ista aetas ultima mundi non potest determinato annorum vel generationum numero definiri.

 1. Comme le dit Augustin, (Les 83 questions, question 58), le dernier ‰ge du monde est comparŽ au dernier ‰ge[603] de l'homme, qui n'est pas dŽfini par un nombre fixe d'annŽes, comme les autres ‰ges, mais quelquefois il dure autant que tous les autres, et m�me plus, c'est pourquoi ce dernier ‰ge du monde ne peut �tre dŽfini par un nombre fixe d'annŽes ou de gŽnŽrations.

q. 5 a. 6 ad 2 Ad secundum dicendum, quod revelatio principii mundi utilis erat ad manifestandum Deum esse omnium causam ; sed sciri tempus determinatum finis mundi, ad nihil esset utile, sed magis nocivum ; et ideo non est simile.

 2. La rŽvŽlation du commencement du monde Žtait utile pour manifester que Dieu est la cause de tout ; mais conna”tre le temps fixŽ pour la fin du monde n'est utile en rien, mais plut™t nocif, et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 5 a. 6 ad 3 Ad tertium dicendum, quod homo naturaliter non solum de se ipso sollicitatur, sed etiam de statu communitatis cuius est pars, sicut vel domus vel civitatis, aut etiam totius orbis ; et ideo utrumque fuit necessarium ad hominis cautelam occultari, et finem propriae vitae, et finem totius mundi.

 3. L'homme naturellement est inquiet de lui m�me, mais aussi au sujet de la situation de la communautŽ ˆ laquelle il appartient, ainsi sa famille ou sa citŽ, ou m�me le monde entier, et c'est pourquoi il a ŽtŽ nŽcessaire pour la dŽfense de lÕhomme que soit cachŽe la fin de sa propre vie, et la fin du monde entier.

q. 5 a. 6 ad 4 Ad quartum dicendum, quod revelatio finis vitae propriae, est quaedam particularis revelatio ; revelatio vero finis totius mundi dependet ex revelatione totius divinae praedestinationis ; et ideo non est simile.

 4. La rŽvŽlation de la propre fin de la vie est une rŽvŽlation particuli�re ; mais celle du monde entier dŽpend de la rŽvŽlation de toute la prŽdestination divine et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 5 a. 6 ad 5 Ad quintum dicendum, quod illa signa posita sunt ad manifestandum quod quandoque mundus finietur ; non autem ad manifestandum determinatum tempus quando finietur, ponuntur enim inter illa signa, aliqua quae quasi a mundi exordio fuerunt, sicut quod surget gens contra gentem, et quod terraemotus erit per loca ; sed instante mundi fine haec abundantius evenient. Quae autem sit ista mensura horum signorum quae circa finem mundi erit, manifestum nobis esse non potest.

 5. Ces signes sont placŽs pour manifester qu'un jour le monde finira ; mais non pour rŽvŽler le temps prŽcis, o� il finira ; en effet parmi ces signes, certains ont ŽtŽ mis lˆ depuis le commencement du monde : ainsi les nations s'opposeront entre elles et des tremblements de terre auront lieu ; mais quand la fin du monde arrivera, ces ŽvŽnements se produiront avec plus dÕabondance. Mais le sens de ces signes qui arrivera autour de la fin du monde, ne peut �tre connu par nous.

q. 5 a. 6 ad 6 Ad sextum dicendum, quod illa reprehensio domini pertinet ad eos qui determinatum tempus primi adventus non cognoverunt ; non autem ad eos qui ignorant tempus determinatum secundi adventus.

 6. Ce reproche du Seigneur convient ˆ ceux qui n'ont pas connu le temps fixŽ pour sa premi�re venue ; mais non ˆ ceux qui ignorent le temps fixŽ pour la seconde venue.

q. 5 a. 6 ad 7 Ad septimum dicendum, quod primus adventus Christi nobis viam ad merendum parabat per fidem et alias virtutes ; et ideo ex parte nostra requirebatur primi adventus notitia, ut credendo in eum qui venerat, per eius gratiam mereri possemus. In secundo autem adventu praemia redduntur pro meritis ; et sic ex parte nostra non requiretur quid agamus aut quid cognoscamus, sed quid recipiamus ; unde non oportet praecognoscere determinate tempus illius adventus. Dicitur autem ille adventus manifestus : non quia manifeste praecognoscatur, sed quia manifestus erit cum fuerit praesens.

 7. La premi�re venue du Christ prŽparait le chemin pour mŽriter par la foi et les autres vertus ; et c'est pourquoi la connaissance de la premi�re venue Žtait requise de notre part pour quÕen croyant en celui qui Žtait venu, nous puissions mŽriter par sa gr‰ce. Dans la seconde venue les rŽcompenses sont rendues pour les mŽrites, et ainsi il ne nous est pas demandŽ ce que nous ferons et ce que nous conna”trons, mais ce que nous recevrons ; c'est pourquoi il ne faut pas conna”tre ˆ l'avance de mani�re prŽcise le temps de cette venue. Mais on dit qu'elle est Žvidente, non parce qu'elle est manifestement connue ˆ l'avance, mais parce quÕelle sera Žvidente quand elle sera lˆ.

q. 5 a. 6 ad 8 Ad octavum dicendum, quod corporalis hominis vita ex aliquibus prioribus et corporalibus causis dependet, ex quibus circa finem eius aliquid prognosticari potest ; non autem ita est de toto mundo ; et ideo quantum ad hoc non est simile, licet in aliquibus homo, qui dicitur minor mundus, similitudinem maioris mundi obtineat.

 8. La vie corporelle de l'homme dŽpend de quelques causes supŽrieures et corporelles, par lesquelles il peut faire des pronostics ˆ propos de sa fin ; mais il n'en est pas ainsi du monde entier, c'est pourquoi ce n'est pas pareil, bien que, chez certains, l'homme qui est appelŽ un microcosme, obtienne la ressemblance du macrocosme.

q. 5 a. 6 ad 9 Ad nonum dicendum, quod verba illa quae videntur in Scripturis ad brevitatem temporis pertinere, vel etiam ad finis propinquitatem, non tam sunt ad quantitatem temporis referenda quam ad status mundi dispositionem. Non enim legi evangelicae alius status succedit, quae ad perfectum adduxit ; sicut ipsa successit legi veteri, et lex vetus legi naturae.

 9. Ces paroles qui paraissent dans les ƒcritures concerner la bri�vetŽ du temps, ou m�me l'approche de la fin, ne sont pas tant pour �tre rapportŽe ˆ la quantitŽ du temps, que pour la disposition de la situation du monde. Car une autre situation ne succ�dera pas ˆ la loi ŽvangŽlique, qui a menŽ ˆ la perfection ; comme elle-m�me a succŽdŽ ˆ la loi ancienne, et la loi ancienne ˆ la loi de nature.

q. 5 a. 6 ad 10 Ad decimum dicendum, quod illa conflagratio ignium mundanorum non creditur esse futura ex aliqua naturali causa, ut sic per considerationem caelestis motus, eius tempus possit praesciri ; sed proveniet ex imperio divinae voluntatis.

 10. On ne croit pas que cette conflagration des feux de lÕunivers arrivera par une cause naturelle, de sorte qu'ainsi par la considŽration du mouvement cŽleste, son temps pourrait �tre connu ˆ l'avance ; mais elle proviendra du pouvoir de la volontŽ divine.

 

 

 

Article 7 Ñ Quand cessera le mouvement du ciel, les ŽlŽments demeureront-ils ?

q. 5 a. 7 tit. 1 Septimo quaeritur utrum cessante motu caeli, elementa remaneant. Et videtur quod non.

Il semble que non

 

Objections :[604]

q. 5 a. 7Arg. 1 Dicitur enim II Petri, cap. III, 7, quod in fine mundi elementa calore solventur. Quod autem dissolvitur, non manet. Ergo elementa non manebunt.

1. Car il est dit (2 P. 3, 7) qu'ˆ la fin du monde, les ŽlŽments seront dŽtruits par la chaleur. Ce qui est dŽtruit, ne demeure pas. Donc les ŽlŽments ne demeureront pas.

q. 5 a. 7Arg. 2 Sed dicebat, quod manebunt secundum substantiam ; sed non manebunt secundum qualitates activas et passivas.- Sed contra, manente causa, remanet effectus. Sed principia essentialia sunt causa propriorum accidentium. Cum ergo qualitates activae et passivae sint propria elementorum accidentia, videtur quod principiis essentialibus manentibus, sine quibus substantia esse non potest, etiam qualitates activae maneant.

2. Mais on pourrait dire qu'ils demeureront selon leur substance, mais non selon les puissances actives et passives. Ñ En sens contraire, si la cause demeure, l'effet demeure aussi. Mais les principes essentiels sont les causes des accidents les plus spŽcifiques. Donc comme les puissances actives et passives sont les accidents propres des ŽlŽments, il semble que, si les principes essentiels demeurent, sans lesquels la substance ne peut pas exister, les puissances actives demeurent aussi.

q. 5 a. 7Arg. 3 Praeterea, accidens inseparabile nunquam actu a subiecto separatur. Sed calidum est accidens inseparabile ignis. Ergo non potest ignis remanere quin in eo calor remaneat ; et eadem ratione de aliis elementis.

3. L'accident insŽparable n'est jamais sŽparŽ en acte de son substrat. Mais le chaud est un accident insŽparable du feu. Donc le feu ne peut demeurer que si la chaleur demeure en lui ; et c'est la m�me raison pour les autres ŽlŽments.

q. 5 a. 7Arg. 4 Sed dicebat, quod divina virtute hoc fiet, quod elementa sine qualitatibus activis et passivis remanebunt, licet hoc per naturam esse non possit.- Sed contra, sicut in mundi principio fuit naturae institutio, ita in mundi fine erit naturae consummatio. Sed in principio mundi, ut Augustinus dicit [II super Gen. ad litteram], non sufficit dicere quid Deus possit facere, sed quid habeat rerum natura. Ergo et hoc etiam in fine mundi attendendum est.

4. Mais on pourrait dire que cÕest par le pouvoir divin que les ŽlŽments demeureront sans les puissances actives et passives, bien que cela ne puisse exister par la nature. Ñ En sens contraire, de m�me qu'au commencement du monde il y eut l'institution de la nature, de m�me ˆ sa fin il y aura sa consommation. Mais au commencement du monde, comme le dit Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II), il ne suffit pas de dire ce que Dieu pourrait faire, mais ce que poss�derait la nature. Donc cela aussi doit �tre atteint ˆ la fin du monde.

q. 5 a. 7Arg. 5 Praeterea, qualitates activae et passivae sunt in omnibus elementis. Dicit autem Glossa [ordinaria] Bedae super auctoritate Petri, superius inducta, quod ignis ille qui erit in fine mundi, duo elementa ex toto assumet, duo autem alia in meliorem speciem commutabit. Non ergo potest intelligi elementorum solutio quantum ad qualitates activas et passivas, quia sic non tantum duo dicerentur assumenda.

5. Les puissances actives et passives sont dans tous les ŽlŽments. La glose (ordinaire) de B�de, en s'appuyant sur l'autoritŽ de Pierre rapportŽe plus haut (obj. 1), dit que ce feu qui existera ˆ la fin du monde emploiera deux des ŽlŽments et changera les deux autres en une esp�ce meilleure. Donc on ne peut pas comprendre la dissolution des ŽlŽments quant aux puissances actives et passives, parce qu'on ne dirait pas ainsi que ce sont seulement deux (ŽlŽments) qui doivent �tre employŽs.

q. 5 a. 7Arg. 6 Sed dicebat, quod in duobus elementis, scilicet igne et aqua, praecipue vigent qualitates activae, sicut calidum et frigidum ; et ideo haec duo prae aliis assumenda dicuntur.- Sed contra, in fine mundi elementa meliorabuntur. Sed, secundum Augustinum [lib. XII super gen. ad litteram, cap. XVI], agens honorabilius est patiente. Ergo magis deberent remanere elementa in quibus vigent qualitates activae quam in quibus vigent qualitates passivae.

6. Mais on pourrait dire que dans deux ŽlŽments, ˆ savoir le feu et l'eau, les qualitŽs actives sont tr�s importantes, comme le chaud et le froid, et c'est pourquoi ces deux-lˆ, dit-on, doivent �tre employŽs avant les autres. Ñ En sens contraire, ˆ la fin du monde, les ŽlŽments seront amŽliorŽs. Mais selon Augustin (La Gen�se au sens littŽral XII, 16[605]), l'agent est plus honorable que le patient. Donc les ŽlŽments en lesquels dominent les puissances actives devraient demeurer plus que ceux dans lesquelles dominent les puissances passives.

q. 5 a. 7Arg. 7 Praeterea, Augustinus dicit, quod ad patiendum humor et humus, ad faciendum aer et ignis aptitudinem praebent. Ergo si propter virtutem activam aliqua elementa assumenda dicuntur, videtur quod hoc non debeat intelligi de igne et aqua, sed magis de igne et aere.

7. Augustin (Sur le Gen�se, III, 10) dit que le liquide et la terre ont une aptitude ˆ supporter, l'air et le feu une aptitude ˆ agir. Donc, si ˆ cause d'un pouvoir actif, on dit que quelques ŽlŽments doivent �tre choisis, il semble qu'on ne doit pas le comprendre du feu et de l'eau, mais plus du feu et de l'air.

q. 5 a. 7Arg. 8 Praeterea, sicut naturales qualitates elementorum sunt calidum et frigidum, humidum et siccum, ita grave et leve. Si ergo qualitates illae non remanent in elementis, nec gravitas et levitas remanebit in eis. Per naturam autem gravitatis et levitatis, elementa loca sua naturalia sortiuntur. Si ergo qualitates elementorum non remanent post finem mundi, non remanebit in eis situs distinctus, ut terra sit deorsum, et ignis sursum.

8. Les puissances naturelles des ŽlŽments sont le chaud et le froid, l'humide et le sec, et le lourd et le lŽger aussi. Si donc ces puissances ne demeurent pas dans les ŽlŽments, ni la lourdeur, ni la lŽg�retŽ ne demeureront en eux, Mais par leur gravitŽ, et leur lŽg�retŽ, les ŽlŽments s'Žtablissent d'eux-m�mes dans leurs sites naturels. Si donc les puissances des ŽlŽments ne demeurent pas apr�s la fin du monde, il ne leur restera pas de site distinct, pour la terre soit en bas et le feu en haut.

q. 5 a. 7Arg. 9 Praeterea, elementa facta sunt propter hominem, in beatitudinem tendentem. Sed habito fine, cessant ea quae ad finem sunt. Ergo homine totaliter iam in beatitudine collocato (quod erit in fine mundi), elementa cessabunt.

9. Les ŽlŽments ont ŽtŽ faits pour l'homme qui tend ˆ la bŽatitude. Mais quand il poss�de sa fin, ce qui est en vue de la fin cesse. Donc une fois l'homme Žtabli totalement dans la bŽatitude (ce qui arrivera ˆ la fin du monde) les ŽlŽments cesseront.

q. 5 a. 7Arg. 10 Praeterea, materia est propter formam, quam per generationem acquirit. Elementa autem comparantur ad omnia alia corpora mixta sicut materia. Ergo cum generatio mixtorum post finem mundi cesset, videtur quod elementa non maneant.

10. La mati�re est en vue de la forme qu'elle acquiert par gŽnŽration. Mais les ŽlŽments sont comparŽs ˆ tous les autres corps mixtes comme la mati�re. Donc comme la gŽnŽration des mixtes cessera apr�s la fin du monde, il semble que les ŽlŽments ne demeureront pas.

q. 5 a. 7Arg. 11 Praeterea, Luc. XXI, 33, super illud : caelum et terra transibunt, dicit Glossa : deposita priori forma. Cum ergo esse sit a forma, videtur quod elementa in fine mundi esse desinant.

11. A propos de cette parole de Luc (21, 33) : ÇLe ciel et la terre passerontÈ, la glose (interlinŽaire) dit : ÇApr�s avoir abandonnŽ leur premi�re forme.È. Donc comme l'�tre vient de la forme, il semble que les ŽlŽments cesseront d'exister ˆ la fin du monde.

q. 5 a. 7Arg. 12 Praeterea, secundum philosophum [in X Metaph., com. 26] corruptibile et incorruptibile non sunt unius generis ; et eadem ratione mutabile et immutabile. Si ergo aliquid de mutabilitate in immutabilitatem mutetur, videtur quod in genere suae naturae non remaneat. Elementa autem mutabuntur de mutabilitate in immutabilitatem, ut patet per Glossam quae super illud Matth. cap. V, 18 : Donec transeat caelum et terra, etc., dicit : Donec transeat a mutabilitate ad immutabilitatem. Ergo ista natura elementorum non remanebit.

12. Selon le philosophe (MŽtaphysique, X, 10, 1058 b 27[606]), le corruptible et l'incorruptible nÕappartiennent pas ˆ un m�me genre. et pour la m�me raison, le muable et l'immuable. Si, donc, quelque chose passe de la mutabilitŽ ˆ l'immutabilitŽ, il semble quÕil ne demeure pas dans son genre naturel. Mais les ŽlŽments seront changŽs de mutabilitŽ en immutabilitŽ, comme cela para”t dans la glose (interlinŽaire) sur cette parole de Mt 5, 18 : ÇJusqu'ˆ ce que passent le ciel et la terreÈ, etc, elle dit : ÇJusqu'ˆ ce qu'il passe de la mutabilitŽ ˆ l'immutabilitŽ.È Donc cette nature des ŽlŽments ne demeurera pas.

q. 5 a. 7Arg. 13 Praeterea, haec dispositio, quam modo habent elementa, est naturalis. Si ergo ista remota aliam accipient, illa erit eis innaturalis. Sed quod est innaturale et violentum, non potest esse perpetuum, ut patet per philosophum in Lib. Caeli et mundi [lib. II, com. 15 et lib. III com. 18] Ergo illa dispositio non posset in perpetuum remanere in elementis ; sed iterum ad hanc dispositionem reverterentur : quod videtur esse inconveniens. Ergo ipsa elementa secundum substantiam cessabunt, non autem eorum dispositio, substantia manente.

13. Cette disposition qu'ont maintenant les ŽlŽments, est naturelle. Si donc, celle-ci une fois retirŽe, ils en re�oivent une autre, elle ne leur sera pas naturelle. Mais ce qui est contre nature, et violent, ne peut pas durer toujours, comme on le voit chez le philosophe, dans Le Ciel et le monde, (II, 1, 248 a 27 et 3, 285 b 17[607]). Donc cette disposition ne pourrait pas demeurer Žternellement dans les ŽlŽments ; mais en plus ils y retournerait ; ce qui ne para”t pas convenir. Donc les ŽlŽments eux-m�mes cesseront selon la substance, mais pas leur disposition, si la substance demeure.

q. 5 a. 7Arg. 14 Praeterea, illud solum potest esse incorruptibile et ingenerabile quod totam materiam suam sub forma habet ad quam est in potentia, sicut patet de corporibus caelestibus. Hoc autem elementis non competit : quia materia quae est sub forma unius elementi, est in potentia ad formam alterius. Ergo elementa non possunt esse incorruptibilia, et ita non possunt in perpetuum manere.

14. Seul ne peut pas �tre corruptible et engendrŽ ce qui a toute sa mati�re sous la forme ˆ laquelle il est en puissance, comme c'est le cas pour les corps cŽlestes. Mais cela ne convient pas aux ŽlŽments ; parce que la mati�re qui est sous la forme d'un des ŽlŽments, est en puissance pour la forme d'un autre. Donc les ŽlŽments ne peuvent pas �tre incorruptibles, et ainsi ils ne peuvent demeurer toujours.

q. 5 a. 7Arg. 15 Praeterea, illud quod non habet virtutem ut sit semper, non potest in perpetuum manere. Sed elementa, cum sint corruptibilia, non habent virtutem ut sint semper. Ergo non possunt in perpetuum remanere, motu caeli cessante.

15. Ce qui n'a pas le pouvoir d'exister toujours, ne peut pas demeurer toujours. Mais comme les ŽlŽments sont corruptibles, ils n'ont pas le pouvoir d'exister toujours. Donc ils ne peuvent demeurer toujours, quand le mouvement du ciel cessera.

q. 5 a. 7Arg. 16 Sed dicebat, quod elementa sunt incorruptibilia secundum totum, licet sint corruptibilia secundum partem.- Sed contra, hoc competit elementis per motum caeli, in quantum una pars elementi corrumpitur, et alia generatur ; sic enim ipsius elementi totalitas conservatur. Motu ergo caeli cessante, non poterit assignari causa incorruptionis in toto elemento.

16. Mais on pourrait dire que les ŽlŽments sont incorruptibles en totalitŽ, bien qu'ils soient corruptibles en partie. Ñ En sens contraire, cela convient aux ŽlŽments par le mouvement du ciel dans la mesure o� une partie de l'ŽlŽment est corrompue et lÕautre engendrŽe ; car ainsi la totalitŽ de l'ŽlŽment m�me est conservŽe. Donc quand cessera le mouvement du ciel, on ne pourra pas attribuer la cause de son incorruption ˆ l'ŽlŽment entier.

q. 5 a. 7Arg. 17 Praeterea, philosophus [in VIII P¬hys., com. 1] dicit quod motus caeli est ut vita quaedam natura existentibus omnibus ; et Rabbi Moyses dicit, quod motus caeli in universo est sicut motus cordis in animali, a quo dependet vita totius animalis. Cessante autem motu cordis, omnes partes animalis dissolvuntur. Ergo cessante motu caeli omnes partes universi peribunt ; et ita elementa non remanebunt.

17. Le philosophe dit (Physique, VIII,1, 250 b 14) que le mouvement du ciel est comme une vie qui existe en tous par nature ; et Rabbi Moyses dit que le mouvement du ciel dans l'univers est comme le mouvement du cÏur dans l'animal dont dŽpend la vie de tout l'animal. Mais quand cesse le mouvement du cÏur, toutes ses parties se dissolvent Donc quand cessera le mouvement du ciel, toutes les parties de l'univers pŽriront, et ainsi les ŽlŽments ne demeureront pas.

q. 5 a. 7Arg. 18 Praeterea, esse cuiuslibet est a sua forma. Sed motus caeli est causa formarum in istis inferioribus : quod patet ex hoc quod nihil in inferioribus agit ad speciem nisi ex virtute motus caeli, ut philosophi dicunt ; ergo cessante motu caeli, elementa esse desinent formis eorum destructis.

18. Tout �tre existe par sa forme. Mais le mouvement du ciel est la cause des formes dans les (�tres) infŽrieurs, ce qui para”t du fait que rien en eux n'agit pour l'esp�ce sinon par le pouvoir du mouvement du ciel, comme le disent les philosophes, donc quand cessera le mouvement du ciel, les ŽlŽments dispara”tront, une fois leurs formes dŽtruites.

q. 5 a. 7Arg. 19 Praeterea, apud praesentiam solis elementa superiora vincunt semper inferiora, sicut accidit in aestate propter caloris fortificationem ; sed apud solis absentiam e converso. Motu autem caeli cessante, sol semper ex una parte praesens erit, et ex alia parte absens. Ergo ex una parte totaliter destruentur elementa frigida, et ex alia elementa calida, et sic elementa non remanebunt motu caeli cessante.

19. En prŽsence du soleil, les ŽlŽments supŽrieurs gagneront toujours les infŽrieurs, comme cela arrive en ŽtŽ ˆ cause de l'intensification de la chaleur, mais en l'absence du soleil, cÕest l'inverse. Mais quand cessera le mouvement du ciel, le soleil sera toujours prŽsent d'un c™tŽ, et absent de lÕautre. Donc d'un c™tŽ les ŽlŽments froids seront totalement dŽtruits et de l'autre les ŽlŽments chauds, et ainsi les ŽlŽments ne demeureront pas quand cessera le mouvement du ciel.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 7 s. c. 1 Sed contra. Est quod ad Rom. VIII, 20 super illud : Vanitati creatura etc. dicit Glossa Ambrosii [Ambrosiastri] : Omnia elementa, sua cum labore explent officia : unde quiescent nobis assumptis. Quiescere autem non est nisi existentis. Ergo elementa in fine mundi remanebunt.

1. A propos de Rm 8, 20 sur cette parole : ÇCrŽature assujettie ˆ la vanitŽÉÈ, la glose d'Ambroise (Ambrosiaster) dit : ÇTous les ŽlŽments remplissent leurs devoirs avec ardeur : c'est pourquoi ils s'arr�teront quand nous serons enlevŽsÈ. S'arr�ter nÕest possible que pour ce qui existe. Donc les ŽlŽments demeureront ˆ la fin du monde.

q. 5 a. 7 s. c. 2 Praeterea, elementa facta sunt ad divinam bonitatem manifestandam. Sed tunc maxime oportebit divinam bonitatem manifestari, quando res ultimam consummationem accipient. Ergo in fine mundi elementa remanebunt.

2. Les ŽlŽments ont ŽtŽ faits pour manifester la bontŽ de Dieu. Mais alors il faudra que sa bontŽ se manifeste, quand les choses recevront l'ultime consommation. Donc ˆ la fin du monde, les ŽlŽments demeureront.

 

RŽponse :

q. 5 a. 7 co. Respondeo. Dicendum quod apud omnes communiter dicitur, quod elementa quodammodo manebunt et quodammodo transibunt. Sed in modo manendi et transeundi est diversa opinio.

Tout le monde dit communŽment que les ŽlŽments demeureront d'une certaine mani�re, et passeront d'une autre. Mais les opinions sont diverses sur la mani�re de demeurer ou de passer.

A. - Quidam enim dixerunt quod omnia elementa manebunt quantum ad materiam, sed quaedam nobiliorem formam accipient, scilicet aqua et ignis, quae accipient formam caeli ; ut sic tria elementa possint dici caelum, aer scilicet (qui ex sua natura habet ut caelum quandoque in Scripturis dicatur) et aqua et ignis, quae formam caeli assument : ut sic intelligatur verificari quod dicitur Apoc. XXI, vers. 1 : Vidi caelum novum et terram novam, sub caeli nomine tribus comprehensis, scilicet igne, aere et aqua.

A) Certains, en effet, ont dit que tous les ŽlŽments demeureront quant ˆ la mati�re, mais ils rev�tiront une forme plus noble, par exemple l'eau et le feu, qui rev�tiront la forme du ciel ; de sorte qu'ainsi les trois ŽlŽments puissent �tre appelŽs ciel, ˆ savoir l'air (qui par sa nature est quelquefois appelŽ ciel dans l'ƒcriture), l'eau et le feu, qui prendront la forme du ciel ; pour qu'on comprenne ainsi qu'est vŽrifiŽ ce qui est dit dans Apoc. 21, 1 : ÇJ'ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle,È sous le nom de ciel sont comprises trois choses : le feu, l'air et l'eau.

Sed ista positio est impossibilis. Elementa enim non sunt in potentia ad formam caeli, eo quod forma caeli contrarium non habet, et sub forma caeli sit tota materia quae est in potentia ad ipsam. Sic enim caelum esset generabile et corruptibile ; quod philosophus ostendit esse falsum [in I Caeli et mundi]. Ratio etiam, qua hoc asseritur, frivola est : quia in Scriptura, sicut Basilius in Hexameron dicit, per extrema, media intelliguntur, ut Genes. I, 1, cum dicitur : In principio creavit Deus caelum et terram. Nam per creationem caeli et terrae etiam elementa media intelliguntur. Quandoque etiam sub terrae nomine omnia inferiora comprehenduntur, ut patet in Psalm. CXLVIII, 7 : Laudate dominum de terra ; et postea subditur : Ignis, grando, et cetera. Unde nihil prohibet dicere, quod per innovationem caeli et terrae Scriptura innovationem etiam mediorum elementorum intellexit, vel quod sub nomine terrae omnia elementa comprehendat.

Mais cette position est impossible. Car les ŽlŽments ne sont pas en puissance pour la forme du ciel, parce que celle-ci n'a pas de contraire, et que sous cette forme il y aurait toute la mati�re, qui est en puissance pour elle. Car ainsi le ciel pourrait �tre engendrŽ et corrompu : le philosophe montre que c'est faux (Le ciel et le monde, I, 3, 269 b 13). Et la raison pour laquelle on la soutient est frivole ; parce que dans l'ƒcriture, comme Basile le dit dans l'Hexameron, par les extr�mes, on comprend les intermŽdiaires, comme en Gn. 1, 1, quand il est dit : ÇAu commencement Dieu crŽa le ciel et la terre.È Car par la crŽation du ciel et de la terre, on comprend aussi les ŽlŽments intermŽdiaires. Quelquefois aussi sous le nom de terre, on comprend tous les �tres infŽrieurs, comme on le voit dans le Ps. 148, 7 : ÇLouez le Seigneur depuis la terreÈ et ensuite il est ajoutŽ : Le feu, la gr�le, etc. C'est pourquoi, rien n'emp�che de dire que par le renouvellement du ciel et de la terre, l'ƒcriture a compris le renouvellement des ŽlŽments intermŽdiaires, ou que sous le nom de terre, elle comprend tous les ŽlŽments.

B. - Et ideo alii dicunt, quod omnia elementa manebunt secundum substantiam non solum quantum ad materiam, sed etiam quantum ad formas substantiales. Sicut enim, secundum opinionem Avicennae, remanent formae substantiales elementorum in mixto, qualitatibus activis et passivis non remanentibus in suis excellentiis, sed ad medium redactis, ita possibile erit quod in ultimo statu mundi absque praedictis qualitatibus remaneant elementa ; cui videtur consonare quod Augustinus dicit [XX de Civ. Dei, cap. XVI] : In illa conflagratione mundana, elementorum corruptibilium qualitates, quae corporibus nostris congruebant, ardendo penitus interibunt, atque ipsa substantia eas qualitates habebit quae corporibus immortalibus mirabili mutatione convenient.

B) Et c'est pourquoi d'autres disent, que tous les ŽlŽments demeureront selon la substance non seulement quant ˆ la mati�re, mais aussi quant aux formes substantielles.De m�me que, en effet, selon l'opinion d'Avicenne, les formes substantielles des ŽlŽments demeureront dans le mixte, les qualitŽs actives et passives ne demeurant pas dans leur meilleur Žtat, mais ramenŽes ˆ un Žtat intermŽdiaire, de m�me il sera ainsi possible que dans lÕŽtat ultime du monde, les ŽlŽments demeurent sans ces puissances, ce qui semble en d'accord avec que ce dit Augustin (La citŽ de Dieu, 20, 16) : ÇEn cette conflagration de lÕunivers, les qualitŽs[608] des ŽlŽments corruptibles, qui sÕaccordaient avec nos corps, pŽriront tout ˆ fait en bržlant et la substance m�me aura ces puissances qui, par un changement admirable, conviennent aux corps immortelsÈ.

Sed hoc non videtur rationabiliter dictum.

Mais cela ne para”t pas dit selon la raison :

Primo quidem, quia cum qualitates activae et passivae sint per se elementorum accidentia, oportet quod a principiis essentialibus causentur ; unde non potest esse quod principiis essentialibus manentibus in elementis praedictis, qualitates deficiant, nisi per violentiam ; quod non potest esse diuturnum. Et ideo nec opinio Avicennae videtur esse probabilis, quod formae elementorum actu maneant in mixto ; sed solum virtute, ut philosophus dicit ; quia oporteret quod diversorum elementorum formae, in diversis partibus materiae conservarentur ; quod non esset, nisi essent etiam situ distinctae ; et sic non esset vera commixtio, sed solum secundum sensum ; et tamen in mixto impediuntur qualitates unius elementi per qualitates alterius ; quod non potest dici in mundi consummatione ubi omnino cessabit violentia.

1) Parce que, comme les puissances actives et passives sont en soi des accidents des ŽlŽments, il faut qu'elles soient causŽes par des principes essentiels ; c'est pourquoi il n'est pas possible que s'ils demeurent dans ces ŽlŽments, les qualitŽs cessent sinon par violence, ce qui ne peut pas durer longtemps. Et c'est pourquoi, l'opinion d'Avicenne ne semble pas probable : ˆ savoir que les formes des ŽlŽments en acte demeurent dans le mixte ; mais seulement en puissance, comme le Philosophe le dit ; parce qu'il faudrait que les formes des diffŽrents ŽlŽments soient conservŽes dans les diffŽrentes parties de la mati�re, ce qui ne serait possible que si elles Žtaient dans un lieu diffŽrent ; et ainsi ce ne serait pas un vrai mŽlange, mais seulement pour les sens, et cependant dans le mixte les puissances d'un ŽlŽments sont emp�chŽes par les qualitŽs d'un autre ; ce qu'on ne peut pas dire de la consommation du monde, o� cessera tout ˆ fait la violence.

Secundo autem, quia cum qualitates activae et passivae sint de integritate naturae elementorum, sequeretur quod elementa imperfecta remanerent ; unde auctoritas Augustini inducta non loquitur de qualitatibus activis et passivis, sed de dispositionibus eorum quae generantur et corrumpuntur et alterantur.

2) Parce que, comme les puissances actives et passives appartiennent ˆ l'intŽgritŽ de la nature des ŽlŽments, il s'ensuivrait que les ŽlŽments demeureraient imparfaits ; c'est pourquoi le texte citŽ d'Augustin ne parle pas des qualitŽs actives et passives mais des dispositions de ce qui est engendrŽ, corrompu et altŽrŽ.

C. - Et ideo videtur dicendum, quod elementa in sua substantia remanebunt, et etiam in suis qualitatibus naturalibus ; sed mutuae generationes et corruptiones et alterationes cessabunt ; per huiusmodi enim elementa ordinantur ad completionem numeri electorum, sicut et caelum per motum suum ; sed substantiae elementorum manebunt, sicut et substantia caeli. Cum enim universum in perpetuum remaneat, ut supra ostensum est, oportet quod ea quae sunt de perfectione universi, primo et per se remaneant

C) Et c'est pourquoi il semble qu'il faut dire, que les ŽlŽments demeureront dans leur substance, et aussi dans leurs qualitŽs naturelles, mais les gŽnŽrations mutuelles, les corruptions et les changements cesseront ; car ils sont ordonnŽs par les ŽlŽments de ce genre ˆ la plŽnitude du nombre des Žlus, comme le ciel par son mouvement, mais les substances des ŽlŽments demeureront, comme la substance du ciel ; en effet comme l'univers demeure toujours, comme on l'a montrŽ plus haut, il faut que ce qui appartient ˆ sa perfection demeure d'abord et par soi.

Hoc autem competit elementis, cum sint essentiales partes universi ipsius, ut philosophus probat[in II Caeli et mundi, com. 34, 35 et seq.].. Si enim est corpus circulare, oportet esse centrum ipsius, quod est terra. Posita autem terra, quae est simpliciter gravis, utpote in medio constituta, oportet ponere contrarium eius, scilicet ignem, qui sit simpliciter levis ; quia si unum contrariorum est in una natura, et reliquum. Suppositis autem extremis, necesse est poni et media ; unde oportet ponere aerem et aquam, quae sunt ad ignem quidem levia, ad terram autem gravia, quorum unum est propinquius terrae.

Mais cela convient aux ŽlŽments puisqu'ils sont les parties essentielles de l'univers, comme le philosophe le prouve (Du ciel et du monde, II, com. 34, 35, ss.). Car si celui-ci est un corps circulaire, il faut qu'il soit le centre de lui-m�me qui est la terre. Mais la terre, qui est tout ˆ fait lourde, une fois placŽe, Žtablie pour ainsi dire au milieu, il faut placer son contraire, ˆ savoir le feu, qui est tout ˆ fait lŽger, parce que, si un des contraires est dans une nature, etc.. Mais si on suppose les extr�mes, il est nŽcessaire de placer aussi les intermŽdiaires, c'est pourquoi il faut placer l'air et l'eau qui sont lŽgers pour le feu, lourds pour la terre, dont l'un est plus proche de la terre.

Unde ex ipso situ universi patet quod elementa sunt essentiales partes universi. Quod patet esse manifestum, ordine causarum et effectuum considerato. Nam sicut caelum est universale activum eorum quae generantur, ita elementa sunt eorumdem universalis materia. Unde ad perfectionem universi requiritur quod elementa secundum suam substantiam maneant ; et ad hoc etiam habent ex sui natura aptitudinem. Corruptio autem aliter accidit in corporibus mixtis et elementis ; in corporibus enim mixtis inest corruptionis activum principium, propter hoc quod sunt ex contrariis composita ; in elementis vero, quae contrarium exterius habent, ipsa autem non sunt ex contrariis composita, non inest principium corruptionis activum, sed passivum tantum, in quantum habent materiam cui inest aptitudo ad aliam formam qua privantur. Et ab hoc principio generatio et corruptio in elementis sunt motus vel mutationes naturales ; et non propter principium activum ut dicit Commentator [in II Phys.].

C'est pourquoi par la situation m�me de l'univers, il appara”t que les ŽlŽments en sont les parties essentielles. Ce qui est Žvident, si on consid�re l'ordre des causes et des effets. Car le ciel est universellement actif pour ce qui est engendrŽ, de m�me les ŽlŽments en sont la mati�re universelle. C'est pourquoi il est requis, pour la perfection de l'univers que les ŽlŽments demeurent selon leur substance et pour cela aussi ils ont l'aptitude de leur nature. Mais la corruption arrive autrement dans les corps mixtes et les ŽlŽments, car dans les corps mixtes, il y a un principe actif de corruption, parce quÕils sont composŽes de contraires ; mais dans les ŽlŽments, qui ont leur contraire ˆ l'extŽrieur, eux-m�mes n'Žtant pas composŽs de contraires, il n'y a pas de principe de corruption actif, mais passif seulement dans la mesure o� ils ont la mati�re en laquelle se trouve l'aptitude ˆ une autre forme dont ils sont privŽs. Et par ce principe, la gŽnŽration et la corruption dans les ŽlŽments sont des mouvements ou des changements naturels, mais pas ˆ cause du principe actif, comme le dit le Commentateur (Physique, II).

Sicut ergo quia corpus caeleste principium sui motus activum habet extra, potest esse quod eius motus cesset ipso manente, absque violentia, ut supra dictum est ; ita potest esse ut corruptio elementorum cesset eorum substantiis manentibus, exteriori corruptivo cessante, quod oportet reducere in motum caeli sicut in primum generationis et corruptionis principium.

Donc, parce que le corps cŽleste a le principe actif de son mouvement de lÕextŽrieur, il peut arriver que son mouvement cesse alors que lui demeure, sans violence, comme on l'a dit ci-dessus ; de m�me il est possible que la corruption des ŽlŽments cesse, m�me si leurs substances demeurent, si cesse ce qui corrompt de l'extŽrieur, qu'il faut ramener au mouvement du ciel, comme au premier principe de la gŽnŽration et de la corruption.

 

Solutions :

q. 5 a. 7 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod illa elementorum solutio non est referenda ad destructionem substantiae elementorum, sed ad elementorum purgationem, quae erit per ignem, qui faciem iudicis praecedet. Post illam autem purgationem remanebunt elementa secundum substantiam et naturales qualitates, ut dictum est.

 1. Cette destruction des ŽlŽments n'est pas ˆ rapprocher de la destruction de la substance des ŽlŽments, mais ˆ leur purification, qui se fera par le feu qui prŽcŽdera la face du Juge[609]. Apr�s cette purification les ŽlŽments demeureront selon leur substance et leurs qualitŽs naturelles, comme on l'a dit.

q. 5 a. 7 ad 2 Unde secundum et tertium concedimus.

 2. 3. C'est pourquoi nous concŽdons les objections deux et trois.

q. 5 a. 7 ad 4 Ad quartum dicendum, quod in mundi principio instituta est natura corporum secundum quod ordinatur ad generationem et corruptionem, per quam numerus electorum completur. In mundi autem consummatione remanebit substantia elementorum secundum quod est ad perfectionem universi. Unde non oportet omnia inesse elementis in illo finali statu quae oportuit habere in mundi principio.

 4. Au commencement du monde la nature des corps a ŽtŽ constituŽe en rapport ˆ la gŽnŽration et ˆ la corruption, qui compl�te le nombre des Žlus. Mais, ˆ la consommation du monde la substance des ŽlŽments demeurera selon quÕelle est pour la perfection de l'univers. C'est pourquoi il ne faut pas que tout ce qu'il fallait avoir au commencement du monde soit dans les ŽlŽments dans cet Žtat final

q. 5 a. 7 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Glossa Bedae non est intelligenda quod hoc modo duo elementa secundum substantiam destruantur ; sed secundum statum mutationis, quae praecipue in duobus elementis apparet : scilicet in aere et aqua, de quibus quidam praedictam Glossam intelligunt ; quamvis secundum alios intelligatur de igne et aqua in quibus vigent qualitates activae.

 5. La Glose de B�de n'est pas ˆ comprendre de mani�re que deux ŽlŽments seront dŽtruits en substance, mais [elle est ˆ comprendre] selon l'Žtat de changement, qui appara”t surtout dans deux ŽlŽments ; ˆ savoir dans l'air et dans l'eau, comme certains comprennent cette glose ; quoique d'autres la comprennent du feu et de l'eau dans lesquels les puissances actives sont fortes.

q. 5 a. 7 ad 6 Ad sextum dicendum, quod actio magis dependet ab agente quam a patiente, ex hoc ipso quod agens est honorabilius patiente ; unde destructio mutationis in elementis et mutuae actionis, convenientius exprimitur per subtractionem activorum quam per subtractionem passivorum.

 6. L'action dŽpend plus de l'agent que du patient, du fait que l'agent est plus honorable que le patient ; c'est pourquoi une destruction par changement dans les ŽlŽments ou par celle dÕune action mutuelle est plus convenablement exprimŽe par la soustraction des puissances actives que par celle des puissances passives.

q. 5 a. 7 ad 7 Ad septimum dicendum, quod si consideretur actio et passio in elementis secundum principia substantialia, sic verum est quod Augustinus dicit loc. cit. quod ad patiendum humor et humus aptitudinem praebent, ad agendum ignis et aer ; quia ignis et aer habent plus de forma, quae est actionis principium ; de materia vero terra et aqua, quae est principium patiendi. Si vero consideretur secundum qualitates activas et passivas, quae sunt immediata principia actionis, sic ignis et aqua sunt magis activa, aer et terra magis passiva.

 7. Si on consid�re l'action et la passion dans les ŽlŽments selon les principes substantiels, alors est vrai ce que dit Augustin dit (loc. cit.) que le liquide et le sol fournissent une aptitude ˆ supporter, le feu et l'air une aptitude ˆ agir ; parce que le feu et l'air ont plus de forme qui est le principe de l'action ; mais la terre et l'eau [plus] de mati�re, qui est le principe de passion. Mais si on les consid�rait selon les qualitŽs actives ou passives, qui sont les principes immŽdiats de l'action, le feu et l'eau sont plus actifs, l'air et la terre plus passifs.

q. 5 a. 7 ad 8 Octavum concedimus.

 8. Nous concŽdons la huiti�me objection.

q. 5 a. 7 ad 9 Ad nonum dicendum, quod elementa, quantum ad sui mutationem, facta sunt propter hominem in beatitudinem tendentem ; sed quantum ad suam substantiam, sunt facta et propter perfectionem universi et propter substantiam ipsius hominis, quae ex elementis constituitur.

 9. Les ŽlŽments, quant ˆ leur changement, ont ŽtŽ faits pour l'homme ˆ la recherche de sa bŽatitude ; mais quant ˆ leur substance, ils ont ŽtŽ faits en vue de la perfection de l'univers et de la substance de l'homme lui-m�me, qui est constituŽ dÕŽlŽments.

q. 5 a. 7 ad 10 Ad decimum dicendum, quod in mundi consummatione non cessabunt omnia mixta, quia corpora humana remanebunt. Unde decens est, si partes eorum remanent in corpore hominis qui est minor mundus, quod ipsa tota remaneant in mundo maiori.

 10. A la consommation du monde, tous les mixtes ne cesseront pas, parce que les corps humains demeureront. C'est pourquoi il convient, si leurs parties demeurent dans le corps de l'homme qui est un microcosme, que tout demeure dans le macrocosme.

q. 5 a. 7 ad 11 Ad decimumprimum dicendum, quod forma, quam elementa deponent, est ipsa mutabilitas, non forma quae sit principium essendi.

 11. La forme que les ŽlŽments dŽposent est le principe du changement, mais pas la forme principe de l'�tre.

q. 5 a. 7 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod mutabilis dispositio tolletur ab elementis, quia mutatio in eis non erit ; non quod naturam mutabilem amittant.

 12. LÕaptitude au changement est enlevŽe par les ŽlŽments ; parce qu'il n'y aura pas de changement en eux, [mais] non parce qu'ils perdront leur nature changeante.

q. 5 a. 7 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod dispositio istorum elementorum, secundum quam generantur et corrumpuntur et mutantur, est eis naturalis, motu caeli manente : non autem postquam motus caeli cessaverit.

 13. La disposition de ces ŽlŽments selon laquelle ils sont engendrŽs, corrompus et changŽs, leur est naturelle, tant que le mouvement du ciel demeure ; mais non apr�s qu'il aura cessŽ.

q. 5 a. 7 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod ratio illa probat quod in elementis est principium corruptionis materiale, non autem activum ; unde non sequitur mutatio, motu caeli subtracto, qui est principium mutationis.

 14 Cette raison prouve que dans les ŽlŽments il y a un principe matŽriel de corruption, mais non actif, c'est pourquoi il n'en dŽcoule pas un changement, si on enl�ve le mouvement du ciel qui en est le principe.

q. 5 a. 7 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod elementum sicut non habet virtutem ut sit semper, propter hoc quod potest ab exteriori corrumpi, ita non habet virtutem ut quandoque deficiat, nisi materialem, ut dictum est.

 15. L'ŽlŽment n'a pas le pouvoir dÕexister toujours, du fait qu'il peut �tre corrompu par l'extŽrieur, de m�me il nÕa pas de pouvoir de cesser un jour, sinon un pouvoir matŽriel, comme on l'a dit.

q. 5 a. 7 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod elementa sunt incorruptibilia secundum totum, partibus generatis et corruptis, quamdiu motus caeli durat ; sed motu caeli cessante, erit in eis alia incorruptionis causa, quia scilicet non possunt corrumpi nisi ab extrinseco ; corruptivum autem extrinsecum, deficiente motu caeli, cessabit.

 16. Les ŽlŽments sont incorruptibles selon le tout, les parties Žtant engendrŽes et corrompues, tant que dure le mouvement du ciel ; mais s'il cesse, il y aura en eux une autre cause d'incorruptibilitŽ, parce quÕils ne peuvent �tre corrompus que de l'extŽrieur ; ce qui corrompt ˆ l'extŽrieur, ˆ l'arr�t du mouvement du ciel, cessera.

q. 5 a. 7 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod motus caeli est ut vita quaedam omnibus rebus naturalibus secundum statum mutationis, qui in consummatione mundi tolletur.

 17. Le mouvement du ciel est comme une vie pour toutes les choses naturelles, selon leur situation de changement, qui [leur] sera enlevŽe ˆ la consommation du monde.

q. 5 a. 7 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod licet eductio formarum de potentia in actum dependeat ex motu caeli, tamen eorum conservatio dependet a principiis altioribus, ut dictum est.

 18. Bien que le passage des formes de la puissance ˆ l'acte dŽpende du mouvement du ciel, cependant leur conservation dŽpend de principes plus ŽlevŽs, comme on l'a dit.

q. 5 a. 7 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod sol est causa caliditatis per motum, ut philosophus dicit [lib. II de Caelo, com. 56 et 58] : unde cessante motu tollitur corruptionis causa in elementis, quae est per superexcedentiam caloris.

 19. Le soleil est la cause de la chaleur par son mouvement, comme le Philosophe le dit (Le ciel,. II, 7, 289 a 20) : c'est pourquoi quand cesse le mouvement, la cause de la corruption est enlevŽe dans les ŽlŽments, qui se fait par un exc�s de chaleur.

 

 

 

Article 8 Ñ Quand cessera le mouvement du ciel, l'action et la passion demeureront-elles dans les ŽlŽments ?

q. 5 a. 8 tit. 1 Octavo quaeritur utrum cessante motu caeli, remaneat actio et passio in elementis. Et videtur quod sic.

Il semble que oui.

 

Objections :[610]

q. 5 a. 8Arg. 1 Potentiae enim naturales sunt determinatae ad unum ; unde virtus ignis, cum sit naturalis potentia, se habet tantum ad calefaciendum, non autem ad non calefaciendum. Sed in illa mundi consummatione remanebit virtus ignis et aliorum elementorum, ut prius dictum est, art. praec. Ergo impossibile est quin ignis et alia elementa agant.

1. Car les puissances naturelles sont limitŽes ˆ un seul objet ; ainsi, le pouvoir du feu Žtant une puissance naturelle, nÕagit que pour chauffer, mais pas pour le contraire. Mais ˆ la consommation du monde le pouvoir du feu et celui des autres ŽlŽments demeureront comme on l'a dit dans art. prŽcŽd. Donc il est impossible que le feu et les autres ŽlŽments n'agissent pas.

q. 5 a. 8Arg. 2 Praeterea, sicut dicit philosophus, ad hoc quod fiat mutua actio et passio, requiritur quod agens et patiens sint similia secundum materiam, et dissimilia secundum formam. Hoc autem erit in elementis cessante motu caeli, quia eorum substantiae manebunt, principiis essentialibus non mutatis. Ergo erit actio et passio in elementis, motu caeli cessante.

2. Comme le dit le Philosophe, (La gŽnŽration, I, 6, 322 b 13 ˆ 25 Ñ 7, 324 a 5) pour que l'action et la passion deviennent rŽciproques, il est requis que l'agent et le patient soient semblables par la mati�re et diffŽrents par la forme. Mais cela existera dans les ŽlŽments, quand cessera le mouvement du ciel ; parce que leurs substances demeureront, sans que les principes essentiels ne soient changŽs. Donc il y aura l'action et la passion dans les ŽlŽments, quand cessera le mouvement du ciel.

q. 5 a. 8Arg. 3 Praeterea, causa actionis et passionis in elementis est ex hoc quod in materia elementi semper est appetitus ad aliam formam, licet materia per unam formam sit perfecta. Sed iste appetitus in materia remanebit, etiam motu caeli cessante, non enim una forma elementi poterit totam potentiam materiae implere. Ergo in illa mundi consummatione remanebit actio et passio in elementis.

3. La cause de l'action et de la passion dans les ŽlŽments vient de ce que dans leur mati�re il y a toujours l'appŽtit d'une autre forme, bien qu'elle soit achevŽe par une seule forme. Mais cet appŽtit demeurera dans la mati�re, m�me quand le mouvement du ciel cessera, car une seule forme de l'ŽlŽment ne pourra pas complŽter toute la puissance de la mati�re. Donc, en cette consommation du monde, l'action et la passion demeureront dans les ŽlŽments.

q. 5 a. 8Arg. 4 Praeterea, illud quod est de perfectione elementi non aufertur ei. Hoc autem est de perfectione uniuscuiusque entis, quod agat sibi simile : diffusio enim ipsius esse derivatur a primo bono in omnia entia. Ergo videtur quod elementa in illa consummatione agent sibi simile ; et sic erit in eis actio et passio.

4. Ce qui concerne la perfection de l'ŽlŽment ne lui est pas enlevŽ. Mais il appartient ˆ la perfection de chaque �tre qu'il fasse du semblable ˆ soi : car sa diffusion est dŽrivŽe du premier bien dans tous les �tres. Donc il semble que dans cette consommation les ŽlŽments feront du semblable ˆ eux, et ainsi il y aura en eux l'action et la passion.

q. 5 a. 8Arg. 5 Praeterea, sicut proprium est ignis esse calidum, ita etiam proprium eius est calefacere ; sicut enim calor derivatur a principiis essentialibus ignis, ita calefactio derivatur a calore. Si ergo in illa rerum consummatione ignis et eius calor remanebit, videtur quod etiam calefactio remanebit.

5. Le propre du feu c'est d'�tre chaud, et aussi de chauffer : car de m�me que la chaleur est dŽrivŽe des principes essentiels du feu, l'Žchauffement est dŽrivŽ de la chaleur. Si donc dans cette consommation du monde, le feu et la chaleur demeurent, il semble que l'Žchauffement demeurera aussi.

q. 5 a. 8Arg. 6 Praeterea, omnia corpora naturalia se tangentia aliquo modo se alterant, ut patet in I de Generat [com. 53]. Sed elementa in illo statu mundi se tangent. Ergo se invicem alterabunt, et ita erit ibi actio et passio.

6. Tous les corps naturels qui se touchent s'alt�rent d'une certaine mani�re, comme cela para”t dans La GŽnŽration (I, 9, 327 a 13). Mais les ŽlŽments dans cet Žtat du monde se touchent. Donc ils s'alt�reront l'un l'autre, et ainsi il aura lˆ l'action et la passion.

q. 5 a. 8Arg. 7 Praeterea, in illa mundi consummatione erit lux lunae sicut lux solis, et lux solis erit septempliciter (Is. XXX, 26). Sed modo sol et luna sua luce illuminant corpora inferiora. Ergo multo fortius tunc illuminabunt ; et ita remanebit aliqua actio et passio in istis inferioribus, nam medium illuminatum illuminabit ultimum.

7. A la consommation du monde, la lumi�re de la lune sera comme celle du soleil, et la lumi�re du soleil sera sept fois plus fortÈ (Is. 30, 26). Mais le soleil et la lune Žclairent seulement les corps infŽrieurs de leur lumi�re. Donc alors ils Žclaireront beaucoup plus ; et ainsi l'action et la passion demeureront dans ces �tres infŽrieurs, car l'intermŽdiaire ŽclairŽ Žclairera le dernier.

q. 5 a. 8Arg. 8 Praeterea, sancti videbunt visu corporeo res huius mundi. Sed visio non potest esse sine actione et passione, quia visus patitur a visibili. Ergo erit actio et passio etiam motu caeli cessante.

. Les saints verront de leurs yeux de chair les choses de ce monde. Mais la vision ne peut exister sans l'action et la passion, parce que la vue subit le visible. Donc il y aura l'action et la passion m�me quand le mouvement du ciel cessera.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 8 s. c. 1 Sed contra. Remota causa, removetur effectus. Sed motus caeli est causa actionis et passionis in istis inferioribus, secundum doctrinam philosophi [I Metero., et II de caelo, com. 56]. Ergo remoto motu caeli, removebitur actio et passio in istis inferioribus.

1. Si on Žcarte la cause, l'effet est ŽcartŽ. Mais le mouvement du ciel est la cause de l'action et de la passion, dans les choses infŽrieures selon la doctrine du Philosophe (MŽtŽor, I, Du ciel, II, 11, 338 b). Donc une fois le mouvement du ciel ŽcartŽ, l'action et la passion seront ŽcartŽes dans les choses infŽrieures.

q. 5 a. 8 s. c. 2 Praeterea, actio et passio in rebus corporalibus sine motu esse non potest. Remoto autem primo motu, qui est motus caeli, ut probatur in VIII Physic. [com. 75 et seq.], oportet posteriores motus cessare. Remoto ergo motu caeli, non erit actio et passio in istis inferioribus.

2. L'action et la passion ne peuvent pas exister sans mouvement dans les choses corporelles. Si on enl�ve le premier mouvement, qui est celui du ciel, comme on le prouve (Physique, VIII, 9, 265 a 26 ss.), il faut que les mouvements suivants cessent. Donc une fois ŽcartŽ le mouvement du ciel, il n'y aura pas d'action et de passion dans les choses infŽrieures.

 

RŽponse :

q. 5 a. 8 co. Respondeo. Dicendum quod, sicut habetur in libro de Causis, quando causa prima retrahit actionem suam a causato, oportet etiam quod causa secunda retrahat actionem suam ab eodem, eo quod causa secunda habet hoc ipsum quod agit, per actionem causae primae, in cuius virtute agit. Cum autem omne agens agat secundum quod est in actu, oportet secundum hoc accipere ordinem causarum agentium, secundum quod est ordo earum in actualitate.

Comme on le lit dans le livre des Causes, quand la cause premi�re retire son action de l'effet, il faut aussi que la cause seconde la lui retire, parce qu'elle poss�de ce qui agit par l'action de la cause premi�re, dans le pouvoir de laquelle elle agit. Mais comme tout agent agit selon qu'il est en acte, il faut qu'il re�oive l'ordonnancement des causes efficientes, selon que celui-ci est en acte.

Corpora autem inferiora minus habent de actualitate quam corpora caelestia, nam in corporibus inferioribus non est tota potentialitas completa per actum, eo quod materia substans uni formae remanet in potentia ad formam aliam ; quod non est in corporibus caelestibus, nam materia corporis caelestis non est in potentia ad aliam formam ; unde sua potentialitas tota est terminata per formam quam habet.

Mais les corps infŽrieurs ont moins d' "actualitŽ" que les corps cŽlestes, car en eux il n'y a pas toute la potentialitŽ compl�te par l'acte, parce que la mati�re qui est le substrat d'une forme demeure en puissance pour une autre forme ; ce qui n'existe pas pour les corps cŽlestes, car la mati�re du corps cŽleste n'est pas en puissance pour une autre forme. C'est pourquoi toute sa potentialitŽ se termine ˆ la forme qu'il poss�de.

Substantiae vero separatae sunt perfectiores in actualitate quam etiam corpora caelestia, quia non sunt compositae ex materia et forma, sed sunt formae quaedam subsistentes ; quae tamen deficiunt ab actualitate Dei, qui est suum esse, quod de aliis substantiis separatis non contingit ; sicut etiam videmus quod elementa etiam se superant invicem secundum gradum actualitatis, eo quod aqua habet plus de specie quam terra, aer quam aqua, et ignis quam aer ; ita etiam est in corporibus caelestibus, et in substantiis separatis.

Mais les substances sŽparŽes sont plus parfaites dans leur "actualitŽ" que m�me les corps cŽlestes, parce qu'elles ne sont pas composŽes de mati�re et de forme, mais sont des formes subsistantes, qui cependant sont diffŽrentes de lÕŽtat dÕacte de Dieu qui est son �tre propre, ce qui n'arrive pas pour les autres substances sŽparŽes ; de m�me nous voyons que les ŽlŽments l'emportent l'un sur l'autre selon le degrŽ de leur "actualitŽ", parce que l'eau a plus de forme (species) que la terre, l'air que l'eau, et le feu que l'air, de m�me il en est ainsi pour les corps cŽlestes et les substances sŽparŽes.

Elementa ergo agunt in virtute corporum caelestium et corpora caelestia agunt in virtute substantiarum separatarum ; unde cessante actione substantiae separatae, oportet quod cesset actio corporis caelestis ; et ea cessante oportet quod cesset actio corporis elementaris.

Donc les ŽlŽments agissent dans le pouvoir des corps cŽlestes et ceux-ci dans le pouvoir des substances sŽparŽes, c'est pourquoi si l'action de la substance sŽparŽe cesse, il faut que cesse celle du corps cŽleste, et si elle cesse, il faut que cesse celle du corps ŽlŽmentaire.

Sed sciendum quod corpus habet duplicem actionem :

Mais il faut savoir que le corps a une double action :

unam quidem secundum proprietatem corporis, ut scilicet agat per motum (hoc enim proprium est corporis, ut motum moveat et agat) ;

1) L'une selon sa propriŽtŽ, ainsi il agit par le mouvement (car c'est le propre du corps de mouvoir le mž et d'agir) ;

aliam autem actionem habet, secundum quod attingit ad ordinem substantiarum separatarum, et participat aliquid de modo ipsarum ; sicut naturae inferiores consueverunt aliquid participare de proprietate naturae superioris, ut apparet in quibusdam animalibus, quae participant aliquam similitudinem prudentiae, quae propria est hominum. Haec autem est actio corporis, quae non est ad transmutationem materiae, sed ad quamdam diffusionem similitudinis formae in medio secundum similitudinem spiritualis intentionis quae recipitur de re in sensu vel intellectu, et hoc modo sol illuminat aerem, et color speciem suam multiplicat in medio.

2) Le corps a aussi une autre action, en tant qu'il confine ˆ la nature des substances sŽparŽes, et participe en quelque point de leur mode ; ainsi les natures infŽrieures participent d'habitude en quelque chose de la propriŽtŽ de la nature supŽrieure[611], comme on le voit chez certains animaux, qui ont un semblant de prudence, (vertu) qui est propre ˆ l'homme[612]. Mais cela c'est l'action du corps, non pour transformer la mati�re, mais pour diffuser la ressemblance de la forme dans l'intermŽdiaire selon la ressemblance de l'intention spirituelle qui est re�ue dans les sens ou l'intellect, et de cette mani�re, le soleil illumine l'air et la couleur multiplie son image (speciem) dans l'intermŽdiaire.

Uterque autem modus actionis in istis inferioribus causatur ex corporibus caelestibus. Nam et ignis suo calore transmutat materiam, ex virtute corporis caelestis ; et corpora visibilia multiplicant suas species in medio, virtute luminis, cuius fons est in caelesti corpore. Unde si actio utraque corporis caelestis cessaret, nulla actio in istis inferioribus remaneret. Sed cessante motu caeli, cessabit prima actio, sed non secunda ; et ideo cessante motu caeli, erit quidem actio in istis inferioribus illuminationis et immutationis medii a sensibilibus ; non autem erit actio per quam transmutatur materia, quam sequitur generatio et corruptio.

Mais les deux modes d'action dans les choses infŽrieures sont causŽs par les corps cŽlestes. Car le feu par sa chaleur change la mati�re par le pouvoir du corps cŽleste, et les corps visibles multiplient leurs images (species) dans l'intermŽdiaire, par le pouvoir de la lumi�re, dont la source est dans le corps cŽleste. C'est pourquoi si l'une et l'autre action de chaque corps cŽleste cessait, aucune action ne demeurerait dans ces corps infŽrieurs. Mais si le mouvement du ciel cesse, la premi�re action cessera, mais pas la seconde, et c'est pourquoi si le mouvement du ciel cesse, il y aura dans ces corps infŽrieurs l'action de l'Žclairage et du manque de changement intermŽdiaire par ce qui est sensible, mais il n'y aura pas d'action par laquelle sera transformŽe la mati�re, qui accompagne la gŽnŽration et de la corruption.

 

Solutions :

q. 5 a. 8 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod virtus ignis semper est determinata ad calefaciendum, praesuppositis tamen causis prioribus quae ad actionem ignis requiruntur.

 1. La pouvoir du feu est toujours limitŽ au rŽchauffement, si cependant on prŽsuppose les causes supŽrieures requises pour son action.

q. 5 a. 8 ad 2 Ad secundum dicendum, quod similitudo secundum materiam et contrarietas formae non sufficit in istis inferioribus ad passionem et actionem, nisi motu caeli praesupposito, in cuius virtute agunt omnes inferiores activae potentiae.

 2. La ressemblance selon la mati�re et la contrariŽtŽ de la forme ne suffisent pas dans les �tres infŽrieurs pour la passion et l'action, sauf si on suppose le mouvement du ciel au pouvoir en qui toutes les puissances actives infŽrieures agissent.

q. 5 a. 8 ad 3 Ad tertium dicendum, quod materia non sufficit ad actionem, nisi principium activum ponatur. Unde appetitus materiae non sufficienter probat actionem in elementis, motu caeli subtracto, a quo est primum principium actionis.

 3. La mati�re ne suffit ˆ l'action que si on place un principe actif. C'est pourquoi l'appŽtit de la mati�re ne suffit pas ˆ prouver l'action dans les ŽlŽments, si on retire le mouvement du ciel d'o� vient le premier principe de l'action.

q. 5 a. 8 ad 4 Ad quartum dicendum, quod inferiora nunquam attingunt ad gradum perfectionis superiorum. Hoc autem est de ratione perfectionis supremi agentis, quod sua perfectio sibi sufficiat ad agendum alio agente remoto ; unde hoc inferioribus agentibus attribui non potest.

 4. Les corps infŽrieurs n'atteignent jamais le degrŽ de perfections des �tres supŽrieurs. Mais c'est de la nature de la perfection de l'agent supr�me que sa perfection lui suffise pour agir, quand un autre agent est ŽcartŽ ; c'est pourquoi on ne peut l'attribuer aux agents infŽrieurs.

q. 5 a. 8 ad 5 Ad quintum dicendum, quod ignis est proprium calefacere, supposito quod habeat aliquam actionem ; sed eius actio dependet ab alio, ut dictum est.

 5. Le feu est propre ˆ chauffer, si on suppose quÕil a une action ; mais celle-ci dŽpend dÕun autre, comme on lÕa dit.

q. 5 a. 8 ad 6 Et similiter ad sextum dicendum, quod tactus non sufficit in elementis ad agendum, nisi motu caeli supposito.

 6. Il faut dire de m�me que le toucher ne suffit pour agir dans les ŽlŽments que si on suppose le mouvement du ciel.

q. 5 a. 8 ad 7 Alia duo concedimus : nam procedunt de actionibus quibus materia non transmutatur, sed species quodammodo multiplicatur per modum intentionis spiritualis.

 7. 8. Nous concŽdons les deux autres objections ; car elles proc�dent des actions par lesquelles la mati�re n'est pas changŽe mais l'esp�ce d'une certaine mani�re est multipliŽe par le mode de l'intention spirituelle.

 

 

 

Article 9 Ñ Les plantes, les animaux et les minŽraux demeureront-ils apr�s la fin du monde ?

q. 5 a. 9 tit. 1 Nono quaeritur utrum plantae et bruta animalia et corpora mineralia remaneant post finem mundi. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[613].

 

Objections :

q. 5 a. 9Arg. 1 Habetur enim Eccle. III, 14 : Didici quod omnia opera Dei perseverent in aeternum. Sed corpora mineralia, plantae et bruta sunt opera Dei. Ergo in aeternum manebunt.

1. Car on lit en Eccl. 3, 14 : ÇJ'ai appris que toutes les Ïuvres de Dieu demeureront Žternellement.È Mais les minŽraux, les plantes et les animaux sont des Ïuvres de Dieu. Donc ils demeureront Žternellement.

q. 5 a. 9Arg. 2 Sed dicebat, quod hoc intelligitur de istis operibus Dei quae aliquo modo habent ordinem ad incorruptionem, sicut elementa quae sunt incorruptibilia secundum totum, licet secundum partem corrumpantur.- Sed contra, sicut elementa sunt incorruptibilia secundum totum, licet secundum partem corrumpantur, ita praedictae res sunt incorruptibiles secundum speciem, licet secundum individua corrumpantur. Ergo videtur quod praedictae etiam res in aeternum remaneant.

2. Mais on pourrait dire, qu'on le comprend de ces Ïuvres de Dieu qui ont rapport d'une certaine mani�re avec l'incorruptibilitŽ, comme les ŽlŽments qui sont incorruptibles en leur totalitŽ, bien qu'ils se corrompent en partie. En sens contraire, de m�me que les ŽlŽments sont incorruptibles en totalitŽ, bien qu'ils se corrompent en partie, de m�me ce dont on a parlŽ[614] est incorruptible selon l'esp�ce, bien qu'il secorrompe quant ˆ l'individu. Donc il semble que ces choses aussi demeurent Žternellement.

q. 5 a. 9Arg. 3 Praeterea, impossibile est quod intentio naturae frustretur, cum naturae intentio sit ex hoc quod natura a Deo in finem dirigitur. Sed natura intendit per generationem et corruptionem perpetuitatem speciei servare. Ergo nisi praedicta secundum speciem conserventur, frustrabitur naturae intentio ; quod est impossibile, ut dictum est..

3. Il est impossible que lÕobjectif de la nature soit vain ; puisquÕil vient du fait qu'elle est dirigŽe par Dieu vers sa fin. Mais la nature tend par la gŽnŽration et la corruption ˆ conserver la perpŽtuitŽ de l'esp�ce. Donc si [les plantes, les animaux et les minŽraux] ne sont pas conservŽs en l'esp�ce, lÕobjectif de la nature sera vain, ce qui est impossible comme on l'a dit.

q. 5 a. 9Arg. 4 Praeterea, decor universi pertinebit ad gloriam beatorum ; unde dicitur a sanctis, quod in maiorem beatorum gloriam elementa mundi in statum meliorem reformabuntur. Sed plantae, mineralia et bruta animalia pertinent ad decorem universi. Ergo non subtrahentur in illa ultima consummatione beatorum.

4. La beautŽ de l'univers sÕappliquera ˆ la gloire des bienheureux ; c'est pourquoi les saints disent que pour la plus grande gloire des bienheureux, les ŽlŽments du monde seront reformŽs dans un Žtat meilleur. Mais les plantes, les minŽraux et les animaux font partie de la beautŽ de l'univers. Donc ils ne seront pas retranchŽs dans cette ultime consommation des bienheureux.

q. 5 a. 9Arg. 5 Praeterea, Rom. I, 20, dicitur quod invisibilia Dei per ea quae facta sunt, intellecta conspiciuntur inter quae etiam facta, plantae et animalia numerari possunt. Sed in illo statu perfectae beatitudinis necessarium est homini invisibilia Dei cognoscere. Ergo indecens erit quod praedicta Dei opera de medio subtrahantur.

5. En Rm 1, 20, on dit que Çce qui est invisible en Dieu, se laisse voir ˆ l'intelligence par ses Ïuvres[615]È. Parmi ce qui a ŽtŽ crŽŽ, on peut compter les plantes et les animaux. Mais dans cet Žtat de bŽatitude parfaite, il est nŽcessaire pour l'homme de conna”tre ce qui est invisible en Dieu. Donc il ne conviendra pas que ces Ïuvres de Dieu soient retirŽes.

q. 5 a. 9Arg. 6 Praeterea, Apoc. XXII, 2, dicitur : Ex utraque parte fluminis lignum afferens fructus duodecim. Ergo cum ibi loquatur de ultima consummatione beatitudinis sanctorum, videtur quod in illo statu plantae remaneant.

6.On dit en Apoc. 22, 2 : ÇDe chaque c™tŽ du fleuve des arbres qui fructifient douze fois.È Donc, comme on y parle de l'ultime consommation de la bŽatitude des saints, il semble que les plantes demeureront dans cet Žtat.

q. 5 a. 9Arg. 7 Praeterea, ab esse divino omnibus entibus inest desiderium perpetuitatis, in quantum assimilantur primo enti, quod est perpetuum. Quod autem inest rebus ex similitudine divini esse, non auferetur ab eis in ultima consummatione. Ergo remanebunt plantae et animalia perpetua, saltem secundum speciem.

7. Par l'�tre de Dieu, le dŽsir d'ŽternitŽ est dans tous les Žtants, dans la mesure o� ils ressemblent ˆ l'ƒtant premier, qui est Žternel. Mais ce qui est dans les choses par ressemblance de l'�tre divin ne leur sera pas enlevŽ ˆ l'ultime consommation. Donc les plantes et les animaux demeureront Žternellement, au moins selon l'esp�ce.

q. 5 a. 9Arg. 8 Praeterea, in ultimo statu consummationis rerum non auferetur a rebus id quod ad rerum perfectionem pertinet. Sed opus ornatus est consummatio quaedam creationis. Cum ergo animalia ad opus ornatus pertineant, videtur quod non desinant esse in illo mundi ultimo statu.

8. Dans le dernier Žtat de lÕach�vement des choses, ce qui concerne la perfection ne leur sera pas enlevŽ. Mais l'Ïuvre d'ornement est l'accomplissement de la crŽation. Donc comme les animaux appartiennent ˆ cette Ïuvre dÕornement, il semble qu'ils ne cesseront pas d'exister dans le dernier Žtat du monde.

q. 5 a. 9Arg. 9 Praeterea, sicut elementa servierunt homini in statu viae, ita et animalia et plantae. Sed elementa remanebunt. Ergo et animalia et plantae ; et sic non videtur quod cessent.

9. Les ŽlŽments ont servi ˆ l'homme dans l'Žtat de vie, de m�me les animaux et les plantes. Mais les ŽlŽments demeureront. Donc les animaux et les plantes aussi, et ainsi il ne semble pas qu'ils cesseront d'exister.

q. 5 a. 9Arg. 10 Praeterea, quanto aliquid magis participat de proprietate primi perpetui, quod est Deus, tanto magis videtur esse perpetuum. Sed animalia et plantae plus participant de proprietatibus Dei quam elementa, quia elementa sunt tantum existentia, plantae autem etiam vivunt, animalia vero etiam super haec cognoscunt. Ergo magis debent in perpetuum remanere animalia et plantae quam elementa.

10. Plus une chose participe de la nature du premier Žternel, qui est Dieu, plus elle semble Žternelle. Mais les animaux et les plantes participent plus des propriŽtŽs de Dieu que les ŽlŽments, parce que ces derniers ont lÕexistence seulement, mais les plantes ont la vie, et les animaux la connaissance en plus. Donc les animaux et les plantes doivent demeurer Žternellement plus que les ŽlŽments.

q. 5 a. 9Arg. 11 Praeterea, effectus divinae sapientiae est, ut Dionysius dicit [VII cap. de div. Nom.], quod supremum inferioris naturae coniungatur infimo naturae superioris. Hoc autem non erit si animalia et plantae desinant esse, quia elementa in nullo attingunt ad perfectionem humanam, ad quam attingunt quodammodo quaedam animalia ; ad animalia vero appropinquant plantae ; ad plantas vero corpora mineralia, quae immediate post elementa sequuntur. Ergo in illo mundi fine, cum non debeat illud amoveri quod pertinet ad ostensionem divinae sapientiae, videtur quod animalia et plantae cessare non debeant.

11. L'effet de la divine sagesse est, comme le dit Denys (Les noms divins, VII, ¤ 3 872 A[616][617]) que le degrŽ le plus haut dÕune nature infŽrieure rejoint le plus bas de la nature supŽrieure. Mais cela nÕexistera pas si les animaux et les plantes cessent d'exister, parce que les ŽlŽments n'atteignent en rien la perfection humaine, qu'atteignent de quelque mani�re certains animaux ; mais les plantes sont proches des animaux, et les plantes des minŽraux, qui suivent immŽdiatement apr�s les ŽlŽments. Donc en cette fin du monde, comme ce qui sert ˆ montrer la sagesse divine ne doit pas �tre ŽcartŽ, il semble que les animaux et les plantes ne doivent pas cesser d'exister.

q. 5 a. 9Arg. 12 Praeterea, si in creatione mundi animalia et plantae non fuissent productae, non fuisset mundus perfectus. Sed maior erit perfectio mundi ultima quam prima. Ergo videtur quod omnino animalia et plantae remaneant.

12. Si dans la crŽation du monde, les animaux et les plantes n'avaient pas ŽtŽ produits, le monde n'aurait pas ŽtŽ parfait. Mais la perfection ultime du monde sera plus grande que la premi�re. Donc il semble que les animaux et les plantes dureront sans exception.

q. 5 a. 9Arg. 13 Praeterea, quaedam corpora mineralia et quaedam animalia bruta in poenam damnatorum deputantur, sicut in Psal. X, 7 : Ignis, sulphur et spiritus procellarum pars calicis eorum ; et Isa. LXIV, 24 : Vermis eorum non morietur, et ignis non extinguetur. Poenae autem damnatorum erunt perpetuae. Ergo videtur quod animalia et corpora mineralia in aeternum remaneant.

13. Certains minŽraux et certains animaux ont ŽtŽ destinŽs ˆ punir les damnŽs, comme il est dit dans le Ps. 10, 7 : ÇLe feu, le soufre, les vents des temp�tes sont une part de leur destinÈ ; et Is. 64, 24 : ÇLeur ver ne mourra pas, et le feu ne s'Žteindra pasÈ. Mais les peines des damnŽs seront Žternelles. Donc il semble que les animaux et les minŽraux demeureront Žternellement.

q. 5 a. 9Arg. 14 Praeterea, in ipsis elementis sunt rationes seminales corporum mixtorum et animalium et plantarum, ut Augustinus dicit. Hae autem rationes frustra essent, nisi praedicta ex eis orirentur. Cum ergo in illa mundi consummatione elementa remaneant et per consequens rationes seminales in eis, nec aliquid in operibus Dei sit frustra, videtur quod animalia et plantae in illa mundi novitate remaneant.

14. Dans les ŽlŽments m�me, il y a les raisons sŽminales des corps mixtes, des animaux et des plantes, comme le dit Augustin (La TrinitŽ, III, 8 et 9). Mais elles seraient inutiles, ˆ moins que [les plantes, les animaux et les minŽraux] ne proviennent d'elles. Donc comme ˆ la consommation du monde, les ŽlŽments demeurent, et par consŽquence les raisons sŽminales en eux, et rien ne para”t inutile dans les Ïuvres de Dieu, il semble que les animaux et les plantes demeurent dans cette renovation du monde.

q. 5 a. 9Arg. 15 Praeterea, ultima mundi purgatio erit per actionem ignis. Sed quaedam mineralia sunt ita fortis compositionis, quod nec ab igne consumuntur, sicut patet de auro. Ergo videtur quod ad minus illa post illum ignem remaneant.

15. La purification ultime du monde se fera par l'action du feu. Mais certains minŽraux sont d'une composition si rŽsistante qu'ils ne seront pas consumŽs par le feu, comme on le voit pour l'or. Donc il semble quÕau moins ceux-lˆ demeurent apr�s ce feu.

q. 5 a. 9Arg. 16 Praeterea, universale est semper. Sed universale non est nisi in singularibus. Ergo videtur quod cuiuslibet universalis singularia semper erunt ; ergo et bruta animalia et plantae et corpora mineralia semper erunt.

16. L'universel existe toujours. Mais il n'existe que dans le singulier. Donc il semble que le particulier de nÕimporte quel universel existera toujours ; donc les animaux, les plantes et les minŽraux existeront toujours.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 9 s. c. 1 Sed contra. Est quod Origenes dicit : Non est opinandum venire ad finem illum animalia, vel pecora, vel bestias terrae, sed nec ligna, nec lapides.

1. Il y a ce que dit Orig�ne : ÇIl ne faut pas penser que les animaux, les troupeaux ou les b�tes de la terre parviendront ˆ cette fin, ni le bois, ni les pierres.È

q. 5 a. 9 s. c. 2 Praeterea, animalia et plantae ad vitam animalem hominis ordinantur : unde dicitur Genes. IX, 3 : Quasi olera virentia dedi vobis omnem carnem. Sed vita animalis hominis cessabit. Ergo et animalia et plantae cessabunt.

2. Les animaux et les plantes sont ordonnŽs ˆ la vie charnelle de l'homme : c'est pourquoi il est dit en Gn. 9, 3 : ÇJe vous ai donnŽ toute chair, au m�me titre[618] que les lŽgumes verts..È Mais la vie des hommes cessera. Donc les animaux et les plantes aussi.

 

RŽponse :

q. 5 a. 9 co. Respondeo. Dicendum, quod in illa mundi innovatione nullum corpus mixtum remanebit praeter corpus humanum. Ad huius autem rationem sumendam, procedendum est ordine quem docet philosophus [II Phys., com. 88 et seq], ut scilicet prius consideretur causa finalis, et postmodum principia materialia et formalia et causae moventes. Finis autem mineralium corporum et plantarum et animalium duplex potest considerari :

Dans cette rŽnovation du monde, aucun corps mixte ne demeurera sauf le corps humain. Pour en comprendre la raison, il faut procŽder dans l'ordre qu'enseigne le Philosophe (Physique, II, 9, 200 a 7), ˆ savoir qu'on consid�re la cause finale d'abord, ensuite les principes matŽriels et formels et les causes moteurs. Mais la fin des minŽraux, des plantes et des animaux peut �tre considŽrŽe de deux fa�ons :

Primus quidem completio universi, ad quam omnes partes universi ordinantur sicut in finem ; ad quem quidem finem res praedictae non ordinantur sicut per se et essentialiter de perfectione universi existentes, cum nihil in eis existat quod non inveniatur in principalibus partibus mundi (quae sunt corpora caelestia et elementa) sicut in principiis activis et materialibus. Unde res praedictae sunt quidam particulares effectus causarum universalium, quae sunt essentiales partes universi ; et ideo de perfectione sunt universi secundum hoc tantum quod a suis causis progrediuntur, quod quidem fit per motum. Unde pertinent ad perfectionem universi sub motu existentis, non autem ad perfectionem universi simpliciter. Et ideo cessante mutabilitate universi, oportet quod praedicta cessent.

1) D'abord, la plŽnitude de l'univers, ˆ laquelle toutes ses parties sont ordonnŽes, comme ˆ leur fin : les plantes, les animaux et les minŽraux ne sont pas ordonnŽs ˆ cette fin comme par soi et en existant essentiellement pour la perfection de l'univers, puisque rien n'existe en elles qu'on ne retrouve dans les principales parties du monde (que sont les corps cŽlestes et les ŽlŽments) comme dans les principes actifs et matŽriels. C'est pourquoi de telles choses sont les effets particuliers des causes universelles, qui sont les parties essentielles de l'univers, et c'est pourquoi elles concernent la perfection de lÕunivers en cela seulement quÕelles sortent de leurs causes, ce qui se fait par mouvement. C'est pourquoi elles conviennent ˆ la perfection d'un univers soumis au mouvement, mais non ˆ celle de l'univers dans l'absolu. Et c'est pourquoi si le changement cesse dans lÕunivers, il faut quÕelles cessent.

Alius autem [cap. V] finis est homo ; quia, ut philosophus in sua Politica, dicit, ea quae sunt imperfecta in natura, ordinantur ad perfecta sicut ad finem : unde, sicut ibidem dicit, cum animalia habeant vitam imperfectam respectu vitae humanae, quae simpliciter perfecta est, et plantae respectu animalium ; plantae sunt propter animalia, praeparatae eis in cibum a natura ; animalia vero propter hominem, necessaria ei ad cibum et ad alia auxilia. Ista autem necessitas est, vita animalis hominis durante ; quae quidem in illa rerum innovatione tolletur, quia corpus resurget non animale, sed spirituale, ut dicitur I Corinth. XV, 44 ; et ideo tunc etiam animalia et plantae cessabunt.

2) Mais la fin de l'homme est autre, parce que, comme le Philosophe le dit dans sa Politique (ch. 5), ce qui est imparfait en nature, est ordonnŽe ˆ ce qui est parfait, comme ˆ sa fin ; c'est pourquoi, comme il le dit lˆ m�me, comme les animaux ont une vie imparfaite par rapport ˆ la vie humaine, qui est absolument parfaite, et les plantes par rapport aux animaux ; les plantes sont pour les animaux, prŽparŽes en nourriture pour eux par la nature, les animaux pour l'homme, nŽcessaires pour sa nourriture et autres aides. Mais cette nŽcessitŽ existe tant que dure la vie physique de l'homme ; elle est enlevŽe dans cette rŽnovation des choses, parce que le corps ressuscitera, non animal, mais spirituel, comme il est dit en I Co. 15, 44 ; et c'est pourquoi alors m�me les animaux et les plantes cesseront.

Et ad hoc idem habent aptitudinem praedictarum rerum materia et forma. Cum enim sint ex contrariis composita, habent in se ipsis principium activum corruptionis. Unde si a corruptione prohiberentur ab exteriori principio tantum, hoc esset quodammodo violentum et non conveniens perpetuitati, quia quae sunt violenta non possunt esse semper, ut patet per philosophum in libris Caeli et mundi.[lib. I, com. 18]. Interius autem principium non habent quod possit a corruptione prohibere, quia eorum formae sunt per naturam corruptibiles, utpote nec per se subsistentes, sed esse habentes a materia dependens : unde non possunt in perpetuum remanere eadem numero, nec eadem specie, generatione et corruptione cessante.

Et pour cette m�me raison, la mati�re et la forme ont l'aptitude des choses ci-dessus. Car, comme elles sont composŽes de contraires, elles ont en elles-m�mes un principe actif de corruption. C'est pourquoi si elles Žtaient emp�chŽes de se corrompre par un principe extŽrieur seulement, cela serait d'une certaine mani�re violent et ne conviendrait pas pour une durŽe illimitŽe, parce que ce qui est violent ne peut pas exister toujours, comme le Philosophe le montre dans le livre Le ciel et du monde (II, 1, 248 a 27[619]). Mais elles n'ont pas un principe plus intŽrieur, qui puisse emp�cher la corruption, parce que leurs formes sont corruptibles par nature, de sorte quÕelles ne sont pas subsistantes par soi, mais elles ont un �tre qui dŽpend de la mati�re : c'est pourquoi elles ne peuvent demeurer toujours les m�mes ni en nombre, ni en esp�ce, si la gŽnŽration et la corruption cessent.

Hoc autem idem invenitur ex consideratione causae moventis ; esse enim plantarum et animalium quoddam vivere est, quod in rebus corporalibus sine motu non existit ; unde animalia deficiunt cessante motu cordis, et plantae cessante nutrimento. In his autem rebus non est aliquod motus principium non dependens a primo mobili, quia ipsae animae animalium et plantarum totaliter subiiciuntur impressionibus caelestium corporum. Unde motu caeli cessante, non poterit in eis motus remanere, nec vita. Et sic patet quod in illa mundi innovatione res praedictae non poterunt remanere.

On trouve le m�me rŽsultat si on consid�re la cause moteur ; car l'�tre des plantes et des animaux c'est une certaine mani�re de vivre, qui n'existe pas dans les corps sans mouvement ; c'est pourquoi les animaux pŽrissent lorsque cesse le mouvement du cÏur, et les plantes quand cesse leur nourriture. Mais il n'y a pas en elles un principe de mouvement indŽpendant d'un premier mobile, parce que les ‰mes m�me des animaux et des plantes sont soumises totalement aux pressions des corps cŽlestes. C'est pourquoi, si le mouvement du ciel cesse, le mouvement ne pourra pas demeurer en elles, ni la vie non plus. Et ainsi il est clair que dans cette rŽnovation du monde, les plantes, les animaux et les minŽraux ne pourront pas demeurer.

 

Solutions :

q. 5 a. 9 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod omnia opera Dei in aeternum perseverant vel secundum se, vel in suis causis : sic enim et animalia et plantae remanebunt manentibus caelestibus corporibus et elementis.

 1. Toutes les Ïuvres de Dieu demeureront Žternellement en soi, ou dans leurs causes, car ainsi les animaux et les plantes demeureront tant que les corps cŽlestes et les ŽlŽments demeureront.

q. 5 a. 9 ad 2 Ad secundum dicendum, quod perpetuitas quae est secundum speciem et non secundum numerum, est per generationem ; quae, cessante motu caeli, non erit.

 2. La perpŽtuitŽ selon l'esp�ce, et non selon le nombre existe par gŽnŽration, si le mouvement du ciel cesse, elle n'existera plus.

q. 5 a. 9 ad 3 Ad tertium dicendum, quod intentio naturae est ad perpetuitatem in specie conservandam, durante motu caeli, per quem huiusmodi perpetuitas conservari potest.

 3. L'intention de la nature est de toujours conserver l'esp�ce, tant que dure le mouvement du ciel, par lequel une telle perpŽtuitŽ peut �tre conservŽe.

q. 5 a. 9 ad 4 Ad quartum dicendum, quod praedictae res faciunt ad decorem universi secundum statum mutabilitatis in mundo et animalis vitae in homine, et non aliter, ut dictum est.

 4. Les choses susdites participent ˆ la beautŽ de l'univers, selon l'Žtat de mutabilitŽ dans le monde et de la vie physique dans l'homme, mais pas autrement, comme on l'a dit.

q. 5 a. 9 ad 5 Ad quintum dicendum quod in illa beatitudine sancti non indigebunt invisibilia Dei per creaturas conspicere, sicut in hoc statu, pro quo loquitur apostolus ; sed tunc invisibilia Dei per se ipsa videbunt.

 5. Dans cette bŽatitude, les saints n'auront pas besoin de voir par les crŽatures ce qui est invisible en Dieu, comme dans cet Žtat (de vie), dont parle l'Ap™tre ; mais alors ils verront par eux-m�mes ce qui est invisible en Dieu.

q. 5 a. 9 ad 6 Ad sextum dicendum, quod lignum vitae accipitur ibi metaphorice pro Christo, vel pro sapientia, de qua Proverb. cap. III, 18 : Lignum vitae est his qui apprehenderint eam.

 6. La bois de la vie est pris mŽtaphoriquement pour le Christ, ou pour la Sagesse, dont parle les Proverbes (3, 18) : ÇLe bois de vie est pour ceux qui l'auront saisie.È

q. 5 a. 9 ad 7 Ad septimum dicendum, quod desiderium perpetuitatis est in rebus creatis ex assimilatione ad Deum ; unicuique tamen secundum suum modum.

 7. Le dŽsir d'ŽternitŽ est dans les crŽatures par ressemblance ˆ Dieu ; chacun ˆ sa mani�re cependant.

q. 5 a. 9 ad 8 Ad octavum dicendum, quod opus creationis per ornatum animalium et plantarum consummatur quantum ad primam mundi consummationem, quae attenditur secundum statum mutabilitatis mundi, in ordine ad complendum numerum electorum ; non autem ad consummationem mundi simpliciter, ut dictum est.

 8. L'Ïuvre de crŽation est achevŽe par l'ornement des animaux et des plantes, quant ˆ la premi�re consommation du monde, qui est atteinte selon le statut de sa mobilitŽ, dans l'ordre pour complŽter le nombre des Žlus, mais non pour la consommation absolue du monde, comme on l'a dit.

q. 5 a. 9 ad 9 Ad nonum dicendum, quod elementa non dicuntur remunerari secundum se, quia non secundum se aliquid meruerunt ; sed dicuntur remunerari in quantum homines in eis remunerabuntur, prout scilicet eorum claritas in gloriam electorum cedet. Animalibus autem et plantis homines non indigebunt, sicut elementis, quae erunt locus quasi gloriae ipsorum ; et ideo non est simile.

 9. On ne dit pas que les ŽlŽments sont rŽcompensŽs en soi, parce qu'en soi, ils n'ont rien mŽritŽ ; mais on dit qu'ils sont rŽcompensŽs en tant que les hommes seront rŽcompensŽs en eux, selon que leur clartŽ se changera en la gloire des Žlus. Mais les hommes n'auront pas besoin des animaux et des plantes, comme des ŽlŽments, qui seront, pour ainsi dire, le lieu de leur gloire ; et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 5 a. 9 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet quantum ad vitam et cognitionem, plantae et animalia sint meliora quam elementa, tamen quantum ad simplicitatem, quae facit ad incorruptionem, sunt elementa Deo similiora.

 10. Bien que, en ce qui concerne la vie et la connaissance, les plantes et les animaux soient meilleurs que les ŽlŽments, cependant, par leur simplicitŽ, qui les rend incorruptibles, les ŽlŽments sont plus semblables ˆ Dieu.

q. 5 a. 9 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod in ipso homine continuatio quaedam naturarum apparebit, in quantum in eo congregatur et natura corporis mixti et natura vegetabilium et animalium.

 11. Dans l'homme m�me, la continuation des natures appara”tra, en tant qu'en lui se rassemblent la nature du corps mixte, et celle des vŽgŽtaux et des animaux.

q. 5 a. 9 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod alia fuit perfectio mundi creati et mundi consummati, ut supra dictum est ; et ideo non oportet ut sit de secunda perfectione quod fuit de prima.

 12. La perfection du monde crŽŽe a ŽtŽ autre que celle du monde consumŽ, comme on la dit ci-dessus, et c'est pourquoi il ne faut pas que ce qui est de la seconde perfection soit ce qui a ŽtŽ de la premi�re.

q. 5 a. 9 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod vermis ille qui ad poenam impiorum deputatur, non est intelligendus corporaliter, sed spiritualiter ; ut per vermem stimulus suae conscientiae intelligatur, ut Augustinus dicit [in XX de Civ. Dei] ; et secundum eumdem modum possunt exponi si qua similia inveniantur.

 13. Ce vers qui est destinŽ ˆ la peine des impies, n'est pas ˆ comprendre corporellement, mais spirituellement, pour que par lui on comprenne lÕaiguillon de la conscience, comme Augustin le dit (La CitŽ de Dieu, XX), et si on trouve d'autres expressions semblables, on peut les expliquer de la m�me mani�re

q. 5 a. 9 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod rationes seminales quae sunt in elementis, ad effectum producendum non sufficiunt nisi motu caeli coadiuvante ; et ideo motu caeli cessante non sequitur quod oporteat animalia vel plantas esse ; nec tamen sequitur quod rationes seminales sint frustra, quia sunt de perfectione ipsorum elementorum.

 14. Les raisons sŽminales, qui sont dans les ŽlŽments, ne suffisent pour produire un effet que si le mouvement du ciel vient ˆ leur aide ; et c'est pourquoi s'il cesse, il n'en dŽcoule pas qu'il faille que les animaux ou les plantes existent, et cependant il n'en dŽcoule pas que les raisons sŽminales soient vaines, parce qu'elles concernent la perfection des ŽlŽments eux-m�mes.

q. 5 a. 9 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod licet aliqua sint quae ad horam ab igne non consumantur, nihil tamen est quod finaliter ab igne non consumatur, si diu in igne remaneat, ut Galenus dicit ; et tamen ille ignis conflagrationis mundi erit multo violentior quam iste ignis quo utimur. Nec iterum ex sola ignis actione corpora mixta in illo igne destruentur, sed etiam ex cessatione motus caeli.

 15. Bien que certaines choses existent qui ne sont pas consumŽes sur lÕheure par le feu, il n'y a rien cependant qui ne soit consumŽ finalement par le feu, s'il lui demeure longtemps, comme Galien le dit ; et cependant ce feu de la conflagration du monde sera beaucoup plus violent que celui dont nous nous servons. Et ˆ nouveau de sa seule action les corps mixtes seront dŽtruits en lui, mais aussi par la cessation du mouvement du ciel.

q. 5 a. 9 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod universale tripliciter considerari potest ; et secundum quemlibet modum considerationis aliquo modo verum est quod universale est semper.

 16. On peut considŽrer l'universel de trois mani�res ; et sous quelque mode qu'on le consid�re il est vrai d'une certaine mani�re qu'il existe toujours.

Potest enim uno modo considerari natura universalis secundum quod abstrahit a quolibet esse : et sic verum est quod universale est semper, magis per remotionem causae determinantis ad aliquod tempus, quam per positionem causae perpetuitatis ; de ratione enim naturae universalis non est quod sit magis hoc tempore quam illo ; per quem etiam modum materia prima dicitur esse una.

a) Car on peut d'une mani�re considŽrer la nature universelle selon qu'elle est sŽparŽe de n'importe quel �tre ; et ainsi il est vrai que l'universel existe toujours plus par Žloignement de la cause dŽterminante pour un temps, que par la position de la cause de la perpŽtuitŽ, car il n'est pas de la dŽfinition de la nature universelle qu'elle existe plus dans un temps que dans un autre ; de cette mani�re on dit que la mati�re premi�re est une.

Alio modo potest considerari secundum esse quod habet in singularibus : et sic verum est quod est semper, quia est quandocumque est suum singulare ; sicut etiam dicitur esse ubique, quia est ubicumque est suum singulare, cum tamen multa loca sint ubi sua singularia non sunt ; unde nec ibi est universale.

b) D'une autre mani�re, elle peut �tre considŽrŽe selon son �tre dans les choses particuli�res, et ainsi il est vrai qu'elle existe toujours parce qu'elle existe toutes les fois qu'existe son �tre particulier. De m�me on dit aussi qu'elle est partout, n 'importe o� existe un �tre particulier qui la reprŽsente, alors que cependant il y a de nombreux endroits o� ses �tres particuliers ne sont pas : c'est pourquoi ici non plus ce n'est pas universel.

Tertio modo potest considerari secundum esse quod habet in intellectu : et sic etiam verum est quod universale est semper, praecipue in intellectu divino.

c) D'une troisi�me mani�re, on peut la considŽrer selon l'�tre qu'elle a dans l'intellect et ainsi il est vrai que l'universel existe toujours, principalement dans l'intellect divin.

 

 

 

Article 10 Ñ Les corps humains demeureront-ils quand cessera le mouvement du ciel ?

q. 5 a. 10 tit. 1 Decimo quaeritur utrum corpora humana remaneant, motu caeli cessante. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[620]

q. 5 a. 10Arg. 1 Quia dicitur I Cor. cap. XV, 50 : Caro et sanguis regnum Dei non possidebunt. Sed corpus hominis est ex carne et sanguine. Ergo in illo rerum fine humana corpora non remanebunt.

1. Parce qu'il est dit en I Cor. 15, 50 : ÇLa chair et le sang ne possŽderont pas le Royaume de Dieu.È Mais le corps de l'homme est de la chair et du sang. Donc en cette fin du monde, les corps humains ne demeureront pas.

q. 5 a. 10Arg. 2 Praeterea, omnis mixtio elementorum ex motu caeli causatur, cum ad mixtionem alteratio requiratur. Sed corpus humanum est corpus mixtum ex elementis. Ergo motu caeli cessante, remanere non potest.

2. Tout mŽlange des ŽlŽments est causŽ par le mouvement du ciel, puisque le changement est nŽcessaire pour la mŽlange. Mais le corps humain est un corps mixte d'ŽlŽments. Donc, si le mouvement du ciel cesse, il ne peut pas demeurer.

q. 5 a. 10Arg. 3 Praeterea, necessitas quae est ex materia, est necessitas absoluta, ut patet in II Physic.[com. 87 et 88]. Sed in corpore composito ex contrariis est necessitas ad corruptionem ex ipsa materia. Ergo impossibile est quin talia corpora corrumpantur ; et ita impossibile est quod remaneant post statum generationis et corruptionis. Corpora autem humana sunt huiusmodi. Ergo impossibile est quod in illo rerum fine remaneant.

3. La nŽcessitŽ qui vient de la mati�re est une nŽcessitŽ absolue, comme cela est exposŽ en Physique (II, 9, 200 a 1 Ð 200 a 14). Mais dans un corps composŽ de contraires, il y a nŽcessairement la corruption qui vient de la mati�re m�me. Donc il est impossible que de tels corps ne soient pas corrompus et quÕainsi ils demeurent apr�s un Žtat de gŽnŽration et de corruption. Mais les corps humains sont de ce genre. Donc il est impossible qu'ils demeurent en cette fin du monde.

q. 5 a. 10Arg. 4 Praeterea, homo cum brutis convenit in hoc quod habet corpus sensibile. Sed corpora sensibilia brutorum non remanebunt in illo mundi fine. Ergo nec corpora humana.

4. L'homme se rencontre avec les animaux du fait qu'il a un corps sensible. Mais les corps sensibles des animaux ne demeureront pas en cette fin du monde. Donc les corps humains non plus.

q. 5 a. 10Arg. 5 Praeterea, finis hominis est perfecta assimilatio ad Deum. Sed Deo, qui incorporeus est, magis assimilatur anima corpore absoluta, quam corpori unita. Ergo in illo statu finalis beatitudinis, animae absque corporibus erunt.

5. La fin de l'homme est la ressemblance parfaite ˆ Dieu. Mais l'‰me sŽparŽe du corps ressemble plus ˆ Dieu, qui est incorporel quÕunie au corps. Donc en cet Žtat de bŽatitude finale, les ‰mes seront sans corps.

q. 5 a. 10Arg. 6 Praeterea, ad perfectam hominis beatitudinem requiritur perfecta operatio intellectus. Sed operatio animae intellectivae a corpore absolutae est perfectior quam animae corpori unitae, quia, ut dicitur in Lib. de Causis, omnis virtus unita plus est infinita quam multiplicata. Formae autem separatae in se unitae sunt : materiae vero coniunctae, quodammodo ad plura diffunduntur. Ergo in illa perfecta beatitudine animae non erunt corpori unitae.

6. Pour la parfaite bŽatitude de l'homme, une parfaite opŽration de l'intellect est requise. Mais l'opŽration de l'‰me intellectuelle est plus parfaite sŽparŽe du corps quÕunie au corps, comme on le dit dans le Livre des Causes ( prop. 17), toute puissance unie est plus infinie qu'une puissance multipliŽe. Les formes sŽparŽes sont unies en soi, mais les mati�res jointes, sont rŽpandues d'une certaine mani�re en plusieurs. Donc dans cette parfaite bŽatitude, les ‰mes ne seront pas unies au corps.

q. 5 a. 10Arg. 7 Praeterea, elementa quae sunt in mixto, appetunt naturali appetitu propria ubi. Appetitus autem naturalis non potest esse vanus ; unde quod est contra naturam, non potest esse perpetuum. Non potest ergo esse quin elementa in corpore mixto existentia quandoque ad sua loca tendant, et sic corpus mixtum corrumpatur ; ergo post corruptionis statum non remanebunt humana corpora, quae sunt mixta.

7. Les ŽlŽments qui sont dans le mixte recherchent d'un appŽtit naturel leur propre site. Mais cet appŽtit naturel ne peut pas �tre vain. CÕest pourquoi ce qui est contre la nature ne peut pas �tre perpŽtuel. Il nÕest donc pas possible que les ŽlŽments qui existent dans le corps mixte parfois ne tendent pas ˆ leur site, et ainsi le corps mixte est corrompu ; donc apr�s l'Žtat de corruption, les corps humains qui sont des mixtes ne demeureront pas.

q. 5 a. 10Arg. 8 Praeterea, omnis motus naturalis cuiuscumque corporis a motu caeli dependet. Sed motus cordis, sine quo non potest esse humani corporis vita, est motus naturalis. Ergo cessante motu caeli remanere non poterit, et per consequens nec humani corporis vita.

8. Tout mouvement naturel d'un corps quelconque dŽpend du mouvement du ciel. Mais le mouvement du cÏur, sans quoi la vie du corps humain ne peut pas exister, est un mouvement naturel. Donc quand cessera le mouvement du ciel, il ne pourra pas demeurer, et par consŽquent, la vie du corps humain non plus.

q. 5 a. 10Arg. 9 Praeterea, membra humani corporis, pro maiori parte sunt ordinata ad usus competentes vitae animalis, sicut patet de venis et stomacho et huiusmodi, quae ordinatur ad nutrimentum. Animalis autem vita in homine non remanebit in illa beatitudine. Ergo nec membra corporis (alias enim frustra essent) ; et sic nec corpus humanum remanebit.

9. Les membres du corps humain, pour une majeure partie sont ordonnŽs ˆ l'usage appropriŽ de la vie physique, comme on le voit pour les veines, l'estomac, etc., qui sont ordonnŽs ˆ la nutrition ; mais la vie physique dans l'homme ne demeurera pas dans cette bŽatitude. Donc les membres du corps non plus (car autrement ils seraient inutiles) et ainsi le corps humain ne demeurera pas.

 

En sens contraire :

q. 5 a. 10 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur I ad Cor. cap. XV, 53 : Oportet corruptibile hoc induere incorruptionem. Hoc autem corruptibile, corpus est. Ergo corpus remanebit incorruptione indutum.

1. Il y a ce qui est dit en I Co., 15, 53 : ÇIl faut que cet �tre corruptible rev�te l'incorruptibilitŽ.È Ce qui est corruptible, c'est le corps. Donc le corps demeurera rev�tu d'incorruptibilitŽ.

q. 5 a. 10 s. c. 2 Praeterea, Philip. III, 21, dicitur : reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. Sed Christus corpus quod semel in resurrectione resumpsit, nunquam deposuit nec deponet : Rom. VI, 9 : Christus resurgens ex mortuis iam non moritur. Ergo et sancti in perpetuum vivent cum corporibus cum quibus resurgent ; et sic humana corpora post finem mundi manebunt.

2. En Phil. 3, 21, il est dit : ÇIl transfigurera notre corps d'humilitŽ pour le conformer ˆ son corps de gloire[621]È Mais le Christ nÕa jamais abandonnŽ et nÕabandonnera pas le corps quÕil a repris une fois ressuscitŽ. Rm 6, 9 : ÇLe Christ ressuscitŽ des morts ne meurt plus.È Donc les saints vivront Žternellement dans les corps avec lesquels ils ressusciteront, et ainsi les corps humains demeureront apr�s la fin du monde.

 

RŽponse :

q. 5 a. 10 co. Respondeo. Dicendum, quod sicut Augustinus dicit [XXII de Civ. Dei, c. XXVI], Porphyrius ponebat, ad perfectam beatitudinem humanae animae, omne corpus fugiendum esse ; et sic, secundum eum, anima in perfecta beatitudine existens, corpori unita esse non potest. Quam opinionem tangit Origenes in suo periarchon dicens : quosdam opinatos fuisse, sanctos corpora in resurrectione resumpta quandoque deposituros, ut sic ad Dei similitudinem in perfecta beatitudine vivant.

Comme le dit Augustin (La citŽ de Dieu, XXII, 26), Porphyre pensait que, pour la parfaite bŽatitude de l'‰me humaine, il fallait fuir tout corps, et ainsi selon lui, l'‰me dans la parfaite bŽatitude, ne peut pas �tre unie ˆ un corps. Orig�ne parle de cette opinion dans son Periarchon, en disant que certains ont pensŽ quÕun jour les saints abandonneront les corps quÕils auront repris ˆ la rŽsurrection, pour vivre ainsi dans une bŽatitude parfaite ˆ l'image de Dieu.

Sed haec positio praeter hoc quod est fidei contraria, ut ex auctoritatibus inductis et pluribus aliis patere potest, etiam a ratione discordat. Non enim perfectio beatitudinis esse poterit ubi deest naturae perfectio. Cum autem animae et corporis naturalis sit unio, et substantialis, non accidentalis, non potest esse quod natura animae sit perfecta, nisi sit corpori coniuncta ; et ideo anima separata a corpore, non potest ultimam perfectionem beatitudinis obtinere. Propter quod etiam dicit Augustinus in fine super Genes. ad Litt. [lib. XIII, cap. XXXV], quod animae sanctorum, ante resurrectionem, non ita perfecte fruuntur divina visione sicut postea ; unde in ultima perfectione beatitudinis oportebit corpora humana esse animabus unita.

Mais cette opinion, pour cela qu'elle est contraire ˆ la foi, comme on peut le voir des autoritŽs d'o� elle est tirŽe et de plusieurs autres, est aussi contraire ˆ la raison. Car la perfection de la bŽatitude ne pourra pas exister lˆ o� manque la perfection de la nature. Mais comme l'union du corps et de l'‰me est naturelle, substantielle, et non accidentelle, il n'est pas possible que la nature de l'‰me soit parfaite, si elle n'est pas unie ˆ un corps, et c'est pourquoi l'‰me sŽparŽe du corps ne peut pas obtenir la perfection supr�me de la bŽatitude. Pour cette raison, Augustin dit ˆ la fin de La Gen�se au sens littŽral, (XII, 35), que les ‰mes des saints ne jouiront pas avant la rŽsurrection, de mani�re aussi parfaite de la vision de Dieu, comme apr�s ; c'est pourquoi dans la supr�me perfection de la bŽatitude, il faudra que les corps humains soit unis aux ‰mes.

Positio autem praemissa procedit secundum opinionem illorum qui dicunt : animam accidentaliter uniri corpori, sicut nautam navi, aut hominem indumento. Unde et Plato dixit quod homo est anima corpore induta, ut Gregorius Nyssenus narrat De Anima, cap. X]

Mais la position ci-dessus proc�de de l'opinion de ceux qui disent que l'‰me est unie accidentellement au corps, comme la marin ˆ son navire, comme l'homme ˆ son v�tement. C'est pourquoi Platon aussi a dit que l'homme est une ‰me rev�tue d'un corps, comme GrŽgoire de Nysse le raconte (De l'‰me, X).

Sed hoc stare non potest, quia sic homo non esset ens per se, sed per accidens ; nec esset in genere substantiae, sed in genere accidentis, sicut hoc quod dico vestitum, et calceatum. Patet etiam quod rationes supra inductae de corporibus mixtis, non habent locum in homine, nam homo ordinatur ad perfectionem universi ut essentialis pars ipsius, cum in homine sit aliquid quod non continetur virtute nec in elementis nec in caelestibus corporibus, scilicet anima rationalis. Corpus etiam hominis ordinatur ad hominem, non secundum animalem vitam tantum, sed ad perfectionem naturae ipsius. Et quamvis corpus hominis sit ex contrariis compositum, inerit tamen principium incorruptibile, quod poterit praeservare a corruptione absque violentia, cum sit intrinsecum. Et hoc poterit esse sufficiens principium motus, motu caeli cessante, cum a motu caeli non dependeat.

Mais cela n'est pas possible parce que, ainsi, l'homme ne serait pas un �tre par soi, mais par accident, et il ne serait pas dans le genre de la substance mais dans celui de l'accident, comme ce qu'on dit v�tu, ou chaussŽ. Car il est clair que les raisons prŽsentŽes plus haut au sujet des corps mixtes, n'ont pas de place dans l'homme, car il est ordonnŽ ˆ la perfection de l'univers, comme sa partie essentielle, puisquÕen lui, il y a quelque chose qui n'est pas contenu par le pouvoir, ni dans les ŽlŽments, ni dans les corps cŽlestes, ˆ savoir l'‰me rationnelle. Mais le corps de l'homme lui est ordonnŽ, pas seulement pour la vie physique, mais pour la perfection de sa nature. Et quoique son corps soit composŽ de contraires, il y a en lui cependant un principe incorruptible, qui pourra le prŽserver de la corruption sans violence, puisqu'il est intrins�que. Et cela pourra �tre un principe suffisant de mouvement, si le mouvement du ciel cesse, puisqu'il n'en dŽpend pas.

 

Solutions :

q. 5 a. 10 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod per carnem et sanguinem intelligitur corruptio carnis et sanguinis ; unde in eadem auctoritate subditur : Neque corruptio incorruptelam possidebit.

 1. Par la chair et le sang on comprend leur corruption ; c'est pourquoi dans la m�me autoritŽ il est ajoutŽ :La corruption ne possŽdera pas lÕincorruptibilitŽÈ.

q. 5 a. 10 ad 2 Ad secundum dicendum, quod motus est causa mixtionis secundum fieri ; sed conservatio eius est per formam substantialem, et ulterius per principia caelo altiora, ut in superioribus quaestionibus patet.

 2. Le mouvement est la cause du mixte en son devenir ; mais sa conservation vient par la forme substantielle et plus tard par des principes plus ŽlevŽs que le ciel, comme cela para”t dans les questions prŽcŽdentes.

q. 5 a. 10 ad 3 Ad tertium dicendum, quod anima rationalis ex perfecta unione ad Deum, omnino super materiam victoriam habebit ; et sic licet materia sibi relicta corruptibilis sit, tamen ex virtute animae incorruptionem sortiretur.

 3. L'‰me rationnelle, par son union parfaite ˆ Dieu, aura tout ˆ fait la victoire sur la mati�re ; et ainsi, bien que la mati�re laissŽe ˆ elle-m�me soit corruptible, elle obtiendra l'incorruptibilitŽ par le pouvoir de l'‰me.

q. 5 a. 10 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sensibilitas in homine est a principio incorruptibili, scilicet ab anima rationali ; in brutis autem est a principio corruptibili ; et ideo corpus sensibile hominis in perpetuum potest remanere, non autem corpus sensibile bruti.

 4. La sensibilitŽ dans l'homme vient d'un principe incorruptible, c'est-ˆ-dire de l'‰me rationnelle ; mais dans les animaux elle vient d'un principe corruptible ; et c'est pourquoi le corps physique de l'homme peut demeurer Žternellement, mais pas celui de l'animal.

q. 5 a. 10 ad 5 Ad quintum dicendum, quod anima corpori unita plus assimilatur Deo quam a corpore separata, quia perfectius habet suam naturam. Intantum enim unumquodque Deo simile est, in quantum perfectum est, licet non sit unius modi perfectio Dei et perfectio creaturae.

 5. L'‰me unie au corps ressemble plus ˆ Dieu que sŽparŽe du corps, parce quÕelle poss�de plus parfaitement sa nature. Car chaque �tre est parfait, en tant qu'il est semblable ˆ Dieu, bien que la perfection de Dieu et celle de la crŽature ne rel�ve pas d'un seul mode.

q. 5 a. 10 ad 6 Ad sextum dicendum, quod anima corpori unita non multiplicatur per modum formarum materialium quae sunt divisibiles divisione subiecti, sed in se remanet simplex et una ; unde eius operatio non impedietur ex corporis unione, quando corpus omnino erit subiectum animae ; nunc autem impeditur ex corporis unione, propter hoc quod anima non perfecte dominatur in corpus.

 6. L'‰me unie au corps n'est pas multipliŽe ˆ la mani�re des formes matŽrielles qui sont divisibles par la division du sujet, mais elle demeure en soi une et simple ; c'est pourquoi son opŽration ne sera pas emp�chŽe par l'union au corps, quand celui-ci sera tout ˆ fait assujetti ˆ l'‰me ; mais maintenant elle en est emp�chŽe du fait qu'elle n'en est pas parfaitement ma”tresse.

q. 5 a. 10 ad 7 Ad septimum dicendum, quod appetitus naturalis elementorum tendendi in propria loca, per dominium animae in corpus retinebitur, ne dissolutio elementorum fiat, quia elementa perfectius esse habebunt in corpore hominis quam in suis locis haberent.

 7. L'appŽtit naturel des ŽlŽments qui tendent ˆ leurs sites propres, est retenu par la domination de l'‰me sur le corps, pour que la dissolution des ŽlŽments ne se fasse pas, parce qu'ils auront un �tre plus parfait dans le corps de l'homme qu'ils ne l'auraient dans leurs sites propres.

q. 5 a. 10 ad 8 Ad octavum dicendum, quod motus cordis in homine causabitur ex natura animae rationalis, quae a motu caeli non dependet ; et ideo motus ille non cessabit, motu caeli cessante.

 8. Le mouvement du cÏur dans l'homme sera causŽ par la nature de l'‰me rationnelle, qui ne dŽpend pas du mouvement du ciel, et c'est pourquoi ce mouvement ne cessera pas, quand le mouvement du ciel cessera.

q. 5 a. 10 ad 9 Ad nonum dicendum, quod omnia membra corporis remanebunt, non propter usus animalis vitae, sed propter perfectionem naturae hominis.

 9. Tous les membres du corps demeureront, non ˆ cause de l'usage de la vie physique, mais de la perfection de la nature de l'homme.

 

 

 

Question 6 Ð Les miracles

q. 6 pr. 1 Et primo quaeritur utrum Deus possit in rebus creatis aliquid operari praeter causas naturales, vel contra naturam, vel contra cursum naturae.

1. Dieu peut-il opŽrer dans les crŽatures au-delˆ des causes naturelles, contre la nature ou contre son cours ?

q. 6 pr. 2 Secundo utrum omnia quae Deus facit contra cursum naturae, possint dici miracula.

2. Peut-on appeler miracle tout ce que Dieu fait contre le cours de la nature ?

q. 6 pr. 3 Tertio utrum creaturae spirituales sua naturali virtute possint miracula facere.

3. Les crŽatures spirituelles peuvent-elles faire des miracles par leur pouvoir naturel ?.

q. 6 pr. 4 Quarto utrum boni Angeli et homines per aliquod donum gratiae miracula facere possint.

4. Les bons anges et les hommes peuvent-ils faire des miracles par un don de la gr‰ce ?

q. 6 pr. 5 Quinto utrum Daemones cooperentur ad miracula facienda.

5. Les dŽmons coop�rent-ils aux miracles ?

q. 6 pr. 6 Sexto utrum Daemones vel Angeli habeant corpora sibi naturaliter unita.

6. Les dŽmons ou les anges ont-ils des corps qui leur sont unis naturellement ?

q. 6 pr. 7 Septimo utrum Angeli vel Daemones possint corpora assumere.

7. Les anges ou les dŽmons peuvent-ils assumer un corps ?

q. 6 pr. 8 Octavo utrum Angelus vel Daemon, vel corpus assumptum possit operationes viventis corporis exercere.

8. LÕange ou le dŽmon, en assumant un corps peut-il pratiquer les opŽration dÕun corps vivant

q. 6 pr. 9 Nono utrum operatio miraculi sit attribuenda fidei.

9. OpŽrer un miracle doit-il �tre attribuŽ ˆ la foi ?

q. 6 pr. 10 Decimo utrum Daemones cogantur aliquibus sensibilibus et corporalibus rebus, factis aut verbis ad miracula facienda, quae per magicas artes fieri videntur.

10. Les dŽmons sont-ils forcŽs, par des objets sensibles et corporels, des ŽvŽnements ou des paroles, dÕaccomplir des miracles qui paraissent accomplis par les arts magiques ?

 

 

 

Article 1 Ñ Dieu peut-il opŽrer dans les crŽatures au-delˆ des causes naturelles, ou contre la nature ou contre son cours ?[622]

 

Objections :

q. 6 a.1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum Deus possit in rebus creatis aliquid operari praeter causas naturales, vel contra naturam, vel contra cursum naturae. Et videtur quod non.

Il semble que non[623].

q. 6 a.1Arg. 1 Quia in Glossa Rom. XI, 24 [ordinaria ibi : Contra naturam insertus est], dicitur : Deus omnium naturarum conditor, nihil contra naturam facit.

1. La glose de Rm. 11, 24 (glose ordinaire) : ÇIl a ŽtŽ greffŽ contre natureÈ] dit : ÇDieu, crŽateur de toutes les natures, ne fait rien contre la nature[624].È

q. 6 a.1Arg. 2 Praeterea, alia Glossa dicit ibidem : Contra legem naturae tam Deus facere non potest quam contra se ipsum. Contra se ipsum autem nullo modo facere potest : quia se ipsum negare non potest, ut dicitur II Tim. cap. II, 13. Ergo nec contra naturae ordinem, qui est lex naturae, Deus facere potest.

2. Une autre glose dit au m�me endroit : ÇDieu ne peut pas agir contre la loi de la nature, pas plus que contre lui-m�me.È Il ne peut agir en aucune mani�re contre lui-m�me, parce quÕil Çne peut se nier lui-m�meÈ, comme il est dit 2 Tm, 2, 13. Donc Dieu ne peut agir contre lÕordre de la nature qui en est la loi.

q. 6 a.1Arg. 3 Praeterea, sicut ordo humanae iustitiae derivatur a divina iustitia, ita ordo naturae derivatur a divina sapientia ; ipsa enim est quae disponit omnia suaviter, ut dicitur Sap. cap. VIII, 1. Sed contra ordinem humanae iustitiae Deus facere non potest : sic enim esset causa peccati, quod solum ordini iustitiae repugnat. Cum ergo non minor sit Dei sapientia, quam eius iustitia, videtur quod nec contra ordinem naturae facere possit.

3. De m�me que lÕordre de la justice humaine est dŽrivŽ de la justice de Dieu, celui de la nature est dŽrivŽ de la sagesse de Dieu[625] ; car c'est elle qui Çdispose tout avec bienfaisanceÈ comme il est dit en Sg. 8, 1. Mais Dieu ne peut pas agir contre lÕordre de la justice humaine ; car ainsi il serait cause du pŽchŽ, qui seul sÕoppose ˆ lÕordre de la justice. Donc comme la sagesse de Dieu nÕest pas infŽrieure ˆ sa justice, il semble quÕil ne peut pas agir contre lÕordre de la nature.

q. 6 a.1Arg. 4 Praeterea, quandocumque Deus operatur in creaturis per rationes seminales, non fit aliquid contra naturae cursum. Sed non potest Deus aliquid convenienter operari in natura praeter rationes seminales naturae inditas. Ergo Deus non potest convenienter contra cursum naturae facere. Probatio mediae. Augustinus enim dicit [in III de Trin., cap. X1 et XII], quod visibiles apparitiones patribus exhibitae sunt mediante ministerio Angelorum, ex hoc quod Deus corpora regit per spiritus. Sed similiter corpora inferiora regit per superiora, ut ipse dicit [in eodem lib., cap IV], et similiter potest dici, quod effectus quoslibet regit per causas. Cum ergo in causis naturalibus rationes seminales sint inditae, videtur quod Deus convenienter non possit operari in effectibus naturalibus, nisi rationibus seminalibus mediantibus : et sic nihil fiet ab eo contra cursum naturae.

4. [1[626]]Toutes les fois que Dieu op�re dans les crŽatures par les raisons sŽminales[627], rien nÕest fait contre le cours de la nature. [2] Mais il ne peut pas opŽrer convenablement dans la nature en dehors de celles de la nature qui y sont induites. [3] Donc, il ne peut pas agir avec convenance contre le cours de la nature. Preuve de la proposition intermŽdiaire [2] : En effet, Augustin dit (La TrinitŽ, III, XI et XII) que les apparitions qui ont ŽtŽ vues par les patriarches ont ŽtŽ accomplies par lÕintermŽdiaire du minist�re des anges, du fait que Dieu gouverne les corps par les esprits. Mais de la m�me mani�re, il gouverne les corps infŽrieurs par les corps supŽrieurs, comme il le dit lui-m�me, (dans le m�me livre, ch. IV), et, de la m�me mani�re, on peut dire quÕil gouverne tous les effets par les causes. Donc comme les raisons sŽminales sont induites dans les causes naturelles, il semble que Dieu ne puisse agir convenablement dans les effets naturels que par lÕintermŽdiaire des raisonss sŽminales et ainsi il ne fera rien contre le cours de la nature.

q. 6 a.1Arg. 5 Praeterea, Deus non potest facere quod affirmatio et negatio sint simul vera, quia cum hoc sit contra rationem entis in quantum est ens, est etiam contra rationem creaturae ; prima namque rerum creaturarum est esse, ut dicitur in libro de causis [prop. 4]. Praedictum autem principium, cum sit primum inter omnia principia, in quod omnia alia resolvuntur, ut probatur in IV Metaph., oportet quod in qualibet necessaria propositione includatur, et quod eius oppositum includatur in quolibet impossibili. Cum ergo ea quae sunt contra cursum naturae sint impossibilia in natura,- sicut caecum fieri videntem, et mortuum fieri viventem,- in huiusmodi oppositum dicti principii includetur. Ergo ea quae sunt contra cursum naturae, Deus facere non potest.

5. Dieu ne peut faire que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies en m�me temps[628], parce que, comme c'est contre la nature de l'Žtant en tant que tel, c'est aussi contre celle de la crŽature ; car la premi�re des choses crŽŽes est lÕ�tre, comme il est dit dans le livre Des causes (prop. IV). Il faut que ce principe, puisquÕil est le premier de tous les principes en qui tous les autres sont rŽsolus, comme on le prouve (MŽtaphysique IV, 3, 1005 b 19[629]), soit inclus en nÕimporte quelle proposition nŽcessaire et que son opposŽ soit inclus en tout ce qui est impossible. Donc, comme ce qui est contre le cours de la nature est impossible en elle, Ñ ainsi qu'un aveugle voit et qu'un mort revive Ñ cela est inclus dans un tel contraire ˆ ce principe. Donc Dieu ne peut pas faire ce qui est contre le cours de la nature.

q. 6 a.1Arg. 6 Praeterea, quaedam Glossa dicit, Ephes. cap. III, 7 sq. quod Deus contra causas quas voluntate instituit, mutabili voluntate, nihil facit. Sed causas naturales Deus voluntate sua instituit. Ergo contra eas nihil facit nec facere potest, sicut non potest esse mutabilis ; mutabilitas enim voluntatis videtur cum aliquis facit contra id quod prius voluntate instituit.

6. Une glose dit (Eph. 3, 7) que Dieu ne fait rien contre les causes quÕil a Žtabli par sa volontŽ, sÕil change de volontŽ. Mais Dieu a Žtabli les causes naturelles par sa volontŽ. Donc il ne fait rien et il ne peut rien faire contre elles, de m�me quÕil ne peut pas changer ; car le changement de volontŽ appara”t quand quelquÕun agit contre ce quÕil a dŽcidŽ dÕabord par elle.

q. 6 a.1Arg. 7 Praeterea, bonum universi est bonum ordinis, ad quem pertinet cursus naturalium rerum. Sed Deus non potest facere contra bonum universi, quia ex sua bonitate summa provenit quod omnia sint valde bona secundum ordinem universi. Ergo Deus non potest facere contra cursum naturalium rerum.

7. Le bien de lÕunivers est celui de lÕordre auquel se rattache le cours des choses naturelles. Mais Dieu ne peut pas agir contre le bien de lÕunivers, parce que de sa bontŽ supr�me provient que tout est tout ˆ fait bon, dans lÕordre de lÕunivers. Donc, il ne peut agir contre le cours des choses naturelles.

q. 6 a.1Arg. 8 Praeterea, Deus non potest esse causa mali. Malum autem, secundum Augustinum [de nat. boni, cap. IV], est privatio modi, speciei et ordinis. Ergo Deus non potest facere, contra cursum naturae, qui pertinet ad ordinem universi.

8. Dieu ne peut pas �tre la cause du mal. Mais selon Augustin (La nature du bien, IV), le mal est la privation du mode, de lÕesp�ce et de lÕordre. Donc Dieu ne peut pas agir contre le cours de la nature qui appartient ˆ lÕordre de lÕunivers.

q. 6 a.1Arg. 9 Praeterea, Genes. II, 2, dicitur, quod [Deus] die septimo cessavit ab omni opere quod patrarat ; et hoc ideo secundum Glossam ordinariam, quia cessavit a novis operibus condendis. Sed in operibus sex dierum non fecit aliquid contra cursum naturae. Unde Augustinus dicit, quod in operibus sex dierum non quaeritur quid Deus miraculose facere possit, sed quid rerum natura patiatur, quam tunc Deus instituit. Ergo nec postea Deus aliquid fecit contra naturae cursum.

9. Il est dit en Gn. 2, 2, : Ç (Dieu) acheva[630] le septi�me jour toute lÕÏuvre quÕil avait accomplieÈ ; et selon la glose ordinaire, parce quÕil cessa de crŽer des Ïuvres nouvelles. Mais dans les Ïuvres des six jours, il ne fit rien contre le cours de la nature. CÕest pourquoi Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II) dit que, dans les Ïuvres des six jours, on ne cherche pas ce que Dieu pourrait faire miraculeusement, mais ce que supporte la nature que Dieu institua alors. Donc par la suite Dieu ne fit rien contre le cours de la nature.

q. 6 a.1Arg. 10 Praeterea, secundum philosophum [in VII Metaph.] natura est causa ordinationis in omnibus. Sed Deus non potest facere aliquid nisi ordinatum, quia, ut dicitur Rom. cap. XIII, 1 : quae a Deo sunt, ordinata sunt. Ergo non potest facere aliquid contra naturam.

10. Selon les philosophes (MŽtaphysique, VII, 3, 1029 a 20[631]), la nature est la cause de la mise en ordre en tout. Mais Dieu ne peut rien faire quÕordonnŽ, parce que, comme il est dit en Rm. 13, 1[632] : ÇCe qui vient de Dieu a ŽtŽ mis en ordreÈ. Donc il ne peut rien faire contre la nature.

q. 6 a.1Arg. 11 Praeterea, sicuti ratio humana a Deo est, ita et natura. Sed contra principia rationis Deus facere non potest, sicut quod genus de specie non praedicetur, vel quod latus quadrati sit commensurabile diametro. Ergo nec contra principia naturae Deus facere potest.

11. La raison de l'homme vient de Dieu, la nature aussi. Mais Dieu ne peut pas agir contre les principes de la raison : par exemple faire en sorte que le genre ne soit pas attribuŽ ˆ lÕesp�ce ou que le c™tŽ du carrŽ soit commensurable ˆ la diagonale. Donc Dieu ne peut pas agir non plus contre le principe de la nature.

q. 6 a.1Arg. 12 Praeterea, totus naturae cursus a divina sapientia progreditur, sicut artificiata ab arte humana, ut Augustinus dicit super illud Ioan., cap. I, 3-4 : Quod factum est in ipso vita erat. Sed artifex non facit aliquod contra artem suam nisi per errorem, qui in Deo esse non potest. Ergo nec Deus facit aliquid contra cursum naturae.

12. Tout le cours de la nature vient de la sagesse divine, de m�me que les Ïuvres artisanales de lÕart humain, comme Augustin le dit (Commentaire sur saint Jean, 1, 3-4) ˆ propos de ce verset : ÇCe qui a ŽtŽ fait Žtait la vie en lui È. Mais lÕartisan ne fait rien contre son art sinon par erreur, erreur impossible ˆ Dieu. Donc Dieu ne fait rien contre le cours de la nature.

q. 6 a.1Arg. 13 Praeterea, philosophus [in II Phys., texte 78] dicit, quod sicut agitur unumquodque, ita natum est agi. Sed quod ita natum est agi sicut agitur, non fit contra cursum naturae. Ergo nihil fit contra naturae cursum.

13. Le philosophe dit (Physique, II, 8, 199 a 8 ss[633].) : chaque chose est faite, comme elle est destinŽe ˆ �tre faite. Mais ce qui est destinŽ ˆ �tre fait, comme il est fait, nÕest pas fait contre le cours de la nature. Donc rien nÕest fait contre le cours de la nature.

q. 6 a.1Arg. 14 Praeterea, Anselmus dicit, Lib. I : Cur Deus homo [capit. XX] quod minimum inconveniens Deo est impossibile. Inconveniens autem est quod cursus naturae mutetur, conveniens est autem quod servetur. Ergo impossibile est quod Deus contra cursum naturae faceret.

14. Anselme (Cur Deus homo, I, 20, PL 158, 392 A) dit que la plus petite inconvenance est impossible ˆ Dieu. Il est inconvenant de changer le cours de la nature, il convient de le conserver. Donc il est impossible que Dieu agisse contre le cours de la nature[634].

q. 6 a.1Arg. 15 Praeterea, sicut se habet scientia ad falsum, ita se habet potentia ad impossibile. Sed Deus non potest scire id quod est falsum in natura. Ergo Deus non potest facere id quod est contra cursum naturae, quia hoc est impossibile in natura.

15. Le rapport de la science ˆ lÕerreur est le m�me que celui de la puissance ˆ lÕimpossible. Mais Dieu ne peut pas conna”tre ce qui est faux dans la nature[635]. Donc il ne peut pas faire ce qui est contre son cours, parce que cela y est impossible.

q. 6 a.1Arg. 16 Praeterea, magis est impossibile quod est impossibile per se quam quod est impossibile per accidens, quia quod per se est tale, magis est tale. Sed id quod fuit non fuisse est impossibile per accidens ; quod tamen Deus facere non potest, ut Hieronymus dicit et etiam philosophus [in VI Ethic., capit. II]. Ergo nec quae sunt contra cursum naturae, quae sunt impossibilia per se, ut caecum videre, facere Deus non potest.

16. Est plus impossible ce qui est impossible par soi que ce qui est impossible par accident, parce que ce qui est tel par soi, lÕest davantage. Mais il est impossible par accident que ce qui a existŽ ne lÕait pas ŽtŽ ; ce que cependant Dieu ne peut pas faire, comme JŽr™me[636] le dit et aussi le Philosophe (Eth. VI, 2, 1139 b 10[637]). Donc ce qui est contre le cours de la nature, qui est impossible en soi, comme que lÕaveugle voit, Dieu ne peut pas le faire.

q. 6 a.1Arg. 17 Praeterea, secundum philosophum [in III Ethic.] violentum est cuius principium est extra, nil conferente vim passo. Sed ad ea quae sunt contra cursum naturae, res naturales conferre non possunt. Ergo si a Deo fiant, erunt violenta : et sic non erunt permanentia ; quod videtur inconveniens, nam caecis illuminatis divinitus permanet visum.

17. Selon le Philosophe, (Eth. III, 1109 b 35[638]), est violent ce dont le principe est extŽrieur, sans que celui qui supporte nÕapporte rien. Mais ce qui est naturel ne peut pas apporter ˆ ce qui est contre le cours de la nature. Donc si elles sont faites par Dieu, ce sera par violence et ainsi elles ne demeureront pas, ce qui ne para”t pas convenir, car la vue demeure de mani�re divine pour les aveugles ˆ qui la vue a ŽtŽ rendue.

q. 6 a.1Arg. 18 Praeterea, cum omne genus per potentiam et actum dividatur, ut patet in III Physic.[com. 34], ad potentiam autem potentia passiva pertineat, ad actum autem activa ; oportet quod illa sola potentia passiva inveniatur in natura ad quae invenitur potentia activa naturalis, hoc enim est eiusdem generis ; et hoc etiam dicit Commentator in IX Metaph. [text. 11 et 17] Sed ad ea quae sunt contra cursum naturae non invenitur aliqua potentia activa naturalis ; ergo nec potentia passiva. Sed illa respectu quorum non est potentia passiva in creatura, dicimus non posse fieri, quamvis Deus per suam omnipotentiam omnia facere possit. Ergo ea quae sunt contra cursum naturae, fieri non possunt propter defectum creaturae, etsi non propter defectum divinae potentiae.

18. Comme tout genre est divisŽ par la puissance et par lÕacte, comme on le voit en Physique, (III, 1, 201 a 9), la puissance passive appartient ˆ la puissance, la puissance active ˆ lÕacte : il faut qu'on trouve cette seule puissance passive dans la nature pour laquelle on trouve une puissance active naturelle, car c'est du m�me genre et cela le Commentateur le dit (MŽtaphysique IX, 8, 1050 b 8). Mais pour ce qui est contre le cours de la nature, on ne trouve pas de puissance active naturelle, donc de puissance passive non plus. Mais celles en considŽration desquelles il nÕy a pas de puissance passive dans la crŽature, nous disons quÕelle ne peut pas �tre faite, quoique Dieu par sa toute puissance puisse tout faire. Donc ce qui est contre le cours de la nature ne peut pas �tre fait ˆ cause de la dŽfaillance de la crŽature, m�me si ne nÕest pas ˆ cause de celle de la puissance divine.

q. 6 a.1Arg. 19 Praeterea, quidquid Deus aliquando facit non esset inconveniens, etiam si semper faceret. Esset autem inconveniens, si Deus omnes effectus naturales crearet non mediantibus causis naturalibus, quia tunc res naturales suis operationibus destituerentur. Ergo inconveniens est quod aliquem effectum in istis inferioribus faciat aliquando non mediantibus causis naturalibus. Eis autem mediantibus non facit aliquid contra cursum naturae. Ergo Deus nihil facit contra cursum naturae.

19. Ce que Dieu fait quelquefois ne serait pas inconvenant, m�me sÕil le faisait toujours. Mais il serait inconvenant que Dieu crŽe tous les effets naturels sans lÕintermŽdiaire des causes naturelles, parce que les �tres naturels seraient privŽs de leurs opŽrations. Donc il ne convient pas quÕil produise quelquefois un effet dans ces �tres infŽrieurs sans lÕintermŽdiaire des causes naturelles. Par leur intermŽdiaire, il ne fait rien contre le cours de la nature. Donc il ne fait rien contre lui.

q. 6 a.1Arg. 20 Praeterea, causa per se essentialem ordinem habet ad suum effectum, et e converso. Sed Deus non potest alicui rei auferre quod est sibi essentiale, ea manente, sicut quod sit homo et non sit animal. Ergo non potest effectum aliquem producere sine causa naturali quae ad huiusmodi effectum habet essentialem ordinem, sicut quod faciat visum sine causis naturalibus ex quibus visus natus est causari.

20. La cause en soi a un rapport essentiel ˆ son effet et inversement. Mais Dieu ne peut enlever ˆ une chose ce qui lui est essentiel, tant quÕelle demeure ; par exemple qu'il soit un homme, sans �tre un animal. Donc il ne peut produire un effet sans la cause naturelle qui a un rapport essentiel ˆ un tel effet ; ainsi rendre la vue sans les causes naturelles ˆ partir desquelles elle est destinŽe ˆ �tre causŽe.

q. 6 a.1Arg. 21 Praeterea, inconveniens est ut maius bonum dimittatur pro minori bono. Sed bonum universi est maius quam aliquod bonum particulare cuiuscumque, unde Augustinus [Enchirid., cap. X] dicit, quod Deus facit bona etiam singula, simul autem omnia valde bona propter ordinem universi. Ergo inconveniens est quod propter salutem alicuius hominis vel alicuius gentis, Deus mutet cursum naturae, qui pertinet ad ordinem universi, in quo bonum eius consistit. Numquam ergo Deus facit contra cursum naturae.

21. Il ne convient pas que lÕhomme, en tant qu'il est un bien plus grand, soit abandonnŽ pour un bien plus petit. Mais le bien de lÕunivers est plus grand que le bien particulier de nÕimporte quoi. CÕest pourquoi Augustin dit (Enchiridion II, 10) que Dieu a produit des biens particuliers, mais en m�me temps tous les biens en vue de l'ordre de l'univers. Donc il ne convient pas quÕˆ cause du salut dÕun homme ou dÕun peuple, Dieu change le cours de la nature, qui appartient ˆ lÕordre de lÕunivers, en quoi consiste son bien. Donc jamais Dieu nÕagit contre le cours de la nature.

 

En sens contraire :

q. 6 a.1 s. c. 1 Sed contra. A privatione in habitum non potest fieri regressus secundum naturam ; fit autem operatione divina ; unde dicitur Matth., XI, 5 : Caeci vident (...), surdi audiunt et cetera. Ergo Deus facit aliquid contra cursum naturae.

1. Apr�s avoir ŽtŽ privŽe de ce qu'elle a, la nature ne peut faire un retour en arri�re, mais il est fait par lÕopŽration divine ; cÕest pour cela quÕil est dit en Mt. 11, 5 :ÇLes aveugles voientÉ les sourds entendentÈ etc. Donc Dieu agit contre le cours de la nature.

q. 6 a.1 s. c. 2 Praeterea, potestas superioris non dependet a potestate inferioris, nec secundum eam limitatur. Sed Deus est superior quam natura. Ergo non limitatur eius potentia secundum potentiam naturae ; et sic nihil prohibet ipsum operari aliquid contra cursum naturae.

2. Le pouvoir du supŽrieur ne dŽpend pas du pouvoir de l'infŽrieur, et nÕest pas limitŽ par lui. Mais Dieu est supŽrieur ˆ la nature. Donc sa puissance nÕest pas limitŽe par la puissance de la nature ; et ainsi rien ne lÕemp�che dÕopŽrer contre le cours de la nature.

RŽponse :

 

q. 6 a.1 co. Respondeo. Dicendum quod absque omni dubio Deus in rebus creatis potest operari praeter causas creatas, sicut et ipse operatur in omnibus causis creatis, ut alibi ostensum est ; et operando praeter causas creatas potest operari eosdem effectus quos eisdem mediantibus operatur, et eodem ordine, vel etiam alios, et alio ordine ; et sic potest aliquid facere contra communem et solitum cursum naturae. Cuius veritatis manifestabitur ratio, si ea consideremus quae huic veritati adversari videntur : quae quidem sunt tria.

Il faut dire, sans doute aucun que Dieu peut opŽrer dans les crŽatures, en dehors des causes crŽŽes, de m�me que lui-m�me op�re en toutes les causes, comme on lÕa montrŽ ailleurs[639] ; et en opŽrant au delˆ des causes crŽŽes, il peut opŽrer les m�mes effets que ceux quÕil produit par leur intermŽdiaire et dans le m�me ordre, ou dÕautres aussi dans un ordre diffŽrent ; et ainsi il peut agir contre le cours commun et habituel de la nature. La raison de cette vŽritŽ deviendra manifeste, si nous considŽrons ce qui para”t sÕopposer ˆ la vŽritŽ ; les objections sont au nombre de trois :

Primum est quorumdam antiquorum philosophorum opinio, qui posuerunt istas res corporeas non habere aliam causam superiorem quae sit eis causa essendi ; et sic posuerunt eorum aliqui, ut Anaxagoras, intellectum causam alicuius motus in eis, ut segregationis. Secundum autem hanc positionem, a nulla causa supernaturali naturales formae, quae sunt naturalium actionum principia, possunt immutari, nec earum operationes impediri ; et sic nihil potest fieri contra cursum naturae qui ex necessitate harum causarum corporalium ordinatur. Sed haec positio est falsa, quia oportet illud quod est principium in entibus, esse causam essendi omnibus aliis, sicut summe calidum est causa caliditatis omnibus aliis, ut dicitur in II Metaphys. Et de hoc plenius alibi tractatum est, ubi ostensum est quod nihil potest esse nisi a Deo.

1) La premi�re objection est lÕopinion de quelques philosophes anciens qui pens�rent que les corps nÕavaient pas une autre cause supŽrieure qui soit pour eux cause dÕ�tre ; et ainsi quelques-uns dÕentre eux, comme Anaxagore, ont pensŽ que lÕintellect Žtait la cause du mouvement en eux, comme la sŽparation. Selon cette opinion, les formes naturelles, qui sont principes des actions naturelles, ne peuvent �tre modifiŽes par aucune cause surnaturelle ni leurs opŽrations emp�chŽes ; et ainsi rien ne peut �tre fait contre le cours de la nature qui est ordonnŽ par la nŽcessitŽ de ces causes corporelles. Mais cette position est fausse, parce quÕil faut que ce qui est le principe dans les �tres soit la cause dÕ�tre de tous les autres, de m�me que ce qui est supr�mement chaud est cause de la chaleur de toutes les autres objets, comme il est dit en MŽtaphysique (II, 1, 993 b 25[640]). Et on a traitŽ cela plus abondamment ailleurs (Ia, qu. 44, a. 1), o� on a montrŽ que rien ne peut exister sinon par Dieu.

Secundum autem quod praedictam veritatem impedire potest, est opinio aliorum philosophorum, qui dixerunt, Deum esse causam omnium entium per eius intellectum. Sed dixerunt quod Deus de entibus habet universalem quamdam cognitionem in quantum cognoscit seipsum, et quod ipse est principium essendi omnibus entibus, non autem propriam de unoquoque. A scientia autem communi et universali non sequuntur particulares effectus, nisi mediantibus particularibus conceptionibus. Si enim sciam quod omnis fornicatio est fugienda, non fugiam hunc actum nisi accipiam hunc actum esse fornicationem. Et secundum hoc dicunt quidam, quod a Deo non progrediuntur effectus particulares nisi mediantibus causis aliis per ordinem, quarum superiores sunt magis universales, inferiores vero magis particulares ; et secundum hoc Deus nihil poterit facere contra cursum naturae. Sed ista positio est falsa, nam cum Deus seipsum perfecte cognoscat, oportet quod cognoscat quidquid in ipso quocumque modo est. In eo autem est similitudo cuiuslibet causati, in quantum nihil esse potest quod eum non imitetur ; unde oportet quod de omnibus propriam cognitionem habeat, sicut alibi plenius ostensum est.

2) La seconde objection qui peut s'opposer ˆ cette vŽritŽ, cÕest lÕopinion dÕautres philosophes qui ont dit que Dieu est cause de tous les �tres par son intelligence. Mais ils ont dit que Dieu a une connaissance universelle des �tres dans la mesure o� il se conna”t lui-m�me et quÕil est principe dÕ�tre pour tous, mais quÕil nÕa pas une connaissance particuli�re de chacun. De la science commune et universelle ne dŽcoulent des effets particuliers, que par lÕintermŽdiaire de conceptions particuli�res. Car si on savait quÕil faut fuir toute fornication, on ne la fuirait que si on sait que cet acte en est une. Et c'est pourquoi, ils disent que les effets particuliers ne viennent de Dieu que par lÕintermŽdiaire d'autres causes dont les supŽrieures sont plus universelles et les infŽrieures plus particuli�res, et ainsi Dieu ne pourra rien faire contre le cours de la nature. Mais cette position est fausse, car, puisque Dieu se conna”t parfaitement, il faut quÕil connaisse ce qui est en lui de quelque mani�re. En lui, il y a lÕimage de tout ce qui est causŽ dans la mesure o� rien ne peut exister sans lÕimiter. CÕest pourquoi il faut quÕil ait une connaissance propre de tout, comme on lÕa montrŽ plus largement ailleurs ( Ia, qu. 14, per totum).

Tertium quod posset praedictam veritatem impedire, est positio quorumdam philosophorum, qui dixerunt, Deum ex necessitate naturae res agere ; et sic oportet quod eius operatio determinetur ad istum cursum rerum qui est secundum naturam ordinatus ; unde contra eum facere non poterit. Sed hoc etiam patet esse falsum, nam supra omne quod ex necessitate naturae agit, oportet aliquid esse quod naturam ad unum determinet, sicut alibi, ostensum est ; unde impossibile est quod Deus, qui est primum agens, ex necessitate naturae agat ; quod etiam in alia quaestione multipliciter ostensum est.

3) La troisi�me objection : qui pourrait aller contre cette vŽritŽ, est la position de certains philosophes[641] qui ont dit que Dieu crŽe par nŽcessitŽ de nature ; et ainsi il faut que son opŽration soit limitŽe ˆ ce cours des choses qui est ordonnŽ selon la nature, cÕest pourquoi il ne pourrait pas agir contre lui. Mais il est clair que cÕest faux, car au-dessus de tout ce qui agit par nŽcessitŽ de nature, il faut quÕil existe quelque chose qui dŽtermine la nature ˆ un seul objet, comme on lÕa montrŽ ailleurs (Ia, qu. 19, a. 4) ; cÕest pourquoi il est impossible que Dieu, qui est le premier agent, agisse par nŽcessitŽ de nature, ce qui a ŽtŽ montrŽ de multiples mani�res dans une autre question (qu.3, a.15).

His ergo tribus habitis, scilicet quod Deus sit rebus naturalibus causa essendi, et quod propriam cognitionem et providentiam habeat de unoquoque, et quod non agat ex necessitate naturae, sequitur quod potest praeter cursum naturae aliquid agere in particularibus effectibus, vel quantum ad esse, in quantum aliquam novam formam inducit rebus naturalibus quam natura inducere non potest, sicut formam gloriae ; aut huic materiae, sicut visum in caeco ; vel quantum ad operationem : in quantum retinet operationes rerum naturalium ne agant quod natae sunt agere, sicut quod ignis non comburat, ut patet Daniel. III, 24, vel quod aqua non fluat, ut patet de aqua Iordanis [Iosue III, 16].

De ces trois objections 1) ˆ savoir que Dieu est cause dÕ�tre dans les �tres naturels, 2) quÕil a une connaissance propre et une providence pour chacun, et 3) quÕil nÕagit pas par nŽcessitŽ de nature, il dŽcoule quÕil peut, en dehors du cours de la nature, agir dans des effets particuliers, ou quant ˆ lÕ�tre dans la mesure o� il peut induire une nouvelle forme dans les choses naturelles que la nature ne peut pas induire, comme la forme de gloire ; ou ˆ cette mati�re, comme la vue dans lÕaveugle ; ou quant ˆ lÕopŽration, dans la mesure o� il emp�che les opŽrations des choses naturelles de faire ce quÕelles sont destinŽes ˆ faire, ainsi que le feu ne bržle pas, comme on le voit dans le livre de Daniel (3, 24) ou que lÕeau ne coule pas, comme on le voit pour les eaux du Jourdain (Jos. 3, 16).

 

Solutions :

q. 6 a.1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod contra naturam particularem et Deus facit et etiam res naturales ; quod enim ignis corrumpatur contra naturam particularem huius ignis est. Unde philosophus dicit [in II Caeli et mundi, comm.. 37], quod corruptio et senium et defectus omnis contra naturam est. Contra naturam vero universalem nulla res naturalis agit ; dicitur enim natura particularis secundum ordinem particularis causae ad particularem effectum ; natura vero universalis secundum ordinem primi agentis in natura, quod est caelum ad omnia inferiora agentia. Cum autem nullum inferiorum corporum agat nisi per virtutem caelestis corporis, impossibile est quod aliquod corpus naturale agat contra naturam universalem. Sed hoc ipsum quod aliquid agit contra naturam particularem, est secundum naturam universalem.

 1. Dieu contre la nature particuli�re fait aussi des choses naturelles, car que le feu soit corrompu est contre sa nature particuli�re. CÕest pourquoi Aristote dit (Le ciel et le monde, II, 6, 288 b 15[642]) que la corruption, la vieillesse et toute dŽfaillance sont contre la nature. Rien de naturel nÕagit contre la nature universelle, car on appelle particuli�re la nature selon le rapport d'une cause particuli�re ˆ un effet particulier ; mais on appelle universelle la nature selon le rapport du premier agent dans la nature qui est le ciel pour tous les agents infŽrieurs. Comme aucun des corps infŽrieurs nÕagit que par la puissance du corps cŽleste, il est impossible quÕun corps naturel agisse contre la nature universelle. Mais agir contre la nature particuli�re dŽpend de la nature universelle.

Sicut autem caelum est causa universalis respectu inferiorum corporum, ita Deus est causa universalis respectu omnium entium, respectu cuius etiam ipsum caelum est causa particularis. Nihil enim prohibet unam et eamdem causam esse universalem respectu inferiorum et particularem respectu superiorum, sicut et in praedicabilibus accidit ; nam animal, quod est universale respectu hominis, est particulare respectu substantiae. Sicut ergo per virtutem caeli potest aliquid fieri contra hanc naturam particularem, nec tamen est hoc contra naturam simpliciter, quia hoc est secundum naturam universalem, ita virtute Dei potest aliquid fieri contra naturam universalem, quae est ex virtute caeli ; non tamen erit contra naturam simpliciter, quia erit secundum naturam universalissimam, quae consideratur ex ordine Dei ad omnes creaturas. Et ex hoc intellectu Augustinus dicit in Glossa inducta, quod Deus nihil contra naturam facit. Unde subiungitur, quia hoc est unicuique natura quod Deus facit.

Le ciel est cause universelle par rapport aux corps infŽrieurs, de m�me Dieu est cause universelle par rapport ˆ tous les �tres, rapport dont le ciel m�me est la cause particuli�re. Car rien nÕemp�che quÕune seule et m�me cause soit universelle par rapport aux �tres infŽrieurs et particuli�re par rapport aux �tres supŽrieurs, comme cela arrive dans les prŽdicables[643], car lÕanimal qui est universel par rapport ˆ lÕhomme, est particulier par rapport ˆ la substance. Donc de m�me que quelque chose peut �tre fait par le pouvoir du ciel contre cette nature particuli�re et cependant ce nÕest pas simplement contre la nature, parce que c'est selon la nature universelle, de m�me par le pouvoir de Dieu quelque chose peut �tre fait contre la nature universelle qui vient du pouvoir du ciel : cependant ce ne sera pas absolument contre la nature, parce que ce sera selon la nature la plus universelle qui est considŽrŽe par rapport de Dieu ˆ toutes les crŽatures. Et pour l'avoir compris, Augustin dit, dans la glose citŽe, que Dieu ne fait rien contre la nature. CÕest pourquoi il est ajoutŽ parce que ÇC'est la nature que Dieu fait pour chacunÈ.

q. 6 a.1 ad 2 Et ex hoc etiam patet responsio ad secundum ; nam in illa Glossa loquitur Augustinus de summa lege naturae quae attenditur secundum ordinem Dei ad omnes creaturas.

 2. Et par lˆ para”t la rŽponse ˆ la seconde objection, car, dans cette glose, Augustin parle de la loi supr�me de la nature qui sÕŽtend selon lÕordre de Dieu ˆ toutes les crŽatures.

q. 6 a.1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut ex dictis patet, licet Deus possit facere contra ordinem qui est unius creaturae ad aliam, quod est quasi naturae particularis respectu ipsius, non tamen potest facere contra ordinem creaturae ad se ipsum. Iustitia autem hominis consistit principaliter in debito ordine hominis ad Deum ; unde contra ordinem iustitiae Deus facere non potest. Cursus autem naturae est secundum ordinem unius creaturae ad aliam, et ideo contra cursum naturae Deus facere potest.

 3. Comme le montre ce qui a ŽtŽ dit, bien que Dieu puisse agir contre le rapport dÕune seule crŽature ˆ une autre, ce qui est pour ainsi dire d'une nature particuli�re par rapport ˆ lui, cependant il ne peut agir contre le rapport de la crŽature ˆ lui-m�me. La justice de lÕhomme consiste principalement dans le rapport que lÕhomme doit ˆ Dieu, cÕest pourquoi Dieu ne peut pas agir contre lÕordre de la justice. Mais le cours de la nature dŽpend du rapport dÕune crŽature ˆ une autre, et cÕest pourquoi Dieu peut agir contre le cours de la nature.

q. 6 a.1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sicut Deus potest facere praeter causas naturales effectus in rebus corporalibus, ita potest facere praeter ministerium Angelorum ; non tamen est eadem ratio faciendi praeter utrumque. Nam praeter causas naturales facit ut homo effectum, quem causis visibilibus attribuere non potest, in aliquam superiorem causam reducere cogatur, ut si ex visibili miraculo divina potentia manifestetur. Operationes autem Angelorum non sunt visibiles ; unde eorum ministerium non impedit quin homo in divinae potentiae considerationem adducatur. Et propter hoc Augustinus non dicit quod praeter ministerium Angelorum non possit operari, sed quod non operatur.

 4. Dieu peut produire en dehors des causes naturelles des effets dans ce qui est corporel, de m�me il peut agir en dehors du minist�re des anges ; cependant ce nÕest pas la m�me raison dÕagir au-delˆ de lÕun et lÕautre. Car, au-delˆ des causes naturelles, il fait que lÕhomme est forcŽ de ramener lÕeffet quÕil ne peut pas attribuer ˆ des causes visibles ˆ une cause supŽrieure, comme si la puissance divine se manifestait par un miracle visible. Mais les opŽrations des anges ne sont pas visibles ; cÕest pourquoi leur minist�re nÕemp�che pas que lÕhomme soit amenŽ ˆ considŽrer la puissance divine ; et ˆ cause de cela, Augustin ne dit pas quÕil ne pourrait pas opŽrer au-delˆ du minist�re des anges mais quÕil nÕop�re pas.

q. 6 a.1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod sicut Deus non potest facere quod affirmatio et negatio sint simul vera, ita non potest facere ea quae sunt impossibilia in natura, in quantum praedictum impossibile in se claudunt sicut patet quod mortuum vivificare, claudit in se contradictionem, si ponatur a principio intrinseco naturaliter mortuus ad vitam redire, nam de ratione mortui est quod sit privatus principio vitae : unde Deus hoc non facit, sed facit quod mortuus ab exteriori principio vitam iterato acquirat ; quod contradictionem non includit. Et eadem ratio est de aliis quae sunt impossibilia naturae, quae facere potest.

 5. Dieu ne peut pas faire que lÕaffirmation et la nŽgation soient vraies simultanŽment, de m�me il ne peut pas faire ce qui est impossible dans la nature, en tant que cela enferme en soi une chose quÕon affirme impossible, de m�me qu'il est clair que redonner vie ˆ un mort, renferme en soi une contradiction, si on pense que le mort retourne ˆ la vie naturellement par un principe intrins�que, car il est de la nature du mort dÕ�tre privŽ du principe de vie. CÕest pourquoi Dieu ne le fait pas, mais il fait que le mort acquiert la vie une seconde fois, ˆ partir d'un principe extŽrieur ; ce qui nÕinclut pas de contradiction. Et cÕest la m�me raison pour les autres impossibilitŽs de la nature quÕil peut accomplir.

q. 6 a.1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod Deus non facit contra rationes naturales mutabili voluntate, nam Deus ab aeterno praevidit et voluit se facturum quod in tempore facit. Sic ergo instituit naturae cursum, ut tamen praeordinaretur in aeterna sua voluntate quod praeter cursum istum quandoque facturus erat.

 6. Dieu nÕagit pas contre les raisons naturelles en changeant de volontŽ, car il a prŽvu de toute ŽternitŽ et il a voulu que soit fait ce quÕil fait dans le temps. Ainsi donc il a instituŽ le cours de la nature, de sorte cependant quÕil soit prŽordonnŽ dans sa volontŽ Žternelle quÕil agirait quelquefois en dehors de ce cours.

q. 6 a.1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod Deus faciendo praeter cursum naturae, non removet totum ordinem universi, in quo consistit bonum ipsius, sed ordinem alicuius particularis causae ad suum effectum.

 7. Dieu, en agissant en dehors du cours de la nature, ne dŽtourne pas tout le cours de lÕunivers, en quoi consiste son bien, mais le rapport dÕune cause particuli�re ˆ son effet.

q. 6 a.1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod malum poenae est contra ordinem unius partis universi ad aliam partem, et similiter malum cuiuslibet defectus naturalis ; sed malum culpae est contra ordinem totius universi ad finem ultimum, eo quod voluntas, in qua est malum culpae, ab ipso ultimo fine universi deordinatur per culpam ; et ideo huiusmodi mali Deus causa esse non potest ; contra hunc enim ordinem agere non potest, licet posset agere contra ordinem primum.

 8. Le mal du ch‰timent est contre lÕordre dÕune partie de lÕunivers pour une autre et de m�me le mal dÕune dŽfaillance naturelle, mais le mal de la faute est contre lÕordre de tout lÕunivers quant ˆ la fin derni�re, parce que la volontŽ, en qui se trouve le mal de la faute est dŽtournŽe de sa fin ultime de l'univers par la faute, et cÕest pourquoi Dieu ne peut pas �tre cause dÕun mal de ce genre. Car il ne peut pas agir contre cet ordre, bien quÕil le puisse contre lÕordre premier.

q. 6 a.1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod miraculum non fit a Deo nisi in creaturis praeexistentibus, quae alio modo in operibus sex dierum praeextiterunt. Unde opera miraculosa materialiter in operibus sex dierum praecesserunt, licet tunc non oportuerit aliquid miraculose fieri contra cursum naturae, quando natura instituebatur.

 9. Dieu ne fait un miracle que dans les crŽatures prŽexistantes, qui ont prŽexistŽ dÕune autre mani�re dans les opŽrations des six jours. CÕest pourquoi les opŽrations miraculeuses ont prŽcŽdŽ matŽriellement dans les opŽrations des six jours, bien quÕalors il nÕaurait pas fallu que quelque chose soit fait miraculeusement contre le cours de la nature, quand elle Žtait instituŽe.

q. 6 a.1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod natura est causa ordinationis in omnibus naturalibus, non autem in omnibus simpliciter.

 10. La nature est la cause de la mise en ordre dans tout ce qui est naturel, mais pas absolument dans tout.

q. 6 a.1 ad 11 Ad decimumprimum dicendum, quod logicus et mathematicus considerant tantum res secundum principia formalia ; unde nihil est impossibile in logicis vel mathematicis, nisi quod est contra rei formalem rationem. Et huiusmodi impossibile in se contradictionem claudit, et sic est per se impossibile. Talia autem impossibilia Deus facere non potest. Naturalis autem applicat ad determinatam materiam : unde reputat impossibile etiam id quod est huic impossibile. Nihil autem prohibet Deum posse facere quae sunt inferioribus agentibus impossibilia.

 11. Le logicien et le mathŽmaticien consid�rent les objets seulement selon les principes formels ; c'est pourquoi rien nÕest impossible en logique ou en mathŽmatiques, sinon ce qui est contre la raison formelle de lÕobjet. Et une telle impossibilitŽ enferme en soi une contradiction et ainsi elle est impossible par soi. Des telles impossibilitŽs, Dieu ne peut pas les faire. Le naturel ajoute ˆ une mati�re limitŽe, cÕest pourquoi il Žvalue comme impossible ce qui est impossible pour cela. Mais rien nÕemp�che Dieu de pouvoir faire ce qui est impossible aux agents infŽrieurs.

q. 6 a.1 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod ars divina non totam seipsam explicat in creaturarum productione ; et ideo secundum artem suam potest alio modo aliquid operari quam habeat cursus naturae ; unde non sequitur quod si potest facere contra cursum naturae, possit facere contra suam artem : nam et homo artifex potest aliud artificiatum facere per suam artem contrario modo quam prius fecit.

 12. LÕart divin ne se dŽploie pas tout lui-m�me dans la production des crŽatures, et ainsi selon son art, il peut opŽrer dÕune autre mani�re que celle du cours de la nature ; c'est pourquoi il n'en dŽcoule pas que, sÕil peut agir contre le cours de la nature, il puisse le faire contre son art, car lÕartisan peut faire un autre ouvrage par son art, dÕune mani�re contraire ˆ ce quÕil a fait dÕabord.

q. 6 a.1 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod philosophus loquitur de his quae in natura aguntur : ea enim aguntur sicut apta nata sunt agi.

 13. Le philosophe parle de ce qui est fait dans la nature ; car ces choses sont faites comme elles sont destinŽes ˆ �tre faites

q. 6 a.1 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod cursum naturae servari est conveniens, secundum quod est a divina providentia ordinatus ; unde si ordo divinae providentiae habet quod aliquid secus agatur, non est inconveniens.

 14. Il convient de conserver le cours de la nature, selon quÕil est ordonnŽ par la providence divine, cÕest pourquoi si lÕordre de la providence divine a quelque chose ˆ faire autrement, cela ne prŽsente pas dÕinconvŽnient.

q. 6 a.1 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod non dicitur aliquid esse falsum simpliciter et alicui, sicut aliquid dicitur esse impossibile simpliciter et alicui, sed esse falsum simpliciter ; unde Deus non potest scire aliquod falsum, sicut non potest facere aliquid impossibile : quod simpliciter est impossibile ; et tamen sicut potest facere aliquid impossibile alicui, ita potest facere aliquid ignotum alicui.

 15. On ne dit pas que quelque chose est faux absolument et pour quelqu'un ; de m�me qu'on ne dit pas quÕune chose est impossible absolument et pour quelqu'un, mais est absolument fausse ; cÕest pourquoi, Dieu ne peut pas conna”tre ce qui est faux, de m�me quÕil ne peut pas faire ce qui est impossible ; parce que c'est absolument impossible et cependant de m�me qu'il peut faire quelque chose dÕimpossible ˆ quelquÕun, de m�me il peut faire quelque chose ignorŽ de quelquÕun.

q. 6 a.1 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod omne per accidens reducitur ad aliquid quod est per se : unde nihil prohibet aliquid quod est per accidens, ad id quod est per se reductum, esse magis tale : sicut nix sua albedine disgregat visum magis quam albedo parietis, eo quod albedo nivis est maior albedine parietis : similiter remotio cursus Socratis est impossibilis per hoc quod reducitur ad hoc impossibile per se, praeteritum non fuisse, quod contradictionem implicat : unde nihil prohibet hoc esse magis impossibile quam id quod est impossibile alicui, quamvis non sit impossibile per accidens.

 16. Tout ce qui est par accident est ramenŽ ˆ ce qui est par soi ; cÕest pourquoi rien nÕemp�che que ce qui est par accident, ramenŽ ramenŽ ˆ ce qui est par soi, soit plus de telle nature. Ainsi la neige ab”me la vue par sa blancheur plus que celle du mur, parce que sa blancheur de la neuge est plus grande que la blancheur du mur. De m�me supprimer la marche de Socrate est impossible, parce que cÕest ramenŽ ˆ cet impossible par soi que le passŽ nÕait pas existŽ, ce qui implique contradiction ; cÕest pourquoi rien nÕemp�che que cela soit plus impossible par soi, que ce qui est impossible ˆ quelquÕun, quoiquÕil ne soit pas impossible par accident.

q. 6 a.1 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod in re qualibet naturali est naturalis ordo et habitudo ad causas omnes superiores : et inde est quod illa quae fiunt in corporibus inferioribus ex impressione caelestium corporum, non sunt violenta, licet videantur esse contraria naturalibus motibus inferiorum corporum, ut patet in fluxu et refluxu maris, qui sequitur motum lunae. Et multo minus est violentum quod a Deo fit in istis inferioribus.

 17. Dans nÕimporte quelle chose naturelle, il y a un ordre naturel[644] et une relation ˆ toutes les causes supŽrieures, et de lˆ vient que ce qui est fait dans les corps infŽrieurs par lÕinduction des corps cŽlestes nÕest pas violent, bien que cela paraisse �tre contraire aux mouvements naturels des corps infŽrieurs, comme on le voit dans le flux et le reflux de la mer qui suit le mouvement de la lune. Et ce qui est fait par Dieu dans ces (corps) infŽrieurs est beaucoup moins violent.

q. 6 a.1 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod quanto aliqua virtus activa est altior, tanto eamdem rem potest perducere in altiorem effectum : unde natura potest ex terra facere aurum aliis elementis commixtis, quod ars facere non potest ; et inde est quod res aliqua est in potentia ad diversa secundum habitudinem ad diversos agentes. Unde nihil prohibet quin natura creata sit in potentia ad aliqua fienda per divinam potentiam, quae inferior potentia facere non potest : et ista vocatur potentia obedientiae, secundum quod quaelibet creatura creatori obedit.

 18. Plus un pouvoir actif est ŽlevŽ, plus il peut mener une m�me chose ˆ un effet plus ŽlevŽ : cÕest pourquoi la nature peut faire de lÕor avec de la terre et dÕautres ŽlŽments mŽlangŽs, ce que lÕart ne peut pas faire et de lˆ vient quÕune chose est en puissance ˆ diffŽrents objets selon la relation ˆ des agents diffŽrents. CÕest pourquoi rien nÕemp�che que la nature crŽŽe ait la puissance de faire quelque chose par la puissance divine, ce quÕune puissance infŽrieure ne peut pas faire ; et on lÕappelle puissance dÕobŽdience[645], selon que nÕimporte quelle crŽature obŽit au crŽateur.

q. 6 a.1 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod ordinatio cuiuslibet rei creatae ad suam operationem est a Deo ; unde si ex divina providentia praeter rerum naturalium operationem producitur aliquis effectus, non est inconveniens.

 19. La mise en rapport de nÕimporte quelle crŽature ˆ son opŽration vient de Dieu ; cÕest pourquoi si la providence divine produit un effet au-delˆ de lÕaction de lÕopŽration des choses naturelles, cela nÕa pas dÕinconvŽnient.

q. 6 a.1 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod licet Deus faciat aliquem effectum praeter actionem causae naturalis, non tamen tollit ordinem causae ad suum effectum ; unde et in igne fornacis remanebat ordo ad comburendum, licet non combureret tres pueros in camino.

 20. Bien que Dieu produise un effet au-delˆ de lÕaction de la cause naturelle, il nÕenl�ve cependant pas le rapport de la cause ˆ son effet. CÕest pourquoi dans le feu de la fournaise demeurait le pouvoir de bržler, bien quÕil nÕy bržl‰t pas les trois enfants.

q. 6 a.1 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod quando Deus agit aliquid contra cursum naturae, non tollitur totus ordo universi, sed cursus qui est ex ordine unius particularis rei ad aliam. Unde non est inconveniens, si aliquando contra cursum naturae aliquid fiat ad salutem hominis, quae consistit in ordinatione ipsius ad ultimum finem universi.

 21. Quand Dieu agit contre le cours de la nature, il nÕenl�ve pas tout lÕordre de lÕunivers, mais il change le cours du rapport d'une chose particuli�re ˆ une autre. CÕest pourquoi il nÕy a aucune inconvenance si quelquefois il agit contre le cours de la nature pour le salut de l'homme, ce qui consiste ˆ lÕordonner ˆ la fin ultime de lÕunivers.

 

 

 

Article 2 Ñ Peut-on appeler miracles tout ce que Dieu fait en dehors des causes naturelles ou contre le cours de la nature ?

q. 6 a.2  tit. 1 Secundo quaeritur utrum omnia quae Deus facit praeter causas naturales vel contra cursum naturae, possint dici miracula.Et videtur quod non.

Il semble que non[646].

 

Objections :

q. 6 a.2 Arg. 1 Quia sicut ex verbis Augustini haberi potest [tract. VIII in Ioan., et III de Trinit., cap. 5] miraculum est aliquid arduum et insolitum, supra facultatem naturae et praeter spem admirantis apparens. Aliquando autem Deus operatur contra cursum naturae etiam in minimis rebus, sicut cum ex aqua fecit vinum, Ioan. II ; quae tamen operatio praeter operationem causarum naturalium fuit. Ergo non omnia quae Deus facit praeter causas naturales, miracula dici possunt.

1. Parce que, comme on peut le conclure des paroles d'Augustin (Sur l'ƒvangile de Jean, 8 et Trin. III, 5) le miracle est Çquelque chose dÕardu et dÕinsolite qui dŽpasse les possibilitŽs de la nature et appara”t au-delˆ de l'espŽrance de celui qui le voit avec Žtonnement.È Quelquefois Dieu op�re contre le cours de la nature, m�me dans les plus petites choses : par exemple, quand il fit du vin avec de l'eau (Jn 2) : cette opŽration fut cependant au-delˆ de celle des causes naturelles. Donc ce nÕest pas tout ce que Dieu fait au-delˆ des causes naturelles qui peut �tre appelŽ miracle.

q. 6 a.2 Arg. 2 Praeterea, quod frequenter accidit, non potest insolitum dici. Sed huiusmodi operationes divinae praeter causas naturales apostolorum tempore frequenter fiebant : unde dicitur Act. V, 15, quod in plateis ponebantur infirmi, et cetera. Ergo huiusmodi non erant insolita, et ita non erant miracula.

2. On ne peut pas dire que ce qui arrive frŽquemment soit inhabituel. Mais de telles opŽrations divines au-delˆ des causes naturelles arrivaient frŽquemment du temps des Ap™tres. C'est pourquoi il est dit (Act 5, 15) qu'on mettait les malades sur les places, etc.. Donc les ŽvŽnements de ce genre n'Žtaient pas inhabituels et ainsi ce n'Žtaient pas des miracles.

q. 6 a.2 Arg. 3 Praeterea, illud quod natura potest operari non est supra facultatem naturae. Sed quandoque divinitus fiunt praeter naturales causas quae etiam natura facere posset, sicut patet cum dominus curavit socrum Petri a febribus quibus tenebatur, ut dicitur Luc IV, 38-39. Ergo non fuit supra facultatem naturae, et ita non fuit miraculum.

3. Ce que la nature peut opŽrer n'est pas au-dessus de ses possibilitŽs. Mais quelquefois ce que la nature pourrait faire aussi se fait de mani�re divine au-delˆ des causes naturelles, comme on le voit quand le Seigneur a guŽri la belle-m�re de Pierre des fi�vres qui la tenaient, comme il est dit en Lc 4, 38 s.. Donc ce ne fut pas au-dessus des possibilitŽs de la nature et ainsi ce ne fut pas un miracle.

q. 6 a.2 Arg. 4 Praeterea, mortuum reviviscere, non potest contingere per operationem naturalis causae. Sed resuscitatio mortuorum, qua Deus in fine omnes mortuos vivificabit, est a sanctis expectata ; unde in Symbolo dicitur : Expecto resurrectionem mortuorum. Ergo non omne illud quod Deus operatur praeter causas naturales, est praeter spem humanam, et ita non est miraculum.

4. Faire revenir ˆ la vie un mort ne peut pas arriver par l'opŽration d'une cause naturelle. Mais la rŽsurrection des morts par laquelle Dieu ram�nera ˆ la vie tous les morts ˆ la fin, est attendue par les saints ; c'est pourquoi il est dit dans le "symbole" (des Ap™tres) : ÇJ'attends la rŽsurrection des mortsÈ. Donc ce nÕest pas tout ce que Dieu op�re au-delˆ des causes naturelles qui dŽpasse lÕespŽrance des hommes. Et ainsi ce nÕest pas un miracle.

q. 6 a.2 Arg. 5 Praeterea, creatio caeli et terrae, et etiam creatio animarum rationalium est a Deo praeter alias causas agentes : solus enim Deus creare potest, ut in alia quaestione [art. I et Iv], est habitum. Sed tamen haec non possunt dici miracula : quia haec non fiunt ad gratiae ostensionem, propter quam solam fiunt miracula, ut Augustinus dicit, sed ad naturae institutionem. Ergo non omnia quae Deus facit praeter causas naturales, possunt dici miracula.

5. La crŽation du ciel et de la terre et m�me celle des ‰mes douŽes de raison vient de Dieu au-delˆ des autres causes efficientes ; car seul il peut crŽer, comme on l'a vu dans une autre question (qu. 3 a. 1 et 4). Mais cependant on ne peut pas appeler cela des miracles ; parce que ce n'est pas fait pour montrer la gr‰ce, ce pourquoi seul sont faits les miracles, comme Augustin le dit, mais c'est pour la constitution de la nature. Donc tout ce que Dieu fait au-delˆ des causes naturelles ne peut pas �tre appelŽ miracle.

q. 6 a.2 Arg. 6 Praeterea, iustificatio impii fit a solo Deo praeter causas naturales ; nec est miraculum, sed magis finis miraculi : ad hoc enim miracula fiunt, ut homines convertantur ad Deum. Ergo non omnia quae Deus facit praeter causas naturales, sunt miracula.

6. La justification de l'impie est accomplie par Dieu seul au-delˆ des causes naturelles ; ce n'est pas un miracle, mais plut™t le but du miracle. Car les miracles sont faits pour convertir les hommes ˆ Dieu. Donc tout ce que Dieu fait en dehors des causes naturelles n'est pas miracle.

q. 6 a.2 Arg. 7 Praeterea, magis est mirum quod aliquid fiat a minus potente quam a magis potente. Sed Deus est potentior quam natura : cum autem natura aliquid operatur, non dicitur esse miraculum, sicut cum operatur sanationem infirmi, vel aliquid huiusmodi. Ergo multo minus potest dici miraculum, quando Deus illud operatur.

7. Plus Žtonnant est ce qui est fait par quelquÕun de moins puissant que par un plus puissant. Mais Dieu est plus puissant que la nature ; or quand la nature fait quelque chose, on ne lÕappelle pas miracle, comme quand elle op�re la guŽrison dÕun malade, ou autres choses de ce genre. Donc on peut beaucoup moins lÕappeler miracle quand Dieu le fait.

q. 6 a.2 Arg. 8 Praeterea, monstra fiunt contra naturam, nec tamen dicuntur miracula. Ergo non omnia quae contra naturam fiunt, miracula dici possunt.

8. Les prodiges se font contre la nature et cependant on ne les appelle pas miracles. Donc tout ce qui est fait contre la nature ne peut �tre appelŽ miracle.

q. 6 a.2 Arg. 9 Praeterea, miracula fiunt ad fidei confirmationem. Sed incarnatio verbi non est ad confirmationem fidei tamquam fidei argumentum, sed magis est sicut fidei obiectum. Ergo non est miraculum : et tamen hoc solus Deus facit nulla alia causa agente : ergo non omnia quae Deus facit praeter causas naturales, sunt miracula.

9. Les miracles sont faits pour affermir la foi. Mais lÕIncarnation du Verbe nÕest pas pour l'affermir en tant quÕargument de foi, mais plut™t en tant qu'objet de foi. Donc ce nÕest pas un miracle et cependant Dieu seul le fait sans aucune autre cause efficiente ; donc ce nÕest pas tout ce que Dieu fait au-delˆ des causes naturelles qui est un miracle

 

En sens contraire :

q. 6 a.2  s. c. 1 Sed contra. Augustinus [Anselme, in lib. de peccato originale, cap. II] dicit, quod triplex est rerum cursus : naturalis, voluntarius et mirabilis. Ea autem quae solus Deus operatur praeter causas naturales, non pertinent ad cursum rerum naturalium, nec ad voluntarium, quia nec natura, nec voluntas creata in eis operatur. Ergo pertinet ad cursum mirabilem, et ita sunt miracula.

1. Augustin (Anselme, Le pŽchŽ originel, ch. 2) dit que le cours des choses est triple : naturel, volontaire et merveilleux. Ce que Dieu seul op�re au-delˆ des causes naturelles n'appartient pas ˆ un concours de ce qui est naturel, ni ˆ ce qui est volontaire, parce que, ni la nature, ni la volontŽ crŽŽe n'op�rent en eux. Donc il appartient ˆ un concours admirable et ainsi c'est un miracle.

q. 6 a.2  s. c. 2 Praeterea, Richardus de s. Victore dicit, quod miraculum est opus creatoris, manifestativum divinae virtutis. Huiusmodi autem sunt quae a Deo praeter causas naturales fiunt. Ergo sunt miracula.

2. Richard de Saint Victor dit que le miracle est l'Ïuvre du CrŽateur, qui manifeste sa puissance divine. Ce qui est fait par Dieu au-delˆ des causes naturelles est de ce genre. Donc ce sont des miracles.

 

RŽponse :

q. 6 a.2  co. Respondeo. Dicendum, quod miraculi nomen a mirando est sumptum. Ad admirationem autem duo concurrunt, ut potest accipi ex verbis philosophi in principio Metaphysicorum [libro I, cap. II] : quorum unum est, quod causa illius quod admiramur, sit occulta ; secundum est quod in eo quod miramur, appareat aliquid per quod videatur contrarium eius debere esse quod miramur, sicut aliquis posset mirari si videret ferrum ascendere ad calamitam, ignorans calamitae virtutem, cum videatur quod ferrum naturali motu debeat tendere deorsum.

Le nom miracle vient de "admirer" (s'Žtonner). Deux aspects concourent ˆ l'admiration, comme on peut le tirer des paroles du philosophe au dŽbut de la MŽtaphysique (I, 2, 982 b 11-21.[647]). 1) Dont lÕune est que la cause de ce qui Žtonne est cachŽe.2) La seconde est que dans ce qui nous Žtonne appara”t ce par quoi il semble que c'est son contraire dont on devrait s'Žtonner ; par exemple quelqu'un pourrait sÕŽtonner s'il voyait le fer monter vers un aimant, ignorant son pouvoir[648]. Puisqu'il semble que le fer par un mouvement naturel doit tendre vers le bas.

Hoc autem contingit dupliciter : uno modo secundum se ; alio modo quo ad nos. Quo ad nos quidem, quando causa effectus quem miramur, non est occulta simpliciter, sed occulta huic vel illi ; nec in re quam miramur est dispositio repugnans effectui quem miramur, secundum rei veritatem, sed solum secundum opinionem admirantis : et ex hoc contingit quod id quod est uni mirum vel admirabile, non est mirum vel admirabile alteri, sicut sciens virtutem calamitae per doctrinam vel per experimentum, non miratur praedictum effectum ; ignorans autem miratur.

Cela arrive de deux mani�res : en soi, et selon nous. 1) Selon nous, quand la cause de l'effet qui nous Žtonne n'est pas absolument cachŽe, mais cachŽe ˆ celui-ci ou ˆ celui-lˆ. Et dans ce qui nous Žtonne, il n'y a pas de disposition qui s'oppose ˆ l'effet dont nous nous Žtonnons, selon la vŽritŽ de la chose, mais selon l'opinion de celui qui s'Žtonne, et de lˆ vient que ce qui est Žtonnant ou admirable pour l'un, ne l'est pas pour un autre, de m�me que celui qui conna”t le pouvoir de l'aimant par science ou expŽrience, ne s'Žtonne pas de cet effet, mais l'ignorant s'en Žtonne.

Secundum se autem aliquid est mirum vel admirabile, cuius causa simpliciter est occulta, et quando in re est contraria dispositio secundum naturam effectui qui apparet, et ista non solum possunt dici mira in actu, vel mira in potentia, sed etiam miracula, quasi habentia in se admirationis causam. Causa autem occultissima et remotissima a nostris sensibus est divina, quae in rebus omnibus secretissime operatur : et ideo illa quae sola virtute divina fiunt in rebus illis in quibus est naturalis ordo ad contrarium effectum vel ad contrarium modum faciendi, dicuntur proprie miracula ; ea vero quae natura facit, nobis tamen vel alicui nostrum occulta, vel etiam quae Deus facit, nec aliter nata sunt fieri nisi a Deo, miracula dici non possunt, sed solum mira vel mirabilia.

2) En soi est Žtonnant ou admirable ce dont la cause est simplement cachŽe et quand il y a dans la chose selon la nature une disposition contraire ˆ l'effet qui appara”t, et on peut non seulement appeler cela Žtonnant en acte ou en puissance, mais encore lÕappeler miracle, comme ayant en soi une cause d'Žtonnement. Mais la cause la plus cachŽe et la plus ŽloignŽe de nos sens est divine, celle qui agit tr�s secr�tement en tout ; et c'est pourquoi ce qui est fait par le seul pouvoir divin lˆ o� il y a un ordre naturel pour un effet contraire ou pour une mani�re contraire de le produire, est appelŽ proprement miracle ; ce que la nature fait, cependant cachŽ pour nous ou pour l'un des n™tres, ou m�me ce que Dieu fait, et qui n'est destinŽ ˆ �tre produit autrement que par Dieu, ne peut pas �tre appelŽ miracle, mais seulement Žtonnant ou merveilleux[649].

Et ideo in definitione miraculi ponitur aliquid quod excedit naturae ordinem, in hoc quod dicitur, supra facultatem naturae, cui ex parte rei mirabilis respondet quod dicitur arduum. Et ponitur etiam aliquid quod excedit nostram cognitionem, in hoc quod dicitur praeter spem admirantis apparens ; cui ex parte rei mirabilis respondet quod dicitur insolitum. Nam per consuetudinem aliquid in nostram notitiam familiarius venit.

C'est pourquoi dans la dŽfinition du miracle, on place quelque chose qui exc�de l'ordre de la nature, en disant (qu'il est) au-dessus des possibilitŽs de la nature, ˆ qui du c™tŽ de ce qui est Žtonnant correspond ce qui est appelŽ ardu. Et on pense ˆ quelque chose qui dŽpasse notre connaissance, en disant que ce qui appara”t est au-delˆ de l'espŽrance de celui qui le voit avec Žtonnement, ˆ qui du c™tŽ de ce qui est Žtonnant correspond ce qu'on appelle inhabituel. Car par l'habitude quelque chose devient plus familier ˆ notre connaissance.

 

Solutions :

q. 6 a.2  ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod arduum quod ponitur in definitione miraculi, non pertinet ad rei magnitudinem secundum se consideratam, sed per comparationem ad facultatem naturae. Unde quod in quacumque parva re Deus operatur quod natura operari non potest, hoc arduum reputatur.

 1. Ardu qui appartient ˆ la dŽfinition du miracle, ne convient pas ˆ la grandeur de lÕŽvŽnement considŽrŽe en soi, mais par comparaison aux possibilitŽs de la nature. C'est pourquoi ce que fait Dieu en chaque petite chose, que la nature ne peut pas faire, est considŽrŽ comme "ardu".

q. 6 a.2  ad 2 Ad secundum dicendum, quod insolitum dicitur miraculum, quia est contra consuetum cursum naturae, etiam si quotidie iteraretur, sicut transubstantiatio panis in corpus Christi frequentatur quotidie, nec tamen desinit esse miraculum : magis enim debet dici solitum quod in toto ordine universi communiter accidit quam quod in una sola re contingit.

 2. On dit que le miracle est inhabituel, parce qu'il est contre le cours habituel de la nature, m�me s'il se renouvelle chaque jour, comme la transsubstantiation du pain en corps du Christ est rŽitŽrŽe frŽquemment chaque jour, et cependant elle ne cesse pas d'�tre un miracle ; car on doit appeler habituel que ce qui arrive communŽment dans tout l'ordre de l'univers plus que ce qui arrive dans une seule chose.

q. 6 a.2  ad 3 Ad tertium dicendum, quod circa ea quae Deus miraculose facit, talis solet adhiberi distinctio, quod quaedam dicantur fieri supra naturam, quaedam contra naturam, quaedam praeter naturam.

 3. A propos de ce que Dieu accomplit miraculeusement, on a l'habitude d'appliquer une distinction telle que certaines actions sont dites au-dessus de la nature, certaines contre, et d'autres au-delˆ.

Supra naturam quidem, in quantum in illum effectum quem Deus facit, natura nullo modo potest ; quod quidem contingit dupliciter :

A) Au-dessus de la nature dans la mesure o� dans cet effet que Dieu produit, la nature ne peut rien faire en aucune mani�re, ce qui arrive de deux fa�ons :

vel quia ipsa forma inducta a Deo, omnino a natura induci non potest, sicut forma gloriae, quam inducet Deus corporibus electorum, et sicut etiam incarnatio verbi ;

a) Ou bien parce que la forme m�me, induite par Dieu, ne peut absolument pas l'�tre par la nature, comme la forme de gloire que Dieu induit dans le corps des Žlus, et aussi l'Incarnation du Verbe.

vel quia etsi talem formam possit in aliquam materiam inducere, non tamen in istam : sicut ad causandum vitam natura potens est ; sed quod in hoc mortuo natura vitam causet, hoc facere non potest.

b) Ou parce que, m�me si elle pouvait induire une telle forme dans la mati�re, ce n'est cependant pas dans celle-ci : ainsi la nature a pouvoir de causer la vie ; mais la nature ne peut pas la causer dans ce mort.

Contra naturam esse dicitur, quando in natura remanet contraria dispositio ad effectum quem Deus facit, sicut quando conservavit pueros illaesos in camino, remanente virtute comburendi in igne, et quando aqua Iordanis stetit, remanente gravitate in ea, et simile est quod virgo peperit.

B) On dit que c'est contre la nature quand en elle demeure une disposition contraire ˆ l'effet que Dieu produit, comme quand il a conservŽ sans blessure les enfants dans la fournaise, alors que le pouvoir de bržler demeurait dans le feu et comme quand l'eau du Jourdain s'arr�ta, tout en conservant sa gravitŽ, et il en est de m�me pour l'enfantement de la Vierge.

Praeter naturam autem dicitur Deus facere, quando producit effectum quem natura producere potest, illo tamen modo quo natura producere non potest, vel quia deficiunt instrumenta quibus natura operatur (sicut cum Christus convertit aquam in vinum, Ioan. II, 3-11, quod tamen natura aliquo modo facere potest, dum aqua in nutrimentum vitis assumpta, suo tempore in succum uvae per digestionem producitur), vel quia est in divino opere maior multitudo quam natura facere consuevit, sicut patet de ranis quae sunt productae in Aegypto ; vel quantum ad tempus, sicut cum statim ad invocationem alicuius sancti aliquis curatur, quem natura non statim, sed successive, et alio tempore, non in isto curare posset : et sic accidit in miraculo inducto de socru Petri. Unde patet quod omnia huiusmodi, si accipiatur et modus et factum, facultatem naturae excedunt.

C) On dit que Dieu agit au delˆ de la nature, quand est produit un effet que la nature peut produire, cependant dÕune mani�re dont la nature ne peut pas le produire, ou parce que les instruments par lesquels la nature op�re sont dŽfaillants (ainsi quand le Christ change l'eau en vin (Jn 2, 3-11), ce que cependant la nature peut faire d'une autre mani�re, quand l'eau est prise en nourriture par la vigne, en son temps, et devient le suc du raisin par absorption), ou bien parce que dans l'Ïuvre divine il y a une plus grande multitude que la nature n'a pas coutume de produire, comme on le voit pour les grenouilles produites en ƒgypte ; ou quant au temps, comme quand ˆ l'invocation d'un saint quelquÕun est aussit™t guŽri, ce que la nature ne (peut faire) aussit™t mais successivement, et dans un autre temps, [mais] elle ne pourrait le guŽrir en ce temps ; et cela arriva ainsi dans le miracle rapportŽ ˆ propos de la belle-m�re de Pierre. C'est pourquoi il appara”t que tous les ŽvŽnements de ce genre, si on prend la mani�re et le rŽsultat, dŽpassent le pouvoir de la nature.

q. 6 a.2  ad 4 Ad quartum dicendum, quod resurrectio mortuorum futura est praeter spem naturae, licet non sit praeter spem gratiae : de qua duplici spe habetur Rom. IV, 18 : In spem contra spem credidit.

 4. La rŽsurrection future des morts est au-delˆ de l'espŽrance de la nature, bien qu'elle ne soit pas au-delˆ de l'espŽrance de la gr‰ce. De cette double espŽrance, il est question en Rm 4, 18 : ÇIl crut contre toute espŽrance.È

q. 6 a.2  ad 5 Ad quintum dicendum, quod caelum et terra et etiam animae rationales non sunt secundum ordinem naturalem nata creari ab alia causa quam a Deo : et ideo huiusmodi rerum creationes non sunt miracula.

 5. Le ciel et la terre et aussi les ‰mes rationnelles dans l'ordre de la nature ne sont pas destinŽs ˆ �tre crŽŽs par une autre cause que Dieu. Et cÕest pourquoi de telles crŽations ne sont pas des miracles.

q. 6 a.2  ad 6 Et similiter dicendum ad sextum de iustificatione impii.

 6. On doit en dire autant de la justification de l'impie.

q. 6 a.2  ad 7 Ad septimum dicendum, quod ea quae fiunt a natura, fiunt etiam a Deo ; sed ea quae Deus miraculose facit, non fiunt a natura, et ideo ratio non procedit. Et praeterea, natura operans est causa manifesta nobis. Deus autem est causa occulta ; et propter hoc magis miramur opera Dei quam opera naturae.

 7. Ce qui est fait par la nature, est aussi fait par Dieu ; mais ce que Dieu accomplit miraculeusement n'est pas fait par la nature et c'est pourquoi cette raison ne convient pas. Et en outre la nature qui opŽre est une cause Žvidente pour nous. Mais Dieu est une cause cachŽe ; et c'est pour cela que nous admirons plus les Ïuvres de Dieu que les Ïuvres de la nature.

q. 6 a.2  ad 8 Ad octavum dicendum, quod monstra licet fiant contra naturam particularem, non tamen fiunt contra naturam universalem.

 8. Bien que les prodiges soient faits contre une nature particuli�re, ils ne sont pas faits contre la nature universelle.

q. 6 a.2  ad 9 Ad nonum dicendum, quod incarnatio verbi est miraculum miraculorum, ut sancti dicunt, quia est maius omnibus miraculis, et ad istud miraculum omnia alia ordinantur : et propter hoc non solum est inducens ad alia credendum, sed etiam alia miracula inducunt ad hoc quod ipsum credatur. Nihil enim prohibet unum miraculum inducere ad fidem alterius, sicut resuscitatio Lazari inducit ad futuram resurrectionem credendam.

 9. L'Incarnation du Verbe est le miracle des miracles, comme le disent les saints, parce qu'il est plus grand que tous les miracles et tous les autres lui sont ordonnŽs et c'est pour cela qu'il n'incite pas seulement ˆ croire ˆ d'autres choses mais aussi les autres miracles am�nent ˆ croire en lui. Car rien n'emp�che un miracle de conduire ˆ la foi pour un autre, comme la rŽsurrection de Lazare am�ne ˆ croire ˆ la rŽsurrection future.

 

 

 

Article 3 Ñ Les crŽatures spirituelles peuvent-elles accomplir des miracles par leur pouvoir naturel ?

q. 6 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum creaturae spirituales sua naturali virtute possint miracula facere. Et videtur quod sic.

Il semble oui.

 

Objections :[650]

q. 6 a. 3Arg. 1 Quod enim potest virtus inferior, multo magis potest virtus superior. Sed virtus creaturae spiritualis est supra virtutem naturae corporalis : unde dicitur Iob XLI, 24 : Non est potestas super terram quae ei possit comparari. Ergo creatura spiritualis potest facere illos effectus quos natura facit. Quando autem effectus naturalis fit non a causa naturali, sed occulta, est miraculum. Ergo creatura spiritualis potest facere miracula.

1. Car ce que peut un pouvoir infŽrieur, un pouvoir supŽrieur le peut beaucoup plus. Mais le pouvoir de la crŽature spirituelle est au-dessus de celui de la nature corporelle : cÕest pourquoi il est dit en Job, 41, 24 : ÇIl nÕy a pas de pouvoir sur terre qui puisse lui �tre comparŽ[651].È. Donc la crŽature spirituelle peut produire les effets que produit la nature. Mais quand lÕeffet naturel se produit non par une cause naturelle, mais par une cause cachŽe, cÕest un miracle. Donc la crŽature spirituelle peut faire des miracles.

q. 6 a. 3Arg. 2 Praeterea, quanto aliquid est magis actu, tanto est magis activum, eo quod unumquodque agit in quantum actu est. Sed formae quae sunt creaturae rationales, sunt magis actuales quam formae quae sunt in creatura corporali, eo quod sunt magis immateriales. Ergo sunt magis activae. Sed formae quae sunt in natura corporali, producunt sui similes in natura. Ergo multo magis possunt hoc facere formae quae sunt in mente creaturae spiritualis ; et sic poterit creatura rationalis facere effectus naturales praeter causas naturales : quod est miraculosum.

2. Plus une chose est en acte, plus elle peut agir, parce que chacun agit en tant qu'il est en acte. Mais les formes que sont les crŽatures raisonnables, sont plus en acte que celles qui sont dans la crŽature corporelle, parce quÕelles sont plus immatŽrielles. Donc elles sont plus actives. Mais les formes qui sont dans une nature corporelle, produisent du semblable ˆ elles en nature. Donc les formes qui sont dans lÕesprit de la crŽature spirituelle peuvent beaucoup plus le faire et ainsi la crŽature raisonnable pourra produire des effets naturels au-delˆ des causes naturelles ; ce qui est miraculeux.

q. 6 a. 3Arg. 3 Praeterea, intellectus Angeli est propinquior divino intellectui quam intellectus humanus. Sed in intellectu humano sunt aliquae formae activae, quae scilicet sunt in intellectu practico, ut formae artis. Ergo multo fortius in intellectu Angeli sunt formae activae : nam ideas intellectus divini constat esse maxime activas.

3. LÕesprit de lÕange est plus proche de lÕesprit divin que lÕesprit humain. Mais en ce dernier il y a des formes actives, qui sont naturellement dans lÕesprit pratique, comme les formes de l'art. Donc ces formes actives sont beaucoup plus importantes dans lÕesprit de lÕange : car il est clair que les idŽes de lÕesprit divin sont tr�s actives.

q. 6 a. 3Arg. 4 Sed dices, quod formae activae quae sunt in intellectu Angeli, applicantur ad effectum mediante corporali agente, sicut etiam formae intellectus humani. - Sed contra, omnis virtus quae non potest exire in actum nisi mediante instrumento corporali, frustra datur alicui, nisi detur ei organum corporale : frustra enim potentia motiva esset data animali, nisi darentur ei instrumenta motus. Sed Angelo non est naturaliter corpus unitum. Ergo virtus sua non requirit ad sui operis executionem corporeum activum.

4. Mais on pourrait dire que les formes actives qui sont dans lÕesprit de lÕange sont appliquŽes ˆ l'effet par lÕintermŽdiaire dÕun agent corporel, comme les formes de lÕesprit humain. Ñ En sens contraire, tout pouvoir, qui ne peut devenir en acte que par lÕintermŽdiaire dÕun instrument corporel, est donnŽ en vain ˆ quelqu'un, ˆ moins quÕil lui soit donnŽ un organe corporel : car cÕest en vain que la puissance motrice serait donnŽe ˆ lÕanimal si les organes du mouvement ne lui Žtaient pas donnŽs. Mais l'ange n'a pas de corps naturellement uni ˆ lui. Donc c'est que son pouvoir ne demande pas un corps actif pour lÕexŽcution de son Ïuvre.

q. 6 a. 3Arg. 5 Praeterea, omnis virtus quae excedit proportionem sui organi, potest habere aliquam actionem praeter illud organum : quia enim oculus non adaequat virtutem totius animae, efficit anima multas operationes non per oculum. Sed corpus non potest esse proportionatum ad totam virtutem Angeli. Ergo potest Angelus effectus aliquod facere non mediantibus corporibus ; et sic videtur quod virtute naturae suae possit miracula facere.

5. Tout pouvoir qui dŽpasse les limites de son organe, peut avoir une action au-delˆ de celui-ci ; parce qu'en effet, lÕÏil nÕŽgale pas le pouvoir de toute lÕ‰me, celle-ci effectue de nombreuses opŽrations mais pas par lui. Mais un corps ne peut pas �tre proportionnŽ ˆ tout le pouvoir de lÕange. Donc celui-ci peut causer des effets sans lÕintermŽdiaire des corps ; et ainsi il semble quÕil puisse faire des miracles par le pouvoir de sa nature.

q. 6 a. 3Arg. 6 Praeterea, plus excedit virtus Angeli omnem virtutem corpoream quam corpus caeli excedat elementaria corpora. Sed ex virtute caelestis corporis fiunt aliqui effectus in istis inferioribus absque actionibus qualitatum activarum et passivarum, quae sunt propriae virtutes elementorum. Ergo multo fortius ex virtute Angeli possunt aliqui effectus in rebus naturalibus produci, non mediantibus virtutibus corporum naturalium.

6. Le pouvoir de lÕange dŽpasse tout pouvoir corporel plus que le corps du ciel dŽpasse les corps ŽlŽmentaires. Mais des effets sont produits par le pouvoir du corps cŽleste dans les choses infŽrieures, sans les actions des puissances actives et passives, qui sont les pouvoirs propres des ŽlŽments. Donc le pouvoir de lÕange peut produire des effets beaucoup plus intensŽment dans les choses naturelles, sans lÕintermŽdiaire des pouvoirs des corps naturels.

q. 6 a. 3Arg. 7 Praeterea, secundum Augustinum [in III de Trinitate, cap.IV] Omnia corpora a Deo per spiritum vitae rationalem reguntur : et hoc idem dicit Gregorius [in IV lib. Dialogorum] : et sic videtur quod motus caeli et totius naturae sit ab Angelis, sicut motus humani corporis est ab anima. Sed ab anima imprimuntur formae in corpus praeter virtutes naturales corporis activas : ex sola enim imaginatione aliquis calescit et infrigidatur, et incurrit quandoque febrem vel etiam lepram, ut medici dicunt. Ergo multo fortius ex sola conceptione Angeli moventis caelum, praeter actionem causarum naturalium, possunt sequi aliqui effectus in istis inferioribus ; et sic potest Angelus facere miraculum.

7. Selon Augustin (La TrinitŽ, III, IV, 9[652]) ÇTous les corps sont rŽgis par Dieu par un esprit de vie douŽ de raisonÈ ; et GrŽgoire [le Grand] dit la m�me chose (Dialogues, IV[653]) : et ainsi il semble que le mouvement du ciel et de toute la nature vient des anges, comme le mouvement du corps humain dŽpend de lÕ‰me. Mais les formes sont induites par l'‰me dans le corps au-delˆ des pouvoirs naturels actifs du corps : car par la seule imagination quelquÕun s'Žchauffe ou se refroidit, et attrape quelquefois la fi�vre ou m�me la l�pre, comme le disent les mŽdecins[654]. Donc beaucoup plus intensŽment de la seule conception de lÕange qui meut le ciel, au-delˆ de lÕaction des causes naturelles, des effets peuvent s'Žcouler dans les �tres infŽrieurs et ainsi lÕange peut faire des miracles.

q. 6 a. 3Arg. 8 Sed dices, quod hoc accidit ex eo quod anima est forma corporis : non autem Angelus est forma corporalis creaturae. - Sed contra, quidquid provenit ex anima per eius operationem, provenit ex ea in quantum est motor, non in quantum est forma : non enim per operationem anima est forma corporis, sed motor. Praedictae autem impressiones quae fiunt in corpus ab anima, sequuntur impressionem animae aliquid imaginantis. Ergo non sunt ab anima in quantum est forma, sed in quantum est motor.

8. Mais on pourrait dire, que cela vient du fait que lÕ‰me est la forme du corps. Or lÕange nÕest pas la forme d'une crŽature corporelle. Ñ En sens contraire, tout ce qui provient de lÕ‰me par son opŽration, provient dÕelle en tant que moteur, non en tant que forme ; car par son opŽration lÕ‰me n'est pas la forme du corps, mais elle en est moteur. Mais ces impressions qui se font dans le corps par lÕ‰me, dŽcoulent de lÕimpression de lÕ‰me quand elle imagine. Donc elles ne viennent pas de lÕ‰me en tant que forme mais en tant que moteur.

q. 6 a. 3Arg. 9 Praeterea, ex hoc Deus mirabilia facere potest, quia eius virtus est infinita. Sed in libro de Causis [prop. 16], dicitur quod virtus intelligentiae est infinita, praecipue ad inferius ; quod etiam probari potest ex hoc quod movet motum caeli, ut ostensum est, qui natus est esse sempiternus : sempiternum enim motum movere non potest nisi virtus infinita, ut probatur in VII Phys.[com. 80 Ergo videtur quod Angeli possint miracula facere etiam naturali virtute.

9. Dieu peut faire des miracles, parce sa puissance est infinie. Mais dans le livre Des Causes (prop.16), il est dit que la puissance de lÕintelligence est infinie, surtout pour ce qui est infŽrieur, ce qui peut aussi �tre prouvŽ, comme on lÕa montrŽ, du fait quÕelle provoque le mouvement du ciel destinŽ ˆ �tre Žternel ; car il n'y a qu'un pouvoir infini qui peut produire un mouvement Žternel, comme on le prouve en Physique, (VIII, 10, 266 a 12[655]). Donc il semble que les anges puissent faire des miracles m�me par un pouvoir naturel.

q. 6 a. 3Arg. 10 Praeterea, in Lib. de Causis [prop. 17]dicitur, quod virtus omnis unita plus est infinita quam virtus multiplicata ; et ibidem Commentator dicit, quod quanto virtus intelligentiae magis aggregatur et unitur, magnificatur et vehementior fit et efficit operationes mirabiles. Loquitur autem ibi Commentator de naturali virtute intelligentiae : nam virtutem gratiae non cognovit. Ergo Angelus sua virtute naturali mirabilia facere potest.

10. Dans le livres des Causes, (prop. 17), il est dit que toute puissance unie est plus infinie quÕune puissance multipliŽe ; et sur ce m�me sujet, le Commentateur dit que plus la puissance de lÕintelligence est rassemblŽe et unie, plus elle cro”t, se fortifie et plus elle accomplit d'opŽrations admirables. Mais le Commentateur y parle de la puissance naturelle de lÕintelligence : car il n'a pas connu le pouvoir de la gr‰ce. Donc lÕange peut faire des miracles par sa puissance naturelle.

q. 6 a. 3Arg. 11 Sed dicendum, quod Angelus potest mirabilia facere non virtute propria, sed virtute naturalibus rebus a Deo indita, applicando huiusmodi res ad effectum quem intendit. - Sed contra, applicatio huiusmodi seminum naturalium, in quibus existunt activae virtutes naturae, ad effectum aliquem, esse non potest nisi per motum localem. Sed eiusdem rationis esse videtur quod corpora obediant vel non obediant substantiae spirituali ad motum localem et alios motus, nam quilibet motus naturalis habet proprium et determinatum motorem. Ergo si possunt Angeli suo imperio applicare huiusmodi semina ad effectum naturae per motum localem, poterunt etiam per motum alterationis vel generationis formam aliquam in materia inducere ex solo imperio : quod est mirabilia facere.

11. Mais il faut dire que lÕange peut faire des miracles, non par sa puissance propre, mais par celle induite par Dieu dans les choses naturelles, en les appliquant ˆ lÕeffet auquel il tend. Ñ En sens contraire, lÕapplication des semences naturelles[656] de ce genre, en qui existent les puissances actives de la nature, pour un effet, ne peut exister que par mouvement local. Mais il semble que c'est pour une m�me raison que les corps obŽissent ou non ˆ la substance spirituelle pour le mouvement local, et pour les autres mouvements, car nÕimporte quel mouvement naturel a un moteur propre et dŽterminŽ. Donc, si les anges peuvent par leur pouvoir appliquer des semences de ce genre ˆ un effet de nature, par mouvement local, ils ont pu aussi par mouvement de changement ou de gŽnŽration induire une forme dans la mati�re de leur seul pouvoir ; ce qui est faire des miracles.

q. 6 a. 3Arg. 12 Praeterea, eiusdem virtutis secundum genus est imprimere formam in materia et impedire ne imprimatur : sicut enim virtute corporis forma ignis inducitur in materia, ita virtute alicuius corporis talis formae inductio impeditur. Sed virtute spiritualis creaturae impeditur ne ab agente naturali forma in materia imprimatur : dicitur enim esse expertum quod virtute alicuius scripti aliquis, in igne positus, non fuit combustus : quod planum est non fuisse operationis divinae, quae pro meritis, sine aliquibus scriptis, poenas a sanctis suis repellit : et sic remanet quod fuerit factum Daemonis virtute. Ergo videtur quod pari ratione fieri possit quod spiritualis creatura ex solo imperio formam in materia inducere possit absque corporali agente. Et nihilominus hoc ipsum miraculosum videtur quod homo in igne positus non comburatur, sicut patet in miraculo trium puerorum.

12. Il appartient ˆ une m�me puissance en genre, dÕinduire une forme dans la mati�re et de l'en emp�cher : en effet, de m�me que la forme du feu est introduite dans la mati�re par la puissance dÕun corps, de la m�me mani�re lÕinduction dÕune telle forme est emp�chŽe par le pouvoir d'un corps. Mais la puissance de la crŽature spirituelle emp�che que la forme soit imprimŽe dans la mati�re par un agent naturel : car on dit qu'il s'est trouvŽ que quelqu'un, par le pouvoir d'un Žcrit, placŽ dans le feu, nÕa pas ŽtŽ bržlŽ ; il est clair que ce n'est pas arrivŽ par lÕopŽration divine qui, pour les mŽrites, repousse sans Žcrits les ch‰timents de ses saints. Et ainsi il reste que cela a ŽtŽ fait par la puissance du dŽmon. Donc il semble que, ˆ raison Žgale, la crŽature spirituelle puisse de son seul pouvoir induire une forme dans la mati�re, sans agent corporel. Et cependant il para”t miraculeux que lÕhomme, placŽ dans le feu, ne bržle pas, comme on le voit dans le miracle des trois enfants.

q. 6 a. 3Arg. 13 Praeterea, nobilior est forma quae est in imaginatione et in sensu, quam forma quae est in materia corporali, quanto est magis immaterialis. Sed spiritualis creatura in phantasiam et sensum potest imprimere aliquam formam, ut videatur aliquid aliter quam sit : unde dicit Augustinus [in XVIII lib. de Civ. Dei, cap. XVIII] : Nec sane Daemones naturas creant ; sed specie tenus quae a Deo vero sunt creata, commutant ; et postea subiungit, quod hoc fit per immutationem phantasiae. Ergo multo fortius potest imprimere formam in materiam corporalem ; et sic idem quod prius.

13. La forme, dans lÕimagination et les sens, est plus noble que celle qui est dans la mati�re corporelle ; dÕautant quÕelle est plus immatŽrielle. Mais la crŽature spirituelle peut introduire une forme dans l'imagination et les sens pour qu'une chose paraisse autre quÕelle nÕest : cÕest pourquoi Augustin dit (La citŽ de Dieu, XVIII, 18[657]) : ÇCe nÕest pas rŽellement que les dŽmons crŽent des natures ; mais ils changent seulement d'apparence ce qui a ŽtŽ crŽŽ par DieuÈ, et ensuite il ajoute que cela se fait par un changement dans l'imagination. Donc il peut beaucoup plus induire une forme dans la mati�re corporelle, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 6 a. 3Arg. 14 Sed dicendum, quod immutatio phantasiae a Daemone non fit per hoc quod novae formae imprimantur, sed per compositionem et divisionem formarum praeexistentium. - Sed contra, anima est nobilior quam natura corporalis. Si ergo Daemon per suam virtutem potest facere illud quod est propria operatio animae sensitivae, scilicet componere et dividere imagines, videtur quod multo fortius possit facere sua virtute operationes naturae corporeae ; et sic idem quod prius.

14. Mais il faut dire que le changement dans l'imagination par le dŽmon ne se fait pas en imprimant de nouvelles formes, mais par composition et division des formes qui existent dŽjˆ. Ñ En sens contraire, lÕ‰me est plus noble que la nature corporelle. Si donc le dŽmon par sa puissance peut faire ce qui est lÕopŽration propre de lÕ‰me sensitive, ˆ savoir composer et diviser les images, il semble qu'il puisse beaucoup plus accomplir par sa puissance les opŽrations de la nature corporelle, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 6 a. 3Arg. 15 Praeterea, sicut se habet virtus ad virtutem, ita se habet operatio ad operationem. Sed virtus Angeli non dependet a virtute creaturae corporalis. Ergo nec eius operatio ab operatione creaturae corporalis ; et sic praeter naturales causas potest miraculose operari.

15. De la m�me mani�re que se comporte la puissance vis-ˆ-vis d'elle-m�me, lÕopŽration se comporte vis-ˆ-vis d'elle-m�me. Mais le pouvoir de lÕange ne dŽpend pas de la puissance de la crŽature corporelle. Donc son opŽration non plus, et ainsi il peut opŽrer miraculeusement au-delˆ des causes naturelles.

De potentia, q. 6 a. 3Arg. 16 Praeterea, sicut facere aliquid ex nihilo est infinitae virtutis propter infinitam distantiam entis ad nihil, ita reducere aliquid in actum de potentia, subest virtuti finitae. Inter virtutes autem finitas maxima est virtus Angeli. Ergo Angelus sua virtute potest educere in actum omnes formas quae sunt in potentia materiae, absque actione alicuius causae naturalis ; et sic idem quod prius.

16. De m�me que faire quelque chose de rien demande une puissance infinie, ˆ cause de la distance infinie de lÕŽtant au nŽant, de m�me ramener quelque chose de la puissance ˆ l'acte, est soumis ˆ une puissance finie. Parmi les puissances finies, la plus grande est celle de lÕange. Donc lÕange par son pouvoir peut amener ˆ lÕacte toutes les formes qui sont dans la puissance de la mati�re, sans lÕaction dÕune cause naturelle, et ainsi de m�me que ci-dessus.

De potentia, q. 6 a. 3Arg. 17 Praeterea, omne agens non impeditum agit et patitur. Sed Angelus agens in ista corporalia nullo modo patitur ab eis. Ergo non impeditur quin sua actione possit miracula facere praeter causas naturales agendo.

17. Tout agent sÕil nÕest pas emp�chŽ agit et supporte. Mais l'ange qui agit dans ce qui est corporel n'en supporte rien. Donc rien n'emp�che son action de pouvoir faire des miracles, en agissant au-delˆ des causes naturelles.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 3 s. c. 1 Sed contra. Ex hoc Deus miracula facit quod natura est ei subiecta. Non est autem subiecta Angelis : non enim Angelis subiecit Deus orbem terrae, ut dicitur ad Hebr. II. Ergo Angeli sua naturali virtute miracula facere non possunt.

1. Dieu fait des miracles parce que la nature lui est soumise ; mais elle nÕest pas soumise ˆ lÕange : car Dieu nÕa pas soumis la terre aux anges, comme il est dit en HŽbr. 2, 5[658]. Donc les anges ne peuvent pas faire de miracles par leur pouvoir naturel.

59828] De potentia, q. 6 a. 3 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit [in III lib. de Trin. Cap. VIII], quod non est putandum Angelis transgressoribus ad nutum servire corporalium rerum materiam. Serviret autem eis, si ex virtute suae naturae creatura spiritualis miracula facere posset. Ergo miracula facere non possunt.

2. Augustin dit (la TrinitŽ, III, VIII, 13[659]), quÕil ne faut pas penser que la mati�re des choses corporelles se soumet aux anges transgresseurs sur un signe de leur part. Elle leur serait soumise, si par le pouvoir de sa nature, la crŽature spirituelle pouvait faire des miracles. Donc ils ne peuvent pas faire de miracles.

 

RŽponse :

q. 6 a. 3 co. Respondeo. Dicendum, quod Augustinus in II Lib. de Trinitate [cap. X], postquam quaestionem istam pertractaverat diligenter, concludit in fine : Mihi omnino utile est ut meminerim virium mearum, fratresque meos admoneam ut meminerint suarum, ne ultra quam tutum est humana progrediatur infirmitas ; quemadmodum enim hoc faciant Angeli, vel potius quemadmodum Deus hoc faciat per Angelos suos, nec oculorum acie penetrare, nec fiducia rationis enucleare, nec provectu mentis comprehendere valeo ; ut tam certus loquar ad omnia quae requiri de his rebus possunt, quam si essem Angelus aut propheta aut apostolus. Unde et hac moderatione adhibita, absque assertione et sententiae melioris praeiudicio, procedendum est, quantum ratio et auctoritas poterit adiuvare.

Il faut dire quÕAugustin (La TrinitŽ, III, X, 21), apr�s avoir traitŽ attentivement cette question, conclut ˆ la fin : ÇPour moi il est tout ˆ fait utile de me souvenir de mes forces, et d'avertir mes fr�res, quÕils se souviennent des leurs, pour que la faiblesse humaine ne progresse pas au delˆ de la prudence ; car de quelque mani�re que les anges le fassent, ou plut™t de quelque mani�re que Dieu le fasse par les anges, je ne peux pas le discerner par l'acuitŽ de ma vue, ni le comprendre par la perspicacitŽ de mon esprit, de sorte que je puisse parler avec autant d'assurance de tout ce qu'on peut en rechercher que si j'Žtais un ange, un proph�te ou un ap™tre.È CÕest pourquoi une fois cette modŽration acquise, il faut avancer, sans assertion ni prŽjudice dÕune expression meilleure, autant que la raison et lÕautoritŽ peuvent nous aider.

A. - Sciendum est ergo, quod circa hanc quaestionem inveniuntur philosophi dissensisse :

A. - Il faut donc savoir quÕˆ propos de cette question, on constate que les philosophes ne sont pas dÕaccord :

Avicenna namque posuit, quod substantia spiritualis quae caelos movet, non solum mediante caelesti motu effectus in inferioribus corporibus causat, sed etiam praeter omnem corporis actionem, volens quod materia corporalis multo magis obediat conceptioni et imperio praedicto spiritualis substantiae quam contrariis agentibus in natura, vel cuicumque corpori agenti. Et ex hac causa provenire dicit, quod quandoque inusitatae permutationes fiunt aeris, et infirmitatum curationes, quae nos miracula appellamus. Et ponit exemplum de anima quae corpus movet ; ad cuius imaginationem, absque omni alio corporali agente, transmutatur corpus et ad calorem et ad frigus, et quandoque ad febrem vel lepram.

Car Avicenne a pensŽ que la substance spirituelle[660] qui met en mouvement les cieux, cause des effets dans les corps infŽrieurs, non seulement par lÕintermŽdiaire du mouvement du ciel, mais aussi au-delˆ de toute action du corps, il voulait que la mati�re corporelle obŽisse beaucoup plus ˆ la conception et au pouvoir dŽjˆ signalŽ de la substance spirituelle quÕaux agents contraires dans la nature ou ˆ quelque agent corporel. Et il dit que par cette cause quelquefois se produisent des changements inhabituels de lÕair, et des guŽrisons de maladies que nous, nous appelons miracles. Et il propose lÕexemple de lÕ‰me qui meut le corps, par l'imagination de laquelle, sans aucun autre agent corporel, le corps subit la chaleur et le froid et quelquefois (attrape) la fi�vre et la l�pre.

Haec autem positio satis convenit principiis ab eo suppositis ; ponit enim quod agentia naturalia solummodo disponunt materiam ; formae autem substantiales sunt a substantia spirituali, quam appellat datorem formarum ; unde materia ex naturali ordine obedit spirituali substantiae ad recipiendum ab ea formam ; et ideo non est mirum, si etiam praeter ordinem corporalium agentium, aliquas formas solo imperio in materiam imprimat. Si enim materia obedit substantiae separatae ad receptionem formae substantialis, non erit inconveniens si obediat ad recipiendum etiam dispositiones ad formam ; hoc enim patet esse minoris virtutis.

Mais cette opinion[661] convient assez aux principes qu'il suppose, car il pense que les agents naturels disposent seulement la mati�re ; mais les formes substantielles viennent d'une substance spirituelle quÕil appelle le donneur de formes ; cÕest pourquoi la mati�re par ordre naturel obŽit ˆ la substance spirituelle, pour en recevoir la forme ; et ce nÕest pas Žtonnant non plus, si, en dehors de lÕordre des corps agents, il imprime quelques formes dans la mati�re par son seul pouvoir. Car si la mati�re obŽit ˆ la substance sŽparŽe, pour recevoir la forme substantielle, il ne sera pas inconvenant qu'elle obŽisse pour recevoir aussi les dispositions ˆ la forme ; car il est clair que cela dŽpend dÕune puissance moindre.

B. - Sed secundum opinionem Aristotelis et sequentium eum, hoc non potest stare ; probat enim Aristoteles duplici ratione, quod formae non imprimuntur in materiam ab aliqua substantia separata, sed reducuntur in actum de potentia materiae per actionem formae in materia existentis.

 B. - Mais selon lÕopinion dÕAristote et ses successeurs, cela n'est pas possible, car il prouve, par deux raisons, que les formes ne sont pas imprimŽes dans la mati�re par quelque substance sŽparŽe, mais sont amenŽes de la puissance de la mati�re ˆ l'acte par lÕaction de la forme qui est dans la mati�re.

Quorum primam ponit in VII Metaph., [com. 25, 27, 32] quia secundum quod ibi probatur, id quod fit proprie est compositum, non forma vel materia ; compositum enim est quod proprie habet esse. Omne autem agens agit sibi simile ; unde oportet quod id quod est faciens res naturales actu existere per generationem, sit compositum, non forma sine materia, hoc est substantia separata.

1) La premi�re raison, il la donne en MŽtaphysique (VII, 8, 1033 b 16, 1033 b 23 et 1034 a 5), parce que, selon ce qui y est prouvŽ, ce qui est fait, c'est proprement le composŽ, non la forme, ni la mati�re ; car le composŽ est ce qui a lÕ�tre en propre. Mais tout agent fait du semblable ˆ lui ; cÕest pourquoi il faut que ce qui fait exister les choses naturelles en acte par gŽnŽration, soit un composŽ et non une forme sans mati�re, (car) cela cÕest la substance sŽparŽe.

Alia probatio ponitur in VIII Phys. : quia cum idem semper natum sit idem facere ; quod autem generatur vel corrumpitur vel alteratur, aut augetur vel diminuitur, non semper eodem modo se habet,- oportet quod illud quod est generans et movens secundum huiusmodi motus, non sit semper eodem modo se habens, sed aliter et aliter. Hoc autem non potest esse substantia separata, quia omnis talis substantia est immobilis : omne enim quod movetur, corpus est, ut in VI Physic. [a cvom. 86 usque ad 90], probatur. Unde id quod est immediata causa reducens formam de potentia in actum, per generationem et alterationem, est corpus aliter et aliter se habens, secundum quod accedit et recedit per motum localem.

2) LÕautre preuve se trouve en Physique, VIII : parce que, comme le m�me est destinŽ ˆ toujours faire le m�me, ce qui est engendrŽ, corrompu, changŽ, augmentŽ ou diminuŽ ne se comporte pas toujours de la m�me mani�re, Ñ il faut que ce qui engendre ou meut, selon de tels mouvements, ne se comporte pas toujours de la m�me mani�re, mais diffŽremment. Mais cela ne peut pas �tre une substance sŽparŽe, parce que toute substance de ce genre est immobile ; car tout ce qui est mž est un corps, comme on le prouve en Physique, (VI, 10, de 240 b 8 ˆ 241 a 25). C'est pourquoi, ce qui est la cause immŽdiate qui ram�ne la forme de la puissance ˆ lÕacte, par gŽnŽration et changement, est un corps qui se comporte diffŽremment, selon qu'il sÕapproche ou sÕŽloigne par mouvement local.

Et inde est quod substantia separata suo imperio in corpore causat immediate motum localem, et eo mediante causat alios motus, quibus mobile acquirit aliquam formam. Et hoc rationabiliter accidit : nam motus localis est primus et perfectissimus motuum, utpote qui non variat rem quantum ad rei intrinseca, sed solum quantum ad exteriorem locum ; et ideo per primum motum suum, scilicet localem, corporalis natura a spirituali movetur. Secundum hoc ergo corporalis creatura obedit imperio spiritualis secundum naturalem ordinem ad motum localem, non autem ad alicuius formae receptionem ; quod quidem intelligendum est de natura spirituali creata cuius virtus et essentia est limitata secundum determinatum genus, non de substantia spirituali increata, cuius virtus est infinita, non limitata ad aliquod genus secundum regulam alicuius generis.

De lˆ vient que la substance sŽparŽe, par son pouvoir, cause immŽdiatement dans le corps un mouvement local, et par son intermŽdiaire, elle cause d'autres mouvements, par lesquels le mobile acquiert une forme. Et cela arrive conformŽment ˆ la raison. Car le mouvement local est le premier et le plus parfait des mouvements, ˆ savoir qu'il ne change pas la chose de l'intŽrieur, mais seulement sa situation locale extŽrieure. Et cÕest pourquoi par son premier mouvement, ˆ savoir le mouvement local, la nature corporelle est mue par la nature spirituelle. Ainsi donc, la crŽature corporelle obŽit au pouvoir de la crŽature spirituelle selon lÕordre naturel pour le mouvement local, mais pas pour recevoir une forme, ce quÕil faut comprendre de la nature spirituelle crŽŽe dont le pouvoir et lÕessence sont limitŽs ˆ un genre dŽterminŽ, (mais) non de la substance spirituelle incrŽŽe, dont le pouvoir est infini, non limitŽ ˆ un genre selon la r�gle du genre.

Et huic opinioni quantum ad hoc consentit fides ; unde Augustinus dicit [in III de Trin.,cap. VIII et IX], quod Angelis non servit ad nutum materia corporalis. In hoc tamen differt sententia fidei a positione philosophorum ; philosophi enim praedicti ponunt substantias separatas movere suo imperio caelestia corpora motu locali ; motum autem localem in istis inferioribus non causari immediate a substantia separata, sed ab aliis moventibus naturaliter aut voluntarie aut violenter.

La foi est en accord avec cette opinion ; cÕest pourquoi Augustin dit (La TrinitŽ, III, ch. 8 et 9), que la mati�re des corps nÕest pas soumise ˆ la volontŽ des anges. Cependant en cela la r�gle de foi diff�re de la position des philosophes ; car ceux-ci pensent que les substances sŽparŽes meuvent par leur pouvoir les corps cŽlestes dÕun mouvement local ; mais le mouvement local dans les �tres infŽrieurs nÕest pas causŽ immŽdiatement par une substance sŽparŽe, mais par d'autres moteurs, de fa�on naturelle, volontaire ou violente.

C. - Unde et Alexander, Commentator, omnes effectus qui attribuuntur a nobis Angelis vel Daemonibus in istis inferioribus, attribuit impressioni corporum caelestium ; quod non videtur sufficienter esse dictum. Nam huiusmodi effectus non fiunt aliquo determinato cursu, sicuti ea quae fiunt per actionem naturalem superiorum vel inferiorum corporum. Et praeterea aliqui effectus inveniuntur in quos nullo modo corpora caelestia possent, sicut quod virgae converterentur statim in serpentes, et multa huiusmodi.

C. - CÕest pourquoi, Alexandre[662], le commentateur, attribue tous les effets que nous attribuons aux anges ou aux dŽmons dans les choses infŽrieures ˆ lÕimpression des corps cŽlestes, ce qui ne semble pas avoir ŽtŽ assez dit. Car les effets de ce genre ne se font pas par un cours dŽterminŽ, comme ce qui se fait par lÕaction naturelle des corps supŽrieurs ou infŽrieurs. Et en plus on trouve des effets en qui les corps cŽlestes ne peuvent rien, comme les b‰tons transformŽs aussit™t en serpent, et beaucoup d'autres choses de ce genre.

Fidei autem sententia est, quod non solum corpora caelestia suo imperio moveant localiter, sed etiam alia corpora, Deo ordinante et permittente. Movent ergo localiter suo imperio corpora in quibus est vis activa naturalis ad aliquem effectum producendum, quae Augustinus [lib. IX sup gen., cap. XVIII], appellat naturae semina ; et sic operatio eorum non erit per modum miraculi, sed per modum artis. In miraculis enim producuntur effectus absque actionibus naturalibus, a causa supernaturali. Producere autem aliquem effectum quem vel natura producere non potest, vel non ita convenienter, mediante actione principiorum naturalium, artis est. Unde philosophus dicit in II Phys., [com. 22 et 79] quod ars imitatur naturam, et quaedam perficit quae natura facere non potest, in quibusdam etiam naturam iuvat ; sicut medicus iuvat naturam ad sanandum, alterando et digerendo per appositionem eorum quae ad hoc naturalem virtutem habent.

D. Mais la formule de la foi est que non seulement les corps cŽlestes mais encore les autres corps, meuvent localement par leur pouvoir, si Dieu lÕordonne et le permet. Donc ils meuvent localement par leur pouvoir les corps dans lesquels il y a un pouvoir actif naturel pour produire un effet ; Augustin (Sur la Gen�se, IX, 18) appelle ce pouvoir les semences de la nature[663] ; et ainsi leur opŽration ne se fera pas par un miracle, mais par lÕart. Car, dans les miracles, les effets sont produits sans actions naturelles, par une cause surnaturelle. Mais produire un effet que ou bien la nature ne peut pas produire, ou bien pas convenablement, par lÕintermŽdiaire de lÕaction des principes naturels, cÕest de lÕart. CÕest pourquoi le philosophe dit (Physique, II, 2, 193 b 21 et II, 8, 198 b 15) que lÕart imite la nature, et parvient ˆ des effets que la nature ne peut pas faire, mais o� elle lui vient en aide ; comme le mŽdecin aide la nature ˆ guŽrir, en changeant, en Žliminant, par opposition ˆ ce qui a un pouvoir naturel pour cela.

In effectibus autem huiusmodi producendis ars Angeli boni vel mali efficacior est et meliores effectus facit quam ars humana ; et hoc propter duo :

Pour produire des effets de ce genre, lÕart de lÕange, bon ou mauvais, est plus efficace et il produit de meilleurs effets que lÕart des hommes, et cela pour deux raisons :

Primo quia cum effectus corporales in inferioribus maxime dependeant a caelestibus corporibus tunc praecipue ars potest sortiri effectum, quando virtus caelestis corporis ad hoc cooperatur. Unde in operibus agriculturae et medicinae valet consideratio motus et situs solis et lunae et aliarum stellarum, quarum virtutes, situs et motus multo certius cognoscunt Angeli naturali cognitione quam homines. Unde horas eligere possunt melius, in quibus virtus caelestis corporis ad effectus intentos magis cooperetur. Et haec videtur esse ratio quare nigromantici in invocationibus Daemonum situs stellarum observant.

1) La premi�re, parce que, comme les effets corporels dans les �tres infŽrieurs dŽpendent surtout des corps cŽlestes, alors lÕart peut surtout obtenir un effet, quand le pouvoir du corps cŽleste y coop�re. CÕest pourquoi dans les opŽrations de lÕagriculture et de la mŽdecine, la considŽration du mouvement et de la situation du soleil, de la lune et des autres Žtoiles est efficace ; les anges en connaissent les pouvoirs, les lieux et les mouvements avec plus de certitude que les hommes. CÕest pourquoi ils peuvent mieux choisir les heures, o� le pouvoir du corps cŽleste participe davantage aux effets recherchŽs. Et cela semble �tre la raison pour laquelle les nŽcromanciens dans leurs invocations aux dŽmons observent la situation des Žtoiles.

Secunda ratio est, quia virtutes activas et passivas in corporibus inferioribus melius noverunt quam homines, et facilius et celerius applicare possunt ad effectum, utpote qui imperio suo corpora localiter movent ; unde etiam medici mirabiliores effectus in sanando faciunt, quia plura de virtutibus rerum naturalium sciunt.

2) Seconde raison, parce qu'ils connaissent mieux que les hommes, les puissances actives et passives dans les corps infŽrieurs, et ils peuvent les appliquer plus facilement et plus rapidement pour un effet, en tant quÕils meuvent les corps localement par leur pouvoir ; cÕest pourquoi, m�me les mŽdecins provoquent des effets plus admirables en soignant parce qu'ils connaissent mieux les pouvoirs des choses naturelles.

Tertia ratio potest esse, quia cum instrumentum agat non solum in virtute sua, sed in virtute moventis,- (inde etiam corpus caeleste aliquem effectum habet ex virtute substantiae spiritualis moventis, sicut quod est causa vitae, ut patet in animalibus ex putrefactione generatis, et calor naturalis, in quantum est instrumentum animae vegetabilis, agit ad speciem carnis),- non est inconveniens ponere quod ipsa corpora naturalia, in quantum sunt mota a spirituali substantia, sortiantur maiorem effectum ; quod videri potest ex hoc quod Gen. VI, 4, dicitur : Gigantes erant super terram in diebus illis ; postquam enim ingressi sunt filii Dei ad filias hominum, illaeque genuerunt, isti sunt potentes a saeculo viri famosi ; et Glossa quaedam ibidem dicit, quod non est incredibile, a quibusdam Daemonibus, qui mulieribus sunt incubi, huiusmodi homines, scilicet gigantes, esse procreatos.

3) Il peut exister une troisi�me raison, parce que, comme lÕinstrument agit non seulement dans son pouvoir, mais dans celui du moteur, Ñ (c'est de lˆ m�me que le corps cŽleste a un effet par le pouvoir de la substance spirituelle motrice, comme ce qui est la cause de la vie, comme on le voit dans les animaux engendrŽs de la putrŽfaction. La chaleur naturelle, dans la mesure o� elle est lÕinstrument de lÕ‰me vŽgŽtative, agit pour la forme de la chair), Ñ il nÕest pas inconvenant de penser que les corps naturels eux-m�mes, dans la mesure o� ils sont mus par la substance spirituelle, obtiennent un effet plus grand ; ce qu'on peut voir de ce qui est dit en Gn. 6, 4 : ÇLes gŽants Žtaient sur la terre en ces jours-lˆ ; car apr�s que les fils de Dieu sont entrŽs chez les filles des hommes, elles engendr�rent, ce sont les hŽros, hommes fameux de cette Žpoque ;È et une glose (ordinaire) dit quÕil nÕest pas incroyable que par certains dŽmons, qui ont couchŽ avec les femmes, aient ŽtŽ procrŽŽs de tels hommes, ˆ savoir les gŽants.

Sic ergo patet quod Angeli boni vel mali virtute naturali miracula facere non possunt ; sed quosdam mirabiles effectus, in quibus eorum operatio est per modum artis.

Ainsi donc il est clair que les anges, bons ou mauvais, ne peuvent pas faire de miracles par un pouvoir naturel, mais ils produisent des effets Žtonnants dans lesquels leur opŽration vient de lÕart.

 

Solutions :

q. 6 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod licet naturalis potestas Angeli vel Daemonis sit maior quam naturalis potestas corporis, non tamen est ad hoc quod immediate formam in materia inducat, sed mediante corpore ; unde hoc facit nobilius quam corpus, quia primum movens principalius est in agendo quam secundum.

 1. Bien que la puissance naturelle de lÕange ou du dŽmon soit plus grande que celle du corps, cependant elle nÕest pas pour induire une forme dans la mati�re immŽdiatement, mais par lÕintermŽdiaire dÕun corps ; cÕest pourquoi elle le fait plus noblement que le corps, parce que le premier moteur est plus important en agissant que le second.

q. 6 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod formae rerum naturalium in mente angelica existentes sunt magis actuales quam formae quae sunt in materia ; et propter hoc sunt immediatum principium perfectioris operationis, quae est intelligere ; operationis vero quae est actio materiam transmutans, non sunt immediatum principium ; sed mediante voluntate, et voluntas mediante virtute, et virtus immediate movet motum localem ; quo motu mediante, est causa aliorum motuum, et est causa aliqua inductionis formae in materia.

 2. Les formes des choses naturelles qui existent dans lÕesprit de lÕange sont plus en acte que celles qui sont dans la mati�re ; et pour cela, elles sont le principe immŽdiat d'une opŽration plus parfaite, qui est l'intellection (intelligere) : mais elles ne sont pas le principe immŽdiat de lÕopŽration qui transforme la mati�re ; mais par lÕintermŽdiaire de la volontŽ, et la volontŽ par lÕintermŽdiaire du pouvoir, et le pouvoir immŽdiatement provoque le mouvement local ; par ce mouvement, intermŽdiaire, il est la cause des autres mouvements, et une cause dÕinduction de la forme dans la mati�re.

q. 6 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod formae etiam quae sunt in intellectu humano, non sunt activae rerum artificialium, nisi mediante voluntate et virtute motiva et organis naturalibus et instrumentis artificialibus.

 3. Les formes qui sont dans lÕesprit humain, n'agissent sur ce qui est artificiel, que par lÕintermŽdiaire de la volontŽ, d'un pouvoir moteur, des organes naturels et des instruments artificiels.

q. 6 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod virtus cui potest aliquod organum adhiberi, quod sibi respondeat quantum ad omnem operationem, debet habere organum coniunctum, sicut virtus visiva oculum. Nullum autem corpus poterat hoc modo Angelo respondere, quod eius virtutem adaequaret ; et ideo non habuit Angelus corporeum organum naturaliter coniunctum. Unde et philosophi qui posuerunt substantias separatas non habere effectus in istis inferioribus nisi mediante caelo, posuerunt aliquam substantiam spiritualem uniri caelo ut proprio instrumento, quam animam caeli dicebant. Aliam vero non unitam dicebant intelligentiam, a qua movetur anima caeli, sicut desiderans a desiderato.

 4. Le pouvoir auquel un organe peut adhŽrer, qui lui correspond quant ˆ toute opŽration, doit avoir un organe joint, comme le pouvoir de la vue a lÕÏil. Mais aucun corps ne pourrait de cette mani�re convenir ˆ lÕange qui Žgalerait son pouvoir ; aussi il nÕa pas eu dÕorgane corporel uni naturellement. CÕest pourquoi les philosophes qui ont pensŽ que les substances sŽparŽes nÕavaient dÕeffet dans les choses infŽrieures que par lÕintermŽdiaire du ciel, ont pensŽ quÕune substance spirituelle Žtait unie au ciel comme ˆ son instrument propre, quÕils appelaient lÕ‰me du ciel. Mais ils ne parlaient pas d'une autre intelligence non unie, par laquelle lÕ‰me du ciel Žtait mue, comme celui qui dŽsire par ce qui est dŽsirŽ.

q. 6 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Angelus etsi caelum moveat, potest tamen habere actionem in haec inferiora absque motu caeli movendo alia corpora, et absque omni corpore intelligendo ; licet forma in materia absque corporali agente imprimere non possit.

 5. M�me si lÕange meut le ciel, il peut cependant avoir une action dans les choses infŽrieures sans le mouvement du ciel, en mettant en mouvement d'autres corps, et sans comprendre tout corps, bien que par la forme il ne puisse induire dans la mati�re sans agent corporel.

q. 6 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod caelum cum sit agens corporeum, potest esse immediatum alterans et movens ad formam ; non est autem simile de Angelis.

 6. Comme le ciel est un agent corporel, il peut changer sans intermŽdiaire et amener ˆ la forme ; ce nÕest pas pareil pour les anges.

q. 6 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod anima, naturali ordine suo imperio, movet corpus localiter, nam vis eius appetitiva est imperans motum, et corpus obedit ad nutum ; quod etiam est per virtutes motivas quae sunt organis affixae et fluunt ab anima in corpus, quod est ab anima formatum. Aliae vero alterationes, ut calefactionis, infrigidationis, et similium, sequuntur ab anima mediante motu locali. Patet etiam quod ex ipsa imaginatione sequitur passio per quam aliquo modo variatur motus cordis et spirituum ; ex quibus vel retractis ad cor vel diffusis in membra, sequitur aliqua alteratio in corpore ; quae etiam potest esse infirmitatis causa, praecipue si sit materia disposita.

 7. LÕ‰me dans lÕordre naturel, par son pouvoir, meut localement le corps, car sa force appŽtitive commande le mouvement, et le corps obŽit ˆ son ordre ; ce qui se fait aussi par les pouvoirs moteurs qui sont liŽs aux organes, et passent de lÕ‰me dans le corps, qui est mis en forme par lÕ‰me. Mais les autres changements, comme le rŽchauffement, le refroidissement etc., dŽcoulent de lÕ‰me par lÕintermŽdiaire du mouvement local. Il est clair aussi que par lÕimagination m�me dŽcoule la passion par laquelle dÕune certaine mani�re le mouvement du cÏur et des esprits est modifiŽ ; de ceux-ci rŽtractŽs au cÏur ou diffusŽs dans les membres, dŽcoule un changement dans le corps qui aussi peut �tre cause de maladie surtout si la mati�re y est disposŽe.

q. 6 a. 3 ad 8 Et per hoc patet solutio ad octavum.

 8. Et par lˆ appara”t la solution 8.

q. 6 a. 3 ad 9 Ad nonum dicendum, quod virtus Angeli dicitur infinita inferius, in quantum non est virtus in materia recepta, et per hoc non limitatur ab inferiori recipiente ; non tamen est infinita superius, ut supra dicitur, quia a Deo recipitur in Angelo esse finitum ; et ideo eius substantia determinatur ad aliquod genus, et per consequens eius virtus determinatur ad aliquem modum agendi ; quod de Deo dici non potest.

 9. On dit que le pouvoir de lÕange est dÕun infini infŽrieur dans la mesure o� ce nÕest pas un pouvoir re�u dans la mati�re et par cela il nÕest pas limitŽ par un recepteur infŽrieur ; son pouvoir nÕest cependant pas dÕun infini supŽrieur, comme on lÕa dit ci-dessus, parce qu'un �tre fini est re�u dans l'ange et cÕest pourquoi sa substance est limitŽe ˆ un genre, et par consŽquent, son pouvoir est dŽterminŽ ˆ un mode dÕaction, qu'on ne peut pas dire de Dieu.

q. 6 a. 3 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet Angelus faciat res mirabiles per modum artis, ut supra dictum est, non tamen facit miracula.

 10. Bien que lÕange fasse des Ïuvres admirables par son art, comme on lÕa dit ci-dessus, il ne fait cependant pas de miracles.

q. 6 a. 3 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod licet motus locales inferiorum corporum sint a determinatis motoribus naturalibus, sicut et alii motus, tamen corporalis creatura naturali ordine obedit spirituali ad motum localem, non ad alios motus, ratione supradicta ; et praecipue si virtus eius non est determinata ad aliquod corpus sicut est virtus animae ad corpus sibi coniunctum.

 11. Bien que les mouvements locaux des corps infŽrieurs viennent de moteurs naturels limitŽs, comme les autres mouvements aussi, cependant la crŽature corporelle obŽit par l'ordre naturel ˆ la crŽature spirituelle pour le mouvement local, non pour les autres mouvements, pour la raison donnŽe plus haut ; et surtout si son pouvoir nÕest pas limitŽ ˆ un corps comme le pouvoir de lÕ‰me ˆ un corps qui lui est uni.

q. 6 a. 3 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod sicut substantia spiritualis creata non potest suo imperio imprimere formam in materia, ita non potest suo imperio impedire quin imprimatur ab agente naturali ; et si hoc aliquando faciat, facit per appositionem alicuius impedimenti naturalis, quamvis sensus humanos lateat ; et praecipue cum possit flammam ignis localiter movere, ut combustibili non tantum appropinquet.

 12. La substance spirituelle crŽŽe ne peut pas induire par son pouvoir une forme dans la mati�re ; de la m�me mani�re, elle ne peut pas par son pouvoir l'emp�cher quÕelle soit introduite par lÕagent naturel, et si elle le fait quelquefois, elle le fait en opposant un emp�chement naturel, quoiqu'il soit cachŽ aux sens humains, et surtout puisquÕil peut mouvoir localement la flamme du feu, pour quÕelle n'approche pas autant du combustible.

q. 6 a. 3 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod creatura spiritualis separata potest immutare phantasiam naturali virtute, non per imperium inducendo formas in organo phantasiae, sed per aliquam commotionem spirituum et humorum ; patet enim quod aliqua transmutatione in his facta, phantasmata apparent, ut in phreneticis et dormientibus. Et ad hanc phantasiae immutationem etiam quaedam res naturales dicuntur efficaciam habere, quibus nigromantici uti dicuntur ad visus illudendos

 13. La crŽature spirituelle sŽparŽe peut changer lÕimagination par un pouvoir naturel, non en induisant par pouvoir des formes dans l'organe de lÕimagination, mais par un Žbranlement des esprits et des humeurs ; car il est clair que par la transformation qui y est opŽrŽe, il y a des apparitions comme chez les malades mentaux et les dormeurs. Et pour ce changement de lÕimagination on dit que certaines choses naturelles ont une puissance efficace ; dont les nŽcromanciens, dit-on, se servent pour tromper la vue.

q. 6 a. 3 ad 14 Et per hoc patet responsio ad decimumquartum.

 14. Et par lˆ la rŽponse ˆ la quatorzi�me solution est claire.

q. 6 a. 3 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod sicut virtus Angeli est supra virtutem corporis caelestis, ita et operatio, ut dictum est ; non tamen ad hoc quod immediate formam in materia solo imperio inducat.

 15. De m�me que le pouvoir des anges est au-dessus de celui du corps cŽleste, leur opŽration aussi comme on lÕa dit, non cependant pour pouvoir induire immŽdiatement une forme dans la mati�re par leur seul pouvoir.

59845] De potentia, q. 6 a. 3 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod finita virtus potest de potentia in actum aliquid adducere, non tamen quaelibet finita, nec quolibet modo ; quaelibet enim virtus finita habet determinatum modum agendi

16. Un pouvoir fini peut faire passer quelque chose de la puissance ˆ lÕacte, mais pas cependant n'importe quel pouvoir fini, ni de nÕimporte quelle mani�re, car un pouvoir fini a une mani�re limitŽe dÕagir.

q. 6 a. 3 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod etsi nihil impediat agens aliquod, non potest id ad quod virtus sua non se extendit ; sicut ignis non potest infrigidare, etiam si nihil exterius impediat. Unde non sequitur, quod si Angeli non possunt imperio suo formam in materia inducere, quod ab extrinseco impediantur, sed quia ad hoc virtus eorum naturalis non se extendit.

17. M�me si rien ne fait obstacle ˆ l'agent, il ne peut pas ce ˆ quoi son pouvoir ne sÕŽtend pas ; ainsi le feu ne peut pas refroidir, m�me si rien dÕextŽrieur ne lÕemp�che. Aussi il nÕen dŽcoule pas qu'ainsi les anges ne peuvent pas par leur pouvoir induire une forme dans la mati�re, parce quÕils sont emp�chŽs de lÕextŽrieur, mais parce que leur pouvoir naturel ne sÕŽtend pas jusquÕˆ lˆ.

 

 

 

Article 4 Ñ Les bons anges et les hommes peuvent-ils faire des miracles par un don de la gr‰ce ?

q. 6 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum boni Angeli et homines per aliquod donum gratiae miracula facere possint. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[664].

 

Objections :

q. 6 a. 4Arg. 1 Ordines enim Angelorum non sunt constituti nisi ad ea quae Angeli faciunt. Sed ordo aliquis Angelorum institutus est ad miracula faciendum. Dicit enim Gregorius in homilia quadam, quod virtutes sunt per quas signa et miracula frequentius fiunt. Ergo Angeli per gratiam miracula facere possunt.

1. Car les hiŽrarchies des anges ne sont constituŽes que par les Ïuvres qu'ils accomplissent. Mais une hiŽrarchie d'anges a ŽtŽ instituŽe pour faire des miracles. En effet GrŽgoire [Le Grand] dit dans une homŽlie (Hom. 34, sur l'ƒvangile) que les Vertus sont ce par quoi les signes et les miracles se font le plus souvent. Donc les anges peuvent faire des miracles par gr‰ce.

q. 6 a. 4Arg. 2 Praeterea, Act. VI, 8, dicitur : Stephanus plenus gratia et fortitudine, faciebat prodigia et signa magna in populo. Non autem praemitteretur Dei gratia, nisi actus sequens ex gratia procederet. Ergo per virtutem gratiae etiam homines miracula facere possunt.

2. En Act. 6, 8, il est dit : ǃtienne, plein de gr‰ce et de force, faisait des prodiges et de grands signes parmi le peupleÈ. Mais la gr‰ce de Dieu ne serait envoyŽe prŽalablement que si lÕacte suivant procŽdait d'une gr‰ce. Donc par le pouvoir de la gr‰ce, les hommes aussi peuvent faire des miracles.

q. 6 a. 4Arg. 3 Praeterea, donum gratiae non datur nisi ad id quod per habentem gratiam fieri potest. Sed aliquibus datur donum gratiae gratis datae ad miracula facienda ; unde dicitur I ad Cor. XII, 9 : Alii datur gratia sanitatum in uno spiritu, alii operatio virtutum. Ergo sancti per gratiam miracula facere possunt.

3. Le don de la gr‰ce nÕest donnŽ que pour ce qui peut �tre fait par celui qui la poss�de. Mais ˆ certains le don de la gr‰ce est donnŽ gratuitement pour faire des miracles : ainsi il est dit en I Co. 12, 9-10[665] : ÇA l'un est donnŽe la gr‰ce de guŽrison dans l'unique Esprit, ˆ l'autre lÕopŽration des miracles.È Donc les saints peuvent faire des miracles par gr‰ce.

q. 6 a. 4Arg. 4 Sed dicebatur, quod sancti dicuntur miracula facere non agendo, sed impetrando a Deo ut fiant.- Sed contra, impetratio orationis fit per ea quae reddunt orationem Deo acceptam. Hoc autem fit per fidem, caritatem et alias virtutes pertinentes ad gratiam gratum facientem. Non ergo oportet ad signa facienda dari sanctis aliquod donum gratiae gratis datae.

4. Mais on pourrait dire que les saints font des miracles non pas en agissant, mais en obtenant de Dieu de le faire. En sens contraire, que la pri�re soit exaucŽe arrive par ce qui fait que la pri�re est acceptŽe par Dieu. Cela se fait par la foi, la charitŽ et les autres vertus qui conviennent ˆ la gr‰ce qui rend agrŽable ˆ Dieu. Il ne faut donc pas, pour faire des signes, que soit donnŽ aux saints un don de la gr‰ce gratuitement donnŽe.

q. 6 a. 4Arg. 5 Praeterea, in II dialogorum, Gregorius dicit, quod Qui devota mente Deo adhaerent, cum rerum necessitas exposcit, exhibere signa modo utroque solent, ut mira quaeque aliquando ex prece faciant, aliquando ex potestate. Quod autem aliquis ex potestate facit, operando facit, non solum impetrando. Ergo Angeli et sancti homines etiam agendo miracula faciunt.

5. Dans le livre II des Dialogues, ch. 30, GrŽgoire [le Grand] dit que ÇCeux qui s'attachent ˆ Dieu avec un esprit dŽvot, lorsque la nŽcessitŽ le demande, ont coutume de causer les signes de deux mani�res, de sorte qu'ils les accomplissent quelquefois par la pri�re, quelquefois par leur pouvoir. È Ce que quelquÕun fait par son pouvoir, il le fait en opŽrant, [et] non seulement en lÕobtenant. Donc les anges et les saints aussi, en agissant font des miracles.

q. 6 a. 4Arg. 6 Praeterea, triplex est rerum cursus secundum Anselmum, naturalis, voluntarius et mirabilis. Sed in cursu rerum naturali, Angeli tamquam medii inter Deum et corpora naturalia aliquid agunt, ut dicit Augustinus [in III lib. de Trin., cap. IV] :Omnia corpora a Deo reguntur per spiritum vitae rationalem ; et Gregorius [in IV Dial., ap. V] dicit : Nihil in hoc mundo visibili, nisi per creaturam invisibilem disponi potest. Similiter etiam cursum rerum voluntarium, nam ipsi Angeli sunt medii inter nos et Deum, illuminationes a Deo acceptas in nos deferentes. Ergo etiam in cursu rerum mirabilium Angeli sunt medii, ita quod eis agentibus miracula fiant.

6. Le cours des ŽvŽnements est triple selon Anselme (Le livre du PŽchŽ originel ch. 11) : naturel, volontaire et merveilleux[666]. Mais dans le cours naturel des choses, les anges en tant qu'intermŽdiaires entre Dieu et les corps naturels Çagissent, comme le dit Augustin (La TrinitŽ, III, IV, 9[667]). Tous les corps sont dirigŽs par Dieu, par un esprit de vie douŽ de raisonÈ, et GrŽgoire (Dialogues, IV, 5) dit : ÇRien en ce monde visible ne peut �tre Žtabli que par la crŽature invisible.È Il en est de m�me pour le cours volontaire des choses, car les anges eux-m�mes sont intermŽdiaires entre nous et Dieu, nous apportant les lumi�res re�ues de Dieu. Donc, m�me dans le cours Žtonnant des choses, les anges sont intermŽdiaires, de sorte que les miracles sont faits avec eux en tant quÕagents.

q. 6 a. 4Arg. 7 Sed dicendum, quod Angeli sunt medii non sicut agentes virtute propria, sed virtute divina.- Sed contra, quicumque operatur in virtute alterius, aliquo modo agit id quod fit per illam virtutem. Si ergo Angeli in virtute divina operantur ad miracula facienda, ipsi aliquo modo agunt.

7. Mais il faut dire que les anges sont des intermŽdiaires, non pas comme des agents, par leur propre pouvoir, mais par le pouvoir divin. En sens contraire, quiconque op�re dans le pouvoir dÕun autre, accomplit en quelque mani�re ce qui est fait par ce pouvoir. Donc si les anges op�rent dans le pouvoir divin pour faire des miracles, ce sont eux qui agissent d'une certaine mani�re.

q. 6 a. 4Arg. 8 Praeterea, lex vetus miraculose a Deo est tradita ; unde habetur Exod. XIX, quod coeperunt audiri tonitrua ac micare fulgura, et nubes densissimas operire montem. Sed lex data est per Angelos, sicut habetur Galat. III. Ergo per Angelos miracula fiunt.

8. La Loi ancienne a ŽtŽ transmise miraculeusement par Dieu, cÕest pourquoi il est dit en Ex. 19, quÕils commenc�rent ˆ entendre le tonnerre et ˆ voir briller des Žclairs, et des nuages Žpais couvrirent la montagne. Mais la loi a ŽtŽ donnŽe par les anges, comme il est dit en Gal. 3, 19. Donc les miracles sont faits par les anges.

q. 6 a. 4Arg. 9 Praeterea, Augustinus dicit [in lib. de Doctrina christiana] : Omnis res quae habetur et non datur, si in dando deficit, nondum habetur quomodo habenda est. Sed potestas faciendi miracula est in Deo ; et si alteri daret in eo non deficeret. Ergo si non dedit aliis hanc potestatem, videtur quod non habeat eam qualiter habenda est ; et ita videtur quod Angelis et hominibus Deus dederit potentiam miracula faciendi.

9. Augustin dit ˆ la fin du livre I de La doctrine chrŽtienne : ÇTout ce qu'on a et qui n'est pas donnŽ, s'il manque quand on le donne, nÕest pas encore possŽdŽ comme il doit l'�treÈ. Mais le pouvoir de faire des miracles est en Dieu ; et sÕil le donnait ˆ un autre, il ne lui manquerait pas. Donc sÕil n'a pas donnŽ ce pouvoir ˆ dÕautres, il semble quÕil ne l'a pas comme il devrait l'avoir et ainsi il semble que Dieu a donnŽ la puissance de faire des miracles aux anges et aux hommes.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 4 s. c. Sed contra, est quod dicitur in Psal. LXXI, 18 : Qui facit miracula magna solus.

1. Il y a ce qui est dit au Ps. 71, 18 : ÇLui seul fait de grands miracles.È

Praeterea, sicut dicit Bernardus [in lib. de Dispensatione et praeceptis], ille solus potest legem immutare vel dispensare in lege, qui legem condidit ; sicut patet in legibus humanis, quod solus imperator potest legem immutare qui legem condidit. Sed solus Deus legem naturalis cursus instituit. Ergo ipse solus potest miracula facere, praeter cursum naturalem agendo.

2. En outre, comme le dit Bernard[668] (La dispense et les prŽceptes), seul peut changer la loi ou en dispenser celui qui lÕa Žtablie ; comme on le voit dans les lois humaines : seul lÕempereur peut changer la loi qu'il a Žtablie. Mais Dieu seul a instituŽ la loi de la nature. Donc seul il peut faire des miracles en agissant au-delˆ de son cours.

 

RŽponse :

q. 6 a. 4 co. Respondeo. Dicendum, quod Angeli supra naturalem potestatem quam habent agendi, possunt aliquid per donum gratiae, in quantum sunt divinae virtutis ministri. Et potest dici, quod ad miracula facienda Angeli tripliciter operantur.

Les anges, en plus de leur puissance naturelle d'action, peuvent quelque chose par le don de la gr‰ce, dans la mesure o� ils sont les ministres du pouvoir divin. Et on peut dire que pour faire des miracles ils agissent de trois mani�res :

Uno modo precibus impetrando ; qui modus et hominibus et Angelis potest esse communis. Alius modus est secundum quod Angeli materiam disponunt sua naturali virtute ad hoc quod miraculum fiat ; sicut dicitur quod in resurrectione colligent pulveres mortuorum, qui divina virtute reducentur ad vitam. Sed hic modus proprius est Angelorum, nam humani spiritus, cum sint corporibus uniti, in exteriora operari non possunt nisi corpore mediante, ad quod sunt quodammodo naturaliter alligati.

1) En l'obtenant par des pri�res ; ce mode peut �tre commun aux hommes et aux anges.2) Selon que les anges disposent la mati�re par leur pouvoir naturel pour que le miracle s'accomplisse ; ainsi on dit qu'ˆ la rŽsurrection, ils rassembleront les cendres des morts, qui seront ramenŽs ˆ la vie par le pouvoir divin. Mais cette mani�re est propre aux anges car les esprits humains, Žtant unis ˆ des corps, ne peuvent agir ˆ lÕextŽrieur que par lÕintermŽdiaire du corps, auquel ils sont en quelque mani�re liŽs naturellement.

Tertius modus est quod operentur etiam aliquid coagendo ; quem quidem modum Augustinus sub dubio relinquit [in XXII lib. de Civ. Dei], sic dicens : Sive enim Deus ipse per se ipsum miro modo, sive per suos ministros etiam faciat, sive etiam per martyrum spiritus, sive per homines adhuc in corpore constitutos, sive omnia ista per Angelos, quibus invisibiliter imperat, operetur (ut quae per martyres fieri dicuntur, eis orantibus tantum et impetrantibus, non etiam operantibus fiant), sive aliis modis, qui nullo modo comprehendi a mortalibus possunt ; tamen attestantur haec miracula fidei, in qua carnis in aeternum resurrectio praedicatur.

3) Ils op�reraient m�me en coopŽrant. A ce sujet, Augustin laisse un doute dans le livre 22 de la CitŽ de Dieu, disant : ÇCar, soit Dieu le fait par lui-m�me dÕune mani�re Žtonnante, soit par ses ministres, soit aussi par lÕesprit des martyrs, soit par les hommes encore Žtablis dans leur corps, soit tout cela par des anges auxquels il commande invisiblement, il op�re (pour que ce qu'on dit fait par les martyrs, soit fait seulement pour ceux qui prient et sont exaucŽs, mais non par ceux qui op�rent), soit de quelques autres mani�res, tout ˆ fait incomprŽhensibles par les mortels ; cependant ces miracles rendent tŽmoignage de la foi qui annonce la rŽsurrection de la chair pour l'ŽternitŽ.È

Sed Gregorius [in II Dial. Cap. XXX], hanc quaestionem determinare videtur, dicens, quod sancti homines etiam in carne viventes non solum orando et impetrando, sed etiam potestative, ac per hoc, cooperando miracula faciunt ; quod probat et ratione et exemplis.

Mais GrŽgoire (Dialogues, II, 30) semble limiter ce probl�me en disant que les saints, m�me vivants en leur corps, non seulement en priant et exaucŽs, mais aussi de plein droit et par cela en coopŽrant, font des miracles, ce quÕil prouve par la raison et des exemples.

Primo ratione quidem : quia si hominibus data est potestas filios Dei fieri, non est mirum, si ex potestate mira facere possunt.

a) D'abord par la raison : parce que, si le pouvoir de devenir enfants de Dieu a ŽtŽ donnŽ aux hommes, il nÕest pas Žtonnant quÕils puissent faire des miracles par ce pouvoir.

Exemplis autem : quia Petrus Ananiam et Saphiram mentientes morti increpando tradidit, nulla oratione praemissa, ut habetur Act. V, 1-11. Beatus etiam Benedictus dum ad brachia cuiusdam ligati rustici oculos deflexisset, tanta se celeritate coeperunt illigata brachiis lora dissolvere, ut dissolvi tam concite nulla hominum festinatione potuissent. Unde concludit, quod sancti quandoque faciunt miracula orando, quandoque ex potestate.

b) Par des exemples : parce que Pierre, en les rŽprimandant livra ˆ la mort Ananie et Saphire qui mentaient, sans avoir priŽ auparavant, comme on le constate en Act. 5, 1-11. Le bienheureux Beno”t aussi ayant dŽtournŽ son regard sur les bras dÕune chef paysan, que les lani�res qui y Žtaient attachŽes commenc�rent ˆ se dŽtacher si vite qu'aucun homme, m�me rapide, n'aurait pu le faire. CÕest pourquoi il conclut que les saints quelquefois font des miracles par leurs pri�res, quelquefois par leur pouvoir.

Qualiter autem hoc esse possit, considerandum est. Constat autem quod Deus solo imperio miracula operatur. Videmus autem quod imperium divinum ad inferiores rationales spiritus, scilicet humanos, mediantibus superioribus, scilicet Angelis, pervenit, ut in legis veteris latione apparet ; et per hunc modum per spiritus angelicos vel humanos, imperium divinum ad corporales creaturas pervenire potest, ut per eas quodammodo naturae praesentetur divinum praeceptum ; et sic agant quodammodo spiritus humani vel angelici ut instrumentum divinae virtutis ad miraculi perfectionem ; non quasi aliqua virtute habitualiter in eos manente, vel gratuita vel naturali, in actum miraculi possunt quia sic quandocumque vellent, miracula facere possent : quod tamen Gregorius [in II Dial., ubi sup.] non esse verum testatur ; et probat per exemplum Pauli, qui stimulum a se removeri petiit, nec impetravit ; et per exemplum Benedicti, qui detentus fuit contra suam voluntatem per pluviam, sororis precibus, impetratam ; sed virtus ad cooperandum Deo in miraculis in sanctis intelligi potest ad modum formarum imperfectarum, quae intentiones vocantur, quae non permanent nisi per praesentiam agentis principalis, sicut lumen in aere et motus in instrumento.

Il faut considŽrer comment cela est possible. Il est clair que Dieu par son seul pouvoir op�re des miracles. Mais nous voyons que le pouvoir divin parvient ˆ des esprits rationnels infŽrieurs, c'est-ˆ-dire des hommes, par lÕintermŽdiaire des esprits supŽrieurs, c'est-ˆ-dire des anges, comme cela appara”t dans la transmission de la Loi ancienne[669], et par ce moyen, le pouvoir divin peut parvenir par les esprits angŽliques ou humains ˆ des crŽatures corporelles, de sorte que, par elles, dÕune certaine mani�re, le commandement divin soit rendu prŽsent ˆ la nature ; et ainsi dÕune certaine mani�re les esprits humains ou angŽliques agissent comme des instruments du pouvoir divin pour accomplir des miracles ; ils peuvent parfaire un miracle, non comme par quelque pouvoir qui demeure habituellement en eux, ou gratuit ou naturel, parce quÕainsi, chaque fois quÕils le voudraient, ils pourraient faire des miracles ; ce que cependant GrŽgoire (Dialogue II, HomŽlies sur ƒzŽchiel, I) assure ne pas �tre vrai ; et il le prouve par lÕexemple de Paul, qui demanda que lÕaiguillon sÕŽloigne de lui et il ne lÕobtint pas. et par celui de Beno”t qui fut retenu contre sa volontŽ par la pluie, obtenue par les pri�res de sa sÏur, mais le pouvoir pour coopŽrer ˆ Dieu dans les miracles peut �tre compris chez les saints ˆ la mani�re des formes imparfaites qui sont appelŽes intentions, qui ne demeurent que par la prŽsence de lÕagent principal comme la lumi�re dans lÕair et le mouvement dans lÕinstrument.

Et talis virtus potest intelligi donum gratiae gratis datae, quae est gratia virtutum vel curationum ; ut sic haec gratia quae datur ad operandum supernaturaliter, sit similis gratiae prophetiae, quae datur ad supernaturaliter cognoscendum, per quam propheta non potest quandocumque vult prophetare, sed solum cum spiritus prophetiae cor eius tangit, ut Gregorius probat [in I hom. Super Ezech.] Nec est mirum, si per hunc modum spirituali creatura Deus instrumentaliter utitur ad faciendum mirabiles effectus in natura corporali, cum etiam corporali creatura utatur instrumentaliter ad spirituum iustificationem, ut in sacramentis patet.

Et un tel pouvoir peut �tre compris comme le don dÕune gr‰ce donnŽe gratuitement, qui est la gr‰ce des pouvoirs et des guŽrisons, pour quÕainsi cette gr‰ce qui est donnŽe pour opŽrer surnaturellement, soit semblable ˆ la gr‰ce de prophŽtie, qui est donnŽe pour conna”tre surnaturellement, par laquelle le proph�te ne peut pas chaque fois quÕil le veut prophŽtiser, mais seulement quand lÕesprit prophŽtique touche son cÏur, comme le prouve GrŽgoire (HomŽlie I sur EzŽchiel). Et ce nÕest pas Žtonnant, si, par ce moyen, Dieu se sert de la crŽature spirituelle comme d'un instrument pour produire des effets admirables, dans la nature corporelle, puisquÕil se sert de la crŽature corporelle comme instrument pour la justification des esprits comme cela para”t dans les sacrements.

 

Solutions :

q. 6 a. 4 adArg. Et per hoc patet responsio ad obiecta. Nam verum est quod solus Deus miracula facit per auctoritatem ; verum est etiam quod potestatem miracula faciendi creaturae communicat secundum capacitatem creaturae, et divinae sapientiae ordinem ; ita quod creatura per gratiam miracula ministerio operetur.

 Et ainsi sÕŽclaire la rŽponse aux objections. Car il est vrai que Dieu seul fait des miracles par son autoritŽ, il est vrai aussi quÕil communique ˆ la crŽature le pouvoir d'en faire, selon sa capacitŽ, et lÕordre de la sagesse divine, de sorte que, par la gr‰ce, la crŽature op�re des miracles par son minist�re.

 

 

 

Article 5 Ñ Les dŽmons aussi travaillent-ils ˆ faire des miracles ?

q. 6 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum etiam Daemones operentur ad miracula facienda. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[670].

 

Objections :

q. 6 a. 5Arg. 1 Dicitur enim Matth. cap. XXIV, 24 : Surgent pseudochristi et pseudoprophetae, et dabunt signa magna et prodigia. Sed haec non operabuntur nisi per virtutem Daemonum. Ergo Daemones operantur ad miracula facienda.

1. Car il est dit en Mt. 24, 24 : ÇDe faux christs et de faux proph�tes se l�veront, et ils feront de grands signes et des prodiges.È Mais ils nÕopŽreront que par le pouvoir des dŽmons. Donc les dŽmons travaillent ˆ faire des miracles.

q. 6 a. 5Arg. 2 Praeterea, subito sanare infirmum, miraculum est, sicut miraculum fuisse dicitur quod Christus socrum Petri sanavit, ut habetur Luc. IV, 38-40. Hoc autem etiam Daemones possunt facere : nam medicinae adhibitae infirmo sanitatem accelerant ; possunt autem Daemones agilitate suae naturae medicinas efficaces ad sanandum, quas bene cognoscunt, adhibere ad sanandum, et sic, ut videtur, possunt subito sanare. Ergo possunt subito miracula facere.

2. GuŽrir tout dÕun coup un malade cÕest un miracle ; on dit que c'est ainsi que fut le miracle par lequel le Christ guŽrit la belle-m�re de Pierre, comme on le lit en Lc 4, 38-40. Mais cela aussi les dŽmons peuvent le faire, car les rem�des employŽs pour un malade accŽl�rent sa guŽrison ; ils peuvent aussi par lÕagilitŽ de leur nature employer des rem�des efficaces pour guŽrir quÕils connaissent bien, et ainsi, ˆ ce qu'il semble, ils peuvent guŽrir tout ˆ coup. Donc ils peuvent faire tout ˆ coup des miracles.

q. 6 a. 5Arg. 3 Praeterea, facere mutos loqui est miraculum. Maius autem miraculum videtur esse quod canis loquatur vel cantet ; quod Simon magus faciebat, ut legitur, virtute daemonis. Ergo potest facere miraculum.

3. Faire parler les muets est un miracle. Mais quÕun chien parle ou chante semble un plus grand miracle, ce que Simon le magicien[671] faisait, comme on le lit, par le pouvoir du dŽmon. Donc il peut faire un miracle.

q. 6 a. 5Arg. 4 Praeterea, Valerius Maximus narrat quod fortunae simulacrum, quod Romae erat via Latina, non semel sed bis ita locutum est his verbis : Rite me matronae vidistis, riteque dedicastis. Quod autem lapides loquantur, maius est miraculum quam quod muti loquantur ; quod tamen est miraculosum. Ergo videtur quod Daemones miracula facere possunt.

4. Val�re-Maxime[672] raconte (Les livres des Faits et Dits mŽmorables, livre XI, ch. 8) que la statue de la Fortune, qui Žtait ˆ Rome sur la Via Latina, non pas une mais deux fois, a parlŽ en ces termes : ÇSelon le rite, vous mÕavez vue matrones, selon le rite, vous mÕavez consacrŽe.È Que les pierres parlent est un miracle plus grand que faire parler les muets, ce qui cependant est miraculeux. Donc il semble que les dŽmons peuvent faire des miracles.

q. 6 a. 5Arg. 5 Praeterea, legitur in historiis [id refert Augustinus X lib. de Civ. Dei, cap. 26], quod quaedam virgo Vestalis in signum pudicitiae conservatae, aquam in vase perforato de Tiberi portavit, nec tamen aqua effusa est : quod fieri non potuit nisi per hoc quod retinebatur aqua ne flueret, aliqua non naturali virtute ; quod patet esse miraculum in Iordanis divisione et eius statione. Ergo Daemones possunt facere miracula.

5. On lit dans les histoires, (rapportŽes par Augustin dans La citŽ de Dieu, X, 26) quÕune vestale vierge pour montrer qu'elle avait conservŽ sa pudeur, porta de lÕeau du Tibre dans un vase percŽ, et cependant lÕeau ne s'Žcoula pas ; ce qui nÕa pu se faire que parce que lÕeau Žtaient emp�chŽe de couler par un pouvoir qui nÕŽtait pas naturel ; ce qui est clairement un miracle dans la division des eaux du Jourdain et son arr�t. Donc il semble que les dŽmons peuvent faire des miracles.

q. 6 a. 5Arg. 6 Praeterea, multo difficilius est hominem transformari in aliquod animal brutum quam aquam transformari in vinum. Sed aquam transformari in vinum, est miraculum, ut patet Ioan. II, 9. Ergo multo fortius hominem transformari in aliquod animal brutum. Sed daemonis virtute homines transformantur in bruta, sicut Varro narrat [id refert Augustinus XVIII de Civ. Dei, cap. XVI, XVII et XVIII], socios Diomedis a Troia revertentes in aves fuisse conversos, quae longo tempore post circa templum Diomedis volabant ; narrat etiam quod Cyrces famosissima maga socios Ulyssis mutavit in bestias, et quod Arcades, quodam stagno transito, convertebantur in lupos. Ergo Daemones possunt miracula facere.

6. Il est beaucoup plus difficile de transformer un homme en animal que de transformer de lÕeau en vin. Mais transformer lÕeau en vin est un miracle, comme on le voit en Jn 2, 9. Donc c'est beaucoup plus fort de transformer un homme en animal. Mais par le pouvoir du dŽmon des hommes ont ŽtŽ transformŽs en animaux, comme Varron[673] le raconte (Augustin le rapporte dans La citŽ de Dieu, XVIII, ch. 16, 17, 18), les compagnons de Diom�de revenant de Troie, ont ŽtŽ transformŽs en oiseaux, qui volaient longtemps apr�s autour du temple de Diom�de ; il raconte aussi que CircŽ, la fameuse magicienne, a transformŽ les compagnons dÕUlysse en animaux, que les Arcadiens, ayant traversŽ un Žtang, se transform�rent en loups. Donc les dŽmons peuvent faire des miracles.

q. 6 a. 5Arg. 7 Praeterea, adversitates Iob, Daemone agente, procuratae sunt : quod patet ex hoc quod dominus dedit ei potestatem in omnia quae erant Iob. [cf. II, 6] Sed huiusmodi adversitates non sine miraculo contigerunt, ut patet in igne de caelo descendente, et de vento domum ad interitionem filiorum eius evertente [I, 19]. Ergo Daemones miracula facere possunt.

7. Les adversitŽs ont ŽtŽ procurŽes ˆ Job par lÕaction du dŽmon ; ce qui appara”t du fait que le Seigneur lui donna pouvoir sur tous ses biens (Jb 2, 6). Mais les adversitŽs de ce genre nÕarriv�rent pas sans miracles, comme c'est Žvident pour le feu descendu du ciel, et le vent qui renversa la maison pour faire mourir ses fils (I, 19). Donc les dŽmons peuvent faire des miracles.

q. 6 a. 5Arg. 8 Praeterea, quod Moyses virgam in serpentes mutavit, miraculum fuit. Sed hoc similiter fecerunt magi Pharaonis, virtute Daemonum, ut habetur Exod. VII, 8-13. Ergo videtur quod Daemones miracula facere possunt.

8. Le fait que Mo•se transforma son b‰ton en serpent fut un miracle. Mais les magiciens du Pharaon firent de m�me, par le pouvoir des dŽmons, comme on le lit en Ex. 7, 8-13. Donc il semble que les dŽmons peuvent faire des miracles.

q. 6 a. 5Arg. 9 Praeterea, operatio miraculorum magis est remota a virtute humana quam a virtute angelica. Sed per malos homines interdum miracula fiunt ; unde ex persona reproborum dicitur Matth. cap. VII, 22 : In nomine tuo prophetavimus, (...) et virtutes multas fecimus. Ergo et per daemones vera miracula fieri possunt.

9. OpŽrer des miracles est plus ŽloignŽ du pouvoir de l'homme que de celui de lÕange. Mais quelquefois des miracles arrivent par des mŽchants ; cÕest pourquoi, il est dit de la personne des rŽprouvŽs (Mt. 7, 22) :ÇEn ton nom, nous avons prophŽtisŽÉ et nous avons fait de nombreuses miracles.È Donc les dŽmons peuvent faire de vrais miracles.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 5 s. c. Sed contra, tempore Antichristi daemon maximam virtutem habebit ad operandum, quia, ut dicitur Apoc. XX, 3, oportebit eum solvi modico tempore, quod intelligitur tempus Antichristi. Sed tunc non operabitur vera miracula : quod patet per hoc quod dicitur II ad Thess. II, 9, quod adventus Antichristi erit in omni virtute et signis et prodigiis mendacibus. Ergo Daemones vera miracula facere non possunt.

Au temps de lÕAntŽchrist, le dŽmon aura un tr�s grand pouvoir pour agir, parce que, comme le dit l'Apoc. (20, 3), il faudra quÕil soit libŽrŽ un peu de temps, ce qui est interprŽtŽ comme le temps de lÕAntŽchrist. Mais alors il nÕopŽrera pas de vrais miracles, ce qui est montrŽ par ce qui est dit Thess. II, 2, 9, que la venue de l'antŽchrist sera Çdans tout pouvoir, signes et prodiges mensongers.È Donc les dŽmons ne peuvent faire de vrais miracles.

 

RŽponse :

q. 6 a. 5 co. Respondeo. Dicendum quod, sicut Angeli boni per gratiam aliquid possunt ultra naturalem virtutem, ita Angeli mali minus possunt, ex divina providentia eos reprimente, quam possint secundum naturalem virtutem : quia, ut Augustinus dicit [in III lib. de trin., cap. IV], quaedam quae Angeli mali possent facere si permitterentur, ideo facere non possunt quia non permittuntur (unde secundum hoc ligari dicuntur, quod impediuntur ab illis agendis ad quae eorum naturalis virtus se extendere posset ; solvi autem, cum permittuntur agere divino iudicio quae secundum naturam possunt). Quaedam vero non possunt etiam si permittantur, ut ibidem dicitur, quia naturae modus eis a Deo praestitus hoc non permittit.

De m�me que les bons anges peuvent faire par gr‰ce quelque chose au-delˆ de leur pouvoir naturel, de m�me les mauvais anges peuvent ˆ cause de la providence divine qui les arr�te, moins quÕils ne le peuvent par leur pouvoir naturel, parce que, comme le dit Augustin (La TrinitŽ, III, 9) ils ne peuvent pas faire certaines choses qu'ils pourraient faire, si cela leur Žtait permis, parce cela ne leur est pas permis (aussi on dit quÕils sont liŽs, parce quÕils sont emp�chŽs de faire ce jusqu'o� peut sÕŽtendre leur pouvoir naturel ; mais ils en sont dŽlivrŽs quand il leur est permis par le jugement divin de faire ce qui est possible ˆ leur nature). Mais certains ne le peuvent pas m�me s'ils en ont la permission, comme on le dit au m�me endroit, parce que le pouvoir de leur nature, fourni par Dieu, ne le permet pas.

Ad huiusmodi autem quae sunt supra facultatem naturae ipsorum, eis a Deo nulla datur potestas, quia,- cum operatio miraculosa sit quoddam divinum testimonium indicativum divinae virtutis et veritatis,- si Daemonibus, quod quorum est tota voluntas ad malum, aliqua potestas daretur faciendi miracula, Deus falsitatis eorum testis existeret ; quod divinam bonitatem non decet. Unde ea tantum interdum opera faciunt quae miracula hominibus videntur, quando permittuntur a Deo, ad quae eorum naturalis virtus se potest extendere.

Pour ce qui est au-dessus de la facultŽ de leur nature, Dieu ne leur a donnŽ aucune puissance, parce que Ñ comme le miracle est un tŽmoignage divin, qui montre le pouvoir et la vŽritŽ divines Ñ si aux dŽmons, dont toute la volontŽ est tournŽe vers la mal, une puissance Žtait donnŽe pour faire des miracles, Dieu se montrerait garant de leur mensonge, ce qui ne convient pas ˆ sa bontŽ. C'est pourquoi ces Ïuvres qu'ils font parfois, qui paraissent des miracles aux hommes, quand ils sont autorisŽs par Dieu, sont celles auxquelles leur pouvoir naturel peut parvenir.

Sicut etiam ex supra dictis [art. praec.], patet, naturali virtute hos solos effectus producere possunt per modum artis ad quos inveniuntur virtutes aliquae naturales in corporibus, quae eis ad motum localem obediunt, ut sic ea possint ad aliquem effectum celeriter applicare. Huiusmodi autem virtutibus verae transmutationes corporum fieri possunt, sicut secundum naturalem cursum rerum videmus unum ex alio generari. Possunt nihilominus, aliqua mutatione corporali facta, quaedam quae non sunt in rerum natura, in imaginatione facere apparere per commotionem organi phantasiae, secundum diversitatem spirituum et humorum : ad quod etiam aliqua corpora exteriora efficaciam habent, ut eis aliquo modo adhibitis, videatur esse aliquid alterius formae quam sit, sicut patet in phreneticis et mente captis.

Comme aussi il est clair, d'apr�s ce qu'on a dit ci-dessus (art. prŽcŽdent), qu'ils peuvent produire, par le pouvoir naturel, ces seuls effets par mode d'art pour lesquels se trouvent des pouvoir naturels dans les corps, qui leur obŽissent pour le mouvement local, de sorte qu'ils peuvent ainsi les appliquer rapidement ˆ un effet. Mais par les pouvoirs de ce genre, de vrais changements peuvent �tre opŽrŽs ; ainsi selon le cours naturel des choses, nous voyons l'un engendrŽ par l'autre. NŽanmoins ils peuvent, en effectuant un changement naturel, faire appara”tre dans l'imagination certaines choses qui ne sont pas dans la nature, en agissant sur l'imaginaire, selon la diversitŽ des esprits et des humeurs. A quoi aussi quelques corps extŽrieurs apportent leur efficacitŽ, de sorte que ceux-ci ayant ŽtŽ employŽ de quelque mani�re, il semble qu'il y a quelque chose d'une forme autre que ce qu'elle est, comme c'est Žvident chez les agitŽs et les malades mentaux

Possunt ergo daemones mirabiliter in nobis operari dupliciter : uno modo per veram corporis transmutationem ; alio modo per quamdam illusionem sensuum ex aliqua immutatione imaginationis. Neutra tamen operatio est miraculosa, sed est per modum artis, ut supra diximus ; et ideo simpliciter dicitur, quod per Daemones vera miracula fieri non possunt.

Les dŽmons peuvent donc opŽrer Žtonnamment en nous de deux mani�res : 1) par un vrai changement du corps ; 2) par une illusion des sens qui vient du changement de l'imagination. Cependant ni l'une ni l'autre des opŽrations est miraculeuse, mais elles viennent de l'art, comme on l'a dit ci-dessus (art. 4), et c'est pourquoi on dit absolument que les dŽmons ne peuvent pas faire de vrais miracles.

 

Solutions :

q. 6 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod signa et prodigia dicuntur aliqua quae virtute naturali fieri possunt, hominibus tamen mira ; vel etiam per sensum illusionem, ut dictum est.

 1. On appelle signes et prodiges certaines choses qui peuvent �tre faites par un pouvoir naturel, cependant Žtonnantes pour les hommes, ou aussi par l'illusion des sens, comme on l'a dit.

q. 6 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod nihil prohibet, Daemonum arte, velocius aliquem posse sanari quam per naturam si sibi relinquatur, quia hoc etiam videmus per artem hominis fieri ; non tamen videtur quod possint subito sanare (licet aliquos alios effectus possint facere quasi subito), quia medicinae corpori humano exhibitae operantur ad sanitatem quasi instrumenta ; natura autem est sicut agens principale ; unde debent talia adhiberi quae possint a natura moveri ; et si plura adhiberentur, non conferrent ad sanitatem, sed magis impedirent. Unde etiam illae infirmitates ad quarum sanitatem naturae virtus nullo modo potest, operatione Daemonum sanari non possunt. Secus autem est de illis effectibus qui dependent ab exteriori agente, sicut a causa principali. Sciendum autem est, quod etiam si subito sanitatem Daemones perficerent, non esset miraculum, ex quo id agerent mediante naturali virtute, si id agerent.

 2. Rien n'emp�che que par l'art des dŽmons, quelqu'un puisse �tre guŽri plus vite que par la nature, si elle est laissŽe ˆ elle-m�me, parce que nous le voyons faire par l'art de l'homme ; il ne semble pas cependant qu'ils puissent guŽrir tout ˆ coup (bien qu'ils puissent faire quelques autres effets comme soudainement) parce que les rem�des apportŽs au corps op�rent pour la santŽ comme des instruments ; mais la nature est ˆ vrai dire l'agent principal ; c'est pourquoi de telles choses doivent �tre employŽes ˆ ce qui peut �tre mž par la nature, et si plusieurs Žtaient employŽes, elles n'apporteraient pas la santŽ, mais elles l'emp�cheraient plut™t. C'est pourquoi m�me ces maladies pour la guŽrison desquelles le pouvoir de la nature ne peut rien, ne peuvent pas �tre soignŽes par l'action des dŽmons. Mais il en est autrement de ces effets qui dŽpendent d'un agent extŽrieur, comme d'une cause principale. Mais il faut savoir que m�me si les dŽmons achevaient soudain la guŽrison, ce ne serait pas un miracle, parce qu'ils agiraient par l'intermŽdiaire d'un pouvoir naturel, s'ils le faisaient.

q. 6 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod locutio canum, et alia huiusmodi quae Simon magus faciebat, potuerunt fieri per illusionem, et non per effectus veritatem. Si tamen per effectus veritatem hoc fieret, nullum sequitur inconveniens, quia non dabat cani daemon virtutem loquendi, sicut datur mutis per miraculum, sed ipsemet per aliquem motum localem sonum formabat, litteratae et articulatae vocis similitudinem et modum habentem ; per hunc enim modum etiam asina Balaam intelligitur fuisse locuta Angelo tamen bono operante.

 3. Faire parler des chiens, et autres choses de ce genre que Simon le magicien faisait, a pu �tre fait par illusion, et non par un effet rŽel. Si cependant il l'avait fait par un effet rŽel, il n'en dŽcoule aucun inconvŽnient, parce que le dŽmon ne donnait pas ˆ un chien le pouvoir de parler, comme il est donnŽ aux muets par miracle, mais lui-m�me formait le son par mouvement local, ayant la ressemblance et le mode d'une voix qui parle et articule. Car par ce moyen, on comprend que l'‰ne de Balaam[674] aussi a parlŽ par l'action d'un bon ange.

q. 6 a. 5 ad 4 Et similiter dicendum ad quartum de locutione simulacri ; hoc enim factum fuit Daemone, per motum aeris, sonum formante, similem humanae locutioni.

 4. Il faut dire de m�me pour l'objection 4, ˆ propos de la parole de la statue, car cela a ŽtŽ fait par le dŽmon, par mouvement de l'air, en formant un son semblable ˆ la parole humaine.

q. 6 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod non est remotum quin sit in commendationem castitatis, quod Deus verus per suos Angelos bonos huiusmodi miraculum per retentionem aquae fecisset, quia si qua bona in gentilibus fuerunt, a Deo fuerunt. Si autem per daemones factum est, nec hoc repugnat praedictis. Nam quiescere et moveri localiter, ab eodem principio secundum genus sunt, quia per quam naturam aliquid movetur ad locum, quiescit in loco. Unde sicut Daemones possunt movere corpora localiter, ita possunt et a motu retinere. Nec tamen est miraculum, sicut quando fit divinitus, quia hoc secundum naturalem virtutem Daemonis contingit ad huiusmodi effectum determinatum.

 5. Il n'est pas exclus que ce soit pour recommander la chastetŽ que le vrai Dieu ait fait par ses bons anges un miracle de ce genre, en retenant l'eau, parce que, s'il y eut quelques biens chez les pa•ens, ils vinrent de Dieu. Mais si cela a ŽtŽ fait par les dŽmons, cela ne s'oppose pas ˆ ce qui a ŽtŽ dit. Car arr�ter ou �tre mž localement, dŽpend d'un m�me principe en genre, parce que ce qui est mž vers un lieu par cette nature s'arr�te en lui. C'est pourquoi, de m�me que les dŽmons peuvent mouvoir les corps localement, de m�me ils peuvent les retenir par mouvement. Et cependant ce n'est pas un miracle, comme quand il a ŽtŽ fait divinement, parce que cela selon le pouvoir naturel du dŽmon arrive ˆ un tel effet dŽterminŽ.

q. 6 a. 5 ad 6 Ad sextum dicendum, quod illae transformationes, de quibus Varro loquitur, non fuerunt secundum veritatem, sed secundum apparentiam, per operationem Daemonis, phantastico hominis secundum aliquam corporalem speciem immutato, sicut dicit Augustinus [XVIII de Civ. Dei, cap. XVIII]

 6. Les transformations dont parle Varron, ne furent pas rŽelles, mais en apparence, par l'opŽration du dŽmon ; l'imagination de l'homme ayant ŽtŽ changŽe par une image corporelle, comme le dit Augustin (La citŽ de Dieu, XVIII, 18).

q. 6 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum, quod per aliquem motum aeris, Daemones, Deo permittente, possunt aliquas tentationes concitare, cum etiam per ventorum motum naturaliter fieri videamus ; et per hunc modum fuerunt adversitates Iob, operantibus Daemonibus, procuratae.

 7. Par un mouvement de l'air, les dŽmons, avec la permission de Dieu, peuvent susciter certaines Žpreuves, quand nous voyons aussi que c'est fait naturellement par le mouvement du vent, et de cette mani�re, les dŽmons par leur action ont provoquŽ les malheurs de Job.

q. 6 a. 5 ad 8 Ad octavum dicendum, quod de operatione magorum Pharaonis duplex opinio in Glossa tangitur : una est quod non fuerit vera conversio virgarum in serpentes, sed hoc fuerit secundum apparentiam tantum per aliquam praestigiosam illusionem. Augustinus autem in Glossa, ibidem posita, dicit quod fuit conversio vera virgarum in serpentes ; quod ex hoc verisimiliter probat, quia Scriptura eodem vocabulo nominat et virgas magorum et virgam Moysi ; quam constat vere in serpentem esse conversam. Quod autem operatione daemonum virgae in serpentes sint conversae, miraculum non fuit ; hoc enim fecerunt Daemones per aliqua semina collecta, quae habebant vim putrefaciendi virgas, et in serpentes convertendi. Sed quod Moyses fecit, miraculum fuit, quia, divina virtute, absque omnis naturalis virtutis operatione, hoc effectum est.

 8. Au sujet des opŽrations des magiciens du Pharaon, on rapporte une double opinion dans la Glose (ordinaire) :1) Il n'y a pas eu un vrai changement des b‰tons en serpents mais cela fut fait en apparence seulement par un illusion de prestidigitation. Mais Augustin dans la glose, placŽe lˆ m�me, dit que ce fut un vrai changement des b‰tons en serpents. Ce qu'il prouve de fa�on vraisemblable par le fait que l'ƒcriture nomme avec le m�me mot les b‰tons des magiciens et celui de Mo•se ; ce qui montre, qu'il a ŽtŽ vraiment changŽ en serpent. Mais que par l'opŽration des dŽmons, les b‰tons aient ŽtŽ changŽs en serpents ne fut pas un miracle, car les dŽmons le firent avec des semences ramassŽes, qui avaient le pouvoir de faire pourrir les b‰tons, et de les changer en serpents. Mais que Mo•se le fit, c'est un miracle, parce que cela a ŽtŽ fait par le pouvoir divin, sans l'intervention de tout pouvoir naturel.

q. 6 a. 5Arg. 9 Praeterea, operatio miraculorum magis est remota a virtute humana quam a virtute angelica. Sed per malos homines interdum miracula fiunt ; unde ex persona reproborum dicitur Matth. cap. VII, 22 : In nomine tuo prophetavimus, (...) et virtutes multas fecimus. Ergo et per Daemones vera miracula fieri possunt.

 9. OpŽrer des miracles est plus ŽloignŽ du pouvoir de l'homme que de celui de lÕange. Mais quelquefois des miracles arrivent par des mŽchants ; cÕest pourquoi, il est dit de la personne des rŽprouvŽs (Mt. 7, 22) :ÇEn ton nom, nous avons prophŽtisŽÉ et nous avons fait de nombreuses miracles.È Donc les dŽmons peuvent faire de vrais miracles.

 

Pour le dernier argument en sens contraire

q. 6 a. 5 ad s. c. Ad ultimum, quod in contrarium obiicitur, dicendum, quod tempore Antichristi Diaboli potestas solvenda dicitur, in quantum ei multa facere permittentur, quae modo non permittuntur ; unde et operabitur multa ad eorum seductionem qui hoc meruerunt non acquiescendo veritati. Operabitur autem quaedam praestigiose, in quibus nec erit verus effectus nec miracula. Operabitur etiam quaedam per veram corporum immutationem, in quibus si erunt veri effectus, non tamen vera miracula, quia erunt per causas naturales operata. Quae etiam mendacia dicuntur quantum ad intentionem facientis, qui per huiusmodi mirabilia opera inducit homines ad credendum mendaciis.

 Il faut dire qu'on annonce que la puissance du diable sera libŽrŽe au temps de l'AntŽchrist, dans la mesure o� il lui sera permis de faire de nombreuses Ïuvres, c'est pourquoi il fera beaucoup pour la sŽduction de ceux qui l'ont mŽritŽ en n'acquies�ant pas ˆ la vŽritŽ ; mais il fera certaines choses par prestidigitation, dans lesquels il n'y aura ni vrais effets ni vrais miracles. Il fera aussi certaines choses par un vrai changement des corps dans lesquels si les effets sont vrais, il n'y aura pas cependant de miracles, parce qu'ils auront ŽtŽ opŽrŽs par les causes naturelles. On dit que ce sont des mensonges dans l'intention de celui qui les op�re qui par des miracles de ce genre, incite les hommes ˆ croire ˆ ses mensonges.

 

 

 

Article 6 Ñ Les anges et les dŽmons ont-ils des corps qui leur sont unis naturellement ?

q. 6 a. 6 tit. 1 Sexto quaeritur utrum Angeli et daemones habeant corpora naturaliter sibi unita. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[675].

 

Objections :

q. 6 a. 6Arg. 1 In quolibet enim animali est corpus naturaliter spiritui unitum. Sed Angeli et daemones sunt animalia : dicit enim Gregorius in homilia Epiphaniae [homeli in Evangelia] quod Iudaeis, tamquam ratione utentibus, rationale animal, id est Angelus annuntiare debuit. De daemonibus vero dicit Augustinus [in lib. III Super Genesim ad litteram,cap. X] : daemones aerea sunt animalia, quia corporum aereorum natura vigent. Ergo Angeli et daemones habent corpora naturaliter sibi unita.

1. Car n'importe quel �tre animŽ a un corps naturellement uni ˆ l'esprit. Mais les anges et les dŽmons sont des �tres animŽs ; en effet, GrŽgoire [le Grand] dit dans une homŽlie sur l'ƒpiphanie (Hom. X, sur l'ƒvangile), qu'Çun �tre animŽ raisonnable[676], c'est-ˆ-dire l'ange, comme sÕil se sert de raison, a dž l'annoncer aux Juifs..È Augustin dit des dŽmons (La Gen�se au sens littŽral, III, X, 14 : ÇLes dŽmons sont des �tres animŽs aŽriens, parce que par nature ils sont douŽs de corps aŽriens[677].È Donc, les anges et les dŽmons ont des corps qui leur sont unis naturellement.

q. 6 a. 6Arg. 2 Praeterea, Origenes dicit in Periarchon [lib. I, cap. VI], quod nulla substantia spiritualis sine corpore esse potest, nisi solus Deus. Cum ergo Angeli et daemones sint substantiae creatae, videtur quod habeant corpora naturaliter sibi unita.

2. Orig�ne dit dans le Peri Arch™n (Livre I, ch. 6[678]) qu'aucune substance spirituelle ne peut exister sans corps, sinon Dieu seul[679]. Donc, comme les anges et les dŽmons sont des substances crŽŽes, il semble qu'ils ont des corps qui leur sont unis naturellement.

q. 6 a. 6Arg. 3 Praeterea, phantasia et irascibilis et concupiscibilis sunt vires organis utentes. Haec autem sunt in daemonibus, et eadem ratione in Angelis : dicit enim Dionysius [IV cap. De divin. Nom.], quod malum daemonis est furor irascibilis, concupiscentia amoris, phantasia proterva. Ergo habent corpora naturaliter sibi unita.

3. L'imagination, l'irascible et le concupiscible sont des forces qui se servent d'organes. Mais ils sont dans les dŽmons, et pour la m�me raison dans les anges. Car Denys dit (Les Noms divins, IV, 23, 725 B.[680]) que le mal chez le dŽmon est une fureur irascible, une convoitise de l'amour, une imagination effrontŽe[681].È Donc ils ont des corps qui leur sont unis naturellement.

q. 6 a. 6Arg. 4 Praeterea, aut Angeli sunt compositi ex materia et forma, aut non. Si sunt compositi ex materia et forma, oportet eos esse corpora ; cum enim materia in se considerata sit una, quia non diversificatur nisi per formas, oportet quod omnium diversorum materiam habentium intelligantur diversae formae, in diversis partibus materiae receptae, nam secundum idem materia diversas formas recipere non potest. Diversitas autem partium intelligi non potest in materia sine eius divisione, nec divisio sine dimensione, quia sine quantitate substantia indivisibilis est, ut dicitur in Lib. I Phys. [com. 15].

4. Ou bien les anges sont composŽs de mati�re et de forme, ou non. S'ils le sont, il faut qu'ils soient des corps, puisque en effet la mati�re considŽrŽe en soi est une, parce qu'elle n'est diffŽrenciŽe que par les formes, il faut qu'on comprenne que les diffŽrentes formes de tous les diffŽrents �tres pourvus de mati�re, soient re�ues dans les diffŽrentes parties de la mati�re, car la mati�re ne peut pas recevoir diffŽrentes formes selon le m�me. Mais on ne peut comprendre la diversitŽ des parties dans la mati�re sans sa division, ni sa division sans dimension, parce que, sans quantitŽ la substance est indivisible, comme il est dit, en Physique (I, 2, 185 b 1 ss.).

Ergo oportet quod omnia habentia materiam habeant dimensionem, et per consequens corpora. Si autem non sunt compositi ex materia et forma, aut sunt formae per se stantes, aut formae corporibus unitae. Si sunt formae per se stantes, oportet, quod non habeant esse ab alio causatum ; cum enim forma sit essendi principium in quantum huiusmodi, illud quod est forma tantum, non habet esse causatum, sed solum est aliis causa essendi. Si autem sunt formae corporibus unitae, oportet quod habeant corpora naturaliter sibi unita : unio enim formae et materiae est naturalis. Relinquitur ergo quod oportet unum istorum trium ponere, scilicet quod Angeli vel sint corpora, vel sint substantiae increatae, vel habeant corpora naturaliter unita. Sed prima duo sunt impossibilia. Ergo tertium est ponendum.

Donc il faut que tout ce qui a de la mati�re ait une dimension et par consŽquent un corps. Mais s'ils ne sont pas composŽs de mati�re et de forme, ce sont des formes subsistantes par soi, ou des formes unies ˆ des corps. Si ce sont des formes subsistantes par soi, il faut qu'elles nÕaient pas un �tre causŽ par un autre ; car, comme la forme est le principe d'�tre, en tant que tel, ce qui est forme seulement n'a pas un �tre causŽ, mais est seulement cause d'�tre pour d'autres. Mais si ce sont des formes unies ˆ des corps, il faut qu'elles aient un corps qui leur soit naturellement uni, car l'union de la forme et de la mati�re est naturelle. Il reste donc qu'il faut admettre l'une de ces trois hypoth�ses, ˆ savoir que les anges sont des corps, ou des substances incrŽŽes, ou ils ont un corps qui leur est naturellement uni. Mais les deux premi�res solutions sont impossibles. Donc il faut prendre la troisi�me.

q. 6 a. 6Arg. 5 Praeterea, forma, in quantum huiusmodi, est secundum quam aliquid formatur. Id ergo quod est forma tantum, est formans nullo modo formatum ; quod est solius Dei, qui est species prima, a qua omnia sunt speciosa, ut dicit Augustinus, VIII de Civit. Dei. Ergo Angeli non sunt formae tantum, et ita sunt corporibus unitae.

5. La forme, en tant que telle, est selon ce quoi une chose est formŽe. Donc ce qui est forme seulement donne la forme, sans �tre mis en forme en aucune mani�re ; ce qui appartient ˆ Dieu seul qui est une forme (species) premi�re par laquelle toutes choses sont spŽcifiŽes, comme le dit Augustin (La CitŽ de Dieu, VIII). Donc les anges ne sont pas des formes seulement mais des formes unies ˆ des corps.

q. 6 a. 6Arg. 6 Praeterea, sicut anima non potest operari aliquem effectum in exterioribus corporibus nisi mediantibus corporeis instrumentis, ita nec Angelus nisi corporalibus aliquibus virtutibus, quibus utitur velut instrumentis. Sed anima ad exercendas suas operationes habet corporea organa naturaliter sibi unita. Ergo et Angeli.

6. De m�me que l'‰me ne peut produire un effet dans les corps extŽrieurs que par l'intermŽdiaire d'organes corporels, de m�me l'ange ne le peut que par des pouvoirs corporels qu'il utilise comme instruments. Mais l'‰me pour exercer ses opŽrations a des organes corporels qui lui sont unis naturellement. Donc l'ange aussi.

q. 6 a. 6Arg. 7 Praeterea, primus motus in corporibus est quo movetur corpus a substantia incorporea. Primus autem motus est moventis se ipsum, ut habetur in VIII Physic. : quia quod per se est, prius est eo quod per aliud est. Ergo quod immediate movetur a substantia incorporea, movetur sicut motum ex se. Sed hoc non potest esse, nisi substantia incorporea movens sit corpori naturaliter unita. Cum ergo Angeli et daemones moveant immediate corpora, ut supra dictum est [art. 2 huius quaest.], videtur quod habeant corpora naturaliter sibi unita.

7. Le premier mouvement dans les corps est celui par lequel le corps est mž par une substance incorporelle. Mais le premier mouvement vient de celui qui se meut lui-m�me, comme on le dit en Physique VIII ; parce que ce qui est par soi, est avant ce qui est par un autre. Donc ce qui est mž sans intermŽdiaire par une substance incorporelle est mž comme par lui-m�me. Mais cela n'est possible que si la substance incorporelle qui meut est naturellement unie ˆ un corps. Donc, comme les anges et les dŽmons meuvent immŽdiatement les corps, comme on l'a dit ci-dessus (art. 2 de cette question), il semble qu'ils ont un corps qui leur est uni naturellement.

q. 6 a. 6Arg. 8 Praeterea, nobilius habet vitam quod vivit et vivificat, quam quod vivit tantum, sicut perfectius est lux in eo quod lucet et illuminat, quam in eo quod tantum lucet. Sed anima humana vivit, et vivificat corpus naturaliter sibi unitum. Ergo et Angelus non minus nobiliter vivit quam anima.

8. Plus noble est ce qui vit et vivifie que ce qui vit seulement, de m�me plus parfaite est la lumi�re lˆ o� elle Žclaire et prend source, que lˆ o� elle Žclaire seulement. Mais l'‰me humaine vit, et donne la vie au corps qui lui est naturellement uni. Donc l'ange ne vit pas moins noblement que l'‰me.

q. 6 a. 6Arg. 9 Praeterea, omnis motus corporis diversimode moti, est motus moventis se ipsum, quia quod movetur uno motu tantum, non videtur esse movens se ipsum, ut dicitur in VIII Phys. [com. 29]. Sed corpus caeleste movetur diversis motibus ; unde planetae ab astrologis quandoque dicuntur recti, quandoque retrogradi, quandoque stationarii. Ergo motus superiorum corporum est mobilium moventium seipsa ; et sic corpora illa sunt composita ex substantia corporali et spirituali. Sed illa spiritualis substantia non est anima humana, nec est Deus. Ergo est Angelus. Angelus ergo habet corpus naturaliter sibi unitum.

9. Tout mouvement d'un corps mž de diffŽrentes mani�res, est le mouvement de celui qui se meut lui-m�me, parce que ce qui est mž par un seul mouvement ne semble pas �tre moteur lui-m�me, comme on le dit en Physique (VIII, 4, 255 a 5). Mais le corps cŽleste est mž par diffŽrents mouvements ; c'est pourquoi les astronomes disent que quelquefois les plan�tes avancent droit, quelquefois reculent, quelquefois sont stationnaires. Donc le mouvement des corps supŽrieurs est celui des mobiles qui se meuvent eux-m�mes, et ainsi ces corps sont composŽs de substance corporelle et spirituelle. Mais cette substance spirituelle n'est pas une ‰me humaine, ni Dieu. Donc c'est un ange. Donc il a un corps qui lui est naturellement uni.

q. 6 a. 6Arg. 10 Praeterea, nihil agit ultra suam speciem. Sed corpora caelestia causant vitam in istis inferioribus, ut patet in animalibus ex putrefactione generatis per virtutem caelestium corporum. Cum ergo substantia vivens sit nobilior non vivente, ut dicit Augustinus [in liB. de vera relig ;, cap. XXIX et LX] videtur quod corpora caelestia habeant vitam et ita habeant substantias spirituales sibi naturaliter unitas ; et sic idem quod prius.

10. Rien n'agit au-delˆ de son esp�ce ; mais les corps cŽlestes causent la vie dans les corps infŽrieurs, comme on le voit dans les animaux engendrŽs de la putrŽfaction par leur pouvoir. Donc comme la substance vivante est plus noble que celle sans vie, comme le dit Augustin (La vraie religion, XXIX et XL), il semble que les corps cŽlestes ont une vie et qu'ainsi ils ont des substances spirituelles qui leur sont unies naturellement, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 6 a. 6Arg. 11 Praeterea, primum mobile est corpus caeleste. Sed philosophus probat [in VIII Phys., com. 17], quod omnia mota reducuntur ad primum mobile, quod ex se movetur. Ergo caelum est ex se motum. Ergo est compositum ex corpore moto et movente immobili, quod est substantia spiritualis ; et sic idem quod prius.

11. Le premier mobile est le corps cŽleste. Mais le Philosophe prouve (Physique, VIII, 2, 252 b 12 ss.) que tous les mouvements sont ramenŽs au premier mobile qui se meut de lui-m�me. Donc le ciel se meut de lui-m�me. Donc il est composŽ d'un corps mž et d'un moteur immobile, qui est une substance spirituelle, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 6 a. 6Arg. 12 Praeterea, secundum Dionysium [cap. VII de div. Nom.], supremum inferioris naturae semper attingit ad infimum naturae superioris, divina sapientia res taliter ordinante. Sed supremum in natura corporali est corpus caeleste, cum sit nobilissimum corporum. Ergo attingit ad naturam spiritualem et ei unitur ; et sic idem quod prius.

12. Selon Denys (Les noms divins, VII, ¤ 3, 872 A[682]), le plus haut de la nature infŽrieure touche toujours au plus bas de la nature supŽrieure, la divine sagesse ayant organisŽ les choses ainsi. Mais le supŽrieur dans la nature corporelle est le corps cŽleste, puisqu'il est le plus noble des corps. Donc il touche ˆ la nature spirituelle et lui est uni, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 6 a. 6Arg. 13 Praeterea, corpus caeli est nobilius corpore humano, sicut perpetuum corruptibili. Sed corpus humanum est unitum naturaliter substantiae spirituali. Ergo multo magis corpus caeleste, cum nobilioris corporis sit nobilior forma ; et sic idem quod prius.

13. Le corps du ciel est plus noble que le corps humain, comme l'Žternel est plus noble que le corruptible. Mais le corps humain est uni naturellement ˆ une substance spirituelle. Donc beaucoup plus le corps cŽleste, puisqu'il est la forme plus noble d'un corps plus noble, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 6 a. 6Arg. 14 Praeterea, invenimus quaedam animalia ex terra formata, sicut homines et bestias ; quaedam ex aquis, ut pisces et volatilia, ut patet Gen. I. Ergo et quaedam erunt aerea, quaedam ignea, et caelestia. Haec autem non sunt alia quam Angeli et daemones, quia cum illa sint nobiliora corpora, oportet in eis esse nobiliora animalia. Ergo Angeli et daemones sunt animalia, et ita habent corpora naturaliter unita.

14. Nous trouvons des �tres animŽs, formŽs de la terre comme les hommes et les animaux ; certains de l'eau comme les poissons et les volatiles, comme on le voit en Gn. 1. Donc aussi certains seront aŽriens, certains ignŽs et cŽlestes. Mais ils ne sont pas autres que les anges et les dŽmons, parce que ce sont des corps plus nobles, il faut qu'il y ait en eux des �tres animŽs plus nobles. Donc les anges et les dŽmons sont des �tres animŽs, et ainsi ils ont un corps qui leur est naturellement. uni

q. 6 a. 6Arg. 15 Praeterea, hoc idem videtur per Platonem, qui in Timaeo ponit esse quoddam animal terrena soliditate firmatum, quoddam vero liquoribus accommodatum, quoddam autem aeri vagum, aliud divinitate plenum ; quod non potest intelligi nisi Angelus. Ergo Angelus est animal ; et sic idem quod prius.

15. Platon semble dire la m�me chose dans le TimŽe ; il consid�re quÕil y a un �tre animŽ, fortifiŽ dÕune soliditŽ terrestre, adaptŽ aux liquides, flottant dans l'air, un autre plein de divinitŽ, ce qui ne peut �tre compris que de lÕange. Donc lÕange est un �tre animŽ et ainsi cÕest la m�me chose que ci-dessus.

q. 6 a. 6Arg. 16 Praeterea, nihil movetur nisi corpus, ut probatur in VI Physic.[de com. 86 ad 90]. Sed Angelus movetur. Ergo vel est corpus, vel habet corpus naturaliter sibi unitum.

16. Rien n'est mž que ce qui est corps, comme on le prouve en Physique (VI, 10, 240 a 24 ˆ 241 a 14). Mais lÕange est mž. Donc ou bien il est un corps ou il a un corps qui lui est uni naturellement.

q. 6 a. 6Arg. 17 Praeterea, verbum Dei est nobilius quolibet Angelo. Sed verbum Dei est corpori unitum. Ergo non est contra dignitatem Angeli, si ponatur corpori naturaliter unitus.

17. Le Verbe de Dieu est plus noble que nÕimporte quel ange ; mais il est uni ˆ un corps. Donc il nÕest pas contraire ˆ la dignitŽ de lÕange de penser quÕil est naturellement uni ˆ un corps.

q. 6 a. 6Arg. 18 Praeterea, Porphyrius dicit in praedicabilibus [in cap. de differentia], quod mortale additum in definitione hominis, separat nos a diis per quod non possunt nisi Angeli intelligi. Ergo Angeli sunt animalia, et sic habent corpora naturaliter unita.

18. Porphyre[683] dit (Les prŽdicables, chapitre de la diffŽrence) que "mortel" ajoutŽe ˆ la dŽfinition de lÕhomme nous sŽpare des dieux, terme par lesquels on ne peut comprendre que les anges. Donc ce sont des �tres animŽs, et ainsi ils ont des corps naturellement unis a eux.

q. 6 a. 9Arg. 19 Praeterea, posita causa, ponitur effectus. Si ergo fides est causa faciendi miracula, omnes qui fidem habent miracula facerent ; quod patet esse falsum. Non ergo fidei est facere miracula.

19. Une fois la cause donŽe, on a lÕeffet. Si donc la foi est la cause pour faire des miracles, tous ceux qui ont la foi, en feraient, qui para”t faux. Donc faire des miracles ne dŽpend pas de la foi.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 6 s. c. 1 Sed contra. Damascenus dicit [lib. II Fidei orth., cap. III], quod Angelus est substantia intellectualis, semper mobilis, arbitrio libera, incorporea.

1. Jean Damasc�ne dit (La Foi orthodoxe, livre II, ch. 3) que ÇlÕange est une substance intellectuelle, toujours en mouvement, douŽe du libre arbitre, incorporelle.È

q. 6 a. 6 s. c. 2 Praeterea, in libro de Causis [prop. 7], dicitur, quod intelligentia est substantia quae non dividitur ; et dicit ibi Commentator, quod neque est magnitudo neque super magnitudinem delata. Sed Angelus est intelligentia ; quod patet per Dionysium [cap. VII de div. Nom.], qui vocat Angelos divinas mentes et divinos intellectus. Ergo Angelus nec est corpus, nec corpori unitus.

2. Dans le livre des Causes, (prop. 7), il est dit que lÕintelligence est une substance indivisible ; et le Commentateur dit ˆ ce sujet qu'elle est pas une grandeur, et ni au-delˆ de la grandeur. Mais lÕange est une intelligence, ce que montre Denys (Les noms divins, ch. 7) qui appelle les anges des esprits et des intellects divins. Donc lÕange nÕest pas un corps et il nÕest pas uni ˆ un corps.

q. 6 a. 6 s. c. 3 Praeterea, differentiae dividentes Angelum ab anima, sunt unibile et non unibile corpori. Si ergo Angelus esset unitus corpori, in nullo ab anima differret ; quod est inconveniens.

3. Les diffŽrences qui sŽparent lÕange de lÕ‰me, sont la possibilitŽ ou non de s'unir ˆ un corps. Donc si lÕange Žtait uni ˆ un corps, il ne diffŽrerait en rien de lÕ‰me, ce qui ne convient pas.

q. 6 a. 6 s. c. 4 Praeterea, invenitur quaedam substantia spiritualis quae dependet a corpore quantum ad principium et quantum ad finem, sicut anima vegetabilis et sensibilis ; quaedam autem quae dependet a corpore quantum ad principium et non quantum ad finem, sicut anima humana. Ergo erit quaedam quae non indiget corpore neque quantum ad principium neque quantum ad finem ; et huiusmodi non potest esse alia quam Angelus vel daemon. Quod autem sit aliqua quae indigeat corpore quantum ad finem et non quantum ad principium, non est possibile.

4. On trouve une substance spirituelle qui dŽpend du corps, pour son principe et sa fin[684], comme l'‰me vŽgŽtative et l'‰me sensitive ; mais une qui dŽpend du corps pour le principe et non pour la fin, comme l'‰me humaine. Donc il y en aura une qui n'a pas besoin de corps ni pour le principe ni pour la fin ; et de ce genre, il n'est pas possible qu'il y en ait d'autres que l'ange ou le dŽmon. Mais il est impossible qu'il y en ait une qui ait besoin du corps, pour la fin et non pour son principe.

q. 6 a. 6 s. c. 5 Praeterea, quaedam forma est quae nec est anima nec spiritus, sicut forma lapidis ; quaedam etiam est quae est anima, sed non spiritus, sicut forma bruti ; quaedam quae est anima et spiritus, sicut forma hominis. Quaedam ergo erit quae erit spiritus et non anima : et huiusmodi est Angelus ; et sic non est corpori unitus naturaliter, quod est de ratione animae.

5. Il y a une forme qui n'est ni ‰me ni esprit, comme la forme de la pierre, une aussi qui est ‰me et non esprit comme la forme de l'animal ; une qui est ‰me et esprit, comme la forme de l'homme. Donc il y en aura une qui sera esprit et non ‰me, et l'ange est de ce genre ; et ainsi il n'est pas uni naturellement ˆ un corps, ce qui est de la nature de l'‰me.

 

RŽponse :

q. 6 a. 6 co. Respondeo. Dicendum quod circa substantias incorporeas ponendas, antiqui diversimode processerunt.

A propos des substances incorporelles, les anciens philosophes ont procŽdŽ de diffŽrentes mani�res.

A. - Quidam namque antiqui philosophi dixerunt, nullam substantiam incorpoream esse, sed omnes substantias esse corpora ; in quo etiam errore se quandoque fuisse Augustinus confitetur [lib. Confess.].

A. Car certains philosophes anciens ont dit qu'il n'existe aucune substance incorporelle, mais que toutes sont corporelles, Augustin confesse �tre tombŽ quelquefois dans cette erreur (les Confessions).

Haec autem positio est etiam per philosophos improbata : Aristoteles autem [in VIII Phys. ] hac via improbavit eam, quod oportet esse aliquam virtutem moventem infinitam ; alias motum perpetuum movere non posset. Ostendit iterum quod omnis virtus in magnitudine est virtus finita. Unde relinquitur quod oporteat esse aliquam virtutem penitus incorpoream, quae continuitatem motus causet.

Cette position est dŽsapprouvŽe par les philosophes ; Aristote (Physique, VIII) la rŽprouve de cette mani�re : il faut qu'il y ait un pouvoir moteur infini, autrement il ne pourrait pas produire un mouvement Žternel. Il montre de plus que tout pouvoir est fini en grandeur. C'est pourquoi il reste qu'il faut qu'il y ait un pouvoir tout ˆ fait incorporel, qui cause la continuitŽ du mouvement.

Iterum hoc probavit alio modo [XIII metaph.,], quia actus est prius potentia, et natura et tempore, simpliciter loquendo ; quamvis in uno aliquo quod de potentia exit in actum, potentia tempore praecedat : sed quia oportet quod in actum reducatur per aliquod ens actu, oportet quod actus sit simpliciter prior potentia etiam tempore. Unde cum omne corpus sit in potentia, quod ipsius mobilitas ostendit, oportet ante omnia corpora esse substantiam immobilem sempiternam.

En plus il le prouve dÕune autre mani�re (MŽtaphysique XIII) ; parce que l'acte[685] est avant le puissance, par nature et en temps, absolument parlant, quoique dans ce qui passe de la puissance ˆ l'acte, la puissance prŽc�de en temps ; mais parce qu'il faut qu'elle soit ramenŽe ˆ l'acte par un Žtant en acte, il faut que l'acte soit absolument avant la puissance m�me dans le temps. C'est pourquoi comme tout corps est en puissance, ce que montre sa mobilitŽ, il faut qu'avant tous les corps, il y ait une substance immobile Žternelle.

Tertia autem ratio potest sumi ad hoc ex sententiis Platonicorum : oportet enim ante esse determinatum et particulatum, praeexistere aliquid non particulatum, sicut si ignis natura particulariter, et quodammodo participative, invenitur in ferro, oportet prius inveniri igneam naturam in eo quod est per essentiam ignis ; unde, cum esse et reliquae perfectiones et formae inveniantur in corporibus quasi particulariter, per hoc quod sunt in materia receptae, oportet praeexistere aliquam substantiam incorpoream, quae non particulariter, sed cum quadam universali plenitudine perfectionem essendi in se habeat. Quod autem posuerunt sola corpora esse substantias, ex hoc decepti fuerunt quod imaginationem transcendere intellectu non valentes (quae solum est corporum) ad substantias incorporeas cognoscendas (quae solo intellectu capiuntur) pertingere non valuerunt.

On peut tirer une troisi�me raison des opinions des Platoniciens ; car, avant qu'existe une chose dŽterminŽe et particularisŽe, il faut qu'il en prŽexiste une non particularisŽe, ainsi si la nature du feu particuli�rement et d'une certaine mani�re par participation, se trouve dans le fer, il faut trouver avant une nature ignŽe en ce qui est feu par essence ; c'est pourquoi, comme l'�tre, les autres perfections et les formes se trouvent dans des corps de fa�on pour ainsi dire particuli�re, du fait qu'ils sont re�us dans la mati�re, il faut que prŽexiste une substance incorporelle, non particularisŽe, mais qui, avec une plŽnitude universelle, ait la perfection de l'�tre en soi. Mais ayant pensŽ que seuls les corps Žtaient des substances, ils se sont trompŽs, parce qu'ils n'Žtaient pas capables de dŽpasser en esprit l'imagination (qui concerne seulement les corps), ils n'ont pas pu parvenir ˆ conna”tre les substances incorporelles, qui sont saisies seulement par l'esprit.

B. - Alii vero fuerunt substantiam incorpoream ponentes ; sed eam dixerunt esse corpori unitam, nec aliquam substantiam incorpoream inveniri quae non sit corporis forma. Unde ponebant ipsum Deum esse animam mundi, sicut de Varrone dicit Augustinum in VII libro de Civitate Dei [lib. IV, cap. XXXI], quod Deus est anima, motu et ratione mundum gubernans. Unde dicebat, quod totus mundus est Deus propter animam et non propter corpus, sicut et homo dicitur propter animam sapiens, et non propter corpus. Et propter hoc gentiles toti mundo et omnibus partibus eius divinitatis cultum exibebant.

B) Il y en a d'autres qui ont pensŽ que la substance incorporelle existait, mais ils dirent qu'elle Žtait unie ˆ un corps, et qu'on ne trouvait pas de substance incorporelle qui ne soit la forme d'un corps. C'est pourquoi ils pensaient que Dieu Žtait l'‰me du monde, comme dit Augustin ˆ propos de Varron, (La citŽ de Dieu, IV, 31) parce que Dieu est une ‰me qui gouverne le monde par mouvement et raison. C'est pourquoi il disait que le monde tout entier est Dieu en raison de l'‰me et non du corps, comme on dit que l'homme est appelŽ sage en raison de son ‰me, et non en raison de son corps. Et c'est pour cela que les pa•ens rendaient un culte divin au monde entier et ˆ toutes ses parties.

. Sed haec etiam positio per ipsos philosophos est improbata multipliciter

Mais cette opinion est dŽsapprouvŽe de multiples mani�res par les philosophes eux-m�mes.

Primo quidem, quia virtus unita alicui corpori ut forma, habet determinatam actionem, ex eo quod tali corpori unitur ; unde, cum oporteat esse aliquod agens universale influentiam habens per omnia corpora, eo quod primum movens non potest esse corpus, ut supra ostensum est, relinquitur quod oportet esse aliquod incorporeum, quod nulli corpori est unitum ; unde Anaxagoras posuit intellectum immixtum, ut imperet, sicut dicitur in VIII Physic. [com. 37] : imperium enim est alicuius praeeminentis his quibus imperat, et eis non subditi nec ad ea obligati.

1) Parce qu'un pouvoir uni ˆ un corps comme forme a une action limitŽe, du fait qu'il est uni ˆ tel corps ; c'est pourquoi, puisqu'il faut qu'il y ait un agent universel qui a de l'influence par tous les corps, parce que le premier moteur ne peut pas �tre un corps, comme on l'a montrŽ ci-dessus, il reste qu'il faut qu'il y ait un �tre incorporel, qui ne soit uni ˆ aucun corps ; c'est pourquoi Anaxagore a pensŽ ˆ un l'intellect sans mŽlange, pour commander, comme il est dit en Physique (VIIII, 5, 256 b 24-26[686]) ; car le pouvoir appartient ˆ quelqu'un qui domine sur ce ˆ quoi il commande, sans lui �tre ni soumis ni obligŽ ˆ cela..

Secundo, quia si quaelibet substantia incorporea est corpori unita ut forma, oportet primum quod movetur, movere seipsum ad modum animalis, quasi compositum ex substantia corporali et spirituali. Movens autem seipsum, movet se per voluntatem, in quantum aliquid appetit : appetitus enim est movens motum, appetibile autem est movens non motum. Oportet ergo supra substantiam corpoream coniunctam corpori, esse aliquid aliud superius quod moveat eam, sicut appetibile movet appetitum ; et hoc oportet esse intellectuale bonum, quia hoc est appetibile, quia est simpliciter bonum ; sensibile autem appetibile appetitur, quia est hic et nunc bonum.

2) Parce que, si quelque substance incorporelle est unie ˆ un corps comme une forme, il faut d'abord que ce qui est mž se meuve lui-m�me ˆ la mani�re de l'animal ; comme composŽ de substance corporelle et spirituelle. Mais celui qui se meut lui-m�me se meut par volontŽ, dans la mesure o� il a un dŽsir, car l'appŽtit est un moteur mž, mais l'appŽtible un moteur non mž. Il faut donc qu'au-dessus d'une substance corporelle jointe ˆ un corps il y ait quelque chose de supŽrieur qui la mette en mouvement, comme l'appŽtible meut l'appŽtit et il faut que ce soit un bien intellectuel, parce qu'il est l'appŽtible, parce que c'est simplement un bien, mais l'appŽtible sensible est dŽsirŽ, parce que c'est un bien d'ici et maintenant.

Intellectuale autem bonum oportet esse incorporeum, quia nisi esset absque materia, non intelligeretur ; et ex hoc ipso oportet ipsum esse intelligens : substantia enim quaelibet est intelligens ex hoc quod est a materia immunis. Oportet ergo supra substantiam coniunctam corpori, esse aliam substantiam superiorem incorpoream vel intellectualem corpori non unitam. Et haec est probatio Aristotelis in XI Metaph. : non enim potest dici, quod movens seipsum, nihil desideret extra se, quia nunquam moveretur : motus enim est ad acquirendum aliquid extrinsecum aliquo modo.

Mais le bien de l'esprit doit �tre incorporel, parce que, s'il n'Žtait pas sans mati�re, il ne serait pas compris, et de ce fait, il faut qu'il soit douŽ d'esprit, car une substance est ÒintelligeÓ du fait qu'elle est exempte de mati�re. Donc il faut qu'au-dessus de la substance jointe au corps, il y en ait une autre supŽrieure, incorporelle ou intellectuelle, non unie ˆ un corps. Et c'est la dŽmonstration d'Aristote en MŽtaphysique XI ; car on ne peut pas dire que ce qui se meut soi-m�me ne dŽsirerait rien hors de lui, parce qu'il ne se mettrait jamais en mouvement : car le mouvement est d'une certaine mani�re pour acquŽrir quelque chose d'extŽrieur.

Tertio, quia cum movens seipsum possit moveri et non moveri, ut dicitur in VII Phys. [com. 29], si aliquid motum ex se continue movetur, oportet quod stabiliatur in movendo ab aliquo exteriori, quod est omnino immobile. Caelum autem, cuius animam dicebant Deum, videmus continue moveri ; unde oportet supra illam substantiam quae est anima mundi, si qua est, esse aliam superiorem substantiam, quae nulli corpori est coniuncta, quae est per seipsam subsistens.

3) Parce que celui qui se meut lui-m�me peut se mouvoir ou pas, comme on le dit en Physique (VII, 4, 249 a 8) ; si un moteur est mž continuellement par lui-m�me, il faut qu'il soit maintenu en mouvement par quelque chose d'extŽrieur, qui est tout ˆ fait immobile. Mais nous voyons le ciel, dont ils disaient que Dieu Žtait l'‰me, se mouvoir continuellement, c'est pourquoi il faut, au-dessus de cette substance qui est l'‰me du monde, s'il y en a une, une autre substance supŽrieure, jointe ˆ aucun corps, et subsistante par soi.

Illi autem qui posuerunt omnem substantiam corpori unitam, ex hoc videntur fuisse decepti quod materiam credebant causam subsistentiae et individuationis in omnibus entibus, sicut est in rebus corporalibus ; unde substantias incorporeas non credebant posse subsistere nisi in corpore, sicut etiam per modum obiectionis tangitur in Comment. Lib. de causis.

Mais ceux qui ont pensŽ que toute substance Žtait unie ˆ un corps, semblent de ce fait s'�tre trompŽs, parce qu'ils croyaient que la mati�re Žtait la cause de la subsistance et de l'individuation dans tous les �tres, comme c'est le cas dans les corps, c'est pourquoi ils croyaient que les substances incorporelles ne pouvaient subsister que dans un corps, comme on en parle par mani�re d'objection dans le commentaire du livre Des Causes.

C. - His opinionibus abiectis, Plato et Aristoteles posuerunt aliquas substantias esse incorporeas ; et earum quasdam esse corpori coniunctas, quasdam vero nulli corpori coniunctas. Plato namque posuit duas substantias separatas, scilicet Deum patrem totius universitatis in supremo gradu ; et postmodum mentem ipsius, quam vocabat paternum intellectum, in qua erant rerum omnium rationes vel ideae, ut Macrobius narrat [lib. 1 super Somnium Scipionis]. Substantias autem incorporeas corporibus unitas ponebat multiplices : quasdam quidem coniunctas caelestibus corporibus, quas Platonici deos appellabant ; quasdam autem coniunctas corporibus aeris, quas dicebant esse daemones. Unde Augustinus in VIII de civitate Dei [cap. XVI], introducit hanc definitionem daemonum ab Apuleio datam : daemones sunt animalia mente rationalia, animo passiva, corpore aerea, tempore aeterna. Et omnibus praedictis substantiis incorporeis, ratione suae sempiternitatis, gentiles Platonici dicebant cultum divinitatis exhibendum. Ponebant etiam ulterius substantias incorporeas grossioribus terrae corporibus unitas, terrenis scilicet et aqueis, quae sunt animae hominum et aliorum animalium.

C. Ces opinions une fois rejetŽes, Platon et Aristote ont pensŽ qu'il y avait des substances incorporelles, et que certaines d'entre elles Žtaient unies ˆ un corps, certaines non. Platon, en effet, a posŽ deux substances sŽparŽes, ˆ savoir Dieu, le p�re de tout l'univers, au degrŽ supr�me, et ensuite son esprit, qu'il appelait l'intellect paternel, en qui il y a avait toutes les raisons ou idŽes des choses, comme Macrobe[687] le raconte dans Le songe de Scipion (1). Mais il pensait que les substances incorporelles unies ˆ ces corps Žtaient multiples, certaines unies aux corps cŽlestes, que les Platoniciens appelaient des dieux ; certaines unies ˆ des corps aŽriens, qu'ils appelaient des dŽmons. C'est pourquoi Augustin (La citŽ de Dieu VIII, 16) rapporte cette dŽfinition des dŽmons donnŽe par ApulŽe[688] : ÇLes dŽmons sont des �tres animŽs ˆ l'esprit douŽ de raison, passifs par l'‰me, aŽriens par le corps, Žternels dans le temps.È Et pour toutes ces substances incorporelles, en raison de leur ŽternitŽ, les Platoniciens pa•ens disaient qu'il fallait leur rendre un culte divin. Mais ils pla�aient plus loin des substances incorporelles unies ˆ des corps de terre plus grossiers, ˆ savoir terreux ou aqueux, que sont les ‰mes des hommes et des autres �tres animŽs.

Aristoteles autem in duobus cum Platone concordat, et in duobus differt. Concordat quidem in ponendo supremam substantiam nec corpoream nec corpori unitam ; et iterum in ponendo caelestia corpora esse animata. Differt autem in hoc quod ponebat plures substantias incorporeas corpori non unitas, scilicet secundum numerum caelestium motuum ; et iterum in hoc quod non ponit esse aliqua animalia aerea ; quod rationabilius posuit.

Aristote est en accord sur deux points avec Platon, et en dŽsaccord sur deux autres. Il est d'accord quand il pense que la substance supr�me n'est ni corporelle, ni unie ˆ un corps, et ˆ nouveau quand il pense que les corps cŽlestes sont animŽs. Il est en dŽsaccord sur le fait qu'il pensait qu'il y avait plusieurs substances incorporelles non unies ˆ un corps, ˆ savoir selon le nombre des mouvements cŽlestes ; et ˆ nouveau dans le fait qu'il ne pense pas qu'il y ait des �tres animŽs aŽriens ; sa pensŽe est plus raisonnable.

Quod patet ex tribus. Primo quidem, quia corpus mixtum nobilius est corpore elementari, et maxime quantum ad formam : quia elementa mixtorum corporum materia sunt. Unde oportet quod substantiae incorporeae, quae sunt nobilissimae formae, corporibus mixtis uniantur, et non puris elementis. Nullum autem corpus mixtum esse potest, in quo terra et aqua non magis abundent secundum materiae quantitatem, cum etiam superiora elementa magis habeant de virtute activa, utpote magis formalia. Si autem haec in quantitate excederent, non servaretur aliqua proportio debita mixtionis, quia superiora omnino vincerent inferiora. Et ideo non potest esse quod substantiae incorporeae uniantur ut formae corporibus aereis, sed corporibus mixtis, in quibus materialiter superabundet terra et aqua.

Ce qui appara”t par trois raisons :1) Parce que le corps mixte est plus noble que le corps ŽlŽmentaire, surtout pour la forme, parce que les ŽlŽments sont la mati�re des corps mixtes. C'est pourquoi il faut que les substances incorporelles qui sont les formes les plus nobles soient unies ˆ des corps mixtes et non ˆ de purs ŽlŽments. Car il ne peut y avoir aucun corps mixte, en qui la terre et l'eau n'abondent pas plus selon la quantitŽ de mati�re, puisque les ŽlŽments supŽrieurs ont davantage de puissance active, en tant que plus formels. Mais s'ils dŽpassaient en quantitŽ, la proportion due aux mixtes ne serait pas conservŽe, parce que les supŽrieurs Žcraseraient compl�tement les infŽrieurs. Et c'est pourquoi il n'est pas possible que les substances incorporelles soient unies comme formes ˆ des corps aŽriens, mais ˆ des corps mixtes, dans lesquels la terre et l'eau sont matŽriellement en abondance.

Secundo, quia corpus homogeneum et uniforme oportet quod habeat eamdem formam in toto et in partibus. Totum autem aeris corpus videmus esse unius naturae ; unde oportet, si substantiae aliquae spirituales aliquibus partibus aeris sunt unitae, quod etiam toti aeri uniantur : et sic totus aer erit animal, quod irrationabiliter dici videtur ; quamvis et hoc quidam antiqui ponerent, ut dicitur in I de Anima [com. 20], qui dicebant aerem totum esse plenum diis.

2) Parce qu'un corps homog�ne et uniforme doit avoir une m�me forme en son tout et en ses parties. Mais nous voyons que tout le corps de l'air est d'une seule nature ; c'est pourquoi il faut si certaines substances spirituelles sont unies aux parties de l'air, qu'elles soient unies aussi ˆ la totalitŽ de l'air, et ainsi tout l'air sera un �tre animŽ, ce qui semble ŽnoncŽ contre la raison ; quoique aussi cela certains anciens l'aient pensŽ, comme il est dit dans l'‰me (I, 411 a 8[689]) : ils disaient que tout l'air Žtait plein de dieux.

Tertio, quia si substantia spiritualis non habet in se aliam potentiam quam intellectum et voluntatem, frustra corpori unitur, cum hae operationes absque corpore compleantur : omnis enim forma corporis corporaliter aliquam actionem efficit. Si autem habent alias potentias, quod videntur Platonici sensisse de daemonibus, dicentes eos esse animo passivos,- cum autem passio non sit nisi in parte animae sensitiva, ut probatur in VII Phys.,- oportet quod tales substantiae corporibus organicis uniantur, ut actiones talium potentiarum per determinata organa exequantur. Tale autem non potest esse corpus aereum, eo quod non est figurabile. Unde patet quod substantiae spirituales non possunt aereis corporibus naturaliter esse unitae.

3) Parce que si la substance spirituelle n'a pas en soi une autre puissance que l'intellect et la volontŽ, elle est unie en vain ˆ un corps, puisque ces opŽrations sont accomplies sans corps ; car toute forme du corps accomplit une action corporellement. Mais s'ils ont d'autres puissances (ce que semblent penser les Platoniciens des dŽmons, disant qu'ils ont l'‰me passive, Ñ puisque la passion n'est que dans une partie de l'‰me sensitive, comme on le prouve en Physique, (VII, 3, 248 a 6), Ñ il faut que de telles substances soient unies ˆ des corps organiques, pour que les actions de telles puissances soient exŽcutŽes par les organes dŽterminŽs. Mais tel ne peut pas �tre le corps aŽrien, puisqu'on ne peut pas le figurer. C'est pourquoi il est clair que les substances spirituelles ne peuvent pas �tre unies naturellement ˆ des corps aŽriens.

Utrum autem aliquae substantiae incorporeae sint caelestibus corporibus unitae ut formae, Augustinus sub dubio relinquit [in II super Gen. ad litteram, cap. ult]. Hieronymus autem asserere videtur (super illud Eccle. I : Lustrans universa per circuitum spiritus), et etiam Origenes [I Periarch., cap. VII]. Quod tamen a pluribus modernorum reprobatum videtur, propter hoc quod cum numerus beatorum ex solis hominibus et Angelis secundum Scripturam divinam constituatur, non possent illae substantiae spirituales nec inter hominum animas computari, nec inter Angelos, qui sunt incorporei. Sed tamen Augustinus [in Enchir., cap. LVIII] hoc etiam sub dubio relinquit sic dicens : Nec illud quidem certum habetur, utrum ad eamdem societatem, scilicet Angelorum, pertineat sol, luna et cuncta sidera ; quamvis nonnullis lucida esse corpora non cum sensu vel intelligentia videantur. Sed in hoc certissime, a doctrina tam Platonis quam Aristotelis, doctrina fidei discordat, quod ponimus multas substantias penitus corporibus non unitas, plures quam aliquis eorum ponat.

D. Des substances incorporelles sont-elles unies aux corps cŽlestes en tant que formes, Augustin en doute (La Gen�se au sens littŽral, II, dernier chapitre[690]). ÇJŽr™me semble l'affirmer (sur cette parole de l'Eccl., 1 : ÇIlluminant toutes choses par le cercle de l'espritÈ et Orig�ne aussi (Peri arch™n, I, ch. 7). Ce qui cependant est dŽsapprouvŽ par plusieurs modernes, parce que, comme le nombre des bienheureux est constituŽ selon l'ƒcriture sainte seulement des hommes et des anges, ces substances spirituelles ne peuvent �tre comptŽes ni parmi les ‰mes humaines, ni parmi les anges qui sont sans corps. Mais cependant Augustin (Enchiridion, 58[691]), garde un doute, en disant : ÇOn ne consid�re pas comme certain, que le soleil, la lune et les autres astres appartiennent ˆ une m�me sociŽtŽ (c'est-ˆ-dire celle des anges). Quoique pour certains les corps paraissent lumineux, non dŽpourvus de sens ni d'intelligence. Mais en cela, tr�s certainement, la doctrine de la foi est en dŽsaccord avec celle tant de Platon que d'Aristote, parce que nous pensons que les nombreuses substances qui ne sont pas totalement unies ˆ des corps, sont plus nombreuses que chacun d'eux le pense.È

Quae quidem positio etiam rationabilior videtur propter tria. Primo quidem, quia sicut corpora superiora digniora sunt inferioribus, ita substantiae incorporeae corporibus sunt etiam digniores ; corpora autem superiora in tantum inferiora excedunt, quod terra habet comparationem ad caelum sicut punctum ad sphaeram, ut astrologi probant. Unde et substantiae incorporeae sicut Dionysius dicit [cap. XIV caelst. Hier.], omnem multitudinem materialium specierum transcendunt ; quod significatur Daniel. VII, 10, cum dicitur : Millia millium ministrabant ei, et decies millies centena millia assistebant ei. Quod quidem affluentiae divinae bonitatis concordat, ut scilicet ea quae nobiliora sunt illa copiosius in esse producat. Et cum superiora ab inferioribus non dependeant, nec ad ea limitentur eorum virtutes, non oportet illa solum in superioribus ponere quae per inferiores effectus manifestantur.

Cette opinion aussi semble plus rationnelle pour trois raisons. 1) Parce que, de m�me que les corps supŽrieurs sont plus dignes que les corps infŽrieurs, de m�me les substances incorporelles sont aussi plus dignes que les corps mais les corps supŽrieurs dŽpassent les infŽrieurs, tellement que la terre est comparŽe au ciel, comme le point ˆ la sph�re, comme les astrologues le prouvent. C'est pourquoi, les substances incorporelles, comme Denys le dit (La hiŽrarchie cŽleste, 14) dŽpassent toute la multitude des esp�ces matŽrielles ; ce que montre Daniel (Daniel, 7, 10) quand il est dit : ÇMille milliers le servaient, et des dizaines de centaines de milliers Žtaient devant lui[692].È Cela concorde avec la profusion de la bontŽ divine : il am�ne ˆ l'�tre plus abondamment ce qui est plus noble. Et comme les supŽrieurs ne dŽpendent pas des infŽrieurs, et que leurs pouvoirs ne se limitent pas ˆ eux ; il ne faut pas placer seulement parmi les supŽrieurs ce qui se manifeste par des effets infŽrieurs.

Secundo autem quia rerum naturalium ordine, inter naturas distantes multi gradus medii inveniuntur, sicut inter animalia et plantas inveniuntur quaedam animalia imperfecta, quae et cum plantis communicant quantum ad fixionem, et cum animalibus quantum ad sensum. Cum ergo substantia suprema, quae Deus est, a corporum natura maxime distet, rationabile videtur quod multi gradus naturarum inter utraque inveniantur, et non solum illae substantiae quae sunt principia motuum.

2) Parce que dans l'ordre des choses naturelles, parmi les natures diffŽrentes, on trouve de nombreux degrŽs intermŽdiaires. Ainsi entre les animaux et les plantes, on trouve certains animaux imparfaits qui ressemblent aux plantes du fait qu'ils sont fixes, et aux animaux du fait qu'ils Žprouvent des sensations. Donc comme la substance supr�me, qui est Dieu, est extr�mement diffŽrente de la nature des corps, il semble conforme ˆ la raison qu'on trouve beaucoup de degrŽs entre chacune des natures et non seulement ces substances qui sont les principes des mouvements.

Tertio, quia cum Deus non solum universalem providentiam de rebus corporalibus habeat, sed etiam ad res singulas eius providentia se extendat, in quibus interdum, ut dictum est, praeter ordinem causarum universalium operatur,- non solum oportet ponere substantias incorporeas Deo deservientes in universalibus causis naturae, quae sunt motus corporum caelestium, sed etiam in aliis quae Deus particulariter in singulis operatur, et praecipue quantum ad homines, quorum mentes caelestibus motibus non subiiciuntur. Sic ergo, fidei veritatem sequendo, dicimus Angelos et daemones non habere corpora naturaliter unita, sed omnino incorporeos, sicut dicit Dionysius.

3) Parce que, comme Dieu non seulement a une providence universelle, sur les corps, mais encore qu'elle s'Žtend aussi aux �tres particuliers, en qui, parfois, comme on l'a dit, il op�re en dehors de l'ordre des causes universelles, Ñ non seulement il faut placer des substances incorporelles qui le servent dans les causes universelles de la nature, que sont les mouvements des corps cŽlestes, mais aussi dans d'autres choses o� Dieu op�re particuli�rement dans les choses particuli�res et surtout pour les hommes dont les esprits ne sont pas soumis aux mouvements cŽlestes. Ainsi donc, en suivant la vŽritŽ de la foi, nous disons que les anges et les dŽmons n'ont pas de corps unis naturellement, mais ils sont tout ˆ fait incorporels, comme le dit Denys.

 

Solutions :

q. 6 a. 6 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Augustinus in pluribus locis suorum librorum, quantum ad corpora Angelorum et daemonum, absque assertione utitur Platonicorum sententia. Unde et XXI de Civit. Dei [cap ; X], utramque opinionem prosequitur de poena daemonum tractans, et eorum scilicet qui dicebant daemones aerea corpora habere, et eorum qui dicebant eos esse penitus incorporeos. Gregorius vero Angelum animal appellat, large sumpto animalis vocabulo pro quolibet vivente.

 1. Augustin en plusieurs endroits de ses ouvrages, au sujet du corps des anges et des dŽmons, se sert, sans l'affirmer, de la formule des Platoniciens. C'est pourquoi au livre XXI de La CitŽ de Dieu, (ch. 10), il suit deux opinions en traitant du ch‰timent des dŽmons, celle de ceux qui disaient que les dŽmons ont des corps aŽriens, et celle de ceux qui disaient qu'ils Žtaient tout ˆ fait incorporels. Mais GrŽgoire appelle l'ange un animal, ce mot Žtant pris au sens large pour un �tre vivant.

q. 6 a. 6 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Origenes in pluribus Platonicorum opinionem sectatur ; unde huius opinionis fuisse videtur quod omnes substantiae creatae incorporeae sint corporibus unitae, quamvis etiam hoc non asserat, sed sub dubitatione proponat, aliam etiam opinionem tangens.

 2. Orig�ne suit en plusieurs points l'opinion des Platoniciens ; c'est pourquoi il semble qu'il a ŽtŽ de cette opinion que toutes les substances incorporelles crŽŽes sont unies ˆ des corps, bien qu'il ne l'affirme pas, mais il la met en doute, en rapportant aussi une autre opinion.

q. 6 a. 6 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Dionysius absque dubio Angelos et daemones incorporeos esse voluit. Utitur autem metaphorice nomine furoris et concupiscentiae pro voluntate inordinata, et nomine phantasiae pro intellectu errante in eligendo, secundum quod malus omnis est ignorans, ut philosophus dicit in III Ethicorum, [cap. I] et Proverb. XIV, 22, dicitur : Errant qui operantur malum.

 3. Denys a voulu que les anges et les dŽmons soient sans aucun doute incorporels. Mais il se sert mŽtaphoriquement des noms de fureur et de concupiscence ˆ la place d'une volontŽ sans ordre et du nom d'imagination pour un intellect errant dans ses choix, selon que tout mŽchant est ignorant, comme le Philosophe le dit (Ethique, III, 2, 1110 b 28[693]) et en Proverbes 14, 22, il est dit :Ç Ils se trompent ceux qui font le mal.È

q. 6 a. 6 ad 4 Ad quartum dicendum, quod si Angeli ponantur ex materia et forma compositi, non propter hoc oportet quod sint corporei ex ratione praedicta, nisi ponatur quod sit eadem materia Angelorum et corporum. Posset autem dici, quod esset alia materia corporum divisa, non quidem dimensionis divisione, sed per ordinem ad alterius generis formam, nam potentia actui proportionatur. Magis tamen credimus, quod non sint Angeli ex materia et forma compositi, sed sint formae tantum per se stantes. Nec oportet quod propter hoc non sint creati : forma enim est principium essendi ut quo aliquid est, cum tamen et esse formae et esse materiae in composito sit ab uno agente. Si ergo sit aliqua substantia creata quae sit forma tantum, potest habere principium essendi efficiens, non formale.

 4. Si les anges sont considŽrŽs comme composŽs de mati�re et de forme, ce n'est pas pour cette raison qu'il faut qu'ils soient corporels, sauf si on pense que c'est la m�me mati�re pour les anges et les corps. Mais on pourrait dire qu'il y aurait une autre mati�re sŽparŽe des corps, non par division de la dimension, mais par rapport ˆ une forme d'un autre genre, car la puissance est proportionnŽe ˆ l'acte. Cependant nous croyons davantage que les anges ne sont pas composŽs de mati�re et de forme, mais qu'ils sont seulement des formes subsistantes par soi. Et il ne faut pas qu'ˆ cause de cela, ils n'aient pas ŽtŽ crŽŽs : car la forme est le principe d'�tre, comme par quoi quelque chose existe, alors que cependant l'�tre de la forme et celui de la mati�re est dans le composŽ par un seul agent. Si donc il y avait quelque substance crŽŽe qui soit seulement forme, elle peut avoir un principe d'�tre efficient, non formel.

q. 6 a. 6 ad 5 Ad quintum dicendum, quod secundum philosophum [in II Phys.], etiam in causis formalibus prius et posterius invenitur ; unde nihil prohibet unam formam per alterius formae participationem formari ; et sic ipse Deus, qui est esse tantum, est quodammodo species omnium formarum subsistentium quae esse participant et non sunt suum esse.

 5. Selon le Philosophe (Physique, II), m�me dans les causes formelles, on trouve un avant et un apr�s : c'est pourquoi rien n'emp�che qu'une forme soit formŽe par la participation d'une autre forme ; et ainsi Dieu lui-m�me qui est �tre seulement, est d'une certaine mani�re la forme (species) de toutes les formes subsistantes qui participent de l'�tre et ne sont pas son �tre.

q. 6 a. 6 ad 6 Ad sextum dicendum, quod virtus Angeli, secundum naturae ordinem, est superior, et per consequens universalior quam virtus animae humanae : unde non poterat habere corporeum organum sibi sufficienter respondens ad actiones quibus in exteriora corpora agit ; ideo non debuit aliquibus corporeis organis alligari, sicut anima per unionem ligatur.

 6. La pouvoir de l'ange, dans l'ordre de la nature, est supŽrieur et par consŽquent plus universel que le pouvoir de l'‰me humaine ; c'est pourquoi il ne pouvait pas avoir un organe corporel qui rŽponde suffisamment ˆ ses actions par lesquelles il agit sur les corps extŽrieurs. Aussi il ne dut pas �tre liŽ ˆ quelques organes corporels, comme l'‰me est liŽe par union.

q. 6 a. 6 ad 7 Ad septimum dicendum, quod movens seipsum est primum inter mota, ratione moventis immobilis ; unde si movens immobile moveat sive corpus sibi naturaliter unitum, sive non, eadem prioritatis ratio manet.

 7. Ce qui se meut soi-m�me est premier parmi ce qui est mž en tant que moteur immobile ; c'est pourquoi si le moteur immobile meut le corps naturellement uni ˆ lui ou s'il ne le meut pas, la m�me raison de prioritŽ demeure.

q. 6 a. 6 ad 8 Ad octavum dicendum, quod anima unita corpori vivificat corpus non solum effective, sed formaliter : sic autem corpus vivificare minus est quam per se vivere tantum, simpliciter loquendo. Nam anima hoc modo corpus vivificare potest, in quantum habet esse infimum, quod sibi et corpori potest esse commune in composito ex utroque. Esse autem Angeli cum sit altius, non potest hoc modo communicari corpori. Unde vivit tantum, et non vivificat formaliter.

 8. L'‰me unie ˆ un corps le vivifie, non seulement effectivement, mais formellement, mais vivifier ainsi un corps est moins que vivre par soi seulement, ˆ proprement parler. Car l'‰me peut de cette mani�re vivifier le corps, dans la mesure o� il a un �tre faible, qui peut �tre commun ˆ elle et au corps, dans le composŽ des deux. Mais comme l'�tre de l'ange est plus ŽlevŽ, il ne peut pas �tre communiquŽ de cette mani�re ˆ un corps. C'est pourquoi il vit seulement et il ne le vivifie pas formellement.

q. 6 a. 6 ad 9 Ad nonum dicendum, quod retrogradatio quae videtur in planetis, et statio et directio non provenit ex difformitate motus unius et eiusdem mobilis, sed ex diversis motibus diversorum mobilium, vel ponendo eccentricos et epicyclos secundum Ptolomaeum vel ponendo diversitatem motuum secundum diversitates polorum, sicut alii posuerunt. Et tamen si etiam difformiter moverentur caelestia corpora, per hoc non magis ostenderetur quod moverentur a motore voluntario coniuncto quam quod a separato.

 9. La recul, l'immobilitŽ et le mouvement rectiligne qu'on voit dans les plan�tes, ne proviennent pas de la difformitŽ d'un seul mouvement et d'un m�me mobile, mais de diffŽrents mouvements, de diffŽrents mobiles, ou en posant des excentriques et des Žpicycles selon PtolŽmŽe[694] ou la diversitŽ des mouvements selon la diversitŽ des p™les, comme d'autres l'ont pensŽ. Et cependant si les corps cŽlestes Žtaient mus aussi d'une fa�on diffŽrente, on ne montrerait pas plus par lˆ qu'ils sont mus par un moteur volontaire joint que par un moteur sŽparŽ.

q. 6 a. 6 ad 10 Ad decimum dicendum, quod corpora caelestia etiamsi non sint animata, moventur a substantia vivente separata, cuius virtute agunt, sicut instrumentum virtute principalis agentis ; et ex hoc causant in inferioribus vitam.

 10. M�me si les corps cŽlestes ne sont pas animŽs, ils sont mus par une substance vivante sŽparŽe, par son pouvoir ils agissent comme instrument pour le pouvoir de l'agent principal ; et c'est par cela qu'ils causent la vie dans les �tres infŽrieurs.

q. 6 a. 6 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod philosophus demonstrationes suas ad duas conclusiones sub disiunctione terminat, scilicet : quod mobilia vel reducuntur statim ad movens immobile, vel ad movens seipsum, cuius una pars est movens immobile ; quamvis ipse magis secundam partem praeeligere videatur. Si quis tamen primam partem eligat, nullum inconveniens ex suis demonstrationibus sequetur.

 11. Le Philosophe termine ses dŽmonstrations par deux conclusions sŽparŽes, ˆ savoir que les mobiles sont ramenŽs aussit™t ou bien ˆ un moteur immobile, ou ˆ ce qui se meut soi-m�me, dont une partie est un moteur immobile ; quoique lui-m�me semble prŽfŽrer la seconde solution. Cependant si quelqu'un choisit la premi�re, rien d'inconvenant ne dŽcoule de ses dŽmonstrations.

q. 6 a. 6 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod id quod est supremum in corporibus, attingit ad infimum spiritualis naturae per aliquam participationem proprietatum eius sicut per hoc quod est incorruptibile, non autem per hoc quod ei uniatur.

 12. Ce qui est le plus haut dans les corps touche au plus bas de la nature spirituelle, par une participation de ses propriŽtŽs, par le fait qu'il est incorruptible mais non par le fait qu'il lui est uni.

q. 6 a. 6 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod corpus humanum quantum ad materiam ignobilius est caelesti corpore, sed corpus humanum formam habet nobiliorem, si corpora caelestia sunt inanimata. Nobiliorem tamen dico secundum se, non tamen secundum quod corpus format. Perfectiori enim modo forma caeli perficit materiam, cui praebet esse incorruptibile, quam anima rationalis corpus. Hoc autem ideo est, quia substantia spiritualis quae movet caelum, est altioris dignitatis quam ut corpori uniatur.

 13. Le corps humain, quant ˆ sa mati�re, est moins noble que le corps cŽleste, mais il a une forme plus noble, si les corps cŽlestes sont inanimŽs. Je la dis cependant plus noble en soi, non cependant selon qu'elle met en forme le corps. Car la forme du ciel ach�ve la mati�re, ˆ qui elle fournit un �tre incorruptible par un mode plus parfait que l'‰me rationnelle ach�ve le corps. C'est pour cela, que la substance spirituelle qui meut le ciel, est d'une plus grande dignitŽ que d'�tre unie ˆ un corps.

q. 6 a. 6 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod aerea corpora esse non possunt, rationibus praedictis.

 14. Les corps aŽriens ne peuvent pas exister pour les raisons qu'on a dŽjˆ donnŽes.

q. 6 a. 6 ad 15 Et per hoc patet responsio ad decimumquintum quod procedit de opinione Platonis.

 15. Et par lˆ appara”t la rŽponse ˆ la quinzi�me objection qui proc�de de l'opinion de Platon.

q. 6 a. 6 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod Angelus non movetur commensurando se spatio, sicut corpora moventur, sed aequivoce motus dicitur de motu Angelorum et de motu corporum.

 16. L'ange n'est pas mž en se mesurant ˆ l'espace, comme les corps, mais le mouvement des anges et celui des corps est appelŽ mouvement de mani�re Žquivoque.

q. 6 a. 6 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod verbum Dei non unitur corpori ut forma, quia sic fieret una natura ex verbo et carne : quod est haereticum.

 17. Le Verbe de Dieu n'est pas uni ˆ un corps comme une forme, parce qu'ainsi le Verbe et la chair deviendraient une seule nature, ce qui est hŽrŽtique.

q. 6 a. 6 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod Porphyrius in hoc opinionem Platonis sequitur, quod deos nominat daemones, quos ponebant animalia, et etiam corpora caelestia.

 18. Porphyre suit sur ce point l'opinion de Platon : il appelle les dŽmons des dieux, qu'ils pensaient �tre des �tres animŽs et les corps cŽlestes aussi.

 

 

 

Article 7 Ñ Les anges ou les dŽmons peuvent-ils assumer un corps ?

q. 6 a. 7 tit. 1 Septimo quaeritur utrum Angeli vel daemones possint corpus assumere. Et videtur quod non.

Il semble que non[695].

 

Objections :

q. 6 a. 7Arg. 1 Corpus enim substantiae incorporeae unitum esse non potest, nisi vel quantum ad esse, vel quantum ad motum. Sed Angeli non possunt habere unita sibi corpora quantum ad esse, quia sic essent eis naturaliter unita : quod est contra praedicta [art. 6]. Ergo relinquitur quod non possint corporibus uniri, nisi in quantum movent ea. Sed hoc non sufficit ad rationem assumptionis ; quia sic Angelus et daemon assumeret omne corpus quod movet, quod patet esse falsum ; movit enim Angelus linguam asinae Balaam, nec tamen dicitur eam assumpsisse. Ergo non potest dici, quod Angelus vel daemon corpus assumat.

1. Car un corps ne peut �tre uni ˆ une substance incorporelle que pour l'�tre ou le mouvement. Mais les anges ne peuvent avoir des corps qui leur seraient unis pour l'�tre, puisque ainsi, ils leur seraient unis naturellement, ce qui est contre ce qui a ŽtŽ dit (article 6). Donc il reste qu'ils ne pourraient �tre unis ˆ des corps, que dans la mesure o� ils les meuvent. Mais cela ne suffit pas pour les assumer, parce qu'ainsi l'ange et le dŽmon assumerait tout corps qu'il meut, ce qui parait faux, car un ange a mis en mouvement la langue de l'‰ne de Balaam, et cependant on ne dit pas qu'il l'ait assumŽe. Donc on ne peut pas dire que l'ange ou le dŽmon assume un corps.

q. 6 a. 7Arg. 2 Praeterea, si Angeli vel daemones corpora assumant, hoc non est propter eorum necessitatem, sed vel propter nos instruendos quantum ad bonos, vel decipiendos quantum ad malos. Sed ad utrumque sufficit sola imaginaria visio. Ergo non videtur quod corpora assumant.

2. Si les anges ou les dŽmons assument des corps, ce n'est pas par nŽcessitŽ pour eux, mais pour que les bons anges nous instruisent ou que les mŽchants nous trompent. Mais dans l'un et l'autre cas, il suffit d'une vision imaginaire. Donc il ne semble pas qu'ils assument des corps.

q. 6 a. 7Arg. 3 Praeterea, Deus in veteri testamento patribus apparuit, sicut et Angeli apparuisse leguntur, ut Augustinus probat [in III de Trin., cap. XI et XII]. Sed non est dicendum quod Deus corpus assumpserit, nisi per mysterium incarnationis. Ergo nec Angeli apparentes corpora assumunt.

3. Dans l'Ancien Testament, Dieu apparut aux P�res, de m�me on lit que les anges apparurent, comme Augustin le prouve (La TrinitŽ, III, 11 et 12). Mais il ne faut pas dire que Dieu a assumŽ un corps, sinon par le myst�re de l'Incarnation. Donc les anges qui apparaissent n'assument pas de corps.

q. 6 a. 7Arg. 4 Praeterea, sicut uniri corpori naturaliter convenit animae, ita non esse unitum naturaliter convenit Angelo. Sed anima non potest a corpore separari cum vult. Ergo nec Angelus potest corpus assumere.

4. ætre uni naturellement ˆ un corps convient ˆ l'‰me, de m�me ne pas �tre uni naturellement convient ˆ l'ange ; mais l'‰me ne peut pas �tre sŽparŽe du corps quand elle veut. Donc l'ange ne peut pas assumer un corps.

q. 6 a. 7Arg. 5 Praeterea, nulla substantia finita potest simul in plures operationes. Angelus est quaedam substantia finita. Non potest ergo simul et nobis ministrare et corpus assumere.

5. Aucune substance finie ne peut �tre en m�me temps dans plusieurs opŽrations. Mais l'ange est une substance finie. Donc il ne peut pas en m�me temps s'occuper de nous et assumer un corps.

q. 6 a. 7Arg. 6 Praeterea, inter assumens et assumptum debet esse aliqua proportio. Sed inter Angelum et corpus non est aliqua proportio, cum sint omnino generum diversorum, et per consequens incompossibilia. Ergo Angelus non potest assumere corpus.

6. Entre ce qui assume et ce qui est assumŽ, il doit y avoir un rapport. Mais entre l'ange et le corps, il n'y en a aucun, puisqu'ils sont de genres tout ˆ fait diffŽrents, et par consŽquent incompatibles entre eux. Donc l'ange ne peut pas assumer un corps.

q. 6 a. 7Arg. 7 Praeterea, si Angelus assumit corpus : aut corpus caeleste, aut aliquod de natura quatuor elementorum. Non quidem corpus caeleste, cum corpus caeli dividi non possit, nec a loco suo divelli ; similiter nec corpus igneum, quia sic consumeret alia corpora quibus adhaereret ; nec aereum, quia aer non est figurabilis ; nec aqueum, aqua enim figuram non retinet ; similiter autem nec terrenum, cum subito dispareant, ut patet de Angelo Tobiae. Ergo nullo modo corpus assumunt.

7. Si l'ange assume un corps : ou c'est un corps cŽleste, ou quelque chose de la nature des quatre ŽlŽments. Ce n'est certes pas un corps cŽleste, puisque celui-ci ne pourrait pas �tre divisŽ, ni enlevŽ de son lieu ; ni non plus de la m�me mani�re un corps ignŽ, parce qu'ainsi il consumerait les autres corps auxquels il s'attacherait ; ni aŽrien, parce l'air n'est pas susceptible de recevoir une figure ; ni aqueux, car l'eau ne retient pas de figure, ni terrestre non plus, puisqu'il dispara”t aussit™t, comme on le voit pour l'ange de Tobie (XII, 21). Donc ils n'assument en aucune mani�re un corps.

q. 6 a. 7Arg. 8 Praeterea, omnis assumptio ad aliquam unionem terminatur. Sed ex Angelo et corpore non potest fieri unum aliquo illorum trium modorum unitatis quos ponit philosophus in I Physic. : non enim possunt fieri unum continuatione, neque indivisibilitate, neque ratione. Ergo Angelus non potest corpus assumere.

8. Toute assomption se termine ˆ une union. Mais l'ange et le corps ne peuvent devenir un par l'un de ces trois modes d'unitŽ, que signale le Philosophe en Physique, (I, 2, 185 b 5[696]) ; car ils ne peuvent devenir un ni par continuitŽ, ni par indivisibilitŽ, ni logiquement. Donc l'ange ne peut assumer un corps.

q. 6 a. 7Arg. 9 Praeterea, si Angeli corpus assumunt, aut corpora ab eis assumpta habent veras species quae videntur aut non. Si quidem habent veras species, cum ergo quandoque videantur in specie hominis, corpus ab eis assumptum erit verum corpus humanum : quod est impossibile, nisi dicatur quod Angelus assumit hominem ; quod videtur inconveniens. Si autem non sunt verae species, hoc etiam inconveniens videtur ; non enim decet aliqua fictio Angelos veritatis. Nullo ergo modo Angelus corpus assumit.

9. Si les anges assument un corps, les corps qu'ils assument ont des formes qui paraissent rŽelles ou pas. Dans le premier cas, comme donc quelquefois on les voit sous la forme d'un homme, le corps assumŽ par eux sera un vrai corps d'homme, ce qui est impossible, ˆ moins qu'on dise que l'ange assume un homme, ce qui ne semble pas convenir. Mais si ce ne sont pas des formes vŽritables, cela semble ne pas convenir non plus, car feindre la vŽritŽ ne convient pas aux anges. Donc en aucune mani�re l'ange ne peut prendre un corps.

q. 6 a. 7Arg. 10 Praeterea, sicut supra habitum est.[art. 3, 4, et 5 huius quaest.] Angeli et daemones virtute suae naturae non possunt facere in istis corporibus effectus aliquos, nisi mediantibus virtutibus naturalibus. Sed virtutes naturales non insunt rebus corporalibus ad formandum speciem humani corporis, nisi per determinatum modum generationis, et nisi ex determinato semine : qualiter constat quod Angeli corpus non assumunt ; et eadem ratio est de aliis formis corporum in quibus Angeli aliquando apparent. Ergo non potest esse hoc, per hoc quod Angeli assumant corpora.

10. Comme on l'a vu plus haut (art. 3, 4 et 5 de cette question) les anges et les dŽmons ne peuvent, par le pouvoir de leur nature, produire des effets dans ces corps que par l'intermŽdiaire des pouvoirs naturels. Mais ceux-ci ne sont dans les corps pour former l'aspect du corps humain, que par un mode dŽterminŽ de gŽnŽration, et que par une semence dŽterminŽe. De cette mani�re il est bien certain que les anges n'assument pas un corps ; et c'est la m�me raison pour les autres formes des corps dans lesquels les anges apparaissent quelquefois. Donc, ainsi il n'est pas possible que les anges assument un corps.

q. 6 a. 7Arg. 11 Praeterea, oportet quod movens aliquid influat corpori moto. Non potest autem influere, nisi aliquo modo contingat. Cum ergo non possit esse contactus Angelorum ad corpora, videtur quod non possit movere, et per consequens nec assumere.

11. Il faut que le moteur insinue quelque chose dans le corps mž. Mais il ne le peut que s'il y arrive par quelque moyen. Donc, comme il ne serait pas possible qu'il y ait un contact des anges avec les corps, il semble qu'il ne puisse ni mouvoir, ni par consŽquent assumer.

q. 6 a. 7Arg. 12 Sed dicendum quod Angeli imperio solo movent corpus motu locali.- Sed contra, movens et motum oportet esse simul, ut probatur in VII Phys. [com. 10 usque ad 13]. Sed ex hoc quod Angelus aliquid imperat voluntate sua, non est simul cum corpore quod per ipsum moveri dicitur. Ergo solo imperio movere non potest.

12. Mais il faut dire que les anges par leur seul pouvoir meuvent les corps d'un mouvement local. Ñ En sens contraire, le moteur et le mž doivent �tre ensemble, comme c'est prouvŽ en Physique (VII, 2, 242 b 6 Ð 245 b 15). Mais du fait que l'ange commande quelque chose par sa volontŽ, il n'est pas en m�me temps avec le corps qu'on dit qu'il meut. Donc par son seul commandement il ne peut pas mouvoir.

q. 6 a. 7Arg. 13 Praeterea, motus corporalis non obedit Angelis ad nutum quantum ad sui formationem, sicut supra habitum est. Figura autem quaedam forma est. Ergo non potest, solo imperio Angeli, corpus aliquod figurari ut habeat effigiem hominis aut alicuius huiusmodi, in quo Angelus appareat.

13. Le mouvement corporel n'obŽit pas au commandement des anges pour �tre formŽ, comme on l'a dit plus haut (art. 3, 4 et 5 de cette question). Mais la figure est une forme. Donc, par le seul pouvoir de l'ange, un corps ne peut pas �tre modelŽ pour avoir une forme humaine ou quelque chose de ce genre, en qui l'ange appara”t.

q. 6 a. 7Arg. 14 Praeterea, super illud Ps. X, 4 : dominus in templo sancto suo, dicit Glossa [interlinearis], quod etsi daemones exterius simulacris praesideant, intus tamen esse non possunt ; et eadem ratione nec in aliis corporibus. Sed si corpora assumunt, oportet eos in corporibus assumptis esse. Ergo non est dicendum, quod corpora assumant.

14. Sur le Ps. 10, 4 : ÇLe Seigneur dans son temple saintÈ, la glose interlinŽaire dit que, m�me si les dŽmons commandaient aux statues ˆ l'extŽrieur, cependant ils ne le peuvent pas ˆ l'intŽrieur ; et pour la m�me raison dans les autres corps non plus. Mais s'ils assument un corps, il faut qu'ils soient en lui. Donc on ne doit pas dire qu'ils l'assument.

q. 6 a. 7Arg. 15 Praeterea, si assumunt aliquod corpus, aut toti corpori uniuntur, aut alicui parti eius : si solum alicui parti, non poterunt totum corpus movere, nisi unam partem moveant altera mediante ; quod non videtur posse contingere, nisi corpus assumptum habeat partes organicas determinatas ad motum, quod est solum corporum animatorum. Si autem toti corpori uniuntur immediate, oportet quod sit in qualibet parte corporis assumpti Angelus ; et constat quod totus, cum sit impartibilis. Ergo erit in pluribus locis simul : quod est solius Dei. Non ergo Angelus potest corpus assumere.

15. S'ils assument un corps, ou bien ils sont unis ˆ tout le corps ou bien ˆ une de ses parties. Si c'est seulement ˆ une partie, ils n'ont pu mouvoir tout le corps, qu'en mettant en mouvement une partie par l'intermŽdiaire d'une autre ; ce qui ne semble pas pouvoir arriver, ˆ moins que le corps assumŽ ait des parties organiques dŽterminŽes au mouvement, ce qui appartient seulement ˆ des corps qui donnent vie. Mais s'ils sont unis ˆ tout le corps sans intermŽdiaire, il faut qu'il soit dans une quelconque partie du corps assumŽ, et il est Žvident que c'est le tout, puisqu'il n'est pas divisible en parties. Donc il sera dans plusieurs endroits en m�me temps ; ce qui n'appartient qu'ˆ Dieu seul. Donc l'ange ne peut pas assumer un corps.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 7 s. c. Sed contra est quod legitur de Angelis apparentibus Abrahae, ut habetur in Gen. XVIII, v. 2, qui in corporibus assumptis apparuerunt ; et similiter de Angelo qui Tobiae apparuit.

On lit au sujet des anges apparus ˆ Abraham, comme on le voit en Gn. 18, 2, qu'ils apparurent dans des corps qu'ils avaient assumŽs. Et de m�me pour l'ange qui apparut ˆ Tobie (Tob. 3, 25).

 

RŽponse :

q. 6 a. 7 co. Respondeo. Dicendum quod quidam eorum qui sacrae Scripturae credunt, in qua apparitiones Angelorum leguntur, dixerunt quod Angeli nunquam corpora assumunt, sicut patet de Rabbi Moyse, qui hanc opinionem ponit ; unde dicit, quod omnia quaecumque in sacra Scriptura leguntur de apparitione Angelorum, contingunt in visione prophetiae, secundum scilicet imaginariam visionem, quandoque quidem in vigilando, quandoque vero in dormiendo.

Certains de ceux qui croient ˆ l'ƒcriture sainte, o� on lit qu'il y eut des apparitions d'anges, ont dit que les anges n'assument jamais un corps, comme c'est clair chez Rabbi Moyses, qui a Žmis cette opinion : c'est pourquoi il dit que tout ce qu'on lit dans l'ƒcriture sainte sur l'apparition des anges arrive en vision prophŽtique, selon une vision apparemment imaginaire, le proph�te Žtant quelquefois ŽveillŽ, mais quelquefois endormi.

Et haec positio veritatem Scripturae non salvat. Ex ipso enim modo loquendi quo Scriptura utitur, datur intelligi quid significetur ut res gesta, et quid per modum propheticae visionis. Cum enim aliqua apparitio per modum visionis debeat intelligi, ponuntur aliqua verba ad visionem pertinentia : sicut quod dicitur Ezech. cap. VIII, 3 : Elevavit me spiritus inter caelum et terram, et adduxit me in Ierusalem in visionibus Domini. Unde patet quod illa quae fieri simpliciter narrantur simpliciter etiam intelligi debent esse gesta. Sic autem legitur de pluribus apparitionibus in veteri testamento.

Et cette opinion ne garde pas la vŽritŽ de l'ƒcriture. Car par la mani�re m�me de parler dont elle use, il est donnŽ ˆ comprendre ce qu'elle signale comme rŽcit et [dÕautre part] ce qui dŽpend d'une vision prophŽtique. Car lorsqu'une apparition doit �tre comprise comme une vision, il y a des mots qui s'y rapportent : comme ce qui est dit (Ez. 8, 3) : ÇL'esprit m'a ŽlevŽ entre ciel et terre, et m'a conduit ˆ JŽrusalem dans des visions divines.È C'est pourquoi il est clair que ce qui est fait simplement est racontŽ simplement et doit �tre compris simplement comme une histoire. C'est ce qu'on le lit pour plusieurs apparitions dans l'Ancien Testament.

Unde simpliciter concedendum est quod Angeli quandoque corpus assumunt, formando corpus sensibile, exteriori sive corporali visioni subiectum ; sicut et quandoque aliquas species in imaginatione formando apparent secundum imaginariam visionem. Hoc autem conveniens est propter tres rationes :

C'est pourquoi il faut simplement concŽder que quelquefois les anges assument un corps, donnant forme ˆ un corps sensible, susceptible d'�tre vu dans une vision extŽrieure ou corporelle, comme aussi quelquefois ils apparaissent en formant des images dans l'imagination selon une vision imaginaire. Cela convient pour trois raisons :

Primo quidem et principaliter, quia omnes illae apparitiones veteris testamenti ad illam apparitionem ordinantur in qua filius Dei visibilis mundo apparuit, ut Augustinus dicit [in III de Trin., cap. XI et XII. Unde cum filius Dei verum corpus assumpserit, et non phantasticum ut Manichaei fabulantur, conveniens fuit ut etiam vera corpora assumendo, Angeli hominibus apparerent.

1) Principalement parce que toutes ces apparitions de l'Ancien Testament sont ordonnŽes ˆ cette apparition en laquelle le Fils de Dieu apparut visiblement dans le monde, comme Augustin le dit (La TrinitŽ, III, ch. 11 et 12). C'est pourquoi, quand le Fils de Dieu a pris un vrai corps, et non un corps imaginaire, comme les ManichŽens le racontent, il a ŽtŽ convenable que les anges aussi, en prenant de vrais corps, apparaissent aux hommes.

Secunda ratio potest sumi ex verbis Dionysii in epistola quam scribit ad Titum ; dicit enim quod ideo in divina Scriptura res divinae nobis sub sensibilibus traduntur, inter alias rationes, ut totus homo, quantum possibile est, ex participatione divinorum perficiatur, non solum intellectu capiendo intelligibilem veritatem, sed etiam in natura sensibili per sensibiles formas, quae sunt velut quaedam imagines divinorum. Unde similiter cum Angeli hominibus appareant ad eos perficiendos, conveniens est ut non solum intellectum illuminent per intellectualem visionem, sed quod etiam imaginationi provideant et exteriori sensui per imaginariam visionem, corporum scilicet assumptorum. Unde et haec triplex visio assignatur ab Augustino [XI super Genes. ad littŽral, cap. VII et XXIV

2) La seconde raison peut �tre tirŽe des paroles de Denys dans la lettre qu'il Žcrivit ˆ Tite ; car il dit qu'ainsi, dans l'ƒcriture sainte, ce qui est divin nous est transmis sous des formes sensibles, parmi d'autres raisons, pour que tout l'homme, autant que c'est possible, soit achevŽ par la participation du divin, non seulement en captant, par l'esprit, la vŽritŽ intelligible, mais aussi dans la nature sensible par les formes sensibles qui sont comme des images du divin. C'est pourquoi, de la m�me mani�re, comme les anges apparaissent aux hommes pour les perfectionner, il convient que, non seulement ils Žclairent l'esprit, par une vision intellectuelle, mais encore pourvoient ˆ l'imagination, et ˆ la sensation extŽrieure par une vision imaginaire, ˆ savoir celles des corps assumŽs. C'est pourquoi cette triple vision est concŽdŽe par Augustin (La Gen�se au sens littŽral, XI, ch. 7 et 24).

Tertia ratio potest esse, quia etsi Angeli natura sint nobis superiores, per gratiam tamen adipiscimur eorum aequalitatem et societatem, sicut habetur Matth. XXII, 30 : Erunt sicut Angeli in caelo. Et ideo, ut suam familiaritatem et affinitatem ad nos ostendant, nobis suo modo per corporum assumptionem conformantur, ut quod nostrum est accipientes, nostrum intellectum in illud assurgere faciant quod proprium est ipsorum, sicut et filius Dei, dum ad nos descendit, ad sua nos elevavit. Daemones autem quando in Angelos lucis se transfigurant, quod boni Angeli ad nostrum profectum faciunt, ipsi ad deceptionem facere moliuntur.

3) Il peut y avoir une troisi�me raison, parce que, m�me si les anges nous sont supŽrieurs en nature, nous obtenons cependant par gr‰ce l'ŽgalitŽ et la communion avec eux, comme on le voit en Mt. 22, 30 : ÇIls seront comme les anges dans le ciel.È Et c'est pourquoi pour nous montrer leur familiaritŽ et leur affinitŽ, ils se conforment ˆ nous ˆ leur mani�re en assumant un corps, pour que recevant ce qui est de nous, ils Žl�vent notre esprit ˆ ce qui leur est propre, comme le Fils de Dieu, en descendant vers nous, nous Žl�ve ˆ ce qui lui est propre. Mais les dŽmons, quelquefois se transforment en anges de lumi�re, ce que les bons anges font pour notre progr�s, eux travaillent ˆ le faire pour nous tromper.

 

Solutions :

q. 6 a. 7 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod non omne corpus quod movet Angelus assumit. Assumere enim dicitur quasi ad se sumere. Assumit ergo Angelus corpus non ut suae naturae uniat, sicut homo assumit cibum ; neque ut uniat suae personae, sicut filius Dei assumpsit humanam naturam ; sed ad suam repraesentationem, illo modo quo intelligibilia per sensibilia repraesentari possunt. Tunc ergo Angelus corpus assumere dicitur quando corpus aliquod hoc modo format quod ad repraesentationem suam est aptum ; sicut patet per Dionysium in fine Caelestis hierarchiae, [cap. V], ubi ostendit quod per corporales formas, Angelorum proprietates intelliguntur.

 1. L'ange n'assume pas tout corps qu'il meut. Car on dit assumer comme prendre pour soi. Donc l'ange assume le corps non pour s'unir ˆ sa nature, comme l'homme assume la nourriture, ni pour s'unir ˆ sa personne, comme le Fils de Dieu a assumŽ la nature humaine ; mais pour sa reprŽsentation de cette mani�re par laquelle les intelligibles peuvent �tre reprŽsentŽs par les sensibles. Alors donc on dit que l'ange assume un corps quand il forme de cette mani�re un corps susceptible de le reprŽsenter ; comme cela est Žvident chez Denys ˆ la fin de la HiŽrarchie cŽleste (ch. 5), o� il montre que par les formes corporelles, on comprend les propriŽtŽs des anges.

q. 6 a. 7 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non solum imaginaria visio est utilis ad nostram instructionem, sed etiam corporalis, ut dictum est.

 2. Non seulement la vision imaginaire est utile ˆ notre instruction, mais aussi la vision corporelle, comme on l'a dit.

q. 6 a. 7 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut dicit Augustinus [in III de Trin.,cap. XI et XII], omnes Dei apparitiones quae in veteri testamento leguntur, factae sunt ministerio Angelorum, qui aliquas species vel imaginarias vel corporeas formant, per quas animum hominis videntis in Deum reducerent ; sicut et sensibilibus figuris possibile est hominem in Deum reduci. Corpora ergo apparentia, in apparitionibus praedictis Angeli assumpserunt ; sed in eis Deus apparuisse dicitur quia ipse Deus erat finis in quem, per repraesentationem huiusmodi corporum, Angeli mentem hominis elevare intendebant. Et ideo in illis apparitionibus Scriptura quandoque commemorat Deum apparuisse, quandoque Angelum.

 3. Comme le dit Augustin (La TrinitŽ, III, ch. 11 et 12) toutes les apparitions de Dieu qu'on lit dans l'Ancien Testament, ont ŽtŽ rŽalisŽes par le minist�re des anges, qui forment des esp�ces, imaginaires ou corporelles, par lesquelles ils ram�nent ˆ Dieu l'‰me de l'homme qui les voit ; de m�me il est possible que l'homme soit ramenŽ ˆ Dieu par des figures sensibles. Donc les anges assument les corps apparents dans les apparitions dont on a parlŽ, mais on dit que c'est Dieu qui est apparu parce qu'il Žtait lui-m�me la fin pour laquelle, par la reprŽsentation des corps de ce genre, les anges tendaient ˆ Žlever l'esprit de l'homme. Et c'est pourquoi dans ces apparitions, l'Ecriture rappelle que quelquefois c'est Dieu qui est apparu, quelquefois c'est un ange.

q. 6 a. 7 ad 4 Ad quartum dicendum, quod nulla res habet potestatem supra suum esse : omnis enim rei virtus ab essentia eius fluit, vel essentiam praesupponit. Et quia anima per suum esse unitur corpori ut forma, non est in potestate eius ut ab unione corporis se absolvat ; et similiter non est in potestate Angeli quod se uniat corpori secundum esse ut formam ; sed potest corpus assumere modo praedicto, cui unitur ut motor, et ut figuratum figurae.

 4. Rien n'a de pouvoir au-dessus de son �tre ; car tout pouvoir d'un �tre dŽcoule de son essence, ou la prŽsuppose. Et parce que l'‰me par son �tre est unie ˆ un corps comme une forme, il n'est pas en son pouvoir de se sŽparer du corps ; et semblablement il n'est pas au pouvoir de l'ange de s'unir ˆ un corps selon l'�tre en tant que forme ; mais selon le mode dŽjˆ dit, il peut assumer un corps, ˆ qui il est uni comme moteur, et comme le figurŽ ˆ la figure.

q. 6 a. 7 ad 5 Ad quintum dicendum, quod istae duae operationes, assumere corpus et ministrare, sunt ad invicem ordinatae ; et ideo nihil prohibet quin ea Angelus simul exequatur.

 5. Ces deux opŽrations : assumer un corps et servir sont ordonnŽes l'une ˆ l'autre ; et c'est pourquoi rien n'emp�che que l'ange les accomplissent en m�me temps.

q. 6 a. 7 ad 6 Ad sextum dicendum, quod si proportio secundum commensurationem accipiatur, non potest esse Angeli ad corpus proportio, cum eorum magnitudines non sint unius generis, nec rationis eiusdem : nihil tamen prohibet quin sit aliqua habitudo Angeli ad corpus, ut motoris ad motum et figurati ad figuram ; quae proportio potest dici.

 6. Si on accepte une proportion selon la mesure, il ne peut pas y en avoir de l'ange au corps, puisque leurs grandeurs ne sont pas d'un seul et m�me genre ni d'une m�me nature. Cependant rien n'emp�che qu'il y ait un rapport de l'ange au corps comme du celui du moteur au mž et du figurŽ ˆ la figure, rapport qu'on peut appeler proportion.

q. 6 a. 7 ad 7 Ad septimum dicendum, quod ex quolibet elemento potest Angelus corpus assumere, vel etiam ex pluribus elementis commixtis. Magis tamen competit quod ex aere corpus assumat, qui potest inspissari faciliter, et sic figuram recipere et retinere et per alicuius lucidi corporis oppositionem diversimode colorari, sicut in nubibus patet ; ut quantum ad praesens non sit differentia inter purum aerem et vaporem seu fumum, qui in aeris naturam tendunt.

 7. Avec n'importe quel ŽlŽment, l'ange peut assumer un corps ou m�me avec plusieurs ŽlŽments m�lŽs. Cependant il convient plus qu'il prenne un corps de l'air, qui peut facilement s'Žpaissir et ainsi recevoir une figure et la retenir, et par opposition ˆ un corps lumineux �tre colorŽ de diverses mani�res, comme on le voit dans les nuages, pour qu'ˆ ce moment-lˆ il n'y ait pas de diffŽrence entre l'air pur, la vapeur ou la fumŽe, qui dŽploient leur nature dans les airs.

q. 6 a. 7 ad 8 Ad octavum dicendum, quod illa divisione dividitur unum simpliciter. Sic autem Angelus corpori non unitur, sed secundum quid, sicut motor mobili et ut figuratum figurae, sicut supra dictum est.

 8. L'unitŽ est simplement divisŽe par cette division. Ainsi l'ange n'est uni ˆ un corps que relativement, comme le moteur au mobile, le figurŽ ˆ la figure, comme on l'a dit ci-dessus.

q. 6 a. 7 ad 9 Ad nonum dicendum, quod corpora illa quae Angeli assumunt, habent quidem veras formas quantum ad id quod sensus percipere potest, quae sunt sensibilia per se, sicut color et figura ; non autem quantum ad naturam speciei, quae est sensibile per accidens. Nec propter hoc oportet quod sit ibi aliqua fictio, quia formas humanas non obiiciunt oculis Angeli, ut homines esse credantur, sed ut per humanas proprietates, Angelorum virtutes cognoscantur ; sicut nec etiam metaphoricae locutiones sunt falsae, in quibus ex aliorum similitudinibus res aliae significantur.

 9. Ces corps que les anges assument ont de vraies formes, quant ˆ ce qui peut �tre per�u par les sens ; ils sont sensibles par soi, comme la couleur et la figure ; mais non quant ˆ la nature de la forme, qui est sensible par accident. Et ce n'est pas pour �a qu'il faut qu'il y ait un subterfuge, parce que les anges n'offrent pas aux yeux des formes humaines, pour qu'on croit que ce sont des hommes ; mais pour que, par des caract�res humains, leurs pouvoirs soient connus, de m�me que les expressions mŽtaphoriques, qui signifient certaines choses par des images d'autres choses ne sont pas fausses.

q. 6 a. 7 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet virtutes naturales corporum non sufficiant ad inducendum veram speciem humani corporis nisi per debitum modum generationis, sufficiunt tamen ad inducendum similitudinem humanorum corporum quantum ad colorem et figuram et ad huiusmodi accidentia exteriora, et praecipue cum ad plura horum sufficere videatur motus localis aliquorum corporum, per quem et vapores condensantur, et rarefiunt, et nubes diversimode figurantur.

 10. Bien que les vertus naturelles des corps ne suffisent pas pour induire la forme rŽelle d'un corps humain sinon par le mode nŽcessaire ˆ la gŽnŽration, elles suffisent cependant pour induire une ressemblance des corps humains pour la couleur, la figure et les accidents extŽrieurs de ce genre ; et surtout comme le mouvement local des corps parait suffire ˆ plusieurs de ceux-ci par lequel les vapeurs sont condensŽes et rarŽfiŽes et les nuages figurŽes de diverses mani�res.

q. 6 a. 7 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod Angelus movens corpus assumptum influit ei motum, et tangit non tactu corporali sed spirituali, per suam virtutem.

 11. L'ange qui met en mouvement un corps quÕil assume lui communique le mouvement et le touche par son pouvoir non d'un toucher corporel mais spirituel.

q. 6 a. 7 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod imperium Angeli requirit executionem virtutis ; unde oportet quod sit quidam tactus spiritualis ad corpus quod movet.

 12. Le pouvoir de l'ange requiert l'accomplissement d'un pouvoir ; c'est pourquoi il faut que ce soit un toucher spirituel pour le corps qu'il meut.

q. 6 a. 7 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod figura est quaedam forma quae, per abscissionem materiae et condensationem vel rarefactionem, vel ductionem aut aliquem motum huiusmodi, potest fieri in materia. Unde non est eadem ratio de hac forma et aliis.

 13. La figure est une forme qui par Žpaississement de la mati�re et condensation ou rarŽfaction, ou induction ou un mouvement de ce genre, peut �tre produite dans la mati�re. C'est pourquoi cette forme n'a pas la m�me nature que les autres.

q. 6 a. 7 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod esse in aliquo corpore potest intelligi dupliciter : Uno modo ut sit infra terminos quantitatis : et sic nihil prohibet Diabolum in aliquo corpore esse ; Alio modo ut sit intra rei essentiam ut dans esse rei et operans in re, quod est solius Dei proprium, quamvis Deus non sit pars essentiae alicuius rei. Potest autem et secundum Glossam intelligi daemon in simulacro non esse sicut idololatrae putabant, ut scilicet ex simulacro et spiritu habitante fieret unum.

 14. Etre dans un corps peut �tre compris de deux mani�res :1) Il est en dessous des termes de quantitŽ ; et ainsi rien n'emp�che le diable d'�tre dans un corps.2) Il est dans l'essence de la chose, comme lui donnant l'�tre et opŽrant en elle ; ce qui est le propre de Dieu seul, quoique Dieu ne soit pas une partie de l'essence d'une chose. Mais on peut et selon la glose, comprendre que le dŽmon n'est pas dans une statue comme les idol‰tres le pensaient, au point que la statue et l'esprit qui l'habite deviennent un.

q. 6 a. 7 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod Angelus est totus in toto corpore assumpto et in qualibet parte eius, eadem ratione qua et anima : licet enim non sit forma corporis assumpti ut anima, est tamen motor. Movens autem et motum oportet esse simul. Et tamen non sequitur ut sit in pluribus locis simul, comparatur enim totum corpus assumptum ad Angelum sicut unus locus.

 15. L'ange est tout entier dans tout le corps assumŽ, et en chacune de ses partie, pour la m�me raison que l'‰me, car bien qu'il ne soit pas la forme du corps assumŽ, en tant qu'‰me, il en est cependant le moteur. Mais le moteur et le mž doivent �tre ensemble. Et cependant il n'en dŽcoule pas qu'il soit en plusieurs endroits en m�me temps, car tout corps assumŽ par l'ange Žquivaut pour ainsi dire ˆ un seul lieu.

 

 

 

Article 8 Ñ L'ange ou le dŽmon, par le corps qu'il assume, peut-il exercer les opŽrations d'un corps vivant ?

q. 6 a. 8 tit. 1 Octavo quaeritur utrum Angelus vel daemon per corpus assumptum possit operationes viventis corporis exercere. Et videtur quod non.

Il semble que non[697].

 

Objections :

q. 6 a. 8Arg. 1 Cuicumque enim competit habere virtutem ad aliquod opus, competit ei habere ea sine quibus illud opus haberi non potest ; alias talis virtus frustra ei adesset. Sed huiusmodi opera viventium corporum sine corporeis organis exerceri non possunt. Cum ergo Angelus non habeat corporea organa naturaliter sibi unita, videtur quod non possit praedicta opera exercere.

1. Car ˆ quiconque il convient d'avoir le pouvoir d'accomplir une Ïuvre, il convient d'avoir ce sans quoi cette Ïuvre ne peut �tre accomplie ; autrement un tel pouvoir serait en vain en lui. Mais de telles Ïuvres des corps vivants ne peuvent pas �tre exercŽes sans les organes corporels. Donc comme l'ange n'a pas d'organe corporel naturellement uni ˆ lui, il semble qu'il ne peut pas accomplir ces Ïuvres.

q. 6 a. 8Arg. 2 Praeterea, anima est nobilior quam natura. Sed Angelus non potest opus naturae facere nisi mediante virtute naturali. Ergo multo minus potest facere opera animae per corpus assumptum quod anima caret.

2. L'‰me est plus noble que la nature. Mais l'ange ne peut accomplir l'Ïuvre de la nature que par l'intermŽdiaire d'un pouvoir naturel. Donc il peut beaucoup moins accomplir les Ïuvres de l'‰me par le corps sans ‰me qu'il assume.

q. 6 a. 8Arg. 3 Praeterea, inter omnes operationes animae, quae per organa complentur, actus sensuum sunt propinquiores intellectuali operationi, quae est propria Angeli. Sed Angelus per corpus assumptum non potest sentire vel imaginari. Ergo multo minus potest opera alia animae facere.

3. Parmi toutes les opŽrations de l'‰me, qui sont accomplies par les organes, les actions des sens sont plus proches de l'opŽration intellectuelle qui est le propre de l'ange. Mais il ne peut ni sentir ni imaginer par le corps qu'il assume. Donc il peut beaucoup moins accomplir les autres Ïuvres de l'‰me.

q. 6 a. 8Arg. 4 Praeterea, locutio non fit sine voce. Vox autem est sonus ab ore animalis prolatus. Cum ergo Angelus utens corpore assumpto non sit animal, videtur quod loqui non possit per corpus assumptum, et multo minus alia facere : nam locutio propinquissima sibi videtur, cum sit intellectus signum.

4. La parole ne se fait pas sans la voix. Mais celle-ci est le son profŽrŽ par la gueule de l'animal[698]. Donc comme l'ange, qui se sert d'une corps assumŽ, n'est pas un animal, il semble qu'il ne puisse pas parler par ce corps quÕil assume, et beaucoup moins faire d'autres choses : car la parole lui semble tr�s proche puisqu'elle est le signe de l'esprit.

q. 6 a. 8Arg. 5 Praeterea, ultima operatio animae vegetabilis in uno et eodem individuo est generatio : prius enim nutritur et augetur animal quam generet. Sed non potest dici quod Angelus, vel corpus assumptum ab ipso, nutriatur vel motu augmenti moveatur. Ergo non potest esse quod corpus assumptum generet.

5. La derni�re opŽration de l'‰me vŽgŽtative dans un seul et m�me individu est la gŽnŽration ; car l'animal se nourrit, et grandit avant d'engendrer. Mais on ne peut pas dire que l'ange ou le corps qu'il assume est nourri ou mž par un mouvement de croissance. Dons il n'est pas possible qu'un corps assumŽ engendre.

q. 6 a. 8Arg. 6 Sed dicendum, quod Angelus vel daemon per corpus assumptum generare potest, non quidem semine ex corpore assumpto deciso, sed semine hominis in muliere transfuso, sicut et adhibendo alia propria semina quosdam veros effectus naturales causat.- Sed contra : semen animalis praecipue ad generationem operatur per calorem naturalem. Si autem daemon semen portaret per aliquam magnam distantiam, impossibile videtur quin calor naturalis evaporaret. Ergo non posset fieri generatio hominis per modum praedictum.

6. Mais il faut dire que l'ange ou le dŽmon peut engendrer par le corps qu'il assume, cependant pas par sŽparation de la semence d'avec le corps assumŽ ; mais par la semence d'un homme transfusŽe dans la femme, et de m�me en employant d'autres semences propres, il cause de vrais effets naturels. Ñ En sens contraire : la semence de l'�tre animŽ op�re surtout pour la gŽnŽration par la chaleur naturelle. Mais si le dŽmon portait la semence sur une grand distance, il semble impossible que la chaleur naturelle ne soit pas dŽtruite. Donc il ne serait pas possible que la gŽnŽration de l'homme se fasse de cette mani�re.

q. 6 a. 8Arg. 7 Praeterea, secundum hoc, ex tali semine homo non generaretur nisi secundum virtutem humani seminis. Ergo illi qui dicuntur a daemonibus generari, non essent maioris staturae et robustiores aliis qui communiter per semen humanum generantur ; cum tamen dicatur Genes. VI, 4, quod Cum ingressi essent filii Dei ad filias hominum illaeque genuerunt, nati sunt gigantes, potentes a saeculo, viri famosi.

7. Ainsi, l'homme n'est engendrŽ d'une telle semence que selon le pouvoir de la semence humaine. Donc ceux qu'on dit engendrŽs par les dŽmons, ne seraient pas d'une plus grande stature, ni plus robustes que les autres, qui sont engendrŽs communŽment par la semence humaine, alors que cependant, on dit en Gen�se VI, 4, que, comme Çils s'etaient introduits chez les filles des hommes, et elles engendr�rent, des gŽants naquirent, les puissants de cette Žpoque, hommes fameux.È

q. 6 a. 8Arg. 8 Praeterea, comestio ad nutrimentum ordinatur. Si ergo Angeli in corporibus assumptis non nutriuntur, videtur quod nec etiam comedant.

8. Manger est ordonnŽ ˆ la nutrition. Si donc les anges dans les corps qu'ils assument ne sont pas nourris, il semble qu'ils ne mangent pas non plus.

q. 6 a. 8Arg. 9 Praeterea, ad ostendendum veritatem corporis humani resurgentis, Christus post resurrectionem comedere voluit. Si autem Angeli vel daemones in corporibus assumptis comedere possent, non esset comestio efficax argumentum resurrectionis, quod patet esse falsum. Non ergo Angeli vel daemones per corpus assumptum comedere possunt.

9. Pour montrer la vŽritŽ de son corps humain ressuscitŽ, le Christ, apr�s sa rŽsurrection, a voulu manger. Mais si les anges et les dŽmons dans les corps assumŽs pouvaient manger, cette action de manger ne serait pas efficace comme l'argument de la rŽsurrection, ce qui para”t faux. Donc les anges ou les dŽmons ne peuvent pas manger par le corps qu'ils assument.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 8 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Gen. capit. XVIII, 9, de Angelis qui apparuerunt Abrahae : Cum comedissent, dixerunt ad eum : ubi est Sara uxor tua ? Ergo et comedunt et loquuntur Angeli in corporibus assumptis.

1. Il y a ce qui est dit en Gn. 18, 9 au sujet des anges qui apparurent ˆ Abraham : ÇComme ils avaient mangŽ, ils lui dirent : O� est Sara ton Žpouse ?È Donc les anges mangent et parlent dans les corps qu'ils avaient assumŽs.

q. 6 a. 8 s. c. 2 Praeterea, Genes. VI, 2, super illud : Videntes filii Dei, etc., dicit Glossa Hieron. : Verbum Hebraicum Eloim utriusque numeri est : Deum enim et deos significat. Ideo Aquila filios deorum dicere ausus est Deos, Sanctos vel Angelos intelligens. Ergo videtur quod Angeli generent.

2. En Gn. 6, 2 sur cette parole : ÇLes fils de Dieu voyantÉÈ, la glose de JŽr™me dit : ÇLe mot hŽbreux Elohim est de deux nombres : Car il signifie Dieu et des dieux. C'est pourquoi Aquila a osŽ appelŽ les fils des dieux des dieux, comprenant les saints et les anges.È Donc il semble que les anges engendrent.

q. 6 a. 8 s. c. 3 Praeterea, sicut per artem hominis nihil fit frustra, ita nec per artem Angeli. Frustra autem assumerent corpora disposita ad modum organici corporis, nisi illis organis uterentur. Ergo videtur quod exerceant in corporibus assumptis opera organis convenientia, sicut quod videant per oculos, et audiant per aures, et sic de aliis.

3. Rien n'est fait en vain par l'art de l'homme, ni non plus par l'art de l'ange. C'est en vain qu'ils assumeraient des corps disposŽs ˆ la mani�re d'un corps organique, s'ils n'en utilisaient pas les organes. Donc il semble qu'ils exercent dans les corps assumŽs des Ïuvres qui conviennent ˆ ces organes, comme voir de leurs yeux, entendre avec leurs oreilles, etc..

 

RŽponse :

q. 6 a. 8 co. Respondeo. Dicendum quod actio aliqua ex duobus naturalem speciem accipere videtur : scilicet ex agente et termino. Calefactio enim ab infrigidatione differt, quia una earum ex calore procedit et ad calorem terminatur ; alia vero a frigore et ad frigus. Proprie tamen actio, sicut et motus, a termino speciem habet ; a principio autem habet proprie quod sit naturalis. Motus enim et actiones naturales dicuntur quae sunt a principio intrinseco.

Il faut dire qu'une action semble recevoir sa forme naturelle de deux mani�res : ˆ savoir de l'agent et du terme[699]. Car l'Žchauffement est diffŽrent du refroidissement, parce que l'un des deux proc�de de la chaleur et s'y termine, l'autre du froid et s'y termine. Cependant l'action, comme le mouvement, re�oit proprement sa forme de son terme ; mais du principe, elle a en propre ce qui lui est naturel. Car on appelle mouvement et actions naturelles ce qui vient d'un principe intrins�que.

Considerandum est ergo, quod in operationibus animae, quaedam sunt quae non sunt solum ab anima sicut a principio, sed etiam terminantur ad animam et ad corpus animatum ; et huiusmodi actiones Angelis in corporibus assumptis attribui non possunt neque secundum similitudinem speciei neque secundum naturalitatem actionis sicut sentire, augeri, nutrire et similia. Sensus enim est secundum motum a rebus ad animam ; similiter nutrimentum et augmentum est per hoc quod aliquid generatur et additur corpori viventi.

Donc il faut considŽrer que dans les opŽrations de l'‰me, il y en a certaines qui ne viennent pas seulement de l'‰me comme de leur principe, mais se terminent aussi ˆ l'‰me et au corps animŽs et les actions de ce genre ne peuvent �tre attribuŽes aux anges dans les corps qu'ils assument, ni selon la ressemblance de la forme (species), ni selon le caract�re naturel de l'action : exemple Žprouver des sensations, grandir, se nourrir etc.. Car la sensation dŽpend du mouvement des objets vers l'‰me ; de m�me la nourriture et la croissance viennent de quelque chose qui est engendrŽ et ajoutŽ au corps vivant.

Quaedam vero actiones sunt animae quae quidem sunt ab anima sicut a principio, terminantur tamen ad aliquem exteriorem effectum ; et si quidem talis effectus per solam corporis divisionem vel motum localem produci possit, talis actio attribuetur Angelo per corpus assumptum quantum ad similitudinem speciei in effectu, non tamen erit vere naturalis actio, sed similitudo talis actionis ; sicut patet in locutione, quae formatur per motum organorum et aeris, et comestione, quae perficitur per divisionem cibi et traiectionem in partes interiores.

Mais il y a certaines actions de l'‰me qui viennent d'elle comme d'un principe, cependant elles se terminent ˆ un effet extŽrieur ; et m�me si un tel effet pouvait se produire par la seule division du corps, ou un mouvement local ; une telle action serait attribuŽe ˆ l'ange par le corps qu'il assume quant ˆ la ressemblance de la forme dans l'effet, cependant ce ne sera pas vraiment une action naturelle, mais une imitation, comme cela appara”t dans la parole qui est formŽe par le mouvement des organes et de l'air, et le fait de manger qui s'ach�ve par la division de la nourriture et son passage dans les organes intŽrieurs.

Unde locutio quae attribuitur Angelis in corporibus assumptis, non est vere naturalis locutio, sed quaedam similitudinaria per similitudinem effectus ; et similiter dicendum est de comestione. Unde et Tobiae XII, 18, dicit Angelus : Cum essem vobiscum (...) videbar quidem vobiscum manducare et bibere ; sed ego cibo invisibili et potu (...) utor. Si autem talis effectus requirat transmutationem secundum formam, tunc non poterit fieri per Angelum ; nisi forte mediante naturali actu, sicut patet de generatione.

C'est pourquoi la parole qui est attribuŽe aux anges dans les corps quÕils assument, n'est pas vraiment une parole naturelle, mais quelque chose de similaire par imitation de l'effet ; et il faut en dire autant de la nutrition. C'est pourquoi en Tobie, 12, 18, l'ange dit : ÇQuand j'Žtais avec vousÉ vous m'avez vu manger, et boire ; mais je me nourris d'une nourriture invisible et je me sers d'un breuvage invisible.È Si un tel effet demandait un changement de forme, alors il ne pourrait pas �tre fait par lui, ˆ moins par hasard d'un acte naturel intermŽdiaire comme cela se voit dans la gŽnŽration.

 

Solutions :

q. 6 a. 8 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod huiusmodi operationes non naturaliter Angelus exercet, et ideo non oportet quod habeat naturaliter organa unita.

 1. L'ange n'exerce pas naturellement des actions de ce genre et c'est pourquoi il ne faut pas qu'il ait des organes qui lui soient unis naturellement.

q. 6 a. 8 ad 2 Ad secundum dicendum, quod veras operationes animae Angelus non facit, sed similitudinarias, ut dictum est.

 2. L'ange ne fait pas de vraies opŽrations de l'‰me, mais ce sont des imitations, comme on l'a dit.

q. 6 a. 8 ad 3 Ad tertium dicendum, quod iam dictum est [in corp.], quare sensus non potest Angelis in corporibus assumptis attribui.

 3. On a dŽjˆ dit (dans le corps de l'article), pourquoi on ne peut pas attribuer la sensation aux anges dans le corps qu'ils assument.

q. 6 a. 8 ad 4 Ad quartum dicendum, quod vera locutio attribui non potest Angelo in corpore assumpto, sed solum similitudinaria, ut dictum est, ubi supra.

 4. Une vraie parole ne peut pas �tre attribuŽe ˆ l'ange dans le corps qu'il assume, mais seulement des imitations de la parole, comme on l'a dit ci-dessus.

q. 6 a. 8 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Angelis bonis generare nunquam attribuitur ; sed de daemonibus est duplex opinio : Quidam enim dicunt, quod daemones etiam nullo modo generare possunt in corporibus assumptis, propter rationes in obiiciendo inductas.

 5. Engendrer n'est jamais attribuŽ aux anges ; pour les dŽmons il y a deux opinions :1) Certains en effet disent que les dŽmons ne peuvent en aucune mani�re engendrer dans les corps qu'ils assument, ˆ cause des raisons donnŽes dans l'objection.

Quibusdam vero videtur quod generare possunt, non quidem per semen a corpore assumpto decisum, vel per virtutem suae naturae, sed per semen hominis adhibitum ad generationem, per hoc quod unus et idem daemon sit ad virum succubus, et semen ab eo receptum in mulierem transfundit, ad quam fit incubus. Et hoc satis rationabiliter sustineri potest, cum etiam alias res naturales causent, propria semina adhibendo, ut Augustinus dicit [in III de Trin., cap. VIII et IX].

2) Il semble ˆ certains qu'ils peuvent engendrer, non par une semence qui vient du corps qu'ils assument, ni par le pouvoir de sa nature, mais par la semence d'un homme employŽe pour la gŽnŽration, par le fait qu'un seul et m�me dŽmon est un succube pour l'homme et la semence re�ue par lui est introduite dans la femme, pour laquelle il devient l'incube. Et cela peut �tre soutenu assez raisonnablement, puisqu'ils sont causes m�me d'autres choses naturelles, en employant des semences particuli�res[700], comme Augustin le dit (La TrinitŽ, III, 8 et 9).

q. 6 a. 8 ad 6 Ad sextum dicendum, quod circa evaporationem seminis potest daemon remedium adhibere, tum per velocitatem motus, tum adhibendo aliqua fomenta, per quae calor naturalis conservetur in semine.

 6. Le dŽmon peut apporter rem�de ˆ l'Žvaporation de la semence, tant par la rapiditŽ du mouvement, qu'en recevant quelque combustible, par lequel il conserve la chaleur naturelle dans la semence.

q. 6 a. 8 ad 7 Ad septimum dicendum, quod procul dubio generatio, praedicto modo facta, virtute humani seminis fit. Unde homo sic genitus, non esset filius daemonis, sed viri cuius fuit semen. Et tamen possibile est quod per talem modum homines fortiores generentur et maiores, quia daemones volentes in suis effectibus mirabiles videri, observando determinatum situm stellarum, et viri et mulieris dispositionem, possunt ad hoc cooperari. Et praecipue si semina, quibus utuntur sicut instrumentis, per talem usum aliquod augmentum virtutis consequantur.

 7. Sans doute la gŽnŽration, accomplie d'une telle mani�re, est faite par le pouvoir de la semence humaine. C'est pourquoi l'homme ainsi engendrŽ ne serait pas fils du dŽmon, mais de l'homme dont vient la semence. Et cependant il est possible que par un tel mode les hommes engendrŽs soient plus forts et plus grands, parce que les dŽmons voulant para”tre admirables dans leurs effets, en observant la position dŽterminŽe des Žtoiles, et la disposition de l'homme et de la femme, peuvent y participer. Et surtout si les semences qu'il utilisent comme instrument, par tel usage obtiennent une augmentation de la puissance.

q. 6 a. 8 ad 8 Ad octavum dicendum, quod comestio attribuitur Angelis in corporis assumptis, non quantum ad finem, qui est nutritio, sed simpliciter quantum ad comestionis actum ; et similiter etiam Christo post resurrectionem cuius, corpori non erat tunc aliquid addibile. In hoc tamen differt, quod comestio Christi fuit vere naturalis comestio, utpote eius existens qui animam vegetabilem habebat ; et sic potuit esse argumentum veritatis naturae. In utraque tamen comestione cibus non est conversus in carnem et sanguinem, sed resolutus in materiam praeiacentem.

 8. Le fait de manger est attribuŽ aux anges dans les corps qu'ils assument, non quant ˆ son but, qui est la nutrition, mais simplement pour l'action de manger, et il en est de m�me aussi pour le Christ, apr�s la rŽsurrection : rien ne pouvait �tre ajoutŽ ˆ son corps. Cependant il y a une diffŽrence du fait que manger pour le Christ fut vraiment naturel ; en tant qu'ayant existŽ auparavant, il avait une ‰me vŽgŽtative, et ainsi il a pu dŽmontrer la vŽritŽ de sa nature. Dans l'un et l'autre repas, la nourriture n'a pas ŽtŽ changŽe en chair et sang, mais dissoute dans la mati�re qui existait auparavant.

q. 6 a. 8 ad 9 Et per hoc patet responsio ad nonum.

 9. Et cela donne rŽponse ˆ l'objection 9.

 

Arguments en sens contraire

q. 6 a. 8 ad s. c. 1 Ad primum vero quod in contrarium obiicitur, dicendum, quod comestio et locutio qualiter Angelis sit attribuenda, dictum est, in corp. art.

 1. Il faut dire qu'on a parlŽ dans le corps de l'article de la nutrition et de la parole telles qu'elles sont attribuŽes aux anges.

q. 6 a. 8 ad s. c. 2 Ad secundum dicendum, quod per filios Dei intelligit quidem filios Seth, qui erant Dei filii per gratiam, et Angelorum per imitationem. Filii autem hominum dicebantur filii Cain, qui a Deo recesserant, carnaliter viventes.

 2. Par les fils de Dieu, on comprend les fils de Seth, qui Žtaient fils de Dieu par gr‰ce ; et des anges par imitation. Mais les fils des hommes, qui se sont ŽloignŽs de Dieu en vivant charnellement, sont appelŽs fils de Ca•n.

q. 6 a. 8 ad s. c. 3 Ad tertium dicendum, quod instrumenta sensuum assumunt Angeli, non ad utendum, sed ad signandum. Unde etsi per ea non sentiant, non tamen frustra assumunt.

 3. Les anges assument les organes des sens, non pour s'en servir, mais comme un signe. C'est pourquoi, m�me s'ils n'Žprouvent pas de sensations, ils ne l'assument pas en vain.

 

 

 

Article 9 Ñ Faut-il attribuer le miracle ˆ la foi ?

q. 6 a. 9 tit. 1 Nono quaeritur utrum operatio miraculi sit attribuenda fidei. Et videtur quod non.

Il semble que non[701].

 

Objections :

q. 6 a. 9Arg. 1 Gratiae enim gratis datae a virtutibus differunt, eo quod virtutes sanctis omnibus sunt communes, gratiae vero gratis datae diversis distribuuntur, secundum illud I ad Cor. XII, 4 : Divisiones gratiarum sunt. Sed facere miracula est gratiae gratis datae ; unde in eodem capitulo dicitur : Alii operatio virtutum, et cetera. Ergo facere miracula non est attribuendum fidei.

1. Car les gr‰ces donnŽes gratuitement diffŽrent des vertus, parce que celles-ci sont communes ˆ tous les saints, mais les gr‰ce donnŽes gratuitement, sont distribuŽes ˆ diverses personnes selon ce mot de I Co. 12, 4 : ÇIl y a diversitŽ des gr‰ces[702]È. Mais faire des miracles vient de la gr‰ce donnŽe gratuitement. CÕest pourquoi dans le m�me chapitre il est dit (verset 10) : ÇA un autre lÕopŽration des miracles, etc.È. Donc faire des miracles ne doit pas �tre attribuŽ ˆ la foi.

q. 6 a. 9Arg. 2 Sed dicendum, quod attribuitur fidei tamquam merenti, gratiae gratis datae tamquam exequenti.- Sed contra, est quod dicit Glossa ordinaria super illud Matth. VII, 22 : Domine, nonne in nomine tuo prophetavimus ? etc. : Prophetare, virtutes facere, daemones eiicere, interdum non est meriti illius qui operatur, sed invocatio nominis Christi. Ergo videtur quod non sit fidei attribuendum.

2. Mais il faut dire qu'on l'attribue ˆ la foi, en tant que mŽritoire, et ˆ la gr‰ce donnŽe gratuitement en tant qu'elle l'accompagne. Ñ En sens contraire, il y a ce que dit la Glose ordinaire sur cette parole de Mt. 7, 12 : ÇSeigneur, nÕavons-nous pas prophŽtisŽ en ton nom È, etc. ÇProphŽtiser, faire des miracles, chasser les dŽmons, parfois ne dŽpend pas du mŽrite de celui qui op�re, mais de lÕinvocation du nom du Christ.È Donc il semble quÕil ne faut pas lÕattribuer ˆ la foi.

q. 6 a. 9Arg. 3 Praeterea, caritas est principium et radix merendi, sine qua fides informis mereri non potest. Si ergo fidei propter meritum attribuitur operatio miraculorum, magis est attribuenda caritati.

3. La charitŽ est le principe et la racine du mŽrite sans laquelle la foi informelle ne peut pas mŽriter. Si donc ˆ cause du mŽrite, on attribue ˆ la foi lÕaccomplissement des miracles, il est mieux de lÕattribuer ˆ la charitŽ.

q. 6 a. 9Arg. 4 Praeterea, cum sancti orando miracula faciant, illi virtuti praecipue debet miraculorum operatio attribui quae facit ut oratio exaudiatur. Hoc autem facit caritas ; unde dicitur Matth. XVIII, 19 : Si duo ex vobis consenserint super terram de omni re, quamcumque petierint, fiet illis a patre meo, ut in Psal. XXXVI, 4, dicitur : Delectare in domino, et dabit tibi petitiones cordis tui ; caritas enim est quae facit homines delectari in Deo per amorem Dei, et consentire hominibus per amorem proximi. Ergo caritati debet attribui miraculorum operatio.

4. Comme les saints font des miracles en priant, lÕaccomplissement des miracles doit �tre attribuŽ ˆ ce qui fait que la pri�re est exaucŽe. C'est la charitŽ qui le fait ; cÕest pourquoi il est dit en Mt. 18, 19[703] : ÇSi deux dÕentre vous se sont mis d'accord sur la terre sur tout ce quÕils demanderont, mon P�re les exaucera.È Comme il est dit dans le Ps. 36, 4 : ÇRŽjouis-toi dans le Seigneur et il te donnera tout ce que ton cÏur demande.È ; car c'est la charitŽ qui fait que les hommes se rŽjouissent en Dieu par son amour, et sont en sympathie avec les hommes par lÕamour du prochain. Donc on doit attribuer lÕaccomplissement des miracles ˆ la charitŽ.

q. 6 a. 9Arg. 5 Praeterea, dicitur Ioan. IX, 31 : Scimus quia peccatores Deus non audit. Caritas autem est quae sola peccata removet, quia, ut dicitur Prov. X, 12, Universa delicta operit caritas. Ergo caritati et non fidei debet attribui miraculorum operatio.

5. Il est dit en Jn 9, 31 : ÇNous savons que Dieu nÕŽcoute pas les p�cheurs[704]È. Mais la charitŽ est la seule qui Žloigne les pŽchŽs, parce que, comme on le dit en Prov. 10, 12 : ÇLa charitŽ couvre tous les p�chŽsÈ. Donc on doit attribuer lÕaccomplissement des miracles ˆ la charitŽ et non ˆ la foi.

q. 6 a. 9Arg. 6 Praeterea, sancti homines non solum orando impetrant miracula fieri, sed etiam miracula faciunt ex potestate, ut Gregorius dicit [in II Dialog., cap. XXX]. Hoc autem est inquantum homo Deo unitur, ut sic divina virtus homini coassistat : quam quidem unionem caritas facit, quia qui adhaeret Deo, scilicet per caritatem, unus spiritus est, ut dicitur I Cor. VI, 17. Ergo caritati debet attribui miracula facere.

.6. Les saints obtiennent de faire des miracles, non seulement en priant, mais aussi ils en font par puissance, comme le dit GrŽgoire [le grand] (Dialogues, II, ch. 30). Mais cÕest dans la mesure o� lÕhomme est uni ˆ Dieu, que le pouvoir divin l'assiste : cette union, cÕest la charitŽ qui lÕaccomplit, parce que Çcelui qui s'unit a Dieu, ˆ savoir par charitŽ, est un seul esprit [avec lui]È, comme il est dit en 1 Co. 6, 17[705]. Donc on doit attribuer lÕaccomplissement des miracles ˆ la charitŽ.

q. 6 a. 9Arg. 7 Praeterea, caritati praecipue opponitur invidia, nam caritas congaudet bonis, de quibus invidia tristatur. Sed immutatio in malum per fascinationem attribuitur invidiae, ut dicitur in Glossa Gal. III, 1 [ordinaria super illud : quis fascinavit ?]. Ergo et miraculorum operatio est attribuenda caritati.

7. On oppose surtout lÕenvie ˆ la charitŽ, car celle-ci se rŽjouit avec les bons, lÕenvie sÕen attriste. Mais le changement en mal est attribuŽ ˆ lÕenvie par l'ensorcellement, comme on le dit dans la glose de Gal. 3, 1, glose ordinaire sur cette parole : ÇQui vous a ensorcelŽs ?È. Donc lÕaccomplissement des miracles doit �tre attribuŽ ˆ la charitŽ.

q. 6 a. 9Arg. 8 Praeterea, intellectus non est principium operationis nisi mediante voluntate. Fides autem est in intellectu, caritas autem in voluntate. Ergo nec fides operatur nisi per caritatem ; unde dicitur Galat. V, 6 : Fides quae per dilectionem operatur. Sicut ergo operatio actuum virtutis magis attribuitur caritati quam fidei, ita et operatio miraculorum.

8. LÕintellect nÕest le principe de lÕopŽration que par lÕintermŽdiaire de la volontŽ. Mais la foi est dans lÕesprit, et la charitŽ dans la volontŽ. Donc la foi nÕop�re que par la charitŽ ; cÕest pourquoi en Gal. 5, 6[706], il est parlŽ de : Çla foi qui op�re par l'amourÈ. Donc lÕaccomplissement des actes de vertu est attribuŽ ˆ la charitŽ plus quÕˆ la foi, et lÕaccomplissement du miracle aussi.

q. 6 a. 9Arg. 9 Praeterea, omnia alia miracula ad incarnationem Christi ordinantur, quae est miraculum miraculorum. Sed incarnatio Christi attribuitur caritati ; unde dicitur Ioan. III, 16 : Sic Deus dilexit mundum ut filium suum unigenitum daret. Ergo et alia miracula sunt caritati attribuenda, et non fidei.

9. Tous les autres miracles sont ordonnŽs ˆ l'Incarnation du Christ, qui est le miracle des miracles. Mais celle-ci est attribuŽe ˆ la charitŽ ; c'est pourquoi il est dit en Jn 3, 16 : ÇLe Seigneur a tant aimŽ le monde qu'il lui a donnŽ son Fils unique.È Donc il faut attribuer les autres miracles ˆ la charitŽ et non ˆ la foi.

q. 6 a. 9Arg. 10 Praeterea, quod Sara anus et sterilis de vetulo concepit filium, miraculosum fuit. Hoc autem attribuitur spei, ut dicitur Rom. IV, 18 : Qui contra spem in spem credidit. Ergo operari miracula attribuendum est spei, non fidei.

10. Que Sara, vieille femme stŽrile, con�ut un fils d'un vieillard, a ŽtŽ miraculeux. Mais on l'attribue ˆ l'espŽrance, comme il est dit en Rm 4, 18 : Ç(Abraham) a cru contre tout espŽrance.È Donc opŽrer des miracles est attribuŽ ˆ l'espŽrance, non ˆ la foi.

q. 6 a. 9Arg. 11 Praeterea, miraculum est aliquod arduum et insolitum, ut Augustinus dicit [tract. VIII in Ioan., et III de Trin., cap. V]. Arduum autem est obiectum spei. Ergo spei debet attribui operatio miraculorum.

11. Le miracle est quelque chose d'ardu et d'insolite[707], comme Augustin le dit, (Sur l'Evangile de Jean 8, et La TrinitŽ, II, ch. 4). Mais l'objet de l'espŽrance est ardu. Donc l'accomplissement des miracles doit �tre attribuŽ ˆ l'espŽrance.

q. 6 a. 9Arg. 12 Praeterea, miraculum est manifestativum divinae potentiae. Sed sicut bonitati, quae appropriatur spiritui sancto, respondet caritas ; et veritati, quae appropriatur filio, respondet fides ; ita potestati, quae appropriatur patri, respondet spes. Ergo facere miracula est attribuendum spei, et non fidei.

12. Le miracle manifeste la puissance de Dieu. Mais comme ˆ la bontŽ qui est appropriŽe ˆ l'Esprit saint, rŽpond la charitŽ, et ˆ la vŽritŽ, qui est appropriŽe au Fils, rŽpond la foi, ainsi ˆ la puissance qui est appropriŽe au P�re, rŽpond l'espŽrance. Donc faire des miracles doit �tre attribuŽ ˆ l'espŽrance, non ˆ la foi.

q. 6 a. 9Arg. 13 Praeterea, Augustinus dicit [in lb. LXXXIII quaest., q. 79], quod mali homines interdum faciunt miracula per publicam iustitiam. Ergo operatio miraculorum est attribuenda iustitiae, et non fidei.

13. Augustin dit (Les 83 Questions, qu. 79) que les mŽchants font quelquefois des miracles par justice publique. Donc lÕaccomplissement des miracles est attribuŽ ˆ la justice, non ˆ la foi.

q. 6 a. 9Arg. 14 Praeterea, Act. VI, 8, dicitur, quod Stephanus plenus gratia et fortitudine faciebat prodigia et signa magna in populo. Ergo videtur quod sit attribuendum fortitudini.

14. Il est dit en Act. 6, 8, qu' ǃtienne, plein de gr‰ce et de force, faisait des prodiges et des signes importants dans le peupleÈ. Donc il semble qu'il faille l'attribuer ˆ la (vertu de) force.

q. 6 a. 9Arg. 15 Praeterea, Matth. XVII, 20, dicit dominus discipulis, qui daemoniacum sanare non poterant : Hoc genus daemoniorum non eiicitur nisi oratione et ieiunio. Sed eiicere daemonia inter miracula computatur : ieiunium autem est actus virtutis abstinentiae. Ergo ad abstinentiam pertinet miracula facere.

15. En Mt. 17, 20, le Seigneur dit aux disciples qui ne pouvaient pas guŽrir le dŽmoniaque : ÇCe genre de dŽmon n'est chassŽ que par la pri�re et le ježneÈ. Mais chasser les dŽmons est comptŽ parmi les miracles. Et le ježne est l'acte de la vertu d'abstinence. Donc c'est par elle qu'il convient de faire des miracles.

q. 6 a. 9Arg. 16 Praeterea, Bernardus dicit quod cum muliere semper esse et feminam non cognoscere, maius est quam mortuum suscitare. Hoc autem facit castitas. Ergo castitatis est miracula facere, et non fidei.

16. [Saint] Bernard dit qu'�tre toujours avec une femme sans la conna”tre est plus grand que ressusciter un mort. Mais c'est la chastetŽ qui le fait. Donc faire des miracles est le propre de la chastetŽ et non de la foi.

q. 6 a. 9Arg. 17 Praeterea, illud quod est in derogationem fidei, non est fidei attribuendum. Sed miracula sunt in derogationem fidei, quia infideles imputabant ea magicae arti. Ergo fidei non debet attribui facere miracula.

17. Il ne faut pas attribuer ˆ la foi ce qui y dŽroge. Mais les miracles sont dans la dŽrogation de la foi, parce que les infid�les les imputent ˆ l'art magique. Donc faire des miracles ne doit pas �tre attribuŽ a la foi.

q. 6 a. 9Arg. 18 Praeterea, fides Petri et Andreae commendatur a Gregorio [ Homil. V in Evang.] de hoc quod, nullis miraculis visis, crediderunt. Ergo operatio miraculorum derogat fidei ; et sic idem quod prius.

18. La foi de Pierre et d'AndrŽ est louŽe par GrŽgoire le grand (Hom. 5, sur l'Evangile), du fait que, sans avoir vu les miracles, ils ont cru. Donc l'opŽration des miracles dŽroge ˆ la foi, et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 6 a. 9Arg. 19 Praeterea, posita causa, ponitur effectus. Si ergo fides est causa faciendi miracula, omnes qui fidem habent miracula facerent ; quod patet esse falsum. Non ergo fidei est facere miracula.

19. Une fois la cause posŽe, lÕeffet est posŽ. Donc si la foi est la cause qui [permet] de faire des miracles, tous ceux qui ont la foi en feraient, ce qui Žvidemment faux. Donc faire des miracles ne dŽpend pas de la foi.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 9 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Marci XVI, 17 : Signa autem eos qui crediderint, haec sequentur : in nomine meo daemonia eiicient, et cetera.

1. Il y a ce qui est dit en Mc 16,17 : ÇMais voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : ils chasseront les dŽmons en mon noms, etc.È

q. 6 a. 9 s. c. 2 Praeterea, Matth. XVII, 19. Dominus dicit : Si habueritis fidem sicut granum sinapis, dicetis monti huic : transi hinc illuc, et transibit ; et nihil impossibile erit vobis.

2. En Mt. 17, 19, le Seigneur dit : ÇSi vous aviez eu la foi comme un grain de moutarde, nous diriez ˆ cette montagne : Pars d'ici, et elle partira, et rien ne vous sera impossible.È

q. 6 a. 9 s. c. 3 Praeterea, si unum oppositum est causa oppositi, et reliquum oppositum est causa reliqui. Sed incredulitas est causa impediens miraculorum operationem : unde dicitur Marc. VI, 5, de Christo : Non poterat ibi, hoc est in patria sua, facere miracula, nisi paucos infirmos impositis manibus curavit : et mirabatur propter incredulitatem illorum : et Matth. XVII, 18, dicitur, dominum respondisse discipulis quaerentibus : Quare non potuimus eiicere daemonium ? Propter incredulitatem, inquit, vestram. Ergo et fides est causa faciendi miracula.

3. Si l'opposŽ est la cause de l'opposŽ, l'opposŽ restant est la cause du reste. Mais l'incrŽdulitŽ est la cause qui emp�che l'opŽration des miracles ; c'est pourquoi il est dit en Mc 6, 5, ˆ propos du Christ : ÇIl ne pouvait pas faire de miracle lˆ (c'est-ˆ-dire dans sa patrie) sinon qu'il guŽrit peu de malades en leur imposant les mains, et il s'Žtonnait de leur incrŽdulitŽ.È Et en Mt 17, 18, il est dit que le Seigneur rŽpondit ˆ ses disciples qui le questionnaient : ÇPourquoi n'avons-nous pas pu chasser, les dŽmons ?- A cause de votre incrŽdulitŽ, dit-il.È Donc la foi est la cause (qui permet de) faire des miracles.

 

RŽponse :

q. 6 a. 9 co. Respondeo Dicendum quod homines sancti miracula faciunt dupliciter, secundum Gregorium in II Dialog. [cap. XXX] : scilicet, oratione impetrando ut miracula divinitus fiant, et per potestatem. Utroque autem modo fides idoneum reddit hominem ad miracula facienda, ipsa enim meretur proprie ut oratio exaudiatur de miraculis faciendis.

Les saints font des miracles de deux mani�res, selon GrŽgoire le Grand (Dialogue, II, 30) : ˆ savoir : en obtenant par la pri�re, de les faire avec l'aide de Dieu, et par pouvoir. Mais de l'une et l'autre mani�re, la foi rend l'homme capable de faire des miracles, car il mŽrite en propre pour que sa pri�re soit exaucŽe pour faire des miracles.

Quod hac ratione videri potest : sicut enim in rebus naturalibus videmus quod a causa universali omnes particulares causae sumunt efficaciam agendi,- tamen effectus determinatus et proprius attribuitur causae particulari, sicut patet de virtutibus activis inferiorum corporum respectu virtutis caelestis corporis, et de ordinibus inferioribus (qui etsi sequantur motum primi orbis, habent tamen singuli proprios motus),- ita etiam est de virtutibus quibus meremur : nam omnes habent efficaciam merendi a caritate, quae nos unit Deo a quo meremur et voluntatem perficit per quam meremur, singulae tamen virtutes merentur singularia quaedam praemia eis proportionaliter respondentia ; sicut humilitas meretur exaltationem, et paupertas regnum.

Ce qui peut-�tre montrŽ par cette raison : car de m�me que nous voyons dans les choses naturelles que par la cause universelle toutes les causes particuli�res tirent lÕefficacitŽ de leur action, Ñ cependant l'effet dŽterminŽ et plus propre est attribuŽ ˆ une cause particuli�re, comme on le voit dans les pouvoirs actifs des corps infŽrieurs, par rapport ˆ la puissance du corps cŽleste, et des ordres infŽrieurs, (qui, m�me s'ils suivent le mouvement du premier ciel ont cependant chacun des mouvements propres), Ñ de m�me aussi il y a des vertus par lesquelless nous mŽritons : car toutes ont un mŽrite efficace par la charitŽ, qui nous unit ˆ Dieu, par lequel nous mŽritons et il parfait la volontŽ par laquelle nous mŽritons, cependant les puissance particuli�res mŽritent des rŽcompenses particuli�res qui leur correspondent proportionnellement ; ainsi l'humilitŽ mŽrite l'ŽlŽvation et la pauvretŽ le Royaume.

Unde quandoque caritate cessante, per actum aliarum virtutum, etsi aliquis nihil mereatur ex condigno, ex quadam tamen divina liberalitate aliqua congrua beneficia retribuit pro huiusmodi actibus, saltem in hoc mundo : unde dicitur, quod per ea quae sunt ex genere bona, extra caritatem facta, merentur aliqui ex congruo interdum bonorum temporalium multiplicationem.

C'est pourquoi, si quelquefois la charitŽ cesse, par l'action des autres vertus, m�me si quelqu'un ne mŽrite rien d'une mani�re convenable, cependant de par sa libŽralitŽ, Dieu accorde des bienfaits convenables pour des actions de ce genre, du moins en ce monde ; c'est pourquoi on dit que par ce qui est bon en son genre, produit sans charitŽ, certains mŽritent parfois d'une mani�re adŽquate la multiplication des biens temporels.

Per hunc autem modum fides meretur miraculorum operationem, licet radix merendi sit ex caritate. Cuius ratio potest triplex assignari :

Par ce moyen la foi mŽrite d'opŽrer des miracles bien que la racine du mŽrite vienne de la charitŽ. On peut lui en assigner trois raisons.

Primo quidem, quia miracula sunt quaedam argumenta fidei, dum per ea facta quae naturam excedunt, illorum veritas comprobatur quae naturalem transcendunt rationem ; unde Marc. ult., vers. 20, dicitur. Illi profecti praedicaverunt ubique, domino cooperante, et sermonem confirmante sequentibus signis.

1) Premi�re raison, parce que les miracles sont des arguments de foi, tant que les faits, qui dŽpassent la nature, confirme la vŽritŽ de ce qui dŽpasse la raison naturelle ; c'est pourquoi en Mc, (16, 20) il est dit : ÇUne fois partis, ils pr�ch�rent partout avec l'aide du Seigneur, et en confirmant leurs paroles par les signes qui les accompagnaient. È

Secunda ratio est, quia fides potissime divinae potentiae innititur, quam accipit ut rationem vel medium ad assentiendum his quae supra naturam esse videntur : et ideo divina potentia in operatione miraculorum praecipue fidei coassistit.

2) La seconde raison : parce que la foi s'appuie tr�s fortement sur la puissance divine, qu'elle re�oit comme raison ou intermŽdiaire pour approuver ce qui semble �tre au-dessus de la nature ; et c'est pourquoi la puissance divine vient en aide ˆ la foi surtout en accomplissant des miracles.

Tertia ratio est, quia miracula praeter naturales causas fiunt ; fides autem est quae non ex rationibus naturalibus et sensibilibus argumenta assumit, sed ex rebus divinis.

3) La troisi�me raison : parce que les miracles se font au-delˆ des causes naturelles ; mais la foi tire argument non pas des raisons naturelles et sensibles, mais de ce qui est divin.

Unde sicut paupertas temporalium rerum meretur divitias spirituales, et humilitas meretur caelestem dignitatem, ita fides, quasi contemnendo ea quae naturaliter fiunt, quodammodo miraculorum operationem meretur, quae praeter naturalem virtutem fit.

C'est pourquoi, de m�me que la pauvretŽ en biens temporels mŽrite les richesses spirituelles, et que l'humilitŽ mŽrite la possession du ciel, de m�me la foi, comme mŽprisant ce qui arrive naturellement, d'une certaine mani�re mŽrite d'opŽrer des miracles, ce qui se fait au-delˆ du pouvoir naturel.

Similiter autem et per fidem homo maxime disponitur ut ex potestate miracula faciat. Quod etiam ex tribus rationibus patet :

Mais de la m�me mani�re, et par la foi l'homme est parfaitement mis en Žtat de faire des miracles par son pouvoir. Ce qui appara”t pour trois raisons :

Primo quidem, quia sicut supra dictum est, sancti ex potestate miracula dicuntur facere, non quasi miraculorum principales auctores, sed sicut divina instrumenta, imperium divinum, cui natura obedit in miraculis, quodammodo ipsis rebus naturalibus praesentantes. Quod autem divinum verbum in nobis habitet, est per fidem, quae est quaedam participatio in nobis divinae veritatis ; unde per ipsam fidem homo disponitur ad miracula facienda.

1) Parce que, comme on l'a dit ci-dessus (art. 4 de cette question), les saints font des miracles par leur pouvoir, non comme leurs auteurs principaux, mais comme des instruments divins, rŽvŽlant d'une certaine mani�re dans les choses naturelles le gouvernement divin, ˆ qui la nature obŽit dans les miracles. Mais, c'est par la foi qui est une participation en nous ˆ la vŽritŽ divine que la parole divine habite en nous ; c'est pourquoi par la foi m�me, l'homme a possibilitŽ de faire des miracles.

Secundo, quia sancti, qui ex potestate miracula faciunt, operantur in virtute Dei agentis in natura. Actio enim Dei ad totam naturam comparatur, sicut actio animae ad corpus ; corpus autem ab anima transmutatur praeter ordinem principiorum naturalium praecipue per aliquam imaginationem fixam, ex qua corpus calefacit per concupiscentiam vel iram, aut etiam immutatur ad febrem vel lepram. Illud ergo facit hominem dispositum ad miracula facienda quod dat eius apprehensioni quamdam fixionem et firmitatem. Hoc autem facit fides firma : unde firmitas fidei praecipue operatur ad miracula facienda. Quod patet ex hoc quod dicitur Matth. XXI, 21 : Si habueritis fidem et non haesitaveritis, non solum de ficulnea facietis, sed et si monti huic dixeritis : tolle, et iacta te in mare, fiet ; et Iacob. I, 6 : postulet autem in fide, nihil haesitans.

2) Parce que les saints, qui font des miracles par leur pouvoir, op�rent dans la puissance de Dieu qui agit dans la nature. Car son action est comparŽe ˆ la nature toute enti�re, comme l'action de l'‰me sur le corps, mais le corps est changŽ par l'‰me, au-delˆ de l'ordre des principes naturels, surtout, par une imagination assujettie par laquelle le corps s'Žchauffe par concupiscence ou col�re, et m�me subit la fi�vre ou la l�pre. Donc cela dispose l'homme ˆ faire des miracles, qui donne ˆ sa connaissance fixitŽ et fermetŽ. Cela affermit aussi la foi ; c'est pourquoi la fermetŽ de la foi travaille surtout ˆ faire des miracles. Ce qui appara”t de ce qui est dit en Mt. 21, 21 : ÇSi vous aviez eu la foi et si vous n'aviez pas hŽsitŽ, non seulement vous l'auriez fait ˆ ce figuier et si vous aviez dit ˆ cette montagne : L�ve-toi et j�te-toi dans la mer, cela se feraitÈ et en Jc. 1, 6 : ÇQu'il demande avec foi sans aucune hŽsitation.È

Tertio, quia cum miracula ex potestate per modum cuiusdam imperii fiant, illud praecipue facit idoneum ad miracula facienda ex potestate quod reddit aptum ad imperandum. Hoc autem est per quamdam separationem et abstractionem ab illis quibus debet imperare. Unde et Anaxagoras dicit quod intellectus erat immixtus, ad hoc quod imperet. Fides autem animum abstrahit a rebus naturalibus et sensibilibus, et eum in rebus intelligibilibus fundat. Unde per fidem redditur homo aptus ad hoc quod per potestatem miracula faciat. Et inde est etiam quod illae virtutes ad facienda miracula praecipue cooperantur, quae animum hominis a rebus maxime corporalibus abstrahunt : sicut continentia et abstinentia quae retrahunt ab electionibus quibus homo sensibilibus rebus immergitur. Aliae vero virtutes quae ad disponenda temporalia ordinant, non ita ad facienda miracula disponunt.

3) Parce que comme les miracles sont faits par la puissance ˆ la mani�re du commandement, cela surtout rend capable de faire des miracles par la puissance qui rend apte ˆ commander. Mais c'est par une sŽparation et une abstraction de ce par quoi il doit commander. C'est pourquoi Anaxagore dit aussi que l'intelligence Žtait sans mŽlange pour commander. Mais la foi abstrait l'esprit des choses naturelles et sensibles, et le fonde dans l'intelligible. C'est pourquoi par la foi l'homme est rendu apte ˆ faire des miracles par sa puissance. Et de lˆ vient que ces vertus pour faire des miracles aident surtout ˆ tirer lÕesprit de lÕhomme de ce qui est tout ˆ fait corporel ; de m�me que la continence et lÕabstinence qui dŽtourne des choix par lesquel lÕhomme sÕimmerge dans le sensible. Mais les autres vertus qui disposent ˆ mettre en ordre ce qui est temporel ne disposent pas ˆ faire des miracles.

 

Solutions :

q. 6 a. 9 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod facere miracula attribuitur gratiae gratis datae, sicut principio proximo fidei, autem sicut disponenti ad huiusmodi gratiam consequendam.

1. Faire des miracles est attribuŽ ˆ la gr‰ce donnŽe gratuitement, comme au plus proche principe de la foi ou comme ˆ ce qui dispose ˆ acquŽrir une gr‰ce de ce genre.

q. 6 a. 9 ad 2 Ad secundum dicendum, quod licet interdum aliquis peccator miracula faciat, non est hoc ex merito eius,- ex merito dico condigno - sed est ex quadam congruitate, in quantum fidem constanter confitetur, in cuius protestationem Deus miracula facit.

2. Bien que quelquefois un pŽcheur fasse des miracles, ce n'est pas par son mŽrite, Ñ je parle du mŽrite convenable Ñ mais c'est par une certaine conformitŽ, en tant qu'il confesse fermement la foi, dans le pouvoir de laquelle Dieu fait des miracles.

q. 6 a. 9 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ex hoc quod caritas est maior virtus fide, largitur ipsi fidei efficaciam merendi ; fides tamen magis congruit ad particulariter merendum miraculorum operationes : fides enim est perfectio intellectus, cuius operatio consistit in hoc quod res intellectae aliquo modo sunt in ipso ; caritas autem est perfectio voluntatis, cuius operatio consistit in hoc quod voluntas in ipsam rem tendit. Unde per caritatem homo in Deo ponitur, et cum eo unum efficitur : per fidem autem ipsa divina ponuntur in nobis : unde dicitur Hebr. XI, 1, quod est, sperandarum substantia rerum. Et praeterea, miracula fiunt ad confirmationem fidei, non autem ad confirmationem caritatis.

 3. Du fait que la charitŽ est une plus grande vertu que la foi, elle accorde ˆ la foi l'efficacitŽ du mŽrite ; cependant la foi correspond plus aux opŽrations pour mŽriter particuli�rement des miracles, car elle est la perfection de l'intellect, son opŽration consiste en ce que les choses comprises sont en lui d'une certaine mani�re, mais la charitŽ est la perfection de la volontŽ, dont l'opŽration consiste en ce que la volontŽ tend ˆ la chose m�me. C'est pourquoi, par la charitŽ, l'homme est placŽ en Dieu, et devient un avec lui, mais par la foi ce qui est divin est placŽ en nous ; c'est pourquoi il est dit en HŽ. 11, 1[708], que Çc'est la rŽalitŽ des biens espŽrŽsÈ. Et en outre les miracles sont faits pour confirmer la foi mais pas la charitŽ.

q. 6 a. 9 ad 4 Ad quartum dicendum, quod caritas meretur, ut dictum est, petitionum exauditionem, sicut universale principium merendi ; sed specialiter exaudiri in miraculis faciendis meretur fides, ut dictum est.

 4. La charitŽ mŽrite, comme on l'a dit, l'Žcoute des demandes, comme principe universel de mŽrite, mais spŽcialement la foi mŽrite d'�tre exaucŽe pour faire des miracles, comme on l'a dit.

q. 6 a. 9 ad 5 Ad quintum dicendum, quod sicut Glossa [Augustinus in tract. XLIV in Ioan.]ibidem dicit, verbum illud est caeci, qui nondum erat totaliter sapientia illuminatus ; unde sententiam falsam continet, nam interdum Deus peccatores audit ex sua liberalitate, licet non ex eorum merito. Et sic oratio eorum impetrat, licet non sit meritoria ; sicut et aliquando iusti oratio meretur sed non impetrat : nam impetratio pertinet ad id quod petitur, et innititur soli gratiae ; meritum autem pertinet ad finem quem quis meretur, et innititur iustitiae.

 5. Comme la glose ici m�me le dit (Augustin, Sur saint Jean, tract. 44), ce mot est de l'aveugle, qui n'est pas encore ŽclairŽ par la sagesse, c'est pourquoi il contient une phrase fausse, car parfois Dieu Žcoute les p�cheurs par sa libŽralitŽ, bien que ce ne soit pas pour leur mŽrite. Et ainsi il exauce leur pri�re, bien qu'elle ne soit pas mŽritoire, comme quelquefois la pri�re du juste mŽrite mais n'est pas exaucŽe ; car �tre exaucŽ appartient ˆ ce qui est demandŽ, et s'appuie sur la gr‰ce seule, mais la mŽrite appartient ˆ la foi par laquelle quelqu'un mŽrite, et s'appuie sur la justice.

q. 6 a. 9 ad 6 Ad sextum dicendum, quod caritas unit Deo sicut hominem in Deum trahens : per fidem vero divina ad nos trahuntur, ut dictum est prius.

 6. La charitŽ unit ˆ Dieu, comme si elle attirait l'homme vers lui, mais par la foi, le divin est tirŽ ˆ nous, comme on l'a dit plus haut.

q. 6 a. 9 ad 7 Ad septimum dicendum, quod invidia in fascinatione effectum habere non posset, nisi imaginatio fixa ad hoc cooperaretur.

 7. L'envie dans l'ensorcellement ne pourrait avoir d'effet si une image assujettie n'y contribuait.

q. 6 a. 9 ad 8 Ad octavum dicendum, quod ratio illa probat quod fides per caritatem meretur ; et hoc supra concessum est. Et praeterea, obiectio tenet in illis quae propria virtute homo facit, in quibus intellectus voluntatem dirigit, quae potentiae imperat exequenti. In his autem in quibus virtus divina est exequens, sola fides, quae divinae potentiae innititur, sufficit ad operandum.

 8. Cette raison prouve que la foi mŽrite par la charitŽ, et cela on l'a concŽdŽ ci-dessus. Et ensuite, l'objection tient en ce que l'homme fait par son propre pouvoir, en qui l'intelligence dirige la volontŽ qui commande ˆ la puissance qui en dŽcoule. Mais pour ce en quoi le pouvoir divin est exŽcutŽ, la foi seule, qui s'appuie sur la puissance divine, suffit pour opŽrer.

q. 6 a. 9 ad 9 Ad nonum dicendum, quod obiectio illa procedit de operatione miraculi secundum quod est a Deo, qui ad omnia quae in creaturis operatur, ex amore movetur. Nam divinus amor non permisit eum sine germine esse, ut dicit Dionysius [cap. IV de div. Nom.]. Nos autem loquimur de operatione miraculi secundum quod est ab homine. Unde ratio non est ad propositum.

 9. Cette objection proc�de de l'opŽration du miracle selon qu'il vient de Dieu, qui est poussŽ par amour pour tout ce qu'il op�re dans les crŽatures. Car l'amour divin ne permet pas que ce soit sans rŽsultat, comme le dit Denys (Les noms divins, IV). Mais nous, nous parlons de l'accomplissement du miracle selon qu'il vient de l'homme. C'est pourquoi cette raison ne convient pas ˆ ce sujet.

q. 6 a. 9 ad 10 Ad decimum dicendum, quod spei non proprie attribuitur miracula facere ; spes enim ordinatur ad aliquid consequendum, unde est solum de aeternis. Fides autem est de aeternis et temporalibus ; unde potest se extendere ad facienda. Et propter hoc in auctoritate inducta principalius fit mentio de spe quam de fide, cum dicitur, quod in spem credidit.

 10. Faire des miracles n'est pas proprement attribuŽ ˆ l'espŽrance, car elle est ordonnŽe ˆ acquŽrir quelque chose, c'est pourquoi elle concerne seulement l'ŽternitŽ. Mais la foi concerne l'ŽternitŽ et le temps ; c'est pourquoi elle peut parvenir ˆ agir. Et pour cela, dans l'autoritŽ rapportŽe, il est fait plus mention de l'espŽrance que de la foi, quand on dit qu'il a cru Çcontre toute espŽrance.È

q. 6 a. 9 ad 11 Ad decimumprimum dicendum, quod obiectum spei est arduum consequendum, non autem arduum faciendum.

 11. L'objet de l'espŽrance est d'obtenir ce qui est ardu, non de le faire.

q. 6 a. 9 ad 12 Ad decimumsecundum dicendum, quod spei respondet divina potentia secundum sublimitatem suae maiestatis, in cuius consecutionem spes tendit ; sed ipsi potentiae, secundum quod est mirabilium effectiva, praecipue innititur fides.

 12. A l'espŽrance rŽpond la puissance divine, selon la sublimitŽ de sa majestŽ, que l'espŽrance tend ˆ obtenir. Mais la foi s'appuie surtout sur la puissance m�me selon qu'elle fait de miracles.

q. 6 a. 9 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod publica iustitia est ex fide, per quam tota Ecclesia iustificatur, secundum illud Rom. III, 22 : Iustitia autem Dei per fidem Iesu Christi.

 13. La justice publique vient de la foi, par laquelle toute l'ƒglise est justifiŽe, selon cette parole de Rm. 3, 22 : ÇLa justice de Dieu par la foi en JŽsus Christ. È

q. 6 a. 9 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod fortitudo in passionibus tolerandis, et constantia confessionis erat in martyribus propter fidei firmitatem.

 14. Les martyrs possŽdaient la force pour supporter les passions, et la fermetŽ de la confession ˆ cause de la fermetŽ de leur foi.

q. 6 a. 9 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod etiam abstinentia ad miracula facienda cooperatur, non tamen ita principaliter sicut fides.

 15. M�me l'abstinence coop�re pour faire des miracles, non cependant de fa�on aussi importance que la foi.

q. 6 a. 9 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod licet feminam non cognoscere et semper cum femina commorari, sit difficile, non tamen est miraculum, proprie miraculo sumpto ; cum ex virtute creata dependeat, scilicet libero arbitrio.

 16. Bien que ne pas conna”tre une femme et demeurer toujours avec elle soit difficile, ce n'est cependant pas un miracle, en prenant le miracle au sens propre, puisqu'il dŽpend de la vertu crŽŽe, c'est-ˆ-dire du libre arbitre.

q. 6 a. 9 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod abusus miraculorum in his qui miraculis detrahebant non aufert eorum efficaciam ad fidem confirmandam, quantum ad illos qui erant bene dispositi.

 17. Le mauvais usage des miracles en ceux qui les dŽnigraient, n'enl�ve pas leur efficacitŽ pour confirmer la foi, pour ceux qui Žtaient bien disposŽs.

q. 6 a. 9 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod fides Petri et Andreae commendatur propter promptitudinem credendi, quae tanto maior fuit, quanto minoribus adminiculis indiguit ad credendum : inter quae adminicula per se sunt miracula.

 18. La foi de Pierre et d'AndrŽ est recommandŽe ˆ cause de leur promptitude ˆ croire, qui est d'autant plus grande qu'elle a eu besoin de plus petites aides pour croire. Parmi ces aides en soi, il y a les miracles.

q. 6 a. 9 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod fides non est sufficiens causa ad miracula facienda, sed dispositio quaedam. Fiunt autem miracula secundum ordinem divinae providentiae, quae hominibus congrua remedia pro variis causis diversimode dispensat.

 19. La foi n'est pas une cause suffisante pour faire des miracles, il y faut une certaine disposition. Mais les miracles sont faits selon l'ordre de la providence divine, qui dispense aux hommes de diverses mani�res des rem�des convenables pour des causes variŽes.

 

 

 

Article 10 Ñ Les dŽmons sont-ils forcŽs par des objets sensibles et corporels, des ŽvŽnements ou des paroles, d'accomplir des miracles qui paraissent accomplis par les arts magiques ?

q. 6 a. 10 tit. 1 Decimo quaeritur utrum daemones cogantur aliquibus sensibilibus et corporalibus rebus, factis aut verbis, ad miracula facienda, quae per magicas artes fieri videntur. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[709].

 

Objections :

q. 6 a. 10Arg. 1 Dicit enim Augustinus [X lib. de Civ. Dei, cap. IX], introducens verba Porphyrii, quod quidam in Chaldaea tactus invidia, adiuratas spirituales potentias precibus alligavit, ne ab alio postulata concederent. Et in 21 eiusdem Lib. dicit : Non potuit primum nisi, daemonibus dicentibus, disci : quid quisque illorum appetat, quid exhorreat, quo invitetur nomine, quo cogatur. Ergo daemones a magis coguntur ad magica facienda.

1. Car Augustin dit (La citŽ de Dieu, X, 9[710]), rapportant les paroles de Porphyre, que quelqu'un, en ChaldŽe, touchŽ par l'envie, lia des puissances spirituelles conjurŽes par des pri�res, pour qu'elles n'accordent pas ce qui Žtait demandŽ par un autre. Et au chapitre 21 du m�me livre, il dit : ÇIl ne put apprendre que par des dŽmons qui parlaient, ce que chacun d'eux demande, ce qu'il dŽteste, par quel nom il est invitŽ, par qui il est contraint.È Donc les dŽmons sont forcŽs par des magiciens ˆ faire des choses magiques.

q. 6 a. 10Arg. 2 Praeterea, quicumque facit aliquid contra suam voluntatem, aliquo modo cogitur. Sed daemones aliquando faciunt aliquid contra suam voluntatem per magos adiurati. Est enim voluntas daemonis semper ad inducendum homines in peccatum, et tamen aliquis magica arte, ad turpem amorem incitatus, eadem arte a violentia incitationis solvitur. Ergo daemones coguntur a magis.

2. Quiconque agit contre sa volontŽ, est forcŽ en quelque mani�re. Mais les dŽmons quelquefois agissent contre leur volontŽ, adjurŽs par des magiciens. Car c'est la volontŽ du dŽmon de toujours pousser les hommes au pŽchŽ, et cependant quelqu'un, par un art magique, incitŽ ˆ un amour honteux, est affranchi, par le m�me art, de la violence de l'incitation. Donc les dŽmons sont contraints par les magiciens.

q. 6 a. 10Arg. 3 Praeterea, de Salomone legitur, quod quosdam exorcismos fecit quibus daemones cogebantur ut ex obsessis corporibus recederent. Ergo per adiurationes daemones cogi possunt.

3. On lit ˆ propos de Salomon, qu'il fit quelques exorcismes par lesquels les dŽmons Žtaient forcŽs de partir des corps possŽdŽs. Donc les dŽmons peuvent �tre forcŽs par des adjurations

q. 6 a. 10Arg. 4 Praeterea, si daemones advocati a mago veniunt, aut hoc est quia alliciuntur, aut quia coguntur. Sed non semper advocati alliciuntur : advocantur enim per quaedam quae daemones odiunt, sicut per virginitatem imprecantis, cum tamen ipsi ad incestos concubitus homines deducere non morentur. Ergo videtur quod aliquando cogantur.

4. Si les dŽmons, appelŽs par un magicien viennent, ou c'est parce qu'ils sont attirŽs ou parce qu'ils sont forcŽs, mais appelŽs, ils ne sont pas toujours attirŽs, car ils sont appelŽs par certaines choses qu'ils ha•ssent, comme la virginitŽ de celui qui prie, alors que cependant eux-m�mes n'hŽsitent pas ˆ amener les hommes ˆ des enlacements incestueux. Donc il semble que quelquefois ils sont contraints.

q. 6 a. 10Arg. 5 Praeterea, studium daemonum est ut homines a Deo avertant. Sed ipsi advocati per aliqua quae reverentiam Dei sonant, sicut per invocationem divinae maiestatis, adveniunt. Ergo non propria voluntate hoc faciunt, sed coacti.

5. Les dŽmons ont du z�le pour dŽtourner les hommes de Dieu. Mais appelŽs par ce qui concerne la rŽvŽrence ˆ Dieu, comme par l'invocation de sa majestŽ divine, ils viennent. Donc ils ne font pas cela par leur propre volontŽ, mais contraints.

q. 6 a. 10Arg. 6 Praeterea, si alliciantur aliquibus sensibilibus, non alliciuntur eis sicut animalia cibis, sed sicut spiritus signis, quaecumque delectationi congruunt, per varia genera lapidum, herbarum, lignorum, animalium, carminum, rituum, ut Augustinus dicit [XXI lib. de Civ. Dei, cap. VI]. Sed signis allici non videntur : eius enim allici signis est cuius est signis uti, quod quidem est solum habentis sensum, nam signum est quod praeter speciem quam ingerit sensibus facit aliquid aliud in agnitionem venire. Ergo daemones nullo modo alliciuntur, sed magis coguntur.

6. S'ils sont attirŽs par ce qui est sensible, ils ne le sont pas comme les animaux par la nourriture, mais comme les esprit par les signes, ˆ quelque plaisir qu'ils s'accordent par les diffŽrents esp�ces de pierres, d'herbes, de bois, d'animaux, de chants, de rites comme Augustin le dit (La citŽ de Dieu, XX1, 6[711]). Mais ils ne semblent pas �tre attirŽs par les signes, car �tre attirŽ par les signes (convient) ˆ celui qui s'en sert, ce qui n'appartient seulement qu'ˆ celui qui a des sens, car le signe au-delˆ de l'image, qu'il ins�re dans les sens, fait venir quelque chose d'autre ˆ la connaissance. Donc les dŽmons ne sont attirŽs en aucune mani�re, mais ils sont plut™t contraints.

q. 6 a. 10Arg. 7 Praeterea, Matth. XVII, 14, dixit quidam ad Iesum : Domine, miserere filio meo, quia lunaticus est et male patitur. In Marco autem, cap. IX, 16, dicitur : Attuli filium meum ad te habentem spiritum mutum. Dicit autem Glossa [ordinaria] super verbo praedicto Matth. : Hunc Marcus surdum et mutum dicit quem Matthaeus nominat lunaticum, non quod luna daemonibus serviat, sed daemon lunae cursum observans homines corrumpit. Videtur ergo quod per observationem caelestium corporum et aliorum corporalium, daemones ad aliquid faciendum cogantur.

7. En Mt. 17, 14, quelqu'un dit ˆ JŽsus : ÇSeigneur, aie pitiŽ de mon fils, parce qu'il est lunatique et il souffre beaucoup.È En Mc 9, 16, il est dit : ÇJe t'ai amenŽ mon fils ; il a un esprit muet.È La glose (ordinaire) dit sur le mot de Mt. : ÇMarc appelle sourd et muet, celui que Matthieu appelle lunatique, non que la lune soit soumise aux dŽmons, mais le dŽmon en observant le cours de la lune, corrompt les hommes.È Donc il semble que par l'observation des corps cŽlestes, et d'autres choses corporelles, les dŽmons soient forcŽs ˆ faire quelque chose.

q. 6 a. 10Arg. 8 Praeterea, cum daemones ex superbia peccaverint, non est probabile quod alliciantur illis quae eorum excellentiae derogare videntur. Advocantur autem per convocationes virtutis ipsorum, et per mendacia incredibilia quae derogant scientiae ipsorum. Unde Augustinus dicit in X Lib. de Civitate Dei [cap. X1], introducens verba Porphyrii, sic dicentis : Quid enim homo vitio cuilibet obnoxius intendit minas, eosque territat falso ut eis extorqueat veritatem, nam et caelum se collidere minatur et cetera similia, homini impossibilia, ut illi dii, tamquam insipientissimi pueri, falsis et ridiculosis comminationibus territi quae imperantur efficiant ? Ergo daemones non alliciuntur sed coguntur advocati.

8. Comme les dŽmons ont pŽchŽ par orgueil, il n'est pas probable qu'ils soient attirŽs par ce qui semble dŽroger ˆ leur excellence. Mais on les fait venir par un appel ˆ leur pouvoir, et par les mensonges incroyables qui dŽrogent ˆ leur science. C'est pourquoi Augustin (La citŽ de Dieu, X, 11[712]) rapporte les paroles de Porphyre, qui parle ainsi, ÇCar en quoi l'homme attachŽ ˆ n'importe quel vice les menace, et les frappe d'Žpouvante par un mensonge, pour leur extorquer la vŽritŽ, car il menace le ciel de se dŽtruire et autres choses semblables, impossibles ˆ l'homme, pour que ces dieux, comme des enfants tout ˆ fait stupides, terrifiŽs par des menaces fausses et ridicules, accomplissent ce qui est commandŽ ?È Donc les dŽmons ne sont pas attirŽs mais une fois appelŽs, ils sont contraints.

q. 6 a. 10Arg. 9 Praeterea voluntas daemonis ad hoc tendit, ut homines in culturam idolorum deiiciat ; quod quidem praecipue fit per hoc quod spiritus daemonum imaginibus adsunt. Si autem propria sponte advocati venirent, semper ad talia venirent. Non autem veniunt, nisi certis temporibus observatis, et determinatis carminibus et ritibus, imaginibus consecratis, vel potius execratis. Non ergo daemones advocantur quasi allecti, sed quasi coacti.

9. La volontŽ du dŽmon tend ˆ faire tomber les hommes dans le culte des idoles, ce qui se fait surtout parce que les esprits des dŽmons sont prŽsents dans les images. Mais si appelŽs, ils venaient toujours de leur propre mouvement, ils viendrait toujours ˆ de tels appels. Mais ils ne viennent qu'ˆ certaines Žpoques qu'ils ont observŽes, et par des chants et des rites prŽcis, par les images consacrŽes, ou plut™t maudites. Donc les dŽmons sont appelŽs non pas comme attirŽs, mais comme contraints.

q. 6 a. 10Arg. 10 Praeterea aliquando daemones magicis artibus advocantur, ut homines ad turpem amorem inclinent. Hoc autem daemones propria voluntate facere intendunt. Non ergo esset opus ut allicerentur si semper hoc facerent advocati. Non semper autem hoc faciunt. Ergo quando faciunt, advocantur non ut allecti, sed quasi coacti.

10. Quelquefois les dŽmons sont appelŽs par les arts magiques, pour pousser les hommes ˆ un amour honteux. Mais cela les dŽmons tendent ˆ le faire de leur propre volontŽ. Donc ce ne serait pas la peine de les attirer si toujours ils le faisaient une fois appelŽs. Mais ils ne le font pas toujours. Donc quand ils le font, ils sont appelŽs, non comme attirŽs mais comme contraints.

 

En sens contraire :

q. 6 a. 10 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Iob XLI, 24 : Non est potestas super terram quae ei possit comparari scilicet Diabolo. Maior autem potestas non cogitur a minori. Ergo per nihil terrenum daemones cogi possunt.

1. En Job, (41, 24) il est dit : ÇIl n'y a pas sur terre de puissance qui puisse lui �tre comparŽe[713]È, ˆ savoir ˆ celle du diable. Mais un plus grande puissance n'est pas contrainte par une plus petite. Donc les dŽmons ne peuvent �tre contraints par rien de terrestre.

q. 6 a. 10 s. c. 2 Praeterea, non est eiusdem invocari et cogi. Invocantur enim maiores, ut Porphyrius dicit, sed peioribus imperatur. daemones autem veniunt advocati. Ergo non coguntur.

2. Ce n'est pas la m�me chose d'�tre appelŽ et d'�tre forcŽ. Car on appelle les plus grands, comme Porphyre le dit, mais on commande aux plus mauvais ; mais des dŽmons viennent (s'ils sont) appelŽs. Donc ils ne sont pas contraints.

q. 6 a. 10 s. c. 3 Sed dicendum, quod coguntur virtute divina.- Sed contra, cogere daemones ex virtute divina est per donum gratiae, quo perficitur ordo caelestium potestatum. Hoc autem donum gratiae non adest infidelibus, et hominibus sceleratis quales sunt magi. Ergo nec etiam virtute divina daemones cogere possunt.

3. Mais il faut dire qu'ils sont contraints par le pouvoir divin.Ñ En sens contraire contraindre les dŽmons par le pouvoir divin vient par un don de la gr‰ce, par lequel l'ordre des puissances cŽlestes est achevŽ. Mais ce don de la gr‰ce n'est pas pour les infid�les, ni pour les scŽlŽrats, tels que les magiciens. Donc les dŽmons ne peuvent pas non plus contraindre par la puissance divine.

q. 6 a. 10 s. c. 4 Praeterea, facere ea quae divina virtute principaliter fiunt, non est peccatum, sicut facere miracula. Si ergo magi virtute divina daemones cogerent, utendo magicis artibus non peccarent, quod patet esse falsum. Non ergo daemones aliquo modo magicis artibus coguntur.

4. Faire ce qui est fait principalement par la puissance divine n'est pas un pŽchŽ, comme faire des miracles. Donc si les magiciens contraignaient les dŽmons par la puissance divine, en se servant d'arts magiques, ils ne p�cheraient pas, ce qui Žvidemment faux. Donc les dŽmons ne sont pas contraints de quelque mani�re par les arts magiques.

 

RŽponse :

q. 6 a. 10 co. Respondeo. Dicendum quod circa effectus magicarum artium multiplex fuit opinio. A. - Quidam enim dixerunt, sicut Alexander, quod effectus magicarum artium fit per aliquas potentias et virtutes in rebus inferioribus generatas ex virtutibus quorumdam inferiorum corporum, cum observatione caelestium motuum. Unde Augustinus dicit [X lib. de Civ. Dei, ap. I], quod Porphyrio videtur, herbis et lapidibus et animantibus et sonis certis quibusdam ac vocibus et figurationibus atque figmentis quibusdam, etiam observatis in caeli conversione motibus sidereis, fabricari in terra ab hominibus potestates idoneas siderum variis effectibus exequendis.

A propos des effets des arts magiques, il y eut de nombreuses opinions.A. - Certains ont dit, comme Alexandre[714], que l'effet des arts magiques se fait par des puissances et des pouvoirs engendrŽs dans les choses infŽrieures, par les pouvoirs de certains corps infŽrieurs, et en observant les mouvements du ciel. C'est pourquoi Augustin dit (La CitŽ de Dieu, X, 1) qu'il semble ˆ Porphyre, que par des herbes, des pierres, des �tres animŽs, certains sons, des voix, des images, et aussi certaines reprŽsentations observŽes dans le ciel par les mouvements des Žtoiles, des pouvoir capables d'accompagner diffŽrents effets des astres sont fabriquŽs sur terre par des hommes.

Haec autem positio insufficiens videtur. Licet enim ad aliqua quae magicis artibus fieri videntur, naturalium corporum superiorum et inferiorum vires sufficere possint,- sicut ad quasdam corporum transmutationes,- quaedam tamen fiunt magicis artibus ad quae nulla vis corporalis se extendere potest. Constat vero quod locutio non est nisi ab intellectu. Per magicas autem artes aliquae locutiones aliquorum respondentium audiuntur ; unde et oportet quod hoc fiat per aliquem intellectum, et praecipue cum de aliquibus occultis per huiusmodi responsa homines doceantur.

Mais cette opinion semble insuffisante. Car, bien que pour certaines choses qui semblent faites par les arts magiques, les forces des corps naturels supŽrieurs et infŽrieurs puissent suffire, Ñ comme pour certaines transformations des corps, Ñ certaines, cependant sont faites par les arts magiques, auxquels nulle puissance corporelle ne peut s'Žtendre. Mais il est clair que l'expression ne vient que de l'esprit. Mais par les arts magiques, on entend certaines paroles de personnes qui rŽpondent ; c'est pourquoi il faut que cela soit fait par un esprit et surtout quand les hommes apprennent de telles rŽponses de mani�re occulte sur des choses cachŽes.

Nec potest dici, quod hoc fiat per immutationem imaginationis solius per modum praestigii : quia tunc istae voces non ab omnibus circumstantibus audirentur, nec a vigilantibus et habentibus sensus solutos istae voces audiri possent.

Et on ne peut pas dire que cela se fait par le changement de la seule imagination par imposture, parce que, alors, ces voix ne seraient pas entendues par tous ceux qui sont autour, ni par des personnes ŽveillŽes et qui ont des sens sans entraves.

Unde relinquitur quod fiant vel ex virtute animae hominis magicis artibus utentis, aut fiant ab aliquo exteriori intellectum habente. Primum autem esse non potest : quod patet ex duobus : Primo quidem, quia anima hominis ex sua virtute non potest venire ad cognitionem ignotorum nisi per aliqua sibi nota ; unde ex voluntate animae hominis non potest fieri revelatio occultorum quae fit per magicas artes, cum ad huiusmodi occulta facienda non sufficiant principia rationis.

C'est pourquoi il reste que c'est fait par le pouvoir de l'‰me d'un hommes qui se servent des arts magiques, ou c'est fait par quelqu'un d'extŽrieur qui a un esprit.1) Premi�rement cela est impossible, ce qui para”t pour deux raisons :a) Parce que l'‰me de l'homme par son pouvoir ne peut en venir ˆ conna”tre ce qu'il ignore que par l'intermŽdiaire du connu ; c'est pourquoi la rŽvŽlation de ce qui est cachŽ qui se fait par les arts magiques ne peut pas se faire par la volontŽ de l'‰me humaine, puisque pour faire des choses cachŽes de ce genre, les principes de la raison ne suffisent pas.

Secundo, quia si sua virtute huiusmodi effectus anima magi faceret, non indigeret uti invocationibus aut aliquibus huiusmodi exterioribus rebus. Constat autem quod huiusmodi effectus magicarum artium per aliquos exteriores spiritus fiunt, non autem per spiritus iustos et bonos : quod quidem ex duobus patet : primo, quia boni spiritus familiaritatem suam sceleratis hominibus non exhiberent, quales plerumque sunt magicarum artium executores ; secundo, quia non cooperarentur hominibus ad illicita perpetranda, quod plerumque fit per magicas artes. Restat ergo hoc fieri per malos spiritus quos daemones dicimus.

b) Parce que, si par son pouvoir, l'‰me du magicien provoquait un effet de ce genre, il ne manquerait pas d'utiliser des invocations ou des choses extŽrieures de ce genre.2) Il est clair que de tels effets des arts magiques sont faits par des esprits extŽrieurs, mais pas par des esprits justes et bons, ce qui para”t de deux mani�res :a) Parce que les bons esprits ne montreraient pas leur familiaritŽ aux scŽlŽrats, tels que sont la plupart de ceux qui exercent les arts magiques.b) Parce qu'ils ne collaboreraient pas avec les hommes pour perpŽtrer des actes illicites, ce qui se fait la plupart du temps par les arts magiques. Donc il reste que cela est fait par des esprits mauvais que nous appelons dŽmons.

Huiusmodi autem daemones possunt intelligi cogi dupliciter : Uno modo per aliquam superiorem virtutem, quae eis necessitatem faciendi inducat ; alio modo per modum allectionis, sicut homines dicuntur ad aliquid cogi cuius concupiscentia alliciuntur.

Mais on comprend que de tels dŽmons peuvent �tre contraints de deux mani�res :1) Par un pouvoir supŽrieur, qui les conduit ˆ la nŽcessitŽ de le faire ;2) au moyen d'un enr™lement, de m�me que pour les hommes on dit qu'ils sont forcŽs de faire ce qui les attire par concupiscence.

Neutro autem modo rebus corporalibus, per se loquendo, daemones cogi possunt nisi supponantur habere corpora aerea naturaliter sibi unita et per consequens habere sensibiles affectiones ad modum aliorum animalium, sicut et Apuleius posuit daemones esse animalia corpore aerea, anima passiva [ex Augustinus, VIII de Civ. Dei, cap. XVI]. Sic enim cogi possent, utroque modo, corporali virtute et corporum caelestium (ex quorum impressionibus in aliquas passiones inducerentur) et etiam inferioribus corporibus in quibus delectarentur, sicut Apuleius dicit : Et delectantur in fumis sacrificiorum et in aliquibus talibus. Sed huius opinionis falsitas ostensa est in praecedentibus quaestionibus.

En aucune mani�re les dŽmons ne peuvent �tre contraints par des corps, ˆ proprement parler, ˆ moins qu'on suppose qu'ils ont des corps aŽriens naturellement unis ˆ eux et par consŽquent qu'ils ont des affections sensibles, ˆ la mani�re des autres �tres animŽs. Ainsi ApulŽe a pensŽ que les dŽmons Žtaient des �tres animŽs, au corps aŽrien, ˆ l'‰me passive (tirŽ d'Augustin la CitŽ de Dieu, VIII, 16). Car ainsi ils peuvent �tre contraints de deux mani�res, par le pouvoir corporel et celui des corps cŽlestes (par les pressions desquels ils sont amenŽs ˆ certaines passions) et m�me par les corps infŽrieurs dont ils se dŽlectent, comme ApulŽe le dit : ÇEt ils se dŽlectaient dans la fumŽe des sacrifices et autres choses de ce genreÈ. Mais l'erreur de cette opinion a ŽtŽ dŽmontrŽe dans les prŽcŽdentes questions.

Restat ergo quod daemones, per quos magicae artes complementum habent, et coguntur et alliciuntur. Coguntur quidem a superiori ; quandoque quidem ab ipso Deo, quandoque vero a sanctis et Angelis et hominibus virtute Dei. Nam ad ordinem potestatum pertinere dicitur daemones arcere. Sancti autem homines sicut dono virtutum participant, in quantum miracula faciunt, ita dono potestatum, in quantum eiiciunt daemones. Coguntur etiam interdum ab ipsis superioribus daemonibus ; quae quidem sola coactio per magicas artes fieri potest. Coguntur etiam quasi allecti per artes magicas, non quidem rebus corporalibus propter seipsas, sed propter aliquid aliud.

B) Il reste donc que les dŽmons, qui apportent un complŽment aux arts magiques, sont contraints et attirŽs. Ils sont contraints par un supŽrieur, quelquefois par Dieu lui-m�me, quelquefois par les saints, les anges et les hommes, avec le pouvoir de Dieu. Car on dit qu'il convient ˆ l'ordre des Puissances d'Žcarter les dŽmons. Mais de m�me que les saints participent au don des vertus, dans la mesures o� ils font des miracles, de m�me ils participent au don des pouvoirs, dans la mesure o� ils rejettent les dŽmons. Des dŽmons sont forcŽs aussi quelquefois par les dŽmons supŽrieurs, eux-m�mes, seule cette contrainte peut �tre faite par les arts magiques. Ils sont contraints aussi comme attirŽs par les arts magiques, non par ce qui est corporel en lui-m�me, mais quelque chose d'autre.

Primo quidem, quia per huiusmodi res corporales sciunt facilius posse compleri effectum ad quem invocantur ; et hoc ipsi appetunt, ut scilicet eorum virtus admirabilis habeatur ; et propter hoc sub certa constellatione advocati magis adveniunt.

1) Parce que, par les corps de ce genre, ils savent qu'ils peuvent plus facilement accomplir un effet auquel ils sont appelŽs et ils le dŽsirent pour que leur pouvoir passe pour admirable, et pour cela ils arrivent plut™t appelŽs sous certaines positions des astres.

Secundo, inquantum huiusmodi corporalia sunt signa aliquorum spiritualium quibus delectantur. Unde Augustinus dicit [XXI lib. De Civ. Dei, cap. VI], quod alliciuntur daemones in his rebus, non tamquam animalia cibis, sed quasi spiritus signis. Quia enim homines in signum subiectionis Deo sacrificium offerunt et prostrationes faciunt, gaudent huiusmodi reverentiae signa sibi exhiberi. Alliciuntur autem diversi daemones diversis signis, secundum quod diversis vitiis ipsorum magis conveniunt.

2) Dans la mesure o� les corps de ce genre sont des signes de certaines choses spirituelles, dont ils se dŽlectent. C'est pourquoi Augustin dit (La citŽ de Dieu XXI, 6) que les dŽmons sont attirŽs dans ces choses, non comme les animaux par la nourriture, mais comme l'esprit par des signes. Car, parce que les hommes en signe de soumission offrent un sacrifice ˆ Dieu et font des prosternations, ils se rŽjouissent qu'on leur montre des signes de rŽvŽrences de ce genre. Mais diffŽrents dŽmons sont attirŽs par des signes diffŽrents, ce qui convient ˆ leurs diffŽrents vices.

Tertio alliciuntur his corporalibus rebus, inquantum homines per eas in peccatum adducuntur ; et inde est quod alliciuntur mendaciis, et his quae homines in errorem vel peccatum inducere possunt.

3) Ils sont attirŽs par les corps, dans la mesure o� les hommes sont conduits par eux au pŽchŽ et de lˆ vient qu'ils sont attirŽs par les mensonges et par ce qui peut conduire les pŽcheurs dans l'erreur et le pŽchŽ.

 

Solutions :

q. 6 a. 10 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod daemones dicuntur cogi per magicas artes modis praedictis.

 1. On dit que les dŽmons sont contraints par les arts magiques selon les mani�res dont on a parlŽ.

q. 6 a. 10 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in hoc ipso daemoni satisfit, si per hoc quod aliquod malum impedit et ad aliquod bonum cooperatur, facilius in sui familiaritatem et admirationem homines trahit. Nam et ipsi se transfigurant in Angelos lucis, sicut habetur II Cor. XI, 14.

 2. Cela satisfait le dŽmon, si par ce qui emp�che un mal et coop�re ˆ un bien, il entra”ne les hommes plus facilement ˆ �tre familiers avec lui et ˆ l'admirer. Car eux-m�mes se transforment en anges de lumi�re, comme il est dit en II Co. 11, 14.

q. 6 a. 10 ad 3 Ad tertium dicendum, quod si Salomon exorcismos suos eo tempore fecit quando erat in statu salutis, potuit esse in illis exorcismis vis cogendi daemones ex virtute divina. Si autem tempore illo fecit quo idola adoravit, ut intelligatur eum per magicas artes fecisse, non fuit in illis exorcismis vis cogendi daemones, nisi modo praedicto.

 3. Si Salomon a pratiquŽ des exorcismes au temps o� il Žtait dans l'Žtat de salut, il a pu avoir pour cela une force pour contraindre les dŽmons par le pouvoir divin. Mais s'il l'a fait au temps o� il a adorŽ les idoles, pour comprendre alors qu'il l'a fait par les arts magiques, cÕest quÕil n'y eutpas en ces exorcismes la force de contraindre les dŽmons, que par la mani�re dont on a parlŽ.

q. 6 a. 10 ad 4 Ad quartum dicendum, quod a virginibus advocati adveniunt, ut ex hoc in suae divinitatis opinionem homines adducant, quasi munditiam ament.

 4. AppelŽs par les vierges, ils arrivent pour conduire par cela les hommes ˆ l'opinion de leur divinitŽ, comme s'ils aimaient la puretŽ.

q. 6 a. 10 ad 5 Ad quintum dicendum, quod in hoc etiam quod ad invocationem divinae virtutis adveniunt, volunt intelligi quod non sint a divina iustitia omnino exclusi ; non enim sic divinitatem appetunt ut summo Deo velint aequari omnino, sed sub eo, divinitatis cultum sibi ab hominibus exhiberi gaudent.

 5. En cela aussi qu'ils arrivent ˆ l'appel du pouvoir divin, ils veulent qu'on comprenne qu'ils ne sont pas exclus tout ˆ fait de la justice divine, car ils ne dŽsirent pas la divinitŽ pour vouloir tout ˆ fait Žgaler le Dieu Tr�s Haut, mais sous lui, ils se rŽjouissent du culte de la divinitŽ que les hommes leur montrent.

q. 6 a. 10 ad 6 Ad sextum dicendum, quod daemones non dicuntur allici signis quasi ipsi signis utantur, sed quia homines signis uti consueverunt, delectantur in signis quibus homines utuntur propter signatum.

 6. On ne dit pas que les dŽmons sont attirŽs par des signes comme s'ils s'en servaient, mais parce que les hommes ont l'habitude de s'en servir, ils se dŽlectent dans les signes dont usent les hommes, en vue de ce qui est signifiŽ.

q. 6 a. 10 ad 7 Ad septimum dicendum, quod sicut Glossa ordinaria ibidem dicit, daemones certis periodis lunae homines magis affligunt, ut creaturas Dei infament, in hoc scilicet quod credantur daemonibus servire, et per hoc homines in errorem mittant.

 7. Comme la glose ordinaire le dit ici, les dŽmons affligent plus les hommes pendant certaines pŽriodes de lune, pour dŽshonorer les crŽatures de Dieu, en cela qu'on croit qu'ils sont asservis aux dŽmons et par lˆ ils font tomber les hommes dans l'erreur.

q. 6 a. 10 ad 8 Ad octavum dicendum, quod licet praedicta mendacia in derogationem virtutis daemonum esse videantur, tamen hoc ipsum eis est delectabile, quod homines in mendaciis confidant : quia ipse est mendax et pater eius.

 8. Bien que les mensonges rapportŽs paraissent �tre dans une dŽrogation du pouvoir des dŽmons, cependant il leur est agrŽable que les hommes aient confiance dans leur mensonge, parce que le dŽmon est lui-m�me menteur et le p�re du mensonge.

q. 6 a. 10 ad 9 Ad nonum dicendum, quod ad imagines advocati adveniunt certis horis et certis signis, rationibus praedictis.

 9. AppelŽs ˆ se manifester, ils viennent ˆ des heures et des signes dŽterminŽs, pour les raisons dŽjˆ dites.

q. 6 a. 10 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet semper daemones homines desiderent pertrahere in peccata, tunc tamen magis adhuc nituntur quando magis ad hoc inclinantur, et quando plures possunt inducere in peccatum.

 10 Bien que les dŽmons dŽsirent toujours faire tomber les hommes dans les pŽchŽs, ils s'y efforcent plus quand ils y sont forcŽs et quand ils peuvent en pousser plusieurs au pŽchŽ.

 

 

 

Question 7 Ð La simplicitŽ de lÕessence divine

q. 7 pr. 1 Et primo quaeritur utrum Deus sit simplex.

1. Dieu est-il simple ?

q. 7 pr. 2 Secundo utrum in Deo sit substantia vel essentia idem quod esse.

2. La substance ou l'essence en Dieu sont-elles la m�me chose que son �tre ?

q. 7 pr. 3 Tertio utrum Deus sit in aliquo genere.

3. Dieu est-il dans un genre ?

q. 7 pr. 4 Quarto utrum bonum, iustum, sapiens et huiusmodi praedicent in Deo accidens.

4. Bon, juste, sage, etc., attribuent-ils un accident ˆ Dieu ?

q. 7 pr. 5 Quinto utrum nomina praedicta significent divinam substantiam.

5. Ces noms attribuŽs ˆ Dieu signifient-ils sa substance ?

q. 7 pr. 6 Sexto utrum ista nomina sint synonyma.

6. Ces noms sont-ils synonymes ?

q. 7 pr. 7 Septimo utrum huiusmodi nomina dicantur de Deo et creaturis univoce, vel aequivoce.

7. Les noms sont-ils utilisŽs pour Dieu et les crŽatures de mani�re univoque ou Žquivoque ?

q. 7 pr. 8 Octavo utrum sit aliqua relatio inter Deum et creaturam.

8. Y a-t-il une relation entre Dieu et la crŽature ?

q. 7 pr. 9 Nono utrum relationes quae sunt inter Deum et creaturas, sint relativae in ipsis creaturis.

9. Les relations entre Dieu et les crŽatures sont-elles relatives dans les crŽatures m�me ?

q. 7 pr. 10 Decimo utrum Deus realiter referatur ad creaturam, ita quod relatio ipsa sit res aliqua in Deo.

10. Dieu est-il rŽellement en relation avec la crŽature, de sorte que la relation m�me soit une rŽalitŽ en Dieu ?

q. 7 pr. 11 Undecimo utrum istae relationes temporales sint in Deo secundum rationem.

11. Ces relations temporelles en Dieu sont-elles de raison ?

 

 

 

Article 1 Ñ Dieu est-il simple ?  

q. 7 pr. 1 Et primo quaeritur utrum Deus sit simplex. Et videtur quod non.

 Il semble que non[715].

 

Objections :

q. 7 a. 1Arg. 1 Ab uno enim simplici non est natum esse nisi unum : idem enim semper facit idem, secundum philosophum [lib. II de Gener.]. Sed a Deo procedit multitudo. Ergo ipse non est simplex.

1. Car d'un �tre simple et unique, ne peut venir qu'un seul �tre[716]. Car le m�me fait toujours le m�me, selon le Philosophe (La gŽnŽration II.) Mais la multiplicitŽ proc�de de Dieu. Donc il n'est pas simple.

q. 7 a. 1Arg. 2 Praeterea, simplex si attingitur, totum attingitur. Sed Deus a beatis attingitur : quia, ut dicit Augustinus [in lib. De videndo Deum], attingere mente Deum magna est beatitudo. Si ergo sit simplex, totus attingitur a beatis. Sed quod totum attingitur, comprehenditur. Ergo Deus a beatis comprehenditur, quod est impossibile. Ergo Deus non est simplex.

2. Si ce qui est simple est atteint, il est atteint tout entier. Mais Dieu est atteint par les bienheureux, parce que, comme le dit Augustin (De videndo Deo), c'est une grande bŽatitude d'atteindre Dieu par l'esprit. Si donc il est simple, il est atteint tout entier par les bienheureux. Mais ce qui est atteint tout entier, est apprŽhendŽ. Donc Dieu est apprŽhendŽ par les bienheureux, ce qui est impossible. Donc Dieu n'est pas simple.

q. 7 a. 1Arg. 3 Praeterea, idem non se habet in ratione diversarum causarum. Sed Deus se habet in ratione diversarum causarum, ut patet XI Metaph. Ergo in eo oportet esse diversa ; ergo oportet eum esse compositum.

3. Le m�me ne se comprte pas en raison de causes diverses Mais Dieu oui, comme on le voit en MŽtaphysique (Q) XI. Donc en lui, il faut qu'il y ait la diversitŽ. Donc il faut qu'il soit composŽ.

q. 7 a. 1Arg. 4 Praeterea, ubicumque est aliquid et aliquid, est compositio. Sed in Deo est aliquid et aliquid, scilicet proprietas et essentia. Ergo in Deo est compositio.

4. Lˆ o� il y a une chose et une autre, il y a composition, mais en Dieu il y a une chose et une autre, ˆ savoir la propriŽtŽ[717] et l'essence. Donc en lui il y a composition.

q. 7 a. 1Arg. 5 Sed dicendum, quod proprietas est idem quod essentia.- Sed contra : affirmatio et negatio non verificantur de eodem. Sed essentia divina est communicabilis tribus personis, proprietas autem est incommunicabilis. Ergo proprietas et essentia non sunt idem.

5. Mais il faut dire que la propriŽtŽ est la m�me chose que l'essence Ñ En sens contraire : l'affirmation et la nŽgation ne se vŽrifient pas d'un m�me objet[718]. Mais l'essence divine est communicable aux trois personnes, mais la propriŽtŽ est incommunicable. Donc la propriŽtŽ et l'essence ne sont pas une m�me chose.

q. 7 a. 1Arg. 6 Praeterea, de quocumque praedicantur diversa praedicamenta, illud est compositum. Sed in divina praedicatione venit substantia et relatio, ut dicit Bo‘tius [in lib ; de rinit.]. Ergo Deus est compositus.

6. Celui ˆ qui on attribue diverses catŽgories est composŽ ; mais dans l'attribution divine[719], on trouve la substance et la relation, comme le dit Bo�ce (La TrinitŽ). Donc Dieu est composŽ.

q. 7 a. 1Arg. 7 Praeterea, in qualibet re est substantia, virtus et operatio, ut dicit Dionysius ; ex quo videtur quod operatio sequitur virtutem et substantiam. Sed in operationibus divinis est pluralitas. Ergo in substantia eius invenitur multitudo et compositio.

7. En toutes choses il y a la substance, la puissance et l'opŽration, comme le dit Denys (La hiŽrarchie cŽleste, XI, ¤ 2, 284 D[720]). A partir de cela, il semble que l'opŽration dŽcoule de la puissance et de la substance. Mais il y a pluralitŽ dans les opŽrations divines. Donc dans sa substance on trouve la pluralitŽ et la composition.

q. 7 a. 1Arg. 8 Praeterea, ubicumque invenitur multitudo formarum, ibi oportet esse compositionem. Sed in Deo invenitur multitudo formarum ; quia, sicut dicit Commentator [ lib. XI Metaph., com. XVIII], omnes formae sunt actu in primo motore, sicut sunt in potentia in prima materia. Ergo in Deo est compositio.

8. Partout o� l'on trouve la pluralitŽ de formes, il faut qu'il y ait composition. Mais en Dieu on trouve la pluralitŽ des formes, parce que, comme le dit le Commentateur (MŽtaphysique XI, com. 18), toutes les formes sont en acte dans le premier moteur, comme elles sont en puissance dans la mati�re premi�re. Donc en Dieu il y a composition.

q. 7 a. 1Arg. 9 Praeterea, quidquid advenit alicui rei post esse completum, inest ei accidentaliter. Sed quaedam dicuntur de Deo ex tempore, sicut quod sit creator et dominus. Ergo insunt ei accidentaliter. Accidentis autem ad subiectum est aliqua compositio. Ergo in Deo est compositio.

9. Tout ce qui arrive ˆ une chose apr�s son �tre complet, est en elle de mani�re accidentelle. Mais certains ont parlŽ de Dieu chronologiquement, comme CrŽateur et Seigneur. Donc ces attributs sont en lui de mani�re accidentelle. Mais il y a composition de l'accident avec le substrat. Donc en Dieu il y a composition.

q. 7 a. 1Arg. 10 Praeterea, ubicumque sunt multae res, ibi est compositio. Sed in Deo sunt tres personae, quae sunt tres res, ut dicit Augustinus [in lib. De Doct. Christ., lib. I, cap. 5]. Ergo in Deo est compositio.

10. Partout o� les ŽlŽments sont nombreux[721], il y a composition, mais en Dieu il y a trois Personnes, qui sont trois "choses", comme le dit Augustin (La doctrine chrŽtienne, I, 5). Donc en Dieu il y a composition.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Est quod Hilarius [VIII de Trinitate] dicit : Non humano modo ex compositis est Deus, ut in eo aliud sit quod habet, et aliud sit ipse qui habet.

1. Il y a ce quÕHilaire dit au livre 8 de La TrinitŽ : ÇDieu n'est pas par ses composŽs ˆ la mani�re humaine, de sorte qu'en lui, ce qu'il a et celui qui l'a soint diffŽrents[722]È.

q. 7 a. 1 s. c. 2 Praeterea, Boetius dicit : Hoc vere unum est in quo nullus est numerus. Ubicumque autem est compositio, est aliquis numerus. Ergo Deus est absque compositione omnino simplex.

2. Bo�ce dit (La TrinitŽ ) ÇEst vraiment un ce en quoi il nÕy a aucun nombre[723]È. Partout o� il y a composition, il y a un nombre. Donc Dieu est sans composition et tout ˆ fait simple.

 

RŽponse :

q. 7 a. 1 co. Respondeo. Dicendum quod Deum esse simplicem modis omnibus tenendum est. Quod quidem ad praesens tribus rationibus potest probari,

Il faut tenir pour assurŽ que Dieu est simple de toutes les mani�res. Ce qui peut ˆ prŽsent �tre prouvŽ par trois raisons, :

quarum prima talis est : ostensum est enim in alia disputatione, omnia entia ab uno primo ente esse, quod quidem primum ens Deum dicimus. Quamvis autem in uno et eodem quod quandoque invenitur in actu, quandoque in potentia, potentia tempore prius sit actu, natura autem posterius, simpliciter tamen oportet actum esse priorem potentia, non solum natura sed tempore, eo quod omne ens in potentia reducitur in actum ab aliquo ente actu. Illud ergo ens quod omnia entia fecit esse actu, et ipsum a nullo alio est, oportet esse primum in actu, absque aliqua potentiae permixtione. Nam si esset aliquo modo in potentia, oporteret aliud ens prius esse per quod fieret actu. In omni autem composito qualicumque compositione, oportet potentiam actui commisceri. In compositis enim vel unum eorum ex quibus est compositio est in potentia ad alterum, ut materia ad formam, subiectum ad accidens, genus ad differentiam ; vel saltem omnes partes sunt in potentia ad totum. Nam partes ad materiam reducuntur, totum vero ad formam, ut patet in II Physic. [com. 31], et sic nullum compositum potest esse actus primus. Ens autem primum, quod Deus est, oportet esse actum purum, ut ostensum est. Impossibile est ergo Deum compositum esse ; unde oportet quod sit omnino simplex.

1) dont la premi�re est la suivante : On a montrŽ, en effet, dans une autre discussion (Pot. 3, 5) que tous les Žtants venaient d'un premier Žtant, que nous appelons Dieu. Mais quoique dans un seul et m�me Žtant, que l'on trouve quelquefois en acte, quelquefois en puissance, la puissance soit chronologiquement avant l'acte, et selon la nature apr�s, dans l'absolu, il faut que l'acte soit avant la puissance, non seulement en nature mais chronologiquement, parce que tout Žtant en puissance est ramenŽ ˆ l'acte par un Žtant en acte. Donc cet Žtant qui a fait que tous les Žtants sont en acte, et qui lui-m�me ne dŽpend d'aucun autre, doit �tre l'�tre premier en acte sans aucun mŽlange de puissance. Car s'il Žtait en quelque mani�re en puissance, il faudrait qu'un autre Žtant existe avant par lequel il deviendrait en acte[724]. Dans tout composŽ, quelle que soit la composition, il faut que la puissance soit m�lŽe ˆ l'acte. Car dans les composŽs, ou bien l'un d'eux d'o� vient la composition est en puissance pour l'autre, comme la mati�re pour la forme, le sujet pour l'accident, le genre pour la diffŽrence, ou bien au moins toutes les parties sont en puissance pour le tout. Car les parties sont ramenŽes ˆ la mati�re, le tout ˆ la forme, comme on le montre en Physique (III, 3, 195 a 15 ss[725]), et ainsi aucun composŽ ne peut �tre acte premier. Mais l'Žtant premier, qui est Dieu, doit �tre acte pur, comme on l'a montrŽ. Donc il est impossible qu'il soit composŽ ; c'est pourquoi il faut qu'il soit tout ˆ fait simple.

Secunda ratio est quia cum compositio non sit nisi ex diversis, ipsa diversa indigent aliquo agente ad hoc quod uniantur. Non enim diversa, inquantum huiusmodi, unita sunt. Omne autem compositum habet esse, secundum quod ea, ex quibus componitur, uniuntur. Oportet ergo quod omne compositum dependeat ab aliquo priore agente. Primum ergo ens, quod Deus est, a quo sunt omnia, non potest esse compositum.

2) Seconde raison, parce que, comme la composition ne vient que de parties diverses, celles-ci ont besoin d'un agent pour les unir. Car en tant que tel, ce qui est divers n'est pas uni. Mais tout composŽ a l'�tre selon que ses composants sont unis. Donc il faut que tout composŽ dŽpende d'un agent premier. Donc l'Žtant premier, qui est Dieu, d'ou vient tout, ne peut pas �tre composŽ.

Tertia ratio est, quia oportet primum ens, quod Deus est, esse perfectissimum, et per consequens optimum ; non enim rerum principia imperfecta sunt, ut Pythagoras et Leucippus aestimaverunt. Optimum autem est in quo nihil est quod careat bonitate, sicut albissimum est in quo nihil nigredinis admiscetur. Hoc autem in nullo composito est possibile. Nam bonum quod resultat ex compositione partium, per quod totum est bonum, non inest alicui partium. Unde partes non sunt bonae illa bonitate quae est totius propria. Oportet ergo id quod est optimum, esse simplicissimum, et omni compositione carere. Et hanc rationem ponit philosophus [XI Metaphysicorum et Hilarius [in libro de Trinitate, cap. VII] ubi dicit, quod Deus, quia lux est, non ex obscuris coarctatur, neque quia virtus est, ex infirmis continetur.

3) Troisi�me raison : il faut que le premier Žtant, qui est Dieu, soit absolument parfait, et par consŽquent le meilleur, car les principes des choses ne sont pas imparfaits, comme Pythagore et Leucippe l'ont pensŽ. Mais le meilleur est celui en qui il n'y a rien qui manque de bontŽ, comme le blanc supr�me est ce en quoi rien de noir n'est m�lŽ. Mais cela n'est possible dans aucun composŽ. Car le bien qui rŽsulte de la composition des parties, par lequel le tout est bon, n'est dans aucune partie. C'est pourquoi les parties ne sont pas bonnes de cette bontŽ qui est le propre du tout. Il faut donc que le meilleur soit absolument simple et ne comporte aucune composition. Et le Philosophe donne cette raison (MŽtaphysique XI) et Hilaire, (La TrinitŽ, VII, 27, PL. 10, 223 AB[726]) o� il dit que ÇParce que Dieu est lumi�re, il n'est pas contraint par l'obscuritŽ, et parce qu'il est puissance il n'est pas contenu par ce qui est faible.È

 

Solutions :

q. 7 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod intentio Aristotelis non est quod ab uno non possit procedere multitudo. Cum enim agens agat sibi simile, et effectus deficiant a repraesentatione suae causae, oportet quod illud quod in causa est unitum, in effectibus multiplicetur ; sicut in virtute solis sunt quasi unum omnes formae generabilium corporum, et tamen in effectibus distinguuntur. Et exinde contingit quod per unam suam virtutem res aliqua potest inducere diversos effectus, sicut ignis per suum calorem liquefacit et coagulat, et mollificat et indurat, et comburit et denigrat. Et homo per virtutem rationis acquirit diversas scientias, et operatur diversarum artium opera ; unde et multo amplius Deus per unam suam simplicem virtutem potest multa creare. Sed philosophus intendit, quod aliquid manens idem non facit diversa in diversis temporibus, si sit agens per necessitatem naturae ; nisi forte per accidens hoc contingat ex diversitate materiae, vel alicuius alterius accidentis. Hoc tamen non est ad propositum.

 1. La pensŽe d'Aristote n'est pas que la pluralitŽ ne puisse pas procŽder de l'unitŽ. En effet, comme l'agent fait du semblable ˆ lui et que les effets sont dŽficients par rapport ˆ la reprŽsentation de leur cause, il faut que ce qui est uni dans une cause, devienne multiple dans les effets ; ainsi dans le pouvoir du soleil, il y a toutes les formes des corps qui peuvent �tre engendrŽs comme une unitŽ, et cependant elles sont distinguŽes dans les effets. Et de lˆ vient que par une seule puissance, une chose peut induire diffŽrents effets, comme le feu par sa chaleur liquŽfie, coagule, ramollit, durcit, bržle et noircit. Et l'homme par le pouvoir de sa raison acquiert diverses sciences, et produit les opŽrations de diffŽrents arts. C'est pourquoi, et beaucoup plus, Dieu par sa puissance une et simple peut crŽer beaucoup d'�tres. Mais le philosophe soutient que ce qui demeure le m�me ne fait pas de choses diverses dans des temps diffŽrents, s'il est agent par nŽcessitŽ de nature ; ˆ moins que par hasard cela arrive par accident par la diversitŽ de la mati�re ou de quelque autre accident. Mais cela n'est pas dans notre propos.

q. 7 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Deus a beatis mente attingitur totus, non tamen totaliter, quia modus cognoscibilitatis divinae excedit modum intellectus creati in infinitum ; et ita intellectus creatus non potest Deum ita perfecte intelligere sicut intelligibilis est, et propter hoc non potest ipsum comprehendere.

 2. Dieu tout entier est atteint par l'esprit des bienheureux, non totalement cependant, parce que le mode par lequel Dieu peut �tre connu exc�de ˆ l'infini l'intellect crŽŽ ; et ainsi celui-ci ne peut pas comprendre Dieu aussi parfaitement qu'il est intelligible, et c'est pour cela qu'il ne peut pas lÕapprŽhender.

q. 7 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod per unum et idem Deus in ratione diversarum causarum se habet : quia, per hoc quod est actus primus, est agens, et est exemplar omnium formarum, et est bonitas pura, et per consequens omnium finis.

 3. Dieu ne se comporte pas d'une seule et m�me mani�re, en raison de diffŽrentes causes ; parce qu'il est lÕacte premier, il est l'agent et l'exemplaire de toutes les formes, il est bontŽ pure et par consŽquent fin de tout.

q. 7 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod proprietas et essentia in divinis non differunt re, sed ratione tantum : ipsa enim paternitas est divina essentia, ut post [ quaest ; seq. Art. 5] patebit.

 4. La propriŽtŽ et l'essence ne diffŽrent pas rŽellement en Dieu[727], mais en raison seulement ; car la paternitŽ elle-m�me est l'essence divine, comme on le montrera (qu. 8, a. 1).

q. 7 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod de eo quod est idem re et differens ratione, nihil prohibet contradictoria praedicari, ut dicit philosophus [III Phys., text. Com. 21], sicut patet quod idem punctum re, differens ratione, est principium et finis ; et secundum quod est principium, non est finis, et e contrario. Unde cum essentia et proprietas sint idem re et differant ratione, nihil prohibet quin unum sit communicabile et aliud incommunicabile.

 5. Pour ce qui est le m�me en rŽalitŽ et diffŽrent en raison, rien n'emp�che d'attribuer des termes contradictoires, comme le dit le philosophe (Physique, III, 3, 202 b 8[728]), ainsi il appara”t que le point, le m�me en rŽalitŽ, diffŽrent en raison, est principe et fin ; et selon qu'il est principe, il n'est pas la fin, et inversement. C'est pourquoi comme l'essence et la propriŽtŽ sont une m�me chose en rŽalitŽ et diffŽrente en raison, rien n'emp�che que l'une soit communicable et l'autre incommunicable.

q. 7 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod absoluta et relativa in divinis non differunt secundum rem, sed solum secundum rationem, ut dictum est ; et ideo ex hoc nulla compositio relinquitur.

 6. L'absolu et le relatif[729] en Dieu ne diff�rent pas en rŽalitŽ, mais seulement en raison, comme on l'a dit, et c'est pourquoi ˆ partir de cela il ne reste nulle composition.

q. 7 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod operatio Dei potest considerari vel ex parte operantis vel ex parte operati. Si ex parte operantis, sic in Deo non est nisi una operatio, quae est sua essentia : non enim agit res per actionem aliquam quae sit media inter Deum et suum velle, quae sunt ipsius esse. Si vero ex parte operati, sic sunt diversae operationes, ipsum factum, sed per suum intelligere et diversi effectus divinae operationis. Hoc autem compositionem in ipso non inducit.

 7. L'opŽration de Dieu peut �tre considŽrŽe du c™tŽ de celui qui op�re ou du c™tŽ de ce qui est produit. Si c'est du c™tŽ de celui qui op�re, il n'y a qu'une opŽration en Dieu, qui est son essence ; car il ne fait rien par une action qui serait intermŽdiaire entre lui et son vouloir, qui sont son �tre propre. Mais si c'est du c™tŽ de ce qui est produit, il y a diffŽrentes opŽrations, ce qui est produit mais aussi par son intellection, les diffŽrents effets de l'opŽration divine. Mais cela n'entra”ne pas de composition en lui.

q. 7 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod forma effectus invenitur aliter in agente naturali, et aliter in agente per artem. In agente namque per naturam, invenitur forma effectus secundum quod agens in sua natura assimilat sibi effectum, eo quod omne agens agit sibi simile. Quod quidem contingit dupliciter :

 8. La forme de l'effet se trouve autrement dans l'agent naturel que dans l'agent par art. Dans l'agent par nature, on trouve la forme de l'effet selon que l'agent rend son effet semblable ˆ lui dans sa propre nature, parce que tout agent fait du semblable ˆ lui. Cela arrive de deux fa�ons :

quando enim effectus perfecte assimilatur agenti, utpote adaequans agentis virtutem, tunc forma effectus est in agente secundum eamdem rationem, ut patet in agentibus univocis, ut cum ignis generat ignem ;

a) en effet, lorsque l'effet ressemble parfaitement ˆ l'agent, en tant qu'il Žgale sa puissance, alors la forme de l'effet est dans l'agent selon la m�me nature, comme cela appara”t dans les agents univoques, comme quand le feu engendre le feu ;

quando vero effectus non perfecte assimilatur agenti, utpote non adaequans agentis virtutem, tunc forma effectus est in agente non secundum eamdem rationem, sed sublimiori modo ; ut patet in agentibus aequivocis, ut cum sol generat ignem.

b) mais quand l'effet n'est pas parfaitement semblable ˆ l'agent, ˆ savoir qu'il n'Žgale pas la puissance de l'agent, alors la forme de l'effet n'est pas dans l'agent selon une m�me nature, mais sur un mode plus sublime ; comme cela appara”t dans les agents Žquivoques, comme quand le soleil engendre le feu.

In agentibus autem per artem, formae effectuum praeexistunt secundum eamdem rationem, non autem eodem modo essendi, nam in effectibus habent esse materiale, in mente vero artificis habent esse intelligibile. Cum autem in intellectu dicatur esse aliquid sicut id quod intelligitur, et sicut species qua intelligitur, formae artis sunt in mente artificis sicut id quo intelligitur. Nam ex hoc quod artifex concipit formam artificiati, producit eam in materia.

Mais dans les agents qui agissent par art, les formes des effets prŽexistent selon une m�me raison, mais non selon la m�me mani�re d'�tre, car ils ont un �tre matŽriel dans les effets, et l'�tre intelligible dans l'esprit de l'artisan. Mais comme on dit qu'il y a une chose dans l'intellect comme ce qui est pensŽ[730], et comme la forme par laquelle on la pense, les formes de l'art sont dans l'esprit de l'artisan comme ce qui est pensŽ. Car du fait que l'artisan con�oit la forme de l'Ïuvre, il la produit dans la mati�re.

Utroque autem modo formae rerum sunt in Deo : cum enim ipse agit res per intellectum, non est sine actione naturae. In inferioribus autem artificibus ars agit virtute extraneae naturae, qua utitur ut instrumento, sicut figulus igne ad coquendum laterem. Sed ars divina non utitur exteriori natura ad agendum, sed virtute propriae naturae facit suum effectum. Formae ergo rerum sunt in natura divina ut in virtute operativa, non secundum eamdem rationem, cum nullus effectus virtutem illam adaequet. Unde sunt ibi ut unum omnes formae quae in effectibus multiplicantur ; et sic nulla provenit inde compositio. Similiter in intellectu eius sunt multa intellecta per unum et idem, quod est sua essentia. Quod autem per unum intelligantur multa, non inducit compositionem intelligentis ; unde nec ex hac parte sequitur compositio in Deo.

Les formes des choses sont en Dieu de l'une et l'autre mani�re. Quand, en effet, lui-m�me fait les choses par son intellect, ce n'est pas sans l'action de la nature. Mais dans les Ïuvres d'art infŽrieures, l'art agit avec le pouvoir de la nature extŽrieure, dont il se sert comme d'un instrument, comme le briquetier pour cuire l'argile par le feu. Mais l'art divin ne se sert pas de la nature extŽrieure pour agir, mais il produit son effet par la puissance de sa propre nature. Donc les formes sont dans la nature divine comme dans un pouvoir opŽratif, non selon la m�me nature, puisque aucun effet n'Žgale son pouvoir. C'est pourquoi, il y a lˆ en tant qu'unitŽ toutes les formes qui sont multipliŽes dans les effets et ainsi il n'en provient aucune composition. De la m�me mani�re, dans son intellect, il y a beaucoup de choses saisies par l'un et le m�me, qui est son essence. Le fait que beaucoup de choses soient pensŽes par l'unitŽ, n'entra”ne pas la composition de celui qui les pense, c'est pourquoi de ce c™tŽ il ne dŽcoule pas de composition en Dieu.

q. 7 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod relationes quae dicuntur de Deo ex tempore, non sunt in ipso realiter, sed solum secundum rationem. Ibi enim est realis relatio ubi realiter aliquid dependet ab altero, vel simpliciter vel secundum quid. Et propter hoc scientiae est realis relatio ad scibile, non autem e converso, sed secundum rationem tantum, ut patet per philosophum [V Metaph., text. Com. 20]. Et ideo cum Deus ab altero nullo dependeat, sed e converso omnia ab ipso dependeant, in rebus aliis sunt relationes ad Deum reales, in ipso autem ad res secundum rationem tantum, prout intellectus non potest intelligere relationem huius ad illud, nisi e converso intelligat relationem illius ad hoc.

 9. Les relations[731] qui sont dites de Dieu dans le temps, ne sont pas rŽellement en lui, mais seulement en raison[732]. Car il y a relation rŽelle lˆ o� une chose dŽpend rŽellement d'une autre, ou absolument ou relativement. Et c'est pour cela que la relation de la science au connaissable est rŽelle, pas inversement ; mais en raison seulement, comme le montre le Philosophe (MŽtaphysique V, 5, 1021 a 26 ss[733]). Et c'est pourquoi, comme Dieu ne dŽpend d'aucun autre, mais qu'inversement tout dŽpend de lui, dans les autres choses les relations ˆ Dieu sont rŽelles, mais en lui la relation aux crŽatures est en raison seulement, dans la mesure o� l'esprit ne peut comprendre la relation de celui-ci ˆ celui-lˆ, qu'en ne comprenant inversement la relation de celui-lˆ ˆ celui-ci[734].

q. 7 a. 1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod pluralitas personarum nullam compositionem in Deo inducit. Personae enim dupliciter possunt considerari.

 10. La pluralitŽ des personnes n'am�ne aucune composition en Dieu. Car les personnes peuvent �tre considŽrŽes de deux mani�res :

Uno modo secundum quod comparantur ad essentiam, cum qua sunt idem re ; et sic patet quod non relinquitur aliqua compositio.

a) Selon qu'on les compare ˆ l'essence, avec laquelle elles sont rŽellement identiques, et ainsi il appara”t qu'il ne reste aucune composition.

Alio vero modo secundum quod comparantur ad invicem ; et sic comparantur ut distinctae, non adunatae. Et propter hoc nec ex hac parte potest esse compositio, nam omnis compositio est unio.

b) Selon qu'on les compare entre elles ; et ainsi on les compare comme distinctes, sans �tre unies. Et c'est pour cela quÕil ne peut pas y avoir de composition de ce c™tŽ car toute composition est union[735].

 

 

 

Article 2 Ñ La substance ou lÕessence en Dieu sont-elles la m�me chose que son �tre ?

q. 7 a. 2 tit. 2 Et videtur quod non.

Il semble que non[736].

 

Objections :

q. 7 a. 2Arg. 1 Dicit enim Damascenus, in I Lib. Orth. fidei : [cap. 1 et III] Quoniam quidem Deus est, manifestum est nobis ; quid vero sit secundum substantiam et naturam, incomprehensibile est omnino et ignotum. Non autem potest esse idem notum et ignotum. Ergo non est idem esse Dei et substantia vel essentia eius.

1. Car Jean Damasc�ne dit (La foi orthodoxe, I, ch. 1 et 3) : ÇQue Dieu existe est Žvident pour nous ; mais ce qui concerne sa substance et sa nature, est tout ˆ fait incomprŽhensible et ignorŽ.È Le connu et l'inconnu ne peuvent pas �tre une m�me chose. Donc l'�tre de Dieu, et sa substance ou son essence ne sont pas une m�me chose.

q. 7 a. 2Arg. 2 Sed diceretur, quod etiam ipsum esse Dei ignotum est nobis quid sit, sicut et eius substantia.- Sed contra : duae quaestiones diversae sunt, an est, et quid est ; ad quarum unam respondere scimus, ad aliam vero non, ut etiam ex praedicta auctoritate patet. Ergo id quod respondet ad an est de Deo, et quod respondet ad quid est, non est idem ; sed ad an est respondet esse ; ad quid est, substantia vel natura.

2. Mais on pourrait dire, que nous ignorons ce qu'est l'�tre de Dieu, comme aussi sa substance[737]. Ñ En sens contraire, il y a deux questions diffŽrentes : est-il, et qu'est-il ; ˆ l'une nous savons rŽpondre, mais ˆ l'autre non, comme on le voit par l'autoritŽ ci-dessus[738]. Donc ce qui rŽpond ˆ "est-il ?" au sujet de Dieu, et ce qui rŽpond ˆ "qu'est-il" ne sont pas une m�me chose, mais au "est-il ?" rŽpond l'existence, au "quel est-il ?", la substance ou la nature.

q. 7 a. 2Arg. 3 Sed dicendum, quod esse Dei cognoscitur non per se ipsum, sed per similitudinem creaturae.- Sed contra : in creatura est esse et substantia vel natura ; et cum utrumque habeat a Deo, secundum utrumque Deo assimilatur, eo quod agens agit sibi simile. Si ergo esse Dei cognoscitur per similitudinem esse creati, oportet quod eius substantia cognoscatur per similitudinem substantiae creatae : et sic de Deo sciremus non solum quoniam est, sed quid est.

3. Mais il faut dire que l'�tre de Dieu est connu, non en soi, mais par la ressemblance de la crŽature. Ñ En sens contraire : dans la crŽature, il y a l'�tre et la substance ou la nature, et comme elle poss�de l'un et l'autre par Dieu, elle lui ressemble selon l'un et l'autre, parce que l'agent fait du semblable ˆ soi. Si donc l'�tre de Dieu est connu par sa ressemblance avec l'�tre crŽŽ, il faut que sa substance soit connue par la ressemblance de la substance crŽŽe, et ainsi nous saurions de Dieu non seulement qu'il est, mais ce qu'il est.

q. 7 a. 2Arg. 4 Praeterea, unumquodque dicitur differre ab altero per suam substantiam. Per id autem quod est omnibus commune, nihil ab altero differt ; unde et philosophus dicit [III Metaph., com. 10 et 11], quod ens non debet poni in definitione, quia per hoc, definitum a nullo distingueretur. Ergo nullius rei ab aliis distinctae substantia est ipsum esse, cum sit omnibus commune. Sed Deus est res ab omnibus aliis rebus distincta. Ergo suum esse non est sua substantia.

4. On dit que chaque chose est diffŽrente d'une autre par sa substance. Rien ne diff�re d'un autre par ce qui est commun ˆ tous ; c'est pourquoi le philosophe dit (MŽtaphysique III, 3, 998 b 22[739]), que l'Žtant ne doit pas �tre placŽ dans une dŽfinition, parce que par lˆ ce qui est dŽfini ne serait distinguŽ de rien. Donc, la substance de rien de ce qui est distinguŽ des autres n'est l'�tre m�me, puisque l'�tre est commun ˆ tout. Mais Dieu est diffŽrent de toutes les autres choses. Donc son �tre n'est pas sa substance.

q. 7 a. 2Arg. 5 Praeterea, non sunt diversae res nisi quarum est diversum esse. Sed esse huius rei non est diversum ab esse alterius in quantum est esse, sed in quantum est in tali vel in tali natura. Si ergo aliquod esse sit, quod non sit in aliqua natura, quae differat ab ipso esse, hoc non erit diversum ab aliquo alio esse. Et ita sequitur, si divina substantia est eius esse, quod ipse sit esse cuilibet commune.

5. Les choses ne sont diffŽrentes que dans la mesure o� leur �tre est diffŽrent. Mais l'�tre d'une chose n'est pas diffŽrent de celui d'une autre en tant qu'�tre, mais en tant qu'il est en telle ou telle nature. Donc s'il y avait un �tre tel qu'il ne soit pas dans une nature diffŽrente de l'�tre m�me, il ne serait pas diffŽrent d'un autre �tre. Et ainsi il en dŽcoule que si la substance de Dieu est son �tre, lui-m�me serait un �tre commun ˆ n'importe quel autre.

q. 7 a. 2Arg. 6 Praeterea, ens cui non fit additio, est ens omnibus commune. Sed si Deus sit ipsum suum esse, erit ens cui non fit additio. Ergo erit commune ; et ita praedicabitur de unoquoque, et erit Deus mixtus rebus omnibus ; quod est haereticum, et contra philosophum dicentem in Lib. de Causis [prop. 20], quod causa prima regit omnes res praeterquam quod commisceatur cum eis.

6. Un Žtant ˆ qui n'est pas fait d'addition, est lÕŽtant commun ˆ tous[740]. Mais si Dieu est son �tre m�me, il sera un Žtant sans addition. Donc il sera commun, et ainsi il sera attribuŽ ˆ n'importe quoi, et il sera un Dieu m�lŽ ˆ toutes choses ; ce qui est hŽrŽtique, et contre le philosophe qui dit dans le Liber de causis, prop. XX, que la cause premi�re rŽgit toutes choses sans leur �tre m�lŽe.

q. 7 a. 2Arg. 7 Praeterea, ei quod est omnino simplex, non convenit aliquid in concretione dictum. Esse autem huiusmodi est : sic enim videtur se habere esse ad essentiam sicut album ad albedinem. Ergo inconvenienter dicitur quod divina substantia sit esse.

7. Rien de ce qui est dit dans le concret ne convient ˆ ce qui est tout ˆ fait simple. Mais l'�tre est de ce genre ; car il semble se comporter vis-ˆ-vis de l'essence comme le blanc vis-ˆ-vis de la blancheur. Donc il ne convient pas de dire que la substance de Dieu est son �tre.

q. 7 a. 2Arg. 8 Praeterea, Bo‘tius dicit [in lib. De hebdom. ] : Omne quod est participat eo quod est esse, ut sit ; alio vero participat ut aliquid sit. Sed Deus est. Ergo praeter esse suum est in eo aliquid aliud quo habet ut aliquid sit.

8. Bo�ce dit (De Hebdom. n¡ 16, PL 1311 B[741]) : ÇTout ce qui est participe ˆ l'�tre, pour �tre ; et participe ˆ autre chose pour �tre quelque choseÈ. Mais Dieu existe. Donc au-delˆ de son �tre il y a en lui quelque chose par laquelle il a d'�tre quelque chose[742].

q. 7 a. 2Arg. 9 Praeterea, Deo, qui est perfectissimus, id quod est imperfectissimum non est attribuendum. Sed esse est imperfectissimum, sicut prima materia : sicut enim materia prima determinatur per omnes formas, ita esse, cum sit imperfectissimum, determinari habet per omnia propria praedicamenta. Ergo sicut materia prima non est in Deo, ita nec esse debet divinae substantiae attribui.

9. On ne doit pas attribuer ˆ Dieu, qui est tr�s parfait, ce qui est tr�s imparfait[743]. Mais l'�tre est tr�s imparfait, comme la mati�re premi�re ; car de m�me qu'elle est limitŽe par toutes les formes, il en est de m�me pour l'�tre ; Žtant tr�s imparfait, il doit �tre limitŽ par toutes les catŽgories particuli�res. Donc de m�me quÕil nÕy a pas de mati�re premi�re en Dieu, de m�me, on ne doit pas attribuer l'�tre ˆ la substance divine.

q. 7 a. 2Arg. 10 Praeterea, id quod significatur per modum effectus, non convenit substantiae primae, quae non habet principium. Sed esse est huiusmodi : nam omne ens per principia suae essentiae habet esse. Ergo substantia Dei inconvenienter dicitur quod sit ipsum esse.

10. Ce qui est signifiŽ ˆ la mani�re de l'effet ne convient pas ˆ la substance premi�re qui n'a pas de principe. Mais l'�tre est de ce genre ; car tout Žtant a l'�tre par les principes de son essence. Donc il ne convient pas de dire que la substance de Dieu est l'�tre m�me.

q. 7 a. 2Arg. 11 Praeterea, omnis propositio est per se nota, in qua idem de ipso praedicatur. Sed si substantia Dei sit ipsum suum esse, idem erit in subiecto et praedicato, cum dicitur, Deus est. Ergo erit propositio per se nota : quod videtur esse falsum, cum sit demonstrabilis. Non ergo ipsum esse Dei est substantia.

11. Est connue par soi toute proposition dans laquelle le m�me est attribuŽ ˆ lui-m�me. Mais si la substance de Dieu est son �tre propre, il y aura la m�me chose dans le sujet et le prŽdicat, quand on dit : Dieu est. Donc la proposition sera connue par soi ; ce qui para”t faux, puisqu'elle peut �tre dŽmontrŽe. Donc l'�tre de Dieu n'est pas sa substance.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 2 s. c. 1 Sed contra. Est quod Hilarius dicit in Lib. de Trinit. : Esse non est accidens Deo, sed subsistens veritas. Id autem quod est subsistens, est rei substantia. Ergo esse Dei est eius substantia.

1. Hilaire dit au livre de la TrinitŽ (VII, PL. 10, 208 B) : ÇL'�tre n'est pas un accident en Dieu, mais vŽritŽ subsistanteÈ. Mais ce qui est subsistant est la substance. Donc l'�tre de Dieu est sa substance.

q. 7 a. 2 s. c. 2. Praeterea, Rabbi Moyses dicit, quod Deus est ens non in essentia, et vivens non in vita, et est potens non in potentia, et sapiens non in sapientia. Ergo in Deo non est aliud essentia quam suum esse.

2. Rabbi Moyses[744] dit que Dieu est l'Žtant sans essence, le vivant sans vie, le puissant sans puissance, et le sage sans sagesse[745]. Donc en Dieu l'essence n'est pas autre que son �tre.

q. 7 a. 2 s. c. 3 Praeterea, unaquaeque res proprie denominatur a sua quidditate : nomen enim proprie significat substantiam et quidditatem, ut habetur IV Metaphys. Sed hoc nomen quid est, est inter cetera magis proprium nomen Dei, ut patet Exod. IV. Cum ergo hoc nomen imponatur ab hoc quod est esse, videtur quod ipsum esse Dei sit sua substantia.

3. Toute chose est dŽnommŽe en propre par sa quidditŽ ; car le nom signifie proprement la substance et la quidditŽ, comme on le lit en MŽtaphysique, (D) V, 8, 1017 b 23[746]. Mais ce nom "qui est" est parmi tous les autres le nom le plus propre de Dieu, comme on le voit en Ex. 3, 14. Comme ce nom est imposŽ du fait qu'il est l'�tre, il semble que l'�tre m�me de Dieu est sa substance.

 

RŽponse :

q. 7 a. 2 co. Respondeo. Dicendum quod in Deo non est aliud esse et sua substantia. Ad cuius evidentiam considerandum est quod, cum aliquae causae effectus diversos producentes communicant in uno effectu, praeter diversos effectus, oportet quod illud commune producant ex virtute alicuius superioris causae cuius illud est proprius effectus. Et hoc ideo quia, cum proprius effectus producatur ab aliqua causa secundum suam propriam naturam vel formam, diversae causae habentes diversas naturas et formas oportet quod habeant proprios effectus diversos.

En Dieu, lÕ�tre et la substance ne sont pas diffŽrents. Pour le mettre en Žvidence il faut considŽrer que, quand des causes qui produisent divers effets se rencontrent dans un seul effet, au-delˆ des effets diffŽrents, il faut qu'elles produisent ce qui est commun par le pouvoir dÕune cause supŽrieure dont c'est lÕeffet propre. Et cela, parce que, quand le proper effet est produit par une cause selon sa propre nature ou sa propre forme, il faut que les causes diffŽrentes ayant des natures et des formes diffŽrentes, aient diffŽrents effets qui leur sont propres.

Unde si in aliquo uno effectu conveniunt, ille non est proprius alicuius earum, sed alicuius superioris, in cuius virtute agunt ; sicut patet quod diversa complexionata conveniunt in calefaciendo, ut piper, et zinziber, et similia, quamvis unumquodque eorum habeat suum proprium effectum diversum ab effectu alterius. Unde effectum communem oportet reducere in priorem causam cuius sit proprius, scilicet in ignem. Similiter in motibus caelestibus, sphaerae planetarum singulae habent proprios motus, et cum hoc habent unum communem, quem oportet esse proprium alicuius sphaerae superioris omnes revolventis secundum motum diurnum.

C'est pourquoi, si elles se rassemblent en un seul effet, celui-lˆ n'est pas propre ˆ l'une d'elle, mais ˆ une cause supŽrieure, dans le pouvoir de qui elles agissent ; ainsi il est clair que diffŽrents ingrŽdients mŽlangŽs s'unissent en chauffant, comme le poivre et le gingembre, et autres Žpices semblables, quoique chacun d'eux ait son propre effet, diffŽrent de celui de l'autre. C'est pourquoi il faut ramener l'effet commun ˆ une cause premi�re dont elle serait la cause propre, ˆ savoir le feu. De la m�me mani�re, dans les mouvements cŽlestes, chacune des sph�res des plan�tes a ses propres mouvements, et comme elles en ont un en commun, il faut qu'il soit propre ˆ une sph�re supŽrieure qui les met toutes en mouvement selon le mouvement diurne.

Omnes autem causae creatae communicant in uno effectu qui est esse, licet singulae proprios effectus habeant, in quibus distinguuntur. Calor enim facit calidum esse, et aedificator facit domum esse. Conveniunt ergo in hoc quod causant esse, sed differunt in hoc quod ignis causat ignem, et aedificator causat domum. Oportet ergo esse aliquam causam superiorem omnibus cuius virtute omnia causent esse, et eius esse sit proprius effectus. Et haec causa est Deus.

Mais toutes les causes crŽŽes ont part en commun dans un seul effet qui est l'�tre[747], bien qu'elles aient chacune des effets propres, par lesquels on les distingue. Car la chaleur chauffe, et l'architecte fait exister une maison. Donc ils se rassemblent en cela qu'ils causent l'�tre, mais ils sont diffŽrents en cela que le feu cause le feu et l'architecte cause la maison. Il faut donc qu'il y ait une cause supŽrieure ˆ toutes, que par sa puissance toutes causent l'�tre, et que son �tre soit l'effet le plus propre. Et cette cause c'est Dieu.

Proprius autem effectus cuiuslibet causae procedit ab ipsa secundum similitudinem suae naturae. Oportet ergo quod hoc quod est esse, sit substantia vel natura Dei. Et propter hoc dicitur in Lib. de Causis [prop. 9], quod intelligentia non dat esse nisi in quantum est divina, et quod primus effectus est esse, et non est ante ipsum creatum aliquid.

Mais l'effet le plus propre de n'importe quelle cause proc�de d'elle selon la ressemblance de sa nature. Il faut donc que ce qui est l'�tre, soit substance ou nature de Dieu. Et c'est pourquoi on dit au livre des Causes (prop. 9) que l'intelligence ne donne l'�tre que dans la mesure o� elle est divine, et que le premier effet est l'�tre, et avant lui, il n'y a rien de crŽŽ.

 

Solutions :

q. 7 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ens et esse dicitur dupliciter, ut patet V Metaph. [lib. X, text. 13 et 14]. Quandoque enim significat essentiam rei, sive actum essendi ; quandoque vero significat veritatem propositionis, etiam in his quae esse non habent : sicut dicimus quod caecitas est, quia verum est hominem esse caecum. Cum ergo dicat Damascenus, quod esse Dei est nobis manifestum, accipitur esse Dei secundo modo, et non primo. Primo enim modo est idem esse Dei quod est substantia : et sicut eius substantia est ignota, ita et esse. Secundo autem modo scimus quoniam Deus est, quoniam hanc propositionem in intellectu nostro concipimus ex effectibus ipsius.

 1. L'Žtant et l'�tre se disent de deux mani�res, comme on le voit en MŽtaphysique (V, 7, 1017 a 7 Ñ 1017 a 31). Car quelquefois il signifie l'essence de la chose, ou l'acte d'�tre, mais quelquefois la vŽritŽ de la proposition, m�me en ce qui n'a pas l'�tre, ainsi nous disons que la cŽcitŽ[748] existe parce qu'il est vrai qu'un homme est aveugle. Donc, comme Jean Damasc�ne dit que l'�tre de Dieu est pour nous Žvident, c'est prendre l'�tre au second sens, et non au premier. Car, pour le premier, l'�tre de Dieu est le m�me que sa substance ; et de m�me que sa substance est inconnue, son �tre aussi. De la seconde mani�re, nous savons que Dieu existe, puisque nous concevons cette proposition dans notre esprit, ˆ partir de ses effets.

q. 7 a. 2 ad 2 Et per hoc patet solutio ad secundum et tertium.

 2. 3. Et cela donne la solution ˆ la deuxi�me et la troisi�me objection.

q. 7 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod esse divinum, quod est eius substantia, non est esse commune, sed est esse distinctum a quolibet alio esse. Unde per ipsum suum esse Deus differt a quolibet alio ente.

 4. L'�tre de Dieu qui est sa substance, n'est pas un �tre commun, mais un �tre diffŽrent de n'importe quel autre. C'est pourquoi par son �tre propre Dieu diff�re de n'importe quel autre Žtant[749].

q. 7 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod sicut dicitur in libro de Causis, ipsum esse Dei distinguitur et individuatur a quolibet alio esse, per hoc ipsum quod est esse per se subsistens, et non adveniens alicui naturae quae sit aliud ab ipso esse. Omne autem aliud esse quod non est subsistens, oportet quod individuetur per naturam et substantiam quae in tali esse subsistit. Et in eis verum est quod esse huius est aliud ab esse illius, per hoc quod est alterius naturae ; sicut si esset unus calor per se existens sine materia vel subiecto, ex hoc ipso ab omni alio calore distingueretur : licet calores in subiecto existentes non distinguantur nisi per subiecta.

 5. Comme on le dit au Liber De causis (prop. IV), l'�tre m�me de Dieu est distinguŽ et sŽparŽ de n'importe quel autre �tre, par le fait qu'il est l'�tre subsistant par soi et qu'il ne s'ajoute ˆ aucune nature qui serait autre que l'�tre m�me. Mais tout autre �tre qui n'est pas subsistant, doit �tre individuŽ par la nature et la substance qui subsiste dans un tel �tre. Et en eux, il est vrai que l'�tre de l'un est diffŽrent de l'�tre de l'autre, par le fait qu'il est d'une autre nature, comme s'il y avait une seule chaleur subsistante par soi sans mati�re ou sujet, du fait qu'elle serait distinguŽe de toute autre chaleur ; bien que les chaleurs qui existent dans un substrat ne soient distinguŽes que par les sujets (eux-m�mes).

q. 7 a. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod ens commune est cui non fit additio, de cuius tamen ratione non est ut ei additio fieri non possit ; sed esse divinum est esse cui non fit additio, et de eius ratione est ut ei additio fieri non possit ; unde divinum esse non est esse commune. Sicut et animali communi non fit additio, in sua ratione, rationalis differentiae ; non tamen est de ratione eius quod ei additio fieri non possit ; hoc enim est de ratione animalis irrationalis, quae est species animalis.

 6. L'Žtant commun est celui ˆ qui n'est pas fait d'addition. Il n'est pas cependant de sa nature qu'une addition ne puisse pas lui �tre faite, mais l'�tre divin est un �tre ˆ qui ne se fait pas d'addition et il est de sa nature qu'elle ne puisse pas lui en �tre fait. C'est pourquoi l'�tre divin n'est pas un �tre commun. De m�me l'addition d'une diffŽrence rationnelle n'est pas faite ˆ l'animal commun dans sa nature, cependant il n'est pas de sa nature que l'addition ne puisse pas lui �tre faite ; car c'est de la nature de l'animal sans raison, qui est l'esp�ce animale.

q. 7 a. 2 ad 7 Ad septimum dicendum, quod modus significandi in dictionibus quae a nobis rebus imponuntur sequitur modum intelligendi ; dictiones enim significant intellectuum conceptiones, ut dicitur in principio Periher. Intellectus autem noster hoc modo intelligit esse quo modo invenitur in rebus inferioribus a quibus scientiam capit, in quibus esse non est subsistens, sed inhaerens. Ratio autem invenit quod aliquod esse subsistens sit : et ideo licet hoc quod dicunt esse, significetur per modum concreationis, tamen intellectus attribuens esse Deo transcendit modum significandi, attribuens Deo id quod significatur, non autem modum significandi.

 7. La mani�re de s'exprimer dans des paroles dont nous nous servons pour les choses, dŽcoule de la mani�re de les comprendre ; les paroles, en effet, signifient les conceptions de l'esprit, comme on le dit au commencement du Periher. (I, 16 a 10 ss.). Mais notre esprit comprend l'�tre par la mani�re dont il se trouve dans les choses infŽrieures d'o� il tire sa science, en qui l'�tre n'est pas subsistant, mais inhŽrent. Mais la raison dŽcouvre qu'il y a un �tre subsistant ; et c'est pourquoi, bien que ce qu'ils appellent l'�tre soit signifiŽ par mani�re de concrŽation[750], cependant l'intellect attribuant l'�tre ˆ Dieu transcende le mode de signifier, attribuant ˆ Dieu ce qui est signifiŽ, mais non le mode de le signifier.

q. 7 a. 2 ad 8 Ad octavum dicendum, quod dictum Boetii intelligitur de illis quibus esse competit per participationem, non per essentiam ; quod enim per essentiam suam est, si vim locutionis attendamus, magis debet dici quod est ipsum esse, quam sit id quod est.

 8. La parole de Bo�ce est comprise de ce ˆ quoi l'�tre convient par participation, non par essence, car ce qui est par son essence, si on tient compte de la force de lÕexpression, doit �tre appelŽ ce qui est lÕ�tre m�me plus que dÕ�tre ce quÕil est.

q. 7 a. 2 ad 9 Ad nonum dicendum, quod hoc quod dico esse est inter omnia perfectissimum : quod ex hoc patet quia actus est semper perfectio potentia. Quaelibet autem forma signata non intelligitur in actu nisi per hoc quod esse ponitur. Nam humanitas vel igneitas potest considerari ut in potentia materiae existens, vel ut in virtute agentis, aut etiam ut in intellectu : sed hoc quod habet esse, efficitur actu existens. Unde patet quod hoc quod dico esse est actualitas omnium actuum, et propter hoc est perfectio omnium perfectionum. Nec intelligendum est, quod ei quod dico esse, aliquid addatur quod sit eo formalius, ipsum determinans, sicut actus potentiam : esse enim quod huiusmodi est, est aliud secundum essentiam ab eo cui additur determinandum. Nihil autem potest addi ad esse quod sit extraneum ab ipso, cum ab eo nihil sit extraneum nisi non-ens, quod non potest esse nec forma nec materia.

9. Ce que j'appelle �tre est entre tout le plus parfait, ce qui le montre c'est que l'acte est toujours perfection en puissance. N'importe quelle forme dŽsignŽe[751] n'est comprise en acte que par le fait qu'on lui donne lÕ�tre. Car l'humanitŽ ou l''ignŽitŽ' peuvent �tre considŽrŽes comme existant dans la puissance de la mati�re, ou comme dans le pouvoir de l'agent, ou aussi comme dans l'intellect ; mais ce qui a l'�tre devient un existant en acte. C'est pourquoi il est clair que ce que j'appelle l'�tre est l'actualitŽ de tous les actes et c'est pour cela qu'il est la perfection de toutes les perfections. Et il ne faut pas comprendre qu'ˆ ce que j'appelle �tre on ajoute quelque chose de plus formel que lui, qui le dŽtermine, comme l'acte (dŽtermine) la puissance ; car un �tre qui est de ce genre est diffŽrent selon l'essence de ce ˆ quoi il faut ajouter pour le particulariser. Mais rien ne peut �tre ajoutŽ ˆ l'�tre qui lui soit extŽrieur, puisque rien en lui n'est extŽrieur sinon le non �tre[752], qui ne peut �tre ni forme ni mati�re.

Unde non sic determinatur esse per aliud sicut potentia per actum, sed magis sicut actus per potentiam. Nam et in definitione formarum ponuntur propriae materiae loco differentiae, sicut cum dicitur quod anima est actus corporis physici organici. Et per hunc modum, hoc esse ab illo esse distinguitur, in quantum est talis vel talis naturae. Et per hoc dicit Dionysius [cap. V de divin. Nomin.] quod licet viventia sint nobiliora quam existentia, tamen esse est nobilius quam vivere : viventia enim non tantum habent vitam, sed cum vita simul habent et esse.

C'est pourquoi, l'�tre n'est pas ainsi particularisŽ par autre chose comme la puissance par l'acte, mais plut™t comme l'acte par la puissance. Car dans la dŽfinition des formes, on place les mati�res propres par la diffŽrence du lieu, comme quand on dit que l'‰me est l'acte du corps organique. Et de cette mani�re, cet �tre est distinguŽ de cet autre dans la mesure o� il est de telle ou telle nature. Et par cela Denys dit (Les noms divins, V, 1, ¤ 5, 820 B[753]) que, bien que ce qui vit soit plus noble que ce qui existe, cependant l'�tre est plus noble que la vie, car ce qui vit n'a pas seulement la vie, mais avec elle, en m�me temps, a aussi l'�tre[754].

q. 7 a. 2 ad 10 Ad decimum dicendum, quod secundum ordinem agentium est ordo finium, ita quod primo agenti respondet finis ultimus, et proportionaliter per ordinem alii fines aliis agentibus. Si enim considerentur rector civitatis et dux exercitus et unus singularis miles, constat quod rector civitatis est prior in ordine agentium, ad cuius imperium dux exercitus ad bellum procedit ; et sub eo est miles, qui secundum ordinationem ducis exercitus manibus pugnat. Finis autem militis est prosternere hostem ; quod ulterius ordinatur ad victoriam exercitus, quod est finis ducis ; et hoc ulterius ordinatur ad bonum statum civitatis vel regni, quod est finis rectoris et regis. Esse ergo quod est proprius effectus et finis in operatione primi agentis oportet quod teneat locum ultimi finis. Finis autem licet sit primum in intentione, est tamen postremum in operatione, et est effectus aliarum causarum. Et ideo ipsum esse creatum, quod est proprius effectus respondens primo agenti, causatur ex aliis principiis, quamvis esse primum causans sit primum principium.

 10. L'ordre des fins dŽpend de celui des agents, de sorte que, la fin ultime rŽpond au premier agent, et les autres fins par ordre aux autres agents[755]. Car si on consid�re le dirigeant de la citŽ, le gŽnŽral de l'armŽe et un soldat particulier, il est clair que le dirigeant est premier dans l'ordre des agents ; par son pouvoir le gŽnŽral de lÕarmŽe proc�de ˆ la guerre ; et sous lui il y a le soldat, qui selon l'ordonnancement de lÕarmŽe du gŽnŽral combat de ses mains. Mais le but du soldat est d'abattre l'ennemi, ce qui est ordonnŽ ensuite ˆ la victoire de l'armŽe, qui est le but poursuivi par le gŽnŽral, et cela est ensuite ordonnŽ au bien �tre de la citŽ ou du royaume, qui est le but du gouverneur et du roi. Donc il faut que l'�tre qui est l'effet proche et la fin de l'opŽration du premier agent, tienne lieu de fin ultime. Mais bien que le but soit premier dans l'intention, il est cependant dernier dans l'opŽration, et elle est l'effet des autres causes. Et c'est pourquoi l'�tre m�me, crŽŽ, qui est lÕeffet propre qui correspond au premier agent, est causŽ par d'autres principes, quoique l'�tre premier qui cause soit le premier principe.

q. 7 a. 2 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod aliqua propositio est per se nota de se, quae tamen huic vel illi non est per se nota ; quando scilicet praedicatum est de ratione subiecti, et tamen ratio subiecti est alicui ignota ; sicut si aliquis nesciret quid est totum, non esset ei nota ista propositio per se, omne totum est maius sua parte ; huiusmodi enim propositiones fiunt notae cognitis terminis, ut dicitur I Posteriorum. Haec autem propositio, Deus est, quantum est de se, est per se nota, quia idem est in subiecto et praedicato ; sed quantum ad nos non est per se nota, quia quid est Deus nescimus : unde apud nos demonstratione indiget, non autem apud illos qui Dei essentiam vident.

 11. Une proposition est Žvidente de soi qui cependant n'est pas connue par soi par celui-ci ou celui-lˆ[756] ; quand le prŽdicat concerne la notion du sujet, et que cependant celle-ci est inconnue de quelqu'un ; comme si quelqu'un ignorait ce qu'est le tout, cette proposition le tout est plus grand que sa partie ne lui serait connue par soi ; car les propositions de ce genre deviennent connues quand on conna”t les termes, comme il est dit (Les analytiques postŽrieurs, I, 6, 74 b 26). Mais cette proposition : Dieu est, quant ˆ elle, est connue par soi, parce que c'est la m�me notion qui est dans le sujet et le prŽdicat ; mais quant ˆ nous, elle n'est pas connue par soi, parce que nous ignorons ce que Dieu est. C'est pourquoi nous avons besoin d'une dŽmonstration, mais pas ceux qui voient l'essence de Dieu.

 

 

 

Article 3 Ñ Dieu est-il dans un genre ?

q. 7 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum Deus sit in aliquo genere. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[757].

 

Objections :

q. 7 a. 3Arg. 1 Dicit enim Damascenus [libro III, caput IV] : Substantia in divinis significat communem speciem similium specie personarum ; hypostasis autem demonstrat individuum, scilicet patrem et filium et spiritum sanctum, Petrum et Paulum. Comparatur ergo Deus ad patrem et filium et spiritum sanctum sicut species ad individua. Sed ubicumque est invenire speciem et individuum, ibi est invenire genus : quia species constituitur ex genere et differentia. Ergo videtur quod Deus sit in aliquo genere.

1. Car Jean Damasc�ne dit (La foi orthodoxe III, 4) : ÇLa substance en Dieu signifie la forme commune des personnes de m�me esp�ce ; mais l'hypostase dŽsigne l'individu ˆ savoir le P�re, le Fils et l'Esprit saint, Pierre et Paul[758].È Donc Dieu est comparŽ au P�re, au Fils, ˆ l'Esprit saint, comme l'esp�ce ˆ l'individu. Mais partout o� on doit trouver l'esp�ce et l'individu, on doit trouver le genre : parce que l'esp�ce est constituŽe du genre et de la diffŽrence. Donc il semble que Dieu est dans un genre[759].

q. 7 a. 3Arg. 2 Praeterea, quaecumque sunt et nullo modo differunt, sunt penitus eadem. Sed Deus non est idem rebus aliis. Ergo aliquo modo differt ab eis. Omne autem quod ab alio differt, aliqua differentia ab eo differt. Ergo in Deo est aliqua differentia, qua differt a rebus aliis. Non autem accidentalis, cum in Deo nullum sit accidens, ut Boetius dicit in Lib. de Trin. Omnis autem substantialis differentia est alicuius generis divisiva. Ergo Deus est in aliquo genere.

2. Tout ce qui est et ne diff�re en aucune mani�re, est tout ˆ fait le m�me. Mais Dieu n'est pas le m�me que les autres choses. Donc d'une certaine mani�re il est diffŽrent d'elles. Mais tout ce qui est diff�rent d'un autre en diff�re par une certaine diffŽrence. Donc en Dieu il y a une diffŽrence par laquelle il diff�re des autres choses. Mais elle n'est pas accidentelle, puisqu'en Dieu il n'y a aucun accident, comme Bo�ce le dit (La TrinitŽ, II). Mais toute diffŽrence substantielle partage le genre. Donc Dieu est dans un genre.

q. 7 a. 3Arg. 3 Praeterea, idem dicitur genere et specie et numero, ut habetur I Topic., cap. VI. Ergo et diversum similiter : nam si multipliciter dicitur unum oppositorum, et reliquum. Aut ergo Deus est diversus a creatura numero tantum vel numero et specie tantum ; et sic, sequitur quod, cum creatura in genere conveniat, et sic erit in genere. Si autem genere a creatura differat, oportebit etiam quod sit in aliquo alio genere quam creatura : nam diversitas ex multitudine causatur, et sic diversitas generis multitudinem generum requirit. Ergo quolibet modo dicatur, oportet quod Deus sit in genere.

3. On dit la m�me chose du genre, de l'esp�ce et du nombre, comme on le voit en Topique (I, 6 102 b 27[760]). Donc il en est de m�me pour ce qui est diffŽrent, car on parle ainsi de multiples mani�res de l'un des opposŽs, et du reste. Donc ou Dieu est diffŽrent de la crŽature en nombre[761] seulement, ou en nombre et en esp�ce seulement et si c'est ainsi, il en dŽcoule que puisque la crŽature se trouve dans un genre, lui sera aussi dans un genre. Mais s'il diff�re en genre de la crŽature, il faudra aussi qu'il soit dans un autre genre que la crŽature ; car la diversitŽ est causŽe par la pluralitŽ, et ainsi la diversitŽ en genre requiert la pluralitŽ des genres. Donc on dirait de chaque mani�re qu'il faut que Dieu soit dans un genre.

q. 7 a. 3Arg. 4 Praeterea, cuicumque convenit ratio generis substantiae, est in genere. Sed ratio substantiae est per se existere, quod maxime convenit Deo. Ergo Deus est in genere substantiae.

4. Quiconque ˆ qui convient la notion du genre de la substance[762] est dans un genre. Mais la nature de la substance est d'exister par soi[763], ce qui convient au plus haut degrŽ ˆ Dieu. Donc Dieu est dans le genre de la substance.

q. 7 a. 3Arg. 5 Praeterea, omne quod definitur, oportet quod sit in genere. Sed Deus definitur : dicitur enim quod est actus purus. Ergo Deus est in aliquo genere.

5. Tout ce qui re�oit une dŽfinition[764] doit �tre dans un genre. Mais on donne une dŽfinition de Dieu, car on dit qu'il est acte pur. Donc Dieu est dans un genre.

q. 7 a. 3Arg. 6 Praeterea, omne quod praedicatur de alio in eo quod quid, et est in plus, vel se habet ad ipsum sicut species, vel sicut genus. Sed omnia quae praedicantur de Deo, praedicantur in eo quod quid : nam omnia praedicamenta, cum in divinam praedicationem venerint, in substantiam vertuntur, ut dicit Bo‘tius [in libro de Trinitate] : patet etiam quod non soli Deo conveniunt, sed etiam aliis ; et ita sunt in plus. Ergo vel comparantur ad Deum sicut species ad individuum vel sicut genus ad speciem ; et utrolibet modo oportet Deum esse in genere.

6. Tout ce qui est attribuŽ ˆ autre chose en ce qui est essence et est en plus, ou bien se comporte vis-ˆ-vis d'elle comme une esp�ce, ou comme un genre. Mais tout ce qui est attribuŽ ˆ Dieu est attribuŽ ˆ l'essence. En effet, comme toutes les catŽgories, sont venues dans l'attribution ˆ Dieu, elles se changent en substance, comme le dit Bo�ce (La TrinitŽ IV) ; il est clair aussi qu'elles ne conviennent pas ˆ Dieu seul, mais aussi aux autres ; et ainsi elles sont en plus. Donc elles sont associŽes ˆ Dieu ou bien comme l'esp�ce ˆ l'individu, ou bien comme le genre ˆ l'esp�ce ; et des deux mani�res, il faut que Dieu soit dans un genre.

q. 7 a. 3Arg. 7 Praeterea, unumquodque mensuratur minimo sui generis, ut dicitur X Metaph.[comment. 4] Sed, sicut dicit Commentator ibidem, id quo mensurantur omnes substantiae, est Deus. Ergo Deus est in eodem genere cum aliis substantiis.

7. Chaque chose est mesurŽe au plus pr�s de son genre, comme il est dit (MŽtaphysique X, 1, 1053 a 25[765]). Mais, comme le dit le Commentateur en ce m�me endroit (MŽtaphysique, X, com. 4), ce par quoi sont mesurŽes toutes les substances, c'est Dieu. Donc il est dans le m�me genre que les autres substances.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 3 s. c. 1 Sed contra. Omne quod est in genere, addit aliquid supra genus, et per consequens est compositum. Sed Deus est omnino simplex. Ergo non est in genere.

1. Tout ce qui est dans un genre lui ajoute quelque chose et par consŽquent est composŽ. Mais Dieu est tout ˆ fait simple. Donc il n'est pas dans un genre.

q. 7 a. 3 s. c. 2 Praeterea, omne quod est in genere, potest definiri, vel sub aliquo definito comprehendi. Sed Deus cum sit infinitus, non est huiusmodi. Ergo non est in genere.

2. Tout ce qui est dans un genre, peut �tre dŽfini ou compris sous une certaine dŽfinition. Mais comme Dieu est infini, il n'est pas dÕun tel genre. Donc il n'est pas dans un genre.

 

RŽponse :

q. 7 a. 3 co. Respondeo. Dicendum quod Deus non est in genere : quod quidem ad praesens tribus rationibus ostendi potest :

Dieu n'est pas dans un genre, ce qui ˆ prŽsent peut �tre montrŽ par trois raisons :

primo quidem, quia nihil ponitur in genere secundum esse suum, sed ratione quidditatis suae ; quod ex hoc patet, quia esse uniuscuiusque est ei proprium, et distinctum ab esse cuiuslibet alterius rei ; sed ratio substantiae potest esse communis : propter hoc etiam philosophus dicit [III Metaph., com, 10] quod ens non est genus. Deus autem est ipsum suum esse : unde non potest esse in genere.

a) Rien n'est placŽ dans un genre selon son �tre propre, mais en raison de sa quidditŽ[766] ; ce qui para”t du fait que l'�tre de n'importe quelle chose lui est propre, et diffŽrent de l'�tre de n'importe quelle autre, mais la nature de la substance peut �tre commune ; c'est pourquoi le philosophe aussi dit (MŽtaphysique (B) III, 3, 998 b 22[767]), que l'�tre n'est pas un genre. Mais Dieu est son �tre propre, c'est pourquoi il ne peut pas �tre dans un genre.

Secunda ratio est, quia quamvis materia non sit genus, nec forma sit differentia, tamen ratio generis sumitur ex materia, et ratio differentiae sumitur ex forma : sicut patet quod in homine natura sensibilis ex qua sumitur ratio animalis, est materialis respectu rationis, ex qua sumitur differentia rationalis. Nam animal est quod habet naturam sensitivam ; rationale autem quod rationem habet. Unde in omni eo quod est in genere, oportet esse compositionem materiae et formae, vel actus et potentiae ; quod quidem in Deo esse non potest, qui est actus purus, ut ostensum est [art. 1]. Unde relinquitur quod non potest esse in genere.

b) Quoique la mati�re ne soit pas un genre, et que la forme ne soit pas une diffŽrence, cependant la notion de genre est tirŽe de la mati�re, et celle de la diffŽrence de la forme ; ainsi il appara”t que dans l'homme, la nature sensible d'o� est prise la notion d'animal est matŽrielle par rapport ˆ la notion d'o� est prise la diffŽrence rationnelle. Car l'animal est ce qui a une nature sensible ; mais lÕ[animal] raisonnable celui qui a la raison. C'est pourquoi dans tout ce qui est dans un genre, il faut qu'il y ait composition de mati�re et de forme, ou d'acte et de puissance ; ce qui ne peut pas exister en Dieu, qui est acte pur, comme on l'a montrŽ (a. 1). C'est pourquoi il en dŽcoule qu'il ne peut pas �tre dans un genre[768].

Tertia ratio est, quia, cum Deus sit simpliciter perfectus, comprehendit in se perfectionem omnium generum : haec enim est ratio simpliciter perfecti, ut dicitur V Metaph. [com. 21] Quod autem est in aliquo genere, determinatur ad ea quae sunt illius generis ; et ita Deus non potest esse in aliquo genere : sic enim non esset infinitae essentiae, nec absolutae perfectionis, sed eius essentia et perfectio limitaretur sub ratione alicuius generis determinati. Ex hoc ulterius patet quod Deus non est species, nec individuum, nec habet differentiam, nec definitionem : nam omnis definitio est ex genere et specie ; unde nec de ipso demonstratio fieri potest nisi per effectum, cum demonstrationis propter quid medium sit definitio.

c) Comme Dieu est absolument parfait, il comprend en lui la perfection de tous les genres : car c'est lˆ la notion de ce qui est absolument parfait, comme il est dit en MŽtaphysique (V, 16, 1021 b 30[769]). Mais ce qui est dans un genre, est limitŽ a ce qui est ce genre, et de cette mani�re, Dieu ne peut pas �tre dans un genre ; car ainsi il ne serait pas d'essence infinie, ni dÕune perfection absolue, mais son essence et sa perfection seraient limitŽes par la nature d'un genre limitŽ. Cela montre en plus que Dieu n'est pas une esp�ce, ni un individu, il n'a ni diffŽrence ni dŽfinition ; car toute dŽfinition vient du genre et de l'esp�ce ; c'est pourquoi on ne peut pas faire de dŽmonstration ˆ son sujet que par l'effet, puisque la dŽfinition est l'intermŽdiaire de la dŽmonstration par la cause.

 

Solutions :

q. 7 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Damascenus loquitur similitudinarie, et non secundum proprietatem : habet enim nomen Dei, quod est Deus, similitudinem ad speciem in hoc quod de pluribus numero distinctis substantialiter praedicatur ; non tamen species proprie dici potest, quia species non est aliquid unum numero pluribus commune, sed ratione solum ; substantia vero divina una numero, est communis tribus personis : unde Pater et Filius et Spiritus sanctus sunt unus Deus, non autem Petrus et Paulus et Marcus sunt unus homo.

 1. Jean Damasc�ne parle de fa�on approximative et non au sens propre : car le nom de Dieu parce qu'il est Dieu, ressemble ˆ l'esp�ce du fait qu'il est attribuŽ substantiellement ˆ plusieurs choses distinctes[770] en nombre ; cependant on ne peut pas parler d'esp�ce au sens propre, parce que l'esp�ce est une chose unique, commune ˆ plusieurs, non pas en nombre, mais en raison seulement ; mais la substance divine, une en nombre est commune aux trois personnes, c'est pourquoi le P�re, le Fils et l'Esprit saint sont un seul Dieu, mais Pierre, Paul et Marc ne sont pas un seul homme.

q. 7 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod differens et diversum differunt, ut philosophus dicit [X Metph., com. 10 et 12]. Nam diversum absolute dicitur quod non est idem ; differens vero dicitur ad aliquid : nam omne differens aliquo differt. Si ergo proprie accipiamus hoc nomen differens, sic propositio ista est falsa : Quaecumque sunt et nullo modo differunt, sunt eadem. Si autem hoc nomen differens large sumatur, sic est vera ; et sic ista est concedenda, quod Deus a rebus aliis differat. Non tamen sequitur quod aliqua differentia differat, sed quod differat ab aliis per suam substantiam : hoc enim necesse est in primis et simplicibus dici. Homo enim differt ab asino, rationali differentia ; rationale autem ulterius non differt ab asino aliqua differentia (quia sic esset abire in infinitum), sed se ipso.

 2. DiffŽrent et divers[771] ont un sens diffŽrent comme le philosophe le dit (MŽtaphysique X, 3, 1054 b 23[772]). Car est appelŽ divers absolument ce qui n'est pas le m�me, mais on parle de diffŽrent en rapport ˆ quelque chose, car tout ce qui est diffŽrent diff�re par quelque chose. Donc si nous acceptons au sens propre ce nom diffŽrent, la proposition suivante est fausse : ÇTout ce qui est et ne diff�re en aucune mani�re, est le m�me.È Mais si ce nom diffŽrent est pris au sens large, elle est vraie, et ainsi cette phrase doit �tre concŽdŽe : ÇDieu diff�re de toutes chosesÈ. Cependant il n'en dŽcoule pas qu'il diff�re par une diffŽrence, mais qu'il diff�re des autres par sa substance ; car il est nŽcessaire de le dire dans ce qui est premier et simple. Car l'homme diff�re de l'‰ne, par une diffŽrence de raison, mais le rationnel ensuite ne diff�re pas de l'‰ne par une diffŽrence (parce qu'ainsi ce serait aller ˆ l'infini), mais en soi[773].

q. 7 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Deus dicitur diversus genere ab aliis creaturis, non quasi in alio genere existens, sed omnino existens extra genus.

 3. On dit que Dieu est diffŽrent en genre des autres crŽatures, non pas comme s'il existait dans un autre genre, mais comme tout ˆ fait en dehors du genre.

q. 7 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ens per se non est definitio substantiae, ut Avicenna dicit [III Mepahysicorum capi. VIII] Ens enim non potest esse alicuius genus, ut probat philosophus [III Metaph., com. 10], cum nihil possit addi ad ens quod non participet ipsum ; differentia vero non debet participare genus. Sed si substantia possit habere definitionem, non obstante quod est genus generalissimum, erit eius definitio : quod substantia est res cuius quidditati debetur esse non in aliquo. Et sic non conveniet definitio substantiae Deo, qui non habet quidditatem suam praeter suum esse. Unde Deus non est in genere substantiae, sed est supra omnem substantiam.

 4. L'Žtant par soi n'est pas une dŽfinition de la substance, comme Avicenne le dit (MŽtaphysique III, ch. 8). Car l'Žtant ne peut pas �tre le genre de quelque chose, comme le prouve le philosophe (MŽtaphysique III, 3, 998 b 22[774]), puisque rien ne peut �tre ajoutŽ ˆ l'Žtant qui ne participe pas de lui ; mais la diffŽrence ne doit pas participer au genre. Mais si la substance pouvait avoir une dŽfinition, malgrŽ le genre qui est le plus gŽnŽral, sa dŽfinition sera : ÇLa substance est une chose ˆ la quidditŽ de laquelle il est dž de ne pas �tre dans quelque chose.È Et ainsi cette dŽfinition de la substance ne conviendra pas ˆ Dieu qui n'a pas sa quidditŽ en plus de son �tre. C'est pourquoi Dieu n'est pas dans le genre de la substance, mais est au dessus de toute substance.

q. 7 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Deus definiri non potest. Omne enim quod definitur, in intellectu definientis comprehenditur ; Deus autem est incomprehensibilis ab intellectu ; unde cum dicitur quod Deus est actus purus, haec non est definitio eius.

 5. On ne peut pas donner de dŽfinition de Dieu. Car tout ce qui est dŽfini, est saisi dans l'esprit de celui qui dŽfinit. Mais Dieu est insaisissable par l'esprit ; c'est pourquoi, quand on dit que Dieu est acte pur, on ne donne pas sa dŽfinition.

q. 7 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod ad rationem generis requiritur quod univoce praedicetur. Nihil autem de Deo potest et creaturis univoce praedicari, ut infra [art. 7] patebit. Unde licet ea quae de Deo dicuntur, praedicentur de ipso substantialiter, nihilominus tamen non praedicantur de ipso ut genus.

 6. Il est nŽcessaire ˆ la notion du genre d'�tre attribuŽe de mani�re univoque. Mais rien ne peut �tre attribuŽ de mani�re univoque ˆ Dieu et ˆ la crŽature, comme plus bas (art. 7) on le verra. C'est pourquoi, bien que ce qui est dit de Dieu lui soit attribuŽ substantiellement, nŽanmoins ce ne lui est pas attribuŽ comme genre.

q. 7 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet Deus non pertineat ad genus substantiae quasi in genere contentum,- sicut species vel individuum sub genere continentur,- potest tamen dici quod sit in genere substantiae per reductionem, sicut principium, et sicut punctum est in genere quantitatis continuae, et unitas in genere numeri ; et per hunc modum est mensura substantiarum omnium, sicut unitas numerorum.

 7. Bien que Dieu n'appartienne pas au genre de la substance, en tant que contenu en un genre, Ñ comme l'esp�ce ou l'individu est contenu sous le genre, Ñ cependant on peut dire qu'il est dans le genre de la substance par rŽduction[775], comme principe, et, comme le point dont le genre de la quantitŽ continue et l'unitŽ dans celui du nombre ; et de cette mani�re il est la mesure de toutes substance[776], comme l'unitŽ pour les nombres.

 

 

 

Article 4 Ñ 'Bon', 'sage', 'juste' etc. attribuent-ils un accident ˆ Dieu ?

q. 7 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum bonum, sapiens, iustum et huiusmodi, praedicent de Deo accidens. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[777] :

 

Objections :

q. 7 a. 4Arg. 1 Quod enim praedicatur de aliquo non significans substantiam, sed illud quod naturam assequitur, praedicat accidens. Sed Damascenus dicit [in I libro], quod bonum et iustum et sanctum, dicta de Deo, assequuntur naturam, non autem ipsam substantiam significant. Praedicant ergo de Deo accidens.

1. Car ce qui est attribuŽ ˆ une chose sans signifier sa substance, mais refl�te sa nature, attribue un accident. Mais Jean Damasc�ne dit (la foi orthodoxe, I, 9[778]), que bon, juste, saint, employŽs pour Dieu, refl�te la nature, mais ils ne signifient pas la substance m�me. Donc ils attribuent un accident ˆ Dieu.

q. 7 a. 4Arg. 2 Sed dicebatur, quod Damascenus loquitur quantum ad modum significandi.- Sed contra, modus significandi qui sequitur rationem generis, oportet quod ad rem referatur : genus enim praedicatum significat substantiam subiecti, cum praedicetur in eo quod quid. Sed praedictis nominibus competit significare per modum assequentis naturam ratione generis : sunt enim in genere qualitatis, quae secundum propriam rationem ad subiectum respectum habet, nam qualitas est secundum quam quales dicimur. Ergo oportet quod iste modus significandi referatur ad rem, ut scilicet ea quae per praedicta nomina significantur, sint assequentia naturam eius de quo praedicantur, et per consequens accidentia.

2. Mais on pourrait dire que Jean Damasc�ne parle [selon une mani�re de signifier]. Ñ En sens contraire, la mani�re de signifier sur ce qui accompagne la nature du genre doit faire rŽfŽrence ˆ la rŽalitŽ ; car le genre attribuŽ signifie la substance du sujet, puisqu'il est attribuŽ ˆ ce qui est essence. Mais il convient ˆ ces noms attribuŽs, de signifier ˆ la mani�re de ce qui refl�te la nature en raison du genre ; car ils sont dans le genre de la qualitŽ, qui selon leur raison propre a rapport au sujet, car la qualitŽ c'est ce selon quoi on les dit telles. Donc il faut que ce mode de signifier se rŽf�re ˆ la rŽalitŽ, pour que ce que ces noms signifient refl�te la nature de ce ˆ quoi ils sont attribuŽs, et par consŽquent les accidents.

q. 7 a. 4Arg. 3 Sed dicendum, quod ista nomina non praedicantur de Deo quantum ad genus suum, quod est qualitas ; non enim proprie dicuntur de Deo nomina a nobis imposita.- Sed contra, a quocumque removetur genus, falso praedicatur de eo species : quod enim non est animal, falso dicitur homo. Si ergo genus praedictorum, quod est qualitas, non praedicatur de Deo, praedicta nomina non solum praedicabuntur improprie, sed falso de Deo, et ita erit falsum quod dicitur, quod Deus est iustus, vel quod Deus est sanctus ; quod est inconveniens. Ergo oportet dicere, quod praedicta nomina in Deo praedicent accidens.

3. Mais il faut dire que ces noms ne sont pas attribuŽs ˆ Dieu quant ˆ leur genre, qui est la qualitŽ, car ce n'est pas au sens propre qu'on donne ˆ Dieu les noms dont nous nous servons. Ñ En sens contraire, pour quelque raison que le genre soit exclu, l'esp�ce lui est attribuŽe faussement, car cÕest une erreur de dire que lÕhomme nÕest pas un animal. Si donc le genre des prŽdicats qui est la qualitŽ, n'est pas attribuŽ ˆ Dieu, ces noms non seulement seront attribuŽs improprement, mais faussement ˆ Dieu, et ainsi il sera faux de dire qu'il est juste ou qu'il est saint ; ce qui ne convient pas. Donc il faut dire que ces noms attribuent un accident en Dieu.

q. 7 a. 4Arg. 4 Praeterea. Philosophus dicit [I Phys., com. 27], quod id quod vere est, id est substantia, nulli accidit. Ergo eadem ratione, quod secundum se est accidens, ubique est accidens. Sed iustitia et sapientia et huiusmodi sunt per se accidentia. Ergo et in Deo sunt accidentia.

4. Le philosophe dit (Physique, I, 3, 186 b 4[779]) que ce qui existe vraiment, c'est-ˆ-dire la substance, n'est accident pour rien. Donc pour la m�me raison, ce qui est un accident en soi est partout accident. Mais la justice, la sagesse, etc.. sont en soi des accidents. Donc il y a aussi des accidents en Dieu.

q. 7 a. 4Arg. 5 Praeterea, omnia quae sunt in rebus creatis, exemplantur a Deo, qui est forma exemplaris omnium. Sed sapientia, iustitia et huiusmodi, in rebus creatis sunt accidentia. Ergo et in Deo sunt accidentia.

5. Tout ce qui est dans les crŽatures ressemble ˆ Dieu, qui est la forme exemplaire de tout[780]. Mais la sagesse, la justice, etc., sont des accidents. Donc il y a des accidents en Dieu.

q. 7 a. 4Arg. 6 Praeterea, ubicumque est quantitas et qualitas, ibi est accidens. Sed in Deo videtur esse quantitas et qualitas : est enim in Deo similitudo et aequalitas ; dicimus enim filium similem patri et aequalem. Similitudo autem causatur ex uno in qualitate, aequalitas ex uno in quantitate. Ergo in Deo est accidens.

6. Partout o� il y a quantitŽ et qualitŽ[781], il y a un accident. Mais en Dieu il semble qu'il y a quantitŽ et qualitŽ ; car il y a en lui la ressemblance et l'ŽgalitŽ ; nous disons en effet que le Fils est semblable et Žgal au P�re. Mais la ressemblance est causŽe d'une part dans la qualitŽ et l'ŽgalitŽ, d'autre part dans la quantitŽ. Donc en Dieu il y a un accident.

q. 7 a. 4Arg. 7 Praeterea, unumquodque mensuratur primo sui generis. Sed Deus non solum est mensura substantiarum, sed omnium accidentium, quia ipse est creator et substantiae et accidentis. Ergo in Deo non tantum est substantia, sed accidens.

7. Chaque chose est mesurŽe par le premier de son genre. Mais Dieu non seulement est la mesure des substances, mais de tous les accidents, parce qu'il est lui-m�me crŽateur de la substance et aussi de l'accident. Donc en Dieu il y a non seulement la substance mais aussi l'accident.

q. 7 a. 4Arg. 8 Praeterea, illud sine quo potest aliquid intelligi, accidentaliter de eo praedicatur. Ex hoc enim probat Porphyrius [in pradicalibus, capit. de accidente] separabilia quaedam accidentia esse, quia potest intelligi corvus albus, et Aethiops nitens candore. Sed Deus potest intelligi sine bono, ut patet per Bo‘tium [in libro de Hebd.]. Ergo bonum significat accidens in Deo, et eadem ratione alia.

8. Ce sans quoi on peut comprendre quelque chose, lui est attribuŽ accidentellement. Porphyre en effet (dans Les prŽdicables, ch. l'accident) prouve ainsi quil y a des accidents sŽparables, parce quÕon peut envisager le corbeau comme blanc et l'Žthiopien comme brillant de blancheur. Mais Dieu ne peut �tre envisagŽ sans le bien, comme on le voit chez Bo�ce (De hebdomadibus 36, PL. 64, 1312 B[782]). Donc le bien et d'autres choses encore pour la m�me raison signifient un accident en Dieu.

q. 7 a. 4Arg. 9 Praeterea, in significatione nominis duo est considerare : scilicet id a quo imponitur, et id cui imponitur. Quantum ad utrumque autem hoc nomen sapientia videtur accidens significare ; imponitur enim ab eo quod est facere sapientem, quod videtur actio esse sapientiae ; id autem a quo imponitur, est qualitas quaedam. Ergo omnibus modis hoc nomen et alia similia significant accidens in eo de quo praedicantur ; et ita in Deo est aliquod accidens.

9. Il faut considŽrer deux aspects dans la signification du mot : ˆ savoir ce par quoi et ce ˆ quoi il est imputŽ et ˆ quoi. Sous ces deux aspects ce nom de sagesse semble signifier un accident ; car il est imputŽ par ce qui est rendre sage, ce qui semble lÕaction de la sagesse, mais ce par quoi il est imputŽ est une qualitŽ. Donc de toutes les mani�res ce nom et d'autres semblables signifient un accident en ce ˆ quoi ils sont attribuŽs ; et ainsi en Dieu il y a un accident.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 4 s. c. 1 Sed contra. Est quod Botius dicit [in libro de Trinitate], quod Deus, cum sit forma simplex, subiectum esse non potest. Omne autem accidens est in subiecto. Ergo in Deo non potest esse aliquod accidens.

1. Il y a ce que Bo�ce dit (La TrinitŽ, 2, PL., 64, 1250[783]) : comme Dieu est une forme simple, il ne peut pas �tre substrat. Or tout accident est dans un substrat. Donc en Dieu il ne peut pas y avoir d'accident.

q. 7 a. 4 s. c. 2 Praeterea, omne accidens habet dependentiam ab alio. Sed nihil tale potest esse in Deo, quia quod dependet ab alio, oportet esse causatum ; Deus autem est causa prima nullo modo causata. Ergo in Deo accidens esse non potest.

2. Tout accident dŽpend d'une autre chose. Mais rien de tel ne peut exister en Dieu, parce que, ce qui dŽpend d'un autre doit avoir une cause ; mais Dieu est la cause premi�re en aucune mani�re causŽe. Donc en Dieu il ne peut y avoir d'accident.

q. 7 a. 4 s. c. 3 Praeterea, Rabbi Moyses dicit, quod huiusmodi nomina non significant in Deo intentiones additas supra eius substantiam. Omne enim accidens significat intentionem additam supra substantiam sui subiecti. Ergo praedicta nomina non significant accidens in Deo.

3. Rabbi Moyses dit que de tels noms ne signifient pas en Dieu des concepts ajoutŽs ˆ sa substance. Car tout accident signifient un concept ajoutŽ ˆ la substance de son substrat. Donc ces prŽdicats ne signifient pas un accident en Dieu.

q. 7 a. 4 s. c. 4 Praeterea, accidens est quod adest et abest praeter subiecti corruptionem. Sed hoc in Deo esse non potest, cum ipse sit immutabilis ut probatur a philosopho [in VII Phys., com. 52 et 53]. Ergo in Deo accidens esse non potest.

4. L'accident est ce qui est prŽsent ou absent au-delˆ de la corruption du substrat. Mais cela nÕest pas possible en Dieu, puisqu'il est immuable, comme le philosophe le prouve (Physique, VIII, 6, 259 b 23 Ð 259 b 32[784]). Donc en Dieu il ne peut pas y avoir d'accident.

 

RŽponse :

q. 7 a. 4 co. Respondeo. Dicendum quod, absque omni dubitatione, tenendum est quod in Deo nullum sit accidens ; quod quidem ad praesens potest ostendi tribus rationibus.

Sans doute aucun, il faut affirmer qu'en Dieu il n'y a aucun accident, ce qui ˆ prŽsent peut �tre montrŽ par trois raisons :

Prima ratio est, quia nulli naturae vel essentiae vel formae aliquid extraneum adiungitur, licet id quod habet naturam vel formam vel essentiam, possit aliquid extraneum in se habere ; humanitas enim non recipit in se nisi quod est de ratione humanitatis. Quod ex hoc patet, quia in definitionibus quae essentiam rerum significant quodlibet additum vel subtractum variat speciem, sicut etiam in numeris, ut dicit philosophus [VIII Metaph., com. 10].

a) Premi�re raison : parce que rien d'Žtranger n'est ajoutŽ ˆ aucune nature, essence ou forme, bien que ce qui a une nature, une forme ou une essence puisse avoir en soi quelque chose d'Žtranger ; car l'humanitŽ ne re�oit en soi que ce qui est de la nature de l'humanitŽ. Ce qui appara”t parce que dans les dŽfinitions qui signifient l'essence, quoi que ce soit d'ajoutŽ ou de soustrait fait varier l'essence, comme dans les nombres, comme le dit le philosophe (MŽtaphysique, VIII, 3, 1044 a 1[785]).

Homo autem qui habet humanitatem, potest aliquid aliud habere quod non sit de ratione humanitatis, sicut albedinem et huiusmodi, quae non insunt humanitati, sed homini. In qualibet autem creatura invenitur differentia habentis et habiti. In creaturis namque compositis invenitur duplex differentia, quia ipsum suppositum sive individuum habet naturam speciei, sicut homo humanitatem, et habet ulterius esse : homo enim nec est humanitas nec esse suum ; unde homini potest inesse aliquod accidens, non autem ipsi humanitati vel eius esse.

Mais l'homme qui a l'humanitŽ peut avoir autre chose qui ne la concerne pas, comme la blancheur et autres choses identiques, qui ne sont pas dans l'humanitŽ, mais dans l'homme. En n'importe quelle crŽature on trouve la diffŽrence de celui qui a et de ce quÕil a. Car dans les crŽatures composŽes, on trouve une double diffŽrence, parce que le supp™t lui-m�me ou l'individu a la nature de l'esp�ce[786], comme l'homme a l'humanitŽ au-delˆ de l'�tre ; car l'homme n'est pas l'humanitŽ, ni son �tre ; c'est pourquoi il peut y avoir dans l'homme un accident, mais non dans l'humanitŽ, ni dans son l'�tre[787].

In substantiis vero simplicibus est una tantum differentia, scilicet essentiae et esse. In Angelis enim quodlibet suppositum est sua natura : quidditas enim simplicis est ipsum simplex, ut dicit Avicenna [lib. V Metaph.] ; non est autem suum esse ; unde ipsa quidditas est in suo esse subsistens. Unde in huiusmodi substantiis potest inveniri aliquod accidens intelligibile, non autem materiale.

Dans les substances simples il y a une seule diffŽrence ˆ savoir celle de l'essence et de l'�tre. Car dans les anges n'importe quel supp™t est sa nature, car la quidditŽ de ce qui est simple est simple elle-m�me, comme le dit Avicenne (MŽtaphysique, V ch. 5), mais ce n'est pas son �tre ; aussi la quidditŽ m�me subsiste en son �tre. C'est pourquoi dans de telles substances, on peut trouver un accident intelligible, mais pas matŽriel.

In Deo autem nulla est differentia habentis et habiti, vel participantis et participati ; immo ipse est et sua natura et suum esse ; et ideo nihil alienum vel accidentale potest ei inesse. Et hanc rationem videtur tangere Bo‘tius [in libro Hebdom. ], dicens : id quod est, habere potest aliquod praeterquam quod ipsum est ; ipsum vero esse, nihil aliud praeter se habet admixtum.

Mais en Dieu il n'y a nulle diffŽrence entre celui qui a et ce qu'il a, ou entre participant et de ce qui est participŽ ; mais au contraire il est lui-m�me sa nature et son �tre[788], et c'est pourquoi rien d'Žtranger ou d'accidentel ne peut �tre en lui. Et Bo�ce semble traiter de cette question (De hebdom., r�gle 4, n¡ 13, PL. 64, 1311 B) quand il dit : Ç"Ce qui est" peut avoir quelque chose en sus de lui-m�me ; mais l'�tre en soi ne peut avoir rien d'ajoutŽ en dehors de lui.È

Secunda ratio est quod, cum accidens sit extrinsecum ab essentia subiecti, et diversa non coniungantur nisi per aliquam causam, oportet, si accidens Deo adveniat, quod hoc sit ab aliqua causa. Non autem potest esse ex aliqua causa extrinseca, quia sequeretur quod illa causa extrinseca ageret in Deum, et esset prior eo, sicut movens moto, et faciens facto. Sic enim causatur accidens in aliquo subiecto ab extrinseco in quantum exterius agens agit in subiectum in quo causatur accidens.

b) Seconde raison : comme l'accident est extŽrieur ˆ l'essence du sujet, et que les diffŽrentes parties ne sont jointes que par une cause, il faut, si un accident advenait en Dieu, que cela dŽpende d'une cause. Mais cela ne peut pas venir d'une cause extŽrieure, parce qu'il s'ensuivrait que cette cause extŽrieure agirait en Dieu, et serait avant lui, comme le moteur avant le mž, et le producteur avant le produit. Car l'accident est causŽ dans un sujet par l'extŽrieur, en tant qu'un agent extŽrieur agit dans le substrat en qui l'accident est causŽ.

Similiter etiam non potest esse ex causa intrinseca, sicut est per se in accidentibus, quae habent causam in subiecto. Subiectum enim non potest esse causa accidentis ex eodem ex quo suscipit accidens, quia nulla potentia movet se ad actum. Unde oportet quod ex alio sit susceptivum accidentis, et ex alio sit causa accidentis, et sic est compositum ; sicut ista quae recipiunt accidens per naturam materiae, et causant accidens per naturam formae. Ostensum autem est supra [art. 1], Deum non esse compositum. Unde impossibile est quod sit in eo accidens.

De la m�me mani�re aussi, il ne peut pas venir d'une cause intŽrieure[789], comme elle est en soi dans les accidents qui ont une cause dans le sujet. Car le sujet ne peut pas �tre cause de l'accident par cela m�me par quoi il re�oit l'accident, parce que nulle puissance ne se m�ne ˆ l'acte. C'est pourquoi il faut qu'il soit susceptible de recevoir l'accident d'un autre et qu'il en soit cause par un autre, et ainsi il est composŽ, de m�me que ce qui re�oit l'accident par la nature de la mati�re et cause l'accident par la nature de la forme. Mais on a montrŽ plus haut (a. 1) que Dieu n'est pas composŽ. C'est pourquoi il est impossible qu'il y ait en lui un accident.

Tertia ratio est, quia accidens comparatur ad subiectum sicut actus ad potentiam, cum sit quaedam forma ipsius. Unde cum Deus sit actus purus absque alicuius potentiae permixtione, non potest esse accidentis subiectum. Sic ergo patet ex praehabitis quod in Deo non est compositio materiae et formae, et quarumcumque partium substantialium, nec generis et differentiae, nec subiecti et accidentis ; patet etiam quod praedicta nomina in Deo non praedicant accidens.

c) Troisi�me raison[790] : parce que l'accident est comparŽ au substrat comme l'acte ˆ la puissance, puisqu'il en est la forme. C'est pourquoi comme Dieu est acte pur, sans mŽlange de puissance, il ne peut pas �tre le substrat d'un accident. Donc ainsi il est clair par ce qui a ŽtŽ dit, qu'en Dieu, il n'y a pas de composition de mati�re et de forme, et de toutes parties substantielles ni de genre et de diffŽrence, ni de sujet et d'accident ; ainsi il est clair que ces noms n' attribuent pas un accident ˆ Dieu.

 

Solutions :

q. 7 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Damascenus loquitur de istis nominibus non quantum ad id quod praedicant de Deo, sed quantum ad id a quo imponuntur ad significandum. Imponuntur enim a nobis ad significandum ex formis accidentalibus quibusdam, in creaturis repertis. Vult enim ex hoc probare quod per nomina dicta de Deo non notificatur nobis eius substantia.

 1. Jean Damasc�ne parle de ces noms, non pour ce qu'ils attribuent ˆ Dieu, mais pour ce ˆ quoi ils sont imputŽs pour signifier. Car nous les imputons pour signifier ˆ partir de certaines formes accidentelles trouvŽes dans les crŽatures. Ill veut, en effet, prouver que la substance de Dieu n'est pas signifiŽes par les noms qu'on lui donne.

q. 7 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod licet bonitatis humanae et sapientiae et iustitiae, qualitas sit genus ; non tamen est genus eorum secundum quod de Deo praedicantur, eo quod qualitas, in quantum huiusmodi, dicitur ens eo quod inhaeret aliqualiter subiecto. Sapientia autem et iustitia non ex hoc nominantur, sed magis ex aliqua perfectione vel ex aliquo actu ; unde talia veniunt in divinam praedicationem secundum rationem differentiae et non secundum rationem generis. Et propter hoc Augustinus dicit [V libro de Trinitate, capit. 1] : intelligamus quantum possumus sine qualitate bonum, sine quantitate magnum. Unde non oportet quod modus iste qui est assequi naturam, inveniatur in Deo.

 2. Bien que les qualitŽs de bontŽ, de sagesse et de justice chez l'homme soient un genre, ce n'est cependant pas leur genre qui est attribuŽ ˆ Dieu, parce que la qualitŽ, en tant que telle, est appelŽe Žtant, parce qu'elle adh�re d'une certaine mani�re ˆ un substrat. Mais la sagesse et la justice ne tirent pas leur nom de cela, mais plut™t d'une perfection ou d'un acte ; c'est pourquoi de tels prŽdicats viennent dans lÕattribution ˆ Dieu en raison de la diffŽrence et non du genre. Et c'est pour cela qu'Augustin dit (La TrinitŽ, V, I, 2) : ÇNous comprenons bon autant que nous pouvons sans la qualitŽ, grand sans la quantitŽ.È C'est pourquoi il ne faut pas que ce mode qui suit la nature se trouve en Dieu.

q. 7 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod si bonum et iustum univoce de Deo praedicarentur, sequeretur quod falsa esset praedicatio, remoto genere. Nihil autem de Deo creatura univoce praedicatur, ut infra ostendetur [art. 7] ; unde ratio non sequitur.

 3. Si bon et juste Žtaient attribuŽs de mani�re univoque ˆ Dieu, il s'ensuivrait que l'attribution serait fausse, si on excluait le genre. Mais rien n'est attribuŽ ˆ Dieu de mani�re univoque avec la crŽature, comme on le montrera plus loin (art. 7) : C'est pourquoi la raison ne vaut pas.

q. 7 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sapientia, quae est accidens, in Deo non est ; sed sapientia alia non univoce dicta ; et propter hoc ratio non sequitur.

 4. La sagesse, [celle]qui est un accident, n'est pas en Dieu, mais c'est une autre sagesse dŽsignŽe de mani�re non univoque, et c'est pour cela que cette raison ne vaut pas.

q. 7 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum quod exemplata non semper repraesentant perfecte exemplar ; unde quandoque quod est in exemplari deficienter et imperfecte invenitur in exemplato ; et praecipue in his quae exemplantur a Deo, qui est exemplar omnem creaturae proportionem excedens.

 5. Les images ne reprŽsentent pas toujours parfaitement l'exemplaire ; c'est pourquoi quelquefois on trouve ce qui est dans l'exemplaire de mani�re dŽficiente et imparfaite dans l'image et surtout dans ce qui est image de Dieu qui est l'exemplaire qui dŽpasse toute proportion avec la crŽature.

q. 7 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum, quod similitudo et aequalitas in Deo dicuntur non quia sit ibi qualitas vel quantitas, sed quia de eo dicimus quaedam quae apud nos significant qualitatem vel quantitatem, cum dicimus Deum magnum et sapientem et huiusmodi, et cetera.

 6. On parle de la ressemblance et de l'ŽgalitŽ en Dieu non pas parce qu'il y a qualitŽ et quantitŽ, mais parce que nous disons certaines choses qui signifient pour nous la qualitŽ ou la quantitŽ, quand nous disons que Dieu est grand et sage etc..

q. 7 a. 4 ad 7 Ad septimum dicendum, quod accidentia non dicuntur entia nisi per relationem ad substantiam tamquam ad primum ens ; unde non oportet quod accidentia mensurentur uno primo quod est accidens, sed uno primo quod est substantia.

 7. Les accidents ne sont appelŽs Žtants que par relation ˆ la substance en tant que premier Žtant ; c'est pourquoi il ne faut pas que les accidents soient mesurŽs par un premier qui est accident, mais par un premier qui est la substance.

q. 7 a. 4 ad 8 Ad octavum dicendum, quod omne illud sine quo res aliqua potest intelligi secundum suam substantiam intellecta, habet rationem accidentis : non enim potest esse quod non intelligatur id quod est de substantia rei, re secundum suam substantiam intellecta ; sicut quod intelligatur quid est homo, et non intelligatur quid est animal. Deum autem nos non videmus hic per essentiam, sed consideramus eum ex eius effectibus. Unde nihil prohibet considerare ipsum ex effectu essendi, et non considerare ex effectu bonitatis ; sic enim loquitur Boetius. Sciendum tamen quod licet nos intelligamus aliqualiter Deum, non intelligendo eius bonitatem, non tamen possumus intelligere Deum intelligendo eum non esse bonum, sicut nec hominem intelligendo eum non esse animal : hoc enim removeret substantiam Dei, quae est bonitas. Sancti vero in patria qui vident Deum per essentiam, videndo Deum, vident eius bonitatem.

 8. Tout ce sans quoi on peut comprendre une chose envisagŽe selon sa substance, a natured'accident ; car il n'est pas possible que ne soit pas compris ce qui est de sa substance, une fois qu'elle est comprise selon sa substance ; de m�me qu'on comprendrait ce qu'est un homme, et qu'on ne comprendrait pas ce qu'est un animal. Mais nous ne voyons pas ici Dieu par son essence mais nous le considŽrons ˆ partir de ses effets. C'est pourquoi rien n'emp�che de le considŽrer par l'effet d'�tre, et ne pas le considŽrer par celui de sa bontŽ, car Bo�ce en parle ainsi. Cependant il faut savoir que, bien que nous comprenions Žgalement Dieu, sans comprendre sa bontŽ, nous ne pouvons cependant pas comprendre Dieu sans comprendre qu'il nÕest pas bon ; de m�me qu'on ne comprend pas que c'est un homme en comprenant qu'il n'est pas un animal : car cela exclurait la substance de Dieu qui est sa bontŽ. Mais les saints, dans la patrie, qui voient Dieu par son essence, en le voyant, voient sa bontŽ.

q. 7 a. 4 ad 9 Ad nonum dicendum, quod hoc nomen sapientia verificatur de Deo quantum ad illud a quo imponitur nomen. Non autem imponitur nomen ab hoc quod est sapientem facere, sed ab hoc quod est sapientialia intellectualiter habere. Scientia enim, in quantum scientia, refertur ad scibile ; sed in quantum est accidens vel forma, refertur ad scientem. Hoc autem quod est sapientialia habere, est accidentale homini, non autem Deo.

 9. Ce nom de sagesse est vŽrifiŽ au sujet de Dieu quant ˆ ce par quoi on impute ce nom. Mais il nÕest pas imputŽ par ce qui rend sage, mais par ce que c'est avoir de mani�re intelligible ce qui concerne la sagesse. Car la science, en tant que telle, a rapport au connaissable. Mais en tant qu'accident ou forme, elle se rapporte au savant. Mais le fait d'avoir ce qui concerne la sagesse est accidentel pour l'homme, mais pas pour Dieu.

 

 

 

Article 5 Ñ Ces noms attribuŽs ˆ Dieu signifient-ils sa substance ?

 q. 7 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum praedicta nomina significent divinam substantiam. Et videtur quod non.

Il semble que non[791].

 

Objections :

q. 7 a. 5Arg. 1 Dicit enim Damascenus IV libro [libro I, capit. IV] : Oportet singulum eorum quae in Deo dicuntur, non quid est secundum substantiam significare existimare ; sed quod non est ostendere, aut habitudinem quamdam, aut aliquid eorum a quibus separatur, aut aliquid eorum quae assequuntur naturam aut operationem. Esse autem quod substantialiter de aliquo praedicatur significat quid est substantia eius. Praedicta ergo nomina non praedicantur substantialiter de Deo, tamquam eius substantiam significantia.

1. En effet, Jean Damasc�ne dit (La Foi orthodoxe, IV, ch. 4, PL. 94, 836 A) : ÇIl faut penser que de chaque chose qui est dite de Dieu ne signifie pas ce qu'il est selon sa substance, mais montre ce qu'il n'est pas, soit une relation, soit quelque chose dont il est dŽparŽ, soit quelque chose de ce qui touche sa nature ou son opŽration.È Mais l'�tre attribuŽ selon la substance signifie ce qu'elle est. Donc ces noms ne sont pas attribuŽs selon la substance ˆ Dieu comme la signifiant.

q. 7 a. 5Arg. 2 Praeterea, nullum nomen quod significat substantiam alicuius rei, vere potest de eo negari. Dicit enim Dionysius [cap. II, cael Hierach.], quod in divinis negationes sunt verae, affirmationes vero incompactae. Ergo talia nomina non significant substantiam divinam.

2. Aucun nom qui signifie la substance d'une chose ne peut vraiment �tre niŽ de lui. Car Denys dit (Les hiŽrarchie cŽleste, II, ¤ 3, 141 A[792]) qu'en Dieu les nŽgations sont vraies mais les affirmations inadŽquates. Donc de tels noms ne signifient pas la substance divine.

q. 7 a. 5Arg. 3 Praeterea, haec nomina significant processus divinae bonitatis in res, sicut dicit Dionysius [cap. III de divin. Nomin.]. Sed bonitates a Deo procedentes non sunt ipsa divina substantia. Ergo huiusmodi nomina non significant divinam substantiam.

3. Ces noms signifient ce qui proc�de de la divine bontŽ dans les �tres, comme le dit Denys (De div. Nomin., I, 2, 591 D[793]). Mais les bontŽs qui proc�dent de Dieu ne sont pas sa substance. Donc les noms de ce genre ne signifient pas la substance de Dieu.

q. 7 a. 5Arg. 4 Praeterea, Origenes dicit quod Deus dicitur sapiens quia sapientia nos implet. Hoc autem non significat divinam substantiam, sed effectum. Ergo praedicta nomina non significant divinam substantiam.

4. Orig�ne dit que Dieu est appelŽ sage parce qu'il nous comble de sagesse. Mais cela ne signifie pas la substance de Dieu, mais son effet. Donc ces noms ne signifient pas la substance divine.

q. 7 a. 5Arg. 5 Praeterea, in Lib. de causis [propositio 17] dicitur quod causa prima non nominatur nisi nomine causati primi, quod est intelligentia. Cum autem causa nominatur nomine sui causati, non est praedicatio per essentiam, sed per causam. Ergo nomina quae de Deo dicuntur, non praedicantur de Deo substantialiter, sed causaliter tantum.

5. Dans le Liber De Causis (prop. VI n¡ 63), il est dit que la cause premi�re n'est appelŽe que par le nom du premier effet, qui est l'intelligence. Mais comme la cause est appelŽe par le nom de son effet, ce n'est pas une attribution par l'essence, mais par la cause. Donc les noms dont on se sert pour Dieu ne lui sont pas attribuŽs selon la substance, mais selon la cause seulement.

q. 7 a. 5Arg. 6 Praeterea, nomina significant conceptiones intellectuum, ut patet per philosophum [ in principio Periher.]. Sed nos divinam substantiam intelligere non possumus : non enim scimus de eo quid est, sed quoniam est, ut dicit Damascenus [cap. IV de div. Nomin, part. I]. Ergo non possumus eum nominare aliquo nomine, nec significare eius substantiam.

6. Les noms signifient les conceptions de l'esprit, comme le montre le philosophe (au dŽbut du Periher. 16 a 10 ss). Mais nous ne pouvons pas saisir (intelligere) la substance divine ; car nous ne savons pas ce qu'il est, mais nous savons qu'il est, comme le dit Jean Damasc�ne (liv. I, ch. 4[794]). Donc nous ne pouvons pas lui donner un nom, ni signifier sa substance[795].

q. 7 a. 5Arg. 7 Praeterea, omnia divinam bonitatem participant, ut patet per Dionysium. Sed non omnia participant eius substantiam, quae est solum in tribus personis. Ergo divina bonitas non significat eius substantiam.

7. Tout participe de la bontŽ de Dieu, comme le montre Denys (Les noms divins, IV, ¤ 1, 693 B[796]). Mais tout ne participe pas de sa substance, qui est seulement dans les trois personnes. Donc la bontŽ de Dieu ne signifie pas sa substance.

q. 7 a. 5Arg. 8 Praeterea, Deum cognoscere non possumus nisi ex similitudine creaturae, quia, ut dicit apostolus, Rom. I, 20, invisibilia Dei a creatura mundi per ea quae facta sunt, intellecta conspiciuntur. Sed secundum quod ipsum cognoscimus, ita ipsum nominamus. Ergo non nominamus ipsum nisi ex similitudine creaturarum. Sed quando aliquid nominatur ex similitudine alterius, nomen illud non praedicatur de ipso substantialiter, sed metaphorice : quod per hoc patet quod per posterius de Deo dicitur, et per prius de eo a quo sumitur similitudo ; cum tamen quod significat substantiam alicuius primo de eo praedicetur.

8. Nous ne pouvons conna”tre Dieu que par la ressemblance de la crŽature, parce que, comme le dit l'Ap™tre (Rm 1, 20) ÇCe qu'il y a d'invisible en Dieu depuis la crŽation du monde, se laisse voir pour l'intelligence par ses Ïuvres.È Mais nous lui donnons un nom selon que nous le connaissons. Donc nous ne le nommons que par la ressemblance des crŽatures. Mais quand nous nommons une chose selon la ressemblance d'une autre, ce nom ne lui est pas attribuŽ ˆ lui-m�me selon la substance, mais par mŽtaphore : par lˆ i lest clair que ce quÕont de Dieu est aper�s, et ce dont on tire la ressemablance est avant ; puisque cependant nous attribuons d'abord ˆ une chose ce que signifie sa substance.

q. 7 a. 5Arg. 9 Praeterea, secundum philosophum [VIII Metaph.], significare substantiam est significare hoc, et nihil aliud. Si ergo hoc nomen bonum significat substantiam divinam, nihil erit in substantia divina quod non hoc nomine significetur, sicut etiam nihil est in substantia humana quod non significetur hoc nomine homo. Sed hoc nomen bonum non significat sapientiam. Ergo sapientia non erit substantia divina, et pari ratione nec omnia alia ; ergo non potest esse quod huiusmodi omnia nomina significent divinam substantiam.

9. Selon le philosophe (MŽtaphysique, VIII), signifier une substance c'est la signifier elle et rien d'autre. Si donc ce mot bon signifie la substance divine, rien ne sera dans sa substance qui ne soit pas signifiŽ par ce nom, de m�me que rien n'est dans la substance humaine qui ne soit signifiŽ par ce nom homme. Mais ce mot bon ne signifie pas la sagesse. Donc la sagesse ne sera pas la substance divine, ˆ raison Žgale, tous les autres attributs non plus ; donc il n'est pas possible que tous les noms de ce genre signifient la substance divine.

q. 7 a. 5Arg. 10 Praeterea, sicut quantitas est causa aequalitatis, et similitudinis qualitas, ita et substantia identitatis. Si ergo omnia huiusmodi nomina significent substantiam Dei, secundum ea non attenderetur vel aequalitas vel similitudo, sed magis identitas ; et ita creatura dicetur idem Deo, ex hoc quod eius sapientiam vel bonitatem imitatur, vel aliquid huiusmodi ; quod est inconveniens.

10. De m�me que la quantitŽ est la cause de l'ŽgalitŽ, et la qualitŽ celle de ressemblance, de m�me la substance est celle de l'identitŽ. Si donc tous les noms de ce genre signifiaient la substance de Dieu, selon eux on n'atteindrait ni l'ŽgalitŽ, ni la ressemblance, mais plut™t l'identitŽ, et ainsi on dirait que la crŽature serait identique ˆ Dieu du fait qu'elle imite sa sagesse et sa bontŽ, etc., ce qui ne convient pas.

q. 7 a. 5Arg. 11 Praeterea, in Deo, qui est principium totius naturae, nihil potest esse contra naturam ; nec ipse etiam aliquid contra naturam facit, sicut habetur in Glossa Rom. XI (ord. super illud : Contra naturam insertus es). Hoc autem est contra naturam quod accidens sit substantia. Cum ergo sapientia, iustitia et huiusmodi secundum se sint accidentia, non potest esse quod in Deo sint substantia.

11. En Dieu, qui est le principe de toute la nature, rien ne peut �tre contre elle ; et il ne fait rien contre elle, comme le dit la Glose (ordinaire, Rm. 11, 24, sur ce passage : ÇGreffŽ contre nature[797]ÉÈ). Mais c'est contre la nature qu'un accident soit une substance. Donc, comme la sagesse, la justice, etc, sont en soi des accidents, il n'est pas possible qu'ils soient substance en Dieu.

q. 7 a. 5Arg. 12 Praeterea, cum dicitur Deus bonus, iste terminus est complexus. Nulla autem esset complexio, si bonitas Dei esset ipsa eius substantia. Ergo non videtur quod bonum significet divinam substantiam ; et eadem ratione nec alia similia nomina.

12. Quand on appelle Dieu bon, ce terme est complexe. Mais il n'y aurait pas de complexitŽ si la bontŽ de Dieu Žtait sa substance m�me. Donc il ne semble pas que bon signifie la substance de Dieu, et pour une m�me raison les autres noms semblables non plus.

q. 7 a. 5Arg. 13 Praeterea, Augustinus dicit quod Deus omnem formam nostri intellectus subterfugit, et ideo intellectui permixtus esse non potest. Hoc autem non esset, si ista nomina significarent divinam substantiam, quia Deus corresponderet formae nostri intellectus. Ergo huiusmodi nomina non significant divinam substantiam.

13. Augustin dit que Dieu se dŽrobe ˆ toute forme de notre esprit, et c'est pourquoi il ne peut pas lui �tre uni. Mais cela n'existerait pas, si ces noms signifiaient la substance divine, parce que Dieu correspondrait ˆ la forme de notre esprit. Donc les noms de ce genre ne signifient pas la substance de Dieu.

q. 7 a. 5Arg. 14 Praeterea, Dionysius [cap. 1 mysticae Theologiae] dicit quod optime homo Deo unitur in cognoscendo quod cognoscens de ipso nihil cognoscit. Hoc autem non esset, si ista quae concipit et significat, essent divina substantia. Ergo idem quod prius.

14. Denys (La thŽologie mystique,1 ¤1 997 B) dit que l'homme est tout ˆ fait bien uni ˆ Dieu en reconnaissant que celui qui conna”t ne conna”t rien de lui. Mais cela ne serait pas possible si ce qu'il con�oit et signifie Žtait la substance divine. Donc de m�me que plus haut.

 

En sens contraire

q. 7 a. 5 s. c. 1 Sed contra. Est quod Augustinus dicit [VII de Trin., cap. VII] : Deo est hoc esse quod est fortem esse, vel sapientem esse ; et si quid de illa simplicitate dixeris quae eius substantiam significat. Ergo omnia huiusmodi significant divinam substantiam.

1. Il y a cette parole d'Augustin (la TrinitŽ, VI, 4, 6[798]) : ÇPour Dieu c'est �tre que d'�tre fort, ou sage ; et ainsi on dit quelque chose de cette simplicitŽ qui signifie sa substance.È Donc tous les mots de ce genre signifient la substance divine.

q. 7 a. 5 s. c. 2 Praeterea, Bo‘tius dicit [in libris de Trinitate], quod cum quis alia praedicamenta praeter relationem in divinam vertit praedicationem, cuncta mutantur in substantiam ; sicut iustus, etsi qualitatem significare videatur, significat tamen substantiam, et similiter magnus, et huiusmodi alia.

2. Bo�ce dit (La TrinitŽ VI[799]) que lorsque quelqu'un change les autres catŽgories sauf la relation dans lÕattribution divine, tout est changŽ en sa substance ; comme juste, m�me s'il semble signifier une qualitŽ, signifie cependant la substance, et de la m�me mani�re grand, etc..

q. 7 a. 5 s. c. 3 Praeterea, omne quod dicitur per participationem, reducitur ad aliquid per se et essentialiter dictum. Sed praedicta nomina de creaturis dicuntur per participationem. Ergo cum reducantur in Deum sicut in causam primam, oportet quod de Deo dicantur essentialiter ; et ita sequitur quod significent eius substantiam.

3. Tout ce qui est dit par participation est ramenŽ ˆ quelque chose par soi et dit selon l'essence. Mais ces noms attribuŽs sont dits des crŽatures par participation. Donc comme ils sont ramenŽs ˆ Dieu comme ˆ la cause premi�re, il faut quÕon en parle en Dieu selon l'essence, et ainsi il en dŽcoule qu'ils signifient sa substance.

 

RŽponse :

q. 7 a. 5 co. Respondeo. Dicendum quod :

Il faut dire que :

A. Ñ Quidam posuerunt, quod ista nomina dicta de Deo, non significant divinam substantiam, quod maxime expresse dicit Rabbi Moyses. Dicit autem, huiusmodi nomina de Deo dupliciter esse intelligenda :

A Ð Certains ont pensŽ que ces noms donnŽs ˆ Dieu, ne signifient pas la substance divine, ce que dit de fa�on tr�s expresse Rabbi Moyses[800].. Mais il dit que de tels noms sur Dieu doivent �tre interprŽtŽs de deux mani�res :

Uno modo per similitudinem effectus, ut dicatur Deus sapiens non quia sapientia aliquid sit in ipso, sed quia ad modum sapientis in suis effectibus operatur, ordinando scilicet unumquodque ad debitum finem ; et similiter dicitur vivens in quantum ad modum viventis operatur, quasi ex se ipso agens.

1) Par la ressemblance de l'effet, ainsi on dit que Dieu est sage, non parce que la sagesse est quelque chose en lui, mais parce qu'il op�re ˆ la mani�re du sage dans ses effets, c'est-ˆ-dire en ordonnant chaque chose ˆ la fin qui lui est due, et de m�me on le dit vivant en tant qu'il op�re ˆ la mani�re d'un vivant, comme agissant par lui-m�me.

Alio modo per modum negationis ; ut per hoc quod dicimus Deum esse viventem, non significemus vitam in eo aliquid esse, sed removeamus a Deo illum modum essendi quo res inanimatae existunt. Similiter cum dicimus Deum intelligentem, non intelligimus significare intellectum aliquid in ipso esse, sed removemus a Deo illum modum essendi quo bruta existunt ; et sic de aliis.

2) Par mode de nŽgation ; ainsi en disant que Dieu est vivant, nous ne signifions pas que la vie est quelque chose en lui, mais que nous excluons de lui cette mani�re d'�tre par laquelle des �tres existent sans vie. De m�me quand nous disons que Dieu est intelligent, nous n'entendons pas signifier quelque intellection en lui, mais nous excluons de lui cette mani�re d'�tre par laquelle les b�tes existent, et ainsi de suite...

Uterque autem modus videtur esse insufficiens et inconveniens.

L'une et l'autre mani�re semble insuffisante et ne pas convenir.

Primus quidem duplici ratione : quarum prima est, quia secundum expositionem nulla differentia esset inter hoc quod dicitur, Deus est sapiens et Deus est iratus, vel Deus ignis est. Dicitur enim iratus quia operatur ad modum irati dum punit : hoc enim homines irati facere consueverunt. Dicitur etiam ignis, quia operatur ad modum ignis dum purgat, quod ignis suo modo facit. Hoc autem est contra positionem sanctorum et prophetarum loquentium de Deo, qui quaedam de Deo probant, et quaedam ab eo removent ; probant enim eum esse vivum, sapientem et huiusmodi, et non esse corpus, neque passionibus subiectum. Secundum autem praedictam opinionem omnia de Deo pari ratione possent dici et removeri, non magis haec quam illa.

1) La premi�re mani�re[801] d'abord pour une double raison : a) Dont la premi�re est parce que, selon l'exposŽ, il n'y a aucune diffŽrence entre ce qui est dit, que Dieu est sage et Dieu est en col�re ou Dieu est feu. Car on le dit irritŽ parce qu'il op�re ˆ la mani�re de quelqu'un en col�re quand il punit. Cela en effet les hommes en col�re ont l'habitude de le faire. On l'appelle aussi feu ; parce qu'il agit ˆ la mani�re du feu quand il purifie, ce que le feu fait ˆ sa mani�re. Mais cela est contre l'opinion des saints et des proph�tes qui parlent de Dieu, qui prouvent certaines choses ˆ son sujet et en excluent d'autres ; car ils prouvent qu'il est vivant, sage, etc., et qu'il n'est pas un corps, ni qu'il est soumis aux passions. Selon cette opinion tout pourrait �tre dit ou exclu de Dieu ˆ raison Žgale, pas plus ceci que cela

Secunda ratio, quia cum secundum fidem nostram ponamus creaturam non semper fuisse, quod et ipse concedit, sequeretur quod non possemus dicere fuisse sapientem vel bonum antequam creaturae essent. Constat enim quod antequam creaturae essent, nihil in effectibus operabatur, nec ad modum boni nec ad modum sapientis. Hoc autem omnino sanae fidei repugnat : nisi forte dicere velit quod ante creaturas sapiens dici poterat, non quia operaretur ut sapiens, sed quia poterat ut sapiens operari. Et sic sequeretur quod aliquid existens in Deo per hoc significetur, et sit per consequens substantia, cum quidquid est in Deo sit sua substantia.

b) Seconde raison : parce que, comme nous pensons selon notre foi que la crŽature n'a pas toujours existŽ, ce que lui-m�me conc�de, il en dŽcoulerait que nous ne pourrions pas dire qu'il a ŽtŽ sage ou bon avant que les crŽatures existent. Car il est Žvident qu'avant qu'elles existent, il n'opŽrait rien dans les effets, ni selon sa bontŽ, ni selon sa sagesse. Mais cela s'oppose ˆ la vraie foi, ˆ moins que par hasard, il veuille dire qu'avant les crŽatures, il pouvait �tre appelŽ sage, non parce qu'il opŽrait en tant que sage, mais parce qu'il pouvait le faire. Et ainsi il en dŽcoulerait que par lˆ serait signifiŽ quelque chose qui existe en Dieu, et est par consŽquent sa substance, puisque tout ce qui est en Dieu est sa substance.

Secundus autem modus eadem ratione videtur esse inconveniens. Non enim est aliquod nomen alicuius speciei per quod non removeatur aliquis modus qui Deo non competit. In nomine enim cuiuslibet speciei includitur significatio differentiae, per quam excluditur alia species quae contra eam dividitur : sicut in nomine leonis includitur haec differentia quae est quadrupes, per quam leo differt ab ave. Si ergo praedicationes de Deo non essent introductae nisi ad removendum, sicut dicimus Deum esse viventem,- quia non habet esse ad modum inanimatorum, ut ipse dicit - ita possemus dicere Deum esse leonem, quia non habet esse ad modum avis. Et praeterea intellectus negationis semper fundatur in aliqua affirmatione : quod ex hoc patet quia omnis negativa per affirmativam probatur ; unde nisi intellectus humanus aliquid de Deo affirmative cognosceret, nihil de Deo posset negare. Non autem cognosceret, si nihil quod de Deo dicit, de eo verificaretur affirmative.

2) La seconde mani�re[802] ne semble pas convenir pour la m�me raison. Car il n'y a pas de nom dÕune esp�ce par lequel ne serait pas exclu un mode qui ne convient pas ˆ Dieu. Car dans le nom de n'importe quelle esp�ce, est inclue une signification de diffŽrence, par laquelle est exclue une autre esp�ce, qui s'oppose ˆ elle, comme dans le nom de lion est incluse cette diffŽrence qu'il est quadrup�de, par laquelle il est diffŽrent de l'oiseau. Donc ainsi les attributions ˆ Dieu n'auraient ŽtŽ introduites que pour exclure, comme nous disons que Dieu est vivant Ñ parce qu'il n'a pas un �tre ˆ la mani�re des objets inanimŽs, comme il le dit lui-m�me Ñ de sorte que nous puissions dire que Dieu est un lion, parce qu'il n'a pas d'�tre ˆ la mani�re de l'oiseau. Et en plus le concept de nŽgation est toujours fondŽ sur une affirmation : ce qui parait du fait que toute nŽgation est prouvŽe par une affirmation ; c'est pourquoi ˆ moins que l'intellect humain ne connaisse de fa�on affirmative quelque chose de Dieu, il ne peut rien nier de lui. Mais il ne conna”trait pas si rien de ce qu'il dit de Dieu n'Žtait vŽrifiŽ affirmativement.

B. Ñ Et ideo, secundum sententiam Dionysii [capit. XII de divinis Nominibus], dicendum est, quod huiusmodi nomina significant divinam substantiam, quamvis deficienter et imperfecte : quod sic patet. Cum omne agens agat in quantum actu est, et per consequens agat aliqualiter simile, oportet formam facti aliquo modo esse in agente : diversimode tamen : quia quando effectus adaequat virtutem agentis, oportet quod secundum eamdem rationem sit illa forma in faciente et in facto ; tunc enim faciens et factum coincidunt in idem specie, quod contingit in omnibus univocis : homo enim generat hominem, et ignis ignem. Quando vero effectus non adaequat virtutem agentis, forma non est secundum eamdem rationem in agente et facto, sed in agente eminentius ; secundum enim quod est in agente habet agens virtutem ad producendum effectum. Unde si tota virtus agentis non exprimitur in facto, relinquitur quod modus quo forma est in agente excedit modum quo est in facto. Et hoc videmus in omnibus agentibus aequivocis, sicut cum sol generat ignem.

B. Ñ Et c'est pourquoi, selon l'expression de Denys (Les Noms divins, XII), il faut dire que les noms de ce genre signifient la substance divine, quoique de mani�re dŽficiente et imparfaite ; ce qui para”t ainsi : puisque tout agent agit en tant qu'il est en acte, et par consŽquent fait en quelque mani�re du semblable, il faut que la forme de ce qui est produit soit en quelque mani�re dans l'agent ; de mani�re diffŽrente cependant ; parce que, quand l'effet Žgale le pouvoir de l'agent, il faut que cette forme soit selon une m�me raison dans ce qui produit et ce qui est produit ; car alors celui qui produit et ce qui est produit se retrouve dans l'identique en esp�ce, ce qui arrive dans tout ce qui est univoque ; l'homme, en effet, engendre un homme et le feu le feu. Mais quand l'effet n'Žgale pas le pouvoir de l'agent, la forme n'est pas selon la m�me raison dans l'agent et dans ce qui est produit, mais de mani�re plus Žminente dans l'agent, car l'agent a le pouvoir de produire l'effet selon quÕil est en lui. C'est pourquoi si tout le pouvoir de l'agent n'est pas exprimŽ dans ce qu'il produit, il reste que le mode par lequel la forme est dans l'agent dŽpasse le mode par lequel elle est dans ce qui est produit. Et nous voyons cela dans tous les agents Žquivoques, comme quand le soleil engendre le feu.

Constat autem quod nullus effectus adaequat virtutem primi agentis, quod Deus est ; alias ab una virtute ipsius non procederet nisi unus effectus. Sed cum ex eius una virtute inveniamus multos et varios effectus procedere, ostenditur nobis quod quilibet eius effectus deficit a virtute agentis. Nulla ergo forma alicuius effectus divini est per eamdem rationem, qua est in effectu in Deo : nihilominus oportet quod sit ibi per quemdam modum altiorem ; et inde est quod omnes formae quae sunt in diversis effectibus distinctae et divisae ad invicem, in eo uniuntur sicut in una virtute communi, sicut etiam omnes formae per virtutem solis in istis inferioribus productae, sunt in sole secundum unicam eius virtutem, cui omnia generata per actionem solis secundum suas formas similantur.

Mais il est clair qu'aucun effet n'Žgale la puissance du premier agent qui est Dieu ; autrement il ne proviendrait qu'un seul effet de son pouvoir unique. Mais comme nous trouvons que de son seul pouvoir proc�dent des effets nombreux et variŽs, cela nous montre que n'importe quel effet est dŽficient par rapport ˆ la puissance de l'agent. Donc aucune forme d'un effet divin n'est d'une m�me nature que dans l'effet en Dieu : il faut nŽanmoins qu'il y soit par quelque mode plus ŽlevŽ et de lˆ vient que toutes les formes qui sont distinctes et divisŽes entre elles dans les divers effets, y sont unies, comme dans un pouvoir commun, comme aussi toutes les formes produites par le pouvoir du soleil dans les choses infŽrieures sont dans le soleil selon son unique pouvoir, ˆ qui tout ce qui est engendrŽ par l'action du soleil ressemble selon les formes.

Et similiter perfectiones rerum creatarum assimilantur Deo secundum unicam et simplicem essentiam eius. Intellectus autem noster cum a rebus creatis cognitionem accipiat, informatur similitudinibus perfectionum in creaturis inventarum, sicut sapientiae, virtutis, bonitatis et huiusmodi. Unde sicut res creatae per suas perfectiones aliqualiter,- licet deficienter,- Deo assimilantur, ita et intellectus noster harum perfectionum speciebus informatur. .

Et de m�me, les perfections des crŽatures ont une ressemblance avec Dieu quant ˆ son essence unique et simple. Mais comme notre esprit re�oit la connaissance par les crŽatures, il est mis en forme par les ressemblances des perfections trouvŽes dans les crŽatures comme celle de la sagesse, de la vertu, de la bontŽ, etc.. C'est pourquoi, de m�me que les crŽatures ressemblent ˆ Dieu de quelque mani�re par leurs perfections Ñ bien que de mani�re dŽficiente, Ñ de m�me notre esprit re�oit les formes de ces perfections.

Quandocumque autem intellectus per suam formam intelligibilem alicui rei assimilatur, tunc illud quod concipit et enuntiat secundum illam intelligibilem speciem verificatur de re illa cui per suam speciem similatur : nam scientia est assimilatio intellectus ad rem scitam. Unde oportet quod illa quae intellectus, harum specierum perfectionibus informatus, de Deo cogitat vel enuntiat, in Deo vero existant, qui unicuique praedictarum specierum respondet sicut illud cui omnes similes sunt. Si autem huiusmodi intelligibilis species nostri intellectus divinam essentiam adaequaret in assimilando, ipsam comprehenderet, et ipsa conceptio intellectus esset perfecta Dei ratio, sicut animal gressibile bipes est perfecta ratio hominis.

Quelquefois l'esprit par sa forme intelligible ressemble ˆ une chose, alors ce qu'il con�oit et Žnonce selon cette forme intelligible est vŽrifiŽ de cette chose ˆ laquelle elle ressemble par sa forme ; car la science est la ressemblance de l'esprit ˆ la chose connue. C'est pourquoi, il faut que ce que l'esprit, informŽ par les perfections de ces formes, pense ou Žnonce de Dieu, existe rŽellement en lui, qui correspond ˆ chacune de ces formes, comme ce ˆ quoi toutes sont semblables. Mais si une telle esp�ce intelligible de notre esprit Žgalait l'essence divine en lui ressemblant, il l'apprŽhenderait et la conception m�me de l'esprit serait la dŽfinition parfaite de Dieu, comme "animal marcheur ˆ deux pieds" est une parfaite dŽfinition de l'homme.

Non autem perfecte divinam essentiam assimilat species praedicta, ut dictum est ; et ideo licet huiusmodi nomina, quae intellectus ex talibus conceptionibus Deo attribuit, significent id quod est divina substantia, non tamen perfecte ipsam significant secundum quod est, sed secundum quod a nobis intelligitur.

Mais la forme dont on a parlŽ n'imite pas parfaitement l'essence divine, comme on l'a dit, et c'est pourquoi, bien que les noms de ce genre, que l'esprit a attribuŽe ˆ Dieu par de telles conceptions, signifient ce qu'est la substance divine, ils ne la signifient cependant pas parfaitement selon ce qu'elle est mais selon ce que nous en comprenons.

Sic ergo dicendum est, quod quodlibet istorum nominum significat divinam substantiam, non tamen quasi comprehendens ipsam, sed imperfecte : et propter hoc, nomen qui est, maxime Deo competit, quia non determinat aliquam formam Deo, sed significat esse indeterminate. Et hoc est quod dicit Damascenus [lib. I orthod Fidei, cap. XII], quod hoc nomen qui est, significat substantiae pelagus infinitum.

Ainsi donc il faut dire que n'importe lequel de ces noms signifie la substance divine, non cependant comme si elle l'apprŽhendait, mais imparfaitement, et c'est pour cela que Qui est est le nom qui convient le plus parfaitement ˆ Dieu, parce qu'il ne dŽtermine pas une forme en Dieu, mais signifie l'�tre sans dŽtermination. Et c'est ce que dit Jean Damasc�ne (La foi orthodoxe, I, 12, PG. 94, 833) que ce nom Qui est signifie une mer infinie de substance[803].

Haec autem solutio confirmatur per verba Dionysii [cap. I de divin. Nominibus] qui dicit, quod quia divinitas omnia simpliciter et incircumfinite in seipsa existentia praeaccipit, ex diversis convenienter laudatur et nominatur. Simpliciter dicit, quia perfectiones quae in creaturis sunt secundum diversas formas, Deo attribuuntur secundum simplicem eius essentiam : incircumfinite dicit, ad ostendendum quod nulla perfectio in creaturis inventa divinam essentiam comprehendit, ut sic intellectus sub ratione illius perfectionis in seipso Deum definiat. Confirmatur etiam per hoc quod habetur V Metaph., quod simpliciter perfectum est quod habet in se perfectiones omnium generum ; quod Commentator ibidem de Deo exponit.

Cette solution est confirmŽe par les paroles de Denys, qui dit (les Noms divins, I, ¤ 7, 597 A) que Çparce que la DivinitŽ contient par avance tout ce qui existe en elle de fa�on simple et indŽfinissable, elle est convenablement louŽe et nommŽe par diffŽrents termes[804].È De fa�on simple, dit-il, parce que les perfections qui sont dans les crŽatures en diffŽrentes formes, lui sont attribuŽes selon son essence simple ; il le dit d'une fa�on indŽfinissable, pour montrer qu'aucune perfection trouvŽe dans les crŽatures ne saisit l'essence divine, de sorte qu'ainsi l'esprit dŽfinisse Dieu en raison de cette perfection en lui. C'est confirmŽ aussi par ce qui est dit en MŽtaphysique (V, 16, 1021 b 14) qu'est absolument parfait ce qui a en soi les perfections de tous les genres, ce que le Commentateur expose ˆ ce m�me endroit au sujet de Dieu Solutions :.

 

 

q. 7 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Damascenus intelligit, quod huiusmodi nomina non significant quid est Deus, quasi eius substantiam definiendo et comprehendendo ; unde et subiungit quod hoc nomen qui est, quod indefinite significat Dei substantiam, propriissime Deo attribuitur.

 1. Jean Damasc�ne comprend que les noms de ce genre ne signifient pas ce qu'est Dieu comme dŽfinissant et saisissant sa substance ; c'est pourquoi il ajoute que ce nom Qui est, qui signifie de mani�re indŽfinie la substance de Dieu, est attribuŽ ˆ Dieu dÕune mani�re tr�s appropriŽe.

q. 7 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ita Dionysius dicit negationes horum nominum esse veras de Deo quod tamen non asserit affirmationes esse falsas et incompactas : quantum enim ad rem significatam, Deo vere attribuuntur, quae in eo aliquo modo est, ut iam ostensum est ; sed quantum ad modum quem significant de Deo negari possunt : quodlibet enim istorum nominum significat aliquam formam definitam, et sic Deo non attribuuntur, ut dictum est. Et ideo absolute de Deo possunt negari, quia ei non conveniunt per modum qui significatur : modus enim significatus est secundum quod sunt in intellectu nostro, ut dictum est ; Deo autem conveniunt sublimiori modo ; unde affirmatio incompacta dicitur quasi non omnino convenienter coniuncta propter diversum modum. Et ideo, secundum doctrinam Dionysii [cap. I myst. Theol., et cap. Caelest. Hierar., et cap. II et III de divin Nomin.] tripliciter ista de Deo dicuntur.

 2. Ainsi Denys (La hiŽrarchie cŽleste, PG. 3, 141 A[805]) dit, que les nŽgations de ces noms sont vraies de Dieu, il ne prŽtend pas cependant que les affirmations soient fausses et inadŽquates, dans ce quÕelles signifient ; on attribue rŽellement ˆ Dieu ce qui est en lui dÕune certaine mani�re, comme on l'a montrŽ, mais quant au mode quÕelles signifient en Dieu, elles peuvent �tre niŽes de Dieu, car n'importe lequel de ces noms signifie une forme dŽfinie et ainsi elles ne sont pas attribuŽes ˆ Dieu, comme on l'a dit. Et c'est pourquoi elles ne peuvent absolument pas �tre niŽes en lui, parce qu'elles ne lui conviennent pas par le mode qui est signifiŽ. Car celui-ci est signifiŽ selon ce qu'elles sont dans notre esprit, comme on l'a dit, mais elles conviennent ˆ Dieu d'une mani�re plus sublime ; c'est pourquoi on dit que l'affirmation est inadŽquate[806] comme si elle nÕŽtait pas attribuŽe convenablement en raison dÕun mode diffŽrent. Et ainsi, selon la doctrine de Denys (La thŽologie mystique, I, la HiŽrarchie cŽleste, II, et Les noms divins, II et III) on emploie de trois mani�res ces affirmations ˆ propos de Dieu.

Primo quidem affirmative, ut dicamus, Deus est sapiens ; quod quidem de eo oportet dicere propter hoc quod est in eo similitudo sapientiae ab ipso fluentis : quia tamen non est in Deo sapientia qualem nos intelligimus et nominamus, potest vere negari, ut dicatur, Deus non est sapiens. Rursum quia sapientia non negatur de Deo quia ipse deficiat a sapientia, sed quia supereminentius est in ipso quam dicatur aut intelligatur, ideo oportet dicere quod Deus sit supersapiens.

a) Affirmativement : pour dire que Dieu est sage ; ce qu'il faut dire de lui, parce qu'il y a en cela une ressemblance de la sagesse qui dŽcoule de lui ; b) parce que cependant il n'y a pas en Dieu une sagesse telle que nous la comprenons et la nommons, elle peut �tre rŽellement niŽe, pour dire : Dieu n'est pas sage. c) A nouveau parce que la sagesse n'est pas niŽe de Dieu parce que lui-m�me manquerait de sagesse, mais parce qu'elle est en lui de mani�re superŽminente qu'on le dit et le comprend, c'est pourquoi il faut dire que Dieu est super sage.

Et sic per istum triplicem modum loquendi secundum quem dicitur Deus sapiens, perfecte Dionysius dat intelligere qualiter ista Deo attribuantur.

Et ainsi par cette triple mani�re de parler, selon laquelle on dit qu'il est sage, Denys donne ˆ comprendre parfaitement de quelle mani�re on donne ces attributs ˆ Dieu.

q. 7 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ista nomina dicuntur significare divinos processus, quia primo sunt imposita ad significandum istas processiones secundum quod sunt in creaturis et ab earum similitudine intellectus noster manuducitur ut huiusmodi Deo eminentiori modo attribuat.

 3. On dit que ces noms signifient ce qui proc�de de Dieu, parce qu'ils sont d'abord imposŽs pour signifier ces processions telles qu'elles sont dans les crŽatures et par cette ressemblance notre esprit est conduit ˆ l'attribuer ˆ Dieu de mani�re plus Žminente.

q. 7 a. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod verbum Origenis non est intelligendum quod hoc intendimus significare cum dicimus, Deus est sapiens, quod Deus est causa sapientiae, sed quia ex sapientia quam causat, intellectus noster manuducitur ut sibi sapientiam supereminenter attribuat, ut dictum est.

 4. Le mot d'Orig�ne n'est pas ˆ comprendre que nous entendons signifier, quand nous disons Dieu est sage, que Dieu est la cause de la sagesse mais, parce que par la sagesse qu'il cause, notre esprit est conduit ˆ lui attribuer la sagesse de mani�re surŽminente, comme on l'a dit.

q. 7 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum quod, cum dicitur Deus intelligens, nominatur nomine sui causati : quia nomen quod sui causati substantiam significat, sibi non definite attribui potest, secundum quem modum nomen significat ; et sic hoc nomen quamvis ei aliquo modo conveniat, non tamen convenit ei ut nomen eius, quia id quod significat nomen, est definitio ; causato vero convenit ut nomen eius.

 5. Quand on dit que Dieu est intelligent, on le dŽsigne du nom de son effet ; parce que le nom qui signifie la substance de son effet, ne peut pas lui �tre attribuŽ de mani�re dŽfinie, selon le mode que ce nom signifie ; et ainsi quoique ce nom lui convienne de quelque mani�re, il ne lui convient cependant pas comme son nom, parce que ce que signifie le nom est une dŽfinition, il convient comme nom ˆ l'effet.

q. 7 a. 5 ad 6 Ad sextum dicendum, quod ratio illa probat quod Deus non potest nominari nomine substantiam ipsius definiente vel comprehendente vel adaequante : sic enim de Deo ignoramus quid est.

 6. Cette raison prouve que Dieu ne peut pas �tre dŽsignŽ d'un nom qui signifie, saisit ou Žgale sa substance ; car nous ignorons ce qu'il est.

q. 7 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum quod, sicut omnia participant Dei bonitatem,- non eamdem numero, sed per similitudinem - ita participant per similitudinem esse Dei. Sed in hoc differt : nam bonitas importat habitudinem alicuius causae, est enim bonum diffusivum sui ; essentia autem significatur in eo in quo est, ut quiescens.

 7. De m�me que tout participe de la bontŽ de Dieu Ñ non la m�me en nombre, mais par ressemblance Ñ de m�me tout participe par ressemblance ˆ l'�tre de Dieu. Mais il y a une diffŽrence : car la bontŽ apporte la relation d'une cause, car le bien se donne ; mais l'essence est signifiŽe en ce en quoi elle est, comme s'y reposant.

q. 7 a. 5 ad 8 Ad octavum dicendum, quod in effectu invenitur aliquid per quod assimilatur suae causae, et aliquid per quod a sua causa differt : quod quidem convenit ei vel ex materia vel ex aliquo huiusmodi, sicut patet in latere indurato per ignem. Nam in hoc quod lutum calefiat ab igne, igni similatur ; in hoc vero quod calefactum ingrossetur et induretur differt ab igne ; sed habet hoc ex materiae conditione. Si ergo id in quo later igni similatur, de igne dicatur, proprie dicetur de eo, et eminentius et per prius. Ignis enim est calidior quam later, et iterum eminentius : nam later est calidus quasi calefactus, ignis autem naturaliter. Si vero id in quo later ab igne differt, dicamus de igne, falsum erit ; et nomen huiusmodi conditionem in suo intellectu habens, de igne non poterit dici nisi metaphorice. Falsum est enim ignem, qui est subtilissimum corporum, grossum dici. Durus autem dici potest propter violentiam actionis, et non facilem potentiam passionis.

 8. On trouve dans l'effet une chose par laquelle il ressemble ˆ sa cause, et une autre par laquelle il en diff�re : ce qui lui arrive par la mati�re ou quelque chose de ce genre, comme on le voit dans la brique durcie par le feu. Car du fait que l'argile est chauffŽe par le feu, elle lui ressemble et alors en tant qu'elle est chauffŽe, elle s'Žpaissit et se durcit, elle devient diffŽrente du feu ; mais elle le tient de la condition de sa mati�re. Si donc ce en quoi la brique ressemble au feu est appelŽ du feu, on le dit de lui au sens propre, et de mani�re plus Žminente et auparavant. Car le feu est plus chaud que la brique et aussi plus Žminemment ; car la brique est chaude en tant que chauffŽe, mais le feu l'est naturellement. Si donc ce en quoi la brique diff�re du feu, nous l'appelons du feu, ce sera faux ; et le nom qui a un tel sens dans son concept, ne pourra �tre employŽ pour le feu que mŽtaphoriquement. Car il est faux dÕappeler Žpais le feu qui est le plus subtil des corps. Mais on peut l'appeler dur ˆ cause de la violence de son action, mais non ˆ cause de sa facilitŽ ˆ subir.

Similiter consideranda sunt in creaturis quaedam secundum quae Deo similantur, quae quantum ad rem significatam, nullam imperfectionem important, sicut esse, vivere et intelligere et huiusmodi ; et ista proprie dicuntur de Deo, immo per prius de ipso et eminentius quam de creaturis. Quaedam vero sunt secundum quae creatura differt a Deo, consequentia ipsam prout est ex nihilo, sicut potentialitas, privatio, motus et alia huiusmodi : et ista sunt falsa de Deo. Et quaecumque nomina in sui intellectu conditiones huiusmodi claudunt, de Deo dici non possunt nisi metaphorice, sicut leo, lapis et huiusmodi, propter hoc quod in sui definitione habent materiam. Dicuntur autem huiusmodi metaphorice de Deo propter similitudinem effectus.

De m�me il faut considŽrer dans les crŽatures certains attributs selon qu'elles ressemblent ˆ Dieu, qui n'entra”nent quant ˆ ce qui est signifiŽ aucune imperfection, comme �tre, vivre, comprendre, etc. et ceux-ci sont dits proprement de Dieu, bien plus d'abord de lui, et plus Žminemment que des crŽatures. Mais il y a certains attributs en quoi la crŽature est diffŽrente de Dieu, consŽquence de ce qu'elle vient du nŽant, comme la potentialitŽ, la privation, le mouvement, etc. et ceux-ci sont faux pour Dieu. Et tous ces noms qui enferment des extensions de sens de ce genre en leur concepts ne peuvent �tre dits de Dieu que mŽtaphoriquement, comme lion, pierre, etc., parce que la mati�re fait partie de leur dŽfinition. Mais on parle des effets de ce genre par mŽtaphore au sujet de Dieu ˆ cause de la ressemblance.

q. 7 a. 5 ad 9 Ad nonum dicendum, quod ratio illa procedit de eo quod significat substantiam definitive vel circumscriptive. Sic autem nullum istorum nominum substantiam Dei significat, ut dictum est [in corp. Art.].

 9. Cette raison proc�de de ce qui signifie la substance d'une mani�re dŽterminŽe ou indŽfinissable. Mais ainsi aucun de ces noms ne signifient la substance de Dieu, comme on l'a dit (dans le corps de l'article).

q. 7 a. 5 ad 10 Ad decimum dicendum, quod quamvis huiusmodi perfectiones in Deo sint ipsa divina substantia, tamen in creatura non sunt substantiales praedictae divinae perfectiones, ideo secundum eas creaturae non dicuntur Deo eadem, sed similes.

 10. Quoique les perfections de ce genre soient en Dieu la substance divine elle-m�me, cependant dans la crŽature, il n'y a pas ces perfections substantielles attribuŽes ˆ Dieu, c'est pourquoi ˆ cause d'elles, on ne dit pas que les crŽatures sont identiques a Dieu, mais lui sont semblables.

q. 7 a. 5 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod hoc esset contra naturam, si sapientia eiusdem rationis cum ea quae est accidens, in Deo esset : hoc autem non est verum, ut ex praedictis patet. Nec tamen auctoritas inducta est ad propositum : nihil enim contra naturam Deus facit in se ipso, quia in se ipso nihil facit.

 11. Ce serait contre la nature si la sagesse Žtait en Dieu de la m�me nature que celle qui est un accident. Mais cela n'est pas vrai, comme on l'a vu dans ce qui a ŽtŽ dit. Cependant l'autoritŽ[807] n'a pas ŽtŽ introduite pour cela. Car Dieu ne fait rien contre la nature en lui-m�me, parce qu'il ne fait rien en lui-m�me.

q. 7 a. 5 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod complexio huius termini, cum dicitur Deus bonus, non refertur ad aliquam compositionem quae sit in Deo, sed ad compositionem quae est in intellectu nostro.

 12. La complexitŽ de ce terme, quand on dit Dieu est bon, ne se rŽf�re pas ˆ une composition qui serait en Dieu, mais ˆ celle de notre esprit.

q. 7 a. 5 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod Deus subterfugit formam intellectus nostri quasi omnem formam intellectus nostri excedens ; non autem ita quod intellectus noster secundum nullam formam intelligibilem Deo assimiletur.

 13. Dieu se dŽrobe ˆ la forme de notre esprit en tant qu'il en exc�de toute forme, mais pas de telle mani�re que notre esprit ne ressemble ˆ Dieu selon aucune forme intelligible.

q. 7 a. 5 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod ex quo intellectus noster divinam substantiam non adaequat, hoc ipsum quod est Dei substantia remanet, nostrum intellectum excedens, et ita a nobis ignoratur : et propter hoc illud est ultimum cognitionis humanae de Deo quod sciat se Deum nescire, in quantum cognoscit, illud quod Deus est, omne ipsum quod de eo intelligimus, excedere.

 14. Du fait que notre esprit nÕatteint pas la substance divine, cela m�me qui est la substance de Dieu demeure, dŽpassant notre esprit et ainsi nous lÕignorons et ˆ cause de cela cÕest le sommet de la connaissance de Dieu par l'homme de savoir quÕil ne conna”t pas Dieu, autant quÕil conna”t, ce que Dieu est, dŽpasse tout ce nous comprendons de lui.

 

 

 

Article 6 Ñ Ces noms sont-ils synonymes ?

q. 7 a.  tit. 1 Sexto quaeritur utrum ista nomina sint synonyma. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[808].

 

Objections :

q. 7 a. Arg. 1 Synonyma enim nomina dicuntur quae omnino idem significant. Sed omnia ista nomina de Deo dicta significant idem : quia significant divinam substantiam, quae est omnino simplex et una, ut ostensum est. Ergo omnia ista nomina sunt synonyma.

1. Car on appelle synonymes les noms qui ont tout ˆ fait m�me signification. Mais tous ces noms donnŽs ˆ Dieu signifient la m�me chose ; parce qu'ils signifient sa substance, qui est tout ˆ fait simple et une, comme on l'a montrŽ. Donc tous ces noms sont synonymes.

q. 7 a. Arg. 2 Praeterea, Damascenus dicit [lib. I, c XI] quod in divinis omnia sunt unum, praeter ingenerationem, generationem et processionem. Sed nomina significantia unum sunt synonyma. Ergo omnia nomina dicta de Deo, praeter ea quae significant proprietates personales, sunt synonyma.

2. Jean Damasc�ne (I, 11) dit qu'en Dieu tout est un[809], sauf la non-gŽnŽration, la gŽnŽration et la procession[810]. Mais les noms qui signifient une seule chose sont synonymes. Donc tous les noms dont on se sert pour Dieu, en dehors de ceux qui signifient des propriŽtŽs personnelles sont synonymes.

q. 7 a. Arg. 3 Praeterea, quaecumque uni et eidem sunt eadem, sibi invicem sunt eadem. Sed sapientia in Deo est idem quod sua substantia ; similiter voluntas et potentia. Ergo sapientia, potentia et voluntas in Deo omnino sunt idem, et sic sequitur quod ista nomina sunt synonyma.

3. Toutes les choses qui sont les m�mes pour l'un et le m�me, sont les m�mes entre elles. Mais la sagesse en Dieu est la m�me chose que sa substance ; de m�me sa volontŽ et sa puissance. Donc la sagesse, la puissance et la volontŽ sont en Dieu tout ˆ fait identique, et ainsi il en dŽcoule que ces noms sont synonymes.

q. 7 a. Arg. 4 Sed dicendum, quod ista nomina significant unum secundum rem, significant tamen rationes diversas, et ideo non sunt synonyma.- Sed contra : ratio cui non respondet aliquid in re, falsa est et vana. Sed si rationes horum nominum sint multae, et res est una, videtur quod rationes istae sint vanae et falsae.

4. Mais il faut dire que ces noms signifient une seule chose en rŽalitŽ, ils signifient cependant des notions diverses, et ainsi ils ne sont pas synonymes. Ñ Mais en sens contraire, la notion ˆ quoi rien ne rŽpond dans la rŽalitŽ, est fausse et vaine. Mais si les notions de ces noms sont nombreuses, et la chose rŽelle une, il semble que ces notions sont vaines et fausses.

q. 7 a. Arg. 5 Sed dicendum, quod rationes istae non sunt vanae, cum eis aliquid respondeat quod est in Deo.- Sed contra, secundum hoc res creatae Deo assimilantur secundum quod ab ipso processerunt per similitudinem idealem. Sed pluralitas idearum vel rationum idealium non attenditur secundum respectus ad creaturas : nam ipse Deus secundum unam suam essentiam est idea omnium. Ergo nec rationes nominum quae de Deo dicimus, ex similitudine creaturarum, habent aliquid respondens ex parte divinae substantiae.

5. Mais il faut dire que ces notions ne sont pas vaines, puisque quelque chose leur rŽpond, qui est en Dieu. Ñ Mais en sens contraire, les crŽatures ressemblent ˆ Dieu selon qu'elles proc�dent de lui par ressemblance idŽale[811]. Mais on ne parvient pas ˆ la pluralitŽ des idŽes ou des notions idŽales en rapport avec les crŽatures ; car Dieu lui-m�me avec une seule essence est l'idŽe de toutes choses. Donc les notions des noms dont nous nous servons ˆ propos de Dieu, ˆ partir de la ressemblance des crŽatures, n'ont rien qui corresponde du c™tŽ de la substance divine.

q. 7 a. Arg. 6 Praeterea, illud quod est maxime unum non potest esse radix et fundamentum multitudinis. Sed divina essentia est maxime una. Ergo rationes praedictorum nominum non possunt in divina substantia fundari vel radicari.

6. Ce qui est tout ˆ fait un ne peut pas �tre la racine et le fondement de la pluralitŽ. Mais l'essence divine est tout ˆ fait une. Donc les notions des noms attribuŽs ne peuvent �tre fondŽes ni enracinŽes dans la substance divine.

q. 7 a. Arg. 7 Praeterea, distinctio relationum quae realiter sunt in Deo, facit pluralitatem personarum. Si ergo istis rationibus communibus attributorum aliquid responderet in Deo, etiam secundum multitudinem attributorum esset in Deo multitudo personarum ; et sic essent in Deo plures personae quam tres ; quod est haereticum : et ita videtur quod penitus ista nomina sint synonyma.

7. La distinction des relations qui sont rŽellement en Dieu, produit la pluralitŽ des personnes. Si donc par ces notions communes quelque chose des attributs correspondait en Dieu, selon la multitude des attributs, il y aurait en lui une multitude de personnes ; et ainsi il y aurait en Dieu plus de trois personnes ; ce qui est hŽrŽtique ; et ainsi il semble que ces noms sont tout ˆ fait synonymes.

 

En sens contraire :

q. 7 a.  s. c. 1 Sed contra. Nomina synonyma sibi invicem adiuncta nugationem inducunt sicut si diceretur, vestis et indumentum. Si ergo ista nomina sint synonyma, erit nugatio, cum Deus dicitur bonus, Deus sapiens : quod est falsum.

1. Des noms synonymes ajoutŽs l'un ˆ l'autre reviennent ˆ une plaisanterie, comme si on parlait de v�tement et d'habit[812]. Si donc ces noms sont synonymes, ce sera une plaisanterie quand on dit que Dieu est bon, Dieu est sage, ce qui est faux.

q. 7 a.  s. c. 2 Praeterea, quicumque negat unum synonymorum de aliquo, negat et reliquum. Sed aliqui negaverunt eius potentiam qui non negaverunt eius scientiam vel bonitatem. Ergo ista nomina non sunt synonyma.

2. Quiconque nie un des synonymes ˆ propos d'une chose, nie les autres. Mais certains ont niŽ sa puissance qui n'ont pas niŽ sa science ou sa bontŽ. Donc ces noms ne sont pas synonymes.

q. 7 a.  s. c. 3 Praeterea, hoc patet per Commentatorem XI Metaph. [com. 39], qui dicit, quod haec nomina dicta de Deo non sunt synonyma.

3. Cela est ŽclairŽ par le commentateur (IX MŽtaphysique, comm. 39) qui dit que ces noms donnŽs ˆ Dieu ne sont pas synonymes.

 

RŽponse :

q. 7 a.  co. Respondeo. Dicendum quod ab omnibus intelligentibus communiter dicitur, quod haec nomina non sunt synonyma. Quod quidem facile esset sustinere secundum illos qui dicebant haec nomina non significare divinam substantiam, sed intentiones quasdam additas essentiales, aut modos operandi in effectibus, vel etiam creaturarum negationes.

Tous les connaisseurs disent en commun que ces noms ne sont pas synonymes. Ce qui serait facile ˆ soutenir pour ceux qui disaient que ces noms ne signifient pas la substance divine, mais des concepts essentiels ajoutŽs, ou des mani�res d'opŽrer dans les effets ou m�me les nŽgations dans les crŽatures.

Sed supposito quod haec nomina significent divinam substantiam, sicut supra ostensum est [art. praeced.], quaestio videtur maiorem difficultatem continere : quia sic invenitur unum et idem simplex significatum per omnia ista nomina, quod est divina substantia.

Mais supposŽ que ces noms signifient la substance divine, comme ci-dessus (article prŽcŽdant) on lÕa montrŽ, la question para”t contenir une plus grand difficultŽ ; parce quÕainsi par ces noms se trouve signifier une seul et m�me chose simple qui est la substance divine.

Sed sciendum quod significatio nominis non immediate refertur ad rem, sed mediante intellectu : sunt enim voces notae earum quae sunt in anima passionum, et ipsae intellectus conceptiones sunt rerum similitudines, ut patet per philosophum in principio Periherm.

Mais il faut savoir que la signification d'un nom ne se rŽf�re pas immŽdiatement ˆ l'objet mais par l'intermŽdiaire de l'esprit : car il y a des mots connus de ces passions qui sont dans lÕ‰me[813] dans l'‰me et ces conceptions de l'esprit sont des ressemblances de la rŽalitŽ comme le montre le philosophe, au commencement du Periherm. (1, 16 a 4[814]).

Quod ergo aliqua nomina non sint synonyma, potest impediri vel ex parte rerum significatarum, vel ex parte rationum intellectarum per nomina, ad quas significandas nomina imponuntur. Horum ergo nominum quae de Deo dicuntur, synonyma impediri non possunt per diversitatem rerum significatarum secundum praehabita, sed solum per rationes nominum quae sequuntur conceptiones intellectuum.

Donc on peut emp�cher que des noms ne soient pas synonymes ou bien du c™tŽ de ce qui est signifiŽ ou bien de celui des notions comprises par les noms, dont on se sert pour les signifier. Donc, les synonymes de ces noms qui s'emploient ˆ propos de Dieu ne peuvent pas �tre emp�chŽs par la diversitŽ des choses signifiŽes en tant qu'Žtablies d'avance, mais seulement par les notions des noms qui suivent les conceptions de l'esprit.

Et ideo dicit Commentator XI Metaphysicorum, [text. 39] quod multiplicitas in Deo est solum secundum differentiam in intellectu, et non in esse, quod nos dicimus unum secundum rem, et multa secundum rationem. Istae autem diversae rationes in intellectu nostro existentes, non possunt tales rationes esse quibus nihil respondeat ex parte rei : ea enim quorum sunt istae rationes, intellectus noster Deo attribuit. Unde si nihil esset in Deo vel secundum ipsum vel secundum eius effectum, quod his rationibus responderet, intellectus esset falsus in attribuendo, et omnes propositiones huiusmodi attributiones significantes ; quod est inconveniens.

Et c'est pourquoi le Commentateur (MŽtaphysique XI, texte 39) dit que la multiplicitŽ en Dieu dŽpend de la diffŽrence dans l'intellect, et non dans l'�tre, parce que nous parlons de l'un en rŽalitŽ, et du multiple en raison. Mais ces diverses notions qui existent dans notre esprit ne peuvent �tre des notions telles que rien ne corresponde du c™tŽ de la rŽalitŽ ; car notre esprit a attribuŽ ˆ Dieu ce dont elles sont les notions. C'est pourquoi s'il n'y avait rien en Dieu qui corresponde ˆ ces notions, quant ˆ lui ou ˆ ses effets, l'esprit se tromperait en les attribuant, ainsi qu'en attribuant toutes les propositions qui signifient de tels attributs ; ce qui ne convient pas.

A. Ñ Sunt autem quaedam rationes quibus in re intellecta nihil respondet ; sed ea quorum sunt huiusmodi rationes, intellectus non attribuit rebus prout in se ipsis sunt, sed solum prout intellectae sunt ; sicut patet in ratione generis et speciei, et aliarum intentionum intellectualium : nam nihil est in rebus quae sunt extra animam, cuius similitudo sit ratio generis vel speciei. Nec tamen intellectus est falsus : quia ea quorum sunt istae rationes, scilicet genus et species, non attribuit rebus secundum quod sunt extra animam, sed solum secundum quod sunt in intellectu. Ex hoc enim quod intellectus in se ipsum reflectitur, sicut intelligit res existentes extra animam, ita intelligit eas esse intellectas : et sic, sicut est quaedam conceptio intellectus vel ratio,- cui respondet res ipsa quae est extra animam,- ita est quaedam conceptio vel ratio, cui respondet res intellecta secundum quod huiusmodi ; sicut rationi hominis vel conceptioni hominis respondet res extra animam ; rationi vero vel conceptioni generis aut speciei, respondet solum res intellecta.

A) Mais il y a des notions auxquelles rien ne correspond en rŽalitŽ ; mais ce de quoi sont de telles notions, l'esprit ne lÕa pas attribuŽ au choses en soi, mais seulement en tant qu'elles sont saisies par l'esprit. Comme cela se voit dans la notion de genre et d'esp�ce et des autres concepts intellectuels, car rien n'est dans ce qui est hors de l'‰me dont la ressemblance soit une notion de genre ou d'esp�ce[815]. Et cependant l'esprit n'est pas faux : parce que ce dont viennent ces notions, ˆ savoir le genre et l'esp�ce, il ne l'attribua pas ˆ la rŽalitŽ en tant qu'elle est hors de l'‰me, mais seulement selon qu'elle est dans l'esprit. Car du fait que lÕesprit rŽflŽchit sur lui, de m�me qu'il saisit les choses hors de l'‰me, il comprend ainsi qu'elles sont saisies : et ainsi, de m�me qu'il y a un concept de l'esprit ou une notion ˆ quoi correspond ce qui est hors l'‰me, de m�me il y a une conception ou notion ˆ quoi correspond ce qui est compris en tant que tel ; ainsi ˆ la raison ou au concept d'homme, correspond une rŽalitŽ hors de l'‰me, mais ˆ la notion ou au concept de genre ou d'esp�ce, correspond seulement ce qui est saisi par l' esprit.

Non autem est possibile huiusmodi esse rationes horum nominum quae de Deo dicuntur : quia sic intellectus non attribueret ea Deo secundum quod in se est, sed secundum quod intelligitur ; quod patet esse falsum : esset enim sensus, cum dicitur Deus est bonus, quod Deus sic intelligitur non autem quod sit.

Mais il n'est pas possible qu'il y ait des notions de ce genre pour ces noms dont on se sert pour Dieu ; parce qu'ainsi l'esprit ne les attribuerait pas ˆ Dieu selon ce qui est en lui, mais selon ce qui en est compris ; ce qui para”t faux : car le sens, quand on dit que Dieu est bon, serait qu'il est compris mais non pas qu'il est.

Et ideo dicunt quidam, quod istis diversis rationibus nominum respondent diversa connotata, quae sunt diversi Dei effectus : volunt enim quod cum dicitur, Deus est bonus, significetur eius essentia cum aliquo effectu connotato, ut sit sensus, Deus est et bonitatem causat : sicut diversitas harum rationum causatur ex diversitate effectuum.

B. Et c'est pourquoi certains disent qu'ˆ ces diverses notions des noms correspondent divers connotations que sont les divers effets de Dieu ; car ils veulent que quand on dit : Dieu est bon, son essence soit signifiŽe avec un effet connotŽ, de sorte que le sens serait Dieu est et il cause la bontŽ ; ainsi la diversitŽ de ces notions est causŽe par la diversitŽ des effets.

Sed hoc non videtur conveniens : quia cum effectus a causa secundum similitudinem procedat, prius oportet intelligere causam aliqualem quam effectus tales. Non ergo sapiens dicitur Deus quoniam sapientiam causet, sed quia est sapiens, ideo sapientiam causat. Unde Augustinus dicit [lib. II de Doctr. Christ., cap. XXXII], quod quia Deus est bonus, sumus ; et in quantum sumus, boni sumus.

Mais cela semble ne pas convenir ; parce que, comme l'effet proc�de de la cause selon la ressemblance, il faut comprendre une cause quelconque avant de tels effets. Donc on ne dit pas que Dieu est sage parce qu'il causerait la sagesse, mais parce qu'il est sage, de sorte quÕil cause la sagesse. C'est pourquoi Augustin dit (La doctrine chrŽtienne, 32) que, parce que Dieu est bon, nous existons, et en tant que nous existons, nous sommes bons.

Et praeterea secundum hoc sequeretur quod huiusmodi nomina per prius dicerentur de creatura quam de creatore ; sicut sanitas prius dicitur de sano quam de sanativo, quod sanum dicitur ea ratione, quia sanitatem causat. Item si nihil aliud intelligitur, cum dicitur Ç Deus est bonus È nisi ÔDeus est et est bonitatis causatoÕr : sequeretur quod eadem ratione omnia nomina effectuum divinorum de eo possent praedicari, ut diceretur, Deus est caelum, quia caelum causat.

Et en plus il en dŽcoulerait que de tels noms aurait ŽtŽ employŽs pour la crŽature avant que pour le CrŽateur ; ainsi on parle de la santŽ ˆ propos de ce qui est sain avant que de ce qui soigne, parce que ce qui est sain est appelŽ ainsi pour cette raison qu'il cause la santŽ. De m�me si on ne comprend rien d'autre, quand on dit que Dieu est bon, sinon que "Dieu est et est celui qui cause la bontŽ" : il en dŽcoulerait que pour la m�me raison tous les noms des effets divins pourraient lui �tre attribuŽs, de sorte qu'on dirait qu'il est le ciel, parce qu'il en est la cause.

Et iterum si hoc dicatur de causalitate in actu, patet esse falsum : quia secundum hoc non possumus dicere quod Deus ab aeterno fuerit bonus vel sapiens vel aliquid huiusmodi : non enim ab aeterno fuit causa in actu.

Et ˆ nouveau si on disait cela de la causalitŽ en acte, il est clair que c'est faux ; parce que nous ne pouvons pas dire que Dieu a ŽtŽ Žternellement bon ou sage, et autres qualitŽs de ce genre. Car il n'a pas ŽtŽ Žternellement cause en acte.

Si autem hoc intelligatur de causalitate secundum virtutem,- ut dicatur bonus quia est et habet virtutem bonitatem infundendi,- tunc oportebit dicere, quod hoc nomen bonum significat illam virtutem. Sed illa virtus est quaedam supereminens similitudo sui effectus, sicut et quaelibet virtus agentis aequivoci. Unde sequeretur quod intellectus concipiens bonitatem, assimilaretur ad id quod est in Deo et quod est Deus. Et sic rationi vel conceptioni bonitatis respondet aliquid quod est in Deo et quod est Deus.

Mais si on le comprend de la causalitŽ selon sa vertu, Ñ comme on le dirait bon parce qu'il existe et a le pouvoir de diffuser la bontŽ, Ñ alors il faudra dire que ce mot bon signifie cette vertu. Mais celle-ci est une ressemblance surŽminente de son effet, de m�me que n'importe quelle vertu d'un agent Žquivoque. C'est pourquoi il en dŽcoulerait que l'esprit qui con�oit la bontŽ ressemblerait ˆ ce qui est en Dieu et qui est Dieu. Et ainsi ˆ la notion ou au concept de bontŽ correspond quelque chose qui est en Dieu et qui est Dieu.

C. Ñ Et ideo dicendum est quod omnes istae multae rationes et diversae habent aliquid respondens in ipso Deo, cuius omnes istae conceptiones intellectus sunt similitudines. Constat enim quod unius formae non potest esse nisi una similitudo secundum speciem, quae sit eiusdem rationis cum ea ; possunt tamen esse diversae similitudines imperfectae, quarum quaelibet a perfecta formae repraesentatione deficiat. Cum ergo, ut ex superioribus patet, conceptiones perfectionum in creaturis inventarum, sint imperfectae similitudines et non eiusdem rationis cum ipsa divina essentia, nihil prohibet quin ipsa una essentia omnibus praedictis conceptionibus respondeat, quasi per eas imperfecte repraesentata. Et sic omnes rationes sunt quidem in intellectu nostro sicut in subiecto : sed in Deo sunt ut in radice verificante has conceptiones. Nam non essent verae conceptiones intellectus quas habet de re aliqua, nisi per viam similitudinis illis conceptionibus res illa responderet.

C. Et c'est pourquoi il faut dire que toutes ces notions diverses et nombreuses ont quelque chose qui correspond en Dieu m�me, dont toutes ces conceptions de l'esprit sont des ressemblances. Car il est clair que d'une seule forme, il ne peut y avoir qu'une ressemblance unique en esp�ce, qui soit de la m�me nature qu'elle. Il peut cependant y avoir diverses ressemblances imparfaites, dont certaines sont dŽfaillantes par rapport ˆ la reprŽsentation parfaite de la forme. Comme, donc, ainsi qu'on le voit plus haut, les conceptions des perfections trouvŽes dans les crŽatures, sont des ressemblances imparfaites, et non d'une m�me nature que l'essence m�me de Dieu, rien n'emp�che qu'une seule essence corresponde aux conceptions susdites, comme reprŽsentŽe imparfaitement par elles. Et ainsi toutes les notions sont dans notre esprit comme dans un sujet, mais en Dieu, elles sont comme dans la racine qui assure la vŽritŽ de ces conceptions. Car ce ne serait pas les vraies conceptions que l'esprit a d'une chose ˆ moins que par voie de ressemblance cette rŽalitŽ corresponde ˆ ces conceptions.

Diversitatis ergo vel multiplicitatis nominum causa est ex parte intellectus nostri, qui non potest pertingere ad illam Dei essentiam videndam secundum quod est, sed videt eam per multas similitudines eius deficientes, in creaturis quasi in speculo resultantes. Unde si ipsam essentiam videret, non indigeret pluribus nominibus, nec indigeret pluribus conceptionibus. Et propter hoc, Dei Verbum, quod est perfecta conceptio ipsius, non est nisi unum ; propter hoc dicitur Zach. XIV, 9 : In die illa erit Dominus unus et erit nomen eius unum, quando ipsa Dei essentia videbitur et non colligetur Dei cognitio ex creaturis.

La cause de la diversitŽ ou de la multiplicitŽ des noms vient de notre esprit, qui ne peut parvenir ˆ atteindre cette essence de Dieu telle qu'elle est, mais la voit ˆ travers de nombreuses ressemblances dŽficientes, qui apparaissent dans les crŽatures comme dans un miroir. C'est pourquoi s'il voyait l'essence m�me, il n'aurait pas besoin de plusieurs noms, ni de plusieurs concepts. Et pour cela, le Verbe de Dieu, qui est sa conception parfaite n'est qu'un ; pour cela Zacharie (14, 9) dit : ÇEn ce jour-lˆ, le Seigneur sera un et son nom sera uniqueÈ, quand l'essence m�me de Dieu sera vue et que la connaissance de Dieu ne sera pas acquise ˆ partir des crŽatures.

 

Solutions :

q. 7 a.  ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod licet ista nomina significent unam rem, multis tamen rationibus, ut dictum est ; et propter hoc non sunt synonyma.

 1. Bien que ces noms signifient une chose unique, il le font cependant selon de nombreuses notions, comme on l'a dit ; et c'est pour cela qu'ils ne sont pas synonymes.

q. 7 a.  ad 2 Ad secundum dicendum, quod Damascenus intelligit quod in divinis omnia sunt unum secundum rem, praeter proprietates personales quae realem personarum distinctionem constituunt ; tamen non excludit quin ea quae de Deo dicuntur, ratione differant.

 2. Jean Damasc�ne comprend qu'en Dieu tout est un en rŽalitŽ, au delˆ des propriŽtŽs personnelles qui constituent la distinction rŽelle des personnes ; cependant il n'exclut pas que ce qu'on dit de Dieu diff�re en raison.

q. 7 a.  ad 3 Ad tertium per hoc patet responsio : quia sicut bonitas et sapientia sunt unum secundum rem cum divina essentia, ita et ad invicem ; cum tamen rationes horum nominum differant, ut dictum est.

 3. Par lˆ la rŽponse ˆ la troisi�me objection est claire, parce que de m�me que la bontŽ et la sagesse sont une en rŽalitŽ avec l'essence divine, il en est de m�me ˆ l'inverse ; puisque cependant les notions de ces noms diff�rent, comme on l'a dit.

q. 7 a.  ad 4 Ad quartum dicendum, quod iam patet ex praedictis quod licet Deus sit omnino unus, tamen istae multae conceptiones vel rationes non sunt falsae, quia omnibus eis respondet una et eadem res imperfecte per eas repraesentata. Essent autem falsae, si nihil eis responderet.

 4. Il appara”t dŽsormais de ce qui vient d'�tre dit, que quoique Dieu soit tout ˆ fait un, cependant ces multiples conceptions ou notions ne sont pas fausses, parce qu'une seule et m�me chose reprŽsentŽe de fa�on imparfaite leur correspond. Mais elles seraient fausses, si rien ne leur correspondait.

q. 7 a.  ad 5 Ad quintum dicendum, quod cum omnimoda unitas sit ex parte Dei, et multiplicitas ex parte creaturarum, sicut oportet quod in Deo intelligente plures creaturas sit una forma intelligibilis per essentiam, et multi respectus ad diversas creaturas ; ita in intellectu nostro ex multiplicitate creaturarum in Deum ascendente, oportet quod sint multae species habentes relationes ad unum Deum.

 5. L'unitŽ, quelle qu'elle soit, est du c™tŽ de Dieu et la multiplicitŽ est du c™tŽ des crŽatures, de m�me il faut qu'en Dieu qui pense de nombreuses crŽatures, il y ait une seule forme intelligible par lÕessence, et beaucoup de rapports aux diverses crŽatures ; ainsi dans notre esprit, par la multiplicitŽ qui s'Žl�ve des crŽatures en Dieu, il faut qu'il y ait de nombreuses formes qui ont des relations ˆ un seul Dieu.

q. 7 a.  ad 6 Ad sextum dicendum, quod istae rationes non fundantur in divina essentia sicut in subiecto, sed sicut in causa veritatis, vel sicut in repraesentato per omnes ; quod eius simplicitati non derogat.

 6. Ces notions ne sont pas fondŽes dans l'essence divine comme dans un substrat, mais comme dans la cause de la vŽritŽ ou comme dans ce qui est reprŽsentŽ par tous, ce qui ne dŽroge pas ˆ sa simplicitŽ.

q. 7 a.  ad 7 Ad septimum dicendum, quod paternitas et filiatio habent oppositionem ad invicem ; et ideo exigunt realem distinctionem suppositorum : non autem bonitas et sapientia.

7. La paternitŽ et la filiation s'opposent entre elles ; c'est pourquoi elles exigent une distinction rŽelle des supp™ts, mais pas la bontŽ, ni la sagesse.

 

 

 

Article 7 Ñ .De tels noms sont-ils utilisŽs pour Dieu et les crŽatures de mani�re univoque ou Žquivoque ?

q. 7 a. 7 tit. 1 Septimo quaeritur utrum huiusmodi nomina dicantur de Deo et creaturis univoce vel aequivoce. Et videtur quod univoce.

Il semble que c'est de mani�re univoque[816].

 

Objections :

q. 7 a. 7Arg. 1 Mensura enim et mensuratum sunt unius rationis. Sed divina bonitas est mensura omnis bonitatis creaturae, et eius sapientia omnis sapientiae. Ergo univoce dicuntur de Deo et creatura.

1. Car la mesure et ce qui est mesurŽ sont sous une seule notion. Mais la bontŽ divine est la mesure de toute bontŽ de la crŽature et sa sagesse celle de toute sagesse. Donc on parle de fa�on univoque de Dieu et de la crŽature.

q. 7 a. 7Arg. 2 Praeterea, similia sunt quae communicant in forma. Sed creatura potest Deo similari ; quod patet Genes. I, 26 : Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram. Ergo creaturae ad Deum est aliqua communicatio in forma. De omnibus autem communicantibus in forma potest aliquid univoce praedicari. Ergo de Deo et creatura potest aliquid praedicari univoce.

2. Tout ce qui participe ˆ une [m�me] forme est semblable. Mais la crŽature peut ressembler ˆ Dieu, ce que montre Gn. 1, 26. ÇFaisons lÕhomme ˆ notre image et ˆ notre ressemblance.È Donc de la crŽature ˆ Dieu, il y a une certaine communautŽ de forme. A tout ce o� il y a communautŽ de forme, on peut attribuer quelque chose de mani�re univoque. Donc on peut dire quÕon attribue quelque chose de mani�re univoque ˆ Dieu et ˆ la crŽature.

q. 7 a. 7Arg. 3 Praeterea, maius et minus non diversificant speciem. Sed cum creatura dicatur bona et Deus bonus, in hoc videtur differre quod Deus est melior omni creatura. Ergo bonitas Dei et creaturae non diversificatur secundum speciem ; et sic univoce bonum praedicatur de Deo et creatura.

3. Le plus et le moins nÕapportent pas de changement ˆ lÕesp�ce. Mais, comme on dit que la crŽature est bonne et que Dieu est bon, il semble y avoir une diffŽrence, parce que Dieu est meilleur que toute crŽature. Donc la bontŽ de Dieu et celle de la crŽature ne sont pas diffŽrentes en esp�ce et ainsi on attribue le bien de mani�re univoque ˆ Dieu et ˆ la crŽature.

q. 7 a. 7Arg. 4 Praeterea, inter ea quae sunt diversorum generum non potest esse comparatio, sicut philosophus probat [in VII Phys., com. 30, 31 et 32] : non enim comparabilis est velocitas alterationis velocitati motus localis. Sed inter Deum et creaturam attenditur aliqua comparatio : dicitur enim quod Deus est summe bonus, et creatura est bona. Ergo Deus et creatura sunt unius generis, et ita aliquid de eis potest univoce praedicari.

4. Il ne peut y avoir de point de comparaison entre ce qui est de genres diffŽrents, comme le philosophe le prouve (Physique, VII, 4, 249 a 12 Ñ 249 a 21) ; car la vitesse du changement nÕest pas comparable ˆ celle du mouvement local. Mais entre Dieu et la crŽature, on rencontre un point commun ; car on dit que Dieu est supr�mement bon et que la crŽature est bonne. Donc Dieu et la crŽature sont dÕun seul genre et ainsi on peut leur attribuer quelque chose de mani�re univoque.

q. 7 a. 7Arg. 5 Praeterea, nihil cognoscitur nisi per speciem unius rationis ; non enim albedo quae est in pariete per speciem quae est in oculo cognosceretur, nisi esset unius rationis. Sed Deus per suam bonitatem cognoscit omnia entia, et sic de aliis. Ergo bonitas Dei et creaturae sunt unius rationis, et sic univoce bonum de Deo et creatura praedicatur.

5. Rien nÕest connu que par la forme dÕune seule nature, car la blancheur qui est sur le mur ne serait connue par la forme qui est dans l'Ïil que si elle Žtait dÕune seule nature. Mais Dieu par sa bontŽ conna”t tout ce qui existe, et il en est de m�me pour ses autres attributs. Donc sa bontŽ et celle de la crŽature sont dÕune seule nature, et ainsi on attribue de mani�re univoque le bien ˆ Dieu et ˆ la crŽature.

q. 7 a. 7Arg. 6 Praeterea, domus quae est in mente artificis et domus quae est in materia, sunt unius rationis. Sed omnes creaturae processerunt a Deo sicut artificiata ab artifice. Ergo bonitas quae est in Deo, est unius rationis cum bonitate quae est in creatura ; et sic idem quod prius.

6. La maison qui est dans lÕesprit de lÕarchitecte et celle qui est dans la mati�re sont d'une m�me nature. Mais toutes les crŽatures ont procŽdŽ de Dieu comme les Ïuvres proc�dent de lÕarchitecte. Donc la bontŽ qui est en Dieu est dÕune seule nature avec la bontŽ qui est dans la crŽature et ainsi de m�me que plus haut.

q. 7 a. 7Arg. 7 Praeterea, omne agens aequivocum reducitur ad aliquid univocum. Ergo primum agens, quod Deus est, oportet esse univocum. Sed de agente univoco et effectu eius proprio aliquid univoce praedicatur. Ergo de Deo et creatura praedicatur aliquid univoce.

7. Tout agent Žquivoque est ramenŽ ˆ un agent univoque. Donc il faut que le premier agent qui est Dieu soit univoque. Mais on attribue de mani�re univoque quelque chose ˆ lÕagent univoque et ˆ son effet propre. Donc on attribue quelque chose de mani�re univoque ˆ Dieu et ˆ la crŽature.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 7 s. c. 1 Sed contra. Est quod philosophus dicit [X metaph., lib. VII, com ; 30], quod aeterno et temporali nihil est commune nisi nomen. Sed Deus est aeternus, et creaturae temporales. Ergo Deo et creaturis nihil potest esse commune nisi nomen ; et sic praedicantur aequivoce pure nomina de Deo et creaturis.

1. Le philosophe dit (MŽtaphysique X, 10, 1050 b 27) que, entre lÕŽternel et le temporel, il nÕy a rien de commun sinon le nom. Mais Dieu est Žternel et les crŽatures temporelles. Donc entre Dieu et les crŽatures, il ne peut y avoir rien de commun que le nom et ainsi les noms sont attribuŽs ˆ Dieu et aux crŽatures de mani�re purement Žquivoque

q. 7 a. 7 s. c. 2 Praeterea, cum genus sit prima pars definitionis, ablato genere removetur significata ratio per nomen ; unde si aliquod nomen imponatur ad significandum id quod est in alio, erit nomen aequivocum. Sed sapientia dicta de creatura est in genere qualitatis. Cum ergo sapientia dicta de Deo non sit qualitas, ut supra ostensum est, videtur quod hoc nomen sapientia aequivoce praedicetur de Deo et creaturis.

2. Comme le genre est la premi�re partie de la dŽfinition, si on l'exclut, on enl�ve la nature signifiŽe par le nom ; c'est pourquoi si on emploie un nom pour signifier ce qui est dans un autre, le nom sera Žquivoque. Mais la sagesse, attribuŽe aux crŽatures, est dans le genre de la qualitŽ. Comme donc la sagesse, quand on parle de Dieu, nÕest pas une qualitŽ, comme on lÕa montrŽ plus haut, il semble que ce nom de sagesse est attribuŽ de mani�re Žquivoque ˆ Dieu et aux crŽatures.

q. 7 a. 7 s. c. 3 Praeterea, ubi nulla est similitudo, ibi non potest aliquid communiter praedicari, nisi aequivoce. Sed inter creaturam et Deum nulla est similitudo ; dicitur enim Is., XL, 18 : Cui ergo similem fecistis Deum ? Ergo videtur quod nihil possit praedicari univoce de Deo et creaturis.

3. Lˆ o� il nÕy a pas de ressemblance, on ne peut rien attribuer de commun, sinon de mani�re Žquivoque. Mais entre la crŽature et Dieu il nÕy a aucune ressemblance ; car il est dit (Is. 40,18) : ÇA qui donc as-tu fait Dieu semblable ?È. Donc il semble quÕon ne peut rien attribuer de mani�re univoque ˆ Dieu et aux crŽatures.

q. 7 a. 7 s. c. 4 Sed dicendum, quod licet Deus non possit dici similis creaturae, creatura tamen potest dici similis Deo.- Sed contra est quod dicitur Psal. LXXXII, 2 : Deus, quis similis erit tibi ? Quasi dicat, nullus.

4. Mais il faut dire que, bien quÕon ne puisse pas dire que Dieu est semblable ˆ la crŽature, on peut cependant dire que la crŽature est semblable ˆ Dieu.Ñ En sens contraire, il y a ce que dit le Ps. 87, 2 : ÇDieu, qui sera semblable ˆ toi ?È, comme si on disait personne.

q. 7 a. 7 s. c. 5 Praeterea, secundum accidens non potest esse aliquid simile substantiae. Sed sapientia in creatura est accidens, in Deo autem est substantia. Ergo homo non potest divinae sapientiae similari per suam sapientiam.

5. En outre, pour l'accident, il ne peut y avoir rien de semblable ˆ la substance. Mais la sagesse est un accident dans la crŽature, mais elle est en Dieu la substance. Donc lÕhomme par sa sagesse ne peut ressembler ˆ la sagesse divine.

q. 7 a. 7 s. c. 6 Praeterea, cum in creatura aliud sit esse, et aliud sit forma vel natura, per formam vel naturam nihil similatur ei quod est esse. Sed ista nomina praedicata de creaturis significant aliquam naturam vel formam : Deus autem est hoc ipsum quod est suum esse. Ergo per huiusmodi quae dicuntur de creatura, non potest creatura Deo similari ; et sic idem quod prius.

6. Comme dans la crŽature, lÕ�tre est diffŽrent de la forme ou nature, rien ne ressemble ˆ ce qu'est l'�tre par la forme ou la nature. Mais ces noms attribuŽs aux crŽatures signifient une nature ou une forme. Or Dieu est ce qu'est son �tre propre. Donc par ce qu'on dit de tel de la crŽature, elle ne peut pas ressembler ˆ Dieu, et ainsi de m�me que plus haut.

q. 7 a. 7 s. c. 7 Praeterea, magis differt Deus a creatura quam numerus ab albedine. Sed stultum est dicere numerum similari albedini, aut e converso. Ergo stultius est dici, quod aliqua creatura sit similis Deo ; et sic idem quod prius.

7. Dieu diff�re plus de la crŽature que le nombre de la blancheur. Mais il est sot de dire que le nombre est semblable ˆ la blancheur, ou le contraire. Donc il est plus sot de dire qu'une crŽature est semblable ˆ Dieu, et ainsi de m�me que plus haut.

q. 7 a. 7 s. c. 8 Praeterea, quaecumque similantur ad invicem, in aliquo uno conveniunt ; quae vero in uno conveniunt, sunt transmutabilia invicem. Deus autem est omnino intransmutabilis. Ergo non potest esse aliqua similitudo inter Deum et creaturam.

8. Tout ce qui se ressemble se rencontre en un seul genre ; mais ces choses qui se rencontre sont ainsi interchangeables entre elles. Or Dieu est tout ˆ fait immuable. Donc il ne peut y avoir une ressemblance entre Dieu et la crŽature.

RŽponse :

 

q. 7 a. 7 co. Respondeo. Dicendum quod impossibile est aliquid univoce praedicari de Deo et creatura ; quod ex hoc patet : nam omnis effectus agentis univoci adaequat virtutem agentis. Nulla autem creatura, cum sit finita, potest adaequare virtutem primi agentis, cum sit infinita. Unde impossibile est quod similitudo Dei univoce in creatura recipiatur.

Il faut dire qu'il est impossible d'attribuer quelque chose d'univoque ˆ Dieu et ˆ la crŽature, ce qui se dŽmontre ainsi : car tout effet d'un agent univoque Žgale son pouvoir. Mais aucune crŽature, puisqu'elle est finie, ne peut Žgaler le pouvoir du premier agent puisquÕil est infini. Donc il est impossible que la ressemblance de Dieu soit re�ue de mani�re univoque dans la crŽature.

Item patet quod, etsi una sit ratio formae existentis in agente et in effectu, diversus tamen modus existendi impedit univocam praedicationem ; licet enim eadem sit ratio domus quae sit in materia et domus quae est in mente artificis,- quia unum est ratio alterius,- non tamen domus univoce de utraque praedicatur, propter hoc quod species domus in materia habet esse materiale, in mente vero artificis immateriale.

D'autre part, il est clair que m�me si est unique la nature de la forme qui existe dans lÕagent et dans lÕeffet, cependant une mani�re diffŽrente dÕexister emp�che l'attribution univoque, car bien que l'idŽe de la maison qui est dans la mati�re soit la m�me que celle qui est dans lÕesprit de lÕarchitecte, Ñ parce que l'une est l'idŽe de lÕautre, Ñ cependant la maison n'est pas attribuŽe de mani�re univoque ˆ l'une et ˆ l'autre ; parce que la forme (species) de la maison dans la mati�re a une existence matŽrielle, mais dans lÕesprit de lÕartisan un existence immatŽrielle.

Dato ergo per impossibile quod eiusdem rationis sit bonitas in Deo et creatura, non tamen bonum univoce de Deo praedicaretur ; cum quod in Deo est immaterialiter et simpliciter, in creatura sit materialiter et multipliciter. Et praeterea ens non dicitur univoce de substantia et accidente, propter hoc quod substantia est ens tamquam per se habens esse, accidens vero tamquam cuius esse est inesse. Ex quo patet quod diversa habitudo ad esse impedit univocam praedicationem entis. Deus autem alio modo se habet ad esse quam aliqua alia creatura ; nam ipse est suum esse, quod nulli alii creaturae competit. Unde nullo modo univoce de Deo creatura dicitur ; et per consequens nec aliquid aliorum praedicabilium inter quae est ipsum primum ens. Existente enim diversitate in primo, oportet in aliis diversitatem inveniri ; unde de substantia et accidente nihil univoce praedicatur.

S'il Žtait donne par impossible que la bontŽ soit de la m�me nature en Dieu et dans la crŽature, on n'attribuerait pas le bien de mani�re univoque ˆ Dieu, puisque ce qui est en lui y est nature immatŽrielle et simple, et dans la crŽature de nature matŽrielle et plurielle. Et en plus lÕŽtant n'est pas dŽfini de mani�re univoque pour la substance et lÕaccident, parce que la substance est un Žtant comme ayant l'�tre par soi, et lÕaccident comme inhŽrent ˆ un autre. Cela montre qu'une relation diffŽrente ˆ lÕ�tre emp�che une attribution univoque de l'Žtant. Mais Dieu se comporte vis-ˆ-vis de l'�tre dÕune autre mani�re que n'importe quelle crŽature ; car il est son �tre propre, ce qui nÕappartient ˆ aucune autre crŽature. C'est pourquoi en aucune mani�re on ne parle d'univocitŽ de la crŽature ˆ Dieu et ni par consŽquent d'aucun des autres prŽdicables[817] parmi lesquels est lÕŽtant premier lui-m�me. Car si la diversitŽ existe dans le premier, il faut la trouver dans les autres, c'est pourquoi on n'attribue rien d'univoque ˆ la substance et ˆ lÕaccident.

Quidam autem aliter dixerunt, quod de Deo et creatura nihil praedicatur analogice, sed aequivoce pure. Et huius opinionis est Rabbi Moyses, ut ex suis dictis patet.

DÕautres ont parlŽ autrement, disant qu'on n'attribuait rien de mani�re analogique ˆ Dieu et ˆ la crŽature, mais de mani�re Žquivoque seulement. Et Rabbi Moyses est de cette opinion comme cela appara”t dans ce qu'il a dit.

Ista autem opinio non potest esse vera : quia in pure aequivocis, quae philosophus nominat a casu aequivoca, non dicitur aliquid de uno per respectum ad alterum. Omnia autem quae dicuntur de Deo et creaturis, dicuntur de Deo secundum aliquem respectum ad creaturas, vel e contrario, sicut patet per omnes opiniones positas de expositione divinorum nominum. Unde impossibile est quod sit pura aequivocatio.

Mais cette opinion ne peut pas �tre vraie, parce que, dans ce qui est purement Žquivoque, ce que le philosophe appelle Žquivoque par hasard, on ne dit rien dÕune chose par rapport ˆ une autre ; mais tout ce qui est dit de Dieu et des crŽatures, est dit de lui selon un rapport aux crŽatures ou le contraire, comme cela appara”t par toutes les opinions sur lÕexposŽ des noms divins. C'est pourquoi il est impossible quÕil y ait une Žquivocation pure.

Item, cum omnis cognitio nostra de Deo ex creaturis sumatur, si non erit convenientia nisi in nomine tantum, nihil de Deo sciremus nisi nomina tantum vana, quibus res non subesset.

D'autre part, comme toute notre connaissance de Dieu est tirŽe des crŽatures, sÕil nÕy avait un certain accord que dans le nom seulement, on ne conna”trait rien de Dieu, sinon des noms inutiles, sans que la rŽalitŽ y corresponde.

Sequeretur etiam quod omnes demonstrationes a philosophis datae de Deo, essent sophisticae ; verbi gratia, si dicatur, quod omne quod est in potentia, reducitur ad actum per ens actu,- et ex hoc concluderetur quod Deus esset ens actu, cum per ipsum omnia in esse educantur,- erit fallacia aequivocationis ; et sic de omnibus aliis. Et praeterea oportet causatum esse aliqualiter simile causae ; unde oportet de causato et causa nihil pure aequivoce praedicari, sicut sanum de medicina et animali.

Il s'ensuivrait que toutes les dŽmonstrations faites par les philosophes sur Dieu, seraient fausses ; par exemple, si on disait que tout ce qui est en puissance est ramenŽ ˆ lÕacte par lÕŽtant en acte,Ñ et que de cela on conclurait que Dieu serait un �tre en acte, puisque par lui tout vient ˆ lÕ�tre Ñ ce serait une erreur de l'Žquivocation et ainsi pour toutes les autres choses. Et ensuite il faut que l'effet soit dÕune certaine mani�re semblable ˆ la cause, c'est pourquoi il ne faut attribuer rien de purement Žquivoque ˆ l'effet et ˆ la cause, comme ce qui est sain au sujet de la mŽdecine et de lÕanimal.

Et ideo aliter dicendum est, quod de Deo et creatura nihil praedicetur univoce ; non tamen ea quae communiter praedicantur, pure aequivoce praedicantur, sed analogice. Huius autem praedicationis duplex est modus. Unus quo aliquid praedicatur de duobus per respectum ad aliquod tertium, sicut ens de qualitate et quantitate per respectum ad substantiam. Alius modus est quo aliquid praedicatur de duobus per respectum unius ad alterum, sicut ens de substantia et quantitate.

Et cÕest pourquoi il faut dire autrement : on n'attribue rien ˆ Dieu ni ˆ la crŽature de mani�re univoque ; cependant ce qui est attribuŽ communŽment ne l'est pas de mani�re purement Žquivoque, mais analogique. Et de cette attribution le mode est double :a) LÕun par lequel un attribut est donnŽ ˆ deux sujets par rapport ˆ un troisi�me, comme lÕŽtant ˆ la qualitŽ et ˆ la quantitŽ par rapport ˆ la substance. b) LÕautre mode est celui par lequel un attribut est donnŽ ˆ deux sujets par rapport de lÕun ˆ lÕautre, comme lÕŽtant ˆ la substance et ˆ la quantitŽ.

In primo autem modo praedicationis oportet esse aliquid prius duobus, ad quod ambo respectum habent, sicut substantia ad quantitatem et qualitatem ; in secundo autem non, sed necesse est unum esse prius altero. Et ideo cum Deo nihil sit prius, sed ipse sit prior creatura, competit in divina praedicatione secundus modus analogiae, et non primus.

Au premier mode d'attribution, il faut quÕil y ait quelque chose avant les deux, ˆ quoi les deux ont rapport comme la substance ˆ la quantitŽ et ˆ la qualitŽ ; mais dans le second, non, mais il est nŽcessaire que lÕun soit avant lÕautre. Et cÕest pour cela, comme rien nÕexiste avant Dieu, mais quÕil est lui-m�me avant la crŽature, le second mode de lÕanalogie convient ˆ l'attribution divine et non le premier.

 

Solutions :

q. 7 a. 7 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ratio illa procedit de mensura cui mensuratum potest coaequari vel commensurari ; talis autem mensura non est Deus, cum in infinitum omnia excedat per ipsum mensurata.

 1. Il faut dire que cette raison proc�de de la mesure ˆ laquelle le mesurŽ peut �tre ŽgalŽ ou proportionnŽ, mais Dieu nÕest pas une mesure de ce genre, puisquÕil exc�de par lui-m�me ˆ l'infini tout ce qui est mesurŽ.

q. 7 a. 7 ad 2 Ad secundum dicendum, quod similitudo creaturae ad Deum deficit a similitudine univocorum in duobus. Primo, quia non est per participationem unius formae, sicut duo calida secundum participationem unius caloris ; hoc enim quod de Deo et creaturis dicitur, praedicatur de Deo per essentiam, de creatura vero per participationem ; ut sic talis similitudo creaturae ad Deum intelligatur, qualis est calidi ad calorem, non qualis calidi ad calidius. Secundo, quia ipsa forma in creatura participata deficit a ratione eius quod Deus est, sicut calor ignis deficit a ratione virtutis solaris, per quam calorem generat.

 2. La ressemblance de la crŽature ˆ Dieu est dŽfaillante par rapport ˆ la ressemblance de ce qui est univoque en deux points. a) Premi�rement, parce que ce nÕest pas par participation dÕune seule forme, comme deux corps chauds qui participent ˆ une seule chaleur, car ce qui est dit de Dieu et des crŽatures est attribuŽ ˆ Dieu par essence, mais ˆ la crŽature par participation ; de sorte quÕon comprend ainsi la ressemblance de la crŽature ˆ Dieu, telle que celle du chaud ˆ la chaleur, non telle que celle du chaud ˆ plus chaud. b) Deuxi�mement, parce que la forme elle-m�me participŽe dans la crŽature est infŽrieure ˆ la nature de Dieu, comme la chaleur du feu est dŽfaillante par rapport ˆ la nature du pouvoir du soleil par lequel il engendre la chaleur.

q. 7 a. 7 ad 3 Ad tertium dicendum, quod magis et minus tripliciter potest considerari, et sic praedicari. Uno modo secundum solam quantitatem participati ; sicut nix dicitur albior pariete, quia perfectior est albedo in nive quam in pariete, sed tamen unius rationis ; unde talis diversitas secundum magis et minus non diversificat speciem. Alio modo secundum quod unum participatur, et aliud per essentiam dicitur ; sicut diceremus, quod bonitas est melior quam bonum. Tertio modo secundum quod modo eminentiori competit idem aliquid uni quam alteri, sicut calor soli quam igni ; et hi duo modi impediunt unitatem speciei et univocam praedicationem ; et secundum hoc aliquid praedicatur magis et minus de Deo et creatura, ut ex dictis patet.

 3. On peut considŽrer le plus et le moins de trois mani�res et l'attribuer ainsi : a) Selon la seule quantitŽ du participŽ ; ainsi on dit que la neige est plus blanche que le mur, parce que la blancheur est plus parfaite dans la neige que sur le mur, mais cependant elle est dÕune m�me nature. C'est pourquoi une telle diffŽrence selon le plus et le moins ne diversifie pas lÕesp�ce.b) Selon que lÕun est participŽ et que lÕautre est dŽsignŽ par essence ; comme si on disait que la bontŽ est meilleure que le bien. c) Selon quÕune m�me chose appartient ˆ un mode plus Žminent quÕˆ un autre, comme la chaleur au soleil plus qu'au feu et ces deux modes emp�chent lÕunitŽ de lÕesp�ce et une attribution univoque et ainsi quelque chose est attribuŽ en plus ou en moins ˆ Dieu et ˆ la crŽature, comme le montre ce quÕon a dit.

q. 7 a. 7 ad 4 Ad quartum dicendum, quod Deus non comparatur creaturis in hoc quod dicitur melior, vel summum bonum, quasi participans naturam eiusdem generis cum creaturis, sicut species generis alicuius, sed quasi principium generis.

 4. Dieu nÕest pas comparŽ aux crŽatures, parce qu'on le dit meilleur ou bien supr�me, comme s'il participait dÕune nature d'un m�me genre avec les crŽatures, comme lÕesp�ce dÕun genre, mais comme principe d'un genre.

q. 7 a. 7 ad 5 Ad quintum dicendum, quod quanto species intelligibilis eminentior est in aliquo, tanto ex ea relinquitur perfectior cognitio ; sicut ex specie lapidis in intellectu quam in sensu. Unde per hoc Deus perfectissime potest cognoscere res per suam essentiam, inquantum sua essentia est supereminens similitudo rerum, et non adaequata.

 5. Plus la forme intelligible est Žminente dans une chose, plus sa connaissance demeure parfaite, ainsi la forme de la pierre est plus parfait dans lÕesprit que dans les sens. C'est pourquoi Dieu peut conna”tre ainsi tr�s parfaitement les choses par son essence, dans la mesure o� celle-ci est ressemblance des choses, surŽminente et inŽgalŽe.

q. 7 a. 7 ad 6 Ad sextum dicendum, quod inter creaturam et Deum est duplex similitudo. Una creaturae ad intellectum divinum : et sic forma intellecta per Deum est unius rationis cum re intellecta, licet non habeat eumdem modum essendi ; quia forma intellecta est tantum in intellectu, forma autem creaturae est etiam in re. Alio modo secundum quod ipsa divina essentia est omnium rerum similitudo superexcellens, et non unius rationis. Et ex hoc modo similitudinis contingit quod bonum et huiusmodi praedicantur communiter de Deo et creaturis, non autem ex primo. Non enim haec est ratio Dei cum dicitur, Deus est bonus, quia bonitatem creaturae intelligit ; cum iam ex dictis pateat quod nec etiam domus quae est in mente artificis cum domo quae est in materia univoce dicatur domus.

 6. Entre la crŽature et Dieu, il y a une double ressemblance. a) Une de la crŽature ˆ lÕesprit divin, et ainsi la forme pensŽe par Dieu est dÕune m�me nature que ce qui est pensŽ, bien qu'elle nÕait pas la m�me mani�re d'�tre ; parce que la forme pensŽe est seulement dans lÕesprit, mais la forme de la crŽature est aussi dans la rŽalitŽ. b) DÕune autre mani�re selon que lÕessence divine m�me est ressemblance surŽminente de toutes choses et non dÕune seule nature. Et par ce mode de ressemblance, il arrive que le bien, etc. est attribuŽ en commun ˆ Dieu et aux crŽatures, mais pas de la premi�re mani�re. En effet, quand on dit que Dieu est bon, ce nÕest pas sa nature parce qu'elle comprend la bontŽ de la crŽature, comme ce qui a ŽtŽ dit le montre clairement, la maison non plus qui est dans lÕesprit de lÕarchitecte nÕest pas signifiŽe non plus de mani�re univoque de la maison qui est dans la mati�re.

q. 7 a. 7 ad 7 Ad septimum dicendum, quod agens aequivocum oportet esse prius quam agens univocum, quia agens univocum non habet causalitatem super totam speciem, alias esset causa sui ipsius, sed solum super aliquod individuum speciei ; agens autem aequivocum habet causalitatem super totam speciem ; unde oportet primum agens esse aequivocum.

 7. Il faut que lÕagent Žquivoque soit avant lÕagent univoque, parce que ce dernier nÕa pas de causalitŽ sur toute lÕesp�ce, autrement il serait sa propre cause, mais seulement sur un individu de lÕesp�ce ; mais lÕagent Žquivoque a causalitŽ sur toute lÕesp�ce ; donc il faut que le premier agent soit Žquivoque.

q. 7 a. 7 ad s. c. 1 Ad primum ergo dicendum, quod in contrarium obiicitur, dicendum,

En sens contraire :, sur ce qui a ŽtŽ objectŽ, il faut dire :

quod philosophus loquitur de communitate naturaliter et non logice. Ea vero quae habent diversum modum essendi, non communicant in aliquo secundum esse quod considerat naturalis ; possunt tamen communicare in aliqua intentione quam considerat logicus. Et praeterea etiam secundum naturalem corpus elementare et caeleste non sunt unius generis ; sed secundum logicum sunt. Nihilominus tamen philosophus non intendit excludere analogicam communitatem, sed solum univocam. Vult enim ostendere quod corruptibile et incorruptibile non communicant in genere.

 1. Le philosophe parle de communautŽ selon la nature et non logique. Ce qui a un mode diffŽrent dÕ�tre ne communique en rien selon lÕ�tre que le naturaliste consid�re. Cependant cela peut �tre commun dans un concept que le logicien consid�re. Et en outre aussi selon le naturaliste le corps ŽlŽmentaire et le corps cŽleste ne sont pas d'un m�me genre. Mais ils le sont selon le logicien. Cependant le Philosophe nÕentend pas exclure la communautŽ analogique mais seulement celle qui est univoque. Car il veut montrer que le corruptible et l'incorruptible ne communique pas dans un genre commun. (MŽtaphysique, X, 10, 1050 b 27)

q. 7 a. 7 ad s. c. 2 Ad secundum dicendum, quod licet diversitas generis tollat univocationem, non tamen tollit analogiam. Quod sic patet. Sanum enim, secundum quod dicitur de urina, est in genere signi ; secundum vero quod dicitur de medicina, est in genere causae.

 2. Bien que la diffŽrence de genre exclut l'univocitŽ, elle nÕexclut cependant pas lÕanalogie. Ce qui appara”t ainsi : en effet ce qui est sain, selon qu'on parle d'urine, est dans le genre du signe, mais si on parle de mŽdecine, il est dans le genre de la cause.

q. 7 a. 7 ad s. c. 3 Ad tertium dicendum, quod Deus nullo modo dicitur esse similis creaturae, sed e contrario, quia, ut dicit Dionysius [cap. IX de div. Nomin.], in causa et causatis non recipimus similitudinis conversionem, sed solum in coordinatis ; homo enim non dicitur similis suae imagini, sed e contrario, propter hoc quod forma illa secundum quam attenditur similitudo, per prius est in homine quam in imagine. Et ideo Deum creaturis similem non dicimus, sed e contrario.

 3. On ne dit en aucune mani�re que Dieu est semblable ˆ la crŽature, mais le contraire, parce que, comme le dit Denys (Les Noms divins, 9) dans la cause et l'effet nous ne recevons pas la rŽciprocitŽ de la ressemblance, mais seulement en ce qui est coordonnŽ ; car on ne dit pas que lÕhomme est semblable ˆ son image, mais on dit le contraire, parce que cette forme selon que la ressemblance l'atteint, est dans lÕhomme avant que dans lÕimage. Et cÕest pourquoi nous ne disons pas que Dieu est semblable aux crŽatures, mais nous disons le contraire.

q. 7 a. 7 ad s. c. 4 Ad quartum dicendum, quod cum dicitur, nulla creatura est similis Deo, ut eodem cap. dicit Dionysius, hoc intelligendum est secundum quod causata minus habent a sua causa, ab ipsa incomparabiliter deficientia. Quod non est intelligendum secundum quantitatem participati, sed aliis duobus modis, sicut supra dictum est.

 4. Quand on dit qu'aucune crŽature nÕest semblable ˆ Dieu, comme Denys le dit dans le m�me chapitre (9), il faut le comprendre selon que l'effet re�oit moins de sa cause, incomparablement par sa dŽficience m�me. Ce quÕil ne faut pas comprendre selon la quantitŽ de ce qui participe, mais par les deux autres modes, comme on lÕa dit ci-dessus.

q. 7 a. 7 ad s. c. 5 Ad quintum dicendum, quod secundum accidens non potest esse aliquid simile substantiae, similitudine quae attenditur secundum formam unius rationis, sed secundum similitudinem quae est inter causatum et causam, nihil prohibet. Nam primam substantiam oportet esse causam omnium accidentium.

 5. Pour lÕaccident, il ne peut y avoir rien de semblable ˆ la substance, par une ressemblance qui est atteinte selon la forme d'une nature, mais rien ne l'emp�che selon la ressemblance qui est entre l'effet et la cause. Car il faut que la substance premi�re soit cause de tous les accidents.

q. 7 a. 7 ad s. c. 6 Et similiter dicendum ad sextum.

 6. Et il faut dire de m�me pour le sixi�me.

q. 7 a. 7 ad s. c. 7 Ad septimum dicendum, quod albedo nec est in genere numeri, nec est principium generis ; et ideo nulla similitudo unius ad alterum attenditur. Deus autem est principium omnis generis ; et ideo ei omnia aliqualiter similantur.

 7. La blancheur nÕest pas dans le genre du nombre et nÕest pas le principe du genre, et cÕest pourquoi on n'atteint aucune ressemblance de l'une ˆ lÕautre. Mais Dieu est le principe de tout genre, et cÕest pourquoi tout est semblable ˆ lui de mani�re Žgale.

q. 7 a. 7 ad s. c. 8 Ad octavum dicendum, quod ratio illa procedit de his quae communicant in genere vel in materia ; qualis conditio non est Dei ad creaturas.

 8. Cette raison proc�de de ce qui communique dans le genre ou dans la mati�re, une telle condition nÕexiste pas entre Dieu et les crŽatures.

 

 

 

Article 8 Ñ Y a-t-il une relation entre Dieu et la crŽature ?

q. 7 a. 8 tit. 1 Octavo quaeritur utrum sit aliqua relatio inter Deum et creaturam. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :[818] :

q. 7 a. 8Arg. 1 Relativa enim sunt simul, secundum philosophum [in praedicament. Ad aliquid]. Sed creatura non potest simul esse cum Deo : Deus enim omnibus modis est prior creatura. Ergo nulla relatio potest esse inter creaturam et Deum.

1. Car ce qui est relatif est en m�me temps, selon le philosophe (les catŽgories, les relations, 7, 7 b 15[819]). Mais la crŽature ne peut pas �tre en m�me temps que Dieu, car il est ˆ tous les points de vue antŽrieur ˆ la crŽature. Donc aucune relation ne peut exister entre la crŽature et Dieu.

q. 7 a. 8Arg. 2 Praeterea, inter quaecumque est aliqua relatio, est etiam eorum aliqua ad invicem comparatio. Sed inter Deum et creaturam non est comparatio ; ea enim quae non sunt unius generis, non sunt comparabilia, sicut numerus et linea. Ergo non est aliqua relatio inter Deum et creaturam.

2. Entre chaque chose o� il y a une relation, il y a aussi un certain rapport de lÕune ˆ lÕautre. Mais entre Dieu et la crŽature il nÕy en a pas, car ce qui nÕest pas dÕun seul et m�me genre, nÕest pas comparable, comme le nombre et la ligne. Donc il nÕy a pas de relation entre Dieu et la crŽature.

q. 7 a. 8Arg. 3 Praeterea, in quocumque genere est unum relativorum, est etiam aliud. Sed Deus non est in eodem genere cum creatura. Ergo non possunt relative ad invicem dici.

3. En quelque genre o� il y a l'un des relatifs, l'autre y est aussi. Mais Dieu nÕest pas dans le m�me genre que la crŽature. Donc on ne peut les dire relatifs entre eux.

q. 7 a. 8Arg. 4 Praeterea, creatura non potest esse opposita creatori : quia oppositum non est causa sui oppositi. Sed relativa ad invicem opponuntur. Ergo non potest esse relatio inter creaturam et Deum.

4. La crŽature ne peut �tre opposŽe au CrŽateur, parce que lÕopposŽ nÕest pas la cause de son opposŽ. Mais les choses relatives sÕopposent lÕune ˆ lÕautre. Donc on ne peut pas parler de relation entre la crŽature et Dieu

q. 7 a. 8Arg. 5 Praeterea, de quocumque aliquid de novo incipit dici, aliquo modo potest dici factum. Ergo sequitur, si aliquid relative ad creaturam de Deo dicitur, quod Deus aliquo modo sit factus ; quod est impossibile, cum ipse sit immutabilis.  

5. De tout ce dont on commence ˆ parler nouvellement, on peut dire, dÕune certaine mani�re, que cela a ŽtŽ fait [crŽŽ]. Donc il en dŽcoule, si on parle de quelque chose de relatif qui va de Dieu ˆ la crŽature, que Dieu dÕune certaine mani�re a ŽtŽ fait ; ce qui est impossible, puisquÕil est immuable.

q. 7 a. 8Arg. 6 Praeterea, omne quod praedicatur de aliquo, praedicatur de eo aut per se aut per accidens. Sed ea quae important relationem ad creaturam, non praedicantur de Deo per se, quia huiusmodi praedicata ex necessitate et semper praedicantur ; nec iterum per accidens. Ergo nullo modo aliqua talia relativa de Deo praedicari possunt.

6. Tout ce qui est attribuŽ, l'estˆ soi ou par accident. Mais ce qui apporte une relation ˆ la crŽature, nÕest pas attribuŽ ˆ Dieu par soi, parce que les attributs de ce genre sont attribuŽs par nŽcessitŽ et le sont toujours, et de plus pas par accident. Donc en aucune mani�re de telles relations ne peuvent �tre attribuŽes ˆ Dieu.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 8 s. c. Sed contra, est quod Augustinus dicit [V] vel [IX kib. De Trinit., lib. V, cap. XIII, XIV et XV] quod Creator relative dicitur ad creaturam, sicut dominus ad servum.

Augustin dit (La TrinitŽ, V, XIII, 14[820]) quÕon parle du CrŽateur en relation ˆ la crŽature, comme du ma”tre ˆ son serviteur.

 

RŽponse :

q. 7 a. 8 co. Respondeo. Dicendum quod relatio in hoc differt a quantitate et qualitate : quia quantitas et qualitas sunt quaedam accidentia in subiecto remanentia ; relatio autem non significat, ut Boetius dicit [in libro de Trinitate], ut in subiecto manens, sed ut in transitu quodam ad aliud ; unde et Porretani dixerunt, relationes non esse inhaerentes, sed assistentes, quod aliqualiter verum est, ut posterius ostendetur.

La relation diff�re de la quantitŽ et de qualitŽ[821], parce que celles-ci sont des accidents qui demeurent dans un sujet[822]. Mais la relation ne signifie pas, comme Bo�ce le dit (La TrinitŽ, V) comme demeurant dans le sujet mais c'est comme passant vers un autre. C'est pourquoi les disciples de G. de la PorrŽe[823] ont dit que les relations ne sont pas inhŽrentes, mais assistantes[824], ce qui est vrai dÕune certaine mani�re, comme on le montrera plus tard (qu. 8, a. 2, c).

Quod autem attribuitur alicui ut ab eo in aliud procedens non facit compositionem cum eo, sicut nec actio cum agente. Et propter hoc etiam probat philosophus V Phys. [comment. 18], quod in ad aliquid non potest esse motus : quia, sine aliqua mutatione eius quod ad aliud refertur, potest relatio desinere ex sola mutatione alterius, sicut etiam de actione patet, quod non est motus secundum actionem nisi metaphorice et improprie ; sicut exiens de otio in actum mutari dicimus, quod non esset si relatio vel actio significaret aliquid in subiecto manens.

Ce qui est attribuŽ ˆ une chose comme procŽdant d'elle dans une autre, ne fait pas composition avec elle, de m�me que l'action ne fait pas composition avec lÕagent[825]. Et cÕest pour cela que le philosophe prouve (Physique, V, 2, 226 a 23[826]) que dans la relation il ne peut pas y avoir de mouvement ; parce que, sans le changement de ce qui se rŽf�re ˆ l'autre, la relation peut cesser par le seul changement de lÕautre[827], comme on le voit aussi pour lÕaction, parce que ce nÕest un mouvement selon lÕaction que mŽtaphoriquement et improprement. Ainsi nous disons que passer du repos ˆ lÕaction cÕest changer, ce qui ne serait pas si la relation ou lÕaction signifiait quelque chose qui demeure dans le sujet.

Ex hoc autem apparet quod non est contra rationem simplicitatis alicuius multitudo relationum quae est inter ipsum et alia ; immo quanto simplicius est tanto concomitantur ipsum plures relationes. Quanto enim aliquid est simplicius, tanto virtus (eius) est minus limitata, unde ad plura se extendit sua causalitas. Et ideo in libro de Causis [prop. 17] dicitur, quod Omnis virtus unita plus est infinita quam virtus multiplicata.       

Cela montre que la pluralitŽ des relations qui est entre lui et les autres, nÕest pas contre le concept d'une certaine simplicitŽ ; bien plus il est dÕautant plus simple que les relations qui l'accompagnent sont plus nombreuses. Car plus une chose est simple, moins sa puissance est limitŽe, c'est pourquoi sa causalitŽ sÕŽtend ˆ davantage dÕeffets. Et cÕest pour cela que dans le livre Des Causes (prop. 17) il est dit que ÇToute puissance unie est infinie plus quÕune puissance multipliŽe [828].È

Oportet autem intelligi aliquam relationem inter principium et ea quae a principio sunt, non solum quidem relationem originis, secundum quod principiata oriuntur a principio, sed etiam relationem diversitatis : quia oportet effectum a causa distingui, cum nihil sit causa sui ipsius          

Mais il faut comprendre une relation entre le principe et ce qui en dŽcoule[829], non seulement comme relation dÕorigine, selon que ce qui dŽpend du principe en dŽcoule, mais encore comme relation de diversitŽ ; parce quÕil faut que lÕeffet soit distinguŽ de la cause, puisque rien nÕest sa propre cause.

Et ideo ad summam Dei simplicitatem consequitur quod infinitae habitudines sive relationes existant inter creaturas et ipsum, secundum quod ipse creaturas producit a seipso diversas, aliqualiter tamen sibi assimilatas.  

Et cÕest pourquoi pour la simplicitŽ supr�me de Dieu, il dŽcoule que les rapports infinis ou les relations qui existent entre les crŽatures et lui, selon quÕil les crŽe diffŽrentes de lui, lui ressemblent cependant dÕune certaine mani�re.

 

Solutions :

q. 7 a. 8 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod illa relativa sunt simul natura quae pari ratione mutuo referuntur, sicut pater ad filium, dominus ad servum, duplum ad dimidium. Illa vero relativa in quibus non est eadem ratio referendi ex utraque parte, non sunt simul natura, sed alterum est prius naturaliter, sicut etiam philosophus dicit [in praedicament. Ad aliquid], de sensu et sensibili, scientia et scibili. Et sic patet quod non oportet quod Deus et creatura sint simul natura, cum non sit eadem ratio referendi ex utraque parte. Nihilominus autem non est necesse in illis etiam relativis quae sunt simul natura, quod subiecta sint naturaliter simul sed relationes solae.

 1. Ces relatifs qui sont en rapport ˆ raison Žgale[830] entre eux sont ensemble par nature, comme le p�re avec fils, le ma”tre avec serviteur, le double ˆ la moitiŽ. Les relatifs dans lesquels il nÕy a pas la m�me nature de rŽfŽrence de chaque c™tŽ, ne sont pas ensemble par nature, mais lÕun est naturellement avant, comme le philosophe le dit (Les catŽgories, les relations, 7, 7 b 23-25 ) de la sensation et du sensible, de la connaissance et du connaissable. Et ainsi il appara”t quÕil ne faut pas que Dieu et la crŽature soient simultanŽment par nature, puisque ce n'est pas la m�me nature de rŽfŽrence des deux c™tŽs. Cependant il nÕest pas nŽcessaire pour ces relatifs, qui sont ensemble par nature, que les sujets soient ensemble, mais que les relations seules le soient.

q. 7 a. 8 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non omnium est comparatio quorum est relatio ad invicem, sed solum illorum quorum est relatio secundum unam quantitatem vel qualitatem, ut ex hoc possit unum altero dici maius aut melius, vel albius vel aliquid huiusmodi. Relationum autem diversitates possunt ad invicem referri etiam quae diversorum generum sunt : ea enim quae diversorum generum sunt, sunt ad invicem diversa. Nihilominus tamen quamvis Deus in eodem genere non sit cum creatura sicut contentum sub genere, est tamen in omnibus generibus sicut principium generis : et ex hoc potest esse aliqua relatio inter creaturam et Deum sicut inter principiata et principium.    

 2. La comparaison nÕest pas pour tout ce en quoi il y a une relation rŽciproque, mais seulement pour ceux dont la relation est selon une quantitŽ ou une qualitŽ ; pour que par lˆ lÕun puisse �tre dit plus grand ou meilleur que lÕautre, ou plus blanc, ou quelque chose de ce genre. Mais les relations en leur diversitŽ peuvent se rŽfŽrer l'une ˆ l'autre, m�me celles qui sont de genres diffŽrents ; car celles-ci sont diffŽrentes l'une de l'autre. Cependant, quoique Dieu ne soit pas dans le m�me genre que la crŽature, en tant que limitŽe ˆ un genre, il est cependant dans tous les genres, en tant que principe du genre, et par lˆ il peut y avoir une relation entre la crŽature et Dieu comme entre ce qui dŽpend d'un principe et le principe [m�me].

q. 7 a. 8 ad 3 Ad tertium dicendum, quod non oportet subiecta relationum esse unius generis, sed solum relationes ipsas ; ut patet in hoc quod quantitas a quidditate diversa dicitur. Et tamen, ut dictum est, non est eadem ratio de Deo et creaturis, sicut de his quae sunt in diversis generibus ad invicem nullo modo coordinata.      

 3. Il n'est pas nŽcessaire que les substrats des relations soit dÕun seul genre, mais seulement les relations elles-m�mes, comme cela appara”t dans le fait qu'on dit que la quantitŽ est diffŽrente de la quidditŽ. Et cependant, comme on lÕa dit, ce nÕest pas la m�me raison pour Dieu et les crŽatures, comme de celles qui sont dans diffŽrents genres, en aucune mani�re coordonnŽes entre elles.

q. 7 a. 8 ad 4 Ad quartum dicendum, quod oppositio relationis in duobus differt ab aliis oppositionibus : quorum primum est quod in aliis oppositis unum dicitur alteri opponi, in quantum ipsum removet : negatio enim removet affirmationem, et secundum hoc ei opponitur ; oppositio vero privationis et habitus et contrarietatis includit oppositionem contradictionis, ut IV Metaph. dicitur. Non autem est hoc in relativis. Non enim per hoc opponitur filius patri quod ipsum removeat, sed propter rationem habitudinis ad ipsum.

 4. LÕopposition de la relation est diffŽrente des autres oppositions en deux points a) Dans les autres opposŽs, lÕun est dit opposŽ ˆ lÕautre, dans la mesure o� il l'exclut lui-m�me, car la nŽgation exclut lÕaffirmation et c'est en cela qu'elle lui est opposŽe, mais lÕopposition de privation, de possession et de contrariŽtŽ inclut celle de contradiction, comme il est dit en MŽtaphysique (IV, 3, 1005 b 25). Mais cela nÕest pas dans les relatifs. Car le fils nÕest pas opposŽ au p�re, parce quÕil lÕexclut lui-m�me, mais ˆ cause de la nature de sa relation avec lui :

Et ex hoc causatur secunda differentia, quia in aliis oppositis semper alterum est imperfectum ; quod accidit ratione negationis quae includitur in privatione et altero contrariorum. Hoc autem in relativis non oportet, immo utrumque considerari potest ut perfectum, sicut patet maxime in relativis aequiparantiae, et in relativis originis, ut aequale, simile, pater et filius. Et ideo relatio magis potest attribui Deo quam aliae oppositiones. Ratione quidem primae differentiae potest attendi oppositio relationis inter creaturam et Deum, non autem alia oppositio,- cum ex Deo sit magis creaturarum positio quam earum remotio ; est tamen aliqua habitudo, creaturarum ad Deum. Ratione vero secundae differentiae est in ipsis divinis personis (in quibus nihil imperfectum esse potest) oppositio relationi, et non alia, ut posterius [quaest. 8], apparebit.

b) Et cela cause une seconde diffŽrence, parce que, dans les autres opposŽs, lÕautre est toujours imparfait, ce qui arrive par la nature de la nŽgation qui est incluse dans la privation et dans lÕautre des contraires. Mais il ne faut pas dans les relatifs, que lÕun et lÕautre puissent �tre considŽrŽs comme parfaits, comme cela para”t au plus haut point dans les relatifs dÕŽquivalence et dans ceux d'origine, en tant qu'Žgal, semblable, P�re et Fils. Et cÕest pourquoi la relation peut davantage �tre attribuŽe ˆ Dieu que les autres oppositions. Par la nature de la premi�re diffŽrence, on peut atteindre lÕopposition de relation entre la crŽature et Dieu, mais non une autre opposition Ñ puisque la situation des crŽatures vient plus de Dieu que leur Žloignement ; cependant il y a une relation des crŽatures ˆ Dieu. Mais par la nature de la seconde diffŽrence, il y a dans les personnes divines m�mes (en qui rien ne peut �tre imparfait) une opposition ˆ la relation et non une autre opposition comme cela appara”tra plus loin (question 8).

q. 7 a. 8 ad 5 Ad quintum dicendum, quod cum fieri sit proprie mutari, non est secundum relationem nisi per accidens, scilicet mutato eo ad quod consequitur relatio : ita nec fieri. Corpus enim mutatum secundum quantitatem fit aequale, non quod mutatio per se aequalitatem respiciat, sed per accidens se habet ad ipsam. Et tamen non oportet, ad hoc quod de aliquo relatio aliqua de novo dicatur, quod aliqua mutatio in ipso fiat, sed sufficit quod fiat mutatio in aliquo extremorum : causa enim habitudinis inter duos est aliquid inhaerens utrique. Unde ex quacumque parte fiat mutatio illius quod habitudinem causabat, tollitur habitudo quae est inter utrumque. Et secundum hoc, per hoc quod in creatura aliqua mutatio fit, aliqua relatio de Deo incipit dici. Unde ipse non potest dici factus,- nisi metaphorice,- quia se habet ad similitudinem facti, in quantum de Deo aliquid novum dicitur. Et sic dicimus : Domine, refugium factus es nobis [Ps. LXXXIX]

 5. Comme �tre fait cÕest ˆ proprement parler subir un changement, ce nÕest selon la relation que par accident, ˆ savoir une fois changŽ ce quÕatteint la relation. Ainsi il en est de m�me pour ne pas �tre fait. Car un corps changŽ en quantitŽ devient Žgal, non parce que le changement atteint en soi lÕŽgalitŽ, mais il se comporte vis-ˆ-vis d'elle par accident. Et cependant il ne faut pas parler de relation nouvelle si un changement se fait en quelque chose, mais il suffit que le changement se fasse dans lÕun des extr�mes ; car la cause de la relation entre deux choses est quelque chose dÕinhŽrent ˆ lÕun et ˆ lÕautre. C'est pourquoi le changement se fait de chaque c™tŽ de ce qui causait la relation ; celle qui Žtait entre lÕun et lÕautre est exclue. Et par le fait que dans la crŽature un changement se produit, on peut commencer ˆ parler dÕune relation ˆ Dieu. C'est pourquoi on ne peut pas dire quÕil est lui-m�me fait Ñ sinon mŽtaphoriquement Ñ parce quÕil se comporte ˆ la ressemblance de ce qui est fait dans la mesure o� on parle de quelque chose de nouveau pour lui. Et ainsi nous disons : ÇSeigneur, tu es devenu un refuge pour nousÈ (Ps. 89, 1).

q. 7 a. 8 ad 6 Ad sextum dicendum, quod huiusmodi relationes cum Deo dici incipiant propter mutationem in creatura factam, patet quod causa quare de Deo dicantur, est ex parte creaturae, et per accidens de Deo dicuntur. Non quidem accidens quod in Deo sit, ut Augustinus dicit, sed secundum aliquid extra ipsum existens, quod ad ipsum accidentaliter comparatur. Non enim esse Dei a creatura dependet, sicut nec esse aedificatoris a domo. Unde sicut accidit aedificatori quod domus sit, ita Deo quod creatura. Omne enim dicimus per accidens se habere ad aliquid, sine quo illud esse potest.

 6. Si on commence ˆ parler des relations de ce genre avec Dieu ˆ cause du changement opŽrŽ dans la crŽature, il est clair que la cause pour laquelle on parle de Dieu vient du c™tŽ de la crŽature et on en parle pour Dieu par accident. Ce n'est pas un accident qui serait en Dieu, comme le dit Augustin, mais qui existe selon la relation hors de lui ; parce qu'il lui est accouplŽ accidentellement. Car lÕ�tre de Dieu ne dŽpend pas de la crŽature, comme celui du b‰tisseur ne dŽpend pas de la maison non plus. C'est pourquoi c'est comme un accident pour lui que la maison existe, de m�me pour Dieu que la crŽature existe. Car nous appelons accidentel tout ce qui se comporte vis-ˆ-vis de ce sans quoi il ne pourrait �tre autre.

 

 

 

Article 9 Ñ De telles relations entre les crŽatures et Dieu sont-elles rŽellement en elles ?

q. 7 a. 9 tit. 1 Nono quaeritur utrum huiusmodi relationes, quae sunt inter creaturas et Deum, sint realiter in ipsis creaturis. Et videtur quod non.

Il semble que non[831].

 

Objections :

q. 7 a. 9Arg. 1 Aliquae enim relationes inveniuntur in quibus ex nulla parte relatio aliquid realiter ponit, sicut Avicenna dicit [lib. IV Metaphysicorum, cap. X] de relatione quae est inter ens et non ens. Sed nulla extrema relationis magis ad invicem distant quam Deus et creatura. Ergo ista relatio non ponit aliquid realiter ex parte neutra.

1. Car on trouve des relations dans lesquelles la relation nÕŽtablit rien de rŽel dÕaucun c™tŽ., comme Avicenne le dit (MŽtaphysique, IV, ch. 10[832] ) de la relation entre lÕŽtant et le non Žtant. Mais aucune des extrŽmitŽs rŽciproques de la relation nÕest plus distante que Dieu et la crŽature. Donc cette relation nÕŽtablit rŽellement rien d'aucun c™tŽ.

q. 7 a. 9Arg. 2 Praeterea, omne illud negandum est ad quod sequitur processus in infinitum. Sed si in creatura relatio ad Deum sit res aliqua, erit procedere in infinitum : relatio enim illa aliquid creatum erit, si est res quaedam ; et ita erit alia relatio ipsius ad Deum pari ratione, et sic in infinitum. Non ergo ponendum est quod in creatura ad Deum relatio sit res aliqua.

2. Il faut nier tout ce pour quoi dŽcoule une progression ˆ lÕinfini. Mais si dans la crŽature la relation ˆ Dieu est une rŽalitŽ, il faudra aller jusqu'ˆ lÕinfini : car cette relation sera quelque chose de crŽŽ, si elle est rŽelle et ainsi ce sera une autre relation d'elle-m�me ˆ Dieu ˆ raison Žgale, et ainsi ˆ lÕinfini. Il ne faut donc pas penser que la relation ˆ Dieu est rŽelle dans la crŽature.

q. 7 a. 9Arg. 3 Praeterea, nihil refertur nisi ad determinatum et unum [ut dicitur IV metaph., com. 26] ; unde duplum non refertur ad quodlibet, sed ad dimidium, et pater ad filium, et sic de aliis. Oportet ergo secundum differentiam eorum quae referuntur, esse differentias eorum ad quae fit relatio. Sed Deus est unum ens simpliciter. Ergo non potest ad ipsum fieri relatio omnium creaturarum, aliqua relatione reali.

3. Rien nÕest en rapport quÕavec quelque chose de dŽterminŽ et dÕunique (comme il est dit en MŽtaphysique, IV, 15, 1020 b 32 ss.) ; ainsi le double ne se rŽf�re pas ˆ nÕimporte quoi, mais ˆ la moitiŽ, le p�re au fils et ainsi de suite. Donc il faut donc que selon la diffŽrence de ce qui se rŽf�re, il y ait les diffŽrences de ce pour quoi se fait la relation. Mais Dieu est un �tre absolument un. Donc la relation de toutes les crŽatures ne peut pas �tre Žtablie pour lui par une relation rŽelle.

q. 7 a. 9Arg. 4 Praeterea, secundum hoc, creatura refertur ad Deum secundum quod ab ipso procedit. Sed creatura procedit a Deo secundum ipsam substantiam. Ergo secundum suam substantiam refertur ad Deum, et non secundum aliquam relationem supervenientem.

4. La crŽature se rŽf�re ˆ Dieu selon qu'elle proc�de de lui. Mais la crŽature proc�de de Dieu selon la substance m�me. Donc c'est par elle qu'elle se rŽf�re ˆ Dieu et non par une relation ajoutŽe.

q. 7 a. 9Arg. 5 Praeterea, relatio est aliquid medium inter extrema relationis. Sed nihil potest esse realiter medium inter Deum et creaturam immediate a Deo creatam. Ergo relatio ad Deum non est aliqua res in creatura.

5. La relation est quelque chose d'intermŽdiaire entre les extr�mes de la relation. Mais rien ne peut �tre rŽellement intermŽdiaire entre Dieu et la crŽature qu'il a crŽŽe sans intermŽdiaire. Donc la relation ˆ Dieu n'est pas une rŽalitŽ dans la crŽature.

q. 7 a. 9Arg. 6 Praeterea, philosophus [in IV Metaph., com.19 et seqq.] dicit, quod si omnia apparentia essent vera, res sequeretur opinionem nostram et sensum. Sed constat quod omnes creaturae sequuntur aestimationem, sive scientiam, sui creatoris. Ergo creaturae omnes substantialiter referuntur ad Deum, et non per aliquam relationem inhaerentem.

6. Le philosophe (MŽtaphysique IV, 5, 1010 a 7[833]) dit que, si tout ce qui appara”t Žtait vrai, la rŽalitŽ dŽcoulerait de notre opinion et nos sens. Mais il est Žvident que toutes les crŽatures dŽcoulent de l'Žvaluation ou de la science de leur crŽateur. Donc toutes se rŽf�rent substantiellement ˆ Dieu et non par une relation inhŽrente.

q. 7 a. 9Arg. 7 Praeterea, inter quae est maior distantia, minus videtur esse relatio. Sed est maior distantia creaturae ad Deum quam unius creaturae ad aliam. Non est autem relatio creaturae ad creaturam res aliqua, ut videtur, nam cum non sit substantia, oportet quod sit accidens ; et ita, quod subiecto insit, et quod ab eo removeri non possit sine mutatione subiecti : cuius contrarium supra de relatione est dictum. Ergo nec relatio creaturae ad Deum est res aliqua.

7. La relation para”t plus petite entre ce en quoi la distance est plus grande. Mais la distance de la crŽature ˆ Dieu est plus grande que celle d'une crŽature ˆ une autre. Et la relation d'une crŽature ˆ une autre n'est pas rŽelle, ˆ ce qu'il semble, car, comme la relation n'est pas substance, il faut qu'elle soit accident ; et ainsi, qu'elle soit dans un substrat, et qu'elle ne puisse en �tre exclue sans changement de substrat ; on a dit ci-dessus le contraire pour la relation. Donc celle de la crŽature ˆ Dieu n'est pas rŽelle.

q. 7 a. 9Arg. 8 Praeterea, sicut ens creatum distat a non ente in infinitum, ita etiam a Deo in infinitum distat. Sed inter ens creatum et non ens purum, non est aliqua relatio, ut Avicenna dicit. Ergo nec inter ens creatum et ens increatum.

8. L'Žtant crŽŽ est ŽloignŽ du non Žtant ˆ l'infini, de m�me il est ŽloignŽ de Dieu ˆ l'infini. Mais entre l'Žtant crŽŽ et le pur nŽant, il n'y a aucune relation, comme Avicenne le dit (MŽtaphysique, IV, 11). Donc ni entre l'Žtant crŽŽ, et l'Žtant incrŽŽ.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 9 s. c. 1 Sed contra. Est quod Augustinus dicit [V de Trinit., cap. XVI] : quod temporaliter dici incipit Deus quod antea non dicebatur, manifestum est relative dici, non tamen secundum accidens Dei, quod ei aliquid acciderit ; sed plane secundum accidens eius ad quod Deus incipit dici relative. Sed accidens res aliqua in subiecto est. Ergo relatio ad Deum est res aliqua in creatura.

1. Augustin dit (La TrinitŽ, V, 16[834]) ÇLe fait qu'on commence ˆ dire de Dieu temporairement ce qu'on ne disait pas auparavant manifeste qu'on parle de relationÈ, non cependant selon un accident en Dieu, parce que quelque chose lui serait arrivŽ, mais absolument, selon l'accident de ce en quoi Dieu commence ˆ �tre appelŽ de fa�on relative. Mais l'accident est une rŽalitŽ dans le sujet. Donc la relation ˆ Dieu est quelque chose dans la crŽature.

q. 7 a. 9 s. c. 2 Praeterea, omne quod refertur ad aliquid per sui mutationem realiter refertur ad ipsum. Sed creatura refertur ad Deum per sui mutationem. Ergo realiter refertur ad Deum.

2. Tout ce qui se rapporte ˆ quelque chose par son changement se rŽf�re rŽellement ˆ lui-m�me. Mais la crŽature se rŽf�re ˆ Dieu par son changement. Donc elle se rŽf�re rŽellement ˆ lui.

 

RŽponse :

q. 7 a. 9 co. Respondeo. Dicendum quod relatio ad Deum est aliqua res in creatura. Ad cuius evidentiam sciendum est, quod sicut dicit Commentator in XI Metaph., [text. 19] quia relatio est debilioris esse inter omnia praedicamenta, ideo putaverunt quidam eam esse ex secundis intellectibus. Prima enim intellecta sunt res extra animam, in quae primo intellectus intelligenda fertur. Secunda autem intellecta dicuntur intentiones consequentes modum intelligendi : hoc enim secundo intellectus intelligit in quantum reflectitur supra se ipsum, intelligens se intelligere et modum quo intelligit.

Il faut dire que la relation ˆ Dieu est une rŽalitŽ dans la crŽature. Pour Žclaircir cette question, il faut savoir que, comme le dit le Commentateur en MŽtaphysique, XI, (texte 19), parce que la relation est dÕun �tre plus faible parmi toutes les catŽgories, certains[835] ont pensŽ quÕelle venait des intellections secondes[836]. Car ce qui est compris en premier, c'est ce qui est hors de lÕ‰me[837] que l'intellect est d'abord portŽ ˆ saisir. Mais on appelle ce qui est compris en second les concepts qui dŽcoulent du mode d'intellection ; car cela lÕesprit le comprend en second dans la mesure o� il rŽflŽchit en comprenant qu'il se comprend et le mode par lequel il comprend.

Secundum ergo hanc positionem sequeretur quod relatio non sit in rebus extra animam, sed in solo intellectu, sicut intentio generis et speciei, et secundarum substantiarum.

Il dŽcoulerait de cette opinion que la relation ne serait pas dans la rŽalitŽ [qui est] hors de l'‰me, mais dans l'esprit seulement, comme le concept de genre, dÕesp�ce et de substances secondes.

Hoc autem esse non potest. In nullo enim praedicamento ponitur aliquid nisi res extra animam existens. Nam ens rationis dividitur contra ens divisum per decem praedicamenta ut patet V Metaph. [com. 13 et 14] Si autem relatio non esset in rebus extra animam non poneretur ad aliquid unum genus praedicamenti. Et praeterea perfectio et bonum quae sunt in rebus extra animam, non solum attenditur secundum aliquid absolute inhaerens rebus, sed etiam secundum ordinem unius rei ad aliam, sicut etiam in ordine partium exercitus, bonum exercitus consistit : huic enim ordini comparat philosophus ordinem universi [X Metaph., com. 52 et seqq.]

Mais cela n'est pas possible. Car, on ne place en aucune catŽgorie ce qui existe hors de l'‰me. Car l'Žtant de raison est sŽparŽ de l'Žtant qui se divise en dix catŽgories, comme cela appara”t en MŽtaphysique (V, 7, 1017 a 23[838]). Mais, si la relation n'Žtait pas dans la rŽalitŽ hors de l'‰me, on ne la placerait pas comme un genre de catŽgorie. Et en outre, la perfection et le bien qui sont dans la rŽalitŽ hors de l'‰me, non seulement sont atteints selon une relation absolument inhŽrente aux choses, mais selon un rapport de l'un ˆ l'autre, de m�me le bien de l'armŽe consiste dans l'ordre de ses parties : car c'est ˆ lui que le philosophe compare l'ordre de l'univers. (MŽtaphysique XII, 1075 a 11).

Oportet ergo in ipsis rebus ordinem quemdam esse ; hic autem ordo relatio quaedam est. Unde oportet in rebus ipsis relationes quasdam esse, secundum quas unum ad alterum ordinatur. Ordinatur autem una res ad aliam vel secundum quantitatem, vel secundum virtutem activam seu passivam. Ex his enim solum duobus attenditur aliquid in uno, respectu extrinseci. Mensuratur enim aliquid non solum a quantitate intrinseca, sed etiam ab extrinseca. Per virtutem etiam activam unumquodque agit in alterum et per passivam patitur ab altero ; per substantiam autem et qualitatem ordinatur aliquid ad seipsum tantum, non ad alterum, nisi per accidens ; scilicet secundum quod qualitas,- vel forma substantialis aut materia,- habet rationem virtutis activae vel passivae, et secundum quod in eis consideratur aliqua ratio quantitatis, prout unum in substantia facit idem, et unum in qualitate simile, et numerus, sive multitudo, dissimile et diversum in eisdem, et dissimile secundum quod aliquid magis vel minus altero consideratur : sic enim albius aliquid altero dicitur. Et propter hoc philosophus in V Metaph. [com. 20] species assignans relationis, quasdam ponit ex quantitate causatas, quasdam vero ex actione et passione.

Il faut donc quÕil y ait un rapport dans les choses m�mes, et ce rapport est une relation. C'est pourquoi, il faut quÕil y ait des relations dans les choses, selon lesquelles lÕune est ordonnŽe ˆ lÕautre. Mais une chose est ordonnŽe ˆ une autre, selon la quantitŽ ou selon la puissance active ou passive[839]. Car c'est seulement par ces deux relations qu'une chose est atteinte dans une autre par un rapport extŽrieur. Car une chose est mesurŽe non seulement par une quantitŽ intŽrieure mais aussi extŽrieure. Mais par la puissance active chacun agit sur lÕautre et par la puissance passive supporte de l'autre. Par sa substance et sa qualitŽ une chose est ordonnŽe ˆ elle-m�me seulement, non ˆ une autre, sinon par accident, cÕest-ˆ-dire selon que la qualitŽ Ñ ou la forme substantielle ou la mati�re Ñ a raison de puissance active ou passive, et selon qu'on consid�re une notion de quantitŽ en elles, selon que lÕun devient le m�me dans la substance, et l'autre semblable en qualitŽ et le nombre ou la pluralitŽ, diffŽrent et divers dans les m�mes, et dissemblable selon que quelque chose est considŽrŽ en plus ou en moins dans lÕautre ; en effet on dit ainsi qu'une chose est plus blanche quÕune autre. Et cÕest pour cela que le Philosophe (MŽtaphysique V, 1021 a 15 ss.) en attribuant lÕesp�ce de relation pense que quelques-unes sont causŽes par la quantitŽ, mais quelques autres par lÕaction et la passion.

Sic ergo oportet quod res habentes ordinem ad aliquid, realiter referantur ad ipsum, et quod in eis aliqua res sit relatio. Omnes autem creaturae ordinantur ad Deum et sicut ad principium et sicut ad finem, nam ordo qui est partium universi ad invicem, est per ordinem qui est totius universi ad Deum ; sicut ordo qui est inter partes exercitus, est propter ordinem exercitus ad ducem, ut patet XII Metaph [com. 52 et sq.]. Unde oportet quod creaturae realiter referantur ad Deum, et quod ipsa relatio sit res quaedam in creatura.

Ainsi donc il faut que ce qui a un rapport ˆ une chose, se rŽf�re rŽellement ˆ elle et qu'en elle quelque chose soit la relation. Mais toutes les crŽatures sont ordonnŽes ˆ Dieu comme ˆ leur principe et ˆ leur fin ; car lÕordre qui concerne ces parties de lÕunivers entre elles, dŽpend de celui de tout lÕunivers ˆ Dieu, comme lÕordre qui est entre les parties de lÕarmŽe est en raison de lÕordre de lÕarmŽe au gŽnŽral, comme on le voit en MŽtaphysique (XII, 10, 1075 a 12). C'est pourquoi il faut que les crŽatures se rŽf�rent rŽellement ˆ Dieu et que cette relation soit une rŽalitŽ dans la crŽature.

 

Solutions :

q. 7 a. 9 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod hoc quod aliqua relatio est inter creaturas ad invicem quae in neutro extremorum aliquid ponat, non est propter creaturarum distantiam, sed propter hoc quod aliqua relatio non attenditur secundum ordinem aliquem qui sit in rebus, sed secundum ordinem qui est in intellectu tantum ; quod non potest dici de ordine creaturarum ad Deum.

 1. S'il existe une relation des crŽatures entre elles, qui ne place rien dans aucun des deux extr�mes, ce n'est pas en raison de la distance des crŽatures, mais parce qu'une relation n'est pas atteinte selon un ordre qui serait dans la rŽalitŽ, mais dans l'esprit seulement ; ce qu'on ne peut pas dire du rapport des crŽatures ˆ Dieu.

q. 7 a. 9 ad 2 Ad secundum dicendum, quod relationes ipsae non referuntur ad aliud per aliam relationem sed per se ipsas, quia essentialiter relationes sunt. Non autem est simile de his quae habent substantiam absolutam ; unde non sequitur processus in infinitum.

 2. Les relations elles-m�mes ne se rŽf�rent pas ˆ autre chose par une autre relation mais par elles-m�mes, parce qu'elles sont essentiellement relations. Mais ce n'est pas pareil pour ce qui a une substance absolue ; c'est pourquoi le processus ne va pas ˆ l'infini.

q. 7 a. 9 ad 3 Ad tertium dicendum, quod philosophus ibidem concludit, quod si omnia referantur ad optimum, oportet infinitum specie esse optimum. Et sic ad id quod est infinitum specie, nihil prohibet infinita referri. Tale autem est Deus, cum perfectio suae substantiae ad nullum genus determinetur, ut supra habitum est. Et propter hoc nihil prohibet infinitas creaturas ad Deum referri.

 3. Le philosophe conclut lˆ m�me (MŽtaphysique, IV, 15, 1020 b 32 ss.) que si tout est rŽfŽrŽ au meilleur, il faut que l'infini en esp�ce soit le meilleur. Et ainsi pour ce qui est de l'infini en esp�ce, rien n'emp�che ce qui est infini de s'y rŽfŽrer. Mais tel est Dieu, puisque la perfection de sa substance n'est limitŽe ˆ aucun genre, comme on l'a vu plus haut. Et ˆ cause de cela rien n'emp�che des crŽatures infinies de se rŽfŽrer ˆ Dieu.

q. 7 a. 9 ad 4 Ad quartum dicendum, quod creatura refertur ad Deum secundum suam substantiam, sicut secundum causam relationis ; secundum vero relationem ipsam formaliter ; sicut aliquid dicitur simile secundum qualitatem causaliter, secundum similitudinem formaliter : ex hoc enim creatura similis denominatur.

 4. La crŽature se rŽf�re ˆ Dieu selon sa substance, de m�me que selon la cause de la relation, mais formellement selon la relation m�me ; de m�me on dit que quelque chose est semblable selon la cause, quant ˆ la qualitŽ et formellement quant ˆ la ressemblance, car c'est ˆ cause de cela que l'on dŽfinit la crŽature comme semblable.

q. 7 a. 9 ad 5 Ad quintum dicendum, quod cum dicitur creatura immediate a Deo procedere, excluditur causa media creans, non tamen excluditur mediata realis habitudo, quae naturaliter sequitur ad productionem creaturae ; sicut aequalitas sequitur productionem quantitatis indeterminate, ita habitudo realis naturaliter sequitur ad productionem substantiae creatae.

 5. Quand on dit que la crŽature proc�de de Dieu sans intermŽdiaire, on exclut la cause crŽatrice intermŽdiaire, cependant on n'exclut pas la relation rŽelle intermŽdiaire, qui naturellement se rattache ˆ la production de la crŽature ; de m�me que l'ŽgalitŽ dŽcoule de fa�on indŽterminŽe du changement de la quantitŽ ; de m�me la relation rŽelle dŽcoule naturellement pour la production de la substance crŽŽe.

q. 7 a. 9 ad 6 Ad sextum dicendum, quod creaturae sequuntur Dei scientiam sicut effectus causam, non sicut propriam rationem essendi, ut sic nihil aliud sit creaturam esse quam a Deo sciri. Hoc autem modo ponebant, dicentes omnia apparentia esse vera, et rem sequi opinionem et sensum, ut scilicet unicuique hoc esset esse quod ab alio sentiri vel opinari.

 6. Les crŽatures dŽcoulent de la science de Dieu[840], comme l'effet de sa cause, non comme propre raison d'�tre, de sorte qu'ainsi �tre crŽature n'est rien d'autre que d'�tre connu par Dieu. C'est ainsi qu'ils[841] le pensaient, disant que tout ce qui est apparence est vrai et que l'opinion et les sens suivent la rŽalitŽ, de sorte que pour chacun ce serait �tre ce qui est senti et pensŽ par un autre.

q. 7 a. 9 ad 7 Ad septimum dicendum, quod ipsa relatio quae nihil est aliud quam ordo unius creaturae ad aliam, aliud habet in quantum est accidens et aliud in quantum est relatio vel ordo. In quantum enim accidens est, habet quod sit in subiecto, non autem in quantum est relatio vel ordo ; sed solum quod ad aliud sit quasi in aliud transiens, et quodammodo rei relatae assistens. Et ita relatio est aliquid inhaerens, licet non ex hoc ipso quod est relatio ; sicut et actio ex hoc quod est actio, consideratur ut ab agente ; in quantum vero est accidens, consideratur ut in subiecto agente. Et ideo nihil prohibet quod esse desinat huiusmodi accidens sine mutatione eius in quo est, quia sua ratio non perficitur prout est in ipso subiecto, sed prout transit in aliud ; quo sublato, ratio huius accidentis tollitur quidem quantum ad actum, sed manet quantum ad causam ; sicut et subtracta materia, tollitur calefactio, licet maneat calefactionis causa.

 7. La relation elle-m�me, qui n'est rien d'autre que le rapport d'une crŽature ˆ une autre, a quelque chose de diffŽrent en tant qu'accident et en tant que relation ou rapport. Car en tant qu'elle est accident, elle est dans un substrat, mais pas en tant que relation ou ordre, mais elle est seulement relation pour un autre en tant que passant en lui, et d'une certaine mani�re assistante pour ce qui est[842]. Et de m�me cette relation est quelque chose d'inhŽrent, bien que ce ne soit pas du fait qu'elle est relation : et de m�me l'action, en tant que telle, est considŽrŽe comme venant d'un agent, mais en tant qu'accident, elle est considŽrŽe comme dans le substrat agent. Et ainsi rien n'emp�che qu'elle cesse d'�tre un accident de ce genre sans changement de ce en quoi elle est, parce que sa nature n'est pas achevŽe du fait qu'elle est dans le substrat m�me, mais du fait qu'elle passe dans un autre ; si on l'exclut, la nature de cet accident est enlevŽ, quant ˆ l'acte mais elle demeure quant ˆ la cause, comme une fois la mati�re soustraite, le rŽchauffement est enlevŽ, bien que sa cause demeure.

q. 7 a. 9 ad 8 Ad octavum dicendum, quod ens creatum non habet ordinem ad non ens, habet autem ordinem ad ens increatum ; et ideo non est simile.

 8. L'Žtant crŽŽ n'a pas de relation au non Žtant, mais il en a une ˆ l'Žtant incrŽŽ, et ainsi ce n'est pas pareil.

 

 

 

Article 10 Ñ Dieu se rŽf�re-t-il ˆ la crŽature, de telle sorte que cette relation soit une rŽalitŽ en lui ?

q. 7 a. 10 tit. 1 Decimo quaeritur utrum Deus realiter referatur ad creaturam, ita quod ipsa relatio sit res aliqua in Deo. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[843].

 

Objections :

q. 7 a. 10Arg. 1 Movens enim realiter refertur ad motum ; unde philosophus, V Metaph. [com. 10], ponit relationem moventis et moti ut species praedicamenti relationis. Sed Deus comparatur ad creaturam ut movens ad motum. Ergo refertur realiter ad creaturam.

1. Car le moteur est rŽellement en relation avec le mž ; c'est pourquoi le philosophe (Physique, V, 2, 225 b 10) place la relation du moteur et du mž comme une esp�ce de catŽgorie de relation. Mais Dieu est comparŽ[844] ˆ la crŽature comme le moteur au mž. Donc il se rŽf�re rŽellement ˆ la crŽature.

q. 7 a. 10Arg. 2 Sed diceretur, quod movet creaturas sine sui mutatione ; et ideo non realiter refertur ad rem motam.- Sed contra, unum, relative oppositorum, non est causa quod alterum dicatur de eodem : non enim propter hoc aliquid est duplum, quia est dimidium ; nec ideo Deus est Pater, quia est Filius. Si ergo movens et motum relative dicuntur, non ideo relatio moventis est in aliquo, quia est in eo relatio moti. Quod ergo Deus non movetur non impedit quin realiter referatur ut movens ad motum.

2. Mais on pourrait dire qu'il meut les crŽatures sans changement pour lui et c'est pourquoi il ne se rŽf�re pas rŽellement ˆ ce qui est mž.Ñ En sens contraire, l'un, relativement aux opposŽs, n'est pas une raison pour parler d'une m�me chose ˆ propos d'un autre. Car une chose n'est pas double, parce qu'elle est moitiŽ ; et ainsi Dieu n'est pas P�re, parce qu'il y a le Fils. Si donc on parle relativement du moteur et du mž, ce n'est pas parce que la relation du moteur est dans une chose, parce quÕil y a en lui une relation de mž. Donc que Dieu ne soit pas mž, n'emp�che pas qu'il soit rŽellement en relation comme le moteur ˆ ce qui est mž.

q. 7 a. 10Arg. 3 Praeterea, sicut Pater dat esse Filio, ita Creator dat esse creaturae. Sed Pater realiter refertur ad Filium. Ergo et Creator ad creaturam.

3. De m�me que le P�re donne l'�tre au Fils, le CrŽateur donne l'�tre ˆ la crŽature. Mais le P�re se rŽf�re rŽellement aux Fils. Donc le CrŽateur ˆ la crŽature aussi.

q. 7 a. 10Arg. 4 Praeterea, ea quae proprie dicuntur de Deo et non metaphorice, rem significatam ponunt in Deo. Sed inter ista nomina commemorat Dionysius hoc nomen Dominus [cap. I de div. Nom.]. Ergo res significata per hoc nomen dominus, realiter est in Deo. Haec autem est relatio ad creaturam. Ergo, et cetera.

4. Ce qui est dit proprement de Dieu, sans mŽtaphore, place ce qui est signifiŽ en Dieu. Mais Denys rappelle, parmi ces noms, celui de Seigneur (Les Noms divins, 1). Donc ce qui est signifiŽ par ce nom Seigneur est rŽellement en Dieu. Mais c'est une relation ˆ la crŽature. Donc, etc.

q. 7 a. 10Arg. 5 Praeterea, scientia realiter refertur ad scibile, ut patet V Metaph. [com. 20]. Sed Deus comparatur ad res creatas ut sciens ad scitum. Ergo in Deo est aliqua relatio ad creaturam.

5. La connaissance se rŽf�re rŽellement au connaissable, comme on le voit en MŽtaphysique (V, 15, 1021 a 26-31[845]). Mais Dieu est comparŽ aux crŽatures comme celui qui conna”t au connu. Donc en Dieu il y a une relation ˆ la crŽature.

q. 7 a. 10Arg. 6 Praeterea, illud quod movetur, semper habet realem relationem ad movens. Sed voluntas comparatur ad volitum ut ad movens motum : nam appetibile est movens non motum ; appetitus, movens motum, ut dicitur XII Metaph.[com. 26]. Cum ergo Deus velit res esse, [omnia enim quaecumque voluit fecit : Ps. CXIII, 31] videtur quod realiter referatur ad creaturam.

6. Ce qui est mž a toujours une relation rŽelle avec le moteur. Mais la volontŽ est comparŽe ˆ ce qui est voulu, comme le mž au moteur ; car l'appŽtible est moteur non mž, l'appŽtit un moteur mž, comme il est dit en MŽtaphysique, ( XII, 7, 1072 a 26). Donc comme Dieu veut que les choses existent (Car Çtout ce qu'il a voulu, il l'a fait.È Ps. 113, 31[846]), il semble qu'il est rŽellement en relation avec les crŽatures.

q. 7 a. 10Arg. 7 Praeterea, si Deus ad creaturas non referatur, non videtur esse alia ratio, nisi quia a creaturis non dependet, et quia creaturas excedit. Sed similiter corpora caelestia a corporibus elementaribus non dependent, et ea quasi improportionaliter excedunt. Ergo secundum hoc sequeretur quod nulla esset realis relatio corporum superiorum ad inferiora.

7. Si Dieu ne se rŽf�re pas aux crŽatures, il n'y a pas d'autre raison, semble-t-il, sinon qu'il ne dŽpend pas des crŽatures, et parce qu'il les dŽpasse. Mais de la m�me mani�re les corps cŽlestes ne dŽpendent pas des corps ŽlŽmentaires et les dŽpassent pour ainsi dire sans aucune proportion. Donc il en dŽcoulerait qu'il n'y aurait aucune relation rŽelle des corps supŽrieurs aux corps infŽrieurs.

q. 7 a. 10Arg. 8 Praeterea, omnis denominatio est a forma. Forma autem est aliquid inhaerens ei cuius est. Cum ergo Deus nominetur a relationibus ad creaturam, videtur quod ipsae relationes aliquid sint in Deo.

8. Toute dŽnomination vient de la forme. Mais elle est quelque chose d'inhŽrent ˆ ce dont elle est. Donc comme Dieu est nommŽ par les relations aux crŽatures, il semble que celles-ci soient rŽelles en Dieu.

q. 7 a. 10Arg. 9 Praeterea, proportio, quaedam relatio realis est, sicut duplum ad dimidium ; sed aliqua proportio videtur esse Dei ad creaturam, cum inter movens et motum oporteat esse proportionem. Ergo videtur quod Deus ad creaturam realiter referatur.

9. La proportion est une relation rŽelle, comme le double ˆ la moitiŽ ; mais il semble qu'il y ait une proportion de Dieu ˆ la crŽature, puisque, entre le moteur et le mž, il faut qu'il y ait une proportion. Donc il semble que Dieu se rŽf�re rŽellement ˆ la crŽature.

q. 7 a. 10Arg. 10 Praeterea, cum intellectus sit rerum similitudines, et voces sint signa rerum, ut dicit philosophus [I Perihermeias], aliter ordinantur ista apud discipulum, et aliter apud doctorem. Doctor enim incipit a rebus in quibus scientiam accipit in suo intellectu, cuius conceptiones voces signant ; discipulus autem incipit a vocibus per quas in conceptiones intellectus magistri pervenit ; et ab eis in rerum cognitionem. Oportet autem quod huiusmodi quae de relationibus praedictis dicuntur, ab aliquo doctore sint prius accepta. Ergo apud eum huiusmodi nomina relativa consequuntur conceptiones intellectus sui, quae consequuntur rem ; et ita videtur quod huiusmodi relationes sint reales.

10. Comme l'esprit est l'image des choses et les mots en sont les signes, comme le dit le philosophe (De l'InterprŽtation, I, 16 a 3-5), ils sont dans un ordre diffŽrent dans le disciple et le ma”tre. Car celui-ci part de la rŽalitŽ d'o� il re�oit la connaissance dans son esprit, dont les conceptions dŽfinissent les mots, mais le disciple commence par les mots par lesquelles il parvient aux concepts de l'esprit du ma”tre et d'elles ˆ la connaissance de la rŽalitŽ. Mais il faut que ce qui est dit de tel pour ces relations soit d'abord re�u par le ma”tre. Donc chez lui de tels noms relatifs dŽcoulent des conceptions de son esprit qui dŽcoulent de la rŽalitŽ et ainsi il semble que de telles relations sont rŽelles.

q. 7 a. 10Arg. 11 Praeterea, huiusmodi relativa quae de Deo dicuntur ex tempore, aut sunt relativa secundum esse, aut secundum dici. Si sunt relativa secundum dici, in neutro extremorum aliquid ponunt realiter. Hoc autem est falsum, secundum praedicta : nam in creatura relata ad Deum realiter existunt. Relinquitur ergo quod sunt relativa secundum esse ; et ita videtur quod in utroque extremorum aliquid ponant realiter.

11. De tels relatifs signifiŽs temporellement pour Dieu, sont des relatifs quant ˆ l'�tre, ou en parole[847]. Si elles sont transcendantales, elles ne placent rŽellement rien dans aucune des extrŽmitŽs. Mais cela est faux d'apr�s ce qui a ŽtŽ dit : car, dans les crŽatures, les relations ˆ Dieu existent rŽellement. Il reste donc qu'elles sont des relations prŽdicamentales et ainsi il semble qu'elles placent rŽellement quelque chose ˆ l'une et ˆ l'autre des extrŽmitŽs.

q. 7 a. 10Arg. 12 Praeterea, haec est natura relativorum, quod posito uno ponitur aliud, et uno interempto aliud interimitur. Si igitur in creatura est aliqua realis relatio, oportet quod in Deo relatio ad creaturam sit realis.

12. Il est de la nature des relatifs que, si on en place un, on place l'autre et si on enl�ve l'un, on enl�ve l'autre aussi. Si donc dans la crŽature il y a une relation rŽelle, il faut qu'en Dieu la relation ˆ la crŽature soit rŽelle.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 10 s. c. 1 Sed contra. Est quod Augustinus dicit, V de Trin. [cap. XVI] : Manifestum est Deum relative dici secundum accidens eius ad quod dici Deus aliquid incipit relative. Ergo videtur quod istae relationes dicantur de Deo, non secundum aliquid quod in ipso sit, sed secundum aliquid quod extra ipsum est ; et ita nihil realiter in ipso ponunt.

1. Il y a ce que dit Augustin (La TrinitŽ V, XVI, 17) : ÇIl est Žvident qu'on parle relativemen de Dieu t ˆ la suite de lÕaccident pour lequel Dieu commence ˆ �tre appelŽ dÕun nom relatif[848]È. Donc il semble qu'on parle de ces relations en Dieu, non selon ce qui est en lui, mais hors de lui, et ainsi on ne place rŽellement rien en lui.

q. 7 a. 10 s. c. 2 Praeterea, sicut scibile est mensura scientiae, ita Deus est mensura omnium rerum, ut Commentator dicit, X Metaph. Sed scibile non refertur ad scientiam per relationem quae in ipso realiter sit, sed potius per relationem scientiae ad ipsum, ut patet per philosophum, V Metaph.[com. 20]. Ergo videtur quod nec Deus dicatur relative ad creaturam propter aliquam relationem quae sit realiter in eo.

2. Le connaissable est la mesure de la connaissance, de m�me Dieu est la mesure de toutes choses, comme le dit le Commentateur (MŽtaphysique, X). Mais le connaissable ne se rŽf�re pas ˆ la connaissance par une relation qui est rŽellement en lui, mais plut™t par une relation de la connaissance en lui, comme on le voit chez le philosophe (MŽtaphysique, V, 15, 1021 a 28[849]). Donc il semble qu'on ne parle pas de Dieu relativement ˆ la crŽature ˆ cause d'une relation qui est rŽellement en lui.

q. 7 a. 10 s. c. 3 Praeterea, Dionysius dicit [IX capit. de div. Nom.] : In causis et causatis non recipimus conversionem similitudinis : nam effectus dicitur similis causae, non autem e contrario. Eadem autem ratio videtur de relatione similitudinis et de aliis relationibus. Ergo videtur quod nec quantum ad alias relationes fiat conversio a Deo ad creaturam : ut quia creatura realiter refertur ad Deum, Deus realiter referatur ad creaturam.

3. Denys dit (les Noms divins, IX 913D[850]) : ÇDans les causes et les effets, nous ne prenons pas en compte la rŽciprocitŽ de la ressemblance ; car l'effet est dit semblable ˆ la cause, mais pas le contraire.È C'est la m�me raison qui semble exister pour la relation de ressemblance et les autres relations. Donc il semble que pour les autres relations non plus, il n'y a pas retour de Dieu ˆ la crŽature, de sorte que, parce que la crŽature se rŽf�re rŽellement ˆ Dieu, Dieu se rŽf�re rŽellement ˆ elle.

 

RŽponse :

q. 7 a. 10 co. Respondeo. Dicendum quod relationes, quae dicuntur de Deo ad creaturam, non sunt realiter in ipso. Ad cuius evidentiam sciendum est, quod cum relatio realis consistat in ordine unius rei ad rem aliam, ut dictum est ; in illis tantum mutua realis relatio invenitur in quibus ex utraque parte est eadem ratio ordinis unius ad alterum : quod quidem invenitur in omnibus relationibus consequentibus quantitatem. Nam cum quantitatis ratio sit ab omni sensibili abstracta, eiusdem rationis est quantitas in omnibus naturalibus corporibus. Et pari ratione qua unum habentium quantitatem realiter refertur ad alterum, et aliud ad ipsum.

Il faut dire que les relations de Dieu ˆ la crŽature ne sont pas rŽellement en lui. Pour Žclaircir la question, il faut savoir que, comme la relation rŽelle consiste dans le rapport dÕune chose ˆ une autre, comme on lÕa dit, on trouve seulement une relation mutuelle rŽelle dans celles o� de chaque c™tŽ il y a la m�me nature de rapport de l'une ˆ lÕautre : ce quÕon trouve dans toutes les relations qui dŽpendent de la quantitŽ. En effet, comme la nature de la quantitŽ est abstraite de tout ce qui est sensible, elle est de m�me nature que la quantitŽ dans tous les corps naturels. Et ˆ raison Žgale, c'est pourquoi lÕun de ceux qui a la quantitŽ se rŽf�re rŽellement ˆ lÕautre et lÕautre ˆ lui.

Habet autem una quantitas absolute considerata ad aliam ordinem secundum rationem mensurae et mensurati, et secundum nomen totius et partis, et aliorum huiusmodi quae quantitatem consequuntur. In relationibus autem quae consequuntur actionem et passionem, sive virtutem activam et passivam, non est semper motus ordo ex utraque parte. Oportet namque id quod semper habet rationem patientis et moti, sive causati, ordinem habere ad agens vel movens, cum semper effectus a causa perficiatur, et ab ea dependeat : unde ordinatur ad ipsam sicut ad suum perfectivum.

Une quantitŽ considŽrŽe dans lÕabsolu a un rapport ˆ une autre en raison de la mesure et du mesurŽ, et selon le nom du tout et de la partie et dÕautres choses de ce genre qui dŽcoulent de la quantitŽ. Mais dans les relations qui dŽcoulent de lÕaction et de la passion, soit de la puissance active et passive, le mouvement n'est pas toujours le rapport de l'une ˆ l'autre. Car il faut que ce qui a toujours un rapport de patient, de mž, ou de causŽ, ait rapport ˆ lÕagent ou au moteur, puisque toujours lÕeffet est achevŽ par la cause, et en dŽpend. C'est pourquoi, il est en rapport avec elle comme ˆ ce qui le rend parfait.

Agentia autem, sive moventia, vel etiam causae, aliquando habent ordinem ad patientia vel mota vel causata, in quantum scilicet in ipso effectu vel passione vel motu inductis, attenditur quoddam bonum et perfectio moventis vel agentis ; sicut maxime patet in agentibus univocis quae per actionem suae speciei similitudinem inducunt, et per consequens esse perpetuum quod est possibile, conservant.

Les agents ou les moteurs ou m�me les causes ont quelquefois rapport ˆ ce qui subit, est mž ou est causŽ, dans la mesure o� une fois induits dans l'effet lui-m�me, dans ce qui supporte ce qui est mž, sont atteintes une certain bien et la perfection du moteur ou de l'agent, comme c'est tout ˆ fait manifeste dans les agents univoques qui par leur action induisent une ressemblance de leur esp�ce, et par consŽquent conservent lÕ�tre perpŽtuel qui est possible.

Patet hoc etiam idem in omnibus aliis quae mota movent vel agunt vel causant ; nam ex ipso suo motu ordinantur ad effectus producendos ; et similiter in omnibus in quibus quodcumque bonum causae provenit ex effectu. Quaedam vero sunt ad quae quidem alia ordinantur, et non e converso, quia sunt omnino extrinseca ab illo genere actionum vel virtutum quas consequitur talis ordo ; sicut patet quod scientia refertur ad scibile, quia sciens, per actum intelligibilem, ordinem habet ad rem scitam quae est extra animam. Ipsa vero res quae est extra animam, omnino non attingitur a tali actu, cum actus intellectus non sit transiens in exteriorem materiam mutandam ; unde et ipsa res quae est extra animam, omnino est extra genus intelligibile. Et propter hoc relatio quae consequitur actum intellectus, non potest esse in ea.

On voit la m�me chose dans tous les autres qui meuvent, agissent ou causent ; car par leur mouvement m�me ils sont ordonnŽs ˆ produire des effets et de la m�me mani�re dans tout ce en quoi tout bien provient de la cause par lÕeffet. Mais il y en a certains ˆ qui les autres sont ordonnŽs, et non le contraire, parce qu'ils sont tout ˆ fait en dehors de ce genre dÕaction ou de pouvoir d'o� dŽcoule un tel rapport ; ainsi il est clair que la connaissance est en rapport avec le connaissable, parce que celui qui conna”t, par un acte intelligible, a rapport ˆ la chose connue qui est hors de l'‰me. Mais ce qui est hors de l'‰me n'est absolument pas atteint par un tel acte, puisque l'acte de l'esprit ne transite pas pour changer la mati�re extŽrieure, c'est pourquoi ce qui est hors de l'‰me est tout ˆ fait hors du genre intelligible. Et pour cela la relation qui suit l'acte de l'esprit ne peut �tre en elle.

Et similis ratio est de sensu et sensibili : licet enim sensibile immutet organum sensus in sua actione, et propter hoc habeat relationem ad ipsum,- sicut et alia agentia naturalia ad ea quae patiuntur ab eis,- alteratio tamen organi non perficit sensum in actu, sed perficitur per actum virtutis sensitivae : cuius sensibile quod est extra animam, omnino est expers. Similiter homo comparatur ad columnam ut dexter, ratione virtutis motivae quae est in homine, secundum quam competit ei dextrum et sinistrum, ante et retro, sursum et deorsum. Et ideo huiusmodi relationes in homine vel animali reales sunt, non autem in re quae tali virtute caret. Similiter nummus est extra genus illius actionis per quam fit pretium ; quae est conventio inter aliquos homines facta : homo etiam est extra genus artificialium actionum, per quas sibi imago constituitur.

C'est la m�me raison pour la sensation et le sensible. Car, bien que le sensible modifie l'organe des sens dans son action, et ˆ cause de cela, il a une relation ˆ lui-m�me.Ñ comme les autres agents naturels ˆ ce qui est supportŽ par eux, Ñ cependant la modification de l'organe n'atteint pas le sens en acte, mais il l'ach�ve par l'acte du pouvoir sensitif ; dont le sensible hors de l'‰me, est tout ˆ fait dŽpourvu. De m�me l'homme est comparŽ ˆ la colonne, comme ˆ droite, parce qu'il peut se mouvoir, selon que lui conviennent la droite et la gauche, l'avant et l'apr�s, le dessus et le dessous. Et c'est pourquoi les relations de ce genre dans l'homme ou l'animal sont rŽelles, mais pas dans ce qui manque d'un tel pouvoir. De m�me la pi�ce de monnaie est hors du genre de l'action par laquelle elle devient une valeur ; celle-ci Žtant une convention Žtablie entre des hommes[851] ; l'homme aussi est hors du genre des actions artificielles, qui constitue une image pour lui.

Et ideo nec homo habet relationem realem ad suam imaginem, nec nummus ad pretium, sed e contrario. Deus autem non agit per actionem mediam, quae intelligatur a Deo procedens, et in creaturam terminata : sed sua actio est sua substantia, et quidquid in ea est, est omnino extra genus esse creati, per quod creatura refertur ad Deum. Nec iterum aliquod bonum accrescit creatori ex creaturae productione, unde sua actio est maxime liberalis, ut Avicenna dicit [VII Metaphysicorum, c. VII]. Patet etiam quod non movetur ad hoc quod agat, sed absque omni sua mutatione mutabilia facit.

Et c'est pourquoi l'homme n'a pas de relation rŽelle ˆ son image, ni la pi�ce de monnaie ˆ sa valeur, mais c'est le contraire. Mais Dieu n'agit pas par une action intermŽdiaire qui est comprise comme procŽdant de lui et terminŽe ˆ la crŽature ; mais son action est sa substance et tout ce qui est en lui est tout ˆ fait en dehors du genre de l'�tre crŽŽ, par lequel la crŽature se rŽf�re ˆ Dieu. Et en plus aucun bien ne s'ajoute au CrŽateur par la production de la crŽature. C'est pourquoi son action est tout ˆ fait libre, comme Avicenne le dit (MŽtaphysique, VII, 7). Il est clair aussi qu'il n'est pas poussŽ ˆ agir mais il fait ce qui change sans aucun changement de sa part.

Unde relinquitur quod in eo non est aliqua relatio realis ad creaturam, licet sit relatio creaturae ad ipsum, sicut effectus ad causam.

C'est pourquoi il reste qu'en lui il n'y a pas de relation rŽelle ˆ la crŽature, bien qu'elle existe de la crŽature ˆ Dieu, comme l'effet ˆ la cause.

In hoc autem deficit multipliciter Rabbi, qui voluit probare quod non esset relatio inter Deum et creaturam, quia cum Deus non sit corpus, non habet relationem ad tempus nec ad locum. Consideravit enim solam relationem quae consequitur quantitatem, non eam quae consequitur actionem et passionem.

Rabi Moyses[852] se trompe en cela de multiples fa�ons, lui qui a voulu prouver qu'il n'y avait pas de relation entre Dieu et la crŽature parce que, comme Dieu n'est pas un corps, il n'a de relation ni avec le temps, ni avec le lieu. Car il a considŽrŽ la seule relation qui dŽcoule de la quantitŽ, non celle qui dŽcoule de l'action et la passion.

 

Solutions :

q. 7 a. 10 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod movens et agens naturale movet et agit actione vel motu medio, qui est inter movens et motum, agens et passum. Unde oportet quod saltem in hoc medio conveniant agens et patiens, movens et motum. Et sic agens, in quantum est agens, non est extraneum a genere patientis in quantum est patiens. Unde utriusque est realis ordo unius ad alterum, et praecipue cum ipsa actio media sit quaedam perfectio propria agentis ; et per consequens id ad quod terminatur actio, est bonum eius. Hoc autem in Deo non contingit, ut dictum est ; et ideo non est simile.

 1. Le moteur et l'agent naturel meuvent et agissent par une action ou par un mouvement intermŽdiaire, entre le moteur et le mž, l'agent et le patient. C'est pourquoi il faut au moins que l'agent et le patient, le moteur et le mž se rencontrent dans cet intermŽdiaire. Et ainsi, l'agent, en tant que tel, n'est pas Žtranger au genre du patient en tant que tel. C'est pourquoi le rapport de l'un ˆ l'autre est rŽel et surtout puisque l'action intermŽdiaire m�me est une perfection propre de l'agent ; et par consŽquent ce ˆ quoi se termine l'action est son bien. Mais cela n'arrive pas en Dieu, comme on l'a dit, et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 7 a. 10 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc quod movens movetur, non est causa quare relatio moventis in eo sit realiter, sed signum quoddam. Ex hoc enim apparet quod aliquo modo coincidit in genus moti, ex quo et ipsum movet motum ; et iterum apparet quod ipsum ad quod movetur, sit quoddam bonum eius, ex quo ad hoc per suum motum ordinatur.

 2. Le fait que le moteur soit mž n'est pas la raison pour laquelle la relation du moteur est rŽellement en lui, mais c'est un signe. Car il appara”t de lˆ que, d'une certaine mani�re, il tombe dans le genre de ce qui est mž, par lequel lui-m�me le meut, et ˆ nouveau il appara”t que ce pourquoi il est mž, est son bien par lequel il lui est ordonnŽ par son mouvement.

q. 7 a. 10 ad 3 Ad tertium dicendum, quod pater dat esse filio sui generis, cum sit agens univocum ; non autem tale esse dat Deus creaturae ; et ideo non est simile.

 3. Le p�re donne l'�tre ˆ un fils de son genre, puisqu'il est agent univoque ; mais ce n'est pas un tel �tre que Dieu donne ˆ la crŽature, et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 7 a. 10 ad 4 Ad quartum dicendum, quod hoc nomen, dominus, tria in suo intellectu includit : scilicet, potentiam coercendi subditos, et ordinem ad subditos qui consequitur talem potestatem, et terminationem ordinis subditorum ad dominum ; in uno enim relativo est intellectus alterius relativi. Salvatur ergo huius significatio nominis in Deo quantum ad primum et tertium, non autem quantum ad secundum. Unde Ambrosius dicit [lib. I de Fide, capit. 1], quod hoc nomen, dominus, nomen est potestatis ; et Boetius dicit, quod dominium est potestas quaedam qua servus coercetur.

 4. Ce nom, Seigneur, inclut trois sens en son concept, ˆ savoir la puissance de contraindre ceux qui lui sont soumis, le rapport ˆ ceux qui sont soumis qui dŽcoule d'un tel pouvoir et la limite du rapport de ceux qui sont soumis au Seigneur ; car dans ce qui est relatif, il y a le concept d'un autre relatif. Donc la signification de ce nom est conservŽ en Dieu, quand au premier et au troisi�me sens, mais non quant au second. C'est pourquoi, Ambroise dit (La foi, I, 7[853]) que ce nom, Seigneur, est celui de la puissance et Bo�ce dit que la domination du Seigneur est un pouvoir auquel le serviteur est soumis.

q. 7 a. 10 ad 5 Ad quintum dicendum, quod scientia Dei aliter comparatur ad res quam scientia nostra ; comparatur enim ad eas sicut et causa et mensura. Tales enim res sunt secundum veritatem, quales Deus sua scientia eas ordinavit. Ipsae autem res sunt causa et mensura scientiae nostrae. Unde sicut et scientia nostra refertur ad res realiter, et non e contrario : ita res referuntur realiter ad scientiam Dei, et non e contrario. Vel dicendum, quod Deus intelligit res alias intelligendo se ; unde relatio divinae scientiae non est ad res directe, sed ad ipsam divinam essentiam.

 5. La science de Dieu est dans un rapport aux choses diffŽrent de celui de notre science ; car elle est en rapport avec elles comme cause et mesure. Car les choses sont en vŽritŽ telles que Dieu par sa science les a ordonnŽes. Mais elles sont la cause et la mesure de notre science. C'est pourquoi de m�me que notre science se rŽf�re rŽellement ˆ la rŽalitŽ et non le contraire, de m�me les choses se rŽf�rent rŽellement ˆ la science de Dieu et non le contraire. Ou bien, il faut dire que Dieu comprend les autres choses en se comprenant lui-m�me, c'est pourquoi la relation de la connaissance en Dieu ˆ la rŽalitŽ n'est pas directe mais elle est relation ˆ l'essence divine elle-m�me.

q. 7 a. 10 ad 6 Ad sextum dicendum, quod appetibile quod movet appetitum, est finis ; ea vero quae sunt ad finem non movent appetitum nisi ratione finis. Finis autem divinae voluntatis non est aliquid aliud quam divina bonitas. Unde non sequitur quod res aliae comparentur ad divinam voluntatem sicut movens ad motum.

 6. L'appŽtible qui meut l'appŽtit est une fin. Ce qui concerne la fin ne meut l'appŽtit qu'en raison de la fin. Mais la fin de la volontŽ divine n'est pas quelque chose d'autre que sa bontŽ. C'est pourquoi il n'en dŽcoule pas que les autres choses sont en rapport avec la volontŽ divine, comme le moteur au mž.

q. 7 a. 10 ad 7 Ad septimum dicendum, quod corpora caelestia referuntur realiter ad inferiora secundum relationes consequentes quantitatem, propter hoc quod est eadem ratio quantitatis in utrisque ; et iterum quantum ad relationes consequentes virtutem activam et passivam, quia movent mota per actionem mediam quae non est eorum substantia, cum aliquod bonum ipsorum attendatur in hoc quod sunt inferiorum causa.

 7. Les corps cŽlestes sont rŽellement en rapport avec choses infŽrieures selon des relation qui dŽcoulent de la quantitŽ, parce que la m�me nature de quantitŽ est dans chacune et ˆ nouveau quant aux relation qui dŽcoulent de la puissance active et passive, parce qu'ils meuvent ce qui est mž par une action intermŽdiaire qui n'est pas leur substance, puisque l'un de leurs biens est atteint du fait qu'ils sont la cause des choses infŽrieures.

q. 7 a. 10 ad 8 Ad octavum dicendum est, quod illud a quo aliquid denominatur, non oportet quod sit semper forma secundum rei naturam, sed sufficit quod significetur per modum formae, grammatice loquendo. Denominatur enim homo ab actione et ab indumento, et ab aliis huiusmodi, quae realiter non sunt formae.

 8. Ce par quoi on dŽsigne une chose ne doit pas �tre toujours la forme selon sa nature, mais il suffit qu'elle soit signifiŽe ˆ la mani�re d'une forme, grammaticalement parlant. Car l'homme est dŽsignŽ par l'action et le v�tement, et autres choses, qui ne sont pas rŽellement des formes.

q. 7 a. 10 ad 9 Ad nonum dicendum, quod si proportio intelligatur aliquis determinatus excessus, nulla est Dei ad creaturam proportio. Si autem per proportionem intelligatur habitudo sola, sic patet quod est inter creatorem et creaturam ; in creatura quidem realiter, non autem in creatore.

 9. Si on comprend une proportion comme un Žcart dŽterminŽ, il n'y en a aucune de Dieu ˆ la crŽature. Mais si par la proportion on comprend la relation seule, alors il est clair qu'elle existe entre le CrŽateur et la crŽature ; rŽellement dans la crŽature, mais pas dans le CrŽateur.

q. 7 a. 10 ad 10 Ad decimum dicendum, quod licet doctor incipiat a rebus, tamen alio modo recipiuntur rerum conceptiones in mente doctoris quam sint in natura rei, quia unumquodque recipitur in altero per modum recipientis : patet enim quod conceptiones in mente doctoris sunt immaterialiter, et materialiter in natura.

 10. Bien que le ma”tre commence par la rŽalitŽ, cependant les conceptions des choses sont re�ues d'une autre mani�re dans son esprit qu'elles le sont dans la nature, parce que chaque chose est re�ue dans l'autre par le mode de ce qui re�oit. Car il est clair que les conceptions sont immatŽriellement dans l'esprit du ma”tre, et matŽriellement dans la nature.

q. 7 a. 10 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod distinctio ista relativorum secundum esse et secundum dici, nihil facit ad hoc quod sit relatio realis. Quaedam enim sunt relativa secundum esse quae non sunt realia, sicut dextrum et sinistrum in columna ; et quaedam sunt relativa secundum dici, quae tamen important relationes reales, sicut patet de scientia et sensu. Dicuntur enim relativa secundum esse, quando nomina sunt imposita ad significandas ipsas relationes ; relativa vero secundum dici, quando nomina sunt imposita ad significandas qualitates vel aliquid huiusmodi principaliter, ad quae tamen consequuntur relationes. Nec quantum ad hoc differt, utrum sint relationes reales vel rationis tantum.

 11. Cette distinction des choses relatives selon l'�tre et la parole, ne fait rien pour qu'elle soit une relation rŽelle. Car certaines sont relatives quant ˆ l'�tre, qui ne sont pas rŽelles comme la droite et la gauche dans une colonne, et certaines sont relatives en parole qui apportent cependant des relations rŽelles, comme c'est Žvident pour la connaissance et la sensation. Car on parle des relations selon l'�tre, quand ces noms sont imposŽs pour les signifier, mais de relatifs en parole, quand les noms sont imposŽs pour signifier des qualitŽs ou principalement quelque chose de ce genre, pour lesquelles cependant dŽcoulent des relations. Et ˆ ce sujet, il n'y a pas de diffŽrence si les relations sont rŽelles ou de raison seulement.

q. 7 a. 10 ad 12 Ad ultimum dicendum, quod licet posito uno relativorum ponatur aliud, non tamen oportet quod eodem modo ponatur utrumque, sed sufficit quod unum ponatur secundum rem, et aliud secundum rationem.

 12. Bien que, si on pose l'un des relatifs, on pose l'autre, il ne faut pas cependant que l'un et l'autre soient Žtablis de la m�me mani�re, mais il suffit que l'un soit Žtabli en rŽalitŽ et l'autre en raison.

 

 

 

Article 11 Ñ Ces relations temporelles en Dieu sont-elles de raison ?

q. 7 a. 11 tit. 1 Undecimo quaeritur utrum istae relationes temporales sint in Deo secundum rationem. Et videtur quod non.

Il semble que non.

 

Objections :

q. 7 a. 11Arg. 1 Ratio enim cui non respondet res, est cassa et vana, sicut Boetius dicit [sup. proem. Porphyri in praedicabilia]. Sed istae relationes non sunt in Deo secundum rem ut ex praedictis patet. Esset ergo ratio cassa et vana, si essent in Deo secundum rationem.

1. Car une notion (ratio[854]) ˆ quoi rien ne correspond est vide et vaine, comme Bo�ce le dit (PrŽambule de Porphyre dans les PrŽdicables). Mais ces relations ne sont pas rŽellement en Dieu, comme cela appara”t de ce qui a ŽtŽ dit. Donc la notion (ratio) serait vide et vaine, si en Dieu elles Žtaient de raison.

q. 7 a. 11Arg. 2 Praeterea, quae sunt secundum rationem tantum, non attribuuntur rebus nisi secundum quod sunt in intellectu, sicut genus et species et ordo. Sed huiusmodi relationes temporales non attribuuntur Deo secundum quod est in intellectu nostro tantum : sic enim nihil esset dictu, Deus est dominus, quoniam Deus intelligitur creaturis praeesse ; quod patet esse falsum. Ergo huiusmodi relationes non sunt secundum rationem in Deo.

2. Ce qui est de raison seulement, n'est attribuŽ aux choses que selon qu'elles sont dans l'esprit, comme le genre, l'esp�ce et l'ordre[855]. Mais des relations temporelles de ce genre ne sont pas attribuŽes ˆ Dieu selon ce qui est dans notre esprit seulement, car ainsi ce ne serait rien dire. Dieu est Seigneur, puisqu'on comprend qu'il a existŽ avant les crŽatures ; ce qui para”t faux. Donc de telles relations ne sont pas de raison en Dieu.

q. 7 a. 11Arg. 3 Praeterea, hoc nomen, Dominus, relationem significat, cum sit relativum secundum esse. Sed Deus est Dominus non secundum rationem tantum. Ergo nec huiusmodi relationes sunt in Deo secundum rationem tantum.

3. Ce nom, Seigneur, signifie une relation, puisqu'il est relatif selon l'�tre. Mais Dieu est Seigneur, mais pas en raison seulement. Donc de telles relations en Dieu ne sont pas en raison seulement.

q. 7 a. 11 arg. 4 Praeterea, nullo intellectu creato existente, Deus adhuc esset Dominus et Creator. Non autem essent res rationis nullo intellectu creato existente. Ergo dominus et creator et huiusmodi non important relationes rationis tantum.

4. Si aucun esprit crŽŽ nÕexistait, Dieu serait encore Seigneur et crŽateur. Mais ce ne serait pas des �tres de raison, si aucun esprit crŽŽ n'existait. Donc les termes Seigneur et CrŽateur, etc. n'apportent pas des relations de raison seulement.

q. 7 a. 11Arg. 5 Praeterea, id quod est secundum rationem nostram tantum, non fuit ab aeterno. Sed aliquae relationes Dei ad creaturam fuerunt ab aeterno, sicut relationes importatae in nomine scientiae et praedestinationis. Ergo huiusmodi relationes non sunt in Deo secundum rationem tantum.

5. Ce qui est selon notre raison seulement n'a pas existŽ Žternellement. Mais certaines relations de Dieu ˆ la crŽature ont ŽtŽ Žternelles, comme les relations apportŽes au nom de connaissance[856] et de prŽdestination. Donc de telles relations ne sont pas en Dieu selon la raison seulement.

 

En sens contraire :

q. 7 a. 11 s. c. Sed contra, est quod nomina significant rationes, sive intellectus, ut dicitur in principio Periher. Constat autem ista nomina relative dici. Ergo oportet huiusmodi relationes secundum rationem esse.

Les noms signifient des notions (ratio) ou des concepts, comme il est dit au dŽbut de l'InterprŽtation. (2, 16 a 18). Il est clair que ces noms sont dits de fa�on relative. Donc il faut que de telles relations soient de raison[857].

 

RŽponse :

q. 7 a. 11 co. Respondeo. Dicendum quod sicut realis relatio consistit in ordine rei ad rem, ita relatio rationis consistit in ordine intellectuum ; quod quidem dupliciter potest contingere :

Il faut dire que de m�me que la relation rŽelle consiste dans le rapport d'une chose ˆ une autre, de m�me la relation de raison consiste dans le rapport des significations, ce qui peut arriver de deux mani�res :

Uno modo secundum quod iste ordo est adinventus per intellectum, et attributus ei quod relative dicitur ; et huiusmodi sunt relationes quae attribuuntur ab intellectu rebus intellectis, prout sunt intellectae, sicut relatio generis et speciei : has enim relationes ratio adinvenit considerando ordinem eius quod est in intellectu ad res quae sunt extra, vel etiam ordinem intellectuum ad invicem.

1) Premi�re mani�re, selon que cet ordre est dŽcouvert par l'esprit et attribuŽ ˆ ce dont on parle relativement, et telles sont les relations attribuŽes par l'esprit ˆ ce qui est pensŽ, dans la mesure o� elles sont comprises comme relation de genre et d'esp�ce[858] ; car la raison dŽcouvre ces relations en considŽrant l'ordre ce qui est dans l'esprit ˆ ce qui est ˆ l'extŽrieur ou m�me l'ordre des concepts entre eux.

Alio modo secundum quod huiusmodi relationes consequuntur modum intelligendi, videlicet quod intellectus intelligit aliquid in ordine ad aliud ; licet illum ordinem intellectus non adinveniat, sed magis ex quadam necessitate consequatur modum intelligendi. Et huiusmodi relationes intellectus non attribuit ei quod est in intellectu, sed ei quod est in re.

2) Seconde mani�re : les relations de ce genre rŽsultent du mode de penser, ˆ savoir que l'esprit pense une chose en rapport ˆ une autre, bien qu'il ne parvienne pas ˆ ce rapport, mais plut™t rŽsulte du mode de penser par une certaine nŽcessitŽ. Et l'esprit n'attribue pas de telles relations ˆ ce qui est en lui mais ˆ ce qui est en rŽalitŽ.

Et hoc quidem contingit secundum quod aliqua non habentia secundum se ordinem, ordinate intelliguntur ; licet intellectus non intelligat ea habere ordinem, quia sic esset falsus. Ad hoc autem quod aliqua habeant ordinem, oportet quod utrumque sit ens, et utrumque distinctum (quia eiusdem ad seipsum non est ordo) et utrumque ordinabile ad aliud.

Et cela arrive selon que certaines choses n'ayant pas de rapport en soi, sont comprises avec rapport, bien que l'esprit ne comprenne pas qu'elles en ont un, parce qu'ainsi ce serait faux. Mais du fait que certaines choses ont un rapport, il faut que l'une et l'autre soient un Žtant et l'une et l'autre soient distinctes (parce qu'il n'y a pas de rapport d'un m�me ˆ lui-m�me et l'une et l'autre en rapport possible avec l'autre.

Quandoque autem intellectus accipit aliqua duo ut entia, quorum alterum tantum vel neutrum est ens : sicut cum accipit duo futura, vel unum praesens et aliud futurum, et intelligit unum cum ordine ad aliud, dicens alterum esse prius altero ; unde istae relationes sunt rationis tantum, utpote modum intelligendi consequentes.

Quelquefois l'esprit re�oit les deux comme des Žtants dont l'un seulement un Žtant ou ni l'un, ni l'autre ; comme quand il re�oit deux Žtants futurs, ou l'un prŽsent et l'autre futur, il comprend l'un en rapport avec l'autre, en disant que l'un est avant l'autre ; c'est pourquoi ces relations sont de raison seulement ; en tant qu'elles rŽsultent du mode de penser.

Quandoque vero accipit unum ut duo, et intelligit ea cum quodam ordine : sicut cum dicitur aliquid esse idem sibi ; et sic talis relatio est rationis tantum.

Quelquefois il re�oit l'une comme deux et il les comprend avec un certain rapport. Comme quand on dit que quelque chose est identique ˆ lui-m�me, et ainsi une telle relation est de raison seulement[859].

Quandoque vero accipit aliqua duo ut ordinabilia ad invicem, inter quae non est ordo medius, immo alterum ipsorum essentialiter est ordo : sicut cum dicit relationem accidere subiecto ; unde talis relatio relationis ad quodcumque aliud rationis est tantum.

Quelquefois il re�oit les deux comme pouvant �tre en rapport l'un avec l'autre, entre lesquels il n'y a pas de rapport intermŽdiaire. Bien plus l'un d'eux est essentiellement rapport : comme quand il signifie que la relation arrive au substrat ; c'est pourquoi une telle relation de relation ˆ quelque chose d'autre est de raison seulement.

Quandoque vero accipit aliquid cum ordine ad aliud, in quantum est terminus ordinis alterius ad ipsum, licet ipsum non ordinetur ad aliud : sicut accipiendo scibile ut terminum ordinis scientiae ad ipsum ; et sic cum quodam ordine ad scientiam, nomen scibilis relative significat ; et est relatio rationis tantum. Et similiter aliqua nomina relativa Deo attribuit intellectus noster, in quantum accipit Deum ut terminum relationum creaturarum ad ipsum ; unde huiusmodi relationes sunt rationis tantum.

Quelquefois il re�oit une chose avec rapport ˆ une autre, en tant qu'elle est le terme d'un autre rapport ˆ lui, bien qu'il ne soit pas ordonnŽe ˆ l'autre ; comme en recevant le connaissable, comme terme du rapport de la connaissance ˆ lui, et ainsi avec un rapport ˆ la connaissance, le nom connaissable signifie relativement et c'est une relation de raison seulement. Et de m�me notre esprit attribue des noms relatifs ˆ Dieu en tant qu'il le re�oit comme terme des relations des crŽatures ˆ lui ; c'est pourquoi les relations de ce genre sont de raison seulement.

 

Solutions :

q. 7 a. 11 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in huiusmodi relationibus aliquid respondet ex parte rei, scilicet relatio creaturae ad Deum. Sicut enim scibile dicitur relative, non quia ipsum referatur ad scientiam, sed quia scientia referatur ad ipsum, ut habetur V Metaph., [com. 20] ita Deus dicitur relative, quia creaturae referuntur ad ipsum.

 1. Il faut donc dire que dans les relations de ce genre, quelque chose rŽpond du c™tŽ de la chose, ˆ savoir la relation de la crŽature ˆ Dieu. Car de m�me qu'on parle du connaissable relativement, non parce qu'il se rŽf�re ˆ la connaissance, mais parce que la connaissance se rŽf�re ˆ lui, comme on le trouve en MŽtaphysique (V, 15, 1020 b 31[860]), de m�me on parle de Dieu relativement, parce que les crŽatures se rŽf�rent ˆ lui.

q. 7 a. 11 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ratio illa procedit de illis relationibus rationis quae sunt per rationem inventae, et rebus in intellectu existentibus attributae. Tales autem non sunt relationes istae, sed consequentes modum intelligendi.

 2. Cette raison proc�de de ces relations de raison, trouvŽes par raison et attribuŽes ˆ ce qui existe dans l'esprit. Mais ces relations ne sont pas telles, mais elles suivent le mode de penser.

q. 7 a. 11 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut aliquis est idem sibi realiter, et non solum secundum rationem, licet relatio sit secundum rationem tantum, propter hoc quod relationis causa est realis, scilicet unitas substantiae quam intellectus sub relatione intelligit : ita potestas coercendi subditos est in Deo realiter, quam intellectus intelligit in ordine ad subditos propter ordinem subditorum ad ipsum ; et propter hoc dicitur dominus realiter, licet relatio sit rationis tantum. Et eodem modo apparet quod dominus esset, nullo existente intellectu.

 3. De m�me que quelqu'un est rŽellement identique ˆ lui-m�me et non seulement en raison, bien que la relation soit en raison seulement, du fait que sa cause est rŽelle, ˆ savoir l'unitŽ de la substance que l'esprit comprend sous la relation, de m�me la puissance de contraindre ceux qui lui sont soumis est rŽellement en Dieu. L'esprit la comprend en rapport ˆ ceux qui sont soumis ˆ cause du rapport de ceux qui sont soumis ˆ lui[861] et c'est pour cela qu'on l'appelle Seigneur, rŽellement, bien que la relation soit de raison seulement. Et de la m�me mani�re, il appara”t qu'il serait le Seigneur m�me s'il n'existait aucun esprit.

q. 7 a. 11 ad 4 Unde patet solutio ad quartum.

 4. Par la appara”t la solution ˆ l'objection 4.

q. 7 a. 11 ad 5 Ad quintum dicendum, quod relatio scientiae Dei ad creaturam non est primo et per se, ut dictum est prius, sed ad essentiam creatoris, per quam Deus omnia scit.

 5. La relation de la science de Dieu ˆ la crŽature n'est pas en premier et par soi, comme on l'a dit d'abord (dans le corps de l'article) mais c'est la relation ˆ l'essence du crŽateur, par laquelle Dieu conna”t tout.

 

 

 

Question 8 Ð Ce quÕon appelle relations Žternelles en Dieu

 

 

q. 8 pr. 1 Et primo quaeritur utrum relationes dictae de Deo ab aeterno, quae importantur his nominibus pater et filius, sint relationes reales vel rationis tantum.

1. Les relations appelŽes Žternelles en Dieu, rapportŽes sous les noms de "P�re" et de "Fils", sont-elles rŽelles ou de raison seulement ?

q. 8 pr. 2 Secundo utrum relatio in Deo sit eius substantia.

2. La relation en Dieu est-elle sa substance ?

q. 8 pr. 3 Tertio utrum relationes constituant et distinguant personas et hypostases.

3. Les relations constituent-elles et distinguent-elles les personnes et les hypostases ?

q. 8 pr. 4 Quarto utrum remota relatione secundum intellectum, remaneat hypostasis in divinis.

4. Si on exclut en esprit la relation, l'hypostase demeure-t-elle enDieu ?

 

 

 

Article 1 Ñ Les relations appelŽes Žternelles en Dieu, rapportŽes par les noms de Ç P�re È et Ç Fils È, sont-elles rŽelles ou de raison seulement ?

q. 8 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum relationes dictae de Deo ab aeterno, quae importantur his nominibus Pater et Filius, sint relationes reales, vel rationis tantum. Et videtur quod non sint reales.

Il semble qu'elles ne soient pas rŽelles[862].

 

Objections :

q. 8 a. 1 arg. 1 Quia, ut dicit Damascenus [in 1 lib. Orth. Fidei, cap. XI], in substantiali Trinitate commune quidem et unum re consideratur, cognitione vero et intellectu est quod diversum vel distinctum est. Sed distinctio personarum fit per relationes. Ergo relationes in divinis sunt rationis tantum.

1 Parce que, comme le dit Jean Damasc�ne (La Foi orthodoxe I, 11) : ÇDans la TrinitŽ substantielle, on consid�re comme rŽel ce qui est commun et un, et comme object de connaissance et dÕintellection ce qui est divers et distinct 

[863]
. È Mais la distinction des personnes se fait par les relations. Donc[864] les relations en Dieu sont de raison seulement.

q. 8 a. 1 arg. 2 Praeterea, Bo‘tius dicit [in libro de Trinitate) : Similis est relatio Patris ad Filium in Trinitate, et utriusque adSspiritum sanctum, ut eius quod est idem ad id quod idem est. Sed relatio identitatis est rationis tantum. Ergo et relatio paternitatis et filiationis.

2. Bo�ce dit (La TrinitŽ, VI[865]) : ÇSemblable est la relation du P�re au Fils dans le TrinitŽ et de l'un et l'autre ˆ l'Esprit saint, comme ce qui


est du m�me au m�me[866]È. Mais la relation d'identitŽ est de raison seulement. Donc celle de paternitŽ et de filiation aussi.

q. 8 a. 1 arg. 3 Praeterea, in Deo ad creaturam non est relatio realis, propter hoc quod Deus sine sui mutatione creaturas producit, ut Augustinus dicit [in V de Trin., cap. XVI] Sed multo magis sine mutatione producit Pater Filium, et Filius procedit a Patre. Ergo non est aliqua realis relatio Patris ad Filium in divinis, vel e contrario.

3. En Dieu il n'y a pas de relation rŽelle ˆ la crŽature, du fait qu'il les produit sans changement de sa part, comme Augustin le dit (La TrinitŽ. V, XVI, 17). Mais c'est encore avec beaucoup moins de changement que le P�re produit le Fils, et que le Fils proc�de du P�re. Donc il n'y a pas de relation rŽelle du P�re au Fils ou inversement.

q. 8 a. 1 arg. 4 Praeterea, ea quae non sunt perfecta, Deo non attribuuntur, sicut privatio, materia et motus. Sed relatio inter omnia entia habet debilius esse intantum quod eam quidam aestimaverunt de secundis intellectis, ut patet per Commentatorem [XI Metaph., com. 19]. Ergo in Deo esse non potest.

4. Ce qui n'est pas parfait n'est pas attribuŽ ˆ Dieu, comme la privation, la mati�re et le mouvement. Mais la relation entre tous les Žtants a lÕ�tre le plus faible au point que certains les ont considŽrŽes comme des intellections secondes[867], comme on le voit chez le Commentateur (MŽtaphysique XI, 19). Donc elle ne peut pas exister en Dieu.

q. 8 a. 1 arg. 5 Praeterea, omnis relatio in creaturis compositionem facit cum eo cuius est relatio : non enim potest una res alteri inesse sine compositione. Sed in Deo nulla compositio esse potest. Ergo in eo non potest esse realis relatio.

5. Toute relation dans les crŽatures am�ne une composition avec ce dont elle est relation : car une chose ne peut �tre en une autre sans composition. Mais en Dieu il ne peut y avoir aucune composition. Donc il ne peut pas y avoir en lui de relation rŽelle.

q. 8 a. 1 arg. 6 Praeterea, simplicissima seipsis differunt. Sed divinae personae sunt simplicissimae. Ergo seipsis differunt, et non per relationes aliquas ; ergo non oportet relationes in Deo ponere, cum ad nihil aliud ponantur nisi ad distinguendas personas.

6. Les choses les plus simples diff�rent par elles-m�mes. Mais les personnes divines sont extr�mement simples. Donc elles diff�rent par elles-m�mes, et non par des relations[868] ; donc il ne faut pas en placer en Dieu, puisqu'on les placerait pour rien d'autre que de distinguer les personnes.

q. 8 a. 1 arg. 7 Praeterea, sicut relationes sunt proprietates personarum divinarum, ita attributa absoluta sunt proprietates essentiae. Sed attributa absoluta sunt in Deo secundum rationem tantum. Ergo relationes sunt in Deo secundum rationem et non reales.

7. Les relations sont les propriŽtŽs des personnes divines, de m�me les attributs absolus sont les propriŽtŽs de l'essence. Mais en Dieu ces attributs sont en raison seulement. Donc les relations en Dieu sont en raison et non rŽelles.

q. 8 a. 1 arg. 8 Praeterea, perfectum est cui nihil deest, ut dicitur III Phys. [com. 63 et 64] Sed substantia divina est perfectissima. Ergo nihil quod ad perfectionem pertineat, ei deest. Superfluum est ergo ponere relationes in Deo.

8. Est parfait ce ˆ quoi rien ne manque, comme il est dit en Physique (III, 6, 207 a 8 Ð 207 a 13[869]). Mais la substance divine est absolument parfaite. Donc rien qui concerne la perfection ne lui manque. Donc il est superflu de poser des relations en Dieu.

q. 8 a. 1 arg. 9 Praeterea, cum Deus sit summum rerum principium et ultimus finis, ea quae oportet in alia priora reduci, in Deo esse non possunt, sed solum ea ad quae alia reducuntur : sicut esse mobile reducitur ad immobile, et per accidens ad per se ; et propter hoc Deus non movetur, nec est in eo aliquod accidens. Sed omne quod dicitur ad aliud, reducitur ad absolutum quod ad se est. Ergo nihil est in Deo ad aliud, sed solum ad se tantum dictum.

9. Comme Dieu est le principe supr�me des choses et leur fin ultime, ce qui doit �tre ramenŽ ˆ d'autres choses antŽrieures, ne peut pas exister en lui, mais seulement ce ˆ quoi les autres choses sont ramenŽes ; ainsi l'�tre mobile est ramenŽ ˆ l'immobile et ce qui est par accident au par soi, et cÕest pour cela que Dieu n'est pas mž, et quÕil n'y a en lui aucun accident. Mais tout ce qu'on appelle relatif est ramenŽ ˆ l'absolu qui est pour soi. Donc rien n'est en Dieu qui est relatif mais seulement ce qui est dit pour soi.

q. 8 a. 1 arg. 10 Praeterea, Deum esse per se necesse est. Sed omne quod est per se necesse esse, est absolutum : relativum enim non potest esse sine correlativo. Quod autem est per se necesse esse, etiam alio remoto esse potest. Ergo in Deo non est aliqua relatio realis.

10. Il est nŽcessaire que Dieu soit par soi. Mais tout ce qui est nŽcessaire par soi est absolu ; le relatif en effet ne peut pas exister sans corrŽlatif. Mais ce qui est par soi a nŽcessitŽ d'�tre, m�me si l'autre est exclu, il peut exister. Donc en Dieu il n'y a pas de relation rŽelle.

q. 8 a. 1 arg. 11 Praeterea, omnis relatio realis, ut in praecedenti quaestione [art. 9], est habitum, consequitur aliquam quantitatem vel actionem vel passionem. Sed quantitas in Deo non est : dicimus enim Deum sine quantitate magnum, ut Augustinus dici [in libro de Trinitate, libro V, capit. 1]. Numerus etiam in eo non est, ut dicit Boetius, quem relatio consequi posset, etsi ponatur numerus quem relatio facit. Oportet ergo, si est relatio realis in Deo, quod competat Deo secundum aliquam eius actionem. Non autem potest secundum actionem qua creaturas producit, quia in quaestione praecedenti, est habitum quod in Deo non est realis relatio ad creaturam. Nec iterum secundum actionem personalem quae ponitur in divinis, sicut est generare : nam cum generare in divinis non sit nisi suppositi distincti, distinctionem autem sola relatio facit in divinis, oportet praeintelligere relationem tali actioni ; et sic relatio talem actionem consequi non potest. Restat ergo, si aliquam actionem consequatur relatio realiter in Deo existens quod consequatur actionem eius aeternam vel essentialem quae est intelligere et velle. Sed etiam hoc esse non potest : huiusmodi enim actionem consequitur relatio intelligentis ad intellectum, quae in Deo reales non sunt,- alias oporteret quod intelligens et intellectum realiter in divinis distinguerentur,- quod patet esse falsum, quia utrumque de singulis personis praedicatur : non solum enim Pater est intelligens, sed et Filius et Spiritus sanctus ; similiter et quilibet eorum est in intellectu. Nulla ergo relatio realis in Deo esse potest, ut videtur.

11. Toute relation rŽelle, comme on l'a vu dans la prŽcŽdente question (qu. 7, a. 9), dŽcoule de la quantitŽ, de l'action ou de la passion. Mais il n'y a pas de quantitŽ en Dieu ; car nous disons que Dieu est grand sans quantitŽ, comme Augustin le dit (La TrinitŽ, V, 1, 2[870]). Mais il n'y a pas non plus de nombre en lui, comme le dit Bo�ce (La TrinitŽ, V) dont puisse dŽcouler une relation, m�me si on place le nombre que la relation Žtablit. Il faut donc, si la relation est rŽelle en Dieu, qu'elle lui convienne selon une de ses actions. Mais il ne le peut pas avec l'action par laquelle il produit les crŽatures, parce que dans la question prŽcŽdente (qu. 7, a. 10) on a vu qu'en Dieu il n'y a pas de relation rŽelle avec la crŽature. Ni ˆ nouveau avec une action personnelle placŽe en lui, comme la gŽnŽration, car engendrer en Dieu ne venant que d'un supp™t distinct, seule la relation apporte en lui la distinction, il faut la concevoir avant une telle action. Et ainsi la relation ne peut pas en dŽcouler. Donc il reste, si la relation qui existe rŽellement en Dieu dŽcoule d'une action, elle dŽcoulerait de son action Žternelle ou essentielle qui est l'intellection et le vouloir. Mais cela non plus n'est pas possible ; car la relation de celui qui pense ˆ ce qui est pensŽ, qui en Dieu ne sont pas des relations rŽelles, dŽcoule d'une action de ce genre Ñ autrement il faudrait que celui qui pense et ce qui est pensŽ soient rŽellement distinguŽs en Dieu Ñ ce qui para”t faux, parce que lÕun et lÕautre sont attribuŽs ˆ chaque personne en particulier ; car non seulement la P�re pense mais le Fils et l'Esprit saint pensent aussi ; il en est de m�me pour nÕimporte lequel dÕentre eux qui est dans l'intellect. Donc aucune relation rŽelle ne peut exister en Dieu, ˆ ce qu'il semble.

q. 8 a. 1 arg. 12 Praeterea, ratio naturalis humana potest pervenire ad cognitionem divini intellectus ; probatum est enim demonstrative a philosophis quod Deus est intelligentia. Si ergo actionem intellectus consequantur relationes reales, quae in divinis personas distinguere dicuntur, videtur quod per rationem humanam Trinitas personarum inveniri posset, et sic non esset articulus fidei : nam Fides est sperandarum substantia rerum, argumentum non apparentium Heb ; XI, 1].

12. La raison humaine naturelle peut parvenir ˆ la connaissance de l'esprit divin, car il a ŽtŽ prouvŽ dŽmonstrativement par les philosophes que Dieu est une intelligence. Donc si les relations rŽelles, qui, dit-on distinguent les personnes en Dieu, dŽcoulent de l'action de l'intellect, il semble que la TrinitŽ des personnes pourrait �tre dŽcouverte par le raison humaine, et ainsi ce ne serait pas un article de foi : Car Çla foi est la substance de ce quÕon esp�re, rŽalitŽ de ce quÕon ne voit pas.È (HŽ. 11, 1).

q. 8 a. 1 arg. 13 Praeterea, relativa opposita contra alia opposita dividuntur. In Deo autem alia genera oppositionis poni non possunt. Ergo nec relatio.

13. Les opposŽs relatifs sont sŽparŽs des autres opposŽs. Mais en Dieu on ne peut pas placer d'autres genres d'opposition. Donc pas de relation non plus.

 

En sens contraire :

q. 8 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Boetius dicit [in lib. De Trinitate], quod sola relatio multiplicat Trinitatem. Haec autem multiplicatio non est secundum rationem tantum, sed secundum rem, ut patet per Augustinum, qui dicit [lib. 1 De Trin., cap.III], quod Pater et Filius et Spiritus sanctus sunt tres res. Ergo oportet quod relatio sit in divinis non solum rationis, sed etiam rei.

1. Bo�ce dit (La TrinitŽ, V, 1[871]) que seule la relation multiplie la TrinitŽ. Cette multiplication n'est pas en raison seulement, mais rŽelle, comme on le voit chez Augustin qui dit (La TrinitŽ I, IV, 7) que le P�re, le Fils et l'Esprit saint sont trois rŽalitŽs (res). Donc il faut que la relation existe en Dieu non seulement en raison, mais en rŽalitŽ.

q. 8 a. 1 s. c. 2 Praeterea, nulla res constituitur nisi per rem. Sed relationes in divinis sunt proprietates constituentes personas ; persona autem est nomen rei. Ergo oportet et relationes in divinis res esse.

2. Rien n'est constituŽ qu'en rŽalitŽ. Mais les relations en Dieu sont les propriŽtŽs qui constituent les personnes, or la personne est le nom de la rŽalitŽ. Donc il faut que les relations soit rŽelles en Dieu.

q. 8 a. 1 s. c. 3 Praeterea, perfectior est generatio in divinis quam in creaturis. Sed ad generationem in creaturis sequitur relatio realis, scilicet patris et filii. Ergo multo fortius in divinis sunt relationes reales.

3. La gŽnŽration est plus parfaite en Dieu que dans les crŽatures. Mais pour la gŽnŽration dans les crŽatures dŽcoule une relation rŽelle, ˆ savoir celle du p�re et du fils. Donc ˆ plus forte raison les relations sont rŽelles en Dieu.

 

RŽponse :

q. 8 a. 1 co. Respondeo. Dicendum quod, sententiam fidei Catholicae sequentes, oportet dicere in divinis relationes reales esse. Ponit enim fides Catholica tres personas in Deo unius essentiae. Numerus autem omnis aliquam distinctionem consequitur : unde oportet quod in Deo sit aliqua distinctio non solum respectu creaturarum, quae a Deo per essentiam differunt, sed etiam respectu alicuius in divina essentia subsistentis.

Ceux qui suivent la doctrine de la foi catholique doivent dire que les relations sont rŽelles en Dieu. Car la foi Žtablit qu'il y a trois personnes d'une seule essence. Mais tout nombre dŽcoule d'une distinction : c'est pourquoi il faut qu'il y ait en Dieu une distinction non seulement par rapport aux crŽatures, qui diff�rent de lui par l'essence, mais aussi par rapport ˆ ce qui subsiste dans l'essence divine.

Haec autem distinctio non potest esse secundum aliquod absolutum : quia quidquid absolute in divinis praedicatur, Dei essentiam significat ; unde sequeretur quod personae divinae per essentiam distinguerentur, quod est haeresis Arii. Relinquitur ergo quod per sola relativa distinctio in divinis personis attenditur.

Cette distinction ne peut pas �tre un absolu : parce que ce qui est attribuŽ ˆ Dieu dans lÕabsolu signifie son essence. Aussi il en dŽcoulerait que les personnes divines seraient distinguŽes par l'essence, ce qui est l'hŽrŽsie d'Arius[872]. Donc il reste que la distinction dans les personnes divines est atteinte par les seules relations.

Haec tamen distinctio non potest esse rationis tantum : quia ea quae sunt sola ratione distincta, nihil prohibet de se invicem praedicari, sicut dicimus principium esse finem, quia punctum unum secundum rem est principium et finis, licet ratione differat ; et ita sequeretur quod Pater est Filius et Filius Pater, quia, cum nomina imponantur ad significandum rationes nominum, sequeretur quod personae in divinis non distinguerentur nisi secundum nomina : quod est haeresis Sabelliana.

Cette distinction ne peut pas �tre que de raison seulement : car rien nÕemp�che que ce qui est distinguŽ en raison seulement ne soit attribuŽ rŽciproquement ˆ soi. Ainsi nous disons que le principe est la fin, parce qu'un seul point est en rŽalitŽ principe et fin, bien qu'ils diff�rent en raison, et ainsi il en dŽcoulerait que le P�re est le Fils et le Fils est le P�re, parce que, comme les noms sont employŽs pour signifier leurs natures, il en dŽcoulerait que les personnes ne seraient distinguŽes que par les noms. Ce qui est l'hŽrŽsie de Sabellius[873].

Relinquitur ergo quod oportet dicere, relationes in Deo quasdam res esse : quod qualiter sit, sequendo sanctorum dicta, investigari oportet, licet ad plenum ad hoc ratio pervenire non possit. Sciendum est ergo, quod cum realis relatio intelligi non possit, nisi consequens quantitatem vel actionem seu passionem, oportet quod aliquo istorum modorum ponamus in Deo relationem esse.

Donc il reste qu'il faut dire que les relations en Dieu sont des rŽalitŽs ; de quelque mani�re que ce soit, en suivant les paroles des saints, il faut faire des recherches, bien que la raison ne puisse y parvenir parfaitement. Donc il faut savoir que, comme la relation rŽelle ne pourrait �tre comprise que si elle dŽcoulait de la quantitŽ, de l'action ou de la passion, il faut que par l'une de ces mani�res nous Žtablissions qu'il y a en Dieu une relation.

In Deo autem quantitas esse non potest, neque continua neque discreta, nec aliquid cum quantitate similitudinem habens, nisi multitudo quam relatio facit, cui oportet relationem praeintelligere, et unitas quae essentiae competit, ad quam relatio consequens non est realis, sed rationis tantum ; sicut relatio quam importat hoc nomen idem, ut supra [art. ult. quaest. praeced.]dictum est.

Or en Dieu la quantitŽ ne peut pas exister, ni continue, ni discr�te[874] ni rien qui ressemble ˆ la quantitŽ, sinon une pluralitŽ que la relation Žtablit ; il faut y comprendre cette relation avant, et l'unitŽ qui appartient ˆ l'essence, pour laquelle la relation qui en dŽcoule n'est pas rŽelle, mais de raison seulement ; comme la relation qu'apporte le mot identique, comme on l'a dit ci-dessus (qu. 7, 10, c. ¤ 5).

Relinquitur ergo quod oportet in eo ponere relationem actionem consequentem. Actionem dico non quae in aliquod patiens transeat : quia in Deo nihil potest esse patiens, cum non sit ibi materia ; ad id autem quod est extra Deum, non est in Deo realis relatio, ut ostensum est. [quaest. praec., art. 10]

Il reste donc qu'il faut placer en lui une relation qui dŽcoule de l'action. Je dis action, mais pas celle qui passe dans un patient, car en Dieu rien ne peut �tre un patient, puisqu'il n'y a pas de mati�re, car il n'y a pas de relation rŽelle avec ce qui est hors de lui, comme on l'a montrŽ (qu. 7, a. 10).

Relinquitur ergo quod consequatur relatio realis in Deo actionem manentem in agente : cuiusmodi actiones sunt intelligere et velle in Deo. Sentire enim, cum organo corporeo compleatur, Deo non potest competere, qui est omnino incorporeus. Et propter hoc dicit Dionysius [XI cap de div. Nomin. ] quod in Deo est paternitas perfecta, idest non corporaliter nec materialiter, sed intelligibiliter. Intelligens autem in intelligendo ad quatuor potest habere ordinem : scilicet ad rem quae intelligitur, ad speciem intelligibilem, qua fit intellectus in actu, ad suum intelligere, et ad conceptionem intellectus.

Il reste donc que la relation rŽelle en Dieu dŽcoule de l'action immanente dans l'agent : les actions de ce genre sont l'intellection et le vouloir en Dieu. En effet, la sensation Žtant effectuŽe par un organe corporel, ne peut convenir ˆ Dieu qui est tout ˆ fait incorporel. Et c'est pour cela que Denys (Les noms divins, XI) dit qu'en Dieu la paternitŽ est parfaite, c'est-ˆ-dire ni corporelle, ni matŽrielle, mais intellectuelle. Dans lÕintellection celui qui pense peut avoir rapport ˆ quatre choses : ˆ savoir a) ˆ ce qui est pensŽ, b) ˆ l'esp�ce [ou forme] intelligible, qui le constitue en acte, c) ˆ son intellection et d) au concept de l'esprit[875].

Quae quidem conceptio a tribus praedictis differt. A re quidem intellecta, quia res intellecta est interdum extra intellectum, conceptio autem intellectus non est nisi in intellectu ; et iterum conceptio intellectus ordinatur ad rem intellectam sicut ad finem : propter hoc enim intellectus conceptionem rei in se format ut rem intellectam cognoscat.Differt autem a specie intelligibili : nam species intelligibilis, qua fit intellectus in actu, consideratur ut principium actionis intellectus, cum omne agens agat secundum quod est in actu ; actu autem fit per aliquam formam, quam oportet esse actionis principium.

Ce dernier concept diff�re des trois autres :a) De ce qui est pensŽ, parce quÕelle est parfois hors de l'intellect, mais la conception de l'intellect n'est qu'en lui, et en plus cette conception est ordonnŽe ˆ ce qui est pensŽ, comme ˆ sa fin. Car c'est pour la conna”tre que l'intellect forme en lui la conception de la chose. b) Il diff�re aussi de lÕesp�ce (species) intelligible : car celle-ci, par laquelle l'intellect devient en acte, est considŽrŽe comme le principe de son action, puisque tout agent agit selon qu'il est en acte, mais il devient en acte par une forme qui doit �tre le principe de l'action.

Differt autem ab actione intellectus : quia praedicta conceptio consideratur ut terminus actionis, et quasi quoddam per ipsam constitutum. Intellectus enim sua actione format rei definitionem, vel etiam propositionem affirmativam seu negativam. Haec autem conceptio intellectus in nobis proprie verbum dicitur : hoc enim est quod verbo exteriori significatur : vox enim exterior neque significat ipsum intellectum, neque speciem intelligibilem, neque actum intellectus, sed intellectus conceptionem qua mediante refertur ad rem.

c) Il diff�re de lÕaction de lÕintellect, parce que cette conception en est considŽrŽe comme le terme, et comme quelque chose de constituŽ par elle. Car l'intellect, par son action, forme la dŽfinition ou aussi la proposition affirmative ou nŽgative. Cette conception de l'esprit en nous est proprement appelŽe verbe. Car c'est lui qui est signifiŽ par le verbe extŽrieur, car la voix extŽrieure ne signifie pas le concept m�me, ni l'esp�ce intelligible, ni l'acte de l'intellect, mais sa conception par l'intermŽdiaire de laquelle elle a rapport ˆ la rŽalitŽ.

Huiusmodi ergo conceptio, sive verbum, qua intellectus noster intelligit rem aliam a se, ab alio exoritur, et aliud repraesentat. Oritur quidem ab intellectu per suum actum ; est vero similitudo rei intellectae. Cum vero intellectus seipsum intelligit, verbum praedictum, sive conceptio, eiusdem est propago et similitudo, scilicet intellectus seipsum intelligentis. Et hoc ideo contingit, quia effectus similatur causae secundum suam formam : forma autem intellectus est res intellecta. Et ideo verbum quod oritur ab intellectu, est similitudo rei intellectae, sive sit idem quod intellectus, sive aliud.

Donc un tel concept, ou verbe, par lequel notre intellect comprend ce qui est autre que lui, vient d'un autre et reprŽsente un autre. Il prend naissance de l'intellect par son acte, il est lÕimage de ce qui est pensŽ. Mais quand l'intellect se pense lui-m�me, ce verbe dont on parle, ou son concept est son rejeton et son image, celle de l'esprit qui se pense lui-m�me. Et cela arrive, parce que l'effet ressemble ˆ sa cause quant ˆ la forme ; mais la forme de l'intellect est ce qui est pensŽ. Et c'est pourquoi le verbe qui prend naissance de l'intellect est lÕimage de ce qui est pensŽ, quÕil soit identique ˆ l'esprit ou autre[876].

Huiusmodi autem verbum nostri intellectus, est quidem extrinsecum ab esse ipsius intellectus (non enim est de essentia, sed est quasi passio ipsius), non tamen est extrinsecum ab ipso intelligere intellectus, cum ipsum intelligere compleri non possit sine verbo praedicto.

Un tel verbe de notre intellect est extŽrieur ˆ l'�tre de l'intellect lui-m�me (car il ne vient pas de l'essence, mais est pour ainsi dire sa passion), son intellection n'est cependant pas extŽrieure ˆ lui, puisquÕelle ne peut pas �tre complŽtŽe sans ce verbe.

Si ergo aliquis intellectus sit cuius intelligere sit suum esse, oportebit quod illud verbum non sit extrinsecum ab esse ipsius intellectus, sicut nec ab intelligere. Huiusmodi autem est intellectus divinus : in Deo enim idem est esse et intelligere. Oportet ergo quod eius verbum non sit extra essentiam eius, sed ei coessentiale.

Si donc il y a un intellect dont l'intellection soit son �tre propre, il faudra que ce verbe ne soit pas hors de lÕ�tre de lÕintellect, ni non plus de son intellection. Mais l'esprit divin est tel. Car en Dieu lÕ�tre et lÕintellection sont identiques. Il faut donc que son verbe ne soit pas hors de son essence, mais lui soit coessentiel.

Sic ergo in Deo potest inveniri origo alicuius ex aliquo, scilicet verbi et proferentis verbum, unitate essentiae servata. Ubicumque enim est origo alicuius ab aliquo, ibi oportet ponere realem relationem vel tantum ex parte eius quod oritur, quando non accipit eamdem naturam quam habet suum principium, sicut patet in exortu creaturae a Deo ; vel ex parte utriusque, quando scilicet oriens attingit ad naturam sui principii, sicut patet in hominum generatione, ubi relatio realis est et in patre et in filio. Verbum autem in divinis est coessentiale suo principio, ut ostensum est. Relinquitur ergo quod in divinis sit realis relatio et ex parte verbi et ex parte proferentis verbum.

Ainsi donc en Dieu on peut trouver l'origine de l'un ˆ partir de l'autre, ˆ savoir celle du Verbe profŽrŽ, tout en conservant l'unitŽ de l'essence. Car partout o� il y a origine d'une chose ˆ partir d'un autre, il faut placer une relation rŽelle surtout du c™tŽ de ce dont elle est issue, quand elle ne re�oit pas la m�me nature quÕa son principe, comme cela appara”t dans la sortie de la crŽature de Dieu, ou du c™tŽ de l'un et l'autre, quand par exemple ce qui en est issu atteint la nature de son principe, comme cela appara”t dans la gŽnŽration de l'homme o� la relation est rŽelle dans le p�re et le fils. Mais le Verbe en Dieu est coessentiel ˆ son principe, comme on l'a montrŽ. Il reste donc qu'en Dieu il y a une relation rŽelle, du c™tŽ du Verbe et de celui qui le prof�re

 

Solutions :

q. 8 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in divinis personis re quidem essentiali est unitas ; distinctio vero ratione, id est relatione, quae non differt ab essentia re, sed sola ratione, ut infra patebit.

 1. Dans les personnes divines l'unitŽ est de lÕessence, et la distinction est de raison, c'est-ˆ-dire par une relation qui ne diff�re pas rŽellement de lÕessence, mais seulement en raison, comme cela appara”tra plus bas.

q. 8 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod relatio quae est in divinis personis habet quidem similitudinem cum relatione identitatis, si unitas essentiae consideretur ; sed si consideretur origo unius ab alio in eadem natura, ex hoc relationes praedictas oportet esse reales.

 2. La relation, dans les personnes divines, ressemble ˆ la relation d'identitŽ, si on consid�re l'unitŽ de l'essence, mais si on consid�re l'origine de l'un ˆ partir de l'autre dans une m�me nature, alors il faut que ces relations soient rŽelles.

q. 8 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut Deus non mutatur in productione suae creaturae, ita non mutatur in productione sui verbi : sed tamen creatura non attingit ad essentiam et naturam divinam ; unde essentia divina non communicatur creaturae. Et propter hoc relatio Dei ad creaturam non fit propter aliquid quod sit in Deo, sed solum secundum id quod fit ex parte creaturae. Sed verbum producitur ut coessentiale ipsi Deo ; et ideo secundum id quod in Deo est, refertur Deus ad suum verbum, non solum secundum id quod ex parte verbi est. Tunc enim est relatio realis ex parte unius et non ex parte alterius, quando relatio consequitur per id quod est ex uno, et non per id quod ex alio, sicut patet in scibili et scientia : huiusmodi enim relationes causantur per actum scientis, non per aliquid scibile.

 3. Dieu ne subit pas de changement dans la production de sa crŽature, de m�me il nÕen subit pas non plus dans le production de son Verbe, mais cependant la crŽature nÕarrive pas ˆ l'essence et la nature divine ; c'est pourquoi l'essence divine n'est pas communiquŽe ˆ la crŽature. Et ˆ cause de celala relation de Dieu ˆ la crŽature ne se fait pas ˆ cause de quelque chose qui serait en Dieu, mais seulement selon ce qui se fait du c™tŽ de la crŽature. Mais le Verbe est produit comme coessentiel ˆ Dieu m�me ; et c'est pourquoi Dieu, selon ce qui est en lui, est en relation avec son Verbe, et pas seulement selon ce qui est du c™tŽ du verbe. Car alors c'est une relation rŽelle du c™tŽ de l'un et non du c™tŽ de l'autre, quand la relation dŽcoule de ce qui vient de l'un et non de ce qui vient de l'autre, comme on le voit pour le connaissable et la connaissance, car les relations de ce genre sont causŽes par l'acte de celui qui conna”t, non par quelque chose de connaissable.

q. 8 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod relatio habet esse debilissimum quod est eius tantum ; sic tamen non est in Deo : non enim habet aliud esse quam esse substantiae, ut infra [art. sequent.] patebit ; unde ratio non sequitur.

 4. La relation poss�de un �tre tr�s faible, parce qu'elle ne vient que d'elle seulement, cependant il nÕen est pas ainsi en Dieu, car elle n'a pas d'autre �tre que celui de la substance, comme on le verra plus loin (8, 2) ; c'est pourquoi celle raison ne vaut pas.

q. 8 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod ratio illa procedit de relatione reali, quae habet aliud esse ab esse substantiae cui inest ; sic autem non est in proposito, ut infra [art. 4] patebit.

 5. Cette raison proc�de de la relation rŽelle, qui a un �tre diffŽrent de celui de la substance en qui elle est ; mais ainsi elle ne concerne pas notre propos, comme on le verra plus loin.

q. 8 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod cum personae divinae relationibus distinguantur, non alio differunt quam seipsis, quia relationes sunt ipsae personae subsistentes, ut infra, patebit.

 6. Comme les personnes divines sont distinguŽes par des relations, elles ne diff�rent de l'autre que par elles-m�mes, parce que les relations sont les personnes subsistantes elles-m�mes, comme cela appara”tra plus bas (article 4).

q. 8 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod attributa essentialia quae sunt proprietates essentiae, sunt in Deo realiter, et non secundum rationem. Bonitas enim Dei est res quaedam, et similiter eius sapientia, et ita de aliis, licet ab essentia non differant nisi ratione ; sic etiam est de relationibus, ut infra patebit.

 7. Les attributs essentiels, qui sont les propriŽtŽ de l'essence sont en Dieu rŽellement et non en raison. Car la bontŽ de Dieu est une rŽalitŽ et sa sagesse aussi, de m�me pour les autres attributs, bien qu'ils ne diff�rent de l'essence qu'en raison et il en est ainsi des relations, comme cela para”tra plus loin.

q. 8 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod substantia Dei esset imperfecta si aliquid ei inesset quod non esset ipsa. Relatio autem in Deo est substantia eius, ut infra patebit ; unde ratio non sequitur.

 8. La substance de Dieu serait imparfaite, s'il y avait quelque chose en lui qui ne soit pas sa substance. Or la relation en Dieu est sa substance, comme on le verra plus loin, c'est pourquoi cette raison ne convient pas.

q. 8 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod mobile et accidens reducuntur ad aliquid prius sicut imperfectum ad perfectum. Nam accidens imperfectum est, et similiter motus est imperfecti actus. Sed hoc quod dicitur ad aliud, quandoque sequitur perfectionem rei, sicut patet in intellectu : nam consequitur eius operationem quae est eius perfectio ; et ideo perfectio divina non prohibet relationem in Deo ponere sicut prohibet ibi ponere motum et accidens.

 9. Le mobile et l'accident sont ramenŽs ˆ ce qui est avant comme l'imparfait au parfait. Car l'accident est imparfait, et semblablement le mouvement est d'un acte imparfait. Mais ce qui est appelŽ relation, quelquefois dŽcoule de la perfection, comme on le voit dans l'intellect ; car il poursuit son opŽration qui est sa perfection, et c'est pourquoi la perfection divine n'emp�che pas de poser une relation en Dieu, comme elle emp�che d'y poser le mouvement et l'accident.

q. 8 a. 1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod id quod necesse est per se esse, non refertur ad aliquid quod sit extraneum ab ipso : nihil tamen prohibet quin referatur ad aliquid intra ipsum. Unde cum non dicatur esse necesse per aliud, dicitur esse necesse per se ipsum.

 10. Ce qui est nŽcessairement �tre par soi nÕa de rapport ˆ quelque chose d'extŽrieur ˆ lui ; cependant rien n'emp�che qu'il ait rapport ˆ quelque chose en lui. C'est pourquoi, comme on ne dit pas qu'il est nŽcessaire par un autre, on dit qu'il est nŽcessaire par soi.

q. 8 a. 1 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod relatio realis in Deo consequitur actionem intellectus, non quidem ita quod relatio realis intelligatur intelligentis ad intellectum, sed ad verbum : quia intellectum non oritur ab intelligente, sed verbum.

 11. La relation rŽelle en Dieu dŽcoule de l'action de l'intellect, non de sorte quÕon comprenne la relation rŽelle de celui qui pense ˆ la pensŽe, mais au verbe ; parce que la pensŽe ne prend pas son origine dans celui qui pense, mais c'est le verbe.

q. 8 a. 1 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod licet ratio naturalis possit pervenire ad ostendendum quod Deus sit intellectus, modum tamen intelligendi non potest invenire sufficienter. Sicut enim de Deo scire possumus quod est, sed non quid est ; ita de Deo scire possumus quod intelligit, sed non quo modo intelligit. Habere autem conceptionem verbi in intelligendo, pertinet ad modum intelligendi : unde ratio haec sufficienter probare non potest ; sed ex eo quod est in nobis aliqualiter per simile coniecturare.

 12. Bien que la raison naturelle puisse parvenir ˆ montrer que Dieu est un intellect, cependant on ne peut pas arriver ˆ le comprendre suffisamment. En effet, de m�me que nous pouvons savoir que Dieu existe, mais non ce qu'il est, de m�me nous pouvons savoir qu'il pense mais non de quelle mani�re il le fait. Avoir la conception du verbe en pensant convient au mode de penser, c'est pourquoi cette raison ne peut pas prouver suffisamment, mais elle peut le conjecturer en nous en quelque mani�re par ce qui lui ressemble.

q. 8 a. 1 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod in aliis oppositionibus semper alterum est ut imperfectum, vel non ens vel ut habens aliquid de non ente : negatio enim est non ens, et privatio est quaedam negatio, et duorum contrariorum alterum semper habet aliquid privationis ; unde aliae oppositiones in Deo esse non possunt sicut oppositio relationis, quae ex neutra parte importat imperfectionem.

 13. Dans les autres oppositions, toujours l'un est comme imparfait ou comme non Žtant ou comme ayant quelque chose du non Žtant : car la nŽgation n'est pas le non Žtant, et la privation est une certaine nŽgation et l'un des deux contraires a toujours quelque chose d'une privation : c'est pourquoi les autres oppositions en Dieu ne peuvent pas exister comme une opposition de relation, qui n'apporte d'imperfection ni d'un c™tŽ ni de l'autre.

 

 

 

Article 2 Ñ La relation en Dieu est-elle sa substance ?

q. 8 a. 2 tit. 1 Secundo quaeritur utrum relatio in Deo sit eius substantia. Et videtur quod non.

 Il semble que non[877] :

 

Objections :

q. 8 a. 2Arg. 1 Nulla enim substantia est relatio : haec est quaedam propositio immediata, sicut et haec : Nulla substantia est quantitas. Ergo nec divina substantia est relatio.

1. Car aucune substance n'est une relation : proposition Žvidente, de m�me que celle-ci : Aucune substance n'est une quantitŽ[878]. Donc la substance divine n'est pas une relation.

q. 8 a. 2Arg. 2 Sed dicendum, quod divina substantia est relatio secundum rem, non tamen secundum rationem.- Sed contra, ratio cui nihil respondet in re, est cassa et vana. Sed nihil vane in Deo debet poni. Ergo non potest esse quod relatio differat ab essentia ratione existente.

2. Mais il faut dire que la substance divine est une relation en rŽalitŽ, mais non en raison Ñ En sens contraire, le concept ˆ quoi rien ne correspond en rŽalitŽ est vide et vain. Mais on ne doit rien placer de vain en Dieu. Donc il n'est pas possible que la relation diff�re de l'essence si elle existe en raison.

q. 8 a. 2Arg. 3 Praeterea, personae divinae distinguuntur relationibus, sola enim relatio multiplicat Trinitatem, ut dicit Bo‘tius [in libro de Trinitate]. Si ergo personae divinae secundum substantiam non distinguuntur,- relatio autem nihil addit supra substantiam secundum rem, sed solum secundum rationem,- sequetur quod personae divinae distinguantur solum secundum rationem, quod est haeresis Sabellianae.

3. Les personnes divines se distinguent par les relations, car seule la relation multiplie la TrinitŽ, comme le dit Bo�ce (La TrinitŽ VI[879]). Si donc les personnes divines ne se distinguent pas par la substance Ñ la relation n'ajoute rien ˆ la substance en rŽalitŽ, mais seulement en raison Ñ il en dŽcoule que les personnes divines se distinguent seulement en raison, ce qui est l'hŽrŽsie de Sabellius[880].

q. 8 a. 2Arg. 4 Praeterea, personae divinae non distinguuntur secundum aliquid absolutum, quia sequeretur quod distinguerentur secundum essentiam, ex hoc quod ea quae de Deo dicuntur absolute significant eius essentiam, ut bonitas, sapientia, et huiusmodi. Si ergo relationes sunt idem quod divina substantia, oportebit quod vel personae non distinguantur secundum relationes, vel quod distinctio personarum sit secundum essentiam.

4. Les personnes divines ne se distinguent pas dans lÕabsolu, parce qu'il en dŽcoulerait qu'elles se distingueraient selon l'essence, du fait que ce qui est dit dans l'absolu de Dieu signifie son essence, comme la bontŽ, la sagesse[881], etc.. Donc si les relations sont identiques ˆ la substance divine, il faudra que, ou bien les personnes ne se distinguent pas par les relations ou bien que la distinction des personnes vienne de l'essence.

q. 8 a. 2Arg. 5 Praeterea, si relatio est ipsa substantia Dei, sequeretur quod sicut Deus et sua magnitudo pertinet ad praedicamentum substantiae in divinis,- ex hoc quod Deus est sua magnitudo - ita pari ratione paternitas pertinebit ad praedicamentum substantiae ; et sic omne quod de Deo dicitur, dicetur secundum substantiam ; quod est contra Augustinum qui dicit, quod non omne quod de Deo dicitur [in V libro De trin., cap. IV et V], dicitur secundum suam substantiam : dicitur enim Deus ad aliquid, sicut Pater ad Filium.

5. Si la relation est la substance m�me de Dieu, il en dŽcoulera que, de m�me que Dieu et sa grandeur conviennent ˆ la catŽgorie de la substance Ñ du fait qu'il est sa propre grandeur Ñ de m�me, ˆ raison Žgale, la paternitŽ conviendra ˆ la catŽgorie de la substance et ainsi tout ce qu'on dit de Dieu, sera dit de la substance ; ce qui est contre Augustin (La TrinitŽ V, 4 et 5) qui dit que ce n'est pas tout ce qu'on dit de Dieu qui est appelŽ sa substance ; car on parle de Dieu comme relation, en tant que P�re vis-ˆ-vis du Fils.

q. 8 a. 2Arg. 6 Praeterea, quidquid praedicatur de praedicato, praedicatur de subiecto. Sed si relatio est ipsa essentia divina, haec praedicatio erit vera : Essentia divina est paternitas ; et pari ratione ista : Filiatio est divina essentia. Ergo sequetur quod filiatio est paternitas.

6. Tout ce qui est attribuŽ ˆ un prŽdicat, est attribuŽ au sujet. Mais si la relation est l'essence divine elle-m�me, l'attribution suivante est vraie : L'essence divine est la paternitŽ ; et ˆ raison Žgale : La filiation est l'essence divine. Donc il en dŽcoulera que la filiation est la paternitŽ.

q. 8 a. 2Arg. 7 Praeterea, quaecumque sunt idem, ita se habent, quod quidquid praedicatur de uno, praedicetur de alio, quia, secundum philosophum [I Top.] quantamcumque differentiam assignaverimus, ostendentes erimus quod non idem. Sed de essentia divina praedicatur quod sit sapiens, quod creet mundum, et huiusmodi ; quae non videntur praedicari posse de paternitate vel filiatione. Ergo relatio in divinis non est essentia divina.

7. Tout ce qui est identique se comporte de sorte que tout ce qui est attribuŽ ˆ l'un, est attribuŽ ˆ l'autre, parce que, selon le philosophe (Topiques, I, 18, 108 b 2[882]) si petite que soit la diffŽrence que nous aurons attribuŽe, nous aurons montrŽ que ce n'est pas la m�me chose. Mais on attribue ˆ l'essence divine la sagesse, la crŽation du monde, etc. ; ces deux notions qui ne semblent pas pouvoir �tre attribuŽes ˆ la paternitŽ et ni ˆ la filiation. Donc la relation en Dieu n'est pas l'essence divine.

q. 8 a. 2Arg. 8 Praeterea, id quod facit distinctionem in divinis personis, non est idem cum eo quod non distinguit nec distinguitur. Sed relatio in divinis distinguit ; essentia autem non distinguit neque distinguitur. Ergo non sunt idem.

8. Ce qui apporte une distinction dans les personnes divines n'est pas identique ˆ ce qui n'a apportŽ ni subit de distinction. Mais la relation a apportŽ une distinction en Dieu ; et l'essence n'apporte ni ne subit de distinction. Donc elles ne sont pas identiques.

q. 8 a. 2Arg. 9 Praeterea, idem per suam essentiam non potest esse principium contrariorum, nisi per accidens. Sed distinctio, cuius est principium relatio in divinis, opponitur unitati, cuius est principium essentia. Ergo relatio et essentia non sunt idem.

9. Ce qui est identique par essence ne peut �tre le principe des contraires que par accident. Mais la distinction, dont la relation en Dieu est le principe, s'oppose ˆ l'unitŽ, dont le principe est l'essence. Donc la relation et l'essence ne sont pas identiques.

q. 8 a. 2Arg. 10 Praeterea, eorum quae sunt idem, in quocumque est unum et aliud. Si ergo essentia divina et paternitas est idem, in quocumque est essentia divina, erit et paternitas. Sed essentia divina est in filio. Ergo et paternitas ; quod patet esse falsum.

10. Parmi chacune de ces choses qui sont identiques, il y en a une et une autre. Donc si l'essence divine et la paternitŽ sont identiques, partout o� il y a l'essence divine, il y aura la paternitŽ aussi. Mais l'essence divine est dans le Fils. Donc la paternitŽ sera aussi en lui, ce qui para”t faux.

q. 8 a. 2Arg. 11 Praeterea, relatio et essentia differunt saltem ratione in divinis. Sed ubi est diversa ratio, sive definitio, est diversorum esse : quia definitio est oratio indicans quid est esse. Ergo aliud erit esse relationis in divinis, et aliud substantiae. Ergo relatio et substantia differunt secundum esse, et ita realiter.

11. La relation et l'essence diff�rent au moins en raison en Dieu. Mais lˆ o� il y a une nature (ratio) ou une dŽfinition diffŽrentes, cela vient d'�tres diffŽrents, parce que la dŽfinition est une proposition qui indique ce qu'est l'�tre. Donc l'�tre de la relation en Dieu sera diffŽrent de celui de la substance. Donc la relation et la substance diff�rent selon l'�tre et donc rŽellement.

q. 8 a. 2Arg. 12 Praeterea, ad aliquid dicuntur quorum esse est ad aliud se habere, ut dicitur in Praedicamentis [in praed. ad aliquid ] Esse ergo relationis est in respectu ad aliud, non autem esse substantiae. Ergo relatio et substantia non sunt idem secundum esse ; et sic idem quod prius.

12. On appelle relation ce dont l'�tre a rapport avec autre chose, comme on le dit dans Les CatŽgories, (les relations 7, 6 a 36[883]). Donc l'�tre de la relation est en rapport ˆ autre chose, mais pas l'�tre de la substance. Donc la relation et la substance ne sont pas identiques selon l'�tre et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 8 a. 2Arg. 13 Praeterea, Augustinus dicit [lib. V de Trinitate cap. V, cap IV et V] quod aliquid dicitur in Deo non substantive sed relative. Quod autem substantiam divinam significat, dicitur substantialiter. Ergo relatio in divinis non significat substantiam divinam ; et sic idem quod prius.

13. Augustin dŽclare (la TrinitŽ, V, 4, 5 et 6[884]) qu'on dit quÕil y a quelque chose en Dieu qui nÕest pas substance mais relation. On parle substantiellement de ce que la substance divine signifie. Donc la relation ne signifie pas la substance, et ainsi de m�me que plus haut.

q. 8 a. 2Arg. 14 Praeterea, Augustinus dicit [lib. VII de Trin., cap. VI], quod Deus non eo Deus est quo pater est. Sed essentia divina est Deus ; paternitate autem est Pater. Ergo essentia non est paternitas ; et sic relationes in Deo non sunt divina substantia.

14. Augustin dit (La TrinitŽ, VII, 6) que Dieu n'est pas tant Dieu que P�re. Mais l'essence divine est Dieu, et par la paternitŽ il est P�re. Donc l'essence n'est pas la paternitŽ, et ainsi les relations en Dieu ne sont pas la substance divine.

 

En sens contraire :

q. 8 a. 2 s. c. 1 Sed contra. Quidquid est in Deo, Deus est, ut Augustinus dicit. Sed relatio est in Deo, sicut paternitas in patre. Ergo relatio est ipse Deus, et divina substantia.

1. Tout ce qui est en Dieu est Dieu, comme Augustin le dit (La TrinitŽ V, 5 et sq.). Mais la relation est en Dieu, comme la paternitŽ dans le P�re. Donc la relation est Dieu lui-m�me, et la substance divine.

q. 8 a. 2 s. c. 2 Praeterea, omne suppositum in quo sunt diversae res, est compositum. Sed in persona Patris est paternitas et essentia. Si igitur paternitas et essentia divina sunt duae res, sequeretur quod persona Patris sit composita ; quod patet esse falsum. Oportet ergo quod relatio in divinis sit ipsa substantia.

2. Tout supp™t en qui il y a diverses parties est composŽ. Mais dans la personne du P�re, il y a la paternitŽ et l'essence. Si donc la paternitŽ et l'essence divine sont deux rŽalitŽs, il en dŽcoulera que la personne du P�re est composŽe ; il est clair que cÕest faux. Il faut donc que la relation en Dieu soit sa propre substance.

 

RŽponse :

q. 8 a. 2 co. Respondeo. Dicendum quod, supposito quod relationes in divinis sint, de necessitate oportet dicere quod sint essentia divina : alias oporteret ponere compositionem in Deo, et quod relationes in divinis essent accidentia, quia omnis res inhaerens alicui praeter suam substantiam est accidens. Oporteret etiam quod aliqua res esset aeterna, quae non erit substantia divina ; quae omnia sunt haeretica.

Si on suppose quÕil y a des relations en Dieu, il faut nŽcessairement dire qu'elles sont l'essence divine, autrement il faudrait placer une composition en Dieu et les relations seraient des accidents, parce que tout ce qui est inhŽrent ˆ quelque chose au-delˆ de sa substance est un accident. Il faudrait aussi qu'une chose qui ne serait pas la substance divine, soit Žternelle, toutes opinions qui sont hŽrŽtiques.

Ad huius ergo evidentiam sciendum est, quod inter novem genera quae continentur sub accidente, quaedam significantur secundum rationem accidentis : ratio enim accidentis est inesse ; et ideo illa dico significari per modum accidentis quae significantur ut inhaerentia alteri, sicut quantitas et qualitas ; quantitas enim significatur ut alicuius in quo est, et similiter qualitas. Ad aliquid vero non significatur secundum rationem accidentis : non enim significatur ut aliquid eius in quo est, sed ut ad id quod extra est. Et propter hoc etiam dicit philosophu [V Metaph., com. 20], quod scientia, in quantum est relatio, non est scientis, sed scibilis.

Donc pour Žclaircir cette question, il faut savoir que parmi les neuf genres qui sont contenus sous l'accident, certains sont signifiŽs en tant que tel ; car la nature de l'accident est d'�tre inhŽrent et c'est pourquoi je dis qu'est signifiŽ ˆ la mani�re de l'accident ce qui est signifiŽ comme inhŽrent ˆ autre chose, comme la quantitŽ et la qualitŽ, car la quantitŽ est signifiŽe comme de ce en quoi elle est, et de m�me la qualitŽ. Mais la relation n'est pas signifiŽe comme ayant nature d'accident, car on ne la dŽfinit pas comme quelque chose de ce en quoi elle est, mais comme dirigŽe vers ce qui est ˆ l'extŽrieur. Et c'est pour cela aussi que le Philosophe dit (MŽtaphysique, V, 15, 1021 a 25[885]) que la connaissance, en tant que relation, ne vient pas de celui qui conna”t mais du connaissable[886].

Unde quidam attendentes modum significandi in relativis, dixerunt, ea non esse inhaerentia substantiis, scilicet quasi eis assistentia : quia significantur ad quoddam medium inter substantiam quae refertur, et id ad quod refertur. Et ex Et ex hoc sequebatur quod in rebus creatis relationes non sunt accidentia, quia accidentis esse est inesse. hoc sequebatur quod in rebus creatis

C'est pourquoi certains attentifs ˆ la mani�re dont on s'exprime dans les relatifs, ont dit qu'ils ne sont pas inhŽrents aux substances, c'est-ˆ-dire comme une assistance pour elles, parce qu'ils sont signifiŽs pour quelque chose d'intermŽdiaire entre la substance qui est rŽfŽrŽe et ce ˆ quoi elle est rŽfŽrŽe. Et de lˆ il dŽcoulait que dans les crŽatures, les relations ne sont pas des accidents, parce que le propre de l'accident est d'�tre inhŽrent. Cela en dŽcoulait dans les crŽatures.

Unde etiam quidam theologi, scilicet Porretani, huiusmodi opinionem usque ad divinam relationem extenderunt, dicentes, relationes non esse in personis, sed eis quasi assistere. Et quia essentia divina est in personis, sequebatur quod relationes non sunt essentia divina ; et quia omne accidens inhaeret, sequebatur quod non essent accidentia. Et secundum hoc solvebant verbum Augustini inductum, quod scilicet relationes non praedicantur de Deo secundum substantiam, nec secundum accidens. Sed ad hanc opinionem sequitur quod relatio non sit res aliqua, sed solum secundum rationem : omnis enim res vel est substantia vel accidens.

C'est pourquoi aussi, des thŽologiens, ˆ savoir les PorrŽtains, ont Žtendu une telle opinion ˆ la relations en Dieu, disant qu'elle n'Žtait pas dans les personnes, mais c'est comme si elles les assistaient[887]. Et parce que l'essence divine est dans les personnes, il en dŽcoulait que les relations ne sont pas l'essence divine, et parce que tout accident est inhŽrent, il en dŽcoulait qu'elles n'Žtaient pas des accidents. Et ils rejetaient ainsi la parole citŽe d'Augustin, disant que les relations ne sont pas attribuŽes ˆ Dieu selon la substance, ni selon l'accident. Mais il dŽcoule de cette opinion que la relation n'est pas une rŽalitŽ, mais elle est seulement de raison, car tout est substance ou accident.

Unde etiam quidam antiqui[888] posuerunt relationes esse de secundis intellectis, ut Commentator dicit XI Metaph. [com. 19]. Et ideo oportet hoc etiam Porretanos dicere, quod relationes divinae non sunt nisi secundum rationem. Et sic sequetur quod distinctio personarum non erit realis ; quod est haereticum.

C'est pourquoi certains anciens ont pensŽ que les relations venaient des intellections secondes, comme le dit le Commentateur (MŽtaphysique, XI, com. 19). Et c'est pourquoi les PorrŽtains sont obligŽs de dire que les relations divines n'existent qu'en raison. Et ainsi il en dŽcoulera que la distinction des personnes ne sera pas rŽelle, ce qui est hŽrŽtique.

Unde dicendum est, quod nihil prohibet aliquid esse inhaerens, quod tamen non significatur ut inhaerens, sicut etiam actio non significatur ut in agente, sed ut ab agente, et tamen constat actionem esse in agente. Et similiter, licet ad aliquid non significetur ut inhaerens, tamen oportet ut sit inhaerens. Et hoc quando relatio est res aliqua ; quando vero est secundum rationem tantum, tunc non est inhaerens. Et sicut in rebus creatis oportet quod sit accidens, ita oportet quod sit in Deo substantia, quia quidquid est in Deo, est eius substantia. Oportet ergo relationes secundum rem, esse divinam substantiam ; quae tamen non habent modum substantiae, sed habent alium modum praedicandi ab his quae substantialiter praedicantur in Deo.

C'est pour cela qu'il faut dire que rien n'emp�che quelque chose d'�tre inhŽrent, qui n'est pas cependant signifiŽ en tant que tel, ainsi l'action n'est pas signifiŽe comme Žtant dans l'agent, mais comme venant de lui et cependant il est clair quÕelle est en lui. Et de m�me, bien que la relation ne soient pas signifiŽe comme inhŽrente, il faut cependant qu'elle le soit. Et cela quand la relation est rŽelle, mais quand elle est de raison seulement, alors elle n'est pas inhŽrente. Et de m�me que dans les crŽatures, il faut qu'elle soit un accident, de m�me il faut qu'elle soit en Dieu la substance, parce que tout ce qui est en Dieu est sa substance. Donc il faut que les relations rŽelles soient la substance divine ; elles n'ont pas cependant le mode de la substance, mais un autre mode d'attribution que ce qui attribuŽ substantiellement ˆ Dieu

 

Solutions :

q. 8 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod nulla substantia quae est in genere, potest esse relatio, quia est definita ad unum genus ; et per consequens excluditur ab alio genere. Sed essentia divina non est in genere substantiae, sed est supra omne genus, comprehendens in se omnium generum perfectiones. Unde nihil prohibet id quod est relationis, in ea inveniri.

 1. Aucune substance, qui est dans un genre, ne peut �tre relation, parce qu'elle est limitŽe ˆ un seul genre, par consŽquent elle est exclue d'un autre. Mais l'essence divine n'est pas dans le genre de la substance, mais est au-dessus de tout genre, comprenant en soi les perfections de tous les genres. C'est pourquoi rien n'emp�che qu'on trouve en elle ce qui est une relation.

q. 8 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod alia est ratio substantiae et relationis, et utrique respondet aliquid in re, quae Deus est ; non tamen aliqua res diversa, sed una et eadem. Et hoc praecipue convenit quod duabus rationibus respondet una res, quando natura perfecte comprehendit ipsam rem ; et sic est in proposito.

 2. La nature de la substance est autre que celle de la relation, et ˆ chacune correspond quelque chose dans la rŽalitŽ, qui est Dieu. Cependant ce n'est pas une chose diffŽrente, mais une seule et m�me rŽalitŽ. Et surtout il convient qu'une seule rŽalitŽ corresponde aux deux natures, quand la nature exprime parfaitement la rŽalitŽ m�me ; et ainsi cela concerne notre sujet.

q. 8 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod licet relatio non addat supra essentiam aliquam rem, sed solum rationem, tamen relatio est aliqua res, sicut etiam bonitas est aliqua res in Deo, licet non differat ab essentia nisi ratione ; et similiter est de sapientia. Et ideo sicut ea quae pertinent ad bonitatem vel sapientiam, realiter Deo conveniunt, ut intelligere et alia huiusmodi, ita etiam id quod est proprium realis relationis, scilicet opponi et distingui, realiter in divinis invenitur.

 3. Bien que la relation n'ajoute rien ˆ l'essence, sinon seulement un rapport (ratio), elle est appellŽe rŽelle, comme la bontŽ aussi est une rŽalitŽ en Dieu, bien qu'elle ne diff�re de l'essence qu'en raison ; et il en est de m�me de la sagesse. Et ainsi de m�me que ce qui concerne la bontŽ et la sagesse convient rŽellement ˆ Dieu, comme l'intellection, etc. ; de m�me aussi ce qui est le propre de la relation rŽelle, ˆ savoir l'opposition et la distinction, se trouvent rŽellement en Dieu.

q. 8 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod attributa essentialia non solum significant id quod est essentia divina, sed etiam significant per talem modum, quia significant aliquid ut in Deo existens ; et propter hoc differentia, quae esset secundum absoluta, redundaret in diversitatem essentiae. Relationes autem divinae, licet significent id quod est divina essentia, non tamen per modum essentiae, quia non per modum inexistentis, sed per modum se habentis ad aliud. Unde distinctio quae attenditur secundum relationes in divina, non designat distinctionem in essentia, sed solum in hoc quod est ad aliud se habere per modum originis, ut supra expositum est.

 4. Les attributs essentiels signifient non seulement ce qu'est l'essence divine, mais ils la signifient aussi dÕune certaine mani�re, parce qu'ils signifient quelque chose comme existant en Dieu et ˆ cause de cela une diffŽrence selon l'absolu, apporterait quelque chose en trop dans la diversitŽ de l'essence. Mais bien que les relations en Dieu signifient ce qu'est son essence, ce n'est pas cependant ˆ la mani�re de l'essence, parce que ce n'est pas par la mani�re de ce qui n'existe pas mais ˆ celle de ce qui a rapport ˆ autre chose. C'est pourquoi la distinction qui est atteinte selon les relations en Dieu, ne dŽsigne pas une distinction dans l'essence, mais seulement dans ce qui se comportent dans ce qui est par un autre comme relation par mode d'origine, comme on l'a exposŽ ci-dessus.

q. 8 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod licet relatio sit substantia divina, non tamen significat per modum substantiae, ut supra expositum est ; et ideo non dicitur secundum substantiam, quia dici secundum substantiam pertinet ad modum significandi.

 5. Bien que la relation soit la substance divine, elle n'a cependant pas de signification ˆ la mani�re de la substance, comme on l'a exposŽ ci-dessus et ainsi on n'en parle pas selon la substance, parce qu'en parler ainsi convient ˆ la mani�re de la signifier.

q. 8 a. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod ratio illa tenet in praedicabilibus per se. Per se autem praedicatur aliquid de aliquo, quod praedicatur de eo secundum propriam rationem ; quod vero non secundum propriam rationem praedicatur, sed propter rei identitatem, non etiam praedicatur per se. Cum ergo dicitur : essentia divina est paternitas, non praedicatur paternitas de essentia divina propter identitatem rationis, sed propter identitatem rei ; et similiter nec essentia de paternitate, ut iam dictum est, quia alia est ratio essentiae et relationis. Et ideo in praedicto processu incidit fallacia accidentis : licet enim in Deo nullum sit accidens, est tamen quaedam similitudo accidentis, in quantum ea quae de se invicem praedicantur secundum accidens et differunt ratione, sunt unum subiecto.

 6. Cette raison tient aux prŽdicables par soi[889]. Mais quelque chose est attribuŽ par soi ˆ quelque chose qui lui est attribuŽ selon sa nature propre. Mais ce qui est attribuŽ non pas selon sa nature propre mais ˆ cause de son identitŽ[890] n'est pas attribuŽ par soi. Donc quand on dit que la paternitŽ est l'essence divine, on n'attribue pas la paternitŽ ˆ l'essence divine ˆ cause d'une identitŽ de raison, mais d'une identitŽ rŽelle. Et de la m�me mani�re on n'attribue pas l'essence ˆ la paternitŽ, comme on l'a dŽjˆ dit, parce que la nature de l'essence est autre que celle de la relation. Et c'est pourquoi dans le dŽveloppement dŽjˆ signalŽ[891] on en arrive ˆ une erreur ˆ propos de l'accident ; car bien qu'en Dieu il n'y ait nul accident, il y a cependant quelque chose qui y ressemble, dans la mesure o� ce qui est attribuŽ ˆ soi rŽciproquement selon l'accident et qui diff�re en raison, est un dans le substrat.

q. 8 a. 2 ad 7 Ad septimum dicendum, quod sicut philosophus dicit in III Phys. [com. 21], non oportet quod omnia eadem praedicentur quolibet modo de eisdem, sed solum de eisdem secundum rationem. Essentia autem divina et paternitas, etsi sint idem re, non sunt idem ratione ; et ideo non oportet quod quidquid praedicatur de aliquo uno, praedicetur de alio. Sciendum tamen, quod quaedam sunt quae consequuntur proprias rationes essentiae et relationis : sicut quod esse commune sequitur ad essentiam, distinguere sequitur ad relationem. Unde unum horum ab alio removetur, neque enim essentia distinguit, neque relatio est communis. Quaedam vero non quantum ad principale significatum, sed quantum ad modum significandi, habent aliquam differentiam a ratione essentiae vel relationis ; et ista praedicantur quidem de essentia vel relatione, licet non proprie ; et huiusmodi sunt adiectiva, et verba substantialia, ut bonus, sapiens, intelligere, et velle : huiusmodi enim quantum ad rem significatam, significant ipsam essentiam ; sed tamen significant eam per modum suppositi, et non in abstracto. Et ideo propriissime dicuntur de personis, et de nominibus essentialibus concretis, ut Deus, vel Pater bonus, sapiens, creans, et alia huiusmodi ; de essentia autem in abstracto significata, et non per modum suppositi, sed improprie. Adhuc autem minus proprie de relationibus, quia huiusmodi conveniunt supposito secundum essentiam, non autem secundum relationem : Deus enim est bonus, vel creans, ex eo quod habet essentiam, non ex eo quod habet relationem.

 7. Comme le philosophe le dit (Physique, III, 3, 202 b 15[892]), il ne faut pas attribuer tout ce qui est identique d'une certaine mani�re ˆ l'identique mais, seulement ˆ ce qui est identique en raison. Mais m�me si l'essence divine et la paternitŽ sont identiques en rŽalitŽ, elles ne le sont pas en raison ; c'est pourquoi il ne faut pas que ce qui est attribuŽ ˆ l'un le soit ˆ l'autre. Il faut savoir cependant qu'il y a certaines choses qui suivent leur propre nature d'essence et de relation : ainsi l'�tre commun se rattache ˆ l'essence, et la distinction se rattache ˆ la relation. C'est pourquoi l'une de ces choses est exclue par l'autre, car l'essence n'a pas distinguŽ, et la relation n'est pas commune. Mais certaines, non pas pour le signifiŽ principal, mais quant au mode de signifier, ont une diffŽrence par la nature de l'essence ou de la relation, et ces choses sont attribuŽes ˆ l'essence ou ˆ la relation, bien que non au sens propre. Les adjectifs sont de ce genre et les mots substantiels comme bon, sage, intellection, vouloir. Car de cette mani�re, pour ce qui est signifiŽ, ils signifient l'essence, mais cependant il la signifie par le mode de supp™t, et non dans l'abstrait. Et c'est pourquoi on les dit les plus propres pour les personnes et les noms essentiels concrets, comme Dieu ou P�re bon, sage, crŽateur, etc., pour l'essence signifiŽe dans l'abstrait aussi et non par mode de supp™t, mais improprement. Mais encore moins proprement des relations, parce qu'elles conviennent en tant que telles au supp™t selon l'essence mais non selon la relation : car Dieu est bon ou crŽateur du fait qu'il a l'essence, mais non du fait qu'il a la relation.

q. 8 a. 2 ad 8 Ad octavum dicendum, quod illud quod facit distinctionem, potest esse cum eo quod nec distinguit nec distinguitur, idem re, sed non ratione.

 8. Ce qui fait la distinction peut �tre avec ce qui ne l'apporte, ni ne la subit ; identique en rŽalitŽ, mais pas en raison.

q. 8 a. 2 ad 9 Ad nonum dicendum, quod unitas essentiae non opponitur distinctioni relationum : unde non sequitur quod relatio et essentia sint causae oppositorum.

 9. L'unitŽ de l'essence n'est pas opposŽe ˆ la distinction des relations. C'est pourquoi il n'en dŽcoule pas que la relation et l'essence sont les causes des opposŽs.

q. 8 a. 2 ad 10 Ad decimum dicendum, quod quaecumque sunt eadem re et ratione oportet quod in quocumque est unum, sit aliud. Non autem hoc oportet de his quae sunt eadem re, sed non ratione ; sicut instans est idem quod est principium futuri et finis praeteriti, non tamen principium futuri dicitur esse in praeterito, sed id quod est futuri principium ; et similiter non dicitur quod paternitas est in Filio, sed id quod est, scilicet essentia.

 10. Tout ce qui est identique en rŽalitŽ et en raison doit �tre autre en chaque chose o� il est en tant quÕunitŽ. Mais il ne le faut pas pour ce qui est identique en rŽalitŽ, mais non en raison, comme l'instant, qui est le commencement du futur et la fin du passŽ est le m�me, on ne dit pas cependant que le commencement du futur est dans le passŽ, mais on dit que cÕest ce qui est le commencement du futur, et de m�me on ne dit pas que la paternitŽ est dans le Fils, mais ce que cÕest, ˆ savoir l'essence.

q. 8 a. 2 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod in divinis nullo modo est esse nisi essentiae, sicut nec intelligere nisi intellectus ; et propter hoc, sicut in Deo est tantum unum intelligere, ita etiam unum esse. Et ideo nullo modo concedendum est, quod aliud sit esse relationis in divinis, et aliud essentiae. Ratio autem non significat esse, sed esse quid, id est quid aliquid est. Unde duae rationes unius rei non demonstrant duplex esse eius sed demonstrant quod dupliciter de illa re potest dici quid est ; sicut de puncto potest dici quid est sicut principium et ut finis, propter diversam rationem principii et finis.

 11. En Dieu, il n'y a en aucune mani�re dÕ�tre que celle de l'essence, de m�me qu'il n'y a d'intellection sinon de l'esprit, et ainsi, de m�me qu'en Dieu, il n'y a quÕune seule intellection, il n'y a aussi qu'un seul �tre. Et c'est pourquoi en aucune mani�re il ne faut concŽder que l'�tre de la relation en Dieu est autre que celui de l'essence. Mais la nature ne signifie pas l'�tre mais �tre quelque chose, c'est-ˆ-dire ce qui est quelque chose. C'est pourquoi deux natures d'une m�me chose unique ne rŽv�lent pas que son �tre est double ; mais rŽv�lent qu'on peut parler de deux mani�res de ce qu'elle est ; comme d'un point, on peut dire qu'il est aussi bien le commencement que la fin, ˆ cause de la nature diffŽrente du commencement et de la fin.

q. 8 a. 2 ad 12 Ad duodecimum dicendum quod, cum relatio sit accidens in creaturis, esse suum est inesse ; unde esse suum non est ad aliud se habere ; sed esse huius secundum quod ad aliquid, est ad aliud se habere.

 12. Comme la relation est un accident dans les crŽatures, son �tre est d'�tre inhŽrente. C'est pourquoi son �tre nÕa pas rapport ˆ un autre mais l'�tre de ce selon quoi il y a relation apporte un comportement pour lÕautre.

q. 8 a. 2 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod dicuntur relativa de Deo praedicari non substantialiter, quia non praedicantur per modum existentis in substantia, sed per modum ad aliud se habentis, non ideo quin illud quod significant, sit substantia.

 13. On dit que les relatifs ne sont pas attribuŽs ˆ Dieu substantiellement, parce qu'ils ne sont pas attribuŽs par mode d'existence dans la substance mais ˆ la mani�re de ce qui est en relation ˆ un autre, non de telle sorte que ce qu'ils signifient soit la substance.

q. 8 a. 2 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod Deus dicitur non eo Deus quo Pater, propter diversum modum significandi divinitatis et paternitatis, ut expositum est [in corp. art.]

14. On dit que Dieu n'est pas tant Dieu que P�re ˆ cause de la mani�re diffŽrente de signifier sa divinitŽ et sa paternitŽ, comme on l'a exposŽ (dans le corps de l'article).

 

 

 

Article 3 Ñ Les relations constituent-elles et distinguent-elles les personnes ou les hypostases ?

q. 8 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum relationes constituant et distinguant personas sive hypostases. Et videtur quod non.

Il semble que non[893].

 

Objections :

q. 8 a. 3Arg. 1 Dicit enim Augustinus [VII de Trinitate, cap. 1] Omnis res quae relative dicitur est etiam aliquid excepto relativo ; sicut homo dominus, et homo servus. Sed personae in divinis dicuntur relative. Ergo sunt aliquid excepto relativo. Non ergo constituuntur per relationes : nihil enim potest esse aliquid remoto suo constitutivo.

1. Car Augustin dit (La TrinitŽ, VII,1, 2) : ÇTout ce qui est dit en sens relatif est encore une rŽalitŽ si on exclut le relatif, comme l'homme en tant que seigneur et l'homme en tant qu'esclave[894] È. Mais on parle en Dieu des personnes en un sens relatif. Donc il y a une rŽalitŽ indŽpendamment du relatif. Donc elles ne sont pas constituŽes par les relations, car rien ne peut �tre une rŽalitŽ si on exclut ce qui le constitue.

q. 8 a. 3Arg. 2 Sed dicendum, quod praeter intellectum paternitatis in divinis, intelligitur Pater. Sed contra, constat quod Pater etiam relative dicitur. Si ergo praeter paternitatem oportet aliquid esse in persona, quia paternitas est ad aliquid, eadem ratione praeter hoc quod dicitur pater, oportet aliquid in persona ponere quod relative dicatur.

2. Mais il faut dire que, au-delˆ du concept de paternitŽ en Dieu, on comprend le P�re. Ñ En sens contraire, il est clair que le P�re est ainsi dŽsignŽ de fa�on relative. Donc, si au-delˆ de la paternitŽ, il faut quÕune rŽalitŽ soit dans la personne, parce que la paternitŽ est une relation, pour la m�me raison, au-delˆ de ce qui est dŽsignŽ comme P�re, il faut placer une rŽalitŽ dans la personne qui est dŽsignŽe de fa�on relative.

q. 8 a. 3Arg. 3 Praeterea, Augustinus ibidem dicit, quod nullo modo putandum est, Patrem dici ad seipsum ; sed quidquid dicitur, ad filium dicitur. Ergo idem quod prius.

3. Au m�me endroit, Augustin dit (ibidem), qu'en aucune mani�re, il ne faut penser qu'on parle du P�re pour lui-m�me, mais tout ce qui en est dit est dit pour le Fils. Donc de m�me que ci-dessus[895].

q. 8 a. 3Arg. 4 Sed dicendum, quod illud quod pater est, relatione excepta, est essentia,- sed contra, illud quod est in relativo relatione excepta, per relationem ad aliquid refertur, sicut patet in exemplis ab ipso positis : homo enim per relationem domini refertur ad servum. Sed essentia non refertur in divinis : neque enim generat neque generatur. Ergo non potest hoc intelligi de essentia, sed de relationis supposito, cui conveniat generare vel generari.

4. Mais il faut dire, que ce qui est le P�re, si on exclut la relation, cÕest l'essence. Ñ En sens contraire, ce qui est dans le relatif, si on exclut la relation, se rŽf�re ˆ quelque chose par relation, comme on le voit dans les exemples quÕil nous donne. Car l'homme par relation au ma”tre est rŽfŽrŽ au serviteur. Mais l'essence n'est pas rŽfŽrŽe en Dieu ; car elle n'engendre ni n'est engendrŽe. Donc cela ne peut pas �tre compris de l'essence, mais du supp™t de la relation, ˆ qui il convient d'engendrer ou d'�tre engendrŽ.

q. 8 a. 3Arg. 5 Praeterea, prius est unumquodque in se consideratum, quam ad aliud referatur. Nihil autem constituitur per id quod est eo posterius secundum intellectum. Ergo hypostasis Patris non constituitur per relationem qua ad aliud refertur.

5. Tout est considŽrŽ en soi avant d'�tre rŽfŽrŽ ˆ un autre. Mais rien n'est constituŽ par ce qui lui est postŽrieur en l'esprit. Donc l'hypostase du P�re n'est pas constituŽe par la relation par laquelle il se rŽf�re ˆ autre chose.

q. 8 a. 3Arg. 6 Praeterea, hypostases in divinis perfectiores sunt quam in rebus humanis. Sed apud nos proprietates non constituunt neque distinguunt hypostases, sed sunt signa distinctionis hypostasum constitutarum. Ergo nec in divinis relationes, quae sunt proprietates, constituunt hypostases nec distinguunt.

6. Les hypostases en Dieu sont plus parfaites que chez les hommes. Mais pour nous les propriŽtŽs ne constituent ni ne distinguent les hypostases, mais elles sont les signes de la distinction des hypostases constituŽes. Donc les relations en Dieu, qui sont des propriŽtŽs, ne constituent pas ni ne distinguent les hypostases.

q. 8 a. 3Arg. 7 Praeterea, prius est intelligere hypostasim generantem quam ipsam generationem, cum generans intelligatur ut generationis principium, prius autem est intelligere generationem quam paternitatem : relationes enim ad actiones vel passiones sequuntur, ut in V Metaph. [com. 20] dicitur. Ergo prius est intelligere hypostasim patris quam paternitatem : ergo non constituitur paternitate ; et eadem ratione nec hypostasis filii filiatione.

7. Il faut concevoir l'hypostase qui engendre avant la gŽnŽration m�me, puisque celui qui engendre est compris comme le principe de la gŽnŽration, mais il faut concevoir la gŽnŽration avant la paternitŽ ; car les relations dŽcoulent des actes et des passions, comme on le dit en MŽtaphysique ((Æ) V, 15, 1021 a 15[896]). Donc il faut concevoir l'hypostase du P�re avant la paternitŽ, donc, elle n'est pas constituŽe par elle et pour la m�me raison l'hypostase du Fils non plus par la filiation.

q. 8 a. 3Arg. 8 Praeterea, nulla forma constituit et distinguit nisi in genere suo, sicut albedo constituit et distinguit secundum qualitatem album a nigro : et similiter longitudo constituit aliquid et distinguit in genere quantitatis. Ergo et relatio nec constituit nec distinguit nisi in genere ad aliquid. Hypostasis autem significatur in genere substantiae. Relatio ergo nec distinguit nec constituit hypostasim.

8. Nulle forme n'a apportŽ de constitution et de distinction sinon dans son genre[897], comme la blancheur a constituŽ le blanc et lÕa distinguŽe du noir selon la qualitŽ et de m�me la longueur a apportŽ constitution et distinction dans le genre de la quantitŽ. Donc la relation ne l'a distinguŽe que dans le genre de la relation. Mais on classe l'hypostase dans le genre de la substance. Donc la relation n'a pas distinguŽ, ni constituŽ lÕhypostase.

q. 8 a. 3Arg. 9 Praeterea, relatio in divinis est divina essentia. Si ergo constituit et distinguit hypostasim, aut hoc est in quantum est substantia divina, aut in quantum est relatio. Non in quantum est essentia divina : quia essentia divina, cum sit communis tribus personis, non potest esse distinctionis principium. Similiter etiam nec in quantum est relatio : quia secundum relationem non significatur aliquid per se existens, quod significat nomen hypostasis, sed solum ut ad aliquid dictum. Ergo relatio nullo modo distinguit vel constituit hypostasim.

9. La relation en Dieu est l'essence divine. Si donc elle a constituŽ et distinguŽ l'hypostase, ou bien c'est en tant que substance divine, ou bien en tant que relation. Ce n'est pas en tant qu'essence, parce que celle-ci, Žtant commune aux trois Personnes, ne peut pas �tre principe de distinction. De m�me non plus, ce n'est pas en tant que relation, parce que rien nÕest signifiŽ par elle comme existant par soi, ce qui signifie le nom d'hypostase, mais seulement en tant qu'appelŽ relation. Donc la relation nÕa distinguŽ ni constituŽ l'hypostase en aucune mani�re.

q. 8 a. 3Arg. 10 Praeterea, nihil constituit et distinguit seipsum in divinis. Relationes autem sunt ipsae hypostases : sicut enim non differunt divinitas et Deus, ita nec paternitas et Pater. Ergo relationes non constituunt nec distinguunt hypostases.

10. Rien ne s'est constituŽ ni distinguŽ soi-m�me en Dieu. Mais les relations sont les hypostases m�mes, car, la divinitŽ et Dieu ne sont pas diffŽrents, ni la paternitŽ et le P�re non plus. Donc les relations ne constituent pas et ne distinguent pas les hypostases.

q. 8 a. 3Arg. 11 Praeterea, non est quaerendum de aliquibus duobus quo distinguantur nisi in aliquo conveniant, quo, aliquo superveniente, distinguantur in utroque, sicut animal commune est homini et equo ; distinguitur autem animal rationali et irrationali differentiis additis : et ideo quaerere possumus quomodo homo ab equo distinguatur. Quae autem in nullo conveniunt, quo possint modo praedicto distingui, seipsis distinguuntur, et non aliquo distinguente. Sed duae hypostases in divinis non conveniunt nisi in essentia, quae nullo modo relatione distinguitur. Ergo non est dicendum, quod hypostases relationibus distinguantur, sed quod distinguantur seipsis.

11. Il ne faut pas chercher ce qui distingue deux choses, ˆ moins qu'elles nÕaient quelque chose de commun, par quoi avec un complŽment, elles se distinguent l'une de l'autre, ainsi l'animal est commun ˆ l'homme et au cheval, mais il est distinguŽ par ces diffŽrences ajoutŽes "avec" ou "sans" raison. Et c'est pour cela que nous pouvons chercher comment l'homme se distingue du cheval. Ces choses n'ont rien de commun, qui puisse les distinguer de cette mani�re se distinguent par eux-m�mes et non par quelque chose qui les distingue. Mais deux hypostases en Dieu ne se rencontrent que dans l'essence, qui n'est distinguŽe en aucune mani�re par une relation. Donc il ne faut pas dire que les hypostases se distinguent par des relations, mais qu'elles se distinguent d'elles-m�mes.

q. 8 a. 3Arg. 12 Praeterea, nihil causat quod praesupponit. Sed relatio praesupponit distinctionem : relatione enim ad aliud res refertur ; alietas autem distinctionem importat. Ergo relatio non potest esse distinctionis principium.

12. Rien ne cause ce qu'il prŽsuppose. Mais la relation prŽsuppose une distinction ; car par la relation une chose se rŽf�re ˆ une autre. La diffŽrence apporte une distinction. Donc la relation ne peut pas �tre le principe de la distinction.

q. 8 a. 3Arg. 13 Praeterea, Richardus de sancto Victore dicit [IV lib. De Trinitate, cap. XV], quod hypostases in Angelis distinguuntur sola qualitate, in divinis autem sola origine. Origo autem secundum intellectum differt a relatione, sicut generatio a paternitate. Ergo hypostases divinae non distinguuntur relatione sed origine.

13. Richard de saint Victor dit (la TrinitŽ, IV, 15) que les hypostases dans les anges, se distinguent par la seule qualitŽ, mais en Dieu, elles se distinguent par la seule origine. Mais l'origine selon lÕesprit diff�re de la relation comme la gŽnŽration de la paternitŽ. Donc les hypostases divines ne se distinguent pas par une relation mais par lÕorigine.

q. 8 a. 3Arg. 14 Praeterea, sicut dicit Damascenus [lib. III orth. Fidei, cap. VI et VII], hypostases divinae suis proprietatibus distinguuntur. Sed proprietas Patris est genuisse Filium, ut Augustinus ; et proprietas Filii est quod nascatur a patre. Ergo generatione et nativitate Pater et Filius distinguuntur. Haec autem significant originem. Ergo Pater et Filius distinguuntur origine et non relatione.

14. Comme le dit Jean Damasc�ne (la Foi orthodoxe, III, 6 et 7), les hypostases divines se distinguent par leurs propriŽtŽs. Mais celle du P�re est d'avoir engendrŽ le Fils, comme Augustin (Fulgence, La foi ˆ Pierre, II) le dit ; et la propriŽtŽ du Fils est qu'il est nŽ du P�re. Donc le P�re et le Fils se distinguent par la gŽnŽration et la naissance mais cela signifie l'origine. Donc le P�re et le Fils se distinguent par l'origine et non par la relation.

q. 8 a. 3Arg. 15 Praeterea, quaedam relationes sunt in divinis quae nec hypostases constituunt nec distinguunt, ut aequalitas et similitudo. Ergo nec aliae relationes, ut paternitas et filiatio, distinguunt et constituunt hypostasim.

15. Il y a en Dieu certaines relations, qui ne constituent pas des hypostases et ne les distinguent pas, comme l'ŽgalitŽ et la ressemblance. Donc, les autres relations, comme la paternitŽ et la filiation ne distinguent pas et ne constituent pas l'hypostase.

 

En sens contraire :

q. 8 a. 3 s. c. 1 Sed contra. Est quod Bo‘tius dicit [in libro de Trinitate], quod sola relatio in divinis multiplicat Trinitatem. Multitudo autem Trinitatis constituitur per hypostases constitutas et distinctas. Ergo sola relatio constituit et distinguit personas et hypostases.

1. Bo�ce (La TrinitŽ, VI) dit que seule la relation en Dieu multiplie la TrinitŽ. Mais la pluralitŽ dans la TrinitŽ est constituŽe par des hypostases constituŽes et distinctes. Donc seule la relation a constituŽ et distinguŽ les personnes et les hypostases.

q. 8 a. 3 s. c. 2 Praeterea, illis solis aliqua distinguuntur quae non communiter de eis praedicantur. Sed sola relativa singillatim praedicantur de personis divinis et non communiter ut Augustinus dicit [lib. V de trinit., cap. VII]. Ergo solum relationibus personae et hypostases in divinis distinguuntur.

2. Certaines choses sont distinguŽes par ces seuls attributs qui ne leur sont pas attribuŽs en commun. Mais seules les relations sont attribuŽes aux personnes divines une ˆ une et non en commun, comme Augustin le dit (La TrinitŽ V, VII[898]). Donc en Dieu, les personnes et les hypostases ne se distinguent que par les relations.

 

RŽponse : 

q. 8 a. 3 co. Respondeo. Dicendum quod circa hoc sunt duae opiniones :Quarum prima est, quod relationes in divinis non constituunt hypostases, nec distinguunt, sed distinctas et constitutas ostendunt. Ad cuius evidentiam sciendum, quod hoc nomen hypostasis significat substantiam individuam, id est quae non potest de pluribus praedicari. Unde genera et species in praedicamento substantiae, ut homo et animal, non possunt dici hypostases, quia de pluribus praedicantur ; Socrates vero et Plato dicuntur hypostases, quia praedicantur de uno solo. Si ergo in divinis Trinitas personarum non supponeretur, ut ponunt Iudaei et Pagani, non oporteret in divinis aliquid aliud constitutivum et distinctivum hypostasis inquirere, nisi solam essentiam divinam. Deus enim per essentiam suam est aliquid in se indivisum, et ab omnibus quae non sunt Deus, distinctum.

Ë ce sujet, il y a deux opinions : I.) La premi�re est que les relations en Dieu ne constituent pas les hypostases et ne les distinguent pas, mais elles les montrent distinctes et constituŽes. Pour Žclairer cette question, il faut savoir que ce nom d'hypostase signifie la substance individuelle, c'est-ˆ-dire qu'elle ne peut pas �tre attribuŽe ˆ plusieurs. C'est pourquoi les genres et les esp�ces, dans la catŽgorie de la substance, comme l'homme et l'animal, ne peuvent pas �tre appelŽs hypostases parce qu'ils sont attribuŽs ˆ plusieurs. Mais Socrate et Platon sont appelŽs des hypostases parce qu'elles sont attribuŽes ˆ un seul. Si donc on ne supposait pas en Dieu la TrinitŽ des personnes, comme le pensent les Juifs et les Pa•ens, il ne faudrait rechercher en lui quelque chose d'autre, de constitutif et de distinct de l'hypostase que la seule substance divine. Car Dieu par son essence, est indivisible en soi et distinct de tout ce qui n'est pas lui.

Sed quia fides Catholica ponit unam essentiam in tribus personis, non potest intelligi divina essentia ut distinctiva et constitutiva hypostasis in divinis. Divinitate enim intelligitur constitui Deus quod est commune tribus personis et ita significatur ut dictum de pluribus, et non ut hypostasis incommunicabilis. Et eadem ratione nihil quod dicitur absolute de Deo, potest intelligi ut distinctivum et constitutivum hypostasis in personis, cum ea quae absolute dicuntur de Deo, significentur per modum essentiae.

Mais parce que la foi catholique attribue une seule essence dans les trois personnes, l'essence divine ne peut pas �tre comprise comme apportant distinction et constitution de l'hypostase. Car on comprend que Dieu est constituŽ par la divinitŽ, parce quÕelle est commune aux trois personnes et ainsi elle est signifiŽe, comme on lÕa dit, comme attribuŽe ˆ plusieurs et non comme une hypostase incommunicable. Et pour la m�me raison, rien de ce qui est dit d'absolu au sujet de Dieu ne peut �tre compris comme apportant distinction et constitution de l'hypostase dans les personnes, puisque ce qui est dit absolu en Dieu est signifiŽ par le mode de l'essence.

Oportet ergo ponere distinctivum et constitutivum hypostasis in divinis id quod primo invenitur non de pluribus dici, sed uni soli convenire. Talia autem sunt duo, relatio et origo, et generatio et paternitas, sive nativitas et filiatio, quae licet in Deo idem sint secundum rem, differunt tamen ratione et modo significandi. Primum autem horum est origo secundum intellectum, nam relatio ad originem sequi videtur.

Il faut donc placer comme apportant distinction et constitution ˆ l'hypostase, ce qu'on trouve d'abord qui nÕest pas dit de plusieurs, mais qui convient ˆ un seul. Mais les attributs de cette sorte sont deux, la relation et l'origine, la gŽnŽration et la paternitŽ, ou la naissance et la filiation, qui, bien qu'elles soient identiques en Dieu, en rŽalitŽ, diff�rent cependant en raison et par la mani�re dont elles sont signifiŽes. Le premier de ceux-ci est l'origine selon l'esprit, car la relation semble dŽcouler de l'origine.

Et ideo ponit haec opinio, quod hypostases in divinis constituantur et distinguantur origine, secundum quod significatur cum dicitur, qui est ab alio, et a quo alius ; et quod relatio paternitatis et filiationis secundum intellectum consequatur ad constitutionem et distinctionem personarum, et quod per eas distinctio et constitutio hypostasum ostendatur. Ex hoc enim quod dicitur Pater, ostenditur quod sit a quo alius : per hoc vero quod dicitur Filius, ostenditur quod sit ab alio. Nec tamen oportet secundum hanc opinionem dicere, quod hypostases divinae, si non distinguuntur relationibus, distinguantur per aliqua absoluta : quia ipsae origines relationem important ; sicut enim Pater dicitur ad Filium, ita generans ad generatum.

Et ainsi cette opinion Žtablit que les hypostases en Dieu sont constituŽes et distinguŽes par l'origine, selon ce qui est signifiŽ, comme quand on parle de ce qui vient d'un autre et par qui il est autre ; et que la relation de paternitŽ et de filiation, selon lÕesprit, sert ˆ la constitution et ˆ la distinction des personnes, et qu'elles montrent la distinction et la constitution des hypostases. Car le fait qu'il est appelŽ P�re montre qu'il est celui dÕo� vient un autre, et le fait qu'il est appelŽ Fils, qu'il vient d'un autre. Et cependant il ne faut pas dire selon cette opinion que, si les hypostases divines ne se distinguent pas par des relations, elles le feraient par l'absolu, parce que les origines m�mes apportent une relation[899] ; en effet, on parle du P�re par rapport au Fils, de m�me on parle de celui qui engendre en rapport ˆ celui qui est engendrŽ.

Sed haec opinio non videtur convenienter posse stare. Distinctivum enim et constitutivum hypostasis potest intelligi dupliciter.

Mais il ne semble pas quÕon peut soutenir cette opinion convenablement. Car ce qui distingue et constitue l'hypostase peut �tre compris de deux mani�res :

Uno modo quo distinguitur et constituitur formaliter, sicut homo humanitate, et Socrates Socrateitate.

a) D'une premi�re mani�re, par laquelle elle est distinguŽe et constituŽe formellement, comme l'homme par l'humanitŽ et Socrate par la socra•tŽ.

Alio modo quo distinguitur et constituitur quasi via ad distinctionem et constitutionem ; sicut si diceremus quod Socrates est homo sua generatione, quae est via ad formam, qua formaliter constituitur. Patet ergo quod origo alicuius non potest intelligi ut constitutiva et distinctiva eius, nisi propter hoc quod formaliter constituit et distinguit. Si enim generatione non induceretur humanitas, nunquam generatione constitueretur homo. Impossibile est ergo dici, quod hypostasis Filii constituatur sua nativitate, nisi in quantum intelligitur quod nativitas eius terminatur ad aliquid quod formaliter constituit. Ipsa autem relatio ad quam terminatur nativitas, est filiatio.

b) D'une autre mani�re, par laquelle elle est distinguŽe et constituŽe comme passage ˆ la distinction et ˆ la constitution, comme si nous disions que Socrate est un homme du fait de sa gŽnŽration, qui est un passage pour la forme, qui le constitue formellement. Donc il est clair que l'origine d'une chose ne peut �tre comprise comme lui apportant sa constitution et sa distinction, sinon ˆ cause de ce qui l'a constituŽe et l'a distinguŽe formellement. Car si l'humanitŽ n'Žtait pas induite par gŽnŽration, jamais l'homme ne serait constituŽ par elle. Donc il est impossible de dire que l'hypostase du Fils est constituŽe par sa naissance, sinon dans la mesure o� on comprend que celle-ci se termine ˆ quelque chose qui l'a constituŽ formellement. Mais la relation m�me ˆ laquelle elle se termine est la filiation.

Oportet ergo quod filiatio sit formaliter constituens et distinguens hypostasim Filii, non autem origo, neque relatio intellecta in origine : quia relatio intellecta in origine, sicut et ipsa origo, non significat aliquid adhuc subsistens in natura, sed in naturam tendens. Et quia omnium hypostasum eiusdem naturae est eadem ratio constitutionis et distinctionis, ideo similiter oportet ex parte patris intelligere quod hypostasis patris constituatur et distinguatur ipsa paternitate ; non autem generatione activa, neque relatione inclusa.

Il faut donc que du fait que la filiation constitue et distingue formellement l'hypostase du Fils, elle ne soit pas l'origine, ni la relation comprise dans l'origine ; parce que cette relation comprise dans l'origine comme l'origine[900] m�me, ne signifie rien qui subsiste encore dans la nature mais quelque chose qui y tend. Et parce que c'est la m�me nature de constitution et de distinction, pour toutes les hypostases de m�me nature, semblablement, il faut comprendre du c™tŽ du P�re que son hypostase est constituŽe et distinguŽe par sa paternitŽ, mais non par la gŽnŽration active ni une relation incluse.

Et haec est secunda opinio, quod relationes constituunt et distinguunt personas et hypostases. Quod hoc modo potest intelligi : paternitas enim est ipsa divina essentia ut probatum est ; et pari ratione Pater est idem quod Deus. Paternitas ergo constituendo patrem, constituit Deum. Et sicut paternitas, licet sit essentia divina, tamen non est communis sicut essentia, ita pater licet sit idipsum quod Deus, non tamen est commune ut Deus, sed proprium. Pater ergo, Deus in quantum est Deus, est commune habens naturam divinam, et in quantum est pater, est proprium ab aliis distinctum. Unde est hypostasis, quae significat subsistens in natura aliqua, distincta ab aliis. Et per hunc modum paternitas constituendo patrem, constituit hypostasim.

II.) Et la seconde opinion est que les relations constituent et distinguent les personnes et les hypostases. Ce qui peut se comprendre de cette mani�re ; la paternitŽ en effet est l'essence divine, comme on l'a prouvŽ, et ˆ raison Žgale, le P�re est identique ˆ Dieu. Car la paternitŽ, en constituant le P�re, a constituŽ Dieu. Et de m�me que, bien que la paternitŽ soit l'essence divine, elle n'est cependant pas commune comme l'essence, de m�me le P�re, bien qu'il soit le m�me que Dieu, n'est cependant pas commun comme Dieu, mais propre (ˆ lui). Donc le P�re, Dieu, en tant que tel, a en commun la nature divine et en tant que P�re, (quelque chose) de propre distinct des autres. C'est pourquoi il est ce quÕest une hypostase qui signifie qu'il subsiste en une nature distincte des autres. Et de cette mani�re la paternitŽ en constituant le P�re, constitue une hypostase.

 

Solutions : 

q. 8 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod personae divinae sunt aliquid, excepto relativo ; et hoc aliquid est essentia, quae relative non dicitur. Sic enim intelligit Augustinus, ut verba eius diligenter inspicienti ostendunt.

 1. Les personnes divines sont une rŽalitŽ, si on exclut le relatif ; et cette rŽalitŽ c'est l'essence signifiŽe sans la relation. En effet Augustin le comprend ainsi, comme ses paroles le montrent ˆ celui qui les examine attentivement.

q. 8 a. 3 ad 2 Unde concedimus secundum et tertium.

 2, 3. Et ainsi nous concŽdons les objections deux et trois.

q. 8 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod relatio etsi de essentia divina non dicatur per modum informationis, dicitur tamen per modum identitatis : si enim non dicamus, quod essentia sit generans vel relata, dicimus tamen, quod ipsa est generatio et relatio. Sed tamen de nominibus essentialibus in concreto significatis relativa dicuntur, etiam per modum informationis : dicimus enim quod Deus generat Deum et quod Deus refertur ad Deum, eo quod idem suppositum intelligitur et relationis et essentiae,- ut ostensum est,- quamvis ipsa essentialia non distinguantur. Et ita remotis relativis, intelliguntur nomina essentialia concreta, non distincta, quae per relationes relative dicuntur.

 4. M�me si on ne parle pas de la relation pour lÕessence divine ˆ la mani�re dÕune mise en forme ; on la signifie ˆ la mani�re de l'identitŽ. Car, m�me si nous ne disions pas que l'essence engendre et est rŽfŽrŽe, nous disons cependant qu'elle est gŽnŽration et relation. Mais cependant ˆ propos des noms essentiels signifiŽs dans le concret, on parle des relatifs par mode de mise en forme aussi ; car nous disons que Dieu engendre Dieu et que Dieu se rŽf�re ˆ Dieu, parce que le m�me est compris comme supp™t de la relation et celui de l'essence, Ñcomme on l'a montrŽ. Ñ quoique ce qui appartient ˆ l'essence ne soit pas distinguŽ. Et ainsi si on exclut ce qui est relatif, on comprend les noms essentiels concrets, non distincts, qui sont exprimŽs relativement par les relations.

q. 8 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod in qualibet hypostasi divina est id quod absolute dicitur, quod ad essentiam pertinet ; et hoc secundum modum intelligendi prius est eo quod ad aliquid dicitur in divinis. Id tamen quod absolute dicitur, cum sit commune, ad hypostasum distinctionem non pertinet ; unde non sequitur quod prius sit intelligere hypostasim distinctam quam relationem eius.

 5. En n'importe quelle hypostase divine, il y a ce qui est considŽrŽ comme absolu, qui concerne l'essence ; et selon la mani�re de comprendre, cela est avant ce qui est dŽfini comme relation en Dieu. Cependant comme ce qui est dŽfini comme absolu est en commun, cela ne concerne pas la distinction des hypostases. C'est pourquoi il n'en dŽcoule pas que c'est comprendre l'hypostase distincte avant sa relation.

q. 8 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod in rebus inferioribus hypostases per essentiam distinguuntur ; et ideo proprietates quae essentiam consequuntur, non possunt esse distinctionis principium, sed magis distinctionis signum. Hypostases autem divinae nullo modo distinguuntur secundum essentiam ; unde oportet quod proprietates sint principium distinctionis in eis.

 6. Dans les choses infŽrieures, les hypostases se distinguent par l'essence et c'est pourquoi les propriŽtŽs qui dŽcoulent de l'essence ne peuvent pas �tre le principe de la distinction mais elles en sont plut™t le signe. Mais les hypostases divines ne sont distinguŽes en aucune mani�re par l'essence ; c'est pourquoi il faut que les propriŽtŽs soient le principe de leur distinction.

q. 8 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod de ratione hypostasis duo necesse est esse : quorum primum est quod sit per se subsistens et in se indivisa ;

 7. Pour la nature de l'hypostase, deux conditions sont nŽcessaires :a) La premi�re est qu'elle soit subsistante par soi et sans division,

secundum est quod sit distincta ab aliis hypostasibus eiusdem naturae. Si tamen contingat in eadem natura alias hypostases non esse, nihilominus hypostasis erit, sicut Adam, quando non erant aliae hypostases in humana natura. Semper ergo necessarium est intelligere hypostasim generantem ante generationem, quantum ad id quod hypostasis subsistit in se una existens, non tamen in quantum est ab aliis hypostasibus eiusdem naturae distincta, si per solam huiusmodi generationem aliae hypostases eiusdem naturae originentur ; sicut Adam non fuit distinctus ab aliis hypostasibus eiusdem naturae priusquam mulier ex eius costa formaretur et eius filii ab eo propagarentur. In divinis autem non multiplicantur hypostases nisi per processionem aliarum personarum ab una. Prius ergo est intelligere hypostasim Patris, in quantum est subsistens, quam generationem ; non tamen in quantum est distincta ab aliis hypostasibus eiusdem naturae, quae non procedunt nisi hac generatione supposita. Relationes autem in divinis etsi constituant hypostases, et sic faciant eas subsistentes, hoc tamen faciunt in quantum sunt essentia divina : relatio enim, in quantum est relatio, non habet quod subsistat vel subsistere faciat ; hoc enim solius substantiae est. Distinguunt vero relationes, in quantum relationes sunt : sic enim oppositionem habent. Relinquitur ergo quod ipsa paternitatis relatio, in quantum est constituens hypostasim Patris, quod habet in quantum est idem substantiae divinae, praeintelligatur generationi ; secundum vero quod distinguit, sic generatio paternitati praeintelligitur. Ex parte vero Filii nulla remanet difficultas, nam nativitas secundum intellectum praecedit hypostasim nati, cum intelligatur ut via ad ipsam : est enim generatio via in substantiam.

b) La seconde qu'elle soit distincte des autres hypostases de m�me nature. Si cependant il arrivait dans une m�me nature, qu'il n'y ait pas d'autres hypostases, l'hypostase existerait nŽanmoins comme Adam, quand il n'y avait pas d'autres hypostases dans la nature humaine. Donc il est toujours nŽcessaire de comprendre l'hypostase qui engendre avant la gŽnŽration, du fait quÕelle subsiste en soi en existant seule, non cependant en tant qu'elle est distincte des autres hypostases de m�me nature, si les autres hypostases de m�me nature prennent leur origine par une seule gŽnŽration de ce genre. Ainsi Adam n'a pas ŽtŽ distinct des autres hypostases de m�me nature avant que la femme soit formŽe de sa c™te et qu'il ne donne naissance ˆ ses enfants. Mais en Dieu les hypostases ne sont multipliŽes que par la procession des autres personnes ˆ partir dÕune seule. Donc il faut comprendre l'hypostase du P�re, en tant que subsistante, avant la gŽnŽration, non cependant en tant qu'elle est distincte des autres hypostases de m�me nature, qui ne proc�dent que par cette gŽnŽration supposŽe. Mais m�me si les relations en Dieu constituent des hypostases et les rendent ainsi subsistantes, elles ne le font cependant qu'en tant qu'elles sont l'essence divine. Car la relation, en tant que telle, ne poss�de pas ce qui subsiste ou fait subsister, car cela vient de la substance seule. Mais les relations, en tant que telles, apportent une distinction, car ainsi elles ont une opposition. Il reste donc que la relation de paternitŽ, en tant qu'elle constitue l'hypostase du P�re, parce qu'il la poss�de en tant qu'elle est la m�me que la substance divine, est comprise avant la gŽnŽration. Mais selon ce qui a distinguŽ, la gŽnŽration est comprise avant la paternitŽ. Mais du c™tŽ du Fils aucune difficultŽ ne demeure, car la naissance selon l'esprit prŽc�de l'hypostase de celui qui est nŽ, puisqu'elle est comprise comme passage vers elle ; car la gŽnŽration est un passage dans la substance.

q. 8 a. 3 ad 8 Ad octavum dicendum, quod, sicut iam dictum est, relatio in divinis non solum est relatio, sed est secundum rem ipsamet divina substantia ; et ideo potest constituere aliquid subsistens, et non solum aliquid relativum.

 8. Comme on l'a dŽjˆ dit, la relation en Dieu est non seulement une relation, mais c'est en rŽalitŽ la substance divine elle-m�me et c'est pourquoi elle peut constituer une rŽalitŽ subsistante et non seulement relative.

q. 8 a. 3 ad 9 Ad nonum dicendum, quod relatio, ut dictum est, distinguit in quantum est relatio ; constituit autem hypostasim in quantum est divina essentia, et utrumque facit in quantum est divina essentia et relatio.

 9. La relation, comme on l'a dit, a apportŽ une distinction en tant que relation, mais elle a constituŽ l'hypostase en tant qu'essence divine, et elle fait l'un et l'autre en tant qu'elle est essence divine et relation.

q. 8 a. 3 ad 10 Ad decimum dicendum, quod abstractum et concretum in divinis non differunt secundum rem, cum in Deo non sit accidens neque materia, sed solum secundum modum significandi ; ex quo modo procedit quod intelligimus divinitatem ut constituentem Deum, et Deum ut habentem deitatem ; et similiter est de paternitate et Patre : nam licet sint idem secundum rem, differunt tamen secundum modum significandi.

 10. L'abstrait et le concret ne diff�rent pas rŽellement en Dieu[901], puisqu'en lui il n'y a pas d'accident ni de mati�re, mais ils diff�rent seulement selon la mani�re de les signifier ; de cette mani�re il dŽcoule que nous comprenons la divinitŽ comme constituant Dieu et Dieu comme ayant la divinitŽ ; il en est de m�me de la paternitŽ et du P�re, car, bien qu'ils soient identiques en rŽalitŽ, ils diff�rent cependant selon la mani�re de les signifier.

q. 8 a. 3 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod licet in divinis convenientia secundum rem sit in sola unitate essentiae, tamen convenientia secundum rationem attenditur in divinis personis in hoc ipso quod est essentiae supponi. Quae quidem communitas significatur in omnibus essentialibus concretis, quae important suppositum esse in communi : sicut Deus est habens divinitatem. Hoc ergo ipsum quod est esse suppositum divinae naturae, commune est tribus personis communitate rationis, licet tres personae non sint unum suppositum, sed tria ; sicut Socrates et Plato sunt duo homines licet esse hominem sit eis commune secundum rationem. Differentia autem quaeritur non solum in illis in quibus est aliquid commune secundum rem, sed in quibus est aliquid commune secundum rationem.

 11. Bien qu'en Dieu lÕaccord (sur ce qui est commun) soit en rŽalitŽ dans la seule unitŽ de l'essence, cependant en raison il est atteint dans les personnes du fait de ce qui est subordonnŽ ˆ l'essence. Ce caract�re commun est signifiŽ dans toutes les qualitŽs essentielles concr�tes qui impliquent que le supp™t est dans ce qui est commun ; ainsi Dieu poss�de la divinitŽ. Le fait d'�tre un supp™t de nature divine est commun aux trois personnes, par communautŽ de raison, bien que les trois ne soient pas un seul supp™t mais trois, comme Socrate et Platon sont deux hommes, bien qu'�tre homme leur soit commun en raison. Mais la diffŽrence est cherchŽe non seulement dans ce en quoi il y a quelque chose de commun en rŽalitŽ, mais dans ce en quoi il y a quelque chose de commun en raison.

q. 8 a. 3 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod relatio praesupponit distinctionem aliorum generum, utpote substantiae et quantitatis,- quandoque etiam actionis et passionis,- sed distinctionem, quae est secundum ad aliquid, relatio non supponit, sed facit ; sicut relatio dupli praesupponit diversitatem magni et parvi ; hanc autem differentiam quae est secundum duplum et dimidium, non praesupponit, sed facit. In divinis autem non est alia distinctio nisi secundum relationem.

 12. La relation prŽsuppose la distinction des autres genres, ˆ savoir de la substance et de la quantitŽ Ñ quelquefois aussi de l'action et de la passion Ñ mais elle ne suppose pas la distinction qui est selon le relation, mais elle l'accomplit ; comme la relation du double prŽsuppose la diversitŽ du grand et du petit ; mais elle ne prŽsuppose pas cette diffŽrence du double et de la moitiŽ mais elle l'accomplit. Mais en Dieu, il n'y a pas d'autre distinction que selon la relation.

q. 8 a. 3 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod origine dicit Richardus distingui personas, in quantum distinguuntur per relationes originis.

 13. Richard dit que les personnes se distinguent par l'origine, en tant qu'elles se distinguent par les relations d'origine.

q. 8 a. 3 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod Augustinus pro eodem accipit genuisse Filium et esse Patrem ; et ideo utitur quandoque origine pro relatione.

 14. Augustin prend pour synonyme : Çil a engendrŽ le FilsÈ et Çil est P�reÈ et c'est pourquoi il se sert quelquefois de l'origine pour la relation.

q. 8 a. 3 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod relatio similitudinis et aequalitatis non possunt distinctionem personarum causare, sed magis ipsam praesupponunt. Est autem similitudo rerum differentium eadem qualitas, et similiter aequalitas est rerum distinctarum eadem quantitas. Et sic patet quod distinctio suppositorum praesupponitur et similitudini et aequalitati.

 15. Ces relations de ressemblance et d'ŽgalitŽ ne peuvent pas causer la distinction des personnes, mais elles la prŽsupposent plut™t. Mais la ressemblance dans des choses diffŽrentes, cÕest la m�me qualitŽ et de m�me l'ŽgalitŽ est une m�me quantitŽ dans des choses distinctes. Et ainsi il est clair que la distinction des supp™ts est prŽsupposŽe par la ressemblance et par lÕŽgalitŽ.

 

 

 

Article 4 Ñ Si on exclut en esprit la relation, l'hypostase demeure-t-elle en Dieu ?

q. 8 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum remota relatione secundum intellectum, remaneat hypostasis in divinis. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[902].

 

Objections :

q. 8 a. 4Arg. 1 Ea enim quae sunt in creaturis, sunt exemplata ab his quae sunt in Deo. Sed in humanis, remotis relationibus et proprietatibus hypostasis, adhuc remanent hypostases. Ergo et similiter in divinis.

1. Car ce qui est dans les crŽatures est l'image (exemplata) de ce qui est en Dieu. Mais chez les hommes, si on exclut leurs relations et leurs propriŽtŽs, les hypostases demeurent encore. Et il en est donc de m�me en Dieu.

q. 8 a. 4Arg. 2 Praeterea, Pater non habet ab eodem quod sit quis et quod sit pater, cum etiam Filius sit quis et non sit Pater. Remoto ergo a Patre quod sit Pater, remanet quod sit quis. Est autem quis in quantum est hypostasis. Remota ergo paternitate per intellectum, adhuc remanet hypostasis Patris.

2. Le P�re ne tient pas d'une m�me [nature] d'�tre ce qu'il est et d'�tre P�re, puisque le Fils aussi est ce qu'il est et n'est pas le P�re. Donc si on exclut du P�re qu'il est P�re, il demeure qu'il est ce qu'il est. Mais il est ce quÕil est en tant qu'hypostase. Donc si on exclut en esprit la paternitŽ, l'hypostase du P�re demeure encore.

q. 8 a. 4Arg. 3 Praeterea, cum quaelibet res intelligatur per suam definitionem, potest unaquaeque res intelligi remoto eo quod in eius definitione non ponitur. Sed relatio non ponitur in definitione hypostasis. Ergo remota relatione adhuc intelligitur hypostasis.

3. Comme chaque chose est comprise par sa dŽfinition, elle peut �tre comprise si on exclut ce qui n'est pas placŽ dans sa dŽfinition. Mais la relation n'est pas placŽe dans la dŽfinition de l'hypostase. Donc si on exclut la relation, on comprend encore l'hypostase.

q. 8 a. 4Arg. 4 Praeterea, Iudaei et Gentiles intelligunt in Deo hypostasim : intelligunt enim Deum esse rem quamdam per se subsistentem, nec tamen intelligunt in eo paternitatem et filiationem, et huiusmodi relationes. Ergo remotis huiusmodi relationibus per intellectum, remanent adhuc hypostases in divinis.

4. Les Juifs et les Pa•ens comprennent une hypostase en Dieu. Car ils comprennent que Dieu est un �tre qui subsiste par soi et cependant ils ne comprennent pas en lui la paternitŽ, la filiation et les relations de ce genre. Donc si on exclut en esprit ces relations, les hypostases demeurent encore en Dieu.

q. 8 a. 4Arg. 5 Praeterea, omne quod se habet ex additione, remota additione, remanet id cui fit additio ; sicut homo addit supra animal rationale : est enim homo animal rationale ; unde remoto rationale, remanet animal. Sed persona addit proprietatem supra hypostasim : est enim persona hypostasis proprietate distincta, ad dignitatem pertinente. Ergo remota proprietate a persona secundum intellectum, remanet hypostasis.

5. Pour tout ce qui comporte un ajout, si on l'enl�ve, demeure ce ˆ quoi est fait cet ajout ; ainsi homme ajoute le raisonnable ˆ animal, car il est un animal raisonnable ; c'est pourquoi, si on enl�ve le raisonnable, l'animal demeure. Mais la personne ajoute une propriŽtŽ ˆ l'hypostase. Car elle est hypostase par une propriŽtŽ distincte, qui se rattache ˆ sa dignitŽ. Donc si on exclut en esprit cette propriŽtŽ de la personne, l'hypostase demeure.

q. 8 a. 4Arg. 6 Praeterea, Augustinus dicit [in lib.VII de Trin., cap. II], quod Verbum est sapientia genita. Sapientia vero hypostasim supponit, genitum autem proprietatem. Remoto ergo a verbo quod sit genitum, remanet hypostasis Verbi, et eadem ratione in aliis personis.

6. Augustin dit (la TrinitŽ VII, 2) que le Verbe est la Sagesse engendrŽe. Mais la Sagesse suppose une hypostase, et le fait d'�tre engendrŽ une propriŽtŽ. Donc si on exclut du Verbe qu'il est engendrŽ, son hypostase demeure et pour la m�me raison, elle demeure dans les autres personnes.

q. 8 a. 4Arg. 7 Praeterea, remota paternitate et filiatione secundum intellectum, adhuc remanet in divinis qui ab alio, et a quo alius. Haec autem hypostases designant. Ergo remotis relationibus, adhuc remanent hypostases in divinis.

7. Si on exclut en esprit la paternitŽ, la filiation, il demeure encore dans la divinitŽ ce qui vient dÕun autre, et par quoi il est autre. Mais cela les hypostases le dŽsignent. Donc si on exclut les relations, les hypostases demeurent encore en Dieu.

q. 8 a. 4Arg. 8 Praeterea, remota differentia constitutiva, adhuc remanet genus. Sed proprietates personales, cum constituant personas, sunt in divinis sicut differentiae constitutivae. Ergo remotis proprietatibus, remanet genus personae, quod est hypostasis.

8. Si on exclut la diffŽrence constitutive, le genre demeure encore, mais comme les propriŽtŽs personnelles constituent les personnes, elles sont en Dieu comme des diffŽrences constitutives. Donc si on les exclut, le genre de la personne, qui est l'hypostase, demeure.

q. 8 a. 4Arg. 9 Praeterea, Augustinus dicit [lib. V de Trin., cap. VI], quod remoto hoc quod est Pater, adhuc remanet ingenitus. Sed ingenitus est quaedam proprietas cuius suppositum esse non potest nisi hypostasis. Ergo remota paternitate, adhuc remanet hypostasis patris.

9. Augustin dit (La TrinitŽ, V, 6), que si on exclut ce qui est le P�re, demeure encore l'inengendrŽ. Mais �tre inengendrŽ est une propriŽtŽ dont le supp™t ne peut �tre que l'hypostase. Donc si on exclut la paternitŽ, l'hypostase du P�re demeure encore.

q. 8 a. 4Arg. 10 Praeterea, sicut relationes sunt proprietates hypostasum, ita attributa sunt proprietates essentiae. Sed remoto per intellectum attributo essentiali, adhuc remanet intellectus divinae substantiae. Bo‘tius enim dicit [in libro de Hebdomadibus] quod remota bonitate a Deo per intellectum, adhuc remanet quod sit Deus. Ergo similiter remotis relationibus, adhuc remanent hypostases in divinis.

10. Les relations sont les propriŽtŽs des hypostases ; de m�me les attributs sont les propriŽtŽs de l'essence. Mais si on exclut en esprit un attribut essentiel, le concept de la substance divine demeure encore. Car Bo�ce dit (De hebdomadibus) que si on exclut en esprit la bontŽ de Dieu, ce qui est Dieu demeure encore. Donc de la m�me mani�re, si on exclut les relations, les hypostases demeurent encore en Dieu.

q. 8 a. 4Arg. 11 Praeterea, secundum Bo‘tium [super Proem. Porphyri in praedicabilia] proprium est intellectus, coniuncta secundum naturam dividere. Proprietas autem et hypostasis sunt realiter coniuncta in Deo. Ergo intellectus potest ea ab invicem separare.

11. Selon Bo�ce (Sur le PrŽambule de Porphyre, dans les prŽdicables) le propre de l'intellect, c'est de diviser ce qui est joint en nature. Mais la propriŽtŽ et l'hypostase sont rŽellement jointes en Dieu. Donc l'esprit peut les sŽparer l'une de l'autre.

q. 8 a. 4Arg. 12 Praeterea, remoto eo quod est in aliquo, potest intelligi id in quo est ; sicut remoto accidente potest intelligi subiectum. Sed relationes ponuntur in divinis hypostasibus esse. Ergo remotis relationibus secundum intellectum, adhuc remanent hypostases.

12. Si on exclut ce qui est dans une chose, on peut conna”tre ce en quoi elle est ; ainsi si on exclut l'accident, on peut conna”tre le sujet. Mais les relations sont placŽes pour �tre dans les hypostases divines. Donc, si on les exclut en esprit, restent encore les hypostases.

 

En sens contraire :

q. 8 a. 4 s. c. Sed contra. In divinis distinctio non potest esse nisi secundum relationes. Sed hypostasis dicit aliquid distinctum. Ergo remotis relationibus non remanet hypostasis. Cum enim in divinis non ponantur nisi duo modi praedicandi, scilicet secundum substantiam, et ad aliquid, remotis relationibus non remanent nisi ea quae ponuntur secundum substantiam. Haec autem sunt quae pertinent ad essentiam ; et sic non remanent hypostases distinctae.

En Dieu la distinction ne peut exister que selon les relations. Mais l'hypostase dŽsigne ce qui est distinct. Donc, si on exclut les relations, l'hypostase ne demeure pas. En effet, comme en Dieu, on ne place que deux modes d'attribution, ˆ savoir selon la substance et selon la relation, si on exclut les relations, il ne demeure que ce qui est placŽ selon la substance, mais c'est ce qui concerne l'essence et ainsi les hypostases ne demeurent pas distinctes.

 

RŽponse :

q. 8 a. 4 co. Respondeo. Dicendum quod, sicut supra dictum est, quidam posuerunt hypostases in divinis non constitui nec distingui relationibus, sed per solam originem. Relationes autem dicebant consequi ipsam originem personarum, sicut originis terminos, quibus complementum originis designatur, et sic ad quamdam dignitatem pertinent. Unde cum persona videatur esse nomen dignitatis, intellectis huiusmodi relationibus supra hypostases, dicebant constitui personas ; et sic huiusmodi relationes dicebant esse constitutivas personarum, sed non hypostasum.

Comme ci-dessus (article prŽcŽdant[903]) on l'a dit, certains ont pensŽ que les hypostases en Dieu ne sont pas constituŽes ni distinguŽes par les relations, mais par leur seule origine, Mais ils disaient que les relations dŽcoulaient de l'origine m�me des personnes, comme les limites de lÕorigine, par lesquelles est dŽsignŽ ce qui la compl�te et ainsi elles se rattachent ˆ une certaine dignitŽ. C'est pourquoi, comme la personne semble �tre un nom de dignitŽ, si de telles relations sont comprises en plus des hypostases, ils disaient que les personnes Žtaient constituŽes et ainsi ils disaient que de telles relations Žtaient constitutives des personnes mais pas des hypostases.

Et pro tanto apud quosdam huiusmodi relationes personalitates dicuntur ; et ideo sicut apud nos, remotis ab aliquo homine his quae ad dignitatem pertinent, quae faciunt eum esse personam, remanet eius hypostasis, ita in divinis, remotis per intellectum huiusmodi relationibus personalibus a personis, dicunt, quod remanebant hypostases, non tamen personae.

Et pour autant chez certains, les relations de ce genre sont appelŽes les ÔpersonnalitŽsÕ : et c'est pourquoi, de m�me que pour nous, si on exclut de lÕhomme ce qui concerne sa dignitŽ, qui en fait une personne, son hypostase demeure, de m�me en Dieu, si une fois exclues en esprit de telles relations des personnes, ils disent que les hypostases demeuraient, mais cependant pas les personnes.

Sed quia iam supra [loc. cit.] ostensum est quod relationes praedictae et hypostases constituunt et distinguunt, ideo secundum alios dicendum est, quod remotis per intellectum huiusmodi relationibus, sicut non remanent personae, ita non remanent hypostases. Remoto enim eo quod est constitutivum alicuius, non potest remanere id quod per ipsum constituitur.

Mais parce que dŽjˆ ci-dessus, on a montrŽ que ces relations constituent et distinguent les hypostases, il faut en consŽquence dire selon d'autres, que, si on exclut en esprit de telles relations, les personnes ne demeurent pas, et les hypostases non plus. Car si on exclut ce qui est constitutif, ce qui en est constituŽ par soi ne peut pas demeurer.

 

Solutions :

q. 8 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in hominibus hypostases non constituuntur neque per relationes neque per proprietates, sicut constituuntur in divinis, ut ostensum est ; et ideo non est simile.

 1. Chez les hommes les hypostases ne sont constituŽes ni par les relations, ni par les propriŽtŽs, comme elles le sont en Dieu, comme on l'a montrŽ, et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 8 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Pater ab eodem habet quod sit quis et quod sit pater : ab eodem, inquam, secundum rem, et non secundum rationem, sed differenti secundum rationem, vel sicut differt generale a speciali, vel commune a proprio : sicut patet quod homo ab eadem forma substantiali habet quod sit animal et quod sit homo ; non enim sunt unius rei plures formae substantiales secundum rem diversae : et tamen ab anima, inquantum est anima sensibilis, tantum habet quod sit animal ; inquantum vero est anima sensibilis et rationalis, habet ab ea quod sit homo. Et propter hoc et equus est animal, sed non est homo, quia non habet animam sensibilem eamdem numero quam habet homo : et pro tanto etiam non est idem animal numero. Similiter dico in proposito, quod Pater habet quod sit quis et quod sit pater a relatione ; sed quod sit quis, habet a relatione communiter sumpta ; quod autem sit hic quis, habet ab hac relatione quae est paternitas ; et propter hoc etiam Filius, in quo est relatio, sed non haec relatio quae est paternitas, est quis, sed non est hic quis qui est Pater.

 2. Par une m�me [nature], le P�re est ce quÕil est et est P�re ; par un m�me [nature], dis-je, en rŽalitŽ, et non en raison, mais diffŽrente en raison ; comme le gŽnŽral diff�re du particulier, ou ce qui est commun de ce qui est propre ; ainsi il est clair que l'homme par la m�me forme substantielle est animal et homme ; car il n'existe pas plusieurs formes substantielles d'une seule chose diffŽrentes en rŽalitŽ. Et cependant par l'‰me en tant qu'elle est sensitive, il est seulement animal, mais par lÕ‰me, en tant que sensitive et raisonnable, il est un homme. Et c'est pourquoi le cheval est un animal, et pas un homme, parce qu'il a une ‰me sensitive la m�me en nombre que celle de l'homme, et pour autant il n'est pas le m�me animal en nombre. Je dis qu'il en est de m�me pour notre propos, parce que le P�re est quelquÕun et est P�re par relation, mais qu'il soit tel vient d'une relation assumŽe en commun, mais qu'il soit ce quÕil est, il l'a par cette relation qui est la paternitŽ et ˆ cause de cela le Fils aussi, en qui est la relation, mais cette relation qui est la paternitŽ n'est pas ce quÕil est et ce nÕest pas ce quÕil est qui est P�re.

q. 8 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod aliquid in relatione alicuius potest poni dupliciter : scilicet explicite, sive in actu, et implicite sive in potentia. In ratione enim animalis non ponitur anima rationalis explicite et in actu, quia sic omne animal haberet animam rationalem ; sed implicite et in potentia, quia animal est substantia animata sensibilis. Sicut autem sub anima in potentia continetur anima rationalis, ita sub animato rationale : et ideo quando definitio animalis actu attribuitur homini, oportet quod rationale sit de definitione animalis explicite, secundum quod animal est idem homini. Et similiter est in proposito ; hypostasis enim, communiter sumpta, est substantia distincta : unde cum in divinis non possit esse distinctio nisi per relationem, cum dico hypostasim divinam, oportet quod intelligatur relatione distincta. Et ita relatio, quamvis non cadat in definitione hypostasis quod est homo, cadit tamen in definitione hypostasis divinae.

 3. On peut placer quelque chose en relation de deux mani�res : ˆ savoir explicitement, ou en acte, et implicitement, ou en puissance. Car dans la nature de l'animal on ne place pas l'‰me raisonnable explicitement et en acte, parce qu'ainsi tout animal aurait une ‰me raisonnable, mais implicitement et en puissance, parce que l'animal est une substance animŽe, douŽe de sensibilitŽ. De m�me que l'‰me raisonnable est contenue en puissance sous l'‰me ; de m�me le raisonnable sous l'animŽ ; et ainsi quand la dŽfinition de l'animal en acte est attribuŽe ˆ l'homme, il faut que le raisonnable soit de la dŽfinition de l'animal explicitement selon que lÕanimal est identique ˆ l'homme. Et il en est de m�me pour notre propos : car l'hypostase prise communŽment est une substance distincte : c'est pourquoi, comme en Dieu, il ne peut y avoir de distinction que par la relation, quand je parle de l'hypostase divine, il faut comprendre qu'elle est distincte par une relation. Et ainsi, quoique la relation ne soit pas comprise dans la dŽfinition de l'hypostase, parce qu'il est l'homme, elle sÕapplique cependant ˆ la dŽfinition de l'hypostases divine.

q. 8 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod Iudaei et Gentiles non intelligunt essentiam distinctam nisi ab his quae sunt alterius naturae, quae quidem distinctio fit per ipsam divinam essentiam. Sed apud nos hypostasis intelligitur ut distincta ab eo quod est eiusdem naturae, a quo non potest distingui nisi per relationem tantum : et ideo ratio non procedit.

 4. Les Juifs et les Pa•ens ne comprennent une essence distincte que par ce qui est dÕune autre nature. Cette distinction se fait par l'essence divine elle-m�me. Mais pour nous, l'hypostase est comprise comme distincte de ce qui est dÕune m�me nature[904], elle ne peut en �tre distinguŽe que par relation seulement ; et c'est pourquoi cette raison ne vaut pas.

q. 8 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod alius est modus quo definiuntur accidentia, et quo definiuntur substantiae. Substantiae enim non definiuntur per aliquid quod sit extra essentiam eorum : unde id quod primo ponitur in definitione substantiae est genus, quod praedicatur in eo quod quid de definito. Accidens vero definitur per aliquid quod est extra essentiam eius, scilicet per subiectum, a quo secundum suum esse dependet. Unde id quod ponitur in definitione eius, loco generis, est subiectum ; sicut cum dicitur : simum est nasus curvus. Sicut ergo in definitionibus substantiarum, remotis differentiis, remanet genus ; ita in definitione accidentium, remoto accidente, quod ponitur loco differentiae, remanet subiectum ; aliter tamen et aliter. Remota enim differentia remanet genus, sed non idem numero : remoto enim rationali, non remanet idem numero animal, quod est animal rationale ; sed remoto eo quod ponitur loco differentiae in definitionibus accidentium, remanet idem subiectum numero : remoto enim curvo vel concavo, remanet idem nasus numero. Et hoc est, quia accidens non complet essentiam subiecti sicut differentia complet essentiam generis. Cum ergo dicitur : persona est hypostasis, proprietate distincta ad dignitatem pertinente, non ponitur hypostasis in definitione personae ut subiectum, sed ut genus. Unde remota proprietate ad dignitatem pertinente, non remanet hypostasis eadem, scilicet numero vel specie, sed solum secundum genus, prout salvatur in substantiis non rationalibus.

 5. La mani�re dont on dŽfinit les accidents est diffŽrente de celle dont on dŽfinit les substances. Car ces derni�res ne sont pas dŽfinies par quelque chose qui est en dehors de leur essence ; c'est pourquoi ce qui est d'abord placŽ dans la dŽfinition de la substance est le genre, qui est attribuŽ en ce qui est l'essence de ce qui est dŽfini. Mais l'accident est dŽfini par quelque chose qui est hors de son essence, ˆ savoir par le substrat, de qui il dŽpend selon son �tre. C'est pourquoi ce qui est placŽ dans sa dŽfinition, ˆ la place du genre, cÕest le substrat ; ainsi quand on parle de camus[905] cÕest le nez concave. Donc, de m�me que dans les dŽfinitions des substances, si on exclut les diffŽrences, le genre demeure, de m�me dans celle des accidents, si on exclut l'accident qui est mis ˆ la place de la diffŽrence, le substrat demeure ; de fa�on diffŽrente cependant. Car si on exclut la diffŽrence, le genre demeure, mais non le m�me en nombre ; qui est lÕanimal raisonnable ce qui est ˆ la place de la diffŽrence ; car si on exclut le courbe ou le concave, le m�me nez demeure en nombre. Et c'est parce que l'accident n'ach�ve pas l'essence du substrat comme la diffŽrence ach�ve l'essence du genre. Donc quand on dit : la personne est une hypostase par une propriŽtŽ distincte, qui convient ˆ sa dignitŽ, on ne place pas une hypostase dans la dŽfinition de la personne comme sujet, mais comme genre. C'est pourquoi, si on exclut la propriŽtŽ qui concerne la dignitŽ, l'hypostase ne demeure pas la m�me, ˆ savoir en nombre ou en esp�ce, mais seulement en genre dans la mesure o� elle est conservŽe dans les substances sans raison.

q. 8 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum, quod cum dicitur : Verbum est sapientia genita, ly sapientia supponit pro hypostasi, non tamen significat hypostasim ; et ideo in significatione eius non clauditur proprietas, sed oportet quod addatur ; sicut si dicam, quod Deus est filius genitus.

 6. Quand on dit : le Verbe est la sagesse engendrŽe, la "sagesse" remplace l'hypostase mais ne la signifie cependant pas ; et c'est pourquoi sa propriŽtŽ n'est pas enfermŽe dans sa signification, mais il faut lÕajouter : comme si je disais que Dieu est le Fils engendrŽ.

q. 8 a. 4 ad 7 Ad septimum dicendum, quod qui ab alio et a quo alius, non differunt a paternitate et a filiatione, nisi sicut commune a proprio, quia Filius significat eum qui est ab alio per generationem ; et Pater significat eum a quo alius per generationem ; nisi forte dicamus, quod a quo alius et qui ab alio, importent originem, et Pater et Filius relationes originis consequentes. Sed ex supradictis iam patet quod per origines non constituuntur hypostases, sed per relationes.

 7. Celui qui vient d'un autre et celui par lequel il est autre ne diff�rent de la paternitŽ et de la filiation que comme le commun du propre[906], parce que le Fils signifie celui qui dŽpend d'un autre par gŽnŽration ; et le P�re signifie celui d'o� (vient) un autre par gŽnŽration ; ˆ moins que, par hasard, on dise que celui par qui il est autre et celui qui vient dÕun autre rŽv�lent l'origine et P�re et Fils apportent les relations qui en dŽpendent. Mais on a montrŽ dŽjˆci-dessus que les hypostases ne sont pas constituŽes par les origines, mais par les relations.

q. 8 a. 4 ad 8 Ad octavum dicendum quod, remota differentia constitutiva, remanet genus in communi, non in eodem secundum speciem vel numerum.

 8. Si on exclut la diffŽrence constitutive, le genre demeure dans ce qui est commun, non dans le m�me selon l'esp�ce et le nombre.

q. 8 a. 4 ad 9 Ad nonum dicendum, quod intentio Augustini non fuit dicere : quod Deus Pater remaneat ingenitus, remota paternitate, nisi forte prout ingenitus tunc importaret conditionem naturae, et non proprietatem personae. Fuit autem eius intentio ostendere quod, remota paternitate, potest remanere ingenitum in communi. Non enim oportet quod quidquid est ingenitum, sit Pater.

 9. L'intention d'Augustin n'a pas ŽtŽ de dire que Dieu le P�re demeure inengendrŽ, si on exclut la paternitŽ, ˆ moins que par hasard inengendrŽ apporte une condition de nature et non une propriŽtŽ de la personne. Son intention a ŽtŽ de montrer que, si on exclut la paternitŽ, il peut demeurer lÕinengendrŽ en commun. Car il ne faut pas que tout ce qui est inengendrŽ soit le P�re.

q. 8 a. 4 ad 10 Ad decimum dicendum, quod ratio bonitatis non constituit rationem essentiae, immo intelligitur bonum ut informativum entis ; sed proprietas constituit hypostasim ; et ideo non est simile.

 10. La nature de la bontŽ ne constitue pas celle de l'essence, bien plus on comprend le bien comme ce qui peut informer lÕ�tre de l'�tre, mais la propriŽtŽ a constituŽ l'hypostase et c'est pourquoi ce n'est pas pareil.

q. 8 a. 4 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod licet intellectus possit aliqua coniuncta dividere, non tamen omnia : non enim potest dividere illa quorum unum est de ratione alterius ; non enim potest dividere animal ab homine. Proprietas autem est de ratione hypostasis, et ideo ratio non sequitur.

 11. Bien que l'intellect puisse sŽparer[907] certaines choses jointes, il ne le peut pas pour tout ; car il ne peut pas sŽparer ce dont l'un est de la nature de l'autre, car, il ne peut pas, en effet, sŽparer l'animal de l'homme. Mais la propriŽtŽ dŽpend de la nature de l'hypostase et c'est pourquoi cette raison ne convient pas.

q. 8 a. 4 ad 12 Ad ultimum dicendum, quod remoto eo quod est in aliquo sicut in subiecto, vel sicut in loco, remanet id in quo est ; non autem remoto eo quod est in aliquo sicut pars essentiae eius. Non enim remoto rationali, remanet homo ; et similiter nec remota proprietate, remanet hypostasis.

 12. Si on exclut ce qui est en quelque chose, comme dans un substrat, ou comme dans un lieu, demeure ce en quoi il est ; mais pas si on exclut ce qui est dans quelque chose comme une partie de son essence. Car si le raisonnable nÕest pas exclu, l'homme demeure, et de m�me si la propriŽtŽ nÕest pas exclue, l'hypostase demeure.

 

 

 

Question 9 Ð Les personnes divines

q. 9 pr. 1 Et primo quaeritur utrum quomodo se habeat persona ad essentiam, subsistentiam et hypostasim.

1. Quel est le rapport de la personne vis-ˆ-vis de l'essence, de la subsistance, et de l'hypostase ?

q. 9 pr. 2 Secundo quid sit persona.

2. Qu'est-ce que la personne ?

q. 9 pr. 3 Tertio utrum in Deo possit esse persona.

3. Le nom de personne peut-il �tre en Dieu ?

q. 9 pr. 4 Quarto utrum hoc nomen persona in divinis significet aliquid relativum vel absolutum.

4. Ce nom personne signifie-t-il, en Dieu, le relatif ou l'absolu ?

q. 9 pr. 5 Quinto utrum numerus personarum sit in divinis.

5. Le nombre des personnes est-il en Dieu ?

q. 9 pr. 6 Sexto utrum nomen personae convenienter possit pluraliter praedicari in divinis.

6. Le nom de personne peut-il �tre convenablement attribuŽ ˆ Dieu au pluriel ?

q. 9 pr. 7 Septimo quomodo termini numerales praedicentur in divinis, utrum scilicet positive, vel remotive tantum.

7. Comment les termes numŽraux sont-ils attribuŽs aux personnes divines, positivement ou nŽgativement ?

q. 9 pr. 8 Octavo utrum in Deo sit aliqua diversitas.

8. Y a-t-il une certaine diversitŽ en Dieu ?

q. 9 pr. 9 Nono utrum in divinis sint tres personae tantum, an plures vel pauciores.

9. Y a-t-il trois Personnes seulement en Dieu, ou plus, ou moins ?

 

 

 

Article 1 Ñ Quel est le rapport de la personne vis-ˆ-vis de l'essence, de la subsistance, et de l'hypostase ?

q. 9 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur quomodo se habeat persona ad essentiam, subsistentiam et hypostasim. Et videtur quod omnino sint idem.

Il semble que ces termes sont tout ˆ fait tout ˆ fait synonymes[908].

 

Objections :

q. 9 a. 1Arg. 1 Dicit enim Augustinus in VII de Trin., quod idem intelligunt Graeci cum confitentur in Deo tres hypostases, et Latini cum confitentur tres personas. Ergo hypostasis et persona significant idem.

1. Car Augustin dit (la TrinitŽ, VII, 3) que les grecs comprennent quelque chose dÕidentique quand ils confessent en Dieu trois hypostases et les latins trois personnes. Donc hypostase et personne sont synonymes.

q. 9 a. 1Arg. 2 Sed dicendum, quod persona differt ab hypostasi in hoc quod hypostasis significat individuum cuiuscumque naturae in genere substantiae, persona vero solum individuum rationalis naturae.- Sed contra est quod Boetius dicit, quod Graeci utuntur hoc nomine hypostasis solum pro individuo rationalis naturae. Si ergo persona significat individuum rationalis naturae, omnino sunt idem hypostasis et persona.

2. Mais il faut dire que la personne diff�re de l'hypostase du fait que celle-ci signifie un individu de quelque nature dans le genre de la substance, mais la personne signifie un seul individu de nature raisonnable. Ñ En sens contraire, Bo�ce dit (Les deux natures, III, PL. 64, 1344[909]) que les Grecs se servent de ce nom hypostase, seulement pour un individu de nature raisonnable. Si donc la personne signifie la m�me chose, hypostase et personne sont tout ˆ fait synonymes.

q. 9 a. 1Arg. 3 Praeterea, nomina imponuntur a rationibus rerum quas significant. Sed eadem ratio individuationis est in his quae sunt rationalis naturae, et in aliis substantiis. Ergo individuum rationalis naturae non debet habere speciale nomen prae aliis individuis in genere substantiae, ut per hoc sit differentia inter hypostasim et personam.

3. Les noms sÕimposent par la nature de ce qu'ils signifient, mais on trouve la m�me nature d'individuation dans ce qui est d'une nature raisonnable que dans les autres substances. Donc l'individu de nature raisonnable ne doit pas avoir un nom spŽcial en comparaison d'autres �tres individuels dans le genre de la substance, pour quÕil y ait une diffŽrence entre l'hypostase et la personne.

q. 9 a. 1Arg. 4 Praeterea, nomen subsistentiae a subsistendo sumitur. Nihil autem subsistit nisi individua in genere substantiae, in quibus sunt et accidentia et secundae substantiae, quae sunt genera et species, ut dicitur in praedicamentis. Sola ergo individua in genere substantiae sunt subsistentiae. Individuum autem in genere substantiae est hypostasis vel persona. Ergo idem est subsistentia quod hypostasis et persona.

4. Le nom de subsistance est pris de subsister. Mais rien ne subsiste que l'individu dans le genre de la substance, en qui il y a les accidents et les substances secondes[910], que sont les genres et les esp�ces, comme il est dit dans Les CatŽgories (5, 2 a 11 ss.). Donc seuls les individus dans le genre de la substance sont des subsistances, mais un tel individu est lÕhypostase ou la personne. Donc la subsistance est identique ˆ lÕhypostase et ˆ la personne.

q. 9 a. 1Arg. 5 Sed dicendum, quod genera et species in genere substantiae subsistunt, eo quod eorum est subsistere, ut Boetius dicit, in Lib. de duabus naturis.- Sed contra, subsistere nihil aliud est quam per se existere. Quod ergo existit solum in alio, non subsistit. Sed genera et species sunt solum in alio : sunt enim solum in primis substantiis, quibus interemptis, impossibile est aliquid aliorum remanere, ut dicitur in praedicamentis. Non est ergo subsistere, generum et specierum, sed solum individuorum in genere substantiae ; et sic remanet quod subsistentia sit idem quod hypostasis.

5. Mais il faut dire que les genres et les esp�ces subsistent dans le genre de la substance, parce que cÕest leur nature de subsister, comme Bo�ce le dit (Les deux Natures, 3, PL. 64, 1342). Ñ Mais en sens contraire, subsister nÕest rien d'autre qu'exister par soi[911]. Donc ce qui existe seulement dans un autre, ne subsiste pas[912]. Mais les genres et les esp�ces sont seulement dans un autre : car ils sont seulement dans les substances premi�res, lesquelles une fois enlevŽes, il est impossible que quelque chose d'autre demeure, comme on le dit dans les CatŽgories (5, Les substances). Donc ce n'est pas le propre des genres et des esp�ces de subsister, mais seulement des individus dans le genre de la substance, et ainsi il reste que la subsistance est synonyme d'hypostase.

q. 9 a. 1Arg. 6 Praeterea, Boetius dicit, quod ousia id est essentia, significat compositum ex materia et forma. Hoc autem oportet esse individuum : nam materia est individuationis principium. Ergo essentia significat individuum ; et sic idem est persona, hypostasis, essentia, et subsistentia.

6. Bo�ce dit (dans le commentaire des CatŽgories) que l'ousia, c'est-ˆ-dire l'essence, signifie le composŽ de mati�re et de forme. Mais il faut que ce soit l'individu ; car la mati�re est principe dÕindividuation. Donc l'essence signifie l'individu, et ainsi la personne, l'hypostase, l'essence et la subsistance sont synonymes.

q. 9 a. 1Arg. 7 Praeterea, essentia est quam significat definitio, cum per definitionem sciatur quid est res. Definitio autem rei naturalis, quae est ex materia et forma composita, non solum continet formam, sed etiam materiam, ut patet per philosophum. Ergo essentia est aliquid compositum ex materia et forma.

7. L'essence est ce que signifie la dŽfinition, puisque cÕest par elle quÕon sait ce que cÕest. Mais la dŽfinition dÕune chose naturelle, composŽe de mati�re et de forme, non seulement contient la forme, mais aussi la mati�re, comme le montre le philosophe (MŽtaphysique, VI et VII, com. 33 ss.). Donc l'essence est un composŽ de mati�re et de forme.

q. 9 a. 1Arg. 8 Sed dicendum, quod essentia significat naturam communem, alia vero tria, scilicet subsistentia, hypostasis et persona, significant individuum in genere substantiae.- Sed contra universale et particulare inveniuntur in quolibet genere. In aliis autem generibus non distinguitur nomen particularis et universalis : eodem enim nomine nominatur qualitas aut quantitas, sive sit universalis sive sit particularis. Ergo nec in genere substantiae debent esse distincta nomina ad significandum substantiam universalem et particularem : et sic videtur quod praedicta nomina non differant.

8. Mais il faut dire que l'essence signifie la nature commune, et les trois autres, ˆ savoir la subsistance, l'hypostase et la personne signifient l'individu dans le genre de la substance.Ñ Mais en sens contraire, l'universel et le particulier se trouve en n'importe quel genre. Mais dans les autres genres, on ne fait pas la distinction entre le nom particulier et le nom universel ; car on dŽsigne par un m�me nom la qualitŽ ou la quantitŽ, qu'elles soient universelles et particuli�res. Donc les noms, dans le genre de la substance, ne doivent pas �tre diffŽrents pour signifier la substance universelle et la substance particuli�re et de fait il semble que ces noms ne le soient pas.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Est quod Boetius dicit in commento praedicamentorum quod ousia id est essentia, significat compositum ex materia et forma ; ousiosis id est subsistentia, significat formam ; hypostasis vero materiam. Ergo praedicta differunt.

1. Bo�ce dit dans le commentaire des CatŽgories que l'ousia, c'est-ˆ-dire l'essence, signifie le composŽ de mati�re et de forme, ousi™sis, c'est-ˆ-dire la subsistance, signifie la forme ; et l'hypostase signifie la mati�re. Donc ces noms sont diffŽrents.

q. 9 a. 1 s. c. 2 Praeterea, idem videtur ex hoc quod idem auctor assignat praedictorum nominum differentiam in Lib. de duobus naturis.

2. En plus on voit la m�me chose du fait que le m�me auteur assigne une diffŽrence ˆ ces noms dans le livre des deux Natures (3).

 

RŽponse :

q. 9 a. 1 co. Respondeo. Dicendum quod philosophus ponit substantiam dupliciter dici :

Le philosophe (MŽtaphysique, V, 8, 1017 b 13[913] ) pense qu'on peut parler de la substance en deux sens.

dicitur enim uno modo substantia ipsum subiectum ultimum, quod non praedicatur de alio : et hoc est particulare in genere substantiae ;

a) Car on dit dans un premier sens que la substance est le sujet ultime qui n'est pas attribuŽ ˆ un autre et cela est particulier au genre de la substance[914].

alio modo dicitur substantia forma vel natura subiecti.

b) Dans un autre sens, on dit qu'elle est la forme ou la nature du sujet.

Huius autem distinctionis ratio est, quia inveniuntur plura subiecta in una natura convenire, sicut plures homines in una natura hominis. Unde oportuit distingui quod est unum, ab eo quod multiplicatur : natura enim communis est quam significat definitio indicans quid est res ; unde ipsa natura communis, essentia vel quidditas dicitur.

La raison de cette distinction est qu'on trouve que plusieurs sujets se rencontrent dans une seule nature, ainsi un grand nombre dÕhommes dans la seule nature humaine. C'est pourquoi il a fallu distinguer ce qui est un de ce qui est multipliŽ ; car la nature commune est ce que signifie la dŽfinition, qui indique ce qu'est la chose ; c'est pourquoi la nature commune m�me est appelŽe essence ou quidditŽ.

Quidquid ergo est in re ad naturam communem pertinens, sub significatione essentiae continetur, non autem quidquid est in substantia particulari, est huiusmodi. Si enim quidquid est in substantia particulari ad naturam communem pertineret, non posset esse distinctio inter substantias particulares eiusdem naturae. Hoc autem quod est in substantia particulari praeter naturam communem, est materia individualis quae est singularitatis principium, et per consequens accidentia individualia quae materiam praedictam determinant.

Donc tout ce qui dans une chose se rattache ˆ la nature commune est contenu sous la signification d'essence, mais tout ce qui est dans une substance particuli�re n'est pas de ce genre. Car si tout ce qui est dans la substance particuli�re se rattachait ˆ la nature commune, il ne pourrait pas y avoir de distinction entre les substances particuli�res de nature identique. Mais ce qui est dans la substance particuli�re au-delˆ de la nature commune, cÕest la mati�re individuelle qui est le principe de lÕindividuation, et par consŽquence les accidents individuels qui la dŽterminent.

Comparatur ergo essentia ad substantiam particularem ut pars formalis ipsius, ut humanitas ad Socratem. Et ideo in rebus, ex materia et forma compositis, essentia non est omnino idem quod subiectum ; unde non praedicatur de subiecto : non enim dicitur quod Socrates sit una humanitas.

Donc on compare l'essence ˆ la substance particuli�re, comme sa part formelle, comme l'humanitŽ ˆ Socrate. Et c'est pourquoi, dans ce qui est composŽ de mati�re et de forme, l'essence n'est pas tout ˆ fait identique au sujet ; aussi on ne l'attribue pas au sujet ; car on ne dit pas que Socrate est une [seule] humanitŽ.

In substantiis vero simplicibus, nulla est differentia essentiae et subiecti, cum non sit in eis materia individualis naturam communem individuans, sed ipsa essentia in eis est subsistentia. Et hoc patet per philosophum et per Avicennam, qui dicit, in sua metaphysica, quod quidditas simplicis est ipsum simplex.

Mais, dans les substances simples, il n'y a pas de diffŽrence entre l'essence et la sujet, puisqu'il n'y a pas en elles de mati�re individuelle qui individualise la nature commune, mais l'essence elle-m�me est en eux subsistance. Et cela, le philosophe le montre (MŽtaphysique, VII 6, passim) et aussi Avicenne, qui dit, en sa MŽtaphysique, que la quidditŽ de ce qui est simple est simple elle-m�me.

Substantia vero quae est subiectum, duo habet propria :

Mais la substance qui est le sujet, a deux propriŽtŽs :

quorum primum est quod non indiget extrinseco fundamento in quo sustentetur, sed sustentatur in seipso ; et ideo dicitur subsistere, quasi per se et non in alio existens.

a) La premi�re est qu'elle n'a pas besoin d'un fondement extrins�que en qui elle serait soutenue, mais elles se soutient d'elle-m�me ; et c'est pourquoi, on la dit subsister, comme par soi et sans exister dans un autre.

Aliud vero est quod est fundamentum accidentibus substentans ipsa ; et pro tanto dicitur substare.

b) L'autre est qu'elle est, elle-m�me fondement subsistant pour les accidents. Et pour autant, on dit quÕelle est sujet[915].

Sic ergo substantia quae est subiectum, in quantum subsistit, dicitur ousiosis vel subsistentia ; in quantum vero substat, dicitur hypostasis secundum Graecos, vel substantia prima secundum Latinos. Patet ergo quod hypostasis et substantia differunt ratione, sed sunt idem re.

Donc ainsi la substance, qui est le sujet, en tant qu'elle subsiste, est appelŽ ousi™sis ou subsistance, en tant quÕelle est sujet, elle est appelŽe hypostase chez les Grecs, ou substance premi�re chez les latins. Il est donc clair que l'hypostase et la substance diff�rent en raison, mais sont identiques en rŽalitŽ.

Essentia vero in substantiis quidem materialibus non est idem cum eis secundum rem, neque penitus diversum, cum se habeat ut pars formalis ; in substantiis vero immaterialibus est omnino idem secundum rem, sed differens ratione. Persona vero addit supra hypostasim determinatam naturam : nihil enim est aliud quam hypostasis rationalis naturae

Mais l'essence dans les substances matŽrielles n'est pas identique ˆ elles en rŽalitŽ, ni tout ˆ fait diffŽrente, puisqu'elle se comporte comme une partie formelle, mais dans les substances immatŽrielles, elle est tout ˆ fait identique en rŽalitŽ, mais diffŽrente en raison. Et la personne ajoute ˆ l'hypostase une nature dŽterminŽe, car elle n'est rien dÕautre que l'hypostase de nature raisonnable.

 

Solutions :

q. 9 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum quod, ex quo persona non addit supra hypostasim nisi rationalem naturam, oportet quod hypostasis et persona in rationali natura sint penitus idem ; sicut cum homo addat supra animal, rationale, oportet quod animal rationale sit homo ; et ideo verum est quod Augustinus dicit, quod idem significant Graeci cum confitentur in Deo tres hypostases, et Latini cum confitentur tres personas.

 1. Donc il faut dire que, du fait que la personne n'ajoute ˆ l'hypostase que la nature raisonnable, il faut que l'hypostase et la personne soient tout ˆ fait identiques dans cette nature raisonnable ; ainsi quand homme ajoute raisonnable ˆ animal, il faut que l'animal raisonnable soit un homme, et c'est pour cela que ce que dit Augustin est vrai (La TrinitŽ VII, 4) : lorsque les Grecs confessent qu'en Dieu il y a trois hypostases et les Latins trois personnes, ils signifient la m�me chose.

q. 9 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc nomen hypostasis, in Graeco ex proprietate significationis habet quod significet individuam substantiam cuiuscumque naturae ; sed ex usu loquentium habet quod significet individuum rationalis naturae tantum.

 2. Ce nom hypostase, en grec, au sens propre, signifie une substance individuelle de nÕimporte quelle nature ; mais par l'usage des locuteurs, il signifie l'individu d'une nature raisonnable seulement.

q. 9 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut substantia individua proprium habet quod per se existat, ita proprium habet quod per se agat : nihil enim agit nisi ens actu ; et propter hoc calor sicut non per se est, ita non per se agit ; sed calidum per calorem calefacit. Hoc autem quod est per se agere, excellentiori modo convenit substantiis rationalis naturae quam aliis. Nam solae substantiae rationales habent dominium sui actus, ita quod in eis est agere et non agere ; aliae vero substantiae magis aguntur quam agant. Et ideo conveniens fuit ut substantia individua rationalis naturae, speciale nomen haberet.

 3. La substance individuelle a en propre dÕexister par soi ; de la m�me mani�re elle a en propre dÕagir par soi ; car rien n'agit qu'un Žtant en acte, et c'est pourquoi de m�me que cette chaleur n'est pas par soi, de m�me elle n'agit pas par soi, mais elle chauffe par la chaleur. Mais agir par soi convient aux substances de nature raisonnable d'une mani�re plus excellente qu'aux autres. Car seules elles ont pouvoir sur leurs actes, de sorte que cÕest leur nature d'agir et ne pas agir, mais les autres substances sont Ç agies È plus qu'elles n'agissent. Et c'est pourquoi il a ŽtŽ convenable que la substance individuelle de nature raisonnable porte un nom spŽcial.

q. 9 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis nihil subsistat nisi individua substantia, quae hypostasis dicitur, tamen non eadem ratione dicitur subsistere et substare : sed subsistere in quantum non est in alio ; substare vero in quantum alia insunt ei. Unde si aliqua substantia esset quae per se existeret, non tamen esset alicuius accidentis subiectum, posset proprie dici subsistentia, sed non substantia.

 4. Quoique rien ne subsiste sinon la substance individuelle, qui est appelŽe hypostase, cependant on ne dit pas subsistere (subsister) et substare (�tre sujet) pour la m�me raison. Subsister cÕest en tant quÕelle nÕest pas dans un autre. Etre sujet cÕest en tant que les autres[916] sont en elle. C'est pourquoi, si quelque substance existait par soi, sans �tre cependant le substrat d'un accident, elle pourrait �tre proprement appelŽ subsistance, mais pas substance.

q. 9 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Boetius loquitur secundum opinionem Platonis, qui posuit genera et species esse quasdam formas separatas subsistentes, ab accidentibus denudatas ; et secundum hoc poterant dici subsistentiae, sed non hypostases. Vel dicendum, quod subsistere attribuitur generibus et speciebus, non quia subsistant, sed quia individua in eorum naturis subsistunt, etiam omnibus accidentibus remotis.

 5. Bo�ce parle selon l'opinion de Platon[917] qui a pensŽ que les genres et les esp�ces Žtaient des formes sŽparŽes subsistantes, sans accident, et ainsi, on pouvait les appeler subsistances et non hypostases. Ou bien il faut dire que subsister est attribuŽ aux genres et aux esp�ces, non pas parce qu'ils subsistent, mais parce que les individus subsistent dans leur nature, m�me si on exclut tous les accidents.

q. 9 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod essentia in substantiis materialibus significat compositum ex materia et forma, non tamen ex materia individuali, sed ex materia communi : definitio enim hominis quae significat eius essentiam, continet quidem carnes et ossa, sed non has carnes vel haec ossa. Sed materia individualis comprehenditur in significatione hypostasis et subsistentiae in rebus materialibus.

 6. L'essence dans les substances matŽrielles signifie le composŽ de mati�re et de forme ; cependant pas de la mati�re individuelle, mais de la mati�re commune. Car la dŽfinition de l'homme qui signifie son essence, contient les chairs et les os, mais non ces chairs et ces os[918]. Mais la mati�re individuelle est comprise dans la signification de l'hypostase et de la subsistance dans ce qui est matŽriel.

q. 9 a. 1 ad 7 Et per hoc patet solutio ad septimum.

 7. Cela Žclaire la septi�me objection.

q. 9 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod accidentia non individuantur nisi ex suis subiectis. Sola autem substantia per seipsam individuatur, et per propria principia ; et ideo convenienter in solo genere substantiae particulare habet proprium nomen.

 8. Les accidents ne sont individualisŽs que par leurs substrats, mais seule la substance est individualisŽe par elle-m�me et par ses propres principes, et c'est pourquoi il est convenable quÕelle ait, dans le seul genre particulier de la substance, un nom qui lui est propre

q. 9 a. 1 ad s. c. Rationes quae sunt in oppositum, concedimus ; tamen sciendum, quod Boetius aliter accipit ista nomina in commento praedicamentorum, quam sit communis usus eorum, prout exponit ea in Lib. de duabus naturis. Attribuit enim nomen hypostasis materiae quasi primo principio substandi, ex qua habet substantia prima quod substet accidenti : nam forma simplex subiectum esse non potest, ut dicit idem Boetius in Lib. de Trinit. Nomen autem ousiosis vel subsistentiae attribuit formae quasi essendi principio, per ipsam enim est res in actu ; nomen autem ousia vel essentiae attribuit composito. Unde ostendit quod in substantiis materialibus tam forma quam materia sunt essentialia principia.

Les raisons qui sont en sens contraire, nous les concŽdons. Cependant, il faut savoir que Bo�ce prend ces noms, dans le commentaire des CatŽgories d'une autre mani�re que leur usage commun, tel quÕil les expose dans le livre des deux Natures. Car il a attribuŽ le nom d'hypostase ˆ la mati�re comme au premier principe du sujet, par laquelle la substance premi�re est sujet d'un accident. Car la forme simple ne peut pas �tre substrat, comme le dit le m�me Bo�ce dans La TrinitŽ. Mais le nom ousi™sis, ou subsistance, il l'a attribuŽ ˆ la forme comme principe d'�tre, car par elle la chose est en acte, mais le nom d'ousia ou d'essence, il l'a attribuŽ au composŽ. C'est pourquoi il montre que dans les substances matŽrielles, tant la forme que la mati�re sont des principes essentiels.

 

 

 

Article 2 Ñ Qu'est-ce que la personne ?

q. 9 a. 2 tit. 1 Secundo quaeritur quid sit persona. Videtur quod inconvenienter definiat eam Boetius in Lib. de duabus naturis dicens quod persona est : rationalis naturae individua substantia.

Il semble que Bo�ce dans le livre Des deux Natures, donne une dŽfinition qui ne convient pas, en disant que la personne est Çune substance individuelle de nature raisonnable.È

 

Objections :[919] 

q. 9 a. 2Arg. 1 Nullum enim singulare definitur, ut patet per philosophum. Sed persona significat singulare in genere substantiae, ut dictum est. Ergo non potest definiri.

1. Car on ne dŽfinit rien de singulier, comme le montre le philosophe (MŽtaphysique, VII, 15, 1039 b 27[920]). Mais la personne signifie quelque chose de singulier dans le genre de la substance, comme on l'a dit. Donc elle ne peut pas �tre dŽfinie.

q. 9 a. 2Arg. 2 Sed dicendum, quod licet id quod est persona sit quoddam singulare, tamen ratio personae communis est, et pro tanto persona in communi definiri potest.- Sed contra, id quod est commune omnibus substantiis individuis rationalis naturae, est intentio singularitatis, quae quidem non est in genere substantiae. Ergo non debet in definitione personae poni substantia quasi genus.

2. Mais il faut dire que, bien que ce quÕest une personne soit quelque chose de singulier, cependant sa notion est commune, et pour autant la personne peut avoir une dŽfinition commune. Ñ En sens contraire, ce qui est commun ˆ toutes les substances individuelles de nature raisonnable est le concept de singularitŽ[921], qui n'est pas dans le genre de la substance. Donc la substance ne doit pas �tre placŽe dans la dŽfinition de la personne en tant que genre.

q. 9 a. 2Arg. 3 Sed dicendum, quod hoc nomen persona non significat tantum intentionem, sed intentionem simul cum subiecto intentionis.- Sed contra est quod philosophus probat, quod compositum ex subiecto et ex accidente, non potest definiri,- sequeretur enim nugatio in definitione,- cum enim in definitione accidentis ponatur subiectum, sicut nasus in definitione simi, oportebit quod in definitione compositi ex subiecto et accidente, ponatur bis subiectum : semel pro se, et semel pro accidente. Si ergo persona significat intentionem et subiectum, inconveniens est quod definiatur.

3. Mais il faut dire que ce nom de personne ne signifie pas seulement le concept, mais un concept en m�me temps que son sujet. Ñ En sens contraire, il y a ce que le philosophe prouve (MŽtaphysique, VII, 5, 1031 a 4[922].) qu'on ne peut pas dŽfinir ce qui est composŽ dÕun sujet et d'un accident Ñ en effet, il en dŽcoulerait une niaiserie dans la dŽfinition Ñcar comme on place le substrat dans la dŽfinition de lÕaccident, comme le nez dans la dŽfinition du camus, il faudra que, dans ce qui est composŽ dÕun sujet et dÕun l'accident, on place deux fois le sujet : une fois pour lui et une fois pour l'accident. Si donc la personne signifie le concept et le substrat, il ne convient pas de la dŽfinir.

q. 9 a. 2Arg. 4 Praeterea, subiectum huius intentionis communis est aliquod singulare. Si ergo persona significat simul intentionem et subiectum intentionis, adhuc sequeretur quod, definita persona, definiatur singulare ; quod est inconveniens.

4. Le sujet de ce concept commun est quelque chose de singulier. Donc si la personne signifiait en m�me temps le concept et le substrat du concept, il en dŽcoulerait alors, quÕune fois dŽfinie la personne, on aurait dŽfini ce qui est singulier, ce qui ne convient pas.

q. 9 a. 2Arg. 5 Praeterea, intentio non ponitur in definitione rei, nec accidens in definitione substantiae. Persona autem est nomen rei et substantiae. Inconvenienter igitur in definitione personae ponitur individuum, quod est nomen intentionis et accidentis.

5. Le concept n'est pas placŽ dans la dŽfinition de la chose, ni l'accident dans la dŽfinition de la substance. Mais la personne est le nom de la chose et de la substance. Donc il ne convient pas de placer dans la dŽfinition de la personne lÕindividu qui est le nom du concept et de lÕaccident

q. 9 a. 2Arg. 6 Praeterea, illud in cuius definitione ponitur substantia pro genere, oportet quod sit species substantiae. Sed persona non est species substantiae, quia condivideretur contra alias substantiae species. Ergo inconvenienter ponitur substantia in definitione personae quasi genus.

6. Si la substance est mise ˆ la place du genre, cela doity �tre lÕesp�ce de la usbstance. Mais la personne nÕest pas lÕesp�ce de la substance, parce quÕelle serait sŽparŽe des autres esp�ces de substances. Donc il ne convient pas de placer la substance dans la dŽfinition de la personne comme genre.

q. 9 a. 2Arg. 7 Praeterea, substantia dividitur per primam et secundam. Sed substantia secunda non potest poni in definitione personae : esset enim oppositio in adiecto,- cum dicitur substantia individua,- nam substantia secunda est substantia universalis. Similiter autem neque substantia prima, nam substantia prima est substantia individua ; et sic esset nugatio cum additur individuum supra substantiam in definitione personae. Inconvenienter ergo substantia ponitur in definitione personae.

7. La substance est divisŽe en premi�re et en seconde[923], mais la substance seconde ne peut �tre placŽe dans la dŽfinition de la personne, car il y aurait une opposition dans ce qui serait ajoutŽ Ñ quand on parle de la substance individuelle Ñ car la substance seconde est la substance universelle. De m�me la substance premi�re non plus, car elle est substance individuelle, et ainsi ce serait une niaiserie dÕajouter lÕindividu ˆ une substance dans la dŽfinition de la personne. Donc il ne convient pas de placer la substance dans la dŽfinition de la personne.

q. 9 a. 2Arg. 8 Praeterea, nomen subsistentiae propinquius esse videtur personae quam substantia : dicimus enim in Deo tres subsistentias, sicut et tres personas ; non autem dicimus tres substantias, sed unam. Magis ergo debuit persona per subsistentiam quam per substantiam definiri.

8. Le noms de subsistance para”t plus proche de la personne que la substance ; car nous disons qu'il y a trois subsistances en Dieu comme aussi trois personnes ; nous ne disons pas trois substances, mais une. Donc la personne aurait dž �tre dŽfinie plut™t par la subsistance que par la substance.

q. 9 a. 2Arg. 9 Praeterea, quod ponitur in definitione tamquam genus, multiplicato definito multiplicatur, plures enim homines sunt plura animalia. Sed in Deo sunt tres personae, non autem tres substantiae. Ergo substantia non debet poni in definitione personae quasi genus.

9. Ce qui est placŽ dans la dŽfinition en tant que genre, est multipliŽ si on multiplie ce qui est dŽfini, car plus il y a d'hommes plus il y a d'animaux, mais en Dieu il y a trois personnes, mais pas trois substances. Donc la substance ne doit pas �tre placŽe dans la dŽfinition de la personne en tant que genre.

q. 9 a. 2Arg. 10 Praeterea, rationale est differentia animalis. Sed persona invenitur in his quae non sunt animalia, scilicet in Angelis et in Deo. Ergo rationale non debuit poni in definitione personae.

10 Le rationnel est la diffŽrence avec l'animal ; mais on trouve la personne dans ces (�tres) qui ne sont pas des animaux, ˆ savoir les anges et Dieu. Donc le raisonnable ne doit pas �tre placŽ dans la dŽfinition de la personne.

q. 9 a. 2Arg. 11 Praeterea, natura est tantum in rebus mobilibus : est enim principium motus, ut dicitur in II Phys. Sed essentia est tam in rebus mobilibus quam in immobilibus. Ergo convenientius fuit in definitione personae ponere essentiam quam naturam, cum etiam persona inveniatur tam in rebus mobilibus quam in immobilibus : est enim in hominibus, in Angelis et in Deo.

11. La nature nÕest que dans ce qui est mobile ; car elle est le principe du mouvement, comme on le dit (Physique, II, 1, 192 b 20[924]). Mais l'essence est autant dans ce qui est mobile que dans ce qui est immobile. Donc, dans la dŽfinition de la personne, il a ŽtŽ plus convenable de placer l'essence que la nature, puisque la personne se trouve autant dans ce qui est mobile que dans ce qui est immobile, car elle est dans les hommes, les anges et Dieu.

q. 9 a. 2Arg. 12 Praeterea, definitio debet converti cum definito. Non autem omne quod est rationalis naturae individua substantia, est persona. Essentia enim divina, secundum quod est essentia, non est persona, alioquin esset in Deo una persona, sicut est una essentia. Ergo inconvenienter definitur persona definitione praedicta.

12. La dŽfinition doit �tre convertible avec ce quÕelle dŽfinit. Mais tout ce qui est substance individuelle de nature rationnelle est une personne. L'essence divine, en effet, en tant que telle, n'est pas une personne, autrement il n'y aurait qu'une seule personne en Dieu, comme il nÕy a quÕune seule essence. Donc la personne est mal caractŽrisŽe par la dŽfinition.

q. 9 a. 2Arg. 13 Praeterea, humana natura in Christo est rationalis naturae individua substantia : neque enim est accidens, neque universalis substantia, neque irrationalis naturae ; non tamen humana natura in Christo est persona : sequeretur enim quod persona divina quae assumpsit humanam naturam, assumpsisset humanam personam ; et sic essent in Christo duae personae, scilicet divina assumens, et humana assumpta ; quod est haeresis Nestorianae. Non ergo omnis individua substantia rationalis naturae est persona.

13. La nature humaine dans le Christ est une substance individuelle de nature rationnelle : car elle n'est ni un accident, ni une substance universelle, ni d'une nature sans raison : cependant la nature humaine dans le Christ n'est pas une personne, car il en dŽcoulerait que la personne divine qui a assumŽ la nature humaine, aurait assumŽ une personne humaine ; et ainsi il y aurait dans le Christ deux personnes, ˆ savoir la personne divine, qui assume et la personne humaine, qui est assumŽe ; ce qui est l'hŽrŽsie nestorienne. Donc toute substance individuelle de nature rationnelle n'est pas une personne.

q. 9 a. 2Arg. 14 Praeterea, anima separata a corpore per mortem, non dicitur esse persona ; et tamen est rationalis naturae individua substantia. Non ergo haec est conveniens definitio personae.

14. L'‰me sŽparŽe du corps par la mort n'est pas appelŽe personne, et cependant c'est une substance individuelle d'une nature raisonnable. Donc ce ne n'est pas une dŽfinition convenable de la personne.

 

RŽponse :

q. 9 a. 2 co. Respondeo. Dicendum quod rationabiliter, individuum in genere substantiae speciale nomen sortitur : quia substantia ex propriis principiis individuatur,- et non ex alio extraneo,- sicut accidens ex subiecto. Inter individua etiam substantiarum rationabiliter individuum in rationali natura, speciali nomine nominatur, quia ipsius est proprie et vere per se agere, sicut supra dictum est.

Selon la raison (comme cela se voit dans ce qui a ŽtŽ dit[925]) l'individu re�oit un nom spŽcial dans le genre de la substance, parce que celle-ci est individuŽe par ses propres principes[926] Ñ et non par quelque autre chose extŽrieure, Ñ comme l'accident lÕest par son substrat. Parmi les individus des substances individuelles, raisonnable dans une nature raisonnable, elle est nommŽe par un nom spŽcial, parce qu'il lui appartient rŽellement et vraiment dÕagir par soi, comme on l'a dit ci-dessus.

Sicut ergo hoc nomen hypostasis, secundum Graecos, vel substantia prima secundum Latinos, est speciale nomen individui in genere substantiae ; ita hoc nomen persona, est speciale nomen individui rationalis naturae. Utraque ergo specialitas sub nomine personae continetur.

Donc de m�me que ce nom d'hypostase, selon les grecs, ou de substance premi�re, selon les Latins, est le nom spŽcial d'un individu dans le genre de la substance, de m�me ce nom de personne est le nom spŽcial d'un individu de nature raisonnable. Donc lÕune et lÕautre particularitŽs sont contenues sous le nom de personne.

Et ideo ad ostendendum quod est specialiter individuum in genere substantiae, dicitur quod est substantia individua ; ad ostendendum vero quod est specialiter in rationali natura, additur rationalis naturae. Per hoc ergo quod dicitur substantia, excluduntur a ratione personae accidentia quorum nullum potest dici persona. Per hoc vero quod dicitur individua, excluduntur genera et species in genere substantiae quae etiam personae dici non possunt ; per hoc vero quod additur rationalis naturae, excluduntur inanimata corpora, plantae et bruta quae personae non sunt.

Et c'est pourquoi, pour montrer que l'individu est spŽcialement dans le genre de la substance, on dit que c'est une substance individuelle ; mais pour montrer quÕil est spŽcialement dans la nature raisonnable, on ajoute de nature raisonnable. Donc du fait quÕil est appelŽ substance, les accidents sont exclus de la nature de la personne, dont aucun ne peut �tre appelŽ personne. Par le fait quÕon parle dÕindividus sont exclus les genres et les esp�ces dans le genre de la substance qui ne peuvent pas �tre appelŽs non plus des personne ; du fait qu'on ajoute de nature raisonnable, sont exclus les corps inanimŽs, les plantes, les animaux qui ne sont pas des personnes.

 

Solutions :

q. 9 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in substantia particulari, est tria considerare : quorum unum est natura generis et speciei in singularibus existens ; secundum est modus existendi talis naturae, quia in singulari substantia existit natura generis et speciei, ut propria huic individuo, et non ut multis communis ;

 1. Dans la substance particuli�re, il faut considŽrer trois aspects :a) L'un est la nature du genre et de l'esp�ce, qui existe dans les objets particuliersb) Le mode d'existence d'une telle nature, parce que la nature du genre et de l'esp�ce existe dans la substance particuli�re, comme propre ˆ cet individu et non comme commun ˆ beaucoup. objets particuliers.

tertium est principium ex quo causatur talis modus existendi.

c) Le troisi�me est le principe qui cause un tel mode d'existence.

Sicut autem natura in se considerata communis est, ita et modus existendi naturae ; non enim invenitur natura hominis existens in rebus nisi aliquo singulari individuata : non enim est homo qui non sit aliquis homo, nisi secundum opinionem Platonis, qui ponebat universalia separata. Sed principium talis modi existendi quod est principium individuationis, non est commune ; sed aliud est in isto, et aliud in illo ; hoc enim singulare individuatur per hanc materiam, et illud per illam. Sicut ergo nomen quod significat naturam, est commune et definibile,- ut homo vel animal,- ita nomen quod significat naturam cum tali modo existendi, ut hypostasis vel persona. Illud vero nomen quod in sua significatione includit determinatum individuationis principium, non est commune nec definibile, ut Socrates et Plato.

Mais de m�me que la nature, considŽrŽe en soi, est commune, son mode d'existence aussi, car on ne trouve la nature d'un homme qui existe en rŽalitŽ qu'individualisŽe par quelque chose de particulier, car il n'y a pas d'homme qui ne soit pas un certain homme, sinon selon l'opinion de Platon qui pla�ait des universels sŽparŽs. Mais le principe d'un tel mode d'existence qui est un principe d'individuation n'est pas commun ; mais il est diffŽrent dans l'un et dans l'autre ; car cet �tre singulier est individuŽ par cette mati�re et cet autre par celle-lˆ. De m�me donc que le nom qui signifie la nature est commun et dŽfinissable, Ñ comme homme ou animal Ñ de m�me le nom qui signifie la nature avec un tel mode d'existence, comme hypostase, ou personne. Mais ce nom qui inclut dans sa signification un principe dŽterminŽ d'individuation, n'est ni commun, ni dŽfinissable, comme Socrate et Platon.

q. 9 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non solum intentio singularitatis est communis omnibus individuis substantiis, sed etiam natura generis cum tali modo existendi ; et hoc modo significat hoc nomen hypostasis naturam generis substantiae ut individuatam ; hoc autem nomen persona solum naturam rationalem sub tali modo existendi. Et propter hoc neque hypostasis neque persona est nomen intentionis, sicut singulare vel individuum, sed nomen rei tantum ; non autem rei et intentionis simul.

 2. Non seulement le concept de singularitŽ est commun ˆ toutes les substances individuelles, mais la nature du genre aussi avec un tel mode d'existence ; et de cette mani�re le nom d'hypostase signifie la nature du genre de la substance en tant quÕindividualisŽe ; mais ce nom de personne signifie seulement la nature raisonnable qui existe sous un tel mode dÕexistence. Et c'est pour cela que ni hypostase, ni personne, ne sont le nom du concept en tant que singulier ou individuel ; mais le nom de la chose seulement ; mais pas celui de la chose et du concept en m�me temps.

q. 9 a. 2 ad 3 Unde patet solutio ad tertium et quartum.

 3. 4. Ainsi sÕŽclaire la solution ˆ la troisi�me et quatri�me objection.

q. 9 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum quod, quia essentiales rerum differentiae sunt ignotae frequenter et innominatae, oportet interdum uti accidentalibus differentiis ad substantiales differentias designandas, sicut docet philosophus, et hoc modo individuum ponitur in definitione personae, ad designandum individualem modum essendi.

 5. Parce que les diffŽrences essentielles sont frŽquemment ignorŽes et sans nom, il faut parfois se servir des diffŽrences accidentelles, pour dŽsigner des diffŽrences substantielles, comme le montre le philosophe (MŽtaphysique, VIII, 2, 1043 a 5) et de cette mani�re on place lÕindividu dans la dŽfinition de la personne pour dŽsigner le mode individuel d'�tre.

q. 9 a. 2 ad 6 Ad sextum dicendum quod, cum dividitur substantia in primam et secundam, non est divisio generis in species,- cum nihil contineatur sub secunda substantia quod non sit in prima,- sed est divisio generis secundum diversos modos essendi. Nam secunda substantia significat naturam generis secundum se absolutam ; prima vero substantia significat eam ut individualiter subsistentem. Unde magis est divisio analogi quam generis. Sic ergo persona continetur quidem in genere substantiae, licet non ut species, sed ut specialem modum existendi determinans.

 6. Quand la substance est divisŽe en premi�re et seconde, ce n'est pas une division du genre en esp�ce Ñ puisque rien n'est contenu sous la substance seconde qui ne soit dans la substance premi�re Ñ mais c'est une division du genre selon les diverses mani�res d'�tre. Car la substance seconde signifie la nature absolue du genre en soi ; mais la substance premi�re signifie celle en tant quÕelle subsiste individuellement. C'est pourquoi c'est plus une division de lÕanalogue que du genre. Ainsi donc la personne est contenue dans le genre de la substance, bien qu'elle nÕy soit pas comme esp�ce, mais comme ce qui dŽtermine un mode spŽcial d'existence.

q. 9 a. 2 ad 7 Ad septimum dicendum, quod quidam dicunt, quod substantia ponitur in definitione personae prout significat hypostasim, sed cum de ratione hypostasis sit individuum, secundum quod opponitur communitati universalis vel parti,- quia nullum universale, nec aliqua pars, ut manus vel pes, potest dici hypostasis,- ulterius de ratione personae est individuum, secundum quod opponitur communitati assumptibilis. Dicunt enim, quod humana natura in Christo est hypostasis, sed non persona. Et ideo ad excludendum assumptibilitatem additur individuum in definitione personae.

 7. Certains disent que la substance est placŽe dans la dŽfinition de la personne dans la mesure o� elle signifie l'hypostase, mais comme lÕindividu concerne le concept d'hypostase, selon qu'il est opposŽ au caract�re commun de l'universel ou ˆ la partie Ñ parce que rien d'universel, ni une partie, comme la main ou le pied ne peut �tre appelŽ hypostase Ñ l'individu concerne en plus le concept de personne selon quÕil est opposŽ ˆ lÕŽtat commun de ce qui ne peut �tre assumŽ. Car ils disent que la nature humaine dans le Christ est une hypostase, mais non une personne. Et c'est pourquoi pour exclure quÕelle puisse �tre assumŽe, on ajoute individu dans la dŽfinition de la personne.

Sed hoc videtur esse contra intentionem Boetii, qui in Lib. de duabus naturis, per hoc quod dicitur individuum, excludit universalia a ratione personae. Et ideo melius est ut dicatur, quod substantia non ponitur in definitione personae pro hypostasi, sed pro eo quod est commune ad substantiam primam, quae est hypostasis, et substantiam secundam, et dividitur in utraque. Et sic illud commune, per hoc quod additur individuum, contrahitur ad hypostasim, ut idem sit dicere : substantia individua rationalis naturae, ac si diceretur hypostasis rationalis naturae.

Mais cela para”t opposŽ ˆ la pensŽe de Bo�ce, qui dans le livre Des deux natures, du fait qu'on parle dÕindividu, est exclu ce qui est universel de la nature de la personne. Et c'est pourquoi il est meilleur de dire que la substance n'est pas placŽe dans la dŽfinition de la personne ˆ la place de lÕhypostase, mais pour ce qui est commun ˆ la substance premi�re, qui est l'hypostase, et ˆ la substance seconde et elle est divisŽe en l'une et l'autre. Et ainsi ce qui est commun, par le fait qu'on ajoute individu, est rŽunie ˆ l'hypostase pour que ce soit la m�me chose de dire : substance individuelle de nature raisonnable comme si on parlait dÕune hypostase de nature raisonnable.

q. 9 a. 2 ad 8 Ad octavum dicendum quod, secundum praedicta, ratio non procedit : quia substantia accipitur non pro hypostasi, sed pro eo quod est commune ad omnem substantiae acceptionem. Si tamen acciperetur substantia pro hypostasi, adhuc ratio non sequeretur : substantia enim quae est hypostasis, propinquius se habet ad personam quam subsistentia ; cum tamen persona dicat aliquid subiectum, sicut substantia prima, et non solum sicut subsistens ut subsistentia. Sed quia nomen substantiae refertur etiam apud Latinos ad significationem essentiae, ideo ad vitandum errorem non dicimus tres substantias, sicut tres subsistentias. Graeci vero apud quos est distinctum nomen hypostasis a nomine ousias indubitanter in Deo tres hypostases confitentur.

 8. Selon ce qui a ŽtŽ dit, cette raison ne vaut pas, parce que la substance est prise non pour une hypostase mais pour ce qui est commun ˆ toute l'acception de la substance. Si cependant la substance Žtait prise ˆ la place de l'hypostase, la raison ne vaudrait pas non plus, car la substance qui est lÕhypostase se montre plus proche de la personne que la subsistance ; Žtant donnŽ que la personne dŽsigne un substrat, de m�me que la substance premi�re et non seulement en tant que subsistant comme subsistance. Mais parce que le nom de substance est rapportŽ aussi chez les Latins ˆ la signification de l'essence, pour Žviter une erreur, nous parlons de trois substances, comme de trois subsistances. Mais les Grecs, chez qui le nom hypostase est distinguŽ de ousia, confessent, sans doute aucun, trois hypostases en Dieu.

q. 9 a. 2 ad 9 Ad nonum dicendum quod, sicut dicimus in Deo tres personas, ita possumus dicere tres substantias individuas ; unam tamen substantiam quae est essentia.

 9. De m�me que nous disons qu'il y a trois personnes en Dieu, de m�me nous pouvons parler de trois substances individuelles, cependant dÕune seule substance qui est l'essence.

q. 9 a. 2 ad 10 Ad decimum dicendum, quod rationale est differentia animalis, secundum quod ratio, a qua sumitur, significat cognitionem discursivam, qualis est in hominibus, non autem in Angelis nec in Deo. Boetius autem sumit rationale communiter pro intellectuali, quod dicimus convenire Deo et Angelis et hominibus.

 10. Raisonnable dŽsigne la diffŽrence de l'animal selon que la notion, d'o� il est pris, signifie la connaissance discursive telle qu'elle est dans l'homme, mais non dans les anges[927], ni en Dieu. Mais Bo�ce prend raisonnable communŽment pour intellectuel, que nous disons convenir ˆ Dieu, aux anges et aux hommes.

q. 9 a. 2 ad 11 Ad undecimum dicendum quod natura in definitione personae non accipitur prout est principium motus, sicut definitur a philosopho, sed sicut definitur a Boetio : quod natura est unumquodque informans specifica differentia. Et quia differentia complet definitionem et determinat definitum ad speciem, ideo nomen naturae magis competit in definitione personae,- quae specialiter in quibusdam substantiis invenitur,- quam nomen essentiae, quod est communissimum.

 11. La nature, dans la dŽfinition de la personne n'est pas prise selon qu'elle est le principe du mouvement comme le philosophe la dŽfinit (Physique, II, 193 a 30[928]), mais comme elle est dŽfinie par Bo�ce (dans Les deux natures, III) parce que la nature est une diffŽrence spŽcifique qui donne forme ˆ chaque chose. Et parce que la diffŽrence compl�te la dŽfinition et dŽtermine le dŽfini ˆ l'esp�ce, le nom de nature appartient plus ˆ la dŽfinition de la personne Ñ qui se trouve spŽcialement en certaines substances Ñ que le nom essence qui est tr�s commun.

q. 9 a. 2 ad 12 Ad duodecimum dicendum quod individuum, in definitione personae, sumitur pro eo quod non praedicatur de pluribus ; et secundum hoc essentia divina non est individua substantia secundum praedicationem,- cum praedicetur de pluribus personis,- licet sit individua secundum rem. Richardus tamen de sancto Victore, corrigens definitionem Boetii, secundum quod persona in divinis accipitur, dixit : quod persona est divinae naturae incommunicabilis existentia, ut per hoc quod dicitur incommunicabilis, essentia divina, persona non esse, ostenderetur.

 12. LÕindividu, dans la dŽfinition de la personne, est pris pour ce qui est attribuŽ ˆ plusieurs, et ainsi l'essence divine n'est pas une substance individuelle selon l'attribution Ñ puisqu'elle est attribuŽe ˆ plusieurs personnes Ñ bien qu'elle soit individuelle en rŽalitŽ ; cependant Richard de saint Victor (La TrinitŽ, IV, 18 et 23), corrigeant la dŽfinition de Bo�ce, selon que la personne est re�ue en Dieu, a dit que : ÇLa personne est une existence incommunicable de nature divine.È pour montrer que parce quÕon la dit incommunicable, l'essence divine nÕest pas une personne.

q. 9 a. 2 ad 13 Ad decimumtertium dicendum quod cum substantia individua sit quoddam completum per se existens, humana natura in Christo, cum sit assumpta in personam divinam, non potest dici substantia individua,- quae est hypostasis,- sicut nec manus nec pes nec aliquid eorum quae non subsistunt per se ab aliis separata ; et propter hoc non sequitur quod sit persona.

 13. Comme la substance individuelle est quelque chose de complet existant par soi, comme la nature humaine dans le Christ a ŽtŽ assumŽe dans la personne divine, elle ne peut pas �tre appelŽe substance individuelle Ñ qui est une hypostase,Ñ de m�me que ni la main ni le pied, ni quelque chose de ce qui ne subsiste pas par soi sŽparŽ des autres ; et pour cela il n'en dŽcoule pas quÕelle soit une personne.

q. 9 a. 2 ad 14 Ad decimumquartum dicendum quod anima separata est pars rationalis naturae, scilicet humanae, et non tota natura rationalis humana, et ideo non est persona.

 14. L'‰me sŽparŽe est une partie de la nature raisonnable, ˆ savoir de la nature humaine, et non toute la nature raisonnable humaine et c'est pour cela que ce n'est pas une personne.

 

 

 

Article 3 Ñ Peut-il y avoir une personne en Dieu ?

q. 9 a. 3 tit. 1 Tertio quaeritur utrum in Deo possit esse persona. Et videtur quod non.

Il semble que non[929].

 

Objections :

q. 9 a. 3Arg. 1 Sicut enim dicit Boetius nomen personae sumitur a personando, quia homines larvati personae dicebantur, quia in comoediis vel tragoediis aliquid personabant. Sed esse larvatum non competit Deo, nisi forte metaphorice. Ergo nomen personae non potest dici de Deo, nisi forte metaphorice.

1. Car, comme le dit Bo�ce (Les deux Natures, III, PL. 64, 1344 A), le nom de personne vient de personare (c'est-ˆ-dire rŽsonner) : les hommes qui portaient un masque Žtaient appelŽs des personnes, parce que, dans les comŽdies et les tragŽdies, leurs voix rŽsonnaient. Mais porter un masque ne convient pas ˆ Dieu sinon par mŽtaphore. Donc le nom de personne ne peut �tre employŽ pour Dieu, sinon Žventuellement par mŽtaphore.

q. 9 a. 3Arg. 2 Praeterea, sicut dicit Damascenus, de nullo eorum quae dicuntur de Deo, possumus scire quid est, prout ei conveniunt. Sed de persona scimus quid est, per definitionem praemissam. Ergo persona non competit Deo, ad minus secundum definitionem praedictam.

2. Comme le dit Jean Damasc�ne (La foi orthodoxe I, 1, 2 et 4), de tout ce qu'on dit ˆ propos de Dieu, nous ne pouvons savoir ce quÕil est, dans la mesure o� cela lui convient. Mais pour la personne, nous savons ce quÕelle est, par la dŽfinition rapportŽe ci-dessus (a. 2). Donc le nom de personne ne convient pas ˆ Dieu, au moins selon la dŽfinition quÕon en a donnŽe.

q. 9 a. 3Arg. 3 Praeterea, Deus non est in aliquo genere ; cum enim sit infinitus, sub nullius generis terminis comprehendi potest. Persona autem significat aliquid quod est in genere substantiae. Ergo persona Deo non convenit.

3. Dieu n'est pas dans un genre, car comme il est infini, il ne peut �tre compris sous les termes d'aucun genre. Mais la personne signifie quelque chose qui est dans le genre de la substance. Donc la personne ne convient pas ˆ Dieu.

q. 9 a. 3Arg. 4 Praeterea, in Deo nulla est compositio. Sed persona significat aliquid compositum ; singulare enim humanae naturae, quod est persona, est maximae compositionis ; partes etiam definitionis personae demonstrant personam esse compositam. Non est ergo in Deo persona.

4. Il n'y a nulle composition en Dieu. Mais la personne signifie quelque chose de composŽ ; car l'individu particulier de nature humaine, qui est une personne est dÕune tr�s grande composition ; les parties de la dŽfinition de la personne montrent aussi qu'elle est composŽe. Donc il n'y a pas de personne en Dieu.

q. 9 a. 3Arg. 5 Praeterea, in Deo nulla est materia. Principium autem individuationis materia est. Cum ergo persona sit substantia individua, non potest Deo convenire.

5. En Dieu il n'y a pas de mati�re. Mais le principe d'individuation est la mati�re. Comme la personne est une substance individuelle, elle ne peut convenir ˆ Dieu.

q. 9 a. 3Arg. 6 Praeterea, omnis persona est subsistentia. Sed Deus non potest dici subsistentia, quia non existit sub aliquo. Ergo non est persona.

6. Toute personne est une subsistance. Mais Dieu ne peut pas �tre appelŽ subsistance, parce qu'il n'est placŽ sous rien[930]. Donc il n'est pas une personne.

q. 9 a. 3Arg. 7 Praeterea, persona sub hypostasi continetur. Sed in Deo non potest esse hypostasis, quia non est in eo aliquod accidens, cum hypostasis dicat subiectum accidentis, ut supra dictum est. Ergo in Deo non est persona.

7. La personne est contenue sous l'hypostase. Mais en Dieu il ne peut pas y avoir d'hypostase, parce qu'en lui, il n'y a pas d'accident, puisquÕon dit que lÕhypostase est le substrat de lÕaccident, comme ci-dessus (art. 1[931]) on l'a dit. Donc en Dieu il n'y a pas de personne.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 3 s. c. Sed contrarium, apparet per Athanasium in symbolo quicumque vult, etc., et per Augustinum in VII de Trinit., et per communem Ecclesiae usum, quae a spiritu sancto edocta non potest errare.

Le contraire appara”t dans le Symbole d'Athanase[932] :ÇQuiconque veutÉ etc.È et chez Augustin (La TrinitŽ, VII, 6) et par l'usage commun de l'ƒglise, qui, instruite par l'Esprit saint, ne peut pas se tromper.

 

RŽponse :

q. 9 a. 3 co. Respondeo. Dicendum quod persona, sicut dictum est, significat quamdam naturam cum quodam modo existendi. Natura autem, quam persona in sua significatione includit, est omnium naturarum dignissima, scilicet natura intellectualis secundum genus suum. Similiter etiam modus existendi quem importat persona est dignissimus, ut scilicet aliquid sit per se existens

La personne, comme il a ŽtŽ dit, signifie une nature avec un certain mode d'existence. Mais la nature, que Ç personne È inclut dans sa signification est la plus digne de toutes les natures, ˆ savoir, selon son genre, la nature intellectuelle. De m�me aussi le mode d'existence qu'apporte la personne est le plus digne, en tant que rŽalitŽ qui existe en soi.

Cum ergo omne quod est dignissimum in creaturis, Deo sit attribuendum, convenienter nomen personae Deo attribui potest, sicut et alia nomina quae proprie dicuntur de Deo.

Donc, comme tout ce qui est le plus digne dans les crŽatures doit �tre attribuŽ ˆ Dieu, il convient que le nom de personne puisse lui �tre attribuŽ, comme les autres noms qui lui sont attribuŽs en propre.

 

Solutions :

q. 9 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum quod in nomine aliquo est duo considerare : scilicet, illud ad quod significandum nomen imponitur, et illud a quo imponitur ad significandum. Frequenter enim imponitur nomen aliquod ad significandum rem aliquam, ab aliquo accidente aut actu aut effectu illius rei ; quae tamen non sunt principaliter significata per illud nomen, sed potius ipsa rei substantia, vel natura sicut hoc nomen lapis sumitur a laesione pedis, quam tamen non significat, sed potius corpus quoddam in quo tale accidens frequenter invenitur. Unde laesio pedis magis pertinet ad etymologiam huius nominis lapis, quam ad eius significationem.

# 1. Dans un nom il y a deux aspects ˆ considŽrer : lÕun sÕimpose pour signifier pour quoi ? et lÕautre par quoi ? Car frŽquemment le nom sert pour signifier quelque chose par un accident, un acte ou un de ses effets ; cependant cela n'est pas signifiŽ principalement par ce nom, mais plut™t par la substance de la chose, ou sa nature ; ainsi le nom pierre est pris de Ç qui blesse le pied[933] È. Ce que cependant il ne signifie pas, mais il signifie plut™t un corps dans lequel se trouve frŽquemment un tel accident. C'est pourquoi la blessure du pied appartient ˆ son Žtymologie plus qu'ˆ sa signification.

Quando ergo illud ad quod significandum nomen imponitur, Deo non competit,- sed aliqua proprietas eius secundum similitudinem quamdam,- tunc illud nomen de Deo metaphorice dicitur : sicut Deus nominatur leo, non quia natura illius animalis Deo conveniat, sed propter fortitudinem quae in leone invenitur. Quando vero res significata per nomen Deo convenit, tunc illud nomen proprie de Deo dicitur, sicut bonum, sapiens et huiusmodi ; licet etiam quandoque illud a quo tale nomen imponitur, non conveniat Deo. Sic ergo licet personare ad modum larvati hominis a quo impositum fuit nomen personae, Deo non conveniat, tamen illud quod significatur per nomen, scilicet subsistens in natura intellectuali, competit Deo ; et propter hoc nomen personae proprie sumitur in divinis.

Donc quand ce ˆ quoi sert le nom pour signifier quelque chose ne lui convient pas Ñ mais une de ses propriŽtŽs selon une ressemblance quelconque Ñ alors ce nom est employŽ pour Dieu mŽtaphoriquement ; ainsi Dieu est appelŽ lion, non pas parce que la nature animale lui convient, mais ˆ cause de la force qui est dans le lion. Mais quand une chose signifiŽe par le nom lui convient, alors il est employŽ au sens propre, comme bon, sage, etc. ; bien que quelquefois aussi ce par quoi on se sert d'un tel nom ne lui convienne pas. Ainsi donc, bien que crier ˆ voix forte ˆ la mani�re dÕun homme masquŽ, par qui a ŽtŽ imposŽ le nom de personne, ne convienne pas ˆ Dieu, cependant ce quÕil signifie, ˆ savoir qui subsiste dans une nature intellectuelle, lui convient, et ˆ cause de cela le nom de personne est pris en lui au sens propre.

q. 9 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum quod tam nomen personae quam definitio de persona data, si recte intelligatur, convenit Deo : non tamen ita quod sit definitio eius, quia plus est in Deo quam significetur per nomen. Unde id quod Dei est, per rationem nominis non definitur.

# 2. Tant le nom de personne que la dŽfinition quÕon lui donne, si on les comprend bien, conviennent ˆ Dieu, non cependant de sorte que ce soit sa dŽfinition, parce qu'il y a plus en Dieu que ce qui est signifiŽ par le nom. C'est pourquoi ce qui appartient ˆ Dieu n'est pas dŽfini par la signification de ce nom.

q. 9 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum quod, licet Deus non sit in genere substantiae tamquam species, pertinet tamen ad genus substantiae sicut generis principium.

# 3. Bien que Dieu ne soit pas dans le genre de la substance, comme esp�ce, il se rapporte cependant au genre de la substance comme principe du genre.

q. 9 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum quod accidit personae, in quantum huiusmodi, quod sit composita, ex hoc quod complementum vel perfectio, quae requiritur ad rationem personae, non invenitur statim in uno simplici, sed requirit adunationem multorum, sicut in hominibus patet. In Deo autem, cum summa simplicitate est summa perfectio ; et ideo est ibi persona absque compositione. Partes vero positae in definitione personae non ostendunt aliquam compositionem personae, nisi in substantiis materialibus : individuum autem cum sit negatio, per hoc quod substantiae additur, nulla compositio importatur. Unde remanet ibi sola compositio individuae substantiae, id est hypostasis ad naturam : quae duo, in substantiis immaterialibus, secundum rem, sunt idem omnino.

# 4. Il arrive ˆ la personne en tant que telle, dÕ�tre composŽe, du fait que ce qui l'ach�ve ou la parfait, requis pour sa nature, ne se trouve pas constamment dans ce qui est un et simple, mais requiert l'union de beaucoup de parties, comme on le voit pour l'homme. Mais en Dieu, comme la perfection surp�me vient de sa supr�me simplicitŽ, il y a une personne sans composition. Aussi les parties placŽes dans la dŽfinition de la personne ne montrent une composition de la personne que dans les substances matŽrielles ; mais comme lÕindividu est une nŽgation, du fait qu'il est ajoutŽ ˆ la substance, il nÕapporte aucune composition. C'est pourquoi la seule composition de la substance individuelle y demeure, c'est-ˆ-dire l'hypostase pour la nature ; les deux, dans les substances immatŽrielles, sont tout ˆ fait identiques en rŽalitŽ.

q. 9 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum quod rebus materialibus, in quibus formae non sunt per se subsistentes, sed materiae inhaerentes, oportet quod principium individuationis sit ex materia : formae vero immateriales, cum sint per se subsistentes, ex seipsis individuantur ; ex hoc enim quod aliquid est subsistens, habet quod de pluribus praedicari non potest : et ideo nihil prohibet in rebus immaterialibus substantiam individuam et personam inveniri.

# 5. Pour les choses matŽrielles, en qui les formes ne sont pas subsistantes par soi, mais inhŽrentes ˆ la mati�re, il faut que le principe d'individuation vienne de la mati�re : mais comme les formes immatŽrielles sont subsistantes par soi, elles sont individuŽes par elles-m�mes ; car du fait que quelque chose est subsistant, il a ce qui ne peut pas �tre attribuŽ ˆ plusieurs ; et c'est pourquoi rien n'emp�che de trouver dans les choses immatŽrielles, une substance individuelle et une personne.

q. 9 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum quod, licet in Deo non sit compositio, ut in eo aliquid sub alio intelligi possit, tamen secundum intellectum nostrum, seorsum accipimus esse eius et substantiam ipsius sub esse eius existentem, ut huic subsistens dicatur. Vel dicendum, quod licet subesse,- a quo imponitur vocabulum subsistendi,- Deo non conveniat, tamen per se esse,- ad quod significandum imponitur,- competit ei.

# 6. Bien qu'en Dieu, il n'y ait pas de composition, qui puisse faire penser qu'une chose en lui est soumise ˆ une autre, cependant, selon notre esprit, nous avons admis ci-dessus que son �tre et sa substance existent sous son �tre, pour le dire subsistant. Ou bien il faut dire, que bien qu' "�tre sujet"Ñ notion quÕimpose le terme de subsister, ne convienne pas ˆ Dieu cependant �tre par soi, Ñ ce ˆ quoi il sert ˆ le signifier Ñ lui convient.

q. 9 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum quod, licet in Deo non sint accidentia, sunt tamen in eo proprietates personales, quibus hypostases substant.

# 7. Bien qu'en Dieu il n'y ait pas d'accidents, il y a cependant des propriŽtŽs personnelles[934] dont les hypostases sont le substrat.

 

 

 

Article 4 Ñ Ce nom "personne" signifie-t-il en Dieu, le relatif ou l'absolu[935] ?

q. 9 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum hoc nomen persona in divinis significet relativum, vel aliquid absolutum. Et videtur quod significet aliquid absolutum.

Il semble qu'il signifie l'absolu[936].

 

Objections :

q. 9 a. 4Arg. 1 Dicit enim Augustinus, quod cum Ioannes dicit : tres sunt qui testimonium dant in caelo, pater, verbum et spiritus sanctus ; et quaereretur quid tres essent, responsum est quod sunt tres personae. Sed quid quaerit de essentia. Ergo hoc nomen persona in divinis significat essentiam.

1. Car Augustin rapporte (La TrinitŽ, VII, IV, 7[937]) que Jean dit : Ç Il y en a trois qui donnent leur tŽmoignage dans le ciel, le P�re, le Fils et l'Esprit saint.È, et si on cherche ce quÕils sont, on rŽpond : ce sont trois personnes. Mais quid interroge sur l'essence. Donc ce nom de personne signifie l'essence en Dieu.

q. 9 a. 4Arg. 2 Praeterea, in eodem Lib. Augustinus dicit, quod idem est Deo esse quod personam esse. Sed esse in divinis significat essentiam, et non relationem. Ergo et persona.

2. Dans le m�me livre (La TrinitŽ, VII, VI, 11[938]), Augustin dit que cÕest pareil pour Dieu dÕ�tre et dÕ�tre une personne. Mais l'�tre en Dieu signifie l'essence et non la relation. Donc la personne aussi.

q. 9 a. 4Arg. 3 Praeterea, Augustinus dicit ibidem : ad se proprie dicitur persona, non ad filium vel spiritum sanctum, sicut ad se dicitur Deus, et magnus et bonus et iustus. Sed haec omnia essentiam significant, et non relationem. Ergo et persona.

3. Augustin dit au m�me endroit[939] : ÇOn parle de personne absolument au sens propre, mais pas en rapport au Fils ou ˆ l'Esprit saint, comme on dit absolument Dieu, grand, bon et juste.È Mais tous ces noms signifient l'essence et non la relation. Donc la personne aussi.

q. 9 a. 4Arg. 4 Praeterea, Augustinus ibidem dicit quod, quamvis commune est illis, scilicet patri et filio et spiritui sancto, nomen essentiae, ita ut singulus quisque dicatur essentia, tamen illis commune est personae vocabulum. Sed relatio in divinis non est commune, sed distinctivum. Ergo persona in divinis non significat relationem.

4. Augustin au m�me endroit (ch. 4) dit que, quoique le nom dÕessence leur soit commun, ˆ savoir au P�re, au Fils et ˆ l'Esprit saint, de sorte que chacun en particulier est appelŽ essence, cependant, le nom de personne leur est commun. Mais la relation en Dieu n'est pas commune mais distinctive. Donc la personne n'y signifie pas la relation.

q. 9 a. 4Arg. 5 Sed dicendum, quod persona est commune ratione et non re in divinis.- Sed contra, in divinis non est universale ; unde Augustinus in eodem libro improbat opinionem illorum qui dicebant quod essentia in divinis est sicut genus vel sicut species ; persona vero sicut species vel individua. Quod autem est commune ratione et non re, est commune per modum universalis. Ergo persona non est commune in divinis ratione tantum, sed etiam re ; et ita non potest significare relationem.

5. Mais il faut dire que le nom personne est commun en Dieu en raison, mais pas en rŽalitŽ. Ñ En sens contraire, en Dieu l'universel nÕexiste pas. C'est pourquoi, Augustin dans le m�me livre (TrinitŽ, VII, VI, 11) rŽprouve l'opinion de ceux qui disaient que l'essence lui est comme un genre ou une esp�ce et la personne comme une esp�ce ou un individu. Mais ce qui est commun en raison et non en rŽalitŽ est commun ˆ la mani�re de l'universel. Donc la personne n'est pas commune en lui, en raison seulement, mais aussi en rŽalitŽ, et ainsi elle ne peut pas signifier une relation.

q. 9 a. 4Arg. 6 Praeterea, nullum nomen significat res diversorum generum, nisi aequivoce : acutum enim aequivoce dicitur in saporibus et magnitudinibus. Manifestum est autem quod persona in Angelis et hominibus non significat relationem, sed aliquid absolutum. Si ergo in Deo significet relationem, erit aequivoce dictum.

6. Aucun nom ne signifie des choses de genres diffŽrents sinon de mani�re Žquivoque. Important, en effet, se dit de mani�re Žquivoque dans les saveurs et les grandeurs[940]. Mais il est clair que la personne dans les anges et dans les hommes ne signifie pas une relation, mais quelque chose d'absolu. Si donc en Dieu, elle signifie la relation, on en parlera de mani�re Žquivoque.

q. 9 a. 4Arg. 7 Praeterea, quod accidit rei significatae per nomen, est extra significationem nominis ; sicut extra significationem hominis est album, quod accidit homini. Res autem significata per hoc nomen persona est substantia individua rationalis naturae ; quia ratio quam significat nomen, est definitio, secundum philosophum, in IV Metaph. : substantiae autem tali accidit ad aliud referri. Relatio ergo est extra significationem huius nominis persona.

7. Ce qui sÕajoute ˆ ce qui est signifiŽ par le nom est hors de sa signification ; comme le blanc, accident dans l'homme, est hors de sa signification ; mais ce qui est signifiŽ par le nom de personne est la substance individuelle de nature raisonnable ; parce que la notion que signifie le nom est la dŽfinition, selon le philosophe (MŽtaphysique, IV, 7, 1012 a 23[941]), mais, il arrive ˆ une telle substance de se rŽfŽrer ˆ autre chose. Donc la relation est hors de la signification de ce nom de personne.

q. 9 a. 4Arg. 8 Praeterea, nullum nomen potest intelligi de aliquo vere praedicari, cui non intelligitur convenire res significata per nomen ; sicut non potest intelligi esse homo quod intelligitur non esse animal rationale mortale. Iudaei autem et Pagani confitentur Deum esse personam ; non tamen confitentur in eo relationes, quas nos ponimus secundum fidem. Ergo hoc nomen persona in divinis non significat huiusmodi relationes.

8. On peut comprendre quÕaucun nom ne soit vraiment attribuŽ ˆ une chose, si on ne comprend pas que ce quÕil signifie lui convient ; ainsi il est impossible de comprendre "�tre homme" sans comprendre �tre un animal raisonnable mortel Ñ Mais les Juifs et les Pa•ens confessent que Dieu est une personne ; mais ils ne confessent cependant pas en lui les relations que nous, nous posons selon notre foi. Donc ce nom de personne en Dieu ne signifie pas des relations de ce genre.

q. 9 a. 4Arg. 9 Sed dicendum, quod Iudaei et Pagani erroneam habent opinionem de Deo ; unde ex eorum opinione non potest accipi argumentum.- Sed contra, error opinionis non variat nominis significationem, nec etiam veritas. Si ergo apud errantes de Deo nomen persona non significat relationem, nec etiam significabit apud recte sentientes de Deo.

9. Mais il faut dire que les Juifs et les Pa•ens ont une opinion erronŽe sur Dieu. C'est pourquoi, on ne peut pas tirer argument de leur opinion. Ñ En sens contraire, l'erreur dans l'opinion ne change pas la signification du nom, la vŽritŽ non plus du reste. Si donc parmi ceux qui se trompent sur Dieu, le om de personne ne signifie pas la relation, il ne le signifiera pas non plus chez ceux qui pensent sur Dieu avec rectitude.

q. 9 a. 4Arg. 10 Praeterea, voces, secundum philosophum, sunt signa intellectuum : intellectus enim qui concipitur ex hoc nomine persona est in intellectu substantiae primae. Ergo hoc nomen persona significat substantiam primam, qua nihil est magis absolutum, cum sit per se existens ; ergo hoc nomen persona non significat relationem, sed aliquid absolutum.

10. Les mots, selon le philosophe (Perih. I) sont les signes du concept, car celui-ci qui est con�u par ce nom de personne est dans le concept de substance premi�re. Donc ce nom de personne signifie la substance premi�re, dont rien n'est plus absolu, puisqu'elle existe par soi ; donc ce nom de personne ne signifie pas une relation mais l'absolu.

q. 9 a. 4Arg. 11 Sed dicendum, quod hoc nomen persona significat relationem per modum substantiae.- Sed contra, haec propositio est immediata : nulla relatio est substantia, sicut et haec : nulla quantitas est substantia, sicut patet per philosophum. Si ergo hoc nomen persona significat substantiam, ut probatum est, impossibile est quod significatum eius sit relatio.

11. Mais il faut dire que ce nom personne signifie une relation ˆ la mani�re de la substance. Ñ En sens contraire, cette proposition est Žvidente : ÇAucune relation n'est une substanceÈ, de la m�me mani�re que : ÇAucune quantitŽ n'est une substance[942]È, comme le montre le philosophe (Posteriorum, I, 34) Ñ Si donc ce nom personne signifie la substance, comme cela a ŽtŽ prouvŽ, il est impossible que ce qui est signifiŽ soit sa relation.

q. 9 a. 4Arg. 12 Praeterea, opposita non possunt verificari de eodem. Sed esse per se et esse ad aliud, sunt opposita. Si ergo quod significatur nomine personae est substantia, quae est ens per se, impossibile est quod sit ad aliquid.

12. Les opposŽs ne peuvent pas se prŽsenter comme vrais sous un m�me rapport. Mais �tre par soi et �tre pour un autre sont des opposŽs[943]. Si donc ce qui est signifiŽ par le nom de personne est une substance, qui est un Žtant par soi, il est impossible que ce soit une relation.

q. 9 a. 4Arg. 13 Praeterea, omne nomen significans relationem, refertur ad aliquid quod consignificat, sicut dominus et servus. Sed patet quod hoc nomen persona non refertur ad aliud. Ergo non significat relationem, sed aliquid absolutum.

13. Tout nom qui signifie une relation se rŽf�re ˆ une rŽalitŽ dont il rŽv�le la relation, comme ma”tre et serviteur. Mais il est clair que ce nom personne ne se rŽf�re pas ˆ autre chose. Donc il ne signifie pas une relation, mais l'absolu.

q. 9 a. 4Arg. 14 Praeterea, persona dicitur quasi per se una. Unitas autem in divinis pertinet ad essentiam. Ergo hoc nomen persona significat essentiam, et non relationem.

14. On dit que la personne est pour ainsi dire unique par soi. Mais l'unitŽ en Dieu appartient ˆ l'essence. Donc ce nom personne signifie l'essence et non la relation.

q. 9 a. 4Arg. 15 Sed dicendum, quod hoc nomen significat unum distinctum, et quia distinctio in divinis est per relationem, ideo significat relationem.- Sed contra, filius et spiritus sanctus dicuntur distingui in divinis secundum modum originis : nam filius procedit per modum intellectus, ut verbum, sed spiritus sanctus per modum voluntatis, ut amor. Non ergo per solas relationes est distinctio in divinis ; et sic non oportet quod persona relationem significet.

15. Mais il faut dire que ce nom signifie une rŽalitŽ distincte et parce que la distinction en Dieu se fait par relation, elle la signifie. Ñ En sens contraire, on dit que le Fils et l'Esprit saint sont distinguŽs en Dieu par le mode d'origine ; car le Fils proc�de par mode d'intellect, comme Verbe, mais l'Esprit saint par mode de volontŽ comme amour. Donc la distinction en Dieu n'est pas par les relations seules et ainsi il ne faut que la personne signifie une relation.

q. 9 a. 4Arg. 16 Praeterea, si relatio in divinis est distinguens ; persona autem est quid distinctum, non distinguens ; non significabit relationem nomen personae.

16. Si la relation en Dieu apporte une distinction, (mais la personne est ce qui est distinguŽ et qui ne distingue pas), le nom de personne ne signifiera pas une relation.

q. 9 a. 4Arg. 17 Praeterea, relationes in divinis dicuntur esse proprietates. Persona autem significat aliquid substans proprietati. Non ergo significat relationem.

17. On dit que les relations en Dieu sont des propriŽtŽs. Mais la personne signifie quelque chose qui est le substant de la propriŽtŽ. Donc elle ne signifie pas la relation.

q. 9 a. 4Arg. 18 Praeterea, quatuor sunt relationes in divinis : scilicet paternitas, filiatio, processio, communis spiratio : innascibilitas enim, quae est quinta notio, non est relatio. Sed hoc nomen persona nullam harum significat. Si enim significaret paternitatem, non diceretur de filio ; si filiationem, non diceretur de patre ; si autem processione spiritus sancti, non diceretur neque de patre neque de filio ; si vero communem spirationem, non diceretur de spiritu sancto. Non ergo significat relationem hoc nomen persona.

18. Les relations en Dieu sont quatre : la paternitŽ, la filiation, la procession, la spiration commune ; car l'innascibilitŽ qui est la cinqui�me notion n'est pas une relation. Mais ce nom de personne ne signifie aucune d'entre elles. Car si elle signifiait la paternitŽ, on ne lÕemploierait pas pour le Fils, si elle signifiait la filiation, on ne lÕemploierait pas pour P�re, et si elle signifiait la procession de lÕEsprit saint, on ne lÕemploierait ni pour le P�re ni pour le Fils ; si elle signifiait la spiration commune, on ne lÕemploierait pas pour l'Esprit saint. Donc ce nom de personne ne signifie pas une relation.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 4 s. c. 1 Sed contra. Boetius dicit, quod omne nomen, ad personas pertinens, relationem significat. Sed nullum nomen magis pertinet ad personas quam hoc nomen persona. Ergo hoc nomen persona relationem significat.

1. Bo�ce dit (La TrinitŽ, VI) que tout nom en rapport avec les personnes, signifie une relation. Mais aucun nom ne se rapporte plus aux personnes que celui de personne. Donc il signifie une relation.

q. 9 a. 4 s. c. 2 Praeterea, sub persona in divinis continentur pater et filius et spiritus sanctus. Sed haec nomina relationem significant. Ergo et nomen personae.

2. En Dieu le P�re, le Fils et l'Esprit saint sont contenus sous le nom de personne. Mais ces noms signifient une relation. Donc le nom de personne aussi.

q. 9 a. 4 s. c. 3 Praeterea, nullum absolutum distinguitur in divinis. Sed persona distinguitur. Ergo non est absolutum, sed relativum.

3. Rien de ce qui est absolu nÕest distinguŽ en Dieu. Mais on distingue la personne. Donc elle n'est pas absolue, mais relative.

 

RŽponse :

q. 9 a. 4 co. Respondeo. Dicendum quod hoc nomen persona habet commune cum nominibus absolutis in divinis quod de qualibet persona praedicatur, nec secundum nomen ad aliud defertur ; cum nominibus vero relationem significantibus, quod distinguitur, et pluraliter praedicatur. Et ideo videtur quod utraque significatio et relativi et absoluti pertineat ad personam. Qualiter autem utraque significatio ad nomen personae pertineat est diversimode a diversis assignatum.

Ce nom de personne a en commun avec les noms absolus dÕ�tre attribuŽ ˆ nÕimporte quelle personne et il nÕest pas dŽfŽrŽ nominativement ˆ autre chose ; mais avec les noms qui signifient une relation, il distingue et est attribuŽ au pluriel. Et c'est pourquoi il semble que l'une et l'autre signification, du relatif et de l'absolu, se rapporte ˆ la personne. Mais de quelque mani�re que l'une et l'autre signification se rapporte au nom de personne, cela est confŽrŽ de diverses mani�res par diverses choses.

Dicunt enim quidam quod persona significat utrumque, sed per modum aequivocationis. Dicunt enim quod hoc nomen persona, quantum est de se, absolute significat essentiam, tam in singulari quam in plurali, sicut hoc nomen Deus, aut bonus, aut magnus : sed propter insufficientiam nominum ad loquendum de Deo, accommodatum est hoc nomen persona a sanctis patribus in Nicaeno Concilio, ut quandoque possit sumi pro relativo, et praecipue in plurali, cum dicimus quod pater et filius et spiritus sanctus sunt tres personae, vel cum termino partitivo adiuncto, ut cum dicitur : alia est persona patris, alia filii ; vel cum dicitur : filius est alius a patre in persona. In singulari autem cum absolute praedicatur, potest indifferenter significare essentiam vel personam, ut cum dicitur : pater est persona, vel filius est persona.- Et haec videtur esse opinio Magistri in I sententiarum.

A. Car certains disent que la personne signifie l'un et l'autre[944], mais de mani�re Žquivoque. Ils disent en effet que ce nom de personne, quant ˆ lui, signifie l'essence dans l'absolu, tant au singulier qu'au pluriel, comme ce nom Dieu, ou bon, ou grand ; mais ˆ cause de l'insuffisance des noms pour parler de Dieu, celui-ci a ŽtŽ adoptŽ par les saints P�res au Concile de NicŽe, pour que, quelquefois il puisse �tre pris pour relation, et surtout au pluriel, quand nous disons que le P�re, le Fils et l'Esprit saint sont trois personnes, ou avec un terme partitif joint, comme quand on dit : Autre est la personne du P�re ; autre celle du Fils ; ou quand on dit : Le Fils est autre que le P�re en personne. Au singulier, quand il est attribuŽ dans l'absolu, il peut indiffŽremment signifier l'essence ou la personne, comme quand on dit : Le P�re est une personne, ou Le Fils est une personne. Ñ Et cela para”t �tre l'opinion du Ma”tre dans le livre I des Sentences (D. 25).

Sed non videtur sufficienter dici : non enim absque ratione ex propria significatione nominis sumpta, sancti patres divinitus inspirati, hoc nomen invenerunt ad confessionem verae fidei exprimendam ; et praecipue quia dedissent occasionem erroris dicendo tres personas, si hoc nomen persona significat essentiam absolute.

Mais on voit bien que ce nÕest pas suffisant. Car ce n'est pas sans une raison tirŽe de la propre signification du nom, que les saints P�res, divinement inspirŽs, ont trouvŽ ce nom pour exprimer la confession de la vraie foi ; et surtout parce qu'ils auraient donnŽ une occasion d'erreur en parlant de trois personnes, si ce nom personne signifiait l'essence dans lÕabsolu.

Et ideo alii dixerunt quod simul significat essentiam, et relationem, sed non aequaliter ; sed unum in recto, et aliud in obliquo. Quorum quidam dixerunt, quod significat essentiam in recto, et relationem in obliquo ; quidam e converso.

B. Et c'est pourquoi d'autres ont dit qu'il signifie l'essence et la relation en m�me temps, mais pas ˆ ŽgalitŽ : l'une directement, l'autre indirectement. Certains d'entre eux ont dit qu'il signifie l'essence directement et la relation indirectement, certains ont dit le contraire.

Sed neutri dubitationem solvunt : quia si essentiam in recto significant, non deberet pluraliter praedicari ; si vero relationem, non deberet ad se dici, nec de singulis praedicari. Et ideo alii dixerunt quod significat utrumque in recto.

Mais aucune des deux opinions ne supprime lÕincertitude ; parce que, s'ils signifient l'essence directement, on ne devrait pas lÕattribuer au pluriel, mais si cÕest la relation, on ne devait pas en parler dans lÕabsolu, ni lÕattribuer ˆ chaque personne

Quorum quidam dixerunt, quod significat essentiam et relationem ex aequo, et neutrum circa aliud ponitur.

C. Certains d'entre eux ont dit qu'il signifie l'essence et la relation ˆ ŽgalitŽ et aucune des deux n'est placŽe en rapport avec autre chose.

Sed hoc non est intelligibile : quia quod non significat unum nihil significat. Unde omne nomen significat unum in una acceptione, ut dicit philosophus in IV Metaph.

Mais cela n'est pas comprŽhensible ; parce que ce qui ne signifie pas l'unitŽ ne signifie rien. C'est pourquoi tout nom signifie lÕunitŽ dans une seule acception, comme le dit le philosophe (MŽtaphysique, IV, 2, 1003 b 25 ss.[945])

Et ideo alii dixerunt quod relatio ponitur circa absolutum. Quod quidem difficile est videre, cum relationes non determinent essentiam in divinis.

D. Et c'est pourquoi, d'autres ont dit que la relation est en rapport avec l'absolu. Ce qui est difficile ˆ voir, puisque les relations ne dŽterminent pas l'essence en Dieu.

Sed sciendum, quod aliquid significat dupliciter : uno modo formaliter, et alio modo materialiter.

Mais il faut savoir quÕune chose signifie de deux mani�res ; formellement et matŽriellement

Formaliter quidem significatur per nomen ad id quod significandum nomen est principaliter impositum, quod est ratio nominis ; sicut hoc nomen homo significat aliquid compositum ex corpore et anima rationali.

a) Est signifiŽ formellement par ce nom dont on se sert principalement pour le signifier, et qui en est la notion, comme ce nom homme signifie quelque chose de composŽ d'un corps et d'une ‰me raisonnable.

Materialiter vero significatur per nomen, illud in quo talis ratio salvatur ; sicut hoc nomen homo significat aliquid habens cor et cerebrum et huiusmodi partes, sine quibus non potest esse corpus animatum anima rationali

b) Est signifiŽ matŽriellement par ce nom ce en quoi une telle notion est conservŽe, comme ce nom homme signifie un �tre qui a un corps, un cerveau et des organes de ce genre, sans lesquels il ne peut pas �tre un corps animŽ par une ‰me raisonnable.

. Secundum hoc ergo dicendum est, quod hoc nomen persona communiter sumpta nihil aliud significat quam substantiam individuam rationalis naturae. Et quia sub substantia individua rationalis naturae continetur substantia individua,- id est incommunicabilis et ab aliis distincta, tam Dei quam hominis quam etiam Angeli,- oportet quod persona divina significet subsistens distinctum in natura divina, sicut persona humana significat subsistens distinctum in natura humana ; et haec est formalis significatio tam personae divinae quam personae humanae.

Selon cela, il faut donc dire que ce nom personne, pris communŽment ne signifie rien d'autre que la substance individuelle de nature raisonnable. Et parce que sous la substance individuelle de nature raisonnable est contenue la substance individuelle,Ñ c'est-ˆ-dire incommunicable et distincte des autres, tant de Dieu que de l'homme, et de l'ange aussi Ñ il faut que la personne divine signifie le subsistant distinct dans la nature divine, comme la personne humaine signifie un subsistant distinct dans la nature humaine et c'est la signification formelle tant de la personne divine que de la personne humaine.

Sed quia distinctum subsistens in natura humana non est nisi aliquid per individualem materiam individuatum et ab aliis diversum, ideo oportet quod hoc sit materialiter significatum, cum dicitur persona humana.

Mais parce que le subsistant distinct dans la nature humaine nÕest que quelque chose d'individuŽ par la mati�re individuelle, et diffŽrente des autres choses, il faut que cela soit signifiŽ matŽriellement, quand on parle de la personne humaine.

Distinctum vero incommunicabile in natura divina non potest esse nisi relatio, quia omne absolutum est commune et indistinctum in divinis. Relatio autem in Deo est idem secundum rem quod eius essentia. Et sicut essentia in Deo idem est et habens esse essentiam, ut deitas et Deus : ita idem est relatio et quod per relationem refertur. Unde sequitur quod idem sit relatio et distinctum in natura divina subsistens.

Mais ce qui est distinct et incommunicable dans la nature divine ne peut �tre quÕune relation, parce que tout ce qui est absolu est commun et indistinct en Dieu. Mais en lui la relation est en rŽalitŽ identique ˆ son essence. Et de m�me que l'essence est identique ˆ ce qui poss�de lÕessence, comme la DivinitŽ et Dieu, de m�me la relation et ce qui est rŽfŽrŽ par relation est identique. C'est pourquoi il en dŽcoule que la relation et ce qui subsiste de distinct dans la nature divine est identique.

Patet ergo quod persona, communiter sumpta, significat substantiam individuam rationalis naturae ; persona vero divina, formali significatione, significat distinctum subsistens in natura divina. Et quia hoc non potest esse nisi relatio vel relativum, ideo materiali significatione significat relationem vel relativum. Et propter hoc potest dici, quod significat relationem per modum substantiae, non quae est essentia, sed quae est hypostasis ; sicut et relationem significat non ut relationem, sed ut relativum, idest ut significatur hoc nomine pater, non ut significatur hoc nomine paternitas. Sic enim relatio significata includitur oblique in significatione personae divinae, quae nihil aliud est quam distinctum relatione subsistens in essentia divina.

Il est donc clair que la personne, prise communŽment, signifie la substance individuelle de nature raisonnable, mais la personne divine, par sa signification formelle, signifie un subsistant distinct dans la nature divine. Et parce que cela ne peut �tre que relation ou relatif, elle signifie par signification matŽrielle la relation ou le relatif. Et ainsi on peut dire qu'il signifie la relation par mode de substance, qui nÕest pas l'essence, mais l'hypostase ; de m�me elle signifie aussi la relation, non comme telle, mais comme relatif, c'est-ˆ-dire quÕelle est signifiŽ par ce nom P�re et non par ce nom paternitŽ. Car ainsi la relation signifiŽe est incluse indirectement dans la signification de la personne divine, qui n'est rien d'autre quÕun subsistant, distinct par relation dans l'essence divine.

 

Solutions :

q. 9 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quid non solum quaerit de essentia sed quandoque etiam de supposito, ut : quid natat in mari ? Piscis. Et sic, ad quid respondendum est per nomen persona.

# 1. Quid non seulement interroge sur l'essence, mais quelquefois aussi sur le supp™t ; comme ÒQui nage dans la mer ?" Ñ "un poisson". Et ainsi ˆ quid il faut rŽpondre par le nom de personne.

q. 9 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum quod, propter modum significandi huius nominis persona, dicit Augustinus : idem est Deo esse quod persona esse. Non enim significat per modum relationis, sicut pater et filius.

#2. A cause de la mani�re de signifier de ce nom personne, Augustin dit (La TrinitŽ, VII, 6) : ÇC'est la m�me chose d'�tre pour Dieu que d'�tre une personne.È. Car il ne signifie pas par mode de relation, comme P�re et Fils.

q. 9 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum quod hoc provenit ex formali significatione personae quod ad se dicitur et ad aliud non refertur.

# 3. Ce qui est dit pour soi et ne se rŽf�re pas ˆ un autre provient de la signification formelle de la personne.

q. 9 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum quod essentia est communis re in divinis, sed persona secundum rationem tantum, sicut et hoc nomen relatio.

# 4. En Dieu, lÕessence est commune en rŽalitŽ, mais la personne en raison seulement, en tant que nom de relation.

q. 9 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum quod in divinis nihil est diversificatum secundum esse, cum ibi sit tantum unum esse. Hoc autem est contra rationem universalis ; et ideo non est ibi universale, licet sit ibi unum secundum rationem, et non secundum rem.

# 5. En Dieu rien n'est diffŽrenciŽ selon l'�tre, puisqu'il n'y en a qu'un seul. Or c'est contre la notion de l'universel, et c'est pourquoi il nÕy en a pas, bien qu'il y ait lÕunitŽ en raison et non en rŽalitŽ.

q. 9 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum quod, hoc quod persona aliud significat in Deo et homine, pertinet ad diversitatem suppositionis magis quam ad diversam significationem huius communis, quod est persona. Diversa autem suppositio non facit aequivocationem, sed diversa significatio.

# 6. Que le nom de personne signifie autre chose en Dieu et dans l'homme appartient ˆ la diversitŽ de la supposition[946] plus qu'ˆ la signification diffŽrente de ce qui est commun, qui est la personne. Mais �tre supp™t de mani�re diffŽrente nÕapporte pas d'Žquivoque mais une signification diffŽrente.

q. 9 a. 4 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet relatio accidat ei quod significatur communiter per hoc nomen persona, non tamen accidit personae divinae, sicut ostensum est.

# 7. Bien que la relation arrive ˆ ce qui est signifiŽ communŽment par ce nom de personne, elle n'arrive cependant pas ˆ la personne divine, comme on l'a montrŽ.

q. 9 a. 4 ad 8 Ad octavum dicendum, quod obiectio illa procedit de formali significatione nominis, et non de materiali.

# 8. Cette objection proc�de de la signification formelle du nom et non de sa signification matŽrielle.

q. 9 a. 4 ad 9 Et similiter dicendum ad nonum.

# 9. Et il faut dire de m�me pour cette objection.

q. 9 a. 4 ad 10 Ad decimum dicendum, quod substantia prima dicitur absoluta, quasi ab alio non dependens. Relativum autem in divinis non excludit absolutum quod est ab alio dependens ; sed excludit absolutum quod ad aliud non refertur.

# 10. La substance premi�re est dite absolue, comme ne dŽpendant pas d'un autre. Mais le relatif en Dieu n'exclut pas l'absolu, qui dŽpend d'un autre, mais il exclut celui qui ne se rŽf�re pas ˆ un autre.

q. 9 a. 4 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod ista propositio, nulla relatio est substantia, est immediata, si accipiatur relatio et substantia quae sunt in genere. Sed Deus non limitatur terminis alicuius generis, sed habet in se perfectiones omnium generum. Unde non distinguitur in eo secundum rem relatio et substantia.

# 11. Cette proposition : Aucune relation n'est une substance est Žvidente, si on prend la relation et la substance qui sont dans le genre. Mais Dieu n'est pas limitŽ par les termes d'un genre : il a en lui les perfections de tous les genres. C'est pourquoi on ne distingue pas rŽellement en lui la relation et la substance.

q. 9 a. 4 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod per se existens opponitur ad non per se existens, non autem ei quod est ad aliquid.

# 12. Ce qui existe par soi est opposŽ ˆ ce qui n'existe pas par soi, mais pas ˆ ce qui est relation.

q. 9 a. 4 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod persona secundum nomen ad aliud non refertur, propter modum quem significat.

# 13. La personne par son nom ne se rŽf�re pas ˆ autre chose, ˆ cause de la mani�re dÕ�tre qu'elle signifie.

q. 9 a. 4 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod unum in divinis se habet communiter ad essentiam et relationem ; dicimus enim quod essentia est una, et quod pater est unus.

# 14. LÕunitŽ en Dieu est se comporte de mani�re commune vis-ˆ-vis de l'essence et de la relation ; car nous disons que l'essence est une, et que le P�re est un.

q. 9 a. 4 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod forte modus ille processionis diversus,- quo dicitur filius procedere per modum intellectus, spiritus sanctus vero per modum voluntatis,- non sufficit ad distinguendum personaliter spiritum sanctum a filio, cum voluntas et intellectus non distinguantur personaliter in divinis. Si tamen concedatur quod hoc ad eorum distinctionem sufficiat, manifestum est quod uterque a patre per relationem distinguitur, prout unus eorum procedit a patre ut genitus, alius ut spiratus ; et hae relationes constituunt eorum personas.

# 15. CÕest par hasard que ce mode diffŽrent de procession Ñ par lequel on dit que le Fils proc�de par mode d'intellection et l'Esprit saint par mode de volontŽ Ñ ne suffit pas ˆ distinguer personnellement l'Esprit saint du Fils, puisque la volontŽ et l'intellect ne sont pas distinguŽs pour chaque personne en Dieu. Cependant si on conc�de que cela suffit ˆ leur distinction, il est clair que l'un et l'autre sont distinguŽs du P�re par relation, dans la mesure o� l'un d'eux proc�de du P�re comme engendrŽ, l'autre comme spirŽ ; et ces relations constituent leurs personnes.

q. 9 a. 4 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod sicut relatio significat ut distinguens in divinis, ita relatum significatur ut distinctum. In Deo autem non est aliud relatio et relatum, sicut nec essentia et quod est ; et ideo nec distinguens et distinctum in Deo differunt.

# 16. De la m�me mani�re que la relation apporte une signification en tant quÕelle apporte une distinction en Dieu, le relatif est signifiŽ comme distinct. Mais en Dieu, la relation et le relatŽ ne sont pas diffŽrents, de m�me que l'essence et ce qui est, non plus ; et c'est pourquoi ce qui apporte la distinction et ce qui la subit nÕest pas diffŽrent en Dieu.

q. 9 a. 4 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod proprietas in divinis non est accidentalis, sed est idem secundum rem ei cuius est proprietas ; sed differt secundum modum intelligendi. Persona ergo non significat relationem prout est proprietas, sed prout est proprietati et essentiae subsistens.

# 17. La propriŽtŽ en Dieu n'est pas accidentelle, mais elle est identique en rŽalitŽ ˆ ce dont elle est la propriŽtŽ ; mais elle diff�re selon la mani�re de la comprendre. Donc la personne ne signifie pas la relation en tant que propriŽtŽ, mais selon qu'elle subsiste ˆ la propriŽtŽ et ˆ l'essence.

q. 9 a. 4 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod licet universale non possit esse praeter singularia, potest tamen intelligi, et per consequens significari. Et propter hoc sequitur, si non est aliquod singularium, quod non sit universale. Non tamen sequitur, si non intelligitur aut significatur aliquod singularium, quod non intelligatur vel significetur universale : hoc enim nomen homo non significat aliquem singularium hominum, sed solum hominem in communi ; et similiter hoc nomen persona, etsi non significet paternitatem neque filiationem neque communem spirationem aut processionem, tamen significat relationem in communi, per modum iam dictum, sicut et hoc nomen relatio suo modo.

# 18. Bien que l'universel ne puisse pas exister en dehors du singulier, on peut cependant le comprendre, et par consŽquent le signifier. CÕest pour cela quÕil en dŽcoule, sÕil nÕy a pas de singulier, qu'il nÕy a pas dÕuniversel. Il n'en dŽcoule pas cependant, si quelque chose de particulier n'est pas compris, ni signifiŽ, que lÕuniversel n'est pas compris ni signifiŽ ; car ce nom d'homme ne signifie pas lÕun des hommes particuliers, mais seulement l'homme en commun, et semblablement ce nom de personne, m�me s'il ne signifie pas la paternitŽ ou la filiation, ni la spiration commune ou la procession, signifie cependant la relation en commun par la mani�re dŽjˆ dite (dans le corps de l'article) comme ce nom relation le fait aussi ˆ sa mani�re.

 

 

 

Article 5 Ñ Le nombre des personnes est-il en Dieu ?

q. 9 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum numerus personarum sit in divinis. Et videtur quod non.

Il semble que non[947].

 

Objections :

q. 9 a. 5Arg. 1 Dicit enim Boetius : hoc vere unum est in quo nullus est numerus. Sed Deus est verissime unus. Ergo in eo nullus est numerus.

1. Car Bo�ce dit (La TrinitŽ, 3, PL. 64, 1251 A) : ÇEst vraiment un ce en quoi il n'y a aucun nombreÈ. Mais Dieu est absolument un. Donc il n'y a aucun nombre en lui[948].

q. 9 a. 5Arg. 2 Sed dicendum, quod in Deo non est numerus simpliciter, sed numerus personarum.- Sed contra, semper ad secundum quid sequitur simpliciter, quando determinatio non est diminuens ; sequitur enim : est homo albus ; ergo est homo ; sed non sequitur : est homo mortuus ; ergo est homo. Sed hoc quod dicitur numerus personarum, non est determinatio diminuens, cum persona sit quoddam completissimum. Ergo sequitur, si est in divinis numerus personarum, quod sit ibi numerus simpliciter.

2. Mais il faut dire qu'en Dieu il n'y a absolument pas de nombre, mais le nombre des personnes. Ñ En sens contraire, toujours pour ce qui en dŽcoule dans lÕabsolu, quand la dŽfintion partielle ne sÕaffaiblit pas, car il en dŽcoule : ÇL'homme est blanc, donc c'est un hommeÈ, mais il n'en dŽcoule pas : ÇL'homme est mort, donc c'est un hommeÈ. Mais ce qui est dit du nombre des personnes n'est pas une dŽfinition partielle qui limite, puisque la personne est quelque chose de tr�s complet. Donc il en dŽcoule, s'il y a en Dieu le nombre des personnes, qu'il y aurait un nombre dans l'absolu.

q. 9 a. 5Arg. 3 Praeterea, uni opponitur multitudo, secundum philosophum. Sed opposita non insunt eidem. Cum ergo in Deo sit summa unitas, non potest in eo esse aliquis numerus vel aliqua pluralitas.

3. La pluralitŽ s'oppose ˆ l'unitŽ, selon le philosophe (MŽtaphysique, X, 6, 1056 b 32[949]). Mais les opposŽs ne sont pas dans une m�me rŽalitŽ. Donc comme en Dieu, il y a unitŽ supr�me, il ne peut pas y avoir en lui de nombre ou de pluralitŽ.

q. 9 a. 5Arg. 4 Praeterea, ubicumque est numerus, ibi est pluralitas unitatum. Ubi autem sunt plures unitates, ibi est multiplex esse : aliud enim est esse huius unitatis, et aliud illius. Si ergo in Deo est numerus, oportet quod sit in eo multiplex essentia ; quod patet esse falsum.

4. Partout o� il y a un nombre, il y a pluralitŽ d'unitŽs. Mais lˆ o� il y a plusieurs unitŽs, l'�tre est multiple : car l'�tre de cette unitŽ est diffŽrent de celui de cette autre. Si donc il y a un nombre en Dieu, il faut qu'il y ait en lui une essence multiple ; il est Žvident que cÕest faux.

q. 9 a. 5Arg. 5 Sicut unum est indivisum, ita multitudo non est sine divisione. Sed in Deo non potest esse aliqua divisio, cum non sit ibi aliqua compositio. Ergo non potest esse in divinis aliquis numerus.

5. De m�me que l'un est indivisible, de m�me la pluralitŽ n'est pas sans division. Mais en Dieu, il ne peut pas y avoir de division, puisqu'il n'y a aucune composition. Donc il ne peut pas y avoir de nombre en lui.

q. 9 a. 5Arg. 6 Praeterea, omnis numerus habet partes : componitur enim ex unitatibus. Sed in Deo non sunt aliquae partes, cum non sit ibi compositio. Ergo in Deo non est numerus.

6. Tout nombre a des parties ; car il est composŽ d'unitŽs, mais en Dieu, il n'y a pas de parties, puisqu'il n'y a pas de composition. Donc il n'y a pas de nombre en lui.

q. 9 a. 5Arg. 7 Praeterea, illud per quod creatura differt a Deo, non debet Deo attribui. Creatura autem differt a Deo per hoc quod in numero quodam constituta est, secundum illud Sap. cap. XI, 21 : omnia in numero, pondere et mensura constituisti. Numerus ergo non debet poni in divinis.

7. Ce par quoi la crŽature diff�re de Dieu ne doit pas �tre attribuŽ ˆ Dieu. Car elle diff�re de lui par le fait qu'elle a ŽtŽ constituŽe dans un nombre, selon cette parole de la Sagesse (11, 21) : ÇTu as tout constituŽ en nombre, poids et mesureÈ. Donc on ne doit pas placer de nombre en Dieu.

q. 9 a. 5Arg. 8 Praeterea, numerus est species quantitatis. In Deo autem non est aliqua quantitas ; propter quod si aliquid quantitatem significans in divinam praedicationem venerit, mutatur in substantiam, ut dicit Boetius. Aut ergo numerus nullo modo est in divinis, aut ad substantiam pertinet, quod est contra fidem.

8. Le nombre est une esp�ce de la quantitŽ. Mais en Dieu il n'y a pas de quantitŽ, parce que, si un ŽlŽment signifiant la quantitŽ est venu dans l'attribution divine, il est changŽ en sa substance, comme le dit Bo�ce (La TrinitŽ). Ou bien donc le nombre n'est en aucune mani�re en Dieu, ou il convient ˆ sa substance, ce qui est contre la foi.

q. 9 a. 5Arg. 9 Praeterea, ubicumque est numerus, ibi sunt numeri passiones, ut perfectum et diminutum, multiplicatio et divisio, et alia huiusmodi quae consequuntur numerum. Haec autem in Deo esse non possunt. Ergo in Deo non potest esse numerus.

9. Partout o� il y a un nombre, il y a ce qui supporte le nombre, comme ce qui est parfait et ce qui est limitŽ, la multiplication et la division, et autres choses, qui dŽcoule du nombre. Mais cela n'est pas possible en Dieu. Donc, il ne peut pas y avoir de nombre en lui.

q. 9 a. 5Arg. 10 Praeterea, omnis numerus finitus est. Quod ergo infinitum, non est numerabile. Ergo cum Deus sit infinitus, in eo non potest esse numerus.

10. Tout nombre est fini. Donc ce qui est infini n'est pas mesurable. Donc, comme Dieu est infini, il ne peut pas y avoir de nombre en lui.

q. 9 a. 5Arg. 11 Sed dicendum, quod Deus etsi est infinitus nobis, est tamen finitus sibi.- Sed contra, verius competit Deo quod competit ei secundum seipsum quam quod competit ei secundum nos. Si ergo Deus est finitus sibi, infinitus autem nobis, verius est finitus, quam infinitus ; quod patet esse falsum.

11. Mais il faut dire que, m�me si Dieu est infini pour nous, il est cependant fini pour lui.Ñ En sens contraire, ce qui appartient ˆ Dieu dÕapr�s lui-m�me, lui appartient vraiment plus que ce qui lui appartient dÕapr�s nous. Si donc Dieu est fini pour lui, mais infini pour nous, il est plus vraiment fini qu'infini ; il est clair que cÕest faux.

q. 9 a. 5Arg. 12 Praeterea, secundum philosophum, numerus est multitudo mensurata per unum. Deus est mensura non mensurata. Ergo in Deo non est numerus.

12. Selon le philosophe (MŽtaphysique, X, 6, 1057 a 3[950]), le nombre est la pluralitŽ mesurŽe par l'un. Dieu est la mesure non mesurŽe. Donc en Dieu il n'y a pas de nombre.

q. 9 a. 5Arg. 13 Praeterea, in omni natura quae non differt a suo supposito, impossibile est multiplicari supposita illius naturae : propter hoc enim possibile est esse plures homines in una natura humana, quia hic homo non est sua humanitas ; et ideo multiplicatio individuorum in una natura humana, consequitur diversitatem principiorum individualium, quae non sunt de ratione naturae communis. In substantiis autem immaterialibus in quibus ipsa natura speciei est suppositum subsistens, non est possibile esse plura individua unius speciei. Sed in Deo est idem natura et suppositum, quia ipsum esse divinum,- quod est natura divina,- est subsistens. Impossibile est ergo quod in natura divina sint plura supposita vel plures personae.

13. Dans toute nature qui nÕest pas diffŽrente de son supp™t, il est impossible de multiplier les supp™ts de cette nature, car, c'est pour cela qu'il est possible qu'il y ait plusieurs hommes dans la nature humaine, parce que cet homme n'est pas son humanitŽ ; et c'est pourquoi la multiplication des individus dans une seule nature humaine, suppose la diversitŽ des principes individuels, qui ne sont pas du concept de la nature commune. Mais dans les substances immatŽrielles, en qui la nature de l'esp�ce est un supp™t subsistant, il n'est pas possible qu'il y ait plusieurs individus d'une seule esp�ce. Mais en Dieu, la nature et le supp™t sont identiques, parce que lÕ�tre divin Ñ qui est la nature divine Ñ est subsistant. Donc il est impossible que dans la nature divine il y ait plusieurs supp™ts ou plusieurs personnes.

q. 9 a. 5Arg. 14 Praeterea, persona est nomen rei. Ergo ubi non est numerus rerum, non est numerus personarum. Sed in Deo non est numerus rerum ; dicit enim Damascenus, quod in divinis pater et filius et spiritus sanctus re quidem sunt unum, ratione autem et cogitatione differunt. Ergo in Deo non est numerus personarum.

14. La personne est le nom dÕune rŽalitŽ. Donc lˆ o� il n'y a pas le nombre des rŽalitŽs, il n'y a pas le nombre des personnes. Mais en Dieu il n'y a pas le nombre des rŽalitŽs, car Jean Damasc�ne dit (la foi orthodoxe, I, 11) que le P�re, le Fils et l'Esprit saint sont un en rŽalitŽ, mais ils diff�rent en raison et en pensŽe. Donc en Dieu il n'y a pas le nombre des personnes.

q. 9 a. 5Arg. 15 Praeterea, impossibile est in aliquo uno esse rerum pluralitatem absque rerum compositione : Deus autem unus est. Si ergo in Deo sunt plures personae, quod est esse plures res, sequitur quod in eo sit compositio ; quod simplicitati divinae repugnat.

15. Il est impossible que dans un �tre unique, il y ait pluralitŽ sans composition. Mais Dieu est un. Si donc en lui il y a plusieurs personnes, ce qui correspond ˆ plusieurs rŽalitŽs, il en dŽcoule qu'il y a en lui composition, ce qui s'oppose ˆ la simplicitŽ divine.

q. 9 a. 5Arg. 16 Praeterea, absolutum perfectius est quam relatum. Sed proprietates absolutae, idest attributa essentialia, ut sapientia, iustitia et huiusmodi, non constituunt in Deo plures personas. Ergo nec proprietates relativae, ut paternitas et filiatio.

16. L'absolu est plus parfait que le relatif. Mais les propriŽtŽs absolues, c'est-ˆ-dire les attributs essentiels, comme la sagesse la justice, etc., ne constituent pas plusieurs personnes en Dieu. Donc, les propriŽtŽs relatives, comme la paternitŽ et la filiation non plus.

q. 9 a. 5Arg. 17 Praeterea, ea quibus aliqua ab invicem distinguuntur, comparantur ad ipsa sicut differentiae constitutivae ipsorum. Si ergo personae in divinis relationibus distinguuntur, oportet quod relationes sint quasi differentiae constitutivae personarum ; et ita in personis divinis erit aliqua compositio, cum differentia adveniens generi constituat speciem.

17. Ce par quoi certaines choses se distinguent les unes des autres est assimilŽ ˆ elles, comme leurs diffŽrences constitutives. Si donc les personnes en Dieu se distinguent par des relations, il faut qu'elles soient comme les diffŽrences constitutives des personnes et ainsi en elles, il y aura une composition, puisquÕune diffŽrence qui sÕajoute ˆ un genre constitue une esp�ce.

q. 9 a. 5Arg. 18 Praeterea, ea quae distinguuntur per formas specie differentes, necesse est specie differre ; sicut homo et equus differunt specie sicut rationale et irrationale. Paternitas autem et filiatio sunt relationes specie differentes. Ergo si personae divinae solis relationibus distinguuntur, necesse est quod specie differant ; et ita non erunt unius naturae, quod est contra fidem.

18. Ce qui est distinguŽ par des formes diffŽrentes en esp�ces, diff�re nŽcessairement en esp�ce ; comme l'homme et le cheval diff�rent en esp�ce, en tant que raisonnable et non raisonnable. Mais la paternitŽ et la filiation sont des relations diffŽrentes en esp�ce. Donc si les personnes divines se distinguent par les seules relations, il est nŽcessaire qu'elles diffŽrent en esp�ce, et ainsi elles ne seront pas d'une seule nature, ce qui est contre la foi.

q. 9 a. 5Arg. 19 Praeterea, non est intelligibile quod aliqua sint supposita diversa, quorum est unum esse. Sed in divinis non est nisi unum esse. Ergo impossibile est quod sint ibi plura supposita vel plures personae.

19. Il n'est pas pensable qu'il y ait des supp™ts diffŽrents dont l'�tre soit unique. Mais en Dieu il n'y a qu'un seul �tre. Donc il est impossible qu'il y ait plusieurs supp™ts ou plusieurs personnes.

q. 9 a. 5Arg. 20 Praeterea, cum creatio sit proprie actio Dei, oportet quod procedat a quolibet supposito divinae naturae. Impossibile est autem quod haec actio, cum sit una, proveniat a pluribus suppositis, quia una actio non est nisi ab uno agente. Ergo impossibile est quod divinae naturae sint plura supposita sive plures personae.

20. Comme la crŽation est proprement l'action de Dieu, il faut qu'elle proc�de d'un supp™t de nature divine. Mais il est impossible que cette action, puisqu'elle est unique, provienne de plusieurs supp™ts, parce qu'une action unique ne vient que d'un seul agent. Donc il est impossible quÕil y ait plusieurs supp™ts ou plusieurs personnes de nature divine.

q. 9 a. 5Arg. 21 Praeterea, diversitas proprietatum non facit diversa supposita in istis inferioribus : non enim per hoc quod hic est albus et ille niger, est hoc suppositum humanae naturae aliud ab illo. Sed per diversitatem materiae individualis, quae est substantia individuorum, hoc suppositum est aliud ab illo. Si ergo in divinis non est distinctio nisi per proprietates relativas, impossibile est quod sit ibi pluralitas suppositorum vel personarum.

21. La diversitŽ des propriŽtŽs ne rend pas diffŽrents les supp™ts dans les choses infŽrieures ; car ce n'est pas par cela que celui-ci est blanc et celui-lˆ noir, et ce supp™t de nature humaine diffŽrent de celui-lˆ. Mais par la diversitŽ de la mati�re individuelle qui est la substance des individus, ce supp™t est diffŽrent de celui-lˆ. Donc si en Dieu il n'y a de distinction que par les propriŽtŽs relatives, il est impossible qu'il y ait pluralitŽ de supp™ts ou de personnes.

q. 9 a. 5Arg. 22 Praeterea, supremae creaturae sunt Deo similiores quam infimae. In infimis autem creaturis sunt plura supposita in una natura, non autem in supremis sicut in corporibus caelestibus. Ergo nec in Deo sunt plures personae in una natura.

22. Les crŽatures les plus hautes sont plus semblables ˆ Dieu que les plus petites. Mais dans ces derni�res, il y a plusieurs supp™ts dans une seule nature ; mais pas dans les plus hautes, comme dans les corps cŽlestes. Donc il n'y a pas plusieurs personnes en Dieu dans une seule nature.

q. 9 a. 5Arg. 23 Praeterea, quando tota perfectio speciei invenitur in uno supposito, non sunt plura supposita illius naturae, sicut philosophus probat, quod est unus tantum mundus, quia constat ex tota sua materia. Tota autem perfectio divinae naturae invenitur in uno supposito. Non ergo sunt plura supposita vel personae in una natura.

23. Quand toute la perfection de l'esp�ce se trouve dans un seul supp™t, il n'y en a pas plusieurs de cette nature ; ainsi le philosophe prouve (Le ciel et le monde I, 1, 268 b 6[951]), qu'il nÕy a quÕun seul monde, parce qu'il est composŽ de toute sa mati�re. Mais toute la perfection de la nature divine se trouve en un supp™t. Donc il n'y a pas plusieurs supp™ts ou personnes dans une seule nature.

q. 9 a. 5Arg. 24 Sed dicendum, quod ad plenitudinem gaudii requiritur quod sit consortium plurium in divina natura, quia nullius rei sine consortio potest esse iucunda possessio, ut dicit Boetius. Oportet etiam ad perfectionem amoris ut unus diligat alterum quantum seipsum.- Sed contra, plenitudinem gaudii et amoris habere in alio, est eius qui non habet bonitatis sufficientiam in seipso. Unde philosophus dicit, quod mali, qui non habent delectabile in seipsis, quaerunt cum aliis conversari ; boni autem quaerunt conversari secum, quasi in seipsis causam iucunditatis habentes. Divina autem natura non potest esse absque omni sufficientia bonitatis. Ergo cum unum suppositum divinae naturae habeat in se omnem plenitudinem gaudii et amoris, non propter hoc oportet ponere in divinis plura supposita vel plures personas.

24. Mais il faut dire qu'il est requis pour la plŽnitude de la joie qu'il y ait une association de plusieurs dans la nature divine, parce que rien, sans association il ne peut pas y avoir une joyeuse possession, comme le dit Bo�ce. Il faut aussi pour la perfection de l'amour que l'un aime l'autre autant que lui-m�me. En sens contraire, possŽder la plŽnitude de la joie et de lÕamour dans un autre appartient ˆ celui qui nÕa pas en lui suffisamment de bontŽ. C'est pourquoi le philosophe dit (Ethique, IX, 4, 1166 b 20[952]) que les mŽchants qui n'ont rien de dŽlectable en eux-m�mes cherchent ˆ �tre avec les autres ; mais les bons cherchent ˆ demeurer avec eux-m�mes, comme possŽdant la cause de leur joie. Mais la nature divine ne peut pas exister sans toute la suffisance de la bontŽ. Donc comme un supp™t de nature divine a en lui toute la plŽnitude de la joie et de l'amour, ce n'est pas pour cela quÕil faut placer en Dieu plusieurs supp™ts ou plusieurs personnes.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 5 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur I Ioan. cap. V, 7 : tres sunt qui testimonium dant in caelo : pater, verbum et spiritus sanctus.

1. Il y a ce que dit Jean (I Jn V, 7) : Ç Ils sont trois ˆ donner leur tŽmoignage au ciel, le P�re, le Verbe et l'Esprit saint[953]È.

q. 9 a. 5 s. c. 2 Praeterea, Athanasius dicit in symbolo : totae tres personae aeternae sibi sunt et coaequales. Ergo est in divinis numerus personarum.

2. Athanase dit dans son symbole : ÇToutes les trois personnes coŽternelles sont aussi coŽgales entre elles[954]È. Donc le nombre des personnes est en Dieu.

 

RŽponse :

q. 9 a. 5 co. Respondeo. Dicendum quod pluralitas personarum in divinis est de his quae fidei subiacent, et naturali ratione humana nec investigari nec sufficienter intelligi potest ; sed in patria intelligendum expectatur, cum Deus per essentiam videbitur visione fidei succedente. Sed tamen sancti patres propter instantiam eorum qui fidei contradicunt, coacti sunt et de hoc disserere, et de aliis quae spectant ad fidem, modeste tamen et reverenter absque comprehendendi praesumptione. Nec talis inquisitio est inutilis, cum per eam elevetur animus ad aliquid veritatis capiendum quod sufficiat ad excludendos errores. Unde Hilarius dicit : hoc credendo, scilicet pluralitatem personarum in divinis, incipe, percurre, persiste ; et si non perventurum me sciam, tamen gratulabor profecturum. Qui enim pie infinita prosequitur, etsi non contingat aliquando, tamen proficiet prodeundo.

Il faut dire que la pluralitŽ des personnes en Dieu fait partie des notions qui dŽpendent de la foi et qui ne peuvent �tre examinŽes ni comprises suffisamment par la raison naturelle de l'homme ; mais on esp�re le comprendre dans la patrie, puisque Dieu sera vu par son essence dans une vision qui succ�dera ˆ la foi. Mais cependant les saints P�res, ˆ cause de lÕacharnement de ceux qui contredisent la foi, ont ŽtŽ forcŽs de disserter sur ce sujet, et sur dÕautres qui regardent la foi, avec modestie cependant et rŽvŽrence, sans la prŽtention de comprendre. Et une telle recherche n'est pas inutile, puisquÕelle Žl�ve l'esprit ˆ comprendre une part de la vŽritŽ qui suffit ˆ exclure les erreurs. C'est pourquoi Hilaire dit (La TrinitŽ, II) : ÇEn croyant cela, ˆ savoir la pluralitŽ des personnes en Dieu, entreprends, parcours, persiste, et si je savais ne pas y parvenir, cependant je me satisferais d'avancer. Car qui recherche ce quÕest l'infini avec piŽtŽ, m�me sÕil n'y arrive pas quelquefois, cependant fera des progr�s en avan�ant.È

Ad manifestationem ergo aliqualem huius quaestionis, et praecipue secundum quod Augustinus eam manifestat, considerandum est quod omne quod est perfectum in creaturis oportet Deo attribui, secundum id quod est de ratione illius perfectionis absolute ; non secundum modum quo est in hoc vel in illo. Non enim bonitas est in Deo vel sapientia secundum aliquod accidens sicut in nobis, quamvis in eo sit summa bonitas et sapientia perfecta.

Donc pour une rŽelle dŽcouverte sur cette question et surtout selon ce qu'Augustin en rŽv�le, il faut considŽrer que tout ce qui est parfait dans les crŽatures doit �tre attribuŽ ˆ Dieu, selon la nature de cette perfection dans lÕabsolu ; non selon le mode par lequel il est en ceci ou en cela. Car la bontŽ n'est pas en Dieu, ni la sagesse, comme un accident, comme en nous, quoique en lui la bontŽ soit supr�me et la sagesse parfaite.

Nihil autem nobilius et perfectius in creaturis invenitur quam intelligere ; cuius signum est quod inter ceteras creaturas, intellectuales substantiae sunt nobiliores, et secundum intellectum ad Dei imaginem factae dicuntur. Oportet ergo quod intelligere Deo conveniat et omnia quae sunt de ratione eius, licet alio modo conveniat sibi quam creaturis.

Mais on ne trouve rien de plus noble et de plus parfait dans les crŽatures que lÕintellection : le signe en est que, parmi les autres crŽatures, les substances intellectuelles sont plus nobles et, on les dit faites ˆ l'image de Dieu selon lÕesprit. Il faut donc que lÕintellection et tout ce qui la concerne convienne ˆ Dieu, bien qu'elle lui convienne d'une autre mani�re qu'aux crŽatures.

De ratione autem eius quod est intelligere, est quod sit intelligens et intellectum. Id autem quod est per se intellectum non est res illa cuius notitia per intellectum habetur, cum illa quandoque sit intellecta in potentia tantum, et sit extra intelligentem, sicut cum homo intelligit res materiales, ut lapidem vel animal aut aliud huiusmodi : cum tamen oporteat quod intellectum sit in intelligente, et unum cum ipso. Neque etiam intellectum per se est similitudo rei intellectae, per quam informatur intellectus ad intelligendum : intellectus enim non potest intelligere nisi secundum quod fit in actu per hanc similitudinem, sicut nihil aliud potest operari secundum quod est in potentia, sed secundum quod fit actu per aliquam formam. Haec ergo similitudo se habet in intelligendo sicut intelligendi principium, ut calor est principium calefactionis, non sicut intelligendi terminus.

Mais en raison de ce quÕest lÕintellection, il faut quÕil y ait celui qui pense et ce qui est pensŽ. Car ce qui est pensŽ par soi n'est pas cette chose dont on a la connaissance par l'esprit, puisque quelquefois celle-ci est pensŽe en puissance seulement et est hors de celui qui pense ; ainsi quand lÕhomme pense les choses matŽrielles, comme la pierre ou l'animal et autres de ce genre ; alors que cependant il faut que ce qui est pensŽ soit dans celui qui pense, et soit un avec lui. Et aussi ce qui est pensŽ par soi est la ressemblance de la rŽalitŽ pensŽe ; par laquelle l'esprit est mis en forme pour penser. Car l'esprit ne peut penser que selon qu'il devient en acte par cette ressemblance, puisque rien d'autre ne peut opŽrer selon qu'il est en puissance, mais selon qu'il devient en acte par la forme. Donc cette ressemblance se comporte dans l'intellection comme son principe, comme la chaleur est le principe de lÕŽchauffement, non comme son terme de lÕintellection.

Hoc ergo est primo et per se intellectum, quod intellectus in seipso concipit de re intellecta, sive illud sit definitio, sive enuntiatio, secundum quod ponuntur duae operationes intellectus, in III de anima. Hoc autem sic ab intellectu conceptum dicitur verbum interius, hoc enim est quod significatur per vocem ; non enim vox exterior significat ipsum intellectum, aut formam ipsius intelligibilem, aut ipsum intelligere, sed conceptum intellectus quo mediante significat rem : ut cum dico, homo vel homo est animal. Et quantum ad hoc non differt utrum intellectus intelligat se, vel intelligat aliud a se. Sicut enim cum intelligit aliud a se, format conceptum illius rei quae voce significatur, ita cum intelligit se ipsum, format conceptum sui, quod voce etiam potest exprimere.

Donc est compris dÕabord par soi ce que lÕesprit comprend en lui-m�me de la rŽalitŽ comprise, que ce soit ou bien une dŽfinition ou bien un ŽnoncŽ, selon que sont placŽes les deux opŽrations de l'esprit, (L'‰me, III, VI, 43 b 27[955]). Ce qui est ainsi con�u par l'esprit est appelŽ verbe intŽrieur[956], car c'est ce qui est signifiŽ par le mot ; le mot extŽrieur ne signifie pas, en effet, ce qui est pensŽ ou sa forme intelligible ou son intellection, mais le concept de l'esprit par l'intermŽdiaire duquel il signifie la rŽalitŽ, comme, lorsque je dis "homme", ou "l'homme est un animal". Et ˆ ce sujet, il n'y a pas de diffŽrence si l'esprit se comprend, ou comprend autre chose que lui. Car, de m�me que, lorsquÕil comprend quelque chose d'autre que lui, il forme le concept de cette rŽalitŽ qui est signifiŽe par le mot, de m�me, quand il se comprend lui-m�me, il en forme un concept, qu'il peut aussi exprimer par un mot.

Cum ergo in Deo sit intelligere, et intelligendo seipsum intelligat omnia alia, oportet quod ponatur in ipso esse conceptio intellectus, quae est absolute de ratione eius quod est intelligere. Si autem possemus comprehendere intelligere divinum quid et quomodo est sicut comprehendimus intelligere nostrum, non esset supra rationem conceptio verbi divini, sicut neque conceptio verbi humani.

Donc comme en Dieu il y a l'intellection et qu'en se pensant lui-m�me, il pense toutes les autres choses, il faut placer en lui une conception de l'intellect, qui est dans lÕabsolu la nature de ce quÕest intellection. Mais si nous pouvions comprendre l'intellection divine, ce quÕelle est et comment elle est, comme nous apprŽhendons notre intellection, la conception du verbe divin, ni la conception du verbe humain ne seraient pas au-dessus de la raison.

Possumus tamen scire quid non sit et quomodo non sit illud intelligere ; per quod possumus scire differentiam verbi concepti a Deo, et verbi concepti ab intellectu nostro. Scimus enim primo quod in Deo est tantum unum intelligere, non multiplex sicut in nobis : aliud enim est intelligere nostrum quo intelligimus lapidem et quo intelligimus plantam ; sed unum est Dei intelligere, quo Deus intelligit et se et omnia alia. Et ideo intellectus noster concipit multa verba, sed verbum conceptum a Deo est unum tantum.

Cependant nous pouvons savoir ce que cela n'est pas et comment cette intellection nÕest pas ; ainsi nous pouvons conna”tre la diffŽrence du verbe con�u par Dieu et de celui qui est con�u par notre esprit. Car nous savons d'abord qu'en Dieu il nÕy a quÕune seule intellection, non pas une intellection multiple comme en nous. Car notre intellection est diffŽrente pour concevoir la pierre et la plante ; mais en Dieu il y en a une seule, par laquelle il se pense, lui et toutes les autres choses. Et c'est pourquoi notre esprit con�oit de nombreuses paroles, mais le verbe con�u par Dieu est seulement un.

Iterum intellectus noster imperfecte plerumque intelligit et seipsum et alia ; intelligere autem divinum non potest esse imperfectum. Unde verbum divinum est perfectum, perfecte omnia repraesentans : verbum autem nostrum frequenter est imperfectum.

Par contre, la plupart du temps, notre esprit se con�oit imparfaitement, lui-m�me et les autres choses ; mais l'intellection de Dieu ne peut pas �tre imparfaite. C'est pourquoi le Verbe divin est parfait et reprŽsente tout parfaitement ; mais notre verbe est frŽquemment imparfait.

Iterum in intellectu nostro aliud est intelligere et aliud est esse ; et ideo verbum conceptum in intellectu nostro, cum procedat ab intellectu in quantum est intellectus, non unitur ei in natura, sed solum in intelligere. Intelligere autem Dei est esse eius ; unde verbum quod procedit a Deo in quantum est intelligens, procedit ab eo in quantum est existens ; et propter hoc verbum conceptum habet eamdem essentiam et naturam quam intellectus concipiens. Et quia quod recipit naturam in rebus viventibus dicitur genitum et filius, verbum divinum dicitur genitus et filius. Verbum autem nostrum non potest dici genitum ab intellectu nostro nec filius eius, nisi metaphorice.

A nouveau, dans notre esprit, intellection et �tre sont diffŽrents et c'est pourquoi comme le verbe con�u dans notre esprit en proc�de en tant que concept, il ne nous est pas uni en nature, mais il est seulement dans l'intellection. Mais l'intellection de Dieu est son �tre ; c'est pourquoi le verbe qui proc�de de lui en tant qu'il pense, proc�de de lui en tant qu'il existe ; et c'est pour cela que le verbe con�u a la m�me essence et la m�me nature que l'intellect qui le con�oit. Et parce que ce qui re�oit la nature dans le vivant est appelŽ engendrŽ et fils, le verbe divin est appelŽ engendrŽ et Fils. Mais le n™tre ne peut pas �tre dit engendrŽ par notre esprit, ni appelŽ son fils, sinon par mŽtaphore.

Sic ergo relinquitur quod cum verbum intellectus nostri ab intellectu differat in duobus, in hoc scilicet et quod est ab eo, et est alterius naturae, subtracta a divino verbo naturae differentia, ut ostensum est, relinquitur quod sit differentia secundum hoc solum quod est ab alio. Cum ergo differentia causet numerum, relinquitur quod in Deo sit solum numerus relationum. Relationes autem in divinis non sunt accidentia, sed unaquaeque earum est realiter divina essentia. Unde et unaquaeque earum est subsistens, sicut divina essentia ; et sicut divinitas est idem quod Deus, ita paternitas est idem quod pater, et per hoc pater idem quod Deus. Numerus ergo relationum est numerus rerum subsistentium in divina natura. Res autem subsistentes in divina natura sunt divinae personae, ut ex praecedenti articulo patet. Et propter hoc ponimus personarum numerum in divinis.

Ainsi donc il reste que, comme le verbe de notre esprit diff�re de lui en deux points, ˆ savoir ce qui est de lui, et ce qui est d'une autre nature, si on exclut la diffŽrence de nature du verbe divin, comme on l'a montrŽ, (qu. 8, a. 1), il reste qu'il y a une diffŽrence seulement selon qu'il vient d'un autre. Donc comme la diffŽrence cause le nombre, il reste qu'en Dieu il y a seulement le nombre des relations. Elles ne sont pas des accidents, mais chacune d'elles est rŽellement l'essence divine. C'est pourquoi chacune est subsistante, comme l'essence divine ; et de m�me que ce quÕest la divinitŽ est identique ˆ Dieu, la paternitŽ est identique au p�re, et par lˆ le P�re est identique ˆ Dieu. Donc le nombre des relations est celui des rŽalitŽs subsistantes dans la nature divine. Mais ce qui est subsistant, ce sont les personnes divines, comme on le montre dans l'article prŽcŽdant. Et c'est pour cela que nous pla�ons le nombre des personnes en Dieu.

 

Solutions :

q. 9 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Boetius per verba illa intendit excludere numerum a divina essentia ; de hoc enim agit.

# 1. Bo�ce, par ces paroles, tend ˆ exclure le nombre de l'essence divine, car c'est de cela qu'il s'agit.

q. 9 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum quod, licet personae, in quantum sunt subsistentes, non habeant quod diminuant de ratione numeri, habent hoc tamen in quantum sunt relationes ; nam distinctio secundum relationes est minima, sicut et relatio minimum habent de ente inter omnia genera.

# 2. Bien que les personnes, en tant que subsistantes, ne puissent apporter de limite en raison du nombre, elles le peuvent cependant en tant que relations ; car la distinction dans les relations est minimale, comme la relation aussi, elles sont ce qui a le moins dÕ�tre parmi tous les genres.

q. 9 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod unitas et pluralitas attribuuntur Deo non secundum idem, sed unitas secundum essentiam, pluralitas secundum personas ; vel unitas secundum absoluta, pluralitas secundum relationes.

# 3. L'unitŽ et la pluralitŽ sont attribuŽes ˆ Dieu, non ˆ lÕidentique, mais l'unitŽ selon l'essence, la pluralitŽ selon les personnes, ou l'unitŽ selon l'absolu, la pluralitŽ selon les relations.

q. 9 a. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod cum pluralitas unitatum ex aliqua distinctione causetur, ubi est distinctio secundum esse, oportet quod unitates secundum esse differant ; ubi autem est distinctio secundum relationes, oportet quod unitates ex quibus consistit pluralitas, solum relationibus ab invicem distinguantur.

# 4. La pluralitŽ des unitŽs Žtant causŽe par une distinction, lˆ o� elle est selon l'�tre, il faut que les unitŽs diff�rent selon l'�tre. Mais lˆ o� elle est selon les relations, il faut que les unitŽs, en quoi consiste la pluralitŽ, soient distinguŽes seulement par les relations entre elles.

q. 9 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod quaelibet distinctio sufficit ad pluralitatem similem constituendam. Unde, sicut in Deo non est divisio secundum absoluta,- quae sine compositione esse non potest,- sed solum distinctio relationum ; ita non est in Deo pluralitas quantum ad absoluta, sed solum quantum ad relationes, ut iam dictum est.

# 5. N'importe quelle distinction suffit pour constituer une pluralitŽ semblable. C'est pourquoi, de m�me qu'en Dieu, il n'y a pas de divisions dans l'absolu[957] Ñ celle-ci ne peut pas exister sans composition Ñ mais seulement une distinction des relations, de m�me il n'y a pas en Dieu de pluralitŽ quant ˆ l'absolu, mais seulement quant aux relations ; comme on l'a dŽjˆ dit (dans le corps de l'article).

q. 9 a. 5 ad 6 Ad sextum dicendum, quod unitates semper sunt partes numeri, si loquamur de numero absoluto quo numeramus ; si autem loquamur de numero qui est in rebus, tunc non est ratio totius et partis in numero, nisi sicut invenitur totum et pars in rebus numeratis. Diversae autem relationes in divinis non sunt partes, sicut paternitas et filiatio non sunt partes Socratis, quamvis sit pater et filius diversorum. Unde nec unitates relationum comparantur ad numerum relationum ut partes.

# 6. Les unitŽs sont toujours les parties du nombre, si nous parlons de nombre absolu par lequel nous comptons, mais si nous parlons du nombre qui est dans la rŽalitŽ, alors il nÕy a pas la raison du tout et de la partie dans le nombre, ˆ moins que ce soit comme on trouve le tout et la partie dans les choses dŽnombrŽes[958]. Mais diffŽrentes relations en Dieu ne sont pas des parties, de m�me que la paternitŽ et la filiation ne sont pas des parties de Socrate, bien qu'il soit p�re et fils dÕ�tres diffŽrents. C'est pourquoi les unitŽs des relations ne sont pas associŽes au nombre des relations comme des parties.

q. 9 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum, quod creatura differt a Deo in hoc quod producitur in numero essentialium principiorum. Talis autem non est numerus personarum.

# 7. La crŽature est diff�rente de Dieu du fait qu'elle est produite dans le nombre des principes essentiels. Mais tel n'est pas le nombre des personnes.

q. 9 a. 5 ad 8 Ad octavum dicendum, quod numerus qui est species quantitatis, causatur ex divisione continui ; unde sicut quantitas continua est quid mathematicum,- quia est separata a materia sensibili secundum rationem, et non secundum esse,- ita et numerus qui est species quantitatis, qui est etiam subiectum arithmeticae, cuius principium est unum quod est prima mensura quantitatis. Unde patet quod hic numerus non potest esse in rebus immaterialibus, sed est in eis multitudo, quae opponitur uni quod convertitur cum ente ; quae quidem causatur ex divisione formali, quae est per quasdam formas oppositas, vel absolutas vel relativas. Et talis numerus est in divinis.

# 8. Le nombre qui est une esp�ce de quantitŽ est causŽ par la division du continu ; cÕest pourquoi, de m�me que la quantitŽ continue est un concept mathŽmatique,Ñ parce quÕelle est sŽparŽe de la mati�re sensible en raison et non selon lÕ�tre Ñ de m�me le nombre aussi qui est lÕesp�ce de la quantitŽ, lui-m�me sujet de lÕarithmŽtique ; son principe est lÕunitŽ qui est la premi�re mesure de la quantitŽ. CÕest pourquoi il est clair que ce nombre ne peut pas �tre dans les rŽalitŽs immatŽrielles, mais il y a en elles une pluralitŽ, opposŽe ˆ lÕun qui est convertible avec lÕŽtant ; elle est causŽe par la division formelle, qui est par des formes opposŽes, ou absolues ou relatives ; et un tel nombre est en Dieu.

q. 9 a. 5 ad 9 Ad nonum dicendum, quod illae passiones consequuntur numerum qui est species quantitatis, qui non competit in divinis, ut dictum est.

# 9. Ces passions supposent le nombre, qui est de lÕesp�ce de la quantitŽ, ce qui ne convient pas Dieu, comme on lÕa dit.

q. 9 a. 5 ad 10 Ad decimum dicendum, quod Deus est infinitus secundum perfectionem magnitudinis et sapientiae et huiusmodi : unde in Ps. CXLVI, 5, dicitur, quod sapientiae eius non est numerus ; sed processio in divinis, secundum quam multiplicantur personae divinae, non est in infinitum ; non enim est immoderata divina generatio, ut Augustinus dicit in Lib. de Trinit. ; et ideo nec personarum numerus est infinitus.

# 10. Dieu est infini selon la perfection de la grandeur, de la sagesse, etc.. CÕest pourquoi au Ps. 146, 5, il est dit : ÇIl n'y a pas de nombre pour sa sagesse.È mais la procession en Dieu selon laquelle les personnes divines sont multipliŽes, nÕest pas dans lÕinfini : car la gŽnŽration en Dieu nÕest pas sans limite, comme Augustin le dit, (La TrinitŽ) et cÕest pourquoi le nombre des personnes nÕest pas infini.

q. 9 a. 5 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod Deus dicitur esse finitus sibi, non quia cognoscat se esse finitum, sed quia ita comparatur ad se sicut ad nos comparantur finita, in quantum comprehendit seipsum.

# 11. On dit que Dieu est fini pour lui, non pas parce quÕil se conna”t comme tel, mais parce quÕil est comparŽ ˆ lui comme le fini est comparŽ ˆ nous, en tant quÕil se comprend lui-m�me.

q. 9 a. 5 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod illa definitio datur de numero secundum quod est in genere quantitatis, ad quod pertinet ratio mensurae.

# 12. On donne cette dŽfinition du nombre en tant quÕil est dans le genre de la quantitŽ, ˆ quoi se rattache la notion de mesure.

q. 9 a. 5 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod in rebus creatis principia individuantia duo habent : quorum unum est quod sunt principium subsistendi (natura enim communis de se non subsistit nisi in singularibus) ;

13. Dans les crŽatures il y a deux prinicipes qui individualisent :a) LÕun est quÕils sont le principe de subsistance (car la nature commune ne subsiste de soi que dans les �tres particuliers).

aliud est quod per principia individuantia supposita naturae communis ab invicem distinguuntur. In divinis autem proprietates personales hoc solum habent quod supposita divinae naturae ab invicem distinguuntur, non autem sunt principium subsistendi divinae essentiae : ipsa enim divina essentia est secundum se subsistens ; sed e converso proprietates personales habent quod subsistant ab essentia : ex eo enim paternitas habet quod sit res subsistens, quia essentia divina, cui est idem secundum rem, est res subsistens ; ut inde sequatur quod sicut essentia divina est Deus, ita paternitas est pater. Et ex hoc est etiam quod essentia divina non multiplicatur secundum numerum ex pluralitate suorum suppositorum, sicut accidit in istis inferioribus. Nam ex eo aliquid secundum numerum multiplicatur, ex quo subsistentiam habet. Licet autem divina essentia secundum seipsam, ut ita dicam, individuetur, quantum ad hoc quod est per se subsistere, tamen, ipsa una existente secundum numerum, sunt in divinis plura supposita ab invicem distincta per relationes subsistentes.

b) LÕautre est quÕils se distinguent entre eux par des principes qui individualisent les supp™ts de nature commune. Mais en Dieu, les propriŽtŽs personnelles sont telles seulement que les supp™ts de nature divine se distinguent entre eux, mais elles ne sont pas le principe de subsistance de lÕessence divine ; car celle-ci est subsistante par soi, mais ˆ lÕinverse, les propriŽts personnelles sont telles quÕelles subsistent par lÕessence ; car ainsi la paternitŽ est telle quÕelle est une rŽalitŽ subsistante, parce que lÕessence divine, ˆ laquelle elle est identique en rŽalitŽ est ce qui subsiste ; de sorte quÕainsi il en dŽcoule que de m�me que lÕessence divine est Dieu, la paternitŽ est le P�re. Et de lˆ vient aussi que lÕessence divine nÕest pas multipliŽe en nombre par la pluralitŽ de ses supp™ts, comme cela arrive dans les �tres infŽrieurs. Car une chose est multipliŽe en nombre, par le fait quÕelle a sa subsistance. Mais bien quÕen soi lÕessence divine, soit pour ainsi dire individuŽe, pour ce qui est subsister par soi, cependant comme cette unitŽ existe selon le nombre, il y a plusieurs supp™ts en Dieu distinguŽs entre eux, par les relations subsistantes.

q. 9 a. 5 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod si pater et filius et spiritus sanctus non re, sed solum ratione differunt, nihil prohibet unum de altero praedicari : sicut vestis et tunica de se invicem praedicantur ; et similiter pater esset filius, et e converso ; quod est haeresis Sabellianae. Unde dicendum est, quod pater et filius et spiritus sanctus sunt tres res, ut Augustinus dicit in Lib. I de Doctr. Christ., si tamen res pro re relativa accipiatur ; si enim sumatur pro absoluto, sic sunt una res, ut idem Augustinus dicit. Et hoc modo sumendum est quod Damascenus dicit, quod sunt unum re. Quod autem dicit, quod ratione tantum distinguuntur, communiter exponitur, id est relatione. Nam relatio etsi per comparationem ad relationem oppositam, distinctionem realem faciat in divinis, tamen ab essentia divina non differt nisi ratione ; cum hoc etiam relatio inter omnia genera debiliori modo res est.

# 14. Si le P�re, le Fils et lÕEsprit saint diff�rent non pas en rŽalitŽ mais seulement en raison, rien nÕemp�che dÕattribuer lÕun ˆ lÕautre ; comme le v�tement et la tunique sÕattribuent de lÕun ˆ lÕautre[959] ; et de la m�me mani�re, le P�re serait le Fils et ˆ lÕinverse ; ce qui est lÕhŽrŽsie de Sabellius[960]. CÕest pourquoi il faut dire que le P�re, le Fils et lÕEsprit saint sont trois rŽalitŽs, comme Augustin le dit au livre I de La doctrine chrŽtienne (ch. V[961]), si cependant la rŽalitŽ est re�ue comme chose relative, car si elle est prise pour lÕabsolu, ils sont une seule rŽalitŽ, comme le m�me Augustin le dit. Et de cette mani�re, il faut prendre ce que Jean Damasc�ne dit quÕils sont un en rŽalitŽ. Mais ce quÕil dit quÕils sont distinguŽs en raison, cÕest ce quÕon expose communŽment, cÕest-ˆ-dire par la relation. Car m�me si la relation apporte une distinction rŽelle par comparaison ˆ la relation opposŽe, en Dieu, lÕessence divine ne diff�re quÕen raison ; avec cela aussi la relation est dÕun mode plus faible parmi tous les genres.

q. 9 a. 5 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod pluralitas rerum in divinis est pluralitas relationum subsistentium oppositarum, ex quo non sequitur compositio in divinis. Nam relatio, comparata ad essentiam divinam, non differt re, sed ratione solum ; unde non facit compositionem cum ipsa, sicut nec bonitas nec aliud essentialium attributorum ; sed per comparationem ad oppositam relationem est pluralitas rerum, non tamen compositio ; quia relationes oppositae, in quantum huiusmodi, ab invicem distinguuntur. Compositio vero non est ex aliquibus distinctis in quantum distincta sunt.

# 15. La pluralitŽs des rŽalitŽs en Dieu est une pluralitŽ de relations subsistantes opposŽes, dÕo� ne dŽcoule pas de la composition. Car la relation, comparŽe ˆ lÕessence divine nÕen diff�re pas en rŽalitŽ, mais en raison seulement ; cÕest pourquoi elle ne fait pas composition avec elle ; la bontŽ non plus, ni aucun autre des attributs essentiels ; mais par comparaison ˆ la relation opposŽe, il y a la pluralitŽ des rŽalitŽs, mais cependant pas composition, parce que les relations opposŽes, en tant que telles, se distinguent entre elles. Mais la composition ne vient pas de certaines choses distinctes en tant que telles.

q. 9 a. 5 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod attributa essentialia nullam ad invicem habent oppositionem sicut relationes ; et ideo licet subsistant sicut relationes, non tamen constituunt pluralitatem suppositorum ab invicem distinctorum, cum pluralitas distinctionem sequatur ; distinctio vero formalis fit ex aliqua oppositione.

# 16. Les attributs essentiels nÕont aucune opposition entre eux, comme les relations ; et cÕest pourquoi, bien quÕils subsistent comme les relations, ils ne constituent pas une pluralitŽ de supp™ts distincts les uns des autres, puisque la pluralitŽ ne dŽcoule pas de la distinction ; mais la distinction formelle se fait par une opposition.

q. 9 a. 5 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod in divinis non differt quod significatur per modum formae et quod significatur per modum suppositi : ut divinitas et Deus, paternitas et pater ; et ideo non oportet quod, licet proprietates relativae sint quasi differentiae constituentes personas, faciant compositionem aliquam cum personis constitutis.

# 17. En Dieu, il nÕy a pas de diffŽrence entre ce qui est signifiŽ par la forme et par le supp™t ; comme la divinitŽ et Dieu, la paternitŽ et le P�re ; et cÕest pourquoi il ne faut pas que, bien que les propriŽtŽs relatives soient comme des diffŽrences qui constituent les personnes, elles apportent une composition avec les personnes constituŽes.

q. 9 a. 5 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod licet pater et filius non distinguantur ab invicem nisi paternitate et filiatione, non tamen oportet quod pater et filius quasi specie differant in divinis : quia paternitas et filiatio sunt relationes secundum speciem diversae. Non enim istae relationes se habent ad divinas personas ut speciem dantes, sed magis ut supposita distinguentes et constituentes. Illud autem quod se habet ad personas divinas ut speciem dans, est natura divina, in qua filius est similis patri : nam generans generat sibi similem secundum speciem, non secundum individuales proprietates. Sicut ergo Socrates et Plato licet non distinguerentur ad invicem individualiter nisi albedine et nigredine, quae sunt diversae qualitates secundum speciem, non tamen specie differrent : quia id quod est species albo et nigro, non est species Socrati et Platoni ; ita nec sequitur quod pater et filius specie differant propter differentiam paternitatis et filiationis secundum speciem : licet in divinis non possit proprie dici aliquid differre secundum speciem, cum non sit ibi species et genus.

# 18. Bien que le P�re et le Fils ne se distinguent lÕun de lÕautre que par la paternitŽ et la filiation, il ne faut cependant pas quÕils diff�rent comme en esp�ce ; parce que la paternitŽ et la filiation sont des relations diffŽrentes en esp�ce. Car elles ne se comportent pas vis-ˆ-vis des personnes divines comme donnant une esp�ce, mais plut™t comme distinguant les supp™ts et les constituant. Mais ce qui se comporte vis-ˆ-vis des personnes divines, comme donnant lÕesp�ce, cÕest la nature divine, en laquelle le Fils est semblable au P�re. Car celui qui engendre engendre du semblable ˆ lui en esp�ce, mais pas selon les propriŽtŽs individuelles. Donc ainsi, bien que Socrate et Platon ne soient distinguŽs lÕun de lÕautre individuellement que par la blancheur et la noirceur, qui sont des qualitŽs diverses en esp�ce, ils ne diff�rent cependant pas en esp�ce, parce que ce qui est lÕesp�ce, pour le blanc et le noir, nÕest pas une esp�ce pour Socrate et Platon ; ainsi il nÕen dŽcoule pas que le P�re et le Fils soient diffŽrents en esp�ce ˆ cause dÕune diffŽrence de paternitŽ et de filiation en esp�ce ; bien quÕen Dieu on ne puisse ˆ proprement parler dÕune diffŽrence en esp�ce, puisquÕil nÕy a en lui ni esp�ce, ni genre.

q. 9 a. 5 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod omnino concedendum est quod in divinis non sit nisi unum esse : cum esse semper ad essentiam pertineat, et praecipue in Deo, cuius esse est sua essentia. Relationes autem quae distinguunt supposita in divinis, non addunt aliud esse super esse essentiae, quia non faciunt compositionem cum essentia, ut dictum est. Omnis autem forma addens aliquod esse super esse substantiale, facit compositionem cum substantia, et ipsum esse est accidentale, sicut esse albi et nigri. Diversitas ergo secundum esse sequitur pluralitatem suppositorum, sicut et diversitas essentiae, in rebus creatis. Neutrum autem in divinis.

# 19. Il faut absolument concŽder quÕen Dieu il nÕy a quÕun seul �tre, puisque lÕ�tre se rapporte toujours ˆ lÕessence, et surtout en Dieu, dont lÕ�tre est lÕessence. Mais les relations qui distinguent les supp™ts nÕajoutent pas un autre �tre ˆ celui de lÕessence ; parce quÕils ne font pas composition avec elle, comme on lÕa dit. Mais toute forme qui ajoute quelque chose ˆ lÕ�tre substantiel, apporte une composition avec la substance et lÕ�tre m�me est accidentel, comme lÕ�tre du blanc et du noir. Donc la diversitŽ selon lÕ�tre dŽcoule de la pluralitŽ des supp™ts, comme la diversitŽ de lÕessence, dans les crŽatures. Mais ni lÕun ni lÕautre nÕest en Dieu.

q. 9 a. 5 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod operatio egreditur ab agente ratione formae vel virtutis, quae est principium operationis ; et ideo nihil prohibet a tribus personis, quae sunt unius naturae et virtutis, unam creationem procedere : sicut si trium calidorum esset unus numero calor, una numero ab eis calefactio proveniret.

# 20. LÕopŽration sort de lÕagent en raison de la forme ou du pouvoir, qui est le principe de lÕopŽration ; et cÕest pourquoi rien nÕemp�che quÕune seule crŽation proc�de des trois personnes qui sont dÕune seule nature et dÕun seul pouvoir, comme si de trois chaleurs il nÕy en avait quÕune seule en nombre, des trois proviendrait un seul rŽchauffement en nombre.

q. 9 a. 5 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod formae individuantes in rebus creatis non sunt subsistentes sicut in divinis ; et ideo non est simile.

# 21. Les formes qui individualisent dans les crŽatures ne sont pas subsistantes comme en Dieu, et cÕest pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 9 a. 5 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod in rebus creatis ad multitudinem suppositorum sequitur multiplicatio essentiae, quod non accidit in divinis ; unde ratio non sequitur.

# 22. Dans les crŽatures, la pluralitŽ de lÕessence am�ne ˆ la pluralitŽ des supp™ts, ce qui nÕarrive pas en Dieu. CÕest pourquoi la raison ne vaut pas.

q. 9 a. 5 ad 23 Ad vicesimumtertium dicendum quod, licet tota et perfecta divinitas sit in qualibet trium personarum secundum proprium modum existendi, tamen ad perfectionem divinitatis pertinet ut sint plures modi existendi in divinis ut scilicet sit ibi a quo alius et ipse a nullo, et aliquis qui est ab alio. Non enim esset omnimoda perfectio in divinis, nisi esset ibi processio verbi et amoris.

# 23. Bien que la divinitŽ parfaite soit toute enti�re en chacune des trois personnes selon leur propre mode dÕexistence, cependant il convient ˆ la perfection de la divinitŽ quÕil y ait plusieurs modes dÕexistence en Dieu, ˆ savoir quÕil y en a un par lequel il est autre, et lui-m�me qui ne dŽpend de personne et un qui est par un autre[962]. Car il nÕy aurait de toute mani�re de perfection en Dieu, que sÕil y avait la procession du verbe et de lÕamour.

q. 9 a. 5 ad 24 Ad vicesimumquartum dicendum, quod ratio illa procedit ac si divinae personae per essentiam distinguerentur. Sic enim plenitudo gaudii quam habet pater in filio, esset in aliquo extrinseco, et non haberet pater hoc in seipso ; sed quia filius est in patre ut verbum ipsius, non posset esse patri plenum gaudium de seipso nisi in filio ; sicut nec homo de seipso gaudet nisi per conceptionem quam de seipso habet.

# 24. Cet argument est avancŽ, comme si les personnes divines se distinguaient par lÕessence. Car ainsi la plŽnitude de joie que le P�re a dans le Fils dŽpendrait de quelquÕun dÕextŽrieur et le P�re ne lÕaurait pas en lui ; mais parce que le Fils est dans le P�re comme son verbe, il ne pourrait y avoir la pleine joie pour le P�re de lui-m�me, que dans le Fils ; ainsi lÕhomme ne se rŽjouit lui-m�me que par la conception quÕil se fait de lui-m�me.

 

 

 

Article 6 Ñ Le nom de personne peut-il �tre convenablement attribuŽ ˆ Dieu au pluriel ?

q. 9 a. 6 tit. 1 Sexto quaeritur utrum nomen personae convenienter possit praedicari pluraliter in divinis. Et videtur quod non.

Il semble que non[963].

 

Objections :

q. 9 a. 6Arg. 1 Persona enim est substantia, ut ex definitione Boetii patet. Sed substantia non praedicatur pluraliter in divinis. Ergo nec persona.

1. Car la personne est une substance, comme le montre la dŽfinition de Bo�ce. Mais la substance nÕest pas attribuŽe au pluriel ˆ Dieu. Donc la personne non plus.

q. 9 a. 6Arg. 2 Praeterea, alia nomina absoluta praedicantur tantum singulariter in divinis, ut sapiens, bonus et huiusmodi. Sed hoc nomen persona est nomen absolutum. Ergo non debet praedicari pluraliter in divinis.

2. Tous les noms absolus sont attribuŽs ˆ Dieu seulement au singulier, comme sage, bon, etc.. Mais ce nom personne est un nom absolu. Donc il ne doit pas �tre attribuŽ au pluriel.

q. 9 a. 6Arg. 3 Item, nomen personae a subsistendo sumi videtur, cum significet individuum in genere substantiae, et persona dicatur quasi per se una. Subsistere autem ad essentiam pertinere videtur, quae non multiplicatur in divinis. Ergo nec nomen personae pluraliter potest praedicari.

3. Le nom de personne semble pris de ÇsubsisterÈ puisquÕil signifie lÕindividu dans le genre de la substance et on parle de la personne comme unique par soi. Mais subsister semble appartenir ˆ lÕessence qui nÕest pas multipliŽe en Dieu. Donc le nom de personne ne peut pas �tre attribuŽ au pluriel.

q. 9 a. 6Arg. 4 Sed dicendum, quod licet subsistere sumatur ab essentia, tamen dicere possumus quod in divinis sunt tres subsistentes, et similiter quod tres personae.- Sed contra, ea quae significant essentiam in divinis, non possunt praedicari pluraliter, nisi sint adiectiva, quae non trahunt numerum a forma significata, sed a suppositis, cum e converso sit in substantivis. Unde dicimus, quod in Deo sunt tres aeterni, si ly aeterni adiective sumatur ; si vero substantive, tunc verum est quod Athanasius dicit in Symb. quod non sunt tres aeterni, sed unus aeternus. Hoc autem nomen persona est substantivum, non adiectivum. Ergo non debet praedicari in plurali.

4. Mais il faut dire, que bien que subsister soit pris de lÕessence, nous pouvons cependant dire quÕen Dieu il y a trois (�tres) subsistants et de m�me quÕil y a trois personnes Ñ Mais en sens contraire, ce qui signifie lÕessence en Dieu ne peut �tre attribuŽ au pluriel ˆ moins que ce soient des adjectifs qui nÕentra”nent pas un nombre par la forme quÕils signifient mais par les supp™ts[964], alors que cÕest lÕinverse dans les substantifs. CÕest pourquoi nous disons quÕen Dieu il y a trois Žternels, si Ç Žternel È est pris comme adjectif ; mais sÕil est pris substantivement, alors est vrai ce quÕAthanase dit dans le symbole quÕil nÕy a pas trois Žternels, mais un seul. Mais ce nom de personne est un substantif, non un adjectif. Donc il ne doit pas �tre attribuŽ au pluriel.

q. 9 a. 6Arg. 5 Praeterea, licet adiectiva essentialia praedicentur pluraliter in divinis, tamen formae significatae non praedicantur pluraliter, sed singulariter tantum. Etsi enim aliquo modo dicamus pluraliter tres aeternos in divinis, nullo tamen modo dicimus tres aeternitates. Etsi ergo aliquo modo possit dici quod sint tres personae in divinis, nullo tamen modo poterit dici quod sint tres personalitates.

5. Bien que les adjectifs essentiels soient attribuŽs ˆ Dieu au pluriel, cependant les formes signifiŽes ne le sont pas au pluriel, mais au singulier seulement. Car m�me si, de quelque mani�re, nous parlons au pluriel de trois Žternels en Dieu, cependant nous ne disons en aucune mani�re trois ŽternitŽs. Donc, m�me si dÕune certaine mani�re, on pourrait dire quÕil y a trois personnes en Dieu, en aucune mani�re, on ne pourrait dire quÕil y a trois personnalitŽs.

q. 9 a. 6Arg. 6 Praeterea, sicut Deus significat divinitatem habentem, ita persona divina significat subsistentem in divinitate. Sed sicut dicimus in divinis tres subsistentes in divinitate, ita tres habentes divinitatem. Si ergo hac ratione potest dici quod in divinis sint tres personae, similiter poterit dici quod sint ibi tres dii, quod est haereticum.

6. De m�me que Dieu signifie celui qui a la divinitŽ, la personne divine signifie ce qui subsiste dans la divinitŽ. Mais de m�me que nous disons quÕil y en a trois qui subsistent, de m�me nous disons quÕil y en a trois qui ont la divinitŽ. Donc si pour cette raison, on peut dire quÕil y a trois personnes, de la m�me mani�re, on pourra dire quÕil y a trois dieux, ce qui est hŽrŽtique.

q. 9 a. 6Arg. 7 Praeterea, Boetius dicit, quod ideo non sunt tres dii, quia Deus non differt a Deo in divinitate. Sed similiter persona divina non differt a persona divina aliqua personalitatis differentia, ut videtur, cum commune sit eis hoc quod est esse personam. Ergo persona non potest pluraliter praedicari in divinis.

7. Bo�ce dit (La TrinitŽ, III) quÕil nÕy a pas trois dieux, parce que Dieu nÕest pas diff�rent de Dieu dans la divinitŽ. Mais de la m�me mani�re la personne divine ne diff�re pas de la personne divine par une diffŽrence de personnalitŽ, ˆ ce quÕil semble puisque le fait dÕ�tre une personne leur est commun. Donc la personne ne peut pas �tre attribuŽe ˆ Dieu au pluriel.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 6 s. c. 1 Sed contra. Est quod Augustinus dicit, quod quaerentibus quid tres essent pater et filius et spiritus sanctus, responsum est, quod sunt tres personae. Ergo persona pluraliter in divinis praedicatur.

1. Augustin dit (La TrinitŽ, VIII, 4) que ˆ ceux qui cherchent qui sont les trois, le P�re, le Fils et lÕEsprit saint, il faut rŽpondre que ce sont trois personnes. Donc on attribue le nom de personne au pluriel en Dieu.

q. 9 a. 6 s. c. 2 Praeterea, Athanasius dicit, ubi Sup., quod alia est persona patris, alia filii, alia spiritus sancti. Distinctio autem est causa numeri. Ergo persona pluraliter debet praedicari in divinis.

2. Athanase, ˆ la suite de ce qui est Žcrit ci-dessus (obj. 4) dit quÕÇAutre est la personne du P�re, celle du Fil,s celle de lÕEsprit saintÈ. Mais la distinction est cause du nombre. Donc le nom de personne doit �tre attribuŽ au pluriel en Dieu.

 

RŽponse :

q. 9 a. 6 co. Respondeo. Dicendum quod nomina substantiva, sicut iam supra dictum est, trahunt numerum a forma significata, adiectiva vero a suppositis. Cuius ratio est, quia nomina substantiva significant per modum substantiae, adiectiva vero per modum accidentis quod individuatur et multiplicatur per subiectum, substantia vero per seipsam.

Il faut dire que les substantifs, comme on lÕa dit ci-dessus, entra”nent un nombre par la forme quÕils signifient, et les adjectifs par les supp™ts. La raison en est que les substantifs signifient en tant que substance, et les adjectifs en tant quÕaccident ; celui-ci est individualisŽ et multipliŽ par le sujet, mais la substance lÕest par elle-m�me.

Cum ergo hoc nomen persona sit substantivum, oportet ex forma significata ipsius considerare, utrum possit pluraliter praedicari. Forma autem significata nomine personae non est natura absolute : quia sic idem significaretur nomine hominis et nomine personae humanae, quod patet esse falsum ; sed nomine personae significatur formaliter incommunicabilitas, sive individualitas subsistentis in natura, sicut ex praemissis patet.

Donc, comme ce nom personne est un substantif, il faut considŽrer par la forme quÕil signifie sÕil est possible de lÕattribuer au pluriel. Mais la forme signifiŽe par le nom de personne n'est pas absolument la nature, parce quÕainsi ce qui serait signifiŽ par le nom dÕhomme et celui de personne humaine serait identique ; ce qui para”t faux. Mais par le nom de personne est signifiŽ formellement lÕincommunicabilitŽ ou lÕindividualitŽ de ce qui subsiste dans la nature, comme on le voit par ce qui a ŽtŽ dit plus haut.

Cum ergo proprietates facientes esse distinctum et incommunicabile in divinis sint plures, oportet quod nomen personae pluraliter praedicetur in divinis ; sicut etiam in humanis pluraliter praedicatur nomen personae propter pluralitatem principiorum individuantium.

Donc comme les propriŽtŽs qui rendent lÕ�tre distinct et incommunicable en Dieu sont plusieurs, il faut que le nom de personne soit attribuŽ au pluriel ; comme aussi pour les homme le nom de personne est attribuŽ au pluriel ˆ cause de la pluralitŽ des principes qui les individualisent.

 

Solutions :

q. 9 a. 6 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod persona est substantia individua, quae est hypostasis ; et hoc pluraliter praedicatur, sicut patet ex usu Graecorum.

# 1. La personne est la substance individuelle, qui est une hypostase ; et cela est attribuŽ au pluriel, comme on le voit par lÕusage des Grecs.

q. 9 a. 6 ad 2 Ad secundum dicendum, quod nomen personae est absolutum ex modo significandi ; significat tamen relationem, sicut ex praemissis patet.

# 2. Le nom de personne est absolu par la mani�re de signifier ; cependant il signifie la relation comme on le voit de ce qui a ŽtŽ dit.

q. 9 a. 6 ad 3 Ad tertium dicendum, quod nomen personae non designat hoc solum quod est subsistere, quod videtur ad essentiam pertinere, sed etiam hoc quod est distinctum esse et incommunicabile, quod est propter proprietates relativas in divinis.

# 3. Le nom de personne ne dŽsigne pas seulement ce qui subsiste, qui semble convenir ˆ lÕessence, mais aussi le fait dÕ�tre diffŽrent et incommunicable, qui est ˆ cause des propriŽtŽs relatives en Dieu.

q. 9 a. 6 ad 4 Ad quartum dicendum, quod forma significata per nomen personae non est essentia absolute, sed illud quod est principium incommunicabilitatis sive individuationis ; et ideo pluraliter praedicatur, licet sit nomen substantivum : et propter hoc etiam, quia sunt plures proprietates distinguentes in divinis, dicuntur esse plures personalitates.

# 4. La forme signifiŽe par le nom de personne nÕest pas lÕessence dans lÕabsolu, mais ce qui est le principe dÕincommunicabilitŽ ou dÕindividuation ; et cÕest pourquoi il est attribuŽ au pluriel, bien quÕil soit un substantif ; et aussi, parce quÕil y a plusieurs propriŽtŽs, qui apportent la distinction en Dieu, on dit quÕil y a plusieurs personnalitŽs.

q. 9 a. 6 ad 5 Unde patet solutio ad quintum.

# 5. Et ainsi la solution 5 est claire.

q. 9 a. 6 ad 6 Ad sextum dicendum, quod hoc nomen persona significat subsistentem in natura divina, cum distinctione et incommunicabilitate ; hoc autem nomen Deus significat habentem divinam naturam nihil importans de distinctione vel incommunicabilitate ; ideo non est simile.

# 6. Ce nom de personne signifie ce qui subsiste dans la nature divine, avec distinction et incommunicabilitŽ ; mais ce nom de Dieu signifie celui qui a la nature divine sans rien apporter dans la distinction et lÕincommunicabilitŽ ; et cÕest pourquoi ce nÕest pas pareil.

q. 9 a. 6 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet Deus a Deo non differat aliqua differentia divinitatis,- quia non est nisi una divinitas numero,- persona tamen divina differt a persona divina differentia personalitatis, quia ad personalitatem pertinet in divinis etiam proprietas distinguens personas.

# 7. Bien que Dieu ne diff�re pas de Dieu par une diffŽrence de divinitŽ, Ñ parce quÕil nÕy a quÕune seule divinitŽ en nombre Ñ cependant la personne divine diff�re de la personne divine par une diffŽrence de personnalitŽ, parce quÕen Dieu aussi la propriŽtŽ qui distingue les personnes convient ˆ cette personnalitŽ.

 

 

 

Article 7 Ñ Comment les termes numŽriques sont-ils attribuŽs aux personne divines, est-ce positivement ou nŽgativement seulement ?

q. 9 a. 7 tit. 1 Septimo quaeritur quomodo termini numerales praedicentur de divinis personis, utrum scilicet positive vel remotive tantum. Et videtur quod positive.

Et il semble que cÕest positivement[965].

 

Objections :

q. 9 a. 7Arg. 1 Si enim nihil ponunt in divinis, tunc qui dicit tres personas, nihil dicit quod sit in Deo. Ergo et qui negat tres personas, nihil negat de Deo quod sit in ipso. Non ergo contra veritatem loquitur, et ita non est haereticus.

1. Car si on ne place rien en Dieu, alors celui qui parle de trois personnes, ne dit rien de ce qui est en lui. Donc celui qui nie les trois personnes, ne nie rien de ce qui est en lui. Donc il ne parle pas contre la vŽritŽ, et ainsi il nÕest pas hŽrŽtique.

q. 9 a. 7Arg. 2 Praeterea, secundum Dionysium in Lib. de Divin. Nom., tribus modis dicitur aliquid de Deo : scilicet per negationem, per eminentiam et per causam. Quocumque autem istorum modorum termini numerales praedicentur in divinis, oportet quod aliquid ponant. Quod quidem manifestum est, si quidem praedicentur per eminentiam vel per causam similiter autem et si praedicentur negative. Non enim sic aliqua negantur de Deo, ut idem Dionysius dicit, quasi omnino ei desint, sed quia non eodem modo ei conveniunt sicut et nobis. Oportet ergo omnibus modis quod termini numerales aliquid ponant.

2. Selon Denys (les Noms divins, ThŽologie mystique, I), on parle de quelque chose en Dieu de trois mani�res ; ˆ savoir par nŽgation, par Žminence, et par la cause. De nÕimporte quelle de ces mani�res que les termes numŽriques sont attribuŽs ˆ Dieu, il faut quÕils y Žtablissent quelque chose. Ce qui est clair, sÕils sont attribuŽs par Žminence ou par cause, de la m�me mani�re aussi sÕils sont attribuŽs nŽgativement. Car ce nÕest pas ainsi que certaines choses sont niŽes de Dieu, comme le m�me Denys le dit (La HiŽrarchie cŽleste, II, Les Noms divin, IV et XI), comme si elles lui manquaient tout ˆ fait, mais parce quÕelles ne se rencontrent pas en lui de la m�me mani�re quÕen nous. Il faut donc que de toutes les mani�res, les termes numŽriques placent quelque chose.

q. 9 a. 7Arg. 3 Praeterea, quidquid praedicatur de Deo et creaturis, nobiliori modo de Deo quam de creaturis praedicatur. Termini autem numerales de creaturis praedicantur positive. Ergo multo magis de Deo.

3. Tout ce qui est attribuŽ ˆ Dieu et aux crŽatures, est attribuŽ dÕune mani�re plus noble ˆ Dieu quÕaux crŽatures. Mais les termes numŽriques sont attribuŽs positivement aux crŽatures. Donc beaucoup plus ˆ Dieu.

q. 9 a. 7Arg. 4 Praeterea, multitudo et unitas importata per terminos numerales, secundum quod praedicatur de Deo, non sunt in intellectu tantum : quia sic non essent tres personae in Deo nisi secundum intellectum ; quod pertinet ad haeresim Sabellianam. Ergo oportet quod sint aliquid in ipso Deo secundum rem ; et ita positive de Deo dicuntur.

4. La pluralitŽ et lÕunitŽ apportŽes par les termes numŽriques, selon ce qui est attribuŽ ˆ Dieu, ne sont pas dans lÕesprit seulement : parce quÕainsi il nÕy aurait trois personnes en Dieu que selon lÕesprit ; ce qui appartient ˆ lÕhŽrŽsie sabellienne[966]. Donc il faut quÕelles soient quelque chose en Dieu m�me, en rŽalitŽ, et ainsi on en parle positivement en Dieu.

q. 9 a. 7Arg. 5 Praeterea, sicut unum est in genere quantitatis, ita bonum est in genere qualitatis ; in Deo autem nec est quantitas nec qualitas nec aliquod accidens ; et tamen bonum non praedicatur de Deo remotive sed positive. Ergo similiter unum, et per consequens multitudo, quam constituit unum.

5. Le ÔunÕ est dans le genre de la quantitŽ, de m�me le bien est dans le genre de la qualitŽ ; mais en Dieu, il nÕy a ni quantitŽ, ni qualitŽ, ni accident ; et cependant le bien nÕest pas attribuŽ ˆ Dieu nŽgativement, mais positivement. Donc de la m�me mani�re le ÔunÕ et par consŽquent la pluralitŽ que constitue lÕunitŽ.

q. 9 a. 7Arg. 6 Praeterea, quatuor prima entia dicuntur, scilicet ens, unum, verum et bonum. Sed tria eorum, scilicet ens, verum et bonum, dicuntur de Deo positive. Ergo et unum, et per consequens multitudo.

6. On dit quÕil y a quatre �tres premiers[967] ˆ savoir lÕŽtant, lÕun, le vrai et le bien. Mais on parle positivement pour Dieu de trois dÕentre eux, ˆ savoir lÕŽtant, le vrai et le bien. Donc lÕun aussi et par consŽquent la pluralitŽ.

q. 9 a. 7Arg. 7 Praeterea, multitudo et magnitudo pertinent ad duas species quantitatis, quae sunt discreta quantitas et continua. Sed magnitudo praedicatur de Deo positive, cum dicitur Ps. CXLVI, 5 : magnus dominus et magna virtus eius. Ergo et multitudo et unum.

7. La pluralitŽ et la grandeur appartiennent ˆ deux esp�ces de quantitŽ, la quantitŽ discr�te et la quantitŽ continue. Mais la grandeur est attribuŽe positivement ˆ Dieu quand il est dit (Ps. 146, 5) : ÇLe Seigneur est grand et grande est sa puissanceÈ. Donc la pluralitŽ et lÕunitŽ aussi.

q. 9 a. 7Arg. 8 Praeterea, creaturae Dei similitudinem praeferunt, secundum quod in eis vestigium divinitatis apparet. Sed secundum Augustinum, quaelibet creatura vestigium quoddam divinae Trinitatis in se habet, in quantum est aliquid unum et specie formatur et ordinem aliquem habet. Ergo creatura est una ad similitudinem Dei. Sed unum praedicatur de creatura positive : ergo et de Deo.

8. Les crŽatures de Dieu manifestent la ressemblance selon quÕappara”t en elles un vestige de la divinitŽ. Mais selon Augustin (La TrinitŽ, X, 11), nÕimporte quelle crŽature porte en elle un vestige de la divine TrinitŽ, en tant quÕelle est une et est mise en forme en lÕesp�ce et a un ordre. Donc la crŽature est une ˆ la ressemblance ˆ Dieu. Mais lÕunitŽ est attribuŽe positivement ˆ la crŽature. Donc ˆ Dieu aussi.

q. 9 a. 7Arg. 9 Praeterea, si unum praedicatur de Deo privative, oportet quod aliquid removeat, et non nisi multitudinem. Multitudinem autem non removet ; non enim sequitur, si est una persona, quod non sint plures. Unum ergo non dicitur remotive de Deo, et per consequens nec multitudo.

9. Si on attribue nŽgativement lÕunitŽ ˆ Dieu, il faut quÕelle exclut quelque chose et pas seulement la pluralitŽ. Mais elle ne lÕexclut pas ; car il nÕen dŽcoule pas, sÕil y a une personne quÕil y en ait pas plusieurs. Donc on ne parle pas de lÕunitŽ nŽgativement en Dieu et par consŽquent de la pluralitŽ non plus.

q. 9 a. 7Arg. 10 Praeterea, privatio nihil constituit. Unum autem constituit multitudinem. Non ergo dicitur privative.

10. La privation nÕa rien constituŽ. Mais lÕunitŽ a constituŽ la pluralitŽ. Donc on nÕen parle pas nŽgativement.

q. 9 a. 7Arg. 11 Praeterea, nulla privatio est in Deo, quia privatio omnis pertinet ad defectum. Unum autem praedicatur de Deo. Ergo non significat privationem.

11. Il nÕy aucune privation en Dieu, parce que toute privation concerne une dŽfaillance. Mais lÕunitŽ est attribuŽe ˆ Dieu. Donc elle ne signifie pas une privation.

q. 9 a. 7Arg. 12 Praeterea, Augustinus dicit, quod quidquid praedicatur de Deo, praedicatur secundum substantiam, vel secundum relationem. Et Boetius etiam dicit, quod omnia quae veniunt in divinam praedicationem, mutantur in substantiam praeter ad aliquid. Si ergo termini numerales praedicantur de Deo, oportet quod significent substantiam vel relationem ; et ita oportet quod positive de Deo praedicentur.

12. Augustin dit (la TrinitŽ, V, 5) que tout ce qui est attribuŽ ˆ Dieu lÕest selon la substance ou selon la relation. Et Bo�ce dit aussi (dans son livre sur La TrinitŽ) que tout ce qui vient dans lÕattribution divine est changŽ en substance hormis la relation. Donc si les termes numŽriques sont attribuŽs ˆ Dieu, il faut quÕils signifient la substance ou la relation ; et ainsi il faut quÕils soient attribuŽs positivement ˆ Dieu.

q. 9 a. 7Arg. 13 Praeterea, unum et ens convertuntur et videntur esse synonyma. Sed ens praedicatur de Deo positive. Ergo et unum, et per consequens multitudo.

13. LÕunitŽ et lÕŽtant sont convertibles et semblent synonymes. Mais lÕŽtant est attribuŽ positivement ˆ Dieu. Donc lÕunitŽ aussi et par consŽquent la pluralitŽ.

q. 9 a. 7Arg. 14 Praeterea, si unum praedicatur de Deo remotive, oportet quod removeat multitudinem tamquam sibi oppositam. Hoc autem non potest esse, cum multitudo constituatur ex unitatibus ; unum autem oppositorum non constituitur ex alio. Ergo unum non praedicatur de Deo remotive.

14. Si lÕunitŽ est attribuŽe ˆ Dieu nŽgativement, il faut exclure la pluralitŽ, comme sÕopposant ˆ elle. Mais cela nÕest pas possible, puisque la pluralitŽ est constituŽe dÕunitŽs ; mais lÕun des opposŽs nÕest pas constituŽ par un autre. Donc lÕunitŽ nÕest pas attribuŽe ˆ Dieu nŽgativement.

q. 9 a. 7Arg. 15 Praeterea, si unum dicitur per remotionem multitudinis, oportet quod unum opponatur multitudini, sicut privatio habitui. Habitus autem est naturaliter prior privatione, et etiam secundum rationem, quia privatio non potest definiri nisi per habitum. Ergo multitudo erit prior uno secundum naturam et secundum rationem ; quod videtur inconveniens.

15. Si lÕunitŽ est dŽfinie par lÕexclusion de la pluralitŽ, il faut que lÕunitŽ soit opposŽe ˆ la pluralitŽ, comme la privation ˆ la possession. Mais la possession est naturellement avant la privation et aussi en raison, parce quÕelle ne peut �tre dŽfinie que par une possession. Donc la pluralitŽ sera avant lÕunitŽ en nature et en raison, ce qui ne para”t pas convenir.

q. 9 a. 7Arg. 16 Praeterea, si unum et multa in divinis praedicantur remotive, oportet quod unum removeat multitudinem et multitudo removeat unitatem. Hoc autem est inconveniens, quia sequeretur circulus unius et multi, ut dicatur, quod unum est quod non est multa, et multa sunt quae non sunt unum ; et sic per ista nihil fieret notum. Non est ergo dicendum, quod unum et multa in Deo dicantur privative.

16. Si lÕun et le multiple sont attribuŽs nŽgativement ˆ Dieu, il faut que lÕunitŽ exclut la pluralitŽ et que celle-ci exclut lÕunitŽ. Mais cela ne convient pas, parce quÕil en dŽcoulerait un cercle entre lÕunitŽ et le multiple, de sorte quÕon dirait que lÕun est ce qui nÕest pas multiple et le multiple est ce qui nÕest pas un ; et ainsi on ne conna”trait rien. Donc il ne faut pas dire quÕon parle nŽgativement de lÕun et du multiple en Dieu.

q. 9 a. 7Arg. 17 Praeterea, unum et multa cum se habeant ut mensura et mensuratum, videntur opponi ad invicem relative. In relative autem oppositis utrumque dicitur positive. Ergo tam unum quam multa positive praedicantur de Deo.

17. Comme lÕun et le multiple ne se comportent pas comme la mesure et le mesurŽ, ils semblent opposŽs relativement entre eux. Mais dans ce qui est opposŽ relativement, on parle de lÕun et de lÕautre positivement. Donc on attribue positivement ˆ Dieu autant lÕun que le multiple.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 7 s. c. 1 Sed contra. Dionysius dicit, IV de Divin. nominibus : unitas laudata et Trinitas, quae est super omnia divinitas, non est neque unitas neque Trinitas quae a nobis aut alio quodam existentium sit cognita. Videtur ergo quod termini numerales per remotionem dicantur de Deo.

1. Denys dit (les Noms divins, IV, 13) : ÇLÕunitŽ est louŽe et la TrinitŽ qui est la divinitŽ au-dessus de tout, nÕest ni unitŽ, ni TrinitŽ, pour quÕelle soit connue par nous ou par quelquÕun dÕautre parmi ceux qui existentÈ. Il semble donc quÕon parle par Žloignement des termes numŽraux en Dieu.

q. 9 a. 7 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit : quaesivit humana inopia quid tria diceret, et dixit substantias sive personas. Quibus nominibus non diversitatem intelligi voluit sed singularitatem noluit. Sunt ergo huiusmodi termini numerales introducti in divinis magis ad removendum quam ad ponendum.

2. Augustin dit (La TrinitŽ, VII, 4, 9) : ÇLa pauvretŽ humaine a cherchŽ ce que trois voulait dire et elle a dit : les substances ou les personnes. Par ces noms elle a voulu ne pas comprendre la diversitŽ, mais elle nÕa pas voulu comprendre la singularitŽ.È Donc il y a des termes numŽraux de ce genre qui sont introduits en Dieu, plus pour exclure que pour poser.

q. 9 a. 7 s. c. 3 Praeterea, unum et multitudo, sive numerus, sunt in genere quantitatis. In Deo autem non potest esse aliqua quantitas, cum quantitas sit accidens et dispositio materiae. Termini ergo numerales in Deo nihil ponunt.

3. LÕun et la pluralitŽ ou le nombre sont dans le genre de la quantitŽ. Mais en Dieu il ne peut pas y avoir de quantitŽ, puisquÕelle est un accident et une disposition de la mati�re. Donc les termes numŽraux ne placent rien en Dieu.

q. 9 a. 7 s. c. 4 Sed dicendum, quod licet quantitas secundum rationem sui generis, vel secundum rationem accidentis, non possit esse in Deo, tamen secundum rationem speciei aliqua quantitas potest praedicari de Deo, sicut aliqua qualitas, ut scientia vel iustitia.- Sed contra, illae solae species qualitatis in divinam praedicationem assumuntur quae secundum rationem suae speciei nullam imperfectionem important, sicut scientia, iustitia et aequitas ; non autem ignorantia nec albedo. Omnis autem quantitas secundum rationem suae speciei imperfectionem importat : cum enim quantum sit quod est indivisibile, species quantitatis distinguuntur secundum diversos modos divisionis ; sicut pluralitas est quae divisibilis est in non continua, linea autem quae est divisibilis secundum unam dimensionem, superficies autem secundum duas, corpus vero secundum tres. Divisio autem perfectioni divinae simplicitatis repugnat. Nulla ergo quantitas secundum rationem suae speciei potest praedicari de Deo.

4. Mais il faut dire que, bien que la quantitŽ en raison de son genre, ou en raison de lÕaccident, ne puisse pas exister en Dieu, cependant en raison de lÕesp�ce, on peut attribuer certaine quantitŽ ˆ Dieu, de m�me que certaine qualitŽ, comme la science et la justice.Ñ En sens contraire, on admet dans lÕattribution divine ces seules esp�ces de qualitŽ qui nÕapportent aucune imperfection en raison de leur esp�ce, comme la science, la justice et lÕŽquitŽ ; mais pas lÕignorance ni la blancheur. Mais toute quantitŽ en raison de son esp�ce apporte une imperfection ; comme, en effet, quant ˆ ce qui est indivisible, les esp�ces de quantitŽ sont distinguŽes selon divers modes de division, ainsi la pluralitŽ est ce qui est divisible dans ce qui nÕest pas continu, la ligne ce qui est divisible selon une dimension, la superficie selon deux, le corps selon trois[968], mais la division sÕoppose ˆ la perfection de la simplicitŽ divine. Donc aucune quantitŽ en raison de son esp�ce ne peut �tre attribuŽe ˆ Dieu.

q. 9 a. 7 s. c. 5 Sed dicendum, quod distinctio per relationes quae facit numerum personarum in divinis, non importat imperfectionem in Deo.- Sed contra, omnis divisio vel distinctio aliquam multitudinem causat. Non autem omnis multitudo est numerus qui est species quantitatis : cum multitudo et unum circumeant omnia genera. Non ergo omnis divisio vel distinctio sufficit ad constituendum numerum qui est species quantitatis, sed sola illa divisio quae est secundum quantitatem, qualis non est distinctio relationum.

5. Mais il faut dire que la distinction par les relations qui apportent le nombre des personnes en Dieu, ne lui apporte pas dÕimperfection.Ñ En sens contraire, toute division ou distinction cause une pluralitŽ, mais toute pluralitŽ nÕest pas un nombre qui est une esp�ce de quantitŽ, puisque la pluralitŽ et lÕunitŽ enferment tous les genres. Donc toute division ou distinction ne suffit pas ˆ constituer un nombre, qui est une esp�ce de quantitŽ, mais cette seule division qui est selon la quantitŽ ; telle nÕest pas la distinction des relations.

q. 9 a. 7 s. c. 6 Sed dicendum, quod omnis multitudo est species quantitatis, et omnis divisio sufficit ad constituendam speciem quantitatis.- Sed contra, ad positionem substantiae non sequitur positio quantitatis, cum substantia possit esse sine accidente. Sed positis solis formis substantialibus, sequitur distinctio in substantiis. Ergo non quaelibet distinctio constituit multitudinem quae est accidens et species quantitatis.

6. Mais il faut dire que toute pluralitŽ est une esp�ce de quantitŽ, et toute division suffit ˆ constituer une esp�ce de quantitŽ. Ñ En sens contraire, placer la quantitŽ ne revient pas ˆ placer la substance, puisque celle-ci peut exister sans accident. Mais si on place les seules formes substantielles, il en dŽcoule une distinction dans les substances. Donc ce nÕest pas nÕimporte quelle distinction qui constitue la pluralitŽ qui est accident et esp�ce de quantitŽ.

q. 9 a. 7 s. c. 7 Praeterea, discretio quae constituit numerum, quae est species quantitatis, opponitur continuo. Discretio autem continuo opposita est, quae consistit in divisione continui. Ergo sola divisio continui, quae non competit Deo, causat numerum qui est species quantitatis ; et ita non potest praedicari de Deo numerus qui est species quantitatis.

7. Ce qui constitue le nombre discret qui est esp�ce de quantitŽ, sÕoppose ˆ ce qui constitue le nombre continu. Mais Ç cette discrŽtion È est opposŽe au continu qui consiste dans la division du contenu. Donc la seule division du contenu, qui ne convient pas ˆ Dieu, cause le nombre qui est lÕesp�ce de quantitŽ, et ainsi on ne peut pas attribuer ˆ Dieu un nombre qui est une esp�ce de quantitŽ.

q. 9 a. 7 s. c. 8 Praeterea, quaelibet substantia dicitur una. Aut ergo est una per essentiam suam, aut per aliquid aliud. Si per aliquid aliud, cum et illud oporteat esse unum, necesse est quod et illud per se sit unum, vel per aliquid aliud, et illud iterum per aliud. Impossibile est autem quod hoc procedat in infinitum. Ergo statur alicubi. Melius est ergo quod stetur in primo, ut scilicet substantia per seipsam sit una. Non ergo unum est aliquid additum substantiae ; et ita non videtur significare aliquid positive.

8. On dit que nÕimporte quelle substance est une. Ou bien donc elle est une par son essence, ou bien par quelque chose dÕautre. Si cÕest par quelque chose dÕautre, puisque aussi cela doit �tre un, il est nŽcessaire que cela soit un par soi, ou par quelque chose dÕautre et celui-ci ˆ nouveau par quelque chose dÕautre. Mais il est impossible que cela proc�de ˆ lÕinfini. Donc on sÕarr�te quelque part. Donc il est meilleur de sÕarr�ter au premier stade, pour que la substance soit une par elle-m�me[969]. Donc lÕun nÕest pas quelque chose dÕajoutŽ ˆ la substance, et ainsi il ne semble pas avoir une signification positive.

q. 9 a. 7 s. c. 9 Sed dicendum, quod substantia non est una per seipsam, sed per unitatem ei accidentem ; unitas autem est per se una ; prima enim denominant seipsa, sicut bonitas est bona, veritas est vera, et similiter unitas est una.- Sed contra, huiusmodi seipsa denominant propter hoc quod sunt primae formae, nam secundae formae non denominant seipsas, sicut albedo non est alba. Quae autem se habent ex additione ad aliud, non sunt prima. Ergo unitas et bonitas non se habent ex additione ad substantiam.

9. Mais il faut dire que la substance nÕest pas une par elle-m�me, mais par une unitŽ qui lui est accidentelle ; mais lÕunitŽ est une par soi ; car les transcendantaux se nomment eux-m�mes, ainsi la bontŽ est bonne, la vŽritŽ vraie et de la m�me mani�re lÕunitŽ une.Ñ En sens contraire, ceux de ce genre se nomment eux-m�mes parce quÕils sont des formes premi�res ; car les formes secondes ne se nomment pas elles-m�mes, ainsi la blancheur nÕest pas blanche. Ce qui se comporte par addition ˆ autre chose nÕest pas premier (transcendantal). Donc lÕunitŽ et la bontŽ ne se comportent pas par addition ˆ la substance.

q. 9 a. 7 s. c. 10 Praeterea, secundum philosophum, omnia dicuntur unum in quantum non dividuntur. Hoc autem quod est non dividi, non ponit aliquid, sed solum removet. Ergo unum non praedicatur positive sed remotive in divinis ; et per consequens multitudo, quae constituitur ex unis.

10. Selon le philosophe (MŽtaphysique V, 6, 1018 a 18 passim), on appelle un tout ce qui nÕest pas divisŽ. Mais ce qui nÕest pas divisŽ ne place rien, mais exclut seulement. Donc lÕun nÕest pas attribuŽ positivement ˆ Dieu, mais nŽgativement ; et par consŽquent la pluralitŽ qui est constituŽe par des unitŽs aussi.

 

RŽponse :

q. 9 a. 7 co. Respondeo. Dicendum quod de uno et multo diversa inveniuntur, quae etiam apud philosophos fuerunt occasio diversa sentiendi. Invenitur enim de uno, quod est principium numeri, et quod convertitur cum ente ; similiter invenitur de multo, quod pertinet ad quamdam speciem quantitatis, quae dicitur numerus, et iterum quod circuit omne genus, sicut et unum, cui videtur multitudo opponi.

Pour lÕun et le multiple, on trouve diffŽrentes questions qui ont ŽtŽ lÕoccasion pour les philosophes dÕopinions diffŽrentes. Car on trouve lÕun, qui est le principe du nombre, et qui est convertible avec lÕŽtant ; de m�me on trouve le multiple qui se rapporte ˆ une certaine esp�ce de quantitŽ qui est appelŽe le nombre, et ˆ nouveau ce qui comprend tout genre, comme lÕun ˆ qui semble opposŽe la pluralitŽ.

Fuerunt ergo aliqui inter philosophos qui non distinxerunt inter unum quod convertitur cum ente, et unum quod est principium numeri, aestimantes quod neutro modo dictum unum aliquid super substantiam adderet ; sed unum quolibet modo dictum significaret substantiam rei. Ex quo sequebatur quod numerus, qui ex unis componitur, sit substantia omnium rerum secundum opinionem Pythagorae et Platonis.

A. Donc il y en eut certains parmi les philosophes qui nÕont pas distinguŽ entre lÕun qui est convertible avec lÕŽtant, et lÕun qui est le principe du nombre, pensant que dÕaucune des deux mani�res ce qui est appelŽ un ajouterait quelque chose ˆ la substance, mais lÕun qui est employŽ de nÕimporte quelle mani�re signifierait la substance. Et il en dŽcoulait que le nombre qui serait composŽ dÕunitŽs, serait la substance de toutes les choses selon lÕopinion de Pythagore et de Platon[970].

Quidam vero non distinguentes inter unum quod convertitur cum ente, et unum quod est principium numeri, crediderunt e contrario, quod utrolibet modo dictum unum, adderet aliquod esse accidentale supra substantiam ; et per consequens omnis multitudo oportet quod sit aliquod accidens pertinens ad genus quantitatis. Et haec fuit positio Avicennae, quam quidem videntur secuti fuisse omnes antiqui doctores. Non enim intellexerunt per unum et multa nisi aliquod pertinens ad genus quantitatis discretae.

B. Mais certains qui ne distinguent pas entre lÕun qui est convertible avec lÕŽtant, et lÕun principe du nombre, ont cru au contraire que de lÕune et lÕautre mani�re, ce qui est appelŽ un ajouterait un �tre accidentel ˆ la substance et par consŽquence il faut que toute pluralitŽ soit un accident qui concerne le genre de la quantitŽ. Et ce fut la position dÕAvicenne[971] quÕassurŽment toutes les docteurs anciens semblent avoir suivi. Car ils nÕont compris par un et beaucoup que quelque chose qui appartenait au genre de la quantitŽ discr�te.

Quidam vero fuerunt qui attendentes quod in Deo nulla quantitas esse potest, posuerunt quod termini significantes unum vel multa de Deo non ponunt aliquid, sed removeant tantum. Non enim possunt ponere nisi quod significant, scilicet quantitatem discretam, quae nullo modo potest esse in Deo. Sic ergo secundum eos unum dicitur de Deo ad removendum multitudinem quantitatis discretae ; termini vero significantes pluralitatem, dicuntur de Deo ad removendum unitatem, quae est principium quantitatis discretae.

C. Mais certains, qui ont ŽtŽ attentifs ˆ ce quÕen Dieu il ne peut y avoir aucune quantitŽ, ont pensŽ que les termes qui signifiaient lÕun ou beaucoup ne placent rien en Dieu, mais excluent seulement. Car ils ne peuvent placer que ce quÕils signifient, ˆ savoir la quantitŽ discr�te, qui ne peut en aucune mani�re �tre en Dieu. Donc ainsi selon eux, on parle de lÕun en Dieu pour exclure la multiplicitŽ de la quantitŽ discr�te ; mais les termes que signifient la pluralitŽ en Dieu, pour exclure lÕunitŽ, qui est le principe de la quantitŽ discr�te.

Et haec videtur fuisse opinio Magistri, quae ponitur in 24 dist. I sententiarum. Quae quidem, supposita suae opinionis radice, scilicet quod omnis multitudo significaret quantitatem discretam, et omne unum esset eiusdem quantitatis principium, inter omnes rationabilior invenitur. Nam et Dionysius dicit, quod negationes sunt maxime verae in Deo ; affirmationes vero sunt incompactae. Non enim scimus de Deo quid est, sed magis quid non est, ut Damascenus dicit.

Et cela semble avoir ŽtŽ lÕopinion du Ma”tre quÕon trouve exposŽ dans la I Sent. d24. Si on suppose lÕorigine de son opinion, ˆ savoir que toute pluralitŽ signifierait une quantitŽ discr�te, et toute unitŽ serait le principe dÕune m�me quantitŽ, cette opinion est trouvŽe plus rationnelle parmi toutes. Car Denys aussi (La HiŽrarchie cŽleste, II) dit que les nŽgations sont tout ˆ fait vraies en Dieu, mais les affirmations sont inadŽquates. Car nous ne savons pas de Dieu ce quÕil est, mais plut™t ce quÕil nÕest pas, comme Jean Damasc�ne le dit (I, 4).

Unde et Rabbi Moyses omnia quae affirmative videntur dici de Deo, dicit magis esse introducta ad removendum quam ad aliquid ponendum. Dicimus enim Deum esse vivum ad removendum ab eo illum modum essendi quem habent res quae apud nos non vivunt, non ad ponendum vitam in ipso, cum vita et omnia huiusmodi nomina sint imposita ad significandum quasdam formas et perfectiones creaturarum quae longe absunt a Deo ; quamvis hoc non sit usquequaque verum, nam, sicut dicit Dionysius, sapientia et vita et alia huiusmodi non removentur a Deo quasi ei desint, sed quia excellentius habet ea quam intellectus humanus capere, vel sermo significare possit ; et ex illa perfectione divina descendunt perfectiones creatae, secundum quamdam similitudinem imperfectam. Et ideo de Deo, secundum Dionysium, non solum dicitur aliquid per modum negationis et per modum causae, sed etiam per modum eminentiae.

CÕest pourquoi Rabbi Moyses dit que tout ce qui para”t �tre dit affirmativement de Dieu est plus introduit plus pour exclure que pour poser quelque chose. Car nous disons que Dieu est vivant pour Žloigner de lui ce mode dÕ�tre quÕont les choses qui chez nous ne vivent pas, mais pas pour placer la vie en eux, puisque la vie et tous les noms de ce genre sont imposŽs pour signifier des formes et les perfections des crŽatures, qui sont tr�s loin de Dieu ; quoique cela ne soit pas toujours vrai, car, comme le dit Denys (Les Noms divins, 12), la sagesse et la vie, etc., ne sont pas exclues de Dieu, comme si elles lui manquaient, mais parce quÕil les poss�de plus excellemment que ce que lÕesprit humain peut en saisir ou la parole signifier ; et de cette perfection divine descendent les perfections crŽes selon une ressemblance imparfaite. Et cÕest pourquoi au sujet de Dieu, selon Denys (La ThŽologie mystique I et La HiŽrarchie cŽleste, I, et Les Noms divins, II) non seulement on parle par mode de nŽgation et de cause, mais aussi par mode dÕŽminence.

Sed quidquid sit de spiritualibus perfectionibus, certum est quod materiales dispositiones removentur omnino a Deo. Unde cum quantitas sit dispositio materiae, si termini numerales non significant nisi quod est in genere quantitatis, necesse est quod de Deo non dicatur nisi ad removendum quae significant, sicut Magister posuit, loc. cit. Nec sequitur ex eius positione circulus,- dum unitas removet multitudinem, multitudo unitatem,- quia removentur a Deo unitas et multitudo, quae sunt in genere quantitatis, quorum neutrum de Deo dicitur. Et sic unitas dicta de Deo, quae removet multitudinem, non removetur, sed alia unitas, quae de Deo dici non potest.

Mais quoi quÕil en soit des perfections spirituelles, il est certain que les dispositions matŽrielles sont tout ˆ fait exclues de Dieu. CÕest pourquoi, puisque la quantitŽ est une disposition de la mati�re, si les termes numŽraux ne signifient que ce qui est dans le genre de la quantitŽ, il est nŽcessaire quÕon nÕen parle au sujet de Dieu que pour exclure ce quÕils signifient, comme le Ma”tre lÕa pensŽ (loc. cit.). Et il ne dŽcoule pas que cette disposition est circulaire Ñ en tant que lÕunitŽ exclut la pluralitŽ, et la pluralitŽ lÕunitŽ Ñ parce que lÕunitŽ et la pluralitŽ, qui sont dans le genre de la quantitŽ sont exclues de Dieu. On ne parle dÕaucun des deux ˆ propos de lui. Et ainsi lÕunitŽ dont on parle en lui, qui exclut la pluralitŽ, nÕest pas exclue, mais cÕest lÕautre unitŽ dont on ne peut parler en Dieu.

Quidam vero, non intelligentes quod nomina affirmativa ad removendum possint in praedicationem divinam induci, nec iterum ponentes unum et multa,- nisi quod est in genere quantitatis discretae, quam in Deo ponere non audebant,- dixerunt quod termini numerales non praedicantur de Deo quasi dictiones significantes aliquam rem conceptam sed quasi dictiones officiales, exercentes aliquid in divinis, scilicet distinctionem ad modum syncategorematicae distinctionis. Quod quidem fatuum apparet, cum nihil tale ex horum terminorum significatione possit haberi.

D. Certains, ne comprenant pas que des noms affirmatifs puissent �tre introduits dans lÕattribution divine pour exclure, et en plus nÕy pla�ant lÕun et le multiple Ñ qui est dans le genre de la quantitŽ discr�te quÕils nÕosaient pas placer en Dieu Ñ certains, donc, ont dit que les termes numŽraux ne sont pas attribuŽs ˆ Dieu comme des expressions qui signifient une esp�ce de concept, mais comme des expressions officielles qui ont quelque pouvoir en Dieu, ˆ savoir une distinction pour un mode de distinction catŽgorique. Ce qui para”t insensŽ, puisque rien de tel ne peut �tre possŽdŽ par la signification de ces termes.

Et ideo alii dixerunt, quod praedicti termini aliquid positive ponunt in Deo, licet supponant quod unum et multa sunt solum in genere quantitatis ; dicunt enim quod non est inconveniens aliquam speciem quantitatis Deo attribui, licet genus removeatur a Deo ; sicut et aliquae species qualitatis, ut sapientia et iustitia, dicuntur de Deo positive, licet in Deo qualitas esse non possit.

E. Et cÕest pourquoi, dÕautres, ont dit que les termes en question placent positivement quelque chose en Dieu, bien quÕils supposent que ni lÕun et ni multiple sont seulement dans le genre de la quantitŽ : car ils disent quÕil nÕy a pas dÕinconvŽnient ˆ attribuer une esp�ce de quantitŽ ˆ Dieu, bien que le genre soit exclu de lui ; comme on parle positivement de certaines esp�ces de qualitŽs comme la sagesse, et la justice, bien quÕil ne puisse y avoir en lui de qualitŽ.

Sed illud non est simile, ut in obiiciendo est tactum, nam omnes species quantitatis ex ratione suae speciei habent imperfectionem, non autem omnes species qualitatis. Et praeterea quantitas proprie est dispositio materiae ; unde omnes species quantitatis sunt mathematica quaedam, quae secundum esse non possunt a materia sensibili separari, nisi tempus et locus quae sunt naturalia, et magis materiae sensibili annexa. Unde patet quod nulla species quantitatis potest in rebus spiritualibus convenire, nisi secundum metaphoram. Qualitas autem sequitur formam, unde quaedam qualitates sunt omnino immateriales, quae attribui possunt rebus spiritualibus.

Mais cela nÕest pas pareil que ce quÕon en dit dans lÕobjection, car toutes les esp�ces de quantitŽ ont une imperfection en raison de leur esp�ce, mais pas toutes les esp�ces de qualitŽ. Et ensuite la quantitŽ est en propre une disposition de la mati�re ; cÕest pourquoi toutes les esp�ces de quantitŽ sont mathŽmatiques qui, selon lÕ�tre, ne peuvent pas �tre sŽparŽs de la mati�re sensible sauf le temps et le lieu, qui sont naturels, et plus attachŽs ˆ la mati�re sensible. CÕest pourquoi il est clair quÕaucune esp�ce de quantitŽ ne peut convenir aux �tres spirituels, sinon par mŽtaphore. Mais la qualitŽ suit la forme, cÕest pourquoi il y a certaines qualitŽs tout ˆ fait immatŽrielles, qui peuvent �tre attribuŽes aux choses spirituelles.

Hae igitur opiniones processerunt, supposito quod idem sit unum quod convertitur cum ente et quod est principium numeri, et quod non sit aliqua multitudo nisi numerus qui est species quantitatis. Quod quidem patet esse falsum : nam cum divisio multitudinem causet, indivisio vero unitatem, oportet secundum rationem divisionis de uno et multo iudicium sumi.

F. Donc ces opinions ont progressŽ, en supposant que soient identiques lÕun qui est convertible avec lÕŽtant et celui qui est le principe du nombre, et quÕil nÕy ait pas dÕautre pluralitŽ que le nombre qui est une esp�ce de la quantitŽ. Ce qui para”t faux. Comme la division, en effet, cause la pluralitŽ, et lÕindivision lÕunitŽ, il faut juger de lÕun et du multiple en raison de la division.

Est autem quaedam divisio quae omnino genus quantitatis excedit, quae scilicet est per aliquam oppositionem formalem, quae nullam quantitatem concernit. Unde oportet quod multitudo hanc divisionem consequens, et unum quod hanc divisionem privat, sint maioris communitatis et ambitus quam genus quantitatis.

Il y a une division qui transcende tout ˆ fait le genre de la quantitŽ, celle qui vient par une opposition formelle qui ne concerne aucune quantitŽ. CÕest pourquoi il faut que la pluralitŽ qui dŽcoule de cette division, et lÕun qui en prive, soient plus communs et dÕune plus grande amplitude que le genre de la quantitŽ.

Est autem et alia divisio secundum quantitatem quae genus quantitatis non transcendit. Unde et multitudo consequens hanc divisionem, et unitas eam privans, sunt in genere quantitatis. Quod quidem unum, aliquid accidentale addit supra id de quo dicitur, quod habet rationem mensurae ; alias numerus ex unitate constitutus, non esset aliquod accidens, nec alicuius generis species. Unum vero quod convertitur cum ente, non addit supra ens nisi negationem divisionis, non quod significet ipsam indivisionem tantum, sed substantiam eius cum ipsa : est enim unum idem quod ens indivisum. Et similiter multitudo correspondens uni nihil addit supra res multas nisi distinctionem, quae in hoc attenditur quod una earum non est alia ; quod quidem non habent ex aliquo superaddito, sed ex propriis formis.

Mais il y a aussi une autre division, relative ˆ la quantitŽ, qui nÕen dŽpasse pas le genre. CÕest pourquoi la pluralitŽ qui suit cette division et lÕunitŽ qui en prive, sont dans le genre de la quantitŽ. LÕun ajoute quelque chose dÕaccidentel ˆ ce dont on parle, ayant raison de mesure, autrement le nombre constituŽ par lÕunitŽ ne serait pas un accident, ni lÕesp�ce dÕun genre. Mais lÕun qui est convertible avec lÕŽtant, nÕy ajoute que la nŽgation de la division, non quÕil signifie seulement lÕindivision elle-m�me, mais il signifie sa substance avec elle, car il y a une unitŽ identique ˆ lÕŽtant indivis. Et de la m�me mani�re la pluralitŽ qui correspond ˆ lÕun nÕajoute rien ˆ la multiplicitŽ des choses, sinon la distinction qui consiste en ce que lÕune dÕelle nÕest pas lÕautre ; ce qui ne vient pas de quelque chose ajoutŽ, mais de leurs propres formes.

Patet ergo quod unum quod convertitur cum ente, ponit quidem ipsum ens, sed nihil superaddit nisi negationem divisionis. Multitudo autem ei correspondens addit supra res, quae dicuntur multae, quod unaquaeque earum sit una, et quod una earum non sit altera, in quo consistit ratio distinctionis. Et sic, cum unum addat supra ens unam negationem,- secundum quod aliquid est indivisum in se,- multitudo addit duas negationes, prout scilicet aliquid est in se indivisum, et prout est ab alio divisum. Quod quidem dividi est unum eorum non esse alterum.

Il est Žvident que lÕun qui est convertible avec lÕŽtant pose lÕŽtant lui-m�me, mais il nÕajoute que la nŽgation de la division. Mais la pluralitŽ qui lui correspond ajoute ˆ ce qui est dit multiple, que chacune dÕelles est une et que lÕune dÕelle nÕest pas lÕautre, en quoi consiste la raison de la distinction. Et ainsi, comme lÕunitŽ ajoute une nŽgation ˆ lÕŽtant Ñ selon que quelque chose est indivis en soi, la pluralitŽ ajoute deux nŽgations, dans la mesure o� une chose est indivise en soi, et dans la mesure o� elle est divisŽe par un autre. ætre divisŽ est lÕunitŽ de ceux qui ne sont pas autres.

Dico ergo, quod in divinis non praedicantur unum et multa quae pertinent ad genus quantitatis, sed unum quod convertitur cum ente, et multitudo ei correspondens. Unde unum et multa ponunt quidem in divinis ea de quibus dicuntur ; sed non superaddunt nisi distinctionem et indistinctionem, quod est superaddere negationes, ut supra expositum est. Unde concedimus, quod quantum ad id quod superaddunt eis de quibus praedicantur, remotive in Deo accipiuntur ; in quantum autem includunt in sua significatione ea de quibus dicuntur, positive accipiuntur. Unde ad utrasque rationes respondendum est.

G. Je dis donc quÕen Dieu ne sont attribuŽs ni lÕun et ni le multiple qui se rapportent au genre de la quantitŽ, mais lÕun qui est convertible avec lÕŽtant et la pluralitŽ qui lui correspond. CÕest pourquoi lÕun et le multiple placent en Dieu ce dont on parle ; mais ils ne surajoutent que la distinction et la non distinction, ce qui est ajouter des nŽgations, comme on lÕa exposŽ plus haut. CÕest pourquoi, nous concŽdons que pour ce quÕils ajoutent ˆ ce ˆ quoi ils sont attribuŽs, il sont re�us en Dieu nŽgativement ; en tant quÕils incluent dans leur signification ce dont nous parlons, ils sont re�us positivement. CÕest pourquoi il faut rŽpondre aux deux raisons.

 

Solutions :

q. 9 a. 7 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod qui dicit tres personas, aliquid in Deo dicit, scilicet distinctionem personarum ; quam qui negat, haereticus est. Ista autem distinctio non addit aliquid supra personas distinctas.

# 1. Qui dit trois personnes dit une rŽalitŽ en Dieu, ˆ savoir la distinction des personnes ; qui la nie est hŽrŽtique, mais cette distinction nÕajoute rien aux personnes distinctes.

q. 9 a. 7 ad 2 Ad secundum dicendum quod, licet in remotione quorumdam a Deo, sit cointelligenda praedicatio eorumdem de Deo per eminentiam et per causam, tamen quaedam solummodo negantur de Deo et nullo modo praedicantur ; sicut cum dicitur : Deus non est corpus. Et hoc modo posset dici secundum opinionem Magistri, quod omnino negatur a Deo quantitas numeralis ; et similiter secundum id quod ponimus, omnino negatur ab eo essentiae divisio, cum dicitur : essentia divina est una.

# 2. Bien quÕen excluant certaines choses de Dieu, il faille comprendre leur attribution par Žminence, et par cause, cependant, certaines sont seulement niŽes et ne lui sont attribuŽes en aucune mani�re, comme quand on dit : Dieu nÕest pas un corps. Et de cette mani�re on pourrait dire selon lÕopinion du Ma”tre, que la quantitŽ numŽrale est tout ˆ fait niŽe pour Dieu ; et de la m�me mani�re selon ce que nous y pla�ons, cela nie tout ˆ fait la division de lÕessence, quand on dit : lÕessence divine est une.

q. 9 a. 7 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in rebus creatis termini numerales non ponunt aliquid superadditum rebus de quibus dicuntur, nisi prout significant id quod est in genere quantitatis discretae, secundum quem modum non praedicantur de Deo ; et hoc pertinet ad perfectionem ipsius.

# 3. Dans les crŽatures, les termes numŽraux ne placent rien de surajoutŽ ˆ ce dont on parle, sinon dans la mesure o� ils signifient ce qui est dans le genre de la quantitŽ discr�te ; sous ce mode, elles ne sont pas attribuŽes ˆ Dieu ; et cela convient ˆ sa perfection.

q. 9 a. 7 ad 4 Ad quartum dicendum, quod unitas et multitudo quae significantur per terminos numerales dictos de Deo, non sunt solum in intellectu nostro, sed sunt in Deo secundum rem ; non tamen propter hoc significatur aliquid positive praeter intellectum eorum quibus ista attribuuntur.

# 4. LÕunitŽ et la pluralitŽ qui sont signifiŽes par les termes numŽraux employŽs pour Dieu, ne sont pas seulement dans notre esprit, mais ils sont en Dieu en rŽalitŽ ; ce nÕest pas cependant ˆ cause de cela que quelque chose est signifiŽ positivement au-delˆ du concept de ceux ˆ qui ils sont attribuŽs.

q. 9 a. 7 ad 5 Ad quintum dicendum quod bonum quod est in genere qualitatis, non est bonum quod convertitur cum ente, quod nullam rem supra ens addit ; bonum autem quod est in genere qualitatis, addit aliquam qualitatem qua homo dicitur bonus ; et simile est de uno, sicut ex dictis patet. Sed in hoc differt quod bonum utroque modo acceptum potest venire in divinam praedicationem, non autem unum : non enim est eadem ratio de quantitate et qualitate, sicut ex dictis patet.

# 5. Le bien qui est dans le genre de la qualitŽ, nÕest pas le bien qui est convertible avec lÕŽtant, parce quÕil nÕajoute rien ˆ lÕŽtant ; mais le bien qui est dans le genre de la qualitŽ ajoute une qualitŽ par laquelle on dit que lÕhomme est bon ; et cÕest pareil pour lÕunitŽ, comme on le voit dÕapr�s ce qui a ŽtŽ dit. Mais il y a une diffŽrence : le bien re�u de lÕune et lÕautre mani�re peut venir dans lÕattribution divine, mais pas lÕunitŽ ; car la quantitŽ et la qualitŽ nÕont pas une nature identique, comme on le voit de ce qui a ŽtŽ dit.

q. 9 a. 7 ad 6 Ad sextum dicendum, quod inter ista quatuor prima, maxime primum est ens : et ideo oportet quod positive praedicetur ; negatio enim vel privatio non potest esse primum quod intellectu concipitur, cum semper quod negatur vel privatur sit de intellectu negationis vel privationis. Oportet autem quod alia tria super ens addant aliquid quod ens non contrahat ; si enim contraherent ens, iam non essent prima. Hoc autem esse non potest nisi addant aliquid secundum rationem tantum ; hoc autem est vel negatio, quam addit unum (ut dictum est), vel relatio ad aliquid quod natum sit referri universaliter ad ens ; et hoc est vel intellectus, ad quem importat relationem verum, aut appetitus, ad quem importat relationem bonum ; nam bonum est quod omnia appetunt, ut dicitur in I Ethic.

# 6. Parmi les quatre transcendantaux, celui qui est absolument le premier est lÕŽtant et cÕest pourquoi il faut quÕil soit attribuŽ positivement ; car la nŽgation ou la privation ne peuvent �tre ce qui est con�u en premier par lÕesprit, puisque toujours ce qui est niŽ ou privŽ est du concept de nŽgation ou de privation. Mais il faut que les trois autres ajoutent ˆ lÕŽtant quelque chose qui ne le limite pas ; car sÕils le limitaient, ils ne seraient plus des transcendantaux. Mais cela nÕest pas possible ˆ moins quÕils ajoutent quelque chose en raison seulement. Mais cÕest ou bien la nŽgation qui ajoute lÕunitŽ (comme on lÕa dit) ou bien une relation ou ce qui est destinŽ ˆ �tre rŽfŽrŽ ˆ lÕŽtant selon lÕuniversel : et cÕest ou bien le concept, ˆ qui le vrai apporte une relation ou bien lÕappŽtit, ˆ laquelle le bien apporte la relation ; car le bien est ce que tous recherchent, comme on le dit dans lÕƒthique (I, 1, 1094 a 2).

q. 9 a. 7 ad 7 Ad septimum dicendum, quod secundum philosophum, multum dicitur dupliciter :

# Selon le philosophe (MŽtaphysique X, 6, 1056 b 17 ss.), on parle de beaucoup en plusieurs sens :

`uno modo absolute, et sic dicitur per oppositum ad unum ;

a) DÕune premi�re mani�re, selon lÕabsolu et ainsi on lÕemploie par opposition ˆ lÕunitŽ :

alio modo dicitur comparative, prout importat excessum quemdam respectu minoris numeri, et sic multum opponitur pauco.

b) DÕune autre mani�re, on en parle comparativement dans la mesure o� il apporte un surplus par rapport ˆ un nombre plus petit, et ainsi beaucoup est opposŽ ˆ peu.

Similiter autem et magnum potest dupliciter dici :

De la m�me mani�re on parle de grand de deux mani�res :

uno modo absolute, prout importat quantitatem continuam quae dicitur magnitudo ;

a) DÕune premi�re mani�re selon lÕabsolu, dans la mesure o� le terme apporte une quantitŽ continue qui est appelŽe grandeur.

alio modo comparative, rout importat excessum respectu minoris quantitatis..

b) DÕune autre mani�re, comparativement, dans la mesure o� il apporte un surplus par rapport ˆ une quantitŽ plus petite.

Primo ergo modo magnum non praedicatur de Deo ; sed secundo, ut importetur eius eminentia super omnem creaturam

Donc de la premi�re mani�re, grand nÕest pas attribuŽ ˆ Dieu, mais de la seconde, il est attribuŽ pour apporter son Žminence au-dessus de tout crŽature.

q. 9 a. 7 ad 8 Ad octavum dicendum, quod unum quod pertinet ad vestigium Dei in creaturis, est unum quod convertitur cum ente, quod quidem ponit aliquid, in quantum ponit ipsum ens, cui solam negationem superaddit, ut dictum est.

# 8. LÕunitŽ qui appartient au vestige de Dieu dans les crŽatures est lÕun qui est convertible avec lÕŽtant, qui place quelque chose en tant quÕil place lÕŽtant ˆ qui il ajoute seulement une nŽgation, comme on lÕa dit.

q. 9 a. 7 ad 9 Ad nonum dicendum, quod unum oppositorum non excludit aliud, nisi ab eo de quo praedicatur. Non enim sequitur, si Socrates est albus, quod nihil sit nigrum : sed quod ipse non est niger. Sic ergo sequitur quod si patris persona est una, patris personae non sunt plures ; non autem sequitur quod non sint plures personae in divinis.

# 9. LÕun des opposŽs nÕexclut lÕautre que par ce qui lui est attribuŽ. Car il nÕen dŽcoule pas, si Socrate est blanc, que rien ne soit noir ; mais que lui-m�me nÕest pas noir. Ainsi donc il en dŽcoule que si la personne du P�re est une, les personnes du P�re ne sont pas plusieurs, mais il nÕen dŽcoule pas quÕil nÕy ait pas plusieurs personnes en Dieu.

q. 9 a. 7 ad 10 Ad decimum dicendum, quod unum non constituit multitudinem ex parte privationis, sed ex parte illa qua ponit ens.

# 10. LÕun nÕa pas constituŽ la pluralitŽ du c™tŽ de la privation mais de ce c™tŽ o� il place lÕŽtant.

q. 9 a. 7 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod sicut dicitur in V Metaph., privatio tribus modis dicitur : uno modo proprie, quando removetur ab aliquo quod natum est habere, et in quo tempore natum est habere ; sicut carere visu est privatio visus in homine. Alio modo communiter, quando removetur ab aliquo quod ipsum quidem non est natum habere, sed genus eius ; sicut si non habere visum dicatur esse privatio visus in talpa.

# 11. Comme il est dit en MŽtaphysique, (V, 22, 1022 b 21 ss.), on parle de la privation de trois mani�res :a) Au sens propre, quand est exclu de quelque chose ce quÕil est destinŽ ˆ avoir et, en quel temps, il est destinŽ ˆ lÕavoir, comme ne pas avoir la vue est la privation de la vue dans lÕhomme.b) DÕune autre mani�re, communŽment, quand est exclu dÕune chose ce quÕelle nÕest pas destinŽe ˆ avoir, mais que son genre est destinŽ ˆ ne pas avoir ; ainsi, si ne pas avoir la vision Žtait appelŽ privation de la vue pour la taupe.

Tertio modo communissime, quando removetur ab aliquo id quod a quocumque alio natum est haberi, non tamen ab ipso, nec ab alio sui generis : sicut si non habere visum, dicatur esse privatio visus in planta. Et haec privatio medium est inter privationem veram et simplicem negationem, habens commune aliquid cum utroque ; cum privatione quidem vera, in hoc quod est negatio in aliquo subiecto, unde non competit simpliciter non enti ; cum negatione vero simplici, in hoc quod non requirit aptitudinem in subiecto. Per hunc autem modum unum privative dicitur, et potest simili modo praedicari in divinis, sicut et alia quae simili modo praedicantur in divinis, ut invisibilis et immensus et huiusmodi.

c) De mani�re tr�s commune, quand est exclu dÕune chose ce quÕelle est destinŽe ˆ avoir par nÕimporte quel autre, cependant pas par elle-m�me, ni par un autre de son genre ; comme si on disait que ne pas avoir la vue, cÕest la privation de la vue dans la plante. Et cette privation est intermŽdiaire entre la vraie privation et la nŽgation simple, ayant quelque chose de commun avec lÕune et lÕautre ; avec une vraie privation, du fait que cÕest une nŽgation dans un sujet ; cÕest pourquoi il nÕappartient pas simplement au non-�tre ; avec une nŽgation simple du fait quÕil ne requiert pas dÕaptitude dans le sujet. Par ce moyen lÕun est dit nŽgativement et peut �tre attribuŽ ˆ Dieu dÕune mani�re semblable, comme les autres qui sont attribuŽs ˆ Dieu dÕune mani�re semblable, comme invisible, immense, etc.

q. 9 a. 7 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod termini numerales non addunt aliquid in divinis supra id de quo praedicantur ; et ideo quando praedicantur de essentialibus, significant essentiam ; quando vero de personalibus, significant relationem.

# 12. Les termes numŽraux nÕajoutent rien en Dieu, au-dessus de ce ˆ quoi ils sont attribuŽs ; et cÕest pourquoi quand ils sont attribuŽs ˆ ce qui est lÕessence, ils la signifient, mais sÕils sont attribuŽs ˆ ce qui est personnel, ils signifient la relation.

q. 9 a. 7 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod unum et ens convertuntur secundum supposita ; sed tamen unum addit secundum rationem, privationem divisionis ; et propter hoc non sunt synonyma, quia synonyma sunt quae significant idem secundum rationem eamdem.

#13. LÕun et lÕ�tre sont convertibles selon les supp™ts ; mais cependant lÕun ajoute en raison la privation de division, et cÕest pour cela quÕils ne sont pas synonymes, parce que les synonymes signifient une chose identique sous le m�me rapport.

q. 9 a. 7 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod unum potest considerari dupliciter : uno modo quantum ad illud quod ponit, et sic constituit multitudinem ;alio modo quantum ad negationem quam superaddit, et sic opponitur unum multitudini privative.

# 14. LÕun peut �tre considŽrŽ de deux mani�res ;a) Quant ˆ ce quÕil pose ; et ainsi il a constituŽ une pluralitŽ.b) DÕune autre mani�re quant ˆ la nŽgation quÕil ajoute et ainsi lÕun est opposŽ nŽgativement ˆ la pluralitŽ.

q. 9 a. 7 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod secundum philosophum, multitudo est prior uno secundum sensum, sicut totum partibus et compositum simplici ; sed unum est prius multitudine naturaliter et secundum rationem. Hoc autem non videtur sufficere ad hoc quod unum opponatur multitudini privative. Nam privatio est posterior secundum rationem, cum in intellectu privationis sit eius oppositum, per quod definitur : nisi forte hoc referatur solum ad nominis rationem, prout hoc nomen unum significat privative, nomen vero multitudinis positive ; nomina enim imponuntur a nobis secundum quod cognoscimus res. Unde ad hoc quod aliquid significetur per nomen ut privatio, sufficit qualitercumque sit posterius in nostra cognitione ; quamvis hoc non sufficiat ad hoc quod res ipsa sit privativa, nisi sit posterius secundum rationem.

# 15. Selon le philosophe (MŽtaphysique, X, 3, 1054 a 28[972]), la pluralitŽ est avant lÕunitŽ, selon le sens, comme le tout avant les parties et le composŽ avant le simple. Mais lÕun est naturellement et en raison avant la pluralitŽ. Mais cela ne para”t pas suffire, pour que lÕun soit opposŽ nŽgativement ˆ la multitude, car la privation est apr�s en raison, puisque dans le concept de privation il y a son opposŽ, par lequel il est dŽfini ; ˆ moins que par hasard cela se rapporte seulement ˆ la nature du nom, dans la mesure o� il signifie nŽgativement lÕunitŽ, mais positivement le nom de pluralitŽ. Car les noms sÕimposent ˆ nous selon que nous connaissons la rŽalitŽ. CÕest pourquoi, pour quÕune chose soit signifiŽe par un nom comme privation, il suffit de quelque mani�re quÕil soit postŽrieur dans notre connaissance ; quoique cela ne suffise pas pour que la chose soit nŽgative, ˆ moins quÕelle soit postŽrieure en raison.

Et ideo potest melius dici, quod divisio est causa multitudinis, et est prior secundum intellectum quam multitudo ; unum autem dicitur privative respectu divisionis, cum sit ens indivisum, non autem respectu multitudinis. Unde divisio est prior, secundum rationem, quam unum ; sed multitudo posterius. Quod sic patet :

Et cÕest pourquoi on peut dire mieux : la division est la cause de la pluralitŽ, et elle est avant elle en esprit ; mais on parle dÕunitŽ nŽgativement par rapport ˆ la division, puisquÕelle est lÕŽtant non divisŽ, sans rapport avec la pluralitŽ. CÕest pourquoi la division est en raison avant lÕunitŽ ; mais la pluralitŽ apr�s. Ce qui para”t ainsi :

primum enim quod in intellectum cadit, est ens ;

a) En premier ce qui arrive dans lÕesprit cÕest lÕŽtant ;

secundum vero est negatio entis ;

b) en second, la nŽgation de lÕŽtant ;

ex his autem duobus sequitur tertio intellectus divisionis (ex hoc enim quod aliquid intelligitur ens, et intelligitur non esse hoc ens, sequitur in intellectu quod sit divisum ab eo) ;

c) mais de ces deux dŽcoule en troisi�me le concept de division (car du fait que quelque chose est compris comme Žtant, et que cet Žtant est compris comme nÕŽtant pas celui-lˆ, il dŽcoule en esprit, quÕil est sŽparŽ de lui) ;

quarto autem sequitur in intellectu ratio unius, prout scilicet intelligitur hoc ens non esse in se divisum ;

d) quatri�mement : la nature de lÕun dŽcoule dans lÕesprit, dans la mesure o� cet Žtant est compris comme non divisŽ en soi,

quinto autem sequitur intellectus multitudinis, prout scilicet hoc ens intelligitur divisum ab alio, et utrumque ipsorum esse in se unum. Quantumcumque enim aliqua intelligantur divisa, non intelligetur multitudo, nisi quodlibet divisorum intelligatur esse unum.

e) cinqui�mement, il en dŽcoule le concept de pluralitŽ dans la mesure o� cet Žtant est compris comme sŽparŽ dÕun autre et lÕun et lÕautre dÕentre eux sont uniques en soi. Car chaque fois que quelque chose est compris comme sŽparŽ dÕun autre, la pluralitŽ nÕest pas comprise ˆ moins que lÕune des choses divisŽes soit comprise comme un �tre.

Et sic etiam patet quod non erit circulus in definitione unius et multitudinis.

Et ainsi il est clair quÕil nÕy aura pas de cercle vicieux dans la dŽfinition de lÕun et de la pluralitŽ.

q. 9 a. 7 ad 16 Unde patet responsio ad decimumsextum.

# 16. Ainsi sÕŽclaire la rŽponse ˆ la 16me objection.

q. 9 a. 7 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod unum quod est principium numeri, comparatur ad multitudinem ut mensura ad mensuratum ; quod quidem unum positive aliquid supra substantiam addit, ut dictum est.

# 17. LÕun qui est le principe du nombre est comparŽ ˆ la pluralitŽ, comme la mesure au mesurŽ ; cette unitŽ ajoute positivement quelque chose ˆ la substance, comme on lÕa dit (dans le corps de lÕarticle).

q. 9 a. 7 ad s. c. Ad ea quae in oppositum obiiciuntur, secundum praemissa, facile est respondere considerantibus secundum quid veritatem concludant. Unum tamen quod in illis obiectionibus tangebatur considerandum est, quod huiusmodi prima, scilicet essentia, unitas, veritas et bonitas, denominant seipsa ea ratione, quia unum, verum et bonum consequuntur ad ens. Cum autem ens sit primum quod in intellectu concipitur oportet quod quidquid in intellectum cadit, intelligatur ut ens, et per consequens ut unum, verum et bonum. Unde cum intellectus apprehendat essentiam, unitatem, veritatem et bonitatem in abstracto, oportet quod de quolibet eorum praedicetur, ens, et alia tria concreta. Et inde est quod ista denominant seipsa, non autem alia quae non convertuntur cum ente.

Pour ce qui est objectŽ en sens contraire, selon ce qui a ŽtŽ dit, il est facile de rŽpondre ˆ ceux qui consid�rent en quoi ils limitent la vŽritŽ. Cependant il faut considŽrer que ce qui Žtait abordŽ dans ces objections les transcendantaux de ce genre, ˆ savoir lÕessence, lÕunitŽ, la vŽritŽ et la bontŽ, signifient eux-m�mes par cette raison que lÕun, le vrai et le bien supposent lÕŽtant. Mais comme lÕŽtant est le premier qui est con�u par lÕesprit, il faut que quelque chose arrive dans lÕesprit et soit compris comme Žtant, et par consŽquent comme un, vrai et bon. CÕest pourquoi, comme lÕesprit saisit lÕessence, lÕunitŽ, la vŽritŽ et la bontŽ dans lÕabstrait, il faut que soit attribuŽ ˆ chacun dÕeux lÕŽtant et les trois autres concrets. Et de lˆ vient quÕils se signifient eux-m�mes, mais pas les autres qui ne se convertissent pas avec lÕŽtant.

 

 

 

Article 8 Ñ Y a-t-il de la diversitŽ en Dieu ?

q. 9 a. 8 tit. 1 Octavo quaeritur utrum in Deo sit aliqua diversitas. Et videtur quod sic.

Il semble que oui[973].

 

Objections :

q. 9 a. 8Arg. 1 Quia, secundum philosophum, unum in substantia facit idem, multitudo autem in substantia facit diversum. In divinis autem est multitudo secundum substantiam, dicit enim Hilarius, quod pater et filius et spiritus sanctus sunt per substantiam tria, per consonantiam vero unum. Ergo in divinis est diversitas.

1. Parce que, selon le philosophe (MŽtaphysique V, 6, 1015 b 18), lÕunitŽ dans la substance fait lÕidentique, mais la pluralitŽ apporte en elle la diversitŽ. Mais en Dieu, il y a pluralitŽ selon la substance, car Hilaire dit (Les Synodes) que le P�re, le Fils et lÕEsprit saint sont trois par la substance, mais un par accord. Donc en Dieu il y a de la diversitŽ.

q. 9 a. 8Arg. 2 Praeterea, secundum philosophum, diversum dicitur absolute, differens vero relative ; unde omne differens est diversum, non autem omne diversum est differens. Sed in divinis conceditur esse differentia ; dicit enim Damascenus : differentiam personarum in tribus proprietatibus, id est paternali et filiali et processibili recognoscimus. Ergo in divinis est diversitas.

2. Selon le philosophe (MŽtaphysique X, 3, 1054 b 23 ss[974].) on parle de divers absolument, de diffŽrent relativement ; cÕest pourquoi tout ce qui est diffŽrent est divers, mais tout ce qui est divers nÕest pas diffŽrent. Mais en Dieu on conc�de quÕil y a des diffŽrences ; car Jean Damasc�ne (La foi orthodoxe III) dit : Ç Nous reconnaissons la diffŽrence des personnes en trois propriŽtŽs, c'est-ˆ-dire la paternitŽ, la filiation et la procession.È Donc il y a de la diversitŽ en Dieu.

q. 9 a. 8Arg. 3 Praeterea, differentia accidentalis facit alterum solum ; differentia vero substantialis facit aliud, idest diversum. Cum ergo in divinis sit differentia, et non possit ibi esse accidentalis differentia,- et per consequens oportet quod sit differentia substantialis,- oportet quod sit ibi diversitas.

3. La diffŽrence accidentelle rend diffŽrent seulement, mais la diffŽrence substantielle fait que quelque chose est autre, c'est-ˆ-dire divers. Donc comme en Dieu il y a une diffŽrence et quÕil ne peut pas y avoir lˆ de diffŽrence accidentelle, Ñ par consŽquent il faut que ce soit une diffŽrence substantielle Ñ il faut quÕil y ait diversitŽ.

q. 9 a. 8Arg. 4 Praeterea, multitudo causatur ex divisione, sicut iam dictum est. Ubi autem est divisio sequitur diversitas. Ergo in divinis cum sit multitudo, erit ibi diversitas.

4. La pluralitŽ est causŽe par la division, comme on lÕa dŽjˆ dit (article prŽcŽdent, qu. 9, a. 7, sol. 15). Mais lˆ o� il y a division dŽcoule la diversitŽ. Donc en Dieu, comme il y a pluralitŽ, il y a diversitŽ.

q. 9 a. 8Arg. 5 Praeterea, idem et diversum sufficienter dividunt ens. Sed pater non est idem filio : non enim conceditur quod pater generando filium, generet se Deum. Ergo filius est diversus a patre.

5. Le m�me et le divers divisent suffisamment lÕŽtant. Mais le P�re nÕest pas le m�me que le Fils, car il nÕa pas ŽtŽ concŽdŽ que le P�re en engendrant le Fils sÕengendrerait Dieu[975]. Donc le Fils est diffŽrent du P�re.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 8 s. c. 1 Sed contra. Est quod Hilarius dicit : nihil in divinis novum, nihil diversum, nihil alienum, nihil separabile.

1. Il y a ce que dit Hilaire (La TrinitŽ, VII) : ÇRien de nouveau en Dieu, rien de divers, rien dÕŽtranger, rien de sŽparable.È

q. 9 a. 8 s. c. 2 Praeterea, Ambrosius dicit : pater et filius divinitate unum sunt, nec est ibi substantiae differentia, nec ulla diversitas.

2. Ambroise dit (La TrinitŽ) : ÇLe P�re et le Fils sont un par la divinitŽ, et il nÕy a pas de diffŽrence de substance, ni aucune diversitŽ.È

 

RŽponse :

q. 9 a. 8 co. Respondeo. Dicendum quod, sicut dicit Hieronymus, ex verbis inordinate prolatis, incurritur haeresis. Et ideo sic loquendum est de divinis ut nulla errori occasio praebeatur. Fuerunt autem circa divina duo errores, praecipue cavendi ab illis qui de unitate et Trinitate in divinis loquuntur : scilicet error Arii, qui unitatem essentiae negavit, ponens aliam essentiam esse patris et aliam filii. Alius error est Sabelli, qui negavit pluralitatem personarum dicens, eumdem esse patrem qui est filius.

Il faut dire, comme JŽr™me, que lÕhŽrŽsie provient des paroles profŽrŽes sans mesure. Et cÕest pourquoi il faut parler de Dieu, de sorte quÕil nÕy ait aucune occasion donnŽe ˆ lÕerreur. Mais il y a surtout deux erreurs ˆ propos de Dieu, qui doivent �tre ŽvitŽes par ceux qui parlent dÕunitŽ et de TrinitŽ : ˆ savoir lÕerreur dÕArius qui a niŽ lÕunitŽ de lÕessence, en Žtablissant que celle du P�re Žtait diffŽrente de celle du Fils. LÕautre erreur est celle de Sabellius, qui a niŽ la pluralitŽ des personnes, en disant que le P�re Žtait le m�me que le Fils.

Ad evitandum ergo errorem Arii sunt nobis quatuor cavenda in fidei confessione : primo diversitas per quam tollitur unitas essentiae, quam confitemur dicendo esse unum Deum ; secundo divisio, quae obviat divinae simplicitati ;

Donc pour Žviter lÕerreur dÕArius, il faut faire attention dans la confession de la foi ˆ quatre sujets :a) La diversitŽ par laquelle on enl�ve lÕunitŽ de lÕessence que nous confessons en disant quÕil y a un seul Dieu.b) La division qui sÕoppose ˆ la simplicitŽ divine.

tertio disparitas, quae repugnat aequalitati divinarum personarum ; quarto ut non confiteamur filium esse alienum a patre, per quod tollitur similitudo.

c) La disparitŽ qui sÕoppose ˆ lÕŽgalitŽ des personnes divines.d) Ne pas confesser que le Fils est Žtranger au P�re, ce qui supprime la ressemblance.

Similiter contra errorem Sabelli sunt quatuor cavenda. Primo singularitas, per quam tollitur naturae divinae communicabilitas ; secundo nomen unici, per quod tollitur realis distinctio personarum ;

De la m�me mani�re contre lÕerreur de Sabellius, il faut faire attention ˆ quatre sujets :a) La singularitŽ par laquelle est supprimŽe la communicabilitŽ de la nature divine b) Le nom dÕunique par lequel est supprimŽe la rŽelle distinction des personnes.

tertio confusio, per quam tollitur ordo qui est in divinis personis ;

c) La confusion, par laquelle est supprimŽ lÕordre qui est dans les personnes divines.

quarto solitudo, per quam tollitur consociatio divinarum personarum.

d) La solitude par laquelle est supprimŽe la communion des personnes divines.

Confitemur autem contra diversitatem, unitatem essentiae ; contra divisionem, simplicitatem ; contra disparitatem, aequalitatem ; contra alienum, similitudinem ; contra singularitatem personarum, pluralitatem ; contra unicum, distinctionem ; contra confusionem, discretionem ; contra solitarium, consonantiam et connexionem amoris.

Aussi nous confessons contre la diversitŽ, lÕunitŽ de lÕessence ; contre la division, la simplicitŽ, contre la disparitŽ, lÕŽgalitŽ, contre la rupture la ressemblance, contre la singularitŽ des personnes la pluralitŽ, contre lÕunicitŽ, la quantitŽ discr�te, contre la confusion, la distinction, contre la solitude, lÕaccord et lÕunion de lÕamour.

 

Solutions :

q. 9 a. 8 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod substantia accipitur ibi pro hypostasi, non pro essentia, cuius multitudo faceret diversitatem.

# 1. Donc il faut dire que la substance y est re�ue pour lÕhypostase, non pour lÕessence, dont la pluralitŽ causerait la diversitŽ.

q. 9 a. 8 ad 2 Ad secundum dicendum quod, licet a quibusdam doctoribus Ecclesiae inveniatur nomen differentiae circa divina, non tamen est communiter utendum, nec ampliandum, quia differentia importat distinctionem aliquam secundum formam, quae non potest esse in divinis, cum forma Dei sit divina natura, ut Augustinus dicit. Sed exponenda est differentia, ut ponatur pro distinctione, quae minimum distinctionis importat ; cum etiam secundum relationes vel secundum solam rationem aliqua distingui dicantur. Sic etiam exponendum est, si inveniatur diversitas in divinis ; utpote si dicatur quod diversa est persona patris a persona filii, accipiendum est diversum pro distincto. Magis tamen cavendum est nomen diversitatis in divinis quam differentiae ; quia diversitas magis pertinet ad essentialem divisionem, nam qualiscumque formarum multitudo facit differentiam ; diversitas autem fit solum per formas substantiales.

# 2. Bien que certains docteurs de lÕƒglise emploient le nom de diffŽrence ˆ propos de Dieu, il ne faut cependant pas sÕen servir communŽment, ni Žlargir son emploi, parce que la diffŽrence apporte une distinction selon la forme qui ne peut pas exister en Dieu, puisque la forme de Dieu est sa nature divine, comme Augustin le dit. Mais il faut exposer la diffŽrence pour poser comme distinction ce qui apporte un minimum de distinction, puisquÕon dit aussi que certaines choses sont distinguŽes selon les relations par la seule raison. Mais il faut montrer aussi, si on trouve la diversitŽ en Dieu, que, si on disait que la personne du P�re est ÔdiverseÕ de celle du fils, il faut prendre diverse pour distinct. Cependant il faut faire attention plus au nom de diversitŽ en Dieu quÕˆ celui de diffŽrence ; parce que la diversitŽ convient plus ˆ la division essentielle, car nÕimporte quelle pluralitŽ des formes fait la diffŽrence ; mais la diversitŽ se fait seulement par les formes substantielles.

q. 9 a. 8 ad 3 Ad tertium dicendum quod, licet in divinis non sit accidens, est tamen ibi relatio, cuius oppositio distinctionem facit in divinis, non autem diversitatem.

# 3. Bien quÕen Dieu il nÕy ait pas dÕaccident, il y a cependant une relation, dont lÕopposition produit la distinction en lui mais pas la diversitŽ.

q. 9 a. 8 ad 4 Ad quartum dicendum quod, licet in divinis non sit proprie loquendo divisio, est tamen ibi distinctio per relationes, quae sufficit ad numerum personarum.

# 4. Bien quÕen Dieu il nÕy ait pas ˆ proprement parler de division, il y a cependant une distinction par les relations qui suffit pour le nombre des personnes.

q. 9 a. 8 ad 5 Ad quintum dicendum quod filius est idem Deus cum patre ; non tamen potest dici quod pater se Deum genuerit, filium generando : quia ly se, cum sit reciprocum, refert idem suppositum : pater autem et filius sunt duo supposita in divinis.

# 5. Le Fils est un m�me Dieu que le P�re ; on ne peut cependant pas dire que le P�re sÕest engendrŽ comme Dieu, en engendrant le Fils, parce que, comme le pronom se est rŽciproque, il remplace le m�me supp™t ; mais le P�re et le Fils sont deux supp™ts en Dieu.

 

 

 

Article 9 Ñ En Dieu, y a-t-il trois personnes, ou plus, ou moins ?

q. 9 a. 9 tit. 1 Nono quaeritur utrum in divinis sint tres personae tantum, an plures vel pauciores. Et videtur quod plures.

Il semble quÕil y en a plus.

 

Objections :[976] :

q. 9 a. 9Arg. 1 Dicit enim Augustinus in libro contra Maximinum : filius non genuit creatorem ; neque enim non potuit, sed non oportuit. In divinis autem non differt esse et posse, quia nec in aliquibus sempiternis. Ergo filius genuit alium filium ; et sic sunt duo filii in divinis, et per consequens plures personae quam tres.

1. Augustin dit (Contre Maximinien, III, 11) : ÇLe Fils nÕa pas engendrŽ le crŽateur, car ce nÕest pas quÕil ne lÕa pas pu, mais il ne lÕa pas falluÈ. Mais en Dieu �tre et pouvoir ne diff�rent pas, parce quÕils ne diff�rent pas dans les �tres Žternels non plus (selon le philosophe, Physique III, 4 203 b 28[977]). Donc le Fils a engendrŽ un autre Fils et ainsi il y a deux fils en Dieu et par consŽquent il y a plus de trois personnes.

q. 9 a. 9Arg. 2 Sed diceretur, quod hoc quod dicit : neque enim non potuit, exponendum est : idest, non ex impotentia fuit.- Sed contra, unicuique supposito alicuius naturae convenit actus naturae illius, nisi propter eius impotentiam. Generatio autem est actus ad perfectionem naturae divinae pertinens ; alioquin non conveniret patri, in quo non est nisi quod perfectionis est. Si ergo filius non generat alium filium, hoc erit ex impotentia eius.

2. Mais on pourrait dire que ce quÕil dit : ÇCar cÕest quÕil ne lÕa pas puÈ doit �tre exposŽ ainsi : cela ne vient pas de lÕimpuissance Ñ En sens contraire, ˆ chaque supp™t dÕune certaine nature convient lÕacte de cette nature, ˆ moins que ce soit ˆ cause de son impuissance. Mais la gŽnŽration est un acte qui convient ˆ la perfection de la nature divine, autrement elle ne conviendrait pas au P�re en qui il nÕy a que perfection. Si donc le Fils nÕa pas engendrŽ un autre fils, cela viendra de son impuissance.

q. 9 a. 9Arg. 3 Praeterea, si filius non potest generare, potest autem generari ; habet ergo potentiam ut generetur, non potentiam ut generet. Aliud autem est generare, et aliud generari. Cum ergo potentiae distinguantur penes obiecta, non erit eadem potentia patris et filii, quod est haereticum.

3. Si le Fils ne peut engendrer, il peut cependant �tre engendrŽ ; donc il a la puissance dÕ�tre engendrŽ et pas celle dÕengendrer. Mais engendrer et �tre engendrŽ sont deux [puissances] diffŽrentes. Donc puisquÕelles sont distinguŽes par leurs objets, il nÕy aura pas la m�me puissance pour le P�re et le Fils, ce qui est hŽrŽtique.

q. 9 a. 9Arg. 4 Praeterea, actio et passio in his quae agunt et patiuntur, reducuntur ad diversa principia ; nam agit aliquid per rationem formae in rebus creatis, patitur vero ratione materiae. Generare autem et generari significantur per modum actionis et passionis. Ergo oportet quod ad diversa principia referantur ; et sic non potest esse una potentia qua pater generat, et qua filius generatur.

4. LÕaction et la passion, en ce qui agit ou subit, sont ramenŽes ˆ des principes diffŽrents ; car une chose agit en raison de la forme dans les crŽatures, et subit en raison de la mati�re. Mais engendrer et �tre engendrŽ sont signifiŽs par lÕaction et la passion. Donc il faut quÕils soient rŽfŽrŽs ˆ des principes diffŽrents et ainsi il ne peut pas nÕy avoir quÕune seule puissance par laquelle le P�re engendre et le Fils est engendrŽ.

q. 9 a. 9Arg. 5 Sed diceretur, quod est eadem potentia, in quantum utraque radicatur in essentia divina, quae una est patris et filii.- Sed contra, potentia calefaciendi et desiccandi radicantur in uno subiecto, scilicet igne ; nec tamen est una et eadem potentia : alia enim qualitas est calor, qui est principium calefaciendi, et alia siccitas, quae est principium desiccandi. Ergo unitas divinae essentiae non sufficit ad hoc quod sit eadem potentia qua pater generat et filius generatur.

5. Mais on pourrait dire que cÕest la m�me puissance, dans la mesure o� lÕune et lÕautre prennent leur source dans lÕessence divine, qui est unique pour le P�re et le Fils. En sens contraire, la puissance de chauffer et celle de sŽcher prennent leur source dans un seul sujet, ˆ savoir le feu ; et cependant ce nÕest pas une seule et m�me puissance ; car la qualitŽ de la chaleur qui est le principe de lÕŽchauffement est diffŽrente de lÕass�chement qui est le principe du sŽchage. Donc lÕunitŽ de lÕessence divine ne suffit pas pour que la puissance par laquelle le P�re engendre et celle par laquelle le Fils est engendrŽ soient identiques.

q. 9 a. 9Arg. 6 Praeterea, omnis sapiens et intelligens ex sua sapientia aliquam conceptionem habet. Sed filius est sapiens et intelligens, sicut et pater. Ergo habet aliquam conceptionem. Conceptio autem patris est verbum : quod est filius. Ergo filius etiam habet alium filium.

6. Tout �tre sage et intelligent tire une conception par sa sagesse. Mais le Fils est sage et intelligent, comme le P�re. Donc il a une conception[978]. Mais celle du P�re est le Verbe, qui est le Fils. Donc le Fils aussi a un autre fils.

q. 9 a. 9Arg. 7 Sed diceretur, quod verbum dicitur in divinis non solum personaliter, sed essentialiter ; et sic verbum essentialiter dictum potest esse conceptio filii.- Sed contra, verbum dicit speciem conceptam ordinatam ad manifestationem, et ita importat originem. Quae autem important originem in divinis, dicuntur personaliter, et non essentialiter. Ergo verbum essentialiter dici non potest.

7. Mais on pourrait dire quÕon parle du verbe en Dieu, non seulement personnellement mais aussi selon lÕessence ; et ainsi le verbe, si on en parle selon lÕessence peut �tre la conception du Fils. Ñ En sens contraire, le verbe annonce lÕesp�ce con�ue ordonnŽe ˆ une manifestation et ainsi il apporte lÕorigine. Mais on parle de ce qui apporte lÕorigine en Dieu selon la personne et non selon lÕessence. Donc on ne peut pas parler du verbe selon lÕessence.

q. 9 a. 9Arg. 8 Praeterea, Anselmus dicit in Monologio, quod sicut pater dicit se, ita et filius et spiritus sanctus. Idem autem est patrem dicere se, quod generare filium, ut ipse ibidem dicit. Ergo filius generat alium filium ; et sic idem quod prius.

8. Anselme dit dans le Monologium (62), que, de m�me que le P�re se dit ; le Fils et lÕEsprit saint aussi. CÕest la m�me chose pour le P�re de se dire et dÕengendrer le Fils, comme Anselme lui m�me le dit. Donc le Fils engendre un autre Fils et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 9 a. 9Arg. 9 Praeterea, ex hoc probatur quod Deus generat, quia generationem aliis tribuit, secundum illud Isai. LXVI, 9 : si ego qui generationem caeteris tribuo, sterilis ero ? Dicit dominus. Sicut autem pater dat generationem, ita et filius, quia indivisa sunt opera Trinitatis, et filius generat filium.

9. On prouve que Dieu engendre, du fait quÕil accorde la gŽnŽration ˆ dÕautres, selon cette parole dÕIsa•e (65, 9) : ÇAinsi moi, qui apporte la gŽnŽration aux autres, serai-je stŽrile ? dit le Seigneur.È De m�me que le P�re donne la gŽnŽration, le Fils aussi parce que les Ïuvres de la TrinitŽ ne sont pas divisŽes et le Fils engendre un fils.

q. 9 a. 9Arg. 10 Praeterea, Augustinus dicit in Lib. ad Orosium, quod pater generat filium natura. Damascenus etiam dicit, quod generatio est opus naturae. Eadem autem est natura patris et filii. Ergo sicut pater generat, ita et filius ; sunt ergo plures filii in divinis, et ita plures personae quam tres.

10. Augustin dit (A Orose, Dialogue sur les 65 quest. ch. 7[979]) que le P�re engendre le Fils par nature ; Jean Damasc�ne dit aussi que la gŽnŽration est lÕÏuvre de la nature. La nature du P�re est identique ˆ celle du Fils. Donc de m�me que le P�re engendre, le Fils aussi, donc il y a plusieurs fils en Dieu et ainsi plus de trois personnes.

q. 9 a. 9Arg. 11 Sed dicendum, quod ea ratione non possunt esse plures filii in divinis, quia non potest ibi esse nisi una filiatio ; forma enim unius speciei non multiplicatur nisi per divisionem materiae, quae nulla est in divinis.- Sed contra, omnis differentia nata est facere pluralitatem. Potest autem esse differentia inter duas filiationes, non solum ex materia, sed etiam ex hoc quod haec filiatio est talis, illa vero talis. Ergo nihil prohibet plures filiationes ponere in divinis, licet ibi non sit materia.

11. Mais il faut dire quÕil ne peut pas y avoir plusieurs fils en Dieu, parce quÕil ne peut y avoir quÕune seule filiation ; car la forme dÕune esp�ce nÕest multipliŽe que par la division de la mati�re, qui nÕexiste pas en Dieu. Ñ En sens contraire, toute diffŽrence est destinŽe ˆ provoquer la pluralitŽ. Mais il peut y avoir une diffŽrence entre deux filiations, non seulement par la mati�re, mais aussi du fait que cette filiation est diffŽrente dÕune autre. Donc rien nÕemp�che de placer plusieurs filiations en Dieu, bien quÕil nÕy ait pas de mati�re.

q. 9 a. 9Arg. 12 Praeterea, filius procedit a patre sicut splendor a sole, secundum illud Hebr., I, 3 : cum sit splendor gloriae. Sed splendor etiam potest alium splendorem producere. Ergo et filius potest alium filium generare ; et sic sequitur quod in divinis sint plures filii, et personae plures tribus.

12. Le Fils proc�de du P�re comme la splendeur proc�de du soleil, selon ce mot de HŽb. 1, 3 : ÇPuisquÕil est la splendeur de gloireÉÈ Mais la splendeur peut aussi produire une autre splendeur. Donc le Fils aussi peut engendrer un autre Fils et ainsi il en dŽcoule quÕen Dieu il y a plusieurs fils et plus de trois personnes.

q. 9 a. 9Arg. 13 Praeterea, spiritus sanctus est amor quo pater diligit filium. Sed etiam spiritum sanctum amat pater. Ergo oportet quod sit alius spiritus quo pater amat spiritum sanctum ; et sic quatuor sunt personae in divinis.

13. LÕEsprit saint est lÕamour par lequel le P�re aime le Fils. Mais il aime aussi lÕEsprit saint. Donc il faut quÕil y ait un autre esprit par lequel le P�re aime lÕEsprit et ainsi il y a quatre personnes en Dieu.

q. 9 a. 9Arg. 14 Praeterea, secundum Dionysium bonum est communicativum sui. Bonitas autem spiritui sancto appropriatur, sicut potentia patri et sapientia filio. Ergo propriissime ad spiritum sanctum pertinere videtur quod naturam divinam alii personae communicet ; et sic sunt plures tribus personis in divinis.

14. Selon Denys (Les Noms divins, 4[980]), le bien se communique. Mais la bontŽ est appropriŽe ˆ lÕEsprit saint, comme la puissance au P�re et la sagesse au Fils. Donc il semble convenir tout ˆ fait au sens propre que lÕEsprit saint communique la nature divine ˆ une autre personne et ainsi il y a plus de trois personnes en Dieu.

q. 9 a. 9Arg. 15 Praeterea, secundum philosophum in IV Meteororum, perfectum unumquodque est, quando potest sibi simile ex se producere. Spiritus autem sanctus est perfectus Deus. Ergo potest aliam divinam personam producere ; ergo, et cetera.

15. Selon le philosophe (MŽtŽores IV, de lÕåme II, 4, 415 a 25), chaque chose est parfaite quand elle peut produire du semblable ˆ elle. Mais lÕEsprit saint est un Dieu parfait. Donc il peut produire une autre personne divine, donc, etc..

q. 9 a. 9Arg. 16 Praeterea, filius a patre divinam naturam non recipit perfectius quam spiritus sanctus. Recipit autem filius a patre divinam naturam non solum passive (ut ita dixerim) quasi ab eo genitus, sed etiam active, quia potest eamdem naturam alii communicare. Ergo et spiritus sanctus divinam naturam potest alii personae communicare.

16. Le Fils nÕa pas re�u du P�re la nature divine plus parfaitement que lÕEsprit saint, mais il a re�u du P�re la nature divine non seulement de fa�on passive (pour ainsi dire) comme engendrŽ par lui, mais aussi de fa�on active, parce quÕil peut communiquer cette m�me nature ˆ un autre. Donc lÕEsprit saint peut communiquer la nature divine ˆ une autre personne.

q. 9 a. 9Arg. 17 Praeterea, quod est perfectionis in rebus creatis, oportet Deo attribui. Communicare autem naturam ad perfectionem in rebus creatis pertinet, licet modus communicandi aliquam imperfectionem habeat, in quantum talem communicationem consequitur aliqua divisio, vel aliqua transmutatio generantis. Ergo communicare divinam naturam est perfectionis in Deo ; et ita spiritui sancto est attribuendum. Procedit ergo a spiritu sancto aliqua divina persona ; et sic sequitur quod in divinis sint personae plures tribus.

17. Ce qui concerne la perfection dans les crŽatures, doit �tre attribuŽ ˆ Dieu, mais communiquer la nature convient ˆ la perfection, bien que ce mode de communication ait quelque imperfection, dans la mesure o� il en dŽcoule une division, ou quelque changement de celui qui engendre. Donc communiquer la nature divine appartient ˆ la perfection de Dieu ; et ainsi il faut lÕattribuer ˆ lÕEsprit saint. Donc une personne divine proc�de de lÕEsprit saint et il en dŽcoule quÕil y a plus de trois personnes en Dieu.

q. 9 a. 9Arg. 18 Praeterea, sicut divinitas est quoddam bonum in patre, ita et paternitas. Ex eo autem quod nullius boni sine consortio potest esse iucunda possessio, probatur a quibusdam quod sunt plures habentes divinam naturam. Ergo pari ratione sunt plures patres in divinis ; et similiter plures filii, et plures spiritus sancti ; et ita personae plures tribus.

18. De m�me que la divinitŽ est un bien dans le P�re, la paternitŽ aussi. Du fait quÕune possession agrŽable[981] ne peut exister sans partage dÕaucun bien, certains prouvent quÕil y a plus de personnes qui ont la nature divine. Donc ˆ raison Žgale, il y a plusieurs p�res et de m�me plusieurs fils et plusieurs esprits saints. Et ainsi les personnes sont plus de trois.

q. 9 a. 9Arg. 19 Praeterea, filius et spiritus videntur distingui ab invicem in hoc quod filius procedit a patre per modum intellectus ut verbum : spiritus sanctus per modum voluntatis ut amor. Sunt autem plura attributa essentialia quam voluntas et intellectus, ut bonitas, potentia et huiusmodi. Ergo plures personae procedunt a patre quam filius et spiritus sanctus.

19. Le Fils et lÕEsprit semblent se distinguer entre eux du fait que le Fils proc�de du P�re par mode dÕintellect comme Verbe, lÕEsprit saint par mode de volontŽ comme amour. Mais il y a plus dÕattributs essentiels que la volontŽ et lÕintellect, comme la bontŽ, la puissance, etc.. Donc il y a plus de personnes qui proc�dent du P�re que le Fils et lÕEsprit saint.

q. 9 a. 9Arg. 20 Praeterea, processio naturae plus videtur differre a processione intellectus quam processio voluntatis. In rebus autem creatis processionem intellectus semper concomitatur processio voluntatis, quia quaecumque aliquid intelligunt, etiam aliquid volunt ; processionem autem naturae non semper concomitatur processio intellectus quia non in omnibus quae naturaliter generant, intellectus invenitur. Si ergo persona quae procedit per modum voluntatis ut amor, est alia in divinis a persona quae procedit per modum intellectus ut verbum, etiam erit persona quae procedit per modum intellectus ut verbum, alia a persona quae procedit per modum naturae ut filius. Sunt ergo tres personae procedentes in divinis, et una non procedens ; et sic sunt quatuor personae.

20. La procession de nature para”t diffŽrer davantage de la procession de lÕesprit que de celle de la volontŽ. Dans les crŽatures, la procession de la volontŽ est toujours concomitante avec celle de lÕesprit, parce que tout ce qui comprend quelque chose le veut aussi ; mais la procession de lÕesprit nÕest pas toujours concomitante avec celle de la nature, parce que ce nÕest pas dans tout ce qui engendre naturellement quÕon trouve lÕesprit. Donc si la personne qui proc�de par mode de volontŽ comme amour, est autre en Dieu que la personne qui proc�de par mode dÕintellect, comme verbe, la personne qui proc�de de l'esprit comme verbe sera autre que celle qui proc�de par nature comme fils. Donc il y a trois personnes qui proc�dent en Dieu et une qui ne proc�de pas et ainsi il y a quatre personnes.

q. 9 a. 9Arg. 21 Praeterea, personae multiplicantur in divinis propter relationes, quae subsistunt. Ponuntur autem in divinis quinque relativae notiones, scilicet paternitas, filiatio, processio, innascibilitas, et communis spiratio. Sunt ergo quinque personae in divinis.

21. Les personnes sont multipliŽes en Dieu en raison des relations qui subsistent. Mais on place en lui cinq notions relatives, ˆ savoir : la paternitŽ, la filiation, la procession, lÕinnascibilitŽ et la spiration commune. Donc il y a cinq personnes.

q. 9 a. 9Arg. 22 Praeterea, relationes quae ab aeterno de Deo dicuntur, non sunt in creaturis, sed in Deo. Quidquid autem est in Deo, est subsistens, cum in Deo non sit aliquod accidens. Omnes ergo relationes quae ab aeterno Deo conveniunt, sunt subsistentes, et per consequens sunt personae. Tales autem sunt infinitae ; nam ideae rerum creatarum ab aeterno sunt in Deo, quae non distinguuntur ab invicem nisi per respectus ad creaturas. Sunt ergo infinitae personae in divinis.

22. Les relations quÕon dit Žternelles en Dieu nÕexistent pas dans les crŽatures, mais en lui. Tout ce qui est en lui est subsistant puisquÕil nÕy a en lui aucun accident. Donc toutes les relations, qui conviennent Žternellement ˆ Dieu, sont subsistantes et par consŽquent sont des personnes. De telles relations sont infinies, car les idŽes des crŽatures sont Žternellement en Dieu ; elles ne sont distinguŽes entre elles que par des rapports aux crŽatures. Donc les personnes sont en Dieu ˆ lÕinfini.

q. 9 a. 9Arg. 23 Sed contra, videtur quod sint pauciores tribus.

23. En sens contraire : il semble quÕelles sont moins de trois.

In una enim natura non est nisi unus modus communicationis illius naturae ; unde, secundum Commentatorem, animalia quae generantur ex semine, non sunt unius speciei cum animalibus ex putrefactione generatis. Divina autem natura est maxime una. Ergo non potest communicare nisi uno modo. Sic ergo non possunt esse nisi duae personae, una divinitatem communicans per aliquem modum, et persona per illum modum divinitatem recipiens.

Car dans une seule nature il n'y a quÕun mode de communication ; cÕest pourquoi, selon le Commentateur (Physique VIII), les animaux qui sont engendrŽs par semence ne sont pas de la m�me esp�ce que les animaux engendrŽs par putrŽfaction. Mais la nature divine est tout ˆ fait une. Donc elle ne peut communiquer que dÕune seule mani�re. Donc ainsi il ne peut y avoir que deux personnes, une qui communique la divinitŽ dÕune mani�re et la personne qui la re�oit de cette mani�re.

q. 9 a. 9Arg. 24 Praeterea, Hilarius, ostendit filium naturaliter a patre procedere, quia talis existit qualis Deus est ; creaturas vero a Deo procedere voluntarie, quia tales sunt quales eas voluit Deus esse, non qualis est Deus. Sed spiritus sanctus, sicut et filius, talis est qualis est Deus pater. Ergo spiritus sanctus procedit naturaliter a patre, sicut et filius. Non ergo est distinctio inter spiritum sanctum et filium ex eo quod filius procedit per modum naturae non autem spiritus sanctus.

24. Hilaire (Les Synodes[982]) montre que le Fils proc�de naturellement du P�re, parce quÕil existe tel que Dieu est ; mais les crŽatures proc�dent de Dieu volontairement, parce quÕelles sont telles quÕil les a voulues, non telles que Dieu. Mais lÕEsprit saint comme le Fils aussi est tel que Dieu le P�re. Donc lÕEsprit saint proc�de naturellement du P�re comme le Fils. Il nÕy a donc pas de distinction entre lÕEsprit saint et le Fils du fait que celui-ci proc�de par mode de nature mais pas lÕEsprit saint.

q. 9 a. 9Arg. 25 Praeterea, natura voluntatis et intellectus non differunt in Deo nisi secundum rationem tantum. Ergo processio per modum naturae et intellectus et voluntatis non differunt in Deo nisi ratione tantum. Si ergo per hoc distinguuntur filius et spiritus sanctus, quod unus procedit per modum naturae vel intellectus, et alius per modum voluntatis, non erunt distincti nisi secundum rationem. Ergo non erunt duae personae, cum pluralitas personarum, rerum pluralitatem importet.

25. La nature de la volontŽ et celle de lÕintellect en Dieu ne sont diffŽrentes quÕen raison seulement. Donc la procession par mode de nature, celle par mode dÕintellect et celle par mode de volontŽ ne diff�rent quÕen raison seulement. Si donc le Fils et lÕEsprit saint sont distinguŽs, parce que lÕun proc�de par mode de nature ou dÕintellect, lÕautre par mode de volontŽ, ils ne sont diffŽrents quÕen raison. Donc il nÕy aura que deux personnes, puisque la pluralitŽ des personnes apporte la pluralitŽ des rŽalitŽs.

q. 9 a. 9Arg. 26 Praeterea, personae in divinis distinguuntur solum secundum relationes originis. Ad designandam autem originem sufficiunt duae relationes, scilicet a quo alius, et qui ab alio. Ergo in divinis non sunt nisi duae personae.

26. Les personnes en Dieu se distinguent seulement selon les relations dÕorigine. Pour dŽsigner lÕorigine, il suffit de deux relations, ˆ savoir Ç celui par qui il est autre È et Çcelui qui est dÕun autre[983]È. Donc en Dieu il nÕy a que deux personnes.

q. 9 a. 9Arg. 27 Praeterea, omnis relatio exigit duo extrema. Sicut ergo in divinis personae non distinguuntur nisi secundum relationem : ita oportet quod sint in divinis vel duae relationes, et sic erunt quatuor personae ; vel una relatio tantum, et sic erunt solum duae personae.

27. Toute relation exige deux extr�mes. Donc de m�me quÕen Dieu les personnes ne sont distinguŽes que par la relation, il faut quÕil y ait en lui ou bien deux relations et ainsi il y aura quatre personnes, ou bien une seule et il y aura seulement deux personnes.

 

En sens contraire :

q. 9 a. 9 s. c. 1 Sed contra, videtur quod sint tantum tres personae in divinis, per hoc quod dicitur I Ioan. V, 7 : tres sunt qui testimonium dant in caelo. Interrogantibus autem quid tres, respondit Ecclesia, quod tres personae, ut dicit Augustinus. Ergo in divinis sunt tres personae.

# 1.Il semble quÕil nÕy a que trois personnes en Dieu. Par le fait quÕil est dit en I Jn 5, 7 : ÇIls sont trois qui portent tŽmoignages dans le ciel[984].È. Mais ˆ ceux qui demandent qui sont ces trois, lÕƒglise rŽpond : trois personnes, comme le dit Augustin (La TrinitŽ, VII, 4). Donc en Dieu il y a trois personnes.

q. 9 a. 9 s. c. 2 Praeterea, ad perfectionem divinae bonitatis, felicitatis et gloriae requiritur, quod sit in Deo vera et perfecta caritas ; nihil enim est caritate melius, nihil caritate perfectius, ut dicit Richardus in III de Trinitate. Felicitas autem absque iucunditate non est, quae maxime per caritatem habetur. Ut enim in eodem libro dicitur, nihil caritate dulcius, nihil caritate iucundius, caritatis deliciis rationalis vita nihil dulcius experitur, nulla delectatione delectabilius fruitur. Perfectio etiam gloriae in quadam magnificentia perfectae communicationis consistit, quam caritas facit. Vera autem et perfecta caritas requirit in divinis ternarium numerum personarum. Amor enim quo aliquis se tantum diligit, est amor privatus, et non caritas vera. Alium autem summe Deus diligere non potest qui non sit summe diligibilis ; nec summe diligibilis est, nisi sit summe bonus. Unde patet quod vera caritas in Deo summa esse non potest si sit ibi tantum una persona ; nec etiam perfecta, si sint duae tantum : quia ad perfectionem caritatis requiritur quod amans velit id quod ab eo amatur, etiam aeque ab alio diligi. Indicium namque magnae infirmitatis est non posse pati consortium amoris ; posse vero pati, signum magnae perfectionis. Magis gratanter suscipere, maximo est desiderio requirere, ut dicit Richardus in eodem Lib. Oportet ergo, si sit in Deo perfectio bonitatis, felicitatis et gloriae, quod sit in divinis ternarius personarum numerus.

#2. Pour la perfection de la divine bontŽ, de son bonheur et de sa gloire, il est requis quÕil y ait en Dieu une charitŽ vraie et parfaite, car rien nÕest meilleur, rien de plus parfait que la charitŽ comme le dit Richard (La TrinitŽ, III, 2). Mais le bonheur nÕexiste pas sans la joie ; qui est surtout possŽdŽe par la charitŽ. En effet, comme il est dit dans le m�me livre ( ch. 5) :ÇRien nÕest plus doux que la charitŽ, rien de plus joyeux. La vie raisonnable nÕŽprouve rien de plus doux que les dŽlices de la charitŽ, ne jouit plus agrŽablement dÕaucun plaisirÈ. Mais la perfection de la gloire consiste dans une certaine magnificence de la communication parfaite quÕop�re la charitŽ. Mais la charitŽ vraie et parfaite requiert en Dieu le nombre de trois personnes. Car lÕamour par lequel quelquÕun sÕaime seulement est un amour privŽ, et non une charitŽ vraie. Dieu ne peut pas aimer un autre absolument qui ne soit pas absolument digne dÕamour ; et il nÕest pas absolument digne dÕamour sÕil nÕest pas supr�mement bon. CÕest pourquoi il est clair que la vraie charitŽ en Dieu ne peut pas �tre parfaite, sÕil nÕy a quÕune personne seulement, et elle nÕest pas parfaite, sÕil y a deux personnes seulement, parce que pour la perfection de la charitŽ il est requis que celui qui aime veuille ce que lÕautre aime, et aussi �tre aimŽ Žgalement par un autre. Car cÕest une marque de grande faiblesse de ne pas pouvoir supporter lÕaccord de lÕamour ; mais pouvoir supporter est le signe dÕune grande perfection. ÇRecevoir avec plus de reconnaissance cÕest rechercher avec un tr�s grand dŽsirÈ comme le dit Richard dans le m�me livre. Il faut donc, sÕil y a en Dieu la perfection de la bontŽ, du bonheur et de la gloire quÕil y ait en Dieu le nombre de trois personnes.

q. 9 a. 9 s. c. 3 Praeterea, cum bonum sit communicativum sui, perfectio divinae bonitatis requirit quod Deus summe sua communicet. Si autem esset tantum una persona in divinis, non summe communicaret suam bonitatem : creaturis enim non summe se communicat ; si vero essent solum duae personae, non communicarentur perfecte deliciae mutuae caritatis. Oportet ergo esse secundam personam, cui perfecte communicetur divina bonitas, et tertiam cui perfecte communicentur divinae caritatis deliciae.

# 3. Comme le bien se communique, la perfection de la divine bontŽ requiert que Dieu communique au plus haut point ce qui est ˆ lui[985]. Mais sÕil nÕy avait seulement quÕune personne en Dieu, il ne communiquerait pas sa bontŽ au plus haut point ; car il ne se communique pas au plus haut point aux crŽatures ; mais sÕil nÕy avait que deux personnes, les dŽlices mutuelles de la charitŽ ne seraient pas parfaitement communiquŽs. Il faut donc quÕil y ait une seconde personne ˆ qui la bontŽ divine est communiquŽe parfaitement et une troisi�me ˆ qui sont communiquŽs parfaitement les dŽlices de la charitŽ divine.

q. 9 a. 9 s. c. 4 Praeterea, ad amorem tria requiruntur, scilicet amans, id quod amatur, et ipse amor, ut Augustinus dicit in VIII de Trinitate. Duo autem mutuo se amantes, sunt pater et filius ; amor autem qui est eorum nexus est spiritus sanctus. Sunt ergo tres personae in divinis.

4. Trois choses sont requises pour lÕamour, ˆ savoir celui qui aime, ce qui est aimŽ et lÕamour m�me ; comme Augustin le dit (La TrinitŽ, VIII, livre IX, 1 et 2). Les deux qui sÕaiment mutuellement sont le P�re et le Fils ; mais lÕamour qui est leur lien est lÕEsprit saint. Donc il y a trois personnes en Dieu.

q. 9 a. 9 s. c. 5 Praeterea, sicut Richardus dicit, in V de Trinitate, in rebus humanis videbis quod persona de personis procedit tribus modis : quandoque immediate tantum, sicut Eva de Adam ; quandoque mediate tantum, sicut Enoch de Adam ; quandoque immediate et mediate simul, sicut Seth de Adam ; immediate in quantum eius filius fuit, mediate vero in quantum fuit filius Evae quae ab Adam processit. In divinis autem non potest procedere persona de persona mediate tantum, quia non esset ibi summa germanitas. Relinquitur ergo quod in divinis sit una persona quae non procedit ab alia, scilicet persona patris, a qua procedunt aliae personae ; una immediate tantum, scilicet filius ; alia mediate simul et immediate, scilicet spiritus sanctus, qui ex patre filioque procedit. Ergo est personarum ternarius in divinis.

5. Comme Richard le dit (La TrinitŽ, V, 6) chez les hommes, on verra que la personne proc�de de la personne par trois moyens : quelquefois sans intermŽdiaire, seulement, comme éve dÕAdam, quelquefois avec intermŽdiaire seulement, comme ƒnoch ˆ partir dÕAdam ; quelquefois avec et sans intermŽdiaire, en m�me temps, comme Seth dÕAdam ; sans intermŽdiaire en tant quÕil fut son fils, avec intermŽdiaire seulement en tant quÕil fut le fils dÕéve qui a procŽdŽ d'Adam. Mais en Dieu la personne ne peut pas procŽder avec intermŽdiaire parce quÕil nÕy aurait pas une communautŽ dÕorigine parfaite. Il reste donc quÕil y a une personne, qui ne proc�de pas dÕune autre, ˆ savoir celle du P�re, de laquelle proc�dent les autres, une seulement sans intermŽdiaire ˆ savoir le Fils, lÕautre avec ou sans intermŽdiaire en m�me temps, ˆ savoir lÕEsprit saint, qui proc�de du P�re et du Fils. Donc il y a trois personnes en Dieu.

q. 9 a. 9 s. c. 6 Praeterea, inter dare plenitudinem divinitatis et non accipere, et accipere et non dare, medium est dare et accipere. Dare autem plenitudinem divinitatis et non accipere, pertinet ad personam patris ; accipere vero et non dare, pertinet ad personam spiritus sancti. Oportet ergo esse tertiam personam, quae plenitudinem divinitatis et det et accipiat ; et haec est persona filii. Sunt ergo tres personae in divinis.

6. Entre donner la plŽnitude de la divinitŽ et ne pas recevoir et entre recevoir et ne pas donner, lÕintermŽdiaire est donner et recevoir. Mais donner la plŽnitude de la divinitŽ et ne pas la recevoir convient ˆ la personne du P�re, recevoir et ne pas donner convient ˆ la personne de lÕEsprit saint. Il faut donc quÕil y ait une troisi�me personne qui donne et re�oit la plŽnitude de la divinitŽ et cette personne cÕest celle du Fils. il y a donc trois personnes en Dieu.

 

RŽponse :

q. 9 a. 9 co. Respondeo. Dicendum quod, secundum positionem haereticorum, nullo modo potest poni certus personarum numerus in divinis.

Selon lÕopinion des hŽrŽtiques, on ne peut en aucune mani�re poser un nombre certain de personnes en Dieu.

Intellexit enim Arius personarum Trinitatem hoc modo, quod filius et spiritus sanctus essent quaedam creaturae ; quod etiam Macedonius de spiritu sancto sensit. Processio autem creaturarum a Deo non de necessitate certo numero terminatur, cum divina virtus ex sua infinitate hoc habeat quod omnem creaturae modum, speciem et numerum excedat. Unde si Deus pater omnipotens creavit duas excellentissimas creaturas, quas Arius dicit filium et spiritum sanctum, non est remotum quin alias aequales vel etiam maiores creare poterit.

Car Arius[986], a compris la TrinitŽ des personnes de telle mani�re que le Fils et lÕEsprit saint seraient des crŽatures. Ce que MacŽdonius[987] a pensŽ de lÕEsprit saint. Mais la procession des crŽatures de Dieu ne se termine pas nŽcessairement ˆ un certain nombre, puisque le pouvoir divin par son infinitŽ dŽpasse tout mode de crŽature, toute esp�ce et nombre. CÕest pourquoi, si Dieu, le P�re tout-puissant, a crŽŽ deux super crŽatures, quÕArius appelle le Fils et lÕEsprit saint, il nÕest pas exclus quÕil ait pu en crŽer dÕautres, Žgales ou m�me plus grandes.

Sabellius autem posuit quod pater et filius et spiritus sanctus non distinguuntur nisi nomine et ratione ; quae etiam patet in infinitum posse multiplicari, secundum quod ratio nostra infinitis modis de Deo cogitare potest ex variis effectibus, et eum diversimode nominare.

Sabellius[988] aussi a pensŽ que le P�re, le Fils et lÕEsprit saint ne se distinguent que par le nom et la nature ; ce qui para”t pouvoir �tre multipliŽ ˆ lÕinfini selon que notre raison peut penser ˆ propos de Dieu par des modes infinis, par des effets variŽes et donner des noms divers.

Sola autem Catholica fides, quae ponit unitatem divinae naturae in personis realiter distinctis, ternarii numeri potest rationem in divinis assignare. Impossibile enim est quod una natura simplex sit nisi in uno sicut in principio. Unde Hilarius dicit, quod qui confitetur in divinis duos innascibiles, confitetur duos deos ; unum enim Deum praedicari natura unius innascibilis Dei exigit.

Mais seule la foi catholique, qui pose lÕunitŽ de la nature divine dans des personnes rŽellement distinctes peut donner la raison du nombre trois en Dieu. Car il est impossible quÕune nature simple existe sinon dans une seule rŽalitŽ, comme en son principe. CÕest pourquoi Hilaire (Les Synodes[989]) dit que celui qui confesse en Dieu deux [personnes] incrŽŽes confessent deux dieux ; car la nature dÕun Dieu incrŽŽ exige dÕattribuer un seul Dieu.

Unde et quidam philosophi dixerunt, quod in rebus quae sunt sine materia non potest esse pluralitas nisi secundum originem. Una enim natura potest in pluribus esse ex aequo propter materiae divisionem, quae in Deo locum non habet.

CÕest pourquoi certains philosophes ont dit que, dans les �tres immatŽriels, il ne peut y avoir de pluralitŽs que selon lÕorigine. Car une seule nature peut �tre en plusieurs ˆ ŽgalitŽ ˆ cause de la division de la mati�re ; ce qui nÕa pas de place en Dieu.

Unde impossibile est ponere in divinis nisi unam personam innascibilem quae ab alio non procedat. Si autem ab eo aliae personae procedant, oportet quod hoc sit per aliquam actionem. Non autem per actionem transeuntem in id quod est extra agentem, sicut calefacere vel secare sunt actiones ignis et serrae, et creatio ipsius Dei ; quia sic personae procedentes essent extra naturam divinam.

A partir de lˆ, il nÕest possible de poser en Dieu quÕune seule personne incrŽŽe qui ne proc�de pas dÕune autre. Mais si dÕautres personnes proc�dent de lui, il faut que cela soit par une action. Mais pas par une action transitive hors de lÕagent, comme rŽchauffer ou couper sont les actions du feu et de la scie et la crŽation, de Dieu lui-m�me ; parce quÕainsi les personnes procŽderaient hors de la nature divine.

Relinquitur ergo quod processio personarum in unam naturam divinam non sit nisi secundum operationes quae non transeunt extra, sed manent in operante. Hae autem in natura intellectuali sunt solum duae, scilicet intelligere et velle. Secundum autem utramque earum invenitur aliquid procedens cum hae operationes perficiuntur. Ipsum enim intelligere non perficitur nisi aliquid in mente intelligentis concipiatur, quod dicitur verbum ; non enim dicimur intelligere, sed cogitare ad intelligendum, antequam conceptio aliqua in mente nostra stabiliatur. Similiter etiam ipsum velle perficitur amore ab amante per voluntatem procedente, cum amor nihil sit aliud quam stabilimentum voluntatis in bono volito.

Il reste donc que la procession des personnes dans une seule nature divine nÕest que selon les opŽrations qui ne passent pas ˆ lÕextŽrieur, mais demeurent dans celui qui op�re. Mais celles-ci, dans une nature intellectuelle, ne sont que deux, lÕintellection et le vouloir. Selon lÕune et lÕautre on trouve quelque chose qui proc�de quand ces opŽrations sÕaccomplissent. Car lÕintellection nÕest achevŽe que si quelque chose est con�u dans lÕesprit de celui qui pense ; ce qui est appelŽ le verbe ; car on ne dit pas quÕon comprend mais quÕon pense pour comprendre avant quÕune conception sÕŽtablisse dans notre esprit. De m�me aussi le vouloir est achevŽ par lÕamour de celui qui aime et proc�de par volontŽ, puisque lÕamour nÕest rien dÕautre que le soutien de la volontŽ dans le bien qui est voulu.

Verbum autem et amor in creatura quidem non sunt personae subsistentes in natura intelligente et volente. Intelligere enim et velle creaturae non est esse eius. Unde verbum et amor sunt quaedam supervenientia creaturae intelligenti et volenti, sicut accidentia quaedam. Cum autem in Deo idem sit esse, intelligere et velle, necessarium est quod verbum et amor in Deo non accidant, sed subsistant in natura divina. Non autem est in Deo nisi unum simplex intelligere et unum simplex velle, quia intelligendo essentiam suam, intelligit omnia ; et volendo bonitatem suam, vult omnia quae vult. Non est ergo nisi unum verbum et unus amor in divinis.

Mais le verbe et lÕamour dans la crŽature ne sont pas des personnes subsistantes dans une nature intellectuelle et volontaire. Car lÕintellection et le vouloir de la crŽature ne sont pas son �tre. CÕest pourquoi le verbe et lÕamour sÕajoutent ˆ la crŽature qui pense et qui veut, comme des accidents. Mais comme en Dieu lÕ�tre, lÕintellection et le vouloir sont identiques, il est nŽcessaires que le verbe et lÕamour nÕarrivent pas en lui comme des accidents, mais subsistent dans sa nature. Il nÕy a en lui quÕune intellection une et simple et un vouloir un et simple, parce quÕen pensant son essence, il pense tout ; et en voulant sa bontŽ, il veut tout ce quÕil veut. Donc, il nÕy a quÕun verbe et un amour en Dieu.

Ordo autem intelligendi et volendi aliter se habet in Deo et nobis. Nos enim cognitionem intellectivam a rebus exterioribus accipimus ; per voluntatem vero nostram in aliquid exterius tendimus tamquam in finem. Et ideo intelligere nostrum est secundum motum a rebus in animam ; velle vero secundum motum ab anima ad res. Deus autem non accipit scientiam a rebus, sed per scientiam suam causat res ; nec per voluntatem suam tendit in aliquid exterius sicut in finem, sed omnia exteriora ordinat in se sicut in finem. Est ergo tam in nobis quam in Deo circulatio quaedam in operibus intellectus et voluntatis ; nam voluntas redit in id a quo fuit principium intelligendi : sed in nobis concluditur circulus ad id quod est extra, dum bonum exterius movet intellectum nostrum, et intellectus movet voluntatem, et voluntas tendit per appetitum et amorem in exterius bonum ; sed in Deo iste circulus clauditur in se ipso. Nam Deus intelligendo se, concipit verbum suum, quod est etiam ratio omnium intellectorum per ipsum, propter hoc quod omnia intelligit intelligendo seipsum : et ex hoc verbo procedit in amorem omnium et sui ipsius. Unde dixit quidam, quod monas monadem genuit, et in se suum reflectit ardorem. Postquam vero circulus conclusus est, nihil ultra addi potest ; et ideo non potest sequi tertia processio in natura divina, sed sequitur ulterius processio in exteriorem naturam.

Mais lÕordre de lÕintellection et du vouloir se comporte diffŽremment en Dieu et en nous ; car nous recevons la connaissance intellectuelle de lÕextŽrieur ; par notre volontŽ nous tendons ˆ quelque chose dÕextŽrieur comme ˆ une fin. Et cÕest pourquoi notre intellection est selon le mouvement de la rŽalitŽ [qui arrive] dans lÕ‰me, mais le vouloir selon le mouvement de lÕ‰me vers la rŽalitŽ. Mais Dieu ne re�oit pas sa science des choses, mais il les cause par elle, et par sa volontŽ il ne tend pas ˆ quelque chose dÕextŽrieur comme ˆ une fin, mais il ordonne ˆ lui tout ce qui est extŽrieur comme ˆ sa fin ; cÕest donc tant en nous quÕen Dieu un mouvement circulaire dans les opŽrations de lÕesprit et de la volontŽ ; car la volontŽ revient ˆ ce dÕo� est venu le principe de lÕintellection ; mais en nous le cercle se limite ˆ ce qui est extŽrieur, pendant que le bien extŽrieur meut notre esprit et celui-ci meut la volontŽ et cette derni�re tend par appŽtit et amour au bien extŽrieur ; mais en Dieu ce cercle se ferme sur lui-m�me. Car Dieu, en se pensant, con�oit son verbe, qui est aussi la raison de toutes les intellections par lui, parce quÕil pense tout en se pensant lui-m�me. Et par ce verbe, il proc�de dans lÕamour de tout et de lui-m�me. CÕest pourquoi quelquÕun a dit (Mercure ou Herm�s TrimŽgiste) que Çla monade a engendrŽ la monade et rŽflŽchit en elle son ardeurÈ. Mais une fois le cercle fermŽ, rien dÕautre ne peut �tre ajoutŽ, et cÕest pourquoi il ne peut pas dŽcouler une troisi�me procession dans la nature divine, mais il en dŽcoule une en plus dans la nature extŽrieure.

Sic ergo oportet quod in divinis sit una tantum persona non procedens, et duae solae personae procedentes ; quarum una persona procedit ut amor, et alia ut verbum ; et sic est personarum ternarius numerus in divinis.

Ainsi donc il faut quÕen Dieu il y ait une seule personne qui ne proc�de pas, deux personnes seulement qui proc�dent. LÕune dÕelles proc�de comme amour et lÕautre comme verbe ; et ainsi le nombre des personnes en Dieu est de trois.

Cuius quidem ternarii similitudo in creaturis apparet tripliciter : primo quidem sicut effectus repraesentat causam ; et hoc modo principium totius divinitatis, scilicet pater, repraesentatur per id quod est primum in creatura, scilicet per hoc quod est in se una subsistens ; verbum vero per formam cuiuslibet creaturae : nam in his quae ab intelligente aguntur, forma effectus a conceptione intelligentis derivatur ; amor vero in ordine creaturae. Nam ex eo quod Deus amat seipsum, omnia ordine quodam in se convertit ; et ideo haec similitudo dicitur vestigii, quod repraesentat pedem sicut effectus causam.

La ressemblance de ce nombre trois appara”t de trois mani�res dans les crŽatures :a) Comme lÕeffet reprŽsente la cause, et de cette mani�re, le principe de toute la divinitŽ, ˆ savoir le P�re est reprŽsentŽ par ce qui est premier dans la crŽature, c'est-ˆ-dire par ce qui est en soi une seule rŽalitŽ subsistante ; mais le verbe est reprŽsentŽ par la forme de nÕimporte quelle crŽature ; car en ce qui est agi par celui qui pense, la forme de lÕeffet est dŽrivŽe de sa conception ; mais lÕamour est dans lÕordre de la crŽature. Car du fait que Dieu sÕaime lui-m�me, il tourne tout vers lui par un ordre, et cÕest pourquoi cette ressemblance est appelŽe vestige, qui reprŽsente le pied comme lÕeffet [reprŽsente] la cause.

Alio modo secundum eamdem rationem operationis ; et sic repraesentatur in creatura rationali tantum, quae potest se intelligere et amare, sicut et Deus, et sic verbum et amorem sui producere, et haec dicitur similitudo naturalis imaginis ; ea enim imaginem aliorum gerunt quae similem speciem praeferunt.

b) DÕune autre mani�re selon la m�me nature dÕopŽration ; et ainsi est reprŽsentŽ dans la crŽature raisonnable seulement, ce qui peut se comprendre et aimer, comme Dieu aussi et ainsi produire le verbe et son amour et cela est appelŽ la ressemblance de lÕimage naturelle ; car ce qui rŽv�le une esp�ce semblable porte lÕimage des autres.

Tertio modo per unitatem obiecti, in quantum creatura rationalis intelligit et amat Deum ; et haec est quaedam unionis conformitas, quae in solis sanctis invenitur qui idem intelligunt et amant quod Deus.

c) Troisi�me mani�re par lÕunitŽ de lÕobjet, en tant que la crŽature raisonnable pense et aime Dieu et cÕest une certaine conformitŽ de lÕunion qui se trouve dans les seuls saints qui pensent et aiment la m�me chose que Dieu.

De prima quidem similitudine dicitur Iob XI, 7 : forsitan vestigia Dei comprehendes ? De secunda Genes. I, 26 : faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram ; et dicitur imago creationis. De tertia II Cor. III, 18 : nos enim omnes revelata facie gloriam domini speculantes, in eamdem imaginem transformamur ; et haec dicitur imago recreationis.

De la premi�re ressemblance, il est dit en Job (7, 117) : ÇPeut-�tre comprendras-tu les vestiges de DieuÈ. De la seconde, il est dit dans la Gen�se (1, 26) dit : ÇFaisons lÕhomme ˆ notre image et ˆ notre ressemblanceÈ, et on lÕappelle lÕimage de la crŽation ; de la troisi�me, en 2 Co. 3, 18, il est dit :ÇCar nous tous, ˆ visage dŽcouvert, contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transformŽs en cette m�me imageÈ. Et celle-ci est appelŽe lÕimage de la recrŽation.

 

Solutions :

q. 9 a. 9 ad 1 Ad primum ergo dicendum quod ideo dicit Augustinus quod non est dicendum quod filius non potuit generare, sed non oportuit : quia non ex impotentia filii est quod non generat, ut hoc quod dicit non potuit sumatur privative, et non simpliciter negative ; per hoc autem quod dicit quod non oportuit, significat quod sequeretur inconveniens, si in divinis filius alium filium generaret. Quod quidem inconveniens ex quatuor potest considerari : primo quidem quia cum filius in divinis procedat ut verbum, si filius filium generaret, sequeretur quod in Deo verbum ex verbo procederet, quod quidem esse non potest nisi in intellectu inquisitivo et discursivo in quo verbum ex verbo procedit, dum ex consideratione unius veritatis in alterius veritatis considerationem procedit ; quod nullo modo convenit perfectioni et simplicitati intellectus divini, qui uno intuitu omnia simul videt.

# 1. Augustin Žcrit quÕil ne faut pas dire que le Fils nÕa pas pu engendrer, mais il ne lÕa pas fallu : parce que ce nÕest pas par impuissance que le Fils nÕengendre pas ; ce que dit il nÕa pas pu est pris de fa�on privative, et non absolument nŽgative ; et par le fait quÕil dit quÕil ne lÕa pas fallu, il signifie quÕil en dŽcoulerait un inconvŽnient si le Fils en engendrait un autre ; cet inconvŽnient peut-�tre considŽrŽ ˆ quatre points de vue :a) Parce que, si le Fils procŽdant en Dieu, comme Verbe, engendrait un fils, il en dŽcoulerait quÕen Dieu le verbe procŽderait du Verbe, ce qui ne peut �tre que dans un esprit discursif en recherche, dans lequel le verbe proc�de du verbe, pendant quÕil passe de la considŽration dÕune vŽritŽ ˆ une autre ; ce qui ne convient en aucune mani�re ˆ la perfection et ˆ la simplicitŽ de lÕintellect divin, qui voit tout en m�me temps en un seul regard.

Secundo, quia illud per quod aliquid individuatur et incommunicabile efficitur, impossibile est pluribus esse commune. Id enim per quod Socrates est hoc aliquid, nec intelligi potest pluribus inesse. Unde si filiatio in divinis pluribus conveniret, non esset filiatio constituens incommunicabilem filii personam ; et ita oporteret quod filius individua persona constitueretur per aliquid absolutum, quod essentiae divinae unitati non convenit.

b) Parce quÕil est impossible que ce par quoi une chose est individuŽe et devient incommunicable, soit commune ˆ plusieurs. Car, on ne peut pas comprendre que ce par quoi Socrate est une rŽalitŽ soit en plusieurs. CÕest pourquoi, si la filiation en Dieu convenait ˆ plusieurs, il nÕy aurait pas la filiation qui constitue la personne incommunicable du Fils et ainsi il faudrait que le Fils, personne individuelle, soit constituŽ par quelque chose dÕabsolu, ce qui ne convient pas ˆ lÕunitŽ de lÕessence divine.

Tertio, quia nihil unum secundum speciem existens, potest secundum numerum multiplicari nisi ratione materiae ; et hac ratione in divinis non potest esse nisi una essentia, quia divina essentia est immaterialis omnino. Si autem essent plures filii in divinis, oporteret etiam esse filiationes plures ; et ita oporteret eas secundum materiam subiectam multiplicari ; quod divinae immaterialitati non convenit.

c) Parce que rien dÕune unique esp�ce ne peut �tre multipliŽ en nombre que par la mati�re ; et pour cette raison, il ne peut y avoir en Dieu quÕune seule essence, parce que lÕessence divine est tout ˆ fait immatŽrielle. SÕil y avait plusieurs fils en Dieu, il faudrait quÕil y ait aussi plusieurs filiations, et ainsi il faudrait quÕelles soient multipliŽes selon une mati�re sujette ; ce qui ne convient pas ˆ lÕimmatŽrialitŽ de Dieu.

Quarto, quia filius dicitur aliquis ex hoc quod naturaliter procedit ; natura autem ad unum se habet determinate, nisi per accidens ex aliquo naturaliter plura proveniant propter materiae divisionem ; et ideo ubi est omnino immaterialis natura, oportet solum filium unum esse.

d) Parce que le Fils est appelŽ quelquÕun[990] du fait quÕil proc�de naturellement ; mais la nature ne se comporte pas de mani�re dŽterminŽe vis-ˆ-vis de lÕun ˆ moins que par accident plusieurs proviennent naturellement de quelquÕun ˆ cause de la division de la mati�re et cÕest pourquoi o� la nature est tout ˆ fait immatŽrielle, il faut quÕil nÕy ait quÕun seul fils.

q. 9 a. 9 ad 2 Ad secundum dicendum, quod dupliciter aliquid potest esse naturae alicuius : uno modo secundum quod absolute consideratur ; et sic oportet ut quae ad aliquam naturam pertinent, conveniant omnibus suppositis in natura illius ; et sic convenit naturae divinae esse omnipotentem, creatorem, et alia huiusmodi, quae sunt communia tribus personis. Alio modo pertinet aliquod ad naturam secundum quod consideratur in aliquo uno supposito ; et sic non oportet quod id quod convenit naturae, conveniat cuilibet supposito illius naturae : sicut enim natura generis habet aliquid in una specie quod alteri speciei non convenit,- quemadmodum ad naturam sensitivam consequuntur quaedam in homine, non autem in animalibus brutis, ut habere excellentissimum tactum et reminisci, et alia huiusmodi,- ita etiam aliquid pertinet ad naturam speciei prout est in uno individuo, quod non convenit alii individuo eiusdem speciei ; sicut patet quod naturae humanae prout fuit in Adam convenit quod non sit per generationem naturalem accepta, quod tamen in aliis individuis humanae naturae non invenitur ; et per hunc modum posse generare, consequitur naturam divinam, prout est in persona patris ; quod patet ex hoc quod pater non constituitur persona incommunicabilis nisi ex ipsa paternitate, quae competit ei secundum quod est generans ; et ideo non sequitur quod filius, licet sit perfectum suppositum divinae naturae possit generare.

# 2. Une chose peut exister dÕune certaine nature de deux mani�res : a) Selon quÕon la consid�re dans l'absolu ; et ainsi il faut que ce qui convient ˆ une nature, convienne ˆ tous les supp™ts dans cette nature ; et ainsi il convient ˆ la nature divine dÕ�tre un crŽateur tout puissant, et autres qualitŽs de ce genre qui sont communes aux trois personnes.b) Une chose convient ˆ la nature, selon ce quÕelle est considŽrŽe dans un supp™t unique ; et ainsi il ne faut pas que ce qui convient ˆ la nature convienne ˆ nÕimporte quel supp™t de cette nature. Car de m�me que la nature du genre a quelque chose dans une esp�ce qui ne convient pas ˆ une autre esp�ce Ñ de quelque mani�re que certaines Žchoient ˆ la nature sensible dans lÕhomme, mais pas dans les animaux, comme avoir un toucher excellent, et se souvenir, et autres choses de ce genre Ñ de m�me aussi une chose convient ˆ la nature de lÕesp�ce dans la mesure o� elle est dans un individu, ce qui ne convient pas ˆ un autre individu de m�me esp�ce ; ainsi il est clair quÕil convient ˆ la nature humaine, dans la mesure o� elle a ŽtŽ en Adam, de ne pas �tre re�ue par une gŽnŽration naturelle, ce que cependant on ne trouve pas dans les autres individus de la nature humaine et pouvoir engendrer de cette mani�re, dŽcoule de la nature divine, dans la mesure o� elle est dans la personne du P�re. Ainsi il est clair que le P�re nÕest constituŽ comme personne incommunicable que par sa paternitŽ, qui lui convient selon quÕil engendre ; et cÕest pourquoi il nÕen dŽcoule pas bien que le Fils soit un parfait supp™t de nature divine, quÕil puisse engendrer.

q. 9 a. 9 ad 3 Ad tertium dicendum quod, licet pater possit generare, non autem filius, non tamen sequitur quod potentiam aliquam habeat pater quam non habet filius. Eadem enim potentia est patris et filii, per quam et pater generat et filius generatur. Nam potentia absolutum quiddam est ; et ideo non distinguitur in divinis, sicut nec bonitas, nec aliquid sic dictum. Generare vero et generari in divinis non significant aliquid absolutum, sed solam relationem in divinis. Relationes autem oppositae, in uno et eodem absoluto communicant in divinis, et ipsum non dividunt ; sicut patet quod in patre et filio est una essentia, unde nec potentia distinguitur in divinis per hoc quod est ad generare et generari. Non enim etiam in creaturis oportet quod per quamcumque obiectorum distinctionem potentia distinguatur sed per differentiam formalem obiectorum, et quae in eodem genere accipiatur ; sicut potentia visiva non distinguitur per hoc quod est videre hominem et videre asinum, quia ista differentia non est sensibilis in quantum est sensibile ; et similiter in divinis absolutum per relationem non distinguitur.

# 3. Il faut dire que, bien que le P�re puisse engendrer, mais pas le Fils, il nÕen dŽcoule cependant pas que le P�re a une puissance que nÕa pas le Fils. Car la puissance du P�re et celle du Fils, par laquelle le P�re engendre et le Fils est engendrŽ sont identiques. Car la puissance est quelque chose dÕabsolu [991] ; et cÕest pourquoi elle nÕest pas distinguŽe en Dieu, ni la bontŽ non plus, ni ce quÕon appelle ainsi. Mais engendrer et �tre engendrŽ en Dieu ne signifient pas quelque chose dÕabsolu, mais seulement une relation. Mais les relations opposŽes communiquent dans un seul et m�me absolu et ne le divisent pas ; ainsi il est clair que dans le P�re et dans le Fils il y a une seule essence. CÕest pourquoi la puissance nÕest pas distinguŽe par une distinction quelconque des objets, mais par le fait dÕengendrer ou dÕ�tre engendrŽ. Car il ne faut pas non plus dans les crŽatures que la puissance soit distinguŽe par la diffŽrence formelle des objets et ce qui est re�u en un m�me genre comme la puissance de la vision nÕest pas distinguŽe par le fait de voir un homme ou un ‰ne, parce que cette diffŽrence nÕest pas sensible en tant telle, et de la m�me mani�re en Dieu lÕabsolu nÕest pas distinguŽ par la relation.

q. 9 a. 9 ad 4 Ad quartum dicendum, quod in omni operatione quae transit ab agente in rem exteriorem, requiritur aliud principium in agente, per quod est agens, et aliud principium in patiente, per quod est patiens. In operatione autem quae non transit in rem exteriorem, sed manet in operante, non requiritur nisi unum operationis principium ; sicut ad volendum requiritur principium ex parte volentis, per quod possit velle. In creaturis autem est generatio secundum operationem transeuntem in rem exteriorem : unde oportet quod sit alia potentia activa in generante, et alia passiva in generato. Sed generatio divina attenditur secundum operationem non quidem in aliquid exterius transeuntem, sed interius manentem, idest secundum conceptionem verbi. Unde non oportet quod alia sit potentia activa in patre, et alia passiva in filio.

# 4. En toute opŽration qui passe dÕun agent dans un objet extŽrieur, il est requis un principe dans lÕagent, par lequel il est agent et un autre principe dans le patient, par lequel il est patient. Mais dans lÕopŽration qui ne passe pas ˆ lÕextŽrieur, mais demeure dans celui qui op�re, il nÕest requis quÕun seul principe dÕopŽration, ainsi pour vouloir il est requis un principe de la part de celui qui veut, par lequel il puisse vouloir. Mais, dans les crŽatures, la gŽnŽration est selon une opŽration qui passe ˆ lÕextŽrieur ; cÕest pourquoi il faut quÕil y ait une autre puissance active dans celui qui engendre, diffŽrente de la puissance passive de celui qui est engendrŽ. Mais la gŽnŽration divine ne tend pas par son opŽration ˆ quelque chose qui passe ˆ lÕextŽrieur, mais ˆ ce qui demeure ˆ lÕintŽrieur, c'est-ˆ-dire selon la conception du Verbe. CÕest pourquoi il ne faut pas qu'il y ait une puissance dans le P�re et une autre puissance passive dans le Fils.

q. 9 a. 9 ad 5 Ad quintum dicendum, quod calor et sapor prout in se considerantur, sunt qualitates quaedam, possunt tamen dici potentiae secundum quod sunt actuum quorumdam principia ; unde patet quod licet radix prima et remota, quae est subiectum, sit una radix, tamen propinqua, quae est qualitas, non est una.

# 5. La chaleur et la saveur, considŽrŽes en soi, sont des qualitŽs, on peut cependant les appeler des puissances en tant que principes de certains actes ; cÕest pourquoi il est clair que bien que lÕorigine premi�re et ŽloignŽe qui est le sujet, soit une seule origine, cependant lÕorigine proche, qui est la qualitŽ, nÕest pas unique.

q. 9 a. 9 ad 6 Ad sextum dicendum quod, sicut pater est Deus generans, filius autem est Deus genitus : ita dicendum est quod pater est sapiens ut concipiens, filius vero sapiens ut verbum conceptum. Filius enim in eo quod est verbum, est quaedam conceptio sapientis. Sed quia quidquid est in Deo, est Deus, oportet quod ipsa conceptio sapientis Dei sit Deus, et sapiens, et potens, et quidquid aliud competit Deo.

# 6. De m�me que le P�re est le Dieu qui engendre, le Fils est le Dieu engendrŽ, de m�me il faut dire que le P�re est sage en tant quÕil con�oit le Fils sage comme verbe con�u. Car le Fils, en ce qui est le Verbe est une conception du sage. Mais parce que tout ce qui est en Dieu est Dieu, il faut que cette conception du Dieu sage soit Dieu, et aussi sage et puissant, et tout ce qui dÕautre convient ˆ Dieu.

q. 9 a. 9 ad 7 Ad septimum dicendum, quod verbum in divinis non potest dici nisi personaliter, si proprie accipiatur. Nulla enim alia origo in divinis esse potest nisi immaterialis, et quae sit conveniens intellectuali naturae, qualis est origo verbi et amoris ; unde si processio verbi et amoris non sufficit ad distinctionem personalem insinuandam, nulla poterit esse personalis distinctio in divinis. Unde et Ioannes tam in principio sui Evangelii quam in prima canonica sua, nomine verbi pro filio utitur, nec est aliter loquendum de divinis quam sacra Scriptura loquatur.

# 7. On ne peut parler du Verbe en Dieu que personnellement, si on le prend au sens propre. Car aucune autre origine ne peut �tre en Dieu quÕimmatŽrielle et celle qui convient ˆ sa nature intellectuelle, telle quÕest lÕorigine du verbe et de lÕamour ; cÕest pourquoi si la procession du verbe et de lÕamour ne suffit pas ˆ introduire la distinction des personnes, il ne pourra y avoir aucune distinction personnelle en Dieu. CÕest pourquoi Jean, tant au commencement de son ƒvangile que dans sa premi�re Žp”tre, se sert du nom de Verbe pour le Fils, et il ne faut pas parler de Dieu autrement que lÕƒcriture sainte en parle.

q. 9 a. 9 ad 8 Ad octavum dicendum, quod dicere potest dupliciter sumi : uno modo proprie secundum quod dicere idem est quod verbum concipere ; et sic dicit Augustinus, quod non singulus quisque in divinis, sed solus pater est dicens. Alio modo communiter, prout dicere nihil est aliud quam intelligere ; et sic dicit Anselmus, quod non solum pater est dicens, sed etiam filius et spiritus sanctus ; et tamen licet sint tres dicentes, est unum solum verbum,- quod est filius,- quia solus filius est conceptio patris intelligentis et concipientis verbum.

# 8. Dire peut �tre pris en deux sens :a) DÕune premi�re mani�re, au sens propre selon que dire est la m�me chose que concevoir un verbe ; et en ce sens Augustin (La TrinitŽ, VII) dit que Çce nÕest pas chaque personne particuli�re qui dit [parle] en Dieu, mais le P�re seulÈ.b) DÕune autre mani�re au sens commun, selon que dire nÕest rien dÕautre que lÕintellection ; et ainsi Anselme dit (loc. cit. dans lÕargument[992]) que non seulement le P�re parle, mais aussi le Fils et lÕEsprit saint ; et cependant, bien quÕil y en ait trois qui parlent, il nÕy a quÕun seul verbe Ñ qui est le Fils Ñ parce que seul le Fils est la conception du P�re qui pense et con�oit le verbe.

q. 9 a. 9 ad 9 Ad nonum dicendum, quod non sequitur quod sit generatio in divinis ex hoc solum quod tribuit generationem aliis sicut causa effectiva, quia pari ratione sequeretur quod in Deo sit motus, quia tribuit aliis motum. Sequitur autem quod sit in Deo generatio ex hoc quod tribuit aliis generationem ut causa effectiva et exemplaris : pater autem est exemplar generationis ut generans, sed filius ut genitus ; unde non oportet quod generet.

# 9. Il ne dŽcoule pas quÕil y a gŽnŽration en Dieu du seul fait quÕil a attribuŽ la gŽnŽration ˆ dÕautres, comme cause efficiente, parce quÕˆ raison Žgale, il en dŽcoulerait quÕil y a en Dieu du mouvement, parce quÕil en a attribuŽ aux autres. Mais il dŽcoule quÕil y a en Dieu une gŽnŽration par le fait quÕil a attribuŽ aux autres la gŽnŽration comme cause efficiente et exemplaire ; le P�re est lÕexemplaire de la gŽnŽration, en tant quÕil engendre ; et le Fils en tant quÕengendrŽ ; cÕest pourquoi il ne faut pas quÕil engendre.

q. 9 a. 9 ad 10 Ad decimum dicendum, quod generatio est opus divinae naturae, prout est in persona patris, ut supra dictum est, unde non oportet quod conveniat filio.

# 10. La gŽnŽration est lÕÏuvre de la nature divine, dans la mesure o� elle est dans la Personne du P�re, comme on lÕa dit ci-dessus, cÕest pourquoi il ne faut pas que cela convienne au Fils.

q. 9 a. 9 ad 11 Ad undecimum dicendum quod, cum filiatio sit relatio consequens determinatum modum originis,- scilicet quae est per modum naturae,- impossibile est quod filiatio a filiatione differat differentia formali ; nisi forte secundum differentiam naturarum, quae per generationem communicantur, sicut potest dici quod alia species filiationis est qua hic homo est filius, et qua hic equus est filius. In divinis autem non est nisi una natura ; unde non possunt ibi esse plures filiationes formaliter differentes ; et patet etiam quod nec materialiter. Et sic sequitur quod ibi sit tantum una filiatio et unus filius.

# 11. Comme la filiation est une relation qui suit un mode dŽterminŽ dÕorigine, Ñ ˆ savoir, quÕelle est par le mode de nature Ñ il est impossible quÕune filiation diff�re de la filiation par une diffŽrence formelle ; ˆ moins que par hasard, ce soit selon la diffŽrence des natures, qui sont communiquŽes par gŽnŽration, comme on peut dire quÕil y a une autre esp�ce de filiation par laquelle cet homme est fils et par laquelle ce cheval est fils. En Dieu il nÕy a quÕune seule nature, cÕest pourquoi il ne peut pas y avoir plusieurs filiations formellement diffŽrentes ; et il est clair aussi que [ce nÕest pas possible] matŽriellement non plus. Et ainsi il en dŽcoule quÕil y a lˆ seulement une filiation et un seul Fils.

q. 9 a. 9 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod unus splendor ab alio splendore procedit, ex eo quod lux diffunditur ad aliud subiectum : et sic patet quod hoc fit per divisionem materialem, quae non potest esse in divinis.

# 12. Une splendeur proc�de dÕune autre, du fait que la lumi�re est diffusŽe vers un autre sujet, et ainsi il est clair que cela se fait par une division matŽrielle, qui ne peut pas exister en Dieu.

q. 9 a. 9 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod unumquodque amatur in quantum est bonum ; unde cum una et eadem sit bonitas patris et filii et spiritus sancti, eodem amore, qui est spiritus sanctus, pater diligit et filium et spiritum sanctum, et totam creaturam ; sicut eodem verbo, quod est filius, dicit se et filium et spiritum sanctum, et totam creaturam.

# 13. Chaque chose est aimŽe en tant quÕelle est bonne. CÕest pourquoi, comme la bontŽ du P�re, du Fils et de lÕEsprit saint est une et la m�me, par un m�me amour qui est lÕEsprit saint, le P�re aime le Fils et lÕEsprit saint et toute la crŽature, de m�me par un m�me Verbe qui est le Fils, il se dit et dit aussi le Fils et lÕEsprit saint et toute la crŽature.

q. 9 a. 9 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod bonitas est id ad quod terminatur operatio viventis, quae manet in operante. Primo enim intelligitur aliquid ut verum, et sic deinceps desideratur ut bonum ; et ibi sistit et quiescit operatio intranea, sicut in fine. Sed ex hinc incipit processus operationis ad exteriora, quia ex hoc quod intellectus desiderat et amat aliquid praeconsideratum ut bonum, incipit exterius operari ad illud. Unde ex hoc ipso quod bonitas spiritui sancto appropriatur, convenienter accipi potest quod processio divinarum personarum ultra non porrigitur. Sed quod sequitur, est processio creaturae, quae est extra naturam divinam.

# 14. La bontŽ est ce ˆ quoi se termine lÕopŽration du vivant qui demeure dans celui qui op�re. Car dÕabord on comprend quelque chose comme vrai et ainsi immŽdiatement apr�s il est dŽsirŽ comme bien ; et lˆ se tient et sÕach�ve lÕopŽration interne, comme dans sa fin. Mais de lˆ commence le processus de lÕopŽration ˆ lÕextŽrieur, parce que du fait que lÕesprit dŽsire et aime, ce quÕil a considŽrŽ auparavant comme bien, il commence ˆ agir ˆ lÕextŽrieur vers ce bien. CÕest pourquoi du fait que la bontŽ est appropriŽe ˆ lÕEsprit saint, on peut interprŽter comme ce qui convient que la procession des personnes divines ne sÕŽtend pas plus loin. Mais il en dŽcoule que cÕest la procession de la crŽature qui est hors de la nature divine.

q. 9 a. 9 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod inter omnes lineas linea circularis est perfectior, quia non recipit additionem. Unde hoc ipsum ad perfectionem spiritus sancti pertinet quod sua processione quasi quemdam circulum divinae originis concludit, ut ultra iam addi non possit, sicut supra, iam ostensum est.

# 15. Parmi toutes les lignes, le cercle est plus parfait parce quÕil ne re�oit pas dÕaddition. CÕest pourquoi cela convient ˆ la perfection de lÕEsprit saint qu'il se ferme en sa procession comme un cercle dÕorigine divine, pour que (rien) ne puisse �tre ajoutŽ, comme on lÕa dŽjˆ montrŽ ci-dessus [dans le corps de lÕarticle].

q. 9 a. 9 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod in hoc quod est accipere vel communicare naturam divinam, non attenditur differentia nisi solum secundum relationes ; quae quidem differentia inaequalitatem perfectionis constituere non potest, quia, ut dicit Augustinus contra Maximinum, cum quaeritur quis de quo sit, est quaestio originis, non aequalitatis vel inaequalitatis.

# 16. Pour ce qui est recevoir ou communiquer la nature divine, la diffŽrence ne sÕŽtend seulement que selon les relations. Cette diffŽrence ne peut pas constituer une inŽgalitŽ de perfection, parce que, comme le dit Augustin (Contre Maximinien III, 18) : ÇQuand on cherche qui vient de qui, cÕest une question dÕorigine, non dÕŽgalitŽ ou dÕinŽgalitŽ.È

q. 9 a. 9 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod sicut communicare divinam naturam, est perfectionis de patre in filio, ita perfecte accipere communicatam est perfectionis in spiritu sancto ; et utraque perfectio non differt secundum quantitatem, sed secundum relationem, quae inaequalitatem non constituit, ut dictum est.

# 17. De m�me que communiquer la nature divine est de la perfection du P�re dans le Fils, de m�me recevoir parfaitement la nature communiquŽe est de la perfection de lÕEsprit saint et lÕune et lÕautre perfection ne diff�re pas en quantitŽ mais en une relation, qui nÕa pas constituŽ une inŽgalitŽ, comme on lÕa dit.

q. 9 a. 9 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod illud per quod aliqua persona est incommunicabilis, non potest esse multis commune, ut supra dictum est. Unde habere consortium in illo non faceret iucunditatem, sed destructionem distinctionis personarum. Unde si pater in paternitate haberet consortem in divinis, sequeretur confusio personarum ; et eadem ratio est de filiatione et processione.

# 18. Ce par quoi une personne n'est pas communicable ne peut �tre commun ˆ plusieurs, comme on lÕa dit ci-dessus. CÕest pourquoi la participation en cela nÕapporterait pas la joie, mais la destruction de la distinction des personnes. CÕest pourquoi, si le P�re avait quelquÕun qui participe ˆ la paternitŽ, il en dŽcoulerait une confusion des personnes ; et la raison est la m�me pour la filiation et la procession.

q. 9 a. 9 ad 19 Ad decimumnonum dicendum est quod alia attributa non habent operationem intrinsecam, secundum quam possit attendi processus divinae personae, sicut intellectus et voluntas.

# 19. Les autres attributs nÕont pas dÕopŽration intrins�que qui puisse parvenir ˆ une procession de la personne divine comme lÕintellect et la volontŽ.

q. 9 a. 9 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod processio naturae et intellectus conveniunt in hoc quod in utraque processione procedit unum ab uno ut similitudo eius a quo procedit. Amor autem qui procedit secundum voluntatem, procedit a duobus mutuo se amantibus. Nec ex hoc quod est amor, habet quod id sit similitudo amantis ; et ideo in divinis idem procedit per modum naturae et intellectus, scilicet ut filius et verbum ; sed alia persona est quae procedit per modum voluntatis ut amor.

# 20. La procession de nature et celle de lÕesprit se rencontrent en ceci que dans les deux processions, lÕun proc�de dÕun autre comme image de celui dont elle proc�de. Mais lÕamour qui proc�de selon la volontŽ proc�de de deux [�tres] qui sÕaiment mutuellement. Et du fait que cÕest lÕamour, il nÕa pas lÕimage de celui qui aime, et cÕest pourquoi, en Dieu le m�me proc�de par mode de nature et dÕintellect, ˆ savoir comme fils et verbe ; mais lÕautre personne est celle qui proc�de par mode de volontŽ, comme amour.

q. 9 a. 9 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod licet sint quinque notiones in divinis, tamen solum sunt tres proprietates personales constituentes personas ; et propter hoc solum sunt tres personae.

# 21. Bien quÕil y ait cinq notions en Dieu, seules cependant trois propriŽtŽs personnelles constituent les personnes et cÕest pour cela quÕil y a seulement trois personnes.

q. 9 a. 9 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod relationes ideales sunt Dei ad id quod est extra, scilicet ad creaturas ; et ideo per eas non distinguuntur personae in divinis. Oportet etiam respondere ad rationes alias, quibus concludebatur quod personae divinae sunt tribus pauciores.

# 22. Les relations idŽales[993] sont de Dieu vers lÕextŽrieur, ˆ savoir vers les crŽatures ; cÕest pourquoi par elles les personnes ne sont pas distinguŽes par elles.Il faut aussi rŽpondre aux autres raisons, par lesquelles on concluait que les personnes divines sont moins de trois.

q. 9 a. 9 ad 23 Ad quorum primum dicendum, quod in qualibet natura creata inveniuntur multi modi processionum, non tamen secundum quemlibet eorum natura speciei communicatur ; et hoc est propter imperfectionem naturae creatae, in qua non subsistit quidquid in ea est ; sicut verbum hominis, quod procedit ab intellectu eius, non est aliquid subsistens, nec etiam amor qui procedit a voluntate humana. Sed filius, qui generatur per operationem naturae, est subsistens in natura humana ; et propter hoc hic est solus modus quo natura communicatur, licet in eo sint plures modi processionum. Sed in Deo est subsistens quidquid in ipso est ; et ideo secundum quemlibet modum processionis communicatur natura in divinis.

# 1. En nÕimporte quelle nature crŽŽe, on trouve de nombreux modes de procession, cependant la nature de lÕesp�ce nÕest pas communiquŽe par nÕimporte lequel dÕentre eux et cÕest ˆ cause de lÕimperfection de la nature crŽŽe, dans laquelle il ne subsiste rien de ce qui est en elle ; ainsi le verbe de lÕhomme, qui proc�de de son esprit nÕest pas quelque chose de subsistant, ni non plus lÕamour qui proc�de de la volontŽ humaine. Mais le Fils, qui est engendrŽ par une opŽration de nature subsiste dans la nature humaine et cÕest pour cela quÕil y a un seul mode par lequel la nature est communiquŽe, bien quÕen lui il y ait plus de modes de processions. Mais en Dieu, tout ce qui est en lui est subsistant et cÕest pourquoi la nature est communiquŽe en Dieu selon nÕimporte quel mode de procession.

q. 9 a. 9 ad 24 Ad secundum dicendum, quod nihil prohibet etiam a voluntate aliquid naturaliter procedere : nam et voluntas aliquid naturaliter vult et amat, scilicet felicitatem et veritatis cognitionem, et ideo nihil prohibet quin spiritus sanctus naturaliter procedat a patre et filio, quamvis procedat per modum voluntatis.

# 2. Rien nÕemp�che non plus que quelque chose proc�de naturellement de la volontŽ, car elle veut et aime naturellement, ˆ savoir le bonheur et la connaissance de la vŽritŽ, et cÕest pourquoi rien nÕemp�che que lÕEsprit saint proc�de naturellement du P�re et du Fils, quoiquÕil proc�de par mode de volontŽ.

q. 9 a. 9 ad 25 Ad tertium dicendum quod, licet voluntas et intellectus non differant in Deo nisi secundum rationem, tamen oportet illum qui procedit per modum intellectus, realiter distingui ab eo qui procedit per modum voluntatis. Nam verbum, quod procedit per modum intellectus, procedit ab uno tantum, sicut a dicente ; spiritus vero sanctus, qui procedit per modum voluntatis ut amor, oportet quod procedat a duobus mutuo se amantibus, vel etiam ex dicente et verbo : nihil enim potest amari cuius verbum in intellectu non praeconcipitur. Et sic oportet quod ille qui procedit per modum voluntatis, sit ab eo qui procedit per modum intellectus, et per consequens quod distinguatur ab eo.

# 3. Bien que la volontŽ et lÕintellect ne diff�rent en Dieu quÕen raison, il faut cependant que celui qui proc�de par mode dÕintellect soit rŽellement distinguŽ de celui qui proc�de par volontŽ. Car le Verbe qui proc�de par mode dÕintellect, proc�de de lÕun seulement, comme de celui qui parle. Mais lÕEsprit saint, qui proc�de par mode de volontŽ comme amour, doit procŽder de deux (personnes) qui sÕaiment mutuellement, ou aussi de celui qui parle et du verbe : car rien ne peut �tre aimŽ dont le verbe ne soit pas prŽcon�u dans lÕesprit. Et ainsi il faut que celui qui proc�de par mode de volontŽ soit de celui qui proc�de par mode dÕintellection et par consŽquent quÕil soit distinguŽ de lui.

q. 9 a. 9 ad 26 Ad quartum dicendum, quod qui est ab alio in divinis, potest esse dupliciter : scilicet vel per modum verbi, vel per modum amoris ; et ideo qui est ab alio secundum quod communiter dicitur, non sufficit ad constituendum personam incommunicabilem, sed solum secundum quod ad propria determinatur.

# 4. Celui qui est dÕun autre en Dieu peut lÕ�tre de deux mani�res : ˆ savoir par mode de verbe ou par mode dÕamour, et cÕest pourquoi ce qui est dÕun autre selon ce quÕon dit communŽment, ne suffit pas pour constituer une personne incommunicable, mais seulement selon ce qui est dŽterminŽ ˆ ce qui lui est propre.

q. 9 a. 9 ad 27 Ad quintum dicendum, quod in divinis sunt quatuor relationes, nedum duae ; sed solum tres ex eis sunt personales, nam una earum,- scilicet communis spiratio,- non est proprietas personalis, cum sit communis duabus personis : et ideo non sunt in divinis nisi tres personae.

# 5. En Dieu, il y a quatre relations, et pas seulement deux ; mais seules trois dÕentre elles sont personnelles, car lÕune dÕelle, ˆ savoir la spiration commune, nÕest pas une propriŽtŽ personnelle, puisquÕelle est commune ˆ deux personnes, et cÕest pourquoi il nÕy a en Dieu que trois personnes.

q. 9 a. 9 ad s. c. Alias rationes concedimus.

Les autres raisons, nous les concŽdons.

 

 

 

Question 10 Ð Les processions des Personnes divines

 

 

q. 10 pr. 1 Et primo quaeritur utrum sit aliqua processio in divinis.

1. Y a-t-il une procession en Dieu ?

q. 10 pr. 2 Secundo utrum in divinis sit tantum una processio.

2. NÕy a-t-il quÕune seule procession en Dieu ?.

q. 10 pr. 3 Tertio de ordine processionum ad relationem in divinis.

3. LÕordre des processions ˆ la relation en Dieu.

q. 10 pr. 4 Quarto utrum Spiritus sanctus procedat a Filio.

4. LÕEsprit saint proc�de-t-il du Fils ?

q. 10 pr. 5 Quinto utrum Spiritus sanctus remaneret a Filio distinctus, si ab eo non procederet.

5. LÕesprit saint demeurerait-il distinct du Fils, sÕil ne procŽdait pas de lui ?

 

 

 

Article 1 Ð Y a-t-il une procession dans les personnes divines ?

q. 10 a. 1 tit. 1 Et primo quaeritur utrum sit aliqua processio in divinis personis.  Et videtur quod non.

  Il semble que non[994].

 

Objection :

q. 10 a. 1 arg. 1 Omne enim quod procedit ab aliquo, distat ab eo. Sed divinarum personarum non est aliqua distantia ab invicem : dicit enim Filius, Ioan. XIV, 10 : Ego in Patre et Oater in me est ; et idem dici potest de Spiritu sancto, quod scilicet sit in Patre et Filio, et e converso. Ergo in divinis una persona non procedit ab alia.

1. Car tout ce qui proc�de de quelque chose en est diffŽrent. Mais il n'y pas de diffŽrence dans les personnes divines entre elles. Car le Fils dit (Jn 14,10) : ÇMoi je suis dans le P�re et le P�re est en moiÈ et on peut dire de m�me pour l'Esprit saint, parce qu'il est assurŽment dans le P�re et le Fils et inversement. Donc en Dieu une personne ne proc�de pas d'une autre.

q. 10 a. 1 arg. 2 Praeterea, nihil quod ad motum pertinet, Deo proprie attribui potest, sicut nec aliquid quod materiam importat. Processio autem significat quemdam motum. Ergo non proprie potest dici in divinis.

2. On ne peut rien attribuer en propre ˆ Dieu qui concerne le mouvement, ni de la m�me mani�re  rien qui apporte de la mati�re. Mais la procession signifie un mouvement. Donc en Dieu on ne peut pas en parler au sens propre.

q. 10 a. 1 arg. 3 Praeterea, omne procedens praeintelligitur processioni : nam procedens est processionis subiectum : sed in divinis non potest esse aliquid procedens processioni praeintellectum : essentia enim divina non est procedens, sicut nec genita ; relatio autem non praeintelligitur processioni, sed e converso, sicut iam dictum est [quaest. 8, a. 3]. Non ergo potest esse processio in divinis.

3. Tout ce qui proc�de est con�u avant la procession ; car ce qui proc�de en est le substrat. Mais en Dieu, il ne peut pas y avoir quelque chose qui proc�de, con�u avant la procession : car l'essence divine ne proc�de pas, de m�me qu'elle n'est pas engendrŽe ; et la relation n'est pas comprise avant la procession, mais c'est le contraire, comme on l'a dŽjˆ dit (qu. 8, a. 3). Donc il ne peut pas y avoir de procession en Dieu.

q. 10 a. 1 arg. 4 Praeterea, omne procedens sicut ab aliquo procedit, ita oportet quod procedat in aliquid. Quod autem in aliquid procedit, non est per se subsistens. Cum ergo personae divinae sint per se subsistentes, non videtur eis competere quod procedant.

4. Tout ce qui proc�de, proc�de dÕune chose, et doit procŽder dans une autre. Mais ce qui proc�de en une chose n'est pas subsistant par soi. Donc comme les personnes divines sont subsistantes par soi, apparemment il ne leur convient pas de procŽder.

q. 10 a. 1 arg. 5 Praeterea, cum creaturae nobiliores sint etiam Deo similiores, quod invenitur in inferioribus creaturis, non autem in superioribus, nec etiam in Deo invenitur sicut quantitas dimensiva, materia, et alia huiusmodi. Processio autem invenitur in inferioribus creaturis, in quibus unum individuum generat aliud eiusdem speciei ; quod non contingit in creaturis superioribus. Ergo neque in Deo processio invenitur.

5. Comme les crŽatures plus nobles ressemblent davantage ˆ Dieu, ce qui se trouve dans les crŽatures infŽrieures, mais pas dans les crŽatures supŽrieures, ne se retrouve pas non plus en Dieu, comme la quantitŽ mesurable, la mati�re, etc.. Mais on trouve la procession dans les crŽatures infŽrieures dans lesquelles un des individus en engendre un autre de la m�me esp�ce ; ce qui n'arrive pas dans les crŽatures supŽrieures. Donc on ne trouve pas non plus de procession en Dieu.

q. 10 a. 1 arg. 6 Praeterea, illud quod derogat divinae dignitati, nullo modo est Deo attribuendum. In hoc autem maxime consideratur divina dignitas, quod est prima causa essendi non habens ab alio esse, cui videtur repugnare processio : nam omne procedens quodammodo ab alio est. Non ergo dicendum est quod aliquid sit procedens in divinis.

6. Ce qui dŽroge ˆ la dignitŽ de Dieu ne doit en aucune mani�re lui �tre attribuŽ. Mais en cela on consid�re surtout la dignitŽ divine, parce qu'il est la cause premi�re de lÕ�tre, sans avoir l'�tre d'un autre : la procession apparemment ne lui convient pas ; car tout ce qui proc�de de quelque mani�re dŽpend d'un autre. Donc il ne faut pas dire que quelque chose proc�de en Dieu.

q. 10 a. 1 arg. 7 Praeterea, persona est hypostasis proprietate distincta ad dignitatem pertinente. Accipere autem ab alio (quod importat processio), non videtur ad dignitatem pertinere. Non ergo processio debet attribui divinis personis sicut aliqua personalis proprietas.

7. La personne est une hypostase, avec une propriŽtŽ distincte qui convient ˆ sa dignitŽ. Mais recevoir d'un autre (ce que la procession apporte) ne semble pas convenir ˆ sa dignitŽ. Donc la procession ne doit pas �tre attribuŽe aux personnes divines comme une quelconque propriŽtŽ personnelle.

q. 10 a. 1 arg. 8 Praeterea, illud a quo aliquid procedit, oportet esse aliquo modo causam illius. Sed una persona non potest esse causa alterius : neque enim esse potest una alterius causa intrinseca, formalis scilicet vel materialis, cum in divinis non sit compositio formae et materiae ; nec iterum causa extrinseca, cum una persona sit in alia. Non ergo est processio in divinis.

8. Ce dont quelque chose proc�de doit �tre d'une certaine mani�re sa cause. Mais une personne ne peut pas �tre cause d'une autre. Elle ne peut pas, en effet, �tre la seule cause intrins�que d'une autre, c'est-ˆ-dire la cause formelle ou matŽrielle, puisqu'en Dieu il n'y a pas composition de forme et de mati�re ; elle ne peut non plus �tre la cause extrins�que, puisqu'une seule personne est dans l'autre. Donc il n'y a pas de procession en Dieu.

q. 10 a. 1 arg. 9 Praeterea, omne procedens procedit ab aliquo sicut a principio. Una autem persona non potest dici alterius principium, quia,- cum principium ad principiatum dicatur,- oportet aliquam personam principiatam dici, quod videtur solis creaturis competere. Non ergo est processio in divinis.

9. Tout ce qui proc�de proc�de de quelque chose comme dÕun principe. Mais on ne peut pas dire qu'une personne est le principe d'une autre, parce que, Ñ comme on parle de principe pour ce qui en dŽpend, Ñ il faut dire qu'il y a une personne qui dŽpend dÕun principe, ce qui semble ne convenir quÕaux seules crŽatures. Donc pas de procession en Dieu.

q. 10 a. 1 arg. 10 Praeterea, nomen principii a prioritate sumptum esse videtur. Sed in personis divinis nihil est prius et posterius, ut Athanasius dicit [in Symbolo]. Non est ergo una persona principium alterius ; et sic non debet dici una procedens ab alia.

10. Le nom de principe semble �tre pris de "prioritŽ[995]". Mais dans les personnes divines rien n'est avant ou apr�s, comme Athanase le dit (dans le Symbole[996]). Donc une personne n'est pas le principe d'une autre  ; et ainsi on ne doit pas dire que l'une proc�de d'une autre.

q. 10 a. 1 arg. 11 Praeterea, omne principium est operativum vel factivum. Sed una persona non est factiva alterius nec operativa, alioquin in divinis personis esset aliquid factum vel creatum. Ergo divina persona non habet principium, neque est procedens.

11. Tout principe peut opŽrer ou produire. Mais une personne ne peut en produire une autre, ou opŽrer, autrement dans les personnes divines il y aurait quelque chose de produit ou de crŽŽ. Donc la personne divine n'a pas de principe, et elle ne proc�de pas.

q. 10 a. 1 arg. 12 Praeterea, quandocumque est aliquid ab aliquo procedens, oportet esse aliquid commune utrique, quod scilicet procedenti communicatur ab eo a quo procedit, et aliquid proprium, per quod procedens distinguitur ab eo a quo procedit : nihil enim procedit a se ipso. Ubicumque autem est aliquid et aliquid, ibi est compositio. Ergo ubicumque est processio, ibi est compositio. In divinis autem non est compositio. Ergo neque processio.

12. Chaque fois qu'une chose proc�de d'une autre, il faut qu'il y ait quelque chose de commun ˆ l'une et ˆ l'autre, qui naturellement est communiquŽ ˆ celle qui proc�de par celle de qui elle proc�de, et quelque chose de propre, par lequel celui qui proc�de est distinguŽ de celui dont il proc�de ; car rien ne proc�de de lui. Et partout o� il y a une chose et une autre, il y a composition. Donc partout o� il y a procession, il y a composition. Mais en Dieu il n'y a pas de composition. Ni en consŽquence de procession.

q. 10 a. 1 arg. 13 Praeterea, omne procedens ab alio, recipit aliquid ab eo. Quod autem recipit aliquid, est indigentis naturae : nisi enim indigeret, non reciperet ; propter quod etiam in rebus naturalibus receptibilitas attribuitur materiae. Ergo omne procedens est indigentis naturae. In divinis autem non est aliqua indigentia, sed summa perfectio. Ergo non est ibi processio.

13. Tout ce qui proc�de d'un autre en re�oit quelque chose. Parce quÕil re�oit, il en a naturellement besoin. Car sÕil nÕen avait pas besoin il ne le recevrait pas ; c'est pour cela aussi que dans ce qui est naturel aussi la rŽceptivitŽ est attribuŽe ˆ la mati�re. Donc tout ce qui proc�de est ce qui Žprouve un besoin par nature. Mais en Dieu il n'y a pas de besoin, mais une perfection supr�me. Donc il n'y a pas de procession.

q. 10 a. 1 arg. 14 Sed dices, quod recipiens quando praeexistit receptioni, est indigens, quando vero iam recipit, habet et non est indigens ; Filius autem et Spiritus sanctus recipiunt quidem a Deo Patre, non tamen praeexistunt receptioni ; et sic in eis nulla est indigentia.- Sed contra, creatura quaelibet est indigentis naturae, et tamen non praeexistit receptioni qua recipit esse a Deo. Non ergo excludit indigentiam a recipiente hoc quod receptioni non praeexistit.

14. Mais on dira que celui qui re�oit, quand il prŽexiste ˆ la rŽception, en a besoin, mais quand il l'a re�u, il nÕen a plus besoin. Le Fils et l'Esprit saint re�oivent de Dieu le P�re, cependant ils ne prŽexistent pas ˆ la rŽception ; et ainsi il n'y a en eux aucun besoin. Ñ En sens contraire n'importe quelle crŽature est d'une nature dans le besoin et cependant elle ne prŽexiste pas ˆ la rŽception par laquelle elle re�oit l'�tre de Dieu. Donc, ce qui ne prŽexiste pas ˆ la rŽception n'exclut pas le besoin de celui qui re�oit.

q. 10 a. 1 arg. 15 Praeterea, omne quod non habet aliquid nisi secundum quod recipit illud ab alio, in se consideratum caret illo ; sicut aer in se consideratus caret lumine, quod ab alio recipit. Si ergo Filius et Spiritus sanctus non habent esse nisi per hoc quod recipiunt a Patre (quod oportet dicere, si a Patre procedunt), necesse est quod si in se considerentur, nihil sint. Quod autem in se consideratum nihil est, si habeat esse ab alio, oportet quod ex nihilo est, et ita quod sit creatura. Si ergo Filius et Spiritus sanctus procedunt a Patre, oportet quod sint creaturae ; quod est Arianae impietatis. Non ergo est processio in divinis personis.

15. Tout ce qui n'a que dans la mesure o� il le re�oit d'un autre, considŽrŽ en soi, en manque ; ainsi l'air considŽrŽ en soi manque de lumi�re, qu'il re�oit d'un autre. Donc si le Fils et l'Esprit n'ont l'�tre que par ce qu'ils re�oivent du P�re (ce qu'il faut dire, s'ils proc�dent de lui), il est nŽcessaire que, si on les consid�re en soi, ils ne soient rien. Mais ce qui, considŽrŽ en soi n'est rien, s'il a l'�tre d'un autre, doit venir du nŽant et ainsi �tre une crŽature. Donc si le Fils et l'Esprit saint proc�dent du P�re, il faut qu'ils soient des crŽatures, ce qui est l'hŽrŽsie Arienne. Il nÕy a donc pas de procession dans les personnes divines.

q. 10 a. 1 arg. 16 Praeterea, quod procedit ab aliquo, ad hoc procedit ut sit. Quod autem procedit ut sit, non semper fuit ; sicut quod procedit ad locum, non semper fuit in loco illo. Personae autem divinae sunt sempiternae. Ergo nulla persona divina est procedens.

16. Ce qui proc�de de quelque chose, en proc�de pour exister. Mais ce qui proc�de pour exister n'a pas toujours existŽ ; ainsi ce qui Ôproc�deÕ vers un lieu n'y a pas toujours ŽtŽ. Mais les Personnes divines sont Žternelles. Donc aucune ne proc�de.

q. 10 a. 1 arg. 17 Praeterea, principium a quo aliquid procedit, habet aliquam auctoritatem respectu illius quod procedit a principio. Si ergo aliqua persona divina procedit ab alia, utpote Filius et Spiritus sanctus a Patre, oportet quod in Patre sit aliqua auctoritas respectu Filii et Spiritus sancti : et ita, cum auctoritas sit quaedam dignitas, aliqua dignitas erit in Patre quae non est in Filio et Spiritu sancto ; et sic erit inaequalitas in divinis personis : quod est contra Athanasium dicentem [in Symbolo] quod in Trinitate nihil est prius et posterius ; nihil maius aut minus : sed totae tres personae coaeternae sibi sunt et coaequales. Non ergo est processio in divinis personis.

17. Le principe d'o� quelque chose proc�de, a une autoritŽ par rapport ˆ ce qui proc�de de lui. Donc si une personne divine proc�de d'une autre, ˆ savoir si le Fils et l'Esprit saint proc�dent du P�re, il faut quÕil y ait dans le P�re une autoritŽ sur le Fils et l'Esprit saint, et comme lÕautoritŽ est une dignitŽ, il y aura dans le P�re une dignitŽ qui nÕest pas dans le Fils et lÕEsprit saint et ainsi il y aura une inŽgalitŽ dans les personnes divines, ce qui est contre Athanase qui dit (dans le Symbole) que Çdans la TrinitŽ, rien nÕest avant ni apr�s ; rien de plus grand ou plus petit, mais les trois personnes sont coŽternelles et Žgales entre ellesÈ. Donc il n'y a pas de procession dans les personnes divines.

 

En sens contraire :

q. 10 a. 1 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicit Filus Ioan. cap. VIII, 42 : Ego ex Deo processi et veni.

1.Il y a ce que dit le Fils (Jn, 8, 42) : ÇMoi, jÕai procŽdŽ[997] et je suis venu de Dieu.È

q. 10 a. 1 s. c. 2 Praeterea, Ioan. XV, 26, dicitur, quod Spiritus veritatis, qui a Patre procedit. Est ergo processio in divinis personis.

2. En Jn 15, 26, il est dit que ÇL'Esprit de vŽritŽÉ, (qui) proc�de du P�reÉÈ Donc il y a procession dans les personnes divines.

 

RŽponse :

q. 10 a. 1 co. Respondeo. Dicendum quod cognitio intellectiva in nobis sumit principium a phantasia et sensu, quae ultra continuum se non extendunt ; et inde est quod ex his quae in continuo inveniuntur, transumimus nomina ad omnia quae capimus intellectu ; sicut patet in nomine distantiae, quae primo invenitur in loco, et exinde transumitur ad quamcumque formarum differentiam, propter quod omnia contraria, in quocumque sint genere, dicuntur esse maxime distantia, licet distantia primo inveniatur in ubi, ut philosophus dicit in X Metaph. [comm. 13].

 Il faut dire que la connaissance intellectuelle prend en nous son principe de l'imagination et de la sensation qui ne s'Žtendent pas au-delˆ de ce qui est continu[998] et de lˆ vient que, de ce qui se trouve dans le continu, nous transfŽrons les noms ˆ tout ce que nous saisissons par l'esprit ; comme cela appara”t dans le nom de distance qui se trouve d'abord dans le lieu, et de lˆ est transfŽrŽ ˆ nÕimporte quelle diffŽrence de formes, en raison de quoi on dit que tous les contraires, en n'importe quel genre qu'ils soient, sont tr�s distants, bien que la distance se trouve d'abord dans le lieu, comme le dit le philosophe (MŽtaphysique X, 4, 1055 a 8[999]).

Similiter autem nomen processionis primo est inventum ad significandum motum localem, secundum quem aliquid ordinate ab uno loco per media ordinatim in extremum transit ; et ex hoc transumitur ad significandum omne illud in quo est aliquis ordo unius ex alio, vel post aliud ; et inde est quod in omni motu utimur nomine processionis ; sicut dicimus, quod corpus procedit ab albedine in nigredinem, et de parva quantitate ad magnam et de non esse in esse, et e converso, et similiter utimur nomine processionis, ubi est aliqua emanatio alicuius ab aliquo ; sicut dicimus quod radius procedit a sole, et omnis operatio ab operante, et etiam operatum, sicut artificiatum ab artifice, vel genitum a generante ; et universaliter omnium huiusmodi ordinem nomine processionis significamus.

Mais de la m�me mani�re on a trouvŽ d'abord le nom de procession pour signifier le mouvement local selon lequel quelque chose passe avec ordre d'un lieu ˆ son extrŽmitŽ par des intermŽdiaires[1000] et de lˆ il est transfŽrŽ pour signifier tout ce en quoi il y a un ordre de l'un par un autre, ou apr�s l'autre ; et de lˆ vient que dans tout mouvement nous utilisons le nom de procession ; ainsi nous disons, que le corps Ôproc�deÕ de la blancheur ˆ la noirceur, d'une petite quantitŽ ˆ une grande, et du non �tre ˆ l'�tre, et inversement, et de la m�me mani�re nous utilisons le nom de procession lˆ ou il y a une Žmanation dÕune chose ˆ partir dÕune autre[1001], comme nous disons que le rayon proc�de du soleil, et toute opŽration de celui qui op�re, et aussi lÕÏuvre, comme Ïuvre artisanale proc�de de l'artisan, l'engendrŽ de celui qui engendre, et universellement nous dŽsignons du nom de procession l'ordre de toutes choses de ce genre.

Est autem duplex operatio :  Quaedam quidem transiens ab operante in aliquid extrinsecum, sicut calefactio ab igne in lignum ; et haec quidem operatio non est perfectio operantis, sed operati : non enim aliquid acquiritur igni ex hoc quod est calefaciens, sed calefactio acquiritur calor.  Alia vero est operatio non transiens in aliquid extrinsecum, sed manens in ipso operante, sicut intelligere, sentire, velle, et huiusmodi. Hae autem operationes sunt perfectiones operantis : intellectus enim non est perfectus nisi per hoc quod est intelligens actu; et similiter nec sensus, nisi per hoc quod actu sentit.

Mais l'opŽration est double :  a) L'une qui passe de celui qui op�re en quelque chose d'extŽrieur, comme l'Žchauffement dans le bois par le feu, et cette opŽration n'est pas la perfection de celui qui op�re, mais de ce qui subit lÕopŽration ; car rien n'est acquis pour le feu du fait qu'il chauffe, mais l'Žchauffement est acquis comme chaleur. b) LÕautre est lÕopŽration qui ne passe pas sur quelque chose dÕextŽrieur, mais demeure dans celui qui op�re, comme comprendre, sentir, vouloir, etc.. Ces opŽrations sont les perfections de celui qui op�re ; car lÕintellect nÕest parfait que par celui qui comprend en acte ; et de la m�me mani�re, les sens non plus ˆ moins qquil Žprouve une sensation en acte.

Primum autem operationum genus commune est viventibus et non viventibus, sed secundum operationum genus est proprium viventium ; unde, si largo modo accipiamus motum pro qualibet operatione, sicut philosophus accipit in III de Anima [comm. 28], ubi dicitur, quod sentire et intelligere sunt motus quidam, non quidem motus qui est actus imperfecti, ut definitur III Physic. [comm. 1], sed motus qui est actus perfecti, sic proprium videtur esse viventis, et in hoc ratio videtur consistere, quod aliquid sit movens se ipsum. Nam quidquid invenimus per se et in se operari quocumque modo, dicimus vivere ; et per hunc modum Plato posuit, quod primum movens movet se ipsum.

Le premier genre d'opŽration est commun aux vivants et aux non vivants, mais le second est le propre des vivants ; c'est pourquoi, si nous considŽrons le mouvement au sens large pour une opŽration quelconque, comme le Philosophe l'admet (LÕ‰me, III, 7, 431 a 7), lˆ o� il est dit que la sensation et l'intellection sont des mouvements[1002], non cependant le mouvement qui est dÕun acte imparfait, comme il est dŽfini en Physique (III, 1, 200 b 30 Ð 201 a 2[1003]), mais le mouvement qui est d'un acte parfait, alors il appara”t comme le propre du vivant, et cÕest en cela que semble consister la raison pour laquelle une chose se meut elle-m�me. Car nous disons que vit tout ce que nous trouvons qui op�re par soi et en soi de quelque mani�re, et de cette mani�re Platon a pensŽ (TimŽe) que le premier moteur se meut lui-m�me.

Secundum autem utrumque operationis genus invenitur in creaturis aliqua processio : nam secundum primum genus dicimus, quod generatum procedit a generante, et factum a faciente. Quantum autem ad secundum operationis genus, dicimus, quod verbum procedit a dicente, et amor ab amante. Huiusmodi autem duplex operationis genus Deo attribuimus. Genus quidem operationis in aliud extrinsecum transeuntis Deo attribuimus, in quantum dicimus, quod creat, conservat et gubernat omnia. Ex quo quidem operationis genere nulla perfectio Deo advenire significatur, sed magis quod proveniat in creatura perfectio ex perfectione divina.

On trouve une procession dans les crŽatures selon ces deux genres d'opŽration. Car selon le premier genre, nous disons que l'engendrŽ proc�de de celui qui engendre, et ce qui est fait de ce qui le fait. Quant au second genre, nous disons que le verbe proc�de de celui qui parle, et l'amour de celui qui aime. On attribue ˆ Dieu ce double genre d'opŽration. Celui de l'opŽration qui passe en un autre qui est extŽrieur, nous l'attribuons ˆ Dieu dans la mesure o� nous disons qu'il crŽe, conserve et gouverne tout. Ce genre d'opŽration signifie qu'aucune perfection ne peut venir en Dieu, mais plut™t que la perfection parvient ˆ la crŽature ˆ partir de la perfection divine.

Aliud vero operationis genus Deo attribuimus, in quantum ipsum intelligentem et volentem dicimus, in quo ipsius perfectio significatur. Non enim esset perfectus, nisi esset intelligens et volens actu ; et inde est quod confitemur eum viventem.

Mais lÕautre genre dÕopŽration, nous lÕattribuons ˆ Dieu dans la mesure o� nous parlons de son intellection et de sa volontŽ, en quoi est signifiŽe sa perfection. Car il ne serait pas parfait s'il nÕŽtait intelligent et volontaire en acte ; et de lˆ vient que nous confessons qu'il est vivant.

Secundum ergo utramque operationem Deo processionem attribuimus : secundum quidem primum operationis genus dicimus divinam sapientiam aut bonitatem in creaturas procedere, ut Dionysius dicit, IX cap. de divin. Nomin. : et etiam quod creaturae procedunt a Deo. Secundum vero aliud operationis genus dicimus in divinis processionem verbi et amoris ; et haec est processio personae Filii a Patre, qui est Verbum ipsius, et Spiritus sancti, qui est amor eius et spiramen vivificum. Unde Athanasius in quodam sermone Nicaeni Concilii [in epistula contra eos qui dicunt Spiritum sanctum esse creaturam] dicit, quod Ariani ponentes Filium et Spiritum sanctum non esse coessentiales patri, per consequens videbantur dicere Deum non viventem et intelligentem, sed mortuum et sine mente.

Donc nous attribuons la procession ˆ Dieu selon lÕune et lÕautre opŽrations. Selon le premier genre, nous disons que la sagesse ou la bontŽ divines proc�dent dans les crŽatures, comme Denys le dit (Les Noms divins, 9) et aussi que les crŽatures proc�dent de Dieu. Mais, selon l'autre genre d'opŽration, nous parlons en Dieu de la procession du verbe et de l'amour, et c'est celle de la personne du Fils ˆ partir du P�re, qui est son Verbe, et celle de l'Esprit saint qui est son amour et le souffle vivificateur. C'est pourquoi Athanase, dans un sermon du Concile de NicŽe (dans la lettre contre ceux qui disent que l'Esprit saint est une crŽature), dit que les Ariens pensant que le Fils et l'Esprit saint n'Žtaient pas coessentiels au P�re, paraissaient par consŽquent dire que Dieu n'Žtait ni vivant ni intelligent, mais mort et sans esprit

 

Solutions :

q. 10 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod obiectio illa procedit de processione quae attenditur secundum operationem in aliquid extrinsecum transeuntem. Sic autem non procedunt divinae personae, sed magis per modum processionis quae attenditur secundum operationem in operante manentem ; quod enim sic procedit non distat ab eo a quo procedit ; sicut etiam humanum verbum est in intellectu loquentis, non distans ab eo.

 1. Cette objection provient de la processions qui concerne l'opŽration qui passe dans quelque chose d'extŽrieur. Mais ce n'est pas ainsi que les personnes divines proc�dent, mais plut™t ˆ la mani�re de la procession qui sÕŽtend ˆ l'opŽration qui demeure dans celui qui op�re ; car ce qui proc�de ainsi n'est pas ŽloignŽ de ce dont il proc�de ; ainsi le verbe humain est dans l'intellect de celui qui parle, sans �tre ŽloignŽ de lui.

q. 10 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod processio prout significat motum localem, non ponitur in divinis personis, sed secundum quod importat quemdam emanationis ordinem.

 2. Dans la mesure o� elle signifie le mouvement local, la procession n'est pas Žtablie dans les personnes divines, mais selon qu'elle apporte un certain ordre d'Žmanation.

q. 10 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in processione quae est motus localis, necesse est quod procedens processioni praeintelligatur, cum sit eius subiectum ; sed in processione quae importat originis ordinem procedens se habet ad processionem ut terminus. Unde si procedens sit ex materia et forma compositum, et per viam generationis in esse productum, materia quidem praeexistit processioni ut subiectum, forma vero vel etiam compositum, sequitur secundum intellectum ad processionem ut terminus ; sicut cum ignis ab igne per generationem procedit. Cum vero id quod procedit, non est compositum, sed forma tantum, vel etiam per creationem in esse eductum,- cuius terminus est tota rei substantia,- tunc nullo modo procedens praeintelligitur processioni, sed e converso ; sicut creatura non praeintelligitur creationi, nec splendor processioni ipsius a sole, nec verbum processioni eius a dicente ; et similiter nec verbum processioni eius a Patre.

 3. Dans la procession qui est un mouvement local, il est nŽcessaire que ce qui proc�de soit prŽcon�u ˆ la procession, puisqu'il est son substrat, mais dans la procession qui apporte un rapport ˆ l'origine, ce qui proc�de se comporte comme le terme. C'est pourquoi si ce qui proc�de est composŽ de mati�re et de forme, et a ŽtŽ amenŽ ˆ l'�tre par voie de gŽnŽration, la mati�re prŽexiste ˆ la procession comme substrat, mais la forme ou aussi le composŽ arrive selon le concept ˆ la procession comme ˆ son terme ; comme quand le feu proc�de du feu par gŽnŽration. Mais quand ce qui proc�de n'est pas composŽ, mais est une forme seulement, ou encore est amenŽ ˆ lÕ�tre par crŽation,Ñ dont le terme est toute la substance de la chose Ñ alors ce qui proc�de nÕest con�u en aucune mani�re avant la procession, mais cÕest le contraire ; ainsi la crŽature n'est pas con�ue avant la crŽation, ni la splendeur ˆ sa procession du soleil, ni le verbe avant la procession de celui qui l'Žnonce et semblablement ni le Verbe avant sa procession du P�re.

q. 10 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod secundum processionem quae importat originis ordinem, potest aliquid procedere ut in se subsistens, non relatum ad aliud ; quamvis secundum processionem localem procedat aliquid, non ut simpliciter in se subsistat, sed ut sit in loco. Talis autem processio non est in divinis personis.

 4. Selon la procession qui apporte un rapport ˆ  l'origine, quelque chose peut procŽder comme subsistant en soi, et sans rapport ˆ autre chose, quoique quelque chose proc�de selon la procession locale, non pour subsister simplement en soi, mais pour �tre en un lieu. Mais une telle procession n'est pas dans les personnes divines.

q. 10 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod in intellectualibus substantiis, quae sunt nobilissimae creaturae, est etiam processio secundum operationem intellectus et voluntatis ; et quantum ad hoc invenitur in eis increatae Trinitatis imago. Sed verbum et amor in eis non sunt personae subsistentes : earum enim intelligere et velle non est ipsarum substantia, sed hoc proprium Dei est ; unde verbum et amor procedunt in Deo ut personae subsistentes, non autem in intellectualibus creaturis.

 5. Dans les substances intellectuelles, qui sont les crŽatures les plus nobles, il y a aussi une procession selon l'opŽration de l'intellect et de la volontŽ ; et c'est en cela qu'on trouve en elles l'image de la TrinitŽ incrŽŽe. Mais le verbe et l'amour ne sont pas en elles des personnes subsistantes ; car leur intellection et leur volontŽ ne sont pas leur substance, mais cÕest le propre de Dieu ; c'est pourquoi le verbe et l'amour proc�dent en Dieu comme personnes subsistantes, mais non pas dans les crŽatures intellectuelles.

q. 10 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod habere originem ab aliquo quod sit in essentia diversum, derogat dignitati divinae : hoc enim est proprium creaturae ; sed habere originem ab aliquo coessentiali, magis ad perfectionem divinam pertinet. Non enim esset in divinitate perfectio, nisi esset ibi intelligere et velle in actu. Quibus positis necesse est poni verbi et amoris processionem.

 6. Tirer une origine de quelque chose qui est diffŽrent en essence dŽroge ˆ la dignitŽ divine ; car cÕest le propre de la crŽature ; mais avoir une origine de quelqu'un de coessentiel, convient mieux ˆ la perfection divine. Car il n'y aurait pas de perfection en Dieu, s'il n'y avait pas d'intellection et de vouloir en acte. Ceux-ci Žtablis, il est nŽcessaire de placer la procession du verbe et de l'amour.

q. 10 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet accipere, in quantum huiusmodi, perfectionem non dicat, tamen ex parte eius a quo accipitur, perfectionem importat, et praecipue in divinis personis, quae accipiunt plenitudinem deitatis.

 7. Bien que recevoir, en tant que tel, n'indique pas une perfection, cependant du c™tŽ de ce qui est re�u, cela apporte une perfection, et principalement dans les personnes divines qui re�oivent la plŽnitude de la divinitŽ.

q. 10 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod Latini doctores raro vel nunquam ad significandum originem divinarum personarum, nomine causae utuntur : tum quia causae apud nos respondet effectus,- unde ne cogamur Filium vel Spiritum sanctum factos dicere, Patrem non dicimus causam eorum,- tum quia apud nos nomen causae significat aliquid in essentia diversum ; dicimus enim causam ad quam sequitur aliud ; tum etiam quia apud gentiles philosophos nomen causae dictum de Deo, habitudinem ipsius ad creaturas designat. Dicunt enim Deum esse primam causam, et creaturas esse eius causata. Unde ne aliquis Filium et Spiritum sanctum inter creaturas secundum essentiam a Deo diversas suspicetur esse ponendas, nomen causae refugimus in divinis. Graeci tamen absolutius in divinis utuntur nomine causae, ex ipso solam originem significantes ; et ideo in divinis personis utuntur nomine causae. Aliquid enim inconvenienter in lingua Latina dicitur quod propter proprietatem idiomatis convenienter in lingua Graeca dici potest. Non autem oportet si nomen causae confitemur in divinis secundum Graecos, quod eodem modo accipiatur sicut cum de creaturis dicitur, prout in quatuor genera secundum philosophos dividitur.

 8. Les docteurs latins, utilisent rarement ou m�me jamais le nom de cause pour signifier l'origine des personnes divines ; dÕune part, parce que l'effet ne rŽpond pas ˆ la cause pour nous Ñ c'est pourquoi pour ne pas �tre forcŽs de dire que le Fils ou le Saint Esprit ont ŽtŽ faits, nous ne disons pas que le P�re est leur cause, - dÕautre part, parce que, pour nous, le nom de cause signifie quelque chose de diffŽrent dans l'essence ; car nous parlons de la cause pour ce dÕo� dŽcoule une autre chose ; enfin aussi, parce que chez les philosophes pa•ens le nom de cause employŽ pour Dieu dŽsigne sa relation aux crŽatures. Car ils disent que Dieu est la cause premi�re et que les crŽatures sont ses effets. C'est pourquoi pour que personne ne soup�onne qu'on place le Fils et l'Esprit saint parmi les crŽatures de Dieu diffŽrentes en l'essence, nous refusons le nom de cause en Dieu. Cependant les Grecs usent du nom de cause de fa�on plus absolue, en signifiant sa seule origine ; et c'est pourquoi pour les personnes divines, ils se servent de ce nom de cause. Car on dit quelque chose de mani�re inconvenante en latin, qui ˆ cause de la propriŽtŽ de la langue peut �tre dit convenablement en grec. Mais, il ne faut pas, si nous utilisons le nom de cause en Dieu, selon les Grecs, qu'il soit re�u de la m�me mani�re dont on parle des crŽatures, selon que la cause est divisŽe en quatre genres par les philosophes.

q. 10 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod inter omnia ad originem spectantia magis convenit in divinis hoc nomen principium. Quia enim divina comprehendi a nobis non possunt, convenientius a nobis significantur per nomina communia quae indefinite aliquid significant, quam per nomina specialia, quae definite rei species exprimunt ; unde hoc nomen qui est, quod secundum Damascenum significat substantiae pelagus infinitum, convenientissimum nomen dicitur esse, ut patet Exod. III, 14. Sicut autem causa communior est quam elementum, quod significat aliquid primum et simplex in genere causae materialis, ita etiam principium est communius quam causa ; nam prima pars motus vel lineae dicitur principium sed non causa. In quo patet quod principium potest dici aliquid quod non est secundum essentiam distinctum, ut punctum lineae ; non autem causa, maxime si loquamur de causa originante, quae est causa efficiens. Quamvis autem Pater dicatur esse principium Filii et Spiritus sancti, non tamen videtur indifferenter dicendum, quod Filius sit principiatum, vel etiam Spiritus sanctus, licet etiam hoc modo loquendi Graeci utantur, et possit apud sane intelligentes concedi ; tamen ea quae minorationem aliquam importare videntur, refugere debemus, ne Filio vel Spiritui sancto attribuantur, propter Arianorum errorem vitandum ; sicut Hilarius [ in lib. De Trinitate, etsi concedat Patrem esse maiorem Filio propter auctoritatem originis, non tamen concedit quod Filius sit minor Patre cui est aequale esse donatum a Patre. Et similiter non est extendendum nomen subauctoritatis vel principiati in Filio, licet nomen auctoritatis, vel principii concedatur in Patre.

 9. Pour tout ce qui concerne l'origine, le nom de principe convient plus en Dieu. En effet, parce que nous ne pouvons pas comprendre ce qui concerne Dieu, on le signifie par des noms communs qui ont une signification indŽfinie plus convenablement que par les noms spŽciaux qui expriment l'esp�ce de mani�re dŽfinie ; c'est pourquoi ce nom "qui est" , qui, selon Jean Damasc�ne, signifie une mer infinie de substance, est considŽrŽ comme le nom qui convient le mieux, comme on le voit dans Ex. 3, 14[1004]. De m�me que la cause est plus commune que l'ŽlŽment qui signifie quelque chose de premier et de simple, dans le genre de la cause matŽrielle, de m�me le principe est plus commun que la cause ; car la premi�re partie du mouvement ou de la ligne est appelŽe principe mais non pas cause. En quoi il appara”t quÕon peut dire que le principe est quelque chose de distinct en l'essence, comme le point de la ligne ; mais non pas la cause, surtout si nous parlons de la cause d'origine quÕest la cause efficiente. Mais quoiqu'on dise que le P�re est le principe du Fils et de l'Esprit saint, cependant il ne semble pas qu'on doive dire indiffŽremment que le Fils ou aussi l'Esprit saint dŽpendent dÕun principe, bien que les Grecs utilisent cette mani�re de parler, et on pourrait lÕaccepter de ceux qui pensent juste ; par contre nous devons refuser ce qui semble apporter une diminution, pour ne pas l'attribuer au Fils ou ˆ l'Esprit saint, pour Žviter l'erreur des Ariens ; selon Hilaire (la TrinitŽ, 7), m�me s'il conc�de que le P�re est plus grand que le Fils ˆ cause de l'autoritŽ d'origine, il ne conc�de cependant pas que le Fils soit plus petit que le P�re[1005], lui en qui un �tre Žgal a ŽtŽ donnŽ par le P�re. Et de la m�me mani�re, il ne faut pas Žtendre au Fils le nom de soumission ou de dŽpendance ˆ un principe, bien que le nom d'autoritŽ ou de principe soit concŽdŽ au P�re.

q. 2 a. 1 ad 10 Ad decimum dicendum, quod Filius Dei non se habet ad potentiam generativam sicut effectus, cum eum genitum, non factum confiteamur. Si tamen esset effectus, potentia generantis non finiretur ad ipsum, quamvis alius generari Filus non possit, quia ipse infinitus est. Quod autem alius Filus in divinis esse non potest, contingit, quia ipsa filiatio est proprietas personalis ipsius ; et hoc quo, ut ita dicam, individuatur. Cuilibet autem individuo principia individuantia sunt soli sibi ; alias sequeretur quod persona vel individuum esset communicabile ratione.

 10. Le Fils de Dieu ne se comporte pas vis-ˆ-vis de la puissance gŽnŽrative comme un effet, puisque nous confessons quÕil est engendrŽ et non crŽŽ. Si cependant il Žtait un effet, la puissance de celui qui engendre ne se terminerait pas ˆ lui quoiqu'un autre fils ne puisse �tre engendrŽ, puisquÕil est lui-m�me infini. Mais le fait quÕun autre fils ne puisse pas exister en Dieu, arrive parce que la filiation m�me est sa propriŽtŽ personnelle et ce par quoi il est personalisŽ pour ainsi dire. Pour nÕimporte quel individu les principes qui individualisent sont pour lui seul ; autrement il sÕensuivrait que la personne ou lÕindividu serait communicable en raison.

q. 2 a. 1 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod verbum illud Avicennae intelligendum est, quando id quod recipitur ab alio, non idem numero est in recipiente et dante, sicut accidit in creaturis respectu Dei. Unde omne receptum in creatura, est quasi unitas respectu esse divini : quia creatura non potest esse recipere secundum illam perfectionem quae in Deo est. Sed Filius in divinis accipit a Patre eamdem naturam numero quam Pater habet : et ideo non procedit.

 11. Il faut comprendre que ce mot dÕAvicenne sÕapplique quand ce qui est re�u dÕun autre nÕest pas identique en nombre dans celui qui re�oit et celui qui donne, comme cela arrive pour les crŽatures par rapport ˆ Dieu. C'est pourquoi tout ce qui est re�u dans la crŽature est comme une unitŽ par rapport ˆ lÕ�tre divin ; parce que la crŽature ne peut pas recevoir lÕ�tre selon cette perfection qui est en Dieu. Mais le Fils re�oit du P�re une nature identique en nombre ˆ celle du P�re ; et cÕest pourquoi, cette objection n'est pas valable.

q. 10 a. 1 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod non omne est aliquid commune patri, scilicet essentia ; et aliquid per quod a Patre distinguitur, scilicet relatio. Non tamen est ibi compositio, quia relatio est secundum rem essentia, sicut ex superioribus disputationibus patet.

 12. Tout nÕest pas commun avec P�re, comme l'essence ; il y a quelque chose par quoi il est ditinguŽ du P�re ˆ savoir la relation. Cependant il n'y a pas composition, parce que la relation est rŽellement l'essence, comme cela para”t dans les discussions ci-dessus (qu. 8, a. 2).

q. 10 a. 1 ad 13 Ad decimumtertium dicendum quod recipiens, antequam recipiat, indiget,- ad hoc enim accipit, ut indigentiam repleat,- sed postquam iam acceperit non indiget, habet enim quo indigebat. Si ergo aliquid est quod receptioni non praeexistit, sed semper est in recepisse, hoc nullo modo est indigens. Filius autem non sic accipit a Patre quasi prius non habens et postea accipiens ; sed quia hoc ipsum quod est, habet a Patre. Unde non sequitur quod sit indigens.

 13. Ce qui re�oit, avant de recevoir en Žprouve le besoin Ñ car il re�oit cela pour combler son manque, Ñ mais apr�s qu'il a re�u il n'en a plus besoin, car il a ce qui lui manquait. Donc s'il y a quelque chose qui ne prŽexiste pas ˆ la rŽception, mais est toujours comme ayant re�u, il nÕen Žprouve le besoin en aucune mani�re. Mais le Fils ne re�oit pas du P�re, comme sÕil nÕavait pas auparavant, et recevait ensuite ; mais parce que ce quÕil est, il le tient du P�re. C'est pourquoi il n'en dŽcoule pas qu'il en a besoin.

q. 10 a. 1 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod creatura accipit a Deo esse quoddam, quod non esset permanens, nisi divinitus conservaretur ; et ideo etiam postquam esse accepit, indiget divina operatione ut conservetur in esse, et sic est naturae indigentis. Filius autem accipit a Patre idem numero esse et eamdem naturam numero quam Pater habet ; unde non est naturae indigentis.

 14. La crŽature re�oit de Dieu un �tre, qui ne serait pas permanent s'il n'Žtait divinement conservŽ et c'est pourquoi m�me apr�s qu'elle l'a re�u, elle a besoin de l'opŽration divine pour �tre conservŽe ˆ l'�tre, et ainsi elle est d'une nature qui est dans le besoin. Mais le Fils re�oit du P�re le m�me �tre en nombre, la m�me nature en nombre[1006], que le P�re ; c'est pourquoi il n'est pas d'une nature dans le besoin.

q. 10 a. 1 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod Filius in se consideratur secundum illud quod absolute habet, quod est Patris essentia ; et secundum hoc non est nihil, sed unum cum Patre. Secundum vero quod refertur ad Patrem, consideratur ut recipiens esse a Patre : unde nec sic etiam est nihil ; et ita nullo modo Filius est nihil. Esset autem in se consideratus nihil, si esset in eo aliquid absolutum distinctum a Patre, sicut est in creaturis.

 15. Le Fils est considŽrŽ en soi, selon ce qu'il a dans lÕabsolu, qui est l'essence du P�re, et selon cela il n'est pas nŽant, mais un avec le P�re. Mais pour ce qui se rapporte au P�re, il est considŽrŽ comme recevant lÕ�tre de lui ; c'est pourquoi ainsi non plus il n'est pas nŽant, et ainsi en aucune mani�re le Fils nÕest nŽant. Mais il le serait, considŽrŽ en soi, s'il y avait en lui quelque chose d'absolu distinct du P�re, comme dans les crŽatures.

q. 10 a. 1 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod Filius ad hoc procedit ut sit ; sed processio eius est aeterna, sicut processio splendoris a sole est ei coaeva ; et propter hoc etiam Filius est aeternus.

 16. Le Fils proc�de pour �tre, mais sa procession est Žternelle, comme la procession de la splendeur du soleil lui est contemporaine. Et c'est pour cela que le Fils est Žternel.

q. 10 a. 1 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod auctoritas in Patre non est aliud quam relatio principii. Secundum relationem autem non dicitur aliquid aequale vel inaequale, sed secundum quantitatem, ut Augustinus dicit [lib. VI de Trinitate, caP. IV et lib. V, cap. VI] et propter hoc Filius non est inaequalis Patri.

 17. L'autoritŽ dans le P�re n'est pas autre chose qu'une relation de principe. Mais pour la relation, on ne parle pas dÕŽgalitŽ ou dÕinŽgalitŽ, mais on en parle selon la quantitŽ[1007], comme Augustin le dit (La TrinitŽ, VI, III, 5) et ˆ cause de cela le Fils n'est pas inŽgal au P�re.

 

 

 

Article 2 Ð En Dieu n'y a-t-il qu'une seule procession ou plusieurs ?

q. 10 a. 2tit. 1 Secundo quaeritur utrum in divinis sit una tantum processio vel plures.  Et videtur quod sit una tantum.

  Il semble qu'il n'y en a qu'une seulement[1008].

 

Objections :

q. 10 a. 2arg. 1 Dicit enim Boetius in libro de Trinitate, quod processio in Deo est substantialis. Substantialia autem non multiplicantur in divinis. Ergo processiones in divinis non sunt plures.

1. Car Bo�ce dit (La TrinitŽ) que la procession en Dieu est selon la substance. Mais ce qui est substantiel n'est pas multipliŽ en lui. Donc il nÕy a pas plusieurs processions.

q. 10 a. 2arg. 2 Sed dicendum, quod processiones in divinis non distinguuntur per distinctionem substantiae, quae secundum processionem communicatur, ratione cuius processiones substantiales dicuntur ; sed distinguuntur seipsis.- Sed contra, quaecumque ab invicem distinguuntur, vel distinguuntur per divisionem materiae, sicut individua eiusdem speciei ; vel formaliter, sicut ea quae differunt vel genere vel specie. Processione autem non distinguuntur in divinis ad modum eorum quae materialiter distinguuntur, cum Deus sit omnino immaterialis. Relinquitur ergo quod omnis distinctio quae est in divinis, sit ad modum eorum quae formaliter distinguuntur. Omnis autem formalis distinctio est per aliquam oppositionem, et maxime eorum quae sunt unius generis : nam genus dividitur contrariis differentiis, per quas species distinguuntur, ut dicitur in X Metaph.[com. 25]. Oportet ergo, si processiones distinguantur in divinis, quod hoc sit ratione alicuius oppositionis. Processiones autem et actiones et motus non habent oppositionem ad invicem nisi ratione principiorum vel ratione terminorum, sicut patet de calefactione et infrigidatione, ascensu et descensu. Ergo impossibile est quod processiones in divinis distinguantur seipsis : sed si distinguuntur, oportet quod distinguantur ex parte principii processionis, vel ex parte termini, id est personae ad quam processio terminatur.

2. Mais il faut dire que les processions en Dieu ne se distinguent pas par la substance, qui est communiquŽe selon la procession, pour la raison que les processions sont appelŽes  substantielles ; mais elles se distinguent d'elles-m�mes Ñ Mais en sens contraire, tout ce qui se distingue l'un de l'autre se distingue par la division de la mati�re, comme les individus d'une m�me esp�ce, ou formellement, comme ce qui diff�re en genre ou en esp�ce. Mais les processions ne se distinguent pas en Dieu ˆ la mani�re de ce qui est distinguŽ par la mati�re, puisque Dieu est tout ˆ fait immatŽriel. Il reste donc quÕen lui toute distinction serait ˆ la mani�re de ce qui se distingue par la forme. Mais toute distinction formelle se fait par une opposition et surtout pour ce qui est d'un seul genre ; car le genre est divisŽ par des diffŽrences contraires, par lesquelles les esp�ces se distinguent, comme il est dit en MŽtaphysique X, 8, 1058 a 28[1009]. Il faut donc, si les processions se distinguent en Dieu, que ce soit en raison d'une opposition entre elles. Mais les processions, les actions et les mouvements nÕont dÕoppositions entre eux, quÕen raison des principes ou en raison des termes, comme cela appara”t pour le rŽchauffement ou le refroidissement, la montŽe ou la descente. Donc il est impossible que les processions en Dieu se distinguent par elles-m�mes, mais si elles se distinguent, il faut qu'elles le soient du c™tŽ du principe de la procession, ou du c™tŽ du terme, c'est-ˆ-dire de la personne ˆ laquelle la procession se termine.

q. 10 a. 2arg. 3 Praeterea, ea quae possunt simul esse, non sunt distinctiva aliquorum : sicut album et dulce non sunt distinctiva duorum substantivorum, quia possunt eidem inesse ; ex hoc enim unumquodque ab altero distinguitur quod unum eorum alterum esse non potest. Quod aliqua autem non possint esse simul, hoc contingit ex natura alicuius oppositionis ; ea enim dicuntur esse opposita quae simul esse non possunt. Nihil igitur distinguitur ab altero nisi ratione alicuius oppositionis ; nam et in divisione quae est secundum materiam, attenditur oppositio secundum situm, cum eadem divisio sit secundum quantitatem. Si ergo oppositio processionum esse non potest nisi ratione terminorum vel principiorum, ut dictum est, impossibile est quod processiones distinguantur seipsis.

3 Ce qui peut �tre ensemble nÕapporte pas de distinction ; comme la blancheur et la douceur nÕapportent pas de distinction entre deux substances ( ? ?), parce qu'elles peuvent �tre dans une m�me rŽalitŽ, car l'une se distingue de l'autre, parce que l'une ne peut pas �tre lÕautre. Que certains ne puissent pas �tre ensemble, cela arrive en raison d'une opposition ; car on dit que les opposŽs ne peuvent pas �tre ensemble. Donc une chose ne se distingue dÕune autre quÕen raison dÕune opposition, car dans la division dÕapr�s la mati�re, une opposition est atteinte suivant le lieu, puisque c'est la m�me division pour la quantitŽ. Si donc l'opposition des processions ne peut exister qu'en raison des termes ou des principes, comme on l'a dit, il est impossible que les processions se distinguent d'elles-m�mes.

q. 10 a. 2arg. 4 Sed dicendum, quod processiones distinguuntur in divinis ex eo quod una est per modum naturae, scilicet processio Filii, et altera per modum voluntatis, scilicet processio Spiritus sancti.- Sed contra, quod procedit naturaliter, procedit per modum naturae. Spiritus sanctus autem procedit a Patre naturaliter : dicit enim Athanasius [in epist., contra illos qui Spiritum sanctum dicunt creaturam, incipit : Litterae tui, sansctissime.] quod est naturalis Spiritus Patris. Ergo procedit per modum naturae.

4. Mais il faut dire que les processions se distinguent en Dieu parce que l'une est par mode de nature, ˆ savoir la procession du Fils, l'autre par mode de volontŽ, ˆ savoir celle de l'Esprit saint. Ñ En sens contraire, ce qui proc�de naturellement proc�de par mode de nature. L'Esprit saint proc�de du P�re naturellement. Car Athanase dit (Lettre contre ceux qui disent que l'Esprit saint est une crŽature et qui commence : Ta lettre, tr�s saintÉ) qu'il est l'Esprit naturel du P�re. Donc il proc�de par mode de nature.

q. 10 a. 2arg. 5 Praeterea, voluntas libera est. Quod ergo procedit per modum voluntatis procedit per modum libertatis. Si ergo Spiritus sanctus procedit per modum voluntatis, oportet quod procedat per modum libertatis. Quod autem procedit per modum libertatis, potest procedere et non procedere, et in tantum vel non in tantum procedere ; quia quae libere fiunt, non sunt determinata ad unum, ergo Pater potuit producere Spiritum sanctum vel non producere, et dare ei quamcumque mensuram magnitudinis vellet. Sequitur ergo quod Spiritus sanctus sit ens possibile, et non ens per se necesse esse : et sic non erit divinae naturae ; quod est haeresis Macedonianae.

5. La volontŽ est libre. Donc ce qui proc�de par mode de volontŽ proc�de par mode de libertŽ. Si donc lÕEsprit saint proc�de par mode de volontŽ, il faut quÕil proc�de par mode de libertŽ. Mais ce qui proc�de ainsi, peut procŽder ou ne pas procŽder ; et procŽder dans telle mesure ou pas ; parce que ce qui se fait librement nÕest pas limitŽ ˆ un seul effet, donc le P�re a pu produire lÕEsprit saint ou ne pas le produire, et lui donner nÕimporte quelle grandeur quÕil voulait. Il en dŽcoule donc que lÕEsprit saint est un Žtant possible et non un Žtant qui est nŽcessairement par soi ; et ainsi il ne sera pas de nature divine ; ce qui est lÕhŽrŽsie de MacŽdonius.

q. 10 a. 2arg. 6 Praeterea, Hilarius dicit [in libro de Synodis], differentiam assignans inter creaturas et Filium, quod omnibus creaturis substantiam Dei voluntas attulit, Filius autem naturali nativitate substantiam a Patre accepit. Si ergo Spiritus sanctus procedit per modum voluntatis, sequitur quod procedit sicut creatura.

6. Hilaire dit (dans le livre des Synodes), assignant une diffŽrence entre les crŽatures et le Fils, que la volontŽ de Dieu apporte ˆ toutes crŽatures la substance, mais le Fils re�oit la sienne du P�re par une naissance naturelle. Si donc lÕEsprit saint proc�de par mode de volontŽ, il en dŽcoule quÕil proc�de comme les crŽatures.

q. 10 a. 2arg. 7 Praeterea, natura et voluntas in Deo non differunt nisi secundum rationem. Si ergo processio Filii et Spiritus sancti distinguantur ex eo quod una est per modum naturae, altera vero per modum voluntatis, sequitur quod processio Filii et Spiritus sancti non differant nisi ratione tantum ; et ita Filius et Spiritus sanctus personaliter non distinguuntur.

7. La nature et la volontŽ en Dieu ne diff�rent quÕen raison. Si donc la procession du Fils et celle de lÕEsprit saint sont distinguŽes par le fait que lÕune est par mode de nature, lÕautre par mode de volontŽ, il en dŽcoule que la procession du Fils et celle de lÕEsprit saint ne diff�rent quÕen raison seulement, et ainsi le Fils et lÕEsprit saint ne sont pas distinguŽs personnellement.

q. 10 a. 2arg. 8 Sed dicendum quod vis spirativa et generativa in Patre differunt ratione tantum, et tamen haec est distinctio realis in Filio et spiritu sancto ; et similiter natura et voluntas possunt realem distinctionem in processionibus et procedentibus constituere, licet differant ratione tantum.- Sed contra, Filius et Spiritus sanctus distinguuntur per ea quae in eis sunt. Vis autem generativa non est in Filio, nec spirativa in spiritu sancto. Ergo per haec Filius et Spiritus sanctus non distinguuntur.

8. Mais il faut dire que la puissance de spiration et la puissance gŽnŽrative dans le P�re diffŽrent en raison seulement et cependant cÕest une distinction rŽelle dans le Fils et lÕEsprit saint ; et de la m�me mani�re, la nature et la volontŽ peuvent constituer une distinction rŽelle dans les processions et dans ce qui proc�de, bien quÕils diff�rent en raison seulement.Ñ En sens contraire, le Fils et lÕEsprit saint se distinguent par ce qui est en eux. Mais la puissance gŽnŽrative nÕest pas dans le Fils, ni la puissance de spiration dans lÕEsprit saint. Donc ce nÕest pas cela qui distingue le Fils et lÕEsprit saint.

q. 10 a. 2arg. 9 Praeterea, ex hoc ostenditur quod generatio, quae est processio per modum naturae, est in divinis, quod eius similitudo creaturae communicatur, ut patet Is., LXVI, 9 :Numquid ego qui (...) generationem aliis tribuo sterilis ero ? Processio autem quae est per modum voluntatis non communicatur creaturae, non enim invenitur in creaturis aliquid quod naturam accipiat nisi per modum generationis. Non est ergo aliqua processio in divinis personis per modum voluntatis.

9. Par lˆ, on montre que la gŽnŽration, qui est une procession par mode de nature, est en Dieu, parce que sa ressemblance est communiquŽe ˆ la crŽature, comme cela para”t en Is. 66, 9 : ÇEst-ce que moi quiÉ accorde la gŽnŽration aux autre, je serai stŽrile ?È Mais la procession qui est par mode de volontŽ nÕest pas communiquŽe aux crŽatures, car on ne trouve rien en elles qui re�oit la nature sinon par mode de gŽnŽration. Donc il nÕy a pas de procession dans les personnes divines par mode de volontŽ.

q. 10 a. 2arg. 10 Praeterea, modus aliquid adiicit rei et per consequens compositionem facit ; et multo magis, si sit modorum pluralitas. Sed in divinis est omnimoda simplicitas. Ergo non est ibi modorum pluralitas, ut possit dici, quod Filius procedit uno modo, scilicet per modum naturae, et Spiritus sanctus alio modo, scilicet per modum voluntatis.

10. Une modalitŽ est un ajout et par consŽquent produit une composition, et beaucoup plus, sÕil y a pluralitŽ de modalitŽs. Mais en Dieu il y a la simplicitŽ de toutes les mani�res. Donc il nÕy a pas pluralitŽ de modalitŽs, pour quÕon puisse dire que le Fils proc�de dÕune mani�re, ˆ savoir celui de la nature, et lÕEsprit saint dÕune autre, ˆ savoir celui de la volontŽ.

q. 10 a. 2arg. 11 Praeterea, in divinis voluntas non plus differt a natura quam intellectus. Sed non est alia processio in divinis per modum intellectus ab ea quae est per modum naturae. Ergo etiam non est alia processio quae est per modum voluntatis, ab ea quae est per modum naturae.

11. En Dieu la volontŽ ne diff�re pas plus de la nature que lÕintellect. Mais il nÕy a dÕautre procession par mode dÕesprit que celle qui est par mode de nature. Donc il nÕy a pas dÕautre procession qui est par mode de volontŽ que celle qui est par mode de nature.

q. 10 a. 2arg. 12 Sed dicendum, quod processio Spiritus sancti differt a processione Filii, ex eo quod processio Filii est a non procedente tantum, scilicet a Patre ; processio autem Spiritus sancti est a non procedente et procedente, et simul, scilicet a Patre et Filio.- Sed contra, si ponantur duae processiones in divinis, oportet quod differant numero tantum aut specie. Si numero tantum, sequitur quod utraque processio debeat dici generatio vel nativitas, et uterque procedens debeat dici Filius ; si autem differant specie, oportet quod natura per processionem communicata specie differat : sic enim specie differt processio hominis et equi a suo principio, non autem processio Socratis et Platonis. Cum ergo una tantum sit natura divina, non possunt esse plures processiones specie differentes, per hoc quod una est a procedente, alia vero non.

12. Mais il faut dire que la procession de lÕEsprit saint diff�re de celle du Fils, par le fait que celle du Fils est seulement par quelquÕun qui ne proc�de pas, ˆ savoir par le P�re ; mais la procession de lÕEsprit saint est par lÕun qui ne proc�de pas et lÕautre qui proc�de, en m�me temps, ˆ savoir par le P�re et le Fils. Ñ En sens contraire, si on place deux processions en Dieu, il faut quÕelles diff�rent en nombre seulement ou en esp�ce. Si cÕest en nombre seulement, il en dŽcoule que lÕune et lÕautre processions doivent �tre appelŽes gŽnŽration ou naissance, et lÕun et lÕautre qui proc�dent doivent �tre appelŽ fils, mais si elles diff�rent en esp�ce, il faut que la nature communiquŽe par la procession diff�re en esp�ce : car ainsi la ÔprocessionÕ de lÕhomme et du cheval diff�re en esp�ce par son principe, mais pas celle de Socrate et de Platon. Donc comme la nature divine est une seulement, il nÕest pas possible quÕil y ait plusieurs processions diffŽrentes en esp�ces, par le fait que lÕune vient de celui qui proc�de et lÕautre non.

q. 10 a. 2arg. 13 Praeterea, Filius et Spiritus sanctus non distinguuntur ad modum eorum quae specie differunt in creaturis : sunt enim unius naturae hypostases. Processiones autem quibus procedunt aliqua quae sunt specie unum, numero vero differentia, non differunt secundum speciem, sicut generatio Socratis et generatio Platonis. Ergo processio Filii et processio Spiritus sancti non sunt distinctae processiones secundum speciem.

13. Le Fils et lÕEsprit saint ne se distinguent pas ˆ la mani�re de ceux qui dans les crŽatures diff�rent en esp�ce ; car les hypostases sont dÕune seule nature. Les processions par lesquelles proc�dent ce qui est un en esp�ce, mais diffŽrent en nombre, ne diff�rent pas en esp�ce, comme la gŽnŽration de Socrate et celle de Platon. Donc la procession du Fils et celle de lÕEsprit saint ne sont pas des processions diffŽrentes en esp�ce.

q. 10 a. 2arg. 14 Praeterea, sicut aliquid potest esse procedens a procedente, ita potest esse aliquis natus a nato, ut patet in hominibus, in quibus qui nascitur ab uno habet alium de se natum. Si ergo in divinis sunt duae processiones per hoc quod a procedente alius procedit, pari ratione poterunt esse duae generationes per hoc quod a genito alius generatur.

14. Quelque chose peut procŽder de celui qui proc�de, de m�me il peut y avoir quelquÕun nŽ de quelquÕun qui est nŽ, comme on le voit chez les hommes, en qui celui qui na”t de lÕun a un autre nŽ de lui. Donc si en Dieu il y a deux processions par le fait quÕun autre proc�de de celui qui proc�de, ˆ raison Žgale, il pourra y avoir deux gŽnŽrations par le fait quÕun autre est engendrŽ par celui qui est engender.

q. 10 a. 2arg. 15 Praeterea, si processio Spiritus sancti distinguitur a processione Filii per hoc quod Spiritus sanctus procedit a non procedente et procedente, id est a Patre et Filio, aut procedit ab eis in quantum sunt unum, aut in quantum sunt plures. Si in quantum sunt plures sequitur quod Spiritus sanctus sit compositus : nam processio unius simplicis non potest esse nisi ab uno sicut a principio. Si autem procedit ab eis in quantum sunt unum, nihil differt quod procedit a pluribus, aut quod procedit ab uno solo. Non ergo potest processio Spiritus sancti distingui a processione Filii per hoc quod Filius procedit ab uno solo, sed Spiritus sanctus a duobus.

15. Si la procession de lÕEsprit saint se distingue de celle du Fils par le fait que lÕEsprit saint proc�de de celui qui ne proc�de pas et de celui qui proc�de, c'est-ˆ-dire du P�re et du Fils, ou bien il proc�de dÕeux en tant quÕils sont un, ou en tant quÕils sont plusieurs. Si cÕest en tant quÕils sont plusieurs, il en dŽcoule que lÕEsprit saint est composŽ ; car la procession dÕun �tre simple ne peut venir que par un seul en tant que principe. Mais sÕil proc�de dÕeux en tant quÕils sont un, il nÕy a aucune diffŽrence quÕil proc�de de plusieurs ou quÕil proc�de dÕun seul. Donc la procession de lÕEsprit saint ne peut pas �tre distinguŽe de celle du Fils par le fait que celui-ci proc�de dÕun seul, mais lÕEsprit saint de deux.

q. 10 a. 2arg. 16 Praeterea, processio condividitur paternitati et filiationi : dicuntur enim tres esse proprietates personales. Sed in divinis est tantum una paternitas et una filiatio. Ergo etiam tantum una processio.

16. La procession est divisŽe en paternitŽ et filiation : car on dit quÕil y a trois propriŽtŽs personnelles[1010]. Mais en Dieu il y a une seule paternitŽ et une seule filiation. Donc aussi une seule procession.

q. 10 a. 2arg. 17 Praeterea, in creaturis non invenitur nisi unus processionis modus per quem communicetur natura, propter quod Commentator dicit [in VII Phys., com. 23], quod non sunt eadem specie animalia quae generantur ex semine, et quae generantur sine semine per putrefactionem. Natura autem divina est una tantum. Ergo non potest communicari nisi per unum modum processionis : non sunt ergo plures processiones in divinis.

17. Dans les crŽatures, on ne trouve qu'un mode de procession, par lequel la nature est communiquŽe ; c'est pourquoi le Commentateur (Physique, VII, com. 23) dit que les animaux qui sont engendrŽs de la semence ne sont pas de la m�me esp�ce que ceux qui le sont sans semence, par putrŽfaction. Mais la nature divine est une seulement. Donc elle ne peut �tre communiquŽe que par un seul mode de procession ; donc il n'y a pas plusieurs processions en Dieu.

q. 10 a. 2arg. 18 Praeterea, Filius procedit a Patre ut splendor, secundum illud Hebr. I, 3 : Qui cum sit splendor gloriae ; et hoc ideo, quia Filius procedit a Patre ut coaeternus ei, sicut splendor a sole vel ab igne. Sed similiter Spiritus sanctus procedit a Patre coaeternus ei. Ergo procedit ab eo eodem modo sicut Filius ; et ita non sunt plures processiones in divinis.

18. Le Fils proc�de du P�re comme splendeur, selon ce mot d'HŽbr. 1, 3 : ÇCelui qui est splendeur de gloireÉÈ ; parce que le Fils proc�de du P�re, et lui est coŽternel comme la splendeur est contemporaine du soleil ou du feu. Mais de la m�me mani�re, l'Esprit saint proc�de du P�re et lui est coŽternel. Donc il proc�de de la m�me mani�re que le Fils, et ainsi il n'y a pas plusieurs processions en Dieu.

q. 10 a. 2arg. 19 Praeterea, processio aeterna divinae personae est ratio et causa temporalis processionis creaturae et eius quod in creatura est. Unde Augustinus super Genesim ad litteram, [libro II, cap. VI], sic exponit illud quod dicit Genes. I : Dixit et factum est ; id est : verbum genuit, in quo erat ut fieret. Filius autem est perfecte ratio et causa productionis creaturae. Non ergo oportet esse aliam processionem divinae personae praeter processionem Filii.

19. La procession Žternelle de la personne divine est la raison et la cause temporelle de la procession de la crŽature et de ce qui est dans la crŽature. C'est pourquoi Augustin (La Gen�se au sens littŽral, II, 6, 14) expose ainsi ce qui est dit en Gn. 1 : ÇIl dit et cela fut faitÈ, c'est-ˆ-dire Çil engendra le Verbe dans lequel il y avait que cela serait fait[1011]È. Mais le Fils est raison et cause parfaites de la production de la crŽature. Donc il ne faut pas qu'il y ait une autre procession de la personne divine en dehors de celle du Fils.

q. 10 a. 2arg. 20 Praeterea, quanto natura est perfectior, tanto per pauciora operatur. Sed natura divina est perfectissima. Cum ergo natura creata una non communicetur nisi per unum modum processionis, nec divina natura communicari poterit nisi per unum processionis modum.

20. Plus la nature est parfaite, plus les moyens par lesquels elle op�re sont petits. Mais la nature divine est absolument parfaite. Donc comme une seule nature crŽŽe n'est communiquŽe que par un mode de procession, la nature divine ne pourra �tre communiquŽe que par une seul mode de procession.

q. 10 a. 2arg. 21 Praeterea, ab uno simplici non potest esse nisi unum. Sed Pater est unum simplex. Ergo ab eo non potest esse nisi processio una ; non sunt ergo processiones plures in divinis.

21. DÕune chose simple ne peut venir qu'une seule chose. Mais le P�re est unique et simple. Donc de lui il ne peut y avoir qu'une procession ; ainsi il n'y a pas plusieurs processions en Dieu.

q. 10 a. 2arg. 22 Praeterea, unumquodque ex hoc generari dicitur quod accipit formam ; nam generatio in rebus creatis est mutatio ad formam. Sed Spiritus sanctus sua processione accipit formam, id est essentiam divinam, de qua dicitur Philipp. II, 6 : Cum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est esse se aequalem Deo. Ergo processio Spiritus sancti est generatio ; et ita non differt a generatione Filii.

22. On dit que chaque chose est engendrŽe du fait qu'elle re�oit sa forme[1012] ; car la gŽnŽration dans les crŽatures est changement pour la forme. Mais l'Esprit saint re�oit la forme, c'est-ˆ-dire l'essence divine, par sa procession, dont il est dit (Phil. 2, 6) : ÇComme il Žtait de forme divine, il n'a pas jugŽ comme une usurpation dÕ�tre Žgal ˆ Dieu[1013]È. Donc la procession de l'Esprit saint est une gŽnŽration, et ainsi elle ne diff�re pas de la gŽnŽration du Fils.

q. 10 a. 2arg. 23 Praeterea, nativitas est via in naturam, sicut ipsum nomen demonstrat. Sed per processionem Spiritus sancti communicatur ei divina natura. Ergo processio Spiritus sancti est nativitas ; non ergo differt a processione Filii ; et ita non sunt duae processiones in divinis.

23. La naissance est un processus naturel, comme le nom m�me le montre. Mais la nature divine est communiquŽe ˆ lÕEsprit saint par une procession. Donc celle-ci est une naissance ; donc elle ne diff�re pas de celle du Fils, et ainsi il nÕy a pas deux processions en Dieu.

q. 10 a. 2arg. 24 Videtur quod sint in divinis plures processiones quam duae. Est enim processio per modum naturae, secundum quam Filius nominatur, et processio per modum intellectus, secundum quod nominatur verbum, et processio per modum voluntatis, secundum quam nominatur in divinis amor procedens. Sunt ergo in divinis tres processiones.

24. (1) Il semble[1014] quÕil y ait plus de deux processions. Car il y a la procession par mode de nature, selon lequel on dŽsigne le Fils, celle par mode dÕintellect selon lequel on lÕappelle le Verbe et celle par mode de volontŽ selon laquelle on dŽsigne lÕamour qui proc�de en Dieu. Donc en Dieu il y a trois processions.

q. 10 a. 2arg. 25 Sed dicendum, quod una et eadem est processio in divinis quae est per modum naturae et quae est per modum intellectus; nam idem est Filius et verbum.- Sed contra, processiones creaturarum exemplatae sunt a processionibus divinarum personarum; unde dicitur Ephes. III, 15, de Deo Patre, quod ex eo omnis Paternitas in caelo et in terra nominatur. Sed in creaturis alia est processio naturae, secundum quam homo generat hominem; et alia processio intellectus, secundum quam intellectus producit verbum. Ergo nec etiam in divinis est una processio quae est per modum intellectus et quae est per modum naturae.

25. (2) Mais il faut dire que c'est une seule et m�me procession en Dieu qui est par mode de nature et qui est par mode d'intellect; car le Fils et le Verbe sont identiques. - En sens contraire, les processions des crŽatures sont les images des processions des personnes divines : c'est pourquoi il est dit en Ep. 3, 15, de Dieu le P�re, que c'est de lui que Çtoute PaternitŽ tire son nom au ciel et sur terreÈ. Mais dans les crŽatures, autre est la procession de nature, et autre celle de l'intellect selon qu'elle produit le verbe. Donc, il n'y a pas non plus en Dieu qu'une procession qui est par mode d'intellect, et une par mode de nature.

q. 10 a. 2arg. 26 Praeterea, secundum Dionysium [II cap. De divin. Nomin.], ad divinam bonitatem pertinet ut procedat. Sed Pater est summe bonus. Ergo procedit. Sunt ergo in divinis tres processiones : una qua procedit Pater, et alia qua procedit Filius, et tertia qua procedit Spiritus sanctus.

26. (3). Selon Denys (Les Noms divins, ch. 2), il convient ˆ la bontŽ divine de procŽder. Mais le P�re est tout ˆ fait bon. Donc il proc�de. Donc il y a en Dieu trois processions : l'une par laquelle proc�de le P�re, l'autre par laquelle proc�de le Fils et la troisi�me par laquelle proc�de l'Esprit saint.

 

En sens contraire :[1015] 

q. 10 a. 2s. c. Sed contra, videtur quod in divinis sint duae tantum processiones. Dicit enim Augustinus in V de Trinit., quod processio Filii, genitura vel nativitas est, processio autem Spiritus sancti, nativitas non est ; utraque tamen ineffabilis est. Sunt ergo in divinis duae tantum differentes processiones.

On voit bien qu'en Dieu il n'y a que deux processions seulement. Car Augustin dit (La TrinitŽ, V) que la procession du Fils est engendrement et naissance, mais celle de l'Esprit saint, n'est pas naissance ; cependant l'une et l'autre sont ineffables. Donc en Dieu il n'y a seulement que deux processions diffŽrentes.

 

RŽponse :

q. 10 a. 2co. Respondeo. Dicendum quod haereticorum instantia coegit antiquos fidei doctores de his quae sunt fidei disputare.

La pression des hŽrŽtiques a forcŽ les anciens docteurs ˆ disserter sur la foi.

A.Ñ Arius enim aestimavit quod esse ab alio, divinae repugnaret naturae ; unde posuit quod Filius et Spiritus sanctus, qui in Scripturis sanctis ab alio esse dicuntur, sint creaturae. Ad cuius erroris destructionem necessarium fuit sanctis patribus manifestare quod non est impossibile esse aliquid procedens a Deo Patre quod sit ei coessentiale, in quantum accipit ab eo eamdem naturam quam Pater habet

A. Car Arius a estimŽ que dŽpendre d'un autre sÕoppose ˆ la nature de Dieu ; c'est pourquoi il a pensŽ que le Fils et l'Esprit saint, dont lÕƒcriture sainte dit quÕils sont dÕun autre, sont des crŽatures. Pour dŽtruire cette erreur il a ŽtŽ nŽcessaire aux saints P�res de montrer qu'il n'est pas impossible que ce qui proc�de de Dieu le P�re lui soit coessentiel, dans la mesure o� cela re�oit de lui la m�me nature que lui.

B. Ñ Sed quia Filius ex eo quod accipit a Patre eius naturam, dicitur ab eo natus vel genitus, Spiritus sanctus autem non dicitur in Scripturis natus vel generatus, et tamen dicitur esse a Deo, aestimavit Macedonius quod Spiritus sanctus non sit coessentialis patri, sed sit eius creatura ; non enim credebat quod aliquis possit ab alio naturam eius accipere nisi ab eo nasceretur et eius Filius esset. Unde aestimavit infallibiliter sequi, si Spiritus sanctus accipit a Patre naturam et essentiam eius, quod sit genitus et Filius. Et ideo ad huius erroris exclusionem necessarium fuit quod doctores nostri manifestarent quod divina natura potest communicari duplici processione ; quarum una est generatio vel nativitas, alia vero non ; et hoc est quaerere processionum distinctionem in divinis.

B. Mais parce quÕon dit que le Fils, du fait qu'il re�oit sa nature du P�re, est nŽ de lui ou est engendrŽ, et que l'Esprit Saint, n'est pas appelŽ dans les ƒcritures nŽ ou engendrŽ, et cependant il est de Dieu, MacŽdonius a estimŽ que l'Esprit saint n'Žtait pas coessentiels au P�re, mais qu'il Žtait sa crŽature ; car il ne croyait pas que quelqu'un puisse recevoir sa nature d'un autre, ˆ moins qu'il ne soit nŽ de lui et soit son fils. C'est pourquoi, il a estimŽ quÕil en dŽcoulait infailliblement, si l'Esprit saint re�oit du P�re sa nature et son essence, qu'il serait engendrŽ et fils. Et c'est pourquoi pour repousser cette erreur il a ŽtŽ nŽcessaire que nos docteurs dŽmontrent que la nature divine peut �tre communiquŽe par une double procession ; dont l'une est la gŽnŽration ou naissance, mais pas l'autre, et c'est cela chercher la distinction des processions en Dieu.

I. Quidam ergo dixerunt, quod processiones in divinis distinguuntur seipsis ; et ratio huius positionis fuit, quia ponebant quod relationes non distinguunt divinas hypostases, sed earum distinctionem manifestant tantum, aestimantes quod relationes in divinis essent ad modum proprietatum individualium in rebus creatis, quae distinctionem individuorum non causant, sed manifestant tantum. Dicunt ergo quod hypostases in divinis distinguuntur solum per originem. Et quia ea quibus primo aliqua distinguuntur, oportet quod seipsis distinguantur, sicut differentiae oppositae, quibus species differunt, distinguuntur seipsis,- ne in infinitum procedatur,- ideo dicunt, quod processiones in divinis distinguuntur se ipsis

I. Donc certains ont dit que les processions se distinguent dÕelles-m�mes en Dieu ; et la raison de cette position a ŽtŽ qu'ils pensaient que les relations ne distinguent pas les hypostases divines, mais manifestent leur distinction seulement, estimant que les relations en Dieu sont ˆ la mani�re des propriŽtŽs individuelles, dans les crŽatures, qui ne causent pas la distinction des individus, mais la manifestent seulement. Donc ils disent que les hypostases se distinguent en Dieu seulement par l'origine. Et parce quÕil faut que ce par quoi certaines choses se distinguent dÕabord, ce soit quÕelles se distinguent dÕelles-m�mes, de m�me que les diffŽrences opposŽes par lesquelles les esp�ces diff�rent se distinguent dÕelles-m�mes Ñ pour ne pas procŽder ˆ l'infini, Ñ ˆ cause de cela donc, ils disent que les processions en Dieu se distinguent dÕelles-m�mes.

Hoc autem non potest esse verum : nam unumquodque distinguitur ab alio secundum speciem per id a quo speciem habet, et secundum numerum per id a quo individuatur. Differentia autem inter processiones divinas oportet quod sit non solum sicut ea quae differunt numero tantum, sed etiam sicut ea quae differunt specie, cum una sit generatio, alia vero non. Relinquitur ergo quod processiones divinae distinguantur secundum id a quo speciem habent. Nulla autem processio nec operatio nec motus habet speciem a se, sed sortitur speciem a termino vel a principio. Unde nihil est dictu, quod processiones aliquae distinguantur seipsis ; sed oportet quod distinguantur penes principia vel penes terminos.

Mais cela ne peut pas �tre vrai ; car toute chose se distingue d'une autre en esp�ce par ce par quoi elle la poss�de, et selon le nombre par ce par quoi elle est individuŽe. Mais il faut que la diffŽrence entre les processions divines soit non seulement comme ce qui diff�re en nombre seulement, mais aussi comme ce qui diff�re en esp�ce, puisqu'il y a une seule gŽnŽration, et pas dÕautre. Il reste donc que les processions divines se distinguent par ce par quoi elles ont l'esp�ce. Mais aucune procession ni opŽration ni mouvement n'a l'esp�ce par soi, mais il la re�oit du terme ou du principe. C'est pourquoi que certaines processions se distinguent dÕelles-m�mes, cÕest ne rien dire, mais il faut qu'elles soient distinguŽes selon les principe ou les termes[1016].

II. Et ideo dixerunt quidam, quod processiones in divinis distinguuntur penes principia ; secundum hoc, dico, quod una processio est per modum naturae vel intellectus, alia vero per modum voluntatis ; nomina enim intellectus et voluntatis significare videntur quaedam operationum et processionum principia.

II. Et c'est pourquoi certains ont dit que les processions en Dieu se distinguent en raison des principes ; ˆ ce sujet, je dis quÕune procession est par mode de nature ou dÕintellect, lÕautre par mode de volontŽ ; car les noms dÕintellect et de volontŽ semblent signifier certaines des opŽrations et les principes des processions.

Sed, si quis diligenter consideret, de facili videre potest quod hoc non sufficit ad divinarum processionum distinctionem, nisi aliud addatur. Cum enim oporteat in procedente inveniri similitudinem eius quod est processionis principium, sicut in rebus creatis similitudinem formae generantis necesse est esse in genito ; oportet, quod si processiones in divinis distinguuntur per hoc quod principium unius est natura vel intellectus, alterius vero voluntas, quod in procedente secundum unam processionem inveniatur tantum id quod naturae est vel intellectus ; in altero vero id quod est voluntatis tantum ; quod patet esse falsum. Nam per unam processionem, quae est Filii a Patre, communicat Pater Filio quidquid habet, et naturam et intellectum et potentiam et voluntatem, et quidquid absolute dicitur : ut sicut Filius est Verbum, id est sapientia genita, ita posset dici natura vel voluntas vel potentia genita, idest per generationem accepta, vel magis huiusmodi per generationem accipiens.

Mais, si on consid�re avec attention, on peut voir facilement que cela ne suffit pas pour la distinction des processions divines, ˆ moins dÕajouter autre chose. Comme il faut, en effet, trouver dans celui qui proc�de la ressemblance avec le principe de la procession, de m�me quÕil est nŽcessaire dans les crŽatures que la ressemblance de la forme qui engendre soit dans celui qui est engendrŽ ; il faut que, si les processions en Dieu se distinguent du fait que le principe de lÕune est la nature ou lÕintellect, mais celui de lÕautre la volontŽ, qui proc�de selon une seule procession on trouve seulement ce qui est de la nature ou de lÕintellect ; et dans lÕautre ce qui est de la volontŽ seulement, il est clair que cÕest faux. Car par une seule procession, celle du Fils par le P�re, celui-ci communique au Fils ce quÕil a, la nature, lÕesprit, la puissance, et la volontŽ et tout ce qui est appelŽ absolu : pour que, de m�me que le Fils est le Verbe, c'est-ˆ-dire la sagesse engendrŽe, de m�me on puisse dire quÕil est la nature, la volontŽ, la puissance engendrŽes, c'est-ˆ-dire re�ues par gŽnŽration ou celui qui re�oit plus de ce genre par gŽnŽration.

Unde patet quod ex quo omnia attributa essentialia concurrunt in unam processionem Filii, non possit processionum differentia inveniri secundum rationes attributorum diversas ; ita quod per unam processionem attendatur communicatio unius attributi, et per aliam communicatio alterius. Cum autem processionis terminus sit habere (cum ad hoc procedat persona divina ut habeat quod accipit procedendo) processiones autem secundum terminos distinguantur, necesse est ut sicut habens distinguitur in divinis, ita distinguatur et procedens. Habens autem non distinguitur in divinis ab habente per hoc quod hic habeat haec attributa, ille vero alia ; sed per hoc quod eadem unus habet ab alio. Nam omnia quae habet Pater habet Filius ; sed in hoc distinguitur Filius a Patre, quia Filius habet ea a Patre.

CÕest pourquoi il est clair que par le fait que tous les attributs essentiels arrivent dans la seule procession du Fils, on ne pourrait trouver une diffŽrence des processions selon la nature diverse des attributs, de sorte que, par une seule procession, soit atteinte la communication dÕun seul attribut et par une autre la communication dÕun autre. Mais comme le terme de la procession cÕest la possession (puisque la personne divine proc�de pour avoir ce quÕelle re�oit en procŽdant) les processions se distinguent par les termes, il est nŽcessaire que celui qui a, pour ainsi dire, soit distinguŽ en Dieu, de m�me celui qui proc�de. Mais celui qui a nÕest pas distinguŽ dÕun autre parce que lÕun a ces attributs, et lÕautre en a dÕautres ; parce que lÕun a les m�mes choses dÕun autre. Car tout ce quÕa le P�re le Fils lÕa ; mais le Fils est distinguŽ du P�re parce quÕil lÕa du P�re.

Sic ergo procedens ab alio procedente distinguitur non quia unus haec procedendo accipiat, alius illa, sed quia unus eorum ab alio accipit. Quidquid ergo invenitur in processione divina quod statim in una processione potest intelligi, nulla alia praeintellecta, unius tantum processionis est ; ibi vero statim alia processio inveniri potest, ubi eadem quae per prima processionem sunt accepta, iterum derivantur in aliam.

Ainsi donc celui qui proc�de dÕun autre qui proc�de est distinguŽ, non parce que lÕun re�oit ces choses en procŽdant, et lÕautre dÕautres choses, mais parce que lÕun dÕeux le re�oit dÕun autre. Donc tout ce quÕon trouve dans la procession divine qui peut �tre compris aussit™t dans une seule procession, sans rien dÕautre de prŽcon�u, vient dÕune seule procession ; mais aussit™t on peut trouver une autre procession, lˆ o� les m�mes choses qui sont re�ues par la premi�re procession, ˆ nouveau sont dŽtournŽes dans une autre.

Et sic solus ordo processionum qui attenditur secundum originem processionis, multiplicat in divinis. Unde convenienter dixerunt qui posuerunt unam processionem esse per modum naturae et intellectus, aliam per modum voluntatis, quantum ad id quod processio quae est secundum naturam vel intellectum non praeexigit aliam processionem ; processio autem quae est per modum voluntatis, aliam processionem praeexigit : nam amor alicuius rei non potest a voluntate procedere nisi praeintelligatur processisse ab intellectu illius rei verbum conceptum ; bonum enim intellectum est obiectum voluntatis.

Et ainsi le seul ordre de procession qui est atteint selon lÕorigine de la procession apporte la multiplication en Dieu. CÕest pourquoi ils ont parlŽ convenablement ceux qui ont pensŽ quÕune seule procession Žtait par mode de nature et dÕintellect, lÕautre par mode de volontŽ, du fait que la procession qui est par nature ou esprit nÕexige pas auparavant une autre procession, mais la procession, par mode de volontŽ, en exige une autre auparavant : car aimer quelque chose ne peut procŽder de la volontŽ sans que soit compris auparavant que le verbe con�u ait procŽdŽ du concept de cette chose ; le bien en effet est compris comme lÕobjet de la volontŽ.

 

Solutions :

q. 10 a. 2ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod processio in divinis dicitur esse substantialis quia non secundum aliquod accidens attenditur ; sed per eam, substantiam recipit persona procedens.

 1. On dit que la procession en Dieu est substantielle, parce quÕon ne la consid�re pas comme un accident ; mais, par elle la personne qui proc�de re�oit sa substance.

q. 10 a. 2ad 2 Secundum et tertium concedimus.

 2. 3. Les seconde et troisi�me objections, nous les concŽdons.

q. 10 a. 2ad 4 Ad quartum dicendum est, quod nihil prohibet a voluntate aliquid naturaliter procedere. Voluntas enim naturaliter tendit in ultimum finem, sicut et quaelibet alia potentia naturaliter operatur ad suum obiectum ; et inde est quod homo naturaliter appetit felicitatem ; et eodem modo Deus naturaliter amat suam bonitatem, sicut etiam naturaliter intelligit suam veritatem. Sicut ergo Filius naturaliter procedit a Patre ut Verbum, ita Spiritus sanctus naturaliter procedit ab eo ut amor. Nec tamen Spiritus sanctus procedit per modum naturae : hoc enim procedere dicitur in divinis per modum naturae quod procedit sicut ea quae in creaturis a natura producuntur, et non a voluntate. Sic ergo differt naturaliter produci, et produci per modum naturae ; dicitur enim aliquid produci naturaliter propter naturalem habitudinem quam habet ad suum principium : per modum vero naturae produci dicitur quod producitur ab aliquo principio sic producente sicut natura producit.

 4. Il faut dire que rien nÕemp�che que quelque chose proc�de naturellement de la volontŽ. Car celle-ci tend naturellement ˆ la fin ultime, de m�me que nÕimporte quelle autre puissance op�re naturellement en vue de son objet ; et de lˆ vient que lÕhomme recherche naturellement son bonheur et de la m�me mani�re Dieu aime naturellement sa bontŽ ; comme aussi il comprend naturellement sa vŽritŽ. Donc de m�me que le Fils proc�de naturellement du P�re, comme Verbe, de m�me lÕEsprit saint proc�de naturellement de lui comme amour. Et cependant lÕEsprit saint ne proc�de pas par mode de nature : car on appelle en Dieu procŽder par mode de nature procŽder comme ce qui est produit dans les crŽatures par la nature, et non par la volontŽ. Donc ainsi il y a une diffŽrence entre �tre produit naturellement et �tre produit par mode de nature ; car on dit quÕune chose est produite naturellement ˆ cause de la relation naturelle quÕelle a ˆ son principe ; mais on dit quÕest produit par mode de nature ce qui est produit par un principe qui produit comme la nature produit.

q. 10 a. 2ad 5 Ad quintum dicendum, quod naturalis necessitas secundum quam voluntas aliquid ex necessitate velle dicitur, ut felicitatem, libertati voluntatis non repugnat, ut Augustinus docet [in V lib. De Civit. Dei, cap. X]. Libertas enim voluntatis violentiae vel coactioni opponitur. Non est autem violentia vel coactio in hoc quod aliquid secundum ordinem suae naturae movetur, sed magis in hoc quod naturalis motus impeditur : sicut cum impeditur grave ne descendat ad medium ; unde voluntas libere appetit felicitatem, licet necessario appetat illam. Sic autem et Deus sua voluntate libere amat seipsum, licet de necessitate amet seipsum. Et necessarium est quod tantum amet seipsum quantum bonus est, sicut tantum intelligit seipsum quantum est. Libere ergo Spiritus sanctus procedit a Patre, non tamen possibiliter, sed ex necessitate. Nec possibile fuit ipsum procedere minorem Patre ; sed necessarium fuit ipsum patri esse aequalem, sicut et Filium, qui est verbum Patris.

 5. La nŽcessitŽ naturelle, selon laquelle on dit que la volontŽ veut quelque chose par nŽcessitŽ, comme le bonheur, ne sÕoppose pas ˆ la libertŽ de la volontŽ, comme Augustin lÕenseigne (la CitŽ de Dieu, V, 10). La libertŽ de la volontŽ, en effet, sÕoppose ˆ la violence et ˆ la contrainte. Il nÕy a ni violence, ni contrainte dans le fait que quelque chose est mis en mouvement selon lÕordre de sa nature, mais il y a plus si le mouvement naturel est emp�chŽ : comme quand ce qui est lourd est emp�chŽ de descendre en son juste milieu ; cÕest pourquoi la volontŽ cherche librement le bonheur, quÕelle dŽsire nŽcessairement. Mais ainsi Dieu sÕaime lui-m�me librement par sa volontŽ, bien quÕil sÕaime nŽcessairement. Et il est nŽcessaire quÕil sÕaime autant quÕil est bon, comme il se comprend autant quÕil est. Donc lÕEsprit saint proc�de librement du P�re, non cependant selon le possible mais par nŽcessitŽ. Et il ne lui a pas ŽtŽ possible de procŽder moindre que le P�re ; mais il a ŽtŽ nŽcessaire quÕil soit Žgal au P�re, comme le Fils qui est le Verbe du P�re.

q. 10 a. 2ad 6 Ad sextum dicendum, quod creatura non procedit a voluntate divina naturaliter neque ex necessitate ; licet enim Deus sua voluntate naturaliter et ex necessitate amet suam bonitatem, et talis amor procedens sit Spiritus sanctus ; non tamen naturaliter aut ex necessitate vult creaturas produci, sed gratis. Non enim creaturae sunt ultimus finis voluntatis divinae, neque ab eis dependet bonitas Dei, qui est ultimus finis, cum ex creaturis divinae bonitati nihil accrescat ; sicut etiam homo ex necessitate vult felicitatem, non tamen ea quae ad felicitatem ordinantur.

 6. La crŽature ne proc�de de la volontŽ divine ni naturellement ni par nŽcessitŽ ; car bien que Dieu aime sa bontŽ naturellement par sa volontŽ et par nŽcessitŽ, et quÕun tel amour qui proc�de soit lÕEsprit saint, cependant il ne veut pas produire les crŽatures naturellement ou par nŽcessitŽ mais gratuitement. Car les crŽatures ne sont pas la fin ultime de la volontŽ divine, et sa bontŽ, qui est la fin ultime, ne dŽpend pas dÕelles, puisque elles nÕajoutent rien ˆ sa bontŽ ; ainsi lÕhomme veut le bonheur par nŽcessitŽ, et cependant [il ne vient] pas ce qui est ordonnŽ au bonheur[1017] .

q. 10 a. 2ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet natura et voluntas in Deo non differant re, sed ratione tantum, tamen ille qui procedit per modum voluntatis, oportet quod realiter differat ab eo qui procedit per modum naturae, et una processio realiter ab alia differat. Dictum est enim, quod processio per modum naturae intelligitur quando aliquid procedit ab aliquo sicut illud quod procedit a natura ; et similiter per modum voluntatis quando procedit sicut id quod procedit a voluntate. Semper enim voluntas aliquid producit aliqua processione praesupposita. Non enim voluntas in aliquid tendit nisi praeexistente productione intellectus aliquid concipientis : cum bonum intellectum moveat voluntatem. Processio autem quae est a naturali agente, non praesupponit aliam processionem nisi per accidens, in quantum scilicet unum naturale agens dependet ab alio naturali agente : sed tamen hoc non pertinet ad rationem naturae in quantum natura est. Unde illa processio per modum naturae intelligitur in divinis quae nullam aliam praesupponit ; illa vero per modum voluntatis quae ex praesupposita processione principium sumit. Et sic oportet processionem esse ex processione, et procedentem ex procedente ; hoc autem facit realem differentiam in divinis.

 7. Bien que la nature et la volontŽ en Dieu ne diff�rent pas en rŽalitŽ, mais en raison seulement, cependant celui qui proc�de par mode de volontŽ doit diffŽrer rŽellement de celui qui proc�de par mode de nature, et une procession diff�re rŽellement dÕune autre. Car il a ŽtŽ dit que la procession par mode de nature est comprise quand une chose proc�de dÕune autre comme ce qui proc�de par nature ; et de la m�me mani�re par mode de volontŽ, quand il proc�de comme ce qui proc�de de la volontŽ. Car toujours la volontŽ produit quelque chose de prŽsupposŽ ˆ la procession. Car la volontŽ ne tend ˆ une chose que par une production prŽexistante de lÕintellect qui la con�oit ; puisque le bien con�u met en mouvement la volontŽ. Mais la procession qui vient dÕun agent naturel, ne prŽsuppose une autre procession que par accident, en tant quÕun agent naturel dŽpend dÕune autre ; mais cependant cela ne convient pas ˆ la raison de la nature, en tant que telle. CÕest pourquoi cette procession par mode de nature est comprise en Dieu sans rien prŽsupposer ; mais cÕest celle qui est par mode de volontŽ qui prend son principe dÕune procession prŽsupposŽe. Et ainsi il faut que la procession vienne de la procession et celui qui proc�de de celui qui proc�de ; et cela fait une diffŽrence rŽelle en Dieu.

q. 10 a. 2ad 8 Octavum concedimus.

 8. Nous la concŽdons.

q. 10 a. 2ad 9 Ad nonum dicendum, quod utriusque processionis similitudinem Deus indidit creaturis : sed tamen per processionem quae est per modum naturae, natura in rebus creatis communicari potest : effectus enim est similis agenti in quantum est agens ; unde per actionem cuius natura est principium, effectus naturam recipere potest ; sed per actionem cuius voluntas est principium, effectus non potest recipere nisi similitudinem eius quod est in voluntate, sicut finis vel formae, ut in artificialibus patet. Quidquid autem est in Deo, est divina natura ; unde oportet quod per utramque processionem natura communicetur.

 9. Dieu induit dans les crŽatures la ressemblance de lÕune et lÕautre procession[1018] ; mais cependant, par celle qui est par mode de nature, la nature peut �tre communiquŽe dans les crŽatures ; car lÕeffet est semblable ˆ lÕagent en tant que tel ; cÕest pourquoi par lÕaction dont la nature est le principe, lÕeffet peut recevoir la nature, mais par lÕaction dont le principe est la volontŽ, lÕeffet ne peut recevoir que la ressemblance de ce qui est dans la volontŽ, comme la fin ou les formes, comme on le voit dans les Ïuvres artisanales. Mais tout ce qui est en Dieu est nature divine ; cÕest pourquoi il faut que la nature soit communiquŽe par lÕune et lÕautre procession.

q. 10 a. 2ad 10 Ad decimum dicendum, quod cum dicitur in divinis processio per modum naturae vel voluntatis, non ponitur in Deo modus qui sit qualitas divinae substantiae superaddita, sed ostenditur similitudinis cuiusdam comparatio inter processiones divinas et processiones quae sunt in rebus creatis.

 10. Quand on parle en Dieu de la procession par mode de nature ou de volontŽ, on ne place pas une modalitŽ en lui qui serait une qualitŽ surajoutŽe ˆ la substance divine, mais on montre la comparaison dÕune certaine ressemblance entre les processions en Dieu et celles qui sont dans les crŽatures.

q. 10 a. 2ad 11 Ad undecimum dicendum, quod in divinis processio quae est per modum intellectus, non distinguitur a processione quae est per modum naturae ; distinguitur autem ab utraque processio quae est per modum voluntatis. Et hoc propter tria :

 11. En Dieu la procession, par mode dÕintellect, nÕest pas distinguŽe de celle par mode de nature ; mais la procession par mode de volontŽ est distinguŽe de lÕune et lÕautre. Et cela pour trois raisons :

Primo quidem, quia sicut processio quae est per modum naturae, non praeexigit aliam processionem, ita nec processio quae est per modum intellectus ; processio autem quae est per modum voluntatis, de necessitate praeexigit processionem quae est per modum intellectus.

a) Parce que de m�me que la procession par mode de nature, nÕexige pas auparavant une autre procession, la procession par mode dÕintellect non plus, mais celle qui est par mode de volontŽ, exige nŽcessairement auparavant la procession par mode dÕintellect.

Secundo, quia sicut natura producit aliquid in similitudinem sui, ita et intellectus tam intra quam extra ; intra quidem, sicut verbum est similitudo rei intellectae, et intellectus intelligentis seipsum ; extra autem, sicut forma intellecta inducitur in artificiatum. Voluntas autem non producit suam similitudinem nec intus, nec extra. Intus quidem non, quia amor, qui est intranea processio voluntatis, non est similitudo aliqua voluntatis vel voliti, sed quaedam impressio relicta ex volito in voluntate, aut quaedam unio unius ad alterum. Extra autem non, quia voluntas imprimit in artificiatum formam intellectam prius quam volitam secundum ordinem rationis ; unde principaliter est similitudo intellectus, licet secundario voluntatis.

b) Parce que de m�me que la nature produit quelque chose ˆ sa ressemblance, lÕintellect aussi tant ˆ lÕintŽrieur quÕˆ lÕextŽrieur ; ˆ lÕintŽrieur de m�me que le verbe est la ressemblance de ce qui est pensŽ et de lÕintellect de celui qui se pense ; de m�me ˆ lÕextŽrieur la forme con�ue est induite dans lÕobjet fabriquŽ. Mais la volontŽ ne produit pas de ressemblance, ni ˆ lÕintŽrieur ni ˆ lÕextŽrieur[1019]. A lÕintŽrieur non, parce que lÕamour, qui est la procession intŽrieure de la volontŽ nÕest pas une ressemblance de la volontŽ ou de ce qui est voulu, mais une impression laissŽe par la volontŽ dans celui qui est voulu, ou une union de lÕun ˆ lÕautre. A lÕextŽrieur, non plus, parce que la volontŽ imprime dans lÕobjet fabriquŽ la forme con�ue, avant la forme voulue selon lÕordre de la raison ; cÕest pourquoi principalement cÕest la ressemblance de lÕesprit, bien que secondairement ce soit celle de la volontŽ.

Tertio, quia processio naturae est tantum ab uno sicut ab agente, si sit perfectum agens. Nec obstat quod in animalibus generatur aliquid ex duobus, scilicet ex Patre et matre ; nam solus Pater est agens in generatione, mater vero patiens. Similiter autem processio intellectus est ab uno solo ; sed amicitia, quae est amor mutuus, procedit ex duobus ad invicem se amantibus.

c) Parce que la procession de nature vient seulement dÕun seul, comme dÕun agent, sÕil Žtait agent parfait. Et rien nÕemp�che que dans les animaux quelque chose soit engendrŽ de deux [�tres] ˆ savoir du p�re et de la m�re ; car seul le P�re est agent dans la gŽnŽration, et la m�re le patient. Mais de la m�me mani�re la procession de lÕintellect est dÕun seul ; mais lÕamitiŽ, qui est un amour mutuel, proc�de de deux [�tres] qui sÕaiment mutuellement.

q. 10 a. 2ad 12 Ad duodecimum dicendum quod, licet in divinis non proprie dicatur genus et species, vel universale et particulare, tamen,- ut de divinis secundum quamdam similitudinem creaturarum loquamur,- Pater et Filius et Spiritus sanctus distinguuntur sicut plura individua unius speciei, ut etiam Damascenus dicit [lib. III orthodoxae Fidei, cap. IV]. Sed attendendum est, quod in aliquo individuo in genere substantiae possumus speciem dupliciter considerare :

 12. Bien quÕen Dieu on ne puisse parler au sens propre ni de genre et dÕesp�ce, ni dÕuniversel et de particulier, cependant, Ñ comme on parle ˆ son sujet dÕune certaine ressemblance avec les crŽatures, Ñ le P�re, le Fils et lÕEsprit saint se distinguent comme plusieurs individus dÕune m�me esp�ce, comme Jean Damasc�ne le dit aussi (La foi orthodoxe, III, 4). Mais il faut remarquer que dans un individu dans le genre de la substance, nous pouvons considŽrer lÕesp�ce de deux mani�res :

uno modo speciem hypostasis ipsius ;

a. Selon lÕesp�ce de lÕhypostase elle-m�me.

alio modo speciem proprietatis individualis.

b. Selon lÕesp�ce de la propriŽtŽ individuelle.

Dato enim quod Socrates sit albus et Plato sit niger, et posito quod albedo et nigredo sint proprietates individuantes Socratem et Platonem, verum erit dicere, quod Socrates et Plato sunt unum specie, sub qua specie hypostases continentur. Conveniunt enim in humanitate, sed distinguuntur secundum speciem proprietatis ; albedo enim et nigredo specie differunt ; et similiter est in Patre et Filio. Considerantur enim ut unum specie, cuius istae hypostases sunt supposita, in quantum conveniunt in una natura deitatis ; sed secundum speciem proprietatis personalis inveniuntur differre ; Paternitas enim et filiatio sunt relationes secundum speciem diversae. Sciendum est etiam, quod generatio in rebus creatis per se ordinatur ad speciem : natura enim intendit generare hominem ; unde et natura speciei per generationem multiplicatur in rebus creatis. Processio autem in divinis est ad multiplicationem hypostasum, in quibus natura divina una numero invenitur : unde processiones in divinis sunt differentes quasi secundum speciem, propter differentiam proprietatum personalium, licet in procedentibus sit una natura communis.

Car Žtant donnŽ que Socrate est blanc et Platon est noir, et une fois admis que la blancheur et la noirceur sont des propriŽtŽs qui individualisent Socrate et Platon, il sera vrai de dire quÕils sont un en une esp�ce, sous laquelle ces hypostases sont contenues. Car ils se rencontrent dans lÕhumanitŽ, mais se distinguent selon lÕesp�ce de la propriŽtŽ ; car la blancheur et la noirceur diff�rent en esp�ce, et il en est de m�me dans le P�re et dans le Fils. Car ils sont considŽrŽs comme un en esp�ce, dont ces hypostases sont les supp™ts, en tant quÕils se rencontrent dans la seule nature divine ; mais selon lÕesp�ce de la propriŽtŽ personnelle ils se trouvent diffŽrer ; car la PaternitŽ et la filiation sont des relations diffŽrentes en esp�ce. Mais il faut savoir que la gŽnŽration dans les crŽatures est ordonnŽe par soi pour lÕesp�ce, car la nature tend ˆ la gŽnŽration de lÕhomme : cÕest pourquoi la nature de lÕesp�ce est multipliŽe par la gŽnŽration dans les crŽatures. Mais la procession en Dieu est pour la multiplication des hypostases, en qui la nature divine se trouve une en nombre : cÕest pourquoi les processions en Dieu sont diffŽrentes pour ainsi dire en esp�ce, ˆ cause de la diffŽrence des propriŽtŽs personnelles, bien que dans celles qui proc�dent il y ait une seule nature commune.

q. 10 a. 2ad 13 Et per hoc patet solutio ad decimumtertium et ad decimumquartum.

 13. 14. Et cela Žclaire les solutions 13 et 14.

q. 10 a. 2ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod Spiritus sanctus procedit a Patre et Filio in quantum sunt plures, si habeatur respectus ad supposita spirantia. Cum enim Spiritus sanctus sit amor mutuus et nexus duorum, oportet quod a duobus spiretur. Sed si habetur respectus ad id quo spirantes spirant, sic procedit ab eis, in quantum sunt unum in natura divina : non enim potest ab aliquo procedere Deus nisi a Deo.

 15. LÕEsprit saint proc�de du P�re et du Fils en tant quÕils sont plusieurs, si on consid�re le rapport aux supp™ts qui spirent. Comme lÕEsprit saint, en effet, est lÕamour mutuel et le lien des deux, il faut quÕil soit spirŽ par les deux. Mais si on consid�re le rapport ˆ ce par quoi spirent ceux qui spirent, il proc�de ainsi dÕeux, en tant quÕils sont un dans la nature divine : car Dieu ne peut procŽder que de Dieu.

q. 10 a. 2ad 16 Ad decimumsextum dicendum est quod processio, quae condividitur Paternitati et filiationi, est proprietas personalis Spiritus sancti ; quae licet sit relatio, quia tamen non est nominata, sicut Paternitas et filiatio, significatur nomine processionis, ac si filiatio esset innominata et significaretur nomine nativitatis, quod est speciale nomen processionis Filii. Processio autem Spiritus sancti non habet speciale nomen, eo quod per talem modum processionis non invenitur in creaturis aliqua natura communicari, ut iam dictum est. Nomina vero a creaturis in divina transferimus ; unde non sequitur quod processio communis in divinis sit una tantum.

 16. La procession, qui est divisŽe en PaternitŽ et filiation est la propriŽtŽ personnelle de lÕEsprit saint ; bien quÕelle soit relation, parce que cependant elle nÕa pas de nom, comme la PaternitŽ et la filiation, elle est signifiŽe par le nom de procession, comme si la filiation Žtait sans nom et signifiŽe par le nom de naissance, qui est le nom spŽcifique de la procession du Fils. Mais la procession de lÕEsprit saint nÕa pas de nom spŽcial, parce quÕon ne trouve pas dans les crŽatures que quelque nature soit communiquŽe par un tel mode de procession, comme dŽjˆ on lÕa dit. Mais nous transfŽrons en Dieu les noms qui viennent des crŽatures ; cÕest pourquoi il nÕen dŽcoule pas que la procession commune soit seulement une en Dieu.

q. 10 a. 2ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod in creatura quae est accidentium susceptiva, potest aliquid esse quod non est rei natura ; non autem in Deo : et propter hoc in divinis secundum quemlibet modum processionis communicatur natura, non autem in creaturis ; licet enim sint in eis processiones diversae, tamen natura non communicatur nisi per unum modum.

 17. Dans la crŽature susceptible d'accueillir des accidents, il peut y avoir quelque chose qui ne soit pas sa nature, mais pas en Dieu, et cÕest pour cela quÕen lui la nature est communiquŽe selon nÕimporte quelle mode de procession, mais pas dans les crŽatures ; car bien quÕil y ait en elles des processions diverses, cependant la nature nÕest communiquŽe que dÕune seule mani�re.

q. 10 a. 2 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod procedere a Patre secundum modum coaeternitatis competit processioni Filii in quantum est processio divina : unde convenit etiam processioni Spiritus sancti ; tamen non competit processioni Filii secundum quod distinguitur a processione Spiritus sancti.

 18. ProcŽder du P�re selon le mode de la coŽternitŽ appartient ˆ la procession du Fils en tant quÕelle est procession divine : cÕest pourquoi cela convient aussi ˆ la procession de lÕEsprit saint ; cependant il nÕappartient pas ˆ la procession du Fils de se distinguer de la procession de lÕEsprit saint.

q. 10 a. 2 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod Filius est sufficiens ratio processionis temporalis creaturae ut Verbum et exemplar ; sed oportet quod Spiritus sanctus sit ratio processionis creaturae ut amor. Sicut enim dicitur Sap. IX, 1, quod Deus facit omnia suo Verbo, ita dicitur Sap. XI, 25 ; quod diligit omnia quae sunt, et nihil odit eorum quae fecit ; et Dionysius dicit [in IV de divin. Nomin.], quod divinus amor non permisit ipsum sine germine esse.

 19. Le Fils est la raison suffisante de la procession temporelle de la crŽature comme Verbe et exemplaire ; mais il faut que lÕEsprit saint soit la raison de la procession de la crŽature comme amour. Car de m�me quÕil est dit en Sg. 11, 1, que Dieu fait tout par son Verbe, de m�me il est dit en Sg. 11, 25 quÕil aime tout ce qui est, et quÕil ne hait rien de ce quÕil a fait, et Denys dit (Les noms divins, IV), que lÕamour divin ne lui a pas permis dÕ�tre sans descendance.

q. 10 a. 2ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod natura perfecta in multas operationes potest, licet ad unamquamque operationem ei pauca sufficiant.

 20. Il faut dire que la nature peut �tre parfaite en de nombreuses opŽrations, bien que peu lui suffise pour chaque opŽration.

q. 10 a. 2ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod a Patre uno et solo, est una sola processio, scilicet Filii ; a Patre autem et a Filio simul, est alia processio, scilicet Spiritus sancti.

 21. Du P�re, un et seul, il nÕy a quÕune seule procession, ˆ savoir celle du Fils ; mais du P�re et du Fils ensemble, il y a une autre procession, ˆ savoir celle de lÕEsprit saint.

q. 10 a. 2ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod processio Spiritus sancti est processio amoris. Per processionem autem amoris non producitur aliquid ut recipiens formam eius a quo procedit, sive naturam ; et ideo processio amoris non habet rationem generationis vel nativitatis. Sed quod Spiritus sanctus naturam et formam Dei Patris recipiat sua processione, hoc habet in quantum est amor Dei, in quo non est aliquid quod non sit de natura ipsius.

 22. La procession de lÕEsprit saint est une procession dÕamour. Mais par cette procession rien nÕest produit comme recevant de ce dont il proc�de, la forme ou la nature ; et cÕest pour cela que la procession dÕamour nÕa pas nature de gŽnŽration ou de naissance. Mais que lÕEsprit saint re�oive la nature et la forme de Dieu le P�re, par sa procession, cela il lÕa en tant quÕil est l'amour de Dieu en qui il nÕy a rien qui ne soit de sa nature.

q. 10 a. 2ad 23 Et per hoc patet responsio ad vicesimumtertium.

 23. Et par lˆ s'Žclaire la rŽponse ˆ la vingt-troisi�me objection.

Ad ea etiam quibus ostendebatur quod sunt in divinis plures processiones quam duae, respondendum est.

Et il faut rŽpondre ˆ ce par quoi on montrait qu'il y a en Dieu plus de deux processions :

q. 10 a. 2ad 24 Ad quorum primum dicendum, quod in divinis una et eadem est processio quae est per modum intellectus et quae est per modum naturae, ut supra, ostensum est.

 1. En Dieu, cÕest une seule et m�me procession qui est par mode dÕesprit et qui est par mode dÕintellect, comme on lÕa montrŽ ci-dessus (sol. 7 et 11).

q. 10 a. 2ad 25 Ad secundum dicendum quod natura humana materialis est, id est ex materia et forma composita ; et ideo in hominibus processio per modum naturae non potest esse nisi secundum aliquam transmutationem naturalem ; processio autem quae est per modum intellectus, semper est immaterialis, secundum quod ipse intellectus immaterialis est ; unde in hominibus non potest esse una et eadem processio quae est per modum naturae et quae est per modum intellectus ; in divinis autem est una et eadem, eo quod natura divina immaterialis est.

2. La nature humaine est matŽrielle, c'est-ˆ-dire composŽe de mati�re et de forme ; et cÕest pourquoi chez les hommes la procession par mode de nature ne peut exister que selon un changement naturel ; mais la procession qui est par mode dÕintellect est toujours immatŽrielle ; du fait que lÕesprit lui-m�me est immatŽriel, cÕest pourquoi dans les hommes il ne peut pas y avoir une seule et m�me procession par mode de nature et par mode dÕintellect, mais en Dieu cÕest une seule et m�me procession, parce que la nature divine est immatŽrielle.

q. 10 a. 2ad 26 Ad tertium dicendum, quod aliud est procedere in alterum, et aliud est procedere ab alio ; procedere enim in alterum est suam similitudinem alteri communicare : et per hunc modum est intelligenda divinae bonitatis processio in creaturas, secundum Dionysium ; procedere autem ab alio est esse ab alio habere ; et sic loquimur hic de processione, secundum quem modum constat quod non convenit patri procedere.

 3. ProcŽder dans un autre est different de procŽder dÕun autre ; car procŽder dans un autre cÕest communiquer sa ressemblance ˆ un autre, et il faut comprendre de cette mani�re la procession de la bontŽ divine dans les crŽatures, selon Denys ; mais procŽder dÕun autre cÕest avoir lÕ�tre dÕun autre ; et nous parlons ici de procession de sorte quÕil est clair quÕil ne convient pas au P�re de procŽder de cette mani�re.

 

 

 

Article 3 Ð LÕordre de la procession ˆ la relation en Dieu

q. 10 a. 3tit. 1 Tertio quaeritur de ordine processionis ad relationem in divinis.  Et videtur quod processio secundum intellectum sit prior relatione in divinis.

  Il semble que selon lÕesprit la procession soit avant la relation en Dieu.

 

Objections : [1020]

q. 10 a. 3arg. 1 Dicit enim Magister in XXVII distinct. I Lib. Sentent., quod Pater semper est Pater, quia semper genuit Filium. Generatio autem processionem significat, Pater autem relationem. Ergo processio secundum intellectum praecedit relationes in divinis.

1. Car le Ma”tre (I Sent., d. 27), dit que le P�re est toujours le P�re, parce quÕil a toujours engendrŽ le Fils. Mais la gŽnŽration signifie la procession, et P�re signifie une relation. Donc la procession, selon lÕintellect, prŽc�de les relations en Dieu[1021].

q. 10 a. 3arg. 2 Praeterea, philosophus dicit [in V Metaph., com. 20], quod relationes ex actionibus nascuntur, vel ex quantitatibus. Constat autem quod relationes divinae non innascuntur ex quantitate. Ergo secundum modum intelligendi consequitur ex actione. Processiones autem in divinis personis significantur per modum personalium actionum. Ergo processiones in divinis praecedunt secundum intellectum relationes.

2. Le philosophe dit (MŽtaphysique,” (Æ) V, 15 ; 1020 b 25 ss.[1022]) que les relations naissent des actions, ou des quantitŽs. Mais il est clair que les relations divines ne prennent pas leur source de la quantitŽ. Donc selon la mani�re de comprendre, cela dŽcoule de lÕaction. Mais les processions dans les personnes divines sont signifiŽes ˆ la mani�re des actions personnelles. Donc selon lÕesprit les processions en Dieu prŽc�dent les relations.

q. 10 a. 3arg. 3 Praeterea, absolutum est prius relativo, sicut unum est prius quam multa. Sed actiones magis ad absoluta accedunt quam relationes. Ergo priores sunt secundum intellectum.

3. LÕabsolu est avant le relatif, comme lÕun est avant le multiple. Mais les actions sÕapprochent plus de lÕabsolu que les relations. Donc selon lÕesprit elles sont avant.

q. 10 a. 3arg. 4 Praeterea, omne relativum ad aliud dicitur. Non autem potest esse aliud ubi non est distinctio. Ergo relatio distinctionem praesupponit. Distinctio autem in divinis personis est secundum originem, prout scilicet unus procedit ab alio. Ergo processiones secundum intellectum praecedunt relationes in divinis.

4. On parle de tout relatif en rapport ˆ autre chose. Mais il ne peut pas y en avoir un autre lˆ o� il nÕy a pas de distinction. Donc la relation prŽsuppose une distinction. Mais celle-ci dans les personnes divines dŽpend de lÕorigine, selon que lÕune proc�de de lÕautre. Donc les processions selon lÕesprit prŽc�dent les relations en Dieu.

q. 10 a. 3arg. 5 Praeterea, omnis processio praecedit secundum intellectum processionis terminum. Filiatio autem quae est relatio Filii, est terminus nativitatis, quae est eiusdem Filii processio. Ergo processio Filii praecedit filiationem. Sed filiatio et paternitas sunt simul non solum natura et tempore, sed etiam intellectu ; quia unum relativorum est de intellectu alterius. Nativitas ergo Filii praecedit paternitatem secundum intellectum, et multo magis generatio, quae est actus Patris. Processiones ergo simpliciter relationes praecedunt secundum intellectum in divinis.

5. Toute procession precede son terme, selon lÕesprit. Mais la filiation qui est la relation du fils est le terme de la naissance, qui est la procession de ce m�me Fils. Donc celle-ci prŽc�de la filiation. Mais la filiation et la paternitŽ sont en m�me temps non seulement en nature et en temps, mais aussi en esprit ; parce que lÕun des relatifs est de lÕintellect de lÕautre. Donc la naissance du Fils prŽc�de la PaternitŽ selon lÕesprit, et beaucoup plus la gŽnŽration, qui est lÕacte du P�re. Donc les processions prŽc�dent absolument les relations selon lÕesprit.

 

En sens contraire :

q. 10 a. 3s. c. 1 Sed contra. Prius secundum intellectum est persona quam actio personalis. Relationes autem sunt constitutivae personarum, processiones autem sunt quasi personales actiones. Ergo prius secundum intellectum sunt relationes quam processiones.

1. La personne est selon lÕesprit avant lÕaction personnelle. Les relations sont constitutives des personnes, et les processions sont comme des actions personnelles. Donc elles sont avant les processions selon lÕesprit.

q. 10 a. 3s. c. 2 Praeterea, processio oportet quod sit alicuius ab alio ; sicut enim nulla res generat seipsam ut sit, ut Augustinus dicit [in I de Trinitate, capit. I], ita nulla res a seipsa procedit. Processio ergo distinctionem in divinis requirit. Distinctio autem non est in divinis nisi per relationes. Ergo processiones in divinis praesupponunt relationes.

2. Il faut que la procession vienne ˆ quelquÕun par un autre[1023] ; car de m�me que rien ne sÕengendre soi-m�me pour exister, comme Augustin le dit (La TrinitŽ, I, 1[1024]), de m�me rien ne proc�de de soi. Donc la procession requiert une distinction en Dieu. Mais celle-ci nÕest en lui que par les relations. Donc les processions en Dieu prŽspposent les relations.

 

RŽponse :

q. 10 a. 3co. Respondeo. Dicendum quod ordo absque distinctione non est. Unde ubi non est distinctio secundum rem, sed solum secundum modum intelligendi, ibi non potest esse ordo nisi secundum modum intelligendi. Distinctio autem secundum rem in divinis non est, nisi personarum ad invicem, et oppositarum relationum ; unde in divinis non est ordo realis nisi quantum ad personas, inter quas est ordo naturae, secundum Augustinum, prout est alter ex altero, non quod alter sit prior altero.

Il faut dire que lÕordre nÕexiste pas sans distinction. CÕest pourquoi o� il nÕy a pas de distinction, en rŽalitŽ mais seulement selon la mani�re de comprendre, il ne peut y avoir dÕordre que de cette mani�re de comprendre. Mais la distinction en Dieu nÕest en rŽalitŽ que celle des personnes entre elles, et celle des relations opposŽes ; cÕest pourquoi en lui il nÕy a dÕordre rŽel que pour les personnes, entre lesquelles il y a lÕordre de la nature, selon Augustin, dans la mesure o� lÕun vient de lÕautre, non que lÕun soit avant lÕautre.

Processiones autem et relationes non distinguuntur in divinis secundum rem, sed solum secundum modum intelligendi. Unde et Augustinus [Fulgentius] dicit [De Fide ad Petrum, capit. II] quod proprium Patris est quod genuit Filium. In quo datur intelligi, quod generare Filium sit proprietas Patris ; nec est alia proprietas quam paternitas, quae dicitur esse Patris proprietas personalis. Non est ergo inter processionem et relationem in divinis quaerendus ordo secundum rem, sed secundum modum intelligendi tantum.

Mais les processions et les relations ne sont pas rŽellement distinguŽes en Dieu, mais seulement selon la mani�re de les comprendre. CÕest pourquoi Augustin (Fulgence) dit (La Foi ˆ Pierre, II) que le propre du P�re est dÕavoir engendrŽ le Fils. En quoi il est donnŽ ˆ comprendre quÕengendrer le Fils est la propriŽtŽ du P�re ; et il nÕy a pas dÕautre propriŽtŽ que la paternitŽ, quÕon appelle la propriŽtŽ personnelle du P�re. Donc entre la procession et la relation il nÕy a pas ˆ chercher un ordre en rŽalitŽ, mais selon la mani�re de le comprendre seulement.

Sicut autem relatio et processio in divinis sunt idem secundum rem, et differunt secundum rationem tantum, ita et ipsa relatio, quamvis sit una secundum rem, est tamen multiplex secundum modum intelligendi. Intelligimus enim ipsam relationem ut constitutivam personae ; quod quidem non habet in quantum est relatio. Quod ex hoc patet, quia relationes in rebus humanis non constituunt personas, cum relationes sint accidentia ; persona vero est aliquid subsistens in genere substantiae ; substantia autem per accidens constitui non potest. Sed habet hoc relatio in divinis quod personam constituat in quantum est divina relatio ; ex hoc enim habet quod sit idem cum divina essentia, cum in Deo nullum accidens esse possit : relatio enim, quia secundum rem est ipsa natura divina, hypostasim divinam constituere potest. Est ergo alius modus intelligendi quo intelligitur relatio ut constitutiva divinae personae, et alius quo intelligitur relatio ut relatio est. Unde nihil prohibet quod quantum ad unum modum intelligendi, relatio praesupponat processionem, quantum vero ad alium sit e converso.

Mais de m�me que la relation et la procession sont en rŽalitŽ identiques en Dieu, et diff�rent en raison seulement, de m�me la relation elle-m�me, quoiquÕelle soit une en rŽalitŽ, est cependant multiple selon la mani�re de la comprendre. Car nous comprenons la relation elle-m�me comme constitutive de la personne ; ce quÕelle nÕa pas en tant quÕelle est relation. De ce fait il est clair que les relations chez les hommes ne constituent pas les personnes, puisquÕelles sont des accidents ; mais la personne est quelque chose de subsistant dans le genre de la substance ; la substance ne peut pas �tre constituŽe par un accident. Mais la relation en Dieu elle constitue la personne en tant quÕelle est relation divine ; car du fait quÕelle est identique ˆ lÕessence divine, car en Dieu il ne peut pas y avoir dÕaccidents, elle peut constituer une hypostase divine. Donc il y a une mani�re de comprendre la relation comme constitutive de la personne divine, et une autre mani�re par laquelle on comprend la relation comme telle. CÕest pourquoi rien nÕemp�che selon la premi�re mani�re de comprendre, que la relation prŽsuppose la procession, selon lÕautre, cÕest le contraire.

Sic ergo dicendum est, quod si consideretur relatio ut relatio est, praesupponit processionis intellectum ; si autem consideretur ut est constitutiva personae, sic relatio quae est constitutiva personae, a qua est processio, est prior secundum intellectum quam processio ; sicut Paternitas in quantum est constitutiva personae Patris, est prior secundum intellectum quam generatio. Relatio autem quae est constitutiva personae procedentis etiam in quantum est constitutiva personae, est posterior secundum intellectum quam processio, sicut filiatio quam nativitas ; et hoc ideo quia persona procedens intelligitur ut terminus processionis.

Ainsi il faut donc dire que, si on consid�re la relation comme telle, elle prŽsuppose le concept de procession ; mais si on la consid�re comme constitutive de la personne, alors cette relation, dÕo� vient la procession, est selon lÕesprit avant la procession ; de m�me que la PaternitŽ en tant que constitutive de la personne du P�re est selon lÕesprit avant la gŽnŽration. Mais la relation qui est constitutive de la personne qui proc�de aussi en tant que constitutive de la personne, est selon lÕesprit apr�s la procession, comme la filiation est apr�s la naissance ; et cela parce que la personne qui proc�de est comprise comme le terme de la procession.

 

Solutions :

q. 10 a. 3ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Magister loquitur de Paternitate considerata secundum quod relatio est.

 1. Le Ma”tre parle de la PaternitŽ considŽrŽe comme relation.  

q. 10 a. 3ad 2 Et similiter dicendum ad secundum et tertium.

 2. 3. Il faut dire la m�me chose pour la seconde et la troisi�me objection.

q. 10 a. 3ad 4 Ad quartum dicendum, quod in rebus in quibus relationes sunt accidentia, oportet quod relatio praesupponat distinctionem ; in divinis autem relationes constituunt tres personas distinctas.

 4. Dans ce en quoi les relations sont des accidents, il faut que la relation prŽsuppose la distinction ; mais en Dieu les relations constituent trois personnes distinctes.

q. 10 a. 3ad 5 Ad quintum dicendum, quod Paternitas est de intellectu filiationis, et e converso, secundum quod utrumque consideratur ut relatio quaedam. Sic autem dicimus, quod relationes sequuntur processiones ordine intellectus.

 5. La PaternitŽ fait partie du concept de filiation et inversement, selon que lÕune et lÕautre sont considŽrŽes comme une relation. Ainsi nous disons que les relations suivent les processions dans lÕordre du concept.

q. 10 a. 3ad s. c. Aliae duae rationes procedunt de relationibus secundum quod sunt constitutivae personarum.

Les deux autres raisons proc�dent des relations selon quÕelles sont constitutives des personnes.

 

 

 

Article 4 Ð LÕEsprit saint proc�de-t-il du Fils ?

q. 10 a. 4 tit. 1 Quarto quaeritur utrum Spiritus sanctus procedat a Filio.  Et videtur quod non.

  Il semble que non.

 

 

 

Objections :[1025]

q. 10 a. 4 arg. 1 Dicit enim Dionysius [in III  cap.  De divin. Nomin.], quod Filius et Spiritus sanctus sunt sicut flores deigenae divinitatis. Flos autem non est a flore. Ergo Spiritus sanctus non est a Filio.

1. Car Denys (les Noms divins, III) dit que le Fils et lÕEsprit saint sont comme les fleurs de la divinitŽ qui engendre Dieu. Mais la fleur ne vient pas de la fleur. Donc lÕEsprit saint ne vient pas du Fils[1026].

q. 10 a. 4 arg. 2 Praeterea, si Filius est principium Spiritus sancti, aut hoc habet a se, aut ab alio. A se non habet : non enim Filio in quantum Filius est, convenit esse principium, sed magis esse a principio. Si autem habet a Patre, oportet quod hoc modo sit principium sicut Pater. Pater autem est principium per generationem. Ergo Filius erit principium Spiritus sancti per generationem; et ita Spiritus sanctus erit Filius Filii.

2. Si le Fils est le principe de lÕEsprit saint ou bien il le tient de lui-m�me ou dÕun autre. Il ne le tient pas de lui, car ce nÕest pas au Fils en tant que tel quÕil convient dÕ�tre principe, mais plut™t de dŽpendre du principe. Mais sÕil le tient du P�re, il faut que de cette mani�re, il soit principe comme (le) p�re. Mais le P�re est le principe par gŽnŽration. Donc le Fils sera principe de lÕEsprit saint par gŽnŽration ; et ainsi lÕEsprit saint sera le fils du Fils[1027].

q. 10 a. 4 arg. 3 Praeterea, quidquid est commune patri et Filio, similiter convenit utrique. Si ergo esse principium est commune patri et Filio, Filius erit principium eo modo quo Pater. Pater autem est principium per generationem. Ergo et Filius; et sic idem quod prius.

3. Tout ce qui est commun au P�re et au Fils convient de la m�me mani�re ˆ lÕun et ˆ lÕautre. Si donc �tre principe est commun au P�re et au Fils, le Fils sera principe ˆ la mani�re du P�re. Mais le P�re est le principe par gŽnŽration. Donc le Fils aussi ; et ainsi de m�me que ci-dessus.

q. 10 a. 4 arg. 4 Praeterea, Filius ideo Filius est, quia procedit a Patre et est verbum ipsius; Spiritus autem sanctus dicitur verbum Filii, secundum Basilium [lib. V contra Eunomium in cap. incipiente Propterea] qui hoc accipit ex eo quod apostolus dicit Hebr. I, 3, quod Filius portat omnia verbo virtutis suae. Si ergo Spiritus sanctus procedit a Filio, oportet quod sit Filius Filii.

4. Le Fils est ainsi, parce quÕil proc�de du P�re et est son Verbe ; mais on dit que lÕEsprit saint est le verbe du Fils, selon Basile (Contre Eunome, V, ch. commen�ant par propterea) qui le re�oit du fait que lÕAp™tre dit en HŽbr. I, 3, que le Fils porte Çtout par le verbe de sa puissance[1028]È. Si donc lÕEsprit saint proc�de du Fils, il faut quÕil soit le fils du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 5 Praeterea, licet secundum rem paternitas et filiatio per prius sit in Deo quam in nobis, secundum illud apostoli ad Ephes. III, 15 : Ex quo, scilicet Deo Patre, omnis Paternitas in caelo et in terra nominatur; tamen secundum nominis impositionem haec nomina translata sunt ab humanis ad divina. Sed in humanis procedens a Filio vocatur nepos. Si ergo Spiritus sanctus procedit a Filio, erit nepos Patris; quod est absurdum.

5. Bien quÕen rŽalitŽ la aternitŽ et la filiation soient en Dieu avant dÕ�tre en nous, selon cette parole de lÕAp™tre Eph. III, 15 : De qui, ˆ savoir de Dieu le P�re, toute PaternitŽ tire son nom au ciel et sur terreÉÈ ; cependant selon leur dŽnomination, ces noms ont ŽtŽ transfŽrŽs de ce qui est humain ˆ ce qui est divin. Mais chez les hommes celui qui proc�de du fils est appelŽ petit-fils. Si donc lÕEsprit saint proc�de du Fils, il sera le petit-fils du P�re, ce qui est absurde.

q. 10 a. 4 arg. 6 Praeterea, proprietas Filii est in accipiendo : ex hoc enim Filius dicitur quod accipit naturam Patris per generationem. Si ergo Filius ex se emittat Spiritum sanctum, erunt in Filio proprietates contrariae; quod est inconveniens.

6. La propriŽtŽ du Fils est dans la rŽception ; du fait quÕon dit que le Fils re�oit la nature du P�re par gŽnŽration. Si donc le Fils Žmet lÕEsprit saint ˆ partir de lui-m�me, il y aura en lui deux propriŽtŽs contraires, ce qui ne convient pas.

q. 10 a. 4 arg. 7 Praeterea, quidquid est in divinis, aut est commune, aut proprium. Emittere autem Spiritum sanctum non est commune toti Trinitati : non enim convenit spiritui sancto. Ergo est proprium Patris, et sic non convenit Filio.

7. Tout ce qui est en Dieu, est commun ou propre. Mais Žmettre lÕEsprit saint nÕest pas commun ˆ toute la TrinitŽ ; car cela ne convient pas ˆ lÕEsprit saint. Donc cÕest le propre du P�re, et ainsi cela ne convient pas au Fils.

q. 10 a. 4 arg. 8 Praeterea, Spiritus sanctus amor est, ut Augustinus probat in Lib. de Trinit. Amor autem Patris in Filium gratuitus est; non enim amat Filium quasi aliquid ab eo accipiens, sed solum quasi aliquid ei dans. Amor autem Filii in Patrem, est amor debitus; sic enim amat Patrem quasi aliquid ab eo accipiens. Amor autem debitus est alius ab amore gratuito. Si ergo Spiritus sanctus sit amor a Patre et Filio procedens, sequitur quod sit alius a seipso.

8. LÕEsprit saint est amour, comme Augustin le prouve dans La TrinitŽ. Mais lÕamour du P�re dans le Fils est gratuit, car il nÕaime pas le Fils comme celui qui re�oit quelque chose de lui, mais seulement comme lui donnant quelque chose. Mais lÕamour du Fils dans le P�re est un amour dž ; car il aime le P�re en tant quÕil re�oit de lui. Mais lÕamour dž est autre que lÕamour gratuit. Si donc lÕEsprit saint est lÕamour qui proc�de du P�re et du Fils, il en dŽcoule quÕil est autre que lui-m�me.

q. 10 a. 4 arg. 9 Praeterea, Spiritus sanctus est amor gratuitus; unde et ab eo profluunt divisiones gratiarum, secundum illud I Cor. XII, 4 : divisiones gratiarum sunt, idem vero Spiritus. Si ergo amor Filii in Patrem non est amor gratuitus, Spiritus sanctus non erit amor Filii; non ergo procedit a Filio.

9. LÕEsprit saint est lÕamour gratuit ; cÕest pourquoi coule de lui la diversitŽ de gr‰ces, selon ce mot de I Co. 12, 4 : Il y a diversitŽ des gr‰ces, mais cÕest le m�me Esprit.È Si donc lÕamour du Fils dans le P�re nÕest pas un amour gratuit, lÕEsprit saint ne sera pas lÕamour du Fils ; donc il ne proc�de pas du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 10 Praeterea, si Spiritus sanctus procedit a Filio ut amor, cum Filius amet Patrem sicut mater Filium, oportebit quod Spiritus sanctus sicut procedit a Patre in Filium, ita procedat a Filio in Patrem. Hoc autem est impossibile, ut videtur; sequeretur enim quod Pater aliquid a Filio reciperet, quod penitus esse non potest.

10. Si lÕEsprit saint proc�de du Fils comme amour, puisque le Fils aime le P�re comme une m�re aime son fils, il faudra que lÕEsprit saint proc�de du P�re dans le Fils, de m�me quÕil proc�de du Fils dans le P�re. Mais cela est impossible, semble-t-il ; car il en dŽcoulerait que le P�re recevrait quelque chose du Fils, ce qui est tout ˆ fait impossible.

q. 10 a. 4 arg. 11 Praeterea, sicut Pater et Filius diligunt se, ita Filius et Spiritus sanctus, vel Pater et Spiritus sanctus. Si ergo Spiritus sanctus procedit a Patre et Filio, quia Pater et Filius diligunt se; pari ratione quia Pater et Spiritus sanctus diligunt se, procedit Spiritus sanctus a seipso, quod est impossibile.

11. De m�me que le P�re et le Fils sÕaiment, de m�me aussi le Fils et lÕEsprit saint, ou le P�re et lÕEsprit saint. Si donc lÕEsprit saint proc�de du P�re et du Fils, parce que le P�re et le Fils sÕaiment, ˆ raison Žgale, parce que le P�re et lÕEsprit saint sÕaiment, lÕEsprit saint proc�de de lui-m�me, ce qui est impossible.

q. 10 a. 4 arg. 12 Praeterea, Dionysius dicit [in I cap. de div. Nom.] : universaliter non est audendum dicere aliquid nec etiam cogitare de supersubstantiali occulta divinitate, praeter ea quae divinitus nobis ex sacris eloquiis sunt expressa.

12. Denys dit (les Noms divins, I, PG, 3, 588 A[1029]) : ÇGŽnŽralement il ne faut pas oser dire quelque chose ni le penser de la divinitŽ supersubstantielle cachŽe, au-delˆ de ce qui nous a ŽtŽ divinement exprimŽ par les paroles sacrŽesÈ.

In Scriptura autem sacra non exprimitur quod Spiritus sanctus procedat a Filio, sed solum quod procedat a Patre, secundum illud Ioan. XV, 26 : Cum venerit Paraclitus quem ego mittam vobis a Patre, Spiritum veritatis, qui a Patre procedit. Non ergo dicendum est nec cogitandum quod Spiritus sanctus procedit a Filio.

Mais dans lÕƒcriture sainte, il nÕest pas dit que lÕEsprit saint proc�de du Fils, mais seulement quÕil proc�de du P�re, selon cette parole de Jean, 15, 26 : ÇQuand sera venu le Paraclet que je vous enverrai par le P�re, lÕEsprit de vŽritŽ, qui proc�de du P�reÉÈ. Donc il ne faut ni dire ni penser que lÕEsprit saint proc�de du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 13 Praeterea, in gestis I Ephesinae synodi sic dicitur, quod perlecto Symbolo Nicenae synodi decrevit sancta synodus aliam fidem nulli licere proferre vel conscribere vel componere, praeter definitam a sanctis patribus, qui in Nicaea congregati sunt cum spiritu sancto; praesumentes autem aut componere fidem alteram aut protendere aut proferre volentibus converti ad notitiam veritatis vel ex Paganitate vel ex Iudaismo, vel ex haeresi aliqua; hos, si quidem sint episcopi aut clerici, alienos esse episcopos ab episcopatu, et clericos a clericatu; si vero sint laici, anathematizari. Et similiter in gestis Chalcedonensis synodi, post recitatam determinationem Conciliorum subditur : eos autem qui ausi sunt componere fidem alteram, aut proferre aut docere aut tradere alterum symbolum volentibus vel ex gentilitate ad cognitionem veritatis, vel Iudaeis, vel ex haeresi quacumque converti; hoc, si episcopi fuerint aut clerici, alienos esse episcopos ab episcopatu, et clericos a clero; si vero monachi aut laici fuerint, anathematizari. In praemissa autem Concilii determinatione non habetur quod Spiritus sanctus procedit a Filio, sed solum quod procedat a Patre. Legitur etiam in symbolo Constantinopolitanae synodi : credimus in Spiritum sanctum dominum et vivificantem, ex Patre procedentem, cum Patre et Filio adorandum et conglorificandum. Nullo ergo modo debuit addi in symbolo fidei quod Spiritus sanctus procedat a Filio.

13. Dans les actes du Concile dÕƒph�se, I[1030], on dit ainsi quÕayant parcouru le Symbole du Concile de NicŽe, le saint Concile dŽcrŽta Çne permettre ˆ personne de profŽrer, dÕŽcrire ou dÕŽtablir une autre foi, que celle dŽfinie par les p�res qui se sont rassemblŽs ˆ NicŽe, avec lÕEsprit saint ; mais ceux qui osent Žtablir une autre foi, la rŽpandre, ou la profŽrer ˆ ceux qui veulent se convertir pour conna”tre la vŽritŽ, quÕils soient du paganisme, du Juda•sme, ou dÕune hŽrŽsie, si ceux-ci sont des ƒv�ques ou des clercs, que les Žv�ques soient dŽpossŽdŽs de lÕŽpiscopat, et les clercs de la clŽricature ; mais si ce sont des la•cs, quÕil soient anath�mes.È Et de la m�me mani�re dans les actes du Concile de ChalcŽdoine[1031], apr�s avoir lu la dŽcision des conciles, il est ajoutŽ : Ç Ceux qui ont osŽ prŽsenter une autre foi, ou profŽrer ou enseigner ou rapporter un autre symbole ˆ ceux qui voulaient se convertir du paganisme pour la connaissance de la vŽritŽ ou des Juifs, ou dÕune hŽrŽsie quelconque, que si ce sont des Žv�ques ou des clercs, si ce sont des Žv�ques quÕils soient dŽpossŽdŽs de lÕŽpiscopat, les clercs de la clŽricature, si ce sont des moines ou des la•cs quÕils soient anath�mes.È Dans la dŽcision annoncŽe du concile, il nÕy a pas que lÕEsprit saint proc�de du Fils, mais seulement quÕil proc�de du P�re. On lit aussi dans le Symbole du Concile de Constantinople[1032] : ÇNous croyons dans lÕEsprit saint Seigneur et vivificateur, qui proc�de du P�re, qui doit �tre adorŽ et glorifiŽ avec le P�re et FilsÈ En aucune mani�re il nÕa dž �tre ajoutŽ dans le symbole de la foi que lÕEsprit saint proc�de du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 14 Praeterea, si Spiritus sanctus dicitur a Filio procedere, aut hoc dicitur propter aliquam auctoritatem Scripturae, aut propter aliquam rationem. Auctoritas quidem sacrae Scripturae ad hoc ostendendum nulla videtur esse sufficiens; habetur siquidem in sacris Scripturis, quod Spiritus sanctus sit Filii; sicut dicitur Galat. IV, 6 : misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra; et Rom. VIII, 9 : si quis Spiritum Christi non habet, hic non est eius. Habetur etiam quod Spiritus sanctus sit missus a Filio : dicit enim Christus, Ioan. XVI, 7 : si enim non abiero, Paraclitus non veniet ad vos, si autem abiero, mittam eum ad vos. Non autem sequitur quod Spiritus sanctus procedat a Filio ex eo quod est Filii, quia hoc huius multipliciter dicitur, secundum philosophum. Similiter etiam neque ex eo quod Spiritus sanctus dicitur missus a Filio; quia licet Filius non sit a spiritu sancto dicitur tamen a spiritu sancto missus, secundum illud Is. XLVIII, 16, ex persona Christi : et nunc misit me dominus Deus, et Spiritus eius; et Is., LXI, 1 : Spiritus domini super me (...) ad evangelizandum mansuetis misit me : quod in se dicit Christum esse completum.- Similiter etiam non potest per rationem efficaciter probari. Licet enim Spiritus sanctus non sit a Filio, adhuc tamen, ut videtur, distincti ad invicem remanebunt : differunt enim suis proprietatibus personalibus. Nihil ergo videtur cogere ad dicendum Spiritum sanctum procedere a Filio.

14. Si on dit que lÕEsprit saint proc�de du Fils, ou on le dit ˆ cause dÕune autoritŽ de lÕƒcriture, ou pour une autre raison. Aucune autoritŽ de lÕƒcriture sainte ne semble suffisante pour le montrer ; il y a toutefois dans lÕŽcriture sainte que lÕEsprit saint est du Fils ; comme il est dit en Ga. 4, 6 :ÇDieu a envoyŽ lÕEsprit de son Fils dans vos cÏurs ;È et Rm. 8, 9 : ÇSi quelquÕun nÕa pas lÕEsprit du Christ, celui-lˆ nÕest pas de luiÈ. On trouve aussi que lÕEsprit saint a ŽtŽ envoyŽ par le Fils ; car le Christ dit (Jn 16, 7) : ÇCar si je ne mÕen vais pas, le Paraclet ne viendra pas ˆ vous, mais si je mÕen vais, je vous lÕenverrai.È Mais il nÕen dŽcoule pas que lÕEsprit saint proc�de du Fils, du fait quÕil est du Fils, parce que huius (de celui-ci[1033]) est employŽ de nombreuses mani�res, selon le philosophe. De la m�me mani�re aussi, ce nÕest pas du fait quÕon dit que lÕEsprit saint est envoyŽ par le Fils, parce que, bien que le Fils ne soit pas de lÕEsprit saint, on dit cependant quÕil a ŽtŽ envoyŽ par lui selon cette parole dÕIs . 48, 16 : Ç Et maintenant le Seigneur Dieu et son Esprit mÕont envoyŽÈ et Is. 61, 1 :ÇLÕesprit du Seigneur est sur moiÉ il mÕa envoyŽ pour annoncer la bonne nouvelle aux douxÈ, ce qui dit en soi que le Christ est un �tre complet.Ñ De la m�me mani�re on ne peut pas le prouver efficacement par la raison. Car bien que lÕEsprit saint ne soit pas du Fils, cependant jusquÕici, ˆ ce quÕil semble, ils demeureront distincts entre eux : car ils diff�rent par leurs propriŽtŽs personnelles. Donc rien ne semble forcer ˆ dire que lÕEsprit saint proc�de du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 15 Praeterea, omne quod procedit ab aliquo, habet aliquid ab eo. Si ergo Spiritus sanctus procedit a duobus, scilicet a Patre et Filio, oportet quod a duobus accipiat; et sic videtur sequi quod sit compositus.

15. Tout ce qui proc�de de quelquÕun a quelque chose de lui. Si donc lÕEsprit saint proc�de des deux, ˆ savoir du P�re et du Fils, il faut quÕil re�oive des deux ; et ainsi il semble en dŽcouler quÕil est composŽ.

q. 10 a. 4 arg. 16 Praeterea, de ratione principii est quod non sit ab alio, secundum philosophum [in I Phys., com. 52]. Sed Filius est ab alio, scilicet a Patre. Ergo Filius non est principium Spiritus sancti.

16. CÕest la nature du principe de ne pas dŽpendre dÕun autre, selon le philosophe (Physique I, 6, 189 a 30). Mais le Fils est dÕun autre, ˆ savoir du P�re. Donc le Fils nÕest pas le principe de lÕEsprit saint.

q. 10 a. 4 arg. 17 Praeterea, voluntas movet intellectum ad operandum, homo enim intelligit quando vult. Sed Spiritus sanctus procedit per modum voluntatis ut amor, Filius autem per modum intellectus ut verbum. Non ergo videtur quod Spiritus procedat a Filio, sed magis e converso.

17. La volontŽ met en mouvement lÕintellect pour opŽrer ; car lÕhomme comprend quand il le veut. Mais lÕEsprit saint proc�de par mode de volontŽ comme amour, et le Fils par mode dÕesprit comme Verbe. Il ne semble pas que lÕEsprit saint proc�de du Fils, mais cÕest plut™t le contraire.

q. 10 a. 4 arg. 18 Praeterea, nihil procedit ab eo in quo quiescit. Sed Spiritus sanctus a Patre procedit et in Filio quiescit, ut scribitur in passione beati Andreae. Ergo Spiritus sanctus non procedit a Filio.

18. Rien ne proc�de de celui en qui il se repose. Mais lÕEsprit saint proc�de du P�re et se repose dans le Fils, comme il est Žcrit dans la passion du bienheureux AndrŽ[1034]. Donc lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 19 Praeterea, simplex non potest procedere a duobus, quia effectus esset simplicior et prior quam causa. Sed Spiritus sanctus est simplex. Non ergo procedit a duobus, scilicet a Patre et Filio.

19. Ce qui est simple ne peut pas procŽder de deux �tres, parce que lÕeffet serait encore plus simple et avant la cause. Mais lÕEsprit saint est simple. Donc il ne proc�de pas des deux, ˆ savoir du P�re et du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 20 Praeterea, si aliquid perfecte procedit ab uno, superfluum est quod procedat a duobus. Sed Spiritus sanctus perfecte procedit a Patre. Ergo superfluum esset quod procederet a Patre et Filio simul.

20. Si quelque chose proc�de parfaitement de lÕun, il est superflu quÕil proc�de des deux. Mais lÕEsprit saint proc�de parfaitement du P�re. Donc il serait superflu quÕil proc�de du P�re et du Fils en m�me temps.

q. 10 a. 4 arg. 21 Praeterea, sicut Pater et Filius sunt unum in substantia et natura, ita Pater et Spiritus sanctus. Sed Spiritus sanctus non convenit cum Patre in generatione Filii. Ergo nec Filius convenit cum Patre in emissione Spiritus sancti.

21. De m�me que le P�re et le Fils sont un en substance et nature, de m�me le P�re et lÕEsprit saint. Mais lÕEsprit saint ne se rencontre pas avec le P�re dans la gŽnŽration du Fils. Donc le Fils ne se rencontre pas avec le P�re dans lÕŽmission de lÕEsprit saint.

q. 10 a. 4 arg. 22 Praeterea, Filius est radius Patris, ut patet per Dionysium [in libro de caelesti Hierarchia]. Spiritus autem sanctus est splendor. Splendor autem non est a radio. Ergo nec Spiritus sanctus est a Filio.

22. Le Fils est le rayon du P�re, comme on le voit chez Denys (La hiŽrarchie cŽleste). Mais lÕEsprit saint est la splendeur. Mais celle-ci ne vient pas du rayon. Donc lÕEsprit saint ne vient pas non plus du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 23 Praeterea, Filius est quoddam lumen Patris, cum sit verbum eius. Spiritus autem sanctus est sicut calor, est enim amor quidam; unde et super apostolos in specie ignis apparuit. Calor autem non est a lumine. Ergo nec Spiritus sanctus a Filio.

23. Le Fils est une lumi�re du P�re, puisquÕil est son verbe. Mais lÕEsprit saint est comme la chaleur, car il est lÕamour ; cÕest pourquoi il apparut sur les Ap™tres, sous lÕesp�ce du feu (Act. 2, 3). Mais la chaleur ne vient pas de la lumi�re. Donc lÕEsprit saint ne vient pas du Fils.

q. 10 a. 4 arg. 24 Praeterea, Damascenus dicit, quod Spiritus sanctus dicitur esse Filii, sed non a Filio.

24. Jean Damasc�ne rapporte quÕon dit que lÕEsprit saint est du Fils, mais non par le Fils.

 

En sens contraire :

q. 10 a. 4 s. c. 1 Sed contra. Est quod Athanasius dicit[in Symbolo] : Spiritus sanctus a Patre et Filio non factus nec creatus nec genitus, sed procedens.

1. Il y a ce quÕAthanase dit (dans le Symbole[1035]) : ÇLÕEsprit saint par le P�re et par le Fils, ni fait, ni crŽŽ, ni engendrŽ, mais procŽdant dÕeuxÈ.

q. 10 a. 4 s. c. 2 Praeterea, Spiritus sanctus dicitur tertia in Trinitate persona, secunda Filius, prima Pater. Ternarius autem procedit ab unitate mediante binario. Ergo Spiritus sanctus procedit a Patre mediante Filio.

2. LÕEsprit saint est appelŽ la troisi�me personne de la TrinitŽ, le Fils la seconde, le P�re la premi�re. Mais le troisi�me proc�de dÕune double unitŽ intermŽdiaire. Donc lÕEsprit saint proc�de du P�re par lÕintermŽdiaire du Fils.

q. 10 a. 4 s. c. 3 Praeterea, cum inter divinas personas sit summa convenientia, quaelibet divinarum personarum ad aliam habet immediatam germanitatem. Hoc autem non esset, si Spiritus sanctus non esset a Filio; tunc enim Filius et Spiritus sanctus non haberent germanitatem ad invicem immediate, sed solum mediante Patre, in quantum ambo sunt ab uno. Ergo Spiritus sanctus est a Filio.

3. Comme parmi les personnes divines, il y a un accord supr�me, nÕimporte laquelle des personnes a une parentŽ immŽdiate avec lÕautre. Mais cela nÕexisterait pas, si lÕEsprit saint ne venait pas du Fils, car alors le Fils et lÕEsprit saint nÕaurait pas de parentŽ immŽdiate entre eux ; mais seulement par lÕintermŽdiaire du P�re, en tant que les deux viennent dÕun seul. Donc lÕEsprit saint est du Fils.

q. 10 a. 4 s. c. 4 Praeterea, divinae personae non distinguuntur ab invicem nisi secundum originem. Si ergo Spiritus sanctus non esset a Filio, non distingueretur ab eo, quod est inconveniens.

4. Les personnes divines ne se distinguent entre elles que selon lÕorigine. Si donc lÕEsprit saint nÕŽtait pas du Fils, il ne serait pas distinguŽ de lui, ce qui ne convient pas.

 

RŽponse :

q. 10 a. 4 co. Respondeo. Dicendum quod, secundum ea quae supra determinata sunt, necesse est Spiritum sanctum a Filio procedere; oportet enim, si Filius et Spiritus sanctus sunt duae personae, quod alia sit processio unius et alia alterius. Ostensum autem est supra, quod non possunt esse duae processiones in divinis nisi secundum ordinem processionum, ut scilicet a procedente secundum unam processionem sit alia processio. Necesse est ergo quod Spiritus sanctus sit a Filio.

Selon ce qui a ŽtŽ dŽterminŽ ci-dessus, il est nŽcessaire que lÕEsprit saint proc�de du Fils ; car il faut, si le Fils et lÕEsprit saint sont deux personnes, que la procession de lÕune soit diffŽrente de celle de lÕautre. Mais on a montrŽ ci-dessus (art. 2) quÕil ne peut y avoir deux processions en Dieu que selon leur ordre, pour quÕil y ait une autre procession de celui qui proc�de par une premi�re procession. Donc il est nŽcessaire que lÕEsprit saint vienne du Fils.

Sed praeter hanc rationem etiam ex aliis rationibus de necessitate probatur quod Spiritus sanctus sit a Filio. Oportet enim quod omnis differentia aliquorum sequatur ex prima radice distinctionis ipsorum; nisi forte sit differentia per accidens, sicut ambulans differt a sedente; et hoc ideo quia quaecumque per se insunt alicui, vel sunt de essentia eius, vel consequuntur essentialia principia, ex quibus est prima radix distinctionis rerum. In divinis autem non potest esse aliquid per accidens; quia omne quod inest alicui per accidens, cum sit extraneum a natura eius, oportet quod conveniat ei ex aliqua exteriori causa : quod non potest dici in divinis.

Mais en dehors de cette raison, on prouve nŽcessairement par dÕautres raisons que lÕEsprit saint est du Fils. Car il faut que toute la diffŽrence des choses dŽcoule de la premi�re racine de leur distinction ; ˆ moins que par hasard, il y ait une diffŽrence par accident, ainsi celui qui marche est diffŽrent de celui qui est assis. Et cela parce que tout ce qui est par soi dans une autre chose, ou est de son essence, ou bien accompagne les principes essentiels, dÕo� vient la premi�re racine de la distinction. Mais en Dieu il ne peut rien y avoir par accident ; parce quÕil faut que tout ce qui est en quelquÕun par accident, comme cela est Žtranger ˆ sa nature, lui convienne par quelque cause extŽrieure ; ce quÕon ne peut pas dire en Dieu.

Oportet ergo quod omnis differentia divinarum personarum ad invicem sequatur ex prima radice distinctionis earum. Prima autem radix distinctionis Patris et Filii, est ex Paternitate et filiatione. Oportet ergo quod omnis differentia quae est inter Patrem et Filium, sequatur ex hoc quod ipse est Pater, et ille Filius. Esse autem principium Spiritus sancti non convenit patri in quantum Pater est, ratione Paternitatis : sic enim non refertur nisi ad Filium; unde sequeretur quod Spiritus sanctus esset Filius.

Il faut donc que toute diffŽrence des personnes divines entre elles dŽcoule par la premi�re racine de leur distinction. Mais cette premi�re racine du P�re et du Fils vient de la PaternitŽ et de la filiation. Il faut donc que toute diffŽrence entre le P�re et le Fils, dŽcoule du fait que lÕun est le P�re et lÕautre le Fils. Mais �tre le principe de lÕEsprit saint ne convient pas au P�re en tant que P�re, en raison de sa PaternitŽ : car ainsi il ne se rŽf�re quÕau Fils : aussi il en dŽcoulerait que lÕEsprit saint serait le Fils.

Similiter autem nec hoc repugnat rationi filiationis, quia, secundum filiationem, non refertur ad aliud nisi ad Patrem. Non ergo potest esse differentia inter Patrem et Filium in hoc quod Pater sit principium Spiritus sancti, non autem Filius.

De la m�me mani�re, cela ne sÕoppose pas ˆ la nature de la filiation, parce que, selon elle, il ne se rŽf�re ˆ un autre quÕau P�re. Donc il ne peut pas y avoir de diffŽrence entre le P�re et le Fils du fait que le P�re est le principe de lÕEsprit saint , mais pas le Fils.

Item, sicut in libro de Synodis dicitur, creaturae proprium est quod voluntate sua Deus eam produxerit. Quod Hilarius ex hoc probat quod creatura non est talis qualis est Deus, sed qualem Deus eam voluit esse. Quia vero Filius est talis qualis est Pater, dicitur quod Pater genuit Filium naturaliter. Eadem autem ratione Spiritus sanctus est a Patre naturaliter, quia est similis et aequalis patri : natura enim producit sibi simile. Oportet autem quod creatura, quae est a Patre secundum suam voluntatem, sit etiam a Filio : quia eadem est voluntas Patris et Filii. Similiter autem et eadem est natura utriusque.

De m�me, comme il est dit dans le livre des Synodes, le propre de la crŽature est que Dieu lÕait produit par sa volontŽ. Ce quÕHilaire prouve du fait que la crŽature nÕest pas telle que Dieu, mais telle que Dieu a voulu quÕelle soit. Mais parce que le Fils est tel que le P�re, on dit que le P�re a engendrŽ le Fils par nature. Mais, pour la m�me raison, lÕEsprit saint est du P�re par nature, parce quÕil est semblable et Žgal au P�re ; car la nature produit du semblable ˆ elle. Il faut que la crŽature qui est du P�re selon sa volontŽ, soit aussi du Fils ; parce que la volontŽ du P�re et celle du Fils sont identiques. De la m�me mani�re la nature de lÕun et lÕautre est identique.

Oportet ergo quod sicut Spiritus sanctus est a Patre, ita sit a Filio. Nec tamen sequitur quod Filius vel Spiritus sanctus sint a spiritu sancto, licet et ipse habeat unam naturam cum Patre; sicut sequitur quod creatura est ab eo in quantum habet unam voluntatem cum Patre, propter repugnantiam quae sequeretur, si Spiritus sanctus diceretur esse a seipso, vel si ab eo diceretur esse Filius, qui est eius principium.

Il faut donc que, de m�me que lÕEsprit saint est du P�re, il soit aussi du Fils. Et cependant il nÕen dŽcoule pas que le Fils ou lÕEsprit saint soit de lÕEsprit saint, bien que lui-m�me ait une seule nature avec le P�re ; ainsi il dŽcoule que la crŽature est par lui en tant quÕil a une seule volontŽ avec le P�re, ˆ cause de lÕincompatibilitŽ qui en dŽcoulerait, si on disait que lÕEsprit saint est de lui-m�me, ou si on disait que le Fils, est de celui qui est son principe.

Hoc autem apparet alio modo : non enim potest esse in divinis personis distinctio nisi secundum relationes; ea enim quae absolute dicuntur in divinis, essentiam significant, et communia sunt, ut bonitas, sapientia et huiusmodi. Relationes autem diversae non possunt facere distinctionem nisi ratione suae oppositionis; diversae enim relationes possunt esse unius ad idem : patet enim quod idem eiusdem potest esse Filius, discipulus, aequalis, et quaecumque aliae relationes quae oppositionem non includunt.

Mais cela appara”t dÕune autre mani�re. Car il nÕest pas possible quÕil y ait une distinction dans les personnes divines, sinon par les relations ; car ce qui est dit dans lÕabsolu en Dieu, signifie lÕessence, et est commun, comme la bontŽ, la sagesse etc. Mais les diffŽrentes relations ne peuvent apporter de distinction quÕen raison de leur opposition ; car les relations diffŽrentes ne peuvent �tre dÕun seul au m�me ; car il est clair que le m�me du m�me peut �tre fils, disciple, Žgal et toutes les autres relations qui nÕincluent pas dÕopposition.

Patet autem quod Filius distinguitur a Patre per hoc quod aliqua relatione ad ipsum refertur, et similiter Spiritus sanctus a Patre distinguitur propter aliquam relationem. Istae ergo relationes quantumcumque videantur disparatae, nullo modo poterunt distinguere Spiritum sanctum a Filio, nisi sint oppositae. Oppositio autem alia in divinis esse non potest nisi secundum originem, prout scilicet unus est ab alio. Nullo ergo modo Filius et Spiritus sanctus poterunt esse distincti per hoc quod uterque diversimode referatur ad Patrem, nisi unus eorum referatur ad alterum ut ab eo existens.

Mais il est clair que le Fils se distingue du P�re, parce quÕil se rŽf�re ˆ lui par une relation et de la m�me mani�re lÕEsprit saint se distingue du P�re ˆ cause dÕune relation. Donc ces relations pour si diffŽrentes quÕelles paraissent, nÕont pu en aucune mani�re distinguer lÕEsprit saint du Fils, ˆ moins quÕelles ne soient opposŽes. Mais une autre opposition en Dieu ne peut exister que selon lÕorigine, dans la mesure o� lÕun est par lÕautre. Donc en aucune mani�re le Fils et lÕEsprit saint nÕont pu �tre distincts par le fait que lÕun et lÕautre sont en rapport au P�re de mani�re diffŽrente, sauf si lÕun dÕeux est en rapport avec lÕautre comme existant par lui.

Constat autem quod Filius non est a spiritu sancto : de ratione enim Filii est quod non referatur nisi ad Patrem ut ab eo existens. Relinquitur, ergo de necessitate quod Spiritus sanctus sit a Filio.

Mais il est bien certain que le Fils nÕest pas par lÕEsprit saint : car il est de sa nature de nÕavoir rapport quÕau P�re comme existant par lui. Il reste donc nŽcessairement que lÕEsprit saint soit par le Fils.

Sed quia potest aliquis dicere, quod ea quae sunt fidei non sunt solum rationibus sed auctoritatibus confirmanda, restat ostendere per auctoritates sacrae Scripturae quod Spiritus sanctus sit a Filio. Habetur enim in pluribus sacrae Scripturae locis quod Spiritus sanctus sit Filii; sicut Rom. VIII, 9 : Qui Spiritum Christi non habet, hic non est eius; et Galat., IV, 6 : Misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra; et Act. XVI, 7 : Tentabant ire Bithyniam, et non permisit eos Spiritus Iesu. Non enim potest intelligi quod Spiritus sanctus sit Spiritus Christi solum secundum humanitatem, quasi ipsum replens, quia Spiritus sanctus est alicuius hominis ut habentis, non autem ut dantis. Filii autem est Spiritus sanctus ut dantis ipsum, secundum illud I Ioan. IV, 13 : in hoc cognoscimus quoniam in eo manemus, et ipse in nobis, quia de spiritu suo dedit nobis; et Act. V, 32, dicitur, quod dedit Spiritum sanctum obedientibus sibi.

Mais parce quÕon peut dire que ce qui concerne la foi ne dŽpend pas seulement de raisonnements mais doit �tre confirmŽ par les autoritŽs de lÕƒcriture sainte, il reste ˆ montrer par les autoritŽs que lÕEsprit saint est du Fils. Car on trouve en plusieurs endroits de lÕƒcriture sainte, que lÕEsprit saint est du Fils ; comme en Rm, 8, 7 : ÇQui nÕa pas lÕEsprit du Christ, celui-lˆ nÕest pas de luiÈ ; et Ga. 4, 6 : ÇDieu a envoyŽ lÕEsprit du Fils dans vos cÏurs ;È et Act. 16, 7 : ÇIls tentaient dÕaller en Bithynie, et lÕEsprit de JŽsus ne le permit pasÈ. Car on ne peut pas comprendre que lÕEsprit saint soit lÕEsprit du Christ seulement selon lÕhumanitŽ, comme le complŽtant, parce que lÕEsprit saint est dÕun homme en tant quÕil poss�de, mais non en tant quÕil donne[1036]. Mais lÕEsprit saint est du Fils en tant quÕil le donne selon ce mot de Jn 4, 13 : ÇA cela nous connaissons que nous demeurons en lui et lui-m�me en nous, parce quÕil nous lÕa donnŽ de son EspritÈ et en Act. 5, 32, il est dit quÕil a donnŽ son Esprit saint ˆ ceux qui lui obŽissent.

Oportet ergo quod dicatur esse Spiritus sanctus Filii, in quantum est divina persona. Aut ergo dicitur esse absolute eius, aut dicitur esse eius ut Spiritus eius. Si autem absolute, tunc oportet quod sit aliqua auctoritas Filii respectu Spiritus sancti. Apud nos enim potest dici aliquis esse alterius secundum quid, qui non habet auctoritatem respectu ipsius, sicut cum dicitur, Petrus est socius Ioannis; sed non potest dici, Petrus esse Ioannis absolute, nisi sit quaedam possessio eius, sicut servus, hoc ipsum quod est, dicitur esse domini. In divinis autem non potest esse aliquid serviens vel subiectum; sed intelligitur ibi auctoritas secundum solam originem. Oportebit ergo quod Spiritus sanctus habeat originem a Filio.

Il faut donc dire que lÕEsprit saint est du Fils, en tant que personne divine. Donc, ou bien on dit quÕil est de lui selon lÕabsolu, ou bien comme son Esprit. Si cÕest selon lÕabsolu, alors il faut quÕil y ait une autoritŽ du Fils par rapport ˆ lÕEsprit saint. Chez nous en effet on peut dire de quelquÕun quÕil est dÕun autre sous un certain rapport, qui nÕa pas dÕautoritŽ par rapport ˆ lui, comme quand on dit : Pierre est le compagnon de Jean ; mais on ne peut pas dire que Pierre est de Jean dans lÕabsolu, ˆ moins quÕil soit sa possession, comme esclave, ce quÕil est est dit du ma”tre. Mais en Dieu il ne peut pas y avoir un serviteur ou un sujet, mais on comprend lÕautoritŽ selon la seule origine. Donc il faudra que lÕEsprit saint tire une origine du Fils.

Et idem sequitur, si dicatur Spiritus sanctus esse Filii ut Spiritus eius; quia Spiritus, secundum quod est nomen personale, importat relationem originis ad spirantem, sicut Filius ad generantem. Similiter etiam invenitur in Scripturis quod Filius mittit Spiritum sanctum, sicut supra dictum est. Semper autem mittens videtur habere auctoritatem supra missum. Auctoritas autem in divinis, ut dictum est, non est nisi secundum originem. Unde sequitur quod Spiritus sanctus originem habeat a Filio.

Et il en dŽcoule la m�me chose, si on dit que lÕEsprit saint est du Fils comme son esprit ; parce que Esprit, en tant que nom personnel, apporte une relation dÕorigine ˆ celui qui spire, comme le Fils ˆ celui qui engendre. De la m�me mani�re aussi on trouve dans les ƒcritures que le Fils envoie lÕEsprit saint, comme on lÕa dit ci-dessus. Mais toujours celui qui envoie semble avoir lÕautoritŽ sur celui qui est envoyŽ. Mais lÕautoritŽ en Dieu, comme on lÕa dit, ne dŽpend que de lÕorigine. CÕest pourquoi il en dŽcoule que lÕEsprit saint tire son origine du Fils.

Habetur autem ex sacra Scriptura quod per Spiritum sanctum configuramur Filio, secundum illud Rom. VIII, 15 : Accepistis Spiritum adoptionis Filiorum; et Galat. IV, 6 : Quoniam estis Filii, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra. Nihil autem configuratur alicui nisi per eius proprium characterem. In naturis etiam creatis ita est quod id quod conformat aliquid alicui, est ab eo; sicut semen hominis non assimilatur equo, sed homini a quo est. Spiritus autem sanctus est a Filio tamquam proprius character eius; unde dicitur de Christo, II Cor. I, 21-22 : quod signavit nos, et unxit nos et dedit pignus Spiritus in cordibus nostris. Expressius autem Filii, de spiritu sancto dicentis : Ille me clarificabit quia de meo accipiet. Constat autem quod non accipit a Filio Spiritus sanctus, quasi prius non habens : quia sic esset mutabilis et indigentis naturae. Constat ergo quod ab aeterno accipit a Filio; nec potuit accipere aliquid quod non sit eius essentia ab aeterno. Ergo accepit Spiritus sanctus essentiam de Filio.

On voit aussi par lÕƒcriture sainte que nous sommes configurŽs au Fils par lÕEsprit saint, selon cette parole de Rm 8, 15 : ÇVous avez re�u un Esprit dÕadoption de fils[1037]È et Ga. 4, 6 : ÇParce que vous �tes des fils, Dieu a envoyŽ lÕEsprit de son Fils en vos cÏursÈ. Mais rien nÕest configurŽ ˆ quelquÕun que par sa propre marque. Dans les crŽatures aussi ce qui conforme quelque chose ˆ quelquÕun vient de lui ; ainsi la semence de lÕhomme nÕest pas semblable ˆ celle du cheval ; mais ˆ lÕhomme dÕo� elle vient. Mais lÕEsprit saint est du Fils comme sa marque la plus propre ; cÕest pourquoi il est dit du Christ II Co. 1, 21-22 : ÇIl (le P�re) nous a marquŽ du sceau, donnŽ lÕonction et le gage de lÕEsprit dans nos cÏurs[1038].È Mais plus expressŽment du Fils qui dit au sujet de lÕEsprit saint : ÇIl glorifiera parce que cÕest de mon bien quÕil recevra.È Il est clair que lÕEsprit saint nÕa pas re�u du Fils comme nÕayant pas avant lui : parce quÕainsi il serait changeant et dÕune nature dans le besoin. Donc il est clair quÕil a re�u du Fils de toute ŽternitŽ; et nÕa pu recevoir rien qui ne soit pas son essence de toute ŽternitŽ. Donc lÕEsprit saint a re�u lÕessence du Fils.

Rationem autem quare de Filio acceperit Spiritus sanctus, ipsemet Filius subiunxit, dicens, Ioan. XVI, 15 : Omnia quaecumque habet Pater mea sunt. Propterea dixi : quia de meo accipiet; quasi diceret quia eadem est essentia Patris et mea, non potest Spiritus sanctus esse de essentia Patris, quin sit de mea essentia. Traditur etiam in sacra Scriptura quod Filius per Spiritum operatur, sicut habetur Rom. XV, 18 : Per me effecit Christus, scilicet miracula, et alia bona in spiritu sancto, idest per Spiritum sanctum; et Hebr. IX, 14, dicitur quod per Spiritum sanctum obtulit semetipsum. Quandocumque autem aliquis per aliquem dicitur operari, oportet quod vel operans det virtutem operativam ei per quem operatur, sicut rex dicitur operari per praepositum vel ballivum; vel e converso, sicut cum dicitur ballivus operari per regem.

La raison pour laquelle lÕEsprit saint a re�u du Fils, le Fils lui-m�me lÕa ajoutŽ, en disant Jn 16, 15 :ÇTout ce quÕa le P�re est ˆ moi. CÕest pourquoi jÕai dit : parce quÕil recevra de mon bienÉÈ, comme sÕil disait que lÕessence du P�re et la mienne est la m�me, lÕEsprit saint ne peut pas �tre de lÕessence du P�re, quÕil ne soit de la mienne. LÕƒcriture sainte rapporte aussi que le Fils op�re par lÕEsprit, comme on le voit en Rm 15, 18 : ÇLe Christ lÕa fait par moiÈ, ˆ savoir les miracles et autres biens (dit lÕAp™tre) dans lÕEsprit saintÈ, c'est-ˆ-dire par lÕEsprit saint et en HŽbr. 9, 14 : il est dit que Çpar lÕEsprit saint il sÕest offert lui-m�meÈ . Quelquefois aussi on dit que quelquÕun op�re par un autre, il faut que ou bien celui qui op�re lui donne le pouvoir dÕopŽrer, par lequel il op�re, comme on dit que le roi op�re par un prŽv™t ou un bailli, ou au contraire comme quand on dit que le bailli op�re par le roi.

Oportet ergo, si Filius operatur per Spiritum sanctum, quod vel Spiritus sanctus det virtutem operativam Filio, vel Filius spiritui sancto; et ita quod unus alteri det essentiam, cum virtus operativa utriusque non sit aliud quam eius essentia. Constat autem quod Spiritus sanctus non dat essentiam Filio, cum Filius non sit Filius nisi Patris. Relinquitur ergo quod Spiritus sanctus sit a Filio.

Il faut donc, si le Fils op�re par lÕEsprit saint que ou bien celui-ci donne le pouvoir dÕopŽrer au Fils ou bien que le Fils le donne ˆ lÕEsprit saint ; et ainsi que lÕun donne lÕessence ˆ lÕautre, puisque le pouvoir dÕopŽrer de lÕun et lÕautre nÕest pas autre que son essence. Mais il est clair que lÕEsprit saint ne donne pas lÕessence au Fils, puisque celui-ci nÕest le Fils que du P�re. Il reste donc que lÕEsprit saint est du fils.

Ex hac ergo ratione per ea quae Graeci confitentur, potest idem haberi : confitentur enim ipsi quod Spiritus sanctus est a Patre per Filium, et quod Pater spirat Spiritum sanctum per Filium. Semper autem illud per quod aliquid producitur est principium eius quod producitur. Oportet ergo quod Filius sit principium Spiritus sancti. Si autem refugiant confiteri quod Spiritus sanctus sit a Filio, quia Filius est ab alio,- et sic non est prima radix originis Spiritus sancti,- manifestum est quod vane moventur; nullus enim refugit dicere lapidem moveri a baculo, licet baculus moveatur a manu; nec Iacob esse ab Isaac, licet Isaac sit ab Abraham. Sed adhuc minus est in proposito refugiendum; est enim una vis productiva Patris et Filii; quod non accidit in moventibus et agentibus creatis.

Et pour cette raison par ce que les Grecs confessent, on peut avoir le m�me rŽsultat. Car ils confessent eux-m�mes que lÕEsprit saint est du P�re par le Fils et que le P�re spire lÕEsprit saint par le Fils. Mais toujours ce qui produit est le principe de ce qui est produit. Il faut donc que le Fils soit le principe de lÕEsprit saint. Mais sÕils refusaient de confesser que lÕEsprit saint est du Fils, parce que le Fils est dÕun autre Ñ et ainsi il nÕest pas la premi�re racine de lÕorigine de lÕEsprit saint Ñ il est Žvident quÕils sÕagitent en vain ; car personne ne refuse de dire que la pierre est mue par le b‰ton, bien que le b‰ton soit mž par la main ; et que Jacob nÕest pas dÕIsaac, bien que ce dernier soit dÕAbraham. Mais il faut encore moins sÕŽcarter de ce qui est proposŽ, car il y a une force productive du P�re et du Fils ; ce qui nÕarrive pas dans les moteurs et les agents crŽŽs.

Unde sicut confitendum est quod creaturae sunt a Filio, licet Filius sit a Patre, ita confitendum est quod Spiritus sanctus sit a Filio, licet Filius sit a Patre. Manifestum est ergo quod dicentes Spiritum sanctum esse a Patre per Filium, non autem a Filio, propriam vocem ignorant, sicut Aristoteles de Anaxagora dicit : Volentes enim esse legis doctores, non intelligunt neque de quibus loquuntur, neque de quibus affirmant, ut dicitur I Timoth. cap. I, 7.

CÕest pourquoi de la m�me mani�re quÕil faut confesser que les crŽatures sont du Fils, bien que le Fils soit du P�re, de m�me il faut confesser que lÕEsprit saint est du Fils, bien que le Fils soit du P�re. Donc il est clair que ceux qui disent que lÕEsprit saint est du P�re par le Fils, mais pas du Fils, ignorent ce quÕils disent; comme Aristote le dit dÕAnaxagore. ÇCar voulant �tre des docteurs de la loi, ils ne comprennent pas ni de quoi ils parlent ni ce quÕils affirmentÈ, comme il est dit en 1 Tm. 1, 7.

 

Solutions :

q. 10 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Filius et Spiritus sanctus dicuntur flores deigenae divinitatis, id est Paternae, prout uterque a Patre est. Sed quantum ad hoc quod Spiritus sanctus a Filio est, potest dici Filius esse radix, et Spiritus sanctus flos; non enim oportet ut similitudo rerum corporalium observetur quantum ad omnia in divinis.

 1. Il faut donc dire que le Fils et lÕEsprit saint sont appelŽs des fleurs engendrŽes de Dieu, c'est-ˆ-dire des fleurs Paternelles dans la mesure o� lÕun et lÕautre sont du P�re. Mais quant ˆ ce que lÕEsprit saint est du Fils, on peut dire que le Fils est la racine, et lÕEsprit saint la fleur ; car il ne faut pas tenir compte de la ressemblance avec ce qui est corporel pour tout ce qui est en Dieu.

q. 10 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Filius hoc habet a Patre quod ex se Spiritum sanctum emittat : unde et eodem modo convenit ei sicut et patri. Sed Pater non est principium divinae personae uno modo tantum, sed duobus, scilicet per generationem et spirationem. Unde non potest concludi quod Filius sit principium Spiritus sancti per generationem; sed est fallacia consequentis, et praecipue cum nec etiam Pater sit principium Spiritus sancti per generationem.

 2. Le Fils tient du P�re quÕil Žmet lÕEsprit saint de lui : cÕest pourquoi et de la m�me mani�re cela lui convient comme au P�re. Mais le P�re nÕest pas le principe de la personne divine dÕune seule mani�re seulement, mais de deux, ˆ savoir par gŽnŽration et spiration. CÕest pourquoi on ne peut conclure que le Fils est le principe de lÕEsprit saint, par gŽnŽration, mais cÕest une erreur de raisonnement et surtout puisque le P�re nÕest pas le principe de lÕEsprit saint par gŽnŽration.

q. 10 a. 4 ad 3 Et similiter dicendum est ad tertium.

 3. Il faut dire de m�me pour la troisi�me objection.

q. 10 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod Spiritus sanctus non potest dici verbum proprie, sed communiter, prout omne quod est manifestativum alicuius verbum ipsius dicitur. Spiritus enim sanctus est manifestativus Filii, secundum quod de spiritu sancto Filius dicit Ioan. XVI, 14 : Ille me clarificabit, quia de meo accipiet. Filius autem proprie dicitur verbum, quasi conceptio intellectus divini.

 4. LÕEsprit saint ne peut pas �tre appelŽ verbe au sens propre, mais communŽment, dans la mesure o� tout ce qui manifeste quelque chose est appelŽ son verbe. Car lÕEsprit saint manifeste le Fils, selon ce que le Fils dit de lui : Jn 16,14 : ÇIl me glorifiera, parce que cÕest de mon bien quÕil recevraÈ. Mais le Fils est appelŽ le Verbe au sens propre, comme une conception de lÕintellect divin.

q. 10 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod in humana origine dicitur nepos qui eodem modo procedit a Filio sicut Filius a Patre. Spiritus autem sanctus non procedit in divinis a Filio sicut Filius a Patre; et ideo ratio non sequitur.

 5. Dans la gŽnŽration chez les hommes, on appelle petit-fils celui qui proc�de de la m�me mani�re du fils comme le fils proc�de du P�re. Mais lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils en Dieu, comme le fils du P�re, et cÕest pourquoi la raison nÕest pas valable.

q. 10 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum, quod esse principium non est contrarium ei quod est esse a principio, nisi intelligatur respectu eiusdem : non enim potest esse aliquid principium eius a quo est sicut a principio. Unde non sequitur quod in Filio sint contrariae proprietates, si sit a Patre sicut a principio et sit principium Spiritus sancti.

 6. ætre principe nÕest pas contraire ˆ celui qui vient du principe ˆ moins quÕon le comprenne par rapport ˆ lui-m�me ; car rien ne peut �tre le principe de ce dont il vient comme dÕun principe. CÕest pourquoi il nÕen dŽcoule pas que dans le Fils il y ait des propriŽtŽs contraires, sÕil Žtait du P�re, comme de son principe et quÕil soit le principe de lÕEsprit saint

q. 10 a. 4 ad 7 Ad septimum dicendum, quod omne quod est in divinis, est commune vel proprium. Sed proprium dupliciter dicitur :  uno modo simpliciter et absolute, quod uni soli convenit, sicut risibile homini;   alio modo dicitur aliquid proprium non simpliciter, sed ad aliquid; ut si dicatur, quod rationale est proprium homini in comparatione ad equum, licet et alii conveniat, scilicet Angelo. Est ergo in divinis aliquid commune quod convenit tribus personis, ut esse Deum et huiusmodi; aliquid quod est proprium simpliciter, quod convenit uni personae tantum; et aliquid quod est proprium quoad aliquid, sicut spirare Spiritum sanctum est proprium patri et Filio per respectum ad Spiritum sanctum; tale enim proprium oportet in divinis poni, etiam si Spiritus sanctus non sit a Filio; quia esse ab alio, adhuc remanet proprium Filio et spiritui sancto in comparatione ad matrem.

 7. Tout ce qui est en Dieu est commun ou propre ; mais on parle de ce qui est propre de deux mani�res :  a) Simplement et absolument ; ce qui convient ˆ un seul, comme le risible ˆ lÕhomme. b) DÕune autre mani�re, on dit que cÕest propre non pas selon lÕabsolu mais selon la relation ; comme si on disait que le raisonnable est propre ˆ lÕhomme en comparaison au cheval, bien quÕil convienne ˆ un autre, comme ˆ lÕange. Donc il y a en Dieu quelque chose de commun qui convient aux trois personnes, comme �tre Dieu, etc. et quelque chose qui est propre selon lÕabsolu ; qui ne convient quÕˆ une seule personne, et ce qui est propre selon un rapport, comme spirer lÕEsprit saint est propre au P�re et au Fils par rapport ˆ lÕEsprit saint ; car il faut placer ce qui est propre en Dieu ainsi, m�me si lÕEsprit saint nÕest pas du Fils ; parce que �tre dÕun autre, demeure encore propre au Fils et ˆ lÕEsprit saint en comparaison de lÕorigine.

q. 10 a. 4 ad 8 Ad octavum dicendum, quod nomen debiti in personis divinis, si quis recte diiudicare velit, non omnino recte sonat; quia debitum quamdam subiectionem et obligationem importat, quae in divinis esse non possunt. Richardus tamen de sancto Victore [in suo III libro de Trin., c. III, et lib. V, c. XVII et XVIII], utitur distinctione amoris gratuiti et debiti; nec intelligit per gratuitum nisi quod non est ab alio, per debitum vero quod ab alio est; secundum quem modum nihil prohibet intelligi eumdem amorem esse gratuitum ut est Patris, debitum vero ut est Filii; idem est enim amor quo Pater et quo Filius amat; sed hunc amorem Filius a Patre habet, Pater vero a nullo.

 8. Le nom de dž dans les personnes divines, si on veut en juger droitement, ne sonne pas tout ˆ fait juste ; parce que ce qui est dž apporte une sujŽtion et une obligation, qui ne peut pas exister en Dieu. Richard de saint Victor cependant (La TrinitŽ, III, c. 3, et V, c. 17 et 18), se sert de la distinction de lÕamour gratuit et de lÕamour dž, et il ne comprend par gratuit que ce qui ne vient pas dÕun autre, par dž ce qui en vient ; de cette mani�re rien nÕemp�che de comprendre que le m�me amour est gratuit, comme il est du P�re, mais dž comme il est du Fils ; car lÕamour par lequel le P�re aime et le Fils aime est identique ; mais le Fils tient cet amour du P�re, mais le P�re de personne.

q. 10 a. 4 ad 9 Ad nonum dicendum, quod Spiritus sanctus est tantum gratuitus amor, secundum quod amori gratuito contraponitur mercenarius amor, quo aliquid non propter seipsum amatur, sed propter aliquem extrinsecum fructum. Secundum vero quod gratuitus amor dicitur, propter hoc quod ab alio sumit originem, non est contra rationem Spiritus sancti quod sit gratuitus amor : nam et ille amor quo per Spiritum sanctum Deum diligimus, originem habet ex his quae nobis a Deo sunt data; et sic nihil prohibet etiam amorem Filii, qui ab alio habet quod amat, Spiritum sanctum esse.

 9. LÕEsprit saint est seulement lÕamour gratuit, selon que lÕamour mercenaire est opposŽ ˆ lÕamour gratuit, par lequel une chose est aimŽe non ˆ cause dÕelle-m�me, mais ˆ cause dÕun gain extŽrieur. Mais selon quÕon parle dÕamour gratuit, du fait quÕil prend son origine dÕun autre ce nÕest pas contre la nature de l'Esprit saint, dÕ�tre cet amour gratuit; car cet amour par lequel nous aimons par lÕEsprit saint tire son origine de ce qui nous a ŽtŽ donnŽ par Dieu, et ainsi rien nÕemp�che aussi lÕamour du Fils, qui tient dÕun autre dÕaimer, dÕ�tre lÕEsprit saint.

q. 10 a. 4 ad 10 Ad decimum dicendum, quod Spiritus sanctus et a Patre procedit in Filium, et a Filio in Patrem, non quidem sicut in recipientem, sed sicut in obiectum amoris. Dicitur enim Spiritus sanctus a Patre in Filium procedere, in quantum est amor quo Pater amat Filium; et simili ratione potest dici quod Spiritus sanctus est a Filio in Patrem, in quantum est amor quo Filius Patrem amat; potest autem intelligi quod procedat a Patre in Filium, in quantum Filius a Patre accipit virtutem Spiritum sanctum spirandi; sed sic non potest dici quod procedat a Filio in Patrem, cum a Filio nihil accipiat Pater.

 10. LÕEsprit saint proc�de du P�re dans le Fils et du Fils dans le P�re, non comme dans celui qui re�oit, mais comme dans un objet dÕamour. Car on dit que lÕEsprit saint proc�de du P�re dans le Fils, en tant quÕil est lÕamour par lequel le P�re aime le Fils, et pour une raison semblable on peut dire que lÕEsprit saint est du Fils dans le P�re, en tant quÕil est lÕamour par lequel le Fils aime le P�re, mais on peut aussi comprendre quÕil proc�de du P�re dans le Fils, en tant que le Fils re�oit du P�re le pouvoir de spirer lÕEsprit saint ; mais ainsi on ne peut pas dire quÕil proc�de du Fils dans le P�re, puisque le P�re ne re�oit rien du Fils.

q. 10 a. 4 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod hoc verbum diligit non solum dicit missionem amoris, sed etiam quamdam affectionem vel dispositionem secundum amorem. Ea vero quae in divinis emissionem dicunt, personaliter tantum accipi possunt, ut generare, spirare et huiusmodi : quae vero non important emissionem, sed magis ad informationem eius pertinent de quo dicuntur, essentialiter in divinis dicuntur, ut esse bonum, intelligentem et huiusmodi. Et inde est quod Spiritus sanctus dicitur diligere non quasi amorem emittens,- sic enim convenit tantum patri et Filio,- sed secundum quod diligere sumitur essentialiter in divinis.

 11. Ce mot : il aime non seulement dit encore la mission de lÕamour, mais aussi une certaine affection ou une disposition selon lÕamour. Ce quÕils appellent Žmission en Dieu, ils peuvent lÕaccepter personnellement seulement, comme engendrer, spirer, etc ; ce qui nÕapporte pas dÕŽmission, mais qui convient plus ˆ lÕinformation de ce dont ils parlent, ils en parlent selon lÕessence, comme �tre bon, intelligent etc. Et de lˆ vient quÕon dit que lÕEsprit saint aime non comme Žmettant lÕamour, Ñ en effet cela convient ainsi seulement au P�re et au Fils Ñ mais dans la mesure o� aimer est pris selon lÕessence en Dieu.

q. 10 a. 4 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod hoc regulariter in sacra Scriptura invenitur, quod id quod dicitur de Patre, oportet quod de Filio intelligatur; et quod dicitur de utroque vel altero eorum, oportet intelligi de spiritu sancto, etiam si dictio exclusiva ponatur, praeter illa tantum quibus personae divinae ab invicem distinguuntur; sicut quod dicitur Ioan. XVII, 3 : haec est vita aeterna : ut cognoscant te, solum Deum verum, et quem misisti Iesum Christum. Non enim potest dici, quod Filio non conveniat esse Deum verum, quod ipse Filius soli patri attribuit; quia cum Pater et Filius unum sint, licet non unus, oportet quod de Patre dicitur, de Filio quoque intelligi. Nec etiam negandum est in cognitione Spiritus sancti vitam aeternam non esse, cum sit una cognitio trium. Similiter autem non est subtrahenda spiritui sancto Patris Filiique cognitio, licet Matth. XI, 27, dicatur : Nemo novit Filium nisi Pater; neque Patrem quis novit nisi Filius. Unde, cum hoc quod est habere ex se Spiritum sanctum procedentem, non pertineat ad rationem Paternitatis et filiationis, quibus Pater et Filius distinguuntur, oportet ut cum dicitur in Evangelio, quod Spiritus sanctus de Patre procedit, in hoc ipso intelligatur quod procedat a Filio.

 12. Il faut dire quÕon trouve rŽguli�rement dans lÕƒcriture sainte, que ce qui est dit du P�re doit �tre compris du Fils ; et ce qui est dit de lÕun et lÕautre ou de lÕun dÕeux, doit �tre compris de lÕEsprit saint, m�me si on place un propos exclusif, au-delˆ de ce par quoi les personnes divines se distinguent entre elles, comme ce qui est dit en Jn. 17, 3 :ÇCÕest la vie Žternelle : quÕils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyŽ, JŽsus ChristÈ. Car on ne peut pas dire quÕil ne convient pas au Fils dÕ�tre le vrai Dieu, ce que le Fils lui-m�me a attribuŽ au P�re seul, parce que, comme le P�re et le Fils sont un, bien quÕils ne soient pas un seul[1039], il faut que ce qui est dit du P�re, soit compris aussi du Fils. Et aussi il ne faut pas nier que dans la connaissance de lÕEsprit saint il nÕy a pas de vie Žternelle, puisquÕil y a une seule connaissance pour les trois. De la m�me mani�re, il ne faut pas soustraire la connaissance quÕont le P�re et le Fils de lÕEsprit saint, bien quÕen Mt. 11, 27 il soit dit : ÇPersonne ne conna”t le Fils, sinon le P�re ; et personne ne conna”t le P�re sinon le FilsÈ. CÕest pourquoi, comme la possession de lÕEsprit saint qui proc�de de soi, ne convient pas ˆ la nature de la PaternitŽ et de la filiation, par lesquelles le P�re et le Fils se distinguent, il faut, comme il est dit dans lÕƒvangile, que par le fait que lÕEsprit saint proc�de du P�re, on comprenne quÕil proc�de du Fils.

q. 10 a. 4 ad 13 Ad decimumtertium dicendum, quod doctrina Catholicae fidei sufficienter tradita fuit in symbolo Nicaeno; unde sancti Patres in sequentibus synodis non intenderunt aliquid addere, sed propter insurgentes haereses id quod implicite continebatur explicare studuerunt; unde in determinatione Chalcedonensis synodi dicitur : Praesens nunc sancta et magna atque universalis synodus praedicationem hanc ab initio inconcussam docens, definivit principaliter trecentorum decem et octo sanctorum patrum, qui scilicet in Nicaea convenerunt fidem manere intentabilem; et propter illos quidem qui adversum Spiritum sanctum pugnant, posteriori tempore a patribus apud Constantinopolim centum quinquaginta congregatis, de substantia Spiritus traditam doctrinam corroborat, quam illi omnibus notam fecerunt, non quasi quidem aliquid esset minus in praecedentibus, inferentes; sed de spiritu sancto intellectum eorum adversus eos qui dominium eius respuere tentaverunt, Scripturarum testimoniis declarantes.

 13. La doctrine de la foi catholique a ŽtŽ suffisamment rapportŽe dans le symbole de NicŽe ; cÕest pourquoi les saints P�res dans les Conciles suivants ne tent�rent point dÕajouter quelque chose, mais ils sÕappliqu�rent ˆ expliquer, ˆ cause des hŽrŽsies qui surgissaient, ce quÕil contenait implicitement. CÕest pourquoi dans la dŽcision, du Concile de ChalcŽdoine, il est dit : Maintenant le prŽsent Concile grand, saint et universel enseignant cette prŽdication inŽbranlable depuis le dŽbut principalement celle des 318 saints P�res, qui se sont rassemblŽs ˆ NicŽe, a dŽcidŽ de maintenir la foi incorruptible ; et ˆ cause de ceux qui combattent contre lÕEsprit saint, plus tard, par les cent cinquante P�res rassemblŽs ˆ Constantinople, il renforce la doctrine rapportŽe sur la substance de lÕEsprit, quÕils ont fait conna”tre ˆ tous, en la rapportant non comme quelque chose dÕinfŽrieur dans les prŽcŽdents Conciles, mais au sujet de lÕEsprit saint en annon�ant par le tŽmoignage des ƒcritures leur concept contre ceux qui tent�rent de repousser leur pouvoir, en proclamant le tŽmoignage des ƒcritures.È

Et per hunc modum dicendum est, quod processio Spiritus sancti a Filio implicite in Symbolo Constantinopolitano continetur, in quantum continetur ibi quod procedit a Patre, quia quod de Patre intelligitur, oportet et de Filio intelligi, cum in nullo differant, nisi quia hic est Filius et ille Pater. Sed propter insurgentes errores eorum qui Spiritum a Filio esse negabant, conveniens fuit ut in symbolo poneretur, non quasi aliquid additum, sed explicite interpretatum quod implicite continebatur. Sicut si insurgeret haeresis quae negaret Spiritum sanctum esse factorem caeli et terrae, oporteret hoc explicite poni, cum in praedicto symbolo hoc non dicatur nisi de Patre. Sicut autem posterior synodus potestatem habet interpretandi symbolum a priore synodo conditum, ac ponendi aliqua ad eius explanationem, ut ex praedictis patet; ita etiam Romanus pontifex hoc sua auctoritate potest, cuius auctoritate sola synodus congregari potest, et a quo sententia synodi confirmatur, et ad ipsum a synodo appellatur. Quae omnia patent ex gestis Chalcedonensis synodi.

Et il faut dire par ce moyen que la procession de lÕEsprit saint du Fils est contenue implicitement dans le Symbole de Constantinople, en tant quÕil contient lˆ quÕil proc�de du P�re, parce que ce quÕon comprend du P�re, il faut le comprendre aussi du Fils ; puisquÕils ne diff�rent en rien, sinon parce que lÕun est le Fils et lÕautre le P�re. Mais ˆ cause des erreurs qui surgissent de la part de ceux qui niaient que lÕEsprit Žtait du Fils, il a ŽtŽ convenable quÕon le place dans le Symbole, non comme quelque chose dÕajoutŽ, mais interprŽtŽ explicitement parce quÕil y Žtait contenu implicitement. De m�me, si se levait une hŽrŽsie qui nierait que lÕEsprit saint soit le CrŽateur du ciel et de la terre, il faudrait lÕexposer explicitement, puisque dans ce symbole on ne le dit que du P�re. Mais de m�me que le Concile suivant a le pouvoir dÕinterprŽter le symbole fondŽ par le prŽcŽdant concile, et de poser quelque chose pour son explicitation, pour quÕil devienne clair ˆ partir de ce qui a ŽtŽ dit, de m�me aussi le Pontife romain le peut par son autoritŽ ; par sa seule autoritŽ il peut rŽunir le Concile et en confirmer lÕavis, et le concile lÕappelle ˆ lui. Tout cela est ŽclairŽ par les actes du Concile de ChalcŽdoine.

Nec est necessarium quod ad eius expositionem faciendam universale Concilium congregetur, cum quandoque id fieri prohibeant bellorum dissidia, sicut in septima synodo legitur, quod Constantinus Augustus dixit, quod propter imminentia bella universaliter episcopos congregare non potuit; sed tamen illi qui convenerunt, quaedam dubia in fide exorta, sequentes sententiam Agathonis Papae, determinaverunt, scilicet quod in Christo sint duae voluntates et duae actiones; et similiter Patres in Chalcedonensi synodo congregati, secuti sunt sententiam Leonis Papae, qui determinavit Christum esse in duabus naturis post incarnationem.

Et il nÕest pas nŽcessaire que pour en faire lÕexposition soit rassemblŽ un Concile universel puisque quelquefois les menaces de guerre emp�chent que ce soit fait, ainsi pour le septi�me Concile, on lit que Constantin Auguste a dit, quÕˆ cause des guerres imminentes il nÕa pas pu ressembler les ƒv�ques du monde entier. Mais cependant ceux qui se rassembl�rent, quelques doutes sÕŽtant ŽlevŽs sur la foi, suivant lÕopinion du Pape Agathon[1040], dŽtermin�rent que dans le Christ il y a deux volontŽs, et deux actions ; et de la m�me mani�re les P�res rassemblŽs au Concile de ChalcŽdoine, ont suivi lÕavis du Pape LŽon[1041], qui dŽtermina que le Christ est dans deux natures apr�s lÕIncarnation.

Attendi tamen debet, quod ex determinatione principalium Conciliorum habetur, quod Spiritus sanctus procedit a Filio. Suscepit enim Chalcedonensis synodus, sicut in eius determinatione dicitur, epistolas beati Cyrilli Alexandrinae Ecclesiae praesulis synodicas ad Nestorium et ad alios per orientem. In quarum una sic legitur : Quoniam ad demonstrationem suae divinitatis Christus utebatur suo spiritu ad magnas operationes, glorificari se dicebat ab eo, velut si quispiam dicat eorum qui secundum nos sunt insita sibi fortitudine vel disciplina, vel de quolibet, quia glorificabunt me. Sic enim et est in subsistentia Spiritus speciali, vel certe intelligitur per se, secundum quod Spiritus est et non Filius; sed tamen non est alienus ab eo : Spiritus enim veritatis nominatur, et est Spiritus veritatis, et profluit ab eo, sicut denique et ex Deo Patre. Nec obstat quod dicit : profluit, et non procedit; quia sicut ex praedictis patet, hoc verbum procedit, est communissimum eorum quae ad originem spectant. Unde quidquid emittitur vel profluit vel quocumque modo exoritur, ex hoc sequitur quod procedat. Habetur etiam in determinatione quinti Concilii Constantinopolitani : Sequimur per omnia sanctos Patres et doctores Ecclesiae, Athanasium, Hilarium, Basilium, Gregorium theologum, et Gregorium Nicaenum, Ambrosium, Augustinum, Theophilum, Ioannem Constantinopolitanum, Gulielmum, Leonem, Proculum; et suscipimus omnia quae de recta fide ad condemnationem haereticorum exposuerunt. Patet autem quia a pluribus horum in doctrina fidei traditum est, quod Spiritus sanctus procedit a Filio; a nullo vero eorum invenitur esse negatum. Unde non est contra Concilia, sed eis consonum, quod Spiritus sanctus procedere dicatur a Filio.

Cependant on doit �tre attentif au fait quÕon sait par la dŽcision des principaux Conciles, que lÕEsprit saint proc�de du Fils. Car le concile de ChalcŽdoine a re�u, comme il est dit dans sa dŽcision, du bienheureux Cyrille qui prŽside lÕŽglise dÕAlexandrie les lettres conciliaires pour Nestorius, et pour dÕautres en orient. Dans lÕune de celles-ci, on peut lire ainsi : ÇPuisque pour la dŽmonstration de sa divinitŽ le Christ se servait de son Esprit en vue de grandes opŽrations, il disait quÕil Žtait glorifiŽ par lui, comme si quelquÕun de ceux qui, selon nous, ont ŽtŽ introduits en lui par force et discipline, ou au sujet de quelque chose disait quÕil me glorifieront. Car ainsi il est dans une subsistance spŽciale de lÕEsprit, ou bien il est compris certainement par soi selon quÕil est lÕEsprit et non le Fils ; mais cependant il ne lui est pas Žtranger ; car il est appelŽ Esprit de vŽritŽ, et il lÕest et il dŽcoule de lui, comme en dernier lieu de Dieu le P�re.È Et rien nÕemp�che quÕil dise il dŽcoule, et non il proc�de ; parce que, comme on le voit de ce qui a ŽtŽ dit, ce mot il proc�de, est le plus commun de ceux qui concernent lÕorigine. CÕest pourquoi, tout ce qui est Žmis ou dŽcoule, proc�de ou sort de quelque mani�re. On trouve aussi dans la conclusion du cinqui�me Concile de Constantinople : ÇNous suivons pour tout les saints P�res et docteurs de lÕƒglise, Athanase, Hilaire, Basile, GrŽgoire le thŽologien (de Naziance) et GrŽgoire de Nysse, Ambroise, Augustin, ThŽophile, Jean de Constantinople, Guillem, LŽon, Procule ; et nous recevons tout ce qui a ŽtŽ exposŽ concernant la foi droite, pour la condamnation des hŽrŽtiquesÈ. Mais il est clair, parce que cela a ŽtŽ rapportŽ par plusieurs dÕentre eux dans la doctrine de la foi, que lÕEsprit saint proc�de du Fils ; et on ne lÕa trouvŽ niŽ par aucun dÕeux. CÕest pourquoi ce nÕest pas contre les Conciles, mais en accord avec eux quÕon dit que lÕEsprit saint proc�de du Fils.

q. 10 a. 4 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod licet hoc huius multipliciter dicatur, tamen in divinis hoc intelligi non potest nisi secundum habitudinem originis. Circa missionem vero sciendum est, quod in hoc omnes doctores conveniunt, quod persona non mittitur nisi quae ab alio est; unde patri, qui a nullo est, penitus non convenit mitti. Sed quantum ad personam a qua fit missio, diversa est doctorum sententia :- Athanasius autem [in epistula contra eos qui dicunt Spiritus sanctus esse creaturam, qui incipit : Littrae tuae sanctissimi] et quidam alii dicunt, quod nulla persona mittitur temporaliter nisi ab illa a qua est aeternaliter, sicut Filius mittitur temporaliter a Patre, a quo ab aeterno processit; et secundum hoc infallibiliter concludi potest, si Spiritus sanctus a Filio mittitur, quod aeternaliter ab eo existat. Quod vero dicitur Filius a spiritu sancto mitti, intelligendum est de Filio secundum humanam naturam, qui a spiritu sancto missus est ad praedicandum; unde significanter dicitur Isai. LXI, 1 : Ad evangelizandum pauperibus misit me; et sic exponit Ambrosius in libro de spiritu sancto [III,cap. I], licet Hilarius [VIII de Trinitate] hoc exponat, ut per Spiritum intelligatur Pater, secundum quod Spiritus aeternaliter sumitur in divinis.- Augustinus vero [lib. De Trin. Et unit.,cap. X] ponit quod persona procedens temporaliter mittatur ab ea etiam a qua aeternaliter non procedit. Nam cum missio divinae personae intelligatur secundum aliquem effectum in creatura, quae est a tota Trinitate, persona Missa a tota Trinitate mittitur; ut in missione non intelligatur auctoritas mittentis ad personam quae mittitur, sed causalitas ad effectum, secundum quem dicitur mitti persona. Non autem excluditur ratio probans Spiritum sanctum a Filio procedere per distinctionem ipsorum, per hoc quod proprietatibus distinguuntur; quia proprietates illae relativae sunt, et distinguere non possunt nisi ad invicem opponantur, sicut ex dictis patet [quaest. 8, a. Ç  et 4].

 14. Bien que ce huius (de celui-ci) soit employŽ de multiples fa�ons, cependant en Dieu on ne peut le comprendre que selon la relation dÕorigine. Mais ˆ propos de la mission, il faut savoir que tous les docteurs sont dÕaccord, que nÕest envoyŽe que la personne qui est dÕun autre ; cÕest pourquoi au P�re, qui ne dŽpend de personne, il ne convient absolument pas dÕ�tre envoyŽ. Mais quant ˆ la personne qui accomplit la mission, lÕavis des docteurs est diverse. Ñ Athanase (dans sa lettre contre ceux qui disent que lÕEsprit saint est une crŽature, qui commence ÇTa lettre, tr�s saint hommeÉÈ) et certains autres disent quÕaucune personne nÕest envoyŽe temporairement que par celle par qui elle est Žternellement, comme le Fils est envoyŽ temporairement par le P�re, duquel il proc�de Žternellement. Et selon cela, on peut conclure infailliblement que si lÕEsprit saint est envoyŽ par le Fils, il existe Žternellement par lui. Mais dire que le Fils est envoyŽ par lÕEsprit saint, doit �tre compris du Fils selon la nature humaine, qui a ŽtŽ envoyŽ par lÕEsprit saint pour pr�cher; cÕest pourquoi il est dit dÕune mani�re expressive, en Is. 61, 1 : ÇIl mÕa envoyŽ pour ŽvangŽliser les pauvresÈ et ainsi lÕexpose Ambroise (LÕEsprit saint, III, 1), bien quÕHilaire (La TrinitŽ, VIII) expose que la P�re est pensŽ ˆ travers lÕEsprit, selon que lÕesprit est assumŽ Žternellement en Dieu. Ñ Mais Augustin (La TrinitŽ et lÕunitŽ, X) pense que la personne qui proc�de temporairement est envoyŽe par celle aussi dÕo� elle ne proc�de pas Žternellement. Car, comme la mission de la personne divine est comprise selon un effet dans la crŽature, qui est de toute la TrinitŽ, la personne envoyŽe lÕest par toute la TrinitŽ ; pour que dans la mission on ne comprenne pas lÕautoritŽ de celui qui envoie pour la personne qui est envoyŽe, mais la causalitŽ pour lÕeffet, selon quÕon dit que la personne est envoyŽe. Et la raison qui prouve que lÕEsprit saint proc�de du Fils par leur distinction nÕest pas exclue par le fait quÕils sont distinguŽs par les propriŽtŽs, parce que celles-ci sont relatives, et ne peuvent distinguer que si elles sont opposŽes entre elles, comme on le voit par ce qui a ŽtŽ dit (qu. 8, a. 3 et 4).

q. 10 a. 4 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod licet Spiritus sanctus sit a duobus, non tamen est compositus, quia illi duo, scilicet Pater et Filius, sunt per essentiam unum.q. 10 a.

 15. Bien que lÕEsprit saint vienne des deux, il nÕest pas cependant composŽ, parce que ces deux, ˆ savoir le P�re et le Fils, existent par une seule essence.

q. 10 a. 4 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod philosophus [lib. I Physic., com. 52] attribuit principiis non esse ab alio, in quantum sunt prima. Principium autem primum, est principium non de principio, quod est Pater.

 16. Le philosophe (Physique, I, 6, 189 a 30[1042]) a assignŽ aux principes de ne pas dŽpendre dÕun autre, en tant quÕils sont premiers. Mais le principe premier (pour ainsi dire) est principe mais pas dÕun principe qui est le P�re.

q. 10 a. 4 ad 17 Ad decimumseptimum dicendum, quod licet voluntas moveat intellectum ad aliquid intelligendum, non tamen voluntas aliquid velle potest, nisi sit praeintellectum; unde cum non sit procedere in infinitum, oportet devenire ad hoc quod intellectus aliquid intelligit naturaliter non ex imperio voluntatis. Filius autem procedit a Patre naturaliter; unde quamvis procedat per modum intellectus, non sequitur quod sit a spiritu sancto, sed e converso.

 17. Bien que la volontŽ pousse lÕesprit pour penser, elle ne peut cependant vouloir que ce qui est connu dÕavance : cÕest pourquoi comme on ne peut pas procŽder ˆ lÕinfini, il faut en arriver ˆ ce que lÕintellect pense naturellement non par le pouvoir de la volontŽ. Mais le Fils proc�de du P�re naturellement ; cÕest pourquoi bien quÕil proc�de par mode dÕintellect, il nÕen dŽcoule pas quÕil vienne de lÕEsprit saint, mais cÕest le contraire.

q. 10 a. 4 ad 18 Ad decimumoctavum dicendum, quod Spiritus sanctus potest dici quiescere in Filio tripliciter :  uno modo secundum humanam naturam, secundum illud Is., XI, 1 : Egredietur virga de radice Iesse, et flos de radice eius ascendet, et requiescet super eum Spiritus domini.

 18. On peut dire que lÕEsprit saint se repose dans le Fils de trois mani�res :   a) Selon la nature humaine, dÕapr�s cette parole dÕIsa•e (11, 1) : ÇUn rameau sortira de la souche de JessŽ et une fleur montera de sa souche, et lÕEsprit du Seigneur reposera sur lui.È

Alio modo, ut intelligatur Spiritus in Filio requiescere, quia virtus spirativa a Patre datur Filio, et ultra non protenditur.   Tertio modo secundum quod amor dicitur requiescere in amato, in quo quietatur amantis affectus. Nullo autem istorum modorum excluditur processio Spiritus sancti a Filio.

b) Pour quÕon comprenne que lÕEsprit se repose dans le Fils, parce que le pouvoir de spirer est donnŽ au Fils par le P�re, et ne sÕŽtend pas au-delˆ. c) Selon quÕon dit que lÕamour se repose dans lÕaimŽ, en qui lÕaffection de de celui qui aime se repose. Mais par aucune de ces mani�res nÕest exclue du Fils la procession de lÕEsprit saint dans le Fils.

q. 10 a. 4 ad 19 Ad decimumnonum dicendum, quod non repugnat simplicitati Spiritus sancti, quod procedit a duobus, scilicet Patre et Filio, cum sint per essentiam unum.

 19. Que lÕEsprit saint proc�de des deux, ˆ savoir quÕil proc�de du P�re et du Fils, puisquÕils existent par une seule essence ne sÕoppose pas ˆ sa simplicitŽ.

q. 10 a. 4 ad 20 Ad vicesimum dicendum, quod eadem est perfectio Patris et Filii : unde per hoc quod Spiritus sanctus procedit a Patre perfecte, non excluditur quin procedat a Filio; alioquin sequeretur quod creatura non creetur a Filio cum perfecte creetur a Patre.

 20. La perfection du P�re et celle du Fils sont identiques ; cÕest pourquoi par le fait que lÕEsprit saint proc�de du P�re parfaitement, il nÕest pas exclu quÕil proc�de du Fils, autrement il en dŽcoulerait que la crŽature ne serait pas crŽŽe par le Fils, puisquÕelle est crŽŽe parfaitement par le P�re.

q. 10 a. 4 ad 21 Ad vicesimumprimum dicendum, quod unitas essentiae non inducit confusionem personarum; unde ex unitate essentiae non possunt concludi illa quae repugnant distinctioni relativae; et sic ex hoc quod Pater et Spiritus sanctus sunt unum, non potest concludi quod Filius sit a spiritu sancto, licet Filius sit a Patre : quia Spiritus sanctus est ab eo; et iterum quia sequeretur quod Spiritus sanctus esset Pater, cum nihil aliud sit esse Patrem quam habere Filium de se procedentem.

 21. LÕunitŽ de lÕessence nÕinduit pas la confusion des personnes ; cÕest pourquoi de lÕunitŽ de lÕessence, on ne peut pas tirer des conclusions sur ce qui sÕoppose ˆ la distinction relative ; et ainsi du fait que le P�re et lÕEsprit saint sont un, on ne peut pas conclure que le Fils soit de lÕEsprit saint, bien que le Fils soit du P�re, parce que lÕEsprit saint est de lui, et ˆ nouveau parce quÕil en dŽcoulerait que lÕEsprit saint serait le P�re, alors quÕ�tre P�re ce nÕest rien dÕautre quÕavoir un Fils qui proc�de de soi.

q. 10 a. 4 ad 22 Ad vicesimumsecundum dicendum, quod splendor est a radio, cum nihil aliud sit quam reverberatio radii ad corpus clarum; et tamen splendor Filio attribuitur, Heb. I, 3 : Cum sit splendor gloriae.

 22. La splendeur vient du rayon, puisquÕelle nÕest rien dÕautre que la rŽflexion du rayon dans un corps clair ; et cependant la splendeur est attribuŽe au Fils : HŽbr. 1, 3 : ÇPuisquÕil est la splendeur du P�reÉÈ

q. 10 a. 4 ad 23 Ad vicesimumtertium dicendum, quod calor est a splendore : nam corpora caelestia in istis inferioribus per suos radios causant calorem.

 23. La chaleur vient de la splendeur ; car les corps cŽlestes causent la chaleur par leurs rayons dans ces (corps) infŽrieurs.

q. 10 a. 4 ad 24 Ad vicesimumquartum dicendum, quod positio Nestorianorum fuit quod Spiritus sanctus non sit a Filio; unde in quodam symbolo Nestorianorum, condemnato in I Ephesina synodo, dicitur sic : Spiritum sanctum neque Filium putamus, neque per Filium essentiam accepisse. Propter quod Cyrillus contra Nestorium, in epistola praedicta, posuit Spiritum sanctum esse a Filio. Theodorus vero, in quadam epistola ad Ioannem Antiochenum sic dicit : Spiritus sanctus non ex Filio aut per Filium habens substantiam, sed procedens quidem a Patre; Spiritus vero Filii, eo quod et ei consubstantialis sit, nominatus. Haec autem verba Theodorus praedictus imponit Cyrillo, tamquam ab eo sint dicta in epistola quam ad Ioannem Antiochenum scripsit, licet in illa epistola hoc non legatur; sed dicitur ibi sic : Spiritus Dei Patris procedit quidem ex ipso, est autem et a Filio non alienus secundum unius essentiae rationem. Hanc autem Theodori sententiam secutus est postmodum Damascenus, quamvis dogmata eiusdem Theodori sint in quinta synodo condemnata. Unde in hoc non est standum sententiae Damasceni.

 24. La position des Nestoriens[1043] a ŽtŽ que lÕEsprit saint nÕest pas du Fils ; cÕest pourquoi, dans un symbole des Nestoriens, condamnŽ au premier Concile dÕƒph�se; il est dit ainsi : ÇNous pensons que lÕEsprit saint nÕa pas re�u le Fils, ni son essence par le Fils. È CÕest pourquoi Cyrille dans la lettre contre Nestorius dont on a parlŽ, a Žtabli que lÕEsprit saint Žtait du Fils. Mais ThŽodoret, dans une lettre ˆ Jean dÕAntioche (Epist. 171) dit ainsi : ÇLÕEsprit saint nÕest pas du Fils ou nÕa pas sa substance par le Fils, mais il proc�de du P�re ; et il a ŽtŽ nommŽ lÕEsprit du Fils, parce quÕil lui est consubstantielÈ. Mais ces paroles, ThŽodoret dont on a parlŽ, les attribue ˆ Cyrille comme dites par lui dans une lettre quÕil Žcrivit ˆ Jean dÕAntioche, bien quÕon ne les lise pas dans cette lettre ; mais il y est dit ainsi : ÇLÕEsprit de Dieu le P�re proc�de de lui, il nÕest pas Žtranger au Fils selon la nature dÕune unique essence.È Et par la suite Damasc�ne[1044] a suivi cette opinion de ThŽodoret, quoique ses dogmes soient condamnŽs dans le cinqui�me Concile. CÕest pourquoi dans ce cas il ne faut pas sÕen tenir ˆ lÕopinion de Jean Damasc�ne.

 

 

 

Article 5 Ð L'Esprit saint demeurerait-il distinct du Fils, s'il ne procŽdait pas de lui ?

q. 10 a. 5 tit. 1 Quinto quaeritur utrum Spiritus sanctus a Filio remaneret distinctus, si ab eo non procederet.  Et videtur quod sic.

Il semble que oui[1045].

 

Objections :

q.  10 a. 5 arg. 1 Dicit enim Richardus de sancto Victore [IV de Trin., cap. XIII,et XV], quod personae secundum originem differunt, quod unus originem habet, alter origine caret : vel si originem habet, tamen origo unius differt ab origine alterius. Sed alia est origo Spiritus sancti, alia est origo Filii : nam Spiritus sanctus procedit quasi spiratus, Filius autem quasi genitus. Ergo Spiritus sanctus personaliter differt a Filio, etiam si ab eo non procederet, propter originem diversam.

1. Richard de Saint Victor dit en effet (la TrinitŽ, IV, ch. 13 et 15) que les personnes diff�rent selon leur origine, parce que l'une a une origine, l'autre nÕen a pas ; ou bien, si elle a une origine, lÕorigine de lÕune est cependant diffŽrente de celle de l'autre. Mais l'origine de l'Esprit saint est diffŽrente de celle du Fils ; car l'Esprit saint proc�de comme spirŽ, mais le Fils comme engendrŽ. Donc l'Esprit saint diff�re personnellement du Fils, m�me s'il ne procŽdait pas de lui, ˆ cause d'une origine diffŽrente.

q.  10 a. 5 arg. 2 Item, Anselmus dicit [lib., de processione Spiritus sanctus] : habet utique a Patre esse Filius ac Spiritus sanctus, sed diversimode ; quia alter nascendo, alter procedendo, ut alii per hoc sint ad invicem ; et postea subdit : nam si per aliud non essent plures Filius et Spiritus sanctus, per hoc solum essent diversi. Ergo etsi Spiritus sanctus a Filio non procederet, tamen remaneret personaliter distinctus a Filio propter diversum originis modum.

2. Anselme dit (La procession de l'Esprit saint, 4, PL 158, 292 C) : ÇLe Fils et l'Esprit saint ont rŽellement l'�tre du P�re, mais de mani�res diffŽrentes ; parce que l'un lÕa en naissant, l'autre en procŽdant, pour quÕils soient diffŽrents lÕun de l'autreÈ et ensuite, il ajoute : ÇCar si le Fils et l'Esprit saint n'Žtaient pas plusieurs par un autre, ils ne seraient seulement diffŽrents que par cela.È Donc, m�me si l'Esprit saint ne procŽdait pas du Fils, cependant il demeurerait personnellement distinct de lui, ˆ cause du mode diffŽrent de son origine.

q.  10 a. 5 arg. 3 Item, in divinis personae distinguuntur propter hoc quod una est ab alia secundum aliquem originis modum. Sed secundum unum originis modum una persona in divinis procedit. Ergo si sunt duo modi originis, erunt duae personae procedentes, etiam si una ab altera non procedat. Constat autem quod secundum alium modum originis procedit Filius a Patre, et secundum alium Spiritus sanctus. Ergo Filius et Spiritus sanctus personaliter ab invicem distinguuntur, etiam dato quod unus ab alio non procedat.

3. En Dieu, les personnes se distinguent parce que l'une est par l'autre, selon un certain mode d'origine. Mais une seule personne proc�de en Dieu selon un seul mode. Donc s'il y a deux modes d'origine, il y aura deux personnes qui proc�dent, m�me si l'une ne proc�de pas de l'autre. Mais il est clair que le Fils proc�de du P�re selon un mode d'origine et l'Esprit saint selon un autre. Donc le Fils et l'Esprit se distinguent personnellement l'un de l'autre, m�me si on Žtablit que l'un ne proc�de pas de l'autre.

q.  10 a. 5 arg. 4 Item, impossibile est quod aliqua hypostasis secundum unam naturam pluribus processionibus procedat, quia hypostasis per id quod procedit, naturam accipit ; unde Filius habet duas nativitates secundum duas naturas. Sed in divinis sunt duae processiones, una quae est per modum nativitatis, alia quae est per modum spirationis. Impossibile est ergo quod una et eadem persona his duabus processionibus procedat. Necessarium est ergo quod sint duae personae distinctae, quae his duabus processionibus procedant. Ergo Spiritus sanctus remanet personaliter distinctus a Filio, etiam si ab eo non procedat.

4. Il est impossible qu'une hypostase proc�de selon une seule nature par plusieurs processions, parce qu'elle re�oit sa nature par ce qui proc�de ; c'est pourquoi le Fils a deux naissances, selon les deux natures, mais en Dieu, il y a deux processions, l'une par mode de naissance, l'autre par celui de spiration. Donc il est impossible qu'une seule et m�me personne proc�de par les deux processions. Donc, il est nŽcessaire qu'il y ait deux personnes distinctes qui proc�dent par ces deux processions. Donc l'Esprit saint demeure personnellement distinct du Fils, m�me s'il ne proc�de pas de lui.

q.  10 a. 5 arg. 5 Item relationes aeternae in divinis non sunt accidentes neque assistentes, sed subsistentes personae. Illud ergo ad quod sequitur pluralitas relationum in divinis, sufficit ad personarum distinctionem. Sed diversitas actionum secundum speciem sufficit ad diversas relationes ; ex hac enim actione quae est gubernatio, consequitur relatio dominii ; ex illa vero actione quae est generatio, sequitur alia relatio, quae est paternitas : sicut etiam ad diversas quantitates secundum speciem consequuntur diversae relationes ; ad binarium enim consequitur relatio dupli, et ad ternarium relatio tripli. Processiones autem in divinis significantur per modum actionum. Si ergo sunt duae processiones, oportet quod sint duae relationes consequentes processiones. Ergo oportet quod sint duae personae ; et sic idem quod prius.

5. Les relations Žternelles en Dieu ne sont ni accidentelles ni assistantes[1046], mais des personnes subsistantes. Donc ce ˆ quoi aboutit la pluralitŽ des relations en Dieu, suffit pour la distinction des personnes. Mais la diversitŽ des actions en esp�ce suffit ˆ des relations diffŽrentes ; car de cette action dŽcoule la relation du pouvoir qui est une direction ; mais de cette action qui est la gŽnŽration dŽcoule une autre relation qui est la paternitŽ ; comme aussi diverses relations aboutissent ˆ diverses quantitŽs en lÕesp�ce : car pour deux dŽcoule la relation de double et pour trois la relation du triple. Mais les processions en Dieu sont signifiŽes par le mode des actions. Donc sÕil y a deux processions, il faut quÕil y ait deux relations qui accompagnent les processions. Donc il faut que ce soit deux personnes, ainsi de m�me que plus haut.

q.  10 a. 5 arg. 6 Item, processio perfectius invenitur in divinis quam in rebus creatis : unde apostolus ad Ephes. III, 15, dicit, quod ex Patre caelesti omnis Paternitas in caelo et in terra nominatur. In rebus autem creatis processio sufficit ad distinguendum supposita procedentia : nam alia processione sive nativitate alius homo nascitur. Ergo in divinis processionis differentia sufficit ad distinguendum personas divinas, scilicet Filium et Spiritum sanctum.

6. On trouve une procession plus parfaite en Dieu que dans les crŽatures ; cÕest pourquoi lÕAp™tre dit aux ƒphŽsiens (3, 15) que cÕest ˆ partir du P�re cŽleste que : Ç Toute PaternitŽ tire son nom au ciel et sur terre.È Dans les crŽatures la procession suffit pour distinguer les supp™ts qui proc�dent ; car un autre homme na”t par une autre procession ou une autre naissance. Donc en Dieu la diffŽrence de procession suffit pour distinguer les personnes divines ˆ savoir le Fils et lÕEsprit saint.

q.  10 a. 5 arg. 7 Item, non est idem procedere per modum naturae quod procedere per modum amoris. Sed nomine Filii designatur persona procedens per modum naturae : nomine autem Spiritus sancti designatur persona procedens per modum amoris. Ergo Spiritus sanctus distinguetur a Filio, etiam si ab ipso non procedat per solam processionis differentiam.

7. Ce nÕest pas la m�me chose de procŽder par mode de nature et par mode dÕamour. Mais on donne le nom de Fils ˆ la personne qui proc�de par mode de nature. On donne le nom dÕEsprit saint ˆ celle qui proc�de par mode dÕamour. Donc celui-ci se distingue du Fils m�me sÕil proc�de de lui par la seule diffŽrence de procession.

q.  10 a. 5 arg. 8 Item, in Patre invenitur activa generatio et activa spiratio. Sed generare et spirare, in divinis distinguunt personas. Ergo sicut Filius est a Patre ut persona distincta per hoc quod a Patre generatur ; ita Spiritus sanctus est a Patre ut persona distincta, per hoc quod a Patre spiratur. Sic ergo sunt tres personae in divinis, etiam si Spiritus sanctus a Filio non procedat.

8. Dans le P�re, on trouve une gŽnŽration active et une spiration active. Mais engendrer et spirer ne distinguent pas les personnes. Donc, de m�me que le Fils est du P�re, comme personne distincte, par le fait quÕil est engendrŽ par lui, de m�me lÕEsprit saint est du P�re, comme personne distincte par le fait quÕil est spirŽ par lui. Ainsi donc, il y a trois personnes en Dieu, m�me si lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils.

q.  10 a. 5 arg. 9 Item, Anselmus in Lib. de processione Spiritus sancti, [cap., quod incipit, Diligentius] dicit, quod Spiritus sanctus ita perfecte est a Patre sicut a Patre et Filio. Sed a Patre et a Filio est sicut distinctus ab utroque. Ergo si a Patre solo esset, remaneret ab utroque distinctus.

9. Anselme, dans le livre de la Procession de lÕEsprit saint (chapitre XVII qui commence : Diligentius, PL 158, 310 D) dit que lÕEsprit saint est aussi parfait quÕil soit du P�re ou quÕil soit du P�re et du Fils ; mais il est du P�re et du Fils comme distinct de lÕun et lÕautre. Donc sÕil Žtait seulement du P�re, il demeurerait distinct de lÕun et lÕautre.

q.  10 a. 5 arg. 10 Item, Pater est sufficiens et perfectum principium. Perfectum autem principium alicuius non indiget alio ad perfecte producendum id cuius est principium. Ergo Pater non indiget Filio ad hoc quod producat tertiam personam, scilicet Spiritum sanctum : ergo dato quod Spiritus sanctus non procederet a Filio, adhuc essent tres personae distinctae in divinis.

10. De m�me, le P�re est principe suffisant et parfait. Mais le principe parfait dÕune chose nÕa pas besoin dÕun autre pour produire parfaitement ce dont il est le principe. Donc le P�re nÕa pas besoin du Fils pour produire une troisi�me personne, ˆ savoir lÕEsprit saint ; donc m�me si on considŽrait que lÕEsprit saint ne procŽderait pas du Fils, il y aurait encore trois personnes distinctes en Dieu.

q.  10 a. 5 arg. 11 Item, remoto posteriori non removetur de necessitate prius ; sicut remoto homine non removetur animal. De personis autem divinis tria dicuntur, scilicet processio, communio et germanitas. Ratio autem processionis praecedit rationem communionis et etiam rationem germanitatis. In divinis autem non esset communio vel germanitas, nisi esset pluralitas personarum, quae per processionem multiplicantur. Ergo, remota communione et germanitate in divinis, adhuc remanet processio. Licet ergo Patris et Filii non sit communio ad spirandum Spiritum sanctum, neque sit germanitas Spiritus sancti ad Filium in hoc quod ab ipso procedat, adhuc remanet processio Spiritus sancti a Patre ; et ita remanent tres personae distinctae, scilicet duae procedentes, et una a qua procedit.

11. De m�me, si on exclut ce qui est apr�s, on nÕexclut pas nŽcessairement ce qui est avant ; ainsi, si on exclut lÕhomme, on nÕexclut pas lÕanimal. Mais on parle de trois [concepts] ˆ propos des personnes divines, c'est-ˆ-dire la procession, la communion et la parentŽ. Mais la raison de la procession prŽc�de celle de la communion et aussi celle de la parentŽ. Mais en Dieu il nÕy aurait pas de communion ou de parentŽ, sÕil nÕy avait pas la pluralitŽ des personnes qui sont multipliŽes par la procession. Donc, si on exclut la communion et la parentŽ, demeure encore la procession. Donc, m�me sÕil nÕy a pas de communion du P�re et du Fils pour spirer lÕEsprit saint, ni de parentŽ de lÕEsprit saint au Fils, du fait quÕil proc�de de lui, la procession de lÕEsprit saint du P�re demeure encore ; et ainsi les trois personnes demeurent distinctes, ˆ savoir deux qui proc�dent et une dÕo� elles proc�dent.

q.  10 a. 5 arg. 12 Item, in divinis dicuntur proprietates, relationes et notiones. Ratio autem proprietatis prius est quam ratio relationis vel notionis, quia prius est intelligere personas constitutas proprietatibus personalibus quam quod ad invicem referantur vel innotescant. Remotis etiam relationibus, adhuc remanent proprietates constituentes personas. Ergo quamvis Spiritus sanctus non referatur ad Filium ut ab eo existens, adhuc tamen Filius et Spiritus sanctus erunt personae distinctae per suas proprietates.

12. En Dieu on parle de propriŽtŽs, de relations et de notions ; mais la raison de la propriŽtŽ est avant celle de la relation ou de la notion, parce que comprendre les personnes constituŽes par les propriŽtŽs personnelles est avant quÕelles se rŽf�rent lÕune ˆ lÕautre ou quÕelles se fassent conna”tre. Mais si on exclut les relations, les propriŽtŽs qui constituent les personnes demeurent encore. Donc quoique lÕEsprit saint ne se rŽf�re pas au Fils comme existant par lui, cependant le Fils et lÕEsprit saint seront des personnes distinctes par leurs propriŽtŽs.

q.  10 a. 5 arg. 13 Item, filiatio est proprietas Filii constituens personam ipsius ; processio autem est proprietas Spiritus sancti, eius personam constituens. Filiatio autem non est processio, nec ei opponitur relative. Ergo remota omni relatione Spiritus sancti ad Filium, adhuc remanebunt Filius et Spiritus sanctus personae distinctae.

13. La filiation est la propriŽtŽ du Fils qui constitue sa personne, et la procession est celle de lÕEsprit saint qui constitue la sienne. Mais la filiation nÕest pas une procession et ne lui est pas relativement opposŽe. Donc si on exclut toute relation de lÕEsprit saint au Fils, le Fils et lÕEsprit saint demeureront encore des personnes distinctes.

q.  10 a. 5 arg. 14 Item, multi posuerunt Spiritum sanctum a Filio non procedere, qui tamen tres personas in divinis posuerunt, sicut patet de Graecis. Ergo quamvis Spiritus sanctus a Filio non procedat, adhuc remanet a Filio distinctus.

14. Beaucoup ont pensŽ que lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils, qui cependant ont pensŽ quÕil y avait trois personnes en Dieu, comme on le voit chez les Grecs. Donc quoique lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils, il demeure encore distinct du Fils.

q.  10 a. 5 arg. 15 Item, Damascenus dicit [lib. I, c. XI] : Spiritum sanctum ex Patre dicimus procedere ; non autem ex Filio, sed Spiritum Filii nominamus. Ergo quamvis a Filio non procedat, adhuc remanet quod sit Spiritus Filii ; et ita remanet quod sit ab eo distinctus.

15 De m�me Damasc�ne[1047] dit (Livre I, ch. 11) : ÇNous disons que lÕEsprit saint proc�de du P�re, mais non du Fils, mais nous lÕappelons lÕEsprit du FilsÈ. Donc, quoiquÕil ne proc�de pas du Fils encore, il demeure quÕil est lÕEsprit saint ; et ainsi quÕil est distinct de lui.

q.  10 a. 5 arg. 16 Item, sancti Graeci loquentes de Filio et spiritu sancto secundum similitudinem corporalium, dicunt esse sicut duos radios Paternae claritatis, et sicut duos rivos fontis divinitatis qui est in Patre, et sicut duos flores Paternae naturae. Sed radii, rivi et flores distinguuntur ab invicem, etiam si unus ab altero non sit. Ergo et Filius et Spiritus sanctus distinguuntur ab invicem.

16. Les P�res Grecs parlant du Fils et de lÕEsprit saint en se servant dÕimages corporelles, disent quÕil y a deux rayons de lumi�re du P�re ; et comme deux cours dÕeau dÕune source divine qui est dans le P�re, et comme deux fleurs dÕune nature Paternelle ; mais les rayons, les cours dÕeau et les fleurs se distinguent les uns des autres, m�me si lÕun ne vient pas dÕun autre. Donc le Fils et lÕEsprit saint se distinguent entre eux.

 

En sens contraire :

q.  10 a. 5 s. c. 1 Sed contra. Bo‘tius dicit [in libro de Trinitate], quod in divinis sola relatio multiplicat Trinitatem. Sed, si Spiritus sanctus non procedit a Filio, non erit aliqua relatio Spiritus sancti ad Filium. Ergo non distinguetur secundum numerum personae ab eo.

1. Bo�ce (La TrinitŽ) dit quÕen Dieu, seule la relation multiplie la TrinitŽ. Mais si lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils, il nÕy aura pas de relation de lÕEsprit saint au Fils. Donc il ne se distinguera pas de lui selon le nombre de personnes.

q. 10 a. 5 s. c. 2 Item, Anselmus [in libro de processione Spiritus sancti, cap. II] dicit, quod Pater et Filius in omnibus unum sunt, nisi in his in quibus distinguit inter eos relationis oppositio ; et hoc propter essentiae unitatem. Sed similiter est una essentia Filii et Spiritus sancti. Ergo in omnibus unum sunt, nisi in his in quibus dividit inter eos relationis oppositio. Sed si Spiritus sanctus non sit a Filio, nullo modo dividit inter eos relationis oppositio. Ergo nullo modo erunt distincti ab invicem.

 2. Anselme (La procession de lÕEsprit saint, II, PL 158, 288 C) dit que le P�re et le Fils sont un en tous, sinon en ce en quoi lÕopposition de la relation les distingue entre eux et cela ˆ cause de lÕunitŽ de lÕessence. Mais de la m�me mani�re lÕessence du Fils et de lÕEsprit saint est une. Donc ils sont un en tous, sinon en ce en quoi lÕopposition de la relation les divise entre eux. Mais si lÕEsprit saint nÕest pas du Fils, en aucune mani�re lÕopposition de la relation ne les divise entre eux. Donc ils ne se distingueront entre eux en aucune mani�re.

q.  10 a. 5 s. c. 3 Item, Richardus de sancto Victore [V de Trinit., cap. XIV] dicit, quod non potest esse in Trinitate nisi una sola persona quae sit ab una persona tantum. Si autem Spiritus sanctus non sit a Filio ; sicut Filius est ab una persona sola, scilicet a Patre, ita et Spiritus sanctus. Ergo et Filius et Spiritus sanctus erunt una sola persona.

3. Richard de Saint Victor (La TrinitŽ, V, c. 14) dit quÕil ne peut y avoir dans la TrinitŽ quÕune seule personne qui nÕest que dÕune autre personne seulement. Mais si lÕEsprit saint nÕest pas du Fils, de m�me que le Fils est dÕune personne seule ˆ savoir le P�re, lÕEsprit saint aussi. Donc le Fils et lÕEsprit saint seront une seule personne.

q.  10 a. 5 s. c. 4 Item [in eodem libro, cap. I], dicit, quod non potest in divinis esse nisi unus solus qui de se procedentem non habeat. Si autem Spiritus sanctus a Filio non procedit ; sicut Spiritus sanctus non habet de se procedentem, ita nec Filius habebit. Ergo Filius et Spiritus sanctus erunt unus solus.

4. (Dans le m�me livre, c. 1) il dit quÕil ne peut y avoir en Dieu quÕun seul qui nÕa pas quelquÕun qui proc�de de lui. Mais si lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils, de m�me quÕil nÕa personne qui proc�de de lui, le Fils nÕaura personne non plus. Donc le Fils et lÕEsprit saint seront un seul.

q.  10 a. 5 s. c. 5 Item, ubicumque personae per relationes distinguuntur, oportet referri quod personaliter distinguitur. In divinis autem personae per relationes distinguuntur : non enim possunt per aliquod absolutum distingui. Ergo quod non refertur, non distinguitur. Sed si Spiritus sanctus non procedit a Filio, non refertur ad ipsum. Ergo non distinguitur personaliter ab eo.

5. Partout o� les personnes se distinguent par les relations, il faut que ce qui est en relation se distingue selon les personnes. Mais en Dieu les personnes se distinguent par les relations ; car elles ne peuvent pas se distinguer par lÕabsolu[1048]. Donc ce qui nÕest pas rŽfŽrŽ ne se distingue pas. Mais si lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils, il nÕa pas de relation avec lui. Donc il nÕest pas distinguŽ personnellement de lui.

q.  10 a. 5 s. c. 6 Item, unum oppositorum non distinguit id cui inest, nisi ab eo in quo est reliquum oppositum ; sicut per albedinem non distinguitur aliquid nisi ab eo in quo est nigredo. Ergo et relatio non distinguit id in quo est nisi ab eo in quo est opposita relatio. Propria autem relatio Spiritus sancti, per quam personaliter distinguitur, est processio. Non ergo personaliter distinguitur nisi ab eo in quo est opposita relatio, quae est activa spiratio ; quae non est in Filio, si Spiritus sanctus non sit a Filio. Ergo si Spiritus sanctus non sit a Filio, non distinguitur personaliter ab eo.

6. Un des opposŽs nÕa distinguŽ ce en quoi il est que par ce en quoi il est un reste opposŽ ; ainsi une chose ne se distingue par la blancheur, que par ce en quoi il y a du noir. Donc la relation ne se distingue pas ce en quoi elle est que par ce en quoi il y a une relation opposŽe. Mais la propre relation de lÕEsprit saint, par laquelle il est distinguŽ personnellement, cÕest la procession. Donc il nÕest distinguŽ personnellement que par ce en quoi il y a la relation opposŽe, qui est la spiration active ; qui nÕest pas dans le Fils, si lÕEsprit saint ne vient pas du Fils. Donc si lÕEsprit saint nÕest pas du Fils, il nÕest pas distinguŽ personnellement de lui.

q.  10 a. 5 s. c. 7 Item, ad relationem pertinentia in divinis sunt duo in communi, a quo alius, et qui ab alio. Sed a quo alius non distinguitur personaliter per diversum modum originis : nam eadem persona Patris est a qua est Filius per generationem et Spiritus sanctus per processionem. Ergo nec qui est ab alio per spirationem, scilicet Spiritus sanctus, distinguitur ab eo qui est ab alio per generationem, scilicet a Filio.

7. Ce qui convient ˆ la relation en Dieu a deux expressions en commun, celui par qui il est autre, et celui qui est dÕun autre. Mais celui par qui il est autre ne se distingue pas personnellement par un mode diffŽrent dÕorigine ; car la m�me personne du P�re est celle par laquelle le Fils est par gŽnŽration et lÕEsprit saint par procession. Donc celui qui vient dÕun autre par spiration, ˆ savoir lÕEsprit saint, ne se distingue pas de celui qui vient dÕun autre par gŽnŽration, ˆ savoir le Fils.

q.  10 a. 5 s. c. 8 Item, Richardus [VI libro de Trinitate, cap. VI], assignans differentiam inter duas processiones Filii et Spiritus sancti, dicit : Communio maiestatis fuit, ut sic dicam, causa originis unius, scilicet Filii ; communio amoris fuit causa originis alterius ; scilicet Spiritus sancti. Non esset autem processio Spiritus sancti ex communione amoris, nisi Pater et Filius mutuo se amarent, et sic Spiritus sanctus ab eis procederet. Ergo si Spiritus sanctus a Filio non procederet, non esset differentia inter processionem Spiritus sancti et generationem Filii, et sic neque personaliter Spiritus sanctus esset a Filio distinctus.

8. Richard (La TrinitŽ, VI, 6), assignant une diffŽrence entre les deux processions du Fils et de lÕEsprit saint, dit : ÇLa communion de la majestŽ a ŽtŽ, pour ainsi dire, la cause de lÕorigine de lÕun, ˆ savoir le Fils ; la communion de lÕamour a ŽtŽ la cause de lÕorigine de lÕautre ;È ˆ savoir lÕEsprit saint. Il nÕy aurait eu de procession de lÕEsprit saint par la communion dÕamour, que si le P�re et le Fils sÕaimaient dÕun amour rŽciproque, et si lÕEsprit saint procŽdait dÕeux. Donc si lÕEsprit saint ne procŽdait pas du Fils, il nÕy aurait pas de diffŽrence entre la procession de lÕEsprit saint et la gŽnŽration du Fils, et ainsi lÕEsprit saint ne se distinguerait pas non plus personnellement du Fils.

 

RŽponse :

q. 10 a. 5 co. Respondeo. Dicendum quod, si quis recte consideret dicta Graecorum, inveniet quod a nobis magis differunt in verbis quam in sensu. Non enim concedunt Spiritum sanctum a Filio procedere, vel propter ignorantiam vel proterviam seu calumniam, vel propter quamcumque aliam causam ; concedunt tamen Spiritum sanctum esse Spiritum Filii, et esse a Patre per Filium : quod non posset dici, si processio Spiritus sancti omnino esset a Filio absoluta. Unde datur intelligi quod etiam ipsi Graeci processionem Spiritus sancti aliquem ordinem ad Filium habere intelligunt.

Si quelquÕun consid�re sŽrieusement les paroles des Grecs, il trouvera quÕelles diff�rent des n™tres plus dans les mots que dans le sens. Car ils ne conc�dent pas que lÕEsprit saint proc�de du Fils, ˆ cause de lÕignorance, de lÕinsolence ou de la calomnie, ou pour quelque autre cause ; ils conc�dent cependant que lÕEsprit saint est lÕEsprit du Fils, et vient du P�re par le Fils, ce quÕon ne pourrait pas dire, si la procession de lÕEsprit saint Žtait tout ˆ fait affranchie du fils. CÕest pourquoi il est donnŽ ˆ comprendre que m�me les Grecs con�oivent que la procession de lÕEsprit saint a rapport au Fils.

Dico autem, quod si Spiritus sanctus non sit a Filio, nec aliquo modo Filius sit principium processionis Spiritus sancti, impossibile est quod Spiritus sanctus a Filio personaliter distinguatur, et etiam impossibile est quod processio Spiritus sancti differat a Filii generatione. Quod quidem manifestum est, si quis consideret ea ex quibus aliqui divinarum personarum distinctionem manifestant. Loquuntur enim quidam de distinctione personarum secundum relationes ; alii vero secundum modos originis ; quidam autem per comparationem ad essentialia attributa.

Et je dis que si lÕEsprit saint nÕest pas du Fils, et si de quelque mani�re le Fils nÕest pas le principe de la procession de lÕEsprit saint, il est impossible que lÕEsprit saint soit personnellement distinguŽ du Fils, et il est aussi impossible que sa procession diff�re de la gŽnŽration du Fils. Ce qui est Žvident, si on consid�re ce par quoi certains interpr�tent la distinction des personnes divines. Certains parlent en effet de la distinction des personnes selon les relations, dÕautres selon les modes dÕorigine, certain par comparaison aux attributs essentiels.

Si ergo consideremus modum distinguendi personas per relationes, manifeste apparet quod Spiritus sanctus personaliter a Filio distingui non potest, si ab eo non procedat :   primo quidem, quia distinctio aliquorum ab invicem non proprie potest esse nisi vel propter divisionem materialem seu quantitativam, vel propter divisionem formalem. Distinctio autem secundum materialem et quantitativam divisionem, invenitur in corporalibus rebus, in quibus eiusdem speciei sunt individua plura ex eo quod forma speciei in diversis partibus materiae secundum quantitatem divisionis invenitur : unde et si aliquod est individuum quod constat ex tota materia, in qua possibile est esse formam speciei, impossibile est quod illius speciei sint individua plura, sicut probat Aristoteles de Mundo, in principio [com. 95, et seq.]. Hunc autem modum distinctionis omnino oportet a divinis removeri, cum in Deo non sit materia nec quantitas corporalis. Distinctio autem aliquorum habentium unam naturam saltem generis, per divisionem formalem esse non potest nisi ratione alicuius oppositionis. Unde invenimus quod cuiuslibet generis differentiae sunt oppositae.

Si donc nous considŽrons la mani�re pour distinguer les personnes par les relations, il appara”t manifestement que lÕEsprit saint ne peut pas �tre distinguŽ personnellement du Fils, sÕil ne proc�de pas de lui :  a) Premi�rement, parce que la distinction de ces choses entre elles ne peut ˆ proprement parler exister que ou bien ˆ cause dÕune division matŽrielle, ou quantitative, ou bien ˆ cause dÕune division formelle. Mais la distinction selon la mati�re ou la division quantitative se trouve dans ce qui est corporel, lˆ o� il y a plusieurs individus de la m�me esp�ce du fait que la forme de lÕesp�ce se trouve en diverses parties de la mati�re selon la quantitŽ de la division : cÕest pourquoi si une chose est composŽe de toute la mati�re, dans laquelle il est possible quÕil y ait la forme de lÕesp�ce, il est impossible quÕil y ait plusieurs individus de cette esp�ce ; comme le prouve Aristote (au commencement du Ciel et le monde ; com. 95 et ss.). Mais ce mode de distinction doit absolument �tre exclu de Dieu, puisquÕen lui il nÕy a ni mati�re ni quantitŽ physique. Et la distinction de ce qui a une seule nature, au moins en genre, ne peut exister par division formelle que par lÕexistence dÕune opposition. CÕest pourquoi nous trouvons que les diffŽrences de nÕimporte quel genre sont opposŽes

Et ideo in natura divina non potest nec esse nec intelligi aliqua distinctio, cum sit una non solum genere sed numero, nisi per aliquam oppositionem. Unde cum personae distinguantur in divinis, oportet quod hoc sit per aliquam oppositionem relativam, quia alia oppositio in divinis esse non potest : et hoc satis manifeste apparet. Nam quantumcumque aliqua dividantur secundum rationem diversam, sicut essentialia attributa, non distinguunt personas quia ad invicem non opponuntur. Sic etiam plures notiones inveniuntur in una persona divina, propter hoc quod oppositionem ad invicem non habent, sicut in Patre : scilicet innascibilitas, paternitas, et spiratio activa. Ibi enim primo invenitur distinctio ubi primo occurrit oppositio relativa, sicut in hoc quod est esse Patrem et Filium. Ubi ergo non est oppositio relativa in divinis, non potest esse realis distinctio, quae est distinctio personalis.

Et ainsi dans la nature divine il ne peut nÕy avoir de distinction et on ne peut la comprendre, puisquÕelle est unique non seulement en genre mais en nombre que par une opposition. CÕest pourquoi comme les personnes se distinguent en Dieu, il faut que cela se fasse par une opposition relative, parce quÕil ne peut pas y avoir dÕautre opposition en Dieu. Et cela est suffisamment clair. Car chaque fois que des choses sont divisŽes selon une raison diffŽrente, comme les attributs essentiels, ils ne distinguent pas les personnes, parce quÕelles ne sÕopposent pas entre elles. Ainsi plusieurs notions se trouvent aussi dans une seule personne divine, parce quÕelles nÕont pas dÕopposition entre elles, comme dans le P�re ; ˆ savoir lÕinnascibilitŽ, la paternitŽ et la spiration active. Car on trouve dÕabord une distinction lˆ o� arrive dÕabord une opposition relative, comme dans le fait dÕ�tre P�re et Fils. Donc lˆ o� il nÕy a pas dÕopposition relative en Dieu il ne peut pas y avoir une distinction rŽelle, qui est une distinction personnelle.

Si autem Spiritus sanctus non procedit a Filio, non erit oppositio aliqua inter Filium et Spiritum sanctum, et ita non distinguetur personaliter Spiritus sanctus a Filio. Nec potest dici, quod ad talem distinctionem faciendam sufficiat oppositio affirmationis et negationis ; quia talis oppositio sequitur distinctionem, non autem distinctionem causat, cum existens ab altero distinguatur per aliquid sibi inhaerens substantialiter vel accidentaliter ; quod autem hoc non sit hoc, sequitur ex hoc quod distincta sunt. Similiter etiam patet quod veritas cuiuslibet negativae in existentibus supra veritatem affirmativae fundatur : sicut veritas huius negativae Ç Aethiops non est albus È, fundatur supra veritatem huius affirmativae Ç Aethiops est niger È. Et ideo oportet omnem differentiam quae est per oppositionem affirmationis et negationis, reduci in differentiam alicuius affirmativae oppositionis. Unde non potest esse prima distinctionis ratio inter Filium et Spiritum sanctum ex hoc quod Filius est genitus, non spiratus ; alius spiratus, non genitus nisi praeintelligatur distinctio inter generationem et spirationem, et inter Filium et Spiritum sanctum, per aliquam oppositionem duarum affirmationum.

Mais si lÕEsprit saint ne proc�de pas du Fils, il nÕy aura pas dÕopposition entre eux et ainsi lÕEsprit saint ne se distingue pas du Fils. Et on ne peut pas dire que pour Žtablir une telle distinction, lÕopposition de lÕaffirmation et de la nŽgation suffise ; parce quÕune telle opposition suit la distinction, mais ne la cause pas, puisque ce qui existe par un autre se distingue par quelque chose qui lui est inhŽrent substantiellement ou accidentellement ; mais que ceci ne soit pas cela, dŽcoule de ce quÕils sont distincts. De la m�me mani�re il est clair que la vŽritŽ de nÕimporte quelle nŽgation dans ce qui existe est fondŽe sur la vŽritŽ de cette affirmation ; ainsi la vŽritŽ de cette nŽgation : ÇLÕƒthiopien nÕest pas blancÈ est fondŽe sur la vŽritŽ de cette affirmation : ÇLÕƒthiopien est noirÈ. Et cÕest pourquoi il faut que toute diffŽrence qui est par opposition dÕune affirmation et dÕune nŽgation soit ramenŽe ˆ la diffŽrence dÕune opposition affirmative. CÕest pourquoi la raison premi�re de la distinction ne peut pas exister entre le Fils et lÕEsprit saint du fait que le Fils est engendrŽ et non pas spirŽ ; lÕautre est spirŽ et nÕest engendrŽ que si on comprenne auparavant une distinction entre le gŽnŽration et la spiration, et entre le Fils et lÕEsprit saint, par une opposition des deux affirmations.

Secundo, quia, secundum Augustinum, [in lib. VI de trinit., cap. II] in divinis quod dicitur absolute, est commune tribus personis. Unde relinquitur quod divinarum personarum distinctio esse non possit nisi secundum id quod ad aliquid dicitur ; haec enim duo praedicamenta sunt in divinis. Prima autem distinctio quae in divinis secundum relationem invenitur, est per haec duo, a quo alius, et qui a nullo. Si autem alterum eorum subdistinguendum est, scilicet quod est ab alio, oportet quod subdistinguatur per ea quae sunt eiusdem rationis. Ut enim philosophus docet [VIII Metaph.], si quis in subdividendo utatur his quae sunt per accidens et non per se, non rectum divisionis ordinem sequitur ; sicut si diceretur : animalium aliud est rationale aliud irrationale ; irrationalium vero aliud album, aliud nigrum ; non esset recta divisio, quia cum ex his quae sunt per accidens, non fiat unum simpliciter, ultima species, ex differentiis multis constituta, non esset unum simpliciter.

b) Deuxi�mement, parce que, dÕapr�s Augustin (la TrinitŽ, VI, 2), en Dieu, ce quÕon dit dans lÕabsolu est commun aux trois personnes. CÕest pourquoi il reste que la distinction des personnes ne peut exister que selon ce qui est appelŽ relation, car il y a deux catŽgories en Dieu. La distinction premi�re qui se trouve en Dieu selon la relation, est par ces deux expressions, celui par lequel il est autre et celui qui ne vient de personne. Mais sÕil faut distinguer lÕun dÕeux, ˆ savoir quÕil est dÕun autre, il faut quÕil se distingue par ce qui est dÕune m�me nature. En effet, comme lÕenseigne le philosophe (MŽtaphysique, VIII), si quelquÕun en distinguant se sert de ce qui est par accident, et non par soi, il en dŽcoule un ordre de division incorrect, comme si on disait : lÕun des animaux est raisonnable, lÕautre sans raison ; parmi les non raisonnables lÕun est blanc, lÕautre noir ; ce ne serait pas une division correcte, parce que, comme lÕunitŽ ne se fait absolument pas par les accidents, la derni�re esp�ce, constituŽe de nombreuses diffŽrences, ne serait absolument pas une unitŽ.

Oportet ergo, si in divinis qui est ab alio distinguatur vel subdividatur, quod hoc sit per differentias eiusdem rationis, ut videlicet eorum quae sunt ab alio, unus eorum ab eorum altero sit ; et hoc importat differentia processionum, quae significatur cum dicitur quod unus procedit per generationem, alius per spirationem. Unde Richardus [V de Trin., cap10] hoc modo distinguit procedentem ab alio, quod unus habeat alium de se procedentem, alius vero non.

Il faut donc, si en Dieu celui qui est dÕun autre se distingue ou se sŽpare, que ce soit par des diffŽrences de m�me nature, comme par exemple, parmi ceux qui dŽpendant dÕun autre, lÕun dÕeux soit de lÕun des deux parmi eux, et cela la diffŽrence des processions lÕapporte, ce quÕon signifie quand on dit que lÕun proc�de par gŽnŽration, lÕautre par spiration. CÕest pourquoi Richard (La TrinitŽ, V, 10) a distinguŽ de cette mani�re celui qui proc�de de lÕautre, parce que lÕun en a un autre qui proc�de de lui, mais pas lÕautre.

Tertio, quia cum in Patre sint duae relationes, scilicet paternitas et activa spiratio, sola paternitas constituit personam Patris : unde dicitur proprietas sive relatio personalis ; spiratio vero activa est relatio personae non personalis, quasi personae iam constitutae superveniens. Ex quo patet quod generatio activa, sive Paternitas, secundum ordinem intelligendi, praesupponitur ad spirationem. Oportet ergo quod similiter filiatio, quae Paternitati per oppositionem respondet, secundum aliquem ordinem praesupponatur ad spirationem passivam, quae est processio Spiritus sancti. Aut ergo ita quod spiratio passiva intelligatur supervenire filiationi in eadem persona, sicut spiratio activa Paternitati : et sic erit in eadem persona spirati et nati, sicut generantis et spirantis ; aut oportet quod aliquem alium ordinem habeat filiatio ad spirationem passivam. Non est autem ordo in divinis nisi naturae, secundum quod aliquis est ab aliquo, ut dicit Augustinus [ lib. De Trin. et unit., cap ; XIII]. Unde relinquitur quod vel sit una persona Filii et Spiritus sancti spirati, vel quod Spiritus sanctus sit a Filio.

c) Troisi�mement, parce que, comme dans le P�re il y a deux relations, ˆ savoir la paternitŽ et la spiration active, seule la paternitŽ constitue la personne du P�re ; cÕest pourquoi on lÕappelle propriŽtŽ ou relation personnelle, mais la spiration active est une relation non personnelle de la personne, comme sÕajoutant ˆ la personne dŽjˆ constituŽe. Cela montre clairement que la gŽnŽration active, ou la PaternitŽ, selon la mani�re de les comprendre, sont prŽsupposŽes ˆ la spiration. Il faut donc que de la m�me mani�re la filiation, qui rŽpond par opposition ˆ la PaternitŽ, soit prŽsupposŽe selon un certain ordre ˆ la spiration passive, qui est la procession de lÕEsprit saint. Ou bien donc de sorte que la spiration passive soit comprise comme arrivant en plus ˆ la filiation, dans la m�me personne, comme la spiration active ˆ la PaternitŽ ; et ainsi elle sera dans la m�me personne de celui qui est spirŽ et nŽ, comme de celui qui engendre et qui spire ; ou bien il faut que la filiation ait quelque autre rapport ˆ la spiration passive. Mais il nÕy a dÕordre en Dieu que de la nature, selon que lÕun est dÕun autre ; comme le dit Augustin (La TrinitŽ et lÕunitŽ, ch. 13). CÕest pourquoi il reste que ou bien le Fils et lÕEsprit saint sont une seule personne, ou bien lÕEsprit saint est du Fils.

Si quis autem distinctionem divinarum personarum per ipsam originem consideret, non per relationes originis, idem sequitur ; sicut ex his quae dicentur apparebit.

B. Ð Si quelquÕun considŽrait la distinction des personnes divines par leur origine, non par les relations dÕorigine, la consŽquence serait la m�me ; comme ce quÕon va dire va le montrer.

Primo quidem, quia si quis proprietatem divinae naturae consideret, impossibile est in Deo esse pluralitatem personarum nisi per hoc quod una ab alia oriatur, nullo autem modo per hoc quod duae oriuntur ab una. Quod patet, si quis consideret qualiter in diversis rebus distinctio invenitur. In rebus enim materialibus, in quibus possibile est fieri multiplicationem per divisionem materiae et quantitatis, ut dictum est, possibile est duo individua unius speciei ex aequo se habere, sicut et duae partes quantitatis ex aequo se habent ; ubi autem invenitur prima differentia secundum formam, ibi impossibile est quod aliquo duo se habeant ex aequo. Ut enim philosophus dicit [VIII Metaph., comm. 10], formae rerum sunt sicut numeri, in quibus variantur species per unitatis additionem vel subtractionem : et formales rerum differentiae consistunt in quodam perfectionis ordine. Nam planta specie differt a lapide in hoc quod superaddit vitam ; animal vero brutum a planta in hoc quod superaddit sensum : homo vero a bruto in hoc quod superaddit rationem. Et ideo in rebus immaterialibus, in quibus non potest esse multiplicatio secundum divisionem materiae, impossibile est quod sit pluralitas nisi cum ordine quodam. In substantiis quidem immaterialibus creatis est ordo perfectionis, secundum quod unus Angelus est perfectioris naturae quam alius. Et quia quidam philosophi crediderunt quod omnis natura imperfecta crearetur a perfectiori, ideo dixerunt quod in substantiis separatis non potest esse multiplicatio nisi per causam et causatum : quod tamen recta fides non tenet, quia credimus, ex ordine divinae sapientiae, differentes ordines substantiarum immaterialium productos esse.

a) Premi�rement, parce que si on consid�re la propriŽtŽ de la nature divine, il est impossible quÕil y ait en Dieu pluralitŽ de personnes, sinon que lÕune vienne de lÕautre, mais en aucune mani�re du fait que deux viennent dÕune seule. Ce qui est clair, si on consid�re de quelle mani�re sÕŽtablit la distinction dans diverses choses. Car dans ce qui est matŽriel, en quoi il est possible que se fasse la multiplication par la division de la mati�re, et de la quantitŽ, comme on lÕa dit, il est possible que deux individus dÕune m�me esp�ce se comportent de la m�me mani�re, comme deux parties de quantitŽ Žgale ; mais o� on trouve une premi�re diffŽrence selon la forme, lˆ il est impossible que deux �tres se comportent ˆ ŽgalitŽ. Comme, en effet, le philosophe le dit (MŽtaphysique, VIII, 3, 1043 b 33[1049]), les formes des choses sont comme les nombres, dans lesquels les esp�ces varient par addition ou soustraction dÕune unitŽ : et les diffŽrences formelles consistent dans un certain ordre de perfection. Car la plante diff�re en esp�ce de la pierre du fait quÕelle ajoute la vie ; lÕanimal diff�re de la plante du fait quÕil ajoute la sensation ; et lÕhomme diff�re de lÕanimal du fait quÕil rajoute la raison. Et cÕest pourquoi dans les �tres immatŽriels en qui il nÕy a pas de multiplication par la division de la mati�re, il est impossible quÕil y ait pluralitŽ, sinon avec un certain ordre. Dans les substances immatŽrielles crŽŽs, il y a un ordre de perfection selon quÕun ange est dÕune nature plus parfaite quÕun autre. Et parce que certains philosophes ont cru que tout nature imparfaite serait crŽŽes par une plus parfait, ils ont dit que, dans les substances sŽparŽes, il ne peut y avoir de multiplication que par la cause et lÕeffet ; ce que cependant la foi droite nÕaffirme pas parce que nous croyons que les diffŽrents ordres dans les substances immatŽrielles ont ŽtŽ produits par lÕordre de la sagesse divine.

Cum autem in divinis non possit esse ordo perfectionis, ut Ariani posuerunt,- dicentes Patrem Filio esse maiorem, et utrumque spiritu sancto,- relinquitur quod pluralitas in divinis personis esse non potest nec intelligi nisi secundum ordinem originis solum, ut scilicet Filius sit a Patre, et Spiritus sanctus a Filio. Si enim Spiritus sanctus non esset a Filio, ex aequo respiceret Patrem quantum ad originem ; unde vel non essent duae personae ; vel esset ordo inter eos perfectionis secundum Arianos ; vel esset inter eos materialis divisio ; quod est impossibile. Et hanc rationem sequens Hilarius dicit [in libro de Synodis], quod ponere in divinis duos ingenitos, id est non ab aliquo existentes, est ponere duos deos ; quia si non sit multiplicatio per originis ordinem, oportet quod sit per ordinem naturarum. Et ideo eadem est ratio, si inter Filium et Spiritum sanctum originis ordo non ponatur.

Et comme en Dieu il ne peut pas y avoir dÕordre dans la perfection, comme les Ariens lÕont pensŽ, Ñ disant que le P�re Žtait plus grand que le Fils, et lÕun et lÕautre plus grand que lÕEsprit saint Ñ il reste que la pluralitŽ dans les personnes divines ne peut exister ni �tre comprise que selon la relation dÕorigine seulement, ˆ savoir le Fils est par le P�re, et lÕEsprit saint par le Fils. Car si lÕEsprit saint nÕŽtait pas par fils, il ne considŽrerait pas le P�re ˆ ŽgalitŽ quant ˆ lÕorigine ; cÕest pourquoi il nÕy aurait pas deux personnes, ou bien il y aurait un ordre de perfection entre elles selon les Ariens ; ou bien il y aurait entre elles une division matŽrielle, ce qui est impossible. Et Hilaire suivant cette raison, (dans le livre des Synodes) dit que, penser quÕen Dieu il y a deux [personnes] qui ne sont pas engendrŽs, cÕest-ˆ-dire qui nÕexistent pas par un autre, cÕest Žtablir quÕil y a deux dieux ; parce que sÕil nÕy a pas de multiplication par lÕordre dÕorigine, il faut que ce soit par lÕordre des natures ; et ainsi cÕest la m�me raison, si entre le Fils et lÕEsprit saint, on ne place pas dÕordre dÕorigine.

Secundo, quia quod procedit ab uno naturaliter, oportet esse unum : natura enim semper ad unum se habet ; sed quae procedunt ab aliquo per voluntatem operantem, possunt esse plura, licet sint ab uno : sicut ab uno Deo diversae creaturae processerunt secundum voluntatem ipsius. Constat autem quod Filius procedit a Patre naturaliter et non per voluntatem, ut Ariani dixerunt ; et hoc ideo quia Hilarius dicit [in libro de Synodis] : quod naturaliter procedit ab aliquo, est tale quale est ipsum a quo procedit ; quod autem procedit ab aliquo secundum voluntatem agentem, non est tale quale est illud a quo procedit, sed quale vult esse illud. Filius autem talis est qualis est Pater ; creaturae vero sunt tales quales Deus voluit eas esse. Unde Filius est a Patre naturaliter, creaturae autem ab eo per voluntatem. Similiter autem et Spiritus sanctus talis est qualis est Pater ; non enim est creatura, ut Arius et Macedonius dixerunt. Unde oportet quod naturaliter a Patre procedat ; propter quod dicitur ab Athanasio et aliis sanctis esse naturalis Spiritus Patris et Filii. Impossibile est ergo quod Filius et Spiritus sanctus procedant a Patre nisi hoc modo quod a solo Patre procedit unus solus, scilicet Filius ; et a Patre et Filio, in quantum unum sunt, unus Spiritus sanctus.

b) Deuxi�mement, parce que ce qui proc�de dÕun seul naturellement, doit �tre un ; car la nature se comporte toujours vis-ˆ-vis de lÕunitŽ ; mais ces �tres qui proc�dent de quelque chose par une volontŽ en acte, peuvent �tre plusieurs, bien quÕils soient que dÕun seul : ainsi dÕun seul Dieu ont procŽdŽ diverses crŽatures selon sa volontŽ. Mais il est clair que le Fils proc�de du P�re par nature, et non par volontŽ, comme les Ariens lÕont dit, et cÕest pour cela quÕHilaire a dit (dans le livre des Synodes) : ÇCe qui proc�de naturellement de quelquÕun est tel quÕest celui dont il proc�de ; mais ce qui proc�de de quelquÕun selon une volontŽ agente, nÕest pas tel quÕest celui de qui il proc�de, mais tel quÕil le veut.È Ainsi le Fils est tel que le P�re ; et les crŽatures sont telles que Dieu a voulu quÕelles soient. CÕest pourquoi le Fils vient du P�re par nature, mais les crŽatures par sa volontŽ. De la m�me mani�re, lÕEsprit saint est tel que le P�re, car il nÕest pas une crŽature, comme Arius et MacŽdonius lÕont dit. CÕest pourquoi il faut quÕil proc�de naturellement du P�re ; cÕest pourquoi Athanase ainsi que dÕautres saints disent, quÕil est lÕEsprit naturel du P�re et du Fils. Il est donc impossible que le Fils et lÕEsprit saint proc�dent du P�re sinon de cette mani�re quÕun seul proc�de du seul P�re, ˆ savoir le Fils, et du P�re et du Fils en tant quÕils sont un, un seul Esprit saint.

Tertio, quia, sicut Richardus [in V de Trin., qap. IX] probat, impossibile est quod in divinis sit mediataprocessio. Cum enim quaelibet divina persona sit in alia, oportet quod quaelibet divina persona immediate ad aliam ordinetur. Si autem Filius et Spiritus sanctus essent a Patre absque hoc quod Spiritus sanctus esset a Filio, Spiritus sancti ad Filium non esset immediatus ordo : non enim ordinaretur ad invicem nisi mediante uno a quo existerent, sicut duo fratres ab uno Patre geniti. Unde impossibile est quod Filius et Spiritus sanctus hoc modo sint a Patre, sicut duae personae distinctae, quod unus eorum non sit ab alio.

c) Troisi�mement, parce que, comme Richard le prouve (la TrinitŽ, V, 11), il est impossible quÕen Dieu il y ait une procession intermŽdiaire. En effet, comme nÕimporte quelle personne divine est dans une autre, il faut quÕelles soient ordonnŽes ˆ lÕautre sans intermŽdiaire. Mais si le Fils et lÕEsprit saint Žtaient du P�re sans que lÕEsprit saint soit du Fils, le rapport de lÕEsprit saint au Fils ne serait pas immŽdiat ; car ils ne seraient ordonnŽs entre eux que par un intermŽdiaire par lequel ils existeraient, comme deux fr�res engendrŽs par un seul P�re. CÕest pourquoi il est impossible que le Fils et lÕEsprit saint soient du P�re de cette mani�re, comme deux personnes distinctes, parce que lÕun dÕeux nÕest pas de lÕautre.

C. Ñ Si vero aliquis consideret distinctionem personarum per ordinem ad attributa essentialia, patet etiam quod idem sequitur.  Primo quidem, quia secundum hoc dicitur, quod Filius procedit per modum naturae, Spiritus autem sanctus per modum voluntatis. Nam semper processio naturae est principium et origo cuiuslibet alterius processionis ; omnia enim quae per artem et voluntatem vel intellectum fiunt, procedunt ab his quae secundum naturam sunt. Et ideo Richardus dicit [VI libro de Trinitate, capit. XVIII], quod inter omnes procedendi modos constat primum locum tenere et ceteris principaliorem esse illum modum procedendi qui est Filii a Patre. Nam nisi iste praecesserit, ceterorum nullus existendi locum habebit omnino.

C. Ñ Si quelquÕun considŽrait la distinction des personnes par lÕordre aux attributs essentiels, il est clair aussi quÕil en dŽcoule la m�me chose. a) Premi�rement, parce que selon cela il est dit que le fils proc�de par mode de nature, et lÕEsprit saint par mode de volontŽ. Car toujours la procession de nature est le principe et lÕorigine de nÕimporte quelle autre procession ; car tout ce qui est fait par art, volontŽ ou intellect proc�de de ce qui est naturel. Et cÕest pourquoi Richard dit (La TrinitŽ, VI, 17), quÕentre tous les modes de procŽder, il est clair que tenir la premi�re place et �tre plus important pour les autres est ce mode de procŽder qui est du Fils par le P�re. Car si cela nÕavait prŽcŽdŽ, aucun des autres nÕaurait eu tout ˆ fait lieu dÕexister.

Secundo manifestum est si dicatur, quod Filius procedit processione intellectuali ut Verbum, Spiritus autem sanctus processione voluntatis ut amor. Non enim potest esse nec intelligi quod amor sit alicuius quod non est in intellectu praeconceptum : unde quilibet amor est ab aliquo verbo, loquendo de amore in intellectuali natura.

b) Deuxi�mement, il est Žvident que, si on dit que le Fils proc�de dÕune procession intellectuelle, comme Verbe, lÕEsprit saint proc�de par une procession de volontŽ comme amour. Car il nÕest pas possible et on ne peut comprendre que lÕamour soit de quelquÕun qui nÕest pas prŽcon�u dans lÕintellect ; cÕest pourquoi nÕimporte quel amour, est par un verbe, si on parle de lÕamour dans la nature intellectuelle.

Tertio idem apparet, si Spiritum sanctum dicamus esse vivificum quoddam spiramen divinitatis, ut dicit Athanasius. Omnis enim motus et actio vitae ordinatur per intellectum, nisi ex imperfectione naturae contrarium accidat.

c) Troisi�mement, la m�me chose appara”t si nous disons que lÕEsprit saint est quelque spiration vivificatrice de la divinitŽ, comme le dit Athanase. Car tout mouvement et action de vie sont ordonnŽs par lÕintellect ˆ moins que nÕarrive le contraire par lÕimperfection de la nature.

Unde ex omnibus supradictis datur intelligi, quod nec Spiritus sanctus esset alius a Filio si ab eo non procederet, nec spiratio esset aliud a generatione.

CÕest pourquoi par tout ce qui a ŽtŽ dit, il est donnŽ ˆ comprendre que lÕEsprit saint ne serait pas autre que le Fils sÕil ne procŽdait pas de lui, la spiration ne serait pas autre chose que la gŽnŽration.

 

Solutions :

q. 10 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Spiritus sanctus distinguitur substantialiter a Filio in hoc quod origo unius differt ab origine alterius ; sed ipsa differentia originis est per hoc quod Filius est a Patre solo, Spiritus autem sanctus a Patre et Filio. Quod patet per Richardum de sancto Victore qui in II de Trin.[libro V, capit. XX] dicit : Notandum, quod huiusmodi differentia proprietatum in solo consistit numero producentium ; nam prima earum habet esse a nulla alia, altera ab una sola, tertia vero a gemina.

 1. LÕEsprit saint se distingue substantiellement du fils du fait que lÕorigine de lÕun diff�re de celle de lÕautre, mais la diffŽrence dÕorigine elle-m�me vient du fait que le Fils est du seul P�re, mais lÕEsprit saint du P�re et du Fils. Ce quÕŽclaire Richard (La TrinitŽ, II, livre, V, 20) qui dit ÇIl faut noter quÕune telle diffŽrence des propriŽtŽs consiste dans le seul nombre de ceux qui produisent ; car la premi�re dÕentre elles a lÕ�tre dÕaucun autre, lÕautre dÕune seule, mais la troisi�me des deux.È

q. 10 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod id quod dicit Anselmus, quod Filius et Spiritus sanctus per hoc solum ad invicem distinguuntur quod diverso modo procedunt, est omnino verum ; sed, sicut ostensum est, diverso modo procedere non possent, nisi Spiritus sanctus a Filio esset ; unde remoto quod Spiritus sanctus non sit a Filio, omnino distinctio Spiritus sancti removetur a Filio. Est autem intentio Anselmi [in lib. De processione Spirtus sanctus] prius ponere ea in quibus nos convenimus cum negantibus Spiritum sanctum a Filio esse, qui tamen Spiritum sanctum a Filio dicunt distingui. Unde verba praedicta Anselmi inducta sunt magis ut disputativa suppositio quam veritatis definitio.

 2. Ce que dit Anselme, que le Fils et lÕEsprit saint par le seul fait quÕils se distinguent entre eux. Par le fait quÕils proc�dent de mani�re diffŽrente, est tout ˆ fait vrai ; mais comme on lÕa montrŽ, ils ne pourraient procŽder dÕune mani�re diffŽrente que si lÕEsprit saint Žtait du Fils, cÕest pourquoi si on exclut que lÕEsprit saint nÕest pas du Fils, la distinction de lÕEsprit saint est tout ˆ fait exclue du Fils. CÕest le dessein dÕAnselme, (le livre de la Procession de lÕEsprit saint) de placer avant ce en quoi nous sommes en accord avec ceux qui nient que lÕEsprit saint vient du Fils, qui cependant disent quÕil en est distinguŽ. CÕest pourquoi les mots dÕAnselme ci-dessus, sont induits plus comme une controverse que comme une dŽfinition de la vŽritŽ.

q. 10 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod bene sequitur si sunt duo modi originis in divinis, quod sunt duae personae procedentes ; sed duo modi originis esse non possunt nisi per hoc quod Spiritus sanctus procedit a Filio, ut ostensum est.

 3. Il dŽcoule bien, sÕil y deux modes dÕorigine en Dieu, quÕil y a deux personnes qui proc�dent ; mais il ne peut y avoir deux modes dÕorigine que parce que lÕEsprit saint proc�de du Fils, comme on lÕa montrŽ.

q. 10 a. 5 ad 4 Et similiter dicendum ad quartum.

 4. Il faut dire de m�me.

q. 10 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod non oportet quod tot sint personae subsistentes in divinis, quot sunt relationes : nam in una persona Patris sunt duae relationes, scilicet Paternitas, per quam refertur ad Filium, et communis spiratio, per quam refertur ad Spiritum sanctum : paternitatis enim relatio constituit personam subsistentem ; sed relatio communis spirationis non est proprietas personam constituens, sed relatio personae subsistenti inhaerens. Unde non sequitur, si ex generatione et processione consequuntur duae relationes, quod propter hoc sint tantum duae personae subsistentes. Potest etiam responderi, quod non sunt duae processiones nisi unus procedentium sit ab alio, ut dictum est.

 5. Il ne faut pas quÕil y ait en Dieu autant de personnes quÕil y a de relations subsistantes; car dans la seule personne du P�re, il y a deux relations ; c'est-ˆ-dire la PaternitŽ, par laquelle il se rŽf�re au Fils, et la spiration commune, par laquelle il se rŽf�re ˆ lÕEsprit saint : car la relation de paternitŽ a constituŽ une personne subsistante ; mais la relation commune de la spiration nÕest pas la propriŽtŽ qui constitue une personne, mais la relation inhŽrente ˆ la personne qui subsiste. CÕest pourquoi il nÕen dŽcoule pas si deux relations arrivent par gŽnŽration et procession quÕˆ cause de cela il y ait seulement deux personnes subsistantes. Aussi on peut rŽpondre que ce ne sont pas deux processions sinon que lÕun de ceux qui proc�de est dÕun autre, comme on lÕa dit.

q. 10 a. 5 ad 6 Et per hoc patet solutio ad sextum.

 6. Et par lˆ para”t la solution ˆ la sixi�me objection.

q. 10 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum, quod illud quod procedit per modum amoris, oportet quod procedat ab eo quod procedit per modum naturae, ut ex dictis patet.

 7. Ce qui proc�de par mode dÕamour, doit procŽder de ce qui proc�de par mode de nature, comme cela se voit par ce qui a ŽtŽ dit.

q. 10 a. 5 ad 8 Ad octavum dicendum, quod spiratio distinguit Spiritum sanctum a spirante, sicut generatio generatum a generante ; non tamen ex hoc sequitur quod spiratus a generato distinguatur, cum et spirans et generans sint idem. Nec propter hoc quod idem non potest duabus processionibus diversis procedere : sed processiones in divinis non possunt esse diversae, nisi per hoc quod unus procedentium est ab alio, ut ostensum est [art. praec.].

 8. La spiration a distinguŽ lÕEsprit saint de celui qui spire, comme la gŽnŽration celui qui est engendrŽ de celui qui engendre ; cependant il nÕen dŽcoule pas que celui qui est spirŽ soit distinguŽ de celui qui est engendrŽ, puisque celui qui spire et celui qui engendre sont le m�me. Et ce nÕest pas ˆ cause de cela que le m�me ne peut pas procŽder par deux processions diffŽrentes : mais les processions en Dieu ne peuvent �tre diffŽrentes que par le fait que lÕun de ceux qui proc�dent est dÕun autre, comme on lÕa montrŽ (article prŽcŽdant).

q. 10 a. 5 ad 9 Ad nonum dicendum, quod Spiritus sanctus ita perfecte est a Patre, sicut a Patre et Filio ; non tamen propter hoc quod est a Patre, a Filio distinguitur, sed propter hoc quod est a Filio.

 9. LÕEsprit saint est aussi parfaitement du P�re que du P�re et Fils ; ce nÕest pas cependant par le fait quÕil est du P�re, quÕil est distinguŽ du Fils, mais parce quÕil est du Fils.

q. 10 a. 5 ad 10 Ad decimum dicendum, quod Pater est sufficiens principium Spiritus sancti, nec indiget alio principio ad spirationem Spiritus sancti ; Filius enim non est aliud principium Spiritus sancti a Patre, sed unum principium cum ipso.

 10. Le P�re est le principe suffisant de lÕEsprit saint, et il nÕa pas besoin dÕun autre principe pour la spiration de lÕEsprit saint ; car le Fils nÕest pas un autre principe de lÕEsprit saint, mais un principe avec lui.

q. 10 a. 5 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod licet processio sit prius per intellectum quam communio, sicut commune quam proprium, tamen talis processio,- scilicet Spiritus sancti, qui procedit quasi amor et communio et nexus Patris et Filii,- non est prius secundum intellectum quam communio. Unde non oportet quod, remota communione, remaneat processio ; sicut animal est prius secundum rationem quam homo, non autem animal rationale.

 11. Bien que la procession soit par lÕintellect avant lÕunion, comme ce qui est commun est avant ce qui est propre, cependant une telle procession, Ñ ˆ savoir celle de lÕEsprit saint, qui proc�de comme amour et communion et lien du P�re et du Fils, Ñ nÕest pas selon lÕintellect avant lÕunion. CÕest pourquoi il ne faut pas que si on exclut lÕunion, la procession demeure ; ainsi lÕanimal est en raison avant lÕhomme, mais pas lÕanimal raisonnable.

q. 10 a. 5 ad 12 Ad duodecimum dicendum, quod eaedem secundum rem in divinis sunt proprietates et relationes et notiones ; nisi quod proprietates sunt solum tres, scilicet aternitas, filiatio et processio. Relationes autem sunt quatuor, addita praedictis proprietatibus tribus communi spiratione, quae relatio quidem est, non tamen proprietas, quia non uni personae convenit, sed duabus. Notiones vero sunt quinque, addita innascibilitate ; quae non est relatio, sed notio, quia per eam Pater innotescit ; est etiam proprietas, quia convenit soli patri ; non tamen proprietas personalis, quia non constituit personam Patris.

 12. Les propriŽtŽs, les relations et les notions en Dieu sont identiques en rŽalitŽ ; sinon que les propriŽtŽs soient seulement trois, ˆ savoir la paternitŽ, la filiation et la procession. Mais les relations sont quatre ; si on ajoute aux trois propriŽtŽs dŽjˆ signalŽes, la spiration commune qui est une relation, mais cependant pas une propriŽtŽ, parce quÕelle ne convient pas ˆ une seule personne. Mais les notions sont cinq, si on ajoute lÕinnascibilitŽ ; qui nÕest pas une relation, mais une notion, parce que le P�re se fait conna”tre par elle. Mais elle est aussi une propriŽtŽ, parce quÕelle convient au P�re seul, mais pas cependant une propriŽtŽ personnelle, parce quÕelle nÕa pas constituŽ la personne du P�re[1050].

Quantum ergo ad rem, ordinem habere non possunt proprietates, relationes et notiones, cum idem sub tribus contineatur. Si autem eorum ordo quantum ad proprias rationes requiratur, tunc notio prior est relatione secundum ordinem quo aliquid dicitur prius quoad nos ; relatio autem et proprietas secundum ordinem quo aliquid prius est secundum rem. Si autem relationis et proprietatis ordinem requiramus, in rebus creatis non est eorum ordinem assignare. Nam aliqua proprietas est relatio, sed non omnis ; similiter et aliqua relatio est proprietas, sed non omnis. Si tamen proprietas ab aliquo absoluto sumatur, sic proprietas primum est eo ordine quo absolutum est prius relato. In divinis autem personis oportet quod relationis ratio rationem proprietatis praecedat ; nam cum proprium sit quod uni soli convenit, ratio proprietatis distinctionem praesupponit. In divinis autem non potest esse aliquid distinctum, nisi per hoc quod est ad aliquid. Unde relatio, quae est distinctionis principium in divinis, secundum rationem prior est proprietate.

Donc en rŽalitŽ, les propriŽtŽs, les relations et les notions ne peuvent pas avoir dÕordre, puisque le m�me est contenu sous les trois (catŽgories). Mais si leur ordre quant aux relations propres est requis, alors la notion est avant la relation selon lÕordre par lequel on dit que quelque chose est avant selon nous, mais la relation et la propriŽtŽ selon lÕordre par lequel quelque chose est avant en rŽalitŽ. Mais si nous recherchons lÕordre de la relation et de la propriŽtŽ, dans les crŽatures, on nÕa pas ˆ leur assigner dÕordre. Car une propriŽtŽ est une relation, mais pas toute propriŽtŽ, de la m�me mani�re une relation est une propriŽtŽ mais pas toute relation. Cependant si la propriŽtŽ est prise dÕun absolu, elle est dÕabord par cet ordre par lequel lÕabsolu est avant le relatif. Mais, dans les personnes divines, il faut que la raison de la relation prŽc�de celle de la propriŽtŽ ; car comme le propre est ce qui convient ˆ un seul, la raison de la propriŽtŽ prŽsuppose la distinction. Mais en Dieu il ne peut y avoir quelque chose de distinct, que par ce qui est relation. CÕest pourquoi la relation qui est le principe de la relation en Dieu, est en raison avant la propriŽtŽ.

Sciendum tamen est, quod neque proprietas neque relatio, secundum quod huiusmodi, habent rationem constituendi personam. Nam cum persona sit rationalis naturae individua substantia, id quod est extra substantiam, personam constituere non potest ; unde in rebus creatis proprietates et relationes non sunt constituentes, sed magis advenientes constitutis personis. In divinis autem ipsa relatio, quae est etiam proprietas, est divina essentia ; et ex hoc habet quod id quod per eam constitutum est, sit persona : nisi enim Paternitas esset divina essentia, nullatenus hoc nomen Pater significaret personam, sed solum accidens relativum personae, sicut patet in personis humanis. Paternitas ergo, in quantum est divina essentia, constituit hypostasim subsistentem in divina natura ; in quantum vero est relatio, distinguit ; in quantum vero est proprietas, convenit uni personae, et non alii ; in quantum vero est notio, est principium innotescendi personam. Sic ergo secundum ordinem intellectus, primum est quod sit personam constituens ; secundum quod sit distinguens ; tertium quod sit proprietas ; quartum quod sit notio.

Il faut cependant savoir que ni la propriŽtŽ ni la relation, en tant que telles, nÕont de raison de constituer une personne. Comme, en effet, la personne est une substance individuelle de nature raisonnable, ce qui est hors dÕelle ne peut pas constituer une personne ; cÕest pourquoi dans les crŽatures, les propriŽtŽs et les relations nÕapportent pas de constitution, mais plut™t elles adviennent aux personnes constituŽes. Mais en Dieu, la relation m�me qui est aussi une propriŽtŽ, est lÕessence divine ; et de lˆ vient que ce qui a ŽtŽ constituŽ par elle, est une personne, car ˆ moins que la PaternitŽ soit lÕessence divine, en aucune fa�on ce nom de P�re signifierait la personne, mais seulement lÕaccident relatif ˆ une personne, comme cÕest clair dans les personnes humaines. Donc la PaternitŽ, en tant quÕessence divine, a constituŽ lÕhypostase qui subsiste dans la nature divine ; en tant que relation elle a distinguŽ ; en tant que propriŽtŽ, elle convient ˆ une seule personne, et non ˆ lÕautre, en tant que notion elle est le principe pour faire conna”tre la personne. Ainsi donc selon lÕordre de lÕesprit, est premier ce qui constitue la personne, second ce qui distingue, troisi�me ce qui est la propriŽtŽ, quatri�me ce qui est la notion.

q. 10 a. 5 ad 13 Ad decimumtertium dicendum est, quod licet filiatio non opponatur relative processioni, tamen procedens opponitur relative Filio ; et per hoc processio a filiatione distinguitur.

 13. Bien que la filiation ne soit pas opposŽe relativement ˆ la procession, cependant celui qui proc�de est opposŽ relativement au Fils, et par lˆ la procession est distinguŽe de la filiation.

q. 10 a. 5 ad 14 Ad decimumquartum dicendum, quod licet Graeci non confiteantur Spiritum sanctum a Filio procedere, confitentur tamen Filium esse aliquo modo principium originis Spiritus sancti ; quod patet ex hoc quod dicunt Spiritum sanctum a Patre esse per Filium, et Spiritum sanctum esse Filii. Nihilominus tamen aliquid implicite contradictionem implicat, quod nihil prohibet ab alio explicite nesciente concedi ; et sic aliquis non intelligens potest dicere, Spiritum sanctum non esse a Filio, licet a Filio sit distinctus.

 14. Bien que les Grecs ne confessent pas que lÕEsprit saint proc�de du Fils, ils confessent cependant quÕil est dÕune certaine mani�re le principe de son origine ; ce qui para”t du fait quÕils disent que lÕEsprit saint est du P�re par le Fils, et que lÕEsprit saint est du Fils. NŽanmoins cependant quelque chose implique implicitement une contradiction, parce que rien nÕemp�che quÕil soit concŽdŽ par un autre qui ne le sait pas explicitement ; et ainsi quelquÕun, qui ne le comprend pas, peut dire lÕEsprit saint nÕest pas du Fils, bien quÕil soit distinct du Fils.

q. 10 a. 5 ad 15 Ad decimumquintum dicendum, quod in hoc quod Damascenus Spiritum sanctum esse Filii confitetur, dat intelligere quod origo Spiritus sancti aliquo modo sit a Filio.

 15. Jean Damasc�ne en confessant que lÕEsprit saint vient du Fils, donne ˆ comprendre quÕil tire dÕune certaine mani�re son origine du Fils.

q. 10 a. 5 ad 16 Ad decimumsextum dicendum, quod Spiritus sanctus et Filius dicuntur esse duo rivi in quantum procedunt ambo a Patre ; dicitur tamen et a Graecorum doctoribus, quod Filius sit fons Spiritus sancti, sed quod Spiritus sanctus non est a Filio ; et idem potest dici de aliis similitudinibus.

 16. On dit que lÕEsprit saint et le Fils sont deux cours dÕeau en tant quÕils proc�dent tout les deux du P�re ; les docteurs grecs cependant disent que le Fils est la source de lÕEsprit saint, mais que celui-ci nÕest pas du Fils, et on peut dire de m�me des autres images.

 FIN

 

  



[1] Parall. : Ia, 25, 1, Ñ C.G. I, 16 ; II, 7-10 Ñ 1 Sent., d. 42, q. 1, a.1.Ñ Q de pot. 7, 1 Ñ In MŽtaphysique (D)V, texte 17 Ñ In Phys. III, texte 32.

[2] CÕest le premier sens donnŽ par Aristote (MŽtaphysique, (D) V, 1, 1012 b 33) : ÇPoint de dŽpart du mouvement (ici de l'opŽration), origineÈ. ÇLe principe est ce dont quelque chose proc�de, de quelque mani�re que ce soitÈ (J. Elders, La Philosophie de la nature de saint Thomas dÕAquin, p. 45), soit donc dans l'ordre logique, ontologique ou chronologique.

[3] En Ia, q. 25, a. 1, arg..4, Thomas nous dit : ÇLa cause et le principe sont une m�me chose.È Mais prŽcise-t-il (Q de pot. q. 10, a. 1, ad 9) ÇLe principe est plus commun que la cause ; car la premi�re partie du mouvement ou de la ligne est appelŽe principe mais pas cause. En quoi il appara”t quÕon peut dire que le principe est quelque chose qui nÕest pas distinct de lÕessence, comme le point de la ligne, mais non pas la cause, surtout si nous parlons de la cause dÕorigine quÕest la cause efficiente.È Pour Dieu, avoir un principe supposerait qu'il dŽpendrait d'un �tre supŽrieur ˆ lui. De plus l'opŽration est son essence : Ç Donc rien n'est principe de son essence parce qu'elle n'est pas engendrŽe, et ne proc�de de rienÈ Cf. I Sent, d. 42, a. 1,Arg. 4. Le mot principe Žvoque une idŽe de relation entre deux termes, alors que la cause exprime surtout une activitŽ efficiente.

[4] ÇIl est impie (nefas) de penser que quelque chose de la nature supr�me soit en quelque mani�re meilleur et il est nŽcessaire qu'elle soit absolument meilleure que ce qui n'est pas elle, car elle est la seule dont rien n'est tout ˆ fait meilleur..È Monologium XV, PL 158, 163 ; trad. Corbon, Paris, Le Cerf, 1986, t. 1, p. 89. CitŽ aussi par Bonaventure. L'axiome se retrouve plusieurs fois dans l'Ïuvre. Dans les derni�res questions il est citŽ sans rŽfŽrence ˆ Anselme. Ia, q. 13, a. 3, donne les modalitŽs propres ˆ cette attribution.

[5] Pour Thomas et ses contemporains, par antonomase, le philosophe (par excellence) c'est Aristote.

[6] DŽfinition classique de la puissance. (In mŽtaph. (Æ) V, lectio 14). CÕest ˆ cette dŽfinition que se rattache la notion de toutes les puissances, en leur sens premier (MŽtaphysique, (J) IX, 1, 1046 a 10). Elle est toujours prŽsentŽe comme une objection (par exemple, I Sent., d. 42, q.1, a. 2, Arg. 4 Ñ Q. de pot.,.q.3, a. 1,Arg. 8.

[7] Il nÕy a pas de relation rŽelle de Dieu ˆ la crŽature, mais il y en a de la crŽature ˆ Dieu. Thomas revient plusieurs fois dans cet article sur ce point de vue. Ce genre de relation sera explicitŽ en Q de pot., q. 7, a. 8, 9, 10, q. 8. Cf. C.G. II, 11 ˆ 14.

[8] Habitus fait partie de ces mots difficiles ˆ traduire en fran�ais (Cf. Ia/II¾, q. 49, et 50). Il n'est pas l'Žquivalent d'habitude, ni de possession. C'est une puissance plus achevŽe, intermŽdiaire entre lÕacte et la puissance (Ia, q. 14, a. 1,Arg. 1), parce que lÕhabitus parfait la puissance. Or en Dieu, il n'y a pas de puissance passive. ÇOn compare ceux qui ont des habitus ˆ des gens qui dorment.È (C.G. I, 92, ¤ 3) C'est en effet une possibilitŽ, qui n'a pas toujours le pouvoir de passer de la puissance ˆ l'acte. Les vertus et les vices sont des habitus. C'est la derni�re catŽgorie de l'�tre et le neuvi�me et dernier accident. "Mais en Dieu l'acte est absolument parfait. Donc pas d'habitus". (C.G. I, 56). En un autre sens (tirŽ de habere et non se habere comme le premier sens) c'est la possession.

[9] ÇÉentre le possible et l'�tre il n'y a aucune diffŽrence, dans les choses ŽternellesÈ. (Trad. H. Carteron) Thomas (n¡ 285) ajoute pas toujours. Texte citŽ ˆ nouveau en Q. de pot. q. 3, a. 14 et q. 9, a. 9,Arg. 1.

[10] Si lÕessence et la puissance sont identiques, on ne doit conserver que le nom de la plus noble, c'est-ˆ-dire de lÕessence. On supprime ainsi la distinction.

[11] La mati�re premi�re est puissance passive seulement ; le parallŽlisme entre la mati�re premi�re (prima potentia) et l'acte pur est plus marquŽ en I Sent., d. 42. q.1,a.1,Arg. 1 :ÇLÕacte premier se comporte vis-ˆ-vis de la puissance comme la puissance premi�re vis-ˆ-vis de lÕacteÈ.

[12] L'objection est reprise en Q. de pot.,.q. 2, a. 1, arg 4, avec des consŽquences diffŽrentes.

[13] On remarquera que cette expression sed dices (ou autre de ce genre) est toujours suivi dÕun sed contra.

[14] Les catŽgories comprennent la substance et les neuf accidents. La substance n'est pas dans les accidents.

[15] ÇDieu ne sert pas de sujet ˆ quelque chose en luiÉDonc il est interdit de dire qu'il subsisteÈ. ¤ 2 : appeler Dieu substance est une impropriŽtŽÉ Çil est essence, terme juste et propre au point d'ailleurs que peut-�tre, le terme d'essence appartient ˆ Dieu seul.È (Trad. BA. 15 ). Car les substances les plus simples Çsont la cause de ce qui est composŽ, au moins la substance premi�re et simple qui est Dieu.È. Dans la solution, Thomas ne rŽpond pas directement au texte d'Augustin.

[16] Cf. Aristote, CatŽgories, 8, 9 a 13 ss.. Cf. Ia/II¾, qu. 49, a. 1. La qualitŽ est un accident et il nÕy a pas dÕaccident en Dieu. CÕest que la puissance en Dieu nÕest pas un accident, comme elle lÕest dans les creatures. Elle est donc diffŽrente. Elle serait analogique.

[17] Ratio a de nombreux sens (Thomas les Žnum�re dans le Commentaire sur les Noms divins, ch. VII, lectio 5, n¡ 735). Il semble meilleur ici de distinguer deux traductions : la raison (pouvoir de connaissance quaedam cognoscitiva virtus) et la notion (la notion de puissance aliquid simplex abstractum a multisÉ), pour mieux comprendre la pensŽe de Thomas, m�me si c'est dans un m�me paragraphe.

[18] Et donc serait contre la simplicitŽ divine.

[19] ÇCar toute puissance, tout possible et tout facteur de production n'est dŽsirable qu'en vue d'autre chose.È (Trad. J. Tricot, p.143, ¤1).

[20] Le sens de virtus est tr�s proche de celui de puissance (active). (IIIa, qu. 1, a. 1, sc. : ÇÉpotentia Dei vel virtusÉÈ) ÇIl signifie la puissance ˆ son plus haut degrŽ.È (A. Krempel, La doctrine de la relation chez saint Thomas, Paris, Vrin, 1952, p. 183 et 213.). Il renvoie ˆ lÕOpus. de occultis operationibus naturae, n¡ 444, ÇÉpotentia secundum refertur ad ultimum in quo aliquid potest, acceptit nomen et rationem virtutis.È Nous le traduisons le plus souvent par pouvoir, puisque Thomas emploie les deux mots quelquefois dans une m�me phrase ou un m�me paragraphe comme ici. Mais ˆ cause de cet emploi, on a lÕimpression que par la suite, il ne parle plus tellement de puissance, parce que la puissance divine correspond plus ˆ virtus quÕˆ potentia. Ici le texte de Denys sugg�re le terme de puissance (voir note suivante).

[21] ÇAu sens de toutes les intelligence divines, on distingue en effetÉ trois qualitŽs : l'essence, la puissance et l'acteÈ (Trad. M. de Gandillac).

[22] Reprise de lÕobjection 3 avec des consŽquences diffŽrentes. Bonaventure (I sent., d. 42, a. 1, q. 1) donne ˆ ce sujet plus d'importance que Thomas. Et pourtant lÕobjection est importante. La puissance telle que dŽfinit par Aristote ne convient pas ˆ la crŽation, puisquÕil nÕy a pas de changement. La solution nÕest pas convaincante.

[23] ÇMais il faut savoir que ces mots : crŽer, faire, agir, ne peuvent �tre employŽs pour Dieu de la m�me mani�re qu'ils sont employŽs pour les crŽaturesÈ. L'argument se sert d'un texte interprŽtŽ tendancieusement. Cf. Augustin, La Gen�se au sens littŽral, I, XVIII, 36 : Ç ÉDieu n'agit pas comme l'homme ou l'ange, par mouvements spirituels ou corporels qui se dŽveloppent dans le tempsÈ (Trad. P. Aga‘sse et A. Solignac. BA. 48.) L'action n'est pas refusŽe ˆ Dieu mais seulement par comparaison aux crŽatures. Ð Pierre Lombard, Žv�que de Paris, a publiŽ les Sentences entre 1145-1150.

[24] LÕautoritŽ tirŽe du Ps 88, 9 concerne plus la toute puissance, telle qu'elle est con�ue dans l'AT que la puissance active, notion fortement imprŽgnŽe d'aristotŽlisme.

[25] Cf. le sed contra de I Sent. d42q1a1 : ÇTout effet est produit par la puissance de la cause efficiente. Mais Dieu est la cause efficiente des crŽatures. Donc il faut placer en lui la puissance È. Il y a lˆ un rapport qui nÕest pas ŽvoquŽ ici.

[26] Ex communi hominum intellectu : Emploi particulier du terme intellectus. Cf. J. Pesghaire, Intellectus et ratio dÕapr�s saint Thomas, p. 24.

[27] Rappelons ce quÕil a dit en I Sent., d. 42, q. 1, a. 1 : Ç Le nom de puissance fut dÕabord imposŽ pour signifier le pouvoir de lÕhomme dans la mesure o� nous disons que des hommes sont puissants, comme Avicenne le dit (MŽtaphysique 4, ch. 2) et ensuite il a ŽtŽ Žtendu aux choses naturelles È. Thomas prŽsente souvent lÕŽvolution du sens des mots. CÕest ˆ partir en effet des crŽatures que lÕhomme parvient ˆ prouver lÕexistence de Dieu. Mais les crŽatures sont imparfaites. Pour pouvoir Žtablir un certain concept de Dieu, il faut retirer ˆ ces crŽatures toute imperfection et Thomas en donne lÕexemple pour lÕ�tre et la substance.

[28] LÕacte et la puissance sont une distinction fondamentale de lÕ�tre. Il y a donc correspondance entre les deux puissances, actives et passives et les deux sortes dÕacte. A la puissance active correspond lÕacte second qui est lÕopŽration, ˆ la puissance passive, lÕacte premier qui est la forme, car elle sÕunit ˆ la mati�re qui est pure puissance passive.

[29] Ce sont deux consŽquences de l'acte pur.

[30] Il y a ici un rapprochement Žvident avec la quatri�me voie des preuves de l'existence de Dieu (Ia, qu. 2, a. 3). Le plus et le moins dans l'ordre qualitatif se dit par rapport ˆ un maximum. Ici raisonnement sur la perfection, plus ou moins grande dans les crŽatures, maximale, absolue en Dieu.

[31] La substance n'est attribuŽe ˆ Dieu que par analogie. Dieu est nŽcessaire et ne sert de support ˆ aucun accident..

[32] L'inhŽrence est le propre de l'accident.

[33] Pour approfondir le sens de cette solution, on lira C.G. II, 8, 9 et surtout 10 ¤ 1. Thomas ajoute en Ia, q. 25, a. 1, ad 3 : ÇDonc ainsi on sauvegarde en Dieu la raison de la puissance du fait qu'elle est principe de l'effet, mais non du fait qu'elle est principe de l'action qui est son essence.È Ce qui veut dire que la puissance est ce qui permet ˆ Dieu d'Žtendre son action ad extra, sans cependant quÕelle sorte de lui-m�me. CÕest une des particularitŽs de la puissance en Dieu.

[34] L'action ad intra et ad extra est envisagŽe ici sous l'angle de la relation. La premi�re en Dieu est rŽelle. Elle est par nŽcessitŽ, l'autre est volontaire. La relation de Dieu ˆ la crŽature est de raison et celle de la crŽature ˆ Dieu est rŽelle (qu. 7, etc.).

[35] Sabellius est un Libyen, qui est ˆ Rome vers 217. Il pr�che le modalisme, et est condamnŽ par le Pape Callixte. Le Sabellianisme, hŽrŽsie du IIIe et IVe si�cle, est apparentŽ au Modalisme. Il dŽsigne un m�me et unique Dieu sous trois noms diffŽrents. CÕest dans les modalitŽs de son action extŽrieure que Dieu prend une forme trinitaire.

[36] CÕest le raisonnement qui la dŽcouvre mais elle n'est pas rŽelle.

[37] En Dieu il y a lÕessence (sans principe), la puissance et l'opŽration Les deux derni�res appartiennent ˆ l'essence (Ç la puissance de Dieu est son essenceÈ, dŽmontrŽ en CG. II, 8). La puissance est son action et Dieu est acte lui-m�me, parce que la puissance n'est pas participŽe. Il n'y a rien de participŽ en Dieu (C.G. II, 8, ¤ 3), parce que la puissance est son �tre. Dieu est son �tre. Donc il est sa puissance (¤4).

La puissance a une double relation : a) interne, en quelque sorte, ˆ Dieu, puisqu'elle est principe de l'opŽration (qui est l'essence m�me de Dieu) b) externe, puisqu'elle est principe de l'effet produit par l'opŽration de Dieu en tant que cause. D'o� la distinction, essentielle dans les Q. de potentia, entre l'action ad intra et ad extra, Žtant donnŽ la relation quasiment causale de la puissance ˆ l'effet (le principe est proche de la cause et en relation avec l'effet. Il distingue donc une relation rŽelle en Dieu (TrinitŽ) et une relation "de raison" avec les crŽatures.

[38] C'est-ˆ-dire ce qui n'est pas tout ˆ fait parfait dans les crŽatures, mais peut l'�tre en Dieu.

[39] LÕesprit humain se sert de ce qui est plus ou moins parfait pour concevoir une qualitŽ absolument parfaite en Dieu, ˆ condition que le terme le supporte, ou si cela correspond ˆ une rŽalitŽ en lui.

[40] La puissance est principe, mais elle ne crŽe pas une relation rŽelle avec ce qui est le produit de lÕaction de Dieu. Cf. ad 9. Elle ne crŽe quÕune relation de principe seulement.

[41] Parce que par nature l'habitus n'est pas en acte.

[42] L'essence quand elle agit est aussi puissance.

[43] L'essence et la puissance sont une m�me chose, car Dieu est absolument simple. Cf. Q. de pot. qu. 7, a. 1. Chaque fois que Thomas parle de simplicitŽ, il faut considŽrer son texte comme une rŽponse ˆ Avicenne.

[44] C'est-ˆ-dire le Perihermeneias.

[45] L'esprit con�oit la rŽalitŽ de trois mani�res.

a) Le concept rŽpond immŽdiatement (sans intermŽdiaire) ˆ lÕobjet extŽrieur. LÕesprit con�oit lÕimage de cet objet, ou sa forme, Çce qui est con�u de ce nom ÔhommeÕÈ. Le fondement est la chose rŽelle. ÇUne telle conceptionÉ par sa conformitŽ avec lÕesprit, fait que celle-ci est vraie et que le nom qui signifie ce concept est dit de la chose elle-m�meÈ (I Sent., d. 2, q. 1, a.1) Ç Ce sont des Žtants complets comme lÕhomme ou la pierre.È (I Sent., d. 19 ; q. 5, a. 1). Rapport avec la substance premi�re et la substance seconde, Q. de pot q..9, a. 1, note 4.

b) Le concept rŽpond par lÕintermŽdiaire dÕune rŽflexion (conception seconde). Ce qui est con�u c'est l'abstraction, le genre, les concepts universels de temps, dÕespace, de vŽritŽ, de substance, etc..

c) Le concept est compl�tement Žtranger au monde rŽel : cÕest le fruit de lÕimagination comme la chim�re.

Ces trois conceptions sont ŽvoquŽes en I Sent., d. 19, q. 5, a/ 1 et d.30, q. 1, a. 3. Ici la troisi�me est omise, comme inutile. On retrouve les deux premi�res en Pot. qu. 7, a. 6 et la deuxi�me conception est signalŽe en Q. de pot. qu. 7, a. 11 : ÇÉlÕesprit dŽcouvre ces relations en considŽrant lÕordre qui est dans lÕesprit pour ce qui est ˆ l'extŽrieur, ou lÕordre des conceptions entre elles. (Cf. A. Krempel, La doctrine de la relation chez Thomas, p. 313 ss).

[46] Le mot qui peut le mieux traduire intellectus est intellect. Celui-ci est la facultŽ des �tres intellectuels sur le plan naturel (Cf. Ia, qu. 79, a. 10). ÇIntelligere enim est simpliciter veritatem intelligibilem apprehendereÈ C'est de l'extŽrieur que vient l'intelligible.par lequel l'intellectus possibilis est informŽ. (Cf. Floucat, L'intime fŽconditŽ de l'intelligence, p. 23. Mais il faut se souvenir de cette distinction. Dans le Commentaire des Sentences, Thomas emploie le plus souvent mens, ici dans des raisonnements semblables, il emploie presque exclusivement intellectus.

[47] ÇNotre mani�re humaine de conna”tre l'exigence d'une relation rŽelle entre Dieu et les crŽatures, relation descendante qui rŽpondrait ˆ une relation ascendante.È (Geiger, La participation dans la philosophie de st Thomas d'Aquin, p. 182, note 1)

[48] ÇCe passage fait comprendre Çpourquoi nos concepts des relations de Dieu ˆ nous manque de fondement objectif immŽdiat.È A. Krempel, op.cit. p. 318.

[49]. Cf. Ia / II¾, qu. 49, a. 2, Cf. C.G. II, 8, ¤ 5 : La puissance en Dieu n'est pas celle qui appartient ˆ la catŽgorie de qualitŽ, qui est celle des crŽatures. Elle ne lui convient pas. Cf. Aristote, Les CatŽgories, 8, Les qualitŽs, 9 a 15-20. Dans les crŽatures o� la puissance n'appartient pas ˆ la substance, elle est un accident.

[50] La vŽritŽ prend sa source en Dieu. ÇOmnis alia veritas est a prima veritate quae est Deus.È (Q. de verit. qu. 1, a. 8, sc 2.)

[51] Il s'agit de la gŽnŽration dite spontanŽe, qui a une grande importance dans la science de lÕŽpoque.

[52] La premi�re action, avec changement, est l'action naturelle, qui n'est jamais crŽation pure, mais modification (lÕÏuvre artisanale), l'autre est la crŽation ex nihilo par Dieu.

[53] Il semble qu'il faille entendre cette mani�re particuli�re comme celle qui s'applique aux crŽatures. De mani�re universelle elle s'appliquerait ˆ Dieu et aux crŽatures. S'il y a puissance en Dieu, elle ne peut qu'�tre active, ˆ la diffŽrence de la puissance dans les crŽatures.

[54] LÕinfini de la puissance.

                La puissance de Dieu est infinie, puisque son essence divine par laquelle il agit est infinie, cependant si on examine le sens de sa puissance, on constate qu'elle n'est "relative qu'au possible".

Mais il est un sujet que Thomas nÕŽvoque que dans les articles suivants. La puissance prŽsente des limites. On en trouve l'ŽnoncŽ en Ia, q. 25, a. 3. Ç Car ce qui est contradictoire est impossible ˆ Dieu, parce quÕil ne peut avoir raison de possible. Cela est m�me concevable. On doit du reste dire que Òcela ne peut �tre fait, plut™t que dire : Dieu ne peut pas le faire È. (Ia, qu. 25, a. 3). Donc la puissance divine va s'Žtendre ˆ tout ce qui n'implique pas contradiction. A toute puissance active correspond un possible. Or Dieu est un �tre infini et non limitŽ ˆ quelque genre d'�tre, donc tout ce qui correspond ˆ la notion d'�tre se trouve contenu dans le possible absolu ˆ l'Žgard duquel Dieu est dit tout-puissant.

Thomas introduit ainsi la question 1 de I Sent., d. 43, "Le "Ma”tre" a rapportŽ l'opinion de ceux qui limitaient la puissance de Dieu" et la premi�re objection : "Dieu ne peut pas faire ce qu'il ne fait pas. Et en cela ils niaient l'infinitŽ de la puissance de Dieu. "Ici, il Žtudie l'infinitŽ de la puissance, sans faire aucune allusion ˆ cet argument. Mais cela pourrait permettre de considŽrer que cet article 2 est le premier d'une sŽrie de cinq articles qui Žtudient les limites de la puissance de Dieu (selon nos conceptions humaines).

La puissance est donc infinie, mais elle prŽsente par rapport aux autres attributs de Dieu, une caractŽristique quÕaucun ne poss�de.

Thomas reparle de lÕinfini en Dieu dans la question 9, article 5.

[55] Parall. : Ia, qu. 25, a. 2- C.G. I, 43 - I Sent., d. 43, q. 1, a. 1 Ñ Compendium. 18 - Phys. 8, lectio 23 - MŽtaphysique XII, lectio 8.

[56] ÇIl est donc manifeste que la puissance active et la puissance passive ne sont, en un sens, quÕune seule puissance (car un �tre est puissant, soit parce quÕil a lui-m�me la puissance dÕ�tre modifiŽ, soit parce quÕun autre �tre a la puissance dÕ�tre modifiŽ par lui), tandis que, en un autre sens, elles sont diffŽrentes.È Trad. J. Tricot. DiffŽrentes parce que situŽ diffŽremment. Cf. Thomas, lect. 21, n¡ 1146 ss.

[57] Physique, 1, 2, 185 a 32 : ÇOr MŽlissos dit que l'�tre est infini ; l'�tre est donc une quantitŽ ; car l'infini est dans la quantitŽ, mais la substance ne peut �tre infinie, ni la qualitŽ, ni l'affection, si ce n'est par accident, existant ˆ titre de telle ou telle quantitŽ, car, dans la dŽfinition de l'infini, la quantitŽ intervientÉ.È (Trad. H. Carteron). Cf. Thomas I, lectio 3, n¡ 21.

[58] ÇÉIl appara”t que l'infini rentre plut™t dans la notion de la partie que dans celle du tout ; car la mati�re est partie du tout, comme l'airain l'est dans la statue d'airain.È (Trad. H. Carteron).

[59] ÇÉMaintenant si l'un est indivisible, on supprime quantitŽ et qualitŽ, alors l'�tre ne sera ni infini, comme le voulait MŽlissos, ni fini comme le voulait ParmŽnide.È (Trad. H. Carteron).

[60] PG. 94, 79.

[61] Mani�re de le comprendre sous tous ses aspects. L'infini est insaisissable par lÕesprit,en rapport avec le fait quÕon ne peut savoir qui est Dieu.

[62] PL. 10, 253 B.

[63] ÇLa distinction affirmŽe dans ce texte de deux mani�res au moins d'expliquer la limitation de l'acte, montre assez avec quel discernement il convient d'user du principe : actus finitur per potentiam. Non seulement il faut distinguer dans la notion d'acte par o� elle s'oppose ˆ la puissance dans l'ordre existentiel et l'aspect par lequel elle exprime une certaine plŽnitude dans l'ordre quidditatif, mais encore le r™le du sujet peut varier considŽrablement suivant son indŽpendance plus ou moins grande ˆ l'Žgard de la cause productrice et l'action qu'il est capable d'exercer sur l'acte qu'il est censŽ concevoir.È G.L.Geiger. La participation dans la philosophie de st Thomas d'Aquin, Paris, Vrin, 1953, p. 394, note 1 et 2.

[64] ÇCe qui a un esse absolu, en aucune mani�re re�u en quelque chose est tout ˆ fait son �tre, cet �tre est absolument infini, et ses attributs sont infinisÈ (I Sent. D. 43, q. 1, a. 1.) ÇTout acte, inhŽrent ˆ un autre, re�oit sa limiteÉ LÕacte qui nÕexiste en rien nÕest dŽterminŽ par rien. CÕest le cas de Dieu, donc il est infini.È (C.G. I, 43, ¤ 2). Cf. Les Noms divins, V, 1, n¡ 629. La dŽmonstration fait appel ˆ l'acte pur, re�u en rien sans dŽpendance.

[65] Un cas parmi dÕautres o� potentia et virtus sont employŽs dans une m�me phrase, tout en Žtant pratiquement synonymes.

[66] QuantitŽ discr�te : composŽe dÕŽlŽments sŽparŽs.

[67] Averro�s. NŽ ˆ Cordoue en 1126, mort ˆ Marrakech en 1198. Il Žcrivit de nombreux commentaires sur Aristote, en essayant de revenir ˆ la pure doctrine, sans le platonisme d'Avicenne.

[68] Cf. Aristote, Physique, VIII, 266 a 24 - b 5.

[69] Parall. : Ia, q. 25, a. 4 ÑC.G. Il, 25 Ñ I Sent., d. 42, q. 2 Ñ Qudl., V, q. 2 a, l Ñ ƒth., VI, 1. 2.

[70] Le texte en est donnŽ en Q. de pot. 6, 1,Arg. 1 : ÇDieu, le crŽateur de toutes les natures, ne peut rien faire contre la nature.È

[71] Il s'agit ici de logique en opposition ˆ la rŽalitŽ, les deux Žtant considŽrŽes comme parall�les.

[72] L'impossible, le faux, c'est-ˆ-dire le non �tre, sont inconnaissables. Seul l'�tre est connaissable. Arguement repris en q. 6, a. 1,Arg. 15.

[73] Ç La puissance obŽdientielle est dans la crŽature, pour que le CrŽateur dispose en elle ce quÕil veut qui doit fait È. (IV Sent. d. 8, qu. 2, a. 3, ad 4.

[74] Cet argument est repris en Q. de pot. 3, 15, arg.. 12, ˆ propos de la bontŽ de Dieu.

[75] ÇCe qui est impossible si Dieu nÕa rien laissŽ sans ordre en son r�gne, mais cela est limitŽ parce que nÕimporte quelle petite inconvenance est impossible en Dieu.È PL 158, 392 A. Arguement repris en q. 6, a. 1,Arg. 14.

[76] Le syllogisme se trouve dŽjˆ en I Sent. d42q2a2 : A propos de lÕimpossible par soi et lÕimpossible par accident ; le premier est plus impossible que le second, mais, Dieu ne peut pas faire le deuxi�me. Donc encore plus le premier. C'est un argument contre Pierre Damien qui reconnaissait ˆ Dieu le pouvoir de faire que ce qui a existŽ nÕait jamais existŽ. De divina omnipotentia, PL. 145, 620.

[77]Arg. repris en q. 6, a. 1,Arg. 16

[78] C. Faustum, 26 : ÇCelui qui dit : Dieu est tout puissant, quÕil fasse que ce qui est fait ne le soit pas, ne voit-il pas quÕen disant cela, il fait que ce qui est vrai par le fait m�me que cela est vrai, est faux.È

[79] ÇCela seul manque ˆ Dieu, de faire que ce qui a ŽtŽ nÕexiste pas.È

[80] Cf. Ia, q. 25, a. 4, obj. 3. et I Sent., d. 42, q. 2, a. 3,Arg. 3. On y lit : ÇIl est clairÉ que donner une conception ˆ une vierge est impossible par nature.È Probl�medŽjˆ examinŽ par Pierre Damien. Quodl. V, qu. 2, Sed contra.

[81] Contrairement aux habitudes, certains des Sed contra ne reprŽsentent pas la pensŽe dŽfinitive de Thomas. On verra plus loin les limites ˆ ces affirmations (RŽponses aux arguments en sens contraire), qui peuvent para”tre surprenantes au premier abord. On peut supposer que Thomas avait de bonnes raisons pour prŽsenter ces objections, pour pouvoir en dŽmontrer leur faussetŽ.

[82] Aucune parole, aucun "verbe". A propos de cette traduction, voir les RŽponses aux arguments en sens contraire.

[83] Cf. a. 2. Sa puissance est infinie.

[84] C'est la liaison des deux propositions qui est mise en avant ici. Si Dieu peut unir deux formes aussi ŽloignŽes que la forme divine et la forme humaine, il peut faire la m�me chose pour le blanc et le noir. Mais la solution : lÕunion forme divine, forme humaine est diffŽrente de ce qui est annoncŽ. Donc la deuxi�me proposition : deux contraires ensemble n'est pas valable.

[85] Apparemment, il faut compter la puissance pour deux : puissance active et puissance passive.

[86] En Ia/II¾, q. 94, a. 2, on lit : ÇCe qui est apprŽhendŽ en premier (par lÕintellect), cÕest lÕŽtant dont lÕintellection est incluse dans tout ce quÕon apprŽhende. Et cÕest pourquoi le premier principe indŽmontrable est que affirmer et nier en m�me temps est impossible, ce qui se fonde sur la nature de lÕŽtant et du non Žtant et tout le reste est fondŽ sur ce principe, comme il est dit en MŽtaphysique IV.È Cf. I Sent. d42q2a3. c. ¤ 1 Cf. Pot.1, 4. obj. 5, sol. 5. Cf. P.-C. Court�s, LÕ�tre et le non �tre, p. 134-135.

[87] On peut lire en parall�le ˆ ce paragraphe la rŽponse dans I Sent., d. 42, qu. 2, a. 2 : Ç Toute puissance est pour lÕ�tre et le non �tre È. ce qui nÕest pas Žtant ou non Žtant est impossible. CÕest un aspect de la contradiction.

[88] M�me argument en Q. de pot,.q. 4, a. 1, ad 20.

[89] Que le passŽ nÕait pas existŽ peut �tre impossible par soi (I Sent. D42q2a2 ad 3). A) Supprimer la course de Socrate est impossible par accident. Cela nÕest pas impossible ˆ Dieu, puisquÕil peut faire que cela nÕexiste pas au moment o� cela devrait exister. B) Mais si on la consid�re dans le temps passŽ, cela devient impossible par soi. Dieu ne peut pas faire ce qui est une contradiction.

[90] Le mot verbum employŽ ici, recouvre au moins trois sens. Il sÕagit des paroles de lÕange ˆ Marie, lors de lÕAnnonciation ; donc il sÕagit de ÔparoleÕ (le grec dit Ôto r�maÕ. (La B.J. traduit par Ç rien nÕest impossible ˆ Dieu È (Lc. Qu. 25, a. 3 c). Thomas en relation avec tout ce quÕil dira du Verbe de Dieu ou du verbe naturel, pense donc au verbe mais aussi au concept. Dans la Somme il reprend la m�me phrase ˆ ce propos : Ç Ce qui implique contradiction, dit-il, ne peut pas �tre un concept (verbum) parce quÕaucun esprit ne peut le concevoir È (Ia, qu. 25, a. 3, c).

[91] Ç Il est impossible que le m�me attribut apartiennent et nÕappartienne pas en m�me temps au m�me sujet et sous le m�me rapportÉ Il nÕest pas possible, en effet, de concevoir jamais que la chose est et nÕest pas È. (Trad. J. Tricot).

[92] Ç Et sÕil nÕest pas possible quÕen m�me temps des contraires appartiennent au m�me sujetÉ et si une opinion qui est la contradiction dÕune autre opinion, est contraire, il est Žvidemment impossible pour le m�me esprit de concevoir, en m�me temps, que la m�me chose est et nÕest pas È.

[93] Parall. : I Sent., d. 42, q. 2, a. 3 ÑIa, q. 25, a.3, ad 4.

[94] LÕessence de lÕUnÉÇenfin et surtout, cÕest �tre la mesure premi�re de chaque genre.È Cf. Thomas, lectio 2, n¡ 1938.

[95] Selon cet argument, la puissance divine serait la mesure de la possibilitŽ. Cf. G Stolarski, La possibilitŽ et lÕ�tre, p. 99.

[96] C'est la proposition I du De causis.

[97] Cela sera repris en Q. de pot. q. 3, a. 3 qui traite de la crŽation. Les causes infŽrieures ne jouent pas puisque la crŽation se fait ˆ partir du nŽant. La solution ajoute cependant une condition supplŽmentaire.

[98] ÇLes astronomes (astrologus ou astrologues) peuvent prŽdire lÕavenir en gŽnŽral mais pas dans les cas particuliers.È (Ia, qu. 115, a. 4, ad 3) (Ils prŽvoient ce qui concerne lÕastronomie, et pour le reste, les hommes peuvent rŽsister ˆ lÕinfluence des astres).

[99] Ou causes secondes.

[100] Parce que c'est sa sagesse et sa bontŽ qui incitent Dieu ˆ agir et il le fait selon sa volontŽ.

[101] Cf. I Sent. d42q2a3, c.

[102][102] ÇÉla puissance passive c'est-ˆ-dire dans lÕ�tre passif le principe du changement qui est susceptible de subir par lÕaction dÕun autre �tre, ou de lui-m�me en tant quÕautre. È (Cf. Thomas, lectio 1, n¡ 1773 ss.)

[103] ÇLa puissance divine ne peut pas �tre la mesure des objets des autres puissances, parce que c'est l'objet de la puissance qui est appelŽ possible selon cette puissance. L'objet de la puissance est mesurŽ par elle-m�me, et jamais par l'autre puissance, m�me la puissance divineÈ. Stolarski, p. 100 ¤ 1.

[104] Cf. Q. de pot. q. 6, a. 1.

[105] C'est-ˆ-dire puissance, disposition, nŽcessitŽ (voir Sed contra).

[106] Parall. : Ia, qu. 25, a. 5 Ñ C.G. II, 23, 26-27 Ñ III, 98 Ñ I Sent., d. 43, q. 2, a.2.

[107] Parmi ces auteurs inconnus, il faut compter Avicenne.

[108] Assimilation de la soumission ˆ la sagesse ˆ une nŽcessitŽ de nature.

[109] OrdonnŽ : qui dŽpend dÕun attribut de Dieu, comme la sagesse par exemple.

[110] Le sens de ratio est proche de "idŽe". Il sÕagit des idŽes divines. Voir objection suivante.

[111] Sous forme dÕidŽes.

[112] Sous certaines formes le changement sÕop�re par les contraires.

[113] Cf. Q. de pot. q. 5, a. 1, arg.. 14, o� il prŽcise que cet axiome vient du TimŽe.

[114] Avec cependant les restrictions de lÕarticle 3.

[115] HŽraclite, les sto•ciens, les NŽoplatoniciens et quelques auteurs attachŽs au dŽterminisme ou ˆ lÕoptimisme. Il faut ajouter Avicenne.

[116] Sur les consŽquences de cette nŽcessitŽ de nature, voir q. 3, a. 15.

[117] On lit sur les mns Petro Almalareo. On peut vraisemblablement conjecturer quÕil sÕagit dÕAbŽlard, car cela correspond ˆ ce quÕil dit dans son Introduction ˆ la ThŽologie, III, 5. PL 178, 1096. Denz. 726.

[118] Soit Dieu ne peut pas faire, ou il peut ne pas faire.

[119] Pour certains, dont Avicenne, l'immutabilitŽ entra”ne la nŽcessitŽ de nature. Cf. ad 13.

[120] Il nÕy a pas dÕhabitus en Dieu (qu. 1, a. 1, ad 4).

[121] Parall. : C.G. II, 25 Ñ I Sent., d. 4, q. 2, a. 1 Ñ Ia, q. 25, a. 3, ad 2.

[122] ÇMais il ne fallait pas renoncer ˆ l'ordre d'apr�s lequel Dieu voulait faire voir quel bien reprŽsente cet animal raisonnable qui est m�me capable de ne pas pŽcher, bien qu'il fžt mieux encore (pour lui) d'�tre incapable de pŽcher. È BA. 9, trad. J. Rivi�re. Le traducteur note que "beaucoup d'Žditions anciennement omettent la nŽgation. Mais elle figure dans les manuscrits et d'ailleurs est indispensable au sens". La nature qui peut pŽcher est douŽe de raison.

[123] ÇÉpuisque m�me Dieu et l'honn�te homme ont la capacitŽ de faire de mauvaises actions, et pourtant ce n'est pas leur caract�reÉÈ (Trad. J. Tricot)

[124] Il fut tuŽ sur ordre de Salomon pour ne pas avoir obŽi ˆ son ordre de ne pas quitter JŽrusalem.

[125] Cette notion, le concours divin, sera expliquŽe longuement en Q. de pot. q. 3, a. 7.

[126] A comprendre comme un mod�le.

[127] ÇArrive-t-il un malheur dans une ville sans que YahvŽ en soit l'auteur ?È (B.J.)

[128] Les deux supposent une puissance passive.

[129] Il y a deux sortes de mouvements : le mouvement physique, imparfait (parce qu'inachevŽ), et le mouvement parfait qui est le propre du vivant. La sensation et l'intellection sont des mouvements parfaits considŽrŽs comme d'une autre esp�ce par Aristote ( Cf. De anima, III, 7, 431 a 5 ss. - Cf. Q ; de pot. q. 10, a. 1, c.).

[130]. Parall. : Ia, q. 25, a. 3 - IIIa, 13, 1 Ñ C.G. II, 22, 25 Ñ I Sent., d. 42, q. 2, a.2 Ñ III Sent., d. 1, q. 2, a. 3 Ñ Q de pot. 5, 3 Ñ Qudl III, qu. 1, a. 1 Ñ XII, qu. 2, a. 1 Ñ ƒth.,V, lectio 2.

[131]. ÇEn effet, si tu dis quÕil est appelŽ tout-puissant parce quÕil peut tout ce quÕil veut pouvoir, Pierre aussi peut de m�me �tre dit tout-puissant (ou nÕimporte lequel des saints bienheureux) car il peut tout ce quÕil veut pouvoir, et il peut faire tout ce quÕil veut faire. È Pierre Lombard, I Sent., d. 42, a. 3, 4.

[132]. La nuance est minime entre tout ce qui est possible en soi et ce qui est possible pour lui (obj. 4). La grammaire du reste permet les deux traductions : possible en soi, possible pour lui.

[133]. Elle ne tient pas compte de ce qui est impossible.

[134] On dŽcouvre en cet article dÕautres points de vue sur la puissance en Dieu, qui est diffŽrente de celle des crŽatures. Ainsi la puissance nÕest ni active, ni passive, son acte nÕest pas sa substance (ad. 1).

[135] Parall. : Ia. q. 27. a. 2 Ñ Ia, q. 41, a. 4 Ñ1 Sent., d. 7, q. 1, a. 1. Contra Graecos, 3, Compendium 40, 43 Ñ (Ad Col. 1, lectio 4).

[136] La puissance active est comprise ici comme dans la question I, comme puissance crŽatrice, puissance de faire, qui aboutit ˆ une crŽature.

[137] DŽmonstration de la deuxi�me proposition du syllogisme. Les propositions sont ici numŽrotŽes. La gŽnŽration est ici con�ue ˆ l'image de la gŽnŽration des crŽatures o� il y a communication et rŽception dans la mati�re.

[138] Anselme, Monologium, XV. Cf. Pot. 1, 1, obj. 2.

[139] Vient d'Aristote. (MŽtaphysique, (Q) IX, 9, 1051 a 4-15. L'argument est utilisŽ pour la puissance en gŽnŽral. ÇToute puissance trouve plus parfait qu'elle, ˆ savoir la forme pour la puissance passive et l'opŽration pour la puissance active.È (qu. 1, a. 1, obj. 2) Cf. obj. suivante.

[140] Cela a ŽtŽ dŽmontrŽ qu. 1, a. 3.

[141] LÕobjet qui est le rŽsultat de lÕacte.

[142] Avicenne, Ibn Sina, 980-1037, mŽdecin, philosophe et thŽologien arabe. Il vŽcut en Perse de 980 ˆ 1037. Son Ïuvre a eu une influence importante sur la philosophie chrŽtienne de l'‰ge scolastique. Il est souvent citŽ dans le De potentia. Son influence y est importante.ÇÉlÕordre du De potentia sÕexplique bien si on lÕoppose ˆ une philosophie Žmanatiste, analogue ˆ celle dÕAvicenneÉÈ Maurice Bouyges, LÕidŽe gŽnŽratrice du De potentia de saint Thomas, p. 267.

 L'objection courantes des Musulmans contre la TrinitŽ est qu'elle est impossible ˆ cause de la simplicitŽ de Dieu. Ici c'est une seconde objection.

[143] La gŽnŽration s'op�re dans l'opposŽ.

[144] PL 42, 762.

[145] Il est acte pur.

[146] Il s'agit du possible dans ce qui re�oit. Cf. Rosemann, P.W. Omne ens est aliquid Louvain, Paris 1996. ÇPuisque "l'autre" sur lequel porte l'opŽration porte aussi une tendance ˆ s'Žpanouir qui s'opposera ˆ celle de l'agent, aucun action ne parviendra ˆ s'assimiler tout ˆ fait "l'autre" avec lequel elle entre en contact.È p. 66.

                L'argumentation est la m�me que chez Albert. Cf. P. Vanier, ThŽologie trinitaire chez saint Thomas d'Aquin, MontrŽal, Paris, 1953, p. 46.

[147] Thomas dŽmontrera que la crŽation dŽpend de la volontŽ et la gŽnŽration est de la nature (a. 3). En I Sent., d. 7. q. 1, a. 1, en parall�le ˆ la puissance naturelle chez l'homme, il place en Dieu une puissance rationnelle (potentia rationalis), et en Ia, q. 27,a. 2, c, un modus intelligibilis actionis (mode d'activitŽ intellectuelle, Trad. ƒd. des Jeunes). La conception de l'esprit est la ressemblance de la chose con�ue, mais ici il ne parle pas de puissance, mais de communication.

[148] DiffŽrente des formes, parce quÕelle est forme aussi.

[149] QuidditŽ : nature dÕune chose telle quÕelle est exprimŽe par sa dŽfinition.

[150] Cf. note de la solution 9 en Q. de pot. q. 10, a. 1. Ce nom est considŽrŽ comme celui qui convient le mieux.

[151] Au sens scolastique du terme. ÇCar selon que la substance existe par soi et non dans un autre, elle est appelŽe subsistance, car nous disons que subsiste ce qui n'est pas dans un autre, mais qui existe en soiÈ (Ia, q. 29, a. 2, Cf. Q. de pot. q. 9, a. 1, c). La subsistance est Çle mode substantiel terminant lÕessence individuelle et la rendant incommunicableÈ, (H. D. Gardeil, MŽtaphysique, p. 231). Elle est diffŽrente de lÕessence et de lÕexistence.

[152] Thomas emploie presque exclusivement, dans cet ouvrage, le terme intellectus, mais dans les passages parall�les des Sentences, il se sert plut™t du mot mens.

[153] En 1 Sent., d. 7, qu. 1, a. 1, as 3 : la puissance de Dieu nÕest ni active, ni passive, Ç mais superactive, car son action nÕest pas par mouvement, mais par opŽration È.

[154] La substance est la premi�re catŽgories, mais elle n'est pas un accident.

[155] On peut rŽsumer ainsi la sol. 2 : Deux rŽceptions, c'est-ˆ-dire 1. Le devenir en acte : la mati�re re�oit la forme, le sujet l'accident. 2. La gŽnŽration : le supp™t re�oit la nature de son esp�ce qui est son essence. C'est identique en Dieu o� il n'y a pas de mati�re. Le Fils re�oit la nature divine.

[156] La puissance est imparfaite par rapport ˆ lÕacte. ÇToute puissance trouve plus parfait qu'elle ÉÈ Cf. Pot. qu. 1, a. 1. qui renvoie ˆ MŽtaphysique, (Q) IX, 9,1051 a 4-15.

[157] Il sÕagit dÕune mise en forme et non dÕune action rŽelle.

[158] Cf. q. 8, a. 2.

[159] Parall. : Ia, q. 41, a. 1, ad 1 et 2, a.5 Ñ I Sent., d. 7, q.1, a. 1, ad 2 et a.2Ñ d. 6, q1a.3 Ñ (Sur les notions voir I Sent., d. 33, a.2 - Ia, q ; 32, a. 2). LÕarticle revient ˆ poser la question suivante : la puissance gŽnŽrative proc�de-t-elle de lÕessence ou bien elle est une notion, c'est-ˆ-dire la propriŽtŽ caractŽristique dÕune personne. On dŽsigne les notions en Dieu non comme des rŽalitŽs mais des raisons formelle par lesquelles sont connues les personnes, bien que les notions ou les relations soient rŽellement en Dieu È (Ia, qu. 28, a.1). ÇL'ƒcriture n'en fait pas mention : mais elle signale les personnes en qui on comprend les notions comme l'abstrait dans le concret.È Ia, q. 32, a. 2, ad. 1. Les actes qui dŽsignent lÕordre des origines sont appelŽs des actes notionnels (notionales) quia notiones personarum sunt personarum habitudinem ad invicem (Cf. Ia, q. 32, a. 2, ad 3). Les notions personnelles sont au nombre de 3 : paternitŽ, filiation, procession. ÇLÕorigine ne peut �tre dŽsignŽes que par des actesÈ, CÕest pourquoi il a fallu attribuer des actes notionnels aux personnes. Ia, q. 41, a, 1 c2). Cet ŽlŽment doit appartenir aux relation d'origine en dehors desquelles tout en Dieu est commun.

[160] ÇOn appelle puissance le principe du mouvement ou du changement, qui est dans un autre �tre, ou dans le m�me �tre en tant quÕautre.È (Trad. J.Tricot, p. 283-284). DŽjˆ citŽ qu. 1. a. 1. Ici, et plusieurs fois ailleurs, Thomas ne retient que la notion de principe parce que le principe suppose une relation.

[161] Bo�ce, philosophe chrŽtien, (480 - 524 ou 526). Thomas a commentŽ son De Trinitate, et le De hebdomadibus. Il cite aussi dans le De potentia les Deux natures du Christ. Ses opuscules ont ŽtŽ lus et commentŽs par les scolastiques. Il est le dernier reprŽsentant de la philosophie occidentale avant le Moyen Age.

[162] Rappelons que les CatŽgories (ou prŽdicaments) genres supr�mes de l'�tre, comprennent la substance et neuf accidents, la relation est le troisi�me (Aristote CatŽgories, (c. 5 et 7). On parle de substance en Dieu par analogie. Quant ˆ la relation, vu son peu de rŽalitŽ, et le fait qu'elle renvoie ˆ autre chose, elle peut-�tre acceptŽe pour Dieu, parce qu'elle n'est pas rŽellement un accident.

[163] L'�tre par accident : ÇIl est par accident quand, par exemple, nous disons que le juste est musicien, ou que l'homme est musicienÉÈ "L'homme blanc" est un exemple donnŽ par Bo�ce.

[164] En Pot. qu. 1. a. 1, il a montrŽ que la puissance appartient ˆ l'essence. (v.g. ad 5, ad 9. Cf. ici sc. 1)

[165] Cela sera montrŽ plus clairement dans la question 8. En Dieu, ce qui est commun, cÕest lÕessence ; la personne est signifiŽe par la relation. A ce sujet, il cite Jean Damasc�ne (la foi orthodoxe) I, 11. (qu. 8, a. 1, obj. 1).

[166] ÇLe P�re n'est puissant pour engendrer que par nature. Car sa puissance est sa nature ou son essenceÈ (¤6).

[167] PL 10, 520 C, XXIV, 58.

[168] I, 8, PG. 94, 813 A. ÇC'est de la nature du P�re que vient la gŽnŽration.È (Trad. E. Ponsoye).

[169] Cette affirmation anticipe l'article 6 de la question.

[170] Concerne lÕessence.

[171] Cf. Q de pot. q. 1 a. 1, obj. 3 : Le principe est une relation.

[172] Cf. Aristote, CatŽgories, 8, 9 a 17. Il s'agit de la relation de celui qui conna”t au connaissable, tr�s souvent ŽvoquŽe comme typique.

[173]. Cf. Q. de pot. qu. 1, a. 1, ad 1, la puissance est non seulement le principe de l'opŽration, mais aussi de l'effet, mais ici l'effet est diffŽrent.

[174]. Il s'agit de l'action ad intra. Aristote, ƒthique Ç Mais on observe en fait une certaine diffŽrence entre les fins : les unes consistent dans des activitŽs, et les autres dans certaines Ïuvres distinctes des activitŽs elles-m�mes.È (Trad. J. Tricot).

[175]. Cf. Ia, q. 41, a. 5, ÇIl faut dire que la puissance d'engendrer signifie principalement l'essence divine, comme le Ma”tre des Sentences le dit (I Sent., d. 7), mais pas la relation seulement.È.

[176] Voir Q de pot. I, q. 1, a. 1, ad 3. Cf. I Sent., d. 42, q. 1, a. 2, ad 1. ÇLa puissance gŽnŽrative dŽsigne ce qui concerne lÕessence joint ˆ ce qui concerne la notion, comme, quand on dit Dieu engendre É Car le P�re engendre par la m�me puissance que le Fils na”t, mais la notion demeure le propre du P�reÈ.

[177] Les catŽgories sont ici la substance et la notion.

[178] Parall. : Ia, q. 41 a. 2 Ñ CG. IV, 11 Ñ I Sent., d. 6, q. 1, a. 1, 2, 3 Ñ Q de pot.,. q.10, a. 2, ad 4, 5.

[179] PL 520 C, canon 25 de la premi�re profession de Sirmium (351) n¡ 140, Denz. 247). A propos de ce texte Ia, 41, 2 ad 1m : ÇCette autoritŽ (celle d'Hilaire) est contre ceux qui rejetaient la concomitance du vouloir paternel de la gŽnŽration du Fils, en disant qu'il avait engendrŽ le Fils par nature, de sorte qu'il n'en avait pas la volontŽ.. de m�me que nous subissons par nŽcessitŽ naturelle bien des maux contre notre volontŽ : mort, vieillesse et autres afflictions. Cette intention de l'auteur ressort clairement du contexte.È

[180] ÇLes animaux ni les plantes n'existent ni ne sont engendrŽs par fortune (c'est-ˆ-dire par le hasard), la cause de cette gŽnŽration Žtant nature, intelligence, ou quelque autre chose de tel.È (Trad. H. Carteron)

[181] Q. de pot. q. 10, a. 2,Arg. 19 et ailleurs : id est, Verbum genuit a quo erant, ut fierent. Augustin ÇDixit : fiat, id est, in Verbo Dei aeterno erat, ut fieret. (ÇIl Žtait dans le Verbe Žternel que cela fut fait.È (Trad. BA. 48, p. 166-167).

[182] Ce qui sera dŽmontrŽ en Q. de pot. q. 3, a. 15.

[183] Dialogue des 65 questions, q. 7, PL 40, 736 D, ÇIl n'a engendrŽ ni par volontŽ ni par nŽcessitŽ parce qu'il n'y a pas de nŽcessitŽ en DieuÈ. Îuvre attribuŽe ˆ Augustin (La Clavis Patrum latinorum n'en parle pas), composŽe d'extraits de son Ïuvre. La question 7 serait tirŽe du de Trinitate (PL, Admonitio 734-735).

[184] Apr�s avoir rŽfutŽ les Eunomiens, qui prŽtendaient que le Fils Žtait non de la nature de la substance et l'essence, mais de sa volontŽ, il ajoute :Ç Certains, pour ne pas dire que le Verbe unique Žtait Fils du conseil et de la volontŽ de Dieu, ont dit que le Verbe Žtait le conseil m�me, la volontŽ m�me du P�re. Il vaut mieux, ˆ mon sens, dire que le Verbe est conseil du conseil, volontŽ de la volontŽ.È, pour Žviter Çcette opinion absurdeÉ que le Fils donnerait au P�re sagesse et vouloir.È (Trad. BA. 16).

[185] Contre les Ariens. (Denz. 71. Formule appelŽe Fides Damasi.).

[186] M�me citation, Q. de pot. q. 2, a. 4,Arg. 13, - q. 9, a. 9 arg.. 13. En 2, 3 il est question de lumi�re, mais prŽcise Thomas, qui admet l'image, il ne faut pas appliquer la comparaison intŽgralement.

[187] Anawati, 345. L'incrŽŽ est nŽcessaire ; il n'a pas le pouvoir d'�tre ou ne pas �tre.

[188] Canon 24 de la profession de Sirmium. PL 10, 520C.

Le concile de Sirmium : Photin, Žv�que de Sirmium, passait pour reproduire les idŽes de Marcel d'Ancyre. Il fut condamnŽ ˆ Milan en 345 et 347, mais refusa de se retirer de son si�ge Žpiscopal. En 351, Constance est ˆ Sirmium. Les orientaux en profitent, pour convoquer une assemblŽe contre Photin. Le concile Žmet une profession de foi pour combattre la doctrine antitrinitaire de Photin et Žtablir la distinction des personnes divines. Photin est dŽposŽ et expulsŽ. Ce concile dont les textes sont dans le de Synodis de saint Athanase, (PG. 26, 735 ss.) prŽsente un texte ˆ tendance subordinationniste (3e et 4e anath�mes : nous ne pla�ons pas le Fils sur la m�me ligne que le P�re, mais nous le subordonnons au P�reÈ) Mais Hilaire qui rapporte le concile en donne une interprŽtation favorable (PL. 10, 518)

[189] Canon 25, Sirmium,PL.10, 520 C. Sur la nŽcessitŽ cf. Ia, 41, 2 ad 5 : ÇIl y a le nŽcessaire par soi, et le nŽcessaire par un autre. NŽcessaire par un autre. On peut lÕ�tre par un autre de deux mani�res. D'abord, par une cause efficiente et contraignante ; on appelle ainsi nŽcessaire ce qui est violent. Ensuite, par la cause finale ; ainsi dans ce qui est en vue d'une fin, on appellera Ç nŽcessaire È ce sans quoi la fin ne peut se rŽaliser, ni bien se rŽaliser. Mais la gŽnŽration divine est nŽcessaire d'aucune des deux mani�res ; car Dieu n'est pas ordonnŽ ˆ une fin, et aucune contrainte n'a prise sur lui. Le nŽcessaire par soi, c'est ce qui ne peut pas ne pas �tre ; ainsi est-il nŽcessaire que Dieu existe. Et de cette mani�re il est nŽcessaire que le P�re engendre le Fils.È

[190] C'est par le Fils que tout est crŽŽ.

[191] De saint Jean (obj. 9).

[192] L'amour est volontaire.

[193] A savoir la communication de la bontŽ.

[194] NŽcessitŽ de coaction : elle ne peut en aucune mani�re arriver ˆ ce qui agit par volontŽ, puisqu'elle est liŽe ˆ la violence. "La nŽcessitŽ d'inclination naturelle : Dieu vit nŽcessairement et en telle nŽcessitŽ, la volontŽ veut quelque chose nŽcessairement". (De Ver. qu. 22, a. 5, c ).

[195] Parall. : Ia, q. 41 a. 6 Ñ I Sent., d. 7, q. 2, a2 Ñ CG. IV, 13 Ñ Q. de pot. q. 9, a. 9 ad 1 ss.

[196] ÇCar, pour chacun des membres de la hiŽrarchie, la perfection consisteÉ ˆ manifester enfin en eux-m�mes, autant que la chose est possible, le reflet de l'acte divin.È (Trad. de M. de Gandillac).

[197] M�me objection en Q. de pot. q. 9, a. 9. Il est vrai que le sujet est semblable ˆ celui de cet article, et plusieurs autres objections leurs sont communes.

[198] DŽjˆ citŽ en Q. de pot. qu. 2, a. 3, sc. 2, et en q. 9, a. 9. Ici il est question de lumi�re, lˆ de soleil.

[199] ÇLa belle affaire qu'il n'ait point ™tŽ ce qu'il a donnŽ sÕil ne le lui a pas ™tŽ ce qu'il a pu donner ? Qu'est-ce ˆ dire, il n'est point envieux ?È

[200] La paternitŽ est signifiŽe comme forme du P�re et est sa propriŽtŽ personnelle. ÇLa paternitŽ ne peut pas �tre considŽrŽe comme ce par quoi le P�re engendre, mais comme ce qui constitue la personne de celui qui engendre, sinon le P�re engendrerait un p�re.È (Ia, q. 41, a. 5, c).

[201] PL. 158, 207 CD.

[202] La comparaison du Fils avec la splendeur nÕest pas ˆ prendre c omme absolue.

[203] Le latin emploie le m�me mot dans les deux cas, mais avec deux sens diffŽrents, ce que veut montrer Thomas. Il ne se s'agit pas ˆ proprement de puissance passive dans le Fils. En Q. de pot. q. 9, a. 9,Arg. 16, Il nous dit que Çle Fils a re�u du P�re la nature divine, non seulement de fa�on passive (pour ainsi dire) comme engendrŽ par luiÈ

[204] Cette analyse se retrouve en I Sent., d. 7, q. 2, a. 1, c. Selon le gŽrondif actif, la puissance active n'est pas dans le Fils. La puissance qu'on pourrait appelŽe "passive" avec toutes les nuances que cela comporte et qui sont exprimŽe dans l'article, est dans le Fils.

ÇSi cÕest le gŽrondif dÕun verbe personnel passif, alors la puissance dÕengendrer est appelŽe puissance pour �tre engendrŽ. Et ainsi elle est dans le Fils, parce que cÕest une m�me puissance qui est dans le P�re pour quÕil engendrer, et dans le Fils pour quÕil soit engendrŽ. Et cette distinction est fondŽe sur ce qui a ŽtŽ dit (qu. 1, a. 2) ; que la puissance dÕengendrer est lÕessence divine, par laquelle dans la mesure o� la paternitŽ est dans le P�re, elle est gŽnŽration active ; et dans la mesure o� la filiation est dans le Fils, elle sera gŽnŽration passive.È I sent. d7q2a1. c

[205] Il a est ˆ remarquer que le mot iomnipotentia nÕest employŽ que trois fois dans lÕarticle 7 de la question 1, mais 26 fois ici.

[206] Parall. : Ia, q. 28, a. 3 Ñ I Sent., d. 7, q. 1, a. 1.

[207] Symbole Quicumque, dit d'Athanase.

[208] Si Dieu le P�re Çre�oit avec raison le nom de tout puissant, c'est uniquement pour ce motif que tout ce qu'il veut il le peut, sans que la volontŽ d'aucune crŽature puisse emp�cher sa volontŽ toute puissante de sortir son effet.È Trad. BA. 9

[209] Si on consid�re ce sur quoi porte la toute puissance, c'est-ˆ-dire la crŽation, elle n'est qu'en rapport avec les crŽatures. Mais si on consid�re l'opŽration, la toute puissance s'Žtend ˆ celui qui engendre (le P�re). I Sent., d.20, q. 1, a. 1, ad 4.

[210] ÇSelon la substance, il n'y a pas mouvement, parce qu'il n'y a aucun �tre qui soit contraire ˆ la substance. Pas davantage pour la relation ; car ˆ la suite du changement de l'un des relatifs, cela peut aussi se vŽrifier aussi pour l'autre sans qu'il ait changŽ en rien.È (Trad. H. Carteron).

[211] Id. Q de pot. 2, 1, sc. 2.

[212]Cet argument est prŽsentŽ comme solution en I Sent., d. 20, q. 1, a. 1.

[213] Pour la raison que le Fils et lÕEsprit saint nÕengendrent pas. L'absolu correspond ˆ l'essence

[214] ÇLa procession des crŽatures ˆ partir d Dieu a pour cause exemplaire la procession m�me des personnes divines.È (Geiger, La participation dans la philosophie de s. Thomas dÕAquin, p. 225.

[215] Elle signifie l'identitŽ rŽelle de l'action notionnelle et de la relation divine.(Vanier p. 41)

[216] ÇDans cette relation signifiant l'Žmanation de l'action notionnelle et distincte pour l'esprit de la relation personnelle, il ne faut sans doute voir qu'une relation de raison (relatio intellecta in origine) Ñ laissant intacte l'identification rŽelle et d'action notionnelle et de la relation personnelle. Vanier ThŽologie trinitaire chez Saint Thomas dÕAquin. p. 47

[217] Parall. : I Sent., d. 20, q. 1, a. 1, c et ad 4.

[218] Parall. : la q. 45, a. 2 Ñ CG. II 16 ÑII Sent., dlqla2 Ñ Compendium, c. 69 ÑOpusc. De quatuor opposit., c. 4 Ñ VIII Phy., I, 2.

[219] J'emploie sans enthousiasme cette traduction un peu lourde qui permet de faire la distinction entre ex nihilo et de nihilo.

[220] Thomas puise sa documentation sur lÕhistoire des philosophies prŽsocratiques chez Aristote. Physique I, 187 a 20 : ÇAnaxagore, semble-t-il, tient aussi pour l'infinitŽ, parce quÕil acceptait lÕopinion commune des physiciens, que rien ne peut �tre engendrŽ de rien.È Trad. H. Carteron.

[221] Cette objection se retrouve en Ia, qu. 46, a. 1, obj. 1, ˆ propos de l'ŽternitŽ du monde. On y trouve plus clairement ŽnoncŽ que la mati�re para”t nŽcessaire. ÇMais ce qui a possibilitŽ d'�tre c'est la mati�re qui est en puissance pour �treÈ. Si le monde a existŽ, il y avait la mati�re avant, dit l'objecteur. Mais ajoute-t-il, la mati�re sans forme ne peut pas exister. Donc le monde a existŽ avant de commencer ce qui est impossible. Cf. Pot. qu. 3, a. 17, obj. 10 : ÇSÕil Žtait possible qu'il exist‰t, il y avait alors une puissance par rapport ˆ lui et m�me ainsi il y avait un substrat ou une mati�re puisque la puissance ne peut exister que dans un substrat.È

Il faut distinguer le possible, conception dans l'esprit qui le con�oit, et qui n'est pas dans la rŽalitŽ, de l'objet en puissance qui a besoin d'un substrat. C'est pourquoi la crŽation est possible, mais elle n'est pas en puissance.

[222] La gŽnŽration. ÇLa mixtion (le mŽlange) exige que les deux corps (qui doivent se mŽlanger) soient dans une condition semblable È(327 b 3 ou 4). Ñ Aristote dŽmontre ensuite que certaines "mixtions", certains mŽlanges ne peuvent se faire parce que les ŽlŽments en question sont dissemblables (ainsi 327 b 11 : bois et feu. Conclusion (20) : ÇTout ne peut pas �tre mŽlangŽ ˆ toutÈ. b 22 : il constate que les �tres en actes et ceux qui sont en puissance ne peuvent se mŽlanger. ÇOn a distinguŽ par la suite le corpus mixtum ou les ŽlŽments sont diffŽrents du composŽ (comme l'eau est diffŽrente de l'oxyg�ne et l'hydrog�ne) et la mixtio imperfecta ou mŽlange comme le sucre et l'eau.È (Elders, La philosophie de la nature de saint Thomas, 189-190).

[223] ÇSi une intelligibilitŽ signifie pour elle-m�me, telle l'humanitŽ ou la blancheur, se trouvant �tre subsistante (c'est-ˆ-dire existant par soi et pour soi, et non point dans autre chose ˆ titre d'attribut) alors elle serait nŽcessairement unique. Ce qui permet de conclure que toutes les choses autres que Dieu ne sauraient �tre leur propre �tre, mais ne sont qu'en participant ˆ l'�tre et de l'�tre.È (Cf. Ia, qu. 11, a. 3 et 4). Dubarle, Ontologie, p. 204.

[224] L'�tre de raison est l'objet de la logique. Il peut y avoir analogie avec la rŽalitŽ, mais le parallŽlisme n'est pas toujours vrai. Thomas en donne des exemples. ÇOn ne peut pas �tre surpris que les lois des concepts et celles du langage ne s'appliquent pas toujours aux relations du rŽelÉ Autres sont les agencements des choses, objet de la science, autres les agencements des �tres de raison qui sont les moyens de la science.È Sertillanges, Dieu II, (ƒd. des Jeunes) note 42, p. 334. On trouve en de nombreux autres endroits une analogie entre la dŽmarche intellectuelle et les faits naturels.

[225] Ex soit "de", soit locution prŽpositive "ˆ partir de".

[226] Cf. Ia, qu. 45, a. 1, obj. 3 : ÇCette prŽposition " de " implique un rapport de causalitŽ, surtout de causalitŽ matŽrielle, comme lorsque nous disons qu'une statue est faite " de " bronze. Mais rien ne peut �tre la mati�re de l'�tre, ni en �tre cause d'aucune mani�re. Donc crŽer n'est pas faire quelque chose de rien.È (Trad. J-M. MaldamŽ, ƒd du Cerf).

[227] Objection inspirŽe d'Avicenne.

[228] L'agent est en acte. Il fait du semblable, donc quelque chose en acte. En effet, l'apport de la forme met l'Žtant en acte.

[229] C'est-ˆ-dire ˆ l'effet de l'idŽe.

[230] L'objecteur suppose deux principes, un bon et un mauvais. Cf. Pot. qu. 3, a. 6.

[231] La gŽnŽration et le changement supposent un opposŽ. L'objecteur pense la crŽation comme un changement. Cf. Pot. qu. 3, a. 2.

[232] Il arrive ˆ la crŽature dÕagir, mais Dieu est acte pur. Il agit toujours.

[233] C'est-ˆ-dire un �tre potentiel. Ainsi lÕenfant avant sa conception est en puissance.

[234] Cette participation, c'est que Dieu donne l'�tre et alors les causes secondes peuvent agir. Il ne faut pas comprendre que Dieu donne le pouvoir de crŽer (Cf. article 4).

[235] Prop. 3 : n¡ 27 ÇToute ‰me noble a trois opŽrations ; car parmi ses opŽration il y l'opŽration animante, intellectuelle et divine.È Cf. Pot. 3, 7, Concours divin : ÇRien ne donne l'�tre queÉ par participation du pouvoir divinÈ par l'action de la cause premi�re, et de la cause seconde. Le livre des causes, prop. 18.

[236] Cf. Ia, qu. 45, a. 2, ad 4m : La distance infinie entre l'Žtant et le non Žtant : Cette objection proc�de dÕune fausse imagination. Comme sÕil y avait un intervalle infini entre le nŽant et lÕ�tre. Cela appara”t comme faux. Cette fausse imagination vient du fait quÕon dŽcrit la crŽation comme un changement entre deux termes qui existent.

ÇÉdu non-�tre ˆ l'�tre il n'y a ni ordre ni proportions, ni relations. On en parle comme s'il n'y avait entre eux une succession c'est-ˆ-dire une relation rŽelle, mais il ne faut pas se rendre dupe des motsÉ En rŽalitŽ le nŽant ne peut rien prŽcŽder, et au nŽant rien ne peut suivreÈ. Sertillanges, L'idŽe de crŽation, p. 14.

[237] ÇIl est donc Žvident que la causalitŽ des IdŽes que certains philosophes ont coutume d'attribuer aux IdŽes, ne peut, en supposant qu'il existe de telles rŽalitŽs, distinctes des individus, servir ˆ rien, du moins pour la gŽnŽration et la constitution des substances.È (Trad. J. Tricot).

[238] Cf. De Veritate 27, 3, ad 9m. les trois solutions possibles sont envisagŽes : infini infini, fini fini, infini fini. Puissance passive : ici le possible n'en dŽpend pas puisque cette puissance est la mati�re, qui n'existe pas avant la crŽation, la puissance active : derni�re partie de la rŽponse, et enfin en deuxi�me position le possible sans rapport avec la puissance. C'est ce que dŽmontre Aristote en MŽtaphysique, IX, 3, 1047 a 24 : ÇUne chose est possible si son passage ˆ acte dont elle est dite avoir la puissance n'entra”ne aucune impossibilitŽ.È Cf. Analytiques, I, 13, 32 a 18. (ÇCette dŽfinition du possible Érenferme peut-�tre un cercle vicieux.È remarque J. Tricot).

[239] Si on sÕen tient ˆ la traduction Ç ˆ partir de È, il faut parler alors de locution prŽpositionnelle.

[240] Voir Pot. qu. 3, a. 8, obj. 4. Ex indique une cause efficiente ou une cause matŽrielle.

[241] LÕexpression de nihilo est employŽe en deux endroits dans lÕarticle. la nuance dans lÕobjection 4 est minime et nÕest plus reprise dans la solution. Ç Le rien È, le nŽant est considŽrŽ par l'objecteur comme un substrat, qui pourrait �tre Ç un patient È, ce que nie la solution. Ici (sol. 7) le de nihilo nÕest pas appliquŽ ˆ la crŽation : le silencieux parle au sujet de rien. Il nÕy a pas non plus crŽation ou passage ˆ partir du nŽant pour Dieu. Mode inhabituel de parler, remarque Thomas.

[242] ÇThomas se persuada que si Avicenne niait la crŽation, du moins il rŽfutait bien le concept erronŽ de crŽation des Mokekallim qui imaginaient le nŽant comme une privation ou une puissance.È (Chossat, DTC, Dieu, 1224)

[243] Cela est dŽmontrŽ plus loin, Pot. 3, 15.

[244] LÕultime raison de la multiplicitŽ et de la vŽritŽ des choses rŽsideÉ dans lÕordo sapientiae. Cf. Pot. 3, 16. La pluralitŽ peut-elle procŽder d'un [�tre] premier unique ? Cf. Ia, qu. 47, a. 1, - Ia, qu. 47, a. 2 - CG II, 26, etc. M.Seckler, le salut et lÕhistoire, p. 110. ÇLa distinction et la pluralitŽ dŽpendent de lÕintention du premier agent qui est Dieu.È Le principe est confirmŽ en Ia, qu. 42, a. 2 : ÇLa distinction et lÕinŽgalitŽ des choses viennent de Dieu.È. L'inŽgalitŽ dans la perfection parce que les choses viennent du nŽant (Ia, qu. 90, a. 3 ou 3).

[245] Il ne faut du reste pas parler de perfection et d'imperfection. Voir Ia, qu. 90, 2.

[246] Cf. Ia, qu. 45, a. 2, ad 3m.

[247] LÕŽtant commun est composŽ de mati�re (en puissance) et de la forme (en acte).

[248] Il s'agit de lÕidŽe en Dieu. Dans le De veritate qu. 3, a. 5, c, on lit que 1¡ Ë la diffŽrence de Platon, il est nŽcessaire de placer une idŽe en Dieu parce que la mati�re premi�re est crŽŽe et ce qui est causŽ par Dieu poss�de quelque ressemblance avec lui. 2¡ Cependant la mati�re nÕa pas en Dieu dÕidŽe distincte de celle de la forme ou du composŽ.

[249]. Parall. : Ia, 45, 1, ad 2Ñ CG. II, 17, Ñ II Sent. d1q1a 2.

[250]. Aristote, Physique, V, 224 b 35- 225 a ÇOr, puisque tout changement va d'un terme ˆ un autre (c'est aussi ce que [en grec] montre le mot (metabol�) : en effet, il exprime une succession, c'est-ˆ-dire la distinction d'un antŽrieur et d'un postŽrieur.È

[251]. Les contraires appartiennent au m�me genre. Le non Žtant relatif est celui du changement, ce qui nÕexiste pas encore, mais existera.

[252]. Ils sont citŽs au resp. ¤ 2. Thomas fait appel ˆ une autoritŽ. Aristote en lÕoccurrence. Sinon il nÕy aurait pas de preuve que le crŽation ne soit pas un mouvement.Ñ 6. Il sÕagit de potentialitŽ. Le crŽŽ avant la crŽation est possible. Il nÕy a aucune contradiction dans les termes. Cf. Pot. 3, 1 obj. ?

[253]. DiffŽrence entre le changement et le mouvement.

[254]. C'est-ˆ-dire celui de dŽpart et celui d'arrivŽe.

[255]. Parce quÕil y a deux sortes de crŽation, la premi�re, celle de lÕunivers, et la crŽation contraire (celle qui se poursuit dans le temps).

[256] Parall. : Ia, 45, 3 Ñ CG. II, 18 Ñ I Sent. D. 40 q. 1, a 1. Ñ II Sent. D. 1q. 1, a. 2, ad 4-5. La relation Dieu crŽature, envisagŽe ici sous l'angle de la crŽation, sera ŽtudiŽe plus longuement qu. 7, a. 8 ˆ 11.

[257] ÇLes intelligences secondes jettent leur regard sur la forme universelle qui est dans les intelligences universelles. Elles la divisent et la sŽparent puisquÕelles ne peuvent recevoir ces formes selon leur unitŽs ou leur nŽcessitŽ que par la mani�re dont elles peuvent les recevoir c'est-ˆ-dire la sŽparation et la division.ÈÑ De la m�me mani�re, certaine ne re�oit de ce qui est au-dessus d'elle que par le mode selon lequel elle peut le recevoir, non par le mode selon lequel la chose est re�ue.

[258] ÉnÕest pas quelque chose. Cf. dŽbut ¤.

[259] ÇAinsi il y a autant dÕesp�ce de mouvements que dÕ�treÈ.

[260] ÇÉentre l'artiste et son Ïuvre s'ins�re la crŽation. Ainsi entre ce qui porte un v�tement et le v�tement portŽ, il y a un intermŽdiaire, le port du v�tement. Il est manifeste que cette sorte d'Žtat ne peut avoir lui-m�me un Žtat car on irait ainsi ˆ l'infiniÉ È. Commentaire de Thomas ( 1062) ÇQuelque chose est intermŽdiaire entre celui qui poss�de et ce qui est possŽdŽ. Car bien que possŽder ne soit pas une action, cela s'exprimer par mani�re d'action. Et c'est pourquoi entre les deux, on comprend qu'il y a un avoir intermŽdiaire et comme une action, comme l'Žchauffement est compris comme intermŽdiaire entre ce qui chauffe et ce qui est chauffŽ.È

[261] Cf. Ia, qu. 27, a 2, ad 3 : ÇTout ce qui est re�u n'est pas nŽcessairement re�u dans un sujet ; sans quoi l'on ne pourrait pas dire que toute la substance de la chose crŽŽe est re�ue de Dieu, puisqu'il n'y a pas de rŽcepteur de toute substance.È

[262]. La crŽation est crŽŽe en m�me temps que la crŽature, donc elle est un accident.

[263] PARALL : Ia q. 45, a. 5 Ñ q. 65, a. 3 Ñ q. 90, a. 3 Ñ CG., II, 2o, 21 Ñ II Sent., d1q1a3 Ñ IV, d5q1a3, ad 3 Ñ De Verit.q. 5, a. 9 Ñ Quodl., III, qu. 3, a.1 Ñ Compend. Theol., c. 70 Ñ Opusc. XV, De Angeli, c, 10 Ñ Opusc. XXXVII, De quatuor opposit, c. 4.

[264] Les chiffres entre parenth�se indiquent les trois termes du syllogisme. LÕobjecteur donne une preuve pour la deuxi�me.

[265] MŽtaphysique IV, 6, 1011 b 20. ÇSi donc il est impossible que l'affirmation et la nŽgation soient vraies en m�me tempsÉÈ

[266] ÇDans le Verbe, lumi�re non crŽe mais engendrŽe, dans les anges, lumi�re crŽŽe, parce que formŽe ˆ partir d'un Žtat informeÉ cielÉcrŽature constituŽe en son esp�ce propre.È Augustin commente Dieu dit que la lumi�re soitÉ

[267] Reprise de lÕobjection 1 de Pot. 3, 1 : la distance entre lÕŽtant et le nŽant est infinie.

[268] Ni relations entre eux. Cf. Pot. qu. 7, a. 9, obj. 1.

[269] ÇCar en eux est cette lumi�re qui fut crŽŽe la premi�re, si nous pensons qu'ils sont la lumi�re spirituelle crŽŽe le premier jour.È

[270] a) ÇIl est donc manifeste que la forme non plus, ou quel que soit le nom qu'il faille donner ˆ la configuration rŽalisŽe dans le sensible n'est pas soumise au devenir, que d'elle il n'y a pas de gŽnŽrationÈ. 1033 b 5. Trad. J. tricot.Ñ Thomas n¡1423 : ÇLes formes, en effet, ne se font pas ˆ proprement parler, mais elles sortent de la puissance de la mati�re en tant que telle ; ce qui est en puissance ˆ la forme devient l'acte sous la forme, ce qui est faire un composŽ.È

b) ÇIl rŽsulte manifestement de ce que nous venons de dire que ce qu'on appelle forme ou substance n'est pas engendrŽ mais ce qui est engendrŽ, c'est le composŽ de mati�re et de forme, lequel re�oit son nom de la forme.ÈÉ 1033 b 16..

[271] ÇIl est manifeste que, dans certains cas, la gŽnŽration est de m�me esp�ce que l'engendrŽ.È (Trad. J. Tricot).

[272] Proposition 19.Texte : 149 : ÇParmi les Intelligences, il y a celle qui est lÕIntelligence divine, puisquÕelle re�oit des bontŽs premi�res qui proc�dent de la cause premi�re, par rŽception multipleÈ.

Ç a) et parmi celles-ci il y a celle qui est Intelligence seulement puisquÕelle re�oit des BontŽs premi�res que par lÕintermŽdiaire de lÕintelligence.È

Ç b) Parmi les åmes il y a celle qui est l'‰me Celle qui est de l'‰me intelligible parce qu'elle dŽpend de l'Intelligence, et celle qui est åme seulement.È

Thomas n¡ 353 : ÇDonc ceux qui sont les plus hauts dans l'ordre des esprits ou des intelligences dŽpendent par une participation plus parfaite de Dieu et participent plus de sa bontŽ et de sa causalitŽ universelle et c'est pourquoi elle sont appelŽes des Esprit divins ou des Intelligences divines, comme Denys le dit (La hiŽrarchie cŽleste, VII, 2, Les Noms divins. V,8 n¡ 276, 656) que les anges les plus hauts sont comme placŽs dans le vestibule de la divinitŽ.È

Thomas n¡ 79 cite le texte 32 : ÇLa cause premi�re crŽa l'�tre de l'‰me par l'intermŽdiaire de lÕIntelligenceÈ, et il ajoute : Çcertains [sans doute parmi eux Avicenne] qui ont mal compris, ont pensŽ que l'auteur de ce livre voulait que les Intelligences soient crŽatrices de la substance des ‰mes. (80) Mais cela est contre les positions platoniciennes car ils Žtablissaient de telles causalitŽs des �tres simples selon la participation.È Il explique que les Platoniciens pensaient que ce qui est lÕ�tre m�me est cause de lÕexistence pour tous. ÇCe qui est la vie est la cause de vie pour tous, ce qui est intelligence est cause dÕintellection pour tous.È

[273] Les intelligence secondes. Le livre des Causes, proposition X, ¤ 98 ÇLes intelligences secondes jettent leurs regard sur la forme universelle qui est dans les intelligences universelles. Elles la divisent et la sŽparent puisquÕelles ne peuvent recevoir ces formes selon leur unitŽ ou leur nŽcessitŽ, que par la mani�re dont elles peuvent les recevoir, c'est-ˆ-dire la sŽparation et la division.È (Il sÕagit de la transmission des formes dans les intelligences). Thomas n¡ 353 ¤ 2 ÇLes intelligences infŽrieures qui ne parviennent pas ˆ aussi parfaite ressemblance divine, sont intelligences seulement, sans dignitŽ divine.È

[274] Le Livre des Causes, Proposition 8.Texte 72 : ÇToute intelligence sait ce qui est au-dessus d'elle et sous elle. Mais cependant elle sait ce qui est sous elle, puisqu'elle en est la cause et elle sait ce qui est au-dessus d'elle puisqu'elle en re�oit des bontŽs.È

[275] Augustin, LÕimmortalitŽ de lÕ‰me, XVI, 25 : ÇDans l'ordre naturel les �tres plus puissants livrent aux plus faibles la forme qu'ils ont re�ue de la souveraine BeautŽÉ Si ces �tres existent, c'est qu'une forme leur est livrŽe par les �tres plus puissants, gr‰ce ˆ quoi ils "sont" È.(Trad. P. de Labriolle).

[276] Il sÕagit de la gŽnŽration.

[277] Cf. Pot. Qu. 3, a. 1. Obj. 3. (et sol. 3)

[278]. Cf. Pot. qu. 1, a. 1, c

[279] Augustin, La TrinitŽ, III, 8, 13 : ÇOn ne saurait donner raisonnablement le nom de crŽateurs ˆ ces mauvais anges sous prŽtexte que, gr‰ce ˆ eux, les magiciens qui bravaient Mo•seÉ fabriqu�rent des grenouilles et des serpents. Ils n'en furent pas les crŽateurs Comme on n'appelle point nos parents crŽateurs d'hommeÉpareillement ne se permet-on pas de prendre les anges pour des crŽateurs, les mauvais anges, c'est Žvident, mais les bons non plusÈ. (Trad. BA).

[280] La Gen�se au sens littŽral XII, 22 : ÇCar la puissance du CrŽateur et la vertu du Tout-Puissant et du Tout-Tenant est la cause par laquelle subsiste toute crŽature. Si cette puissance cessait un instant de s'exercer dans les �tres crŽŽs, du m�me coup ceux-ci perdraient leur forme et toute nature s'ab”merait dans le nŽant. (Trad. P. Aga‘sse, et A. Solignac, BA. 5). Ia, qu. 104, a. 2. est aussi consacrŽ ˆ ce sujet. Cf. Pot. qu. 5.

[281] Prop. 10, n¡ 92 : Ça) ÇToute intelligence est pleine de formes. Des intelligences, viennent celles qui contiennent les formes les plus universelles et de ces derni�res viennent celles qui contiennent les formes les moins universelles.È Voir prop. 3, 9, 16 (Cf. II Sent. d1qa1).

[282] L'opinion d'Avicenne : II Sent. d18q2a2. CG. II, 42, 10 : ÇÉ l'opinion d'Avicenne qui dit que Dieu, en se comprenant, produit une seule intelligence premi�re, dans lequel il y a puissance et acte, qui, dans la mesure o� elle comprend Dieu produit une intelligence seconde. Dans la mesure o� elle se comprend, selon qu'elle est en acte, elle produit l'‰me du monde. Dans la mesure o� elle est en puissance, elle produit la substance du premier ciel et ainsi procŽdant de lˆ, elle constitue la diversitŽ des �tres par la cause seconde.

[283] Cf. Ia, qu. 14, a. 8 : ÇLa science de Dieu est la cause des choses ?È

[284] La position de Pierre Lombard : IV Sent. d5q3 : ÇDieu peut aussi crŽer quelque chose par quelquÕun non par lui en tant quÕauteur, mais en tant que ministre, avec lequel et en qui il op�re, de m�me quÕil op�re en nous dans nos bonnes Ïuvres, et nous et pas lui seulement, pas nous seulement mais lui avec nous et en nousÈ.

II sent. d1q4 c. (p. 22) : Il prŽsente aussi la position du Lombard, contrairement ˆ Pot. 3, 4 et Ia, 45, 5, il est hŽsitant : ÇC'est pourquoi d'autres ont dit que la crŽation ne convient ˆ aucune crŽature et elle n'est pas communicable ; de m�me que l'�tre d'une puissance infinie qu'exige l'Ïuvre de crŽation.È ÇD'autres ont dit que la crŽation n'a ŽtŽ communiquŽe ˆ aucune crŽature, mais cependant pouvait �tre communiquŽe : ce que le Ma”tre (des Sentences) affirme au livre IV, d.5.È

ÇChacune des deux derni�res opinions semble avoir un point dÕappui. Car, comme il est de la raison de la crŽature que rien ne lui prŽexiste, au moins selon lÕordre de la nature, on peut le prendre du c™tŽ du crŽateur ou de celui de la crŽature. Si c'est du c™tŽ du crŽateur, on dit qu'ainsi cette action est une crŽation qui ne sÕappuie pas sur l'action d'une cause qui prŽc�de. Et ainsi c'est seulement l'action de la cause premi�re : parce que toute action de la cause seconde sÕappuie sur l'action de la cause premi�re. CÕest pourquoi, de m�me que le fait d'�tre cause premi�re ne peut �tre communiquŽ ˆ aucune crŽature, ainsi le fait de crŽer ne peut lui �tre communiquŽe. Si on prend du c™tŽ de la crŽature, la crŽation est proprement ce ˆ quoi rien ne prŽexiste en rŽalitŽ et c'est cela �tre. CÕest pourquoi on dit au Livre des Causes (proposition 4) que la premi�re des choses crŽŽes est l'�tre, et ailleurs dans le m�me livre (proposition 1), on dit que l'�tre est par crŽation et les autres perfections ajoutŽes par mise en forme et dans les composŽs surtout cette �tre qui est de la premi�re partie c'est-ˆ-dire de la mati�re et de cette partie en recevant la crŽation, elle a pu �tre communiquŽe aux crŽatures pour que par le pouvoir de la cause premi�re qui op�re en elle, soit produit une �tre simple ou la mati�re. Et de cette mani�re, les philosophes ont pensŽ que les intelligences crŽaient quoique cela soit hŽrŽtique.È

[285] Comprendre sans un agent autre que Dieu, car dans le changement, il faut la mati�re et un agent.

[286] Entendre la mati�re (cause matŽrielle) et l'agent (cause efficiente).

[287] CitŽ en note dans le Sed contra 3.

[288] Il s'agit des vertus sŽminalesÉ

[289] Le Livre des causes prop. 3, n¡ 32 : "Parce que la cause premi�re a causŽ l'�tre de l'åme par l'intermŽdiaire de l'Intelligence".Il s'agit aussi d'Avicenne : De substantiis separatis, ch. 10 : ÇC'est la position d'Avicenne qui semble l'avoir tirŽe du livre des CausesÈ.

[290] Proposition 20 (n¡ 155) : ÇLa cause premi�re rŽgit tout ce qui est crŽŽ sauf ce qui lui est m�lŽÈ. Voit Thomas, nn¡ 359-360.

[291] Krempel, La doctrine dela relation chez saint Thomas, Paris 1952 p. 104, Cf. qu. 7, a. 9. Avicenne le dit (MŽtaphysique, IV, 10)

[292] II Sent. d1a1q1a3, sol. 1 : ÇBien que les choses infŽrieures soient ramenŽes ˆ leur fin ultime par des intermŽdiaires, jamais cependant l'influence de la fin derni�re n'est communiquŽe ˆ l'un des intermŽdiaires de sorte naturellement qu'il soit le dŽsirŽ ultime et ainsi jamais l'influence du premier agent qui est crŽation ne peut �tre communiquŽe ˆ l'un des seconds principes.È

[293]LÕemploi de mens est ˆ remarquer.

[294] Parall. : Ia, qu. 44, a. 1-2 Ñ Ia, qu. 65, 1 Ñ CG. II, 15 Ñ II Sent. d1q1a2 - I Sent. d39q1a2 Ñ Compendium. ch. 68, Opus. XV, De angelis, ch. 9 Ñ Les noms divins, ch. 5, 1.

[295] Proposition 4 : ÇLa premi�re des choses crŽŽes est l'�tre et avant il n'y a rien de crŽŽÈ.

[296] La quidditŽ exprime lÕessence ou la dŽfinition dÕune chose.

[297] Cette histoire de lÕŽlaboration du concept de cause efficiente, en grande partie inspirŽ par Aristote est repris en plusieurs endroits de son Ïuvre par Thomas : Ia, qu. 44, a. 2 ; CG. II, 16 ; De subst. separ. Voir B. Decossas, Les exigences de la causalitŽ crŽatrice, RThom II, 94, p. 242.

[298] Appel au principe premier de la participation : ÇSi quelque chose se trouve en un Žtant par participation, il est nŽcessaire quÕil ait ŽtŽ crŽŽ par celui ˆ qui convient lÕessenceÈ, Çprincipe Žvident par lui-m�me pour ceux qui sont capables de le comprendre.È J.-H. Nicolas, Synth�se dogmatique, p. 21. Cf. Ia, qu. 44, a. 1 c.

[299] MŽtaphysique 10. ÇLa chose qui, parmi les autres, poss�de Žminemment une nature est toujours celle dont les autres choses contiennent en commun cette natureÉÈ Thomas, lect. 2, n¡ 290 - 298. Repris en Ia, q. 44, a. 1 : ÒCe qui est lÕ�tre et la vŽritŽ absolue est cause de tout �tre et de toute vŽritŽ. Comme ce qui est chaud au maximum est cause de toute chaleurÓ. (Ce dernier membre de phrase ne serait plus acceptŽ aujourdÕhui. Il a valeur dŽmonstrative, selon les lois de la physique de lÕŽpoque. Cf. De causis, 340.

[300] Repris en Ia, q. 44, a. 1 resp. Cf. ParmŽnide 164 c -165 e-. J.-M. Vernier, ThŽologie et mŽtaphysique de la CrŽation, p. 159. 2me argument du De Pot. causalitŽ dŽpendance de lÕimparfait vis-ˆ-vis du parfait. Cf. II CG. 15, ¤ 2.

[301] Thomas dŽmontre par la mŽtaphysique, "par la raison", la crŽation. Il le fait aussi en II Sent. d1q1a2, mais il apporte une restriction ˆ cette dŽmonstration.

[302] Parce quÕune crŽature est un �tre par participation, il en dŽcoule quÕelle est causŽe par un autre. Donc un Žtant de ce genre ne peut exister que sÕil est causŽ ; de m�me quÕil nÕy a pas dÕhomme qui ne soit douŽ du rire. Mais parce que avoir une cause ne fait pas partie de la dŽfinition de lÕ�tre dans lÕabsolu, on trouve un �tre qui nÕest pas causŽ. Cf. Ia, q. 44, a. 1.

[303] Parall. : Ia, qu. 44, a. 2 Ñ qu. 65, a. 1 Ñ qu. 49, a. 3 Ñ CG. II, 41, III, 15 Ñ II Sent. d1q1a1, ad 1 Ñ d34a1, ad 4.

[304] N¡ 188 : ÇLa mal ne vient pas du bienÈ. Cf. IV, 22, 732 c :ÇÉle mal est au-delˆ de la voie, de l'intention, de la nature et de la cause.È n¡ 244.

[305] Tout est crŽŽ sauf le principe de crŽation, c'est-ˆ-dire Dieu.

[306] ÇD'abord on reconna”tra que l'expŽrience montre des faits qui se produisent toujours de m�me, et des faits qui se produisent frŽquemment, mais puisqu'il y a des faits qui se produisent par exception ˆ ceux-lˆ et que tout le monde les appelle effets de la fortune, il est Žvident que la fortune et le hasard existent en quelque mani�re.È (Trad. H. Carteron,) Cf. Topiques, II, 6, 112 b 1 : Si par exemple les hommes sont la plupart du temps mŽchantsÉ (Trad. J. Tricot).Cf. Ia, qu. 49, a. 3, ad 5 : Dire que le mal est ut in pluribus (les cas les plus frŽquents) est absolument faux ; car ce qui s'engendre ou se corrompt en qui seulement arrive le mal de la nature, est une toute petite part de tout l'univers. Et en plus en chaque esp�ce les dŽfauts de la nature arrivent dans les cas les moins nombreux. Dans les hommes seulement, le mal semble �tre dans les cas les plus frŽquents. Pour Avicenne le mal prŽdomine IX, 6, 422.

[307] ÇSi par exemple, les hommes sont la plupart du temps mŽchants, c'est qu'ils sont moins frŽquemment bonsÉÈ

[308] Le texte est en Pot. qu. 3, a. 5, cÉ

[309] ÇÉLe bien vient d'une seule cause totale mais le mal de dŽfaillances nombreuses et particuli�res. È ¤ 3ˆ 237 IV, 22. Commentaire Thomas : cela appara”t autant dans ce qui est naturel que dans ce qui est moral.

[310] ÇLa nature est la diffŽrence spŽcifique qui donne sa forme ˆ la nature des choses.È Trad. H. Merle. C'est la quatri�me dŽfinition de "nature". Aristote Physique, II, 1, 193 a 30 Énature Çen un autre sens c'est le type et la forme, la forme dŽfinissable.È Trad. Carteron.

[311] Ben Sirac. Vulg. : et contra mortem vita.

[312] Ce texte est prŽsentŽ comme une objection en Ia, qu. 49, a. 2, obj. 1. Dans la solution, il est prŽcisŽ que cela concerne le mal de la peine et non le mal de la faute.

[313] Texte 188, ¤ 2.

[314] Thomas VIII, lectio 9, n¡ 1040 ss..

[315] Le chaud et le froid (ou feu et terre) pour ParmŽnide, le plein et le vide pour DŽmocrite.

[316] Les principe contraire sont ramenŽs ˆ l'unitŽ pour concourir ˆ un ordre unique. Il fait intervenir la notion de cas nombreux ou rares. Ia, qu. 49 a. 3 ad 5. Mais comme les contraires se rejoignent, il faut reconna”tre, au-dessus des causes particuli�res une cause unique communeÈ (premier principe d'�tre, Ia, 2, 3).

[317] Aristote en Physique II, 5, 196 b 10 oppose les faits d'expŽrience qui se produisent toujours de la m�me fa�on ou frŽquemment : ÇIl est Žvident que la fortune n'est appelŽe la cause des uns ni des autres.É les effets de la fortune (tuk�) ne sont ni parmi les faits nŽcessaires et constants, ni parmi les faits qui se produisent la plupart du tempsÈ. Thomas en dit (n¡ 2089) ÇIl est clair que la fortune est quelque chose ; puisque venir par fortune et �tre dans le petit nombre sont convertibles.È Donc il s'agit pour lui, non pas du mal, mais de la fortune, du hasard.

Cela sert ˆ dŽmontrer l'existence de la fortune ou du hasard 196 b 17. Aristote en vient ˆ la causalitŽ accidentelle ÇQuand de tels faits se produisent par accident nous disons qu'ils sont des effets de la fortuneÈ (23 ¤ 4).

[318]. Thomas n¡ 133.

[319]. ÇLe manque de forme est une privation. Mais il faut considŽrer que la privation appartient parfois ˆ la raison de l'esp�ce ; parfois non, car elle s'ajoute ˆ une rŽalitŽ qui a dŽjˆ son esp�ce propre. c Ésol. 2 :Ç. La difformitŽ dans l'action atteint celle-ci dans ce qu'elle a de spŽcifique en tant qu'acte moral, nous l'avons dit ˆ propos des actes humains. Une action est difforme en effet par la privation d'une forme qui lui est intrins�que, n'Žtant autre que la juste mesure dans toutes les circonstances de l'acte. C'est pourquoi on ne peut jamais dire que Dieu soit cause d'un acte difforme, parce que Dieu n'est pas cause d'un pareil manque de forme, encore qu'il soit cause de l'acte en tant qu'acte. - Ou encore, il faut remarquer que le manque de forme peut impliquer non seulement la privation de la forme que l'acte devrait avoir, mais aussi la disposition contraire. De ce point de vue la difformitŽ est ˆ l'acte ce que la faussetŽ est ˆ la foi. C'est pourquoi, de m�me que Dieu n'est pas lÕauteur d'un acte dŽformŽ il ne l'est pas non plus dÕune foi faussŽe. Et, de m�me que Dieu est lÕauteur d'une foi qui n'est qu'informe, il l'est aussi des actes qui sont bons dans leur genre quoique pas informŽs par la charitŽ, comme il arrive la plupart du temps chez les pŽcheurs. È (IIa/II¾, qu. 6, a. 2) (ƒd. du Cerf).

[320]. RŽponse ˆ Avicenne.

[321]. C'est-ˆ-dire chacune en particulier.

[322] Ia, 105, a. 5 Ñ CG. III, 67 Ñ Compendium. 135 Ñ II. Sent. d1q1a4. Ñ [autres rŽf. Ia, qu. 25, a. 4 CG. III, 67-70 Ñ I Sent. d37q1a1 ad 4 Ñ q2a2 Ñ II Sent. d1q1a1.]

[323] Pour la dŽfinition de la nature, voir Physique, II, 1, 192b.

[324] Un des quatre ŽlŽments.

[325] Il donne ˆ virtus un sens proche de "puissance", mais il faut distinguer les deux mots puisqu'il les emploie tous les deux, en appliquant cependant ˆ virtus la dŽfinition de la puissance par Aristote en MŽtaphysique V, Cf. Pot. qu. 1, a. 1, obj. 3

[326] Cf. C.G. III, 66, ¤ 1 : ÇÉtous les agents infŽrieurs ne donnent l'�tre qu'en tant qu'ils agissent dans le pouvoir divin.È

[327] ÇNous appelons libre celui qui est ˆ lui-m�me sa fin et n'existe pas pour un autre.È Aristote ¤ 29 (Trad. Tricot), Thomas n¡ 58. Le commentaire de Thomas s'appuie sur le texte suivant : ÇÉhomo liber, qui suimet et non alterius causa est.È

[328] Cf. Pot. 3, 9, obj. 25. Cf. aussi De causis, Prop. 1

[329] LÕŽdition Marietti ajoute la citation.

[330] M�me sed contra en Ia, 105, 5. Ce m�me verset sert ˆ dŽmontrer la prŽsence de Dieu en toutes choses (Ia, qu. 8, a. 1). La vulgate omet in.

[331] Aristote n¡ 116, Thomas n¡ 175.

[332] Sur la conservation voir Pot. 5, 1, et Ia, 104.

[333] Thomas prŽcise dans le Compendium I, 135 : Ç Par essence, dans la mesure o� �tre de quelque mani�re est une certaine participation ˆ l'esse divin, et ainsi l'essence divine est prŽsente ˆ tout existant, dans la mesure o� il a l'�tre cause de l'effet propre [comme cause d'�tre, Ia, 8, 3], par puissance, dans la mesure o� tout agit dans son pouvoir [dans la mesure o� tout est soumis ˆ son pourvoir, Ia, 8, 3], par prŽsence ensuite, dans la mesure o� lui-m�me ordonne et dispose tout sans intermŽdiaire [dans la mesure o� tout est nu et dŽcouvert ˆ sa vue, [Ia, qu. 8, a. 3].

[334] Cf. Averro�s, MŽtaphysique IX, comment. 7 et 12, comment. 18. Cf. CG. III, 69, ¤ 1

[335] Position des Musulmans : CG. III, 65 Dernier ¤. ÇPour affirmer que le monde a besoin de Dieu pour �tre conservŽ dans l'�tre, ils ont prŽtendu que toutes les formes Žtaient accidentelles, et qu'un accident ne dure pas deux instants, et qu'ainsi la formation des �tres est en perpŽtuel devenir, comme si les �tres n'avaient pas besoin de cause efficiente que dans leur devenirÈ.

[336] Cf. L'occasionalisme a ŽtŽ repris par la suite par Ockham, Malebranche, etc.

[337] Ces paragraphes dŽveloppent ce qu'il a dit en II Sent., d1qu4 : ÇCette position est stupide parce qu'elle dŽtruit l'ordre de l'univers, l'opŽration propre chez les �tres et elle va contre le jugement des sens.È

[338] Il s'agit de la Ç SunaugeiaÈ platonicienne, c'est-ˆ-dire la thŽorie de la rencontre des rayons Žmanant de l'objet extŽrieur et des rayons venant de l'Ïil (TimŽe, 45 bÑ46 c et 67 c - 68 d).

[339] Cf. Ia, qu. 105, a. 5, resp. : ÇLes puissances d'action qui se trouvent dans les choses leur seraient attribuŽes en vain si elles n'opŽraient rien par elles. Bien plus toutes les crŽatures para”traient vaines d'une certaine mani�re si elles Žtaient privŽes de leur propre opŽration, puisque tout est en vue de son opŽration. Car toujours l'imparfait est en vue d'un plus parfait. Donc de m�me que la mati�re est en vue de la forme, la forme qui est l'acte premier est en vue de son opŽration qui est l'acte second et ainsi l'opŽration est la fin de la crŽature.È Conclusion : Dieu n'op�re pas ˆ la place des choses. Il leur permet d'agir.

[340] Salomon Ibn Gabirol vers 1021-1058). Cf. De substantii separatis dont certains chapitres lui sont consacrŽs.

[341] Aristote n¡ 598, Thomas lect. n¡ 786 Ñ n¡ 785, Ñ Aristote n¡ 609, Thomas n¡ 795.

[342] La distinction de l'opŽration et celle de la nature : ÇLa substance se prend, sinon en grand nombre d'acceptions, du moins en quatre principales : on pense d'ordinaire, en effet, que la substance de chaque �tre est soit quidditŽ, soit l'universel, soit le genre, soit en quatri�me le sujet.È MŽtaphysique VII, 3, 1028 a 33 (Thomas : 7, lectio 2, Ar. 568, Th. 1270-1275) (quidditŽ 7, 4-6,et 10-12, universel 13-14, sujet 7, 3 et 13-14 (Tricot p. 352).

Thomas n¡ 1270 : la substance a au moins quatre acceptions sinon plus :

1) LÕ�tre premier, c'est-ˆ-dire la quidditŽ ou lÕessence ou bien la nature de la chose.

2) Thomas 1271 : ÇLe second mode selon lÕuniversel est appelŽ substance de lÕ�tre, dÕapr�s lÕopinion de ceux qui pensent quÕil y a des idŽes, des esp�ces (species), attribuŽes ˆ des choses particuli�res et en sont les substancesÈ.

3) Thomas n ¡ 1272 : Selon que Çle premier genre semble �tre la substance de chaque chose et de cette mani�re, ils pensaient que lÕun et lÕŽtant Žtaient la substance de toute chose, en tant que premier genre du toutÈ.

4) Thomas n¡ 1273 : la substance particuli�re.

[343] Cf. II Sent. d1q1a4 c. : ÇÉ Mais les autres causes sont comme dŽterminantes de cet �tre. Car lÕ�tre entier dÕaucune chose ne prend son principe dÕune crŽature puisque la mati�re est de Dieu seulement ; mais lÕ�tre est plus intime dÕune chose que ce par quoi elle est dŽtournŽe ˆ lÕ�tre.É C'est pourquoi l'opŽration du crŽateur atteint plus l'intime de la choses que l'opŽration des causes secondaires ; et c'est pourquoi ce qui a ŽtŽ crŽŽ cause d'une autre crŽature n'exclut pas que Dieu op�re sans intermŽdiaire en toutes choses, dans la mesure o� son pouvoir est comme l'intermŽdiaire qui relie le pouvoir 'une cause seconde ˆ son effet.

[344] De causis (prop. 9 (8). ÇOmnis Intelligentia fixio (stabilitŽ) et essentia eius est per Bonitatem puram quae est Causa prima.È Remarquons que Thomas n'admet pas d'intermŽdiaire comme le laisse supposer cette affirmation et que "Dieu" est considŽrŽ comme BontŽ supr�me comme dans le Platonisme et aussi par Denys.

Thomas n¡ 210, signale que l'affirmation de Proclus est plus universelle : ÇLa cause premi�re de tous les Žtants est le BienÈ.

[345] CG. III, 70, ¤ 5 : ÇÉIl n'est pas superflu que Dieu puisse par lui-m�me produire tous les effets naturels, parce qu'ils sont produits par quelques autres causes ; car cela ne vient pas de l'insuffisance du pouvoir divin, mais de son immense bontŽ, par laquelle il a voulu communiquer sa ressemblance aux crŽatures. Non seulement quant ˆ leur �tre, mais encore pour le fait qu'elles sont des autres.È Dieu communique sa ressemblance, mais aussi il accorde ˆ �tres d'�tre cause des autres.

Ia, qu. 105, a. 5, obj. 2 : Une seule opŽration n'est pas en m�me temps de deux opŽrateurs, de m�me quÕun mouvement, unique en nombre ne peut pas venir de deux mobiles. Si donc l'opŽration de la crŽature vient de Dieu, lorsqu'elle op�re, elle ne peut pas venir en m�me temps de la crŽature. Et ainsi aucune crŽature n'op�re.È. Sol. 2 : Ce ne sont pas deux agents de m�me ordre. Rien n'emp�che qu'une seule et m�me action proc�de d'un agent premier et d'un agent second. Voir CG. III, 66, ¤ 2.

CG. III, 66 ¤ 3. Amplius : Çde plus quand certains agents diffŽrents sont ordonnŽs sous un seul genre, il est nŽcessaire que l'effet, qui est fait en commun par eux vienne d'eux, selon quÕils sont unis en participant au mouvement et ˆ la puissance de cet agent ; car plusieurs choses nÕen font qu'une qu'en tant qu'elles ne font quÕun ; ainsi il est Žvident que tous ceux qui op�rent dans une armŽe pour causer la victoire qu'ils causent selon qu'ils sont sous l'ordre du gŽnŽral, dont lÕeffet propre est la victoire. On a montrŽ (I, 13) que le premier agent est Dieu. Donc, comme l'�tre est l'effet commun de tous les agents car tout agent rend l'�tre en acte, il faut qu'ils produisent cet effet en tant qu'ils sont subordonnŽs au premier agent et quÕils agissent dans son pouvoir.È.

[346] Le libre arbitre est une puissance rationnelle et en tant que tel il a rapport ˆ ces contraires. Thomas donne comme exemple l'art mŽdical qui concerne et la maladie et la santŽ. Ici il s'agit du choix entre les diffŽrentes solutions possibles qui peuvent �tre opposŽes : v.g. choisir le bien ou le mal.

[347] ÇDieu est la cause premi�re et transcendante de notre libertŽ et de nos dŽcisions libres, de sorte que lÕacte libre est tout entier de Dieu comme cause premi�re et tout entier de nous comme cause seconde ; parce quÕil nÕy a pas une fibrille dÕ�tre qui Žchappe ˆ la causalitŽ de DieuÉ pour les actes mauvais,É pour le mal, cÕest tout le contraireÉ Dieu nÕest absolument pas cause du mal de nos actes libres, cÕest lÕhomme qui est la cause premi�re et qui a lÕinitiative premi�re du mal moral.È J. Maritain, Dieu et la permission du mal, Îuvres.Compl�tes, XII, p. 23.

[348] Parall. : Ia, q. 45, a. 8 Ñ II Sent., d.1, q. 1, a. 3, ad 5, - a.4, ad 4 - MŽtaphysique (Z) VII, lectio 7.

[349] Car la gr‰ce existe par crŽation. Il y a de la part de l'objecteur une assimilation abusive de la gr‰ce et des formes naturelles.

[350] Cette glose de Gn. 1, 1, revient plusieurs fois. Cette analyse du sens de ÒexÓ compl�te celle qui se trouve q. 3, a. 1, ad 7

[351] De anima, II, 412 a 3 : ÇEn un premier sens, la substance c'est la mati�re, c'est-ˆ-dire ce qui, par soi, n'est pas tel �tre dŽterminŽ, en un deuxi�me sens, c'est la figure et la forme, qui d�s lors valent ˆ la mati�re d'�tre appelŽe tel �tre dŽterminŽ, en un troisi�me sens, c'est le composŽ des deux principes.È (Cf. MŽtaphysique(Æ) V, 8, 1017 b 10 ss. et 12 (L) 1, 1069 a 18 ss. (Thomas n¡ 215 en Physique Ñ De anima II, 414 a 15 : ÇÉLa substance, avons-nous dit, peut se prendre en trois sens, d'une part la forme, de l'autre la mati�re, enfin le composŽ (la mati�re Žtant puissance, la forme entŽlŽchie) È (Cf. Thomas 275).

[352] Ç Autre principe dÕAnaxagore : les contraires sÕengendrent les uns les autres ; (32) ils prŽexistaient donc les uns dans les autres È.

[353] Îuvre de Gilbert de la PorŽe.

[354] Cf. a. 12, ci-apr�s.

[355] L'Ïuvre de propagation est l'Ïuvre de la nature. (Cf. Ia, q. 45, a. 8. Augustin les distingue (La Gen�se au sens littŽral, V, XI, 27) : Ç Éaliter operatur Deus omnes creaturas prima conditione a quibus operibus in die septem requievit, aliter ista eorum administratione, qua usque nunc operaturÉÈ Ç Augustin (É) distingue lÕÏuvre de propagation, qui est lÕÏuvre de la nature, de lÕÏuvre de la crŽation È. (Ia, q. 45, a. 8, sc.

[356] Ç Anaxagore, parce quÕil acceptait lÕopinion commune des physiciens, que rien ne peut �tre engendrŽ de rienÉ ce qui leur fait poser le Ç MŽlange Primitif È et Žtablir que la gŽnŽration dÕune qualitŽ dŽterminŽe est altŽration. On parle de composition et de sŽparation È. Physique, op. cit. ÇSuivant Anaxagore, tout Žtait mŽlangŽ ˆ lÕexception de lÕIntelligence qui Žtait seule pure et sans mŽlange.È (MŽtaphysique, 989 b 15, p. 73.)

[357] Platon, Phaedon, c. 49, 100 B Ð 101 E, TimŽe, c. 18, 50 BE. Avicenne, MŽtaphysique, Tract. IX, c. 5 

[358] Cf. Ia, q. 65, a. 4, c. Autre opinion : Ç certains hŽrŽtiques modernesÉ pensent que la mati�re est formŽe et disposŽe en esp�ces variŽes par le diableÈ. Cf. Ia, q. 45, a. 8 c.

[359] Çl'agent naturel produit du semblable non seulement en qualitŽ, mais en esp�ce.È (Cf. Ia, q. 54, a. 3, - q. 77, a. 1, ad 3, ad 4, Ñ q. 77 a. 3, ad. 3 etc.Ñ q. 115, a. 1, ad 5

[360] Thomas commente : Ç Ce ne sont pas simplement des Žtants, mais des Žtants dÕŽtants È. In meta. (L), 12, 1, 1069 a 21. In meta. 12, lect. 1, n ¡ 1258. Cf. Ia, q. 45, a. 4( ? ?). De Finance, p. 38, note 4.

[361] MŽtaphysique VII, 8, 1033 b 7 : 7 : ÇÉ la forme non plus, ou quel que soit le nom qu'il faille donner ˆ la configuration rŽalisŽe dans le sensible, n'est pas soumise au devenir, parce que d'elle il n'y a pas gŽnŽrationÉ17.É Il rŽsulte maintenantÉque ce qu'on appelle forme ou substance n'est pas engendrŽ, mais que ce qui est engendrŽ c'est le composŽ de mati�re et de forme, lequel re�oit le nom de sa formeÉÈ (Trad. J. Tricot) (Aristote, n¡ 611, Thomas, 1417-1423).

[362] Thomas, In Meta lectio 7, n¡1423 : Ç Éles formes ˆ proprement parler ne sont pas faites, mais sont sont sorties de la puissance de la mati�re, en tant que mati�re, qui est en puissance ˆ la forme devient en acte sous la forme, ce qui est faire le composŽ È. lectio 8, 1458. Conclusion de Thomas, Ia, q. 65, a. 4 : ÇLes formes corporelles sont causŽes, non comme sortant d'une forme immatŽrielle, mais comme si la mati�re Žtait ramenŽe de la puissance ˆ l'acte par un agent composŽÈ.

[363] Les idŽes de Platon.

[364] Cf. Physique, II, 1, 193 b 1 : ÇEn effet la chair ou l'os en puissance n'ont pas encore leur propre nature en n'existant pas par nature, tant qu'ils n'ont pas re�u la forme de la chair et de l'os, j'entends la forme dŽfinissable, celle que nous Žnon�ons pour dŽfinir l'essence de la chair ou de l'os.È

RŽponse un peu diffŽrente dans le De Veritate, 27, a. 3, ad 9 : ÇÉles formes subsistantes, qu'elles soient substantielles ou accidentelles, ne sont pas ˆ proprement parler crŽŽes, mais elles sont concrŽes, Ainsi elles n'ont pas l'�tre par elles-m�mes, mais dans un autre, et quoique elles n'aient pas de mati�re d'o� [elles viennent ex qua] qui serait une partie d'elles, elle ont cependant la mati�re dans laquelle elles sont [in qua], et par changement elles sont amenŽes ˆ l'�tre, de sorte qu'ainsi leur propre devenir est soumis ˆ un changement.È. Cf. Ia. q. 45, a. 8, c. : ÇPuisque le devenir et le crŽe ne conviennent (ne se rassemblent) pas proprement dans la chose subsistante, il n'y a pas de devenir ni de crŽation de formes mais elles sont concrŽŽes. Ce qui est fait par l'agent naturel est composŽ parce qu'il est fait de mati�re.

[365] Comprendre dans l'optique d'Augustin les raisons sŽminales.

[366] Thomas, lectio 8, n¡ 330.

[367]. PARALL. : Ia, q. 90, a. 2 - q. 118, a. 2 Ñ CG. Il, 86, 87, 88. 89 Ñ Il Sent., d18q2al Ñ d19qla4 - De Verit., q. 27, a. 3, ad 9 - De Spir, creat., a. 2, ad 8 Ñ Qdl. IX, q. 3, a.1 Ñ Compend. c. 93 ; Opusc. XXVIII, De Fato, c. 5 - Opusc. XXXVII. De quatuor Oppos., c. 4 ; Qudl., XI, q. 5, ad 1, 4 ; XII, q. 7, a. 2 Ñ Cf. Super epist. ad Romanos lectura V ; lectio 3, surtout le n¡ 408

[368]. II Sent. d18q2a1, obj. 3 : ÇLes enfants contractent le pŽchŽ originel de leurs parents, comme l'Ap™tre l'enseigne (Rm. 5), mais un accident ne peut �tre transmis que si l'objet de l'�tre est transmis. Donc il semble que l'‰me raisonnable est le substrat de ma faute originelle et qu'elle est transmise par les parents.È

[369]. ÇCÕest un homme qui engendre un hommeÈ Les causes ÇÉla mati�re, la forme, le moteur, la cause fnale È ne font qu'un ; alors que l'origine prochaine du mouvement est identique spŽcifiquement ˆ celui-ci ; car c'est un homme qui engendre un home.È Cette affirmation, banale en soi, sert ˆ Aristote ˆ dŽmontrer que trois des quatre causes se rŽduisent ˆ une, en beaucoup de cas. L'essence et la cause finale ne font qu'une essence, le premier homme de l'affirmation, la fin, le second. La cause efficiente (l'homme sujet de la proposition) est identique ˆ la cause finale (l'homme objet de la proposition).

[370]. Ailleurs il dit que c'est un surplus de nourriture. (voir Ia, 119, a 2)

[371]. ÇIl semble en outre que le principe contenu dans les vŽgŽtaux est lui-m�me une sorte d'‰me ; car c'est le seul principe commun aux animaux et aux vŽgŽtaux..È (Trad. E. Barbotin)

[372].ÇL'‰me est pour le corps vivant, cause et principe.È (Trad. E. Barbotin).

[373]. ÇCertains, par contre, estiment que la nature du feu est, absolument parlant, cause de la nutrition et de la croissance.È (Il s'agirait d'HŽraclite) Thomas, ¡n¡ 339.

[374]. En II Sent. d18q2a1, obj. 5, il prŽcise que c'est le Commentateur qui le dit en II MŽtaphysique, com. 7 : ÇIl est impossible quÕil y ait diffŽrents agents dont l'action de l'un se termine au substrat de la forme et l'action de l'autre ˆ la forme, parce que pour le substrat de la forme, l'action de l'agent ne se termine que selon ce qui re�oit la forme, il en dŽcoulerait en effet, comme il le dit lui-m�me, que le substrat et la forme seraient deux [�tres] distincts, desquels ne serait pas fait l'un, si c'Žtaient les termes des diffŽrentes actions.È

[375]. M�me objection II Sent. d18q2a1, obj. 2. Il y ajoute : ÇParce que celui qui agit de concert avec quelquÕun dÕinique nÕest pas soustrait ˆ lÕiniquitŽ. Donc il semble que lÕ‰me humaine nÕest pas infusŽe par Dieu mais transmise par le p�re.È

[376]. ÇLa plus naturelle de toutes les fonctions, pour tout �tre vivant parfait, qui nÕest pas incomplet ou dont la gŽnŽration nÕest pas spontanŽe, cÕest de produire un autre vivant semblable ˆ soi.È (LÕ‰me, 415 a 30) Thomas lectio 7, n¡ 311-314.

[377]. Prop. 2, n¡ 2 : Ç LÕætre qui est apr�s lÕŽternitŽ et au-dessus du temps, cÕest lÕ‰me, parce quÕelle est en dessous dans lÕhorizon de lÕŽternitŽ et au-dessus du temps. Thomas, n¡ 58 :ÇIl parle de lÕ‰me qui a un �tre supŽrieur ˆ savoir au-dessus du mouvement et du temps. Car lÕ‰me de ce genre sÕapproche plus du mouvement que lÕIntelligence parce qu'il est Žvident que lÕIntelligence nÕest pas touchŽe par le mouvement ni selon sa substance, ni selon son opŽration. LÕ‰me selon sa substance dŽpasse (excedit) le temps et le mouvement et touche ˆ lÕŽternitŽ, mais selon lÕopŽration elle touche au mouvement ; parce que, comme les philosophes le prouvent, il faut que ce qui est mž par un autre soit ramenŽ ˆ quelque chose de premier, qui se meut lui-m�me. Mais selon Platon cÕest lÕ‰me qui se meut elle-m�me, selon Aristote, cÕest un corps animŽ dont le principe du mouvement est lÕ‰me. Et ainsi des deux mani�res, il faut que le premier principe du mouvement, soit lÕ‰me et cÕest pourquoi le mouvement est lÕopŽration de lÕ‰me elle-m�me. Et parce que le mouvement est dans le temps, le temps touche lÕopŽration de lÕ‰me elle-m�me.È

[378]. Le sens de spiritus est ˆ peu pr�s Žquivalent ˆ puissance. Cf. les "esprits animaux" de Descartes. (ÇLes esprits animaux sont des vapeurs tr�s subtiles, par lesquelles se diffusent les pouvoirs de l'‰me dans les parties du corps.È (I Sent. d10q1a4 c.) Cf. Ia, qu. 118, a. 1, ad 3m : ÇLa force active qui est dans la semence dŽrivŽe de l'‰me de celui qui engendre est comme un Žlan (motio) qui vient d'elleÉ il lui faut un organe en acte et elle est fondŽe dans cet esprit inclus dans la semence.È ÇIl y a un "esprit" dans le semen qui lui donne sa puissance active dans la gŽnŽrationÈ (Trad. J. Weber, l'‰me humaine, (ƒd. des jeunes, renseignements techniques p. 377). Cf. IIIa, qu. 32, a. 1, ad 1 :ÇwÉla puissance de l'‰me qui est dans la semence est enclose par l' ÇespritÈ qui s'y trouve forme le corps dans la gŽnŽration des autres hommes,È autre que le Christ.

[379]. On trouve chez Augustin, tout particuli�rement dans La Gen�se au sens littŽral, que Thomas conna”t bien, les diffŽrentes solutions rapportŽes ici. Mais Augustin reste tr�s hŽsitant sur le choix ˆ faire.

a. Propagation par lÕ‰me du p�re ou traducianisme. Augustin pense particuli�rement ˆ Tertullien (De anima), dont le traducianisme est entachŽ de matŽrialisme. LÕ‰me est virtuellement dans la semence. CÕest le seul qui soit aussi nettement traducianiste avec Lucifer de Cagliari et ses disciples ; Arnobe et Lactance semblent avoir ŽtŽ accusŽs ˆ tort. (La traducianisme a ŽtŽ condamnŽ par Anastase II (496-498). Denz 170.

2. Le prŽexistentialisme : crŽation antŽrieure ˆ la formation du corps. Opinion attribuŽe ˆ Orig�ne. Ce probl�me est ŽtudiŽ ˆ l'article 10.

3. Le crŽatianisme. Thomas nÕŽvoque pas ici lÕŽmanatisme, quÕil rŽfute dans le Commentaire des sentences et dans le CG.

[380]. Lucifer de Cagliari (vers 354,   vers 370) et ses disciples.

[381]. Identification apparemment impossible.

[382]. Cf. Ia, qu. 90, a. 4, resp. ¤1. Sur la doctrine d'Orig�ne : ÇOrig�ne a affirmŽ que non seulement l'‰me du premier homme, mais celle de tous les hommes ont ŽtŽ crŽŽes avant les corps, en m�me temps que les anges ; et cela parce qu'il croyait que toutes les substances spirituelles, tant les ‰mes que les anges, Žtaient Žgales sous la condition de leur nature, et qu'elles ne diffŽraient que par leur mŽrite ; de telle sorte que certaines seraient liŽes ˆ des corps - ce sont les ‰mes des hommes et des corps cŽlestes -, et que d'autres demeurent dans leur puretŽ, distribuŽes selon leurs divers ordres.È Cf. Ia, qu. 47, a. 2, c.

[383]. ÇIl est donc manifeste que la forme (É) ou que le nom quÕil faille donner ˆ la configuration rŽalisŽe dans le sensible, nÕest pas soumise au devenir, que dÕelle il nÕy a pas de gŽnŽrationÉÈ (Trad. J. Tricot)

[384]. Gn. 46, 26.

[385]. Cf. II Sent. d18q2a1, ad 1 : ÇTotus homo dicitur intellectus, per modum quo etiam tota civitas dicitur rector civitatis. ÇTout homme est appelŽ Ç intellect È ˆ la mani�re dont toute la citŽ est appelŽe chef de la citŽ.È

[386]. ÇLa partie pensante de son �tre, qui, semble-t-il, constitue chacun de nous.È (Trad. J. Voilquin). Thomas n¡ 1805 : Ce quÕil veut il le fait par sa gr‰ce c'est-ˆ-dire gr‰ce ˆ la partie intellectuelle qui est principal dans lÕhomme. Chaque chose sensible est surtout ce qui est principalement en lui.

[387]. II Sent. d18q2a1 : ÇQuoique le pŽchŽ originel soit dans lÕ‰me comme dans un substrat, cependant elle y est causŽe par lÕinfection de la semence, et il est en elle, quoiquÕil nÕy soit pas comme dans un substrat, cependant comme dans sa cause et cÕest pourquoi le pŽchŽ originel est transmis par la semence et pas par lÕ‰me. (É) LÕ‰me est le substrat du pŽchŽ original mais il y est causŽ par la semence, qui en est comme la causeÈ. Cf. Ia / II¾ qu. 83, a. 1, c. ÇLe pŽchŽ originel est dans la semence comme dans sa cause instrumentaleÉ mais dans le sujet le pŽchŽ originel ne peut �tre en aucune mani�re dans la chair, mais seulement dans lÕ‰me.È Car, prŽcise-t-il, la chair nÕest pas le substrat de la faute. Donc cÕest lÕ‰me qui lÕest.

[388] Cf. II Sent. d18q2a1, ad 4m : Faire du semblable : 1) La forme selon laquelle on atteint la ressemblance est amenŽe de la puissance ˆ l'acte par l'action. 2) La mati�re est disposŽe par l'action pour �tre nŽcessitŽ ˆ recevoir la forme a) forme accidentelle, b) selon Avicenne, dans toutes les formes substantielles parce qu'il veut que toutes les formes essentielles viennent d'un principe sŽparŽ. Mais selon Aristote et le Commentateur les formes substantielle matŽrielles appartiennent ˆ la deuxi�me.

[389]. Îuvre de NŽmesius d'Em�se (PG. 45, 187).Ü

[390]. De anima, II, 3, 412 b 25 : ÇDe plus, ce n'est pas le corps sŽparŽ de l'‰me qui est en puissance de vivre, mais celui qui la poss�de ; ˆ leur tour, la semence et les fruits sont en puissance un corps de cette sorte.È (Trad. E.Barbotin). Thomas n¡ 240 : ÇMais il est vrai que la semence et le fruit en qui sont conservŽes les semences de la plante sont en puissance pour un corps vivant de ce genre, qui a une ‰me, car la semence nÕa pas encore dÕ‰me. CÕest pourquoi il est un dans la puissance, comme sŽparŽe de lÕ‰me.È

[391]. Thomas suit Aristote qui dit que la semence est le superflu de lÕaliment. Il le dŽmontre en Ia, qu. 119, a2.. Il a montrŽ dans lÕarticle 1 que les aliments deviennent la rŽalitŽ (veritatem) du corps. Il consid�re donc (a. 2 c) que la nature humaine (puisquÕil restreint son Žtude ˆ elle), poss�de une puissance (virtus) pour communiquer la forme ˆ une mati�re Žtrang�re dans un autre, mais aussi en lui Cette puissance permet dÕassimiler peu ˆ peu les aliments qui sont pour tout le corps, puis pour chaque partie. CÕest lÕordre normal : la puissance passe ˆ lÕacte, lÕimparfait au parfait. Il nÕest pas possible que ce qui est devenu substance des diffŽrents membres soit la semence. (La question Žtudie Žtant la semence est-elle du superflu des aliments ou la substance de celui qui engendre, elle nÕaurait pas pouvoir de convertir lÕautre en une nature semblable). Donc la semence nÕest pas dŽtachŽe (decisum) de ce qui Žtait tout en acte mais elle est en puissance seulement ; ce qui est en puissance (de produire un corps) vient donc des aliments avant dÕ�tre converti en substance dans les membres. II Sent. d30q2a2.

[392]. Cf. De anima, II, 4, 416 b 15. ÇL'aliment est encore principe de la gŽnŽration non pas pour l'�tre qui se nourrit mais pour un �tre semblable ˆ luiÈ (Trad. E. Barbotin). Cf. Thomas, II, lectio 9, n ¡ 344.

[393]. Allusion aux animaux qui peuvent �tre coupŽ : les annelŽs, les vers etc..

[394]. NŽmŽsius d'Em�se, La nature de l'homme, PG. 45,46. II Sent. d18q2a1, ad 2m : On peut considŽrer lÕadult�re de deux mani�res. Ou selon lÕ�tre moral et ainsi lÕusage est sans forme, Dieu nÕy coop�re pas mais lÕemp�che, ou selon quÕil est dans une esp�ce naturelle, et ainsi est un certain bien ; c'est pourquoi il nÕest pas inconvenant quÕˆ une telle opŽration en tant quÕelle est bonne Dieu qui op�re en tout y apporte une complŽment.È

[395] Parall. : 1a, q. 90, a. 4 - q. 91, a. 4. ad 3, 5 - qu. 118, a. 3 - CG., Il, 83, 84 - lI Sent., d17q2, a. 2.

[396]. LÕadage prend diffŽrences nuances : on y parle dÕune m�me esp�ce (ici), dÕune m�me nature (ratio) article 11 et dÕune m�me substance ou essence (II Sent. d18q2a.3, obj. 4) : ÇPour ce qui est semblable en substance lÕun ne peut �tre crŽe que lÕautre ne le soitÈ..

[397]. Augustin Žmet deux hypoth�ses : lÕ‰me a ŽtŽ crŽŽe avant le corps avec les anges, et lÕ‰me est crŽŽe en m�me temps que le corps. En conclusion il nÕaffirme rien de fa�on dŽfinitive : ÇSinon quÕelle est de Dieu, bien quÕelle ne soit pas la substance divine.È (BA. VII, 28, 43) ÇVoyons donc si par hasard, il peut �tre vrai Ñ opinion qui semble plus acceptable pour la pensŽe humaine Ñ que Dieu Éa crŽŽ lÕ‰me pour lÕinsuffler le moment venu, aux membres du corps formŽ de limon.È (VII, 24, 35. Trad. BA. 48)

[398]. On peut penser ˆ un thމtre de marionnette, dont Dieu tire les ficelles!

[399].ÇL'‰me est pour le corps vivant cause et principeÉÈ-ÇLe principe premier du mouvement local c'est l'‰meÈ (415 b 25). (Trad. E. Barbotin). Cf. Sol. 6.

[400]. ƒcrit par Alcher de Clairvaux vers le XIIe. Parmi les textes d'Augustin (PL. 40, 779-892).

[401]. Prop. 2 : ÇTout �tre supŽrieur est au-dessus de l'ŽternitŽ ou avant elle ou avec elle ou apr�s elle et au-dessus du tempsÈ. LÕ�tre avant lÕŽternitŽ est la cause premi�re (¤ 20). LÕ�tre avec lÕŽternitŽ est lÕintelligence (¤ 21, selon Proclus). LÕ‰me est apr�s lÕŽternitŽ et au-dessus du temps (¤ 22)

[402]. Le temps est la mesure du mouvement ; il a un avant et un apr�s. LÕŽternitŽ nÕa ni avant, ni apr�s ; elle est la possession parfaite tout ensemble dÕune vie interminable. Elle exclut le principe de durŽe. LÕaevum ou ŽviternitŽ est entre le temps et lÕŽternitŽ. (Cf. qu. 3, a. 14, ad 9.). (Les diffŽrents syst�me de durŽe conviennent ˆ des �tres diffŽrents, ŽternitŽ pour Dieu, aevum pour les crŽatures spirituelles, temps pour les crŽatures corporelles).

[403]. ÇMais lÕavant et lÕapr�s peuvent lÕaccompagner.È (Ia, qu. 10, a. 5, c)

[404]. Selon les lois de la pesanteur ;

[405]. Cf. Ia, qu. 90, a. 4, obj. 1 : ÇCar lÕÏuvre de la crŽation prŽc�de celui de la distinction et de lÕornementation comme on lÕa dit. Mais lÕ‰me est amenŽe ˆ lÕ�tre par crŽation ; et le corps a ŽtŽ fait en fin dÕornementation (Cf. Ia, qu. 66, a. 1). Donc lÕ‰me de lÕhomme a ŽtŽ produite avant le corps.È LÕ‰me est crŽe et le corps ÇfaitÈ.

[406]. On le dit de Gennade. PL 42, 1216, c 14,18.

[407]. Les opinions visŽes sont dÕune part celle de Platon et Pythagore, et celle dÕOrig�ne (obj. 1 et sol. 1). Opinions prŽcisŽes en II Sent. d17,q2a2 : Pour Platon, l'‰me est comme le commandant d'un navire ou comme un v�tement. ÇL'homme est une ‰me rev�tue d'un corps.È Pour les Pythagoriciens, l'‰me passe de corps en corps. L'‰me a un rapport essentiel au corps en tant qu'elle lui donne l'�tre, ce qui est rŽprouvŽ par Avicenne.

[408]. Il ne convient pas que Dieu produise une Ïuvre imparfaite ;Çcar il nÕa pas fait lÕhomme sans main ou sans pieds, qui sont des parties naturelles. Donc encore beaucoup moins il nÕa pas fait lÕ‰me sans le corps.È (Ia, qu. 118, a. 3, c (¤3)

[409]. ÇComme le marin dans son navire, ou comme un v�tement. ÇLÕhomme est une ‰me rev�tu dÕun corps.È (II Sent. d17q2a.2).

[410]. Pythagore, mais aussi Platon.

[411]. Probl�me identique pour les anges : ÇLes anges ne sont pas composŽs de mati�re et de forme. Donc il ne peut y avoir deux anges de la m�me esp�ce.È (Ia, qu. 50, a. 4, c).

[412]. ConsidŽrŽ en Ia, qu. 118, a. 3, c comme ÇinconvenantÈ. Cette volontŽ serait contre la raison, si elle nÕavait pas besoin du corps et voulait sÕunir ˆ lui.È

[413]. Raison de temps. La substance spirituelle est au-dessous du temps. (Ia, qu. 118, a. 3).

[414].Cf. Ia, qu. 90, a. 4, c : ÇOrig�ne (Les principes, I, c 6 ss ; et II, c 9) a pensŽ que non seulement l'‰me de l'homme, mais toutes les autres avaient ŽtŽ crŽŽes avec les anges, c'est pour cela qu'il croyait que toutes les substances spirituelles, tant les ‰mes que les anges Žtaient Žgales par leur condition naturelle, mais diffŽrentes seulement par le mŽrite ; de sorte que certaines d'entre elles Žtaient liŽes ˆ des corps, les ‰mes des hommes ou des corps cŽlestes ; certaines demeureraient en leur puretŽ selon des ordres diffŽrentsÉÈ (Contre LŽon I, Lettre ˆ Flavien, FC 298 Ð ƒdit de lÕempereur Justinien au Patriarche Menas, publiŽ au Concile de Constantinople de 543 (Dz. 403).

[415]. Thomas a donnŽ encore une autre raison en Ia, qu. 118, a. 3 ; lÕhomme nÕest pas comme lÕange.ÇlÕhomme re�oit des sens sa connaissance en se tournant vers les images. Donc lÕ‰me a besoin dÕ�tre unie ˆ un corps.

[416]. Thomas reste tr�s rŽservŽ dans sa critique. Il faut aller chercher son point de vue dŽveloppŽ en Ia, qu. 90, a. 4, resp. ¤ 2 : ÇL'‰me du premier homme a ŽtŽ crŽŽe avant le corps avec les anges. Il pense que le corps de l'homme n'a pas ŽtŽ produit en acte, mais seulement selon des raisons causales (secundum causales rationes), ce qu'on ne peut pas dire de l'‰me ; parce qu'elle n'a pas ŽtŽ faite d'une mati�re corporelle ou spirituelle prŽexistante et elle n'a pu �tre produite d'une puissance crŽŽe. C'est pourquoi il semble que l'‰me elle-m�me a ŽtŽ crŽŽe dans les Ïuvres des six jours, pendant lesquels tout a ŽtŽ crŽŽ en m�me temps avec les anges et que par la suite sa propre volontŽ ayant ŽtŽ inclinŽe, elle fut destinŽe ˆ administrer le corps. Mais il ne dit pas cela de fa�on affirmative comme ses paroles le montrent. Car il dit : "On pourrait croire si aucune autoritŽ des ƒcritures ou raison de la vŽritŽ que l'homme a ŽtŽ crŽŽ le sixi�me jour, pour que la raison causale des corps humaines dans les ŽlŽments du monde, l'‰me elle-m�me fut crŽŽe (La Gen�se au sens littŽral, VII, 24-28)È

[417]. Cf. note en obj. 3.

[418]. Distinction entre la premi�re perfection, celle de la crŽation, et la seconde atteinte ˆ la fin du monde.

[419]. ÇLÕ‰me est pour le corps vivant cause et principeÉcÕest elle en effet qui est le principe du mouvement.È Trad. E. Barbotin. Thomas, lectio VII.

[420]. Cet article veut Žtablir la possibilitŽ de crŽations successives, m�me pour les substances spirituelles, telles que l'ange et les ‰mes humaines. ƒtant spirituelles, elles ne sont pas soumises au temps. Toute succession semble impossible. La participation ˆ l'¾vum exprime l'insertion de la crŽature spirituelle dans cette durŽe particuli�re qu'est l'Ïvum. Participare prius exprime l'ordre de succession et non pas une inŽgalitŽ de perfection.

[421]. Dans lÕobj. 11, il est question de la situation des corps selon la gravitŽ. Plus un corps est subtil, plus il sÕŽl�ve. Faut-il comprendre que lÕ‰me, substance plus simple se situe entre le haut et le bas (au milieu) car elle est crŽŽe en m�me temps que le corps. Il sÕagit dÕune certaine mani�re de la localisation de lÕ‰me dans le corps. Cf. sol. 12 ÇcrŽŽe dans lÕespace du corps :(in loco corporis creari)È.

[422]. Cf. CG. II, 84 ¤ 4 : ÇIl est dit de la m�me mani�re (Gn 2, 2) que Dieu acheva son Ïuvre et quÕil se reposa de tout ce quÕil avait fait. Donc de m�me quÕon consid�re selon lÕespace lÕach�vement ou la perfection de crŽation et non selon les individus, de m�me le repos de Dieu doit �tre compris comme la fin de la crŽation de nouvelles esp�ces, mais pas de nouveaux individus. Leurs semblables en esp�ces les ont prŽcŽdŽes.È

[423]. Parall. : Ia, 118,1 Ñ CG. II, 86 Ñ II Sent. d18q2a3 - Qdl.IX, q. 5, a. 1.

Pour la hiŽrarchie des degrŽs textes parall�les : CG. IV, 11 - Ia, qu. 18, a. 3- qu. 78, a. 1 - Q. de anima. a. 13 - Verit. Qu. 22, a. 1 - De spirit. creat. a 2. Gardeil, Initiation, Psychologie, p. 23.

[424]. Cf. Pot. 3, 10, obj. 1. M�me objection avec une petite nuance : "secundum speciem".

[425]. Disposition : diffŽrence entre Žtat (habitus) et disposition. Cf. CatŽgories, 8 b 27 - 9 a 13 : ÇL'ƒtat, diffŽrent de la disposition en ce qu'il a beaucoup plus de durŽe et de stabilitŽÉ 9 a 4 : Il est Žvident qu'on tend ˆ dŽsigner sous le nom d'Žtats des qualitŽs qui sont plus durables et plus difficiles ˆ mouvoirÉÈ Les dispotions sont des ÇqualitŽs qui peuvent facilement �tre mues et rapidement changŽes (Cf. CatŽgories).

[426]. ÇCar seule la substance ne se dit d'aucune autre chose comme sujet et tout le reste se dit de la substance.È (Thomas n¡ 107).

[427]. Platon, Avicenne, ThŽmestius (diacre d'Alexandrie, chef de la secte des agno�tes VIe si�cle) : toutes les ‰mes viennent d'un principe sŽparŽ, pour Platon, le principe est l'idŽe, pour Avicenne, l'intelligence agente et pour les thŽologiens qui professent cette thŽorie, Dieu.

[428]. MŽtaphysique VII (Z) 8, 1034 a 5 : ÇD�s lors, le tout qui est engendrŽ c'est une forme de telle nature, rŽalisŽe dans telle chair et dans tel os, Callias, ou Socrate, autre que son gŽnŽrateur dans la mati�re, qui est autre, mais identique ˆ lui pour la forme, car la forme est indivisible.È (Probl�me individuation Tricot, 392, note 2) Cf. aussi Physique, II, 1, 193,a. 2 : ÇEn effet la chair ou l'os en puissance n'ont pas encore leur propre nature et n'existent pas par nature, tant qu'ils n'ont pas re�u la forme de la chair et de l'os, j'entends la forme dŽfinissable, celle que nous Žnon�ons pour dŽfinir l'essence de la chair et de l'os.È

[429]. Cf. Ia, qu. 118, a. 1, ad 3 : ÇCette force active qui est dans la semence, dŽrivŽe de l'‰me de celui qui engendre, est comme un mouvement de celle-ci, et elle n'est ni l'‰me, ni partie de l'‰me, sinon virtuellementÉ Et c'est pourquoi il faut que cette force active ait un organe en acte, mais elle est incluse dans l'esprit qui se trouve dans la semence.È (Cf. Ia, qu. 76, a. 7, ad Ñ Ia, qu. 115, a. 3 Ñ I Sent., d10q1a4).

[430]. Semence : voir Ia, 119, 2 La semence est-elle le superflu de l'aliment. II Sent. d30q2a. 2 Ñ CG. II, 86-89. Cf. III, 32, 1, 1 spiritus. cf. ad 1Ñ L'action des corps cŽlestes CG. III, 22, ¤ 5-9 III, 82, 7 Ñ grave et lŽger mu par leur gŽniteur ˆ la diffŽrence des corps cŽlestes ? III, 22Ñ Le soleil : II, 76, ¤ 13 - III, 69, ¤ 24 - III, 104, ¤ 10.

[431]. Parall. : Ia, 118,1, ad 3 et 4 - II Sent, d18q2a1.

[432]. Cf. Aristote, De lÕ‰me, livre II, 2 (413 b 20) (p. 43 ¤ 2) : ÇÉcertaines plantes semblent conserver la vie quand on les divise et bien que leurs parties soient sŽparŽes les unes des autres, comme si lÕ‰me prŽsente en elle Žtait une entŽlŽchie dans chaque plante, mais multiple en puissance : or on voit la m�me chose se produire pour dÕautres diffŽrenciations de lÕ‰me dans le cas des insectes quÕon divise. Car chaque segment conserve la sensation et le mouvement local.È(Trad. Barbotin). Voir Thomas, lectio 4, n¡ 265.

[433]. De anima : ÇCe n'est pas le corps sŽparŽ de l'‰me qui est en puissance de vivre, mais celui qui la poss�de ˆ son tour, la semence et le fruit sont en puissance un corps de cette sorteÈ (Trad. E. Barbotin). Thomas n ¡ 240 : ÇOn dit qu'une chose est en puissance de deux mani�res : a) quand elle n'a pas de principe d'opŽration, b) quand elle l'a mais ne sÕen sert pas. Mais le corps dont l'acte est l'‰me, a la vie en puissance non pas de la premi�re mani�re mais de la seconde. Et c'est pour cela qu'il dit que le corps est un Žtant en puissance de vivre, c'est-ˆ-dire qu'il manque du principe de vie qui est l'‰me, mais qu'il a un principe de ce genre. Mais c'est vrai que la semence et le fruit en qui est conservŽ la semence de la place est en puissance pour un tel corps vivant, qui a une ‰me, car la semence n'a pas encore d'‰me. C'est pourquoi elle est ainsi en puissance, comme sŽparŽe de l'‰me.

[434]. Comprendre par la premi�re perfection celle du p�re, et la seconde celle du fils.

[435][435]. Cf. II Sent. d18q2a3.

[436]. Parall. : Ia, 42, 2 Ð III Sent. d11a1 - Compendium. 43 -ÉIn Jn 1, 1ectio 1 Ñ In Decret. I.

Pour comprendre d�s le dŽpart le sens de l'article, il faut voir qu'il concerne les crŽatures, mais surtout le Christ, ce qui n'est rŽvŽlŽ qu'au sed contra.

[437]. Sujet dŽveloppŽ dans l'article 15.

[438]. En Ia, 42 2 c il donne trois raisons pour lesquelles le Fils est coŽternel au P�re :

a) Le P�re engendre le Fils par volontŽ, et sa nature est "parfaite de toute ŽternitŽ"

b) L'action de Dieu n'est pas successive. Cf. Ia, qu. 42, a. 2 c apporte quelques prŽcisions supplŽmentaires

En sol. 4, il rŽsout le probl�me du temps :. ÇDans le temps, on distingue l'indivisible, c'est-ˆ-dire l'instant, et ce qui dure, c'est-ˆ-dire le temps. Mais, dans l'ŽternitŽ, l'instant indivisible lui-m�me subsiste toujours, on l'a dit prŽcŽdemment. Or, la gŽnŽration du Fils ne s'accomplit ni dans un instant temporel, ni dans la durŽe du temps, mais dans l'ŽternitŽ. C'est pourquoi, si l'on veut signifier cette prŽsence et permanence actuelle de l'ŽternitŽ, on peut dire avec Orig�ne que le Fils Ç na”t toujours È. Cependant il vaut mieux, avec S. GrŽgoire et S. Augustin, dire : Ç Il est toujours nŽ È ; dans cette expression, l'adverbe Ç toujours È Žvoque la permanence de l'ŽternitŽ, et le parfait Ç est nŽ È Žvoque la perfection achevŽe de ce qui est engendrŽ. Ainsi on n'attribue au Fils aucune imperfection, et l'on Žvite d'admettre, comme Arius, Ç un temps o� il n'Žtait pas È.

[439]. ÇEn tout composŽ l'�tre est diffŽrent de l'�tre m�me.È (Omni composito aliud est esse, aliud ipsum esseÈ. Bo�ce 18.

[440]. Parall. Ia, qu.. 46, a. 1 c et ad 6 - II Sent. d1a5 - CG. II, 31.

[441]. La question est posŽe diffŽremment en Ia, 46, 1 : L'universalitŽ des crŽatures a-t-elle toujours existŽ ? La solution proposŽe ici est basŽe sur la ÒpossibilitŽÓ ŽvoquŽe dŽjˆ en Pot. 1, 3.

[442]. ÇEntre le possible et l'�tre, il n'y a aucune diffŽrence dans les choses Žternelles.È

[443]. Thomas lectio 14, 971-973. Cf. Pot. I, 3, c.

[444]. Exemple du Fils ˆ l'article prŽcŽdent.

[445]. ÇLe premier agent est un agent volontaire. Et quoique qu'il eut la volontŽ Žternelle de produire un effet, cependant il ne l'a pas produit Žternel.È (Ia, qu. 46, a. 1, sol. 6).

[446]. Thomas, lectio 17, n¡ 579 (Aristote n¡ 408- Cf. Ia, qu. 46, a. 1).

[447]. Il faut entendre une premi�re crŽation, celle rapportŽe par la Gen�se, ensuite les crŽatures sont produites par mouvement, changement, gŽnŽration.

[448]. Parall. : Ia, qu. 19, a. 4 Ñ CG. II, 23 - I Sent. d43q2, a. 1 Ñ d45a3 Ñ Pot. qu. 1, a. 5.

[449]. Thomas, lectio 1,, Thomas n¡ 270-271. Ce texte se trouve citŽ en I Sent., d43qu2a1, Ia, qu. 19, a. 1, obj. 1.

[450]. ÇCe qui est par essence est premier dans n'importe quel ordre des choses, comme dans le genre des choses ignŽes est premier ce qui est feu par essence.È Dieu est premier agent donc il est agent par son essence qui est sa nature. Donc il n'agit par nature mais non par volontŽÈ Ia, qu. 19, a. 4, obj. 2. L'argument est attribuŽ ˆ Denys en II Sent., d43q2a1, obj. 2

[451]. Aristote, n¡ 282, Thomas, lectio. 5, n¡ 446. ÇAjoutons encore que la volontŽ concerne surtout le but et le choix, les moyens de l'atteindre.È

[452]. "sans fin". Voir dŽfinition de l'infini en I, 2. Il ne peut y avoir confusion (voulue). la fin peut �tre le terme de l'�tre. Et donc Dieu n'a pas de fin, mais autre sens la finalitŽ. Dieu n'est pas finalisŽ. C'est lui qui est la fin de tout. La confusion sera levŽe par la solution.

[453]. Ç Tout �tre, disons-nous, ou bien existe toujours et nŽcessairement (il ne s'agit pas de la nŽcessitŽ, au sens de contrainte, mais de cette nŽcessitŽ ˆ laquelle nous faisons appel dans la dŽmonstration) ou bien est ce qui arrive le plus souvent, ou bien n'est ni ce qui arrive le plus souvent, ni ce qui est toujours et nŽcessairement, mais ce qui arrive n'importe comment. È (Trad. J. Tricot)

[454]. AR n¡ 418 : Ç Le nŽcessaire est aussi le contraint et le forcŽ, c'est-ˆ-dire ce qui, contre l'impulsion et le choix dŽlibŽrŽ, fait obstacle et emp�chement. (Trad. J. Tricot)

[455]. L'objecteur dŽmontre qu'il y a de la nŽcessitŽ en Dieu :

a. Pas de contingence. Dieu est immuable (ce qui est contingent est ou n'est pas suivant les Žpoques).

b. Il n'est pas nŽcessaire par contrainte.

c. Par de nŽcessitŽ sous condition : une nŽcessitŽ qui viendrait de l'extŽrieur. MŽtaphysique V, 5, 1015 b 10. ÇParmi les choses nŽcessaires, les unes ont en dehors d'elles la cause de leur nŽcessitŽ, les autres l'ont en elles-m�mes et sont les sources des nŽcessitŽs des autres choses.È

[456]. Argument dŽjˆ employŽ en Pot. 1, 3, ˆ propos des promesses de Dieu et de la vŽritŽ.

[457]. ÇS'il se dit lui-m�me et dit ce qu'il fait ˆ son Verbe consubstantiel, il est Žvident qu'il n'y a qu'une seule substance du verbe par lequel il se dit et du verbe par lequel il dit la crŽature.È

[458]. ÇEn tout semblable et Žgal au P�re.È

[459]. En I Sent. d43q2a1, Sed contra : il s'appuie sur Aristote. Ce qui dŽpend de la nŽcessitŽ de la nature est un. Donc il n'y aurait qu'un effet, ce qui est faux et contraire ˆ la foi. Autre argument : l'agent par nŽcessitŽ produit un effet dans une m�me durŽe (coaevum). Donc le monde serait coŽternel.

[460]. Cette premi�re raison est dŽjˆ dŽveloppŽe en Pot. qu. 1, a. 5, c. Cf. CG. II, 23, ¤ 5.

[461]. Quelles sont ces premi�res crŽatures ? Les corps cŽlestes ?

[462]. In Thomas 135 (45), Thomas n¡ 204.

[463]. DŽjˆ exposŽ en Pot. 3, 13 c. Voir Ia, qu. 47, a. 1, c.

[464]. Ce texte supporte plusieurs interprŽtations. Thomas lui-m�me l'admet Super Ioannem, lectura I, III, n¡ 89, 94 : les exŽg�tes se demandent s'il faut liŽs quod factum est ˆ in ipso vita erat. (Pot 5, 3 Ñ 9, 9 Ñ 10, 1 c Ñ Ia, 18 3 ad 1 ÑMŽtaphysique IX, 8, 1050 a 23. lectio I n¡ 1862- 6. Il sÕagit des idŽes en Dieu.

 [465]. Seules ces trois premi�res raisons sont reprises plus bri�vement, en Ia, qu. 19, a. 4, c.

[466]. Elle se retrouve en CG. II, 23, ¤ 5.

[467]. Les Noms divins, 4, 1, Thomas, n¡ 271 : ÇL'�tre du soleil n'est pas son intellection ou son vouloir, m�me s'il avait un intellect et une volontŽÉ mais l'�tre divin est son intellection et son vouloir, et c'est pourquoi ce qu'il fait par son �tre, il le fait par l'intellect et la volontŽ.È

[468]. Les anciens considŽraient que lÕinfini Žtait ce qui Žtymologiquement nÕest pas fini. Voir question sur lÕinfini, Pot. Qu. 1, a. 2.

[469]. Ia, qu. 19, a. 3, c. ÇLa bontŽ de Dieu est parfaite, rien ne l'augmente. Donc il ne veut pas les crŽatures par nŽcessitŽ absolue, mais par nŽcessitŽ conditionnelle.È Cf. CG. I, 81.

[470]. Ia, qu. 47, a. 1 Ñ CG II, 39-46 ; III, 97Ñ Pot 3, 1 ad 9 Ñ Compendium. 71, 72, 102, Ñ MŽtaphysique, XII, lectio 2,Ñ De causis, prop. 24

[471]. Les deux arguments s'oppose ˆ l'opinion d'Avicenne.

a) Dieu seul crŽe Pot. qu. 3, a. 4 c. Pour Avicenne d'autres substances que Dieu sont crŽatrices.

b) Selon cela l'universalitŽ des �tres ne viendrait pas de l'intention de l'agent, mais du concours de nombreuses cause, c'est-ˆ-dire du hasard.

[472]. Cf. Ia, qu. 11, a. 1. ÇL'un n'ajoute rien ˆ l'Žtant, mais seulement la nŽgation de la division : car l'un ne signifie rien d'autre que l'�tre non divisŽ. Et de lˆ para”t qu'il est convertible avec l'Žtant.È Cf. Quodl 6, 1, 1, c.. Autre dŽmonstration : chaque chose en tant qu'une est un Žtant. C'est pourquoi l'Žtant et l'un sont convertibles. (Ia, 28, 2 - I Sent. d33a1 Ñ CG 4, 14, Ñ Pot 8, 2, Compendium. 54, 66, 67.

[473]. Comparaison des transcendentaux.

[474]. Thomas n¡ 2087.

[475]. Thomas n¡ 197.

[476]. Dieu est la cause exemplaire des crŽatures, le mod�le ˆ l'image de qui est faite la crŽature. L'exemplaire, ce sont les idŽes en Dieu. L'exemplatum est ce qui dŽpend de l'exemplaire, son effet, son image dans la rŽalitŽ.

[477]. C'est la science de Dieu qui est la cause des crŽatures (Ia, qu. 14, a. 8). Sa science dŽpend de son intellection.

[478]. C'est la thŽorie d'Avicenne.

[479]. ÇL'Intelligence supr�me se pense donc elle-m�me, puisqu'elle est ce qu'il y a de plus excellent et sa PensŽe est pensŽe de pensŽe.È Thomas, 12, lect. 11, n¡ 2614-2615. J. Tricot, p. 701 et note p. 702.

[480]. Il s'agit de l'idŽe en Dieu, qui deviendra rŽalitŽ. L'argument semble supposer une seule idŽe en Dieu. (Cf. De veritate, qu.3, a. 2 o� le probl�me est longuement traitŽ).

[481]. Cf. CG. II, 40, ¤ 3 : ÇCe qui vient de lÕintention de lÕagent nÕest pas dž ˆ la mati�re comme ˆ sa cause premi�reÈ (Trad. C. Michon). La cause efficiente lui est antŽrieure comme cause, car la mati�re ne devient cause en cate que selon quÕelle est mue par un agent.

[482]. La lecture de Ia, qu. 47, a. 1 c, apporte quelques prŽcisions supplŽmentaires sur cet historique.

I. Certains : ceux qui n'ont dŽcouvert que la cause matŽrielle.

a. Les anciens naturalistes qui ne connaissaient que la cause matŽrielle : Thal�s, Anaximandre, Anaxim�ne, DŽmocrite, citŽs en Ia, qu. 47.

b. Anaxagore : les principes matŽriels sont en nombre infini, m�lŽs, confus, l'intellect les sŽpare pour Žtablir la distinction des choses. (CG. II, 40, ¤ 7).

II. Distinction attribuŽe aux agents seconds ;

a) Avicenne : production de l'Intelligence ; Dieu en se connaissant lui-m�me produit une premi�re intelligence ; en elle, parce qu'elle n'est pas son �tre, commence la composition de puissance et d'acte.

b) EmpŽdocle.

[483]. C'est-ˆ-dire quÕelle Žtait incrŽŽe, Žternelle.

[484]. Avicenne dit : ÇDieu en se connaissant lui-m�me, produisit une Intelligence premi�re, laquelle, parce qu'elle n'est pas son propre �tre, est nŽcessairement composŽe de puissance et d'acte (Cf. Ia, a. 2, ad 3). Ainsi cette premi�re intelligence dans la mesure o� elle comprend la cause premi�re, produisit une seconde intelligence, en tant que se comprend selon qu'elle est en puissance, il produisit le corps du ciel, qu'elle met en mouvement, en tant qu'elle se comprend selon ce qu'elle a en acte, il produisit l'‰me du ciel.

MŽtaphysique IX, 4 Le premier principe se pense lui-m�me. 402,15. Ñ 404, 5 Il est donc clair que le premier des �tres existantsÉ est numŽriquement un. Son essence et sa quidditŽ sont une, non dans une mati�reÉ le premier effet est une intelligence pure parce que c'est une forme qui ne se trouve pas dans la mati�re. B. c. Anawati p. 139. Suit la dŽmonstration que ce n'est pas une forme matŽrielle.

[485]. En Ia, qu. 47, a. 1, c., la phrase est simplifiŽe et plus claire :ÇL'intelligence premi�re, du fait qu'elle n'est pas son propre �tre, est nŽcessairement composŽe de puissance et d'acte.È

[486]. Ia, qu. 47, a. 3 renvoie ˆ cette solution. Il y dŽmontre qu'il n'y existe qu'un seul monde.

[487]. Thomas reprend en dŽtail la comparaison de deux des transcendantaux, lÕun et le bien.

[488]. Comprendre par Žquivalence.

[489]. Il s'agit des idŽes en Dieu.

[490]. Ia, qu. 46, a.1 et a. 2 Ñ CG II, 31 sq. Ñ Quodl III, 14, 2 Ñ Compendium. 98 Ñ Phys. VIII 1, 2 Ñ I De c¾lo et mundo, I, l. 6, 29 ÑMŽtaphysique XII, lect. 5 Ñ II Sent. d1qu1a5).

[491]. Le probl�me de lÕŽternitŽ du monde a fait couler beaucoup dÕencre, tant au XIIIe quÕˆ notre Žpoque. On pourra trouver des informations ˆ ce sujet, succinctes chez J.-P. Torell, Initiation ˆ saint Thomas dÕAquin, Paris, Fribourg, 1993, p. 286, ss., M.-D. Chenu, Introduction ˆ lÕŽtude de saint Thomas dÕAquin, MontrŽal, Paris, 1974. Informations plus dŽveloppŽes, dans E. gilson, Introduction ˆ la philosophie de saint Thomas dÕAquin, Paris, 1948, A.-D. Sertillanges, LÕidŽe de crŽation, Paris, 1945, A. Wohlman, Thomas dÕAquin et Ma•monide, Paris 1988. Etc.. Chez Thomas, le probl�me est ŽvoquŽ, dans lÕordre chronologique, dans les Ïuvres suivantes : II Sent. d1qu1a5 Ñ CG. II, 31-38 Ñ Pot. 3, 17 Ñ De aeternite mundi Ñ Compendium. I, 98-99 Ñ Ia, qu. 46, a. 2 et 3 Ñ Quodl. III, qu. 13, a. 2 Ñ XII, qu. 6, a. 1.

[492]. Cf. Pot. qu. 5, a. 6.

[493]. Ou 286 a 17, Thomas lectio 4, n¡335.

[494]. ÇN'importe quel effet est nŽcessaire par comparaison ˆ sa cause parce que, si, une fois la cause posŽe, l'effet n'en dŽcoule pas nŽcessairement, il sera encore possible, une fois la cause posŽe que l'effet existe ou n'existe È (Tout ce qui existe est nŽcessaire et tout ce qui n'existe est impossible). Veritate 23, 5, obj. 1. (Cf., MŽtaphysique VI, lectio 3 n¡1192-93-94 etc.. I Sent. d37q1c). ÇLÕobjecteur conclut que depuis quÕun Dieu Žternel est la cause suffisante du monde, il doit normalement exister, mais exister Žternellement. (B. H. Zedler, The inner unity of the De potentia ? The modern schoolman, Tradition, 6/1948, p. 95) Cf Avicenne, Metaphysice compendium. (Rome 1926) I, tr 7, pp. 63-64 : ÇEius enim incipere non est profectio in uno nunc temporis tantum ; sed est incipiens in omni tempore et aevo. Ergo impossibile est ut sit incipiens esse postquam on fuerit, quin ipsum praedecere materia ex qua inciperet esse.È

[495]. C'est le temps des crŽatures spirituelles qui ont commencŽ ˆ exister (anges, hommes) mais ˆ qui est promis un temps qui ne finira pas. Thomas, Ia, 10, 5 Il ajoute :Çil nÕa pas dÕavant et dÕapr�s mais ils peuvent lui �tre ajoutŽsÈ.

[496]. "Imperat, inquam, ut velit". L'esprit lui commande (au corps), dis-je, de vouloir.

[497]. Probl�me dŽjˆ examinŽ en Pot. 3, 1, obj. 2 et aussi Ia, qu. 46, a. 1, obj. 1.

[498]. Il faut comprendre qu'il est Seigneur dans le temps, parce que des crŽatures lui sont soumises. Cf. Ia, qu. 13, a. 7, c'est le sed contra. ÇAugustin dit : cette appellation relative Seigneur convient ˆ Dieu dans le temps.È Ñ Ad 5 : ÇComme la relation de sujŽtion est rŽellement dans la crŽature, il en dŽcoule que Dieu est Seigneur non en raison seulement, mais rŽellement. Car de le m�me mani�re on l'appelle Seigneur du fait que la crŽature lui est sujette. Il est appelŽ ainsi, dans le sens o� la crŽature lui est soumise.È

[499] Comprendre jaloux du Fils qui l'aurait fait ˆ sa place ?

[500]. Donc l'ŽternitŽ est considŽrŽe comme un domaine fini avec en dehors le temps. Il n'est pas sžr que cet au-delˆ de Exode 15, 18 signifie cela. Il pourrait �tre considŽrŽ comme une sorte de superlatif : toute ŽternitŽ et plus encore.

[501]. Priscien, philosophe nŽoplatonicien du VIe si�cle apr�s J.C..

[502]. Ia, qu. 46, a. 2, ÇLa non ŽternitŽ du monde est assurŽe par la foi, mais ne peut pas �tre dŽmontrŽe.È

[503]. Dans la crŽation ex nihilo, il n'y a pas de cause matŽrielle, pas de mati�re prŽexistante.

[504]. Cf. MŽtaphysique, XII, 1, 1069 a 19 :ÇÉsi l'univers est comme un toutÉÈ

[505]. Aristote, MŽtaphysique, I 3, 983 b, 6 : "La plupart des premiers philosophes ne considŽraient comme principe de toutes choses que les seuls principes de nature matŽrielle.Ó Materia est ingenita (p. 27). Voir Physique, 1, 9, 192 a 20-34, Thomas lectio 15, n¡ 11, De caelo et mundo, I, 3, 270 a 12-14. Thomas, lectio 6, n¡1.

[506]. Physique, VIII, 1, 250 b 25.

[507] Anaxagore VIII, 1, 250 b 23 et EmpŽdocle 250 b 25. Probl�me s'il y a eu un temps o� il n'y avait pas de mouvement. Deux solutions : Anaxagore : ÇÉl'Intelligence qui a imprimŽ le mouvement et opŽrŽ le discernement.È EmpŽdocle : mouvement et repos alternent. L'AmitiŽ fait l'un ˆ partir du multiple ou la Haine le multiple ˆ partir de l'un, et le repos dans les temps intermŽdiaires.È

[508]. MŽtaphysique V 15, 1021 a 24-25 : "Il y a enfin des relations selon la privation de puissance, comme l'impossible et autres notions de m�me nature, l'invisible par exemple".

[509]. Physique 4, 10, 218 b 9 (p. 148 en bas) : "Mais puisque le temps para”t surtout �tre un mouvement un changement.Ó Ñ "219 a, 2 ; "C'est en percevant le mouvement que nous percevons le temps." Ñ 219 a 8 "Le temps est mouvement ou quelque chose du mouvement". Cf. II Sent, d1q1a5, obj. et sol. 5.

[510]. En sens contraire 2.

[511]. En sens contraire 4.

[512]. Ia, q. 61,a. 3 Ñ II Sent. d2q1a3 Ñ Opusc. XV, De angelis c. 17 Ñ Opusc. XXIII, Ñ In decretal. I.)

[513]. Jean Damasc�ne rapporte l'opinion de GrŽgoire de Naziance. Sa citation : ÇD'abord il a pensŽ les puissances angŽliques et cŽlestes,É et cette pensŽe Žtait une Ïuvre.È Cf. Id. II Sent. D. 2, qu. 1, a. 3, obj. 1.

[514]. Les deux opinions sont les suivantes : celle de GrŽgoire (Cf. Note ci-dessus) et Jean Damasc�ne rapporte l'autre : ÇD'autres disent que c'est apr�s l'apparition du premier cielÉÈ toujours suivant GrŽgoire.

[515]. Si Dieu parle temporairement, il parle ˆ une crŽature. Augustin consid�re que dans l'expression ÇDieu crŽa le ciel et la terreÈ le ciel reprŽsente la crŽation spirituelle dŽjˆ faite et formŽe.È (I, X, 5, p. 101 ¤ Æ).

[516]. Ç Ce n'est pas que la mati�re informe soit temporellement antŽrieure aux choses en formeÉÉÉ p. 123, ligne 3 Voilˆ pourquoi, puisque Dieu a crŽŽ dans un m�me acte et la mati�re qu'il a formŽ et les choses en lesquelles il l'a formŽe.È

[517]. Le raisonnement est le suivant : L'ordre Dieu, ange, corps, est parall�le aux durŽes : ŽternitŽ, aevum, temps, donc aevum dit que l'ange est avant.

[518]. Il y a un argument qu'il n'a pas repris de II Sent. d2q1a3 : ÇSelon certains les anges meuvent le ciel, mais le moteur prŽc�de le mobileÉÈ

[519]. A un mot pr�s, la phrase se trouve dŽjˆ dans l'objection 10.

[520]. Il en donne la liste en II Sent. d2q1a3 : JŽr™me, La lettre ˆ Tite, Hilaire, La TrinitŽ, GrŽgoire de Naziance.

[521]. Il ne rŽprouve pas ces auteurs, parce qu'en II Sent, d2q1a3, c, il dit :ÇIl faut savoir qu'ˆ propos du commencement des �tres, des saints qui sont dÕaccord en ce qui est de foi, ˆ savoir que rien nÕest Žternel sauf Dieu, sont arrivŽs ˆ dire, au moins dans la forme, des paroles variŽes sur ce qui nÕest pas de nŽcessitŽ de foi, en qui il leur est permis de penser de diffŽrentes mani�res, comme nous aussi.È Il cite ensuite JŽr™me, Hilaire, GrŽgoire de Naziance, qui ont pensŽ que les anges avaient ŽtŽ crŽŽs avant la crŽature corporelle.

[522] Ia, qu. 66, a. 1 Ñ Ia, qu. 69, a.1 Ñ 1a, qu. 74 a. 2 Ñ II Sent. d12a4.

[523] ÇCe nÕest pas que la mati�re informe soit temporellement antŽrieure aux choses formŽes : ces deux principes dÕ�tre sont en effet simultanŽment ÒconcrŽŽsÓ, dÕune part ce dont une choses est faite, dÕautre part ce quÕelle est faite. CÕest ainsi que la voix est la mati�re des mots et que les mots expriment une voix formŽe : nŽanmoins, celui qui parle ne commence pas par Žmettre une voix informe, susceptible dÕ�tre ensuite dŽterminŽe et formŽe en mots ; pareillement, le Dieu crŽateur nÕa pas dans un premier temps crŽŽ la mati�re informe, pour ensuite, dans une seconde considŽration, la former selon lÕordre de chaque nature : non, il a crŽŽ la mati�re formŽe.È (Trad. P. Aga‘sse et A. Solignac, BA 48)

[524] DŽfinition de la mati�re premi�re chez Aristote : Physique, I, ch. 9, 192, a, 31 Ç Éj'appelle mati�re premi�re le premier sujet pour chaque chose, ŽlŽment immanent et non accidentel de sa gŽnŽrationÈ (Trad. H. Carteron) Ñ ÇCar je dis que la mati�re premi�re est le sujet de chaque chose dont quelque chose est fait puisqu'elle est en lui mais pas comme un accidentÈ. (90 (82) Thomas n¡ 139. Ñ MŽtaphysique 7 (Z) 1029 a 20 : ÇJ'appelle mati�re ce qui n'est par soi ni existence dŽterminŽe, ni d'une certaine quantitŽ, ni d'aucune autre des catŽgories par lesquelles l'�tre est dŽterminŽÈ (Trad. J. Tricot).

[525] Selon les anciens, la mati�re est composŽe de quatre ŽlŽments.

[526] Importance de la pesanteur dans les arguments ; elle impose la situation des corps : ÇLes ŽlŽments sont dans leur situation propre par le pouvoir de leur forme.

[527] ÇQuÕil soit nŽcessaire de poser autant de diffŽrences que dÕŽlŽments, est chose manifeste.È

[528] Selon Aristote chaque ŽlŽment se situe selon les lois de la pesanteur, dans son lieu propre.

[529] Le situs (la situation) se distingue bien du lieu, lequel ne dit rien de la situation relative des parties, mais il est clair quÕil nÕest quÕun prŽdicament dŽrivŽ, ˆ ce titre moins significatif que les autres. Aristote nÕa dÕailleurs pas toujours retenu ces deux prŽdicaments dans sa nomenclature.È (H.-D. Gardeil, InitiationÉMŽtaphysique, (p. 101).

[530] Sur les intermŽdiaires : Du ciel, IV, 4, 312 a 27 ss.

[531] Cf. Aristote, Du ciel, IV, 4, 311 b 30 : ÇLÕexistence dÕun centre o� se portent les corps pesants, et dÕo� sÕŽloignent les corps lŽgers est manifeste pour de multiples raisons.È (Trad. P. Moraux).

[532] Cf. Physique, I, 4, 187 a 12-17, Ñ I, 8, 191 a 23-24. Thomas, lect. 8 n¡ 2 et lect. 14, n¡2.

[533] Car les quatre ŽlŽments ne peuvent pas subir un mouvement circulaire (269 a 17 Ða 25)

[534] Figura, forme au sens moderne du mot : apparence, aspect visible.

[535] Toute crŽature est bonne. Cf. Gn. I : Dieu vit que tout cela Žtait bon.

[536] ÇIl est donc vraisemblable que lÕƒcriture parle de cette mati�re, lorsquÕelle dit ; Ç La terre Žtait invisibleÉ afin que nous comprenions que tous les autres mots de ce texte, bien quÕils soient noms de choses visibles visent ˆ dŽsignerÉ cette informitŽ de la mati�re.È BA., p. 122-123

[537] Ce n'est pas de l'homme, mais du non blanc ou du noir qu'il devient blanc. C'est-ˆ-dire non de la substance, mais de l'accident.

[538] ÇA cela doit tendre l'intention du chrŽtien qui dispute sur les articles de la foi pour pour la prouver mais pour la dŽfendre.È De rationibus fidei 2.

[539]. Multiplication du sens littŽral. Bull. Thomiste 1933, pp. 711-718. Voir Ia, qu. 1, a 10.

[540]. Thomas sÕinspire directement de saint Augustin, qui rapporte la lŽgende et la rŽfute sur certains points. (La CitŽ de Dieu, VIII, 11. Cf. TimŽe c. 7, 31-33).

[541]. Le mouvement du ciel est circulaire. Or le mouvement naturel du feu est vers le haut.

[542]. Qu. Ad Simplicium (PEV 21 PL, 40)

[543]. Dans ce paragraphe, Thomas suit le raisonnement d'Augustin : II, IV, 7. Voir BA p. 157 sq. Augustin rapporte lÕopinion des Ç savants È. Cf. PŽpin, ThŽologie cosmique, p. 422, n¡3.

[544] L'ƒcriture semble aller contre les lois de la nature.

[545] C'est-ˆ-dire plus lŽger selon les lois de la pesanteur.

[546]. ÇÉdurci comme un miroir fonduÉÈ B.J.

[547] Pour Ambroise Dieu donne ˆ une Ïuvre une loi qui se superpose en quelque sorte ˆ son essence. Pour Augustin et Thomas, les lois sont les propriŽtŽs des essences.

[548] Faut-il comprendre au moment venu ou bien actuellement telles que sont les choses ?

[549] Idem in Pot. 1, 3, sol. 1.

[550] Ia, 66, a.1 Ñ Ia, 69, a. 1, ÑIa, q. 74, a. 2 ÑII Sent. d12a4.

[551] Trad. B. J. ÇC'est Toi qui as fait ce qui est passŽ, et ce qui arrive maintenant et ce qui arrivera plus tard.È TOB. ÇCar tu as fait les ŽvŽnements d'autrefois, de maintenant et du futur ; tu as mŽditŽ le prŽsent et l'avenur et ce que tu avais dans l'esprit est venu ˆ l'existence.È

[552] ÇLors donc que nous entendons : "Et Dieu dit : que cela soit, nous comprenons qu'il Žtait dans le Verbe de Dieu que cela fut fait". Et ainsi fut fait, suffit ˆ nous faire comprendre que Dieu a dit cela en son Verbe et l'a fait pas son Verbe.È (Trad. BA)

[553] C'est-ˆ-dire rŽels.

[554] Angelos, Žd. Viv�s et Marieti. Je me permets de lire angelus, peut-�tre ˆ tort, ne voyant pas quelle fonction donner ˆ angelos.

[555] Thomas Lectio VI, n¡ 59.

[556] Il s'agit de l'article prŽcŽdent qu. 4, a. 1.

[557] Cf. La pierre dÕangle (Ps. 11, 72 ; Rm 9, 33 ; Eph. 2, 20, etc..

[558] ÇSi donc les anges prennent rang sans l'Ïuvre des six jours, ils sont assurŽment cette lumi�re appelŽe jour et non pas le premier jour, mais un seul jour pour en recommander l'unitŽ.È (Trad ; L. Moreau)

[559] Cf. Sol. 15, ¤ 2.

[560] Cf. Sol. 14, fin.

[561] "Pr�s de" est traduit en rapport avec le texte d'Aristote. ÇEn outre quand deux choses sont tr�s voisines lÕune de lÕautreÉil faut les considŽrer en partant de leurs consŽquents.È (Tra. J. Tricot).

[562] I Co. 13, 8 : ÇLa charitŽ ne passera jamais. Les ProphŽties ? Elles dispara”tront.È.

[563] Sans doute inspirŽ dÕAugustin.

[564] Cf. II Sent. d12q1a1.

[565] Parall. : Ia, q. 104, a. 1 Ñ C.G. III, 65, 94 Ñ In Ioan. c. 5, lectio 2 (n¡ 739-740) Ñ In HŽbr., c.. 1, lectio 2.

[566] ÇÉnous dŽfinissons l'entier ( to olon) ce d'o� rien ne manqueÉ or entier et achevŽ sont absolument de m�me nature ou ˆ peu pr�s.È (Trad.H. Carteron).

[567] Les chiffres indiquent les propositions du syllogisme.

[568] On trouve chez Augustin, le m�me texte de Jean (5, 17) en IV, X1, 20 et XX, 40.. Mais dans la rŽfŽrence donnŽe ici on trouve le texte citŽ par Thomas dans la solution de lÕarticle.

[569] ÇÉle tout qui est engendrŽ, c'est une forme de telle nature, rŽalisŽe dans telles chairs et dans tels os, Callias ou Socrate, autre que son gŽnŽrateur, par la mati�re, qui est autre, mais identique ˆ lui par la forme, car la forme est indivisible.È (Trad. J. Tricot)

[570] ÇComme de l'air qui, par la prŽsence de la lumi�re, n'est pas dotŽ d'une luminositŽ propre, mais devient lumineux, car s'il avait une luminositŽ propre et ne devenait pas lumineux, il resterait lumineux m�me en l'absence de lumi�re.È Trad. BA. 49.

[571] EcclŽsiaste 33,15 :ÇContemple donc toutes les Ïuvres du tr�s haut, toutes vont par paire, en vis-ˆ-visÈ. (B.J.) L'argument suppose qu'il y a un opposŽ pour tous les aspects de l'�tre.

[572] ÇLui qui soutient l'univers par sa parole puissante.È ( B.J.)

[573] ÇÉla fin, le "ce en vue de quoi" est fin de quelque action, et toute action s'accompagne de mouvement.È (p. 125-126) (Trad. J. Tricot).

[574] ÇIl n'en est pas en effet de Dieu comme d'un architecte : la maison achevŽe, celui-ci s'en va, et, m�me lorsqu'il cesse d'agir et qu'il s'en est allŽ, l'Ïuvre subsiste ; au contraire, le monde ne pourrait subsister, fžt-ce l'instant d'un clin d'Ïil, si Dieu lui retirait son concours.È Trad. BA. 48.

[575] Il veut dire que si on prend toutes les oppositions, on dire doit d'un tel �tre qu'il est crŽŽ, et donc celui qui est ˆ l'opposŽ est un �tre incrŽŽ.

[576] Parall. : Ia, q. 104, a. 1, ad 2 Ñ a. 2, ad 2 Ñ C.G. II, 25 Ñ Q. de veritate. qu. 5, a. 8, ad 8 Ñ I Sent., d. 37, q. 1, a. 1 Ñ d. 47, a. 4.

[577] Cf. Q d pot. q. 3, a. 4, o� Thomas ne l'admet pas, apr�s avoir hŽsitŽ dans le Commentaire des Sentences.

[578] Le Fils est l'image parfaite, la crŽature une image relative

[579] Parall. : Ia, q. 104, a. 3 Ñ q. 9, a. 2 Ñ Q. de veritate. q. 5, a. 2, ad 6 Ñ Quodl. IV, q. 3, a. 1

[580] PL 40, 16.

[581] PL. 34, 32. Autre texte : in quantum Deus bonus est, sumus, citŽ Ia, q. 104, a. 3,Arg. 2.

[582] Cf. Q. de pot, q. 3, a. 1,Arg. 1.

[583] Pour Aristote, le corruptible et l'incorruptible sont des contraires : ÇCar la privation est une impuissance dŽterminŽeÈ (1050 b 26) Mais ils n'appartiennent pas ˆ l'�tre par accident Çcar rien n'est corruptible par accidentÉle corruptible est au nombre des attributs qui appartiennent nŽcessairement aux choses auxquelles ils appartiennent sinon un seul et m�me �tre serait corruptible et incorruptible, puisqu'il pourrait se faire que le corruptible ne lui appart”nt pasÈ. (Trad. J. Tricot).

[584] LÕhomme est un animal douŽ de raison.

[585] Anawati, 356, 3.

[586] ÇParmi les choses nŽcessaires, les unes ont en dehors d'elles la cause de leur nŽcessitŽ, les autres l'ont en elles-m�mes, et sont elles-m�mes source de nŽcessitŽ pour d'autres choses.È

[587] Parall. : Ia, q. 104, a. 4 Ñ q. 65, a. 1, ad 1 Ñ Q. de pot. qu. 5, a. 9 ad 1.

[588] Parall. : II Sent., d. 11, q. 2, a. 6, ad 3 Ñd. 33, q. 2a. 1 Ñ IV Sent., d. 44, q. 3, a. 1, qla. 3, c. Ñ Qdl. VII, a. 11 Ñ Opusc. III, c. 1, 76.

[589] Thomas lectio 15, n¡ 270.

[590] Ex priori comprend la cause, ex posteriori comprend la cause finale ou l'effet.

[591] Cf. Q. de veritate, q. 2, a. 1, art. 7 :ÇLa science dŽnote une imperfection puisqu'elle est signifiŽe ˆ la mani�re d'un habitus, c'est-ˆ-dire d'un acte premier, alors que la considŽration est signifiŽe ˆ la mani�re d'un acte second.È (Trad. S. Bonino, La science de Dieu. Cf. note 15, p. 358. La considŽration dŽsigne l'exercice d'un habitus scientifique.

[592] C'est-ˆ-dire dans notre monde.

[593] Il veut dire qu'on peut parler d'intelligence ou d'‰me, comme les nŽoplatoniciens, m�me si c'est faux, cela n'entra”ne ici aucune consŽquence.

[594] AjoutŽ dans lÕƒd. Marietti.

[595] ÇMais ceux qui posent une sŽrie infinie ne sÔaper�oivent pas quÕils ruinent la notion m�me de bien.È (Trad. J. Tricot). Thomas n¡ 317 : ÇCeux qui posent lÕinfinitŽ dans les causes finales les Žcartent È.

[596] ÇÉle corps mž n'est pas absolument mesurable par le temps, en tant qu'il est une certaine quantitŽ, mais en tant que son mouvement est une certaine quantitŽÉÈ.

[597] Parall. : IV Sent., d. 43, a. 3, q. 1, a. 2 Ñ d. 47, q. 1, a. 1, qla. 3, c. Ñ d. 48, q. 2, a. 2, ad 8.

[598] Augustin emprunte les six ‰ges de lÕhumanitŽ ˆ la tradition qui prend sa source dans les Apocalpyses juives. Ils sont parall�les aux six jours de la crŽation du monde et aux six ‰ges de la vie. Les prŽdŽcesseurs dÕAugustin (Pseudo BarnabŽ, Justin, Hippolyte) ont des tendances millŽnaristes, lui envisage cette division sous un aspect historique. Premier ‰ge, dÕAdam ˆ NoŽ, deuxi�me celui de NoŽ ˆ Abraham, le troisi�me dÕAbraham ˆ David, le cinqui�me de David ˆ lÕexil de Babylone jusquÕˆ lÕenfantement de la Vierge. ÇLe sixi�me ‰ge a commencŽ avec la NativitŽ du Seigneur et cÕest lui qui dure actuellement jusquÕau terme inconnu du temps.È (Trin. IV, 4, 7)

[599] ÇChacun le verra, m�me ceux qui lÕont transpercŽÉÈ (BJ.).

[600]. Dans BJ. Çnous touchons la fin des temps.È

[601] Cf. Marc 13, 32 : ÇÉni le Fils, personne que le P�re.È (!)

[602]. Nous en avons eu des exemples.

[603]. L'‰ge ultime est la vieillesse ˆ partir de soixante ans.

[604] Parall. : C.G. IV, 97 Ð IV Sent., d. 47, q. 2, a. 2, qla. 2, c. Ñ d. 44, q. 2, a. 1, qla. 1 Ñ d. 48, q. a. 4, qla. 2 ad 3. Opusc. III, c. 3 - c. 171, Opusc. XI, a. 19.

[605] Cf. aussi III, X, 14.

[606] Ç Les contraires Žtant diffŽrents spŽcifiquement et le corrputible et lÕincorruptible Žtant des contraires (car la privation est une impuissance dŽterminŽe), le corruptible et lÕincorruptible sont nŽcessairement diffŽrents par le genre È. (Trad. J. Tricot). Thomas explique (n¡ 2137] quÕau lieu de conclure que le corruptible et lÕincorruptible diff�rent en esp�ce, ils diff�rent en genre : Ç parce que de m�me que la forme et lÕacte conviennent ˆ lÕesp�ce, la mati�re et la puissance conviennent au genre È.

[607] Thomas n¡ 297 et 335.

[608] Les qualitŽs : ÇCe en vertu de quoi on est dit �tre tel.È (CatŽgories, 8, 8 b 25). Aristote distingue trois sens : 1) ƒtat ou disposition : ÇLÕŽtat diff�re de la disposition en ce quÕil a beacoup plus de durŽe et de stabilitŽ.È (8 b 28) ; 2)Aptitude ou inaptitude naturelle (9 a 18) ; 3) QualitŽs affectives et affections (9 a 28). Thomas suit ici le texte dÕAugustin. En certains de ces emplois, le sens est tr�s proche de Ç puissance È.

[609] Allusion au jugement dernier.

[610]. Parall. :II Sent., d. 11, q. 2, a. 6, ad 3 Ð d. 33, q. 2, a. 1, ad 3 Ð IV Sent., d. 44, q. 3, a. 1 qla. 3 c.. ÐQdl VII, a. 11­ Opus III c 176.

[611]. IdŽe reprise en q. 5, a. 9, arg.. 11, o� elle est attribuŽe ˆ Denys.

[612]. Il y a de la prudence dans les chiens. Pour Aristote la prudence ne peut exister que pour des �tres qui ont de la mŽmoire. (980 a 28 texte n¡ 3 d'Aristote). Thomas commente : la prudence vient de la mŽmoire des ŽvŽnements. Mais elle est diffŽrente chez l'homme et les animaux. Les hommes dŽlib�rent selon la raison. Le jugement ches les animaux douŽs de mŽmoire dŽpend "d'un certain instinct de la nature" (Thomas n¡ 11)

[613] Parall. : C.G. IV, 97 Ñ IV Sent., d. 43, q. 1, a. 4, - q. 2, a. 6 Ñ d. 48, q. 2, a..5 c. Ñ d. 50, q. 2, a..3, qla. 2 c..

[614] Les plantes, les animaux et les minŽraux.

[615] ÇCe qu'il y a d'invisible depuis la crŽation du monde se laisse voit ˆ l'intelligence ˆ travers ses Ïuvres.È Rm 1, 20 B.J.)

[616] CitŽ en qu. 6, a. 6,Arg. 12.

[617] CitŽ ˆ nouveau Pot. qu. 6, a. 6,Arg. 12.

[618] B.J.

[619] Thomas n¡ 297.

[620] Parall. : IV Sent,. d. 43, q. 2, a. 4, c. Ñ d. 48, q. 2, a. 5, c. Ñ d. 50, q. 2, a. 3. qla. 2 c.Ñ Opus. III, c. 171.

[621] Phil. 3, 21 : ÇLe Seigneur J.C. qui transfigurera notre corps de mis�re pour le conformer ˆ son corps de gloire.È B.J.

[622] Thomas ne commence pas par parler de miracles, mais il reprend un theme dŽjˆ ŽtudiŽ dans la question 1, a. 3. LÕaction de Dieu sur la nature. Le premier argument est le m�me

[623] Parall. : Ia, q. 105, a. 6 Ñ q. 106, a. 3Ñ C.G. III, 98, 99 Ð Compendium. 136.

[624] Se trouve dŽjˆ en q. 1, a. 3,Arg. 1.

[625] En Ia, q. 105, a. 6, obj. 2, l'ordre de la nature vient de la justice de Dieu.

[626] Les chiffres entre crochets indiquent les propositions du syllogisme.

[627] Sur les raisons sŽminales, La Gen�se au sens littŽral, P. Aga‘sse et A. Solignanc, BA 48. voir lÕŽtude note 21 p. 653,

[628] Appel au principe de contradiction. Voir q. 1, a. 3, c.

[629] Il sÕagit du principe de contradiction.

[630] Vulg. requiescit il se reposa.

[631] MŽtaphysique, VII, 3, 1029 a 20 : Ç J'appelle nature ce qui n'est par soi ni existence dŽterminŽe, ni d'une certaine quantitŽ, ni d'aucune autre des catŽgories par lesquelles l'Etre est dŽterminŽ.È (Trad. J. Tricot).

[632] Rm. 13, 1 : ÇNon est enim potestas nisi a Deo, quae autem sunt, a Deo ordinatae suntÈ. ÇIl n'y a point d'autoritŽ qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituŽes [ mises en ordre, ordinatae sunt] par Dieu.È B.J.

[633] ÇÉselon qu'on fait une chose, ainsi se produit-elle par nature, et selon que la nature produit une chose ainsi la fait-on ˆ moins d'emp�chements.È

[634] Le m�me argument se trouve dŽjˆ en q. 1, a. 3,Arg. 7.

[635] Cf. q. 1, a. 3,Arg. 4.

[636] DŽjˆ ŽvoquŽ q. 1, a. 3,Arg. 9.

[637] ÇCar il y a une seule chose dont Dieu m�me est privŽ : cÕest de faire que ce qui a ŽtŽ fait ne lÕait pas ŽtŽ.È (Citation dÕAgathon, tragique grec du Ve si�cle a.c.).

[638] On admet d'ordinaire qu'un acte est involontaire quand il est fait sous la contrainteÉ Est fait par contrainte tout ce qui a son principe hors de nous, c'est-ˆ-dire un principe dans lequel on ne rel�ve aucun concours de l'agent ou du patientÈ. Trad. J. Tricot.

[639] Pot. qu. 3, a. 7.

[640] ÇÉla chose qui, parmi les autres, poss�de Žminemment une nature est toujours celle dont les autres choses tiennent en commun cette nature, par exemple le feu est chaud par excellence, parce que, dans les autres �tres, il est la cause de la chaleur.È (Trad. J. Tricot).

[641] Dont Avicenne.

[642] Texte Aristote : Ç Chez les animaux, tous les manques de force, comme la vieillesse et l'affaiblissement, sont, eux, contraire ˆ la nature.È

[643] Les prŽdicables sont au nombre de cinq : le genre, l'esp�ce, la diffŽrence, le propre, l'accident.

[644] Cf. Ia, q. 105, a. 6, ad 1m.

[645] CÕest le seul emploi de ce mot ici. En de Veritate, q. 8, a. 12, ad. 4, Thomas distingue deux sortes de de puissance : une puissance naturelle qui peut �tre amenŽe en acte par un agent naturel. Une autre Ç puissance dÕobŽdience È Ç selon laquelle quelque chose sera fait dans la crŽature, ce que la crŽateur aura voulu È

 

[646] Ia, q. 105, a. 7 Ñ C.G. III, 101 Ñ II Sent., d. 18, q. 1, a. 3 Ñ In II Thes. C. 2, lectio 2..

[647] Aristote : ÇOr on doit finir par l'Žtonnement contraire et suivant le proverbe, par ce qui est meilleur.È (982 Thomas lectio 3, n¡ 52-56.).

[648] L'exemple d'Aristote : ÇRien ne surprendrait autant un gŽom�tre que si la diagonale devenait commensurableÈ (983 a 20)

[649] L'exemple en est la crŽation et la justification des impies (obj. 5).

[650] Parall. : Ia, q. 110, a. 2, 3 et 4 ; q. 65, a. 4 ; q. 91, a. 2 ; q. 94, a. 4 ; C.G. III, 102 et 103, De Mal., q.16, a. 9, a. 1, ad 14, qu. 1, a. 10, Qdl IX, qu. 4, a. 5, Galat., c. 3, lect. 1 ; Compendium c. 136, In Ion., c. 10, l. 5, In Iob, c. 1, l. 3)

[651] Il s'agit de LŽviathan. CitŽ ˆ nouveau en 6, 10, sed contra 1, o� il s'agit du diable.

[652] ÇIta omnia corpora per spiritum vitae, et spiritus vitae irrationalis, per spiritum vitae rationalemÉÈ Ainsi tous les corps le sont-ils (gouvernŽes) par un vivant. p. 288-289.

[653] Voir les textes en 6, 4, obj. 6.

[654] Opinion d'Avicenne, comme c'est signalŽ c. ¤ 2.

[655] Thomas, VIII, lect. 21, n¡ 1142.

[656] Les raisons sŽminales.

[657].ÇÉles dŽmons ne crŽent pas de nouvelles natures, mais ils modifient tellement dans leurs apparence, celles que le vrai Dieu a crŽŽ, qu'elles semblent �tre ce qu'elles ne sont pas. È La citŽ de Dieu, XVIII, 18.

[658] HŽb. 2, 5 : ÇEn effet ce n'est pas ˆ des anges qu'il (Dieu) a soumis le monde ˆ venir dont nous parlons.È (B.J.)

[659] ÇIl ne faut pas croire pour autant que les anges prŽvaricateurs font ce quÕils veulent de la mati�re des choses visibles.È BA, p. 297

[660] Il s'agir d'une Intelligence. Cf. Ia, qu. 65, a. 4, c.

[661] Voir Ia, qu. 65, a. 4, c.. Avicenne, MŽtaphysique IX, 5.

[662] Alexandre d'Aphrodise, philosophe pŽripatŽticien,. Commentateur dÕAristote, il a dirigŽ de LycŽe de 198 ˆ 211.

[663] Les raisons sŽminales.

[664] Parall. : Ia, q. 110, a. 4 et ad 1 ÑIIIa, q. 13, a. 2, ad 3 Ñ q. 78, a. 4, ad 2 Ñ C.G. III, 103 Ñ Ia. qu. 117, a. 3, ad. 1 Ñ IIa/II¾ qu. 178, a. 1, ad 1 Ñ IIIa, qu. 84, a. 3, ad 4. Ñ Q. de pot., q. 6, a. 9

[665] ÇɈ tel autre le don de guŽrison dans l'Unique Esprit, ˆ un autre la puissance d'opŽrer des miracles.È B.J.

[666] DŽjˆ dit en 6, 1, sed contra..

[667] Voir Q. de pot., q. 6, a. 3, arg.. 3, pour les deux textes.

[668] Bernard de Claivaux, 1090 - 1153.

[669] Allusion ˆ la Loi au Sina• Ga. (3, 19)

[670] Parall. : Ia, q. 114, a. 4, Ñ q. 110, a. 4, ad 2 Ñ IIa / II¾ qu. 178, a. 1, ad 2.Ñ C.G. III, 154 Ñ De malo, qu. 16, a. 9 Ñ II Sent.,.d. 7,.q. 3, a. 1 Ñ In Matth, c. 24 Ñ II Thess., c. 2, lectio 2 Ð Opus III, c. 136.

[671] Cf. Act. 8, 9-24, o� ce dŽtail n'est pas signalŽ.

[672] Auteur du Ier si�cle av. J.C.. Son ouvrage est un recueil d'anecdotes.

[673] ƒcrivain encyclopŽdiste romain (de 116 ˆ 28 av. J. C.).

[674] Nombres, 22, 28.

[675] Parall. : Ia, q. 51, a. 1 - CG. II, 91ÑII Sent., d. 8, a. 1. Ñ De Malo qu. 16, a. 1Ñ De Spir. Creat. a. 5 Ñ Opusc. XV, De Angelis,c. 18. (Cf. Les noms divins, IV, XIX ; n¡ 538 ss.).

[676] Il semble meilleur de traduire par �tre animŽ.

[677] Ç Ç Éles dŽmons sont des �tres animŽs aŽriens, en ce sens quÕils sont naturellement douŽs de corps aŽriensÉ È (Trad. BA. 48)

[678] LXI, 170. Le texte en est donnŽ en Ia, q. 51, a. 1, obj. 1 : ÇC'est le propre de la seule nature de Dieu (c'est-ˆ-dire du P�re, du Fils et de l'Esprit Saint) d'exister sans substance matŽrielle et en dehors de toute union corporelle.È (Trad. Du Cerf).

[679] Cette persistance de croyance que les �tres spirituels ont un corps dure encore jusqu'ˆ Teilhard de Chardin (Lettres intimes).

[680] Thomas n¡ 540.

[681]. Trad. de Denys : ÇUne col�re sans raison, une convoitise sans intelligence, une imagination entreprenante. (p. 119 l. 20). Demens concupiscentia : anou" epiqumia.

[682] CitŽ en 5, 9, obj. 11.

[683] Porphyre 233-305, disciple de Plotin.

[684] C'est un raisonnement logique. Thomas explore toutes les possibilitŽs logiques. Id. pour sed contra 5.

[685] Cf. dŽmonstration plus dŽveloppŽe en Pot. 7, 1, c, premi�re raison, o� il dŽmontre la simplicitŽ de Dieu.

[686] ÇC'est pourquoi Žgalement Anaxagore a raison de proclamer que l'intellect est impassible et sans mŽlange, puisque justement il en fait le principe du mouvementÉ s'il peut dominer c'est ˆ conditions d'�tre sans mŽlangeÈ.(Trad. H. Carteron).

[687] ƒcrivain et grammairien latin. DŽbut du Ve si�cle. Il sÕinspire de Platon.

[688] ƒcrivain latin, disciple de Platon (125-180).

[689] ÇCertains penseurs dŽclarent que l'‰me est m�lŽe ˆ l'univers entier ; peut-�tre est-ce l'origine de l'opinion de Thal�s que tout est plein de dieux.È (Trad. E. Barbotin).

[690] II, XVIII, 38 : ÇOn se demande encore si ces brillants luminaires du ciel sont seulement des corps ou sÕil ont pour les rŽgir des esprits attachŽs ˆ chacun dÕeux.È

[691] ÇSed ne illud quidem certum habere utrum ad eamdem societatem pertineant sol et luna et cuncta sidera : quamvis nonnullis lucida corpora esse, non cum sensu et intelligentia, videantur.È Ench. 58.

[692] B.J. : ÇMille milliers le servaient, myriades de myriades, debout devant luiÈ. (BJ).

[693] Ç Ainsi donc tout homme pervers ignore les choses quÕil doit faire et celles quÕil doit Žviter È.

[694] Claudius PtolŽmŽe, 100-178, post Christ., astronome, mathŽmaticien, physicien, gŽographe.

[695] Parall. : Ia, qu. 51, a. 2, - II sent., d. 8, a. 2.

[696] ÇOr l'un se dit du continu, soit de l'indivisible, soit de ce qui a une m�me dŽfinition et une quidditŽ uneÉÈ (Trad. H. Carteron).

[697] Ia, qu. 41, a. 3 - II Sent. d8a4.

[698] Penser ˆ l'‰ne de Balaam.

[699] Ou du but recherchŽ.

[700] Augustin (loc. cit.) parle de semences de vŽgŽtaux et d'animaux invisibles, crŽŽes par Dieu, qui ont pu servir ˆ de premi�res naissances que les anges ou les dŽmons dŽcouvrent et dont ils assurent l'Žclosion (III, VIII, 13).

[701] Parall. : II/II¾, qu. 178, a. 1, ad 5 Ñ I/II, qu. 111, a. 4 Ñ CG. III, 154 Ð Q. de pot. q. 6, a. 4.Ñ I sent., d. 48, q. 1, a..2, ad. 3 Ñ Opusc. LX, a. 15.

[702] Il s'agit des charismes.

[703] ÇÉsi deux d'entre vous unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordŽ par mon P�re.È (B.J.)

[704] Id. en B.J. Il s'agit des paroles de l'aveugle-nŽ, guŽri par JŽsus.

[705] ÇCelui qui s'unit au SeigneurÉn'est avec lui qu'un seul esprit.È (B.J.).

[706] Ç(Ni circoncision, ni incirconcision ne comptent), mais seulement la foi, opŽrant par la charitŽ.È (B.J.).

[707] Cf. qu. 6, a. 2, obj. 6.

[708] ÇLa foi est la garantie des biens qu'on esp�re.È (B.J.)

[709]. Ia, qu. 113, a. 3, ad 3 Ñ qu. 110, a. 4, ad 2 et ad 3.

[710] ÇUn homme de bien de ChaldŽe, dit-il, se plaint que son z�le ˆ purifier son ‰me n'ait pas eu de succ�s parce qu'un envieux, redoutable thŽurge, avait liŽ les puissances en les conjurant par des pri�res sacrŽes.È Ñ Voir CitŽ de Dieu, X, 10 et X, 11.

[711] ÇCar lorsque les dŽmons s'insinuent dans les crŽatures qui ne sont pas leur ouvrage, mais l'ouvrage de Dieu, ils sont attirŽs par des charmes divers comme leur gŽnie ; ils ne c�dent pas comme les animaux ˆ l'attrait des aliments, mais en tant que natures spirituelles ˆ des signes conformes ˆ la fantaisie de chacun, diffŽrentes esp�ces de pierres, d'herbes, de bois, d'animaux, enchantements et rites divers.È. (CitŽ de Dieu, XXI, 6, trad. L. Moreau, p. 235-236)

[712] Cite de Dieu, X, 11, 2 : Ç Comment se fait-il qu'un homme en proie ˆ n'importe quel vice menace et terrifie par ses mensonges, non un dŽmon, ni l'‰me d'un mort, mais le soleil lui-m�me, m�me la lune ou n'importe quel astre, pour leur extorquer la vŽritŽ ? È

[713] Il s'agit de LŽviathan. Cf. Pot. 6, 3, obj. 1.

[714] Cf. Pot. 6, 3, c.

[715] Ia, q. 3, a. 7 Ñ CG. I, 16, 18 ÑIn I Sent. D.8 q.4 a.1Ñ Compendium. ch. 9 Ñ Opus 37 De quat. oppos. ch. 4 Ñ Liber de Causis (prop. XXI).

2. Cf. Q de pot., q. 2, a. 16. CÕest le raisonnement de tous ceux, dont Avicenne, qui consid�rent la crŽation par intermŽdiaire (Liber de Causis (prop. III, IX, XVI, etc.).

[717] ÇCes trois relations, la paternitŽ, la filiation et la procession sont appelŽes les propriŽtŽs personnelles, comme les constituant.È (Ia, q. 30, a. 2 c). Chaque personne de la TrinitŽ sous une m�me essence a ses propriŽtŽs personnelles.

[718] Principe de contradiction.

[719] Le fait de donner un prŽdicat, ici une catŽgorie.

[720]Trad. de M. de Gandillac : ÇÉl'essence, la puissance, l'acteÉÈ

[721] Cf. I Sent., d.8, q. 4, a.1,Arg. 4.

[722] CÕest admettre quÕil nÕy a pas de distinction en Dieu eentre lÕessence et lÕexistence. ( ? ? ?)

[723] Il s'agit de l'un transcendental.

[724] Cf. Raisonnement semblable mais simplifiŽ en Q. de pot., q. 6, a. 6, c.

[725] Thomas, n¡ 183.

[726] Suite du texte citŽ en Ia, q. 3, a. 7, c.

[727] Thomas prŽcise en I Sent., d. 8, q. 4, a.1, ad 4. que la propriŽtŽ personnelle ne diff�re pas en rŽalitŽ, et il ajoute : ÇMais comparŽe ˆ son corrŽlatif, elle produit une distinction rŽelle, mais de ce c™tŽ il n'y a pas union (Cf. ici ad 10) et c'est pourquoi il n'y a pas composition. Cela montre que les noms personnels ne signifient aucune composition en Dieu.È

[728] ÇEt rien, ne croyez-vous pas, n'emp�che que le m�me acte appartiennent ˆ deux choses, non comme identique quant ˆ l'essence, mais comme ce qui est en puissance en face de ce qui est en acte.È (Trad. H. Carteron).

[729] Entendre l'essence et la relation.

[730] Passage de mens, ˆ intellectus, parce que la forme de lÕimage est apprŽhendŽ par lÕintellect. LÕesprit a un sens plus large. ( ? ? ? ?).

[731] Les relations seront ŽtudiŽes dans les articles 8 ˆ 11 et dans la question 8.

[732] Cf. Q de pot. q. 7, a. 11, 3m.

[733] Ç Toute chose dite relativement numŽriquement, ou selon la puissance, est donc relativement en ce sens que tout son �tre est proprement dans sa relation ˆ une autre chose, et non pas en ce sens quÕune autre chose est relative ˆ elle ; tout au contraire le mesurable, le connaissance, le pensable sont dit relatifs, en ce sens quÕune autre chose est relative ˆ eux È.

[734] Cf. I Sent., d. 8, q. 4, a. 1, ad 3.

[735] Comprendre : il ne peut y avoir d'union ( une mixtion) entre elles. La composition est une union, ce qui n'est pas le cas ici.

[736] Ia, q. 3, a. 4 ÑC.G. I, 22, 52 Ñ I Sent., d. 8, q. 4, a. 1, et a. 2 Ñ q. 5, a. 2, Ñ d. 34, q. 1, a. 1 Ñ II Sent., d. 1, q. 1. a. 1 Ñ De spit. Creat. a.1Ñ Compendium c. 11 Ñ Opusc. De quat. Oppos. c. 4 Ñ De E & E, 5.

[737] DŽfinition de la substance : ÇSubstantia est ens per se subsistansÈ (Ia, q. 3, a. 5,Arg. 1). Mais Dieu nÕest pas dans la catŽgorie de la substance. ÇSon nom signifie seulement qu'elle est un �tre par soi parce que ce qui est �tre ne peut pas �tre un genre par soi.È DŽmontrŽ ibid. en c et ad 1.

[738] Jean Damasc�ne citŽ obj. 1.

[739] ÇÉMais il n'est pas possible que l'Un et l'ætre soit un genre des �tres. Il faut nŽcessairement en effet et que les diffrences de chaque genre existent, et que chaque diffŽrence soit uneÉ. Si l'Un ou l'Etre est un genre, aucune diffŽrence ne sera ni �tre, ni une. Mais si l'Etre et l'Un ne sont pas des genres, ils ne seront pas non plus des principes, s'il est vrai que les genres sont principesÈ. (Trad. J. Tricot, p. 141). In Meta., III, 8, n¡ 433.

[740] ÇRien ne peut �tre en dehors de l'essence et de l'�tre par addition qui constitue l'esp�ce de l'�tre, car ce qui est hors de l'�tre est nŽant.È (MŽtaphysique, (B) III, 3, 998 b 22. In Meta., III, 8, n¡ 432) Ð Q de pot., q. 7, a. 3, c ¤ 1.

[741] RŽgle 6 : ÇTout ce qui participe ˆ l'�tre, participe ˆ autre chose pour �tre quelque chose. De ce fait "ce qui est" ˆ ce qui a l'�tre pour �tre, mais il "est" pour participer ˆ n'importe quelle autre chose.È (Trad. H. Merle) Thomas n¡ 29-30.

[742] : Ç On peut comprendre " quelque chose " (aliquid) soit de toute rŽalitŽ subsistante, soit d'une rŽalitŽ subsistante compl�te, d'esp�ce dŽterminŽe. Le premier sens exclut tout ce qui est accident, ou forme matŽrielle, le second exclut encore cette imperfection d'�tre une partie d'un tout. Ainsi la main est " quelque chose " au premier sens, mais non au second. De la m�me mani�re l'‰me, qui est une partie de la nature humaine, n'est " quelque chose ", rŽalitŽ subsistante, qu'au premier sens. C'est pourquoi il faut concŽder que le composŽ d'‰me et de corps peut �tre dŽsignŽ comme " quelque chose ". (Ia, qu. 75,a. 2, ad 1m)

 

[743] DŽjˆ en Q. de pot., q. 1,Arg. 1, et. 2. Anselme, Monologium, 14.

[744] Ma•monide.

[745] Sa vraie nature est d'�tre. Cf. In de div. nom., VII, lectio 1.865 B, n¡ 300 ¤ 2, Thomas n¡ 701 : ÇC'est l'usage des thŽologiens de retourner en les niant tous les termes positifs pour les appliquer ˆ Dieu sous leur aspect nŽgatif.È

[746] Ç Enfin la quidditŽ, exprimŽe dans la dŽfinition, est dite aussi la substance de chaque chose È.

[747] C.G. I90 ? ? ?)I, 15.

[748] Cf. De E & E, ch. 1. ÇOn peut appeler �tre tout ce dont on peut former une proposition affirmative ; m�me si rien dans la rŽalitŽ se se trouve y correspondre. C'est en se sens que les privations et les nŽgations sont appelŽes des �tresÉDe la m�me fa�on on ne peut appeler �tre que ce qui existe concr�tement (in re) ; en ce sens ni la cŽcitŽ, ni rien de semblable ne sont des �tres.È

[749] Thomas en donne la raison ad 6.

[750] On comprend les deux, au dŽpart, comme semblables.

[751] Signata : que lÕon peut montrer, qui tombe sous le sens (Cf. materia signata).

[752] Cf. Q. de pot., q. 9, a. 7, ad 15. In MŽta, (D) V, lect. 9, n¡ 889.

[753] Texte Denys n¡ 267, Thomas 633. ƒd. Marietti, p. 131.

[754] Ce qui redonne ˆ la prioritŽ de l'�tre.

[755] Cf. C. G., II, 15, ¤ 4.

[756] Cf. De Hebdomadibus, I, 8 et 9.

[757] Parall. Ia, 3, 5Ñ CG. I, 25 Ñ I Sent., d. 8, q. 4, a.1 et 2 : Ñ d. 19, q. 4, a. 2 Ñ Compendium. 12, Ñ De Ente c. 4.

Ia, q. 3, a. 5, ad 1, dŽmontre que, selon Aristote, l'�tre ne peut �tre un genre.

[758] ÇL'essence c'est la forme commune, qui rŽunit (periektiko) des hypostases de m�me esp�ce, (comme Dieu, homme) hypostase par contre dŽsigne l'individu c'est-ˆ-dire le P�re, le Fils, le saint Esprit, Pierre, Paul.È

[759] Aristote dŽfinit le genre ainsi : ÇLe genre est ce qui est attribuŽ essentiellement ˆ des choses multiples et diffŽrentes spŽcifiquement entre elles.È (Topiques, I, 5, 102 a 31) Trad. J. Tricot.

[760] ÇCe qui a trait au propre, au genre et ˆ l'accident peut sÕappliquer aussi aux dŽfinitionÉÈ (Trad. J. Tricot).

[761] )."Numero" traduit l'identitŽ ou l'unitŽ du substrat. Ce qui correspond au "propre" de la trad. de J. Tricot

[762] Cf. Ia, q. 3, a. 5, ad 1 : Ç Le terme substance ne signifie pas seulement Ç �tre par soi È, parce que ce qui est lÕ�tre ne peut pas �tre un genre par soi.. Mais elle signifie lÕessence ˆ qui appartient dÕexister ainsi, son �tre nÕest cependant pas son essence. Donc Dieu nÕest pas le genre de la substance È. Ce qu'analyse I Sent., d. 3, q. 4, a.2.

[763] Cf. Ia, 3, 5, obj. 1.

[764] Parce que toute dŽfinition vient du genre et de l'esp�ce. Voir c.

[765] ÇLa mesure est toujours du m�me genre que l'objet mesurŽ ; les grandeurs se mesurent par la grandeurÉÈ (Trad. J. Tricot) Aristote n¡ 826, Thomas n¡ 1954 ss..

[766] La quidditŽ exprime l'essence ou la nature d'une chose, en tant qu'exprimŽe par une dŽfinition (quod quid erat esse. De ente I, 3). La quidditŽ s'oppose ˆ l'�tre.

[767] Il y aura donc utant de principes des choses que de genres premiers, de sorte due lÕætre et lÕUn seront principes et substances car ce sont des notions qui sont le plus affirmŽe de la totalitŽ des �tres ; mais il nÕest pas possible que lÕUn ou lÕætre soit un genre des ætres. Il faut nŽcessairement, en effet, et que les diffŽrences de chaque genre existentet que chaque diffŽrence soit une. Or il est impossible que les esp�ces des genres soient attribuŽes ˆ leur diffŽrences propres È. (Trad. J. Tricot). Cf. Ia, q. 3 ; a. 5.

[768] Cf. Ia, q. 3, a. 5 c. Ç L'esp�ce se forme par genre et diffŽrence, et ce dont provient la diffŽrence constitutive de l'esp�ce joue toujours, ˆ l'Žgard de ce dont le genre est tirŽ, le r™le de l'acte par rapport ˆ la puissance. Ainsi ce terme : animal, se prend de la nature sensitive signifiŽe au concret ; car cela est animal qui est de nature sensitive ; cet autre terme : raisonnable, se prend de la nature intellectuelle, car on dit raisonnable ce qui est de nature intellectuelle. Or, l'intellectuel est avec le sensitif dans la relation de l'acte avec la puissance, et il en est de m�me en tout le reste. Comme en Dieu nulle puissance ne s'adjoint ˆ l'acte, il est impossible que Dieu soit dans un genre ˆ titre d'esp�ce.

[769] ÇCe qui est dit parfait par soi est donc appelŽ ainsi en tout genreÉtant™t d'une mani�re gŽnŽrale, et c'est ce qui ne peut �tre surpassŽ dans chaque genre et n'a aucune partie en dehors de soi.È Thomas In Meta., V, lect ; 18, (n¡ 1040) ajoute : Ç Cette perfection est la condition du premier principe, c'est-ˆ-dire Dieu, en qui il y a une bontŽ absolument parfaite, ˆ qui rien ne manquede toutes les perfections qui se trouvent dans chaque genre quÕon trouve È.

[770] Entendre les trois Personnes.

[771]. Voir I Sent. d8q1a2, ad 3.

[772] ÇMais la diffŽrence et l'altŽritŽ sont des notions distinctes l'une de l'autre. Pour deux �tres qui sont autres, en effet, il n'est pas nŽcessaire que l'altŽritŽ porte sur quelque chose de dŽfini, car tout ce qui est existant est autre ou le m�me ; par contre ce qui est diffŽrent doit diffŽrer d'une chose dŽterminŽe par quelque endroit dŽterminŽ, de sorte qu'il faut nŽcessairement qu'il y ait un ŽlŽment identique par quoi les choses diffŽrent. Cet ŽlŽment identique, c'est le genre, ou l'esp�ce. Car tout ce qui diff�re, diff�re soit en genre, soit en esp�ce.È (Trad. J. Tricot).

[773] Cf. I Sent., d.8, q. 1, a.2, ad 3. ÇÉDieu et l'�tre crŽŽ ne diff�rent pas par des diffŽrences ajoutŽes ˆ l'un ou ˆ l'autre, mais par eux-m�mes. C'est pourquoi on ne dit pas qu'ils sont diffŽrents au sens propre mais qu'ils sont divers, car est divers l'absolu, mais diffŽrent selon le relatif d'apr�s le philosophe. (MŽtaphysique, X, texte 13)

[774] M�me texte que ci-dessus, c, ¤ b).

[775] Thomas semble en contradiction avec ce quÕil dit en Ia, qu. 3, a. 5 c : ÇIl est Žvident que Dieu nÕest pas dans un genre par rŽduction, parce que le principe qui est ramenŽ ˆ ce genre ne sÕŽtend pas au-delˆ de lui. Ainsi le point nÕest principe que de la quantitŽ continue et lÕubnitŽ de la quantitŽ discr�te. Mais Dieu est le principe de tout l'�treÉ C'est pourquoi il n'est pas contenu dans un genre comme principeÈ.

[776] ÇDieu est la mesure supr�me des substances. È (Averro�s, MŽtaphysique, X, com. 7).

[777] Parall. : Ia, 3, 6 Ñ C.G. I, 23 Ñ I Sent., d. 8, q. 4, a. 3. Ñ Compendium. c. 23.

[778] ÇLes expressions comme Bon, Juste, Saint, etc.Érefl�tent la nature, ils ne montrent pas lÕessence m�me.È Trad. E. Ponsoye.

[779] Thomas lectio 6, n¡ 43 : ÇIl est donc bien entendu que l'�tre en tant qu'�tre n'existe pas en autre choseÉ

[780] DŽmontrŽ en Ia, q. 44, a. 3, c : Ç Dieu est la cause exemplaire de toute choseÉ LÕexemplaire est nŽcessaire pour produire une chose È.

[781] QualitŽ et quantitŽ appartiennent ˆ la catŽgorie des accidents.

[782] ǃcartons donc de notre esprit, pour le moment, la prŽsence du premier bien, lui dont l'�tre est Žvident, comme on peut le savoir par les paroles des savants ou non et aussi par les religions des peuples barbares.È

[783] p. 132 : ÇPar suite, est vŽritablement un ce en quoi il n'y a aucun nombre, ni rien d'autre en lui en dehors de "ce qu'il est". Il ne peut en effet devenir substrat ou sujet, car il est forme ; or, les formes ne peuvent �tre substratsÉ Mais la forme qui est sans mati�re ne pourra �tre substrat et ne pourra rŽsider dans la mati�re, car alors elle ne serait plus forme, mais image. C'est en effet de ces formes exemptes de mati�re que sont venues ces autres formes qui sont dans la mati�re et produisent le corps.È

[784] ÇÉpuisqu'il faut qu'il y ait du mouvement continuellement, il faut qu'il existe une chose qui soit le premier moteur immobile et ne l'Žtant pas par accident..È (Trad. H. Carteron).

[785] ÇDe m�me que si l'une des parties, dont le nombre est constituŽ et retranchŽ ou ajoutŽ, ce n'est plus le m�me nombre, mais un nombre autre, si petite que soit l'augmentation ou la diminution, ainsi ni la dŽfinition, ni la quidditŽ ne sont les m�mes, si on en retranche ou si on y ajoute quelque ŽlŽment.È (Trad. J. Tricot) (Thomas lectio 3, n¡ 1723-1724).

[786] Ç Il faut que l'essence signifie quelque chose de commun ˆ toutes les natures par lesquelles les divers Žtants sont classŽs en divers genres et esp�ces, comme l'humanitŽ est l'essence de l'homme.È De E & E, I, 2 (Trad. C. Capelle).

[787] DiffŽrence entre le rŽel et lÕuniversel.

[788] ÇCar rien n'est plus formel, ni plus simple que l'�tre. La substance divine est son �tre, donc il n'a rien qui ne soit sa substance. (Cf. CG. I, 23, ¤ 2).

[789] Il ne peut m�me pas avoir ce qu'on appelle un accident par soi (qui soit hors de l'essence, mais liŽ ˆ elle nŽcessairement, comme le rire pour l'homme, parce que causŽ par les principes de l'essence, parce qu'en Dieu rien ne peut �tre causŽ. (Cf. Ia, qu 3, a. 6, c 3e).

[790] Explication en Ia, qu. 3, a. 6 c : M�me premi�re phrase, laus il ajoute : Ç Car le substrat selon lÕaccident est dÕune certaine mani�re en acte È. Conclusion, pas de puissance en Dieu.

[791] Ia, 13, a. 2, 3 et 11. Ñ C.G. I, 31 Ñ I Sent., d. 2, q. 1, a. 2.

[792] ÇAinsi puisque les nŽgations sont vraies, en ce qui concerne les myst�res divins, tandis que toute affirmation demeure inadŽquateÉ È

[793] (I, lect. 2, n¡13, ¤ 4 p. 14 : ÇÉ nominationes Dei ad bonos Thearchiae processusÉÈ Commentaire de Thomas : Çc'est-ˆ-dire selon les processus des perfections qui proviennent de la bontŽ de Dieu dans les crŽatures.È

[794] ÇDieu est ; cela est clair, mais qu'est-il par essence et nature, voilˆ qui est absolument incomprŽhensible et inconnaissable.È (p. 16).

[795] C'est-ˆ-dire en donner une dŽfinition.

[796] n¡ 95. Les thŽologiens affirment ÉÇque lÕ�tre du bien en tant que bien essentiel, Žtend sa bontŽ ˆ tout �treÉÈ

[797] Cf. Q. De pot., q. 1, a. 3,Arg. 1.

[798] B.A. 15, 480/482. Thomas n'a retenu que ce qui le concernait directement. Trad. : Ç Pour Dieu, c'est �tre que d'�tre fort ou juste ou sage et tout ce que vous attribuez ˆ cette multiplicitŽ simple ou ˆ cette multiple simplicitŽ, pour dŽsigner sa substance.È

[799] Ç Mais lorsqu'on se tournera vers Dieu, pour lui attribuer ces catŽgories, alors il y aura une transformation de tous les attributs. (p. 135) (Trad. H. Merle).

[800] Ma•monide, (Doctrina Perplexorum, part. 1, c. 58).

[801] C'est-ˆ-dire par la ressemblance.

[802] C'est-ˆ-dire par mode de nŽgation.

[803] Expression empruntŽe ˆ GrŽgoire de Naziance, Or. XLV, 3, PG. 36, 625.

[804] Noms divins Trad. M. de Gandillac : Ç Mais il faut ajouter qu'elle contient d'avance en soi tout �tre de fa�on simple et indŽfinissable, par le donÉ en sorte qu'on peut la louer ou la nommer convenablement ˆ partir de tout �tre.È

[805] ÇAinsi puisque les nŽgations sont vraies en ce qui concerne les myst�res divins, tandis que toute affirmation demeure inadŽquateÉÈ (p. 191).

[806] ÇDionysius dicit affirmationes de Deo esse incompactas.È Ia, qu. 13, a. 12 Ñ I Sent. d4q2a1 (Cerf : Çles affirmations sont inconsistantesÈ, et ad1m Çinconsistante ou sans convenanceÈ.

[807] La glose de Rm 11, 24.

[808] Ia, q. 13, a. 4. Ñ C.G. I, 35, Ñ I Sent., d. 2, a. 3 Ñ d. 22, a. 3 Ñ Compendium. 25.

[809] Le mot unitŽ traduit l'�tre, il dit l'individu (dans les crŽatures). Nihil enim est aliud unum quam ens indivisum. Cum unum addat supra ens unam negationem, secundum quod aliquid est indivisum.È (Pot. 9, a. 7) Il s'agit du transcendantal et non du nombre.

[810] Il s'agit des trois propriŽtŽs personnelles dans la TrinitŽ. Elle signifie l'origine comme un acte. Cf. Ia, qu. 40, a. 2, c. L'origine et la relation sont les propriŽtŽs personnelles des Personnes en Dieu.

[811] Comprendre relative aux idŽes.

[812] L'exemple est tirŽ de Physique III, 3, 202 b 12.

[813] Dans le commentaire du Perihermeias Thomas dit (n¡ 15) que les passions sont des affections, comme la col�re ou la joie, etc.. Et il est vrai qu'elles signifient naturellement certaines paroles. C'est un emploi inhabituel du mot qui a fait penser ˆ certains (Andronicus) que l'Ïuvre n'Žtait pas authentique, mais ajoute-t-il : ÇIl (Aristote) appelle passion de l'‰me toutes les opŽrations de l'‰me et cette conception de l'esprit peut �tre appelŽe passion.È (n¡ 16)

[814] ÇLes mots Žmis sont les symboles des Žtats de l'‰meÉ È (Trad. J. Tricot).

[815] Cf. Q. de pot. qu. 1, a. 1, ad 10. Note sur les trois conceptions.

[816] Parall. : Ia, qu. 13, a. 5 Ñ C.G. I, 32, 33, 34- I sent. Prol., a.2, ad.2 Ñ d. 19, q. 5, a.2, ad 1 Ñ d. 35, a. 4 Ñ De Verit., q. 2, a.2 ÑCompendium.27.

[817] PrŽdicables : attributs universels communs ˆ plusieurs : ils sont au nombre de cinq : le genre, l'esp�ce, la diffŽrence, le propre, l'accident. Cf. Ia, q. 77, a. 1, ad 5.

[818] Ia, q. 28, a. 1 ad 3 Ñ I Sent., d. 14, q. 1, a. 1 Ñ C.G II, 11.

[819] ÇOn appelle relatives ces choses dont tout l'�tre consiste en ce qu'elles sont dites dŽpendre d'autres choses, ou se rapporter de quelque autre fa�on ˆ autre chose.(CatŽgories, 7, 6a 36) Ñ 7 b 15 : ÇIl semble bien qu'entre les relatifs il y ait simultanŽitŽ naturelleÈ Mais il ajoute plus loin (7 b 23) :ÇCependant il n'est pas vrai, semble-t-il bien, que dans tous les cas, les relatifs soient naturellement simultanŽsÈ

[820] ÇCrŽateur dit relation ˆ la crŽature.È

[821] On retrouve la m�me chose en Q. de pot. q. 7, a. 2, c (¤2).

[822] Thomas distingue l'aspect accident, la relation est dans le substrat et l'aspect relation ou ordre : elle est pour un autre en tant que passant en lui. Q de pot. q.7, a. 9, ad 7.

[823] Ce nÕest un hasard si Thomas cite les disciples de Gilbert de la PorrŽe, apr�s Bo�ce. Ce dernier avait dit : ÇQuand on dit Dieu, le P�re, Dieu, le Fils, Dieu, lÕEsprit saint, la rŽpŽtition semble plus quÕune ŽnumŽration.È Gilbert, Žv�que de POITIERS (vers 1076 - = 1154) lÕinterpŽtait comme une rŽpŽtition. Il admettait une distinction rŽelle entre la divinitŽ et les relations constitutives des trois personnes en Dieu : ÇLes trois personnes sont Žternelle, les relations, propriŽtŽs, singularitŽs ou unitŽes, etc. qui sont en Dieu, ne sont pas Žternelles et ne sont pas DieuÈ (texte condamnŽ). Gilbert fut attaquŽ au concile de Reims qui se rŽunit en prŽsence du pape Eug�ne, le 21 mars 1148. Gilbert obtint, gr‰ce ˆ un plaidoirie habile, que le pape ne condamne pas les chapitres quÕil avait Žcrit comme hŽrŽtiques. Saint Bernard attaque dans son Ïuvre Sur le Cantique (80, 6), non Gilbert lui-m�me, mais ceux qui lisent ou rŽpandent lÕouvrage incriminŽ.

[824] 7. Cf. Ia, qu. 28, a. 2, c Ç[Gilbert] a dit que les relations en Dieu sont"assistantes", c'est-ˆ-dire accolŽes au dehors. (extrins�ques affixae.È ] Cf. Pot. 7, 9, ad 7.

[825] 8. Le fait que l'agent agisse n'am�ne pas composition d'un agent et d'une action.

[826] 225 b 10 : ÇPas de mouvement pour la relationÉ226 a 23 : ÇPuisqu'il n'y a pas de mouvement, ni de la substance, ni du relatif, ni de l'action et passion, reste qu'il y a seulement mouvement selon la qualitŽ, la quantitŽ et le lieu ; car dans chacune de ces catŽgories, il y a contrariŽtŽ.È (Trad. H. CARTERON)

[827] Cf. BOéCE, Trin. V, si on supprime, dit-il en substance, le terme "esclave" dans la relation ma”tre esclave, on supprime le terme "ma”tre", mais si on supprime le terme "blanc" on ne supprime pas ce qui est blanc.

[828] Thomas dŽmontre ainsi lÕassertion (n¡ 331) : ÇToutes les puissances infinies dŽpendent dÕun premier infini qui est la Puissance des puissances. Il faut donc que plus cette puissance a ŽtŽ proche de cette premi�re puissance, plus elle participe ˆ son inifnitŽ, mais cette puissance premi�re est unique par essence. Il faut donc que, plus une chose est unique, plus infinie soit sa puissance. Et de lˆ vient que la puissance de lÕintelligence qui est premi�re parmi les puissances causŽes infinies, est tout ˆ fait inifnie en tant que plus proche de lÕUN premier. Mais du fait que les puissances qui sont multipliŽes soient dŽfaillantes par rapport ˆ lÕunitŽ, leur pouvoir en est limitŽ.È

[829] A comprendre comme cause et effet.

[830] En Ia, q. 13, a 7, ad 6, il dit plus clairement que si lÕune des deux inclut lÕautre et rŽciproquement, alors elles sont simultanŽes. Si lÕune inclut, sans que ce soit rŽciproque, alors il nÕy a pas simultanŽitŽ.s

[831] Parall : Ia, q. 13, 7 - Ia, q. 34, a. 3, ad 2 Ñ q. 6 a. 2 ad 1Ñ q. 28 a.1 ad 3 ; a.4, c Ñ q. 45, a.3, ad 1 Ñ IIIa, q. 2, a. 7 c Ñ I Sent., d. 30, a. 1 Ñ d.37, q. 2, a.3 Ñ De Verit. q. 4, a.5 Ñ Q de pot. q. 3, a. 3.

[832]. Cf. Q. de pot. q. 3, a. 4 Non entis enim ad ensÉQ de pot. q. 3, a.1 ad 7. Bo�ce Ð

[833] Thomas, lectio 12, n¡ 683.

[834] p. 466 lˆ o� il y a (924), citŽ mot ˆ mot. Trad. BA.

[835] Peut-�tre Avicebron (La source vie) Çce que l'intelligence distingue doit �tre Žgalement distinguŽ dans la rŽalitŽ.È Ia, q. 50, a. 2, c.

[836] Sur le fonctionnement de l'intellect et les intellection premi�re et seconde, voir q. 1, a. 1, ad. 10.et q. 8, a. 1, arg.. 2, avec m�me rŽfŽrence.ÇOn appelle substances secondes les esp�ces dans lesquelles les substances prises au sens premier sont contenues, et aux esp�ces, il faut ajouter les genres de ces esp�ces.È (CatŽgories, 5, 20, 14).

[837] Cette expression, reprise plusieurs fois, semble une insistance : l'intellection premi�re, la relation sont des rŽalitŽs. Ce n'est pas ce que l'agent con�oit.

[838] ÇL'�tre par essence re�oit toutes les acceptions qui sont indiquŽes par les types de catŽgories, car les sens de l'�tre sont en nombre Žgal ˆ ces catŽgories.È

[839] QuantitŽ, fondement de la relation ŽgalitŽ, inŽgalitŽ. L'action et la passion, fondements de la relation de cause. Aristote, MŽtaphysique, V, 15, 1021 a 15. La relation de l'actif au passif est relation de la puissance active ˆ la puissance passive et des actes de ces puissances.

[840] Cf. Ia, qu. 14, a. 8.

[841] C'est-ˆ-dire les philosophes. Cf. l'objection..

[842] Cf. Pot. 7, 8, c note C'est l'opinion de Gilbert de la PorrŽe.

[843] Parall. : Ia, q. 13, a. 7 ad 2 et ad 4 Ñ q. 28, a. 1, ad 3 et ad 4 Ñ C.G. II, 12,13 Ñ I Sent., d. 26, q. 2, a. 3, ad 2.

[844] En plus de l'idŽe de comparaison il y a celle d'Žquivalence.

[845] ÇLe relatif est aussi comme le mesurŽ ˆ la mesure, le connaissable ˆ la connaissance, le sensible ˆ la sensation.È

[846] AjoutŽ dans lÕƒd. Marietti.

[847] Relations prŽdicamentales ou relations transcendantales.

[848] ÇÉLes nom d'origine temporelle donnŽs ˆ Dieu et qui ne lÕŽtaient point auparavant, ont manifestement un sens relatif. Cependant ils ne l'ont point en faction d'un accident de Dieu, comme si quelque chose lui arrivait ˆ lui, mais bien ˆ la suite d'un accident de l'�tre par rapport auquel Dieu re�oit un nom relatif nouveau.È (BA TrinitŽ V, XVI, 7).

[849] ÇTout au contraire le mesurable, le connaissable, le pensable ne sont pas dits relatifs en ce sens qu'une autre chose est relative ˆ eux.È (Thomas, lect. 17, n¡ 1028).

[850] 913 D ÇMais quand il s'agit de la relation de cause ˆ effet, nous ne pouvons admettre aucune rŽciprocitŽ.È (Trad. M. de Gandillac) (je n'ai pas trouvŽ le suite)

[851] Ce passage est inspirŽ dÕAristote (MŽtaphysiquen V, 15, 1021 b. les deux emples : colonnes et monnaies, sont repris dans son commentaire n¡ 1027.

[852] Ma•monide.

[853] PL. 16, 530 B.

[854] Thomas emploie trois fois le mot ratio (mot aux nombreux sens). Il semble Žvident que les deux premiers emplois n'ont pas le m�me sens que le troisi�me. C'est pourquoi nous nous sommes permis deux traductions diffŽrentes.

[855] ce qui correspond aux secondes intellections.

[856] Connaissance en Dieu des crŽatures avant la crŽation (idŽes).

[857] La relation de raison est attribuŽe paradoxalement ˆ Dieu, puisque c'est l'esprit humain qui le con�oit!

[858] Il s'agit des intellections secondes, ou conceptions secondes. Cf. q. 1, a. 1 ad 10 Ñ q. 7, a. 8É

[859] Cf. Ia, q. 13, a. 7 c.

[860] Voir q. 7, a. 1,Arg. 5

[861] Il exprime ici un rapport rŽciproque : rapport de Dieu ˆ ceux qui lui sont soumis ; rapport de ceux qui sont soumis ˆ Dieu.

[862] Parall. : 1a, q. 28, a. 1 Ñ a. 2, Ñq. 29, a. 4 c. Ñ q. 39, a. 1,Ñ q. 40, a. 1 Ñ C.G. IV, 14ÑI sent., d. 26, q. 2 a.1. Ñ d. 33, q. 1, a. 1 Ñ Q. de pot. q. 2, a. 1, ad 3, ad 12 Ñ Quodl. VI, a. 1, Ñ Compendium. 53.

[863] DŽjˆ ŽvoquŽ en Q de pot. q. 2, a. 1, obj. 4, ˆ propos de la puissance gŽnŽrative du P�re.

[864] Pourquoi cette conclusion ? Parce que la relation n'est ni commune, ni une.

[865] PL. 64 1255 A Ð 1256 A.

[866] ÇÉc'est une relation de ce type qui est, dans la TrinitŽ, celle du P�re au Fils et de l'un ˆ l'autre ˆ l'Esprit saint, celle de ce qui est le m�me ˆ ce qui est le m�me.È (Courts traitŽs de ThŽologie, Trad. H. Merle, p. 143). Le P�re est Dieu, le Fils est Dieu : la relation est de Dieu ˆ Dieu.

[867] Sur les intellections secondes, ("intentions secondes" ou aspect logique de la rŽalitŽ) voir Q. de pot. qu. 1, a. 1 Ð q. 7, a. 8 Ð qu. 7, a. 9Ñ qu.7, a. 11.

[868] Ce serait donc du fait d'Žtants diffŽrents.

[869] La chose qui nÕa plus rien au-delˆ est achevŽe et enti�re ÉMais ce ˆ quoi manque quelque chose qui reste au dehors n'est pas un tout si peu qu'il lui manque, car nous dŽfinissons l'entier ce dont rien n'est absent. (Physique, III, 6, 207 a 8)

[870] ÇConcevons donc Dieu, si nous pouvons, autant que nous pouvons, bon sans qualitŽ, grand sans quantitŽÉÈ (Trad. BA. 15, p. 427)

[871] ÇAinsi donc, la substance maintient l'unitŽ, la relation introduit un ŽlŽments multiple dans la TrinitŽ. È (Trad. H. Merle).

[872] Pour Arius, voir Pot. qu. 2, a. 3.

[873] HŽrŽsie du Modalisme reprochŽe ˆ Sabellius (IIIe si�cle). La monarchianisme de PraxŽas et de No‘t (IIe si�cle) est proche de cette hŽrŽsie. Les noms de P�re, Fils, Esprit dŽsignent une m�me personne et sont des attributs ou des modes accidentels dÕun m�me Dieu, personnel et crŽateur, RŽdempteur et sanctificateur. Ed Jeunes p. 208.

[874] ÇLa quantitŽ est soit discr�te, soit continue.È (Les CatŽgories, 6, 4 b 20. Trad. J. Tricot.)

[875] Thomas dŽsigne frŽquemment la parole intŽrieure comme conception, conceptum, conceptus. On peut hŽsiter pour traduire conceptio entre conception et concept. Thomas emploi plusieurs mots pour dŽsigner la m�me chose. En Ia, qu. 34, a. 1 d : il emploie conceptio, intellectus. Il emploie encore intentio ou ratio. H.-F. Dondaine traduit (La TrinitŽ,I, ƒd. des Jeunes, p. 217) a) chose connue, b) la species intelligible qui le constitua en acte de connaissant, c) l'acte de conna”tre, d) la conception de l'esprit. ÇQuiconque conna”t (intelligit) du fait qu'il sait que quelque chose proc�de de lui, qui est le concept de ce qui est connu (quod est conceptio rei intellectae)Éon l'appelle "verbe intŽrieur" (verbum cordis). Cf Veritate q. 4, a. 1 c : Le verbe intŽrieur qui n'est rien d'autre que ce qui est considŽrŽ en acte par l'intellectÉ

[876] Le verbe a deux aspects : il est objet de la pensŽe Ð il vient dÕautre chose.

[877] Parall. : Ia, q. 28, a. 2 Ñ I Sent., d. 33, q. 1, a. 1 Ñ C.G. IV, 14 ÑQdl. VI, q. 1 Ñ Compendium. 54, 66, 67.

 Ñ Qdl. VI, 1, c. : Ç Il en dŽcoulerait qu'en Dieu il y aurait compositionÉLa propriŽtŽ personnelle diff�re cependant de l'essence selon la mani�re de la comprendre ou de la signifier, car on parle de l'essence dans l'absolu, mais la propriŽtŽ personnelle apporte une relation.

[878] Cf. Q. de pot., q. 9, a. 4,Arg. 11, o� les relations sont inversŽes : Ç Aucune relation nÕest une substance. Aucune quantit È nÕest une substance. o� les termes sont inversŽs È.

[879] CitŽ Q. de pot. q. 8, a. 1, sc. 1.

[880] Cf. Q. de pot. q. 8, a. 1, c.

[881] Cf. ce quÕil prŽcise q. 8, a. 1, ad 7.

[882] ÇCar une fois que nous aurons dŽcouvert une diffŽrence, quelle qu'elle soit, entre les objets qui nous sont proposŽs, nous aurons par lˆ m�me montrŽ qu'ils ne sont pas une seule et m�me chose.È

[883] ÇOn appelle relatives ces choses dont tout l'�tre consiste en ce qu'elles sont dites dŽpendre d'autres choses, ou se rapporte de quelque autre fa�on ˆ autre choses.È (Trad. J. Tricot).

[884] ÇIl ne s'ensuit pas, toutefois que toute attribution ait un sens substantiel, il y a en effet, la relation, par exemple, le P�re est relatif au Fils et le Fils relatif au P�re, qui n'est pas un accidentÉÈ

[885] Aristote n¡ 496, Thomas, 1028.

[886] CÕest le connaissable qui devient inhŽrent ˆ celui qui conna”t.

[887] ÇLes relations so sont assistantes, c'est-ˆ-dire accolŽes du dehors. (relationes in divinis sunt assistentes, sive extrinsecus affixae)È Ia, qu. 28, a. 2, c..

[888] Antiqui thŽologi dŽsignent les thŽologiens des XIe et XIIe si�cles.

[889] Les prŽdicables sont cinq : le genre, l'esp�ce, la diffŽrence, le propre, l'accident. Cf. Ia, qu. 77, a. 1, ad 5.

[890] Identitas opposŽ ˆ diversitas.

[891] L'opinion des PorrŽtains.

[892] Thomas, lectio 5, n¡ 317 : ÇÉcar l'identitŽ totale n'appartient pas aux choses qui sont identiques d'une fa�on quelconque, mais seulement ˆ celle dont l'essence est identique.È

 [893] Parall. : Ia, q. 30, a. 4 Ñ q. 40. a. 2 Ñ C.G. IV, 24 ÑQ. de pot. q. 9, a. 4, ad 15 Ñ I Sent., d. 26, q. 2, a. 2 Ñ Qdl., q. 4, a. 2.

[894] ÇToute essence dŽsignŽe en un sens relatif est quelque chose, indŽpendamment du relatif. Par exemple dans les expressionsÉÈ (VII, 1, 2 B.A. p. 510 ¤ 1).

[895] ÇPar consŽquent, si le P�re non plus n'est pas une rŽalitŽ absolue, il n'y a absolument personne ˆ qualifier de fa�on relative.È Augustin fait aussi remarquer que l'essence ne peut pas �tre relative et que s'il n'y a pas d'homme, on ne peut pas parler de ma”tre (ou de serviteur) au sens relatif.È Trin. VII, 1, 2 (BA. p. 510-511).

[896] ÇLa relation de l'actif au passif est relation de la puissance active ˆ la puissance passive, et des actes ˆ ces puissances.È (Thomas, lectio 17, n¡ 1023)

[897] Ia, q. 40, a. 2,Arg. 2 : ÇLa forme ne se distingue que selon son genre. Si le blanc se distingue du noir, c'est bien selon la qualitŽÈ.

[898] ÇDonc toute attribution faite ˆ Dieu, est faite au singulier ˆ chaque personne, c'est-ˆ-dire au P�re, au Fils, au saint Esprit et d'un coup ˆ la TrinitŽ elle-m�me, non pas au pluriel, mais au singulierÈ (BA. p. 447).

[899] Cf. Pot. 8, 4, c ¤ 1.

[900] Vanier, La thŽologie trinitaire de saint Thomas, p. 46 ÇNotre esprit se reprŽsente la relation divine ˆ la mani�re d'une relation qui signifie l'Žmanation d'une personne dans l'autre, la diffusion de son �tre qu'elle communique.È (Cf. qu. 10, a. 1, c)

[901] ÇLes relations sont identiques ˆ la substance divine. Toutefois en raison de concepts diffŽrents, les modes abstrait et concret ne peuvent pas �tre simplement ŽchangŽs. En Dieu aussi, le mode abstrait place lÕaccent sur le contenu, formam, le mode concret par contre sur le substrat.È Krempel, La doctrine de la relation chez saint Thomas, Paris 1952, p. 141 (Cf. 9, 5, sol. 17).

[902] Parall. : Ia, q. 40, a. 3 Ñ I Sent., d. 26, q. 1, a. 2 Ñ Compendium 61.

[903] Cf. q. 8, a. 3, c ¤ 4.

[904] Ce qui est dÕune m�me nature, cÕest lÕessence.

[905] Cf. MŽtaphysique,(Z) VII, 10, 1035 a 4 (p. 401, note 5). Par exemple, ce nÕest pas de la concavitŽ que la chair est une partie (car la chair est la mati�re dans laquelle la concavitŽ se rŽalise), cÕest du camus quÕelle est une partie (camus : nez concave est le composŽ, la concavitŽ est la forme.) Thomas n¡ 1472

[906] Propre : primo modo ; ce qui convient ˆ une seule esp�ce, mais pas ˆ tous les individus de cette esp�ce (mŽdecin), secundo modo ; propre ˆ tous les individus d'une m�me esp�ce, mais pas ˆ eux seuls (bip�des).

[907] Il s'agit d'analyse.

[908] Parall. :.Ia. qu. 29. a. 2 Ñ 1 Sent., d23a1.

[909] Le texte est en Ia, qu. 29, a. 2, obj. 1. Graeci Çnaturae rationabilis individuam substantiam hypostaseos nomine vocaverunt.È.

[910] La substance premi�re (ex. lÕhomme individuel). La substance seconde : les esp�ces et les genres. SÕil nÕy a pas de substance premi�re, il nÕy pas de substance seconde, puisque cÕest ˆ partir dÕelle que lÕesprit con�oit la substance seconde. CatŽgories, V, 2 a 11 : La substance premi�re : ÇCe qui nÕest ni affirmŽ dÕun sujet, ni dans un sujet, par exemple l'homme individuelÉÈÑ MŽtaphysique, V, lectio 10, n¡ 903 : La substance particuli�re diff�re de la substance universelle en trois points : a) La substance particuli�re nÕest pas attribuŽe ˆ quelque chose dÕinfŽrieur, comme la substance universelle. b) La substance universelle n'existe qu'en raison du particulier qui subsiste par soi.. c) La substance universelle est en de nombreuses choses, mais elle est sŽparable et distincte de toutes les autres.

[911] ÇSub-siste, en effet, ce qui par soi-m�me pour pouvoir �tre nÕa pas besoin dÕaccident.È (Bo�ce) La diffŽrence entre subsistere et substare est chez Bo�ce, Les deux Natures III. ÇLes genres ou les esp�ces "subsistent" uniquement car il n'advient pas d'accident aux genres et aux esp�ces. Les choses individuelles, en revanche, non seulement subsistent, mais sont aussi substances ( substant) Éelles donnent aux accidents la possibilitŽ d'exister, en m�me temps qu'elles ont, bien entendu, un substrat (subjectum) pour eux.È

[912] ÇLe caract�re commun ˆ toute substance, cÕest de nÕ�tre pas dans un sujetÈ. (CatŽgories, 5, 3 a 7).

[913] (1) ÇToutes ces choses sont appelŽes substances, parce quÕelles ne sont pas prŽdicats dÕun sujet, mais que, au contraire, les autres choses sont prŽdicats dÕelles.È (2) 17 : Ç Ce sont aussi les parties immanentes de tels �tres, parties qui les limitent et marquent leur individualitŽ et dont la destruction serait la destruction de tout.È (Trad. J. Tricot)

[914] CatŽgories, 5, 3 a 7 : ÇLe caract�re commun ˆ toute substance, cÕest de nÕ�tre pas dans un sujet.È

[915] Sub-stat : se tient en dessous. Elle en est le substant.

[916] C'est-ˆ-dire les accidents.

[917] Phaedon ch. 48-49 (voir Ia, qu. 29, a. 2)

[918] Au sens concret.

[919] PARALL. : Ia, qu. 29, a. 1 Ñ a. 3, ad 2, 4 Ñ IIIa, qu. 2, a. 2Ñ I Sent. D. 25, a. 1. De unione Verbi. a. 1, (¤ 1 : dŽfinition de la nature, ¤ 2, dŽfinition de la personne. )

[920] Ç Et la raison pour laquelle des substances sensibles individuelles il nÕy a ni dŽfinition, ni dŽmonstration, cÕest que ces substances ont une mati�re dont la nature est de pouvoir et �tre et nÕ�tre pasÉÈ (p. 434) Thomas 1606-1612) Cf. Anal. Post. I, 8, 75 b 24 : lÕuniversalitŽ de la dŽfinition ne peut porter que sur des universaux.

[921] Singularitas : le fait dÕ�tre unique, individualitŽ.

[922] ÇOn voit donc que cÕest de la substance seule quÕil y a dŽfinition.È (Trad. Tricot, p. 369).

[923] Voir qu. 9, a. 1, note 6.

[924] ÇCar la nature est un principe et une cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle rŽside immŽdiatement, par essence et non pas accident.È (Trad. H. Carteron). Cf. De Caelo, I, 2, 268 b 15 : ÇTous les corps naturels et toutes les grandeurs sont, prŽtendons-nous, mobiles, de par soi, selon le lieu, nous disons en effet que la nature est le principe de leur mouvement.È

[925] ƒd. Marietti ajoute : [sicut ex praemissis patet].

[926] Cf. Ia, qu. 29, a. 1, c. ÇLa substance est individuŽe par elle-m�me, les accidents le sont pas le sujet.È.

[927] La connaissance dans les anges ; Voir PŽchaire, Intellectus et ratio selon saint Thomas. V.g. p. 71.

[928] ÇMais en un autre sens, cÕest le type et la forme, la forme dŽfinissable.

 

 

[929] Parall. : Ia, qu. 29, a. 3 Ñ I Sent. d23a2.

[930] Sub-sistence selon lÕŽtymologie : Ôqui demeure sousÕ.

[931] Bo�ce, Les deux natures, 3, PL. 64, 1344.

[932] IVe si�cle. Denz. 75-76 Symbole et des dŽfinitions de la foi. Il exprime la foi de lÕƒglise : trois Personnes en une seule nature.

[933]ƒtymologie classique mais fantaisiste pour nous. ÇAttendu que les essences des Žtants nous sont fonci�rement cachŽesÉ ce ne sont pas les essences, mais les accidents des choses È qui servent au langage. ÇPeu importe, dit-il, que cette explication des origines soit fausseÉ Ce que ce mot lapis vise par sa signification Ñ la pierre en tant que pierre, c'est-ˆ-dire lÕessence de pierre Ñ va bien au-delˆ de ce quÕil exprime Žtymologiquement. È Philipp. W. Rosemann, Omne ens est aliquid. Louvain-Paris 1996, p. 148-149.

[934] Pot. 7, 5, obj. 2. ÇJean Damasc�ne (I, 11) dit qu'en Dieu tout est un, sauf la non-gŽnŽration, la gŽnŽration et la processionÈ Il s'agit des trois propriŽtŽs personnelles dans la TrinitŽ. Elle signifie l'origine comme un acte. Cf. Ia, qu. 40, a. 2, c. L'origine et la relation sont les propriŽtŽs personnelles des Personnes en Dieu.

 

[935] A savoir, la signification du mot "personne" lÕessence ou la relation ?

[936] Ia, qu. 29, a. 4 Ñ I Sent. d23a3 Ñ d26q1a1.

[937] Ç Le P�re, le Fils, le saint Esprit sont trois, nous cherchons donc trois quoi ?.È (BA p. 530-531). Augustin ne cite pas Jean (ƒd. Jeunes, note 50, p. 183) Ce texte nÕappartient pas ˆ la Vulgate. Il nÕy appara”t quÕau IXe si�cle. Note 57 p. 186. Thomas sÕest inspirŽ de Pierre Lombard.

[938] ÇCar pour Dieu, �tre et �tre une personne n'est pas diffŽrent, c'est absolument la m�me chose.È (BA).

[939] Ç "Personne" est un terme absolu ; non un terme relatif au Fils, ou au saint Esprit, comme sont des termes absolus, Dieu, grand, bon, justeÈ (BA p. 540). Augustin dit avant ce texte : Ç Éde m�me que la substance du P�re est le P�re lui-m�me, non par ce qui fait le P�re, mais ce qui le fait �tre, pareillement la Personne du P�re nÕest pas autre chose que le P�re lui-m�meÉÈ

[940] Il est difficile de trouver en fran�ais un terme qui convienne aux deux significations.

[941] ÇRatio namque cuius nomen est signum definitio estÈ, ÇLa notionÉsignifiŽe par le nom est la dŽfinition.È

[942] Donc il rappelle que la relation est une catŽgorie. En Pot. 8, 2, obj. 1, on trouve les m�mes phrases mais inversŽes : aucune substance nÕest une relationÉ

[943] C'est-ˆ-dire la substance et l'accident.

[944] Le relatif et lÕabsolu.

[945] Aristote n¡ 301.ÇMaintenant, lÕEtre et lÕun sont identiques et de m�me nature, en ce quÕils sont corrŽlatifs lÕun de lÕautre,ÉÈ

[946] Comprendre le fait dÕ�tre supp™t.

[947]. Parall. : Ia, qu. 30, a. 1 Ñ I Sent. D. 2 q. 4 Ñ D. 23, a. 4 Ñ Compendium C. 50, 55 Ñ Quodl. VII, 3, qu. a. 1

[948]. En Ia, qu. 30, a. 3, lÕobjecteur tire une autre conclusion : ÇDonc, il y nÕa pas plusieurs personnes en DieuÈ. Mais cÕest en fait un autre aspect de cet article. Cf. obj. 13.

[949]. ÇLÕun et la PluralitŽ dans les nombres sont donc opposŽs comme mesure au mesurable, notions qui sont opposŽes comme les relations qui ne sont pas des relations par soi.È Aristote, n¡ 874 (Trad. J. Tricot). Thomas, n¡ 2087.

[950]. ÇLe nombre est une multiplicitŽ mesurable par lÕUN.È Trad. J. Tricot, p. 562. (Aristote, 875)

[951] Thomas I, lectio 2, n¡ 18.

[952]. Aristote 1308, Thomas, 1817.

[953]. Cf. Pot. 9, 4, obj. 1. Le texte nÕest pas dans saint Jean avant le IXe si�cle.

[954]. Denz. 39. ( ?75)

[955]. Trad. p. 94, Th. 177)

[956]. Verbum interius est ipsum interius intellectum. ÑÑÑ Verbum intellectumÉid est ad quod operatio intellectus nostri terminatur, quod est ipsum intellectum, quod dicitur conceptio intellectus. (Veritate, qu. 4, a. 1 c.).

[957]. Selon lÕessence.

[958]. Cf. Ia, qu. 30, a. 1 : En Dieu pour le nombre pris au sens absolu,Çrien nÕemp�che quÕon y vŽrifie le tout et la partie ; cela nÕexiste que dans la considŽration de notre esprit, car le nombre tel quÕil est dans les choses dŽnombrŽes, ne se trouve que dans la pensŽe.È Choses dŽnombrŽes ; dans les crŽatures un, deux ou trois sont comme la partie au tout, en Dieu cela ne vaut pas. Le P�re est aussi grand que la TrinitŽ.

[959]. Voir MŽtaphysique, Thomas n¡ 545.

[960]. Sur Sabellius voir note Pot. 1, 1, sol. 1 ; (cf. Pot. 8, 1 & 2 et 9, ? ? ? c)

[961]. ÇOn ne peut trouver facilement, en effet, un nom qui convienne ˆ pareille excellenceÉAinsi le P�re et le Fils et le Saint Esprit sont-ils Dieu ainsi que chacun sŽparŽementÉÈ (Trad. J.-Y. Boriaux) Comment en effet traduire res

[962]. Il y a trois personnes dans la TrinitŽ, le Fils, diffŽrent du P�re, et lÕEsprit saint. En 9, 9, on retrouve deux expressions semblables ; duae relationes, scilicet a quo alius et qui ab alio.

.[963] Parall. : Ia, qu. 30, a. 4 Ñ I Sent. d25a3.

[964] LÕadjectif reprŽsente un accident dans un supp™t. Ce sont les supp™ts eux-m�mes et non les accidents qui apportent le nombre. Pour plus dÕexplication, voir Ia, 39, 5, ad 5m

[965] Parall. : Ia, qu. 30, a. 3 Ñ I Sent. d24a3 ÑQdl, X, qu. 1, a. 1. ÇSon ŽnoncŽ met en discussion lÕopinion du LombardÉ qui a recours ˆ la voie nŽgative. ÔunÕ et ÔtroisÕ, ˆ propos de Dieu, nÕy disent rien de positif, mais en nient quelque limite È ƒd. des Jeunes, p. 189, Cf. I Sent., d24q1.

[966] Sabellius Cf. Pot. 1, 1, note, et 8, 1 et 8, 2.

[967] Les transcendantaux.

[968] Cf. MŽtaphysique, V, 6, 1016 b 26 ss..

[969] Thomas dit cela de mani�re plus abstraite dans le de veritate, qu. 1, a. 1, c : ÇDe m�me que dans ce quÕon dŽmontre il faut en revenir ˆ des principes connus par soi par lÕesprit (donc Žvident), de m�me en cherchant ce que cÕest, autrement dans les deux cas on irait ˆ lÕinfini et ainsi pŽrirait toute connaissance.È

[970] ÇEt parce que le nombre est composŽ dÕunitŽs (Pythagore et Platon) ont cru que les nombres seraient la substance de toutes chosesÈ (Ia, qu. 11, a. 1, ad 1. Il y a chez eux confusion entre lÕunitŽ transcendantale et lÕunitŽ prŽdicamentale qui est lÕunitŽ dÕune chose quantifiŽe, considŽrŽe comme indivisible et re�ue comme mesure de quantitŽ.

[971] Avicenne, MŽtaphysique, Trad. III, c. 2, 3 (p. 160 ss)

[972] ÇÉde sorte que la pluralitŽ est logiquement antŽrieure ˆ lÕindivisible, en raison des conditions de perception.È (Trad. J. Tricot)

[973] Parall. : Ia, qu. 31, a. 3 Ñ I Sent. D. 9, qu. 1 Ñ D. 19, qu. 1, a. 1, ad 2 Ñ D. 24, qu. 2, a. 1.

[974] ÇPour deux �tres qui sont autres, il nÕest pas nŽcessaire que lÕaltŽritŽ porte sur quelque chose de dŽfini ; car tout ce qui existant est autre ou le m�me ; par contre ce qui est diffŽrent doit diffŽrer dÕune chose dŽterminŽe par quelque endroit dŽterminŽ, de sorte quÕil faut nŽcessairement quÕil y ait un ŽlŽment identique par quoi les choses diff�rent.È (Autre correspond ici ˆ divers)Thomas, lectio 4, n¡ 2017 : ÇÉcar deux [choses] dont lÕune est ÔdiverseÕ de lÕautre, il nÕest pas nŽcessaire quÕelle le soit par quelque chose (per aliquid)ÉÈ. 2018 : ÇMais ce qui est diffŽrent doit �tre diffŽrent par quelque chose. CÕest pourquoi il est nŽcessaire que ce par quoi ils diff�rent, soit quelque chose de semblable (idem) en ce qui ne diff�rent pas ainsi. Ce qui est le m�me en plusieurs cÕest le genre ou lÕesp�ce. Donc tout ce qui est diffŽrent diff�re en genre ou en esp�ce.È

[975] Cf. I sent. d4q1a2.

[976] Parall. :Ia, qu. 30, a. 2. Ñ Qu. 31, a. 1 Ñ I sent. d24qu2a2 Ñ CG. IV, 26 Ñ II Sent. d10a.5 Ñ d33a.2, ad 1 Ñ Compend. 56, 60.

[977] ÇEn effet, entre le possible et lÕ�tre, il nÕy a aucune diffŽrence, dans les choses Žternelles.È p. 97.

[978] Il sÕagit dÕune conception intellectuelle, comme celle du verbe.

[979] PL. 40, 736. Voir note qu. 2, a. 3, obj. 15.

[980] ¤ 1 693 B :ÇÉl'�tre m�me du bien, en tant que Bien essentiel, Žtend sa bontŽ ˆ tout �tre.È (Trad. M. de Gandillac).

[981] Iucunda possessio. Cf. qu. 2, a. 4, obj. 12.

[982] Synodes, 58, PL. 10, 520 C. Canon 24 profession de foi de Sirmium.

[983] Cf. Pot. 9, 5, ad 23.

[984] Sur l'authenticitŽ de ce texte, le 13 janvier 1897, le saint office a rŽpondu non. Voir Denz 3681, 3682. RŽponse du st office 2 juin 1927. Ils inclinent vers une conception opposŽe ˆ l'authenticitŽ. L'expression trois personnes ou trois hypostases dŽvint authentique ˆ la fin de la crise arienne. Concile d'Antioche, 362, Rome (382, Tomus Damasi) et Constantinople 382. (Denz 78, Symbole>172

[985] ÇSed contra qui est explicitement le principe dionysien de la diffusion du bien. È (Vanier, É p. 46).

[986] Sur Arius, voir qu. 2, a. 4.

[987] ƒv�que de Constantinople, 342-346, semi arien, considŽrŽ comme hŽrŽsiarque apr�s sa mort. Les MacŽdoniens sont des hŽrŽtiques opposŽs ˆ l'Esprit saint. Premier concile de Constantinople, (mai 30 juillet 381)contre les ariens contre les MacŽdoniens. Anath�me concile de Rome 381 (Tomus Damasi).

[988] Doctrine monarchienne, d'abord enseignŽe par No‘l (Smyrne entre 180 et 200). Sa doctrine : un seul Dieu : le P�re. C'est lui qui Žtait nŽ, qui avait souffert et Žtait mort. CondamnŽ vers 200. Ensuite PraxŽas rŽfutŽ par Tertullien.. Sabellius (lybien ?) vient ˆ Rome peut avant 217. La doctrine se propagea apr�s sa condamnation en Asie Mineure sous la forme du modalisme. Dieu s'exprime par des modes diffŽrents (ƒpiphane, Haeres. LXII, PG. 41, 1052) ÇDieu, monade simple et indivisible est une personne unique. On le nomme P�re, Fils mais en tant qu'il le monde il prend le nom de VerebÉ Les trois Žtats successifs de la monade ne constituent pas trois personnes distinctes ; ils sont seulement trois aspects, trois virtualitŽs, trois modalitŽs er comme trois noms d'un m�me �tre.È (Sabellius, CG. IV, 5É rŽfutŽ 259-268 Lettre ˆ Denys.

[989] PL. 10, 521 A. canon 28. Denz 140.

[990] Aliquis est, Aliquid est un des transcendantaux par lequel lÕ�tre sÕaffirme comme quelque chose par rapport ˆ ce qui lÕentoure. Cf. Gardeil, MŽtaphysique, p. 73, ¤ 2.

[991] C'est-ˆ-dire selon lÕessence.

[992] Monologium, 61.

[993] Il sÕagit des idŽes.

[994] Parall. : Ia, q. 27, 1 Ñ 1 Sent. D., q. 13, a. 1Ñ C.G. IV, 11.

[995] Ce qui se trouve premier (princeps : primum caput).

[996] Symbole ÇQuicumqueÈ, dit dÕAthanase. Denz. 75 (25-26). 25. Dans la TrinitŽ, rien n'est antŽrieur ou postŽrieur, rien n'est plus grand ou moins grand. (Symbole et dŽfinitions).

[997] B.J. Ç.ÉcÕest de Dieu que je suis sorti et que je viens. È

[998] ÇLe continu est ce dont les extrŽmitŽs sont une seule choseÉ Il est impossible quÕun continu soit formŽ dÕindivisibleÈ (Physique, VI, 1, 231 a 20) ÇLe continu en tant que tel est divisible ˆ lÕinfiniÈ Ia, qu. 3, a. 1, c. Le sens de continu comme proche de mati�re.

[999] ÇOr la distance des extr�mes, et, par consŽquent aussi des contraires, est la distance maximaÉ È (Trad. J. Tricot, p. 546).

[1000] Le mot procession en tant que mouvement a pris un sens restreint en notre langue.

[1001] P. Vanier, ThŽologie trinitaire chez st Thomas dÕAquin. ƒvolution du concept dÕaction naturelle, p. 46 : ÇOn a cru voir dans ce texte le th�me de tout le De PotentiaÈ p. 46. Il fait allusion ˆ Bouyges.

[1002] OpŽration ad intra corporelle (sens) et spirituelle (intelligence et volontŽ).

[1003] ÇÉIl nÕy a pas de mouvement hors des choses ; en effet, ce qui change, change toujours substantiellement, ou quantitativement, ou localementÉ il nÕy aura ni mouvement ni changement en dehors des choses quÕon vient de dire, puisquÕil nÕy a rien hors de ces choses.È (Physique III, 1, 200 b 30- 201 a 2).

[1004] LÕarticle 11 de la qu. 13, dans la Somme ThŽologique, est consacrŽ ˆ ce sujet. La formule est la plus propre pour Dieu, a) parce quÕelle signifie lÕesse. b) ˆ cause de son universalitŽ. Les autres noms ont moins dÕextension. c) Elle signifie lÕ�tre dans le prŽsent. Cf. I Sent,. d. 8, q. 1, a. 1. Ñ Q de pot. qu. 2, a. 1,Ñ qu. 7, a. 5 Ñ Les Noms divins, c. 5, lectio 1.

[1005] Contra errores Graecorum, c 1, ch. 2.

[1006] ÇLa communication qui se fait ainsi du P�re aux autres personnes est per�ue comme une diffusion.È P. Vanier, ibidem, p. 46.

[1007] Qui nÕexiste pas en Dieu.

[1008] Parall. : Ia, 27, a. 3 - I Sent., d. 13, a. 2 Ñ C.G. IV, 19 Ñ  Contra errores Graecorum , c.3

[1009] Thomas, lectio 10, n¡ 2126.

[1010] La PaternitŽ, la filiation, la procession. Cf. a. 5, ad 12.

[1011] Cf. M�me citation, Pot. qu. 2, a. 3, obj. 7. On y trouvera le texte dÕAugustin .

[1012] Argument dÕAvicenne, et de divers auteurs.

[1013] ÇLui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l'Žgalait ˆ DieuÈ. BJ.

[1014] Les arguments 24, 25, 26 sont considŽrŽs comme un premier sed contra.dans lÕŽdition Marietti.

[1015] Ici encore les sed contra sont des objections dÕordre diffŽrent des premi�res, ils ne reprŽsentent pas la rŽponse au probl�me.

[1016] Le terme, cÕest le but atteint. Du P�re, principe proc�de le Fils en tant que terme. Plus loin il dit que le terme de la procession, cÕest la possession, c'est-ˆ-dire ce que la personne re�oit en procŽdant.

[1017] C'est-ˆ-dire les moyens pour y parvenir. CÕest lˆ quÕil commet des erreurs..

[1018]  Par mode de nature ou par mode de volontŽ.

[1019] ÇCe qui proc�de par mode dÕesprit , comme verbe proc�de avec une certaine ressemblance, comme qui ce qui proc�de par mode de nature, Émais lÕamour en tant que tel ne proc�de pas avec une ressemblance (bien quÕen Dieu lÕamour soit coessentiel en tant que divin) et cÕest pourquoi on nÕappelle pas cette procession une gŽnŽration.È (Ia, qu. 30, a. 2, ad 2).

[1020] Parall. : Ia, q. 42, a. 3, Ñ I Sent., d. 12, a. 1 Ñ d. 20, a. 3 Ñ Contra errores Graecorum, P. II, c. 31.

[1021] Voir a. 1, arg. 3 et ad 3.

[1022] Thomas 1001-1002. Tricot p. 294.

[1023] Celui qui proc�de vient dÕun autre.

[1024] Ç Car absolument rien ne sÕengendre de lui-m�me È.

[1025] Parall. : Ia, q. 36, a. 2 Ñ C.G. IV, 24, 26 Ñ I Sent., d. 11, a. 1 Ñ Opusc. Contra errores Graecorum P. II, c. 27-32 Ñ Comp. C. 49 ÑOpusc. Contra Graeco s c. 4, In Ioan. ch. 15, lectio 6, ch. 16, lectio 4.

[1026] En I sent., d. 11, q. 1, a. 1, arg. 1, Thomas rapporte une plus grande partie du texte de Denys avec quelques variantes.

[1027] Thomas a dŽjˆ soulevŽ le probl�me en q. 2, a. 4.

[1028] B. J. Çqui soutient lÕunivers par sa parole puissante.È

[1029] Thomas lectio 1. Cf. Ia, qu. 36, a. 2, obj. 1.

[1030] En 431. Denz. 125.

[1031]En 451. Le concile dÕƒph�se, puis celui de ChalcŽdoine interdisent, sous peine de dŽposition et dÕexcommunication dÕajouter au symbole de NicŽe. Le Filioque fut ajoutŽ au symbole au VIe si�cle en Espagne. Il ne fut adoptŽ par la liturgie romaine quÕau XIe si�cle.

[1032] Premier concile 381. Denz. 86.

[1033] GŽnitif de possession.

[1034] LŽgende de saint AndrŽ, PG. 2, 1257 A. Il salue Çceux qui croient en un seul Esprit saint qui proc�de du P�re, et qui demeure dans le Fils.È CitŽ I Sent., d. 11, a. 1, arg. 2.

[1035] Denz 39/

[1036] Comprendre lÕEsprit saint est de JŽsus, homme. CÕest JŽsus qui poss�de. Mais il nÕapporte ˆ lÕEsprit en tant que tel qu'en tant que Fils.

[1037] BJ. Un esprit de fils adoptif.

[1038] 2 Co 1, 21-22 B.J. : Ç Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donnŽ lÕonction, cÕest Dieu lui qui nous a aussi marquŽ du sceau et a mis dans nos cÏurs les arrhes de lÕEsprit.È (TOB id.)

[1039] Une seule unitŽ (m�me essence), et un parmi trois (personnes).

[1040] Agathon pape de 678-681. 6e concile ÏcumŽnique (680) ˆ Constantinople, contre le monothŽlitisme.

[1041] LŽon le Grand, 440-461. Concile (451) contre Eutych�s.

[1042] ÇOr le principe ne peut sÕattribuer ˆ aucun sujet ; car il y aurait principe de principe. È (Trad. H. Carteron). Thomas, lectio 11, 91 : ÇÉcomme le sujet est le principe de lÕaccident qui lui est attribuŽ, et quÕil est naturellement avant lui, il en dŽcoulerait que si le premier principe Žtait lÕaccident attribuŽ au sujet, il serait le principe de principe et que quelque chose serait avant ce qui est premier. È

[1043] Nestorius (vers 380, vers 451), condamnŽ en 431 au Concile dÕƒph�se.

[1044] LÕopinion du Damasc�ne (La foi orthodoxe, I, 8) est rapportŽe dans Ia, qu. 36, a. 2, obj. 3. ÇNous disons que lÕEsprit saint est du P�re (ex) et nous lÕappelons lÕEsprit du P�re, nous ne disons pas que lÕEsprit est du Fils (ex) mais nous lÕappelons lÕEsprit du Fils (gŽnitif).

[1045] Parall. : Ia, q. 36, a. 2 et 4, Ñ C.G. IV, 25 ÑI Sent., d. 11, q. 2, a. 4 Ñ d. 29, a. 4.

[1046] Allusion aux PorŽtains.

[1047] La foi orthodoxe, I, 12 Damasc�ne fut fid�le aux formules des P�res grecs. Voir article prŽcŽdant.

[1048]  Cf. Pot. 8, 1 : ÇTout ce qui est attribuŽ selon lÕabsolu en Dieu signifie lÕessenceÈ.

[1049] Thomas, lectio 3, n¡ 1722.

[1050] PropriŽtŽ : paternitŽ, filiation, processions

  relations : paternitŽ, filiation, processions, spiration

  Notions :      paternitŽ, filiation, processions, inascibilitŽ.